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Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 30 - Témoignages


Note du réviseur:

CORRECTION

Aux pages 30:26, 30:27 et 30:28 du fascicule imprimé, toute référence à «M. Fraser»  devrait se lire «M. Hunter».


TRURO, le mercredi 13 février 2002

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui à 9 h 15 pour examiner la question du commerce international des produits agricoles et agroalimentaires, ainsi que les mesures à prendre à court et à long termes pour assurer la solidité de l'industrie agricole et agroalimentaire dans toutes les régions du Canada.

Le sénateur Leonard J. Gustafson (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président: Honorables sénateurs, nous avons effectué ce matin une visite très intéressante du Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse. J'aurais aimé saisir tout ce qui nous a été expliqué sur les réalisations scientifiques de cet établissement qui effectue un travail formidable. L'un des défis que le Sénat doit relever, et en particulier le Comité de l'agriculture, est de trouver de l'argent pour que les écoles puissent mieux travailler. La visite a été très intéressante.

Nous sommes ravis d'être ici dans les Maritimes, en particulier ceux d'entre nous qui viennent des Prairies. Même si l'agriculture est très diversifiée ici, de nombreux problèmes sont les mêmes.

Notre premier intervenant aujourd'hui est le Dr Garth Coffin. Bienvenue, docteur Coffin. Nous nous réjouissons d'entendre votre exposé.

Le Dr H. Garth Coffin, directeur, Nova Scotia Federation of Agriculture: Honorables sénateurs, laissez-moi vous souhaiter officiellement la bienvenue.

[Français]

Je voulais vous souhaiter la bienvenue en employant la deuxième langue officielle du Canada. Il me fait grandement plaisir de vous informer du fonctionnement de notre industrie et du travail qui nous occupe.

[Traduction]

Je voudrais aborder quelques points-clés concernant l'établissement. Je laisserai à d'autres le soin de parler des problèmes de l'industrie et ne m'y attarderai que pour expliquer le contexte où, selon moi, nous nous trouvons.

Parfois, j'assume plusieurs fonctions; laissez-moi donc prendre 30 secondes de votre temps pour vous dire qu'en tant que président de l'Institut agricole du Canada, je me réjouis de l'objet de votre étude. De nombreuses inquiétudes existent à travers le pays en ce qui concerne l'agriculture. L'industrie a sans aucun doute déjà relevé des défis importants, mais l'incertitude qui plane sur son avenir est peut-être le plus gros problème auquel elle est confrontée.

En tant que représentant de la profession d'agrologie, je dois vous dire que, sous certains aspects, les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont le résultat des pratiques de cette profession, des sciences appliquées à l'agriculture de par le monde et du réseau des industries qui encouragent ces agissements. La production et l'augmentation de la fourniture d'aliments ont été pour le moment trop couronnées de succès. Le fait que la famine existe encore dans le monde n'est malheureusement pas dû à des problèmes de production. Tandis que nous avons réussi à augmenter la production, nous avons apparemment créé en même temps des conditions constantes de marché faible, ce qui exerce une pression économique importante sur le secteur de la production.

Mais nous devons quand même garder à l'esprit que nous avons brillamment réussi à accroître la production. Des études de la FAO indiquent que deux fois moins de personnes souffrent de sous-nutrition aujourd'hui dans le monde par rapport à il y a 50 ans, bien que la croissance de la population ait été très importante pendant ce laps de temps. Ces résultats sont assez remarquables, si vous faites un bilan global.

Monsieur le président, vous avez déjà fait allusion à la diversité de l'agriculture ici; cette diversité ne se traduit pas seulement en termes de produits et de spécialisations, mais également en termes de géographie. L'industrie est répartie à travers la région en pôles concentrés et de petite taille; par conséquent, elle n'est pas extrêmement visible en termes de taille et d'importance. Toutefois, au niveau de la production, l'agriculture représente une industrie d'un milliard de dollars et plusieurs milliers de fermes contribuent à cette production dans une vaste gamme de domaines.

Bien sûr, il existe une production de pommes de terre, ainsi que de fruits et de légumes. Mais 50 p. 100 des recettes monétaires agricoles ici sont encore associées aux industries laitière et de la volaille, qui sont des produits soumis à la gestion de l'offre.

Si nous considérons l'ensemble de notre industrie alimentaire qui, bien entendu, comprend quelques entreprises de pêche, celle-ci représente une activité largement exportatrice. Je sais qu'une partie du mandat de votre comité considère le commerce international comme l'un des débouchés économiques possibles. J'ai ouï dire que notre activité d'exportation dans cette région s'élève à environ 800 millions de dollars et qu'elle représente apparemment à peu près 18 p. 100 du total des exportations canadiennes pour cette catégorie particulière. Cela se situe au-delà de notre capacité habituelle.

Bien entendu, nous sommes confrontés ici aux mêmes défis que partout ailleurs, que ce soient les risques périodiques de sécheresse, les marchés faibles, les questions liées à l'environnement ou le rythme d'évolution de la technologie qui entraîne tant de restructurations et d'autres changements au sein de l'industrie.

Dans ce contexte, il est juste de dire que l'enseignement et la recherche n'ont jamais été aussi cruciaux qu'en ce moment pour assurer la réussite de l'industrie face à la concurrence mondiale. C'est dans ce domaine qu'un établissement comme le Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse intervient. Vous avez vu ce matin un exemple des travaux de recherche en cours. Nous avons également parlé un peu de nos programmes d'enseignement.

Laissez-moi juste vous rappeler pour mémoire que nous proposons à la fois des programmes techniques, des programmes menant à un diplôme et des programmes de deuxième cycle en agriculture et en aquaculture, cette dernière spécialisation étant nouvelle dans cet établissement. Nous offrons des programmes dans les domaines traditionnels de spécialisation en phytotechnie et zootechnie. Nous proposons des spécialisations en économie et en commerce. Nous offrons l'enseignement des deux premières années du cycle conduisant à un diplôme de génie; les étudiants de ce programme continuent ensuite leurs études à Dalhousie ou dans d'autres universités pour obtenir leur diplôme universitaire. Nous proposons des spécialisations en sciences de l'environnement et une spécialisation en aquaculture, comme je l'ai mentionné précédemment. Le nombre total des inscriptions en ce moment dépasse légèrement les 700 étudiants. Il a atteint jusqu'à 950 étudiants. Nous nous efforçons d'obtenir l'inscription d'étudiants supplémentaires, car le marché de l'emploi est en perpétuelle croissance dans ces domaines.

Notre bureau de services professionnels a enregistré une croissance de 15 p. 100 des emplois proposés à nos diplômés l'an dernier. Nous essayons de faire passer le message aux jeunes — qui ont du mal à y croire, je suppose, du fait de la publicité négative qui entoure l'agriculture de nos jours — que ce domaine peut être un domaine professionnel passionnant. En fait, l'un de nos défis en tant qu'établissement est de réussir à attirer plus de jeunes; si nous n'y parvenons pas, l'industrie pourrait souffrir d'un manque de personnel ayant une formation de haut niveau.

Bien entendu, tous nos diplômés ne trouvent pas du travail dans la région. En aquaculture, par exemple, bien que l'industrie locale connaisse une croissance rapide, des employeurs de cette industrie viennent aussi de Colombie- Britannique pour recruter les diplômés du programme que nous offrons dans cette spécialité. Je sais que ceci n'est pas l'objet principal de vos préoccupations aujourd'hui, mais il s'agit d'un exemple de nouvelles orientations dans lesquelles nous nous sommes engagés.

Comme je l'ai mentionné pendant la visite, nos diplômes sont décernés en association avec Dalhousie. En vertu d'un accord avec cet établissement, nos diplômés sont reconnus par le Sénat de Dalhousie, et nous bénéficions donc de la renommée associée à cette université, si vous voulez.

Nous sommes mandatés pour dispenser l'enseignement agricole dans les provinces de l'Atlantique, à la fois au niveau technique et pour des programmes menant à un diplôme, et nous essayons d'attirer des étudiants des quatre provinces de l'Atlantique, ainsi que d'autres provinces et de l'étranger.

Nous sommes dotés d'un service d'éducation permanente et d'éducation à distance qui est en train de mettre au point des cours par correspondance devant être dispensés par Internet. Nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements dans ce domaine et nous trouvons que cet exercice, pour qu'il puisse être efficace, est exigeant en investissements.

Au fil des ans, quel que soit le type de programmes auxquels le Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse a participé, sa contribution à l'agriculture de cette région peut à mon avis être mesurée en analysant le niveau d'éducation de la collectivité agricole. Cette région, et en particulier cette province, est dans le pays, celle qui a le pourcentage le plus élevé d'agriculteurs ayant un diplôme d'études post-secondaires, que ce soit au niveau technique ou pour des programmes menant à un diplôme. De plus en plus, ce sont vers ces derniers qu'ils s'orientent. Tous les diplômes n'ont pas été obtenus ici. Bien entendu, certains agriculteurs ont obtenu un baccalauréat dans un autre établissement et se sont lancés dans l'agriculture. Malgré tout, le fait que 50 p. 100 ou plus des agriculteurs de la région aient suivi une quelconque forme d'études post-secondaires montre, à mon avis, le rôle que cet établissement et d'autres ont joué dans cette région.

Je ne dirai pas grand chose à propos de la recherche. Vous avez eu ce matin l'occasion de rencontrer quelques-uns de nos chercheurs. Vous entendrez un peu plus tard les exposés de deux ou trois de nos chercheurs de pointe et je n'épiloguerai donc pas plus sur cette partie, si ce n'est pour vous demander de ne pas hésiter à poser des questions et pour vous dire que le total de notre programme de recherche représente de l'ordre de 3 à 4 millions de dollars par an. Nous effectuons de nombreux travaux en collaboration. Nous bénéficions ici d'un accord particulier avec le ministère de l'Agriculture et des Pêches et avec l'industrie, puisqu'un certain nombre de nos professeurs sont subventionnés à 50 p. 100 par l'industrie ou par une association industrielle et à 50 p. 100 par le ministère de l'Agriculture pour leurs programmes de recherche spécialisée. Nous fournissons les laboratoires, les installations et tout le soutien dont un chercheur peut avoir besoin pour travailler. Le chercheur se déplace et obtient des bourses ou des contrats lui permettant de subventionner ses recherches. Certains exemples de premier plan, comme celui de la recherche sur les animaux à fourrure, ont été mentionnés ce matin. Vous entendrez un exposé parlant de la recherche sur les bleuets, recherche unique dans cette région, et nous avons aussi d'autres exemples concernant l'herbe à gazon, les systèmes de culture et la production laitière.

Nous nous sommes vus attribuer quatre chaires de recherche dans le cadre du programme des chaires de recherche du Canada, et nous en sommes très heureux. Nous allons embaucher en biologie moléculaire appliquée et en aménagement des ressources naturelles, et nous bénéficions de deux autres chaires, l'une en agriculture biologique et l'autre en aquaculture.

En ce qui concerne l'agriculture biologique, nous nous sommes vus attribuer près de 900 000 dollars dans le cadre du programme du Fonds canadien d'adaptation et de développement rural, le FCADR. Le ministre Vanclief a annoncé en juillet dernier la mise en place du Centre d'agriculture biologique du Canada ici au Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse. Notre directeur pour ce centre, le Dr Ralph Martin, se trouve actuellement en Europe pour rencontrer nos interlocuteurs là-bas. Le président du conseil d'administration de ce nouveau centre, le Dr Phil Warman, vous rencontrera un peu plus tard pour en parler et je ne vais donc pas entrer dans les détails avec vous.

J'ai parlé un petit peu des inscriptions des étudiants et je pense que je voudrais à présent conclure, monsieur le président, en disant que nous voyons des perspectives alléchantes pour l'agriculture; nous pensons, dans cette région, que l'agriculture biologique est l'une d'entre elles. C'est pourquoi nous nous orientons dans cette direction. Nous pensons que notre type d'établissement peut contribuer de manière importante aux besoins de recherche, que ce soit pour répondre à certaines questions liées à l'environnement, pour effectuer des recherches importantes dans ce domaine ou pour proposer des adaptations aux changements climatiques. À cet égard, nous avons un professeur spécialisé dans la recherche concernant les changements climatiques, qui s'est joint à notre équipe à l'automne dernier en provenance de l'Université du Manitoba.

Notre établissement essaye également de promouvoir et de hisser nos programmes au niveau international, en attirant plus d'étudiants étrangers et en faisant participer nos propres étudiants à plus de programmes internationaux. Nous avons aussi un petit centre international qui gère une demi-douzaine de projets internationaux dans le monde entier, représentant un montant total de quelques millions de dollars. Vous voyez que nous avons de nombreuses activités. Peut-être essayons-nous d'en faire trop, mais nous mettons beaucoup de cœur à l'ouvrage dans tous nos projets.

À présent, je serai ravi de répondre à toute question que vous voudrez bien me poser.

Le sénateur Wiebe: Docteur Coffin, la recherche est d'un intérêt tout particulier pour moi. Vous avez dit que votre budget consacré à la recherche représente entre 3 et 4 millions de dollars par an. Quel pourcentage de cette somme est d'origine privée et quel pourcentage représente des subventions gouvernementales?

Le Dr Coffin: Si j'ai utilisé le terme «budget», cela peut entraîner une petite confusion. Je devrais peut-être dire «notre activité de recherche» ou «notre programme»; il s'agit d'une estimation de toutes les sources de financement provenant d'origines diverses que les chercheurs parviennent à obtenir.

Une partie importante de cette somme provient de l'industrie, par le biais de travaux de collaboration, et correspond à des accords de financement et ainsi de suite. Nous tentons d'augmenter nos revenus provenant des conseils nationaux tels que le CRSNG et le CRSH. En ce moment, leurs subventions dans nos travaux de recherche sont de l'ordre de 400 000 ou 500 000 dollars, peut-être un peu moins que cela maintenant. Nous avons récemment obtenu quelques résultats positifs en ce qui concerne les financements par le CRSNG. Le reste de nos revenus est une combinaison de programmes gouvernementaux de recherche et de recherche financée par l'industrie.

Le sénateur Wiebe: Si vos scientifiques et chercheurs ont un projet, doivent-ils personnellement se débrouiller pour trouver l'argent nécessaire pour financer ce projet?

Le Dr Coffin: Oui. Nous n'avons aucun budget de fonctionnement prévu pour financer la recherche. Je pense qu'il s'agit d'une situation typique. La plupart des universités dépendent de leurs chercheurs pour obtenir des subventions à la suite d'un processus concurrentiel de demande de bourse.

Le sénateur Wiebe: Est-ce que cela a toujours été le cas?

Le Dr Coffin: Je ne dirais pas que cela a toujours été le cas ou que c'est entièrement le cas partout. Je crois comprendre, par exemple, que l'Université de Guelph bénéficie d'un contrat assez conséquent avec le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario. Ce ministère subventionne une partie des recherches de cette université, ainsi que les travaux de vulgarisation auxquels elle participe. Ici, le gouvernement finance 50 p. 100 des salaires des chaires de recherche industrielle et certains de ses programmes par le passé ont été assez spécifiquement orientés vers la recherche, mais ces financements ne sont pas une composante permanente intégrée à notre budget de fonctionnement.

Le sénateur Wiebe: Que se passe-t-il si l'un de vos chercheurs ou scientifiques découvre quelque chose de formidable et de nouveau? Qui est alors propriétaire du brevet associé à cette découverte?

Le Dr Coffin: Ce que nous avons découvert est que, comme nous faisons partie du gouvernement, notre employeur, en l'occurrence le gouvernement de Nouvelle-Écosse, serait détenteur des droits de propriété intellectuelle. Toutefois, si ce brevet ou cette découverte viennent à engendrer des revenus, nous avons le droit de négocier pour que le chercheur et l'établissement, ainsi que le partenaire industriel, s'il y en a un, obtiennent une part de ces profits. Nous ne sommes pas totalement incapables de participer à cet aspect des choses.

Nous sommes membres, je suppose que je devrais dire «copropriétaires», d'un programme de protection de la propriété intellectuelle et d'effort de commercialisation appelé NU-TECH. L'université Dalhousie et nous-mêmes sommes les propriétaires de ce programme qui dépose des demandes de brevets, protège la propriété intellectuelle et prépare les démarches en vue de la commercialisation.

Le sénateur Wiebe: Des programmes de recherche sont-ils menés ici, permettant au scientifique de se poser la question «Que se passe-t-il si...?», au lieu de se concentrer sur la façon de produire plus et encore plus de ce que nous produisons déjà et de le faire mieux? Existe-t-il des programmes de recherche, disons, où un chercheur penserait: «Voyons, peut-être que ce tournesol pourrait produire du caoutchouc...» ou au cours duquel le scientifique a découvert que nous pouvions faire de l'éthanol à partir du maïs, ou ce genre de chose? Est-ce que ce type de recherche est entrepris sur quelque chose qui, disons, n'est pas lié à l'alimentation mais qui pourrait être produit dans une ferme?

Le Dr Coffin: À ce stade, je dirais que ce type de recherche est limité, mais nous nous orientons quelque peu dans cette direction. Trois de nos professeurs ont soumis avec des chercheurs de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard un dossier de demande de financement auprès du Fonds d'innovation de l'Atlantique pour effectuer des recherches sur les composants bioactifs, je crois qu'ils les appellent ainsi, contenus dans les produits conventionnels ou traditionnels. Il s'agit d'un point de départ. Certaines de nos recherches se concentrent sur d'autres applications des connaissances. Elles ne sont pas toutes simplement orientées vers l'augmentation de la production ou la diminution des coûts. Nous nous efforçons ici et là de nous rapprocher de la découverte de nouvelles applications, mais je dirais en toute franchise que, jusqu'à présent, ces tentatives sont restées assez limitées.

Le sénateur Wiebe: Je suis heureux d'entendre cela et espère sans hésiter que ce type de recherche s'accentuera considérablement.

Le sénateur Oliver: Merci pour l'excellente visite de l'université que vous nous avez fait faire ce matin.

Lorsque je regarde certaines des autres activités que font les étudiants ici, je vois qu'elles comprennent la technologie agricole, la technologie de l'hygiène vétérinaire, l'écologie, la chimie de l'environnement et ainsi de suite, activités toutes assez fondamentales, mais l'une des choses que ce comité recherche est un moyen d'aider à insuffler un dynamisme nouveau au Canada rural, car un certain nombre d'agriculteurs ont des difficultés à continuer à utiliser les méthodes traditionnelles de production agricole, en raison du coût des intrants. Qu'enseigne-t-on dans votre université qui aidera à donner un coup de fouet au Canada rural et à la collectivité agricole et qui offrira un soutien aux personnes voulant rester à la ferme?

Le Dr Coffin: Je ne sais pas si je peux donner une réponse satisfaisante à cette question, si ce n'est que tous les programmes que nous proposons peuvent apporter aux personnes d'origine agricole ou non des mécanismes de réflexion. J'ai lu l'autre jour un exposé d'une personne qui a commencé sa carrière comme infirmière autorisée, a décidé de changer d'orientation, s'est inscrite ici et a obtenu un diplôme en commerce et économie et est maintenant à la tête d'une entreprise florissante de décoration intérieure. Je pense que l'une des traditions des programmes d'enseignement agricole au cours des décennies est la souplesse de l'application des connaissances acquises ici. L'une des forces des diplômés de tous les programmes agricoles, dans tous les établissements, est leur grande faculté d'adaptation. Je suppose que cela est dû entre autres à l'importance accordée au côté appliqué, à l'expérience sur le terrain, à la faculté d'assister, d'observer et de pouvoir appliquer la science et la technologie à des problèmes concrets de tous les jours.

Un de nos programmes les plus populaires est celui d'horticulture environnementale. Il attire des personnes de toutes origines, ne possédant pas forcément une formation en horticulture. Un cas dont je me rappelle est celui d'une personne qui avait travaillé pendant longtemps dans l'industrie minière, puis qui a suivi le programme technique de notre établissement, l'a trouvé absolument passionnant et a décidé de mettre en pratique ses nouvelles connaissances. Je pense donc qu'il existe de nombreuses possibilités, même si nos programmes ne sont bien sûr pas particulièrement orientés vers des mécanismes de réflexion visant les personnes qui ne veulent plus rester à la ferme et désirent se tourner vers d'autres activités.

Nous avons un Centre de recherches rurales dirigé par le Dr Kenneth Beesley. Le Dr Beesley, ainsi que ses collègues, ont proposé que nous offrions un baccalauréat ès arts en études rurales. Cette proposition est encore à l'étude au conseil d'administration, mais nous sommes sans aucun doute conscients de cette nécessité et cherchons des moyens d'y répondre.

Le sénateur Oliver: L'une des choses que nous avons entendu dire par les intervenants de l'Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick est que les problèmes agricoles sont différents dans les Maritimes, et différents de ceux, disons, de la Saskatchewan. Notre président, notre vice-président et le sénateur Tkachuk sont tous de la Saskatchewan, où il y a beaucoup de blé et d'autres grandes cultures et où les problèmes agricoles sont différents de ceux de l'Est.

J'aimerais, si vous le voulez bien, que vous parliez des différences que vous voyez. Quels sont les problèmes particuliers à la région que vous et votre université essayez d'aborder? Avez-vous l'impression que nous sommes paralysés dans le Canada atlantique par le manque d'une stratégie agricole nationale qui pourrait nous aider?

Le Dr Coffin: Je ne suis probablement pas la meilleure personne pour répondre à cette question car, même si j'ai travaillé au niveau national en tant qu'économiste agricole, je ne suis peut-être pas à même d'apprécier toutes les subtilités des différences de production.

Malgré tout, je dirais que l'un des problèmes que rencontre l'agriculture dans cette région est que, du fait de sa grande diversité, elle manque probablement parfois de masse critique dans certains domaines pour posséder une industrie réellement viable. Il existe quelques exceptions, comme l'industrie de la pomme de terre, même si certains peuvent remettre en cause la viabilité de cette industrie de nos jours. En clair, la diversité de l'industrie signifie que, lorsque des programmes agricoles sont développés au niveau national, ils découlent probablement principalement de problèmes existant par exemple dans d'autres parties du Canada, que ce soit l'Ouest ou l'Ontario et que, par conséquent, ils ne sont pas toujours bien adaptés à cette région. Il est difficile, à mon avis, de mettre au point un programme national qui réponde vraiment aux besoins de toutes les parties du pays. Nous nous en rendons sans aucun doute bien compte avec les programmes de stabilisation des revenus et ainsi de suite.

Faisons-nous quelque chose à ce propos? Je pense que nous nous efforçons d'exploiter les particularités de cette région. Certaines d'entre elles ont été mentionnées ce matin. Un exemple est l'industrie des animaux à fourrure. Si je ne m'abuse, 60 p. 100 de la production de fourrure du Canada s'effectue dans la province de Nouvelle-Écosse. Cette industrie a toujours traditionnellement été en relation étroite avec les entreprises de pêche, source de transformation du poisson et d'alimentation pour les animaux. Nous avons un poste de professeur-chercheur et un centre de recherches consacrés à ce domaine.

Il y a ensuite l'industrie du bleuet. Nous appelons la Nouvelle-Écosse, et en particulier Oxford, la capitale mondiale de la transformation du bleuet, avec Oxford Frozen Foods. Nous travaillons en étroite collaboration avec cette industrie et le professeur-chercheur là-bas.

Nous essayons donc d'exploiter les particularités de cette région et je pense que nous avons fait de sérieux progrès en la matière. Je suis sûr qu'il existe des tas d'autres choses que nous pourrions faire.

Le sénateur Tunney: Docteur Coffin, je voulais vous demander si, du fait que les Maritimes ont un climat différent de l'Ontario, climat lui-même très différent de celui des Prairies, des travaux de recherche sont effectués sur les grandes cultures qui, à l'heure actuelle, ne réussiraient pas bien sous un climat où il pleut la plupart du temps et où les degrés- jours sont plus faibles? Avez-vous entrepris des travaux de recherche pour développer des variétés de plantes cultivées, disons, de céréales et peut-être de colza canola qui pousseraient bien ici — par opposition aux variétés utilisées en Ontario et peut-être dans l'Ouest?

Le Dr Coffin: Je souhaiterais transmettre cette question à certains chercheurs sur le terrain. Je sais que, pendant un temps, nous avons fait ici des travaux intéressants sur le colza canola, mais pas dans le but de trouver une variété particulière bien adaptée à la région, car cette plante ne pousse pas très bien par ici. L'avantage de cette région est qu'il n'y existe pas une grande production commerciale de colza canola et qu'il est donc possible de trouver des zones suffisamment isolées pour produire des semences pures. Ces travaux se déroulaient très bien, mais le chercheur qui en était responsable a décidé de poursuivre une autre orientation de carrière en acceptant un poste à l'Institut international de recherche sur le riz aux Philippines.

Je sais que certains travaux ont été effectués sur les cultures fourragères, en particulier sur les trèfles et la luzerne, mais pas vraiment dans le but de trouver des variétés particulières. Nous ne faisons vraiment pas beaucoup de recherches sur les céréales et, depuis qu'Agriculture et Agroalimentaire Canada a réduit ses programmes dans cette région, la plus grande partie de ces travaux est passée au secteur privé. L'un des problèmes que nous rencontrons bien entendu dans cette région est qu'elle n'est pas vraiment assez grande pour attirer de nombreux investissements visant à développer ces variétés. Je dirai donc que nous ne faisons pas beaucoup de travaux visant à développer des variétés distinctes pour cette région.

Le sénateur Tunney: Vous devez savoir qu'Andy Mitchell, le secrétaire d'État au Développement rural est un ministre très actif, dynamique et bien placé. Avez-vous des contacts avec lui ou son ministère ou pas du tout?

Le Dr Coffin: Je n'ai pas personnellement eu de contacts avec lui, mais je sais que le Dr Beesley, dont j'ai parlé précédemment, a eu des échanges directs avec lui, ainsi qu'avec son ministère.

[Français]

Le sénateur Day: J'aimerais vous remercier pour vos paroles prononcées en français. Je crois qu'il est très important pour nous au Canada de savoir parler les deux langues officielles.

Je vais continuer en anglais, mais si vous voulez poser des questions ou discuter en français, nous sommes à votre disposition.

[Traduction]

Vous avez ici une école de génie, fonctionnant en coopération avec Dalhousie. Le diplôme de génie est-il un diplôme de génie agricole ou quel est son intitulé exact?

Le Dr Coffin: Nous proposons un programme couvrant les deux premières années du diplôme de génie, c'est-à-dire de génie unifié. Les étudiants qui suivent ces deux premières années peuvent par conséquent s'orienter ensuite vers le génie civil ou mécanique, ou vers n'importe quelle branche du génie; et en fait, certains d'entre eux se dirigent vers le génie agricole. Je crois que le nom est devenu «bio-environnemental» ou quelque chose de ce genre. Les étudiants qui s'orientent vers le génie de l'environnement, par exemple, doivent suivre une troisième année de cours à Dalhousie. Ils ont la possibilité de revenir ici pour un semestre lors de la quatrième année, avant d'obtenir leur diplôme, et nous continuons ainsi à travailler avec eux. La plupart des débouchés pour les ingénieurs dans cette branche est le domaine de l'environnement, y compris les problèmes de gestion des nutriments qui apparaissent au grand jour en agriculture.

Le sénateur Day: Hier, nous avons rencontré un autre Dr Coffin, qui était aussi enthousiaste que vous en ce qui concerne la recherche et les travaux dans le domaine de l'agriculture.

Le Dr Coffin: Vous voulez parler de Robert?

Le sénateur Day: Robert, oui. Je ne peux m'empêcher de me demander s'il existe une relation.

Le Dr Coffin: Je crois que son père et le mien étaient cousins au second degré.

Il faisait partie de la première classe d'étudiants à laquelle j'ai enseigné au Prince of Wales College après avoir obtenu mon diplôme à McGill en 1962. Je suis fier de pouvoir dire que 75 p. 100 des étudiants de cette première classe ont soutenu leur thèse de doctorat — trois sur quatre.

Le sénateur Day: Vous pouvez être fier de cet étudiant, je vous l'assure.

Ma dernière question concerne la structure professionnelle de cet établissement et je voudrais savoir si vous pourriez nous fournir quelques données statistiques. Lorsque nous nous réunissons après coup et faisons le point sur les divers exposés que nous avons entendus et les lieux que nous avons visités, il est très utile d'avoir des renseignements statistiques — par exemple, le nombre de professeurs et de chercheurs, le pourcentage de femmes et d'hommes dans vos différents programmes d'enseignement, non pas pour chaque cours, mais en général. Vous nous avez dit que vous avez 700 ou 800 étudiants. Le calcul des revenus, le pourcentage provenant du gouvernement et celui provenant de l'industrie, ce type d'information nous serait très utile, si vous pouviez nous la fournir.

[Français]

M. Coffin: Je serai bien content de vous donner les renseignements.

[Traduction]

Le président: Le message que je voudrais faire passer en tant que président au fur et à mesure que nous voyageons à travers le pays et que nous étudions l'état de l'agriculture au Canada est qu'il semble que l'industrie de production primaire ne gagne pas assez sur ses produits pour couvrir le coût de production, ce qui est un problème très grave. À l'inverse, il semble que l'industrie de transformation et le produit final, à savoir les aliments, soient des secteurs où les moyens financiers ne manquent pas.

Par exemple, je viens de la Saskatchewan où, si l'on considère un pain, le travail des agriculteurs ne représente selon eux que six cents. Six cents est une somme dérisoire comparée au prix du pain. Nous n'avons pas été capables de trouver une approche raisonnable et juste pour nous attaquer à ce problème.

Depuis un ou deux jours, nous avons parlé avec des producteurs de l'industrie laitière, des professionnels de la production de bois et ainsi de suite. Il semble qu'il existe un grave problème à travers tout le Canada pour faire parvenir de l'argent dans les mains des producteurs, sans parler des problèmes que nous avons dans nos villes. Nous devons faire passer ce message au gouvernement d'une manière ou d'une autre. Je dis cela car je pense que c'est important pour notre pays. Ce comité a effectué des déplacements aux États-Unis et en Europe, où l'approche concernant l'agriculture, la situation dans les campagnes et le maintien d'une agriculture puissante est très différente. Il est très important de résoudre ce problème pour assurer la solidité de ce pays. Je voudrais vous faire passer ce message.

Honorables sénateurs, nos intervenants suivants font partie de la Nova Scotia Federation of Agriculture.

M. Fraser Hunter, président, Comité de planification industrielle, Nova Scotia Federation of Agriculture: Au nom de la collectivité agricole de Nouvelle-Écosse, je voudrais vous remercier de l'occasion que vous nous donnez de nous exprimer. En tant que collectivité agricole, nous pensons que ces audiences constituent un élément important pour développer une économie agricole viable aux niveaux provincial et fédéral. La fédération est la seule organisation agricole générale reconnue en Nouvelle-Écosse. Nous représentons les intérêts de presque 2 000 entreprises agricoles, qui sont à l'origine de 95 p. 100 de la production agricole de la province.

Nous faisons tous partie d'une industrie formidable. Je suis agriculteur en Nouvelle-Écosse depuis 1990. J'ai émigré du Royaume-Uni en 1978. J'ai habité à Mabou, sur l'île du Cap-Breton, pendant 15 ou 20 ans, avant de déménager sur la partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Je suis exploitant d'une ferme laitière. Lorsque j'ai quitté l'Angleterre, j'élevais des bœufs et des moutons; toutefois, pour moi, la production laitière offrait une trésorerie plus souple et une meilleure chance de survie. Le Canada m'a offert une aubaine que je n'aurais pu trouver nulle part ailleurs dans le monde.

Laissez-moi dire au comité que notre industrie fera tout ce qui est en son pouvoir ici en Nouvelle-Écosse pour que le gouvernement du Canada récolte tous les fruits de ses investissements.

Nous voudrions signaler un certain nombre de possibilités qui permettront le développement de l'économie agricole en Nouvelle-Écosse, ainsi qu'un nombre d'entraves au développement de l'industrie, puisqu'il s'agit des objectifs de ces audiences, comme vous l'avez indiqué dans la lettre que vous nous avez adressée.

Nous espérons que les stratégies mises en place permettront à cette industrie de tirer parti de possibilités qui ne peuvent pas toujours être considérées comme incompatibles avec les stratégies indispensables pour relever les défis auxquels fait face l'industrie.

L'industrie est confrontée à de nombreux défis. Nombre d'entre vous sont responsables de l'élaboration des politiques et désirent me voir assumer un double rôle en tant que producteur agricole. Ce double rôle est une véritable exigence pesant sur les exploitations agricoles modernes. Nous devons à la fois aider à améliorer l'environnement et être des commerçants impitoyables. Il est assez difficile de faire les deux à la fois.

Si nous considérons l'industrie agricole en Australie et en Nouvelle-Zélande, nous constatons qu'elle ne bénéficie d'aucune protection. Si vous regardez l'industrie en Europe et aux États-Unis, vous voyez qu'elle jouit de nombreuses protections. Le Canada se situe entre les deux: la protection dont nous bénéficions est limitée et nous sommes supposés faire du commerce sur le marché. Il est difficile de concurrencer le Farm Bill américain ou la PAC, la politique agricole commune de l'Union européenne.

Nous avons notre propre vision de cette industrie. Nous voulons des fermes viables et rentables. Nous voulons que les aliments soient de grande qualité et que le public puisse avoir confiance grâce à la traçabilité. Nous voulons aussi faire attention aux questions d'environnement qui nous touchent également. Il faut que des moyens financiers reviennent entre les mains des producteurs.

En venant ici ce matin, je me suis arrêté dans un magasin et ai acheté trois produits. Le lait entier m'a coûté 65 cents, l'eau 1,49 $ et le lait au chocolat 1,59 $. Ce lait au chocolat est un bon produit de la Nouvelle-Écosse — de l'entreprise Scotsburn Dairy, dont je suis l'un des fournisseurs.

Les 65 cents que j'ai payent 2,40 à 2,50 $ le litre. Je reçois environ 52 cents par litre. Ce lait est sorti de ma ferme hier et est dans les magasins aujourd'hui, après avoir quadruplé de valeur. Cette bouteille d'eau — et tout le monde consomme de l'eau de nos jours — coûte le même prix que le lait au chocolat.

Il nous reste toutefois des choses à apprendre. Nous devons commercialiser notre produit d'une meilleure manière. Par exemple, cette boîte à lait est difficile à ouvrir pour une personne qui a de l'arthrite ou pour un jeune enfant qui ne sait pas lire l'indication «Pousser pour ouvrir». Personne ne donne une boîte à lait à un enfant dans une voiture. Pourquoi? Parce qu'elle peut couler. De nos jours, tout se vend dans des bouteilles qui se vissent, même la bière, mais nous, dans l'industrie laitière, nous continuons à mettre le lait dans des boîtes en carton. Nous avons donc encore beaucoup à apprendre sur les désirs du consommateur et sur la façon de commercialiser notre produit.

Le lait entier est maigre à 97 p. 100, mais nous le commercialisons en utilisant le terme «3 p. 100 de matières grasses». Nous ne mettons pas en valeur ses qualités. Le lait entier est maigre à 97 p. 100.

Le sénateur Day: Vous devez commencer à verser de l'eau dans la bouteille.

M. Hunter: Nous aurons peut-être besoin de le faire.

Laissez-moi vous parler pendant un moment du style de vie qui change et des tendances démographiques. Les styles de vie changent tout autour de nous. Le marché dans son ensemble est en train de changer et, en tant qu'agriculteurs, nous devons nous rendre compte de la nature de ce marché, le marché en Nouvelle-Écosse, au Canada et dans le monde entier. Les gens vieillissent. Il y a beaucoup de chômage. Le marché est en plein changement. Les gens cherchent «gastronomie amusante» et divertissement lorsqu'ils achètent leurs aliments. En tant que producteurs primaires, nous devons nous en rendre compte. Nous ne devons plus nous considérer comme des producteurs de produits de base; nous devons ajouter de la valeur à nos produits.

Nous devons nous adapter aux changements des styles de vie et aux tendances démographiques, ce que nous n'avons traditionnellement pas fait. Je suis producteur laitier. Le camion de collecte du lait vient chez moi et en repart, c'est tout. Nous avons une autre responsabilité en tant qu'agronomes et agriculteurs: commercialiser notre produit selon nos propres intérêts et selon les désirs du consommateur.

Je mets l'accent sur le lait car je suis exploitant d'une ferme laitière, mais ce que je dis est vrai également pour les autres produits.

À quel moment de la journée le consommateur est-il le plus à la maison?

Le sénateur Oliver: Le matin.

M. Hunter: Le matin pour le petit-déjeuner. Nous pouvons nous associer avec certaines des entreprises qui vendent des céréales. Tout le monde sait l'espace qu'occupent les céréales dans les rayons des épiceries. Nous devons nous associer avec ces entreprises qui vendent des céréales. Nous devons commercialiser notre produit à côté des leurs.

La technologie, le Dr Coffin a mentionné la technologie. Nous devons aller de l'avant en matière de technologie. Nous avons de la chance d'avoir le Nova Scotia Agricultural Colege ici. Toutefois, nous avons besoin d'aller plus loin que l'utilisation de la technologie de production; nous devons nous lancer dans la technologie de commercialisation, fabriquer des aliments et les vendre d'une façon qui répond aux désirs du consommateur. Nous devons déterminer ce que veut le consommateur et nous satisferons ses désirs. Ce type de recherche doit être entrepris et la technologie doit être développée.

Si nous considérons l'industrie alimentaire, la plupart des épiceries et de nombreux magasins de denrées alimentaires spéciales proposent de nos jours des «aliments à emporter», des plats préparés qu'il suffit de réchauffer d'une fois chez soi. Notre industrie doit préparer ce que le marché veut, et non pas ce que nous pensons qu'il veut tout le temps.

La technologie et la recherche sont nécessaires car nous devons contrôler les ravageurs et les maladies.

Parlons de la mondialisation. La Nouvelle-Écosse est dans une situation géographique unique, avec les États de la Nouvelle-Angleterre au sud, l'Europe très proche à l'est et le Canada central à l'ouest. Nous sommes au centre. Nous pouvons alimenter ce marché, mais nous ne devons pas vendre un produit de base. Nous devons vendre un produit à valeur ajoutée. Nous devons lui ajouter de la valeur ici même. Quiconque a entendu les nouvelles de ce matin doit avoir entendu le débat ayant lieu au sein de la direction du Parti libéral dans cette province. Les intervenants parlaient d'ajouter de la valeur à notre gaz. Nous vendons tout et laissons aux autres le soin d'ajouter de la valeur à nos produits. Nous devons nous-mêmes leur ajouter de la valeur avant de les lancer dans le marché mondial. Ils sont alors bien moins chers à transporter.

La Nouvelle-Écosse est une région unique. Dans un sens, nous sommes légèrement en retard, mais c'est un avantage. Nous ne sommes pas devenus une agriculture industrielle; nous avons encore une grande proportion de fermes familiales. Nous nous préoccupons déjà des problèmes d'environnement.

Pour toutes les possibilités que j'ai mentionnées, il existe plusieurs façons pour le gouvernement du Canada de nous aider. Pour répertorier à nouveau ces possibilités, j'ai mentionné les styles de vie qui changent, la démographie, la technologie, la mondialisation et les marchés spécialisés, nationaux et internationaux, pour lesquels, en Nouvelle- Écosse, nous avons un avantage par rapport à la concurrence grâce à notre situation géographique. Nous devons développer ces marchés. Pendant des années, les agriculteurs ont été de piètres commerçants. Nous sommes des producteurs. Nous n'avons jamais été des commerçants. La commercialisation est une philosophie nouvelle pour nous. Nous devons faire fonctionner nos cerveaux d'une manière différente. Nous devons déterminer ce que veut le marché. Nous avons besoin de l'aide gouvernementale, à la fois au niveau provincial et fédéral, pour trouver ces marchés où nous pourrons vendre un produit à valeur ajoutée.

L'industrie du bleuet est un excellent exemple. Tim Horton's vend un savoureux muffin aux bleuets. Chaque muffin contient un grand nombre de bleuets.

Nous devons améliorer notre infrastructure afin d'expédier la production rapidement tout en maintenant en même temps les coûts de production en accord avec ce que le consommateur est prêt à payer. Nous sommes une industrie de petite taille. Le Dr Coffin a déclaré que cela pouvait être un inconvénient, mais cela peut souvent être un avantage. Vous pouvez modifier les choses nettement plus vite. Nous devons avoir accès à du capital, à des renseignements sur le marché et au développement de possibilités de production à valeur ajoutée.

Si vous considérez n'importe quelle épicerie, Save Easy, Super Value ou Sobeys, vous y trouverez du fromage importé du Royaume-Uni. Le prix au détail de ce fromage est de 28 $ le kilogramme. Dans ce fromage, la valeur qui correspond au lait n'est que de 5 $. Cela fait une valeur ajoutée considérable. Notre usine ici à Truro produit du fromage cheddar qui se vend à 11 $ le kilogramme. Nous devons donc chercher ces marchés à créneaux. La Nouvelle- Écosse a le gros avantage d'être de taille restreinte, ce qui nous permet de nous insérer rapidement dans ces marchés à créneaux.

Nous avons également besoin d'aide pour maintenir notre avantage en matière d'environnement, y compris en ce qui concerne la planification de la gestion des nutriments, les plans environnementaux en agriculture, la gestion de l'eau, l'infrastructure et la sécurité alimentaire. La fédération montre l'exemple en ce qui concerne la planification de la gestion des nutriments et les plans environnementaux en agriculture. Nous essayons de nous assurer que chaque exploitation intègre ces deux paramètres dans sa gestion. Nous avons commencé à prendre cette initiative probablement il y a deux ans.

Qui dit planification de la gestion de l'eau dit sécheresse. Vous avez mentionné la sécheresse dans le document que vous nous avez présenté. Pendant les cinq dernières années, la Nouvelle-Écosse a été sévèrement touchée par la sécheresse. La Nouvelle-Écosse est une province de production fourragère et, pendant les cinq dernières années, elle a manqué d'eau durant l'été.

Pour ce qui est de mon propre cas, la date du 11 juillet restera gravée dans ma mémoire. Nous avions fait un bon ensilage sur la première coupe. Le 11 juillet, le temps était sec, mais la deuxième coupe se préparait. Nous avons été frappés par les chenilles légionnaires et, depuis le 11 juillet jusqu'à aujourd'hui, nous avons été obligés de nourrir les animaux avec de l'aliment composé. Le coût net de l'achat d'aliment pour les animaux, de l'achat de céréales, du réensemencement éventuel des pâturages l'an prochain et aussi du forage de nouveaux puits s'élèvera pour nous cette année à 30 000 $ — et notre ferme n'est qu'une petite exploitation laitière de 60 vaches. Cet argent a été prêté par la banque, ce qui signifie que nous sommes maintenant dans une situation d'endettement plus lourd. En Nouvelle-Écosse, notre quota laitier est de 17 000 kilogrammes, et la sécheresse m'a coûté 500 $ par kilogramme. Si chaque exploitation laitière était dans la même situation que moi, rien que la sécheresse coûterait donc 8 millions de dollars à l'industrie. Il faut nous occuper sérieusement de la gestion de l'eau.

Je vais demander à mon collègue, M. Nason, de parler de l'administration du rétablissement agricole des Prairies.

M. Laurence Nason, directeur exécutif, Nova Scotia Federation of Agriculture: Nous avons récemment eu la chance que le ministre Vanclief nous permette d'accéder aux compétences et aux quelques 70 années d'expérience acquises par l'administration du rétablissement agricole des Prairies dans l'Ouest canadien. Des représentants de cet organisme sont venus ici et nous ont jusqu'à présent rencontrés deux fois. Nous sommes très intéressés par le type de conseils qu'ils sont en mesure de nous offrir. Nous espérons travailler avec eux dans les deux ou trois mois qui viennent pour mettre en place un plan directeur permettant non seulement de lutter contre la sécheresse, mais aussi de changer nos pratiques agricoles et culturales, afin de nous adapter à ces nouvelles conditions qui sont devenues relativement normales pour nous. À cet égard, nous apprécions vraiment l'intérêt que le gouvernement du Canada a porté à notre industrie. Cette aide nous permettra de commencer à mettre au point un schéma directeur pour que notre agriculture soit florissante à l'avenir dans ce type de conditions.

Notre présentation écrite contient les grandes lignes de ce projet. Nous sommes en train de mettre en place une stratégie de gestion des questions liées à l'environnement, qui commence à répondre à ces problèmes.

M. Hunter: Nous avons assez d'eau de surface, si nous sommes capables de la retenir, puis de l'utiliser ensuite pendant l'été. Vous êtes dans les Maritimes depuis deux ou trois jours. Il vous suffit de vous lever le matin et le temps change. La température l'autre jour était de moins 16 degrés, soit moins 30 avec le facteur de refroidissement éolien. Elle est ensuite montée à plus 5 degrés et l'eau est à présent en train de s'écouler. Les prévisions pour demain soir indiquent une chute de température jusqu'à moins 20 degrés. Vous pouvez penser que le climat pendant l'été est important, mais le climat hivernal exerce également beaucoup de stress sur le bétail. Des sauts de 20 degrés Celsius en 24 heures dépassent l'entendement.

Voici les trois façons dont, à notre avis, le gouvernement du Canada peut nous aider.

Je devrais maintenant parler des entraves au développement, dont l'une est la satisfaction des attentes de la collectivité. Que veut la collectivité? Qu'attend le gouvernement du Canada de son industrie agricole? Qu'attend la collectivité au sens large de son industrie agricole? Nous ne le savons pas. Il doit donc y avoir un échange d'information dans les deux sens. Nous devons savoir ce que veulent le gouvernement du Canada et la collectivité.

Nous avons parlé de technologie nouvelle, mais l'adoption de celle-ci a un coût. Si le marché change rapidement, cela aussi a un coût. Le capital engagé dans nos fermes est important. J'ai une ferme qui produit du bœuf de boucherie près de chez moi, mais l'exploitation de vaches laitières la plus proche se situe entre 20 et 30 kilomètres. En Nouvelle- Écosse, de nombreuses fermes sont isolées et la collaboration entre voisins est donc limitée en termes d'utilisation des machines et de la technologie nouvelle. La distance rend cette collaboration impossible. Cela représente donc un coût et une entrave, même si nous sommes d'une taille assez petite pour pouvoir nous adapter.

J'ai déjà parlé de la concurrence dans le cadre d'une économie mondiale. Comment y faisons-nous face? Nous ne pouvons pas concurrencer les produits de base. J'ai noté hier dans la presse que les problèmes politiques et économiques actuels en Argentine entraîneront de manière pratiquement certaine la dévaluation du peso de ce pays. L'Argentine produit beaucoup de soja, ce qui signifie que ce produit sera bien moins cher l'an prochain. D'autres comptes rendus montrent que les exportations brésiliennes de maïs, et il s'agit exclusivement de maïs non transgénique, atteindront aussi un niveau record. La Chine exportera également 5,4 millions de tonnes de maïs en 2002. Il s'agit des pays avec lesquels nous sommes en concurrence sur le marché des produits de base dans le cadre de l'économie mondiale. À cet égard, nous devons donc avoir des produits à valeur ajoutée. Nous devons savoir ce que les marchés attendent. Il s'agit de quelques paramètres qui peuvent avoir un effet important sur notre production.

Laissez-moi vous parler de la protection du revenu agricole. Les schémas actuels de protection du revenu agricole aident la Nouvelle-Écosse dans un sens, mais nous avons une économie très diversifiée. La Nouvelle-Écosse tire son épingle du jeu car nous avons diversifié notre agriculture, et avons par conséquent bien réparti nos risques, mais cela signifie aussi dans de nombreux cas que nous n'entrons pas dans le cadre du schéma agro-global. Nous ne sommes pas une exploitation produisant un seul produit de base, qui bénéficie des avantages du schéma si le prix de ce produit s'effondre. Nous conservons un niveau stable tout le temps. Certains ont des hauts; certains ont des bas. Nous sommes toujours à la limite de la pauvreté. Je ne dis pas cela au sens littéral, mais nous ne subissons pas ces hauts et ces bas pour lesquels certains programmes de protection du revenu agricole entrent en jeu.

Le sujet dont je vais parler ensuite est l'arrivée de nouveaux actifs sur le marché du travail en agriculture. Le Dr Coffin a dit que 700 étudiants étaient inscrits dans cet établissement. Où vont-ils trouver du travail? J'ai une ferme familiale. Nous rayons 60 vaches laitières. Nous ne pouvons pas nous permettre d'embaucher qui que ce soit. Est-ce que je peux me permettre de donner cette ferme à mes enfants? Oui, si j'accepte de réduire mon niveau de vie lorsque je passerai la main. Ce n'est pas que j'aie un niveau de vie fantastique actuellement, puisque nous n'avons pas pris de vacances depuis à peu près 10 ans. Si nous nous orientions vers des produits à valeur ajoutée, nous aurions alors peut- être de meilleures possibilités, car la ferme serait plus diversifiée. Un exploitant agricole pourrait transmettre une partie de sa ferme à ses enfants, mais pas la totalité. Parfois, de nouveaux actifs sur le marché du travail veulent se lancer à un endroit où leur père a fini sa carrière.

Cela me fait souvenir des personnes qui se marient de nos jours. Lorsque la plupart d'entre nous nous sommes mariés, nous n'avions pas de lave-vaisselle, de sécheuse, de machine à laver le linge ou de four à micro-ondes. Nous lavions nos habits dans un bac à laver le linge. Aujourd'hui, lorsque les gens se marient, ils s'attendent à avoir toutes ces choses immédiatement.

Les jeunes exploitants qui se lancent dans le métier s'attendent donc parfois à prendre la direction de toute l'exploitation et à progresser à partir de la situation où se trouvent actuellement leur père ou leur mère. Ainsi, il peut y avoir des exemples où ils doivent réduire les dépenses et aller de l'avant.

Lorsque je me suis lancé dans l'agriculture, j'ai travaillé en complément en dehors de la ferme pendant 10 ans; ma femme trayait les vaches et travaillait à l'extérieur de notre exploitation pour toucher un revenu. Devrais-je encore faire cela de nos jours? Je ne sais pas. Malgré tout, en ce qui concerne les nouveaux actifs sur le marché du travail, il existe un problème. Je pense que je suis encore jeune mais, à 53 ans, si j'étais resté au Royaume-Uni avec la profession que j'exerçais, je pourrais partir à la retraite dans deux ans. Je ne pourrai bien sûr pas prendre ma retraite ici.

Le prochain sujet que je veux aborder est la concentration du secteur du commerce de détail. Ce phénomène pourrait nous poser problème. À l'heure actuelle, il existe deux entreprises de commerce de détail au Canada, ce qui signifie que nous avons deux endroits pour commercialiser notre lait ou nos produits. Cinquante pour cent de la production de cette coopérative laitière va chez Sobeys; cela veut dire que nous sommes assez fortement liés à un marché.

Pour ce qui est des entraves, qu'est-ce qui pourrait remettre en cause la croissance de l'industrie? Le gouvernement du Canada peut aider de plusieurs façons — aide au développement de pratiques commerciales saines et écologiques, y compris pour ce qui est de l'atténuation du changement climatique, ainsi que fourniture des outils de mise en place d'une agriculture viable. Je parle d'agriculture viable et non pas d'agriculture de subsistance, car il existe une différence. Il y a quarante ou cinquante ans, nous parlions d'agriculture de subsistance. Celle-ci était viable. Nous voulons une agriculture viable qui engendre un bon niveau de vie dans la Nouvelle-Écosse rurale.

Laissez-moi vous parler de la protection des intérêts de l'industrie de la Nouvelle-Écosse au niveau international. Je suis toujours stupéfait, venant du Royaume-Uni, qu'une grosse partie de la concurrence que nous rencontrons vienne des autres provinces. Ce n'est pas une concurrence internationale. Nous parlons de barrières commerciales au niveau provincial. Si nous produisons quelque chose ici, pourquoi ne serions-nous pas autorisés à vendre ce produit à travers tout le Canada? Nous ne pouvons pas le faire pour ce qui est du lait, mais de la crème glacée part d'ici pour être vendue en Colombie-Britannique. Il existe donc des barrières qui doivent être examinées sous les deux angles.

Nous avons besoin de stratégies de gestion des risques financées au niveau national, qui soient assez souples pour s'adapter à nos réalités, et de programmes pour faciliter l'entrée de nouveaux agriculteurs dans l'industrie. Ces programmes peuvent être aussi larges ou aussi vastes que vous pouvez imaginer, selon que vous désirez ou non que l'agriculture soit viable. Une des choses qui peuvent la rendre viable concerne les personnes vivant à la ferme. Si nous devons mettre en place des programmes de succession, des plans de retraite ou ce type de chose, pas à n'importe quel prix, bien entendu, mais en prenant le temps de s'y habituer, c'est très bien.

La fédération demande aussi au gouvernement du Canada, en plus de la mise en place de possibilités et de l'aide pour faire face aux défis, de reconnaître dans le cadre de son initiative stratégique un certain nombre de thèmes qui rendent notre industrie unique et, en conséquence, de tenir compte de nos particularités lors de l'élaboration de la politique agricole. Nous sommes extrêmement dépendants de la main-d'œuvre. L'agriculture représente 1,5 p. 100 de la production nationale, mais emploie 2 p. 100 de la main-d'œuvre. Nous avons une composante horticole importante dans notre industrie. En Nouvelle-Écosse, environ un tiers du revenu brut sortant des exploitations agricoles vient de l'horticulture.

Le prochain sujet que j'aborderai concerne l'achat des céréales utilisées dans l'alimentation des animaux. Nous nous trouvons tout au bout de la chaîne, avec éventuellement Terre-Neuve, mais même Terre-Neuve reçoit peut-être ses céréales à un prix moins élevé que nous par voie maritime pendant l'été. Nous recevions auparavant une aide couvrant en partie les frais de transport des céréales, ce qui rendait leur prix compétitif dans la région; mais dans mon exploitation, notre production brute s'est élevée à 350 000 $ l'an dernier, dont 85 000 ont été dépensés pour l'achat de céréales. Vous pouvez vous demander pourquoi nous n'en faisons pas pousser nous-mêmes. Eh bien, avec un rendement d'une tonne ou d'un peu plus d'une tonne par acre, cela ne vaut pas le coup. Nous avons un haut niveau de diversification. Nous participons au premier programme de gestion des risques. J'ai déjà mentionné la forte concentration en horticulture. Il existe une forte concentration des secteurs à offre réglementée; environ 45 p. 100 de nos revenus bruts proviennent, je crois, d'industries soumises à la gestion de l'offre, telles que l'industrie laitière et l'industrie de la volaille. La gestion de l'offre est très importante pour nous.

Nous serons heureux de répondre à toutes les questions que vous voudrez bien poser.

Le président: Nous entendons beaucoup parler de valeur ajoutée. Je pense qu'un producteur de pommes de terre qui voudrait faire des croustilles ici aurait des difficultés à ajouter au produit ce type de valeur.

M. Hunter: Je suis assez d'accord avec vous.

Le président: J'ai été agriculteur toute ma vie. J'ai toujours pensé que notre ferme était à l'avant-garde et ai essayé de bien faire fonctionner les choses, de prendre les choses du bon côté et ainsi de suite. Si j'avais voulu faire des flocons de céréales à partir de mon blé, j'aurais eu des difficultés à concurrencer Kelloggs ou les autres entreprises qui commercialisent l'ensemble de ce genre de produits. Je sais qu'il existe des marchés à créneaux et je peux vous en donner quelques exemples.

Le sénateur Tkachuk disait que l'un de ses parents rachète d'anciens multiculteurs et d'anciens tracteurs, qu'il revend en pièces détachées. Toutefois, si tout le monde faisait ce type de transactions, cela ne pourrait pas marcher. Il s'agit d'un marché à créneaux comme il en existe plusieurs. Concurrencer les grosses entreprises avec des produits à valeur ajoutée est cependant une autre histoire; un agriculteur qui fait cela s'expose à bien des difficultés.

M. Hunter: C'est pourquoi vous devez fabriquer un produit qui se démarque complètement de ceux que proposent les grandes entreprises. Considérons l'usine de tartes située un peu plus bas dans la vallée. Elle produisait des tartes aux pommes, puis l'entreprise s'est vendue et une nouvelle entreprise a vu le jour. Elle pensait que ses tartes aux pommes se vendraient chez un détaillant local. Celui-ci a refusé; cette entreprise exporte à présent des tartes aux pommes chez Wal-Mart aux États-Unis.

Nous devons changer notre façon de penser. Si nous considérons ma propre exploitation, elle n'est pas viable. Le quota laitier ici coûte de 25 000 à 26 000 $ le kilo, donc si je dois garder une vache supplémentaire, je dois dépenser 26 000 $ pour acquérir ce quota. Je ne peux pas me permettre de faire cela. Ce n'est pas viable.

Que pouvons-nous vendre? Nous pouvons vendre notre décor naturel. Nous avons la chance d'être situés sur le détroit de Northumberland qui est tourné vers l'Île-du-Prince-Édouard. Nous avons un décor naturel à vendre. Nous pouvons vendre gastronomie amusante et divertissement. Je ne sais pas exactement ce que peut faire le cultivateur de blé dans l'Ouest, mais l'avantage de vivre en Nouvelle-Écosse est que nous pouvons vendre notre décor naturel.

La traçabilité va prendre de l'importance aux yeux du consommateur. Celui-ci va vouloir savoir d'où vient le lait qu'il boit. À l'heure actuelle, le lait apparaît dans une boîte Scotsburn. Toutefois, si vous suivez ce qui s'est passé en Europe, les consommateurs veulent savoir d'où vient le produit qu'ils achètent. Pourquoi nos boîtes à lait n'auraient-elles pas les photos des fermes et des décors naturels? De cette manière, nous vendrions en même temps nos décors naturels en Nouvelle-Écosse. Je ne sais pas ce qui se passe dans l'Ouest, mais nous avons l'avantage de pouvoir nous insérer dans des marchés à créneaux.

Le Dr Coffin a mentionné l'agriculture biologique. Actuellement, presque 20 p. 100 des produits en Europe proviennent de l'agriculture biologique. Il existe un marché à créneaux dans ce domaine. Nous avons tout le marché de la Nouvelle-Angleterre. Des conteneurs quittent notre région et partent pour l'Islande via Halifax. Nous avons vendu des choux-fleurs et des choux en Islande à plusieurs reprises. La diversité existant ici est un avantage que ne possèdent pas d'autres régions. Les Maritimes ont de toute évidence l'avantage de la diversité.

Le président: Le mot d'ordre de la stratégie du créneau pendant les 20 dernières années, si je peux me permettre, a été «diversification». Croyez-moi, nous sommes passés par tout cela dans les Prairies. Nous sommes passés du blé au blé dur, puis au colza canola, puis à la moutarde, puis aux pois, puis aux haricots. Nous avons tout essayé. Il semble qu'au fur et à mesure que les rendements augmentaient, les prix chutaient, chutaient et chutaient encore. Le colza canola valait 10 $ le boisseau. Il y a un an, il ne valait plus que 5 $. Par conséquent, même si je ne suis opposé en aucune façon à l'idée de valeur ajoutée, peut-être devrions-nous former des coopératives ou quelque chose de ce genre pour réunir assez de capitaux d'investissement pour faire avancer les choses.

Le sénateur Hubley: Merci beaucoup pour votre exposé très intéressant de ce matin. Je m'excuse d'en avoir manqué une partie, mais j'ai eu l'occasion, lorsque j'étais dans le hall d'entrée, de regarder les photos des agriculteurs qui, au fil des années, ont atteint un certain rang au temple de la renommée agricole. Il y a là un très grand nombre de jeunes hommes, ainsi que quelques femmes. Je pense que cela nous rappelle le grand patrimoine que nous possédons ici dans les Maritimes, grâce notamment à notre industrie agricole. Je n'ai pas perdu mon temps.

Je voudrais juste parler à propos de la technologie nouvelle. Je pense qu'il va s'agir d'une arme à double tranchant pour la collectivité agricole et je vais utiliser l'Île-du-Prince-Édouard et les pommes de terre à titre d'exemple. Cette année, l'industrie de la pomme de terre a connu une chute de 40 p. 100 dans l'Île-du-Prince-Édouard à cause de la sécheresse dont nous avons souffert. Les tubercules produits étaient très petits et il y en a eu moins. C'est un problème très important pour l'industrie là-bas.

Ces pommes de terre sont cultivées pour un transformateur qui exige la production d'un type particulier de pomme de terre, la Shepody, qui est une pomme de terre longue et étroite permettant de satisfaire le consommateur, car elle produit des frites longues. Lorsque cette situation de sécheresse nous a touchés, nous avons été submergés par des tonnes de pommes de terre transgéniques. Il existe des réponses, des réponses techniques au problème, mais malheureusement, il est difficile de les faire accepter par le consommateur. Pour de nombreuses raisons, celui-ci n'est pas à l'aise avec le terme «transgénique». Alors que la technologie existe et que peut-être nous avons besoin de cette technologie, le consommateur est l'élément qui est susceptible de freiner son utilisation.

Je ne veux pas alourdir la question, mais le même problème existe dans le domaine de l'irrigation. Juste à titre d'exemple, et cela n'a pas besoin d'être dans l'industrie de la pomme de terre, il s'agit de la sécheresse la plus sévère depuis 50 ans. Très rapidement, l'irrigation devient indispensable pour les agriculteurs de l'île. En d'autres termes, l'agriculture n'a pas le loisir d'échouer à cause des conditions climatiques. Nous devons résoudre un problème d'irrigation, même s'il ne se pose que tous les 50 ans.

Je me garderais bien de décider ou de dire ce que les agriculteurs de l'île vont faire à propos de l'irrigation, mais je dirais qu'ils vont «faire avec les moyens du bord» et dire que c'était une année difficile et qu'ils ne peuvent pas se permettre d'investir dans un système d'irrigation qu'ils utiliseront si rarement. Nous n'avons pas pu disposer des chiffres pour voir s'il se dessinait une tendance, mais il est clair que nous sommes partis d'un pic et avons eu chaque année une baisse graduelle du rendement. Bien entendu, l'irrigation, comme il s'agit maintenant d'une technologie, a ensuite été présentée.

Je me demandais juste si vous pouviez faire des commentaires sur la technologie disponible et sur la difficulté éventuelle de l'utiliser si vous voulez satisfaire aux exigences du marché. Je ne suis pas certaine que vous puissiez lier ce problème à l'industrie laitière, mais cela pourrait arriver un jour.

M. Hunter: Eh bien, en premier lieu, je ne dis pas cela d'une façon négative ou pour vous contredire, mais c'est ce que le marché exige. Qui constitue le marché: les transformateurs ou le consommateur?

Si ce sont les transformateurs — il est bien plus efficace d'utiliser de grosses patates. Ils ont convaincu le consommateur que ce qu'il veut, ce sont des frites longues. Ou est-ce des patates, des frites torsadées ou quoi d'autre? Je ne sais pas. Savons-nous ce que le consommateur veut en matière de pommes de terre?

McDonald's propose maintenant une pomme de terre au four. Est-ce parce que le consommateur veut une pomme de terre au four, car c'est «plus sain» que des frites? Je ne sais pas, mais je trouve que c'est intéressant.

Vous parlez de technologie nouvelle? La technologie d'irrigation utilisant les puits profonds — et je donne ici mon point de vue personnel et non celui de la fédération — n'est pas viable, car vous allez épuiser vos ressources en eau en fin de compte. Nous devons considérer la technologie. Depuis que j'ai emménagé dans cette ferme, nous nous trouvons en situation de sécheresse. J'y ai emménagé en 1998. Nous avons eu quatre années de sécheresse. Celle de l'an dernier a été la pire. S'agit-il d'un changement complet de climat ou les choses vont-elles s'arranger l'an prochain? Nous sommes d'éternels optimistes; nous disons que les choses vont s'arranger l'an prochain — autrement, nous devons changer notre système de gestion.

Ainsi, la technologie nouvelle — l'irrigation est disponible. J'aimerais beaucoup irriguer avec l'eau souterraine que nous recueillons au cours de l'hiver. Dans l'Île-du-Prince-Édouard, nous ne recueillons pas ici l'eau souterraine dans des réservoirs. Un pouce d'eau de pluie représente 22 500 gallons par acre. Sur ma ferme, que représente un pouce de pluie sur 200 acres: quatre millions de gallons? Si vous pouviez d'une manière quelconque mettre au point la technologie permettant de retenir cette quantité d'eau, alors oui, vous pourriez irriguer. Toutefois, si nous continuons à forer des puits, le niveau de la nappe phréatique va baisser. L'eau de pluie ne manque pas; nous devons juste la stocker pour pouvoir irriguer dans la situation que nous vivons ici.

Je vous dis les choses suivantes: Que veut réellement le marché? Est-ce que ce sont les transformateurs qui veulent des frites longues? McDonald's ne passe pas aux pommes de terre au four du jour au lendemain. Il s'agit d'une question liée à la santé; les pommes de terre au four sont un aliment plus sain que les frites. Ainsi, vous avez cette technologie. Nous devons avoir une technologie viable dont nous savons qu'elle fonctionnera pendant les 20 à 30 ans à venir.

Le sénateur Hubley: Juste un commentaire à ce propos. Je ne suis pas sûre que le consommateur se laisse mener par le bout du nez; en d'autres termes, le transformateur dit: nous avons quelques pommes de terre bien grosses ici, qui vont être vraiment faciles à transformer. Boum! Nous allons annoncer que chaque enfant devrait manger des frites longues. Je suis d'accord, c'est la manière dont les choses se passent. Tout retombe en fin de compte sur le dos de l'agriculteur qui n'aura d'autre choix que de se taire et d'en passer par là.

M. Hunter: Oh, je suis assez d'accord avec vous. Je n'ai pas utilisé dans ce contexte la phrase suivante: «L'agriculture est-elle morte ou mourante, ou a-t-elle besoin de renaître?»

Le sénateur Hubley: Vous avez raison, en effet.

M. Hunter: Cette technologie nouvelle ou cette nouvelle stratégie de commercialisation va coûter de l'argent. Nous devons recevoir le capital nécessaire, mais pas seulement sous forme d'aumônes. Quelqu'un a dit en parlant de la politique agricole aux États-Unis: «Vous plantez un dollar dans le sol et vous en retirez un dollar.» J'ai oublié combien de millions ou de milliards de dollars vont être distribués dans le cadre du nouveau Farm Bill américain, mais ce sont ces personnes à qui nous essayons de faire concurrence.

Le président: Je pense qu'il s'agit de 171 milliards de plus.

Le sénateur Oliver: J'ai parlé à un certain nombre d'agriculteurs en Nouvelle-Écosse et ils ont tous soulevé la même question que vous. Dans votre document, vous dites que ce dont nous avons réellement besoin est une politique nationale à long terme sur les céréales utilisées dans l'alimentation des animaux. Vous dites la chose suivante dans votre document: «L'intervention la plus importante pour l'agriculture en Nouvelle-Écosse a été le Programme de péréquation des frais de transport des aliments du bétail ou aide au transport des aliments du bétail. Ce cadre stratégique n'existe plus.»

Le rôle des comités sénatoriaux est de développer de nouvelles politiques publiques et je vous pose donc la question suivante: Que recommandez-vous à ce comité de faire, le cas échéant, en matière de politiques nationales à long terme sur les céréales utilisées dans l'alimentation des animaux? Quelles sont vos recommandations?

M. Nason: Si vous êtes sérieusement intéressés par des recommandations, je vous demanderais de me donner quelques jours afin que je puisse les préparer avec plus de soin que je ne peux le faire au pied levé. Notre recommandation serait de mettre en place un programme qui permettrait aux producteurs d'ici d'être concurrentiels. Maintenant, comme M. Hunter l'a mentionné, nous nous trouvons tout au bout de la chaîne en ce qui concerne les céréales utilisées dans l'alimentation des animaux. Ce programme d'aide au transport des aliments du bétail a permis d'aider quelque peu les producteurs de bétail à rester concurrentiels. Il a été supprimé en grande partie, et je pense que l'on y a fait allusion précédemment, car le Canada, passez-moi l'expression, a décidé d'être un «boy scout» en matière d'accords commerciaux internationaux. Les États-Unis et l'Europe de l'Ouest n'ont pas supprimé leurs programmes dans la même mesure.

Dans une certaine mesure, les agriculteurs d'ici se sont adaptés à cette situation, mais nous avons quand même besoin d'un certain type de rationalisation de la situation des céréales utilisées dans l'alimentation des animaux, dans son ensemble. Comme je l'ai dit, si ce comité est intéressé, je serai très heureux de rédiger une recommandation plus détaillée afin que vous puissiez l'étudier.

Le président: Monsieur Hunter, d'où proviennent vos céréales utilisées dans l'alimentation des animaux?

M. Hunter: Elles viennent principalement de l'Ontario et du Québec, sont transformées à Truro, des protéines sont ajoutées à Truro, le soja vient probablement aussi de là-bas, et elles arrivent ensuite sur mon exploitation. Mon aliment à 18 p. 100 coûte actuellement 335 $ la tonne.

M. Nason: Il existe ici également un certain nombre de petites causes de friction. Nous avons des installations dans le port de Halifax, capables de traiter des quantités considérables de céréales par voie maritime, mais nous nous heurtons à quelques obstacles à cause de la réglementation du transport maritime qui empêche les navires étrangers de décharger ou de charger des céréales, sauf si... — je ne me souviens plus exactement des détails. La modification d'un certain nombre de choses comme celle-là nous aiderait sans aucun doute et devrait s'inscrire dans la politique que nous avons mentionnée. La difficulté rencontrée de nos jours pour développer ce type de politique est bien entendu l'existence de règles imposées par l'Organisation mondiale du commerce et d'autres gouvernements supranationaux.

Le président: Après l'histoire du taux du Nid-de-Corbeau, bien entendu, vous avez perdu votre aide sur les céréales utilisées dans l'alimentation des animaux et ceci devait sans aucun doute alimenter toutes les vaches laitières en Saskatchewan où nous n'avons aucun quota laitier. Nous avons vraiment de graves problèmes nationaux en ce qui concerne ce domaine. Nous avons toutes sortes d'aliments.

L'an dernier, en fait, les terminaux distribuaient gratuitement, si les agriculteurs venaient les chercher, les résidus de sassement, qui sont aussi bons qu'un aliment pour animaux et sont riches en protéines. Ils n'avaient aucun endroit où les mettre.

Mme Jennifer Melanson, directrice, Atlantic Canadian Organic Regional Network: En plus de mon travail à l'Atlantic Canadian Organic Regional Network (ACORN), j'ai également travaillé pendant les deux dernières années pour le compte de la Nova Scotia Organic Growers Association, et je connais donc assez bien le monde de l'agriculture biologique dans les provinces de l'Atlantique.

Ce que je vais faire tout d'abord est de vous parler un peu de l'ACORN, à savoir ce que nous y faisons et qui nous représentons, puis j'aborderai certaines des questions sur lesquelles vous vouliez discuter.

L'ACORN est une organisation qui existe officiellement depuis un an. Nous recevons des financements des quatre gouvernements provinciaux ou, en fait, de trois gouvernements provinciaux des Maritimes. Nous attendons encore la décision de financement de Terre-Neuve. Notre énoncé de mission consiste à intégrer toutes les ressources et parties prenantes dans l'industrie alimentaire biologique dans le Canada atlantique, à bâtir une infrastructure complète en matière d'alimentation biologique et à accroître la viabilité des fermes familiales dans nos collectivités du Canada atlantique.

Nous sommes donc une organisation régionale dotée de financements octroyés par les provinces Maritimes. Nous représentons des exploitants en agriculture biologique, des transformateurs, des détaillants, des distributeurs, des ONG, ainsi que des consommateurs intéressés. Nos objectifs sont d'augmenter de 30 p. 100 en trois ans la disponibilité pour les consommateurs régionaux de produits biologiques certifiés, conçus et élaborés dans le Canada atlantique, d'agir comme élément moteur pour collecter des financements permettant d'accroître le développement de l'industrie biologique dans le Canada atlantique et de maintenir le soutien des organismes de certification régionaux et des autres parties prenantes — essentiellement, d'être la voix qui représente les intérêts collectifs de l'industrie.

Avant la formation de l'ACORN, il n'existait pas d'organisation régionale représentant les provinces de l'Atlantique. Il y avait des organismes de certification dans chaque province, mais ils n'étaient pas vraiment associés en tant que région.

Le sénateur Day: Êtes-vous un organisme de certification?

Mme Melanson: Nous ne sommes pas un organisme de certification, non. Il existe actuellement cinq organismes de certification fonctionnant dans les provinces de l'Atlantique et l'ACORN, lors de sa formation, a en fait réalisé qu'il n'y avait pas besoin d'en créer un autre.

Le sénateur Wiebe: Si je peux me permettre d'intervenir une seconde, nous avons eu l'occasion d'entendre les représentants de diverses organisations défendant les intérêts de l'alimentation biologique à travers le pays. L'un des problèmes majeurs semble être la difficulté d'arriver à une quelconque échelle de certification au niveau national. Travaillez-vous dans ce sens?

Mme Melanson: Oui.

Le sénateur Wiebe: Quand je parle de certification au niveau national, je veux dire que les producteurs au Nouveau- Brunswick, par exemple, satisferaient aux mêmes normes que ceux de Terre-Neuve ou de Colombie-Britannique.

Mme Melanson: Oui, je parlerai de cela un petit peu plus tard, mais l'ACORN possède un comité qui a participé aux réunions nationales à Guelph, ainsi qu'aux conférences téléphoniques nationales. Il s'agit donc de l'un de nos projets en cours en ce moment.

Le sénateur Wiebe: Bien.

Mme Melanson: Je devrais indiquer nos objectifs: augmenter la sensibilisation par voie de communication et l'accès à l'information au sein de la région; aider 3 p. 100 des agriculteurs «conventionnels» à effectuer la transition vers la production biologique dans un délai de trois ans; faire connaître l'ACORN partout dans le Canada atlantique, faire reconnaître le terme «produit biologique certifié» et officialiser l'importance de la nécessité d'insuffler un dynamisme nouveau aux petites exploitations.

Nos stratégies pour atteindre ces objectifs sont les suivantes: développer une base de données de la production et des ventes de produits biologiques; aider au développement d'un système loyal de commercialisation et de distribution; encourager les gouvernements régionaux à acheter des aliments biologiques locaux pour les établissements provinciaux; faire pression sur les acheteurs de marchandises des grandes chaînes de magasins afin qu'ils achètent des produits biologiques locaux; informer les consommateurs et les encourager pour qu'ils exigent que les marchandises biologiques locales soient vendues dans les épiceries où ils s'approvisionnent, et encourager les transformateurs d'aliments biologiques locaux à s'installer dans le Canada atlantique.

Jusqu'à présent, pour mettre en œuvre nos stratégies et atteindre nos objectifs, nos activités principales ont été tournées vers l'organisation d'une conférence annuelle et d'un salon professionnel. Vous avez reçu notre dernier bulletin d'information, qui contient les renseignements concernant notre conférence qui va se tenir début mars à Moncton. Nous avons un site Web très informatif et complet, qui comprend une base de données régionale. Toute personne qui visite notre site Web peut trouver l'ensemble des renseignements nécessaires pour contacter tous les producteurs et transformateurs biologiques certifiés de la région, ainsi que les distributeurs, détaillants, services de restauration, organismes de presse et gouvernement.

Nous avons rédigé des rapports sur la recherche et la commercialisation des produits et avons mis au point une trousse sur les ressources en produits biologiques, qui est en fait essentiellement une version imprimée de notre base de données, ainsi que des cartes comme celle que vous avez reçue aujourd'hui, montrant où se trouvent tous les producteurs et transformateurs en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, dans l'Île-du-Prince-Édouard et à Terre- Neuve. Nous envisageons également la mise en place de projets concernant l'accès et l'information sur la commercialisation.

Au cours de l'année à venir, nous allons travailler sur l'animation d'un programme régional d'apprentissage visant à créer des liens entre des agriculteurs potentiels et des agriculteurs déjà en place, qui ont des exigences en main-d'œuvre qu'ils n'arrivent pas à satisfaire d'une autre manière. Nous essayons d'identifier des marchés locaux, régionaux et à l'exportation, en particulier le marché d'exportation vers la Nouvelle-Angleterre, et de rendre cette information accessible aux producteurs, sous forme de renseignements concernant à la fois les personnes-ressources et l'offre et la demande.

Nous tentons également d'identifier des sources d'intrants biologiques acceptables. Lorsque de nouveaux agriculteurs se lancent dans la production biologique, l'une de leurs plus grandes difficultés est de trouver où ils peuvent se fournir en intrants qui satisfont aux normes de certification.

En plus de notre conférence annuelle, nous sommes en train de développer un stage de formation de deux jours qui se déroulera juste avant la conférence. Ce stage est destiné à la fois aux producteurs biologiques en place et aux producteurs conventionnels qui envisagent de se lancer dans le processus de transition. Nous finançons également un programme d'encadrement pilote pour les producteurs effectuant la transition vers l'agriculture biologique en Nouvelle-Écosse.

Je voudrais juste mentionner pourquoi l'agriculture biologique est importante. Je ne sais pas ce que les autres groupes s'occupant d'agriculture biologique vous ont déjà expliqué, mais je crois que le sujet est assez important. Les techniques biologiques aident le gouvernement à lutter contre les problèmes de pollution et les coûts qui y sont associés. L'adoption de l'agriculture biologique peut permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre au Canada. Elle donne confiance au consommateur qui n'utilise pas des produits, des techniques et des procédés qui sont sujets à caution aux yeux de certains consommateurs. Elle peut réduire les pressions financières qui s'exercent sur les agriculteurs et aider à donner un coup de fouet aux collectivités rurales.

Je vais à présent parler de l'état actuel de l'industrie, que ce soit au niveau national ou au niveau des provinces de l'Atlantique. Le nombre total de producteurs certifiés en 2000 a augmenté de 34 p. 100 au niveau national par rapport à 1999. Ce nombre a augmenté de 50 p. 100 dans l'Île-du-Prince-Édouard et avec des pourcentages équivalents au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. L'augmentation n'est pas aussi importante à Terre-Neuve. Actuellement, nous avons 153 producteurs et transformateurs biologiques certifiés dans les quatre provinces de l'Atlantique, selon les cinq organismes de certification. Le pourcentage d'exploitations travaillant en agriculture biologique se situe entre 1 et 2 p. 100 dans chaque province; les surfaces totales consacrées à la production biologique certifiée représentent moins d'un pour cent des surfaces cultivées ou consacrées au pâturage.

Statistiques Canada indique que les exploitations travaillant en agriculture biologique produisent 1,9 p. 100 des fruits commercialisés et 1,6 p. 100 des légumes commercialisés; pour l'instant, elles ne représentent donc pas des pourcentages très élevés, que ce soit en tonnage ou en surfaces.

La quantité des transformateurs et des intermédiaires continue à augmenter — 15 p. 100 de plus par rapport à 1999, et ceci inclut les transformateurs, distributeurs, détaillants et intermédiaires sur et hors exploitations agricoles.

Le consommateur est de plus en plus attiré par les aliments biologiques, car il les perçoit comme des aliments plus sains et meilleurs pour la préservation de l'environnement. La sensibilisation aux aliments biologiques certifiés est également en augmentation.

Les statistiques générales concernant les produits biologiques au niveau national montrent qu'il existe un taux de croissance combiné de 20 à 25 p. 100 par an, et selon ces statistiques, le secteur des produits biologiques représente la catégorie de produits ayant la croissance la plus rapide au sein de l'industrie alimentaire. Même si la part de marché actuelle des aliments biologiques s'élève à moins de 2 p. 100, elle devrait quadrupler d'ici à 2010. Il reste donc à espérer que ces chiffres augmenteront aussi de manière significative, en ce qui concerne le tonnage et les surfaces.

Laissez-moi à présent vous dire un mot sur les défis rencontrés par l'industrie. Le marché canadien est en retard de 10 ans sur ceux des États-Unis et de l'Europe. Les supermarchés ont commencé à proposer des aliments biologiques depuis deux ou trois ans et la chaîne de supermarchés la plus importante du Canada, Loblaws, a lancé sa gamme de produits biologiques «Choix du président» l'an dernier. Toutefois, la part de marché des produits biologiques au Canada se situe toujours entre 1 et 2 p. 100, avec des ventes estimées s'élevant à 800 millions de dollars. La grande majorité, à savoir 85 à 90 p. 100 de ces ventes, porte sur des produits importés des États-Unis.

Nous sommes actuellement en pourparlers avec Superstore et d'autres grandes chaînes d'épiceries pour tenter de les convaincre d'acheter localement. Une partie du défi réside dans le fait qu'il n'y a pas assez d'offre locale; l'autre défi à relever est le suivant: ces chaînes ne veulent pas avoir à traiter avec 150 producteurs différents qui auront peut-être, disons, une tonne de carottes une semaine et rien du tout la semaine suivante. Nous envisageons de former des coopératives permettant de grouper les agriculteurs afin qu'ils puissent commercialiser leurs marchandises d'une manière efficace.

Malgré tout, nous constatons que des quantités considérables de produits biologiques vendus dans les provinces de l'Atlantique sont encore importées. En clair, les agriculteurs de la région ont ici une possibilité en or non seulement d'augmenter leur nombre, mais également d'accroître le marché.

Un autre défi est la confiance du consommateur et la certification. Les normes nationales sont minimes; elles doivent être mises à jour. Néanmoins, ce processus se déploie très lentement. À l'heure actuelle, lorsque vous cherchez à acheter des produits biologiques dans un marché de producteurs ou dans une chaîne d'épiceries, vous verrez peut-être l'une des étiquettes suivantes: Nova Scotia Organic Growers, Maritime Certified Organic Growers, OCPP, OCIA New Brunswick et OCIA P.E.I. Il s'agit donc d'un système compliqué et difficile à comprendre pour le consommateur. Que signifie-t-il? Les différents organismes de certification utilisent pour le moment différentes normes, ce qui inquiète le consommateur.

Encore une fois, l'ACORN s'inquiète de l'absence d'un processus clair et abordable de révision des normes nationales d'une manière opportune et régulière, et nous participons à des discussions au niveau national pour essayer de résoudre ce problème.

Un autre défi est l'accréditation au niveau international. Le système canadien d'accréditation des certificateurs n'est pas encore complètement en place; il est aussi extrêmement onéreux. Le gouvernement fédéral s'est engagé à aider les certificateurs dans leur processus d'accréditation; toutefois, il y aura vraisemblablement une réduction du nombre des organismes de certification et les coûts seront potentiellement plus élevés pour ceux qui feront une demande de certification. Nous avons déjà constaté cela au niveau local. L'un des cinq organismes de certification est en train de disparaître à cause des coûts croissants de l'accréditation. Depuis le 1er janvier, Maritime Growers ne peut plus exporter vers le Québec et les États-Unis et ce, jusqu'à ce qu'il obtienne l'accréditation. La branche locale de l'OCIA, qui est un organisme international de certification, bénéficie quant à elle de l'accréditation. Ce sujet est un véritable défi pour les organismes de certification locaux.

Encore plus de défis: les entraves à la conversion; les entraves à la transition de l'agriculture conventionnelle vers l'agriculture biologique; les difficultés pour établir des liens entre acheteurs et vendeurs, qui sont dues à la concentration toujours croissante du marché entre les mains des quelques chaînes d'épiceries.

En gros, les achats et la distribution sont centralisés. En ce moment, Superstore et Sobeys sont en train de faire des changements. Vous ne pouvez pas vendre directement à chacun de leurs magasins; vous devez passer par leurs centres de distribution à Moncton. Ainsi, sauf si vous avez suffisamment de volume, de quantité et de qualité pour approvisionner tous leurs magasins, vous ne pouvez pas aller, disons, au magasin Sobeys de votre quartier pour vendre vos excédents de marchandises. Ceci aussi est un problème.

Un autre défi est le manque de services consultatifs. Il existe actuellement des spécialistes de l'agriculture biologique au Nouveau-Brunswick et dans l'Île-du-Prince-Édouard; toutefois, il n'y en a qu'un dans chaque province, qui doit s'occuper de toute la province, et il n'y en a aucun en Nouvelle-Écosse ou à Terre-Neuve.

En termes de défis se posant directement aux agriculteurs, encore une fois, il existe un manque de soutien pour le processus de transition et il y a besoin de développer des cours et des manuels appropriés pour aider au bon déroulement de ce processus. Les nouveaux jeunes agriculteurs qui désirent se lancer dans l'agriculture biologique rencontrent des obstacles; il s'agit surtout d'obstacles financiers. Il est difficile d'obtenir des intrants, des outils et des services adaptés à l'agriculture biologique. Comme je l'ai dit, l'ACORN essaye de résoudre ce problème en mettant en place une base de données répertoriant les sources possibles de ces intrants. Il y a une pénurie d'aliments biologiques destinés aux animaux. Actuellement, il n'existe qu'une seule fabrique d'aliments biologiques destinés aux animaux, qui se situe dans l'Île-du-Prince-Édouard. Pour le moment, la majorité de l'aliment destiné aux animaux continue à venir de l'Ontario. Jusqu'à l'an dernier, en fait, vous ne pouviez pas certifier du bétail biologique ici, à cause du manque d'accessibilité des aliments biologiques destinés aux animaux.

Pour continuer avec les défis que rencontre l'agriculture, il existe un manque de formation et d'encadrement pédagogique des exploitants qui travaillent en agriculture biologique. La production biologique est menacée par la contamination chimique et par les produits issus du génie génétique. Il n'existe qu'un nombre limité d'installations de transformation et d'emballage exclusivement consacrées aux produits biologiques. Comme je l'ai dit, il y a une fabrique d'aliments destinés aux animaux dans l'Île-du-Prince-Édouard et comme, pour l'instant, elle fournit un approvisionnement local limité, ses broyeurs à marteaux doivent être complètement nettoyés à l'aspirateur à chaque fois que l'aliment local est produit. La fabrique peut être obligée de faire cela pour trois tonnes d'aliment, mais ce n'est pas un système qui pourra continuer à exister, à moins que la demande locale en aliments destinés aux animaux n'augmente, auquel cas elle pourrait produire des quantités plus importantes en une seule fois.

Les normes de transformation des produits biologiques sont limitées. Nous avons constaté en Nouvelle-Écosse que les nouvelles entreprises qui s'installent font plutôt de la transformation que de la production de produits biologiques, et cela nous inquiète donc que les normes existantes soient limitées.

Laissez-moi vous parler de l'état de la recherche. En général, la recherche sur l'agriculture biologique est insuffisante, en particulier dans le domaine de la transformation des produits. Il faut établir des collaborations efficaces entre les écoles, les centres de recherche et les agriculteurs. Nous bénéficions d'une vraie possibilité et d'un avantage certain avec le financement récent du Centre d'agriculture biologique du Canada; des renseignements et des ressources de formation sont disponibles en ligne pour les agriculteurs conventionnels ou travaillant en agriculture biologique, qu'ils soient déjà installés ou pas encore. Il y a quand même encore besoin de soutenir des initiatives moins officielles de recherche et de formation orientées vers les agriculteurs.

Pour avoir participé à la vie de l'ACORN et à l'élaboration de son site Web, je sais que de nombreux agriculteurs ne sont pas forcément à l'aise avec les ressources en ligne. Tous les outils de formation proposés par le Centre d'agriculture biologique ne sont disponibles qu'en ligne à l'heure actuelle. Par conséquent, il n'est pas certain qu'ils pourront bénéficier aux agriculteurs déjà en place.

Pour obtenir des ressources supplémentaires, il y a le site Web de l'ACORN, www.acornorganic.org. Il existe également un plan stratégique national destiné au secteur canadien de l'agriculture et des aliments biologiques. Ce plan stratégique en est à sa deuxième version et devrait être finalisé bientôt.

Je vais à présent m'arrêter pour répondre à vos questions.

Le président: Actuellement, en Saskatchewan se déroule un procès intenté à Monsanto par les producteurs de produits biologiques. Ceux-ci déclarent que des semences de colza canola génétiquement modifié se sont disséminées et qu'il leur sera absolument impossible de garantir que leurs champs répondent aux normes de la production biologique.

Mme Melanson: Tout à fait.

Le président: Je vois que le problème que vous rencontrez ici est assez différent, puisque vous allez recevoir de l'extérieur de l'aliment destiné aux animaux, et pourtant il pourrait s'avérer encore plus difficile.

Mme Melanson: En effet. Actuellement, nous considérons les lois sur le génie génétique qui viennent d'être adoptées dans le Maine et en Pennsylvanie. Une partie de ces lois vise à identifier et répertorier tout produit issu du génie génétique qui a été vendu, ainsi que l'endroit où il a été vendu — en d'autres termes, où se trouvent les agriculteurs, les fournisseurs et les distributeurs. Nous nous penchons sur ces projets de loi afin d'éventuellement mettre en place quelque chose d'équivalent ici.

Des cas semblables ont existé dans l'Île-du-Prince-Édouard, par exemple, des essais sur des produits issus du génie génétique s'étant déroulé dans des endroits qui n'ont été divulgués à personne.

Pour l'instant, nous ne connaissons pas exactement l'ampleur de la contamination, mais nous pensons sans l'ombre d'un doute qu'elle va augmenter.

Le président: Cela soulève bien entendu toute la question de l'étiquetage. J'ai pu observer que les États-Unis et le Canada agissent de manière extrêmement protectrice, lorsqu'il est question de se lancer dans ce domaine, à cause du coût et ainsi de suite.

Mme Melanson: En effet. Récemment — et je n'arrive pas à me souvenir de quel projet de loi il s'agissait, concernant l'étiquetage obligatoire des produits issus du génie génétique — seuls 9 députés sur, je crois, 50 ont voté en faveur de ce projet de loi. Il n'y a donc à l'heure actuelle pas tellement de soutien en faveur de l'étiquetage.

Le sénateur Wiebe: Je crois personnellement beaucoup à l'apport considérable que l'agriculture biologique peut offrir au Canada rural. C'est l'un des domaines qui peut permettre de conserver des exploitations de plus petite taille et de maintenir la population rurale à la campagne.

Toutefois, je ressens une véritable inquiétude — et je sais qu'il existera des différences idéologiques entre mon opinion et celle d'autres membres du comité, en ce qui concerne ce que j'ai à dire à ce propos. J'ai un voisin qui possède une grosse exploitation de 4 000 acres. Son père a fait un excellent travail et a connu de très bons résultats financiers. Il est à présent décédé. Le fils, un jeune homme, a hérité de la ferme, des machines, de la terre, de tout l'ensemble et a donc été capable de démarrer. Il a pris la décision de se lancer dans le processus durant trois à quatre ans devant le conduire vers l'agriculture biologique; il a décidé de produire des produits biologiques. Cela s'est passé il y a environ 10 ans.

Ses 4 000 acres sont à présent consacrées dans leur totalité à l'agriculture biologique. Il fait pousser des légumes- feuilles. Il conclut lui-même ses marchés et effectue sa propre vente; il réussit à vendre l'ensemble de ses produits. Une grosse partie part en Europe; une autre grosse partie part en Asie. Ses affaires marchent extrêmement bien. À moins que les responsables de l'organisation de la filière biologique ne trouvent des moyens de développer des normes, de mettre en place des coopératives de commercialisation et de développer ce genre de choses, les grandes entreprises vont se lancer dans ce secteur. S'il y a assez d'argent à récolter, vous pouvez être certains que les grandes entreprises vont se lancer dans ce secteur. Cela me fait réellement peur, car l'agriculture biologique a sans aucun doute un potentiel, ce que m'a démontré l'expérience vécue par mon voisin. Ce n'est pas que de nombreux agriculteurs soient dans la position où il se trouvait, puisqu'il a tout reçu de son père et a pu démarrer. Il n'a pas eu à investir beaucoup de capital. Une grande entreprise comme McCain, ou quelqu'un de ce calibre, va se lancer dans ce secteur, si elle pense que le consommateur veut un produit biologique. Ces grandes entreprises possèdent suffisamment de capitaux pour se lancer dans l'aventure. Dans ce cas, ce que nous faisons est de créer un nouveau problème équivalent à celui que nous avons déjà à présent.

À cet égard, je recommanderais sans aucun doute à votre organisation de se pencher sérieusement sur la mise en place d'un moyen permettant au producteurs plus petits de se grouper pour commercialiser leur produit, afin qu'ils deviennent le gros fournisseur dont les consommateurs auront besoin. Je vous souhaite tout le succès possible; je pense qu'il s'agit d'un excellent moyen d'aider l'agriculture.

Mme Melanson: En effet, et comme je l'ai dit, l'ACORN n'a pas pour but de manipuler et de vendre des aliments, mais nous essayons de faciliter les choses et de soutenir différentes entreprises qui se lancent dans ce processus. Les exploitants qui travaillent en agriculture biologique doivent s'adresser à nous, et ils sont en fait en train de mettre en place un processus de formation d'une coopérative, en collaboration avec d'autres agriculteurs. Notre rôle est simplement de faciliter ce processus en rendant cette information accessible à tous les producteurs.

Le président: Vous avez l'avantage en ce qui concerne les moyens de transport et les conteneurs. Nous sommes allés au port hier et ces conteneurs étaient tous là. Il est beaucoup plus facile de le mettre dans un conteneur ici et de l'expédier, que ce ne l'est en Saskatchewan. C'est pourquoi, j'estime que vous êtes avantagé.

Le sénateur Oliver: Je m'inquiète qu'un agriculteur, possédant 4 000 hectares de terre, sur laquelle il cultive des grains biologiques, puisse découvrir qu'il fait également pousser d'autres grains, dont des OGM, qui ont été apportés par le vent. Comment pouvons-nous savoir si son produit est pur et biologique. Ce problème m'inquiète vraiment.

Le sénateur Wiebe: Ce problème touche également l'agriculteur. En effet, il lui est vraiment impossible de se protéger contre la force d'un ouragan qui, au cours de l'andainage par exemple, souffle des grains de canola génétiquement modifiés provenant de son voisin sur sa terre. Cet agriculteur est obligé de recommencer le processus quadriennal.

Le sénateur Oliver: Ce problème est à la base de la question de la culture biologique. Comment est-ce que nous pouvons prouver qu'un produit est certifié biologique? Comment pouvons-nous en être sûr?

Le sénateur Wiebe: Ce problème les préoccupe beaucoup.

Le président: Dans notre pays, la neige est la surface sur laquelle cette graine peut se déplacer le plus facilement. Une graine de canola se déplacera facilement sur de la neige pendant des kilomètres. De la même façon, la sétaire glauque, qui ressemble beaucoup à une graine de canola, peut se déplacer sur des distances infinies, entraînée par la neige et le vent, et couvrir la terre s'étendant de par et d'autre de la route.

Le sénateur Tkachuk: Je suis curieux d'apprendre si vous avez fait des recherches en Europe pour savoir si nous détenons un marché potentiel pour cultiver des produits biologiques et les y exporter.

Mme Melanson: Nous n'avons pas encore fait de recherche à ce sujet, puisque nous devons toujours répondre à la demande locale. C'est là où nous avons concentré nos efforts. Par contre, nous avons étudié le cas du marché de la Nouvelle-Angleterre. Nous misons vraiment sur les marchés locaux: les Maritimes, le Québec, l'Ontario et la Nouvelle- Angleterre. Certaines entreprises privées exportent leurs produits en Europe, mais en tant qu'organisme, nous n'avons pas encore approfondi la question.

Le sénateur Tkachuk: Quelqu'un a mentionné le fait que si un produit est certifié au Nouveau-Brunswick, il ne l'est pas nécessairement en Nouvelle-Écosse.

Mme Melanson: Vous avez raison. Dès qu'un organisme de certification a été approuvé au niveau national, il est alors reconnu par tous les autres organismes de certification.

Le sénateur Tkachuk: Comment croyez-vous que ce problème pourra être résolu? Quel système sera-t-il en mesure d'accomplir cette tâche? Pensez-vous que la fédération ou le ministère de l'Agriculture pourrait le faire?

Mme Melanson: Le CCCPB, le Conseil consultatif canadien de la production biologique, s'occupait de la question jusqu'à récemment, mais il a été dissout. En ce moment, il y a des discussions au niveau national entre les représentants de chaque région. Ces représentants sont des agriculteurs et des transformateurs. Malheureusement, les organismes des normes nationales et de la certification nationale ne reçoivent toujours pas assez de fonds.

Par exemple, l'organisme de certification locale au Nouveau-Brunswick, les Maritime Certified Organic Growers, fait une demande de certification auprès du département de l'Agriculture des États-Unis, parce que cette demande est abordable. Je ne suis pas certaine du coût là-bas, mais ici, non seulement la certification nationale du Canada n'est pas disponible, on a également proposé qu'elle revienne à 50 000 $ par année pour chaque organisme de certification. Il est impossible qu'un organisme de certification à but non lucratif puisse débourser une telle somme.

Le sénateur Tkachuk: Approfondissons ce sujet si vous le voulez bien. Vous dites qu'il vous est moins cher de faire une demande de certification auprès du département de l'Agriculture des États-Unis et faire en sorte que cet organisme certifie vos produits? C'est bien ce que j'ai compris?

Mme Melanson: Oui. L'OCIA, qui est un organisme certificateur international, est actuellement reconnu auprès du département de l'Agriculture et de la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique, un autre organisme de certification international. Si l'OCIA n'est pas reconnu au Canada, c'est simplement parce que le processus de certification n'est pas encore disponible.

Le sénateur Tkachuk: D'accord. Cependant, vos organismes ne sont pas tous des organismes gouvernementaux, n'est-ce pas? Vous parlez d'organismes certificateurs.

Mme Melanson: Les organismes certificateurs sont des organisations indépendantes, à but lucratif ou non lucratif.

Le sénateur Tkachuk: Ainsi, vous n'êtes pas en mesure de rassembler ces quatre provinces pour faire adopter une norme commune de certification?

Mme Melanson: Ce qui se produit en ce moment, c'est que la région elle-même vient nous dire ce que nous devons accomplir pour créer une norme commune. Et bien voilà, cette norme commune est créée, maintenant ce qu'il faut c'est la mettre à jour et la conserver et élaborer un système de certification national. Puis, la région discute avec d'autres régions du Canada.

De cette façon, un processus se met en place pour tenter d'aborder ces problèmes, mais ce mouvement n'est pas assez rapide pour l'organisme de certification du Nouveau-Brunswick. À partir du 1er janvier, on lui a demandé de cesser ses exportations vers le Québec et les États-Unis. Qu'est-ce qu'il lui reste à faire? La certification auprès du département de l'Agriculture.

Le sénateur Tkachuk: Je me demandais si peut-être vous ne présentiez pas des symptômes de la maladie des gouvernements provinciaux — et je ne voudrais pas que ceci se produise — que vous continuiez à nous parler, pendant les 10 prochaines années, d'un problème sans importance.

Mme Melanson: Non. Récemment, le comité national s'est réuni à l'Université de Guelph pour assister à la conférence annuelle de la Guelph Organic Conference, et les membres se sont accordés à reconnaître la nécessité d'une direction à suivre. Je crois que précédemment, le comité était moins solidaire, mais avec le sentiment d'urgence qui se rattache à la question, les agriculteurs ont plus conscience qu'il faut prendre des décisions rapides.

Le sénateur Tkachuk: Vous savez que nous ne pouvons qu'influencer le cours des affaires provinciales. Cependant, les affaires fédérales relèvent directement de notre compétence. C'est pourquoi, j'aimerais que vous me disiez ce que nous devrions aborder en tout premier lieu, en ce qui concerne votre industrie, avec le gouvernement fédéral?

Mme Melanson: Nous avons besoin de fonds pour obtenir des normes nationales, les mettre à jour et les conserver. Comme je l'ai déjà mentionné au cours de mon exposé, les normes de transformation sont tout à fait minimales — et c'est un secteur de la culture biologique qui actuellement croit plus rapidement que tous les autres secteurs. De plus, nous avons besoin de financement pour faciliter le processus de certification nationale. Présentement, c'est nous qui devons payer pour que nos représentants rencontrent d'autres représentants du pays. Bien que ce processus local a beaucoup de mérite, il faut se demander s'il pourra continuer d'exister et de se maintenir de façon efficace.

Le président: Tout ceci est très intéressant. La partie de la recherche qui a été faite à ce sujet et dont nous avons pu prendre connaissance ce matin pour comprendre le problème est considérable. Ainsi, ce qui se produit à l'école ici et la recherche effectuée sont d'une importance phénoménale. Je ne peux pas tout expliquer ce que j'ai vu, mais j'ai compris certaines choses.

Le sénateur Day: Lorsque vous retournerez à votre bureau, pourriez-vous nous envoyer une liste des organismes de certification existants sur le marché actuellement? J'ai eu l'occasion de faire face à ce même processus avec les propriétaires de terrain boisé et les ventes de bois au niveau international et je peux vous dire que c'est une question délicate. Si vous n'avez pas le contrôle de la situation, vous risquez de perdre votre marché. Nous avons été témoins de cette tendance. C'est une question qui touche la confiance des consommateurs et qui relève de la commercialisation. Si, d'un point de vue commercial, vous permettez à des organisations non gouvernementales extrémistes de s'emparer de la certification, les normes peuvent devenir tellement onéreuses que les agriculteurs ne peuvent pas les satisfaire. D'un autre côté, le public exige des normes. C'est un problème qui est très difficile à résoudre.

Nous avons besoin d'une norme nationale qui soit reconnue sur le plan international, puis nous devons mettre au point un programme de commercialisation pour obtenir la confiance du public. Ainsi, si vous pouviez nous donner un coup de main pour démarrer, nous pourrions alors faire de notre mieux sur le plan national.

Mme Melanson: Bien sûr.

Le sénateur Day: Vous nous avez donné une carte, mais il semble qu'elle ne présente que les activités de la Nouvelle- Écosse. Pourrions-nous avoir une carte avec celles du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard?

Mme Melanson: Je n'en ai pas apporté aujourd'hui, mais je vous en ferai parvenir une.

Le sénateur Hubley: Il semble que nous tentions d'obtenir plus d'information sur le secteur d'activités que vous nous avez présenté. Je suis d'accord avec ce que dit le sénateur Wiebe, que l'agriculture biologique offre d'excellentes perspectives, surtout pour le jeune agriculteur qui désire se lancer dans le secteur agricole.

Vous avez laissé entendre qu'il y avait des obstacles, et peut-être des obstacles sérieux pour un jeune agriculteur qui veut tenter sa chance dans la culture biologique plutôt que l'agriculture traditionnelle. Est-ce que la certification est-elle un de ces obstacles ou y en a-t-il d'autres?

L'autre point, auquel j'aimerais que vous retourniez, concerne le prix à la production en comparaison avec le coût de production. Il semblerait que peut-être une communauté agricole est enfin en mesure de faire des profits sur le travail qu'elle accomplit à la production de ce produit.

J'aimerais aussi que vous puissiez nous dire s'il y a des possibilités de développer des médicaments à base d'herbes et des médicaments de source naturelle à partir de l'agriculture biologique.

Mme Melanson: Voyons d'abord la question des obstacles. Je ne crois pas que la question de la certification soit à l'avant-plan des problèmes auxquels sont confrontés un grand nombre de jeunes agriculteurs désirant se lancer dans la culture biologique. Cependant, en tant que jeune agricultrice biologique, je peux vous parler de mes propres expériences et de celles de d'autres agriculteurs biologiques des provinces de l'Atlantique. Je crois qu'un des obstacles est sans aucun doute celui de la transition. Si les jeunes agriculteurs espèrent prendre la relève de leurs parents, ils doivent attendre trois ans avant d'obtenir la certification biologique.

C'est bien connu que lorsque vous choisissez de prendre la voie de l'agriculture biologique, la production diminue au début. Puis, elle peut augmenter pour atteindre des niveaux équivalents ou supérieurs de production. Toutefois, durant la période de transition, votre production est réduite, alors vous ne pouvez pas gagner autant d'argent et vous devez attendre trois ans avant que vos produits reçoivent l'étiquette biologique et que vous puissiez les vendre en tant que produits biologiques. En outre, vous devez envisager l'achat d'un nouvel équipement pour votre production biologique. Toutes ces considérations nécessitent du temps et de l'argent.

C'est pourquoi, j'aurais tendance à dire que, dans l'ensemble, la transition vers l'agriculture biologique est l'obstacle qui reçoit le moins d'appui du gouvernement fédéral ou des provinces.

Au cours des dernières années, l'Île-du-Prince-Édouard a obtenu un soutien provincial intéressant. En effet, le gouvernement provincial a déboursé la somme correspondant au processus de certification de tous les agriculteurs biologiques de l'île et il a offert des subventions de recherche pour que les agriculteurs devisent un projet de recherche qu'ils seraient intéressés à mettre en œuvre. Ainsi, ils reçoivent de l'argent pour favoriser la croissance de leur production. Ces initiatives sont très utiles parce que l'argent versé sert directement aux projets des agriculteurs biologiques.

La certification peut coûter entre 300 $ et quelques milliers de dollars. Peut-être que 300 $ par année ne semble pas un très gros montant; pourtant, si vous commencez avec très peu et ne remportez que 10 000 $ ou moins de 30 000 $, cette somme est considérable. Si vous effectuez la conversion vers l'agriculture biologique, vous devez payer un montant supplémentaire.

Quelle était votre second point?

Le sénateur Hubley: La deuxième question concernait la comparaison entre le coût de production et le prix à la production.

Mme Melanson: Ah oui. Je n'ai pas de données statistiques précises en main, mais je peux vous en faire parvenir quelques-unes qui se trouvent dans le Plan stratégique national pour le secteur biologique. Ce plan fournit un aperçu des bénéfices nets des agriculteurs conventionnels par rapport à ceux des agriculteurs biologiques. Je crois qu'au niveau national, les agriculteurs biologiques gagnent en moyenne 40 000 $. Il n'y avait pas de montant net négatif.

Certaines études effectuées en Nouvelle-Écosse, par l'entremise de l'indice de progrès réel, qui est une méthode de calcul parallèle au PNB, démontrent que les agriculteurs conventionnels ne font aucun bénéfice sur un grand nombre de leurs produits, alors que les agriculteurs biologiques font généralement moins de bénéfices bruts, mais ils font des bénéfices nets qui sont considérablement plus élevés. Je peux vous envoyer de l'information à ce sujet.

Votre troisième question portait sur les herbes et les sources naturelles. Je répète que cette possibilité n'a pas encore été exploitée dans les provinces de l'Atlantique. Il existe un certain nombre de cultivateurs qui produisent ces herbes, les assèchent et les importent pour qu'elles soient remballées. Il se trouve également des entreprises de produits modifiés qui transforment les herbes en teintures et en crèmes. Ainsi, les possibilités existent, il suffit simplement de prendre des mesures concrètes pour aller de l'avant.

Le sénateur Day: Est-ce que ces deux secteurs sont-ils reliés entre eux: l'agriculture biologique et les herbes et les produits naturels utilisés dans la confection des médecines douces?

Mme Melanson: Certainement. Pour la conférence que nous avons organisée pour le mois de mars et pour toutes nos conférences annuelles, nous nous associons toujours avec des groupes de défense et de promotion de la santé et du mieux-être. Il y a un lien réel entre l'agriculture biologique et la santé et le mieux-être.

Le président: J'aimerais rajouter des données sur le problème de l'agriculture biologique en vous relatant une conversation que j'ai eue à bord d'un avion avec un agriculteur biologique qui retournait en Saskatchewan après un séjour en Allemagne. Il m'a dit qu'il aidait 200 agriculteurs à obtenir leur certification le long de la frontière. Ces agriculteurs de la Saskatchewan étaient ceux qui, pour la plupart, détenaient de petites fermes, une petite quantité de bétail, procédaient à la mise en jachère d'été et n'utilisaient que très peu d'engrais et autre fertilisant. Il m'a dit que c'était beaucoup plus simple pour eux d'obtenir leur certification et de se lancer.

La deuxième chose que ce monsieur m'a dit était que les agriculteurs ont la possibilité de vendre tous leurs grains à l'Allemagne à 12 $ le boisseau. Et il en revenait.

J'ai également discuté avec M. Kramer, un distributeur d'engins à chenilles qui a mis sur pied un silo-élévateur à grains biologiques à Regina. Il m'a dit qu'il n'était pas en mesure d'obtenir assez de grains pour produire la quantité qu'on exigeait de lui.

Le sénateur Tkachuk: Les gouvernements européens octroient des subventions, n'est-ce pas? Le président nous disait qu'ils financent selon le prix unitaire. Par exemple, pour le blé, les agriculteurs obtiennent des subventions de 8 $ le boisseau. Par conséquent, pourquoi hésiteraient-ils à déverser des produits chimiques dans leurs terres s'ils reçoivent de telles subventions? Et pourquoi s'arrêteraient-ils de le faire?

Il est clair que ces terres ne seront jamais nettoyées. S'ils le font depuis 20 ans, il en faudrait du temps avant qu'un agriculteur biologique obtienne sa certification, peut-être une génération.

C'est pourquoi, nous avons une telle possibilité d'exportation, puisque les Européens se préoccupent autant de leur santé et qu'ils ne veulent pas de produits génétiquement modifiés.

Le sénateur Tunney: J'aimerais faire une très brève déclaration, puis j'aurais quatre points que je voudrais que vous preniez en note. Je serai très bref.

J'ai un voisin qui cultive depuis longtemps de l'épeautre. L'épeautre est un grain qui ressemble beaucoup au seigle. Selon les procédés de culture traditionnelle, l'épeautre se vend à 7 $ le boisseau. Cependant, puisque mon voisin est certifié biologique, son prix contractuel avant même qu'il ne le cultive est de 17 $ le boisseau. Ainsi, il fait un bénéfice de deux fois et demie le prix de la culture conventionnelle. Ce qui est vraiment très positif et peu de personnes peuvent s'en vanter.

J'aimerais aussi vous faire part de quelques problèmes auxquels, j'espère, vous apporterez vos commentaires. L'un d'entre eux se rapporte à la production du lait. Le problème ne concerne pas l'alimentation animale, mais bien le traitement donné aux vaches, particulièrement dans le cas de la mammite, où l'injection d'un antibiotique est nécessaire pour détruire les organismes causés par l'infection. Puisqu'il est impossible de vendre du lait dont les propriétés et la qualité ont été modifiées par la maladie, l'agriculteur doit retirer de la production laitière la vache souffrant d'une mammite.

J'ai également un autre voisin qui possède un très grand verger de pommiers et un seul système d'irrigation pour tout le verger. Il peut faire pousser des pommes de toutes les tailles, selon la demande du marché, et ses pommes ne présentent aucun signe de contamination par la tavelure. Bien sûr, sans l'utilisation d'insecticides chimiques, ses pommes seraient toutes atteintes par la tavelure.

Je suis préoccupé par vos coûts de main-d'œuvre par opposition à la lutte contre les mauvaises herbes à l'aide d'insecticides ou le désherbage manuel des cultures légumières surtout. Je me demande si vous êtes intéressée à développer de grands marchés en plein air pour les fruits et légumes biologiques. Voici où je veux en venir.

Mme Melanson: En ce qui a trait à la production laitière, les provinces de l'Atlantique ne possèdent aucune production laitière certifiée biologique. Tout ce qui est vendu à l'intérieur de ces provinces provient de l'Ontario ou du Québec. Une partie du problème vient du nombre d'obstacles auxquels les éleveurs laitiers doivent faire face lors de la transition d'une agriculture conventionnelle vers une agriculture biologique. De plus, l'élevage de bétail biologique est problématique, parce que certains éleveurs veulent certifier leur bétail à juste titre, que ce soit leurs vaches laitières ou leurs bœufs, leurs moutons ou leurs chèvres, alors que certains désirent les certifier afin de ne pas avoir à procéder à leur vermifugation ou à s'occuper d'eux aussi bien qu'ils le pourraient. Ainsi, la différence entre l'obtention de la certification et le maintien d'un haut niveau de protection des animaux est très subtile.

Le sénateur Tunney: La santé des animaux.

Mme Melanson: Oui, précisément, la santé des animaux. C'est en effet une des priorités actuelles.

La production de vergers biologiques? Je peux vous dire qu'il existe un certain nombre d'agriculteurs biologiques qui cultivent des pommes acceptées sur le marché. Qu'est-ce qu'ils font pour réussir: ils se concentrent sur la culture des variétés de pommes du patrimoine et celles exemptes de la tavelure et utilisent un système d'insecticides naturels à long terme, comme l'introduction d'organismes utiles. Je dirais donc que la production de vergers biologiques est possible.

Passons maintenant aux coûts de main-d'œuvre. La question de la main-d'œuvre est importante pour presque tous les agriculteurs biologiques, puisque l'agriculture biologique fait appel à une main-d'œuvre intensive en comparaison avec l'agriculture conventionnelle. Il nous est impossible de tuer tous les parasites des pommes de terre. Nous devons utiliser un pesticide biologique ou enlever manuellement tous les insectes et tous les œufs, comme nous le pratiquons dans ma ferme. Ce qui explique les coûts de main-d'œuvre élevés. Au sein du ACORN, nous tentons de résoudre certains de ces problèmes en mettant en pratique un programme d'apprentissage. Cependant, ce programme contribue à l'augmentation des coûts des aliments biologiques.

Le sénateur Oliver: Ma question traite de la même question. Dans votre circulaire, vous insistez sur la culture des produits alimentaires sans l'utilisation d'aucun pesticide, herbicide, fongicide, hormone synthétique, technique d'irradiation ou autre technique générique. Cependant, si vous cultiviez un champ de 5 hectares de concombres et de courges et que vos concombres étaient infestés de la chrysomèle du concombre et vos courges de la punaise de la courge, iriez-vous enlever manuellement tous ces insectes?

Mme Melanson: Une des méthodes que nous employons en agriculture biologique est un système de rotation culturale très complexe, afin de ne pas cultiver le même aliment au même endroit, année après année. Cette méthode avantage la terre et les plantes. La culture biologique favorise la prévention.

Le sénateur Oliver: Mais, vous aurez tout de même des chrysomèles du concombre.

Mme Melanson: C'est vrai, les chrysomèles du concombre seront au rendez-vous. Cependant, il existe des pesticides biologiques qui respectent les normes de certification.

Le sénateur Oliver: Est-ce que ces pesticides fonctionnent-ils?

Mme Melanson: Personnellement, je ne les ai jamais utilisés, mais je sais qu'ils contribuent à éliminer les insectes. Cependant, les fermes biologiques des provinces de l'Atlantique sont en majorité assez petites, possédant moins de 10 hectares — la plus grande mesurerait environ 25 à 30 hectares. Ma propre ferme mesure 3 hectares. De plus, la plupart des fermes pratiquent le système de polyculture. C'est pourquoi, vous n'aurez personne en ce moment cultivant 5 à 10 hectares de concombres.

Les plus grands cultivateurs conventionnels qui font la transition de l'agriculture traditionnelle vers l'agriculture biologique seront confrontés à des défis différents lorsqu'ils tenteront de convertir une culture de pommes de terre de grande envergure à une culture biologique.

Cependant, en ce moment, c'est vrai qu'il existe des méthodes préventives, des méthodes de barrière. Par exemple, dans ma ferme nous recouvrons de tissu les plantes afin de faire obstacle à la chrysomèle du concombre et à la punaise de la courge et l'empêcher de se reproduire. Cette méthode est la première étape de la lutte contre les insectes.

Le sénateur Oliver: Comme le sénateur Tunney l'a fait remarquer, cette méthode est incroyablement exigeante en main-d'œuvre.

Mme Melanson: C'est vrai.

Le sénateur Tkachuk: Je suppose que la méthode du savon et de l'eau ne conviendrait pas?

Mme Melanson: Non. Toutefois, le piment rouge et l'ail s'avèrent utiles.

Le sénateur Tkachuk: En plus, certains insectes collent aux feuilles.

Le président: Selon vous, quelle est la condition de nos jeunes agriculteurs?

Mme Melanson: Comme vous le savez, l'âge moyen des agriculteurs d'aujourd'hui tourne autour de 62 ou 63 ans. De plus, les enfants ne prennent généralement pas la relève de leurs parents. La culture biologique offre donc une perspective de réorientation pour les jeunes en raison surtout des débouchés qui atteignent les 20 à 25 p. 100 et la possibilité de faire des bénéfices nets plus élevés que ceux de l'agriculture conventionnelle. D'un point de vue philosophique et en tant que jeune agricultrice, je souhaite m'impliquer dans les pratiques environnementales et l'agriculture durable, et la culture biologique me permet de cultiver et de pratiquer ma philosophie en même temps.

Le président: Notre prochain témoin est M. Soucy, de la Fédération francophone des agriculteurs et agricultrices du Nouveau-Brunswick.

[Français]

M. Paul-Émile Soucy, président, Fédération des agriculteurs et agricultrices francophones du Nouveau-Brunswick: Je viens du Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue au Canada. Je suis un producteur agricole de la région du nord-ouest du Nouveau-Brunswick, région qu'on appelle assez communément la République du Madawaska. Ceux qui sont du Nouveau-Brunswick sont au courant. C'est une région à prédominance francophone. Je suis producteur agricole, producteur de pommes de terre. J'ai aussi des lots boisés et une érablière. Je suis président de la Fédération des agriculteurs et agricultrices francophones du Nouveau-Brunswick.

Il est important de mentionner les agricultrices parce qu'elles font partie intégrale de l'organisation, et sans les agricultrices on n'est rien, et il n'y a pas grand chose qui se passerait.

La fédération existe maintenant depuis 17 ans, et fut créée suite à une étude des structures de gestion de l'agriculture au Nouveau-Brunswick et de la volonté des producteurs et productrices francophones de se doter d'une organisation plus représentative de leurs besoins et de leurs aspirations. La Fédération est formée principalement de trois régions; les trois grandes régions francophones du Nouveau-Brunswick qui sont la base, ce qu'on appelle un «grass roots type».

Le mémoire que nous vous présentons aujourd'hui illustre les craintes, les attentes, les espoirs des francophones de la province, en tant qu'entrepreneurs et aussi en tant que citoyens. Il présente aussi les solutions ou les pistes de solutions qui peuvent parfois vous sembler étranges ou irréalistes. Nous avons pris soin d'identifier les problèmes relatifs à notre industrie, afin que nous puissions trouver des solutions nécessaires, et ce, dans un délai raisonnable.

L'état de l'agriculture francophone au Nouveau-Brunswick est précaire. La province traverse présentement une phase de grands bouleversements d'ordre climatique, social et économique.

En tant qu'agriculteurs nous sommes au fait que les changements climatiques des dernières années ne représentent que la pointe de l'iceberg et que nous serons désormais confrontés régulièrement à ce genre d'épisodes que représentent les sécheresses, les inondations et les catastrophes naturelles.

Malheureusement, les agriculteurs sont souvent les premiers touchés par les caprices de Dame Nature. Cette dernière est l'une des principales causes de la baisse des revenus dans notre industrie, tout en demeurant la plus grande source de stress pour les exploitants agricoles.

Quant aux bouleversements climatiques et l'assurance-récolte, il faut bien comprendre une chose. Une entreprise agricole, même familiale, demeure d'abord et avant tout une entreprise comme toutes les autres, qui doit faire des profits et gérer un certain nombre de facteurs de risque. Toutefois, ce qui distingue le secteur agricole des autres secteurs industriels est sa dépendance au climat, risque supplémentaire et imprévisible que l'agriculteur doit gérer, mais sur lequel il n'a aucun pouvoir de décision.

Nous ne demandons pas de privilèges, mais seulement des outils spécifiques à l'agriculture pour gérer des problématiques spécifiquement agricoles. Par exemple, la sécheresse de 2001 a entraîné des pertes financières de l'ordre de 41 à 50 p. 100 des revenus des fermes, et ce pour 24 p. 100 des producteurs interrogés, pour un montant approximatif de six millions de dollars. En ce sens, la fédération considère que le régime d'assurance-récolte actuellement en vigueur au Nouveau-Brunswick et au Canada constitue un obstacle majeur au développement de notre agriculture.

Par exemple, la province de Québec dispose d'un programme assurant 55 denrées agricoles, alors que le programme du Nouveau-Brunswick n'en couvre que six, ce qui représente un net avantage pour le producteur québécois, tant au niveau de la gestion du risque qu'au niveau de la compétitivité sur les marchés. De plus, les producteurs québécois se retrouvent encore une fois avantagés par les différents programmes d'aide fédérale et de paiements anticipés, tels les avances de fonds pour les semis qui utilisent les règles de l'assurance-récolte pour définir l'accessibilité. Toutes ces politiques nuisent considérablement à notre agriculture.

Nous recommandons qu'une nouvelle politique d'assurance-récolte soit adoptée pour l'ensemble du pays en fonction des critères suivants: l'universalité, c'est-à-dire que la nouvelle politique devra couvrir l'ensemble des cultures et des producteurs, peu importe l'importance des superficies cultivées et la taille des producteurs; l'uniformité, c'est-à- dire que la nouvelle politique devra couvrir l'ensemble des cultures et des producteurs pour l'ensemble des provinces canadiennes.

J'aimerais maintenant vous entretenir des bouleversements climatiques et de la recherche. Les bouleversements climatiques à venir auront de nombreuses répercussions sur le mode de vie des habitants des Maritimes. La majorité d'entre nous entrevoient cet avenir avec crainte. Toutefois, il est permis de croire que ces changements auront peut-être un impact positif sur l'agriculture des Maritimes ou de certaines de nos régions.

Ces aspects positifs sont liés à une augmentation sensible de la saison de croissance. Cette augmentation pourra nous permettre d'introduire de nouvelles cultures qu'il aurait été impensable de cultiver dans le climat généralement frais de notre région. De plus, cette augmentation peut amener de sérieux problèmes de production chez nos voisins immédiats, ce qui aurait l'avantage de favoriser l'introduction de nos produits sur le marché continental.

Cependant, nous devrons nous doter d'infrastructures de recherche et d'adaptation solides pour être en mesure de transformer les aspects plus favorables des bouleversements climatiques en opportunités de croissance pour notre industrie et l'ensemble de l'économie régionale.

Nous recommandons donc qu'une structure de recherche d'adaptation soit mise en place pour l'ensemble des provinces maritimes afin d'améliorer nos connaissances sur les répercussions possibles des changements climatiques sur l'industrie agricole de la région.

Passons aux bouleversements sociaux. L'agriculture d'aujourd'hui est en constante évolution, ce qui nous oblige à réévaluer de plus en plus souvent le regard que nous portons sur cette dernière. Actuellement, et ce pour l'une des rares fois dans l'histoire de l'humanité, la rédaction de la nouvelle définition de ce qu'est l'agriculture échappera peut-être aux mains même des agriculteurs qui en vivent.

Après avoir assisté au cours du XXe siècle à une industrialisation du secteur agricole, nous sommes désormais conviés à une socialisation de ce dernier processus où le citoyen-consommateur pourra enfin prendre part aux décisions qui régissent la composition de son alimentation ainsi qu'à l'organisation des communautés rurales.

Nous vivons en ce moment même les premières répercussions de cette transformation, et ce, sous diverses formes. Nous n'avons qu'à penser aux luttes pour le droit de produire, aux nombreuses manifestations contre l'implantation de méga-industries, aux réglementations environnementales de plus en plus contraignantes, aux efforts mis en place pour assurer la salubrité des aliments et à l'essor de l'agriculture biologique.

L'être humain, en général, devient de plus en plus exigeant de son agriculture; il joue le rôle de consommateur ou de concitoyen. Nous voyons la socialisation de l'agriculture comme un défi. A nous de décider si celle-ci devient un obstacle à la croissance de notre industrie ou une valeur ajoutée à nos produits et à notre qualité de vie.

La population du Nouveau-Brunswick se partage entre deux grands groupes linguistiques: 66 p. 100 sont de langue maternelle anglaise, laissant une minorité francophone de 33 p. 100 très concentrée géographiquement.

Dans la péninsule acadienne, l'industrie du bleuet sauvage et les services connexes font de ce secteur agricole celui qui évolue le plus rapidement. La superficie cultivée de bleuet sauvage a atteint 13 500 acres en l'an 2000, alors que la superficie récoltée d'environ 6 750 acres — la culture du bleuet exigeant une année de rotation — a produit plus de 8,2 millions de livres de bleuets, soit une valeur dépassant 5,7 millions de dollars. La région compte au-delà de 200 producteurs francophones.

Parmi les services connexes à l'industrie du bleuet, le service de pollinisation — que l'on doit à l'abeille à miel et à la mégachile, découpeuse de feuilles de luzerne — démontre un potentiel économique pour cette région.

L'implantation d'un service de pollinisation est étroitement reliée au succès de l'industrie du bleuet sauvage. Présentement, l'industrie du bleuet ne peut satisfaire ses besoins immédiats en pollinisation. De plus, la région de la péninsule acadienne entrevoit une importante expansion de la superficie cultivée du bleuet sauvage.

La province du Nouveau-Brunswick va bientôt mettre à la disposition des producteurs 14 000 acres additionnels des terres de la Couronne, sous forme de bail pour la culture du bleuet. Ceci permettra à la région d'atteindre une superficie totale de 30 000 acres, dont près de 15 000 acres seront récoltés annuellement. Il faut comprendre que pour le bleuet, il faut deux acres pour en récolter un, parce que vous ne récoltez qu'une fois tous les deux ans.

Toutefois, les producteurs de la péninsule acadienne doivent surmonter plusieurs obstacles. Le manque de financement adéquat lors du développement des bleuetières est l'obstacle le plus important. Les institutions financières ne fournissent qu'une partie des sommes nécessaires au développement, et les gouvernements offrent très peu de support dans ce sens. Ceci a créé et crée encore des entreprises avec peu de fonds de roulement.

Les producteurs ne sont donc pas en mesure d'investir dans les intrants requis afin de maximiser les rendements. Un second obstacle est l'approvisionnement d'une source suffisante de «pollinisateurs». Sans abeilles «pollinisatrices», les fleurs ne peuvent pas se transformer en fruits. De plus, le manque de recherche dans ce secteur défavorise les rendements à l'acre, qui sont souvent moyens par rapport aux autres régions de production du bleuet.

Cette région doit aussi faire face à d'autres obstacles, tels l'âge avancé des producteurs, le manque de relève, une meilleure gestion financière à la ferme, et cetera. Dans l'ensemble, ces obstacles sont la cause du manque de revenu à la ferme.

Nous considérons donc qu'un support financier et technique est essentiel pour la mise en place de réseaux de services de pollinisation afin de répondre aux besoins de l'industrie du bleuet.

Nous recommandons qu'une attention particulière de la part des centres de recherche d'Agriculture Canada soit accordée à la péninsule acadienne sur la fertilité et la pollinisation, afin d'augmenter significativement la récolte du bleuet sauvage.

Passons maintenant au droit de produire et la communauté rurale. La fédération considère qu'il est inadmissible de contaminer son environnement et que tous devraient travailler à la conservation de nos ressources naturelles. Ainsi, nous ne définissons pas le droit de produire comme étant un droit de polluer, mais plutôt comme le droit d'exercer notre profession, ce qui nécessite une certaine utilisation de l'espace rural.

C'est précisément cette utilisation de l'espace qui incommode les habitants des zones rurales. En effet, personne ne tient à voir une méga-entreprise s'installer devant sa porte. Il faut toutefois comprendre et faire comprendre que l'activité agricole se compose de divers travaux qui peuvent incommoder les ruraux, et que ces activités sont essentielles à la survie de l'humain et au développement économique de nos régions.

Les agriculteurs doivent donc apprendre à exercer leur métier dans le respect d'autrui comme tout bon citoyen. Ces derniers devront pour leur part accepter la vocation agricole des terres cultivables de leur voisinage. Pour ce faire, il faut établir un dialogue courtois et positif entre les différents intervenants.

En ce sens, nous recommandons que les instances gouvernementales viennent en aide aux agriculteurs désireux d'établir de meilleures relations avec leurs voisins ruraux; que les instances gouvernementales adoptent une politique de médiation pour aider les communautés rurales aux prises avec des débats déchirants entre ruraux et agriculteurs.

En ce qui a trait aux questions environnementales la fédération croit que la nécessité de légiférer les effets pervers de l'intervention agricole sur son milieu n'est plus au centre du débat. Ce qui nous préoccupe relève plutôt du peu de soutien dont bénéficient les agriculteurs pour se conformer aux nouvelles exigences environnementales. Nous croyons fermement que le gouvernement doit s'impliquer davantage dans l'avènement d'une agriculture plus durable et plus saine pour le milieu.

Nous sommes persuadés que les agriculteurs doivent bénéficier d'un niveau d'aide financière et technique d'une envergure aussi considérable que celle qui a été attribuée par le passé aux municipalités et aux industries dans le dossier de l'environnement. De plus, nous croyons que ces sommes pourraient être fortement bonifiées en raison de leur importance dans le développement économique des régions rurales, et en raison de l'effet positif qu'a l'agriculture sur les émanations de gaz à effet de serre.

Nous recommandons que les instances gouvernementales appuient davantage les agriculteurs dans leurs efforts pour se conformer aux nouvelles exigences environnementales.

Parlons maintenant de la salubrité des aliments. Au cours des dernières années, la question de la salubrité des aliments a connu une hausse de popularité auprès des médias et des consommateurs. Cette prise de conscience est due, entre autres, à l'apparition de maladies animales, telle la fièvre aphteuse qui a balayé et ruiné les élevages de divers pays d'Europe.

L'avènement de ces maladies a également mis en évidence un mode de production agricole très industrialisée que certains qualifient de dénaturé. Cette impression fut renforcée par le développement du génie génétique qui a permis de mettre sur le marché, et ce en un temps très court, une grande variété de produits végétaux modifiés génétiquement. Bref, il existe une contradiction entre la perception générale de l'agriculture qui se rapproche davantage de la ferme familiale et ce qu'elle est maintenant devenue. Ainsi, les consommateurs s'inquiètent de plus en plus de la qualité et de l'innocuité des aliments qu'ils consomment.

Certains réclament une agriculture à échelle plus humaine; d'autres, une agriculture plus biologique ou naturelle. En un certain sens, nous ne pouvons pas blâmer ce mouvement puisque l'agriculture industrielle, symbolisée par les méga- industries, est l'une des causes du malaise présent dans nos communautés rurales. En ce sens, il faut expliquer aux gens que ce n'est pas l'agriculteur qui a décidé d'industrialiser son métier. Il ne fait, bien souvent, que suivre la roue du progrès. Il faut expliquer aux consommateurs que le coût ridiculement bas de l'alimentation au Canada a des effets pervers; car ce sont les marges de profits toujours plus petites qui ont poussé les agriculteurs à produire davantage. Obligation financière oblige.

La fédération soutient le concept de la ferme familiale depuis sa création. Nous sommes convaincus que des fermes à dimensions plus humaines sont à la base d'une relation harmonieuse entre les citadins, les ruraux et les agriculteurs. Pour ce faire, il faut cependant que la ferme familiale soit rentable.

Nous recommandons que la politique agricole du Canada soit revue et corrigée afin de soutenir davantage la ferme familiale; que les instances gouvernementales mettent sur pied un programme d'aide aux agriculteurs désireux de convertir leur entreprise vers la production plus biologique; que les instances gouvernementales mettent sur pied un programme d'information soutenue pour les consommateurs sur l'agriculture canadienne et la qualité de ses produits; que les instances gouvernementales mettent en place une campagne de valorisation de la production agricole au Canada.

La fédération est également d'avis que le gouvernement fédéral doit réitérer son engagement envers l'agriculture canadienne et la salubrité des aliments en haussant les budgets de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, afin de maintenir la contribution des agriculteurs à un niveau raisonnable.

Cette agence est à la fois responsable de l'inspection des aliments, des plantes et du bétail qui entrent ou sortent de nos frontières, et de la qualité des produits qui se retrouvent sur les tables canadiennes. En ce sens, elle joue un rôle essentiel de protection de l'industrie agricole en empêchant l'entrée et la diffusion de maladies animales et végétales graves sur notre territoire, tout en établissant de hauts standards de qualité pour notre production agricole.

L'agence contribue ainsi à la bonne réputation des produits canadiens sur les marchés internationaux, ce qui contribue à l'augmentation de nos exportations sur les marchés étrangers. La salubrité des aliments est un dossier d'importance majeure pour les agriculteurs des Maritimes puisqu'il en va de notre accès aux marchés à l'échelle nationale et internationale.

Malheureusement, de plus en plus de grossistes en alimentation demandent à leurs fournisseurs d'obtenir une certification reconnaissant que leur production répond à différentes normes de qualité, de salubrité et de respect de l'environnement. Toutefois, le coût de ces certifications est bien souvent trop onéreux pour l'agriculteur moyen.

En ce sens, nous recommandons que le gouvernement du Canada s'engage à minimiser les coûts d'inspection des denrées pour les agriculteurs; que le gouvernement du Canada réitère son engagement et réaffirme ses responsabilités de protecteur de l'industrie agricole, en augmentant les budgets alloués à l'Agence canadienne d'inspection des aliments; que le gouvernement du Canada mette en place un programme de soutien financier aux agriculteurs désireux d'obtenir une certification HACCP, ISO ou autre, attestant de la qualité de leur production.

Parlons maintenant des bouleversements économiques. Nous vivons actuellement une ère de mondialisation des marchés qui transforme notre façon de faire de l'agriculture et de commercialiser nos produits. Cette mondialisation a également un impact important sur le revenu agricole, ce qui nous pousse à augmenter sans cesse notre productivité, et par le fait même, la taille de nos entreprises. Mais, fait étrange, le nombre d'entreprises agricoles actives est à la baisse. Nous sommes donc de moins en moins nombreux à produire de plus grandes quantités d'aliments et de produits horticoles. Cette concentration favorise une augmentation des prix des terres agricoles.

Tous ces changements entraînent de nouveaux besoins pour les agriculteurs. En effet, il est, entre autres, de plus en plus difficile de lancer une entreprise agricole, en raison des sommes considérables qu'il faut investir. Il en résulte un manque de relève et un désintéressement des jeunes envers notre métier, car il leur semble impossible de pouvoir se lancer en affaire dans le domaine agricole.

Si on parle maintenant des besoins financiers des entreprises, au Canada, il existe un organisme dédié essentiellement au financement des entreprises agricoles. Il s'agit de Financement Agricole Canada (FAC) qui consent des prêts aux agriculteurs en prenant habituellement davantage de risque que les institutions financières conventionnelles. Malgré la présence de cet organisme, il demeure difficile de financer les entreprises agricoles. Et on doit encore comparer avec le Québec. Ce sont des voisins pour nous et on doit faire compétition avec ces producteurs.

Au Québec, la province s'est dotée d'une politique de financement par le biais de prêts garantis par le gouvernement. Ainsi, les institutions financières peuvent prêter des sommes importantes aux agriculteurs sans prendre de véritables risques. Cette politique stimule l'économie agricole puisqu'elle donne un meilleur accès au capital pour les entrepreneurs.

Nous aimerions attirer votre attention sur le fait que nous utilisons le terme entrepreneur pour désigner un agriculteur propriétaire de son entreprise. Il s'agit d'une réalité souvent négligée par les instances gouvernementales. Les agriculteurs sont de véritables entrepreneurs. Cette négligence est d'autant plus flagrante que les entreprises agricoles ne sont pas admissibles à la plupart des programmes gouvernementaux destinés au démarrage d'entreprise. De fait, les gestionnaires des différentes agences de développement économique ne sont pas formés pour aider les agriculteurs à développer leur entreprise. Nous ne pouvons malheureusement qu'en déduire que l'agriculture ne fait pas partie des industries porteuses, capables d'insuffler la vitalité économique à une région.

Nous recommandons que le gouvernement du Canada s'engage à mettre sur pied un programme de garantie de prêt pour les exploitations agricoles, qu'il s'engage à mettre sur pied un programme d'aide à l'établissement et au démarrage d'entreprises agricoles et qu'il reconnaisse l'agriculture comme moteur de développement économique des régions.

Le programme conjoint fédéral-provincial et le compte de stabilisation de revenu net (NISA) permettent aux agriculteurs de se doter d'un programme de gestion du risque par le biais de contributions annuelles volontaires établies sur la base d'un pourcentage du revenu de l'agriculteur. Le gouvernement, pour sa part, contribue un montant égal à cette somme et permet à l'agriculteur de retirer des sommes de son compte lorsqu'il vit des problèmes financiers.

La fédération croit que le CSRN est un très bon programme mais qu'il est, comme la plupart des programmes d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, plus adapté aux provinces de l'Ouest et du centre qu'aux provinces maritimes. La taille des entreprises d'ici est souvent plus petite que celle des autres régions du Canada. Le climat ainsi que la diversité des cultures possibles n'est pas de la même envergure, ce qui affecte grandement le revenu admissible de nos entreprises.

De nombreux agriculteurs se sont également plaint d'un manque de connaissance des réalités agricoles des provinces maritimes chez les fonctionnaires travaillant à la mise en oeuvre de ce programme. Ainsi, l'un d'eux, un producteur de bleuet, a dû expliquer au gestionnaire de compte qu'il n'avait pas acheté de semence au courant de l'année, tout simplement parce que le bleuet est une culture vivace qui ne réclame aucun semis.

Nous nous questionnons sur les connaissances agricoles de ce gestionnaire qui doit prendre des décisions importantes pour nos agriculteurs du Nouveau-Brunswick, et ce, à partir de Winnipeg ou quelque part au Manitoba. Nous devons parfois provoquer certaines réactions quand arrivent de telles situations.

Nous recommandons que le gouvernement du Canada s'engage à établir un centre de services du programme CSRN au Nouveau-Brunswick pour administrer les comptes de l'Est du Canada. J'ai bien dit le Nouveau-Brunswick; pas à l'Île ou en Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick.

Le sénateur Day: Dans la République.

M. Soucy: Oui, sénateur Day. Nous recommandons également que le gouvernement du Canada s'engage à réviser le programme du CSRN pour l'adapter à nos réalités régionales. C'est un bon programme mais il faudrait le réviser.

Au sujet du réseau routier et de l'accès aux marchés, un des obstacles majeurs empêchant une plus grande pénétration des marchés nationaux et internationaux par les agriculteurs du Nouveau-Brunswick est le piètre état du réseau routier de cette province. En effet, on n'y retrouve que des tronçons d'autoroute Transcanadienne à quatre voies. Ainsi, certaines régions n'ont qu'un accès limité au marché américain, faute d'accéder rapidement à un réseau routier convenable.

D'autre part, l'accès à la province de Québec et au marché canadien en général se fait par une route presque secondaire, la route 185, qui relie le Nouveau-Brunswick au Québec, et qui est l'une des plus meurtrières au pays.

Ce manque d'infrastructure routière nous relègue aux oubliettes aux confins d'un vaste continent. C'est un handicap majeur puisqu'il nous est impossible d'accéder rapidement aux marchés lucratifs des provinces centrales et des états américains.

Nous sommes alors condamnés d'avance puisque les denrées agricoles sont souvent périssables et que les clients importants ont besoin, pour administrer leurs entreprises, de fournisseurs capables de respecter les horaires de livraisons. Ainsi, nous nous privons d'opportunités de croissance d'autant plus importantes que la population des provinces maritimes ne puisse supporter à elle seule les infrastructures agricoles nécessaires à la production de masse et à des prix compétitifs. Nous demeurons donc improductifs, pour quelques kilomètres de bitume.

Nous recommandons que le gouvernement du Canada s'engage à finaliser l'autoroute Transcanadienne à quatre voies à l'intérieur de la province du Nouveau-Brunswick, ainsi que la route 185, qui représente l'accès direct des provinces maritimes au marché canadien.

Je vais vous remettre un document qui a été présenté jeudi dernier à M. Collenette, le ministre des Transports. Il s'agit d'un groupe de concertation qui regroupe les maires des municipalités du nord du Nouveau-Brunswick ainsi que de toutes les municipalités du sud du Québec que relient la région du Témiscouata. Ce document a été présenté au ministre, concernant le piètre état de la route 185 qui est très meurtrière. Huit personnes sont décédées seulement deux jours après Noël: cinq jeunes de notre région. Vous ne voulez surtout pas savoir les détails concernant ces enfants qui ont été happés accidentellement. C'est très catastrophique.

Je n'ai qu'une seule copie de ce document, monsieur le président, qui a été remis au ministre des Transports. Je suis certain que vous pourrez en obtenir d'autres si vous le désirez.

J'aimerais aborder maintenant le sujet du travail saisonnier. Depuis toujours, l'activité agricole est tributaire de la saison chaude, ce qui force les agriculteurs à embaucher sur une base saisonnière, lorsque le besoin se fait sentir. Toutefois le besoin de main-d'oeuvre qualifiée s'est accru avec la mondialisation des marchés. L'agriculture est aujourd'hui une affaire de technologie, de connaissances où les marges de profits sont minces. Il n'y a plus de place pour l'erreur. Ainsi, le travailleur agricole est passé de manoeuvre à technicien spécialisé, titulaire de diplôme secondaire. Autant de besoins qui demeurent difficiles à combler parce que le travail que nous offrons est saisonnier, temporaire, voire précaire, si on le compare à la sûreté d'un emploi permanent en usine.

La direction du ministère du Développement des ressources humaines a décidé d'augmenter graduellement le nombre des heures de travail qui seront désormais nécessaires pour être admissible aux prestations d'assurance-emploi, ce qui laissera nombre de nos travailleurs sans revenu au cours de l'hiver. On appelle cela la période du «trou noir». Je ne sais pas si cela peut être traduit mais la période du «trou noir» est la période à la fin des prestations avant que l'ouvrage ne commence au printemps. Donc, c'est une période de temps où les personnes n'ont pas de revenu. Ces employés qui nous sont si chers n'auront d'autre choix — pouvons-nous les en blâmer — que de se trouver un emploi ailleurs. Nous perdons ainsi nos travailleurs spécialisés, qui nous étaient fidèles, pour les remplacer année après année par de nouvelles recrues peu qualifiées, ce qui engendrera pour nous une importante augmentation des coûts de formation.

De plus, nous le répétons, notre industrie vit actuellement un problème de faible marge de profit. Nous n'avons pas droit à l'erreur et pourtant nous devrons engager le premier venu, faute de choix et de compétences disponibles. Nous ne comprenons pas la démarche du gouvernement fédéral dans ce dossier, au moment même où la banque de l'assurance-emploi enregistre des surplus exorbitants que nos élus désirent faire fructifier sur le dos des entreprises agricoles de l'Atlantique. A long terme, ce genre de décision signera la mort de notre industrie.

Nous recommandons que le gouvernement du Canada s'engage à ne pas pénaliser les travailleurs agricoles dont l'emploi est saisonnier, afin de soutenir le développement de cette industrie; que le gouvernement s'engage à établir un système de jumelage de travailleurs saisonniers avec des employeurs agricoles potentiels; que le gouvernement du Canada s'engage à éliminer le problème du «trou noir» pour tous les travailleurs saisonniers; que le gouvernement mette sur pied des centres d'emplois agricoles comme il en existait au Nouveau-Brunswick il y a de cela dix ans, afin de faciliter l'embauche de main-d'oeuvre par les agriculteurs.

La fédération désire soulever une autre problématique agricole d'origine saisonnière. Par définition, pour le ministère du Développement des ressources humaines, un agriculteur est un travailleur indépendant qui n'a pas le droit aux prestations d'assurance-emploi, contrairement aux pêcheurs indépendants. Nous aimerions que cette situation soit rétablie. Les propriétaires d'entreprises agricoles dont l'activité est saisonnière devraient pouvoir bénéficier des programmes d'assurance-emploi au même titre que les pêcheurs.

En ce sens, nous recommandons que le gouvernement du Canada s'engage à légiférer et à élargir le projet de loi C- 156, afin de permettre l'obtention de prestations d'assurance-emploi aux agriculteurs dont l'activité est saisonnière.

Depuis deux ans un comité de travail étudie ce problème suite aux changements du régime d'assurance-emploi. Ce comité a déposé un rapport à la ministre Jane Stewart en juin dernier.

Je vous remets une copie du rapport que nous avons fait parvenir à madame la ministre. C'est assez volumineux. Je n'en ai qu'une copie. Je n'avais pas les ressources à la fédération pour en faire plus. Cette copie n'est qu'en anglais mais si vous voulez communiquer avec la ministre des ressources humaines, il y a là toutes les copies nécessaires et je suis certain que vous allez pouvoir en obtenir. C'est assez bien documenté; c'est en couleur, et on y explique toute la Loi de l'assurance-emploi, les changements et les effets, et cela ne s'applique pas seulement au Nouveau-Brunswick. Ces effets s'appliquent à tout le Canada, parce que l'Ouest à mêmes problèmes au sujet de ces changements.

Je vous remercie de m'avoir offert cette tribune. Nous sommes heureux de nous y faire entendre et nous espérons que cette démarche que nous avons entreprise ici aujourd'hui, conjointement avec d'autres, favorisera une agriculture plus forte et résolument tournée vers l'avenir.

Le sénateur Day: Monsieur Soucy, bienvenue du Nouveau-Brunswick. J'en suis originaire aussi. Je ne sais pas si nos sénateurs sont au courant du fait que la République, c'est la région d'où notre collègue, le sénateur Corbin est originaire. Et c'est à une longue distance d'ici.

M. Soucy: Oui.

Le sénateur Day: J'apprécie beaucoup le fait que vous ayez fait le voyage. Lundi, le comité était au Nouveau- Brunswick, il a commencé son voyage à Fredericton et voyagé à Saint-Jean et à Moncton. J'espère que la prochaine fois on commencera à Edmunston.

Je suis absolument d'accord avec vous concernant la route 185, on travaille sur ce dossier. Je vous remercie beaucoup pour les deux rapports que vous avez bien voulu nous remettre.

Qui sont les membres de votre fédération? Doivent-ils payer pour en être membres? Quels sont vos budgets, et d'où vous vient l'argent?

M. Soucy: On représente les agriculteurs et agricultrices francophones d'un peu partout au Nouveau-Brunswick et ce depuis maintenant 17 ans. Nous tenons une assemblée régionale annuelle, et comme toute autre organisation agricole, on représente la majorité des producteurs et productrices agricoles francophones.

Les fonds de la fédération proviennent uniquement des cotisations des producteurs et des agriculteurs. C'est de cette façon qu'on fonctionne, c'est une mouvance de base agricole et ce sont les producteurs et les productrices qui contribuent à faire fonctionner la fédération.

Bien entendu, parfois on participe à des projets, des ententes fédérales-provinciales, et à différents projets environnementaux. La fédération sert de véhicule pour permettre aux producteurs et productrices de bénéficier des programmes, soit au niveau environnemental ou en gestion agricole, et de participer à des colloques ou des échanges, mais le financement vient de la base.

Le sénateur Day: En général, vous ne recevez pas de subventions des gouvernements, soit du fédéral ou de la province?

M. Soucy: Non, jamais. Le ministère du Patrimoine canadien a annoncé un programme ou a conclu une entente avec Agriculture Canada, qui nous permet pour la première fois de participer ou de faire une demande de participation. On a rempli un formulaire et on l'a envoyé dans le système, mais on n'aura pas de réponse avant avril à savoir si on reçoit des fonds indirectement du ministère du Patrimoine canadien. Ce sera la première fois qu'on pourra en bénéficier. C'est le programme pour les langues officielles et les communautés minoritaires. Je pense que ce programme s'appelle PICLO. C'est la première année qu'on en fait la demande et on n'a rien reçu à ce jour.

Le sénateur Day: Dans votre région, dans la République, je sais qu'il y a des fermes qui produisent des pommes de terre.

M. Soucy: C'est les meilleures au Canada.

Le sénateur Day: Je comprends bien, mais hier nous sommes allés à l'Île-du-Prince-Édouard, et ils disaient que les leurs étaient les meilleures. Donc, ce sont les deux meilleures. On a discuté d'une situation où ils ont eu des problèmes avec les pommes de terre. Avez-vous eu le même problème l'an passé?

M. Soucy: Il y a aussi eu des problèmes avec des virus, peut-être moins qu'auparavant, mais les problèmes qu'on a eus, c'était surtout avec les vents qui viennent du sud, et donc, ce sont des virus américains, et ils n'arrêtent pas aux frontières. Peut-être que la sécurité qu'ils sont en train de mettre en place servira à arrêter ces fameux virus ou insectes qui nous proviennent des États-Unis. Non, le problème a été localisé. Le problème a duré un an ou deux et est maintenant assez bien contrôlé.

Le sénateur Day: C'est bien réglé?

M. Soucy: Assez bien, mais ce n'est que la pointe de l'iceberg. J'écoutais vos présentations et vos discussions plus tôt cet avant-midi, au niveau environnemental ce n'est que le début et il y a d'autres moyens à prendre. Toute la réglementation environnementale que les producteurs doivent subir à l'Île-du-Prince-Édouard une année sur trois va compliquer les choses terriblement.

La même chose s'en vient au Nouveau-Brunswick, mais si on doit produire de façon durable et à long terme, on devra s'adapter; et ce n'est pas avec la police que cela va se faire. Il faut que les producteurs se prennent en main et le réalisent. On nous a trop longtemps dit qu'il fallait de plus en plus être économiquement viables et rentables, et on a fait tout cela au détriment de notre environnement.

Quand on parle de Walkerton en Ontario, tout le monde sait de quoi on parle. Les producteurs de l'Île vous dirons que cela va être très difficile, et il en est de même au Nouveau-Brunswick. Les producteurs doivent se prendre en main et régler ce problème.

Le sénateur Day: Et cela dépend de l'éducation au sein de votre Fédération aussi.

M. Soucy: Exact, cela demande l'éducation, du temps et un travail conjoint.

Je sais que je m'adresse à des politiciens. Quand tu dois t'asseoir à la même table que le ministère de l'Agriculture, des Ressources humaines et de la Santé, ce n'est pas facile. C'est un des gros problèmes. C'est la même chose à Ottawa. Les fonctionnaires du ministère de l'Agriculture ont beaucoup de difficulté à rencontrer, disons les fonctionnaires du ministère de l'Environnement, et d'impliquer les fonctionnaires des Ressources humaines, du ministère du Travail. D'autres ministères comme celui de la Santé sont aussi impliqués, et ils doivent travailler conjointement avec ces autres ministères.

A ce qu'on me dit, chacun des politiciens a un peu son bateau et veut mener son affaire, mais il faudra à un moment donné que quelqu'un mette le pied à terre et dise: «Il faut travailler ensemble pour régler cette affaire-là .» C'est difficile pour nous, mais c'est les politiciens qui devront faire un bout de chemin

[Traduction]

Le sénateur Hubley: Monsieur Soucy, j'aimerais également vous féliciter de votre exposé de ce matin.

Avant de commencer à vous questionner, je voudrais m'excuser de ne pas être bilingue, mais j'aimerais vous dire que je suis fascinée par les arts et j'apprécie particulièrement une troupe de danse qui est originaire de votre région et qui s'appelle les Danseurs du Madawaska. J'apporte cette précision, parce qu'en plus de mon amour pour l'agriculture, j'adore la culture et les arts.

Vous avez soulevé la question de l'infrastructure et, il est vrai que votre système routier joue un rôle important sur l'Île-du-Prince-Édouard et, à vrai dire, pour toutes les provinces des Maritimes. C'est un aspect que nous n'avons pas encore traité, mais qui constitue cependant une composante essentielle au transport des produits alimentaires jusqu'aux marchés.

J'aimerais parler de l'autoroute 185, car, lors de notre caucus, les sénateurs et les membres du Parlement des Maritimes ont argumenté vigoureusement sur la nécessité d'améliorer cette autoroute. Il n'est pas courant de parler des débats d'une réunion de groupe parlementaire, mais j'aimerais que vous sachiez que les parlementaires à Ottawa et les gens de votre communauté sont vraiment engagés dans ce projet.

J'aimerais que vous approfondissiez la question de l'industrie de la pollinisation. J'estime qu'il existe de véritables perspectives d'emploi dans les Maritimes dans cette industrie. Curieusement, il existe des apiculteurs sur l'Île-du- Prince-Édouard qui conçoivent des cultures personnalisées. Ils sont en mesure de produire du miel «sur mesure» en louant leurs ruches aux agriculteurs qui produisent différents types de cultures. Ainsi, il est possible d'acheter du miel au bleuet, du miel de trèfle et du miel de tournesol.

M. Soucy: Il ne sert à rien de développer la superficie et l'aire de la surface, si vous n'avez pas la capacité de féconder les fleurs. Vous devenez un cultivateur de fleurs et non de bleuets. Nous avons importé un type d'abeilles qui se trouve principalement dans l'Ouest du Canada, et, je crois, plus particulièrement en Saskatchewan. Ces abeilles s'appellent les découpeuses de la luzerne. Elles sont beaucoup plus efficaces que nos abeilles domestiques, mais il faut se rappeler que nous n'en sommes qu'à la première année du projet.

Le président: Il semble que du point de vue de l'agriculture et du commerce entre provinces, il est très difficile de faire en sorte qu'une seule procédure fonctionne pour tout le pays à la fois. Il y a de nombreuses années, il y a eu des discussions au sujet de l'adoption, par toutes les provinces, d'une sorte de filet de sécurité. Aujourd'hui, il est devenu presque impensable de s'entendre, mais ce ne devrait pas être le cas; on doit pouvoir arriver à un consensus. J'aimerais entendre votre opinion à ce sujet

Le sénateur Oliver: Vous avez recommandé que le gouvernement aide les agriculteurs à entretenir des rapports de bon voisinage avec les gens autour d'eux. En effet, un des problèmes auquel nous faisons face est la dégradation ou la détérioration des communautés rurales du Canada. Vous faites des recommandations sur l'amélioration de ces collectivités, pourriez-vous élaborer ce sujet?

M. Soucy: Si vous me permettez, je dirais que le Nouveau-Brunswick est l'une des provinces les plus rurales du Canada. Nous sommes éparpillés aux quatre coins de la province. Il semble que les gens souhaitent obtenir les avantages de la ville, mais préfèrent vivre à la campagne, avoir de l'espace, profiter de la nature, de la forêt, ainsi de suite. En revanche, nous avons l'industrie agricole avec ses opérations, ses odeurs, sa poussière et tout ce qu'elle entraîne. C'est une situation assez compliquée.

Notre société repose sur un système de lois qui servent à divers usages. Afin de renforcer ces lois, nous avons un système de répression des infractions comprenant 3 entités: la police, le juge et la prison. En effet, cela ne sert à rien d'avoir des limites de vitesse, s'il n'y a pas une force comme la police, les juges et les prisons pour faire exécuter ces lois. Toutefois, il ne faut pas négliger la communication. Il est de notre devoir d'informer les gens sur l'état des routes et nous devons nous acharner sur le problème de la conduite en état d'ébriété. En ce qui concerne l'agriculture, nous devons promouvoir la coopération et le dialogue libre afin que les groupes d'intérêt arrivent à une sorte de solution.

Le FCADR ou, Fonds canadien d'adaptation et de développement rural, met sur pied de bons programmes et de bonnes initiatives. Je ne voudrais pas les voir disparaître, mais je voudrais qu'il y en ait un plus grand nombre.

Le Nouveau-Brunswick fait face à de graves problèmes par rapport à ses grandes exploitations porcines qui sont particulièrement nauséabondes contrairement aux exploitations agricoles familiales, aux petits exploitants qui vivent au sein de la collectivité. Bien sûr, la petite exploitation familiale dégage une odeur, mais celle-ci n'est pas aussi envahissante. Le petit agriculteur épand du fumier comme le grand exploitant, mais pas la même quantité. En outre, les gens de la communauté ont plus tendance à accepter le petit agriculteur que les grands exploitants. Comme le petit exploitant familial vit dans la communauté, il fait partie du conseil scolaire et du comité de la caisse populaire. Ses enfants jouent avec les enfants des environs. Les familles se rencontrent à l'église. Je connais des agriculteurs qui préviennent leurs voisins, leur disant qu'ils comptent épandre du fumier la semaine suivante. Les voisins répliquent qu'ils sont déjà au courant et les remercient de les appeler, comprenant que l'épandage du fumier fait partie des activités agricoles. Ce type de collaboration ou de dialogue est très utile.

Nous devons nous asseoir avec les personnes qui font les règlements de zonage et les lois en ce qui concerne les régions rurales. La province du Nouveau-Brunswick travaille à cette fin et les résultats sont prometteurs.

Je sais que l'industrie porcine se répand dans l'Ouest du Canada. Dans 10 ou 20 ans, ce sera au tour des exploitants de ces régions de se plier aux mêmes lois que celles auxquelles nous faisons face ici au Nouveau-Brunswick.

L'Île-du-Prince-Édouard est sujette à des lois très rigoureuses qui touchent ses cultivateurs de pommes de terre et concernent les facteurs environnementaux. Le Nouveau-Brunswick devra se plier à la même rigueur.

C'est pourquoi, j'insiste sur la collaboration et le dialogue et j'estime que le gouvernement doit prendre ses responsabilités. L'Agence canadienne d'inspection des aliments nous permet de profiter d'une alimentation bonne et saine. Tout se rapporte au commerce. À cet effet, j'estime qu'il est essentiel de continuer à faire pression sur Agriculture Canada.

[Français]

Le sénateur Oliver: Je viens tout juste de terminer un cours de français intensif de trois semaines à Saint-Jean, au Québec. Je suis très nerveux, mais, merci beaucoup pour votre présentation. C'était très intéressant.

M. Soucy: Ça me fait plaisir, sénateur.

[Traduction]

Le président: Honorables sénateurs, notre prochain témoin est M. MacDonald.

Veuillez prendre la parole, monsieur MacDonald.

M. Patton MacDonald, directeur exécutif, Potatoes New Brunswick: L'organisme Potatoes New Brunswick est l'office de commercialisation des pommes de terre du Nouveau-Brunswick. Nous ne nous considérons pas comme la police des pommes de terre, mais plutôt comme le meilleur défenseur de nos agriculteurs. Le Nouveau-Brunswick occupe une position géographique unique. La culture des pommes de terre est également unique, puisque 95 p. 100 des pommes de terre sont cultivées le long de la frontière canado-américaine, le pourcentage restant poussant ailleurs dans la province.

Nous sommes situés entre le Maine et l'Île-du-Prince-Édouard et tout ce qui affecte les frontières nous affecte considérablement. Le pourcentage des exportations de pommes de terre vers les États-Unis est de 70 p. 100 et nous possédons une superficie de production de 56 000 hectares. Notre rotation culturale se fait à peu près tous les 2,2 ans. Nous essayons d'espacer cette rotation, mais ce chiffre est probablement exact.

En ce qui concerne notre agriculture, le Nouveau-Brunswick ne reçoit qu'un soutien minimal du gouvernement provincial qui, par contre, a fait travailler l'industrie très fort pour lui faire retrouver le profil sérieux que nous méritons. Nous sommes d'avis que nous avançons dans la bonne direction. Je vous en dirais plus à ce sujet au cours de mon exposé. Cependant, l'industrie fait face à un déclin de la population agricole et la relève est problématique. Nous avons un besoin urgent d'un porte-parole de l'industrie pour la prestation de programmes, et je vous prierais d'en prendre note, si vous le voulez bien. Néanmoins, les cultivateurs sont résolus à agir seuls afin de créer de meilleures perspectives d'avenir et de se regrouper. Nous tentons d'introduire de nouvelles idées, plutôt que d'agir en tant que réactionnaires et je crois que nous réussissons. La salubrité alimentaire, l'environnement et le commerce sont d'autres points à considérer.

L'année dernière, notre région spécifique de la ceinture de pommes de terre a été la troisième au Canada dont la croissance économique a été la plus rapide. Cependant, en raison du succès de l'agriculture et de la foresterie dans cette région, nous faisons face à une importante pénurie de main-d'œuvre. Nous ne pouvons embaucher des États-Unis ni de la côte Est, parce qu'il n'y a rien que des forêts entre nous et personne à embaucher. Nous aimerions que cette pénurie soit prise en considération et je reviendrai sur ce sujet dans un instant.

Dans notre région de la province, les conditions requises pour avoir droit à l'assurance-emploi sont les mêmes que pour la péninsule acadienne. Pourtant, nous avons un taux de chômage de 4 p. 100, alors que le taux de chômage des Acadiens est de 23 p. 100. Nous trouvons injuste que des conditions identiques sont appliquées pour une situation qui n'est pas la même.

Pour aider à améliorer le profil de l'industrie, nous avons élaboré une nouvelle association agricole générale, la Fédération de l'agriculture du Nouveau-Brunswick. Tous les produits agricoles sont représentés et les plus importants organismes agricoles sont impliqués au sein de la FANB, à l'exception du groupe de M. Soucy. Il semble que pour l'instant il ait de bonnes raisons à ne pas apporter son appui à la fédération.

Nous tentons de faire tout notre possible du point de vue de Potatoes New Brunswick. Notre organisme est bilingue et sert les intérêts des communautés agricoles francophones et anglophones de deux régions différentes. Nous sommes déterminés à réussir. Si nous ne sommes pas en mesure de représenter les deux collectivités, nous ne pourrons pas rester au sein de l'organisme, c'est pourquoi il est de notre survie de réaliser nos objectifs.

Potatoes New Brunswick a travaillé fort pour faire en sorte que les multiples voix de l'industrie de la pomme de terre se réunissent autour d'un plan triennal stratégique. Maintenant que nous appartenons tous au même conseil et que nous œuvrons tous ensemble pour résoudre les nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés, nous avons la possibilité de profiter de nombreux avantages économiques.

Nous recommandons que le gouvernement fédéral assure que les programmes entre le fédéral et les provinces permettent à l'industrie de s'impliquer de façon concrète. La province devra prouver au gouvernement fédéral que l'industrie a réellement une voix; elle doit être appelée à démontrer comment les dollars complémentaires sont utilisés, ainsi de suite. Nous avons un réel besoin de la participation directe des producteurs, ce qui ne se produit malheureusement pas dans toutes les provinces. Cette participation ne s'est certainement pas précisée pour nous depuis un certain temps, bien qu'au cours des deux derniers mois il semble que le dialogue se soit établi. Néanmoins, nous souhaitons que le gouvernement fédéral établisse des conditions de financement, comme il a tenté de le faire pour le système de santé. Par exemple, la province devrait fournir une preuve de signification aux gens à qui s'adresse le service.

Nous recommandons également que les programmes soient mis à jour pour les nouveaux participants à l'enseignement agricole.

Notre réaction au nouveau cadre agricole national est simple: la coordination servant à promouvoir la vente du nouveau plan est inacceptable. Notre province se voit attribuer un ensemble distinct de réunions de celles du gouvernement fédéral et, de ce fait, le message est faussé. J'ai été convié aux deux types de réunion et le problème n'est pas que l'un représente la voix du gouvernement fédéral et l'autre le point de vue provincial, mais plutôt que chacun des gouvernements semble aller dans des directions diverses. De surcroît, le message semble changer selon la personne qui parle. Au cours des deux dernières semaines, j'ai assisté à deux exposés du gouvernement fédéral qui étaient distincts l'un de l'autre. Bien que les diapositives étaient identiques, le message les accompagnant différait quelque peu, ce qui était assez déroutant.

De plus, en ce qui concerne le nouveau cadre agricole national, la vision qui prime est celle du consommateur et non celle du producteur. Je trouve déconcertant que le terme «producteur» n'apparaisse pas dans le document qui a créé l'ACIA. Le document devrait faire paraître ensemble les termes «consommateur et producteur», parce que les deux parties sont concernées. Si le mot «producteur» est absent, j'ai tendance à croire que nous ne sommes pas compris et respectés.

Nous sommes d'avis que le filet de sécurité du nouveau cadre de travail est un bon pas dans la bonne direction. Il y a quelqu'un qui semble voir juste et clair. Toutefois, la question du renouvellement est inquiétante, parce que ce renouvellement peut tout simplement vouloir dire que les agriculteurs seront éliminés. Une personne travaillant à l'élaboration de ce plan m'a dit que ce plan avait été conçu pour réduire le nombre de fermes en Saskatchewan. Que ce soit vrai ou faux, je trouve qu'il est dangereux d'utiliser un euphémisme comme «renouvellement» pour désigner une «élimination».

En ce qui touche nos recommandations et nos mesures concernant le nouveau cadre de travail, nous estimons qu'il faudrait mettre à la disposition de ceux qui n'ont pas assisté aux réunions une meilleure documentation écrite. Il faudrait qu'une personne prenne la responsabilité de convenir d'une position unique entre gouvernements fédéral et provinciaux, de coordonner ce message pour chaque province et enfin de s'assurer de distribuer ce message unique. Nous devrions travailler conjointement avec les groupes de producteurs afin de définir les programmes qui devraient être offerts pour que des séances conjointes d'information entre le fédéral et les provinces soient proposées. Ceci permettrait à un plus grand groupe de personnes de mieux comprendre mieux le cadre de travail. Nous venons de compléter un plan triennal stratégique pour notre industrie et, dimanche, nous avons l'intention d'élaborer un nouveau plan d'action triennal. À l'avenir, nous comptons respecter ce cadre de travail de manière à examiner nos besoins et définir la façon d'atteindre nos objectifs. Nous pouvons accomplir du bon travail et nous avons l'intention de suivre ces lignes directrices.

Je ne parlerai pas des conséquences de la sécheresse de 2001 qui a entraîné des pertes de culture de 25 à 30 p. 100 au Nouveau-Brunswick. Les conséquences n'étaient pas les mêmes selon les régions, mais la ceinture de pommes de terre a vécu sa deuxième année la plus chaude et la plus sèche de ses 25 ans d'histoire. À vrai dire, je crois que son histoire est plus ancienne, mais nos dossiers ne remontent qu'aux 25 dernières années; ce qui est malheureux. Précisons que l'année la plus sèche était 1999, ce qui est un bon indicateur de ce qui se trame.

La récolte déficitaire de l'industrie des pommes de terre a permis d'équilibrer les prix en Amérique du Nord, et grâce aux liens étroits que nous entretenons avec les États-Unis, nous en avons été avantagés. Cependant, la plupart des produits dérivés du secteur de la pomme de terre, comme les plants de pomme de terre, les pommes de terre de consommation et les pommes de terre destinées au conditionnement étant imparties à des parties contractuelles, l'agriculteur ne réalise qu'un mince bénéfice. Je ne veux pas dire que les contrats sont une mauvaise chose, car en réalité c'est la meilleure solution à long terme. De plus, bien que notre récolte était insuffisante, la qualité de notre produit s'est avérée excellente.

Nous estimons que la sécheresse est un problème qui doit recevoir une attention plus sérieuse de la part du gouvernement fédéral. Un grand nombre de nos agriculteurs sont également impliqués dans la culture de multiples produits agricoles. Pour eux, la question du fourrage est très importante et ils s'inquiètent de savoir ce qui va se produire à ce sujet dans les années à venir.

En raison de l'impact de la sécheresse de l'année dernière, nous sommes d'avis qu'il devrait y avoir une discussion franche au niveau fédéral sur la menace de sécheresse actuelle en Amérique du Nord. Lors d'une conférence qui s'est tenue en novembre, David Kohl nous a parlé de la désertification de régions importantes sur le continent, ressemblant à une véritable surface balayée en travers de l'Amérique du Nord. Il est très préoccupé par le problème et il est une des personnes qui travaille avec le président des États-Unis sur la loi agricole des États-Unis, la Farm Bill, entre autres. Il n'en tient qu'à nous d'instaurer ce genre de relation étroite afin de voir si nous devons réduire nos activités et peut-être changer la voie que nous empruntons pour s'adapter aux changements climatiques.

Nous sommes d'avis qu'il devrait y avoir des suggestions concernant la planification et la plantation. En outre, il devrait y avoir un format uniforme de surveillance et d'établissement des résultats des récoltes en Nouvelle-Écosse. Ainsi, notre organisme, ainsi que quelques-uns des principaux groupes de produits agricoles et les éleveurs de vaches laitières et de bétail bovin ont mené une enquête détaillée sur la sécheresse. Tout ce qui manque est un programme provincial complet; nous croyons qu'un dialogue mis sur pied par le gouvernement fédéral entre celui-ci et les provinces favoriserait le développement de ce programme.

J'aimerais maintenant parler de l'environnement et de la salubrité alimentaire. En comparaison avec les autres provinces et autorités, l'environnement et la salubrité alimentaire ne reçoivent que très peu de soutien. Les milieux ruraux subissent une pression croissante, alors que le conflit entre les pratiques agricoles standard et la population rurale non agricole s'intensifie.

En matière des inquiétudes environnementales, les lois sur l'assainissement de l'eau et de l'air au Nouveau- Brunswick sont très mal gérées. Il y a de nombreux sujets que nous devons prendre en considération: la conservation et la gestion des sols, la lutte antiparasitaire, la modification et la variabilité du climat, et la biodiversité. Nous estimons que les lois sont dictées par les émotions, plutôt que d'être définies de façon scientifique. Il est nécessaire d'effectuer une recherche plus approfondie avant la prise de ces mesures, pour s'assurer qu'elles peuvent être mises en pratique. Prenons par exemple la loi municipale sur les têtes de puits qui précise que seulement 15 kilogrammes d'engrais par hectare peuvent être appliqués en raison des niveaux élevés d'azote. Cependant, les résultats d'une analyse scientifique ont démontré que le taux d'azote, recueilli dans une forêt se trouvant à une distance de 20 milles d'où les mesures avaient été prises, était moitié moins élevé que celui émis dans le cas d'activités reliées à l'agriculture lourde. De plus, les deux mesures sont moins de la moitié que les taux permis par les normes définies par le gouvernement fédéral. C'est à se demander si les règlements sont vraiment établis selon des faits. Il est bon de vouloir sauver la planète, et les agriculteurs sont de véritables défenseurs de la terre et sont d'accord avec ce principe, mais nous ne voulons pas que les règlements soient dictés par les émotions, comme cela semble être le cas.

La question de la salubrité alimentaire comprend la perception du public et la biosécurité et, depuis les événements du 11 septembre, nous sommes très sensibles à cette question et devons uniformiser les règles du jeu en ce qui concerne les importations provenant des États-Unis. Il faut également tenir compte du changement des liens dans la chaîne des disponibilités alimentaires en raison, par exemple, des énormes regroupements d'entreprises. Nous prévoyons que d'ici à deux ans, il n'y aura plus que cinq acheteurs de produits alimentaires dans le monde.

En décembre, j'ai assisté à une conférence sur l'excellence de l'agriculture et un des participants était Mark MacAulay de McCain qui a mené une étude sur les regroupements d'entreprises au cours des dernières années. Déjà en novembre, David Kohl nous avait parlé de cette tendance et cette semaine, c'était au tour de Joe Gunther de l'Idaho, qui était présent à notre conférence sur la pomme de terre, de nous offrir le même message: la chaîne d'achat est de plus en plus courte. Nous sommes nous-mêmes témoins dans nos provinces de la fusion de l'industrie de l'épicerie.

Un autre problème associé à la question de la salubrité alimentaire se rapporte à l'absence d'une hausse de revenu des agriculteurs qui doivent engager des coûts supplémentaires pour faire face aux problèmes environnementaux, à la planification environnementale agricole et à la sécurité alimentaire. En fait, ils n'ont aucune chance d'avoir un rendement plus élevé s'ils s'impliquent dans les mesures environnementales, mais ils est certain qu'ils ne recevront rien s'ils ne s'impliquent pas. C'est dommage que la marge bénéficiaire n'existe pas.

Comme je l'ai mentionné précédemment, il y a un véritable manque de recherche venant étayer les bonnes décisions et mettre sur pied les bonnes pratiques. Nous avons besoin d'aide à ce sujet. M. Daigle vous fera part de ses commentaires à ce sujet dès demain, mais je tiens à préciser qu'ils sont identiques aux nôtres, puisque nous collaborons ensemble fréquemment.

Je désire maintenant retourner aux recommandations et aux mesures qu'il est bon de prendre en matière de salubrité alimentaire. Nous estimons qu'une stratégie industrielle devrait être élaborée. Nous en avons une sur les plans environnementaux agricoles et une autre sur la salubrité alimentaire à la ferme. M. Daigle vous mettra au courant des programmes relatifs à cette question, dont un qui a été mis sur pied au printemps dernier et qui a beaucoup de succès. Il vous parlera également de quelques-uns de nos ateliers, qui, nous croyons, nous feront parvenir à nos buts.

Bien sûr, il faudrait amorcer un dialogue sur les inquiétudes des communautés. Nous désirons approfondir la recherche et élaborer des initiatives sur ces deux points. Il est nécessaire que l'agriculteur participe à l'éducation du public et à l'éducation des autres agriculteurs. Il est plus aisé pour un agriculteur de parler à ses pairs, mais les agriculteurs sont souvent tellement occupés au sein de leurs industries qu'il est très difficile pour les chefs agricoles de trouver le temps et la détermination pour le faire. C'est précisément ce que nous essayons de faire par le biais de nos ateliers qui sont, pour la plupart, présentés par des agriculteurs.

Nous voudrions également que des dispositions fiscales et autres mesures de soutien soient prises afin d'amortir les coûts engagés par les agriculteurs lors de l'adoption de certaines de ces mesures de contrôle environnemental et de salubrité alimentaire. Peut-être y a-t-il moyen d'amortir les coûts des agriculteurs sans recourir à la compensation directe. À cet effet, il serait bon d'harmoniser les incitatifs, les programmes et les initiatives entre gouvernements fédéral et provinciaux. Il est difficile de comparer les programmes entre provinces, lorsque nous devons comparer les lois nationales aux lois provinciales et les programmes nationaux aux programmes provinciaux. Il est également difficile d'établir la direction à faire imprimer à notre industrie, puisque nos besoins sont si variés, selon les provinces. La solution consiste donc à harmoniser les méthodes pour faire des comparaisons valables pour notre industrie et l'agriculture en général.

Il est essentiel d'établir une réciprocité des normes en matière de produits agricoles importés. Si nous avons l'intention d'importer un pommier à feuilles de prunier qui est cultivé à l'aide de matières de vidange et le vendre ici, nous devons suivre des normes strictes et devrons continuer à le faire. C'est pourquoi, il faut être prudent quant au choix des produits que nous importons.

En ce qui concerne la commercialisation et le commerce international, nous remarquons que nos objectifs commerciaux sont établis sans la participation directe des agriculteurs. Les professionnels du commerce sont des spécialistes dans le processus commercial, cependant ils devraient passer moins de temps à faire de l'argent et plus sur les conséquences de leurs activités sur les producteurs. Il est bon de se demander si leurs activités conviennent à l'industrie ou si elles ne concernent que les négociations commerciales. Vous pouvez gagner; vous pouvez avoir raison, mais comme disait mon grand-père, vous pouvez mourir en ayant raison.

Parlons maintenant des accords commerciaux. Nous fonctionnons présentement au sein d'un système «fondé sur des règles», mais aujourd'hui les entraves au commerce international sont souvent présentées comme étant des entraves cachées en fonction des problèmes phytosanitaires et environnementaux. Le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince- Édouard ont tous les deux perdu leur industrie de plants de pomme de terre au profit du Mexique. Jusqu'aux deux dernières années, le Nouveau-Brunswick était le plus grand expéditeur de plants de pomme de terre vers le Mexique; et l'Île-du-Prince-Édouard se débrouillait très bien. Maintenant, les deux provinces ont perdu leur industrie en raison d'un faux problème phytosanitaire. C'est pourquoi, nous sommes préoccupés à ce sujet.

Ces négociations sont menées par des spécialistes phytosanitaires et de réglementation. Je parle maintenant du cas du Mexique: nous avons dû insister pendant trois ans avant d'obtenir un nombre de spécialistes du commerce suffisant et cependant, aucun membre de l'industrie ne participe aux discussions. Il est difficile pour ces personnes de comprendre ce qu'ils négocient. Ce sont des spécialistes phytosanitaires et de réglementation et ils doivent faire face à des spécialistes des négociations commerciales. C'est un problème difficile à résoudre, mais je ne m'y attarderai pas plus.

Le Canada a réduit son soutien au revenu agricole, alors que presque tous les membres des nombreux accords commerciaux ont réussi à rattraper les taux de soutien au revenu agricole de 1986 à 1988. Une personne qui a travaillé à l'écriture de la loi agricole aux États-Unis, la Farm Bill, nous a avoué récemment que 65 cents. de chaque dollar net appartient au gouvernement américain.

Lors d'une réunion qui s'est déroulée dans l'État de Washington, Jack Presley, un de mes amis qui est cultivateur de pommes de terre et d'oignons du Washington, m'a demandé si je croyais qu'il ne recevrait pas d'appui financier, puis a tiré de sa poche un chèque de 28 000 $. Il m'a dit avoir reçu ce montant, parce qu'il avait cultivé des oignons après avoir cultivé des pommes de terre.

Je vous présenterai maintenant nos recommandations. Ce type de forum auquel je participe aujourd'hui devrait faire partie intégrale de l'élaboration des politiques canadiennes sur le commerce agricole. Il est très avantageux et utile de nous permettre de vous parler de nos problèmes.

En outre, les équipes de spécialistes commerciaux devraient inclure la participation des producteurs primaires tout au long des négociations. Nous ne sommes pas obligés de participer aux discussions, nous pouvons attendre dans une autre pièce. En effet, lorsque vous négociez, vous ne sortez pas tous vos atouts d'un seul coup. De plus, le gouvernement doit être en mesure de fournir l'appui nécessaire à ce processus ou sinon, de faire face à la perte de l'agriculture primaire dans un avenir très rapproché. En tenant compte des programmes de ressources réservées, le gouvernement pourrait économiser et réaliser beaucoup plus, si l'on considère les profits supplémentaires provenant de la gestion environnementale.

Nous recommandons la création de dispositions législatives nationales permettant d'effectuer des prélèvements sur les produits de pomme de terre importés, comme le pratiquent les É.-U. par rapport aux importations canadiennes. Les États-Unis absorbent environ 2,2 millions de dollars par année de frais supplémentaires imposés sur l'importation des pommes de terre et des produits dérivés des pommes de terre canadiens. Nous avons tenté de procéder de la même façon, mais sans arriver à démêler la quantité de règlements. Nous avons besoin de votre aide et de celle d'autres personnes haut placées afin de reformuler ces règlements et de nous permettre d'obtenir ces prélèvements. Pendant ce temps, les États-Unis se permettent de nous expédier autant de pommes de terre que nous leur envoyons. Nous pouvons recevoir des subventions de 2 ou 3 millions de dollars pour l'élaboration d'une initiative nationale s'appliquant à l'industrie de la pomme de terre et nous n'aurions pas besoin du gouvernement pour cette question. Nous pourrions ainsi faire payer les É.-U. comme ils nous font payer.

Nous apprécierions votre aide et souhaitions que vous fassiez des démarches auprès du département de l'Agriculture des États-Unis afin que le Programme canadien d'assurance qualité ait du succès. Aux États-Unis, ce système d'assurance qualité est actuellement très répandu dans la culture des agrumes et autres industries, avec une bonne acceptation domestique et d'exportation. Les expéditeurs deviennent essentiellement des représentants du département de l'Agriculture et ont le droit d'émettre et de signer leur propre certificat d'exportation, après qu'ils se soient assurés qu'ils répondent à certaines normes.

Le New Brunswick Potato Shippers Association, de concert avec d'autres organismes de la province mène une initiative pour créer un programme canadien d'assurance qualité pour l'expédition de pommes de terre aux États-Unis. Si ce programme remporte du succès, il nous permettra d'économiser énormément de temps et d'argent. En ce moment, les agriculteurs du Nouveau-Brunswick dépensent 900 000 $ de droits d'exportation et d'inspection. La situation varie légèrement sur l'Île-du-Prince-Édouard, parce que les agriculteurs procèdent de façon différente de la nôtre et ils détiennent un plus petit marché aux États-Unis, puisqu'ils ont tendance à limiter leurs activités au marché intérieur plus que nous le faisons. Cependant, il est intéressant de noter qu'ils ont des représentants au sein du Programme canadien d'assurance qualité, notamment deux entrepôts y sont impliqués. C'est pourquoi, nous aimerions que vous en appreniez plus à ce sujet et il nous fera plaisir de vous communiquer tous les détails.

J'aborderai maintenant très brièvement, monsieur le président, la question des filets de sécurité. Les producteurs primaires ne participent que de très loin, ou pas du tout, à la manière dont les dollars complémentaires sont dépensés. J'en ai déjà glissé un mot, mais j'aimerais que ce problème soit éclairci. Nous sommes d'avis que cette pratique mène à un usage inapproprié ou même un usage abusif de ces fonds. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à nous les faire connaître dès aujourd'hui ou plus tard.

La plupart des méthodes de filet de sécurité reflètent l'approche uniformisée qu'on en fait. Ce concept peut être tout à fait convenable pour les vêtements, mais c'est inacceptable dans le domaine de l'agriculture.

Peut-être avez-vous déjà entendu ces discours, mais il est essentiel que le gouvernement fédéral encourage les provinces à faire participer les producteurs primaires au processus de prise de décision dans la gestion des risques et les dollars complémentaires. Nous désirons élaborer un plan d'action spécifique aux besoins des agriculteurs, peu importe le produit agricole qu'ils cultivent ou la région où ils vivent. Nous sommes convaincus du bien fondé d'un tel plan d'action.

Nous souhaitons remplacer le régime d'assurance agricole actuel par un programme de gestion des risques autogéré. D'après le cadre de travail, je dirais que cette approche a tendance à se réaliser et nous en sommes satisfaits.

Je tiens maintenant à vous remercier tous de m'avoir écouté. Peu importe si vous êtes un agriculteur ou un sénateur ou un sénateur-agriculteur ou même un sénateur-avocat, nous sommes tous logés à la même enseigne.

Le président: J'ai beaucoup apprécié votre rapport et je crois que nous sommes d'accord avec la plupart des points que vous avez mentionnés.

Le sénateur Oliver: Vous avez parlé des fermes de petite taille et de grande taille. J'aimerais savoir la taille moyenne d'une ferme productrice de pommes de terre près de la frontière canado-américaine et de l'autre côté, dans la partie est du Nouveau-Brunswick.

M. MacDonald: Elles sont exactement de la même taille des deux côtés de la frontière. L'exploitation de pommes de terre moyenne atteint maintenant les 350 hectares, mais dans deux ans, elle sera d'au moins 500 hectares. Notre population agricole vieillit et les nouveaux venus ont tendance à regrouper les fermes. Nous ne croyons pas que la quantité de nos fermes diminuera. En raison de notre topographie, il nous est impossible d'avoir de grandes fermes. Si nous pouvions faire pousser des pierres plutôt que des pommes de terre et gagner de l'argent, nous nous porterions très bien.

Afin de cultiver correctement et de façon cohésive, je dirais que la taille moyenne d'une exploitation se stabilisera entre les 500 et les 700 hectares.

Le sénateur Hubley: J'aurai une question à vous poser à propos de la rotation des cultures. Vous disiez que la rotation de deux ans...

M. MacDonald: En fait, le chiffre exact est 2,2 ans.

Le sénateur Hubley: Très bien, 2,2 ans. Si vous changiez cette répartition des cultures, j'imagine que vous devriez augmenter votre superficie en conséquence, n'est-ce pas?

M. MacDonald: Chaque année au Nouveau-Brunswick, nous augmentons notre terrain essarté pour la culture des pommes de terre de 1 000 hectares. Cet agrandissement se fait depuis de nombreuses années, et ce, sans l'aide d'aucun programme. Au cours des 20 dernières années, l'augmentation de la surface a été considérable. Nous avons probablement une surface essartée de 120 000 hectares dans la ceinture des pommes de terre et nous cultivons 53 000 hectares dans cette zone, alors nous continuerons probablement à défricher. J'espère que j'ai bien répondu à votre question.

Le sénateur Day: Je m'excuse de n'avoir pas été présent pour toute la durée de votre exposé, cependant vous avez fait un très bon résumé en nous présentant comme des sénateurs qui sont soit des agriculteurs soit des avocats. Vous vous êtes bien renseigné.

M. MacDonald: À vrai dire, je sais tout simplement que c'est la vérité. Nous sommes vraiment tous logés à la même enseigne.

Le sénateur Day: Les règlements phytosanitaires qui sont utilisés comme des obstacles. Vous avez parlé du commerce avec le Mexique. Je ne suis pas sûr de bien comprendre comment ces problèmes surviennent et comment nous pouvons nous assurer qu'ils ne se répètent plus.

M. MacDonald: Je vous donnerai de plus longues explications plus tard. Pour l'instant, laissez-moi vous expliquer la situation en quelques mots.

CONPAPA est l'organisme regroupant les cultivateurs mexicains de pommes de terre. Le chef du CONPAPA est le frère du président Fox. L'ancien chef de CONPAPA était le frère du président sortant. Ils ont accaparé le marché des plants de pomme de terre. Ils demandent entre 35 et 40 $US pour un quintal de leurs pommes de terre et nous pouvons offrir 30 ou 25 $.

Le sénateur Oliver: Vraiment?

M. MacDonald: Absolument. Évidemment, ils ne sont pas contents. Il y a trois ans, le Nouveau-Brunswick a vendu 9 000 tonnes métriques de plants de pomme de terre au Mexique. Dès que nous avons atteint notre quota, les problèmes ont commencé à surgir. Les Mexicains nous ont arrêtés à la frontière. Vous pouviez passer en déboursant 500 $, alors ce n'était vraiment pas une question de qualité. Ce sont les représentants de l'ACIA, au nom du gouvernement canadien, qui s'en sont occupés. Heureusement, je les connaissais. Malheureusement, en tant que spécialistes de réglementation et phytosanitaires, ils n'ont rien compris au problème et se sont fait écraser. Laissez-moi vous expliquer.

Les Mexicains ont pris une de nos pommes de terre, arguant qu'ils ne savaient pas si elle provenait du Nouveau- Brunswick ou de l'Île-du-Prince-Édouard, mais qu'elle était atteinte du PVYn. Nous avons demandé à savoir quand est-ce que les Mexicains avaient découvert la souche nécrotique du virus Y et ils nous ont dit qu'ils l'avaient découverte récemment. Nous avons voulu inspecter toute la cargaison de pommes de terre et sommes allés au Mexique, mais ils nous ont fait attendre deux jours avant de pouvoir inspecter la cargaison. Après avoir enfin obtenu la permission, on nous a montré un wagon couvert rempli de pommes de terre canadiennes et certains sacs avaient en effet été ouverts. Mais, comment savoir si, réellement, les pommes de terre provenaient du Canada. L'ACIA a accepté de prendre la pomme de terre infectée, l'a ramenée au pays et a effectué des analyses qui ont révélé la présence du PVYn. Nous aurions dû demander à avoir de meilleures preuves que la présence du virus. À la place, nous avons négocié un nouveau plan, en vigueur à partir de 1998, visant à soumettre les pommes de terre du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince- Édouard à des analyses pour détecter la présence de virus avant de les expédier. Nous avons appliqué cette règle avec rigueur et n'avons jamais trouvé de virus dans les pommes de terre expédiées au Mexique. Cependant, encore une fois cette année, nos pommes de terre ont été arrêtées pour cause, entre autres, de PVYn. Ce qui a mis fin à notre commerce.

Le président: Je voudrais vous remercier, monsieur MacDonald, pour votre exposé très enrichissant.

Nos prochains témoins sont M. Buchanan et M. Howard.

Je vous donne la parole.

M. Alan Buchanan, directeur, Relations gouvernementales, Aliant Telecom: Je voudrais d'abord m'excuser de devoir vous écarter du sujet de l'agriculture. Néanmoins, nous estimons que notre exposé a un certain rapport avec le travail du comité. En effet, bien que les lois de la nature et de l'économie semblent conspirer contre la préservation des milieux ruraux du Canada, nous sommes d'avis que la technologie et surtout les télécommunications et la technologie de l'information offrent des perspectives d'avenir sans précédent pour ceux d'entre nous qui choisissons de vivre dans des communautés rurales. D'abord, nous voudrions vous parler de la technologie en tant qu'instrument propre à améliorer la qualité de vie dans les milieux ruraux du Canada. Puis, nous discuterons de notre investissement actuel dans l'infrastructure du Canada atlantique et évaluerons quelques-uns des problèmes auxquels nous devrons parer

Formée en 1999, notre société est le résultat d'un regroupement de quatre sociétés de portefeuille qui détenaient, entre autres éléments d'actif, les quatre entreprises de télécommunications des provinces de l'Atlantique, MTT, NewTel, NBTel et Island Tel. En nous regroupant, nous avons eu droit au titre de troisième entreprise de télécommunication titulaire au Canada, après Bell Canada et Telus. Avec xwave comme fer de lance en TI d'Aliant, nous occupons également le troisième rang des plus grandes entreprises de technologie de l'information appartenant à des intérêts canadiens. Nous détenons une participation importante dans Stratos Global, la plus grande entreprise de système mobile de télécommunication par satellite au Canada, et même en Amérique du Nord, qui s'est récemment implantée aux États-Unis et dans le Royaume-Uni. Nous sommes le plus grand fournisseur de télécommunication par satellite de l'industrie pétrolière et gazière du Golfe du Mexique, de l'industrie des croisières touristiques et nous avons récemment acquis un très gros client, la Marine américaine. Nous jouons un rôle important dans le Canada atlantique dans le domaine de la recherche et du développement commerciaux par l'entremise de partenariats avec LivingLAB, situé principalement au Nouveau-Brunswick, et Innovatia, et avec d'autres organismes gouvernementaux, y compris TARA en Nouvelle-Écosse.

Nos quatre secteurs d'activités comprennent les télécommunications, le plus grand volet d'activités d'Aliant, les secteurs d'activités en émergence, les services de communication mobile par satellite et les technologies de l'information.

Aujourd'hui, notre exposé portera surtout sur Aliant. Malgré que nous soyons tournés vers le monde, vous verrez que nous sommes une entreprise à caractère tout à fait local. Nous avons plus de 10 000 employés, dont plus de 9 500 habitent dans les provinces de l'Atlantique. La plupart d'entre eux, environ 6 500, sont employés par Aliant. La distribution des employés par province est la suivante: plus de 3 000 au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, 2 500 à Terre-Neuve et environ 350 sur l'Île-du-Prince-Édouard. De plus, nous comptons 4 000 retraités qui font toujours partie de notre société grâce surtout à l'organisme des Pionniers. Nos employés vivent et travaillent dans 500 collectivités réparties dans les provinces de l'Atlantique, y compris de nombreuses communautés rurales, et notre masse salariale est de 429 millions de dollars. Vous n'avez qu'à faire une petite équation et vous verrez que notre société crée de nombreux emplois bien rétribués dans le Canada atlantique.

En 2001, nous avons investi 438 millions de dollars dans notre réseau, notamment pour étendre nos services des technologies de l'information, le service d'accès Internet haute vitesse à large bande et nos réseaux de communication numérique sans fil. J'approfondirai ce sujet dans le courant de mon exposé. Nous avons procédé au lancement de services de télévision à Halifax, consistant en une version améliorée de programmes que nous avions déjà lancés à Saint John et à Moncton.

Cette année, nous avons l'intention de réinvestir le même montant et je crois que nous comptons investir environ 425 $ de dollars dans les provinces de l'Atlantique grâce au développement de nos réseaux haute vitesse et à large bande, ainsi que notre réseau de communication numérique sans fil.

En matière de développement commercial et économique, nous nous percevons comme des agents du développement économique de la région. Nous avons créé des partenariats avec les quatre provinces de l'Atlantique pour mettre sur place des centres d'appel dans chacune des provinces. Nous investissons également dans l'apprentissage et l'administration électroniques comme vous le verrez plus tard. Nous entreprenons un grand nombre de projets de R-D grâce à notre environnement LivingLAB et notre programme de R-D sans fil. Nos exportations proviennent surtout des Services d'énergie Aliant, de notre société d'experts-conseils internationale, de notre société principale de TI, xwave, et d'Innovatia, qui a élaboré, entre autres programmes, des modules d'apprentissage électronique pour Nortel et d'autres principaux clients internationaux.

Nous avons conscience de notre responsabilité sociale en tant que société et de l'importance de notre présence sociale. De ce fait, nous investissons 400 millions de dollars dans le parrainage et les activités associés au tourisme dans la région. Nous faisons également des dons généreux à l'éducation sur la santé, les programmes artistiques et les groupes de citoyens dans la région. Nous aspirons à devenir une entreprise Imagine et à rassembler les ingrédients de la formule du programme Imagine. Nous n'y sommes pas encore, mais nous faisons tout notre possible pour y arriver.

Par l'entremise de notre programme des Pionniers, un programme constitué de bénévoles et qui est associé à l'industrie des télécommunications, nous soutenons le programme Ordinateurs pour les écoles et avons, jusqu'à maintenant, fourni 20 000 ordinateurs aux écoles régionales.

Nous encourageons le bénévolat de nos employés. Ainsi, nos pratiques de gestion en ressources humaines ont fait en sorte d'incorporer le bénévolat dans l'examen du rendement de nos employés, ainsi que dans nos programmes de rémunération.

Nous estimons que nous encourageons les personnes compétentes à rester au Canada. Nous embauchons un grand nombre de jeunes diplômés et nous sommes un des principaux employeurs en matière de rapatriement des Canadiens de l'Atlantique. Aliant achète des biens et des services provenant des provinces de l'Atlantique d'une valeur de 250 millions de dollars. Les activités économiques d'Aliant génèrent 70 millions de dollars de TPS. Aliant dépense annuellement 186 millions de dollars en taxes sur les bénéfices des sociétés, 28 millions de dollars en taxes sur les opérations de change ou taxes utilitaires afin de rembourser les provinces et les municipalités et notre programme d'embauche produit plus de 120 millions de dollars en impôt sur le revenu.

Le point sur lequel nous voulons insister aujourd'hui est la technologie en tant que catalyseur, la technologie et son potentiel dans les communautés rurales du Canada et les milieux ruraux du Canada atlantique en particulier. Je cède maintenant la parole à mon collègue, M. Howard.

M. Michael Howard, conseiller principal, Relations gouvernementales, Aliant Telecom: Du point de vue de la technologie en tant que catalyseur, un des gros problèmes auxquels nous devons faire face dans le Canada atlantique, auxquels sont également confrontées les collectivités agricoles et forestières, est la durabilité et la durabilité rurale. Nous n'avons pas l'intention de présenter la technologie, les fils sur les poteaux, les câbles en fibres optiques ou la technologie par satellite ou sans fil comme sauveur des communautés rurales du Canada, mais nous estimons qu'elle joue un rôle non négligeable.

Un des témoins précédents a parlé du grave problème de la pénurie de main-d'œuvre dans le secteur agricole. Une des causes de ce problème est l'exode des jeunes vers les centres urbains.

Grâce à la technologie et la technologie de l'information, nous tentons de fournir un plus grand nombre de services aux zones rurales. Voici donc en quoi consiste l'essence de mon exposé aujourd'hui. Nous examinerons en détail l'influence des services cybernétiques: l'administration, les services de santé, l'apprentissage et le commerce électroniques, ainsi que la nouvelle expression du jour qui fait fureur dans l'industrie, l'infodivertissement. L'infodivertissement est le regroupement des technologies du divertissement et de l'information, que ce soit par le biais de la télévision, d'Internet ou d'un autre type de technologie. C'est un nouveau thème que nous accueillons et dont nous faisons la promotion active.

La diapositive que je vous montre présentement est une ventilation des niveaux d'administration, de services de santé et d'éducation électroniques. Les applications ou les services que vous voyez dans les vignettes sont tous actuellement disponibles sous une forme ou une autre. Ceci nous donne une plus grande souplesse dans la manière de fournir les services, surtout dans les milieux ruraux du Canada.

Prenons par exemple la question des permis au Nouveau-Brunswick. Ainsi, les permis de conduire, de mariage et de chasse sont tous disponibles en ligne. Vous pouvez également traiter ces sujets par le biais du téléphone ou d'un ordinateur. De même pour les services municipaux et l'imposition. Les municipalités effectuent de nombreuses opérations et il est intéressant de considérer la possibilité d'améliorer leurs procédures internes et de voir comment elles présentent leurs rapports financiers aux gouvernements provinciaux et comment elles interagissent avec leurs électeurs.

La prochaine diapositive porte sur la santé. Encore une fois, plusieurs possibilités s'offrent aux provinces de l'Atlantique. La Memorial University à Terre-Neuve est un chef de file dans les domaines de la télésanté et de la télémédecine. Ainsi, en Nouvelle-Écosse, nous avons relié 43 hôpitaux et cliniques grâce à la technologie des communications à distance de télésanté. Aujourd'hui, ils fournissent des services de radiologie et des consultations radiologiques, ce dont ils ne sont pas peu fiers, puisqu'il est très difficile de trouver ou d'envoyer des radiologues et des spécialistes dans les milieux ruraux. C'est pourquoi, ces services électroniques permettent d'augmenter ou d'appuyer la prestation des soins de santé dans les zones rurales du Canada.

Le centre de santé, IWK Health Centre, qui est le prestataire de soins de santé régional pour tous les enfants, a fait une application intéressante de la technologie à distance. Ainsi, il s'est relié à environ 22 hôpitaux à travers les provinces de l'Atlantique pour faire des consultations pédopsychiatriques à distance. De cette façon, un enfant peut être suivi pour une consultation psychiatrique à l'un des 43 sites en Nouvelle-Écosse ou l'un des 22 sites éparpillés dans les provinces de l'Atlantique, sans avoir à aller jusqu'à Halifax.

Notre prochaine diapositive traite de l'éducation. Vous pouvez prendre tout votre temps pour comprendre l'information qui s'y rapporte. Laissez-moi simplement vous dire que les services qui y sont énumérés sont présentement disponibles d'une certaine façon. Par exemple, considérons le cas d'une école secondaire à Mabou, au Cap-Breton, qui est une toute petite communauté. Il n'y a que trois élèves en 12e année, mais ils n'ont pas de professeur de calcul. La seule façon qu'ils peuvent recevoir des cours de calcul et pouvoir ensuite être admis à l'université, est par la méthode d'apprentissage à distance. Grâce à la technologie de l'apprentissage à distance, nous pouvons ainsi relier ces trois élèves de Mabou à un cours de calcul.

Je ne vous surprendrais pas en vous disant que les exigences d'une main-d'œuvre éduquée augmentent. J'ai des bons amis, la famille Beckers à Antigonish, qui possèdent une ferme complètement automatisée en matière d'élimination et de gestion des déchets. La communauté agricole a un besoin constant d'augmenter ses connaissances et il y a toujours de nouvelles technologies à découvrir et auxquelles elle peut accéder. Le concept d'un apprentissage permanent se concrétise réellement grâce à l'apprentissage à distance ou à l'éducation électronique.

Les collèges communautaires des quatre provinces de l'Atlantique sont très actifs dans ce domaine et encourage le secteur de l'énergie. Le collège agricole et les collèges communautaires, ainsi que Holland College, profitent réellement des possibilités de l'éducation électronique afin de promouvoir un apprentissage permanent.

Étant donné toutes ces nombreuses applications, comment est-ce que les habitants du Canada atlantique peuvent-ils accéder à ces services? C'est au tour de M. Buchanan de vous présenter notre infrastructure qui permet à ces applications de se réaliser.

M. Buchanan: Comme l'a dit M. Howard, tout cela suppose avoir un réseau assez puissant pour accomplir cette tâche. Nous vous avons donné une indication de notre investissement global annuel dans notre réseau. Cet investissement s'élève généralement à plus de 400 millions de dollars, 438 millions l'année dernière et 425 millions cette année. Une partie de l'information que je vais vous communiquer ici est de nature délicate. Nous vous demandons de ne pas la diffuser à tout vent, car elle porte sur nos plans d'investissement ainsi que sur nos suppositions de ce que font certains de nos concurrents. Néanmoins, nous voulons que vous ayez l'information. Nous ne voulons pas mettre l'embargo dessus, nous vous demandons simplement de la traiter avec discrétion.

La carte que vous avez devant vous montre la couverture géographique du service d'Internet rapide ici dans la province de Nouvelle-Écosse. Nous estimons qu'il y a 370 000 foyers en Nouvelle-Écosse. Soixante-six pour cent de ces foyers, soit 244 000 sont couverts. Nos concurrents sont aussi assez actifs. Ils ont une couverture de 62 p. 100 des foyers en Nouvelle-Écosse. Dans la province de l'Île-du-Prince-Édouard, notre couverture de 51 000 foyers est encore plus large. Nous couvrons 39 000 foyers, soit 80 p. 100 des foyers. Au Nouveau-Brunswick, 282 000 foyers, nous couvrons 55 p. 100, soit 156 000 foyers.

En ce qui concerne Terre-Neuve, je suis désolé, je n'ai pas le Labrador indiqué ici. Nous couvrons un peu le Labrador et nous soutenons aussi le projet de SmartLabrador. Toutefois, Terre-Neuve et le Labrador sont à l'image du Canada, une terre avec trop d'espace et trop peu de population. Il y a 190 000 foyers et nous couvrons 35 p. 100 de ces foyers, soit 66 000 foyers.

Nous couvrons par conséquent à l'heure actuelle 57 p. 100 des foyers dans le Canada atlantique et nous estimons que l'accès à l'Internet rapide est au moins de 80 p. 100 en ce qui concerne les entreprises dans le Canada atlantique. Nous avons des plans pour une augmentation de 13 p. 100, ce qui nous ferait passer à 70 p. 100.

La mise en place d'un service d'Internet rapide aux 30 p. 100 de foyers restants du Canada atlantique est un véritable défi. C'est ici qu'un partenariat entre nous-mêmes et les gouvernements devrait se former, pour éviter que nous ayons une ligne de partage numérique dans ces communautés. Mais c'est tout simplement une question de coûts. Couvrir les 30 p. 100 qui restent demanderait un investissement qui varie entre 6 000 $ et 12 000 $ par client, selon nos estimations. Cet investissement suppose une période de récupération de 12 à 15 ans, même à l'investissement minimum de 6 000 $.

Quand on considère que la plus grande partie de cet équipement est obsolète après cinq ans, il est clair que l'analyse de rentabilisation n'est pas positive en ce qui concerne la technologie DSL, qui est la technologie actuelle que nous utilisons pour offrir l'Internet rapide.

Par conséquent, nous devrons prendre deux mesures. Nous devrons explorer d'autres options, peut-être les communications par satellite. Nous devrons aussi certainement explorer les relations avec les gouvernements fédéral et provincial si nous devons assurer le service aux 30 p. 100 de foyers restants du Canada atlantique. J'imagine que c'est vrai dans tous les pays et que les autres sociétés de télécommunications vous racontent toutes la même histoire.

Sur la carte que vous regardez, vous verrez notre couverture numérique. Le violet représente notre couverture numérique sans fil dans le Canada Atlantique. Comme je l'ai dit plus tôt, la plus grande partie de nos investissements dans les dernières années ont été mis dans notre capacité d'Internet rapide et dans notre couverture numérique.

Nous entreprenons un programme important dans le Nouveau-Brunswick. Il s'agit d'équiper la nouvelle route qui vient de s'ouvrir entre Moncton et Fredericton pour nous assurer d'avoir une couverture numérique intégrale sur toute la longueur de cette nouvelle route. La plus grande partie de la Nouvelle-Écosse est couverte, surtout en ce qui concerne les zones côtières. Nous avons encore du travail à faire à l'intérieur des terres de la plupart des provinces, surtout à Terre-Neuve où nous nous sommes concentrés sur la région aux alentours de St. John's.

Nous estimons que nous avons à cœur les intérêts du Canada atlantique et que nous construisons le type de réseau qui peut soutenir la vie rurale ici dans le Canada atlantique. C'est ce à quoi nous nous sommes engagés.

Le sénateur Oliver: Vous dites qu'il y a 370 000 foyers en Nouvelle-Écosse et que 224 000 d'entre eux sont couverts. Je parie que la majorité des foyers qui ne sont pas couverts se trouvent dans des régions rurales où se trouvent les fermes. Vous dites que le défi est de se tourner vers les zones rurales, que c'est tellement cher.

Vous n'avez donc pas répondu à notre préoccupation qui est d'essayer de trouver une solution pour les gens qui vivent dans des zones rurales. Je vis dans une ferme en Nouvelle-Écosse, par exemple, et je ne peux pas utiliser l'Internet rapide. Mon téléphone cellulaire ne marche pas. Mon numérique ne marche pas. Je ne peux pas profiter de ces technologies dans ma ferme parce que votre société refuse d'y aller.

M. Buchanan: Permettez-moi de vous donner une idée des sommes nécessaires. L'une des difficultés de la technologie actuelle — peut-être cette technologie changera-t-elle dans les années qui viennent — est que la technologie DSL ne permet que ce que l'on appelle une longueur de boucle de quatre kilomètres. Par conséquent, si vous vous trouvez à plus de deux kilomètres d'un central téléphonique, de deux choses l'une: soit vous n'aurez pas de service, soit nous devrons installer ce que l'on appelle un cabinet de plain-pied qui est un mini-central téléphonique dans la zone de deux kilomètres, ce qui nous permettra alors d'émettre de là.

Chacun de ces cabinets coûte 260 000 $. La modification de lignes coûte 20 000 $ de plus, la ligne d'abonné numérique 80 000 $ et l'accès général et l'électricité 40 000 $ en plus. Nous avons donc un coût d'installation total de 400 000 $ par central.

Or, dans la plupart de ces régions, il y a moins de 400 clients. En estimant que seulement 20 p. 100 d'entre eux s'abonneront à l'Internet rapide, nous calculons les frais à, comme je l'ai dit, entre 6 000 et 12 000 $ par client. Il n'y a pas de rentabilisation possible sur ce nombre de clients pour justifier ce montant de dépense. De toute évidence, nos concurrents ne le feront pas non plus car le potentiel de rentabilité n'existe pas.

C'est pourquoi j'estime que nous devons explorer des nouvelles technologies. Nous devons examiner le satellite en tant qu'option ou nous devons envisager un partenariat avec d'autres niveaux de gouvernement ou trouver d'autres partenaires afin de pourvoir au 30 p. 100 de foyers restants, pour leur permettre de profiter de cette technologie fantastique qui peut ouvrir le meilleur des mondes pour nous.

Le sénateur Oliver: Je ne pense pas que cela a répondu à ma question, mais monsieur le président, je sais que vous voulez avancer, je m'abstiendrai de poser d'autres questions.

Le président: Que l'on parle de pétrole, de gaz, le bois, de potasse, d'agriculture ou de n'importe quelle autre ressource, elle vient du Canada rural. Ce sont les ressources qui font vivre le Canada. Elles se vendent en grande partie aux États-Unis. Des millions de dollars traversent la frontière quotidiennement. Pourtant, c'est le Canada urbain qui bénéficie de tout cela. Le Canada rural a toujours la portion congrue. Je sais qu'il n'y a pas de solutions rapides à ce problème. Je le comprends, pourtant, je pense que c'est notre responsabilité de le faire savoir.

Le sénateur Day: La technologie dans une zone rurale est un outil économique. Un des mandats de ce comité est de contribuer à la préservation du style de vie rural, de relever quelques-uns des défis que cela pose. La technologie est donc l'un de ces défis. Il se peut que la technologie cellulaire et les tours terrestres ne sont pas des manières efficaces d'atteindre les fermiers dans les zones rurales. Envisagez-vous les communications par satellite et les communications sans fil ou d'autres formes de communications en plus de votre DSL qui est basé sur le câble?

M. Howard: Pour répondre à votre question, sénateur Day, et pour continuer sur la lancée du sénateur Oliver, je viens d'assister notre PDG qui siégeait sur le groupe de travail national sur la bande large. C'est une question importante que nous étudions afin d'offrir le service aux 30 p. 100 restants. Nous voulons travailler collectivement avec tous les niveaux de gouvernements afin d'atteindre ce but.

Je suis de tout cœur avec vous en ce qui concerne la technologie. Les communications par satellite seront une solution de rechange pour de nombreuses zones, notamment le grand nord, mais aussi dans les zones très rurales et isolées où des lignes de câble fixes ne sont pas une solution. Le défi que nous devons relever aujourd'hui avec la technologie des satellites est que la bande passante n'est pas au point pour fournir des applications et qu'elle a tendance à être chère. Nous constatons que les changements dans la technologie se produisent si rapidement que le coût d'accès diminue. Nous voyons aussi que la capacité de la bande passante ou la vitesse ou la quantité d'information qui traverse les ondes augmentent. Ce n'est donc qu'une question de temps avant que cette technologie devienne un meilleur outil pour les régions rurales et isolées.

Par ailleurs, nous continuons un déploiement assez dynamique des services de lignes câblées par nous-mêmes, mais nous aimerions travailler en étroite collaboration avec tous les niveaux de gouvernement afin d'essayer de combler cet écart, les 30 p. 100 restants, c'est sûr.

Le président: Permettez-moi de vous remercier d'être venu et de votre très intéressante présentation.

Nos prochains témoins viennent du Christmas Tree Council of Nova Scotia, M. Lacey et M. Giffen.

Veuillez continuer.

M. Shawn Lacey, président, Nova Scotia Christmas Tree Council: Nous vous remercions de nous avoir invités à faire une présentation devant ce comité. Mon collègue, M. Giffen, lira notre présentation.

M. Len Giffen, coordonnateur, Nova Scotia Christmas Tree Council: Pourquoi, demanderez-vous, le Christmas Tree Council se présente-t-il devant ce comité aujourd'hui? Nous essayons de démentir le mythe selon lequel la production d'arbres de Noël est une petite culture commerciale supplémentaire pour les fermes. Le fait est que cette industrie apporte 32 millions de dollars annuellement à cette province, plus de 90 p. 100 étant en nouveaux dollars américains.

Chaque année, presque deux millions d'arbres de Noël en sapin baumier de Nouvelle-Écosse sont récoltés et expédiés dans toute l'Amérique du nord et l'Amérique centrale et dans les îles des caraïbes par environ 3 000 cultivateurs couvrant plus de 35 000 acres. Cela nous assure 500 emplois permanents et un niveau appréciable d'emploi saisonnier pour 2 500 travailleurs de la Nouvelle-Écosse.

Le mythe selon lequel la plupart des gens qui travaillent dans l'industrie des arbres de Noël sont des décrocheurs scolaires est tout aussi faux. Pour réussir dans cette industrie à l'heure actuelle, il faut des compétences et du savoir- faire technique en sylviculture, dans la lutte contre les ennemis de l'agriculture, la commercialisation, la gestion des affaires et les relations interpersonnelles. En outre, puisque la plus grande partie de la récolte est exportée, il faut des connaissances en opérations de change, en pratiques d'exportation, en réglementation de santé et de sécurité ainsi que dans d'autres domaines.

En bref, notre affaire est aussi complexe que la plupart, hautement concurrentielle et de plus, 100 p. 100 de nos ventes ont lieu sur une période de six à huit semaines, ce qui signifie qu'il faut saisir le moment opportun.

Du point de vue du public, notre produit est très désirable, entièrement renouvelable, 100 p. 100 recyclable, réduit le dioxyde de carbone dans l'atmosphère et fait entrer de l'argent nouveau dans la province. Compte tenu de tous ces points positifs, on pourrait penser que l'on ferait le possible pour veiller à ce que les processus de récolte et de mise sur le marché du produit soit facile et efficace. Malheureusement, il n'en va pas toujours ainsi. Nous pouvons suggérer comment le gouvernement pourrait aider.

Depuis un certain nombre d'années, la partie ouest de notre province est victime d'incidents d'infestation du bombyx spongieux tandis que la partie est en est exempt. Cela signifie que les entreprises qui expédient des produits de bois de l'ouest de la Nouvelle-Écosse doivent subir des inspections et recevoir une certification attestant que leurs envois sont libres de toute infectation tandis que ceux des zones de l'est ne sont pas cette obligation.

Récemment, Agriculture Canada a suggéré qu'il serait plus pratique si la province entière était désignée comme infectée. Pratique pour qui? Certainement pas pour les exportateurs d'arbres de Noël de l'est pour qui cela signifie plus d'inspections, plus d'attente et des frais plus importants.

Par ailleurs, le bombyx spongieux aime beaucoup d'arbres, mais pas le sapin baumier. De fait, on n'a jamais trouvé une seule masse d'œufs du bombyx spongieux sur un arbre de Noël en sapin baumier. Il serait donc beaucoup plus pratique de dispenser entièrement d'inspections les arbres de Noël de l'ensemble de la province.

À part les bombyx spongieux, il y a d'autres exigences en matière d'inspections pour d'autres insectes nuisibles. À l'heure actuelle, tout chargement fait obligatoirement l'objet d'une inspection si sa destination est une zone qui exige un certificat phytosanitaire. Mais les exportations en plein essor et le manque d'inspecteurs entraînent des délais de plus en plus longs, accompagnés de frais et de paiement d'heures supplémentaires. En outre, un inspecteur qualifié doit maintenant accompagner un inspecteur en cours de formation pendant deux ans avant qu'il soit agréé à travailler seul. Cette période d'apprentissage nous semble quelque peu exagérée. Par ailleurs, si l'on permettait des inspections sur place plutôt que des inspections de chargement, cette mesure réduirait considérablement le temps et les frais engagés pour tous.

Nous avons mentionné au début de notre présentation que notre industrie et les composantes de fabrications de couronnes et de la production de brosses fournit un nombre appréciable d'emplois à temps partiel. C'est pourquoi l'industrie compte beaucoup sur une main d'œuvre saisonnière bien formée. Malheureusement, l'industrie elle-même ne peut pas fonctionner de manière efficace si elle doit former ses travailleurs pendant la pleine saison de récolte qui est très courte. Des programmes qui fourniraient des travailleurs entièrement formés et qualifiés à l'industrie seraient une grande aide.

Un troisième domaine dans lequel le gouvernement pourrait assister l'industrie serait dans une évaluation définitive de sécurité telle que la réclame l'Association canadienne des producteurs d'arbres de Noël. Pendant des années, notre produit a été étiqueté comme présentant un risque d'incendie dans les maisons. Il y a eu des insinuations que les arbres artificiels sont plus sûrs. De fait, comme tous les produits dans une maison, s'il est installé correctement et bien entretenu, un véritable arbre de Noël est parfaitement sûr.

Les arbres de Noël n'allument pas les incendies, ce sont les personnes qui allument des incendies par imprudence. Comme la plupart des produits, une fois que l'incendie est allumé, les arbres de Noël, naturels ou artificiels, brûleront, les arbres de Noël artificiels avec beaucoup plus de toxicité que les arbres naturels. L'industrie elle-même n'a pas les ressources de fonder l'effort de recherche nécessaire pour entreprendre ce travail; il serait donc peut-être opportun et approprié que le gouvernement s'en charge dans l'intérêt de la sécurité publique.

En guise de conclusion, j'aimerais souligner le fait qu'à la fin de son cycle, 100 p. 100 de l'arbre de Noël naturel retourne à la nature tandis qu'un arbre artificiel reste dans une décharge pour toujours.

Le sénateur Oliver: Je vous remercie de votre présentation. Peu de gens connaissant l'industrie des arbres de Noël et son importance ici dans la province de Nouvelle-Écosse. Je suis ravi d'avoir entendu vos statistiques et vos chiffres d'emploi. C'est très utile.

J'ai deux questions. Ce comité doit très bientôt se rendre en Europe; j'aimerais que vous nous parliez des problèmes qu'éprouvent les Canadiens à vendre les arbres de Noël et les produits du bois en Europe ainsi que des mesures qui ont été prises au fil des années pour essayer de renverser cette barrière. Je sais, par exemple, que des gens comme Ireland Turner ont eu des offres de l'Allemagne pour acheter 15 000 arbres et aimeraient remplir cette commande, mais que toutefois, des embargos en place rendent les choses difficiles. Pourriez-vous expliquer un peu cette situation?

Deuxièmement, un certain nombre de cultivateurs ont eu des problèmes à faire passer leurs arbres par la frontière américaine. Pouvez-vous nous dire ce que le comité pourrait suggérer, le cas échéant, relativement à ces problèmes de frontière?

M. Giffen: Sur la première question, l'Angleterre était un grand marché pour les arbres de Noël. Ils étaient expédiés par bateau. Depuis que le marché commun est devenu un bloc de commerce plus organisé, ils utilisent les phytosanitaires comme tarifs commerciaux car les tarifs commerciaux seuls peuvent être contestés. J'ai entendu des propos similaires dans l'industrie de la pomme de terre.

Notre comité antérieur était allé faire une mission d'enquête en Angleterre pour comprendre la situation. Il a découvert que ces mesures étaient strictement de nature politique. Ils avaient établi des normes pour l'expédition des arbres. Par exemple, nous ne pouvons pas expédier un arbre de Noël en Europe avec son écorce. Cela allait jusque là. Ils interdisent un nuisible, nous trouvons une manière de résoudre ce problème, ils en choisissent un autre. Ils utilisent les certificats phytosanitaires pour créer des problèmes à la frontière.

Nous recevons beaucoup de demandes provenant d'Europe par Internet et dans le commerce électronique. Nous l'utilisons beaucoup dans nos exploitations.

Pour ce qui est des problèmes de frontière américaine, la Nouvelle-Écosse est devenue le premier organisme hors de États-Unis à adhérer à l'ECTA, la National Christmas Tree Association des États-Unis. Cela faisait des années que nous souhaitions adhérer à cette association. Nous l'avons fait afin de pouvoir de travailler des deux côtés de la frontière sur des questions de passage de frontière et d'observation de la réglementation.

À la suite des événements du 11 septembre, nous étions inquiets de passer la frontière avec nos produits. Contrairement à la plupart des produits, les arbres de Noël ne se chargent pas et ne se déchargent pas facilement. Si vous connaissez les arbres de Noël, vous savez qu'il est presque impossible de les décharger et de les recharger exactement comme ils étaient.

Un autre problème est qu'une fois que le chargement passe la frontière et se trouve sur le territoire des États-Unis, seuls des citoyens américains ont le droit de charger et de décharger les arbres. Par conséquent, nous ne pouvons pas envoyer nos propres équipes pour gérer les problèmes quand ils apparaissent.

Cette année a été un peu différente. Cette année, il n'y a pas eu d'arrêts à la frontière; après avoir parlé avec des exploitants agricoles qui ont la double citoyenneté, il semble que les Américains se soient débarrassés des questions d'observation de la réglementation parce qu'ils avaient d'autres chats à fouetter.

Le sénateur Oliver: Depuis le 11 septembre?

M. Giffen: Oui. Nous ne savons pas si c'est une situation temporaire ou permanente. Nous espérons que c'est permanent, parce que nous avons de bons résultats en matière d'observation de la réglementation. Dans le passé, nous avons collaboré avec le service commercial des consulats et avec notre groupe canadien auprès du gouvernement fédéral. Nous ne demandons pas de privilèges spéciaux pour les exploitants d'arbres de Noël, mais seulement un traitement normal. Nous voulons être traités équitablement sur toutes les questions. Après tous, il y a des questions de souveraineté sur lesquelles nous ne pouvons rien; nous ne pouvons qu'exprimer nos préoccupations et déclarer ce qu'il en coûte à notre industrie.

Nous avons environ 10 p. 100 du marché aux États-Unis. Certains états n'aimeraient rien de mieux que d'interdire l'accès des États-Unis à tous les arbres de Noël du Canada. C'est un problème important. Comme je l'ai mentionné, nous surproduisons pour notre marché local et les arbres doivent bien être vendus quelque part.

Le sénateur Hubley: Pourriez-vous nous donner un bref aperçu du travail d'un cultivateur d'arbres de Noël? Combien de temps faut-il pour faire pousser un arbre de Noël? Combien faut-il planter d'arbres? Combien de temps passe avant de pouvoir récolter les arbres? Vous venez de mentionner que nous produisons plus que nos besoins au Canada et qu'il faut donc exporter. Selon vous, quelles sont les possibilités futures de l'industrie des arbres de Noël?

M. Giffen: Je commence par la dernière partie de votre question et répondrai à reculons. L'industrie des arbres de Noël comporte plusieurs éléments: les arbres, les brosses et les couronnes. Les ventes d'arbres commencent de nouveau à augmenter, mais en ce qui concerne les brosses et les couronnes, les affaires augmentent beaucoup plus rapidement. À l'heure actuelle, on ne voit pas de limite à ce que nous pourrions vendre au-delà de la frontière et ailleurs. En ce qui concerne les couronnes et les brosses, il n'y a pas de limite.

Dans la plupart des cas, les arbres de Noël poussent naturellement. Dans notre propre exploitation, tout ce que nous faisons est de déplacer les arbres. Nous n'achetons rien. Nous les déplaçons. Dieu ne les met pas exactement où nous aimerions les avoir, alors nous devons les déplacer. Cela prend de 10 à 12 ans pour faire pousser un arbre de Noël vendable, un arbre bien taillé de sept pieds de haut. Cela surprend beaucoup de gens.

Notre saison commence dès la fonte du sol. Nouseffectuons la plantation, la taille et les différentes pratiques agricoles. Nous avons dans notre exploitation 210 acres d'arbres de Noël cultivés. Nous avons une masse salariale de 16 employés la plupart du temps.

Que contribuons-nous à la collectivité? Je le compare à l'épinette rouge pour la coupe. Cela prend 100 ans pour obtenir une belle épinette rouge que tout le monde veut voir. Une rotation rapporte environ 1 500 $. Dans le même temps, en ce qui concerne les arbres de Noël, on obtient 10 rotations qui rapportent 7 000 $. Les arbres de Noël rapportent environ 77 000 $ de plus par acre qu'un peuplement d'épinette rouge. Nous réinvestissons beaucoup d'argent dans la collectivité sous forme de salaires, de cotisations sociales, d'achats de services et cetera.

Le sénateur Hubley: À quelle période coupez-vous les arbres de Noël pour qu'ils soient prêts pour le marché? Y a-t-il un temps pour faire les couronnes et les gerbes? Combien de temps avez-vous pour les fabriquer avant que les aiguilles de l'arbre commencent à tomber naturellement?

M. Giffen: Cela dépend en grande partie de la saison. Les dernières années ont été vraiment sèches. La saison des brosses commence avant que les arbres de Noël arrivent. Souvent, à moins d'avoir une main d'œuvre importante, les deux entreprises ne vont pas bien ensemble. Vous devez les traiter comme des entreprises distinctes.

Les clients demandent leurs arbres de plus en plus tôt. Cette année, le jour de l'action de Grâce américain est tombé très tôt; les clients voulaient leurs arbres avant cette date. Les premiers chargements sont partis dès le début du mois de novembre. C'est extrêmement tôt.

Nous essayons de sensibiliser nos clients à attendre parce que les arbres commencent à perdre leurs aiguilles. Si le climat est chaud quand nous chargeons les arbres, ceux-ci ont tendance à se réchauffer parce que nous les emballons si serrés dans leurs conteneurs réfrigérés qu'ils n'ont pas l'occasion de se refroidir progressivement pour ne pas perdre leurs aiguilles. C'est un véritable problème.

Nous avons eu le même problème avec les couronnes cette année. Habituellement, nos acheteurs veulent leurs arbres tôt parce qu'ils veulent être les premiers à vendre ce produit dans leur marché.

L'autre problème des couronnes et des brosses est qu'il y a beaucoup de travail à faire et peu d'employés pour le faire. Vous devez commencer de plus en plus tôt pour remplir les commandes.

Le sénateur Wiebe: Ce n'est pas une critique, mais à la dernière page de votre résumé, vous dites que les programmes gouvernementaux fournissant des travailleurs entièrement formés vous seraient d'une aide précieuse. Mais l'industrie elle — même ne serait-elle pas en meilleure position de former les travailleurs plutôt que le gouvernement du Canada?

M. Giffen: Eh bien, c'est exactement ce que nous faisons. La Nouvelle-Écosse a un programme de partenariat entre la DRH, le Nova Scotia Christmas Tree Council et un collège communautaire de Bridgewater qui parraine un cours de formation dans la fabrication des couronnes.

Toutefois, j'ai essayé de faire venir des gens pour travailler dans mon exploitation du bureau d'emploi local et ils m'envoient des gens qui n'ont aucune idée de ce qui leur est demandé. J'ai eu des gens qui sont venus au travail en espadrilles au mois de novembre ou de décembre. Par exemple, ils ont envoyé un jeune de 20 ans à l'exploitation d'arbre de Noël. Le service d'emploi lui a acheté des bottes de travail et une veste imperméable et il n'a duré de deux heures, mais il a gardé les bottes et la veste. Pas mal pour une journée de travail! Il a dit qu'il ne s'était pas rendu compte qu'il fallait porter. J'ai deux grands-mères dans la quarantaine qui font partie de mon équipe. Ce jeune de 20 ans avait le travail le plus facile de l'équipe et il n'a duré que deux heures.

Le sénateur Wiebe: Je suppose que quelqu'un qui est bien formé et qui travaille avec soin voudra probablement continuer à travailler et trouvera un travail à temps plein autre part. C'est probablement un autre problème.

M. Giffen: C'est notre autre problème. Notre exploitation est à 55 kilomètres d'Halifax, donc le salaire que nous offrons n'est pas le salaire minimum. On ne peut pas embaucher des gens au salaire minimum si près d'Halifax. Nous payons un bon salaire. J'ai une équipe de cinq ou six travailleurs stables et la plupart sont des femmes. J'ai toujours permis des horaires flexibles pour qu'elles soient à la maison en même temps que leurs enfants. Maintenant, un ou deux de ces enfants travaillent avec moi à plein temps. C'est un bonne chose.

Nous essayons de donner à l'équipe à plein temps autant du travail que possible de la fonte des neiges au début avril jusqu'à la fin décembre. Il n'y a pas assez d'argent dans l'entreprise pour fournir du travail pendant les trois mois au début de l'année.

Le sénateur Day: Votre plantation d'arbres de Noël est-elle dans une zone qui a été coupée à blanc ou sur des terres agricoles?

M. Giffen: Dans une zone qui a été coupée à blanc.

Le sénateur Day: Y a-t-il des terres agricoles marginales qui sont plantées d'arbres de Noël ou bien est-ce principalement sur des zones coupées à blanc?

M. Giffen: Ce sont des peuplements coupés à blanc, mais il est faux de penser que les peuplements coupés à blanc nous sont réservés. Nous désignons nos zones coupées à blanc maintenant avec un système de route comme un champ de plantation au Québec, juste un peu plus accidenté entre les routes. C'est une industrie qui n'est pas bien définie. Elle relève à la fois de l'agriculture et de la foresterie

Le sénateur Day: Exactement, vous ne savez pas sur quel pied danser.

M. Giffen: Oui. L'industrie des arbres de Noël n'est pas une entreprise de culture de fibre. C'est une entreprise de culture de feuillage comme toutes les autres activités d'horticulture. J'aimerais juste parler de cela. Cela rend notre situation plus complexe. Par exemple, nos problèmes d'insectes doivent être contrôlés au moyen d'un seul produit chimique. Nous sommes très contrôlés parce que nous sommes apparentés à la foresterie.

Si nous étions considérés entièrement comme une activité d'agriculture, nous aurions accès à une gamme plus étendue de produits chimiques. Agriculture Canada contrôle toutes les inspections. C'est vraiment embrouillé.

Le sénateur Day: Les pires éléments des deux mondes.

M. Giffen: Oui. En tant qu'industrie, nous aimerions être entièrement reconnus dans l'agriculture.

Le sénateur Hubley: Utilisent-ils des agents retardateurs de l'ignition ou est-ce une idée fausse? Est-ce cela existe?

M. Giffen: Ils ont essayé mais la seule chose efficace est avoir un arbre frais avec beaucoup d'eau propre et rien d'autre — pas d'aspirine, rien — juste de l'eau fraîche.

Le sénateur Hubley: Prenons le cas hypothétique d'un très bon cultivateur ayant environ 250 acres d'arbres de Noël, pourra-t-il bien gagner sa vie?

M. Giffen: Il peut gagner assez bien sa vie mais cela peut être difficile. Par exemple, j'ai terminé mes études dans l'institut en 1975 et nous avons commencé à vendre des arbres de Noël cultivés ici à Truro au prix de 18 à 21 dollars pièce l'année suivante. En 2001, nous vendions un arbre de Noël de même grandeur de meilleure qualité pour entre 24 et 28 $, TVH incluse. Nos marges ont diminué d'autant.

C'est le résultat de la concurrence — les arbres artificiels bon marché fabriqués en Orient sont en concurrence avec les nôtres au Canada. Nous avons livré une véritable bataille. Nous avons lancé des campagnes par la NCTA et le groupe canadien dans l'objectif de réfuter le mythe selon lequel les arbres de Noël artificiels sont bons pour tout le monde. Ce n'est pas vrai. Ils utilisent des ressources non renouvelables. L'argent sort du pays. Dans de nombreux cas, ces arbres sont toxiques quand ils brûlent. De temps en temps, le bureau du commissaire des incendies fédéral nous demande de faire de la recherche. Nous essayons de travailler avec l'ACTA parce qu'il est assez cher d'effectuer les tests de détails qui sont exigés.

Le président: Notre prochain invité est M. Philip Warman, du Centre d'agriculture biologique du Canada.

M. Phil Warman, professeur, Centre d'agriculture biologique du Canada: Merci de me donner la possibilité de parler du centre et d'autres questions concernant la transition de l'agriculture conventionnelle à l'agriculture biologique. Je serai bref et j'espère avoir beaucoup de temps pour répondre à vos questions.

J'ai distribué une copie d'un document intitulé «Centre d'agriculture biologique du Canada». La page de derrière a une description du CABC. Je parle au nom du centre pour le directeur, le Dr Ralph Martin.

La commission se compose de huit membres, dont moi-même, responsables devant le directeur. Le Dr Martin est membre d'office. La responsabilité de la commission est de recevoir, d'examiner et de fournir une rétroaction et des initiatives de projet et de recommander de nouvelles initiatives. Notre organisme est âgé de moins de six mois. Nous avons tenu notre première réunion en automne dernier et une seconde a eu lieu il y a juste deux semaines. Toutefois, pendant cette courte période, nous avons accompli des progrès impressionnants.

Nous avons récemment ajouté d'autres membres, notamment un coordonnateur de projet, M. Derek Lynch qui aura bientôt fini son doctorat. Nous avons aussi un coordonnateur d'expansion, le Dr Av. Singh qui commenceront à travailler chez nous dans quelques mois.

Nos membres de la commission viennent de partout au Canada. Deux de nos membres, Robert Gulford et Martin Entz, viennent du Manitoba. Il y a aussi des représentants d'Agriculture et Agroalimentaire Canada. Nos membres viennent du secteur alimentaire où, bien sûr, le biologique augmente le plus rapidement.

Mes informations indiquent que les produits alimentaires augmentent de 15 à 25 p. 100 par an. Dans beaucoup de cas, l'offre ne commence pas à satisfaire la demande de certains articles. Il semble que les ventes en dollars ont augmenté de 1 400 p. 100 lors des dix dernières années. Le Grocery Product Manufacturers of Canada a trouvé que 25 p. 100 des consommateurs sont prêts à payer un prix plus élevé pour des produits biologiques. Il est utile d'avoir un membre venant du secteur alimentaire pouvant parler aux clients.

Parmi nos personnes nommées, on compte aussi des spécialistes dans l'agriculture biologique provinciale du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Edouard, de l'Alberta, de la Colombie-Britannique et du Saskatchewan.

Le sénateur Day: Personne de la Nouvelle-Écosse?

Le Dr Warman: Non. Susan MacKinnon représente ce large groupe de personnes et Adrian Vermeulen de l'Île-du- Prince-Edouard représente Farmers in Transition qui représente les agriculteurs en cours de transition de l'agriculture conventionnelle à l'agriculture organique.

J'aimerais que vous remarquiez que le pamphlet déclare que «le CABC accepte la définition du terme «biologique» de la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique». J'ai ici la formule de la définition mais je ne vais pas encore vous la lire. Comme de nombreux organismes dans le monde ont chacun leur propre définition du terme «biologique», nous avons décidé que c'était la définition de la fédération qui était la plus globale.

Les Normes nationales du Canada, dont je suis membre votant ont publié une définition de l'agriculture biologique en 1999. Cette définition est beaucoup plus longue. Je voulais simplement illustrer le fait que même dans notre propre secteur dans l'ensemble du pays, nous avons des définitions assez différentes qui s'appliquent relativement aux normes.

Comme en juillet dernier nous venions de nous établir grâce au soutien de l'accord CARD, nous avons une histoire très courte. Vous remarquerez que les autres institutions ou compétences provinciales se sont engagés envers le Centre afin que nous puissions utiliser de programmes de subventions paritaires.

Nous sommes très heureux d'obtenir une subvention stratégique de la part du CRSNG qui a été attribuée à six d'entre nous pour examiner les questions hors du mandat du Centre. Cela fonctionne très bien parce que le Transition and Sustainability Strategies for Organic Farms fonctionne bien dans le cadre du concept global de ce que le Centre doit faire.

Il y a plusieurs projets dans le cadre du mandat du CABC. Le premier projet, le Développement de cours sur le Web, comprend quatre différents cours faisant partie du projet. Nous espérons présenter ces cours cet automne. Je travaille au quatrième cours concernant le compostage et j'ai travaillé sporadiquement aux autres. Il semble que ce matin, on a exprimé des inquiétudes relativement aux cours basés sur le Web. Ce sera ma première expérience avec un cours entièrement basé sur le Web et je ne sais pas à quoi m'attendre.

L'idée est que vous avez des gens par exemple en Alberta, au Saskatchewan, en Colombie-Britannique qui font les mêmes choses et cela leur permet de se familiariser sans avoir à se rendre ici et à voyager.

Avez-vous des questions sur ce premier projet en particulier? C'est le projet sur lequel nous nous concentrerons jusqu'à ce que les autres membres du personnel arrivent en ligne.

Le sénateur Oliver: Que voulez vous dire par production laitière biologique?

M. Warman: Nous avons changé ce terme pour production d'animaux d'élevage biologique qui est un terme plus global. Le cours que nous offrirons examine les animaux d'élevage biologiques. Il y a des normes d'agriculture biologique pour les producteurs qui veulent étiqueter leur produit en tant que viande biologique. Une grande partie est tributaire du fourrage biologique qui est en pénurie dans plusieurs régions. Ensuite, nous examinerons certaines des autres politiques et stratégies liées à l'agriculture biologique.

Le sénateur Day: Je comprends ce que les animaux ou le bétail mangent. Mais existe-t-il des réglementations particulières pour certifier biologique, par exemple, la manière dont les animaux sont gérés, élevés et utilisés?

M. Warman: Oui.

Le sénateur Day: je voudrais avoir cette définition.

M. Warman: C'est plus qu'une définition. Les normes sont liées aux groupes et sous-groupes de produits agricoles. Par exemple, les animaux d'élevage sont divisés entre les sous-groupes de la volaille, les produits laitiers, les vaches, les porcs et cetera. En ce qui concerne les meilleures procédures, la plus grande partie est liée au bon sens. Toutefois, pour devenir biologique, le type de fourrage utilisé ou ce que l'on fait du fumier sont des facteurs qui font partie du problème de ce qui est permis comme supplément. C'est un grand problème. Par exemple, comment le fourrage est-il produit? Vient-il d'une ferme certifiée biologique? Toutes ces questions sont incluses. C'est évidemment assez complexe.

Le sénateur Tunney: Pourriez-vous rapidement expliquer la procédure de certification exigée et décrire les obligations et les réglementations auxquels l'agriculteur doit se plier pour rester certifié?

Comment un client est-il assuré que le producteur n'est pas seulement certifié mais qu'il observe toutes les règles et régulations de production biologique?

M. Warman: En bref, il y a des organismes certificateurs établis dans toutes les provinces dans l'ensemble du pays. Certains d'entre eux se réunissent pour veiller à ce que par exemple l'Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse se comprennent entre eux. Pour effectuer le processus de certification et faire certifier la ferme, un agriculteur doit contacter ces organismes afin de savoir ce qu'il doit faire. On lui donne une liste de règles et de recommandations, puis un représentant d'une agence de certification le vérifie régulièrement. La ferme paie des droits pour devenir membre. Voici la réponse.

Le sénateur Tunney: N'y a-t-il pas d'inspections obligatoires des fermes? Y a-t-il des engagements qui indiquent clairement que la ferme n'utilise pas, par exemple, des substances à pulvériser pendant des semaines, ou des substances de contrôle des insectes ou des antibiotiques?

M. Warman: Oui, il y a des inspections. Je n'ai peut-être pas été assez clair.

Le sénateur Tunney: Je n'ai pas entendu le mot «inspection».

M. Warman: Il y a des inspections. De fait, en Nouvelle-Écosse, j'étais le premier inspecteur il y a dix ou onze ans. J'étais très critique de beaucoup d'exploitations. Ce n'est pas qu'elles ne suivaient pas les principes directeurs prescrits, mais j'étais préoccupé de certains facteurs écologiques qui ne figuraient pas encore parmi les principes directeurs en ce temps-là. Ces règles ont bien entendu été mises à niveau depuis ce temps. Oui, il y a des inspecteurs qui font des visites sur place. Je ne me suis pas fait bien comprendre.

Le sénateur Tunney: Je me préoccupe beaucoup de l'honnêteté et des possibilités d'infractions à certaines des obligations pour conserver la certification.

M. Warman: Je ne sais pas les circonstances auxquelles vous pensez ou auxquelles vous faites allusion. Je sais que j'étais trop critique. C'est sans aucun doute pourquoi je ne fais plus.

Le sénateur Tunney: Si j'avais une vache à lait valant 4 000 $ et qu'elle avait une fièvre de 105 degrés, je voudrais lui faire une injection pour faire baisser la fièvre et probablement lui sauver la vie. Toutefois, qui peut dire si je suis encore certifié? Suis-je encore un véritable agriculteur biologique dans ce cas? Personne n'a besoin de savoir de ce que j'ai fait. Je pourrais dissimuler mes actes.

M. Warman: Je ne peux pas vous répondre là-dessus, je ne suis pas familier avec le fourrage. J'ai été cultivateur de fruits et de légumes biologiques dans les années 70 en Ontario et je n'utilisais que du fumier. Je n'ai jamais fait d'élevage. C'est au-delà de mes compétences.

Notre second projet porte sur «l'évaluation des besoins de recherche biologique». Jusqu'à présent, nous avons établi les priorités qui doivent être examinées. Nous étudierons les préoccupations des cultivateurs et des cultivateurs potentiels, non seulement ceux dans l'industrie biologique parce que dans les provinces atlantiques, cela représente encore un petit nombre.

Quelles sont leurs préoccupations? Peut-être cela répondra-t-il à votre question, monsieur le sénateur. Je ne connais pas assez la production laitière pour déterminer ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. J'ai suffisamment de connaissance des fruits et des légumes pour savoir ce qui est permis et ce qui n'est pas permis. Par exemple, comment compenser un manque de bore dans votre terre, ce genre de chose. Est-ce un problème? Est-ce un problème pour les producteurs? C'est pourquoi c'est un service continu dans le cadre du projet numéro deux.

Le troisième projet, «Stratégies de transition», examine la transition vers l'agriculture biologique. Mes collègues et moi avons probablement entrepris le projet le plus long de cette nature au Canada. Pendant 12 ans, nous avons comparé des légumes biologiques à des légumes cultivés à l'engrais chimique, par exemple. Ce projet va bientôt prendre fin. Il y a très peu de financement pour le continuer. Nous avons été financés pendant la troisième, la sixième et la huitième année. Une question importante est: «Combien de temps faut-il pour faire une transition appropriée de la culture conventionnelle à la culture biologique?» Combien d'années faut-il? Comment peut-on le faire?

Les agriculteurs ne veulent pas être entièrement hors de production et pourtant, ils ne sont pas considérés biologiques pendant les trois premières années. Cela prend au moins trois ans; c'est quand les organismes de certification entrent en jeu. Les règles varient considérablement dans le pays en ce qui concerne les ressources de terre, le climat et cetera. Vous aurez peut-être des questions à ce sujet.

Le quatrième projet, «Recherche à la ferme», est bien lié aux travail que nous avons fait. Nous commencerons ce travail en Nouvelle-Écosse, au Manitoba, à l'Île-du-Prince-Edouard et peut-être au Nouveau-Brunswick.

Le cinquième projet impliquera le nouveau personnel dans le domaine de l'accès aux informations. Il y a de nombreuses questions: comment fait-on ceci? Quelles mesures sont à prendre dans cette situation? Ayant une personne de diffusion et une personne en recherche à plein temps, ce domaine sera bien pourvu.

La recherche de marché et l'horticulture écologique sont d'autres domaines que nous aimerions développer. Nous n'avons pas besoin d'aller beaucoup plus loin que là où nous sommes situés actuellement. La ville d'Halifax a introduit une réglementation régissant quel type de pesticide peut être utilisé dans des milieux urbains, elle sera donc intéressée par le domaine de l'horticulture écologique.

Avez-vous des questions?

Le président: J'aimerais commenter que cette entreprise est passionnante. De mon point de vue, c'est une bonne nouvelle. Je crois que ce sera une bonne occasion d'encourager les gens, surtout les jeunes, à s'établir dans le domaine de l'agriculture et la culture biologique est certainement un domaine en expansion.

L'idée de cours sur le Web est excellente. J'imagine que la définition de «biologique» sera sur le Web afin que ceux d'entre nous que cela intéresse puissent y trouver les principes directeurs. Cette information se trouvera-elle sur le site Web?

M. Warman: Je crois. Je vais certainement veiller à que cela y figure, si ce n'est pas déjà fait.

Le président: À votre avis, quel est le genre de progrès qui pourrait intervenir au Canada et dans toutes les provinces et les régions du Canada serait susceptible de proposer une série de définitions de ce qui est organique et ce qui ne l'est pas? Je suis plutôt préoccupé par le fait que cela risque de retarder l'impact sur l'industrie. Si je comprends bien, il y a sept organismes de certification ici dans la province ou dans les Maritimes. Je pense qu'il y a en a deux dans la province du Saskatchewan. Tout le monde serait-il en train de protéger ses propres intérêts ou y aurait-il une façon de normaliser les directives de certification et de les faire approuver partout au Canada?

M. Warman: Les membres de ces organismes sont soit des membres votants ou impliqués de quelque façon avec la norme nationale. Regardons un peu la norme nationale. Il s'agit certainement du processus le plus démocratique auquel je n'ai jamais participé.

Nous avons effectué six ou sept révisions complètes afin de vérifier que tous les points de vue et toutes les préoccupations avaient été prises en compte. Ce fut un exploit d'obtenir l'entente de 55 personnes sur la définition d' «organique». Je ne sais pas s'il serait aussi difficile de réussir à mettre d'accord 55 personnes sur ce qu'est l'eau. Je suis enclin à penser que les organismes de certification devraient se pencher sur la norme nationale et tout le monde devrait la respecter.

Le président: En suivant ces lignes directrices?

M. Warman: Oui, c'est pourquoi nous avons une ligne directrice nationale pour que les marchandises puissent passer au-delà des frontières. Nous avons considéré les lignes directrices à l'extérieur du pays, de façon à savoir ce qui est défini comme «organique» en Californie, vu que nous importons une grande quantité de nos produits de Californie ou de Floride à ce moment de l'année. J'apprécierai vraiment beaucoup que les personnes chargées de la certification se penchent sur les lignes directrices nationales.

Le sénateur Day: Jennifer Melanson était parmi nous au début de la journée et elle nous a indiqué que les produits organiques certifiés comme tels dans cette province ne pourront être envoyés au Québec ou dans le Maine, cette année, pour la bonne raison que leur définition d'organique ne correspond pas à la leur. Je pense que c'est là où voulait en venir notre président.

Cette norme nationale indique que les certificateurs dans cette province ne suivent pas les mêmes normes que dans ces autres secteurs. Maintenant, il se peut que le Québec ou le Maine ou encore les États-Unis suivent une norme différente de la norme nationale que vous avez établie. Il est important que nous possédions non seulement une norme nationale, mais également une norme internationale. Une fois que vous êtes prêt pour cela, il est désolant que votre produit ne puisse être vendu tout simplement parce qu'il n'est pas accepté en tant que produit organique dans cette région en particulier.

M. Warman: Je suis tout à fait d'accord. Je n'étais pas au courant de ce qu'elle avait dit ce matin. Je n'étais pas au courant de cela et je ne sais pas si cela aurait fait une différence. Je ne sais pas si cela est assez précis.

Le sénateur Day: Savez-vous si le centre ici serait prêt à assumer un certain leadership dans ce que je considère être une chose essentielle? Par exemple, si quelqu'un s'engage, puis — nous entendons cela au cours de chaque présentation dans d'autres régions — les règlements signifient toutes sortes de profits perçus au niveau international qui freinent le commerce même si vous pensez être en conformité avec les règlements. Je pense que le leadership est un facteur essentiel pour ce point en particulier et nous ne manquerons pas de transmettre le message à Ottawa. Toutefois, je pense que vous pourriez être en mesure d'assurer le leadership ici par le biais du centre.

M. Warman: Je suis d'accord. Je pense que cela relève de la direction du marketing. Nous envisageons sérieusement de commercialiser un produit en nous assurant que ce produit peut traverser les frontières provinciales et nationales. Je ne pensais pas qu'il existait ces différences au niveau provincial. La réponse à cela est oui, et je ne manquerai pas de parler de cette question à Ralph. Comment allons-nous réagir par rapport à cette situation et remplir nos fonctions de leaders?

Le président: Monsieur Warman, je vous remercie de votre exposé. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, vous avez un champion en la personne du sénateur du Saskatchewan et il en est de même pour quelques autres sénateurs de cette province. Nous vous souhaitons bonne chance dans votre entreprise et nous vous remercions d'avoir pu comparaître devant nous aujourd'hui.

M. Gordon est notre témoin suivant.

M. Robert Gordon, professeur, Nova Scotia Agricultural College: J'apprécie d'avoir l'occasion de vous parler de certains des programmes dans lesquels nous sommes impliqués par le biais du Collège d'agriculture et du Department of Agriculture and Fisheries, et qui ont trait en particulier aux questions d'actualité de l'aménagement de l'environnement dans le secteur de l'agriculture.

J'aimerais vous parler de certaines pressions environnementales réelles auxquelles est confrontée l'industrie, particulièrement ici en Canada atlantique. Néanmoins, vous verrez que beaucoup de ces questions sont également d'intérêt national. Nous avons essayé de trouver des solutions à certains de ces problèmes, par le truchement de nos programmes de recherche d'adaptation, du collège et de nos activités de prise de contact.

Au cours des dernières années, nous avons réussi à développer une recherche sans faille reconnue au niveau international ainsi que des programmes de sensibilisation par l'entremise du service du génie et du ministère des Sciences environnementales, ici même au NSAC. Nous collaborons étroitement avec le ministère de l'Agriculture et des Pêches, division de la gérance des ressources. Nous avons bâti de solides relations avec les associations de marchandises provinciales comme régionales comme la Federation of Agriculture ainsi qu'avec les organismes nationaux de produits et les organismes de réglementation environnementale pour aider l'industrie à s'adapter à certaines de ces questions d'actualité ayant trait à l'aménagement de l'environnement.

Notre programme donne la priorité aux questions relatives à l'utilisation du fumier, aux technologies de traitement des eaux usées pour les exploitations agricoles, à la prévention de la pollution atmosphérique et à la gestion qualitative des eaux. J'aimerais vous donner un aperçu des projets dans lesquels nous sommes engagés et vous présenter quelques problèmes urgents auxquels l'industrie de l'agriculture commence à être confrontée.

Le sénateur Hubley: Juste avant que vous nous changiez de sujet, pourriez-vous nous dire ce que représentent les diapositives que vous nous montrez?

M. Gordon: Oui. Je vous soulignerai certaines de choses au fur et à mesure que j'avance dans mon discours. Pour votre information, au coin supérieur gauche, vous voyez un site de recherche que nous avons établi sur le campus du collège, qui se concentre principalement sur la gestion des cadavres d'animaux. Je vous en parle brièvement. C'est un problème important pour l'industrie: comment aborder la question de la mortalité à la ferme en respectant la sécurité et la biosécurité.

Nous sommes également confrontés au problème de la qualité de l'hydrogéologie et des puits. Nous concentrons en grande partie de notre recherche sur les solutions économiques simples de traitement des eaux usées, ce qui implique en grande partie l'utilisation de systèmes d'aération, que vous pouvez voir dans la partie supérieure droite, permettant de faire une meilleure évaluation ou d'effectuer un meilleur traitement des réseaux eaux résiduaires de fumier.

Dans la partie inférieure droite, vous pouvez voir une autre partie importante de notre programme. Il s'agit d'un système de traitement de type naturel appelé «Constructed Treatment Wetlands». Nous sommes reconnus au niveau national comme les chefs de file dans le secteur de l'agriculture en matière de développement, de conception et de mise en oeuvre de systèmes de traitement des eaux usées sur la ferme, comme l'utilisation de marais artificiels dans le traitement des eaux usées pour l'industrie agroalimentaire.

L'utilisation du fumier est un autre élément important de notre programme. Les pathogènes deviennent de plus en plus importants, en termes de problèmes relatifs à la santé humaine, aux intoxications alimentaires et à la qualité de l'environnement. Il est crucial d'aborder également les questions d'antécédents alimentaires. Sans oublier la déphosphoration et la gestion de l'azote à partir de systèmes agricoles qui constituent une partie importante de nos activités de recherche.

Le programme que nous avons établi en coordination avec le ministère de l'Agriculture et des Pêches a un mandat de trois activités principales. Nous mettons ces activités en avant pour tous nos projets de recherche et nous nous engageons à apporter à notre industrie agroalimentaire des solutions innovatrices aux problèmes d'aménagement de l'environnement. Le mot «innovatrice» est important, car à nouveau l'industrie a besoin de développer des technologies innovatrices et qui réussissent, sans que leurs coûts soient prohibitifs pour les producteurs et les fermiers.

Nous percevons également le besoin de continuer à décupler les possibilités pour nos jeunes travailleurs scientifiques par le biais du NSAC et d'autres institutions, et à leur offrir une formation pratique au deuxième cycle universitaire, dans les communautés rurales. Notre programme insiste sur la recherche de grande qualité, hautement technique ainsi que sur le fait de chercher des solutions adaptatives sur l'exploitation agricole. Comme toujours nous travaillons en partenariat avec l'industrie agroalimentaire du Canada Atlantique et la plupart de ses intervenants.

En ce qui concerne les principaux problèmes liés à l'environnement, j'aime y penser de trois différentes façons. Aucun de ces problèmes est nouveau pour vous. Les problèmes clés de la gestion qualitative des eaux que l'industrie se doit de prendre en compte à l'avenir, ce que nous avons déjà réalisé y compris relativement à l'azote des nitrates ou au mouvement du nitrate des engrais anorganiques ou organiques dans les eaux souterraines. Ce qui constitue toujours un problème urgent auquel l'industrie doit faire face.

Nous voyons le nombre des problèmes de déphosphoration qui augmentent et qui se transforment en problème de qualité d'eau et de qualité dans nos régimes d'eau de surface. En outre, nous commençons à voir certains signes d'eutrophication du phosphore dans les systèmes d'eaux souterraines.

Le problème Walkerton a attiré l'attention sur la question de l'administration des pathogènes — non seulement dans les nappes souterraines, mais également dans les régimes des eaux de surface. Nos producteurs essaient de trouver des solutions leur permettant de mieux contrôler les pathogènes à partir de leurs systèmes agricoles et de régler en plus la difficulté véritable de la lixiviation et de la vidange des pesticides de nos systèmes agricoles.

Le problème de prévention de la pollution atmosphérique commence à attirer de plus en plus l'attention. Beaucoup de nos systèmes de gestion se sont davantage portés sur la qualité de l'eau; néanmoins, il devient de plus en plus de pressant de nous pencher sur les problèmes de pollution atmosphérique. Vous entendez beaucoup parler des gaz à effet de serre, du CO2, de l'oxyde nitreux, l'un des principaux gaz à effet de serre produit à partir des systèmes agricoles. Le méthane attire beaucoup l'attention. Je vous en parlerai dans quelques instants.

Les technologies de réduction de l'odeur se rapportent aux problèmes de nocivité associés à l'odeur du fumier qui se répand; l'abri du bétail et l'entreposage du fumier sont reconnus comme étant des problèmes de plus en plus cruciaux dans les communautés rurales. Un problème d'actualité sur lequel le public va sans doute se pencher à l'avenir est celui des niveaux d'ammoniac et les émissions d'ammoniac des systèmes agricoles. Jusqu'à présent, l'Europe a déjà porté une attention considérable à ce problème.

L'attitude du public à l'égard de ces questions de pollution de l'air et de l'eau est l'un des problèmes clés liés à l'environnement. L'intérêt du public devient beaucoup plus important et ses attentes augmentent pour tout ce qui touche à l'environnement. Nous assistons à l'apparition de problèmes et de modifications significatifs en termes de données démographiques en régions rurales.

Par exemple, en Nouvelle-Écosse actuellement, la population rurale employée directement par l'industrie de l'agriculture représente seulement 15 p. 100. Nous assistons à une prolifération urbaine très importante sur les anciennes terres agricoles. La tendance vers des exploitations agricoles moins nombreuses mais plus importantes se fait sentir non seulement en Nouvelle-Écosse, mais également dans le reste du Canada. Ces deux diapositives et les deux précédentes établissent les priorités du secteur agricole pour mieux gérer ces problèmes liés à l'environnement.

J'aimerai souligner brièvement certaines des pressions ambiantes auxquelles le secteur agricole doit faire face. Beaucoup de ces problèmes sont des activités dans lesquelles nous participons actuellement par le biais de notre recherche et de nos initiatives de sensibilisation au NSAC.

Il est sûr que nous sommes de plus en plus préoccupés par le fait de savoir si les exploitations agricoles ont des capacités d'entreposage de purin suffisantes. Actuellement, en Nouvelle-Écosse, nous développons de nouvelles directives concernant l'utilisation du fumier, qui requièrent que toutes les fermes disposent d'une capacité d'entreposage d'au moins sept mois.

Une récente étude dans notre province montre que seulement la moitié de nos fermiers qui utilisent des systèmes de traitement du purin satisfont à ces directives de sept mois. Nous remarquons l'apparition de directives concernant la manutention du purin, plus restrictives et de codes pratiques dans d'autres juridictions également. Par exemple, les provinces comme le Québec appliquent une date limite pour étaler le purin qui est le premier octobre. Ils imposent également l'obligation de respecter des distances plus importantes entre les emplacements où il est possible d'entreposer ou d'étaler le fumier et les lieux de résidence.

La gestion des eaux souterraines et de l'azote de nitrate nous pose un grave problème. Par exemple, certaines études récentes effectuées dans les régions rurales de Nouvelle-Écosse indiquent que dans certaines de nos terres extrêmement sensibles à la lixiviation, nous remarquons qu'entre 18 et 25 p. 100 de nos puits ruraux — il s'agit de puits domestiques — dépassent les concentrations maximales autorisées en azote de nitrate. En d'autres termes, elles sont plus importantes que 10 parties par million. Ce qui engendre de graves risques pour la santé. Nous nous devons de reconnaître que l'agriculture n'est pas l'unique source de ces problèmes et qu'il serait nécessaire d'intégrer des systèmes de traitement des eaux usées domestiques sur place ainsi que de mettre en place de meilleurs programmes d'éducation du public relatifs à l'utilisation des engrais anorganiques et organiques.

Nous remarquons également dans certaines juridictions une diminution plus accentuée des règlements relatifs aux droits des exploitations agricoles pour ce qui a trait à la protection des nuisances. En d'autres termes, les fermiers n'ont pas la possibilité de mettre en pratique certaines des activités agricoles recommandées depuis longtemps. Nous remarquons que l'étalage du fumier à certaines périodes de l'année, les fins de semaine, les vacances, les vendredis, et cetera. n'est plus aussi bien toléré.

Les fermiers doivent développer des technologies d'assainissement des odeurs plus sophistiquées, mais toujours onéreuses. Nous remarquons plusieurs secteurs qui requièrent un plan de gestion des éléments nutritifs pour toutes les exploitations agricoles qui dépassent un certain nombre de têtes de gros bétail. Ce qui signifie que tous les fermiers doivent adhérer aux structures de conservation des dossiers à long terme pour satisfaire aux besoins réglementaires ainsi qu'aux mécanismes provinciaux de contrôle de la qualité, aux exigences d'accréditation et de législation en vigueur.

L'autre question est la façon dont ces plans sont développés. Souvent nous considérons le phosphore comme étant un nutriment limitant dans beaucoup des systèmes de culture, ce qui oblige les producteurs à trouver davantage de terres pour épandre le fumier existant.

Les programmes comme la planification environnementale en agriculture requièrent des exigences plus importantes. Encore une fois, nous avons prêché l'exemple ici en Nouvelle-Écosse par l'entremise du ministère de l'Agriculture et des Pêches, le NSAC, et la Federation of Agriculture, en mettant en œuvre l'un des meilleurs programme de planification environnementale en agriculture dans ce pays. Toutefois, nous remarquons que des programmes comme celui-ci suscitent davantage d'intérêt, du fait qu'ils soient reliés à une observance intégrale pour l'obtention de fonds d'assistance sur la ferme et pour des prêts agricoles dans l'avenir. Il existe un besoin notable de mieux comprendre et développer des méthodes coordonnées à la planification environnementale en agriculture.

Beaucoup des technologies environnementales mises en œuvre sur les exploitations agricoles par le passé ont souvent accordé plus d'importance à la qualité de l'eau plutôt qu'à la qualité de l'air et il est devenu vraiment nécessaire de réévaluer certains de nos systèmes de gestion antérieurs. Le bassins anaérobies sont un bon exemple pour les exploitations laitières et les élevages de porcs où il est probable que la majeure partie du traitement de ce fumier et des eaux usées se fait par la revitalisation de l'ammoniac dans l'atmosphère. Encore une fois, nous devons nous pencher sur les systèmes qui gèrent nos ressources hydriques, mais qui maintiennent en même temps la qualité élevée de l'air. Ce qui nécessite d'effectuer une recherche intégrée qui implique des études prenant en considération de nombreuses activités traditionnelles pour les replacer dans leur contexte.

Au niveau fédéral, tout l'intérêt se porte sur l'industrie de l'agriculture dans le but de trouver des stratégies permettant de réduire les émissions des gaz à effet de serre. Selon le protocole de Kyoto, nous sommes obligés dans ce pays de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 6 p. 100 par rapport aux niveaux que nous avions en 1990, d'ici 2008 à 2012.

Avec le rendement actuel, cela équivaut à une réduction d'environ 21 à 25 p. 100 des taux d'émission actuels. Cela n'inclut pas uniquement le secteur de l'agriculture, mais tous les secteurs. L'industrie de l'agriculture attire beaucoup l'attention et il lui est demandé de trouver des moyens d'atténuer certaines des émissions provenant des systèmes de productions agricoles.

Nous observons que la déphosphoration devient un problème majeur pour tous les producteurs de bétail, en particulier pour ces fumiers qui contiennent un taux élevé de phosphore comme la volaille et certains bétails laitiers. Les concentrations en phosphore de beaucoup de nos terres sont élevées voire excessives. Certaines études donnent à penser qu'il y a des champs cultivés à outrance sur lesquels il n'est pas possible d'appliquer du fumier pendant les prochaines deux ou deux décennies et demie en raison des niveaux élevés de phosphore qui existent dans ces sols. Ce qui impose une pression encore plus grande aux producteurs pour les obliger à trouver une base de terres plus importante leur permettant d'utiliser ce fumier de façon appropriée. De nombreuses juridictions utilisent le phosphore étant donné que c'est un élément nutritif à libération tellement lente et dont la concentration est extrêmement élevée à certains endroits. Il est utilisé pour limiter et restreindre l'expansion des exploitations agricoles dans certaines régions du pays.

J'ai déjà mentionné la gestion des cadavres d'animaux et la biosécurité. De nombreuses options traditionnelles pour la mortalité sur la ferme sont maintenant limitées. Par exemple, les établissements de récupération animale restreignent beaucoup de types de bestiaux. Les inhumations et les incinérations n'existent plus maintenant en raison des risques pour l'environnement et pour la santé, ainsi que les coûts qui leur sont associés. Dorénavant il y a un réel besoin de développer des méthodes sur l'exploitation agricole qui respectent l'environnement ainsi que la biosécurité. Les technologies de compostage font partie des secteurs sur lesquels porte notre recherche. Toutefois, cela requiert une formation très importante sur la ferme et — dans certaines juridictions — une certification pour les producteurs individuels.

Beaucoup de produits doivent comporter des additifs alimentaires s'agissant de leurs matières premières afin d'atténuer l'odeur et de diminuer l'excrétion de phosphore des animaux. Encore une fois, voici un autre problème qui est en train d'être abordé, mais dont les coûts qui lui sont associés sont élevés.

Dans cette province, la qualité des eaux d'irrigation nous pose quelques problèmes. Certains de nos principaux régimes d'eaux de surface fréquemment utilisés pour l'irrigation dépassent souvent la quantité de pathogènes sécuritaire — en ce qui concerne les niveaux de coliformes fécaux. Ce qui est parfois lié à la salubrité des aliments.

Le fait que les techniques d'analyse permettant de surveiller les coliformes et les e-coli sont extrêmement lentes et onéreuses ne facilitent pas les choses. Aucun programme vraiment intégré n'a été établi permettant de savoir si les systèmes d'eau sont sans risque et si les circuits alimentaires ne comportent aucun risque au niveau de la ferme. Il est primordial pour nous de reconnaître que les producteurs qui utilisent généralement ces systèmes d'eau, ne sont pas la seule raison de la qualité médiocre de l'eau. Il nous incombe de développer des programmes intégrés pour nous assurer que nous nettoyons bien ces postes d'eau. Je vais vous en parler dans quelques instants.

Il existe également une tolérance de réduction de l'utilisation des pesticides dans les régions rurales. Certaines municipalités encouragent l'interdiction d'utiliser des pesticides. Ce qui fait que notre secteur agricole, ici dans l'est du Canada est considéré comme une source de pollution ponctuelle. Il y a davantage de pression émanant des associations non agricoles pour limiter leur utilisation ou appliquer des réseaux d'eaux résiduaires avant de rejeter les eaux de drainage dans les systèmes aquatiques. À nouveau, il est probable que les réseaux de drainage souterrain existants qui ont été préconisés pour l'aménagement des terrains depuis les trois ou quatre dernières décennies entraînent des coûts de modification considérables.

Nous remarquons de plus en plus d'exigences portant sur la gestion des eaux usées et des eaux d'écoulement au sein des systèmes agricoles. Il existe des solutions qui coûtent 100 000 $, mais elles ne sont pas réalisables pour les petites entreprises agricoles individuelles. Ce qui soulève également un problème de gestion des agents pathogènes. Il nous faut développer des technologies de traitement des eaux usées qui ne comportent aucun risque pour l'environnement et la santé, mais dont les coûts de mise en œuvre et d'utilisation à long terme ne soient pas excessifs.

Il est devenu urgent de gérer les changements climatiques, et la préservation du sol est toujours un problème majeur. Nous remarquons un appauvrissement massif de nos niveaux de matières organiques en raison de notre exploitation intensive des sols. Nous assistons également d'une pollution non localisée causée par le transport de la sédimentation et des phosphores.

Enfin, les fermiers des régions rurales subissent davantage de pressions quant à l'utilisation des matières solides biologiques, en d'autres termes, les matières solides biologiques produites par les centres en région urbaine épandues sur les terres agricoles. Des mesures incitatives à court terme ont été prises, mais il peut y avoir des ramifications à long terme relatives à l'utilisation de ces matières solides biologiques et des systèmes de production agricole quant à la qualité, la salubrité des aliments et la sécurité environnementale.

Avec nos programmes de recherche, nous nous sommes efforcés de mettre à jour des solutions adaptatives applicables au niveau de la ferme. Au cours des dernières années, nous avons pris en considération le problème de gestion des pathogènes à partir des systèmes agricoles, principalement en termes d'écoulement de fumier, de système d'évacuation par réseau de drainage souterrain et de gestion intégrée des bassins hydrographiques.

Nous sommes persuadés que le NSAC est un chef de file en matière de sensibilisation de l'industrie agroalimentaire du Canada atlantique à la persistance — la survivabilité au cours du transport — de ces pathogènes. Cette question extrêmement complexe nécessite une recherche approfondie, mais nous avons réussi à mieux comprendre leur survivabilité et à développer des systèmes de gestion que l'industrie peut tenter de mettre en application.

Nous avons également adopté cette méthode intégrée de gestion qualitative des eaux par le biais de nos initiatives de surveillance des bassins hydrographiques. La Fondation canadienne pour l'innovation a offert des subventions importantes afin de nous aider dans notre infrastructure et nous sommes également en train de recruter une chaire de recherche canadienne de deuxième catégorie en gestion des bassins hydrographiques. Il s'agit d'un poste unique qui intégrera nos ressources existantes dans le domaine de la gestion qualitative des eaux à l'échelle des bassins hydrographiques.

Comme je l'ai déjà mentionné, nous disposons d'un programme actif de traitement des eaux usées qui implique la surveillance de ces technologies innovatrices de traitement à la fois sur la ferme et dans nos installations de recherche ici sur le campus du collège. Nous pensons que le NSAC est un leader mondial en matière d'application sur la ferme du traitement des marécages et d'autres technologies de traitement des eaux usées; nous faisons actuellement partie du Centre d'excellence national récemment nommé — le Clean Water Network — à l'University of Waterloo.

Le NSAC a également participé activement dans le domaine des changements climatiques en termes de diminution des gaz à effet de serre, des impacts et de l'adaptation aux changements climatiques. En octobre dernier, le NSAC a embauché le Dr David Burton à la chaire de recherche pour notre faculté et nous pensons qu'il est à ce jour la seule personne de recherche à temps plein spécialisée dans les changements climatiques dans une faculté agricole dans ce pays.

Nous avons également eu la chance d'être assistés par la Fondation canadienne pour l'innovation dans l'achat d'un système laser d'avant garde nous permettant de mieux comprendre les émissions d'oxyde nitreux, de méthane et de CO2 émanant des systèmes agricoles. Cela représentera une grande partie de mon programme de recherche et de celui du Dr Burton au cours des années à venir.

En conclusion, j'ai parlé de nombreuses pressions environnementales. La solution a été de donner la priorité aux technologies adaptatives à bas prix destinées aux fermiers. Voici la façon dont nous avons travaillé avec l'industrie, les associations de producteurs agricoles et le secteur privé. Comme je l'ai souligné, il existe des solutions coûteuses mais ce ne sont pas vraiment des options. Il nous faut regarder et identifier des technologies qui soient viables pour les producteurs individuels.

Il est impossible d'appliquer toutes les solutions en général. Par conséquent, nous devons considérer l'innovation ainsi que les solutions sélectives pour les exploitations agricoles individuelles, ce qu'a démontré l'industrie en Nouvelle- Écosse. Nous espérons qu'elle va continuer à se comporter de façon proactive en termes des systèmes d'aménagement de l'environnement et en développant des programmes comme le Programme des Plans environnementaux en agriculture, en parrainant et en établissant des partenariats dans la recherche environnementale et en développant des stratégies permettant de s'occuper de l'utilisation du fumier et de traiter la gestion prévisionnelle dans l'avenir.

En ce qui concerne beaucoup de nos plus grandes opérations dans le domaine de l'élevage, il est nécessaire d'étudier les autres marchés et les produits à valeur ajoutée pour trouver des solutions avantageuses en ce qui concerne le fumier. Nous aimerions intensifier l'intérêt sur cette partie de notre programme. Nous désirons également explorer les moyens d'identifier les options qui s'offrent à nous pour permettre aux industries et aux associations d'utiliser au mieux nos déchets émanant des systèmes agricoles.

Il est nécessaire de continuer à éduquer le public et les producteurs par le biais de programmes en partenariat. Nous devons nous concentrer sur le manque d'intérêt suscité par l'agriculture dans certaines régions et assurer que les individus de ces communautés prennent conscience du rôle joué par l'agriculture et ce, non seulement dans nos communautés internationales, mais également en conservant la qualité de l'environnement dont nous jouissons dans ces mêmes régions.

Enfin, j'aimerais souligner qu'à l'égard de toutes nos activités de recherche, il est nécessaire que nos chercheurs travaillent étroitement et en partenariat avec le secteur agricole dans cette région.

Le sénateur Hubley: Nous vous remercions de votre exposé. Nous avons discuté de l'utilisation du fumier un peu plus tôt. Quels sont les nouveaux moyens innovateurs auxquels vous pensez?

M. Gordon: Il y en a beaucoup. Une grande partie de notre programme consiste à prendre des produits couramment disponibles sur le marché et de les évaluer dans le contexte des différents secteurs de l'élevage. Nous travaillons de concert avec les producteurs pour évaluer certaines choses comme l'amélioration de la séparation liquide-solide du fumier et manipuler les différentes fractions séparément. Nous cherchons à optimiser les ressources potentielles du fumier par le biais de l'utilisation du traitement des marais, à l'aide de systèmes d'épandage de fumier sophistiqués. Nous tentons d'optimiser les performances de l'épandage du fumier afin d'atténuer la perte d'ammoniac — l'odeur atmosphérique.

Le problème urgent relatif à l'utilisation du fumier est constitué par le fait d'essayer de le prendre de la ferme pour le placer effectivement sur des terres sans causer de problèmes importants à l'environnement sans adhérer à ce titre à certaines des questions de gestion des pathogènes et à la déphosphoration. Nous devons également nous occuper des questions d'eaux usées vu que nous en produisons 12 mois par an, mais nous ne sommes qu'à mi-chemin de les utiliser de façon efficace.

Le sénateur Oliver: lorsque vous avez parlé du phosphore un peu plus tôt, vous avez dit qu'il y en avait tellement maintenant, qu'il serait difficile de changer les choses avant longtemps. Existe-t-il un produit chimique qui le neutraliserait de la même façon que nous utilisons du calcaire ou d'autres choses pour leur action neutralisante?

M. Gordon: C'est une bonne question. Certains programmes de recherche essayent de régler ce problème. Il reste également beaucoup de questions posées quant à nos terres plus lourdes et plus stables, par exemple, le phosphore risque-t-il de s'infiltrer dans les circuits d'alimentation en eau?

Nous orientons notre recherche davantage sur la lixiviation du phosphore. Pénètre-t-il dans les systèmes de drainage souterrain? Les données que nous avons collectées sur quelques sites dans cette province ont montré que nous ne voyons rien à ce jour. Je pense que cela va devenir très rapidement un problème.

Le secteur de l'élevage des porcs, par exemple, encourage ses producteurs à utiliser des additifs comme les phytes pour lesquelles il a été démontré qu'elles pouvaient réduire le phosphore produit par l'animal. En outre, ceci est pratiqué à plus grande échelle. Toutefois, le problème du phosphore attirera davantage l'attention dans les années à venir étant donné que la planification environnementale en agriculture est imposée par la loi dans la plupart des pays.

Il reste encore beaucoup de recherches à faire pour pouvoir répondre à cette question. Néanmoins, à ce jour, il n'existe aucun système simple, économique et viable qui permettrait de réduire ces marges.

Le sénateur Oliver: Je ne m'intéresse pas aux nouvelles lois ou aux nouveaux règlements, car je pense que les fermiers devraient être capables de s'occuper de leurs affaires sans aucun règlement. Je me demande pourtant s'il ne serait pas nécessaire d'exiger que les gens fassent tester leurs terres régulièrement afin de déterminer le niveau de phosphore, d'azote et de nitrate dans le sol.

M. Gordon: Voici une fantastique suggestion. Les initiatives de gestion prévisionnelle des nutriments que nous promouvons ici en Nouvelle-Écosse incluraient cette suggestion. La législation en Ontario et dans d'autres provinces requiert la mise en oeuvre de plans de gestion des nutriments qui donnent lieu à une meilleure compréhension de la taille des terres ou la taille des champs, des récoltes devant être produites, l'identification des rotations et le développement d'un programme d'analyse du sol fréquent.

Le sénateur Day: Les tests des sols pourraient-ils faire partie d'une analyse comparative sur un plan environnemental pour une exploitation agricole, de façon à ce que l'on sache ce que l'on a?

M. Gordon: Certains plans environnementaux en agriculture testent le sol. Dans la plupart des juridictions, la planification environnementale en agriculture est légèrement différente de la gestion prévisionnelle des nutriments. Toutefois, une gestion prévisionnelle précise des nutriments, imposée par la loi dans différentes provinces actuellement, vous obligera à faire effectuer fréquemment une évaluation de la fertilité du sol sur tous les champs de l'exploitation agricole.

Plusieurs agences du secteur privé ont mis en œuvre des programmes visant à faire exactement la même chose avec les producteurs et les associations régionales du sol et des récoltes.

Le sénateur Day: S'agit-il d'une analyse comparative? Je suis enclin à penser que vous devez savoir comment procéder.

M. Gordon: Oui. Cet aspect d'analyse comparative et de compréhension de ce que vous avez en termes des ressources de votre sol est exactement ce qu'est la gestion prévisionnelle: identifier à quel endroit vous vous situez et comment vous orienter à long terme.

Le président: Au Saskatchewan, par exemple, où je cultive, le phosphore et l'azote représentent nos besoins les plus importants.

M. Gordon: Il se passe la même chose ici dans certaines régions.

Le président: Pourtant, lorsqu'ici nous utilisons 150 livres par acre, en Europe, par exemple, ils en utilisent 400 livres et en plus ils effectuent des pulvérisations supplémentaires. En ce qui concerne la culture organique, combien de temps faudra-t-il pour que ce ne soit plus une question de sol?

M. Gordon: Voici une question intéressante. Il y a quelques décennies, nous avons pu observer un changement dans le secteur de l'élevage: il y a eu un éloignement des systèmes d'utilisation ou des systèmes de manutention du fumier à l'état solide vers l'état liquide. L'avantage de cela à l'époque se traduisait par une réduction de la main d'oeuvre et des coûts de manutention du fumier. Aujourd'hui, nous voyons des niveaux de matières organiques médiocres dans des sols cultivés de façon intensive. Nous assistons également à des coûts d'épandage du fumier particulièrement élevés et certains champs reçoivent une dose excessive de fumier. Au bout du compte, cela a pour conséquence d'augmenter les niveaux de phosphore et les émissions d'ammoniac.

Le sénateur Tunney: je ne suis pas d'accord sur le fait que nous ayons besoin de loi pour obliger les fermiers à faire analyser les sols. Les fermiers analysent les sols car c'est le moyen le plus efficace pour eux d'utiliser des engrais si le besoin s'en fait sentir. Cette histoire de concentration est le problème le plus important que nous nous créons; à savoir un nombre beaucoup trop élevé de bétails dans des régions géographiques beaucoup trop petites.

En Ontario, notre gouvernement et les gouvernements provincial, du comté et municipal ne savent plus quoi faire pour établir des règlements et empêcher cet état de chose. Cependant si vous voulez construire une porcherie pour 4 000 truies, qui auront entre 18 et 22 porcelets par an, vous pouvez imaginer quelle va être la concentration. À moins que vous ne possédiez de très grandes terres, très rapidement l'accumulation du fumier stérilisera pratiquement tout. Toutefois, nous avons toujours eu l'habitude de dire que les fermiers voulaient toujours plus de fumier, mais parce qu'ils étaient toujours pressés, ils n'ont même pas fertilisé le champ du fond. La fertilisation s'est concentrée dans la zone la plus pratique tout autour de la porcherie. Dans ma région, le problème réel est le fumier à l'état liquide. Les fermiers qui traitent le fumier séché de façon correcte n'ont aucun problème. Cependant, ce fumier à l'état liquide a une odeur polluante et va se répandre dans tout un canton si le vent souffle dans le bon sens.

Le sénateur Wiebe: Je ne suis pas d'accord avec mes collègues. Si les fermiers ne sont pas préparés à gérer leur exploitation, nous devons alors légiférer. Je pense que le fait d'imposer les analyses de sol par voie législative serait une excellente façon de gérer les exploitations agricoles. Je possédais une exploitation de naissage-engraissage de porcs dans ma ferme. Le fumier était à l'état liquide. Nous avons injecté ce fumier dans le sol. Nous avons analysé le sol et si vous voyiez ce que je récolte de cette terre, vous n'en croiriez pas vos yeux. C'est un avantage phénoménal.

Le problème que nous avons créé est dans le cas d'un éleveur de porcins ou de l'éleveur de bétail qui souhaite rapprocher son exploitation du centre où il peut les commercialiser, et qui se trouve à proximité de nos villes. Les gens qui vivent dans les villes veulent aller vivre dans les régions rurales. Et nous arrivons à un affrontement.

Nous disposons d'une quantité de terres libres absolument phénoménale dans ce pays et si nous voulons légiférer, il serait peut-être préférable de le faire dans les régions agricoles ou les régions d'élevage. Une fois que vous avez choisi la région, vous autorisez la construction d'un certain nombre de porcheries ou autres dans cette région en particulier, mais vous ne laissez pas quelqu'un installer son chalet d'été à proximité.

Je pense que c'est là que se situe le problème. La société a décidé que nous voulions vivre aux alentours de centres plus grands. Statistique Canada nous montre que les populations s'accroissent dans un périmètre de 50 milles autour de nos centres importants.

Peut-être nous pourrions intensifier la présence de nos exploitations d'élevage au-delà d'un rayon de 50 milles. C'est tout à fait facile à réaliser dans ce pays. Je comprends que cela pose des problèmes en Europe, étant donné que la concentration de la population est de loin beaucoup plus importante.

Pourriez-vous nous donner une copie de votre exposé?

M. Gordon: Oui.

Le sénateur Tkachuk: J'aimerais ajouter un ou deux commentaires auxquels vous pourrez répondre.

Est-ce que les ministères de l'Agriculture et les travailleurs scientifiques oubliaient de dire aux fermiers comment utiliser le fumier dans les champs, de pratiquer la culture en continu, d'utiliser les produits chimiques et les engrais, et cetera... il y a 30 ans? Beaucoup des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui découlent du fait que telles étaient les normes à ce moment et on disait aux gens de pratiquer de la sorte.

Le sénateur Wiebe: En revanche, on leur a également dit de faire analyser les sols.

Le sénateur Tkachuk: Je comprends ce que vous voulez dire. Toutefois, je ne me souviens pas que l'analyse des sols ait été très controversée en ce temps là, mais il y a eu certainement beaucoup de discussions quant à savoir si la culture en continue devrait être utilisée et quelle était la quantité de produits chimiques à mettre dans la terre.

Maintenant nous semblons nous en rendre compte tout à coup. Je suis préoccupée par le fait de placer trop de responsabilité sur les fermes familiales. La ferme familiale n'est pas responsable du fait que nous avons la conférence de Kyoto — qui selon moi n'est qu'une vaste chinoiserie et nous ne devrions même pas nous en soucier. Cependant, tout cela va avoir pour conséquence d'intensifier la pression sur la ferme. Il doit y avoir une législation.

Vous savez, la ville de Montréal qui déverse des eaux d'égout brutes dans la rivière et qui se soucie ensuite de la ferme à côté, de quelque éleveur de cochons. Il doit y avoir un ensemble de priorités et je pense que les communautés agricoles et des gens comme vous doivent s'assurer que nos priorités nationales sont justes. Il y a toute une kyrielle de légendes dans le secteur de l'environnement — et c'est une vraie entreprise. Les professeurs et les scientifiques sont tout à fait susceptibles de faire des affaires comme n'importe qui. C'est une entreprise.

J'aimerais que vous nous fassiez quelques commentaires sur l'autre aspect du problème. Je pense que notre eau est plus propre qu'il y a 30 ans. J'admets que nous avons fait des progrès formidables dans le nettoyage de notre environnement et je pense que nos aliments sont plus salubres qu'il y a 30 ans, mais les gens ont l'impression qu'ils sont moins salubres.

Il y a beaucoup d'industries qui se construisent aux alentours pour lesquelles les fermes familiales auront toute la responsabilité. Tout l'argent va être investi dans la ferme familiale et le fermier ne souffrira que de plus de pression et touchera davantage d'indemnités. C'est là le risque.

Voilà ce que j'ai à dire au sujet du fumier. J'aimerais entendre parler quelqu'un qui en connaît plus long à ce sujet et qui pourrait peut-être me débarrasser de quelques-uns de mes préjugés. Ce que j'ai pu en lire me préoccupe énormément.

M. Gordon: Je suis complètement d'accord que les fermes familiales individuelles supportent à certains moments le poids de tous ces problèmes sur leurs épaules. Il est important pour nous de reconnaître que bon nombre de ces exploitations agricoles concentrées plus importantes ne sont pas là parce qu'elles en ont décidé ainsi. Elles sont là en raison des exigences de réduire les coûts de facteurs de production, elles devaient décider soit de s'agrandir, soit de se retirer des affaires. Nous devons reconnaître que c'est un problème de société.

Il est primordial de reconnaître que, dans les autres juridictions de cette province, la communauté agricole ne possède pas la force politique qu'elle avait une fois dans ce pays. Dans cette province, en ce moment, les fermiers ne représentent que 2 p. 100 de notre population. Seuls 15 p. 100 des personnes résidant en région rurale sont des fermiers. Ce qui signifie que 85 p. 100 de personnes de la communauté rurale se trouvent là parce qu'elles en ont décidé ainsi car c'est un endroit où il fait bon vivre. Elles ont un joli terrain et le coin est paisible et tranquille. Nous devons examiner ce qui a composé ces communautés rurales de cette façon. L'industrie agricole en est la raison.

Nous devons également nous assurer que la sensibilisation à l'agriculture continue en termes de meilleure éducation des jeunes enfants et des étudiants au NSAC pour qu'ils soient mieux renseignés sur les problèmes associés à la gestion de l'agriculture et de l'environnement; ils ne travailleront peut-être pas nécessairement sur des fermes, mais ils travailleront comme producteurs et avec des communautés rurales.

La législation concernant l'environnement que l'industrie est forcée de respecter oblige les producteurs à trouver davantage de moyens de réduire le coûts des intrants. Je me préoccupe réellement de l'avenir de l'industrie en ce qui concerne certains problèmes de gestion environnementale.

Le sénateur Tkachuk: Vous devriez essayer d'obtenir de l'argent du gouvernement provincial. Je fume et je sais que le prix d'un paquet de cigarettes ne contient que des taxes. Toutefois, le tabac vient d'une ferme familiale. Je siège au conseil d'administration d'une affaire de brasserie, orge de brasserie, et le boisseau coûte entre 3 et 4 $. L'une de notre brasserie fera un chèque de 20 000 $ au gouvernement provincial en un mois: ce sont des taxes. Ils ramassent tout. Ils parlent tous d'aider les fermes familiales. Ils collectent des revenus énormes sur les produits agricoles. Cinquante pour cent de taxes, c'est ce qu'ils demandent. Comme des voleurs dans la nuit, les deux gouvernements prélèveront McCains et tout le monde — toutes les compagnies qui gagnent de l'argent avec les fermes — 50 p. 100 de taxes. Ensuite ils se préoccupent de savoir si le fermier va pouvoir obtenir un peu plus d'argent.

J'admire les fermiers. Je n'aime voir les gens se faire de l'argent sur le dos des fermiers et j'aime quand ils gagnent de l'argent. Par conséquent, lorsque vous allez là bas et que le trésorier vous dit qu'il n'a pas d'argent liquide, n'oubliez pas que beaucoup d'évidences statistiques et beaucoup de données montrent que le gouvernement provincial gagne beaucoup plus d'argent que ce qu'il n'insuffle dans les fermes.

J'aimerais bien savoir ce qu'ils gagnent sur les boissons alcoolisées dans ma province et ce qu'ils reversent aux fermes. Ils nous disent que c'est pour des raisons de santé, mais ce sont des balivernes. Je suis fatigué que les fermiers soient pauvres. Beaucoup de gens, y compris les gouvernements, gagnent de l'argent sur le dos des fermiers. Les gouvernements sont les plus gros preneurs d'argent et ils ponctionnent tout l'argent des fermiers.

Le président: Nous souhaitons la bienvenue èa M. Ogilvie de l'University of Prince Edward Island et de l'Atlantic Veterinary College.

M. Tim Ogilvie, doyen, University of Prince Edward Island Atlantic Veterinary College: Je vous remercie d'avoir la possibilité de prendre la parole. Je suis certain que vous avez déjà entendu cela, mais je souhaite la bienvenue aux provinces maritimes. C'est un endroit où il fait vraiment bon vivre et élever une famille et j'ai vraiment apprécié les 25 ans que j'ai passé ici.

Je représente trois groupes aujourd'hui: l'University of Prince Edward Island et l'Atlantic Veterinary College, ainsi que les quatre collèges de médecine vétérinaire au Canada. Je vous ai distribué mon mémoire. Rassurez-vous je ne parlerai que des premières quatre pages et je serai donc relativement bref. J'accepte volontiers toutes les questions.

Nous avons trois initiatives permanentes qui abordent plusieurs sujets dans votre examen — notamment, comment positionner le Canada en tant que leader mondial dans le domaine de l'innovation de la salubrité des aliments et de l'agriculture. Que pouvons-nous faire pour l'environnement et comment pouvons-nous nous positionner en tant que leader mondial? Nous examinons également les problèmes entourant le commerce international ainsi que la façon de préserver et d'améliorer ce commerce. Je parlerai brièvement de l'état de la recherche agricole.

J'ai pris connaissance de certains rapports récents qui indiquent que les plus importantes retombées pour la recherche sont en fait cette même recherche investie dans l'agriculture. Le rendement sur investissements pour les dollars dépensés en matière de recherche sur l'agriculture pour le consommateur et le producteur est réellement étonnant.

En écoutant parler le Dr Gordon, je me suis souvenu comme le Canada atlantique était un endroit extraordinaire pour y travailler et entreprendre l'enseignement, la recherche et le service au secteur agricole, en raison de l'esprit de partenariat qui y règne. Il existe des occasions fabuleuses pour se regrouper, construire des partenariats et collaborer avec les autres associations et organisations. L'Atlantic Veterinary College, bien qu'il se trouve à Charlottetown, reçoit un financement des quatre provinces atlantiques pour former les médecins vétérinaires, les étudiants en médecine vétérinaire et pour mener des recherches. Nous sommes associés avec le NSAC et d'autres organisations dans le cadre d'une partie de cette recherche.

Notre première initiative consiste dans «notre vision des produits bioactifs». Le but est le suivant:

Établir un groupement régional de technologies d'excellence qui soit reconnu à l'échelle internationale, axé sur le secteur de la découverte, le développement et la commercialisation des composés bioactifs pour la santé humaine et vétérinaire.

Les ingrédients bioactifs et leurs précurseurs sont utilisés dans la fabrication des produits pharmaceutiques et nutraceutiques. Nous pensons que beaucoup de ces produits peuvent être issus comme un produit à valeur ajoutée des marchandises agricoles, de façon à ce que nous ne traitions plus un certain sous-ensemble de produits agricoles comme des marchandises. Donnons-leur de la valeur ajoutée.

Nous pouvons utiliser des ressources pour ajouter de la valeur aux produits. Par exemple, la chitine, qui provient de sources de calcium comme les carapaces de homards, que l'on utilise comme engrais. Placez-la dans un produit utilisé comme neutraceutique qui subit des analyses, disons par exemple, à l'Atlantic Veterinary College. Il existe toute sorte d'exemples de produits marins et végétaux, ainsi que des sous produits d'origine animale qui peuvent être utilisés dans les composés bioactifs et en ressources biologiques pour le commerce des produits neutraceutiques et pharmaceutiques.

Il est nécessaire d'effectuer des recherches dans ce domaine. Toutefois, cela ne s'arrête pas là, si nous devons effectuer des recherches dans ce domaine et entreprendre la production de ces articles de façon continue. Je parle de deux types de pérennité: l'une est la pérennité de la production du produit; l'autre est la valeur ajoutée au secteur agricole et la pérennité de l'agriculture parce que vous retirez davantage du produit et il devient plus qu'une simple marchandise.

Voici notre première initiative. Vous trouverez cette information en grande partie dans les annexes un et deux et je vais m'arrêter là. J'espère que vous entendrez parler de cette initiative. Nous collaborons très étroitement avec le secteur commercial de l'Île-du-Prince-Édouard, les compagnies de produits pharmaceutiques et les compagnies de produits neutraceutiques. Nous travaillons de concert également avec le Conseil national de recherches et d'autres groupes qui sont intéressés à se regrouper avec cette activité.

Pour vous parler de l'initiative numéro deux, je vais remettre ma casquette de vétérinaire de l'University of Prince Edward Island. Nous sommes tous conscients du fait que la société est de plus en plus concernée par bon nombre de problèmes relatifs à l'agriculture. Vous en avez entendu parler tout au long de l'audience.

En médecine vétérinaire, certaines des questions majeures sont celles de la salubrité dans la chaîne alimentaire, la protection des animaux, la résistance aux antibiotiques, la santé publique, et cetera... Les exemples sont presque évidents, les maladies de la vache folle, le virus de l'encéphalite du Nil occidental, la fièvre aphteuse, et ainsi de suite.

Les quatre collèges vétérinaires du Canada ont entrepris la plus grande partie de la recherche sur la santé animale au Canada. J'aimerais souligner que nous n'effectuons pas la plupart de la recherche sur la production animale; nous n'effectuons pas la plupart de la recherche sur les produits; et nous n'effectuons pas la plupart de la recherche sur les maladies qui doivent être traitées par l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Toutefois, la plus grande partie de la recherche entreprise pour la nation porte sur la santé des animaux — les maladies des animaux.

Comme beaucoup d'organisations et d'universités, les collèges de médecine vétérinaire sont confrontés à de graves problèmes d'infrastructure, un nombre insuffisant de médecins vétérinaires et un manque de financement pour la recherche ciblant ces secteurs et nous permettant de former les professionnels dont la nation a besoin pour entreprendre ce type de recherche.

Il n'y a pas assez de place réservée à la recherche collective pour entreprendre la recherche sur la santé animale dont a besoin le pays, d'après nous, pour traiter ces questions. Il ne suffit pas seulement d'être préoccupé de l'infrastructure inadéquate à l'instruction de nos vétérinaires. Il est question de faire de la recherche qui assure aux consommateurs et au public que nous protégeons la nation des maladies animales dévastatrices ou de l'intrusion des maladies animales étrangères ou des problèmes relatifs à la sécurité alimentaire et à la salubrité des aliments et de leur donner confiance.

Je peux m'éloigner de cela un petit peu étant donné que l'Atlantic Veterinary College est le plus récent de nos quatre collèges vétérinaires et nous n'avons pas à craindre de voir l'infrastructure s'écrouler. Nous avons des locaux merveilleux et je serais heureux de vous le faire visiter à l'occasion. Sa construction a été financée par le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial, c'est une histoire fantastique.

Bien que nous ne courrions pas le risque de voir l'infrastructure s'écrouler, de façon collective les quatre collèges sont à risques. Nous en sommes arrivés au point que deux des collèges sont extrêmement vétustes. En fait, les collèges à Montréal, et à Guelph sont les plus anciens collèges en Amérique du Nord. Ils risquent de perdre leur accréditation. Ce même organisme international vient juste d'examiner une troisième école et nous attendons les résultats.

Le sénateur Oliver: Pourquoi ont-ils peur de perdre l'accréditation?

M. Ogilvie: Parce qu'ils ont reçu un avis d'accréditation limitée du Council of Education, de l'American Veterinary Medical Association et de l'Association canadienne des médecins vétérinaires, en raison des sérieuses difficultés causées par l'infrastructure et les locaux, dans la plupart des cas.

La Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe de l'Université de Montréal a son accréditation limitée à deux ans. S'ils ne reçoivent pas de financement pour remettre leur infrastructure à niveau, ils risquent de perdre leur accréditation, ce qui signifie que même s'ils pouvaient attirer des étudiants dans le programme, chaque étudiant à qui ils délivrent un diplôme ne pourra pas exercer sa profession au Canada, et ne sera pas admissible à signer des certificats d'exportation. Ces étudiants ne sont pas admissibles non plus à travailler avec l'ACIAA. Ils doivent passer une série d'examens supplémentaires.

À Saskatoon, la situation du Western College of Veterinary Medicine est légèrement différente — il ne s'agit pas d'une accréditation limitée, mais d'une accréditation raccourcie — de deux ans également. La durée maximum de l'accréditation est de sept ans.

Réciproquement, alors que nous risquons de perdre certaines de nos accréditations, ou que certaines de nos écoles risquent de perdre leur accréditation, il y a des écoles en Europe — en Europe continentale et au Royaume-Uni — et en Australie qui cherchent à se faire accréditer rapidement et le sont par le même organisme d'accréditation d'Amérique du Nord. Désormais, c'est un environnement mondial et une atmosphère mondiale. Je voulais attirer votre attention sur ce point.

Nous cherchons à trouver des solutions et pas seulement à identifier les problèmes. Nous avons présenté des propositions au gouvernement fédéral par le biais d'Agriculture Canada pour agrandir l'infrastructure des quatre écoles vétérinaires en réinvestissant dans les locaux. La remise à neuf des locaux n'est que la première partie. Si les collèges disposent des locaux pour attirer les chercheurs et la Fondation canadienne pour l'innovation afin d'obtenir des subventions pour l'innovation et ces types de dollars pour la recherche, nous pouvons devenir florissants.

Le sénateur Tkachuk: Est-ce un problème de structure? S'agit-il de l'infrastructure humaine également, les scientifiques et les chercheurs?

M. Ogilvie: Oui.

Le sénateur Tkachuk: Ils viennent de construire ce collège au Saskatoon il y a 15 ans, donc ils ne risquent pas de voir les bâtisses s'écrouler. Par contre ils ont du mal à recruter des compétences.

M. Ogilvie: Le temps a une façon de glisser sur vous et il passe pour moi de plus en plus rapidement. Saskatoon a ouvert ses portes en 1969.

Le sénateur Tkachuk: Pour le collège vétérinaire?

M. Ogilvie: Oui.

Le sénateur Tkachuk: Cela remonte-t-il à tellement longtemps?

M. Ogilvie: En fait, j'ai tort. Ils ont diplômé leur premier cours en 1969, ils ont du ouvrir donc en 1965 ou 1966.

J'ai une histoire à vous raconter. Les autoclaves de l'équipement qu'ils utilisent pour stériliser les outils chirurgicaux — sont tellement vétustes à Saskatoon que les seuls modèles qu'il sont pu trouver à récupérer pour pouvoir continuer, venaient de l'University of Mississippi aux États-Unis. C'est peut-être l'une des écoles les plus pauvres aux États-Unis. Ils doivent bricoler leur équipement pour pouvoir continuer.

Il faut que les locaux attirent les chercheurs scientifiques. Maintenant les scientifiques ne viennent pas seulement pour des installations lumineuses et agréables, mais c'est un début. Nous pouvons attirer davantage de chercheurs scientifiques en commençant par l'infrastructure.

Le collège vétérinaire a besoin également d'installations de confinement biologique. Aucun ne possède de laboratoires de niveau trois; même la nouvelle école n'est pas équipée d'installations de confinement biologique de niveau trois.

Le sénateur Oliver: S'agit-il d'une installation stérile?

M. Ogilvie: C'est une installation qui nous permet d'examiner les agents ayant une norme ou un niveau de pathogénicité de niveau trois, comme la fièvre aphteuse qui est de niveau quatre. Certains de ces pathogènes affectent les humains — le virus de l'encéphalite du Nil occidental, Escherichia e-coli 157 en sont des exemples. Lorsque les vétérinaires et les fermiers diagnostiquent la maladie, ils envoient le spécimen au laboratoire, un cochon mort par exemple. Ce laboratoire va le disséquer et diagnostiquer la maladie. Si la maladie semble être du niveau quatre comme la fièvre aphteuse, il l'envoie à Winnipeg. La chaîne n'est pas solide dans les collèges vétérinaires étant donné qu'il n'y a pas de laboratoire de niveau trois. Nous courrons le risque de ne pas être capable de maîtriser ces maladies et de les contaminer même avec un programme de surveillance extrêmement rigoureux.

Je voulais attirer votre attention sur ce sujet, car il est critique si nous voulons maintenir l'état de la nation privilégié dans le domaine du commerce, si nous voulons continuer à assurer au public qu'ils peuvent avoir confiance dans les aliments qu'ils consomment et assurer que les maladies provenant des animaux ne mettent pas la santé publique en danger. Parmi les nouvelles maladies naissantes, l'e-coli, par exemple — 70 p. 100 d'entre elles se développent dans les animaux. Ceci est extrêmement important.

Je ne veux pas ressasser ce sujet trop longtemps. La solution réside dans une série de présentations qui ont été effectuées à Agriculture Canada avec le soutien de l'ACIAA, l'Association canadienne des médecins vétérinaires, l'industrie, les principaux groupes de denrées et l'Association des universités et collèges du Canada. Ces organismes pensent tous que c'est une idée géniale.

Cela transcende les provinces. Il n'est pas question de demander davantage d'argent pour nous permettre d'instruire les étudiants. Il s'agit d'investissement d'infrastructure pour permettre au Canada de se protéger et de protéger la nation. C'est une idée nationale primordiale.

Notre troisième initiative a trait à la question de la recherche sur les maladies des animaux. Les quatre collèges vétérinaires ont élaboré une initiative permanente demandant au gouvernement fédéral de considérer s'il n'existerait pas une meilleure façon pour le CRSNG peut-être de financer la recherche sur les maladies des animaux.

En tant que l'un des trois conseils qui octroient des subventions pour la recherche, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie incorpore la recherche sur les maladies des animaux dans son mandat. Ils financeront la recherche sur les maladies des animaux, mais le jury chargé de l'attribution des subventions est constitué essentiellement de physiologistes, biologistes et de scientifiques qui, bien que ce soient d'excellents scientifiques, ne comprennent sans doute pas les études de systèmes, la recherche sur la production, la recherche sur les maladies animales et les besoins de l'agriculture. Il n'y a aucun spécialiste de l'agriculture dans ce jury.

En outre, le jury du CRSNG n'est pas constitué pour ne s'occuper que de la santé animale ou des problèmes de santé publique qui y sont associés. Nous avons des présentations permanentes au CRSNG leur demandant de considérer leurs attributions en se concentrant sur la recherche sur les maladies animales, en procédant un peu la même façon que l'IRSC, lorsqu'il était réaménagé du CRM, et de faire porter tous leurs efforts sur la recherche en population humaine, car c'est vraiment de quoi il s'agit, conserver la santé au sein de notre population.

Alors que les soins de santé concernent principalement les individus, je pense que la meilleure façon d'investir notre temps en matière des soins de santé serait visiblement de faire de la prévention au sein des populations plutôt que d'attendre le dernier moment. C'est identique en ce qui concerne l'hygiène animale.

Si le CRSNG pouvait investir dans l'hygiène animale et établir un comité de sélection approprié aux fins d'examiner les demandes émanant de nos chercheurs scientifiques compétents et qualifiés, qu'ils soient au NSAC, à l'Atlantic Veterinary College ou ailleurs, cet investissement serait fait à bon escient. Nous nous sommes efforcés de convaincre le CRSNG qu'il pourrait y avoir une meilleure façon de faire des affaires.

Je suis très heureux que vous souhaitiez recevoir mon mémoire et j'espère que vous aurez l'occasion de le lire. J'y ai inclus quelques chiffres intéressants et j'aborde certaines questions inévitables qui sont d'une importance capitale pour la nation.

Le sénateur Day: Combien de personnes travaillent à temps plein à l'UPEI?

M. Ogilvie: À l'Atlantic Veterinary College?

Le sénateur Day: Oui.

M. Ogilvie: Nous avons 65 postes de professeurs menant à la permanence et 15 autres professionnels financés sous contrat ou en tant que président de recherche ou autre. Au total, notre personnel est composé de 80 professionnels.

Le sénateur Day: Combien d'étudiants?

M. Ogilvie: Nous instruisons 240 étudiants dans le programme de quatre ans et nous avons 50 étudiants diplômés: 15 Ph.D. et 35 maîtrises ès Science.

Nous aimerions diplômer deux fois plus d'étudiants, ayant entendu dire que, certainement au cours des cinq prochaines années, l'ACIAA aura besoin de 300 vétérinaires. L'industrie aura besoin de vétérinaires et de compagnies de produits pharmaceutiques. Ce besoin est phénoménal pour la recherche dans la santé publique.

La recherche en génomique qui est continue et le besoin en vétérinaires participant aux soins et à l'entretien des animaux d'expérience, des souris génétiques, des souris skid, des souris knockout, tout ce genre de choses va créer une demande de diplômés.

Le sénateur Day: C'est utile. Y a-t-il des sièges réservés pour les quatre provinces atlantiques?

M. Ogilvie: Oui, tout à fait. C'est ainsi qu'est établi le mode de financement. La Nouvelle-Écosse apporte son soutien à l'Î.-P.-É., à Terre-Neuve et au Nouveau-Brunswick à raison de différents montants, mais dans la même proportion par siège. Quarante et un étudiants sont financés par le biais de l'accord de financement inter provincial et nous disposons de 19 sièges pour les étudiants étrangers. Au niveau international, la plupart des étudiants viennent des États-Unis, étant donné que les frais différentiels que nous demandons sont très élevés comparés aux frais pour les étudiants en médecine vétérinaire qui n'ont pas d'école vétérinaire dans leur État d'origine.

Le sénateur Day: Pour conclure, les 41 auxquels vous faites référence sont-ils réservés pour les provinces atlantiques?

M. Ogilvie: Par an, oui.

Le sénateur Day: Le reste est ouvert à n'importe qui?

M. Ogilvie: Oui.

Le sénateur Day: Vous avez dit que 19 sièges étaient réservés pour les étudiants étrangers, donc, probablement, les autres viennent d'autres parties du Canada.

M. Ogilvie: Non.

Le sénateur Day: Non?

M. Ogilvie: Non. Nous faisons partie des quelques écoles qui ont un plan d'affaires. Les investissements du gouvernement provincial en matière d'éducation ont diminué depuis un moment. Il nous a été demandé de quelle façon nous pourrions maintenir le programme en étant confrontés à la réduction des subventions gouvernementales pendant la période de 1996 à 2001. Nous avons suggéré une façon d'agir, à savoir d'augmenter les revenus provenant de sources autres que le gouvernement; nous augmenterions les frais de scolarité, les ventes et les services et nous intensifierons les contrats de recherche. C'est ce que nous avons fait. Nous avons suivi notre plan d'affaires à la lettre. J'aimerais vraiment vous le montrer un de ces jours.

Toutefois, nous ne pouvons accepter des étudiants canadiens étant donné qu'une partie de notre pérennité dépend des frais que nous demandons aux étudiants étrangers. Si nous acceptons des étudiants canadiens et que nous ne sommes pas autorisés à exiger les frais que nous demandons aux étudiants étrangers, nous mettons notre programme en péril.

Nous ne pouvons exiger des frais des étudiants étrangers car cela va à l'encontre de l'entente sur la mobilité en matière des conditions d'accès à l'éducation dans tout le pays. Au moment où je parle, le Manitoba manque de 20 vétérinaires en région rurale; il est extrêmement difficile de trouver des vétérinaires praticiens qui veuillent exercer dans les régions rurales du Canada. J'aimerais beaucoup aller au Manitoba pour leur demander s'ils seraient prêts à payer pour quelques sièges dans les provinces atlantiques du Canada, car nous pouvons former des étudiants compétents.

Au fait, nous avons des programmes sur une petite ferme familiale, qu'aucun autre collège n'a en matière d'aquaculture et la santé de la population.

Le sénateur Day: Que pourrions-nous faire pour vous aider? Que pourrait-faire le gouvernement du Canada?

M. Ogilvie: Cet organisme pourrait intensifier le dialogue entre les provinces. Voyez-vous, le secteur de l'instruction qui est une compétence provinciale est extrêmement pointilleux. Je n'aimerais pas vous envoyer dans un champ de mines.

Néanmoins, les provinces auront à se réunir pour en discuter. Par exemple, le Manitoba proposerait à l'Île-du- Prince-Édouard d'aider un certain nombre d'étudiants par an à accéder au PEI college. Le Manitoba peut également offrir de payer pour eux et faire partie de l'accord de financement interprovincial. Voici probablement la façon dont il faudrait procéder, monsieur le sénateur, mais je ne connais pas vraiment le sujet.

Le sénateur Oliver: J'ai trouvé votre exposé fort intéressant. J'aimerais que vous nous informiez un peu de certaines maladies que les animaux peuvent attraper et qui font courir un risque au public et à l'environnement.

Vous avez choisi une situation hypothétique dans vos observations. Si un fermier dans l'Île-du-Prince-Édouard apportait un cadavre de vache dans votre laboratoire et qu'après l'avoir ouvert, vous vous apercevez qu'il s'agit de la maladie de la vache folle, que feriez-vous aujourd'hui, puisque vous ne possédez pas d'installations correctes pour éviter la contamination?

M. Ogilvie: C'est une maladie à déclaration obligatoire et nous aviserions tout d'abord l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Nous prendrons alors toutes les précautions nécessaires pour isoler l'environnement. La transmission de cette maladie n'est pas connue, en particulier aux personnes si c'est en projection par aérosols ou dans des endroits confinés.

Toutefois, les préoccupations du public sont tellement importantes, que nous isolerions le secteur et nous prendrions contact avec le ministère des Transports pour trouver un moyen de faire parvenir des spécimens soit à Winnipeg où il y a un laboratoire de niveau 4 soit aux Centres for Disease Control à Atlanta.

Le sénateur Oliver: Il n'y a qu'un seul laboratoire au Canada?

M. Ogilvie: Oui et il serait en mesure d'analyser les pathogènes de niveau quatre.

Le sénateur Oliver: Oh, en effet.

M. Ogilvie: Il s'agit d'un laboratoire jumelé de Santé Canada et de l'ACIAA. La tuberculose est un exemple moins sensible. La tuberculose du bétail existe au Michigan et elle est apparue chez les cervidés à l'état sauvage. Les humains et les animaux contractent la tuberculose lorsqu'ils se trouvent en situation confinée. La consomption est apparue il y a de nombreuses années lorsque les gens étaient réunis dans des salles de classe, lorsque les étudiants se regroupaient dans des endroits détrempés, l'hygiène médiocre, toutes ces sortes de choses.

Les chasseurs au Michigan donnaient des monceaux de mais aux cervidés pour les engraisser pour la chasse dans le Nord de l'État. Ces cervidés ont attrapé la tuberculose et comme ils étaient en contact étroit avec les bovins laitiers au Michigan, ces derniers l'ont attrapé.

Cette histoire n'est pas chimérique. Cela pourrait arriver n'importe où au Canada. Et si la tuberculose était identifiée dans notre laboratoire? On pourrait s'en occuper de la même façon. Nous ne possédons pas de laboratoire de confinement de niveau trois.

Notre corps professoral serait extrêmement préoccupé par la transmission de la tuberculose en raison du fait que cette maladie se transmet par projection en aérosols. Elle se transmet par l'air. Nous en supporterions les conséquences et nous devrions rester très vigilants pendant un certain temps. L'enseignement de nos étudiants en souffrirait pendant la désinfection et la fumigation des locaux, et pendant le nouveau nettoyage des hottes fermées et tous les objets du laboratoire.

Le sénateur Oliver: Toutes ces procédures de sécurité dans vos manuels sont-elles en vigueur maintenant?

M. Ogilvie: Oui, tout à fait. Oh oui, je pense que notre manque de capacité à nous orienter vers nos partenaires commerciaux pour nous assurer que nous possédons un bon système de surveillance ou un bon système de sécurité biologique, un bon système de prévention et des moyens d'intervention efficaces dans ce pays nous fait courir davantage de risques que le problème de la transmission de la maladie elle-même. Je ne crois pas que nous soyons en mesure de dire à nos partenaires commerciaux que toutes ces bases sont couvertes.

Le sénateur Oliver: Pourriez-vous me parler de trois ou quatre projets de recherche spécifiques qui sont élaborés actuellement par vos PhD dans leurs laboratoires?

M. Ogilvie: Oui, bien sûr, il y a certains projets vraiment très intéressants. Nous disposons d'un laboratoire de pharmacogénétique dans lequel l'un de nos membres du corps enseignant, qui s'avère occuper la première chaire de recherche du Canada rattachée à l'Atlantic Veterinary College, effectue des recherches en pharmacologie sur les risques thérapeutiques. Les risques thérapeutiques chez les chiens sont identiques à ceux chez les humains.

La pénicilline, les sulfamides et autres reviennent à la résistance aux antibiotiques et l'utilisation de niveaux préventifs d'antibiotiques dans l'alimentation animale. Certaines personnes sont extrêmement allergiques à des doses minimes d'antibiotiques dans les aliments. De quelle façon réagissent-elles? Comment faire des comparaisons avec les animaux et quels sont les marqueurs génétiques qui pourraient prévoir une allergie au sulfamide par exemple? Nous essayons de développer ce genre de choses.

Le sénateur Oliver: C'est passionnant.

M. Ogilvie: Nous effectuons également des recherches dans le domaine de la vie aquatique. Vous parlez d'agriculture, mais je pense que la vie aquatique est plus qu'associée et reliée maintenant avec l'agriculture. Nous voyons des ministères combinant l'agriculture et l'aquaculture. On utilise maintenant des produits alimentaires pour nourrir les poissons. Nous avions l'habitude de donner uniquement de la farine de poisson. Maintenant, nous essayons de découvrir de nouveaux moyens d'alimenter les poissons avec des produits végétaux. Par conséquent nous effectuons beaucoup de travaux sur les poissons et nous étudions les maladies chez le poisson.

Le sénateur Oliver: Les poissons mangent des éléments à base de plantes pourtant maintenant.

M. Ogilvie: Oui, en effet. Je peux vous donner un exemple dans l'agriculture. Nous faisons partie d'un réseau de centres de pathologie porcine. Nous progressons dans les tests de diagnostic rapides des maladies des bovins laitiers qui intéressent énormément le public. La paratuberculose en est un exemple.

Existe-t-il un rapide plus précis et plus rapide pour diagnostiquer la paratuberculose? Actuellement, la micro bactérie est un pathogène qui grandit lentement tout comme les bacilles de la tuberculose sont des pathogènes qui grandissent lentement. Il nous faut environ six semaines pour diagnostiquer si un bovin a la paratuberculose. La paratuberculose a été découverte sur des biopsies de personnes souffrant de la maladie de Crohn.

Le public commence à demander s'il y a des organismes acido-résistants dans le lait? Cette vache qui élimine des organismes acido-résistants joue-t-elle un rôle dans l'apparition des maladies pathogéniques chez les humains? Nous sommes intéressés à essayer de débarrasser les bovins laitiers des excréteurs d'organismes acido-résistants aussi rapidement que possible. Notre personnel travaille avec des agents chimiques de diagnostic sur l'Île-du-Prince-Édouard afin de développer un test «au chevet des bovins» pour diagnostiquer la maladie.

Le sénateur Oliver: C'était vraiment passionnant.

Le sénateur Wiebe: Merci, monsieur le président et je vous remercie, docteur Ogilvie d'être présent parmi nous. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais j'ai eu l'occasion de passer quelque temps dans votre collège l'été dernier avec les groupes d'étude. Je dois vous recommander un excellent collègue. J'ai été particulièrement impressionné.

Je peux certainement comprendre votre désir d'infrastructure et d'un financement plus important étant donné que c'est exactement ce qui se passe de l'autre côté du Canada pour nos universités et nos collèges. Même les remettre dans l'état dans lequel ils étaient avant leur construction demanderait des sommes d'argent considérables. En tant que gouvernement, nous devons reconnaître cela et commencer à trouver des solutions.

Dans les années 70, je suis allée sur une exploitation de naissage-engraissage de porcs, qui était considéré comme l'une des plus grandes de la province. Aujourd'hui, vous ne pourriez pas gagner votre vie avec une exploitation de cette taille. Le vétérinaire venait examiner les porcs une fois par mois. Nous étions vraiment fiers de notre production. À cette époque, nous mettions même une estampille sur notre production de l'exploitation qui disait: «Fabriqué au Canada» et les aliments étaient salubres.

Pourquoi, maintenant tout d'un coup au cours de ces dernières années, donnons-nous tellement d'importance à la salubrité des aliments? Qu'est-ce que nous ne faisons pas bien maintenant que nous faisions correctement alors?

M. Ogilvie: Avez-vous injecté des antibiotiques?

Le sénateur Wiebe: Oui, certainement. Serions-nous préoccupés parce que nous avons développé de nouvelles races, et par conséquent de nouvelles tensions? Chaque vache produit davantage de lait et nos exploitations deviennent de plus en plus intensifiées. Cet état de chose génère-t-il une trop grande tension sur la salubrité des aliments dans notre pays et dans le monde entier? Je sais qu'il n'est pas aisé de répondre à cette question. J'ai moi-même essayé de l'analyser.

M. Ogilvie: Je me souviens de vous lorsque vous étiez parmi nos groupes d'étude. Je vous remercie de vos compliments sur le collège. J'en suis extrêmement fier.

Je ne pense pas que nos aliments sont moins salubres qu'avant. Je pense plutôt que le public perçoit les fermiers comme s'éloignant de plus en plus de la production d'aliments. Je crois que le public aime savoir — bien que vous puissiez penser qu'ils n'ont jamais su — d'où provenaient leurs aliments. Si nous commençons à marquer les aliments, il nous incombe d'assurer que nous pouvons dire qu'ils sont toujours salubres, qu'ils sont produits conformément à certaines normes et que le programme ARMPC existe.

Je suis persuadé que même une petite ferme familiale ou une grande exploitation intégrée, pourrait bien se situer dans un système d'analyse des risques et de maîtrise des points critiques de l'ARMPC qui leur permet de certifier que leurs aliments ont subi une série de vérifications. L'approbation de personnes ayant la crédibilité d'un vétérinaire ou d'un spécialiste de l'agriculture pourrait valider ce processus. Je ne suis pas en train d'essayer de contourner votre question.

Il est possible de considérer le sujet de bien différentes façons. Le public ne sait plus cuire un poulet. Il ne sait vraiment plus comment faire. Vous ne voyez plus beaucoup de poulet entier sans les centres urbains. Vous les voyez en morceaux ou en repas préparé. Je ne sais pas vraiment. Je crois que nous devrions être en mesure d'assurer aux gens que leurs aliments sont réellement salubres et qu'ils sont toujours salubres dans des systèmes de production, même s'ils n'ont plus des clôtures blanches, des allées et des pommiers. Il faut les convaincre de quelque chose de différent.

Le sénateur Wiebe: Merci. C'est encourageant.

M. Ogilvie: je n'ai pas répondu à votre question de façon très scientifique. Je ne pouvais pas mettre ma casquette de scientifique et trouver une réponse.

Le sénateur Tunney: J'aimerais vous emmener quelques années en arrière. J'ai participé à la grande partie de bras de fer au sujet de savoir si l'Île-du-Prince-Édouard allait obtenir le collège de médecine vétérinaire ou s'il allait être installé sur le continent. Vous n'avez probablement pas oublié le moment où vous étiez étudiant, lorsque le brucilosis est devenu une très grave maladie dans tout le pays. Je me souviens avoir été mis en quarantaine avec mon troupeau laitier pendant 18 mois. Je me souviens également lorsque nous avons pu déclarer que le Canada était débarrassé du brucilosis. Êtes-vous en faveur de la protection qui laisse son titre ou préféreriez-vous éviter de vacciner contre le brucilosis?

M. Ogilvie: Cela dépend du marché auquel votre produit est destiné. C'est le même débat pour la fièvre aphteuse. La raison pour laquelle le Royaume-Uni a massacré plus de 10 millions d'animaux et a soutenu tout le poids de 22,5 milliards de dollars était qu'ils voulaient protéger leur marché international. Ils auraient pu procéder aux vaccinations.

Je ne veux pas paraître comme un imbécile en train de faire une prédiction, mais il est vrai qu'ils auraient pu arrêter cela bien avant avec la vaccination en anneau ou toute autre forme de vaccination. Toutefois, cela laisse son titre et il est impossible de faire la différence avec notre recherche à ce jour. Voici quelque chose sur lequel il serait bon d'effectuer des recherches: qu'est-ce qui a causé le titre et quelles sont les concentrations d'anticorps protecteurs de ce que l'on appelle «titre». Vous ne pouvez dire si c'est le vaccin ou le virus qui produit le titre. Un pays peut refuser les importations de produit jusqu'à ce que nos animaux soient débarrassés du titre du brucilosis ou de la fièvre aphteuse. Nous serions confrontés à cette prise de décision.

Grâce à Dieu, nous avons éliminé le brucilosis. L'argent qui a été investi dans le programme contre le brucilosis est maintenant injecté dans le domaine de l'identification du bétail dans tout le pays. Il y a un lien direct maintenant dans les réunions auxquelles j'ai assisté à Ottawa. Il y a quelques années, nous avons décidé que puisque le brucilosis était éradiqué, nous utiliserions l'argent dans un programme d'identification du bétail. C'était de l'argent judicieusement dépensé.

En conclusion, je me souviens du moment de la construction de l'école, et c'est vrai il y a eu beaucoup de discussions sur son emplacement, et si vous ne devriez pas donner des noms au sein d'un comité composite, mais il y avait des gens vraiment bien des deux côtés de la table politique. Ils ont tous ligué leurs efforts pour faire en sorte que l'école soit construite. C'est vraiment un plus pour la région.

Le sénateur Hubley: J'ai été ravie de vous avoir parmi nous, Tim. J'ai vraiment apprécié votre exposé qui nous a apporté tellement d'information supplémentaire.

Vous aviez mentionné qu'il y avait un besoin pour 20 vétérinaires praticiens, je crois dans l'Ouest. Combien de personnes penseriez-vous pouvoir former à la clinique vétérinaire? Vous avez mentionné 240 dans le programme de quatre ans.

M. Ogilvie: Sans réinvestir dans l'infrastructure — augmenter la taille des classes et du laboratoire et ce type de choses — nous ne pourrions pas faire plus. Il suffirait de remplacer les personnes desquelles nous obtenions la formation, les Américains principalement avec des Canadiens.

Le sénateur Hubley: Êtes-vous au complet maintenant?

M. Ogilvie: Nous sommes vraiment au complet. Chaque étudiant en médecine vétérinaire au Canada assimile d'abord un contexte d'ordre général. Il apprend tout ce qui concerne les maladies des animaux familiers aussi bien que les maladies des grands animaux. Néanmoins, 70 p. 100 de nos étudiants diplômés exercent dans des cabinets de vétérinaires pour les animaux familiers tout simplement parce que pour eux c'est le meilleur moyen de rembourser leurs dettes.

Les dettes des étudiants sont un autre problème. Je n'en parlerai que brièvement sauf pour dire qu'ils sont dans l'obligation de rembourser leurs dettes, et c'est pour cela qu'ils vont exercer dans les cabinets de vétérinaires pour les animaux familiers. Le style de vie des vétérinaires en milieu rural peut être assez rude. Soit vous travaillez seul, soit vous travaillez 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 avec une autre personne toute l'année. Le style de vie n'attire pas beaucoup d'étudiants dans l'exercice de la profession en milieu rural.

Le sénateur Hubley: Ma deuxième question était la suivante: quel est le secteur dans lequel vous voyez davantage d'activité et dans quelles directions vos étudiants s'orientent-ils? Je crois que vous avez déjà répondu à cela.

M. Ogilvie: Jusqu'à la fin du grand boom économique aux États-Unis — il en est peut être autrement maintenant, il y a beaucoup de gens disposant d'importants revenus personnels qui achètent une quantité pharamineuse d'animaux de compagnie. Je ne peux vous décrire le lien humain/animal. Il faut que vous en fassiez l'expérience. Si vous avez un chien, un chat ou un cheval à vous, il devient un vrai membre de la famille.

Le sénateur Hubley: Parlez-moi de cela.

M. Ogilvie: Les gens qui prennent soin de chiens ou de chats ou de petits animaux familiers comme des iguanes et des hamsters souhaitent que leurs animaux puissent profiter de la même technologie qui est disponible pour les êtres humains. Nous envoyons des chiens au Queen Elizabeth Hospital à Charlottetown pour leur faire passer des examens tomodensitométriques. Des IRM sont disponibles dans les écoles de médecine vétérinaire.

Les gens demandent cette technologie et c'est une porte de sortie pour beaucoup de nos étudiants. En tant qu'organisme d'enseignement et en tant qu'organisation nationale de vétérinaires, nous nous devons de trouver un moyen d'attirer à nouveau les vétérinaires dans les milieux ruraux et de soutenir l'agriculture.

Le sénateur Hubley: Notre famille a toujours eu des animaux familiers en plus des enfants. Je n'aurais pas pu vivre sans eux, enfants ou animaux, vu qu'ils vont tellement bien ensemble. Nous avons eu un animal qui nous était très cher que nous avons dû envoyer à la clinique vétérinaire. J'ai été vraiment impressionnée par les renseignements qui nous ont été donnés sur son état, en ce temps, qui étaient tout simplement étonnants, et par les tests que cet animal avait subis.

Je dois dire qu'il règne à l'école ce sentiment bon enfant du milieu rural et je sais que vous avez vécu de nombreuses expériences réconfortantes en sauvant des animaux qui se trouvaient dans des situations de violence. Nous sommes pareillement enthousiastes de vous avoir dans notre communauté.

Le sénateur Tkachuk: Il n'y a pas de liste d'attente.

Le sénateur Hubley: Je dois dire que les gens sont prêts à dépenser de l'argent pour leurs enfants et pour leurs animaux familiers. Je vous remercie.

Le président: Il est intéressant de noter par rapport au courrier qui nous est adressé au Sénat que nous recevons davantage de courrier au sujet de la somatotropine bovine recombinante. Le contrôle des armes à feu est la seule chose qui ait suscité autant de courrier. C'est de là que provient le courrier.

C'est significatif de notre public et de nos consommateurs et des préoccupations concernant la responsabilité du gouvernement qui va devoir s'occuper de telles choses. Les fermiers et les producteurs agricoles dans quelque domaine que ce soit, savent que si le consommateur n'achète pas, il est impossible de vendre. Il n'y a aucune raison pour élever ou faire pousser ce que le consommateur n'achètera pas.

Je me demande s'il ne devrait pas y avoir des équipes de scientifiques qui supervisent le tout au-delà de la sphère politique pour faire face à la situation à laquelle nous sommes confrontés. Les choses progressent extrêmement vite.

M. Ogilvie: Nous avons besoin de vétérinaires mieux formés dans le domaine des politiques gouvernementales et de meilleures ressources pour pourvoir tenir tête et répondre aux questions épineuses concernant la déontologie et les politiques, ainsi que les problèmes de perception — non seulement en matière de science. Je crois que nous avons un rôle à jouer maintenant. Effectuez la recherche appropriée puis transformez cette recherche en observations positives venant du public, et vous établirez une politique sans faille.

Le sénateur Day: Enseignez-vous à vos étudiants? Les préparez-vous?

M. Ogilvie: Nous faisons de notre mieux. Nos étudiants sont très méritants, mais vous pouvez imaginer le temps qu'il faut pour leur enseigner beaucoup d'animaux différents. Cela prend énormément de temps. Vous savez qu'un médecin est un vétérinaire qui a choisi de se spécialiser, n'est-ce pas?

Le président: Nous allons appeler devant le comité du sénat, Heather Anne Grant et Ralph De Long, c'est cela? Oui. Ils ont tous les deux des exposés assez brefs et ils répondront aux questions.

Mme Heather Anne Grant, attachée de recherche, projets spéciaux, Agricultural Development Institute: Ceci est un peu impromptu, mais au nom de mon équipe à l'Agricultural Development Institute, je tiens à vous remercier de l'intérêt que vous portez à l'Agricultural Development Institute et de m'avoir invitée parmi vous cet après-midi.

J'ai étudié l'économie ici au Collège d'agriculture de Nouvelle-Écosse et à l'University of Alberta à Edmonton. Je suis l'attachée de recherche des projets spéciaux à l'Agriculture Development Institute, ADI.

Au printemps 2000, le gouvernement provincial de Nouvelle-Écosse a supprimé les financements au Department of Agriculture and Marketing. Suite à cela, une partie des services de vulgarisation traditionnels ont disparu, services qui étaient fournis par les producteurs au niveau de ferme. Ensuite le gouvernement a déclaré à l'industrie «Si vous attachez une grande valeur à ces services, alors veuillez trouver un autre moyen de les prodiguer vous-mêmes».

Un comité s'est constitué avec pour but de s'occuper des concessions de terre aux universités. Il s'est seulement occupé de prélever un peu d'argent pour accorder des subventions. Enfin, il en a résulté l'Agricultural Development Institute, qui est vraiment unique — le premier en son genre en Amérique du Nord.

Certains d'entre vous sont peut être familiers avec l'agriculture en Nouvelle-Zélande et vont peut être voir quelques éléments comparables. Un conseil d'administration constitué en majorité de producteurs primaires de diverses marchandises qui le gèrent. Voici déjà quelques renseignements sur le contexte.

J'aimerais vous fournir une vue d'ensemble de notre vision et des événements marquants; nos services; nos activités et nos réalisations jusqu'à présent; notre site Web à «Agri-ville.com»; notre Centre de contacts ressources; une prochaine conférence; et enfin, notre processus d'évaluation et de quelle façon nous sommes responsables envers l'industrie.

L'énoncé de mission de l'Agricultural Development Institute est le suivant: «Offrir des services de développement innovateurs qui permettent à l'industrie agroalimentaire de créer une nouvelle valeur. » Il y a deux éléments que j'apprécie particulièrement, le premier est «permettre» et le second est «Créer une nouvelle valeur». Tout ce que nous réalisons à l'ADI reflète exactement cela.

Nous allons permettre à l'industrie agroalimentaire, aux producteurs, aux industries transformatrices, aux détaillants — qui soient-ils — de créer une nouvelle valeur, d'être plus rentables, d'être plus expérimentés, d'apporter plus à l'industrie agroalimentaire. Nous allons leur donner les moyens de faire ce qu'ils ont besoin de faire.

En ce qui concerne nos calendriers et les événements marquants, j'ai déjà mentionné qu'un comité directeur de l'industrie s'est constitué au printemps 2000 afin d'analyser comment atténuer une différence qui s'est creusée ici dans l'industrie. C'est ce groupe qui a décidé de développer l'Agricultural Development Institute.

Notre première réunion du conseil officiel s'est tenue le 11 janvier 2001. Au mois de mars, le conseil a décidé de sa planification stratégique. Avec cela, il a tenu plusieurs consultations et ateliers dans la province et il a demandé aux organismes producteurs ce qu'ils ont apprécié dans ces services de vulgarisation traditionnels. Quelles sont à leur point de vue les réalisations de l'Agricultural Development Institute? En ce moment, je devrais ajouter que notre directeur administratif, M. Dale Kelly, a été embauché. C'est un personnage extraordinaire qui possède une vision d'exception. J'ai beaucoup appris auprès de lui.

En mai et en avril derniers, nous avons commencé à embaucher du personnel et nous avons ouvert nos deux bureaux. Nous en avons un à Kentville, en Nouvelle-Écosse, sur Webster Street, et un autre ici à Truro, qui se trouve juste à côté de là où je suis moi-même, juste à proximité d'Agri-Tech Park.

Je suppose que vous avez notre brochure. Ce document contient une liste de tout notre personnel et les domaines d'expertise que nous offrons à l'organisation, l'industrie agroalimentaire ici. Je n'entrerai pas dans les détails, mais nous disposons d'un éventail d'expertise dans les domaines de l'agronomie et de la phytologie, jusqu'à la zootechnie et la gestion intégrée des parasites.

Je pense que, outre notre structure organisationnelle, ce qui nous rend différents est le fait que les personnes qui travaillent pour l'ADI sont consciencieuses, motivées et passionnées par l'industrie agroalimentaire. C'est ce qui nous rend uniques. J'ai appris beaucoup en les côtoyant et j'aime beaucoup aller travailler tous les jours.

Le 5 juin de l'année dernière, notre conseil a approuvé notre plan d'affaires. En octobre 2001, nous avons lancé notre site Web et ouvert un centre de contacts ressources. J'en parlerai de façon plus approfondie sous peu. Nous avons une conférence qui va se dérouler prochainement et j'en parlerai également un plus tard. Bien que nous ne soyons ouverts officiellement depuis moins d'un an, nous sommes fiers de nos réalisations. L'année dernière, au même moment, nous n'avions même pas un bureau.

J'aimerais vous parler de nos services. En raison du fait que nous représentons un nouveau concept, les personnes nous demandent fréquemment ce que nous faisons. Toutes nos activités se répartissent en quatre larges secteurs. Le premier est la connaissance et la diffusion de l'information. Ce qui ne veut pas dire que nous ne faisons que parler aux producteurs. Nous parlons de l'industrie agroalimentaire entière ici — la chaîne de production entière. Si une personne de l'industrie de transformation, un fabricant ou un détaillant veut venir nous parler, les portes sont grandes ouvertes.

À propos de la facilitation de la recherche, nous n'allons pas ouvrir des laboratoires et commencer à effectuer des analyses de sol. Nous n'allons pas gaspiller notre argent destiné à la recherche. Nous allons occuper le rôle de cet agent intermédiaire qui va interpréter la recherche, la ramener au niveau de la ferme et vice versa. Nous allons nous adresser aux chercheurs et aux personnes qui financent la recherche des entreprises. Quelles sont les priorités des producteurs?

Notre troisième fonction est de bâtir des alliances. S'il y a un problème, nous allons réunir les différents acteurs pour le solutionner. Ceci pourrait se présenter sous forme d'un dialogue au niveau de la ferme individuelle ou au niveau de l'industrie entière. C'est un élément primordial, étant donné qu'ici, dans les Maritimes, nous sommes très petits et nous devons donc collaborer.

La quatrième consiste dans le développement de l'innovation et la valorisation. C'est ici que joue une grande partie de mon travail. Ce qui revient à notre énoncé de mission. Nous voulons savoir tout ce qui pourrait créer de nouvelles valeurs ou ce qui va faire croître notre industrie et la mettre à l'épreuve.

À dessein nous avons élargi notre mission, étant donné que nous allons évoluer dans la même direction que l'industrie. Nous voulons seulement être le premier contact dans l'industrie agroalimentaire. Nous ne voulons pas que les personnes de l'extérieur nous voient comme une liste de vérification et se ressentent limités ou sentent que nos ressources sont limitées. S'ils nous appellent pour nous poser une question, nous ferons notre possible pour leur apporter la réponse.

En ce qui concerne nos activités et nos réalisations, nous avons visité 852 fermes entre le 16 avril et le 31 décembre. Au cours de cette période, nous avons également tenu, accueilli, seuls ou en partenariat, 24 ateliers et journées communautaires avec 650 participants. Nous avons produit plus de 50 télécopies et articles destinés aux groupes de producteurs, à certains événements ou nous les avons placés sur notre site Web. Nous travaillons sur 16 partenariats différents de R-D.

Notre personnel a assisté à pratiquement 150 réunions et conférences de l'industrie en Amérique du Nord, non seulement pour recueillir de l'information, mais également pour la transférer dans le sens qu'ils puissent aussi présenter leurs idées.

Ensuite viennent Agri-ville.com et notre Centre de contacts ressources. Agri-ville.com est notre site Web officiel. Nous travaillons en partenariat avec une entreprise à l'Ouest qui a été développée avec les subventions de démarrage du gouvernement fédéral et je crois aussi d'Alberta Agriculture.

Lorsque nous nous sommes constitués en organisation tout d'abord, nous avons discuté longuement sur ce que nous pouvions faire avec un site Web. Un site Web est un outil de marketing ainsi qu'une source d'information pour nos producteurs. Avec Agri-ville.com, nous avons pu fournir de l'information aux producteurs dans ce domaine à une échelle nationale. Le site est doté de plusieurs forums où les producteurs peuvent communiquer entre eux dans tout le pays. Quelques producteurs anglais nous ont rejoint en ligne. Il y a des groupes de discussion, des articles, des nouvelles quotidiennes et des liens. Nous disposons de plus de 150 inscriptions et enregistrements dans les Maritimes.

Notre Centre de contacts ressources, le RCC, est situé dans notre bureau de Truro. Ce centre est vraiment unique dans l'industrie. Nous avons deux personnes travaillant à temps plein d'A.C. et nous embauchons des étudiants à temps partiel d'A.C. pour travailler pendant les quarts de soir. Le centre est ouvert de 7 h 00 à 21 h 00, du lundi au vendredi et nous disposons d'un téléphone, d'un télécopieur sans frais et d'une adresse électronique. Les personnes de l'industrie agroalimentaire peuvent envoyer leurs questions et nous leur offrons une garantie de réponse en 24 heures. Nous leur transmettrons de l'information et répondrons à leurs questions. Ce service a été très apprécié. Nous avons enregistré plus de 300 demandes depuis l'ouverture le 1er octobre.

Notre prochaine conférence se déroulera du 27 février au 1er mars. Nous sommes vraiment impatients. Frank McKenna et D. Lowell Catlett sont nos deux conférenciers d'honneur. Tout le monde sait qui est Frank McKenna. D. Lowell Catlett est un PhD de New Mexico State University. C'est un spécialiste en prospective et il nous donnera ses prédictions et les défis auxquels l'industrie agroalimentaire devra faire face dans les années à venir.

Nous offrirons six différentes séances qui traitent des nouvelles possibilités, de la fonction des produits, de la constitution d'alliances, de la salubrité des aliments sur la ferme et des tendances des consommateurs. Nos producteurs ou participants pourront choisir quatre séances parmi les six qui se déroulent.

Nous nous sommes efforcés de donner une image différente à cette conférence. Les gens ne vont pas écouter passivement d'autres personnes parler. Nos orateurs donneront chacun un exposé de 15 minutes, et nous avons donné à chacun d'entre eux un cas d'étude d'un producteur local qui démontre la théorie ou le concept dont un autre a parlé. Suivront des discussions de facilitation. Nous sommes très enthousiasmés par cette formule complètement nouvelle.

Enfin, j'aimerais mentionner notre processus d'évaluation. Bien connu de toute personne habituée à mener un atelier ou une enquête, pour lequel nous demandons des commentaires. Au cours des derniers mois, nous avons eu une entreprise extérieure qui a animé des groupes de concertation avec l'industrie avec pour but de savoir s'ils ont ressenti que leurs besoins avaient bien été pris en considération. Nous distribuerons un rapport annuel.

Pour le mot de la fin, je vous laisse avec cette citation: «N'empruntez pas le chemin, où qu'il puisse vous conduire, mais en revanche sortez du chemin et créez votre propre voie.» À l'ADI, nous sommes convaincus que nous faisons quelque chose qui n'a jamais été fait auparavant et nous nous sentons un peu comme des pionniers. Je vous remercie.

Le sénateur Day: Monsieur le président, j'ai invité Mme Grant et un de ses collègues qui se cache au fond, mais qui devrait être près de nous également. Ils ont tous les deux assisté à la réception hier soir et ils me racontaient comment ils participaient à cette nouvelle initiative.

Le sénateur Hubley et moi-même pensons que ce serait une bonne idée de leur demander de venir aujourd'hui pour nous parler un peu de cette passionnante initiative. Je dois dire que l'enthousiasme que j'ai pu ressentir chez vous deux au cours de notre discussion hier soir se ressent encore aujourd'hui. J'aimerais vous féliciter pour votre exposé. Bravo.

M. Ralph De Long, président, Nova Scotia Egg Producers: Merci, monsieur le président, honorables sénateurs et sénatrices. J'aimerais vous remercier de m'avoir laissé une petite place à la fin de cette journée. Mon frère et moi-même possédons une ferme dans le comté de Lunenburg. Nous produisons, classons et vendons des oeufs de consommation. Nous possédons des bovins de boucherie, des arbres de Noël et nous avons également une affaire de vente de décorations par correspondance. En outre, je suis le président de Nova Scotia Egg Producers, et je me présente au nom de ce groupe. J'aimerais remercier le comité de me donner l'occasion de faire cet exposé.

Nova Scotia Egg Producers, anciennement Nova Scotia Egg and Pullet Producers Marketing Board, représente les producteurs d'oeufs et de poulettes de Nouvelle-Écosse. L'industrie a une valeur à la ferme de plus de 31 millions de dollars. Le contingent d'oeufs de Nouvelle-Écosse est égal à 757 000 poules pondeuses ou environ 4 p. 100 du quota national.

L'agriculture dans les Maritimes tout comme dans le reste du Canada et dans le monde entier est confrontée à de nombreux défis. Les réductions du soutien des gouvernements fédéral et provincial ont laissé l'agriculture dans une situation impossible. D'un côté, les gouvernements réduisent leur soutien à l'agriculture par le biais des spécialistes, de la R-D. De l'autre côté, les gouvernements augmentent la charge supportée par les industries primaires avec des impératifs écologiques rigoureux, une assurance sur la salubrité des aliments, des normes de travail, des exigences d'élaboration de rapports et de constitution de dossiers, et en réduisant les coûts. Étant donné que l'industrie primaire doit faire face aux changements environnementaux, il est plus difficile pour les producteurs moins importants et les régions plus petites de survivre ou d'être soutenus à long terme.

L'industrie de l'œuf en Nouvelle-Écosse est régie par le système canadien de gestion des approvisionnements. Ce système a autorisé aux producteurs d'œufs d'entretenir des fermes modernes, utilisant des technologies de niveau international. La stabilité qu'apporte la gestion des approvisionnements à l'industrie ovocole nous a permis d'être proactifs dans les domaines de la salubrité des aliments et la protection des animaux. Notre programme de salubrité des aliments sur la ferme est reconnu à l'échelle mondiale et les principes directeurs contenus dans les codes de pratique de l'industrie établissent des normes élevées en ce qui concerne la protection et l'élevage des animaux qui encore maintenant sont examinées en vue de les relever encore plus.

En outre, les producteurs d'œufs considèrent la gestion des approvisionnements comme notre filet protecteur. Cela nous permet d'obtenir nos revenus directement de la place du marché plutôt que d'avoir à approcher le gouvernement. Il est clair que la gestion des approvisionnements a été bénéfique non seulement pour les producteurs d'oeufs, mais également pour leurs poules, le consommateur et la bourse du public. Afin de continuer sur cette lancée fructueuse, nous avons demandé au gouvernement fédéral de perpétuer son engagement à maintenir le cadre législatif et réglementaire en vertu duquel le système de gestion des approvisionnements fonctionne.

Beaucoup considèrent que l'augmentation des exportations permettra de rendre l'agriculture canadienne prospère, ce qui est peut être vrai; néanmoins, pour les produits comme les œufs, qui peuvent être produits n'importe où, le marché de l'exportation se caractérise par un excédent et des prix inférieurs aux coûts de production. Il n'y a pas de prospérité dans ce type de marché. En outre, la suppression des contrôles aux frontières canadiennes serait extrêmement préjudiciable à l'industrie ovocole au Canada. Les pays dans lesquels les coûts de production moins élevés pourraient inonder nos marchés d'œufs à bas prix qui ne sont pas soumis aux normes de salubrité des aliments et de protection des animaux que nos consommateurs, comme nos gouvernements ont dit souhaiter. Nous demandons au gouvernement fédéral de défendre notre droit à profiter d'un système de gestion des approvisionnements national et de mettre à exécution l'accès aux taux et aux tarifs permettant d'effectuer des contrôles aux frontières canadiennes.

Notre infrastructure en perdition représente le principal obstacle à l'essor de l'agriculture maritime. Notre réseau routier se détériore de jour en jour. Les pannes d'électricité semblent de plus en plus fréquentes et durent de plus en plus longtemps. J'ai terminé ce rapport hier soir après 10 heures sans courant du tout. Le prix des voyages aériens aller- retour en destination des Maritimes a toujours été très onéreux. Le prix d'un voyage d'affaires aller-retour en destination des Maritimes est un élément dissuasif pour se déplacer ou s'accroître dans la région. Nous entendons souvent parler de l'importance accrue du tourisme dans notre économie; toutefois, les touristes vont également arrêter de venir si nous laissons nos routes se détériorer encore plus. Le gouvernement fédéral doit entreprendre la réparation de l'infrastructure des Maritimes, en particulier la réparation et la construction de routes, et c'est une priorité absolue.

Les producteurs d'œufs de Nouvelle-Écosse donnent la priorité à la recherche dans notre région, et ce pour deux raisons. La première est la capacité d'avoir des chercheurs qui peuvent répondre aux problèmes régionaux. Il peut s'agir de questions sur la façon d'utiliser des aliments pour bestiaux ou des micronutriments; sur la façon de s'occuper des pathogènes ou des toxines au niveau régional; de répondre aux questions d'élevage comme l'utilisation du fumier, déclasser la volaille à cause des ampoules au bréchet, d'introduire de nouvelles technologies ou de développer et d'améliorer les produits alimentaires produits à partir des œufs et de la volaille.

La deuxième raison pour avoir des chercheurs à demeure dans la région est qu'ils peuvent assumer le rôle d'enseignants pour les étudiants du collège d'agriculture. Leur vision de la connaissance technique actuelle pour les futurs employés, les ressource et le soutien du personnel pour les industries de la volailles et autres, ainsi que pour les futurs producteurs est essentielle, si nous souhaitons maintenir notre industrie. Les producteurs en place actuellement recherchent constamment une formation permanente sur les dernières technologies et les méthodes de gestion de la production pour pouvoir rester compétitifs.

Notre conseil travaille avec l'Institut de recherche avicole de l'Atlantique ou IRAA pour promouvoir la recherche dans la région. Nous nous sommes efforcés de gagner le soutien de l'autre «conseil des animaux à plumes», à la fois dans la province et dans la région atlantique. Nos efforts par l'entremise de l'IRAA ont résulté en deux chercheurs en volaille basés au Collège d'agriculture de Nouvelle-Écosse. L'un d'entre eux, le Dr Rathgeber, reçoit un soutien de l'industrie pour ses recherches en matière de produits avicole, tout en assumant la fonction de professeur à temps partiel au collège. Le deuxième chercheur est le Dr Fred Silversides, qui est un nutritionniste avicole aidé par ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. Maintenant que ces chercheurs sont en poste, nous nous efforçons de remplacer les installations de recherche avicole au NSAC. Les installations actuelles ont été construites dans les années 60 et ne sont plus utilisables. Nous espérons qu'avec l'aide du gouvernement fédéral, ces installations deviendront une réalité.

La survie à long terme de l'industrie avicole dans les Maritimes nécessite de poursuivre la recherche ici même. Si les problèmes spécifiques des producteurs d'oeufs et de volailles ne sont pas pris en considération, ils ne pourront pas conserver leur place de fermiers les plus instruits du monde. Si tel était le cas, nous perdrions l'un de nos avantages le plus important par rapport à la concurrence. Le gouvernement fédéral doit continuer à reconnaître l'importance de la recherche régionale et à soutenir la recherche avicole en Nouvelle-Écosse.

Alors que nous avons recouvert la plupart ou tout au moins une grande partie du terrain, au niveau régional, l'état à l'échelle nationale de la recherche en agriculture en ce qui a trait à l'élevage est alarmant. Au cours de la période entre 1999 et 2001, seulement 10 p. 100 du budget de la recherche du ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire ont été consacrés à la recherche zootechnique et avicole, alors que 47 p. 100 ont été consacrés à la recherche phytotechnique. En outre, le programme conçu pour garder ce caractère unique à la volaille au Canada n'est plus. Ce qui nous fait courir le risque de perdre des gènes qui pourraient nous être précieux dans l'avenir. Nous demandons avec insistance au gouvernement d'intensifier son soutien à la recherche avicole en consultation avec le Conseil canadien de recherche avicole, nouvellement formé.

Enfin, le prix du grain a toujours été limité ici dans les Maritimes par rapport au reste du Canada. Le prix du mais à Truro, en Nouvelle-Écosse est toujours supérieur de 30 $ par tonne par rapport au Québec. Il y a quelques années, le gouvernement fédéral a supprimé l'aide au transport des aliments du bétail. Il ne voulait plus subventionner l'élevage du bétail dans les régions excentriques du Canada. Ce qui a eu pour conséquence de faire mourir l'élevage à petit feu.

Le secteur de la viande rouge a souffert encore plus. Si ce secteur se détériore encore, l'infrastructure qui entoure le secteur de l'élevage entier dans les Maritimes risque de s'écrouler. Si nous perdons le secteur de la viande rouge, le coût actuel de l'alimentation animale devra augmenter au niveau des autres industries d'élevage des Maritimes. Le gouvernement fédéral se doit d'examiner à nouveau les mécanismes permettant d'égaliser les prix du grain dans les Maritimes avec ceux pratiqués dans le reste du Canada.

Au nom des producteurs d'oeufs de la Nouvelle-Écosse, je vous remercie à nouveau de m'avoir offert cette possibilité de prendre part à ces audiences.

Le président: Vous avez mentionné l'aide à l'alimentation ou le CROW comme nous l'appelons. Cette séance de débats à été la plus longues dans la Chambre des communes. J'étais juste au centre. Nous sommes restés assis jusqu'à 3 heures du matin. Et cela n'aura pas été bénéfique pour aucun des fermiers n'importe où dans le pays.

M. De Long: Non. Cela n'a pas été très fructueux non plus dans le Nord.

Le président: C'est exact.

M. De Long: Nous ressentons toujours les répercussions.

Le sénateur Oliver: Pouvez-vous recommander une solution?

Le président: Je vais vous mentionner les problèmes que nous avons eus. Parce que le CROW n'existe plus, cela coûte 90 cents à 1 $ le boisseau pour l'expédition des céréales. Les graines de mauvaises herbes, provenant du triage des céréales l'hiver dernier dans les Prairies, ont été données aux fermiers qui ont du passer les ramasser. Cela a occasionné, bien entendu, des opérations majeures pour les parcs d'engraissement en Saskatchewan, et cetera.

Vous avez un problème à obtenir des aliments pour animaux ici. À mon avis, ce n'est pas une question à laquelle nous avons réfléchi suffisamment. J'étais entièrement contre. Je sais que beaucoup de personnes dans notre parti ne partageaient pas mon opinion, mais selon moi, nous n'avons pas obtenu de bons résultats de part et d'autre du pays.

M. De Long: Les répercussions ne se sont pas encore toutes faites sentir, sénateur Gustafson. Elles sont très dommageables à l'agriculture à travers tout le Canada. La Saskatchewan essaie de développer du bétail avec une valeur ajoutée. J'ignore comment les producteurs de céréales font pour survivre ou même s'ils réussissent à survivre. Il n'existe aucune marge de profits.

Le président: D'ailleurs, le sénateur Wiebe tente de travailler sur ce problème.

Le sénateur Wiebe: Un des grands avantages que les producteurs d'œufs de la Nouvelle-Écosse possèdent, est, bien entendu, leur office de commercialisation.

M. De Long: C'est exact.

Le sénateur Wiebe: Ils sont capables de factoriser ces coûts élevés des aliments pour animaux et de les passer ainsi au consommateur, ce qui fait en sorte que leurs marges de profits demeurent les mêmes. En ce concerne le sénateur Gustafson et moi-même dans l'Ouest, où nous n'avons pas la chance d'avoir un office de commercialisation, tout comme ceux de l'est du Canada qui n'en ont pas non plus, nous devons absorber ces coûts élevés.

Cela a un impact sur l'agriculture pour l'ensemble du pays. Il n'y a aucun doute à ce sujet. C'est ma façon de souligner le bien-fondé des offices de commercialisation. Les offices de commercialisation ont été un atout formidable pour l'agriculture de ce pays.

J'espère que vous n'avez pas de problème avec ma petite présentation. D'un côté, nous avons les producteurs de bœuf, qui ne sont pas marketing. Ils croient dans le système de l'économie de marché et ils réussissent très bien. D'un autre côté, vous avez les Offices de commercialisation et ils font aussi extrêmement bien.

Au centre, vous avez les producteurs de céréales et les producteurs d'oléagineux, en fait dans l'ouest du Canada, qui travaillent très fort pour survivre. J'espère que vous n'avez pas de problème avec cette petite promotion pour les offices de commercialisation, mais je pense qu'ils sont très bénéfiques.

Ma question est pour Mme Grant. Merci pour votre présentation. Peut-être que je ne l'ai pas saisi dans votre présentation, mais j'imagine que vous recevez un salaire, des fonds pour vos bureaux et ce genre de choses. Est-ce que les consommateurs doivent payer des frais pour des services? De quelle façon êtes-vous subventionnés?

Mme Grant: Ce n'est pas un secret que la majorité de nos subventions proviennent du gouvernement provincial: 3 millions de dollars pour trois ans. Après cela, personne ne sait vraiment. Il y aura un changement au gouvernement et les priorités peuvent elles aussi changer. Toutefois, nous ne comptons pas là-dessus. Je travaille dans le secteur du développement de la finition des produits. Nous planifions de travailler au niveau de l'industrie alimentaire/vente et sur des projets spéciaux pour lesquels il y aura des frais pour des services, puisque nous collaborerons avec des individus et nous travaillerons sur des projets. Nous voulons devenir autosuffisants.

Présentement, nous ne demandons pas à nos producteurs de payer. Ils peuvent nous appeler. Ils peuvent avoir accès à nos spécialistes sans avoir à payer. En cours de route, cela pourrait changer. C'est entre les mains de notre conseil d'administration.

Le sénateur Wiebe: Est-ce que vous regardez ou pensez à l'avenir vous tourner vers un financement du secteur privé de quelque façon que ce soit ou vous vous fiez entièrement sur le gouvernement?

Mme Grant: Il n'y a pas de doute, si le secteur privé collabore avec nous pour un projet, cela va étendre notre mandat dans l'industrie, créer une nouvelle valeur et donner plus d'outils aux producteurs. Nous sommes ouverts à tout ce qui peut faire avancer notre industrie agroalimentaire.

Le sénateur Oliver: En tant que seul résident de la Nouvelle-Écosse sur ce comité, écouter les deux excellents rapports que vous deux venez de donner, me rend très fier. Je suis certain que nous les prendrons en considération quand viendra le moment de rédiger le rapport.

Ma question est pour M. De Long. Vous avez mentionné que la survie à long terme de l'industrie de la volaille dans les provinces de l'Atlantique exige que la recherche sur la volaille se poursuive ici. Si le gouvernement fédéral décide que demain toutes les recherches sur la volaille seront faites à la ferme expérimentale d'Ottawa, de quelle façon serez- vous touchés?

M. De Long: Monsieur le sénateur Oliver, on retrouve plusieurs éléments dans ce rapport. Des problèmes spécifiques comme certaines maladies peuvent surgir et il sera plus difficile de les contrer dans un centre de recherche éloigné. Nous parlons des coûts des aliments pour animaux. Nous essayons de déterminer quels aliments pour animaux nous pouvons utiliser.

C'est probablement moins coûteux d'avoir des aliments pour animaux du Venezuela que de la Saskatchewan. À ma connaissance, cela ne s'est jamais produit, mais il faut néanmoins être capables de répondre à ces situations possibles. Le niveau d'éducation des producteurs d'œufs de la Nouvelle-Écosse a été un avantage considérable.

La plupart d'entre nous — ou même nous tous — possédons au moins un diplôme et la majorité ont des diplômes d'universités, de collèges, de Guelph, de MacDonald. Ne pas avoir de chercheurs en volaille ici pour enseigner à notre relève, à nos fils, à nos filles ou employés, nous fera perdre cet avantage. Notre capacité d'utiliser les nouvelles technologies, de comprendre la nutrition et la pathologie utilisée à la ferme seront également perdus. Si cet atout est perdu, la compétitivité de notre industrie pourrait être perdue aussi.

Le sénateur Oliver: C'était important d'avoir ces commentaires dans le dossier, étant donné que cela apporte des précisions à ce que vous aviez mentionné.

M. De Long: Oui.

Le sénateur Oliver: En ayant eu ces séances, nous avons étudié ce qui devait et pourrait être fait pour essayer de redonner de la vitalité aux régions rurales du Canada. Quelqu'un a mentionné que l'agriculture des provinces de l'Atlantique est très différente de celle de l'Ouest. Le sénateur Gustafson, par exemple, a 10 000 acres de blé et il n'existe pas de ferme aussi grande en Nouvelle-Écosse. Vous avez indiqué que vous produisez des œufs, des arbres de Noël et du bœuf. Plusieurs agriculteurs en Nouvelle-Écosse ont des productions très diversifiées.

M. De Long: Oui.

Le sénateur Oliver: Croyez-vous que nous avons réellement besoin d'une politique nationale en agriculture pour répondre à nos besoins, à ceux du sénateur Gustafson et à ceux des autres fermiers à travers le Canada, ou devons-nous plutôt trouver quelque chose plus diversifié étant donné vos besoins spéciaux?

M. De Long: J'aimerais y penser un peu. Je ne suis pas certain s'il est possible ou non de développer une politique nationale qui comprend tout. La situation est très différente ici, parce que nous travaillons sur une plus petite étendue de territoire et que notre économie est très différente: concentrée, tirant parti d'un plus petit territoire de base. Nous essayons de fournir nos marchés régionaux.

En ce qui concerne les arbres de Noël, nous sommes sur le marché de la Nouvelle-Angleterre, jusqu'en Virginie et même jusqu'en Floride. Nous avons diversifié avec des entreprises de vente par correspondance, lesquelles sont désormais présentes à travers toute l'Amérique du Nord. Répondre à une économie régionale est très différent. Nos risques de gestion diffèrent également.

Dans l'Ouest, ils se basent sur le prix international des céréales et de la viande rouge, tandis qu'ici la gestion des approvisionnements est beaucoup plus importante pour l'ensemble de notre économie. Nos garanties sont basées sur la l'entretien d'une infrastructure gouvernementale. D'ailleurs, la poussée des producteurs de la région de l'Ouest est très différente de celle des producteurs de la région de l'Est et les réponses également.

Le sénateur Oliver: Que pourriez-vous recommander à ce comité afin de redonner de la vitalité aux régions rurales du Canada et à amener les gens à y vivre?

M. De Long: Il n'y a pas de façon magique de mettre plus d'argent dans l'agriculture. Quelqu'un est venu à notre ferme et nous a demandé des informations en vue d'acheter une ferme locale. Il voulait savoir combien d'argent le gouvernement nous envoyait à la fin de chaque mois. La réponse à cette question est très simple. Nous ne nous attendons pas à ce que le gouvernement fédéral subventionne chaque ferme du Canada et les rende rentables.

Comment faire? Je pense qu'il est important de maintenir une infrastructure qui nous permet de faire nos affaires et établit les règles pour nous aider à travailler. Il est préférable d'avoir de mauvaises règles que pas de règles du tout. Faites des règles claires et aidez-nous à faire notre travail.

Si le gouvernement veut écouter uniquement l'opinion publique, nous répondrons alors aux questions concernant la sécurité alimentaire, l'environnement et les OGM. Aussi longtemps que vous avez besoin de l'avis public, nous ne pouvons pas gagner la bataille. Nous avons besoin du support du gouvernement lui-même, afin de faire correctement notre travail.

Le sénateur Hubley: Merci à vous deux pour ces excellentes présentations. J'ai une question pour Mme Grant relativement au succès de leur programme jusqu'à ce jour. Vous avez reçu 313 demandes à votre centre d'appels. Je me demande si la valeur ajoutée est un élément important et si nous devions tous y penser.

Apparemment, ce message a été envoyé aux producteurs du secteur primaire. Vous avez, semble-t-il, abordé un problème nouveau. En acceptant cet état de fait, il y a peut-être un trop-plein d'information. Il doit sûrement exister des façons de donner les possibilités disponibles à un agriculteur concernant un produit spécifique, afin de lui permettre de développer ce produit. J'aimerais savoir de quelle façon vous voyez votre rôle et si vous pouviez nous donner quelques exemples de demandes que vous avez traitées, parmi les 300 demandes et plus reçues.

Mme Grant: Ajouter de la valeur est une des manières de créer une nouvelle valeur; une façon par laquelle une entreprise en particulier peut être rentable. Nous devons être prudents et ne pas trop utiliser ces mots clés en donnant l'impression que tous devraient commencer à ajouter de la valeur, parce que nous savons que le marché ne pourra pas survivre si chacun fait la même chose.

Ajouter de la valeur veut aussi dire s'orienter vers des marchés spécialisés, tous ne peuvent donc le faire. En fait, nous devons faire attention de ne pas nous concentrer sur cette thématique et dire ainsi à tout le monde de faire la même chose. Nous donnons les outils nécessaires aux producteurs et à la fin de la journée, ce sont eux qui doivent prendre une décision.

Le problème véritable est que dans l'agriculture d'aujourd'hui, nous devons faire face aux domaines des marchandises en vrac et des marchandises à l'état brut. Mais maintenant, il n'y a plus d'argent dans ce secteur. Nous devons donc trouver de nouvelles façons de faire pour ce secteur de l'agriculture.

J'ai participé à la Conférence nationale sur le transfert de la ferme familiale 2001 à Montréal l'automne dernier. Un des conférenciers nous a montré un ensemble de statistiques sur la valeur de l'agriculture dans l'économie au niveau mondial. Pour les prochaines décennies, il y aura une augmentation de 10 à 12 fois. Cependant, la part des producteurs diminue autant et c'est principalement à cause des marchandises à l'état brut.

Les producteurs sont venus nous poser des questions très spécifiques. La plupart des demandes que nous avons reçues portaient sur la production. Un autre problème à trait également à la mentalité des marchandises à l'état brut dans l'agriculture d'aujourd'hui: l'industrie de production. Nous devons penser davantage au marché et au consommateur.

Ce sont les défis auxquels nous devons faire face, en plus des attitudes et des perceptions, à la suppression de notre travail. Cela comprend plus qu'être seulement impliqué dans cette transition.

Le président: Avez-vous un exemple où cela à fonctionner? Avez-vous un exemple d'une ferme qui est devenue plus rentable en suivant votre conseil?

Mme Grant: Je ne suis pas une spécialiste de la production et je ne rencontre par les producteurs un à un. Je ne voudrais pas donner un exemple spécifique au nom de mes collègues, mais nous sommes là. Nous leur donnerons l'information et ferons la recherche dont ils ont besoin pour prendre une décision. On peut le voir dans notre industrie avec les bleuets et les marchés en bord de route, et des exemples du même genre. Il y a de la valeur ajoutée dans ces marchés, mais je ne peux pas trouver un exemple maintenant.

Le président: J'aimerais vous remercier toutes les deux d'être venues.

Le sénateur Tunney: Je suis également de la gestion des approvisionnements dans l'industrie des produits laitiers. J'écoutais très attentivement les éléments que vous avez mentionnés dans votre excellente présentation. J'ai deux commentaires.

Premièrement, chaque jour de ma vie, je suis reconnaissant d'avoir eu la chance d'être dans l'industrie des produits laitiers. J'ai fait ce choix à un moment où la gestion des approvisionnements commençait à peine. Je ne serais pas ici sans la gestion des approvisionnements. Vous non plus d'ailleurs. Pas plus d'une semaine ne passe que je rencontre et parle à Lyle Vanclief à une réunion au sujet de la gestion des approvisionnements, parce que nous sommes continuellement attaqués.

Je suis également préoccupé par ce qui se passe en Europe où les gouvernements ont légiféré l'arrêt de l'élevage de la volaille en cage. C'est le rêve le plus insensé ou le pire cauchemar que quelqu'un puisse avoir.

J'ai un voisin, producteur professionnel, qui possède 43 000 acres. Même là, les choses peuvent mal tourner. Sa compagnie d'aliments pour volailles a mis du substitut de graines de lin au lieu de soya dans sa ration. La volaille a commencé à mourir et la production a chuté subitement.

Heureusement, un laboratoire dans notre voisinage a pu contrôler et trouver le problème en moins de cinq jours. Ils se sont départis de tous les aliments pour la volaille. Si vous n'avez pas ce genre de service et vous devez aller à Guelph ou quelque part d'autre, vous pouvez perdre gros. Même chose pour d'autres producteurs, même les producteurs d'œufs. Vous avez raison au sujet du besoin d'avoir un laboratoire dans votre région de ce très grand pays.

M. De Long: Merci. Ce ne peut être trop mentionné. J'apprécie le nombre d'individus avec une expérience en agriculture sur ce comité qui appuient la gestion des approvisionnements parce qu'elle est la pierre angulaire d'une grande partie de l'agriculture au Canada. C'est apeurant quand vous commencez à voir vos poulets mourir. Vous voulez savoir immédiatement quel est le problème; vous ne pouvez pas attendre quelques jours. Vous devez savoir où aller et vous devez le savoir sur-le-champ.

Le sénateur Tunney: Nous prenons ce commentaire en considération.

Le sénateur Day: J'ai une brève question pour Mme Grant, qui vient en fait d'une question du sénateur Wiebe concernant vos revenus. Je suis heureux d'apprendre que votre conseil d'administration a en place un programme qui vous permettra de devenir autosuffisant. Il existe de nombreux programmes pour vous aider à devenir éventuellement autosuffisants. À l'heure actuelle, est-ce que vos différents experts qui conseillent les producteurs sont payés pour leurs services?

Mme Grant: Non.

Le sénateur Day: Mon autre question est également courte et à trait à la valeur ajoutée. C'est plus en fait un commentaire, mais vous pouvez y répondre si vous désirez. Monsieur le président, madame Grant, je vois des choses au supermarché et je ne suis pas certain s'il s'agit de valeur ajoutée ou bien uniquement de marketing.

Si vous prenez une pomme de terre par exemple, vous la lavez et l'enveloppez dans du papier d'aluminium et la vendez alors pour deux fois plus, je ne suis pas sûr que ce soit de la valeur ajoutée, mais on y ajoute, de toute manière, de l'argent.

Mme Grant: Oui.

Le sénateur Day: Est-ce que nous incluons ce genre de marketing?

Mme Grant: Ce peut être aussi simple que cela, bien sûr. Aucun doute.

Le sénateur Day: Est-ce que c'est la même chose que de prendre une pomme, la faire reluire et y apposer une étiquette?

Mme Grant: Oui, très certainement. On revient à la mentalité des marchandises à l'état brut. Peut-être qu'il n'en faut pas beaucoup pour réellement ajouter de la valeur, parce que nous sommes habitués de penser en terme de marchandises en vrac.

Le sénateur Day: Il y a des gens qui sont prêts à payer beaucoup d'argent pour voir la qualité.

Mme Grant: C'est une question de présentation, n'est-ce pas?

Le sénateur Day: Tout à fait. Vous êtes impliquée dans ce genre de choses?

Mme Grant: Oui. Nous allons dans la même direction que les producteurs qui nous contactent et appellent le conseil d'administration. Nous sommes ouverts à tout. Nous avons beaucoup de projets en cours qui traitent de différents problèmes, mais ce genre de choses que nous voyons aident l'industrie à avancer. Comme je l'ai mentionné, il s'agit là d'une façon. Pour certaines entreprises, il existe d'autres manières d'ajouter de la valeur également, mais ajouter de la valeur dans toutes ses facettes est un exemple spécifique.

Le président: Je voudrais vous remercier encore pour votre présence et pour ces moments fort intéressants.

La séance est levée.