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Délibérations du comité sénatorial permanent de la
Défense et de la sécurité

Fascicule 1 - Témoignages du 18 juillet 2001 (séance de l'après-midi)


OTTAWA, le mercredi 18 juillet 2001

Le Comité sénatorial permanent de la défense et de la sécurité se réunit ce jour à 13 h 04 pour entreprendre une étude préliminaire des principales questions de défense et de sécurité qui touchent le Canada, en vue de la préparation d'un plan de travail détaillé pour des études plus poussées.

Le sénateur Colin Kenny (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président: Nous sommes le premier comité sénatorial permanent possédant le mandat d'étudier les questions touchant la sécurité et la défense. Nous commençons aujourd'hui un tour d'horizon préliminaire des principaux enjeux de sécurité et de défense auxquels le Canada est confronté, en prévision d'études ultérieures plus poussées. Nous avons l'intention de consacrer l'été et l'automne à cette enquête et de faire rapport au Sénat début février.

Nous poursuivons cet après-midi nos audiences avec l'audition du colonel William Peters. Le colonel Peters a suivi une formation d'officier d'infanterie avant d'entrer au 1er bataillon du Royal Canadian Regiment, alors basé à London, en Ontario. Au cours des 18 années suivantes, il a tour à tour été affecté à six missions au sein de son régiment au Canada et en Allemagne, et à deux missions de maintien de la paix de l'ONU à Chypre. Il a aussi suivi le cours du Collège d'état-major et de commandement à Toronto et été affecté un an au quartier général de la Force mobile à titre d'officier supérieur d'état-major - Infanterie. Après trois ans comme membre du personnel d'instruction et directeur adjoint - Études terrestres au Collège d'état-major et de commandement à Toronto, le colonel Peters a travaillé avec le personnel du directeur des Concepts terrestres à Ottawa pendant un an avant d'être choisi pour entreprendre des études de deuxième cycle à plein temps au Collège militaire royal du Canada à Kingston. Après d'autres études, il a été promu à son rang actuel et affecté au Quartier général de la Défense nationale à titre de directeur de la Planification terrestre stratégique. Il a ensuite été nommé directeur de l'Infanterie. Cet après-midi, le colonel Peters va nous donner un aperçu des capacités actuelles de l'Armée de terre et des défis futurs qui l'attendent.

Le colonel William Peters, directeur de la Planification stratégique (Opérations terrestres), chef d'état-major de la Force terrestre: Comme le précisait la présentation, honorables sénateurs, je suis actuellement affecté à l'État-major de l'Armée de terre, qui est situé ici à Ottawa au Quartier général de la Défense nationale. J'ai le privilège aujourd'hui de vous parler au nom du lieutenant-général Mike Jeffrey, qui commande la Force terrestre. Je vais traiter de deux sujets apparentés: les capacités actuelles de l'Armée de terre et les défis futurs. J'aborderai ces deux sujets dans cet ordre. Avant de commencer, permettez-moi de faire trois observations.

[Français]

D'abord, je sais que cette matière est potentiellement aride et spécialisée. Nous avons donc fait en sorte que cet exposé reste général pour éviter de vous accabler de données, de chiffres, d'organigrammes et de jargon obscur. J'espère que cette façon de procéder vous satisfera et je vous promets de répondre dans la mesure possible à toutes vos questions après mon exposé.

Ensuite, veuillez noter que vous avez en main une copie de mon texte ainsi que certains chiffres à l'appui auxquels je me reporterai au cours de cet exposé. La figure 1 sert à introduire mon exposé. Vous avez aussi reçu une trousse qui contient d'autres données et qui se trouve dans la chemise de l'Armée de terre laquelle est placée bien en vue.

Enfin, tel que ceci m'a été demandé, mon exposé portera principalement sur la contribution de l'Armée de terre aux capacités militaires de notre pays. Je m'attacherai à vous décrire la façon dont la contribution particulière des forces terrestres complète celle de la force aérienne et de la marine pour produire une force interarmée efficace.

[Traduction]

Je traiterai d'abord des capacités actuelles de l'Armée. Au cours de votre examen, vous aurez probablement à vous débattre avec toute une série de notions abstraites, de faits, de chiffres et de points de vue contradictoires. À mesure que vous progresserez, nous croyons important que tous ceux qui interviennent dans la formulation de la politique de défense tiennent compte du principal intéressé en la matière, soit le soldat canadien. Du point de vue de l'Armée, la politique de défense canadienne et les attitudes du public en général doivent être essentiellement fondées sur le fait que vos soldats sont vos fils et vos filles. À la base, l'Armée de terre du Canada est une communauté formidable de jeunes Canadiens et Canadiennes venant de toutes les régions et représentant tout un éventail socio-économique et culturel. Nos soldats font un travail difficile pour le Canada et ils le font bien, souvent loin de leur foyer et dans des conditions d'isolement et de risque. Ils font honneur à notre pays et nous aident dans des situations d'urgence, consentant pour cela d'importants sacrifices personnels. Nous ne pouvons leur éviter le risque et le sacrifice: ils savent que cela fait partie du métier qu'ils ont choisi. Nous ne pouvons les soustraire aux conditions de précarité des ressources qui influent sur tous les aspects des politiques publiques. Mais nous devons garder à l'esprit qu'en échange du lourd fardeau qu'ils portent pour nous, nous en assumons un autre à leur égard, en contrepartie. Nous avons le devoir de veiller à ce que nos politiques et nos décisions quotidiennes soient équitables, éclairées et aussi généreuses que les circonstances le permettent.

Pour comprendre les capacités actuelles de l'Armée et les défis qui l'attendent, il sera utile de s'attarder quelque peu à décrire les armées en général. Les armées sont nécessairement des organisations complexes. Cela est d'abord dû à la nature du milieu dans lequel elles opèrent. Contrairement aux milieux relativement homogènes de la Marine et de l'Armée de l'air, le milieu terrestre est extrêmement varié. Il va de la pleine rase et du désert à la forêt dense, du terrain plat à la chaîne de montagnes et de la région rurale à la zone urbaine. Les armées doivent opérer dans toutes ces conditions et elles doivent posséder l'équipement et l'expertise spécialisés adaptés à chaque situation.

Ensuite, la guerre terrestre est une action de nature très personnelle: son succès repose sur l'effort de milliers de personnes et de petits groupes, ce qui suppose l'interaction de beaucoup d'activités et de compétences distinctes à des endroits et à des moments différents. Le déploiement de ces efforts dispersés et indépendants est indispensable au succès et il pose des défis énormes sur les plans du commandement et du contrôle. Par ailleurs, pour remporter une bataille, une armée doit exécuter toute une gamme de tâches en harmonie. Si vous me permettez l'expression, une armée est un système de systèmes: littéralement, des centaines de types d'armes, d'équipements, d'activités et de procédures différents. Enfin, la guerre terrestre est marquée par la proximité. Elle est livrée en contact direct avec l'adversaire et implique inévitablement des niveaux élevés de stress et de malaise personnel.

Face à tous les défis qu'elles rencontrent, les armées doivent être capables d'accomplir cinq fonctions distinctes, bien que connexes: commander, détecter, agir, protéger et maintenir en puissance. Toute absence ou défaillance dans l'une ou l'autre de ces fonctions peut être fatale. Ces fonctions sont énumérées dans la figure 2 avec quelques images à l'appui pour montrer de quelle façon cette construction théorique se traduit en capacité physique.

Commander est la fonction opérationnelle critique. Nous avons besoin de la capacité morale et intellectuelle de déterminer l'objectif, de définir les moyens et de modeler l'action sur le champ de bataille. Cette capacité réside dans la structure de nos forces, principalement dans les diverses organisations d'état-major et de transmissions. Cependant, cette capacité doit être omniprésente: la fonction de commandement ne se pratique pas seulement au sommet de l'organisation, mais tout le long de la voie hiérarchique, jusqu'au caporal-chef de 22 ans responsable d'une petite équipe de trois soldats.

Ensuite, il faut la connaissance de la situation: la capacité de détecter ou de voir notre adversaire et notre milieu. Cette fonction appuie le commandement en recueillant, à l'aide de différents moyens, une vaste base d'informations que l'analyse permet de traduire en connaissances qui aident les commandants à prendre des décisions meilleures. C'est en grande partie le domaine du personnel spécialisé de reconnaissance et de renseignement, bien que toute la Force terrestre puisse y contribuer, de même que les unités d'aviation de la Force aérienne. La dominance sensorielle permet une victoire plus rapide et moins coûteuse en ressources et en vies.

Il nous faut ensuite la capacité d'agir en fonction de notre environnement et conformément au concept opérationnel du commandant. Nous avons ainsi besoin de sapeurs pour faciliter la mobilité, de l'artillerie pour détruire et dérouter l'adversaire, de l'arme blindée pour enfoncer les lignes ennemies et désorienter l'adversaire et de l'infanterie pour franchir les derniers mètres et s'emparer de nos objectifs.

Par ailleurs, nous devons nous protéger des actions de nos adversaires venant de toutes les directions et contrecarrer leurs tentatives de reconnaissance. Cette fonction est principalement axée sur la défense aérienne, le génie, la police militaire et les transmissions.

Enfin, les armées ont besoin de munitions, de carburant, d'eau, de pièces de rechange, de nourriture et d'autres fournitures pour soutenir leurs opérations. Il nous faut une chaîne logistique complexe et fiable pour nous approvisionner, effectuer nos réparations et nous déplacer, qui va de l'atelier jusqu'aux tranchées de première ligne.

Après cette description élémentaire des forces terrestres en général, voyons maintenant les capacités actuelles de l'Armée canadienne. L'Armée d'aujourd'hui est le résultat net des décisions prises par le passé. Parmi celles-ci, la politique stratégique contenue dans le livre blanc de 1994 est prépondérante et constitue un bon point de départ pour la description de nos capacités actuelles. Le livre blanc a affirmé la volonté à long terme de disposer d'une capacité de combat polyvalente, capacité à laquelle l'Armée de terre continue de contribuer. Conformément à cet objectif global, la mission de l'Armée reste de générer et de maintenir des forces terrestres aptes au combat et polyvalentes pour atteindre les objectifs de défense du Canada. En outre, le livre blanc définit un certain nombre de tâches particulières sur lesquelles l'organisation et les capacités actuelles de l'Armée sont axées.

Les tâches principales comprennent l'obligation de fournir un groupe-brigade d'environ 5 000 soldats, ou trois groupements tactiques séparés d'environ 1 250 soldats chacun, et un groupe-bataillon d'infanterie d'environ 1 000 soldats pour mener des opérations multilatérales n'importe où dans le monde ou pour maintenir en puissance indéfiniment un groupement tactique et un groupe-bataillon. À noter que cette dernière tâche est la plus exigeante à long terme pour l'Armée de terre.

Il faut aussi un groupe-brigade avec les éléments d'appui associés pour soutenir la défense de l'Amérique du Nord. Quant à la protection du Canada, nous devons être prêts à répondre aux demandes d'appui au pouvoir civil, d'assistance humanitaire et de secours aux sinistrés, ainsi que d'aide à d'autres ministères. Enfin, au moins pour les fins présentes, le livre blanc offre une description qualitative du niveau désiré de notre capacité: nous devons être en mesure de combattre «aux côtés des meilleurs, contre les meilleurs».

En sommes, le livre blanc revêt une grande importance pour nous. Il spécifie que nous devons considérer les opérations de combat comme notre raison d'être et que les tâches comportant un niveau de risque moins élevé, telles que les opérations de soutien de la paix et le secours national aux sinistrés, sont subordonnées à ce but premier. Cela suppose que nous disposions d'un niveau de ressources suffisants pour accomplir ces tâches. Nous jugeons que l'orientation du livre blanc est éminemment raisonnable. C'est précisément parce que nous nous préparons pour la guerre que nous pouvons être efficaces comme force de maintien de la paix et dans les tâches plus courantes mais néanmoins importantes telles que la lutte contre les inondations et l'intervention face aux tempêtes de verglas. Cela est illustré graphiquement sous la forme du spectre d'intensité des conflits dans la figure 3. De plus, nous sommes manifestement déterminés à offrir les ressources dont nos soldats ont besoin pour effectuer les tâches difficiles et souvent dangereuses que nous leur imposons.

Mais comment les orientations énoncées dans le livre blanc et ailleurs ont-elles été mises en pratique dans l'organisation et les capacités particulières et actuelles de l'Armée de terre d'aujourd'hui? L'Armée canadienne comprend environ 20 000 soldats de la Force régulière, 15 000 réservistes à temps partiel et 5 000 employés civils. Notre Force régulière est structurée en trois groupes-brigades d'environ 5 000 militaires chacun, le reste du personnel servant dans divers quartiers généraux, établissements d'appui ou d'instruction et dans des unités indépendantes. Je ne décrirai pas plus avant le groupe-brigade, à moins que vous me le demandiez. Je dirai simplement que le groupe-brigade est une formation de combat composée d'unités d'infanterie, de blindés, d'artillerie, d'unités de génie, d'unités aériennes et d'autres unités et constitue le plus bas niveau de l'organisation militaire possédant les cinq fonctions opérationnelles - commander, détecter, agir, protéger et maintenir en puissante - inhérentes et en quantités suffisantes pour mener des opérations indépendantes pendant de longues périodes sur le champ de bataille.

Nos 15 000 réservistes à temps partiel servent dans dix brigades disséminées à travers le Canada. À noter que les brigades de la réserve sont beaucoup plus petites, plus légèrement équipées et moins entraînées et ne sont pas capables de se déployer ou de mener des opérations de combat dans leur état actuel. Notre approche traditionnelle a été d'utiliser les structures de brigade de la réserve pour la mise sur pied d'une force, en grande partie comme renfort individuel, bien que cela soit actuellement étendu à un élément de la taille d'une compagnie, comportant environ 100 soldats, qui pourra être déployée avec une unité de la Force régulière en 2002.

Voilà donc les principales composantes de l'Armée de terre canadienne aujourd'hui. Si vous vous reportez à la figure 4, vous verrez comment ces forces sont combinées et réparties dans tout le pays - notre empreinte en quelque sorte. En commençant par l'Ouest, le Secteur de l'Ouest de la Force terrestre est responsable d'un groupe-brigade de la Force régulière basé à Edmonton, de trois brigades de la Réserve basées à Vancouver, Calgary et Winnipeg et d'un centre d'instruction à Wainwright. Le Secteur du Centre de la Force terrestre a un groupe-brigade de la Force régulière basé à Petawawa, trois brigades de la Réserve basées à London, Toronto et Ottawa, et un centre d'instruction à Meaford. Le Secteur du Québec de la Force terrestre dispose d'un groupe-brigade de la Force régulière à Valcartier, de deux brigades de la Réserve basées à Montréal et Québec et d'un centre d'instruction à Farnham. Enfin, le Secteur de l'Atlantique de la Force terrestre a deux brigades de la Réserve basées à Moncton et Halifax, un centre d'instruction à Gagetown et, au même endroit, le principal établissement d'instruction de l'Armée, le Centre d'entraînement au combat. Tous les secteurs de la Force terrestre comprennent également des groupes et unités de soutien de secteur composés de militaires et de civils, qui fournissent le soutien logistique.

Il existe d'autres états-majors et unités qui ne relèvent pas des commandements de secteur: l'État-major de l'Armée de terre au QGDN, dont je fais partie; un état-major fonctionnel appelé le Système de la doctrine et de l'instruction de la Force terrestre, à Kingston, qui gère le développement du leadership, le système d'instruction et les concepts futurs de l'Armée, et d'autres unités terrestres spécialisées. Rappelez-vous que je ne vous ai donné un aperçu que des principaux emplacements et organisations. Les unités individuelles sont davantage disséminées dans des localités plus petites, surtout les unités de réserve. Cette répartition géographique nous donne la capacité de répondre aux menaces ou situations d'urgence partout au Canada.

J'aimerais à ce stade établir le lien entre certains des points principaux de mon exposé jusqu'ici en vous renvoyant à la figure 5. Dans la colonne gauche, nous montrons que nous élaborons nos concepts, notre doctrine et notre stratégie en conceptualisant la façon dont les forces terrestres contribuent aux opérations interarmées, en exerçant les fonctions de commandement, détection, action, protection et maintien en puissance. La colonne suivante montre de quelle façon ces fonctions abstraites se traduisent en capacités physiques ou structures conçues pour l'emploi lors d'opérations visant l'accomplissement de tâches particulières, telles que définies dans le livre blanc et ailleurs. Enfin, la colonne de droite montre la structure institutionnelle requise pour générer ces capacités pour l'utilisateur de la force - la mise sur pied d'une force étant l'essence de la mission de l'Armée de terre.

Que peut faire l'Armée de terre canadienne pour le Canada dans son état actuel? Nous espérons que la réponse à cette question est au moins partiellement évidente. Au cours des années 1990, nos soldats ont assumé une grande partie du fardeau de la politique de sécurité nationale du Canada. Nous avons soutenu un rythme opérationnel plus élevé que jamais depuis la Guerre de Corée, avec des déploiements en Europe orientale, en Afrique et dans les pays riverains du Pacifique, sans parler des importants déploiements au Canada lors des inondations et tempêtes de verglas. Certaines des principales opérations sont résumées à la figure 6. Vous connaissez sans doute la plupart d'entre elles. Il faut aussi souligner que, pendant la première moitié de cette décennie, nos soldats ont dû relever les défis sans précédent que nous leur avons fixés au milieu d'une cascade de compressions budgétaires massives.

Selon notre jugement professionnel, l'Armée de terre canadienne peut répondre à l'heure actuelle à toutes les exigences énoncées dans le livre blanc, celles que résume la figure 7. Au besoin, et sous réserve d'un préavis suffisant, nous pouvons déployer un groupe-brigade prêt au combat, mais il faut signaler qu'il faudrait pour cela puiser des ressources dans les trois groupes-brigades de la Force régulière. En outre, ce groupe-brigade ne serait peut-être pas en mesure d'assumer certains rôles de haute intensité sur un champ de bataille, mais n'oublions pas que nous combattrions aux côtés des meilleurs. Les Canadiens se battraient comme membres d'une force de coalition.

En outre, comme nous l'avons prouvé en soutenant avec succès ce rythme opérationnel sans précédent tout au long des années 1990, nous sommes capables de maintenir en puissance indéfiniment deux unités de la taille d'un groupement tactique à l'étranger pour mener des opérations de paix difficiles. Mais, comme vous allez le voir, nous n'avons réussi à accomplir ces tâches qu'à un prix considérable. Nous nous inquiétons de notre capacité à soutenir ce rythme avec les niveaux de ressources actuels.

Cela conclut ma brève description des capacités actuelles de l'Armée de terre. Pour récapituler, les armées sont un système complexe de systèmes, mais elles offrent une énorme souplesse d'emploi. Nous pouvons livrer combat, maintenir la paix et aider les Canadiens dans le besoin. En outre, du moins jusqu'à présent, nous avons été en mesure de répondre aux exigences du livre blanc sur la défense dans les limites des ressources allouées et nous pouvons affirmer que nous avons dû soutenir un rythme d'opérations nationales et internationales plus élevé que jamais, avec des ressources moins importantes que celles prévues au début de la décennie. Mais tout cela a eu un prix. Comme l'a déclaré le général Jeffrey, l'Armée de terre est fragile. Comme la plupart des institutions, l'Armée canadienne fera face, de presque tous les côtés, à des défis nouveaux et de grande envergure. Les changements intervenant dans l'environnement de sécurité futur exerceront une pression considérable sur le développement des capacités appropriées.

L'OTAN a adopté une vision du conflit de l'avenir qui consiste en deux scénarios. Le premier est celui d'un affrontement classique entre nations: des opérations à un rythme rapide comportant l'application de technologies de plus en plus complexes, du type Guerre du golfe. Cependant, c'est le scénario 2 qui est considéré comme le plus probable à l'avenir. Il pourrait comporter la participation d'acteurs non étatiques utilisant des moyens asymétriques pour atteindre leurs objectifs, compensant en quelque sorte leur déficit de forces conventionnelles en ayant recours, par exemple, à l'attaque de réseaux informatiques, aux armes biologiques et chimiques et au terrorisme dans les agglomérations. Il nous faudra concevoir des capacités adaptées à une gamme croissante de menaces potentielles.

L'un des aspects les plus impressionnants du progrès technologique est la capacité de voir le champ de bataille (et corollairement la possibilité d'être vu par l'adversaire) grâce à une panoplie grandissante de détecteurs puissants - depuis l'espace, des véhicules aériens télépilotés et de dispositifs optiques basés au sol. Une telle facilité de reconnaissance peut se traduire rapidement par une meilleure compréhension du champ de bataille qui améliore l'agilité d'une force. Combinée aux améliorations sur les plans de la portée, de la puissance de frappe et de la précision des systèmes d'arme, cette capacité fournira un formidable avantage à la partie qui aura la supériorité sur le plan de l'information et surtout celle qui disposera d'éléments de frappe à longue portée.

Ces deux développements - l'évolution de la menace et le rythme du changement technologique - mettront à l'épreuve l'équilibre fondamental de nos capacités, réparties d'une part entre les tâches nécessitant l'emploi d'un assez grand nombre de personnes et, d'autre part, les tâches qui exigent un degré accru de perfectionnement technologique pour être remplies efficacement.

L'Armée de terre aura aussi quelques défis institutionnels à relever. L'infrastructure physique est dans un piètre état et continuera probablement de se détériorer dans certains domaines. Nous devrons réduire le fardeau que constitue le rythme des opérations et les affectations supplémentaires qui deviennent intolérables pour nos soldats, en particulier pour nos sous-officiers. Ce fardeau est évalué à environ 80 jours de travail en sus de l'année de travail type. Nous devons accorder une plus grande attention à l'instruction collective pour veiller à maintenir les aptitudes de combat vitales aux niveaux plus élevés de commandement, là où elles s'érodent très rapidement à notre avis.

Enfin, et peut-être surtout, nous décelons une composante morale dans nos défis, notamment une certaine méfiance face aux cadres supérieurs et un manque d'unité de pensée, de but et d'action dans certaines circonstances. Tout cela se rejoint sous un seul thème commun, soit la précarité des ressources. Même en l'absence d'une pénurie de ressources pour faire face aux enjeux, l'Armée de terre aura déjà bien du mal à maintenir son programme actuel avec l'enveloppe budgétaire dont elle dispose. La modernisation et le changement sont des entreprises coûteuses et elles exercent une pression nouvelle et considérable sur notre situation financière.

L'Armée dresse des plans pour relever ces défis. Nous mettons la dernière main à une grande étude sur ses capacités actuelles et les enjeux de l'avenir, en vue de formuler un nouveau plan stratégique pour y répondre. Voici les grandes lignes de cette stratégie.

Le premier volet consiste à établir un lien avec les Canadiens. L'Armée de terre ne peut survivre à l'écart de la société canadienne et sans la compréhension et le soutien de celle-ci. Une communication ouverte et franche est primordiale dans l'intérêt de l'institution dans son ensemble et un programme expressément conçu pour atteindre cet objectif a été esquissé.

Le deuxième élément consiste à adapter la culture de l'Armée. Cette dernière doit examiner l'impact de diverses tendances sociétales sur les besoins propres d'une force prête à s'engager dans le milieu complexe et exigeant de la guerre terrestre. Nous devons être en mesure de nous adapter à certains des grands changements de la société canadienne tout en préservant des valeurs militaires particulières indispensables à la cohésion et au succès au combat. À cette fin, un projet triennal de culture de l'Armée de terre a été lancé.

Le troisième impératif consiste à construire une structure viable pour une armée apte au combat. Comme je l'ai mentionné, le groupe-brigade (dont l'Armée canadienne en compte trois, est le niveau le plus bas à intégrer toutes les fonctions de l'Armée. Malheureusement, la rapidité du rythme opérationnel, la pénurie de ressources et d'autres facteurs ont commencé à compromettre la capacité de l'Armée à ce niveau, et c'est une tendance qu'il faut inverser. Il faut assurer la flexibilité budgétaire nécessaire pour autoriser le réinvestissement dans l'expertise et la compétence du groupe-brigade et créer une structure moderne apte au combat et viable, disposant notamment de l'équipement voulu. Il faudra pour cela soit de nouvelles ressources soit des réductions dans d'autres éléments du programme de l'Armée de terre. À noter que la rigidité budgétaire imposée à l'Armée est telle qu'il est difficile d'envisager des réaffectations de crédit sans réduction des effectifs. Autrement dit, il nous faudra plus d'argent ou bien nous devrons réduire la taille de l'Armée.

[Français]

Finalement, gérer l'état de préparation. Ces dix dernières années, l'Armée s'est efforcée de maintenir des normes de préparation uniformes dans toute sa structure, un état de choses qui, combiné à la rapidité du rythme des opérations, a augmenté la pression exercée sur le personnel de l'Armée. Une approche plus globale à l'égard de la gestion de l'état de préparation est en voie d'élaboration. Elle permettra non seulement d'obtenir le nombre requis d'unités et de formations ayant un niveau de préparation élevé là où elles seront nécessaires, mais également elle prévoira une période de récupération pour les personnes et les unités lorsqu'elles ne seront pas requises pour les opérations actuelles.

Tous ces objectifs, résumés à la figure 8, sont axés sur la production d'une Armée de demain plus viable et plus apte au combat. Le thème commun est l'importance de notre personnel - le fait de ne pas réussir à attirer et à retenir le type de soldats et de civils approprié par le biais d'importants changements institutionnels sur les plans physique et moral compromettrait l'existence des capacités de l'Armée dans l'avenir. Une autre préoccupation à souligner est l'intégration améliorée des rôles complémentaires et supplémentaires de la Réserve à ceux de la Force régulière.

[Traduction]

L'Armée de terre a bien servi la nation au cours de son histoire. Ces dix dernières années, elle a apporté d'importantes corrections à un paysage stratégique en évolution - la fin de la bipolarité dans le système international, les progrès technologiques rapides, la concurrence accentuée pour les ressources de la nation et les mutations culturelles. L'Armée a fait face à des compressions de ressources et de personnel, à une augmentation du rythme des missions et à ses propres défis culturels.

Comme le général Jeffrey l'a mentionné au CPDNAC, il porte une grande confiance aux capacités de l'Armée de terre, particulièrement dans les domaines de l'expérience opérationnelle, du leadership et du développement intellectuel. Toutefois, il juge que l'Armée, en tant qu'institution, est fragile à certains égards, un problème qu'il a l'intention de régler en rétablissant un équilibre approprié et durable entre les ressources, les hommes et les tâches. En palliant les insuffisances d'aujourd'hui et en saisissant les occasions qu'offrira l'avenir, nous espérons opérer la transition vers une toute nouvelle ère d'efficacité militaire.

Je vous remercie de votre attention et me ferai un plaisir de répondre à vos questions.

Le sénateur Stollery: Je saisis cette occasion de poser ma question, car le Comité des affaires étrangères a entendu de la bouche d'un brigadier général allemand que tous les pays occidentaux éprouvent énormément de difficultés à recruter des militaires. Il a dit des choses très intéressantes sur la difficulté éprouvée en Allemagne, au Royaume-Uni et en France, particulièrement dans le monde d'aujourd'hui, à amener les jeunes gens à s'engager dans l'Armée. Est-ce la même chose au Canada?

Le colonel Peters: C'est très vrai, monsieur. C'est un problème dans tout le monde occidental, davantage dans les pays qui passent d'un système de conscription à une armée de métier. La difficulté y est plus grande.

Nous-mêmes avons une armée de métier depuis pas mal de temps. Néanmoins, nous souffrons de la concurrence du secteur civil et d'une économie porteuse. Nous devons offrir à l'avenir un milieu assez stimulant pour attirer les jeunes gens dans la vie militaire. Nous pouvons y parvenir, mais cela restera difficile car le bassin de jeunes qualifiés va diminuant et la concurrence va croissant.

Le sénateur Stollery: Les Forces armées deviennent plus techniques, mais il semble que les effectifs de l'infanterie iront en diminuant. Je me souviens de notre conversation au Comité des affaires étrangères et je me demande si c'est là en partie la raison de la baisse du nombre de militaires au Canada.

Le colonel Peters: Ce sera une considération à l'avenir, mais notre tâche est principalement de produire une capacité. Comment produire au mieux cette capacité? Comme je l'ai dit, certaines de nos missions exigent des effectifs importants. D'autres peuvent être remplis efficacement avec moins de soldats et plus de technologie. Il faut trouver le bon équilibre. Nous devrons tenir compte à l'avenir de la disponibilité de personnel. Dans quelle mesure pourrons-nous remplir nos objectifs et quelle est pour le Canada la meilleure combinaison d'hommes et de technologie?

Le sénateur Stollery: J'ai l'impression que les Forces armées de tous les pays recrutent traditionnellement leurs militaires de métier dans les régions économiquement défavorisées du pays, pour utiliser les termes devenus de rigueur. Les militaires italiens, constate-t-on, viennent majoritairement des régions à fort taux de chômage. C'est la même chose au Canada. Nous avons parlé ce matin du fait que l'on voit peu de soldats dans les villes. Je n'en ai pas vu à Toronto depuis, probablement, 1946. J'imagine que ce n'est pas dans les agglomérations qu'on les recrute.

Le colonel Peters: Nous allons certainement chercher à l'avenir à attirer des soldats très capables, pouvant s'adapter aux défis technologiques qu'ils vont rencontrer dans les Forces armées. Certains des équipements dont nous nous dotons actuellement exigent que nous trouvions des recrues mieux instruites. Nous voulons mettre davantage l'accent là-dessus. Encore une fois, nous serons en concurrence avec les entreprises qui puisent dans le même vivier, mais c'est là où il nous faut mettre l'accent. Il sera encore moins judicieux que par le passé de jeter un grand nombre de soldats mal entraînés et mal équipés sur les champs de bataille de l'avenir. Les ressources humaines sont indissociables de la technologie si l'on veut une armée efficace.

Le sénateur Stollery: Je parle du problème fondamental de la concurrence qui règne dans l'économie.

Le sénateur Forrestall: Merci, colonel, de votre excellent exposé. Nous sommes tous ici pour apprendre et c'est ce que nous faisons.

Pensez-vous que l'Armée canadienne soit prête au combat? Est-elle en mesure de se joindre aux États-Unis, à la Grande-Bretagne ou à d'autres pays du monde dans un conflit de haute intensité? Comme corollaire à cette question, une armée de combien d'hommes pourrions-nous déployer en l'espace de six mois ou d'une période donnée? Combien de temps pourrions-nous garder cette force en action face aux pertes?

Le colonel Peters: Notre contribution à nos alliés, comme je l'ai indiqué très brièvement dans mon exposé, est un groupe-brigade et un groupe bataillon supplémentaire. Cela représente un effectif d'environ 6 000 hommes que nous pourrions déployer dans un délai de 90 jours pour remplir nos obligations envers l'alliance. Cette force serait prête au combat, reconnaissant qu'elle dépendrait de quelques capacités de niveau supérieur apportées par nos alliés et que l'Armée canadienne ne possède pas. Cela fait partie du plan qu'il faudrait mettre en place.

Cependant, cette force ne pourrait être maintenue que pendant 60 jours de combat. Nous devrions alors prendre quelques mesures de mobilisation si notre présence devait durer au-delà. Nous travaillons très fort actuellement à la planification d'une mobilisation dans cette éventualité. La capacité est là, étant donné les autres capacités de la Force régulière, la structure de génération de force que nous pourrions mettre à contribution au Canada. Ultérieurement nous devrions certainement puiser également dans les réserves pour maintenir cette capacité.

Le sénateur Forrestall: Nous n'attendrions pas la fin de la période de 60 jours pour mettre en marche la mobilisation?

Le colonel Peters: Certainement pas. Si nous devions déployer un groupe-brigade à l'étranger, ce serait le signal d'une grande crise internationale qui déclencherait un certain nombre de mesures au niveau du gouvernement. Nous aurions certainement besoin d'un certain degré de mobilisation pour maintenir ce type de force.

Le sénateur Forrestall: Est-ce que ces effectifs comprendraient des compagnies de parachutistes?

Le colonel Peters: Le groupe-brigade ne comprend actuellement pas de parachutistes. Il s'agit d'un groupe-brigade mécanisé. Nous conservons la capacité de parachutage dans notre structure pour remplir des missions spécifiques. Actuellement, le groupe-brigade est une force mécanisée.

Le sénateur Forrestall: Entraînons-nous des parachutistes?

Le colonel Peters: Oui, nous en formons actuellement au Centre canadien de parachutisme. Nous entraînons des parachutistes qui sont dispersés un peu partout dans les Forces terrestres, mais nous avons également trois compagnies de fantassins parachutistes.

Le sénateur Forrestall: Où sont-elles situées?

Le colonel Peters: Il y en a une dans le troisième bataillon de chacun des trois régiments des Forces régulières. Elles sont situées à Edmonton, Petawawa et Val Cartier.

Le sénateur Forrestall: À combien de parachutistes pouvez-vous faire appel dans toutes les Forces armées? Il doit y en avoir un grand nombre que vous pouvez rapidement remettre à la page.

Le colonel Peters: Sur le plan de la capacité de parachutage? Je n'ai pas idée du nombre de parachutistes qualifiés. Du fait que l'école de parachutisme continue de fonctionner, nous pourrions accroître cette capacité en cas de besoin. Nous pourrions faire appel aux militaires formés qui ne servent pas actuellement dans des compagnies de parachutistes. C'est très vrai.

Le sénateur Forrestall: Avons-nous d'autres formations spécialisées, par exemple en alpinisme?

Le colonel Peters: Oui, une partie de ces formations est également dispensée au Centre canadien de parachutisme. Il y a des spécialistes disséminés à travers l'Armée, principalement dans le corps d'Infanterie, mais ailleurs aussi.

Le sénateur Forrestall: Avons-nous des spécialistes des langues ou dialectes?

Le colonel Peters: Oui. Pas spécifiquement dans l'Armée de terre, encore que certains s'y trouvent de par le type de recrues que nous attirons. C'est une capacité interarmes. Si des formations terrestres étaient déployées, nous pourrions faire appel à cette capacité le cas échéant.

Le sénateur Forrestall: En avons-nous en dessous du niveau de la compagnie?

Le colonel Peters: Non, ce n'est pas un rôle spécifique à ce niveau, même si un certain nombre de soldats parlent différentes langues.

Le sénateur Forrestall: Je suis très préoccupé par la pénurie budgétaire, en particulier au niveau des opérations et de l'entretien. Je crois savoir qu'il manque entre 175 millions et 200 millions de dollars. Cela a-t-il été rectifié? Avez-vous retrouvé l'équilibre ou accumulez-vous toujours un déficit?

Le colonel Peters: C'est n'est pas à strictement parler un déficit, car nos comptes sont équilibrés. Il s'agit plutôt d'une demande non satisfaite. Le budget 2000 y a quelque peu remédié, puisqu'il a apporté des crédits supplémentaires à l'Armée. Cependant, nous devons toujours faire face à des exigences additionnelles, si bien que nos ressources restent insuffisantes. Nous continuons à étudier la situation et à chercher des remèdes. Nous cherchons également des façons de cerner ce déficit. J'ai dit dans mon exposé que c'est au niveau de notre infrastructure et de notre formation collective que la demande n'est pas comblée. L'Armée de terre manque encore de 150 millions de dollars, selon des estimations prudentes et nous devons trouver le moyen de combler ce manque. Nous avons toujours ce gros problème de demande insatisfaite.

Le sénateur Forrestall: Cherchez-vous à surmonter le problème sans avoir à ramener de trois à deux le nombre de brigades?

Le colonel Peters: Nous désirons manifestement une structure à trois brigades car elle nous donne une plus grande flexibilité. Ce n'est pas un secret que nous avons envisagé un modèle à deux brigades pour remplir notre mission. Différentes options sont possibles qui permettraient de comprimer les effectifs sans passer à deux brigades. Cependant, comme je l'ai dit, en raison des restrictions qui s'exercent sur les changements que peut apporter le commandant de l'Armée, il est difficile de voir comment on pourrait régler le problème sans compression d'effectifs, vu l'ampleur de la difficulté.

Il y a un budget relativement restreint pour éponger un grand déficit. Il y a très peu de flexibilité sur ce qu'il est possible de faire au niveau des bases et de tout le reste, comme vous le savez très bien. Cela nous a amené à la conclusion qu'il n'y a pas de solution possible sans diminution d'effectifs.

Le sénateur Forrestall: Les chiffres lancés par différentes personnes et différents intérêts m'effraient. Il semble que nous nous pénalisons en ne réclamant pas des effectifs plus étoffés. Par exemple, quand ont eu lieu les dernières manoeuvres avec une brigade complète?

Le colonel Peters: C'est difficile à dire. Je crois qu'il y a eu des manoeuvres avec une brigade complète aux alentours de 1992, mais il ne faut pas oublier que nous avons mis en place quantité d'équipements de simulation avec lesquels on assure l'entraînement au niveau de la brigade. Nos collèges d'état-major continuent à entraîner les officiers à ce niveau. La difficulté, comme l'a fait remarquer la Marine, est qu'il faut quand même de temps en temps effectuer des manoeuvres réelles, mais nous manquons de ressources pour cela.

Peut-être que si nous avions des effectifs légèrement réduits, nous pourrions réaffecter nos ressources pour assurer que nos forces soient bien entraînées.

Le sénateur Forrestall: Pourrions-nous déployer ces troupes pendant plus de six mois? Pourrions-nous maintenir deux brigades en déploiement au-delà de six mois?

Le colonel Peters: Le deuxième groupe-brigade, dans la situation actuelle, est requis, théoriquement, pour les opérations continentales. Théoriquement, nous pourrions poursuivre le déploiement, selon les décisions de mobilisation. La clé est là.

Le sénateur Forrestall: Ce serait terrible si nous avions de nouveau une tempête de neige à Toronto.

Le colonel Peters: Certaines tâches seraient reléguées s'il fallait se concentrer sur le plus important. La Force de réserve tient certainement une grande place dans notre capacité à soutenir les opérations. Nous ne ferions pas seulement appel pour cela à la Force régulière.

Le sénateur Forrestall: Cela fait longtemps que je suis préoccupé par la façon dont l'on traite les gardiens de la paix à leur retour, particulièrement les réservistes. J'ai toujours déploré l'absence de ressources pour aider psychologiquement les militaires qui en ont besoin à leur retour. Y a-t-il toujours un manque à cet égard? Faudrait-il faire plus dans ce domaine, non seulement pour les réservistes à leur retour mais tous ceux qui ont vécu des expériences traumatisantes? Nous étions en Bosnie-Herzégovine. Nous avons vu ce que certains de ces jeunes hommes et femmes ont subi lors d'un incident particulier. C'était horrible.

Le colonel Peters: Il ne fait pas de doute qu'il y a encore beaucoup à faire. Nous avons beaucoup appris de nos expériences au long des années 1990. Nous nous attaquons plus directement à certains de ces problèmes et y consacrons davantage de ressources. Nous réfléchissons aux différentes façons d'aider ces militaires à leur retour, tant sur le plan médical que par des soutiens ultérieurs.

Vous êtes au courant de certains des centres que nous avons mis sur pied à cette fin. Les cas difficiles ont toujours été ceux des réservistes qui tendent à ne pas rester aussi longtemps dans cet environnement thérapeutique que les soldats des Forces régulières. Mais il est difficile également de forcer un militaire à rester dans ces centres s'il veut rentrer chez lui.

Le sénateur Forrestall: Son patron le réclame au travail.

Le colonel Peters: Il y a là des exigences contradictoires. Nous savons aujourd'hui beaucoup mieux attaquer le problème, mais nous examinons actuellement de nouvelles initiatives qui devraient encore améliorer cette situation.

Le sénateur Forrestall: Obtenons-nous du secteur privé un niveau de coopération satisfaisant, s'agissant de libérer les jeunes hommes et femmes réservistes pendant deux mois, trois mois ou plus?

Le colonel Peters: Nous aimerions toujours plus de flexibilité, mais les outils sont en place pour faciliter ce processus.

Le sénateur Forrestall: S'est-il amélioré au cours des dernières années?

Le colonel Peters: Je ne possède pas de chiffres qui le démontreraient, désolé.

Le sénateur Forrestall: De façon générale, où en est la consommation de drogue chez nos soldats et quel est l'état des relations de couple des militaires rentrant d'opérations de maintien de la paix?

Le colonel Peters: Cela couvre un large éventail de situations et je ne peux vous donner de chiffres. Nous nous penchons sur différents facteurs, s'agissant de soutenir les nôtres. Je ne dirai pas que la drogue et l'alcoolisme sont sur la liste des problèmes en progression. Mais nous déployons davantage de ressources pour ce qui est des comportements reflétant des niveaux de stress élevés. Je crois que vous connaissez certains des programmes en place pour contrôler ou limiter la consommation d'alcool sur les théâtres d'opérations, et cela a sans aucun doute eu un effet positif. Mais je n'ai pas de chiffres à vous donner. Du travail se fait dans ces domaines. Nul ne prétend que nous avons réglé tous les problèmes et tous n'ont pas un caractère pressant.

Le sénateur Forrestall: Merci.

Le sénateur Wiebe: Je vais me faire l'avocat du diable, si vous le permettez, colonel Peters: vous avez dit que l'Armée est fragile. J'estime pour ma part que notre pays est dans une situation fragile. Vous avez parlé de la capacité de nos Forces armées à déployer une brigade prête au combat à l'étranger, et je crois que c'est vrai, que nous avons cette capacité. Il faudrait probablement six mois pour y parvenir, comme vous dites.

Cependant, que se passerait-il sur le territoire national si notre pays était soudainement envahi? Nous avons un ministère de la Défense et nous sommes le Comité de la défense. Des avions peuvent venir bombarder nos villes, des navires pilonner nos côtes, mais nous ne sommes pas un pays conquis tant que des troupes ne viennent pas nous envahir, c'est-à-dire une armée de terre. On ne peut conquérir un pays sans troupes terrestres, quoi qu'en dise l'Armée de l'air et la Marine.

Je maintiens que nous n'avons pas les troupes terrestres qu'il faudrait et notre public s'imagine que, pour défendre notre pays, il suffit de donner un fusil à quelqu'un et lui montrer comment défiler et obéir aux ordres. C'était vrai pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale et en Corée. Mais aujourd'hui, nous avons besoin de techniciens hautement qualifiés dans l'Armée. Nous devons disposer de ce type de force pour pouvoir défendre notre pays contre une invasion.

Continuerons-nous à dépendre des États-Unis pour nous protéger? Que se passerait-il si les États-Unis devenaient l'agresseur? Je vous pose la question en me faisant l'avocat du diable, car il me semble qu'avec des Forces régulières de 20 000 soldats, il faudrait peu de semaines de combat avant que nos militaires professionnels hautement entraînés soient éliminés. Qu'avons-nous pour les remplacer, hormis 15 000 réservistes? Cela nous donne 35 000 hommes pour défendre un pays long de 5 000 milles.

Le colonel Peters: Tout d'abord, cela nous ramène à l'évaluation de la menace dont a parlé M. Bonn. Si vous parlez aux officiers, vous constaterez que la plupart sont en faveur d'effectifs plus nombreux dans tous les domaines, afin de disposer d'une plus grande flexibilité, d'une plus grande capacité et, tout simplement, d'effectifs plus nombreux pour remplir notre mission.

Nous devons examiner la menace potentielle, et celle d'invasion du continent nord-américain est extrêmement faible. Si cela devait changer, nous nous attendons à disposer de plusieurs années d'avertissements stratégiques au cours desquelles nous pourrons revoir notre politique militaire. Mais l'argument est souvent avancé que nous devons conserver un certain niveau de capacité pour assurer aux Américains que nous faisons notre part pour la défense du continent.

Mais cela nous ramène au vieux problème de savoir combien est assez? Quel est le niveau précis requis? C'est très difficile à déterminer. Actuellement, nous sommes raisonnablement assurés qu'avec une structure de trois brigades nous pouvons exécuter les tâches que l'on nous demande de remplir. Nous aimerions bien avoir plus, mais la menace à l'heure actuelle, de l'avis du gouvernement du Canada, ne justifie pas une plus grande affectation de ressources.

Pourrions-nous nous doter d'une capacité plus grande, en disposant de temps? Nous le pourrions certainement. Avec du temps et des ressources, si la situation stratégique change, nous pourrions modifier notre doctrine, mais actuellement la menace ne semble pas justifier une telle décision.

Le sénateur Wiebe: Aux yeux des politiciens, des gouvernements et de l'opinion, c'est toujours le coût en dollars qui prime. Des trois armes, l'Armée de terre semble être la plus dépourvue sur le plan de l'équipement. La Marine et les Forces aériennes ont obtenu beaucoup plus d'équipements neufs que l'Armée de terre. Encore une fois, cela coûte cher d'entretenir une Force régulière. Il en coûte autant de former un réserviste qu'un soldat de métier. La différence est que la subsistance du réserviste est couverte la plus grande partie du temps par le secteur privé, alors qu'il faut payer un soldat du métier 12 mois par an.

Que pense l'Armée de la possibilité de dégager davantage de fonds pour l'acquisition d'équipements en faisant appel davantage au recrutement de personnel hautement qualifié par les Forces de réserve?

Le colonel Peters: En ce qui concerne le premier point - l'équipement - certes, vous n'auriez guère de mal à faire dire aux officiers qu'ils aimeraient davantage d'investissements dans les projets militaires. Mais je pense excessif d'affirmer que l'Armée n'a pas reçu sa part du réinvestissement dans les années 90. Certains des grands projets actuellement en cours de réalisation - le transport de troupes à triple blindage, le matériel de communication, le véhicule de reconnaissance Coyote - ce sont tous là des ajouts relativement récents. Nous sommes moins satisfaits dans quelques autres domaines. Il faut faire un effort accru pour l'amélioration de nos armes à feu indirect ou nos ressources pour le renseignement, la surveillance, l'acquisition d'objectifs, la reconnaissance ou l'ISTAR. Il faut faire davantage dans certains domaines, mais c'est une schématisation excessive que de prétendre que l'Armée de terre n'a pas bénéficié d'un réinvestissement. Il y a encore du chemin à faire, mais n'oubliez pas que nous contribuons à ce dont le commodore McNeil a parlé - la capacité interarmes qui peut provenir des trois armes. Dans certains cas, il peut être préférable de doter la Force aérienne ou la Marine d'une capacité donnée, et dans d'autres cas il vaut mieux en doter l'Armée de terre. Quoi qu'il en soit, c'est toujours la création d'une capacité interarmes que nous visons.

Je ne suis pas sûr de comprendre votre question sur les réservistes. Certes, nous envisageons à l'avenir des rôles pour les réservistes au-delà du simple renforcement de nos unités régulières pour une opération donnée. Nous envisageons des rôles spécifiques qui seraient principalement confiés aux Forces de réserve dans des domaines spécialisés tels que la guerre nucléaire, biologique et chimique, remplis par des spécialistes de la coopération civile-militaire. C'est une capacité que nous envisageons de localiser plus spécialement dans la Force de réserve. Nous envisageons également de localiser certaines des capacités plus lourdes - les capacités traditionnelles - dans la Force de réserve de façon à pouvoir, avec un préavis plus long, la porter à un niveau opérationnel. Il y avait traditionnellement une réticence à faire cela. Aujourd'hui, nous abordons cela dans une perspective plus concrète. Cela répond-il à votre question sur les Forces de réserve?

Le sénateur Wiebe: Oui, partiellement. Le Canada n'exploite pas aussi bien qu'il le pourrait le potentiel des réservistes dans les trois armes - Armée de terre, Marine et Forces aériennes. Il y a une large possibilité de former dans la réserve ces personnels hautement qualifiés pour qu'ils soient prêts à intervenir lorsque nous en avons besoin. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais la fusion de certaines des troupes terrestres me perturbe. Prenez par exemple les changements en cours dans l'Ouest du Canada, où vous avez maintenant quatre provinces sous un seul commandement, le Secteur Ouest. L'essentiel de l'effectif et de l'équipement est basé à Edmonton. Si une catastrophe naturelle survient dans l'Ouest, il sera difficile de déployer ce matériel et ces hommes assez vite pour une intervention efficace.

L'Armée envisage-t-elle de revenir en arrière et de placer quelques effectifs et équipements dans d'autres provinces de l'Ouest?

Le colonel Peters: Nous y réfléchissons. Il faut savoir que ces types de décisions sur la localisation des effectifs obéissent à différentes considérations. Nous avons consacré des ressources considérables à la reconstruction de bases comme celle d'Edmonton afin d'y loger davantage d'unités et nous permettre de dispenser l'instruction plus efficacement et économiser sur les frais d'infrastructure qui nous tuent.

Lorsqu'une armée de petite dimension est dispersée en autant de bases, nous finissons par payer très cher le logement et c'est la source d'une bonne partie des pressions exercées sur notre budget. Si nous pouvons faire quelque chose pour y remédier, c'est une mesure qui s'impose.

Nous avons conscience que cette structure réduit quelque peu notre rapidité de déploiement dans le pays. Mais cela n'interdit pas le déploiement, car nous conservons une bonne dissémination à travers le pays. Cependant, nous sommes moins dispersés qu'auparavant. Nous avons toujours des unités en état d'alerte avancée pour réagir aux situations d'urgence dans les provinces. Nous pourrions réagir plus rapidement si nous étions davantage dispersés, mais encore une fois, combien est assez? Quel est le niveau approprié et combien sommes-nous prêts à payer pour la flexibilité que donne la dispersion de ces unités à travers le pays? Il n'est pas facile de répondre à cette question.

Nous aimerions être davantage présents dans les grandes agglomérations plutôt que de nous retirer dans un plus petit nombre de bases. Toutefois, la dure réalité budgétaire nous pousse à le faire, tant que cela ne nous empêche pas de remplir les missions que l'on nous donne.

Le sénateur Meighen: Colonel Peters, je ne veux pas m'attarder indûment sur la Force de réserve, mais avez-vous bien dit que l'Armée envisage de s'inspirer du modèle de la Marine consistant à déployer les réservistes, par opposition à leur rôle traditionnel dans les Forces terrestres?

Le colonel Peters: Je ne l'exprimerais pas ainsi. Nous regardons sans cesse ce que font nos alliés et les autres armes pour voir si nous pouvons importer une idée intéressante dans nos efforts continus d'améliorer notre organisation et structure. L'Armée de terre et la Marine ont des tâches particulières à remplir et différentes façons de le faire. Il ne s'agit pas de tirer trop de parallèles. Si vous parlez simplement de créer des organisations plus grandes avec des missions spécifiques, c'est effectivement une orientation que nous envisageons. Manifestement, la mise en place d'organisations plus grandes, remplissant soit des tâches spécifiques soit renforçant la Force régulière accroîtrait la cohésion et la fierté de la Force de réserve. Nous nous préparons à le faire, comme en témoigne l'exemple que j'ai donné, soit la rotation dans les Balkans en 2002. Cela pose toutes sortes de problèmes, mais c'est notre but. C'est vers quoi nous tendons, en commençant avec des petits groupes au niveau de la section et du peloton et en montant jusqu'à la compagnie. C'est à peu près ce que fait la Marine, mais je ne voudrait pas tirer trop de parallèles.

Le sénateur Meighen: Je comprends. Toutefois, je partage le sentiment du sénateur Wiebe - et c'est une critique peut-être injuste - à savoir que la Marine semble parvenir à mieux intégrer et employer les réservistes dans sa structure que l'Armée de terre. Vous n'ignorez pas les critiques adressées, à tort ou à raison, à la Force régulière quant à l'emploi qu'il conviendrait de faire des réservistes. En cette ère d'épuisement des effectifs, il faudrait peut-être rechercher des façons différentes d'utiliser les réservistes et de les intégrer dans les Forces terrestres, de façon à en employer davantage dans un rôle conséquent.

J'ai encore une question sur un autre aspect. Un paragraphe de la page 16 a retenu mon attention:

L'Armée de terre aura aussi quelques défis institutionnels à relever. L'infrastructure physique est dans un piètre état et continuera probablement de se détériorer dans certains domaines. Nous devrons réduire le fardeau que constituent le rythme des opérations et les affectations supplémentaires qui devient intolérable pour nos soldats en particulier pour nos chefs subalternes [...]

Une autre notion que vous avez évoquée est qu'il faudra soit davantage d'argent soit réduire la taille des Forces terrestres. Si vous n'obtenez pas ces crédits, je suppose que vous devrez réduire les effectifs. Mais si vous le faites, cela aggravera le problème dont vous parlez à la page 11, celui du rythme intolérable des opérations.

Il existe une façon de réduire le rythme des opérations et elle consiste à dire: «Sauf votre respect, monsieur, non, nous ne pouvons pas le faire». J'ai l'impression - et vous ne voudrez probablement pas me dire ce qui se passe réellement, mais j'ai l'impression que lorsque les dirigeants de notre pays, avec peut-être les meilleures intentions du monde, répondent: «Oui, toujours prêt» à chaque appel des Nations Unies, vous, les militaires, considérez généralement que si le gouvernement s'est engagé, vous devez vous débrouiller pour donner suite. Vous tirez sur la corde et tirez encore jusqu'à imposer ce fardeau intolérable, qui me paraît réel, aux familles et aux militaires. À mon avis, on est arrivé à un point où il faut faire quelque chose, sinon vous aurez un grave problème de moral et de recrutement. Une façon de régler le problème est de dire: «Non, nous ne pouvons pas le faire».

Le colonel Peters: Ce serait certainement une façon. Une autre est de procéder à une restructuration organisationnelle de façon à réduire un peu la pression.

Actuellement, nous avons un nombre important de militaires en mission outre-mer, mais ce n'est pas au-delà de ce qui était prévu dans le livre blanc, avec cette formule des deux groupes-brigades pouvant être déployés indéfiniment outre-mer. Notre difficulté, en sus des missions opérationnelles, sont les tâches additionnelles. Lorsque ces militaires rentrent de l'étranger, ils peuvent être affectés à une autre tâche sur lesquels nous avons un plus grand contrôle.

Le sénateur Meighen: Parlez-vous de choses telles qu'une tempête de verglas?

Le colonel Peters: Non. Je songe plus particulièrement à des tâches de formation à Gagetown, par exemple. Au début des années 90, nos efforts de rationalisation nous ont amené à ramener au minimum notre capacité de formation, nous disant que nous pourrions la compléter au besoin en puisant dans les unités opérationnelles. Le problème est que le rythme des opérations signifiait que ces mêmes personnes, avant de partir en affectation, étaient en mission à l'étranger. C'est à ce niveau qu'avec notre souci d'économie nous avons imposé des fardeaux accrus au niveau des tâches supplémentaires. Nous pouvons y remédier dans une certaine mesure.

La plupart comptent que l'état-major saura dire non lorsqu'une mission est réellement impossible, lorsque nous sommes réellement dans l'incapacité d'assumer une tâche supplémentaire. Cependant, ce ne doit être qu'en tout dernier ressort car on attend de nous un certain nombre de choses et nous devons remplir notre rôle. Il y a d'autres façons d'améliorer la situation.

Le sénateur Meighen: Merci.

Le sénateur Banks: Ce matin et cet après-midi certains de mes collègues ont déploré l'absence de l'Armée, en particulier dans nos villes. J'habite Edmonton et je dois leur dire, ainsi qu'à vous, combien je suis fier et heureux de la présence de l'Armée à Edmonton.

Le sénateur Meighen: C'est parce qu'elle a déménagé de Calgary.

Le sénateur Banks: Certaines unités, oui, mais certaines autres y étaient déjà basées. Quoi qu'il en soit, nous sommes ravis et fiers qu'ils soient là dans ce qui est, si je ne m'abuse, la plus grande base de l'Armée de terre du pays, n'est-ce pas?

Le colonel Peters: Certainement.

Le sénateur Banks: Je voudrais parler du corps des officiers sur lequel j'ai lu diverses choses. Il y avait en particulier un article de presse il y a quelques semaines qui disait que les officiers représentent environ 22 p. 100 de l'effectif des Forces canadiennes. Est-ce exact?

Le colonel Peters: Cela me paraît juste, étant donné les pourcentages dans l'Armée de terre.

Le sénateur Banks: Les représentants du Royal Canadian Military Institute ont dit à peu près la même chose et je présume qu'ils entendent par là les officiers brevetés. Si vous me permettez d'arrondir le chiffre à 25 p. 100, pour simplifier, j'y englobe les adjudants qui, comme chacun le sait, sont le pilier de toutes les armées. Par conséquent, 25 p. 100 de l'effectif actuel des Forces occupent des postes de commandement.

J'essaie d'imaginer une armée où un soldat, marin ou aviateur occupe un poste de commandement, ce qui semble une proportion bizarre. Je sais bien qu'il faut offrir des possibilités de promotion et d'incitation, surtout avec les problèmes de recrutement que l'on connaît, mais il me semble que dans une force armée - et je vous pose la question car je ne suis pas militaire - où une personne sur quatre commande, n'est-ce pas là un niveau élevé? Est-ce que dans les autres Forces armées du monde on trouve autant d'officiers?

Le colonel Peters: La proportion respective d'officiers et de militaires du rang dépend de l'histoire et de la culture de ces pays. Néanmoins, il faut bien comprendre la situation. Le rapport un à quatre ne traduit pas le nombre de commandants. Sur ces 25 ou 22 p. 100, peu importe le chiffre précis, tous ces officiers n'occupent pas des postes de commandement à un moment donné. Nombre d'entre eux servent dans d'autres capacités, principalement comme cadres d'état-major appuyant les commandants.

Si vous regardez au niveau de l'unité, un bataillon d'infanterie d'environ 700 hommes et femmes comptera probablement un officier pour 20 soldats. Donc, au niveau de l'unité, le rapport entre officiers et soldats combattants est très différent.

La difficulté est que l'Armée canadienne est une opérations relativement petite comparée à de nombreuses autres armées du monde et nous ne jouissons pas d'économies d'échelle. Or, on nous demande de faire à peu près les mêmes choses que l'armée américaine, par exemple. Nous avons quantité d'activités de coordination avec nos alliés. Nous avons besoin de nos établissements d'enseignement pour former nos officiers. Si vous avez une armée plus nombreuse, la proportion de formateurs peut être beaucoup plus faible, mais c'est une activité indispensable sinon l'Armée s'atrophie et perd son utilité. Elle ne peut plus conduire toutes ses activités secondaires - la préparation, l'entraînement, la formulation de la doctrine, toutes les activités de planification. Nous avons des militaires et des officiers postés comme attachés auprès d'autres armées du monde pour assurer les liaisons, et d'autres siégeant à des comités internationaux. L'OTAN accapare une grande part de nos officiers, et ceux détachés là-bas doivent être compétents.

On ne peut donc simplement comparer le nombre des officiers et des soldats. Il faut considérer la capacité d'ensemble et la production d'officiers d'état-major pour quantité de postes est un élément indispensable de cette capacité. Cela fait partie du coût qu'il faut payer pour disposer des unités de campagne que vous voyez déployées dans les opérations.

Le sénateur Banks: Ce n'est donc pas un facteur d'inefficience? À votre avis, la proportion d'officiers est bonne, tout en sachant que ces derniers coûtent plus cher.

Le colonel Peters: C'est bien vrai. Il y a toujours des possibilités de restructuration et nous y réfléchissons. Il y a peu nous avons presque divisé par deux les effectifs du Quartier général de la Défense nationale, décidant que nous pourrions probablement faire à peu près les mêmes choses avec la moitié du personnel. Mais ce n'est pas quelque chose qui est couramment admis. Nous avons réalisé quelques gains d'efficience, mais certaines choses que nous devrions probablement faire restent en plan et d'autres ne bénéficient que d'un personnel limité et cela crée des difficultés. De manière générale, je ne pense pas que nous soyons inefficient. Il y a probablement encore quelques possibilités d'économie, mais nous avons déjà subi de vastes coupures au début de la décennie et ces possibilités ont déjà été exploitées.

Le sénateur Banks: Est-il vrai que si nous recrutions beaucoup plus de militaires du rang, nous n'aurions pas besoin de beaucoup plus d'officiers?

Le colonel Peters: C'est juste. La proportion changerait si l'on augmentait l'effectif de campagne; c'est très vrai.

Le sénateur Banks: J'apprécie la réponse car j'avais cette vision de l'armée défilant dans la rue avec chaque fois trois fantassins précédés d'un officier, ce qui aurait l'air stupide. Merci de cette réponse.

Le Royal Canadian Military Institute mentionne dans son rapport, que vous avez sûrement lu, que 7 000 militaires s'occupent de gestion du personnel, pour un effectif total de combien, déjà?

Le colonel Peters: Un peu moins de 60 000.

Le sénateur Banks: Est-ce que 7 000 personnes travaillent à la gestion des ressources humaines, comme on dit?

Le colonel Peters: Encore une fois, ce n'est pas ma spécialité. Nous avons un sous-ministre adjoint responsable des ressources humaines militaires et civiles, qui pourrait mieux vous répondre.

Le sénateur Banks: Je parle là des membres des Forces régulières.

Le président: Pourriez-vous rechercher ce renseignement pour le comité, s'il vous plaît?

Le colonel Peters: Très bien.

Le sénateur Banks: Je suis dérouté car beaucoup d'officiers aujourd'hui nous ont dit qu'il nous fallait être préparés à combattre, pour reprendre les termes du livre blanc, «aux côtés des meilleurs, contre les meilleurs». J'imagine que nous parlons là d'un champ de bataille intense, que c'est là le modèle envisagé ici, alors qu'aujourd'hui on nous dit que la mission des Forces est conçue et gérée selon un scénario plus réaliste, sachant que la probabilité d'être attaqué, sauf peut-être par des Martiens, est beaucoup plus mince que jadis.

Est-ce que ces deux choses sont complètement compatibles? Est-ce que ce sont deux points de vue divergents? Est-il vrai que nous maintenons un groupe-brigade dans l'Armée qui est capable de réaliser - Dieu nous garde d'une répétition - un débarquement ou un Dieppe, ou nous défendre contre une telle invasion, ou bien avons-nous réellement écarté ce type d'éventualité?

Par ailleurs, dans ces conditions, est-il possible d'entraîner un fantassin à être un soldat et d'attaquer, si je puis utiliser cette expression, à la bayonnette ou l'équivalent moderne car, indépendamment de toute la technologie, on ne peut gagner une guerre sans occuper le terrain. Est-ce que je peux être en même temps un bon fantassin et un bon gardien de la paix? Les deux ne sont-ils pas incompatibles?

Le colonel Peters: Pour répondre d'abord à votre dernière question, la prémisse de la structure et de l'organisation de l'armée est qu'il faut être capable de livrer combat pour devenir un bon gardien de la paix. C'est là un postulat fondamental, surtout depuis le début des années 90 où l'éventail des opérations de maintien de la paix s'est élargi pour englober les situations de conflit ou de quasi conflit. Si vous êtes pris avec une personne formée au maintien de la paix et que la situation se dégrade, vous soumettez cette personne à un risque énorme et tout le pays court le risque que la mission ne soit pas remplie. Il faut donc disposer de cette capacité. Notre capacité de combat est ce qui nous donne le savoir-faire pour les opérations de maintien de la paix. C'est en gros ainsi que nous considérons cette relation.

Encore une fois, il y a quelques tâches spécifiques, certaines formes d'opérations de maintien de la paix, comme celles du chapitre 6, l'occupation de la ligne verte à Chypre. Certains pays n'ont pas suivi la même approche et se sont contentés de former quelqu'un à regarder à travers des jumelles et à transmettre des rapports sur la situation. C'est une possibilité. Cependant, généralement parlant, nous visons une capacité supérieure, celle de déployer des soldats capables, possédant cette capacité de combat fondamentale.

Votre première question était de savoir si nous avions maintenu notre capacité au niveau supérieur, celui du groupe-brigade. C'est là un des domaines où, comme je l'ai dit, nous avons dégradé notre capacité de façon à concentrer nos activités sur le déploiement de bons groupes de bataille, principalement dans les Balkans mais également pour d'autres missions. On peut s'en tirer de cette façon pendant un certain nombre d'années, car on se fie à l'entraînement et au savoir-faire de ceux qui ont suivi cette formation par le passé. Cependant, nous sommes maintenant parvenus à un stade où nous devons réinvestir dans cette capacité pour la conserver, pour disposer de forces efficaces pour nos opérations futures de soutien de la paix. C'est de cela dont vous faisiez état. Ai-je répondu à votre question?

Le sénateur Banks: Oui, merci.

Le sénateur Cordy: Mon propos fait suite aux questions antérieures des sénateurs Forrestall et Meighen sur le maintien de la paix. Notre pays jouit d'une réputation excellente et bien méritée dans ce domaine et notre pays s'est engagé à contribuer au maintien de la paix dans le monde. Cependant, ces dernières années, il semble que les interventions deviennent beaucoup plus longues et dans des situations où il n'est pas toujours souhaitable que nos militaires soient impliqués. Le sénateur Forrestall a parlé du Kosovo et de la Bosnie. Vous avez mentionné le travail de suivi, le fait que les Forces armées ont appris qu'il y a un suivi à assurer lorsque ces militaires reviennent au Canada. En quoi l'évolution du maintien de la paix s'est-elle répercutée sur le budget des Forces armées canadiennes?

Le colonel Peters: C'est là certainement l'une des tâches auxquelles nous avons dû affecter des ressources mais, encore une fois, c'est une des missions qui nous a été attribuée et nous devons donc l'assurer.

Par exemple, dans le budget de l'Armée de terre, une bonne partie de l'entraînement au combat est applicable également aux opérations de soutien de la paix. Lorsque ces dernières exerçaient tellement de pression sur le budget que nous ne pouvions plus y arriver, nous avons reçu du ministère des apports de crédit correspondantes. Donc, lorsque des coûts supplémentaires pouvaient raisonnablement être attribués à certaines opérations de maintien de la paix, on nous a dans l'ensemble remboursés.

En ce sens, l'impact a été moindre sur l'Armée de terre que l'on pourrait le croire. Évidemment, le ministère doit trouver dans son budget les ressources pour cela. Si elles ne viennent pas du gouvernement, il faut ponctionner dans d'autres programmes du ministère. Donc, de façon générale, le programme ministériel est touché, mais l'effet sur l'Armée de terre est limité à cause de ce remboursement, si vous voulez.

Le sénateur Cordy: Merci.

[Français]

Le sénateur Pépin: J'aimerais revenir sur une question d'une de mes collègues au sujet du...

[Traduction]

... le syndrome de stress post-traumatique. Vous dites avoir conscience qu'il faut agir dans ce domaine mais vous n'avez pas de plan immédiat pour rectifier la situation. Vous n'avez pas de chiffres.

Je pense, pour ma part, que c'est un problème majeur. Il y a eu deux rapports ou études sur tous les problèmes que rencontrent les familles militaires. Il y a eu celui du professeur Erickson et un autre du sénateur Cohen en juin.

Si vous êtes conscients de la situation, est-ce par absence de statistiques que vous n'agissez pas?

Le colonel Peters: Désolé, je me suis mal exprimé tout à l'heure. Je parlais purement de la consommation de drogue et d'alcool. Le syndrome de stress post-traumatique ou SSPT, est un sujet de préoccupation actuel auquel nous consacrons des ressources. Une étude a été lancée par le personne médical de façon à faire le point des connaissances, car on ne distingue toujours pas clairement entre le SSPT et d'autres conséquences du stress qui sont un peu moins graves mais néanmoins préoccupantes. Cette étude est en train et nous pensons qu'elle nous permettra de mieux cerner la nature et l'ampleur du problème.

Nous avons une idée du nombre de patients que voient nos centres actuels, mais il est difficile de tirer des conclusions car nous ne connaissons pas le nombre de toutes les personnes traitées. Je répète toutefois que c'est un domaine sur lequel nous travaillons beaucoup, tant sur le plan médical que sur celui des ressources humaines, du suivi après traitement.

[Français]

Le sénateur Pépin: Dans un autre ordre d'idée, vous avez parlé des défis du futur et des défis d'envergure auxquels les Forces armées auront à faire face. Vous nous dites que l'OTAN a adopté une vision de conflits de l'avenir. Un, c'est le scénario des luttes classiques entre pouvoir et nations et deux, c'est l'attaque de réseaux informatiques, les armes biologiques et chimiques et le terrorisme en zones urbaines. Vous dites que vous devrez planifier vos capacités à réagir dans ces domaines. Est-ce que des choses ont déjà été faites en ce sens? Effectivement, on a l'impression que c'est très près de nous.

[Traduction]

Le colonel Peters: Encore une fois, l'Armée de terre n'est pas la seule organisation concernée. Nous avons à Kingston une organisation intitulée Direction des concepts stratégiques (Opérations terrestres) chargée de la prospective à long terme et de déterminer quel type d'environnement nous rencontrerons dans 10 ou 20 ans. Elle a réalisé un certain nombre d'études au cours des trois dernières années afin de discerner certaines des caractéristiques probables de cet environnement. Cela est très difficile à prédire mais nous pouvons tirer certaines conclusions en extrapolant les tendances actuelles et en y intégrant les menaces nouvelles qui pourraient surgir à l'avenir. C'est ce que je dis. De façon très générale, nous réfléchissons actuellement à la manière dont l'Armée de terre pourrait contribuer à une capacité de réaction à ces menaces. Vous en connaissez certaines. Un exemple serait la capacité de défense contre les attaques nucléaires, biologiques et chimiques dans la Force de réserve. L'attaque contre les réseaux informatiques relève plutôt de la capacité interarmes, dont nous ne sommes pas responsables.

Nous nous inquiétons certainement d'opérations terroristes futures dans les villes, nos adversaires potentiels cherchant à contourner la forces des armées occidentales sur le champ de bataille conventionnel pour aller se terrer dans les zones urbaines, là où notre avantage est beaucoup moins prononcé. Nous réfléchissons à ces éventualités. Je pourrais vous donner plusieurs exemples d'actions que nous avons mises en marche dans notre organisation mais beaucoup de cela reste encore au niveau de l'étude et de la réflexion.

Le sénateur Atkins: Colonel, vous avez parlé des groupes de bataille. C'est un concept qui a été élaboré aux États-Unis. Est-ce que le modèle canadien est identique au modèle américain?

Le colonel Peters: Non. Notre modèle est plus large que l'américain. Groupe de bataille est un terme couramment employé à l'OTAN. Il y a des similitudes, mais je ne pourrais pas vous dire quels sont les derniers raffinements doctrinaux du groupe de bataille américain. L'expression est utilisée depuis longtemps dans la doctrine canadienne. Elle exprime l'idée que l'on mélange les organisations - infanterie, arme blindée, génie et artillerie - de façon à produire des effets sur le champ de bataille, comme cela se pratique depuis la Seconde Guerre mondiale. C'est simplement une appellation différente de ce concept, de cette organisation.

Le sénateur Atkins: Par exemple, à Fort Benning, ils ont l'école de parachutisme et l'école d'infanterie. Il y a eu pas mal d'échanges avec le Canada, ce qui permettait aux militaires canadiens d'aller s'entraîner là-bas. Est-ce que cela se fait toujours dans différentes institutions?

Le colonel Peters: Oui, certainement. Nous avons même intensifié ces échanges avec l'Armée de terre américaine. Nous avons toujours eu un programme d'échanges et de liaison assez robuste, dans le cadre duquel nous envoyons un grand nombre d'officiers dans les grandes écoles américaines et certains quartiers généraux afin d'acquérir l'expérience auprès de la première armée du monde. C'est très important pour nous.

Nous avons connu quelques contraintes budgétaires mais ce n'est pas un domaine qui a grandement souffert. Cela reste une de nos priorités.

Le sénateur Atkins: Par ailleurs, les Américains nous tiennent-ils au courant des nouveaux équipements qu'ils mettent au point, afin que nous ayons une idée de ce qui se passe?

Le colonel Peters: Nous avons une relation très étroite avec les Américains. Nous ne connaîtrons évidemment jamais tous les secrets américains. Ils nous communiquent ce qu'ils jugent bon. Néanmoins, en fin de compte, c'est dans leur intérêt que l'Armée canadienne soit efficace.

N'oubliez pas que nous avons nous-mêmes mis au point certaines capacités que nous avons transmises aux Américains. Ce n'est pas entièrement une voie à sens unique, bien que l'effort de recherche-développement américain dépasse largement le nôtre.

Le véhicule blindé léger, le LAV3, que nous avons mis au point et déployé, a également été retenu pour le concept de l'équipe de combat de brigade de l'armée américaine. Nous avons donc pu insérer notre propre contribution dans ce processus.

Le sénateur Atkins: Les Américains envoient-ils des troupes chez nous pour la formation ou les manoeuvres?

Le colonel Peters: Oui, de temps à autre, pour bénéficier de notre variété de centres d'entraînement. Cela se fait toujours. Nous faisons appel à certaines de leurs capacités technologiques.

À l'automne nous effectuerons à Gagetown des manoeuvres avec certains de leurs outils de mesure pour éprouver les capacités de notre LAV3 dans des conditions plus rigoureuses. Les Américains utiliseront les résultats pour leurs propres fins. Il y a donc beaucoup de coordination et d'aide mutuelle.

Le sénateur Atkins: Vous considérez cela comme une bonne chose?

Le colonel Peters: Absolument. De cette façon, l'armée peut faire beaucoup plus avec les mêmes ressources. Nous pouvons mettre à profit les efforts d'autres pour améliorer notre approche du développement des capacités de la force.

Le président: Colonel, j'ai une question qui fait suite à celle du sénateur Forrestall sur les problèmes du rythme opérationnel. Plus précisément, combien de soldats faut-il pour soutenir indéfiniment un groupe de bataille outre-mer? Si vous avez 1 250 soldats dans un groupe de bataille, combien en faut-il pour maintenir indéfiniment en place ce groupe de bataille?

Le colonel Peters: En gros, 6 250. Il en faut quatre plus un égale cinq. Autrement dit, il faudra quatre fois cet effectif au Canada, plus le groupe de bataille lui-même. C'est ainsi que nous mesurons notre capacité.

Le président: Si ces troupes vont là-bas pour six mois à la fois, et s'il y en a quatre ici pour chacun d'eux, pourriez-vous brièvement décrire les quatre différentes phases pendant leur séjour au Canada?

Le colonel Peters: En gros nous avons un cycle de préparation au déploiement en trois phases, le déploiement lui-même, puis la reconstitution après déploiement. Tout cela est décrit de façon beaucoup plus détaillée dans certains de nos plans.

De façon générale, nous avons une période où nous rassemblons les troupes pour cette rotation et leur dispensons la formation supplémentaire requise, et la formation propre au théâtre de la mission avant le déploiement. C'est à ce stade que nous recevons les troupes d'appoint venant de la Réserve et peut-être d'autres renforts de l'Armée. Ensuite vient le déploiement lui-même. Lorsqu'ils reviennent, ils passent quelque temps avec leur famille afin de ne pas repartir en rotation immédiatement. Par ailleurs, ils auront à remplir certaines tâches de soutien aux autres groupes qui se préparent et à ceux en opération. Ensuite ils retournent dans la fenêtre de préparation pour l'opération suivante. Voilà en gros comme se déroule le cycle.

Ces éléments du cycle durent environ un an. Autrement dit, chaque personne a environ deux ans entre les rotations à l'étranger. C'est le but.

Le sénateur Meighen: Je veux m'assurer de bien comprendre. Il se passe deux années avant le déploiement à l'étranger? Est-ce ce qui se passe en ce moment, ou est-ce votre voeu?

Le président: Je pense qu'il décrivait le modèle théorique, mais dans certains cas ce n'est pas toujours ce qui se passe, nous a-t-on dit.

Le colonel Peters: C'est tout à fait juste.

Le sénateur Banks: Le chiffre de 6 250 est exact?

Le colonel Peters: C'est exact. Nous avons besoin de 6 250 personnes pour soutenir 1 250.

Le président: Il en faut quatre au Canada pour chaque soldat outre-mer, théoriquement.

Colonel, votre exposé nous a été très utile. Je tiens à vous en remercier au nom du comité. Nous sommes impatients de vous voir de retour ici, sous peu. Merci beaucoup.

Le colonel Peters: Merci, monsieur. C'était un plaisir.

Le président: Collègues, nous entendons maintenant le colonel Hines. Le colonel Hines, pour ceux d'entre vous qui savent décoder la barrette sur sa poitrine, possède une longue expérience militaire, ayant servi dans l'Armée de terre, la Marine et la Force aérienne. Il est entré à la Milice du 56e régiment de l'Artillerie royale canadienne, à Brantford, en Ontario, en tant qu'artilleur. Une fois entré à la Force régulière, il a servi en tant qu'officier des opérations maritimes de surface et sous-marines à Halifax, et a suivi ultérieurement une formation de sous-marinier en Angleterre.

Sa formation achevée, il a été affecté aux transmissions et occupé divers postes, notamment à Anchorage, en Alaska et à Baden, en Allemagne. En septembre 1990, dans le cadre de l'engagement du Canada dans la Guerre du golfe, il a été nommé commandant de l'unité des communications déployée à Doha, au Qatar, avec le groupe opérationnel aérien du Canada au Moyen-Orient.

Après avoir été nommé directeur adjoint de l'automatisation (renseignement, sécurité et opérations), il a été affecté au Quartier général de la Force de stabilisation de la paix en Bosnie-Herzégovine. À son retour au Canada, il est nommé à l'État-major de l'Armée de l'air à Ottawa.

Le colonel Hines va nous faire un tour d'horizon de la Force aérienne, de ses capacités actuelles et défis futurs. Soyez le bienvenu.

Le colonel A. Glynne Hines, directeur des Programmes aériens, Chef d'état-major de l'Armée de l'air: J'ai le grand plaisir, au nom du lieutenant-général Lloyd Campbell, commandant du Commandement aérien et Chef d'état-major des Forces aériennes, de vous donner un bref aperçu de l'Armée de l'air canadienne.

[Français]

Notre force aérienne n'est pas de grande envergure d'après les normes mondiales, surtout comparativement à celles des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, mais elle est très compétente et, surtout, elle correspond aux politiques étrangères et nationales du Canada. Nous avons entrepris, au cours de la dernière décennie, un processus de rationalisation, de restructuration et de réorganisation à la fois à l'échelle de la force aérienne et dans le cadre plus vaste du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes. La force aérienne d'aujourd'hui est sensiblement différente de celle que l'on connaissait il y a dix ans et elle continuera d'évoluer à l'heure où elle affronte les défis et les possibilités offertes au XXIe siècle. Comme je l'expliquerai cet après-midi, le Canada possède des forces aériennes polyvalentes, capables de travailler indépendamment ou dans le cadre de forces nationales ou internationales.

[Traduction]

Au cours de mon exposé, je parlerai surtout de trois domaines. Je décrirai en premier lieu la Force aérienne d'aujourd'hui, en montrant comment nous en sommes arrivés à l'organisation, à la structure et aux ressources dont nous disposons en ce moment; deuxièmement, je décrirai nos engagements professionnels, tant au Canada qu'à l'étranger; enfin, je donnerai un aperçu de quelques-uns des enjeux qu'affrontera notre Force aérienne au cours des prochaines années.

Le point central de l'organisation de la Force aérienne est le Commandement aérien, qui a été formé en septembre 1975 pour succéder à l'Aviation royale du Canada, ARC, qui, tout comme la Marine royale du Canada et l'Armée canadienne, a cessé d'exister en tant que service distinct le 1er février 1968 à la suite de l'unification des Forces canadiennes.

Au fil des ans, la structure du Commandement aérien n'a cessé d'évoluer, mais elle a subi les changements les plus récents et les plus importants en 1997. En effet, au cours de cette année, les quatre groupes opérationnels du Commandement aérien - le Groupe de chasse, le Groupe transport aérien, le Groupe aérien maritime et le 10e groupement aérien tactique, ont fusionné pour former la première Division aérienne du Canada. Parallèlement, le Quartier général du Commandement aérien, qui était situé à Winnipeg, a été démantelé et la responsabilité de l'orientation stratégique de la Force aérienne a été confiée au Chef d'état-major de la Force aérienne, au QGDN, à Ottawa.

Le Chef d'état-major de la Force aérienne conseille le Chef d'état-major de la Défense sur les questions touchant la Force aérienne et dirige le Commandement aérien. Le contrôle opérationnel et tactique de la Force aérienne incombe au commandant de la première Division aérienne du Canada, à Winnipeg. Le commandement tactique est assumé par les 13 escadres qui comprennent la première Division aérienne du Canada. Le Quartier général de la région canadienne de NORAD est intégré au Quartier général de Winnipeg. Le commandant de la première Division aérienne du Canada dirige également la région canadienne du NORAD.

L'État-major de l'Armée de l'air, commandé par le lieutenant-général Campbell est constitué de groupes fonctionnels responsables du développement de la Force, de la planification stratégique, de la recherche opérationnelle, des besoins opérationnels, de la gestion de l'information, de l'emploi de la Force, du personnel, de l'instruction, de la sécurité des vols, de la gestion opérationnelle et des affaires publiques. En tant que membre de l'état-major du Quartier général, nous conseillons le lieutenant-général Campbell sur tous les aspects qui concernent la Force aérienne et fournissons des avis au reste du QGDN sur les affaires de l'Armée de l'air.

Le livre blanc sur la défense de 1994 commandait aux Forces canadiennes de maintenir des forces polyvalentes, aptes au combat, en vue d'accomplir un grand nombre de tâches à l'échelle nationale et internationale. Dans le cas de la Force aérienne, ces tâches consistent surtout à assurer la surveillance et le contrôle de l'espace terrestre, aérien et maritime du Canada, aider d'autres ministères dans divers domaines tels que la pêche, la lutte contre le trafic de stupéfiants, les interventions en cas de catastrophe et la protection de l'environnement. Et bien sûr, comme on l'entend quotidiennement, la Force aérienne se charge de bon nombre des opérations de recherche et de sauvetage à travers le pays. En fait, il ne se passe guerre de jour sans que nos forces de recherche et sauvetage n'aient à répondre à des situations d'urgence, sur terre, en mer ou au-dessus des Grands Lacs.

À l'échelle internationale, nos engagements incluent les responsabilités en matière de défense aérienne que nous partageons avec nos homologues des États-Unis dans le cadre de NORAD, ainsi que d'autres ententes avec les Américains en matière de recherche sauvetage et de transport aérien. De plus, diverses tâches internationales décrites dans le livre blanc concernent des engagements et des situations d'urgence à l'étranger.

Au cours de la dernière décennie, nous avons certainement eu à fournir le type de capacités exigées par le livre blanc. Bien que les Forces canadiennes n'aient pas déployé collectivement des dizaines de milliers de soldats à la fois à l'étranger, et que la Force aérienne n'ait pas déployé toute une escadre de chasseurs, nous sommes allés là où il fallait, quand il le fallait. Ainsi, au cours de l'Opération Forces alliées, la Force aérienne a déployé un nombre d'appareils suffisant pour constituer la puissance de combat coalisée dont l'OTAN avait besoin. Au cours de la Guerre du golfe, en 1990-1991, nous avons déployé quelque 28 appareils. Les opérations menées au moyen des Sea Kings à bord des navires de la Marine dans le Golfe persique, les appareils Hercules qui effectuent du transport aérien partout dans le monde, les hélicoptères Griffon en Bosnie et au Kosovo et notre appareil aéronaval Aurora sont autant d'exemples des Forces de combat polyvalentes préconisées par le livre blanc.

En prenant cette introduction comme toile de fond, je passerai maintenant à mes trois points principaux, à commencer par la Force aérienne d'aujourd'hui. Comme je l'ai déjà indiqué, le Commandement aérien a pour mission de constituer et de maintenir des Forces aériennes aptes au combat et polyvalentes, propres à réaliser les objectifs de défense du Canada. Dans ce contexte, l'élément clé est certainement l'aptitude au combat. Tout en effectuant des missions de recherche et sauvetage et d'aide humanitaire, de transport des personnalités et de démonstration aérienne, nous devons en priorité mener et appuyer des opérations de combat à titre d'instrument de la politique du gouvernement canadien.

Nos cinq principaux rôles consistent à: protéger le souveraineté du Canada; contribuer, en collaboration avec les États-Unis, à la défense de l'Amérique du Nord; effectuer une vaste gamme de tâches à l'échelle nationale; réaliser des missions de recherche et sauvetage; venir en aide aux autorités civiles; nous déployer outre-mer à l'appui de la politique du gouvernement; enfin, en collaboration avec nos alliés, exécuter les missions de combat qui nous sont confiées. Comme vous pouvez l'imaginer, des missions aussi variées comportent d'énormes exigences en personnel et ressources. L'équipe de la Force aérienne actuelle se compose de professionnels civils et militaires bien entraînés et motivés, qui collaborent avec l'industrie et d'autres ministères et sont déterminés à fournir une puissance aérospatiale rentable répondant aux besoins du gouvernement canadien. À cette fin, nous investissons dans notre personnel, notre équipement et notre capacité pour remplir la fonction que nous confie le livre blanc. J'ai présenté dans le tableau 1 une carte des déploiements de la Force aérienne dans le monde depuis 1999. Vous constaterez la diversité de nos tâches et des régions dans lesquelles nous avons dépêché des troupes et mené des opérations. Au cours des deux dernières années, nous avons mis à l'épreuve toutes nos capacités dans des opérations concrètes, dans le monde entier.

[Français]

La pièce 2 inclut une carte du Canada qui illustre la présence de notre force aérienne à l'échelle nationale. Vous constaterez que nous avons des lieux opérationnels d'un océan à l'autre et profondément dans l'Arctique. En me reportant à la pièce 2 et en parcourant la carte d'ouest en est, j'aimerais vous donner un aperçu de nos installations à chaque endroit. Je terminerai par nos installlations dans le Nord et une description des divers appareils que nous utilisons.

[Traduction]

Pour commencer avec la 19e escadre de Comox, nous avons là une base comptant environ 1 200 militaires et 300 civils remplissant deux missions nationales essentielles. Un escadron de patrouilleurs maritimes CP 140 Aurora est disponible pour exercer une surveillance aérienne continue de la côte Ouest du Canada, y compris une grande part de l'océan Pacifique, de nos approches côtières et des passages intérieurs. Cette mission est réalisée en appui direct de la Marine et dans les faits les appareils relèvent du contrôle opérationnel du commandant du FMAR(P).

En sus des patrouilles d'appui à la Marine, les appareils de Comox secondent également le ministère des Pêches et des Océans, la GRC et le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, effectuant des patrouilles visant à protéger la souveraineté du Canada et à faire respecter les lois canadiennes. Vous connaissez sans doute le rôle que jouent les Aurora dans le repérage et la localisation des navires qui se livrent au trafic d'immigrants illégaux, au trafic de drogue ou à la pêche illégale, ainsi que les pollueurs. Les Aurora ne peuvent pas immobiliser les navires mais peuvent contribuer à l'exigence juridique de la poursuite et localiser les vaisseaux à intercepter par les navires de surface.

Comox est à la fois la base de la patrouille maritime de la côte Ouest et la base d'appartenance d'un escadron de recherche et sauvetage qui utilise actuellement les appareils à voilure fixe Buffalo et des hélicoptères Labrador, qui seront bientôt remplacéspar le Cormorant. Cet escadron se spécialise dans la recherche sauvetage en mer, sur les côtes et en montagne, étant doté d'équipages spécialisés et d'avions spécialement adaptés à ce rôle exigeant.

À l'aéroport de Pat Bay, près de Victoria, nous avons un escadron d'hélicoptères Sea King intégré à la Marine sur la côte Ouest. Les cinq appareils opérant à partir de Pat Bay passent la majeure partie de leur temps à bord des navires déployés partout où le commandant de la Marine juge bon d'envoyer sa flotte. Là encore, bien qu'ils fassent partie de la Force aérienne, ces équipages et ces appareils relèvent du contrôle opérationnel de la Marine et sont intégrés au système d'armement du navire. La collectivité du Sea King est l'un des éléments de la Force aérienne les plus solidaires et les plus souvent déployés à des fins opérationnelles au cours du dernier quart de siècle.

En nous éloignant de la côte Ouest, nous arrivons à la quatrième escadre Cold Lake, en Alberta. Cold Lake abrite jusqu'à 2 280 militaires et 430 employés civils, selon la saison. La quatrième escadre est le fer de lance de la force de chasse du Canada, car elle inclut deux escadrons d'appui tactique, l'unité d'entraînement opérationnel, le Polygone de tir aérien et le Polygone d'évaluation de Primrose Lake. Les chasseurs de Cold Lake sont en attente pour effectuer des missions d'interception de défense de l'Amérique du Nord pour le NORAD et d'autres missions de souveraineté et peuvent être déployés partout dans le monde au sein d'un groupement tactique aérien de coalition. Les CF-18 se déploient régulièrement vers des bases côtières, les États-Unis et l'Arctique en cas de menace militaire potentielle ou d'activités illégales.

À Cold Lake, une équipe de sous-traitants de Bombardier assure un soutien aux effectifs militaires et civils. Cold Lake abrite également le Centre d'essai technique (aérospatiale), une unité qui fournir une expertise technique, élabore des modifications et de nouvelles conceptions de sous-systèmes et procède à des essais à bord d'aéronefs faisant déjà partis des stocks des FC ou sur le point d'y être intégrés. Enfin, Cold Lake est aussi la base d'appartenance d'un des deux escadrons de radar de défense antiaérienne tactique qui servent à renforcer la couverture radar de NORAD ou sont disponibles pour se déployer à l'appui de l'OTAN ou au cours d'autres opérations de coalition nécessitant une surveillance aérienne.

Poursuivant en direction de l'Est, nous atteignons Moose Jaw, en Saskatchewan, la base de la 15e escadre et le centre de formation au pilotage de la Force aérienne. Moose Jaw compte environ 800 militaires et 200 civils, ainsi que 300 sous-traitants. Dans le cadre du contrat d'entraînement en vol de l'OTAN au Canada, ou contrat NFTC, un consortium dirigé par Bombardier dispense l'entraînement en vol aux pilotes des FC et de plusieurs pays alliés. Les candidats pilotes arrivent à Moose Jaw après avoir été sélectionnés à Portage-la-Prairie ou bien l'un de plusieurs instituts civils et reçoivent leur instruction à bord de l'avion d'entraînement turbopropulseur Harvard II et de l'entraîneur à réaction Hawk, qui appartiennent tous deux à l'entrepreneur. Les candidats pilotes d'avions de chasse se rendent ensuite à Cold Lake, alors que les pilotes d'hélicoptères et d'appareils multimoteurs à voilure fixe s'entraînent à Portage-la-Prairie sur des appareils correspondants avant de rejoindre leurs unités d'entraînement opérationnel respectives pour piloter l'appareil de leur choix.

Le NFTC est une réussite pour le Canada et, malgré quelques difficultés initiales, produit d'excellents résultats, à tel point que d'autres pays envisagent maintenant de s'en prévaloir. La création du NFTC à titre de marché de service en vertu duquel l'entrepreneur fournit les avions a permis d'éliminer une centaine de Tutors du parc d'instruction et d'atténuer la pression exercée sur le programme national d'acquisition d'équipement. Moose Jaw est aussi la base des célèbres Snowbirds, l'équipe de voltige aérienne qui continue d'utiliser les Tutor.

Passons maintenant à Winnipeg, au Manitoba, où se situe la 17e escadre et le Quartier général de la première Division aérienne du Canada. La base de Winnipeg compte 3 400 militaires et employés civils. La 10e escadre englobe un escadron de CC130 Hercules chargés de fournir des services de recherche et sauvetage au Canada central et dans le Nord et d'assurer le transport aérien et le ravitaillement tactique en vol à l'appui des FC dans le monde entier. Un petit escadron de DHC-8 de Havilland, fortement modifiés, appuie l'instruction des navigateurs à Winnipeg.

Sur le sujet des écoles, la 17e escadre est le point d'attache de plusieurs des principaux instituts de formation de l'Armée de l'air, notamment l'École des études aérospatiales, l'École de navigation, l'École de météorologie et l'École de médecine aérospatiale, pour n'en nommer que quelques-unes.

Passant à l'Ontario, nous arrivons à la BFC Borden, près de Barrie, où est logée la 16e escadre. Cette organisation exerce le commandement sur la plupart des autres écoles de la Force aérienne, y compris l'École de technologie et du génie aérospatiaux et le Centre de commandement et de perfectionnement de l'Armée de l'air.

Plus à l'est on trouve la 8e escadre à Trenton. Tout comme la 4e escadre est pivot de la capacité de chasse, la 8e escadre est celui de la mobilité aérienne. Trenton regroupe 2 500 membres des Forces aériennes et 400 employés civils. Possédant le gros du parc de CC130 Hercules et la totalité des CC150 Polaris ou Airbus, Trenton est essentiel à chaque déploiement d'envergure à l'étranger du personnel des Forces canadiennes.

Stratégiquement située sur les rives du lac Ontario, la 8e escadre fournit aussi des services de recherche et sauvetage dans la région des Grands Lacs, du Saint-Laurent, ainsi que dans le Nord et l'Est du Canada, au moyen tant de CC130 Hercules que de Labrador, lesquels seront bientôt remplacés par des Cormorant. Trenton abrite également diverses unités spécialisées, dont le Centre de logistique aérienne, chargé de planifier, préparer et d'exécuter les déploiements, d'un escadron de contrôle radar et de communications chargé d'établir des installations de communications et de contrôle de la circulation aérienne dans des terrains d'aviation rudimentaires à travers le monde.

En continuant vers North Bay, nous arrivons à la 22e escadre, le point d'attache du Secteur de la défense aérienne du Canada de NORAD. Dans les installations souterraines situées ici, 572 militaires et 130 civils assurent une mission de surveillance aérienne jour et nuit, sept jours par semaine à l'appui de la défense de l'Amérique du Nord et de la souveraineté du Canada. C'est ici que l'on fusionne et met en corrélation les données radar et autres pour obtenir une image complète des activités aérospatiales à travers l'Amérique du Nord. C'est d'ici que l'on contrôle les chasseurs qui interceptent les intrus militaires ou détectent les appareils se livrant à des activités illégales. L'équipement vieillissant doit être remplacé au cours des prochaines années, le nouveau étant installé dans un nouveau bâtiment, ce qui permettra la fermeture du complexe souterrain.

[Français]

À mesure que nous avançons à l'est de l'Ontario, le niveau tactique de la force aérienne commence jusqu'à un certain point à ressembler à celui de l'ouest. Bagotville au Québec, la base d'appartenance de la 3e Escadre, compte deux escadrons d'appui tactique CF18 et un escadron de radar de défense antiaérienne en mesure de se déployer, qui remplissent des rôles semblables à ceux de la 4e Escadre. La base de Bagotville compte 1500 militaires de la force aérienne et employés civils. La 3e Escadre concentre évidemment ses activités sur l'est de l'Amérique du nord et l'Arctique de l'Est, mais ses éléments se déploient aussi partout au Canada et dans le monde entier.

[Traduction]

En poursuivant vers l'Est, nous atteignons la 14e escadre à Greenwood, en Nouvelle-Écosse. Cette escadre remplit sensiblement la même mission que celle de Comox, mais son champ d'activités est beaucoup plus vaste car, en plus d'avoir un secteur de responsabilité plus étendu en matière de surveillance maritime pour l'OTAN, la 4e escadre est aussi le point d'attache de l'unité d'entraînement opérationnel sur CP140, chargé d'apprendre aux équipages maritimes à utiliser cet appareil comme partie intégrante d'un système d'armement maritime. La 14e escadre est aussi le point d'attache d'un escadron de recherche et sauvetage qui emploie des appareils Hercules et Labrador dans le rôle décrit précédemment. Greenwood compte 2 100 militaires de l'Armée de l'air et 300 employés civils.

En continuant au sud vers Halifax, nous arrivons à Shearwater, le Quartier général de la 12e escadre. Comme je l'ai déjà indiqué, les Sea King opèrent à partir de Pat Bay à l'appui de la Marine sur la côte Ouest. Toutefois, la 12e escadre de Shearwater est le point de coordination de l'ensemble des opérations des Sea King au Canada. On y trouve deux escadrons opérationnels et l'unité d'entraînement opérationnel qui prend des pilotes et équipages d'hélicoptères et les entraîne aux rigueurs des opérations du Sea King avec la Marine. Les Sea King de Shearwater appuient la flotte canadienne de l'Atlantique et fournissent, le cas échéant, des appareils de remplacement pour la côte Ouest. Là encore, comme à Pat Bay, les hélicoptères et équipages sont placés sous le contrôle opérationnel de la Marine. La base de Shearwater compte 1 200 militaires et 100 employés civils.

Encore plus à l'Est, à Gander, ce poste opérationnel relativement petit est le point d'attache d'un escadron d'hélicoptères Labrador qui effectue des missions de recherche et sauvetage dans les provinces Atlantiques, et en particulier dans les régions des Grands Bancs et du gisement Hibernia. Le Cormorant remplacera bientôt ces appareils et sera mis en service au cours des deux prochaines années. Gander est la base d'attache d'environ 80 militaires et 70 employés civils, nombre appelé à diminuer car la maintenance du Cormorant sera assurée par des sous-traitants.

Au Nord, au Labrador, se trouve la 5e escadre Goose Bay, comprenant le Centre d'entraînement au vol des alliés. Cette base, pourvue de vastes secteurs peu peuplés d'entraînement au vol à faible altitude est un endroit attrayant pour la formation de pilotes alliés. De fait, plus de 8 000 sorties ont lieu chaque année à Goose Bay. Faisant l'objet d'une entente de partage des coûts très particulière, le Canada administre un important contrat de services et fournit des services à frais partagés aux Forces aériennes alliées déployées. Moins de 300 militaires et civils du MDN sont occupés à gérer ce contrat pluriannuel de services et de soutien de plusieurs millions de dollars.

Comme le l'ai fait observer au début de ce bref tour d'horizon de la Force aérienne, j'ai laissé le Nord jusqu'à la fin. Dans l'ensemble du Nord canadien, nous avons établi une chaîne de postes d'avertissement radar et des emplacements avancés d'avions de chasse qui contribuent à notre mission auprès de NORAD. Les postes radar sont pourvus d'une petite équipe d'employés du secteur privé administrés à partir de bureaux situés à North Bay et Ottawa. Les radars détectent les intrusions et acheminent directement les données au complexe de North Bay. Les postes abritent aussi l'équipement de communications au moyen duquel les intercepteurs sont contrôlés.

Notre tour d'horizon serait incomplet si nous omettions de mentionner la présence importante de la Force aérienne dans les bases de l'Armée de terre. La première escadre, dont le quartier général se trouve à Kingston, en Ontario, commande la Force d'aviation tactique et exploite l'hélicoptère CH146 Griffon, une version très modifiée du Bell 412. La première escadre de Kingston a détaché des escadrons auprès de la première brigade à Edmonton, de la deuxième brigade à Petawawa, de la cinquième brigade à Valcartier et du Centre d'instructions au combat de Gagetown. En outre, deux escadrons de la Réserve aérienne à Borden et Saint-Hubert et une escadrille de la Réserve aérienne à Edmonton renforcent le potentiel de mise sur pied d'une force d'aviation tactique et sont un élément essentiel de l'Armée, formant l'une des unités de manoeuvre de chaque brigade. Les Griffon sont intégrés à l'Armée de terre au quotidien, tout comme l'Aurora et le Sea King sont intégrés à la Marine.

Reprenant le tableau 1, j'aimerais passer en revue avec vous certains de nos déploiements internationaux récents. Vous connaissez tous la contribution des FC aux forces en Bosnie-Herzégovine dans le cadre de l'Op. Palladium. Outre le transport régulier à bord des Hercules et des Airbus, le Canada contribue huit Griffon à l'élément aviation OTAN de la Force de stabilisation. Cet appareil, l'un des seuls à pouvoir voler de nuit aux instruments, assure un soutien essentiel en reconnaissance et en transport aérien dans le secteur de responsabilité canadien et dans l'ensemble du théâtre des opérations.

Notre participation à l'Opération Force alliée, la campagne aérienne de l'OTAN au-dessus du Kosovo, est l'un des exemples les plus récents du déploiement des CF-18 canadiens au sein d'une Force aérienne de coalition. Ces avions, déployés avant la campagne aérienne et dotés de diverses armes air-sol ont fourni une contribution majeure à la campagne de l'OTAN au Kosovo.

L'Opération Toucan, notre déploiement au Timor oriental en 1999, est un bon exemple de soutien à une mission de l'ONU. Deux Hercules et un Airbus ont assuré le transport de troupes et de matériel jusqu'en Australie, alors que des Sea King embarqués à bord du SCSM Protecteur ont assuré la reconnaissance du rivage et le transport local. La mission récemment achevée en Éthiopie et en Érythrée a exigé le soutien d'appareils Airbus et Hercules pour le maintien des troupes canadiennes qui participaient à cette importante mission.

Conformément au plan de défense du Canada, la Force aérienne assure le maintien des appareils et des effectifs selon divers seuils de préparation en vue d'intervenir en période de crise ou de tension dans le monde entier. Par exemple, quatre CF-18 sont en alerte afin de répondre sur-le-champ aux besoins du pays ou de NORAD pour la défense de l'Amérique du Nord, et six autres appareils peuvent être mis à disposition à court préavis. Douze CF-18 constituent la participation du Canada à la Force d'intervention rapide (Air) de l'OTAN et 12 autres appareils sont affectés, à plus long préavis, à la Force de contingence principale de l'OTAN.

Un Sea King est toujours affecté à la Force navale permanente de l'Atlantique de l'OTAN, alors que dix autres sont réservés pour l'OTAN ou l'ONU selon des seuils de préparation de dix à 60 jours. Un Aurora est constamment en attente sur chaque côte pour répondre aux besoins des commandants associés de la Marine et deux Aurora sont engagés sur préavis de 21 jours pour participer aux missions de l'OTAN, suivis de quatre autres disponibles à 90 jours de préavis pour la Force de contingence principale de l'OTAN.

Trois Griffon sont disponibles sur-le-champ pour appuyer les opérations de sécurité intérieure et chaque secteur de l'Armée de terre retient un avion disponible à huit heures de préavis pour des besoins intérieurs. Nous avons huit Griffon à la disposition de la Force en alerte de l'ONU à 30 jours de préavis et tout un escadron de 24 appareils est réservé sur prévis de 90 jours à la Force de contingence principale de l'OTAN.

Des appareils Hercules et Airbus sont maintenus à divers états de préparation, prêts à transporter des troupes en période de tension ou d'urgence.

Enfin, comme je l'ai indiqué, nous maintenant des appareils de recherche et sauvetage d'intervention rapide, disponibles à deux heures d'avis, dans trois régions, ce qui comprend tant des appareils à voilure fixe que des hélicoptères stationnés dans cinq bases SAR. Ces dernières années, nos ressources de recherche et sauvetage ont effectué en moyenne plus de 8 000 sauvetages par an et, rien qu'en 2000, plus de 5 000 vies ont été sauvées grâce à l'intervention des Forces aériennes.

J'ai donc indiqué où nous opérons au Canada et dans le monde. J'aimerais maintenant vous faire un bref résumé de nos engagements permanents, dans les cas où l'on ferait appel à nous.

Le sénateur Stollery: J'aimerais un renseignement sur les hélicoptères Griffon. Je regarde la liste des équipements du MDN dont nous avons parlé tout à l'heure et je n'y vois pas ces aéronefs. Tout est là, sauf les Griffon. J'essayais de voir l'âge de ces appareils. Est-ce que cet hélicoptère porte un autre nom?

Le colonel Hines: Je ne connais pas le tableau dont vous parlez.

Le sénateur Stollery: Je ne vois rien ici qui me dise leur âge.

Le colonel Hines: Cet aéronef a moins de dix ans.

Le sénateur Stollery: Très bien, mais je ne le vois pas ici. Il n'y est pas.

Le colonel Hines: En haut à gauche, dans le cercle jaune, le point bleu.

Le sénateur Stollery: Merci.

Le colonel Hines: Comme je l'ai indiqué, la mission de défense de l'Amérique du Nord est assignée à nos ressources engagées auprès de NORAD. En sus des officiers qui travaillent au complexe du NORAD au Colorado, cela comprend le personnel du Quartier général NORAD à Winnipeg, les escadrons de chasse et les escadrons de radar mobiles de Cold Lake et Bagotville, le personnel technique et opérationnel effectuant des missions de surveillance et de contrôle à partir de North Bay et le soutien radar sous contrat dans l'Arctique. Le contexte actuel de «menace réduite» ne justifie qu'une intervention aérienne dans un délai d'une heure après la détection mais, en période d'escalade de la menace, comme dans le cas de l'opération Northern Denial l'an dernier, nos chasseurs peuvent décoller en quelques minutes après le déclenchement d'une alerte.

La mission de souveraineté nationale consiste, à un bout de l'éventail, en missions aériennes pour la défense armée de l'Amérique du Nord et à l'autre extrémité, en missions routinières de surveillance au large des côtes ou dans l'Arctique. Tous les types d'aéronefs participent à ces missions.

Avec tous ces engagements, tant de routine qu'en période de tension, et vu notre présence partout au Canada, il se produit souvent des malentendus au sujet de l'importance de notre flotte. Les médias l'ont relaté plus tôt cette année, nous continuons de réduire le nombre d'appareils en exploitation, ne conservant que ceux nécessaires à nos engagements au Canada et à l'étranger, que j'ai décrits.

Le tableau 3 indique l'importance de nos flottes principales ces dernières années et les projections pour le proche avenir. Vous constaterez que nous éliminons les flottes «non essentielles» et ramenons le nombre d'appareils dans nos parcs essentiels au minimum requis par les opérations et nos engagements. Cette rationalisation de la flotte réduira nos coûts d'exploitation et nous permettra de reconstituer nos capacités essentielles pour l'avenir. Dans certains cas, des capacités seront éliminées et dans d'autres nous sous-traiterons des services assurés auparavant à l'interne, tels que la formation de pilotes et le programme d'entraînement au vol de l'OTAN que j'ai décrit.

En ce qui concerne l'état actuel de l'équipement, il y a de bonnes nouvelles et de mauvaises nouvelles. Les mauvaises nouvelles, c'est que de nombreux appareils avancent en âge. Certains atteindront leur limite d'utilisation à l'horizon de 2012-2017 et si nous remplaçons ces flottes, ou les capacités qu'elles représentent, il en coûtera très cher aux Canadiens à un moment où d'autres pressions financières continueront de s'exercer.

Notre stratégie de développement des forces ne prévoit pas de remplacer simplement une plate-forme par une autre très similaire. Il se peut que nous fassions appel à des appareils très différents offrant la même capacité. C'est le fondement de la planification des capacités décrites par le commandant McNeil ce matin.

Quant aux bonnes nouvelles, il y a beaucoup d'aspects positifs du point de vue de la Force aérienne.

[Français]

Il convient d'abord de souligner l'entente du gouvernement et l'approbation du contrat visant à moderniser 80 de nos CF18, ce qui en fera des systèmes de niveau international. C'est déjà un excellent avion, mais nous voulons qu'il le demeure. Il nécessite l'investissement prévu au cours des cinq prochaines années.

[Traduction]

Il en va de même pour le CP140 Aurora. Nous avons entrepris un programme de modernisation analogue pour mettre à niveau les systèmes de détection et de communications et faire en sorte que ces systèmes, notre unique plate-forme de reconnaissance stratégique, demeurent longtemps efficaces. La mobilité, comme vous le savez, est un facteur essentiel au respect de nos engagements internationaux. Nous avons récemment procédé à une mise à niveau de l'avionique de bord des appareils Hercules et nous examinons maintenant les moyens de doter le Canada d'une véritable capacité de transport aérien stratégique au cours des prochaines années.

[Français]

La recherche et sauvetage est, comme nous l'avons vu, l'une des principales activités assignées à la force aérienne. Plus tard cette année, nous prendrons livraison de 15 nouveaux hélicoptères de recherche et sauvetage Cormorant (CH149) qui remplaceront nos Labrador vieillissants. C'est un appareil de première classe qui, sans aucun doute, rendra d'excellents services au Canada et aux Canadiens.

[Traduction]

Les perspectives sont aussi encourageantes dans le domaine de l'hélicoptère maritime. L'approbation par le gouvernement du projet HM l'an dernier était une bonne nouvelle et, malgré les questions posées sur l'analyse des besoins et les mécanismes d'acquisition, nous avons l'assurance d'être engagés sur une voie qui nous fournira un excellent substitut au Sea King.

Dans la lettre nous invitant à ce breffage, on nous demandait d'indiquer certains des défis que la Force aérienne devra relever au cours des prochaines années. Les nôtres ne sont guère différents de ceux de l'Armée de terre et de la Marine. Après une décennie de réductions et de restructuration, et avec une conjoncture nationale meilleure, nous avons de plus en plus de mal à recruter et à conserver les hommes qui constituent l'ingrédient essentiel de la Force aérienne. Alors que l'on a beaucoup parlé de notre pénurie de pilotes, par exemple, il existe des problèmes similaires dans les métiers techniques, particulièrement l'informatique. Pour dire les choses simplement, nous perdons du personnel plus vite que nous pouvons en former dans certaines spécialités. Ce n'est pas qu'il y ait une grande vague de mécontentement dans l'Armée de l'air, ou même les FC, la cause est plutôt due au fait qu'il existe une demande énorme pour le genre de recrues que nous attirons et dont nous assurons la formation.

La raison pour laquelle les militaires quittent la Force aérienne ou les Forces canadiennes est un sujet complexe. C'est une situation que connaissent tous nos alliés aussi et, lorsque nous les rencontrons, qu'il s'agisse des Américains, des Britanniques ou d'autres Européens, tous nous font part des mêmes problèmes. Ils sont tous dans la même situation et tous connaissent de graves pénuries de pilotes et d'autres personnels qualifiés et doivent offrir diverses incitations pour fixer leur personnel.

Il n'y a pas de solution pratique à court terme. Notre stratégie en matière de ressources humaines doit être axée sur le développement durable, à long terme, d'hommes qui veulent faire partie de l'Armée de l'air et des Forces canadiennes.

Un second enjeu concerne l'équilibre à réaliser entre le besoin de changement des FC, pour nous préparer à l'avenir, et les impératifs opérationnels que nous vivons au quotidien. Dans le plan de la défense, on désigne cela sous les noms de changement et de programme de maintien. L'équilibre à atteindre n'est pas seulement entre les budgets de fonctionnement annuels et l'achat d'équipement; il suppose un changement de philosophie qui concrétise la révolution dans les affaires militaires et la planification axée sur les capacités. Cela transformera la manière dont les opérations militaires sont planifiées et conduites, principalement en raison de l'explosion informatique.

La technologie de l'information apporte aux commandants une information meilleure, plus rapidement que jamais. On pourra ainsi prendre des décisions plus vite, fondées sur des renseignements plus fiables. En fait, les attaques pourraient devenir moins meurtrières, selon la nature des cibles et les résultats souhaités.

De même, nous devenons plus exposés à des attaques contre notre infrastructure de commandement, de contrôle et d'information, ce qui nous rend vulnérables au cyberterrorisme et aux attaques menées par des acteurs non gouvernementaux, soit la menace asymétrique dont on vous a déjà parlé aujourd'hui.

Le révolution dans les affaires militaires, ou RAM, dont il a déjà été question, entraîne une réévaluation globale de nos capacités. Par le passé, la Force aérienne, tout comme l'Armée de terre et la Marine, était organisée et équipée en fonction des unités et de l'équipement nécessaires. Autrement dit, nous étions très axés sur les plans opérationnels. Pendant la Guerre froide, notre entraînement et notre équipement reposaient sur les plans opérationnels liés à la défense de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Nous choisissions notre équipement surtout en fonction de la mission spécifique prévue dans les plans. En fait, nous nous exercions à défendre et à attaquer des cibles précises en fonction de ce que nous pensions être les plans de l'ennemi.

Du fait de l'incertitude engendrée par la fin de la Guerre froide et la probabilité que les alliances et les menaces évoluent, nous avons cessé de nous concentrer sur des équipements précis en faveur d'une approche plus holistique qui relie l'équipement aux capacités et les capacités aux missions et tâches probables. Le cadre des capacités stratégiques, par exemple, prévoira des types génériques d'activités susceptibles de justifier une intervention des FC. Notre nation peut fixer les priorités de l'activité militaire et, ainsi, déterminer les capacités que nous devons développer.

Dans une organisation dépendant de la technologie, l'impact devrait être évident. Les acquisitions en matériel important ne se font pas par magie. Les décisions prises en vue d'acquérir une flotte, ainsi que la maintenance de celle-ci pendant 20 à 30 ans, ont des répercussions considérables pour l'Armée de l'air. Premièrement, nous devons nous faire une meilleure idée de l'environnement sécuritaire au cours des cinq à 15 prochaines années. Ensuite, nous devons veiller à ce que l'assortiment des équipements, ressources et personnels pourra fournir la capacité requise dès la mise en service. Enfin, la solution retenue doit être suffisamment flexible pour nous donner la possibilité de l'améliorer ou modifier dès lors que l'environnement ou les priorités du Canada changent. Notre boule de cristal est rarement assez bonne pour autoriser des prédictions aussi loin dans l'avenir, d'où la nécessité d'un développement et d'une mise en service évolutifs des capacités, ce que nous apprenons à faire mieux.

[Français]

En terminant, voici quelques observations au sujet de la force aérienne. À notre point de vue, celle-ci doit être en mesure d'intervenir rapidement, ce qui est la raison d'être des forces aériennes. Elle doit apporter des améliorations technologiques en temps opportun, car si elle ne le fait pas, elle ne pourra pas demeurer appropriée dans les zones de combat. Nous devons maintenir l'interopérabilité avec nos principaux alliés, et à cet égard, surtout avec les États-Unis. Nous devons assurer un soutien aux Canadiens, et ceux-ci s'attendent à des résultats en échange des 11 ou 12 milliards de dollars qu'ils consacrent chaque année à l'organisation. Il ne suffit pas d'être prêt pour le prochain conflit. Comme je l'ai mentionné dans mon introduction, en période de tension - nous ne pouvons pas tout faire - nous devons faire prévaloir la qualité sur la quantité dans le contexte où nous vivons. Enfin, et on pourrait dire que c'est le plus important, nous devons prendre soin de nos gens. Ils constituent la force aérienne du Canada. Cela dit, je serai heureux de répondre aux questions que mon exposé peut avoir suscitées.

[Traduction]

Le sénateur Forrestall: J'ai essayé sans succès d'obtenir auprès des politiciens, soldats et amiraux des réponses au sujet des Sea King. Maintenant que nous avons un sous-marinier parmi nous, nous en obtiendrons peut-être. Les réponses ont été bien cachées et vous êtes peut-être le seul à savoir ce qui se passe.

J'aimerais vous poser trois questions. Je crois savoir qu'au moins deux des trois fournisseurs potentiels de l'hélicoptère maritime sont mécontents des spécifications de base et que le ministère est en train de les réécrire et va en fait les réviser à la baisse. Pouvez-vous nous en parler? Va-t-on réviser à la baisse les spécifications de base des Sea Kings?

Le colonel Hines: Je ne suis pas expert du projet d'hélicoptère maritime, monsieur.

Le sénateur Forrestall: Vous êtes un sous-marinier. Vous êtes expert en tout.

Le colonel Hines: Je ne suis pas expert du projet d'hélicoptère maritime. Je sais qu'une révision des besoins est en cours.

Le sénateur Forrestall: Si vous n'êtes pas expert, je ne vais pas continuer avec mes questions car elles deviennent encore un peu plus techniques et délicates.

Le président: Puis-je vous suggérer, sénateur Forrestall, d'enregistrer vos questions au procès-verbal et nous demanderons au ministère de nous fournir la réponse?

Le sénateur Forrestall: Pour quoi faire? Il est assez difficile d'obtenir une réponse. Je veux une réponse spontanée. Sauf votre respect, je préfère réserver mes questions pour le témoin voulu, lorsqu'il comparaîtra. J'en ai posé une et nous verrons ce que nous obtiendrons.

Merci de votre exposé. Il était excellent.

Le sénateur Atkins: Colonel, lorsque la décision concernant le CF-18 a été prise, l'idée d'être équipé de cet avion a déclenché un enthousiasme incroyable dans l'Armée de l'air. Je suppose que cet enthousiasme concernant cet appareil ne s'est pas dissipé.

Voici ma question. J'ai l'impression que cet appareil, bien qu'il soit excellent, est d'un entretien coûteux. Est-ce vrai?

Le colonel Hines: Je ne suis pas expert de la maintenance du CF-18. Cependant, je peux vous dire que tous les chasseurs complexes exigent beaucoup de maintenance. Le CF-18 n'a pas la réputation d'être plus exigeant à cet égard que les appareils comparables en service dans les autres forces armées. De fait, le CF-18 que les Américains ont choisi exige moins d'entretien que certains des autres appareils utilisés, par exemple, par l'Armée de l'air américaine. Donc, le CF-18 est probablement du côté des appareils à faible maintenance, plutôt que de ceux à haute maintenance.

Cela dit, nos appareils vieillissent et le programme de modernisation que nous avons lancé consiste justement à améliorer l'aptitude au service et la facilité de maintenance, ainsi que les armements de cet appareil.

Le sénateur Atkins: Les Américains ne proposent rien d'autre qui soit comparable, du moins pour le moment, et c'est pourquoi nous sommes résolus à faire durer le CF-18?

Le colonel Hines: Oui. Nous avons opté pour le programme d'amélioration du CF-18, le projet de modernisation graduel qui fera durer l'avion jusqu'à l'horizon 2015-2017.

Dans l'intervalle, nous allons rechercher avec nos alliés quels appareils pourraient devenir disponibles à l'horizon de 15 ans pour remplacer la capacité actuellement fournie par le CF-18.

Le sénateur Atkins: Avez-vous dit que nous en possédons 80?

Le colonel Hines: Actuellement nous en avons 122. Nous avons un engagement financier de modifier, par le programme de modernisation graduelle, 80 appareils. Ce sera le chiffre final de la flotte. Quatre-vingt CF-18 seront modifiés.

Le sénateur Atkins: Vous avez indiqué que l'une des difficultés de la Force aérienne est que vous formez des pilotes et qu'ensuite ils s'en vont - principalement, j'imagine, au profit des compagnies aériennes?

Le colonel Hines: Oui.

Le sénateur Atkins: Je sais que c'est un problème pas seulement au Canada.

Le colonel Hines: Exact.

Le sénateur Atkins: Je sais que les Américains perdent nombre de leurs meilleurs pilotes aussi. Il semble étrange que les compagnies aériennes ne cessent de se plaindre d'un manque de passagers. Que se passe-t-il dans le transport aérien pour qu'il existe une telle demande de pilotes?

Par ailleurs, quelles incitations offre l'Armée de l'air pour fixer les pilotes une fois qu'ils sont formés?

Le colonel Hines: Un programme d'incitation financière a été offert aux pilotes il y a quelques années. Certains pilotes s'en sont prévalus, d'autres non. Ceux qui ont accepté l'offre sont toujours chez nous, mais ils arriveront aux termes de leur contrat dans quelques années.

Le sénateur Atkins: L'Armée de l'air a-t-elle les mains liées sur le plan de ce qu'elle peut offrir? A-t-elle une marge de manoeuvre?

Le colonel Hines: L'Armée de l'air doit, tout comme les autres armes, respecter les contraintes en matière de promotion et de salaire. Les pilotes touchent une solde de spécialiste et sont rémunérés pour les heures de pilotage. Cependant, ce ne sont pas toujours des considérations financières qui poussent les gens à partir ou rester.

Le sénateur Atkins: Est-ce l'engagement à long terme?

Le colonel Hines: Ce peut être différents facteurs. Chacun qui part a une raison personnelle pour le faire, tout comme ceux qui restent ont des raisons personnelles. Il n'y a pas un facteur unique qui s'applique uniformément à tout le monde.

Le sénateur Atkins: Quel est le coût estimatif de la formation d'un pilote de chasse?

Le colonel Hines: Il faudrait que je me renseigne sur le coût approximatif. Je n'ai pas de bonne réponse à vous donner aujourd'hui.

Le sénateur Atkins: Pour les compagnies aériennes, c'est là l'attrait naturel.

Le colonel Hines: Oui. Lorsqu'une compagnie recrute un pilote de l'Armée de l'air, elle obtient quelqu'un ayant la maturité, l'expérience et les heures de vol, tout cela acquis dans un environnement rigoureux. Ce sont des gens qui ont démontré des capacités de leadership. Les caractéristiques que les compagnies aériennes recherchent sont précisément celles que nous produisons chez nos pilotes.

Le sénateur Atkins: Prévoit-on de fermer Greenwood ou de changer son rôle?

Le colonel Hines: Pas à ma connaissance. J'ai participé à pas mal d'études ces derniers temps et il n'a jamais été question de modifier le rôle de Greenwood ou de fermer la base.

Le sénateur Atkins: Je pose la question parce que Chatham, Summerside et Shearwater, dans les Maritimes, ont subi des coupures.

Le sénateur Meighen: Le sénateur Atkins a parlé de l'amélioration du CF-18. Sur le tableau des équipements actuels du MDN dont vous avez fait état tout à l'heure, pouvez-vous nous dire dans quelle direction le point bleu représentant le CF-18 se déplacera après la réfection?

Le colonel Hines: Le CF-18 se déplacera vers le haut et la gauche de ce diagramme. Je pense qu'il se déplacera plus vers le haut que vers la gauche, car la cellule de cet avion a une durée de vie plus ou moins fixe.

Le sénateur Meighen: Un peu comme le Sea King?

Le colonel Hines: C'est dû aux techniques de fabrication et aux matériaux différents utilisés. Il est beaucoup plus facile de réparer un aéronef métallique comme le Sea King qu'un appareil en fibre de carbone comme le CF-18. La durée de vie de la cellule du CF-18, du fait des matériaux dont il est composé et des techniques de fabrication employées, est moindre que celles d'un aéronef traditionnel. Avec le CF-18, si sa fonctionnalité va considérablement s'améliorer avec les modifications, ce qui fait qu'il montera dans le diagramme, il ne va pas beaucoup se déplacer vers la gauche. Il ne va pas nécessairement aboutir dans ce cercle jaune car sa durée de vie reste relativement fixe et prendra fin en 2015-2017.

Le sénateur Banks: Est-ce que les heures de vol d'un pilote militaire comptent pour sa licence multimoteurs commerciale?

Le colonel Hines: On les lui créditera, selon le type de licence qu'il demande. S'il demande la cote de transport aérien, par exemple, et réussit les examens et possède les heures de vol sur appareil multimoteurs militaire, oui, on les lui créditera. Si une compagnie aérienne cherche quelqu'un avec 2 000 heures de vol sur multimoteurs et si le candidat a 2 000 heures de vol multimoteurs dans les Forces canadiennes, on va les lui compter, oui.

Le sénateur Wiebe: Il en coûte énormément cher de former un pilote. Le gros morceau, ce sont les heures de vol, et il en coûte très cher pour les acquérir.

Lorsqu'un pilote s'engage, s'engage-t-il pour une période déterminée? Une fois qu'il obtient ses qualifications de vol multimoteurs, peut-il automatiquement démissionner et partir ailleurs ou bien est-ce que l'Armée de l'air a l'usage de ses compétences pendant une période déterminée?

Le colonel Hines: Il y a une période de service obligatoire après la fin de la formation de pilote. Si je me souviens bien, cette période est de cinq ans.

Le sénateur Wiebe: C'est une bonne nouvelle. Il me semble que les compagnies aériennes voyagent gratis. Comme je l'ai dit, il en coûte cher de former des pilotes et le fait qu'elles n'assument pas le coût de la formation leur permet de gonfler les salaires. J'imagine que le problème tient en grande partie au fait que les pilotes de la génération du baby-boom prennent leur retraite. Cela engendre une demande très forte de pilotes, et pas seulement dans les Forces aériennes.

Le colonel Hines: Comme je l'ai dit dans mon exposé, c'est un problème rencontré en Europe, aux États-Unis et en Australie. La population vieillissante des pilotes de ligne crée une énorme brèche dans laquelle peut s'engouffrer quiconque veut devenir pilote commercial et possède les qualifications.

Le sénateur Wiebe: Je sais que notre Armée de l'air, beaucoup plus que les deux autres armes, partage énormément de connaissances, de temps et de travail avec les États-Unis. Sur les 13 500 membres de la Force régulière, combien sont stationnés aux États-Unis?

Le colonel Hines: Mon estimation est environ 200 membres de l'Armée de l'air stationnés aux États-Unis.

Le sénateur Wiebe: Combien d'entre eux sont affectés au NORAD?

Le colonel Hines: La grande majorité.

Le sénateur Wiebe: Y a-t-il beaucoup de personnel américain stationné au Canada?

Le colonel Hines: Parlez-vous du NORAD ou de toute l'Armée de l'air américaine?

Le sénateur Wiebe: Toute l'Armée de l'air américaine.

Le colonel Hines: Pour toute l'Armée de l'air américaine, entre 100 et 150.

Le sénateur Wiebe: Y a-t-il beaucoup de Canadiens en Alaska?

Le colonel Hines: Oui. Je ne suis pas sûr du nombre actuel. Nous avons des Canadiens dans les AWAC en Alaska et dans la région Alaska du NORAD. Moi-même, j'ai passé quelques temps dans la région Alaska du NORAD.

Le sénateur Wiebe: Je remarque que le nombre d'employés civils est supérieur d'environ 300 à celui des réservistes. Des trois armes, l'Armée de l'air semble avoir le plus petit nombre de réservistes. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi?

Le colonel Hines: Je ne peux expliquer pourquoi nous avons le plus petit nombre. Les 13 000 membres de l'Armée de l'air représentent une portion relativement faible des Forces canadiennes. Notre Force de réserve n'est pas structurée par unités, à l'exception de deux escadrons d'hélicoptère, celui d'Edmonton et les Dash 8 de Winnipeg. Nous n'avons pas une présence à travers le pays aussi grande que la Milice.

Les membres de la réserve aérienne sont intégrés dans les escadres à travers le pays. La majorité d'entre eux sont employés chez nous à temps partiel, en affectations régulières.

Le sénateur Wiebe: Ils travaillent en fait à temps plein, mais sont classés comme réservistes?

Le colonel Hines: Non, ils travaillent à temps partiel sur une base. Dans une entreprise commerciale, il peut exister des employés à temps plein et des employés à temps partiel. C'est pareil chez nous.

Nous avons des pilotes réservistes dans toutes les bases du pays. La plupart des escadres possèdent un certain nombre de réservistes qui travaillent l'équivalent de huit à dix jours par mois.

Le sénateur Wiebe: Je remarque que les États-Unis ont un nombre assez substantiel de réservistes dans l'Armée de l'air, particulièrement de pilotes. Est-ce que le coût explique que nous n'en ayons pas autant?

Le colonel Hines: Nous avons traditionnellement deux types de pilotes réservistes dans la force aérienne. Le premier se compose de ceux qui s'engagent comme pilotes de réserve. Ils tendent à intégrer les unités tactiques en passant soit par Saint-Hubert, soit par Edmonton soit par Borden. Ils pilotent des hélicoptères. En gros, on les forme à partir de rien.

L'autre catégorie de pilotes réservistes sont des anciens des Forces régulières qui, pour une raison ou une autre, choisissent de quitter l'Armée de l'air mais veulent néanmoins continuer à y voler. Ces pilotes sont à la disposition à temps partiel de l'Armée de l'air et peuvent faire une carrière de pilotage dans une compagnie comme Air Canada.

Nous avons pas mal de pilotes réservistes qui volent régulièrement dans la réserve, soit dans le monde de l'aviation tactique soit en continuant à piloter les appareils sur lesquels ils volaient avant leur départ. Il n'y a pas pénurie de pilotes réservistes. Nous en avons qui pilotent le Sea King, par exemple.

Le sénateur Wiebe: Vous n'avez peut-être pas de réponse à ma dernière question, mais vous savez que la deuxième escadre, les Snowbirds de Moose Jaw, me tient très à coeur. Ils continuent à utiliser le Tutor, qui va être mis au rancart. Étant donné que l'on va se doter d'une nouvelle plate-forme d'entraînement, va-t-on mettre au rancart un nombre suffisant de ces Tutor pour que les Snowbirds continuent de les utiliser pendant les 20 prochaines années, ou bien vont-ils devoir changer d'appareil?

Le colonel Hines: Nous examinons actuellement d'autres options pour assurer la capacité de démonstration aériennes du Canada, qui vont du maintien de l'appareil actuel jusqu'à un soutien en sous-traitance. Cela ne signifie pas que des sous-traitants piloteraient, mais ils fourniraient les appareils qui seraient pilotés par des pilotes militaires. Voilà les deux extrémités de l'éventail des options.

Le sénateur Wiebe: Envisagez-vous également des commanditaires?

Le colonel Hines: Pas à ma connaissance. Nous recherchons actuellement une façon de préserver la capacité de démonstration aérienne du Canada, celle que nous avons avec les Snowbirds aujourd'hui, au-delà des cinq prochaines années.

Le sénateur Wiebe: Je précise que les Snowbirds ont une image reconnue à l'échelle mondiale, tout comme la GRC. J'espère que l'on fera tout pour conserver cette équipe d'acrobatie aérienne.

Quel pourcentage de pilotes canadiens, par opposition à ceux de l'OTAN, sont formés à la base de Moose Jaw?

Le colonel Hines: Je n'ai pas les chiffres en tête. Je pourrais les rechercher, sachant que la formation de pilotes OTAN au Canada est une chose relativement récente. Nous n'avons pas seulement des gens de l'OTAN, mais aussi des pilotes de Singapour en formation ici. C'est une entreprise en expansion. Je pourrais trouver ces chiffres.

Le sénateur Wiebe: Je vous en serais reconnaissant.

Le sénateur Banks: Quelle sorte d'hélicoptère est le CF-124?

Le colonel Hines: Le CF-124 est le Sea King.

Le sénateur Banks: Et le CF-149?

Le colonel Hines: Le Cormorant.

Le sénateur Banks: Merci. Quelqu'un, il n'y a pas si longtemps, pensait que nous avions besoin de 122 CF-18?

Le colonel Hines: Oui, monsieur.

Le sénateur Banks: Après amélioration, nous aurons une flotte de 80 CF-18. Cela fait une diminution de plus d'un tiers. Que s'est-il passé?

Le colonel Hines: Plusieurs choses. Nous n'avons plus de troupes stationnées à Baden, en Allemagne. Nous n'avons plus les trois escadrons de chasseurs qui étaient basés à Baden. Les exigences de l'OTAN ont changé. À l'époque où nous avons acheté le CF-18, nous étions en pleine guerre froide. Nous nous étions engagés à placer un nombre x d'avions au sol en Europe et d'avoir un nombre y pouvant y être déployés. Ce besoin de l'OTAN a été réduit, si bien que nous avons besoin de moins d'appareils qu'auparavant.

Nous avons également employé le CF-18 comme avion d'entraînement. Une fois que les pilotes finissaient la formation avec le Tutor à Moose Jaw, ils allaient à Cold Lake et s'entraînaient sur le CF-18. Nous conserverons l'unité de formation opérationnelle à Cold Lake, mais la formation en vol avancée se fera avec le Hawk. Les candidats pilotes de chasse au sortir de Moose Jaw recevront leur formation de chasse avancée sur le Hawk, avant de passer au CF-18. Nous aurons donc besoin de moins de CF-18.

Le président: Je précise que le comité mixte de 1994 avait recommandé de réduire le nombre de CF-18.

Le sénateur Forrestall: Gardez ouverte Shearwater pour que nous continuions d'avoir la plus belle fête aérienne d'Amérique du Nord sur le pas de notre porte chaque mois de septembre.

Le président: Colonel, avez-vous dit dans votre exposé quelque chose sur la capacité de ravitaillement en vol qui m'aurait échappé?

Le colonel Hines: Nous réfléchissons à une capacité de ravitaillement stratégique. Nous avons un ravitailleur tactique: une version du CC-130 Hercules est un ravitailleur tactique. Nous possédons ces appareils. Nous avons lancé une étude sur la mise en place d'une capacité stratégique de ravitaillement en vol pour remplacer celle que nous avons perdue lorsque les Boeing 707 ont été retirés du service.

Le président: En avez-vous parlé dans votre exposé? Cela m'a-t-il échappé?

Le colonel Hines: J'ai sauté ce passage afin de ne pas dépasser mes 30 minutes.

Le sénateur Forrestall: Faisons-nous quelque chose avec les Airbus?

Le colonel Hines: Nous n'avons pas entrepris de programme de modification des Airbus. Ce serait une solution potentielle pour la création d'une capacité de ravitaillement stratégique en vol, mais cela n'a pas encore été décidé.

Le sénateur Atkins: Que va-t-il advenir des 122 et des 80?

Le colonel Hines: Ces 42 appareils seront déclarés excédentaires, selon la procédure courante. Nous allons d'abord voir s'il y a des pièces ou composants de ces appareils qui pourraient nous servir à maintenir opérationnel le restant de la flotte.

Ensuite la septième escadre suivra la procédure de déclaration d'appareils excédentaires. Les 80 appareils que nous allons modifier sont les plus récents. Les CF-18 nous ont été livrés sur plusieurs années. Nous modifierons les plus récents. Ceux qui ne seront pas modifiés atteindront la fin de leur durée de vie avant l'horizon 2015 dont j'ai parlé.

Le sénateur Atkins: Combien de femmes pilotent des CF-18?

Le colonel Hines: Je ne sais pas, monsieur, mais je pourrais me renseigner.

Le président: Le comité souhaite-t-il ce renseignement?

Le sénateur Atkins: Oui.

Le président: Je vous en prie, donc.

Le sénateur Meighen: Deux questions disparates: Je ne sais pas si cela relève de votre mandat, colonel, mais je me souviens qu'il y a eu une grande inquiétude dans le public au sujet d'un dispositif de missile sol-air entourant les terrains d'aviation. Pouvez-vous nous dire où en est ce système, si possible?

Le colonel Hines: Cela faisait partie du système de défense antiaérien. Il aurait peut-être mieux valu poser la question au colonel Peters. C'est un équipement détenu par l'Armée de terre pour la défense des terrains d'aviation, spécialement destiné aux deux terrains d'aviation en Europe. Il est inscrit dans l'inventaire de l'Armée et est exploité et entretenu par elle.

Le sénateur Meighen: Où est-il exploité et entretenu par l'Armée?

Le colonel Hines: Ici au Canada. Je ne suis pas sûr de l'endroit exact.

Le sénateur Meighen: À votre avis, quelle est la première priorité de l'Armée de l'air à l'heure actuelle?

Le colonel Hines: La plus grande priorité est certainement le problème des ressources humaines. Il faut pour cela régler en parallèle les problèmes de recrutement et de maintien de l'effectif.

Le sénateur Meighen: Le maintien de l'effectif est-il principalement une question d'argent?

Le colonel Hines: Je ne crois pas.

Le sénateur Meighen: Quels sont les autres facteurs?

Le colonel Hines: Les gens veulent changer de mode de vie, recherchent quelque chose de différent.

Le sénateur Meighen: Comment contrebalancer cela, sinon avec de l'argent?

Le colonel Hines: Je ne sais pas. Toute la notion de carrière a changé aux yeux de nombreux jeunes pilotes que nous formons. Lorsque je me suis engagé, les gens le faisaient pour 30 ans. Les gens ne s'engagent plus pour 30 ans aujourd'hui.

Le sénateur Meighen: Ils ne s'engagent à rien pour 30 ans.

Le sénateur Forrestall: Nous avons garé, dans un endroit commode mais très accessible aux photographes, au moins sept EH 1 qui pourraient être mis en service, apparemment, en réparant quelques bricoles et en donnant un coup de peinture. Pourquoi ne pas les ramener ici où ils pourraient servir à la formation et à la familiarisation des pilotes? Pourquoi continuer à les laisser languir dans un champ quelque part en Italie?

Le colonel Hines: Voulez-vous dire louer les EH 1, en avance sur le programme de livraison?

Le sénateur Forrestall: Il n'y a pas eu de livraison. Il y en a six ou sept qui auraient pu être livrés il y a quelques mois.

Le colonel Hines: Nous sommes en train de former les équipages pour eux. Les premiers équipages à voler sur le Cormorant s'entraînent au Royaume-Uni. Le constructeur a rencontré des difficultés techniques et nous lui avons dit que nous n'accepterions pas les appareils tant que ces difficultés ne seraient pas réglées. Je crois savoir que c'est maintenant le cas ou bien que c'est imminent. Cependant, nos équipages s'entraînent en ce moment-même, nous ne sommes donc pas prêts à prendre réception des appareils. Nous commencerons à recevoir les Cormorant vers la fin de l'été.

Le sénateur Forrestall: Nous n'utilisons aucun des appareils dont nous devrions prendre livraison, n'est-ce pas?

Le colonel Hines: Non. À ma connaissance, la formation se fait à contrat au Royaume-Uni.

Le sénateur Forrestall: C'est dommage que ces appareils soient prêts et que nous ne puissions nous en servir. Merci.

Le président: Merci de votre exposé, colonel Hines. Nous espérons vous réinviter.

Notre prochain témoin est le commodore Jean-Yves Forcier. Le commodore Forcier est entré dans la Marine après son diplôme secondaire. Après sa formation initiale, il a été affecté à Halifax où il a entamé sa carrière en mer. Il a servi sur plusieurs navires de Sa Majesté: les NCSM Saskatchewan, Ottawa, Protecteur, Algonquin et Preserver. Pendant le conflit du Golfe persique, il a été détaché pendant six mois comme sous-chef d'état-major pour les opérations canadiennes en mer et plus tard, affecté au Quartier général canadien du Moyen-Orient à Bahreïn.

Après une affectation au Collège de la Défense nationale, le commodore Forcier a été muté à Québec pendant deux ans en tant que Commandant adjoint de la Réserve navale. En 1996, il assume les fonctions de Commandant du quatrième groupement d'opérations maritimes à Esquimalt, en Colombie-Britannique et, l'année suivante, il ajoute à ses fonctions celles de chef d'état-major de la flotte canadienne du Pacifique.

Depuis septembre 2000, le commodore Forcier cumule les fonctions de chef d'état-major J3 au Quartier général de la Défense nationale à Ottawa.

Vous pourriez peut-être commencer par nous expliquer ce que signifie «J3», commodore, et ensuite nous donner un aperçu des opérations actuelles au niveau national et international.

Le commodore Jean-Yves Forcier, chef d'état-major J3, sous-chef d'état-major de la Défense: Honorables sénateurs, je vais tout d'abord expliquer le titre de chef d'état-major J3. J3 est la nomenclature de l'État-major interarmes au Quartier général de planification et «3» signifie «opérations». Je suis le spécialiste des opérations, si vous voulez, auprès du sous-chef d'état-major de la Défense. Je suis ravi de comparaître au nom de ce dernier à cette première séance de votre comité aujourd'hui. J'ai entendu les exposés de ce matin. Je sais que vous avez reçu des breffages poussés sur la politique et le cadre de gestion du ministère. Je sais que mes collègues des trois armes vous ont donné des renseignements détaillés sur leur structure, équipement et capacité.

Mon but aujourd'hui est de vous donner un aperçu de l'activité actuelle des Forces canadiennes sur la scène internationale et de vous expliquer le cadre des opérations au Canada. Étant le dernier témoin, j'imagine que vous ne souhaitez pas entendre un long exposé et voudrez plutôt explorer plus à fond des points abordés par les intervenants précédents. Cependant, j'ai un petit mémoire et je vais le présenter sans tarder, si vous le permettez.

Ainsi que M. Bon vous l'a dit ce matin, le livre blanc de 1994 charge les Forces canadiennes de «défendre les intérêts et les valeurs du Canada et des Canadiens. L'obligation première du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes consiste à protéger le pays et ses citoyens contre toute atteinte à leur sécurité».

La promotion de la paix mondiale en tant qu'élément essentiel à la protection de la sécurité du Canada demeure au coeur de notre politique étrangère. La sécurité du Canada, notamment sa sécurité économique, dépend de plus en plus de la sécurité des autres. Plus que jamais, la mondialisation, le développement technologique et l'envergure des activités humaines renforcent notre interdépendance fondamentale avec le reste du monde. Le Canada doit s'attaquer aux problèmes liés à la sécurité de façon intégrée et mobiliser toutes ses ressources. Notre pays respecte les ententes internationales et collabore avec l'ONU, l'OTAN et d'autres organisations reconnues pour assurer sa sécurité grâce à un environnement mondial plus stable.

Voyons d'abord les opérations internationales. Vous le savez, la nature des opérations de maintien de la paix a énormément changé depuis la fin de la Guerre froide. Ce changement est particulièrement bien illustré dans le rapport du Secrétaire général des Nations Unies intitulé «Agenda pour la paix» qui fait état des concepts de la diplomatie préventive, du déploiement préventif ainsi que du rétablissement, de l'imposition et de la consolidation de la paix dans le contexte des opérations modernes de maintien de la paix.

Depuis 1947, les FC ont pris part à 71 opérations internationales, auxquelles s'ajoutent les 16 opérations en cours, ainsi que de nombreuses missions nationales de soutien qui se sont déroulées au cours de cette période. Au total, le nombre des opérations des FC s'élève à plus de 110.

À ce jour, les FC ont affecté plus de 100 000 militaires à des opérations internationales, dont 108 ont perdu la vie durant des missions de soutien de la paix.

L'année dernière a été une année de transition pour les FC participant à des opérations internationales. Alors que plusieurs missions ont pris fin ou ont été considérablement réduites à la suite de la décision des FC de rationaliser leurs engagements dans le monde, de nouvelles missions ont vu le jour. Au cours de l'année, près de 3 000 militaires ont été affectés à 25 missions internationales, ce chiffre tombant à 2 500 le mois dernier. Bien que cela représentait une réduction par rapport au niveau de 4 500 en 1999, soit le niveau le plus élevé depuis la Guerre de Corée, ce niveau d'activité a néanmoins continué d'exercer d'énormes pressions sur nos ressources humaines, comme vous le savez déjà. La participation des FC aux opérations internationales continue de représenter une proportion supérieure de la force totale consacrée aux opérations de soutien de la paix que celle de la plupart des autres pays occidentaux.

Je vais maintenant passer en revue nos engagements actuels par région, en commençant avec les Balkans. La contribution à la paix et à la stabilité dans la région balkanique reste notre engagement étranger le plus important et représente actuellement notre plus gros déploiement, avec plus de 1 600 hommes. En juin 2000, les FC ont rationalisé leurs engagements dans la région en retirant leur groupement tactique du Kosovo pour accroître et centrer leurs efforts sur la Bosnie-Herzégovine. Cette rationalisation a permis de réduire de près de 1 000 le nombre de Canadiens dans la région. Cela nous a permis aussi de soulager notre personnel de soutien surchargé qui n'a plus qu'à appuyer une mission dans les Balkans. La rationalisation a été effectuée de concert avec nos partenaires de l'OTAN, dont certains ont eux aussi réduit leurs engagements.

En outre, grâce aux efforts de l'OTAN, la situation dans une partie des Balkans commence à revenir à la normale. Par conséquent, outre la rationalisation de nos forces terrestres de la région avant Noël 2000, nous avons pu redéployer les six chasseurs CF-18 que nous avions gardés à Aviano, en Italie, pour appuyer les opérations de l'OTAN dans les Balkans.

Je vais maintenant passer à l'Afrique. Tandis que nous réduisions nos forces dans les Balkans en novembre et décembre 2000, nous avons déployé en même temps un groupe-compagnie d'infanterie dans le cadre d'une contribution des Pays-Bas et du Canada aux forces de maintien de la paix de l'ONU chargées de surveiller l'accord de paix conclu entre l'Éthiopie et l'Érythrée. Avec le personnel de commandement et de soutien, nous avions un total de plus de 450 personnes dans la force opérationnelle de l'Afrique orientale. Cette participation était pour six mois et a pris fin à la fin de juin. Notre contribution se limite aujourd'hui à un groupe d'observateurs militaires travaillant avec les Nations Unies.

Bien entendu, les FC ont toujours des engagements dans plusieurs autres pays du continent africain, tant avec l'ONU, au Sierra Leone et en République démocratique du Congo, qu'avec des coalitions telles que l'effort multinational visant à former les Forces armées nationales en Sierra Leone.

Voyons maintenant le Moyen-Orient. Le Canada continue d'apporter une contribution importante aux efforts de stabilisation dans cette région. Au Moyen-Orient, les Forces canadiennes fournissent des observateurs militaires et du personnel de soutien à l'ONU sur le plateau du Golan ainsi qu'à divers endroits en Égypte, au Liban, en Jordanie et en Syrie. De plus, les Forces canadiennes ont affecté des officiers d'état-major à la Force multinationale ainsi que des observateurs dans le Sinaï pour superviser l'accord de cessez-le-feu entre Israël et l'Égypte conclu à Camp David.

Au cours de l'année dernière, le Canada a déployé trois navires dans le Golfe arabo-persique dans le contexte de sa collaboration périodique à la force d'interdiction maritime de l'ONU chargée d'appliquer les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l'importation et l'exportation à destination et en provenance de l'Irak, notamment de pétrole. Deux de ces navires, le NCSM Calgary et le NCSM Winnipeg, sont basés à Esquimalt, en Colombie-Britannique, le troisième, le NCSM Charlottetown étant basé à Halifax, en Nouvelle-Écosse. En plus de mener des opérations essentielles à la réalisation des objectifs de l'ONU dans la région, les trois navires ont profité de l'occasion pour effectuer des opérations maritimes multinationales avec les marines d'autres pays participant. Deux de ces navires ont été intégrés aux opérations complexes menées par les groupements aéronavals de la Marine américaine durant leur trajet en provenance et à destination de la région.

Les Forces canadiennes ont également collaboré avec l'ONU en fournissant des observateurs militaires pour surveiller la frontière entre l'Irak et le Koweit, comme ils le font d'ailleurs depuis dix ans. Cette petite mission prendra fin au début de l'automne.

Voyons maintenant les opérations au Canada. Contribuer à la sécurité mondiale en participant aux efforts de stabilisation internationaux ne représente qu'un volet du mandat des Forces canadiennes. Comme le précise le livre blanc sur la défense, les Forces canadiennes doivent d'abord et avant tout être toujours capables de «faire face de manière efficace aux situations qui pourraient se présenter dans notre pays». Ainsi, outre nos engagements permanents à l'intérieur de nos frontières, comme les opérations de recherche et sauvetage, les activités liées à la défense et la souveraineté du Canada, les Forces canadiennes sont régulièrement appelées à offrir de l'aide à un large éventail d'organismes civils à travers le Canada. Alors que les Forces canadiennes devraient être considérées comme un dernier recours, leur souplesse inhérente, leur cohésion, leur capacité propre et leurs succès récents ont eu pour effet d'accroître le nombre de demandes de soutien, au-delà de ce que nous offrons routinièrement. La majorité de ces demandes supplémentaires peuvent être classées en trois grandes catégories, que je vais passer en revue tour à tour.

La première catégorie regroupe des situations comme les inondations du Manitoba en 1997 et la tempête de verglas en 1998 au cours desquelles les Forces canadiennes ont répondu aux appels à l'aide d'autorités dépassées par les événements. Bien que les secours d'urgence relèvent principalement des provinces et des territoires, les Forces canadiennes demeurent prêtes à intervenir selon les besoins lorsque surviennent des catastrophes naturelles et que la vie de civils est menacée.

L'intervention rapide est rendue possible par un vaste réseau composé d'officiers de liaison qui sont en rapport avec les autorités provinciales et les unités d'intervention immédiate dans chacun des quatre secteurs de la force terrestre dont on a parlé tout à l'heure. Des navires et des aéronefs sont également disponibles à court préavis, au besoin.

La deuxième grande catégorie concerne l'aide offerte aux autres ministères fédéraux. Dans ce cas, les Forces canadiennes assurent principalement des services logistiques comme le transport aérien, l'hébergement et le prêt d'équipement à titre provisoire. À l'occasion, les Forces canadiennes fournissent aussi du personnel qualifié offrant des avis et services experts en matière de télécommunications, de logistique, de défense nucléaire, biologique et chimique, de lutte contre le terrorisme, et cetera. Dans cette catégorie, le ministère des Affaires étrangères et celui du Solliciteur général font typiquement appel à nous lors d'événements majeurs comme le Sommet des Amériques. Patrimoine canadien en fait autant lors de visites royales et de cérémonies nationales et aussi, par exemple, Sports Canada pour des jeux et autres rencontres sportives.

Parmi les autres bénéficiaires de l'assistance des FC, mentionnons Citoyenneté et Immigration Canada, pour des logements temporaires aux réfugiés kosovars et le Bureau de la sécurité des transports pour la récupération de l'épave du Swissair 111 au large de Peggy's Cove, en Nouvelle-Écosse. Je pourrais prolonger la liste mais les exemples que j'ai cités suffisent à montrer le niveau de notre participation et de notre engagement au Canada.

La troisième grande catégorie comprend la contribution que les Forces canadiennes apportent routinièrement aux forces de police. Notre principal client à cet égard est la GRC. Bien que les membres des FC ne soient pas normalement appelés à appliquer la loi, ils fournissent souvent les navires ou pilotent les aéronefs qui permettent aux agents de la GRC d'exécuter leurs fonctions dans les cas où ils ne pourraient le faire sans cette aide.

Je voudrais signaler en particulier notre collaboration active avec la GRC dans sa lutte contre l'importation de drogues illicites et de son programme d'éradication de la marijuana. En mars dernier encore, l'aide des FC à une opération de la GRC a permis aux autorités américaines de saisir plus de deux tonnes de cocaïne. Un protocole d'entente a été conclu entre la GRC et les Forces canadiennes pour faciliter l'assistance militaire à de telles opérations.

Outre la GRC, les Forces canadiennes appuient également de façon plus ou moins permanente plusieurs autres organismes chargés d'appliquer certaines lois. Citons en particulier l'aide offerte à Citoyenneté et Immigration Canada dans les cas de navires transportant des migrants clandestins vers les côtes canadiennes, à Pêches et Océans Canada sous forme de patrouilles de surveillance des pêches et à Service correctionnel Canada à l'occasion d'une émeute dans un pénitencier fédéral.

Enfin, même s'ils ont rarement été utilisés, il existe des mécanismes permettant à la police provinciale, territoriale et même municipale de demander l'aide des FC lorsqu'elle est confrontée à des situations qu'elle ne peut contrôler.

En conclusion, nos engagements nationaux permanents et le rythme de nos opérations internationales mettent à rude épreuve les Forces canadiennes. Même si nous avons réussi à répondre aux besoins ces deux dernières années, comme d'autres témoins l'ont dit, c'est un rythme qu'il est difficile de maintenir. Lorsque la cadence des opérations s'accélère, les membres des Forces, hommes et femmes, passent moins de temps au Canada entre deux déploiements internationaux. Cela se répercute sur leur perfectionnement professionnel ainsi que leur qualité de vie, tout comme la qualité de vie de leurs familles qui doivent endurer de longues périodes de séparation.

Néanmoins, nous nous engageons pour servir notre pays à l'intérieur et à l'extérieur de nos frontières et les Forces canadiennes continuent de mener leurs opérations de manière hautement efficace, dans les limites de leur capacité. Les Forces armées du Canada doivent s'attendre à continuer d'être sollicitées pour intervenir dans les crises qui surgiront à l'avenir, chez nous ou à l'étranger.

Le sénateur Banks: À titre d'information, est-il exact que pour maintenir une force de 1 600 hommes à long terme dans les Balkans il faudrait un engagement total d'environ 8 000 membres des Forces canadiennes, pour assurer la rotation? C'est donc quatre fois le nombre sur place, pour permettre la rotation.

Le commodore Forcier: C'est la règle approximative, ou les chiffres que l'Armée de terre a calculés et utilise pour maintenir une force. C'est juste.

Le sénateur Banks: Vous dites que le Canada a une plus forte proportion de sa force totale déployée pour les opérations de maintien de la paix que des pays similaires. On peut faire dire tout ce que l'on veut aux chiffres, mais l'une des raisons pourrait en être que notre force totale est inférieure à ce qu'il faudrait. Si vous aviez davantage d'effectifs, le pourcentage de militaires à déployer pour ce genre d'opérations serait plus faible. Nous avons un effectif de l'ordre de 60 000 dans les Forces armées en ce moment. Est-ce exact?

Le commodore Forcier: Plus ou moins.

Le sénateur Banks: On nous a parlé de la difficulté à recruter et conserver le personnel. Combien manque-t-il à l'effectif aujourd'hui? Combien nous manque-t-il de soldats?

Le commodore Forcier: Je n'ai pas les chiffres exacts.

Le sénateur Banks: Pourriez-vous nous donner une estimation?

Le commodore Forcier: Nous sommes environ à 1 000 personnes en dessous du plafond fixé.

Le sénateur Banks: Mille sur 60 000, ce n'est pas terrible. Ce n'est pas une pénurie critique qui empêcherait de remplir les obligations?

Le commodore Forcier: Nous nous débrouillons évidemment avec le nombre que nous avons. Mais je signale que sur un effectif de 60 000, le nombre déployable dans des opérations aujourd'hui est d'environ 25 300, pour remplir une mission.

Le sénateur Banks: Est-ce là une proportion normale dans une force armée, d'avoir 35 000 militaires appuyant les opérations de 25 000 soldats?

Le commodore Forcier: Les 35 000 ne sont pas tous affectés au soutien. Beaucoup sont à différentes étapes de formation.

Le sénateur Banks: Dans la structure d'ensemble, si vous avez un effectif total d'environ 60 000, le chiffre de 25 000 pouvant être déployé est-il comparable à ce que l'on trouve dans d'autres pays?

Le commodore Forcier: J'avoue ne pas posséder personnellement de données statistiques autorisant une comparaison. De mon point de vue, et considérant les chiffres que nous avons, cela me paraît raisonnable. Certains de ces 25 000 seront transférés à d'autres emplois ultérieurement. Vous ne voulez pas que ce soit toujours les mêmes prêts à partir, sur le pied de guerre. Il y a donc une rotation automatique. Il s'agit en gros d'un rapport de un à un, entre ceux affectés à un poste opérationnel ou une unité opérationnelle quelque part, navire ou bataillon, et cetera, et ensuite votre prochain cycle consiste à enseigner dans une école ou à travailler au Quartier général de la Défense nationale. Ce semble être un rapport raisonnable. Mais je n'ai pas de formule sur laquelle fonder cette opinion.

Le président: Je ne comprends pas très bien votre dernière réponse sur la raison du déficit de 1 000 hommes. Je suis sûr d'avoir lu récemment que les Forces canadiennes ont lancé une campagne de recrutement de 10 000 personnes.

Le commodore Forcier: Il se pourrait que ce soit plus de 1 000. Ce pourrait être plus proche de 2 000. Selon ma connaissance limitée des problèmes de ressources humaines, nous lançons une campagne de recrutement en prévision des départs naturels et départs à la retraite. J'imagine que le syndrome du baby-boom intervient également. Il semble que mes collègues des ressources humaines visent à recruter 10 000 pour nous ramener au bon niveau et conserver ensuite l'effectif à ce niveau.

Je peux vous renvoyer au personnel des ressources humaines qui possède, j'en suis sûr, les données et les équations employées ici.

Le président: Veuillez nous les fournir.

Le commodore Forcier: Je sais, d'après mes lectures antérieures dans d'autres fonctions, que nous avons un taux de déperdition normal, d'environ 10 p. 100, comme tout le monde. Chaque année nous avons des départs à la retraite. C'est sans doute pour rétablir le plafond de 60 000 que l'effort de recrutement vise 10 000 personnes. Je suis sûr que nous pouvons vous donner l'explication.

Le sénateur Banks: Ce rapport, que vous avez certainement lu, du Royal Canadian Military Institute, fait état de 7 000 membres des Forces régulières travaillant à la gestion du personnel, ou des ressources humaines, comme on dit. Je déteste ce terme. Ce chiffre me paraît élevé, sur un total de 60 000. J'ai demandé à l'un des témoins précédents ce qu'il en est. Il n'était pas sûr que ce chiffre soit exact. Trouvez-vous normal que 7 000 membres des Forces régulières soient occupés par la gestion du personnel?

Le commodore Forcier: J'avoue ne pas avoir lu le rapport. Très franchement, je me concentre sur les problèmes opérationnels. Cependant, je sais qu'il existe.

Le sénateur Banks: Est-ce que ce nombre vous paraît juste?

Le commodore Forcier: Il s'agirait de savoir ce que l'on entend par poste lié aux ressources humaines, et cetera. S'il s'agit d'une combinaison de personnel du Quartier général, occupé en partie par les opérations ou assurant la formation dans les écoles, ce peut être un chiffre réaliste, mais je ne sais pas comment ces 7 000 se répartissent.

Le sénateur Banks: Pourriez-vous vérifier cela pour nous et nous faire savoir si cette affirmation est juste, s'il y a effectivement ce nombre de membres de la Force régulière occupés par les questions de personnel?

Le commodore Forcier: Je vais certainement vous trouver ce renseignement.

Le sénateur Banks: Je vous en serais reconnaissant.

Le sénateur Wiebe: J'aimerais revenir un moment à l'intervention du Canada dans les Balkans. Ces forces, en gros, servaient selon deux situations différentes en Bosnie. D'une part sous le régime des Nations Unies, et actuellement sous celui de l'OTAN. Un certain nombre de nos militaires, à leur retour, ont développé quelques problèmes psychologiques.

Avez-vous eu assez de temps pour analyser les raisons de ces problèmes? La raison pour laquelle je dis cela est que, lorsque nos forces servaient sous la tutelle des Nations Unies, les règles d'engagement étaient telles qu'ils ne pouvaient rien faire d'autre que d'observer les atrocités et en faire rapport. C'était une situation très frustrante pour ceux qui étaient témoins des atrocités survenues là-bas. En revanche, les règles d'engagement de l'OTAN permettent d'intervenir lorsque des atrocités s'y déroulent. Il est psychologiquement difficile de se tenir à l'écart et de rester spectateurs des atrocités lorsqu'on a pour mandat de maintenir la paix. Est-ce que les règles de l'OTAN sont plus propices à la stabilité de nos soldats?

Le commodore Forcier: Je ne peux comparer les deux car je n'étais pas sur place et n'ai pas eu de rôle dans les opérations conjointes sous le premier régime. Cependant, nous faisons face aux difficultés psychologiques que connaissent les membres des premières missions. Je sais que vous avez déjà parlé aujourd'hui du SSPT. Nous avons mené une campagne assez agressive pour mieux soigner nos membres. Certaines des personnes touchées ont maintenant été recyclées dans des emplois différents et ont repris du service et on examine dans quelle mesure ils peuvent être redéployés.

Pour ce qui est des règles d'engagement, pendant le peu de temps que j'ai passé au Quartier général de la Défense nationale, à la Direction des opérations, j'ai eu à m'occuper de très près des règles d'engagement pour toutes les missions. Une partie de mon mandat consiste à négocier avec notre chaîne de commandement la vigueur que nous souhaitons pour ce qui est des règles d'engagement. Je peux vous dire que nous avons des règles d'engagement très robustes. Même si nous travaillons à une mission des Nations Unies sous la tutelle de l'OTAN, la protection de nos soldats et leur marge de manoeuvre sont examinés de très près. Nous dialoguons très tôt avec nos partenaires.

Par exemple, lorsque nous avons déployé des troupes en Érythrée et en Éthiopie, il n'y avait aucun doute dans mon esprit que ces soldats étaient déployés selon des règles d'engagement très robustes. Heureusement, la situation s'est stabilisée très rapidement et nous n'avons pas vu, pendant notre quart, le genre d'atrocités qui s'est produit dans d'autres théâtres.

J'ai pour me conseiller sur les règles d'engagement quelques esprits juridiques très aiguisés et des gens expérimentés de tous horizons. Il y a dix ans, il y avait peut-être un ou deux experts sur les règles d'engagement; aujourd'hui, j'en ai tout un bataillon.

Le sénateur Wiebe: Je comprends les règles d'engagement lorsqu'il s'agit de protéger les soldats canadiens. Cependant, en Bosnie, sous le régime des Nations Unies, ils étaient autorisés à se protéger eux-mêmes mais non pas à intervenir dans les atrocités que les locaux s'infligeaient eux-mêmes. Ils ne pouvaient que les signaler et devaient rester passifs. Aujourd'hui, les règles d'engagement des Nations Unies leur permettent d'intervenir pour prévenir des atrocités prévisibles, ou au moins agir après le fait.

Le commodore Forcier: Nous ne sommes pas le seul pays à avoir appris en cours de route. Lorsque nous discutons de ces questions aujourd'hui, beaucoup de mes interlocuteurs pensent comme moi. Je n'ai pas rencontré de résistance contre des règles d'engagement multinationales relativement robustes. Nous espérons que cette ère est maintenant révolue et que l'on ne reverra pas cela dans la communauté internationale. Nous espérons qu'à l'avenir nous serons autorisés non seulement à protéger nos soldats mais également, selon la situation, à protéger la population locale contre ces exactions.

Je suis encouragé par chaque mission successive. Non seulement avons-nous une meilleure connaissance du problème des règles d'engagement, mais nous avons aussi pu négocier avec nos partenaires un bon ensemble de règles communes.

Le sénateur Wiebe: Je sais qu'un certain nombre de nos soldats ont servi sous les deux régimes en Bosnie. J'ai eu l'occasion de passer six jours avec eux là-bas. Ils se sentaient tellement mieux sous le régime ONU. Est-ce qu'il s'est écoulé suffisamment de temps pour que le ministère puisse savoir si les séquelles psychologiques diffèrent selon les deux règles d'engagement? Il est peut-être trop tôt pour le savoir.

Le commodore Forcier: Je ne sais pas si nous avons des chiffres. Je sais que nous assurons un suivi plus poussé, tant sur le théâtre qu'une fois de retour. Notre planification de la mission, dès le départ, prévoit une sensibilisation des gens à la réalité. J'ai constaté, tant au niveau des unités qu'au niveau d'ensemble, une conscience beaucoup plus approfondie du climat et des conditions qu'ils vont rencontrer. Je suis sûr que mes collègues de l'Armée de terre ont conscience qu'il leur faut faire comprendre aux soldats que la situation de l'UNPROFOR ne vaut plus, que la situation sur le terrain a changé, les relations avec les locaux ont changé, l'infrastructure a changé et que les nouvelles règles sont différentes.

J'ai eu la possibilité d'aller sur place et j'y retournerai bientôt. J'ai une impression très positive. Ils comprennent que les règles et le climat ont changé, et c'est positif.

Le sénateur Forrestall: Il y a une différence, n'est-ce pas, entre les bérets bleus et les bérets verts? Est-ce que les chiffres cités aujourd'hui englobent les deux?

Le commodore Forcier: C'est le nombre total des bérets verts et des bérets bleus.

Le sénateur Forrestall: Ils opèrent selon des mandats différents?

Le commodore Forcier: C'est le total qui opère sous mandat opérationnel. Nous avons actuellement plus de 2 500 personnes déployées. Beaucoup d'autres font de la formation, mais ceux qui opèrent selon des règles d'engagement réel totalisent 2 500.

Le sénateur Forrestall: Savons-nous approximativement combien relèvent des Nations Unies et combien de l'OTAN?

Le commodore Forcier: Sur la base du nombre actuellement en Bosnie, je dirais environ 1 600. Le gros des bérets verts se trouvent actuellement en Bosnie, et il en a quelques autres de ci de là à travers le monde.

Le sénateur Forrestall: Je ne sais pas comment l'on mesure l'effectif des Forces canadiennes, mais il y a quelques années d'aucuns jugeaient utile de connaître régulièrement le chiffre de l'effectif. Quelqu'un m'a dit que la meilleure façon de chiffrer l'effectif des Forces armées canadiennes était de compter le nombre de chèques de solde émis à la fin de chaque mois.

Ayant suivi cela sur une assez longue période, j'ai constaté la précision remarquable de ce paramètre. Selon ces chiffres, nous comptons actuellement 52 000 membres des Forces armées canadiennes. Ce n'est pas ce qui me préoccupe, ce qui me préoccupe ce sont les écarts dans les comptes financiers.

Combien nous versent les Nations Unies pour les allocations au personnel canadien servant pour les Nations Unies?

Le commodore Forcier: Je ne connais pas ces chiffres par coeur, mais vous avez raison, les Nations Unies versent des allocations.

Le sénateur Forrestall: C'est juste, alors que l'OTAN ne nous donne pas de chèque.

Le commodore Forcier: Non, mais qu'il s'agisse de bérets verts ou de bérets bleus, nous versons à nos soldats une prime de risque, en sus de ce que nous remboursent les Nations Unies. Autrement dit, il existe un système de financement interne de la solde supplémentaire.

Le sénateur Forrestall: Cela fait une différence. Cela fait une différence dans les nombres que l'on compte. Nous ne comptons pas ceux que nous ne payons pas.

Nous avons eu des militaires détachés pour d'autres fins, d'autres rôles et d'autres emplois, non seulement ici en Amérique du Nord mais aussi en Europe et ailleurs dans le monde. Ils n'étaient pas très nombreux, mais c'étaient des gens qui avaient un congé et que nous ne payions plus.

Comment obtenir un décompte précis du nombre de membres des Forces armées canadiennes? Comment mesure-t-on ce chiffre? Où s'arrête-t-on? Comment le définit-on? C'est l'un des chiffres les plus flous que j'ai jamais vus.

En sus du recrutement, je crois savoir que nous encourageons maintenant des militaires à rester après l'âge de la retraite obligatoire. Avons-nous des catégories pour cela? Est-ce que ces gens partent à la retraite et sont embauchés le lendemain à contrat, ce qui fait qu'il devient encore plus difficile d'avoir un chiffre final?

Au lieu de nous donner les réponses précises immédiatement, quelqu'un pourrait-il se pencher là-dessus et transmettre les réponses au président ou au greffier?

Le commodore Forcier: Je vais transmettre votre question à nos responsables des ressources humaines. Ils vous donneront les chiffres par catégorie.

Le sénateur Forrestall: Je dis simplement que nous avons un niveau d'effectif autorisé de 60 000 dans les Forces armées. Je crois savoir qu'il y en a en réalité beaucoup moins et il serait intéressant pour le comité de savoir combien il en manque.

Le commodore Forcier: Je transmettrai la question et veillerai à ce que la réponse vous soit donnée.

[Français]

Le sénateur Pépin: Je dois avouer qu'en lisant votre rapport et en vous entendant, je trouve que vous faites des merveilles avec les moyens et les contraintes que vous avez, que ce soit sur le plan budgétaire, de l'équipement ou du nombre de militaires que vous désirez.

On le sait, les militaires subissent un stress dans leurs missions, que ce soit à l'ONU ou avec l'OTAN. De plus, ils ont des séjours répétitifs à l'étranger. Ils reviennent au pays après un séjour de trois à six mois, ils y restent quelques semaines et ils doivent repartir. Cela nuit à leur qualité de vie et apporte un stress supplémentaire. Vous nous l'avez dit, vous n'avez pas assez de personnel militaire. Cela ne pourrait-il pas être une des causes des difficultés de recrutement?

Cmdre Forcier: Sur le cycle de déploiement, on a deux lignes de conduite qui s'amalgament. Une d'entre elles est de n'autoriser aucune personne à se redéployer à moins de douze mois à la maison. Des employés du sous-ministre adjoint pour les ressources humaines militaires sont en train d'étudier la question des déplacements des individus. J'ai pris connaissance de leur concept et le but est d'éviter qu'on ramène un individu à la maison, qu'on lui dise qu'il fait partie de telle unité et qu'il n'ira pas nulle part pour au moins 12 mois et que le lendemain, on le transfère à une autre unité. On veut s'assurer que non seulement les gens ne se déploient pas à l'extérieur du pays, mais qu'ils ne se déplacent pas de leur domicile afin d'avoir une vie plus stable. Par exemple, on ramène un jeune à la maison qui se déploie avec un bataillon ou avec un navire, on lui dit qu'il doit suivre un cours en préparation à la promotion, mais malheureusement, c'est à l'autre bout du pays. C'est ce qu'on veut éviter. L'étude a débuté, je crois, il y a deux ou trois mois, et entre-temps, les gens sont sensibilisés au problème.

Lors de nos études sur le stress, on a réalisé que c'est un élément très important. Dans mon cas, j'ai des gens qui ont été transférés à mes directorats opérationnels. Je fais alors attention pour ne pas les envoyer faire des enquêtes outre-mer pendant des semaines. Je ne veux pas les mettre dans une situation contraire à nos règles.

Le sénateur Pépin: Cela aiderait également passablement la vie de famille et aussi l'épouse qui, bien souvent, aimerait avoir une autre occupation que de rester en permanence à la maison. Elle ne peut pas avoir d'emploi stable parce qu'elle ne sait pas si elle aura à faire sa valise et à s'en aller à l'autre bout du pays.

Cmdre Forcier: Les gens, avant d'être rapatriés d'une mission, aiment bien connaître la date de leur retour à la maison. Si on pouvait leur garantir qu'ils vont être à la maison ou dans la région pour au moins un an, comme vous dites, ils pourraient mieux planifier leur vie. Je crois que c'est positif. On apprend probablement de notre roue d'opération accélérée qui a causé certaines contraintes.

Le sénateur Pépin: Mais là encore, si vous aviez le nombre de militaires que vous désirez, peut-être que cela pourrait être plus facile de le faire ainsi.

[Traduction]

Le sénateur Meighen: Notre comité s'est rendu en Bosnie en 1994. L'un des aspects auxquels les troupes attachaient le plus d'importance à l'époque était la présence d'une unité médicale canadienne, la possibilité d'être soignés par des médecins canadiens. C'était terriblement important pour les soldats. Si je ne m'abuse, il était question à l'époque de remplacer l'unité médicale canadienne, soit parce que les médecins étaient sur place depuis longtemps ou à cause du coût, je ne sais pas. Les troupes devaient donc être soignées par une unité médicale d'un autre pays, ce qui n'est pas la fin du monde, je suppose. Si vous avez besoin d'un traitement médical, peu importe ceux qui vous soignent, mais c'était une source d'inquiétude.

Qui fournit le service médical aux Forces canadiennes en Bosnie aujourd'hui?

Le commodore Forcier: Avec la dernière rotation en Bosnie, nous avons fermé récemment le centre chirurgical que nous avions à Konjic. Nous l'avons fait sachant que la situation dans les Balkans, certainement dans notre secteur, s'est quelque peu stabilisée. Par ailleurs, nos partenaires ont beaucoup renforcé leur capacité dans ce domaine.

Cela dit, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de soutien médical canadien sur le théâtre. Il y a toujours des officiers médicaux et médecins canadiens dans toutes les formations. Simplement, nous n'avons pas notre propre hôpital de campagne. Cela n'a pas été un problème jusqu'à présent.

La fermeture du centre chirurgical n'était pas une mesure d'économie. Cela a été décidé après une étude détaillée de notre chirurgien général et compte tenu de l'équilibre des contributions.

Nous avons une pression auto-imposée pour certaines des raisons dont il est question, y compris le stress. Il nous faut constamment réviser notre contribution. Moi-même, mes collaborateurs et mes collègues des autres pays vérifions périodiquement si le niveau de la contribution est le bon, avec le bon assortiment de spécialistes sur le terrain, selon l'évolution de la situation. L'opinion professionnelle était que nous pouvions nous passer de notre équipe chirurgicale du fait que nous pouvons transporter rapidement les patients. En outre, des services comparables étaient disponibles sur place.

Le sénateur Meighen: Est-il difficile de fixer des médecins compétents dans les Forces armées, comme dans le cas des pilotes de l'Armée de l'air?

Le commodore Forcier: C'est l'impression que j'ai, d'après les données anecdotiques, mais il faudrait que je pose la question au chirurgien général. Je n'ai pas le pouls des différentes spécialités, et vous avez entendu les commentaires de ceux qui quittent l'Armée de l'air. J'ai l'impression qu'il y a là aussi des difficultés. Je joue avec les cartes que l'on me donne et c'est ainsi que je planifie les opérations.

Le sénateur Cordy: Nous avons parlé toute la journée de recrutement et de maintien du personnel. Je sais que vous menez actuellement une grande campagne de recrutement de militaires. Il me semble que la rétention doit être la partie difficile, non seulement pour les Forces armées mais pour beaucoup d'autres organisations.

Suite à ce que disait le sénateur Meighen, j'aimerais en savoir plus sur le personnel médical, qui peut s'établir n'importe où au Canada et qui est tellement en demande. Les pilotes sont un autre groupe, tout comme les informaticiens, qui peuvent quitter les Forces armées et toucher des salaires plus élevés que ceux de la fonction publique.

Si l'on regarde les engagements que les gens prennent aujourd'hui, comparé à il y a 30 et 40 ans, il y a des familles où les deux conjoints font carrière. Que pouvez-vous offrir pour inciter les gens à faire leur carrière dans les Forces armées?

Le commodore Forcier: C'est une question intéressante mais qui échappe à ma compétence. Nous avons un sous-ministre adjoint qui s'occupe de toute la question du recrutement, du maintien, de la qualité de vie, et cetera. Je sais que plusieurs études sont en cours. Cependant, comme tout le monde dans la société, nous envisageons tous les outils possibles, qu'il s'agisse d'une carrière plus flexible permettant aux gens d'entrer et de sortir à différents moment de leur vie, ou la prise en compte de compétences latérales au moment de l'engagement. C'est le genre de solutions dont j'entends parler dans le ministère.

Cependant, je ne peux pas vous dire quels objectifs spécifiques mes collègues des RH envisagent. Je me trompe peut-être, mais je crois que certaines de ces initiatives sont affichées sur le site Internet du MDN - une section que je n'ai pas eu le temps de consulter dernièrement. Je pourrais demander que l'on vous fournisse une liste des initiatives. Je ne sais vraiment pas où en sont les études, mais je suis sûr qu'ils pourront répondre à votre question et vous fournir des documents.

Le sénateur Cordy: Merci. Ce serait intéressant de savoir.

Le président: Commodore, pour revenir à votre domaine de compétence, pouvez-vous nous dire à quelles contraintes opérationnelles vous vous heurtez le plus souvent? Par exemple, sur le plan du personnel, certains métiers ou aptitudes posent-ils problème parce que vous en manquez?

Le commodore Forcier: Nous avons quelques difficultés en ce moment et l'on travaille à les résoudre. À court terme, sur le plan pratique, nous manquons de certains spécialistes, et je ne parle pas simplement des médecins et pilotes mais plutôt de gens ayant d'autres compétences recherchées; les spécialistes du génie, par exemple, et ceux qui ont d'autres qualifications vendables tels que plombier, charpentier, et cetera. Le secteur privé s'en empare lorsque le marché est bon.

Nous cherchons à rationaliser les fonctions de soutien dans certains des théâtres. Par exemple, nous assurions nous-mêmes certaines des fonctions logistiques en Bosnie, après plusieurs années sur le théâtre, alors que réellement elles auraient pu être remplies par quelqu'un d'autre. Nous nous sommes réveillés et avons recherché d'autres options, et conclu un marché de service avec une entreprise canadienne qui nous fournit une partie du soutien de base. Cela nous permet de nous concentrer sur les troupes déployables qui doivent se rendre dans des endroits inhospitaliers, où il n'y a pas d'infrastructure, pas de service de base et pas de main-d'oeuvre locale à embaucher. Nous envisageons certainement de généraliser ce concept.

À l'heure actuelle, c'est plus ou moins un programme pilote en Bosnie, avec un contrat avec une entreprise. Nous envisageons de généraliser cette option, sur certains théâtres, ceux où nous n'avons pas besoin de fournir nous-mêmes ces compétences. Mais tout dépend, car à un moment donné nous avions du mal avec les experts en communications. Aujourd'hui, cela semble aller. Nous avons également du matériel plus fiable, plus facile à utiliser sur les théâtres. Le problème semble stabilisé.

Vous avez tout à fait raison, en ce sens qu'il faut adopter une perspective large sur ces questions et pour ma part, lorsque je formule des options de déploiement, je ne perds pas de vue les fonctions de soutien.

Vous pouvez prendre un extrême, tel que la Bosnie, où le théâtre est bien pourvu. Nous connaissons les commerçants locaux, les autorités locales, les contraintes et les dangers. À l'autre extrémité, vous avez un terrain absolument nu avec rien que du sable, des rochers et des scorpions comme en Érythrée, et on se demande ce qu'il faut amener avec soi. La blague voulant que l'on amène jusqu'à l'évier de cuisine est une réalité.

Lorsque nous sommes allés en Érythrée, nous avons amené un fort contingent du génie. Nous avons utilisé une approche novatrice dans ce cas. Au lieu de transporter tous les ingénieurs et de les enterrer là pendant six mois, nous sommes venus avec un grand nombre de logisticiens et d'ingénieurs pour six semaines seulement, qui ont dressé le camp, salué le comité de contingent et lancé: «Voici votre niveau C». Ensuite nous avons laissé sur place un petit contingent d'ingénieurs pour s'occuper du quotidien après le rapatriement des autres. Nous mettons à l'essai différents concepts, mais en Érythrée celui-ci a certainement bien marché.

Le président: Avez-vous des problèmes d'équipement lorsqu'il s'agit de planifier les opérations?

Le commodore Forcier: C'est difficile à dire. Comme je l'ai dit, nous tendons à jouer les cartes que l'on nous donne. Lorsque nous envisageons les options de déploiement, nous considérons tout ce dont nous disposons pour la mission prévue et quelle serait notre meilleure contribution en fonction de nos spécialités, mais aussi de nos stocks.

Ce n'est pas un secret que, s'agissant de notre engagement au Timor oriental, nous avons envoyé un navire de ravitaillement avec le commandant naval responsable de la force d'intervention. Nous avons dépêché une compagnie d'infanterie et un groupe de transport aérien. Nous avons donc déployé toute la panoplie alors que la solution facile aurait été de se dire: «Quel groupe de bataille allons-nous envoyer au Timor oriental?» Mon prédécesseur et l'état-major interne ont effectué une analyse et décelé que nous pouvions contribuer quelque chose de nouveau et d'efficace. Cela marche à condition de ne pas planifier dans l'isolement et de travailler avec nos partenaires internationaux.

L'Érythrée et l'Éthiopie étaient difficiles parce que nous sortions juste du Kosovo. Il aurait été très difficile de déployer toute une avant-garde sur ce théâtre d'opérations. L'approche nouvelle a été de réaliser que nos collègues néerlandais avaient le même problème; chacun de nous avait une part du gâteau et nous pouvions nous concerter. Nous avons fusionné nos ressources, ce qui a très bien marché. C'est une situation où cela a marché. Nous en avons certainement tiré des leçons mais je dirais que l'opération en Érythrée a été une réussite retentissante. La collaboration entre les Néerlandais et nous-mêmes s'est avérée une combinaison remarquable. Je ne dis pas que cela marchera toujours, mais c'est un autre outil dans notre arsenal lorsque nous envisageons les contributions.

Le président: Certains d'entre nous ont l'impression que les Forces canadiennes sont mises à rude épreuve. Lorsque vous faites vos plans, que conservez-vous comme réserve? Quelle est la réserve ultime à laquelle vous refusez de toucher?

Le commodore Foncier: Je ne pense pas que le ministère, globalement, ait envisagé la situation sous cet angle. Il existe un cadre pour notre engagement général. Nous avons la capacité de déployer une avant-garde qui peut ensuite être renforcée pour former une force de contingence principale. Lorsque nous avions 4 000 soldats à l'étranger, comme c'était le cas en 1999, cela représente à peu près notre avant-garde, et même plus. Nous avons certainement la capacité de maintenir en opération cette avant-garde indéfiniment, mais au prix d'un rythme de rotation très élevé.

Le président: Ma question serait presque de savoir ce que vous faites lorsque vous avez 4 000 soldats à l'étranger et que survient une tempête de verglas.

Le commodore Foncier: Nous avons un cadre légèrement différent lorsqu'une tempête de verglas se produit au Canada. Les militaires en garnison sont à un certain niveau de préparation. Il y a toujours une force de réaction immédiate dans chaque région. Évidemment, pendant la tempête de verglas, on ne fait pas seulement appel aux 25 300 militaires portant un chapeau opérationnel. Nous avons réenrolé des gens localement à l'appui de cette opération. On fait appel aux compétences que l'on trouve. Il ne fait aucun doute que nous ferons tout ce que nous devons lors des opérations nationales.

Par exemple, j'ai été déployé pour les inondations de Winnipeg, avec 350 marins. La moitié d'entre eux étaient des réservistes, l'autre membres des Forces régulières, venant des deux côtes à proportion égale. J'ai accroché, pour les placer dans cet état-major improvisé répondant à la crise, quelques personnes qui n'occupaient pas des postes opérationnels, mais dont je savais qu'elles avaient l'expérience voulue, et qui venaient tant de la réserve que de la Force régulière.

D'une certaine façon, une opération intérieure - ne vous méprenez pas sur le sens de mon propos - est facile à planifier. C'est une crise. On jette dans la balance tout ce que l'on a, pour aider le Canada et secourir la population canadienne.

Nous avons en place au ministère de la Défense nationale un processus de planification que nous suivons. J'en suis le gardien. Nous pouvons planifier au fur et à mesure, au besoin. Nous avons réfléchi à l'Érythrée et à l'Éthiopie pendant quelques mois. Nous avons parfait nos connaissances de la région. Nous avons suivi ce que faisait la communauté internationale. Dans le cas de la tempête de glace, nous avons tout fait nous-mêmes. C'est le même processus. Il se déroule en accéléré parce qu'on n'a pas toutes les entraves des cadres internationaux et les impératifs politiques, et cetera. À l'évidence, toutes les ressources dont nous disposons sont mises à la disposition des Canadiens lors d'une crise intérieure. Cela ne fait aucun doute.

Le sénateur Meighen: Commodore, ce n'est peut-être pas à vous que je devrais poser cette question, mais puisque vous êtes le dernier témoin, vous tenez le rôle de la voiture-balai.

Au comité mixte, nous étions tous en faveur de la sous-traitance comme moyen de réduire les coûts et améliorer ce que l'on appelle le ratio dents-queue. D'après ce que nous avons entendu aujourd'hui, il semble qu'il faille renforcer la queue plutôt que les dents.

Laissant cela de côté, pouvez-vous m'expliquer un peu comment fonctionne la sous-traitance? Êtes-vous allés aussi loin que vous le pouviez? Cela a-t-il permis des économies? Poursuivez-vous ce programme?

Le commodore Foncier: Votre première remarque est juste. Cela échappe à ma compétence. Je ne m'occupe pas de la gestion ministérielle.

Le sénateur Meighen: À qui devrais-je m'adresser?

Le commodore Foncier: Je dirais que le bureau du vice-chef d'état-major de la Défense, c'est-à-dire ceux qui s'occupent des questions de gestion, sont responsables de gérer l'enveloppe des ressources, comme l'a dit le commodore McNeil.

Le sénateur Meighen: J'ai laissé passer l'occasion.

Le commodore Foncier: Mon seul rôle est périphérique, en rapport avec le soutien des opérations. Nous avons maintenant ouvert une nouvelle page avec notre soutien en Bosnie, où nous faisons appel à un entrepreneur sur place.

Le sénateur Meighen: Vous devez faire attention à qui vous sous-traitez, n'est-ce pas?

Le commodore Foncier: Nous le faisons toujours, sénateur.

Le sénateur Meighen: Le rapatriement d'une partie du matériel l'été dernier n'a pas été sans mal, si je me souviens bien.

Le commodore Foncier: Oh, oui, ce contrat-là.

Le sénateur Meighen: Ce contrat-là.

Le sénateur Banks: Dans le même ordre d'idée que celui du sénateur Meighen, et nous souvenant de ce navire et du fait que notre équipement était là et que nous ne pouvions mettre la main dessus, les Néerlandais se sont dotés d'un gros navire de transport avec une capacité de chargement par l'arrière, si je me souviens bien. Ils ont un gros ponton de chargement qui s'amarre à l'arrière du navire et semble être très pratique. Aurions-nous besoin de quelque chose du genre? Prévoyons-nous d'acquérir quelque chose comme cela? Par quel moyen transportons-nous nos troupes déployées lorsque le besoin s'en fait sentir?

Nous avons déjà manqué d'avions. Je me souviens que nous avons dû louer quelques avions à l'Ukraine, à un moment donné, pour transporter nos forces. C'était un peu gênant. Pour quelque absurde raison juridique, nous ne pouvions décharger nos chars et véhicules blindés de ce navire. Prévoit-on de se doter d'un navire capable de transporter des troupes?

Le commodore Foncier: Pour répondre d'abord à une autre partie de votre question, la capacité de transport est un problème difficile pour tout le monde. Lorsqu'il s'agit de transporter par air de gros équipement, je crois que seuls deux pays au monde ont cette capacité. Maintenant que la Guerre froide est terminée, nous nous adressons au marché. Peu nous importe que ce soit un avion ukrainien ou américain.

Il y aura toujours un besoin, occasionnellement, d'une capacité de transport lourd, soit à cause de la taille des équipements soit par désir de tout transporter à la fois.

En ce qui concerne l'acquisition d'un navire, c'est un projet que nous examinons en ce moment, dans le cadre du programme des services de défense et de notre programme d'immobilisations, dont le commodore McNeil vous a parlé ce matin. Le navire de soutien logistique avancé possède cette capacité; c'est un navire polyvalent.

Le sénateur Banks: Est-ce que ce navire comporte ce ponton de débarquement à l'arrière?

Le commodore Foncier: Effectivement, il combine la capacité de transport et la capacité d'un navire de ravitaillement de la flotte. C'est une combinaison. C'est cela le concept. Il reste à voir quelle sera la conception finale, mais c'est le principe de base. Évidemment, dans une perspective interarmes, cela me donnerait davantage de flexibilité pour planifier certaines opérations.

Le président: Merci beaucoup, commodore. Nous apprécions votre témoignage aujourd'hui. Nous espérons vous revoir et, au nom du comité, je tiens à remercier tous les témoins du ministère de la Défense nationale qui ont comparu aujourd'hui. Je peux dire sans crainte d'être démenti que nous avons trouvé la journée instructive et nous sommes impatients de tenir d'autres audiences de cette sorte.

Pour ceux qui suivent nos travaux de chez eux, visitez notre site Internet à l'adresse WWW.PARL.GC.CA/DEFENCE.ASP. Nous affichons les témoignages ainsi que les calendriers de séance, une fois confirmés. Sinon, vous pouvez contacter notre greffier, en appelant le 1-800-267-7362.

Le comité reprend ses travaux dans cette salle demain matin à 8 h 45 pour entendre M. D'Avignon, du ministère du Solliciteur général.

La séance est levée.