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Délibérations du comité spécial sur les
drogues illicites

Fascicule 4 - Témoignages


OTTAWA, le lundi 11 juin 2001

Le Comité sénatorial spécial sur les drogues illicites se réunit aujourd'hui à 9 h 06 pour réexaminer les lois et les politiques antidrogue canadiennes.

Le sénateur Pierre Claude Nolin (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président: Je déclare réouvertes les délibérations publiques du Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites. C'est avec un vif plaisir que je vous souhaite la bienvenue aujourd'hui. Je profite de l'occasion pour souhaiter la bienvenue à ceux et celles qui se sont déplacés pour assister ici, à Ottawa, à cette séance ainsi qu'à ceux et celles qui, par le truchement de la technologie, nous écoutent à la radio, à la télévision ou via le site Internet du comité. J'informe les internautes qui nous écoutent qu'ils peuvent aussi nous voir. En effet, aujourd'hui nous innovons. Des caméras numériques capteront nos débats. Il s'agit d'une première pour un comité parlementaire.

Sans plus tarder, je voudrais vous présenter les membres du comité. Dans un premier temps, l'honorable Colin Kenny de l'Ontario. Le sénateur Kenny occupe la vice-présidence du comité. À sa gauche, l'honorable Eileen Rossiter de la province de l'Île-du-Prince-Édouard. À ma droite, l'honorable Shirley Maheu, représentante du Québec et l'honorable Tommy Banks représente la province de l'Alberta. Je m'appelle Pierre Claude Nolin et je suis l'un des 24 représentants de la province de Québec au Sénat.

Le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites fut créé dans sa première version pendant le dernier Parlement. En effet, il y a à peine plus d'un an, soit le 11 avril 2000, le Sénat votait à l'unanimité la constitution d'un premier comité sur les drogues. J'en fut nommé le président.

Le 16 octobre 2000, après un long travail de préparation, nous tenions une première séance publique. Le déclenchement de l'élection générale en octobre dernier a mis fin à la 36e législatu re du Parlement et par le fait même, mis un terme aux travaux du comité. En février 2001, dès le début de la 37e législature, le Sénat a amorcé l'étude de la motion visant la reconstitution du comité le 15 mars. Il approuvait à l'unanimité de reconduire les travaux du comité avec un mandat modifié.

[Traduction]

Le Comité sénatorial spécial sur les drogues illicites a reçu le mandat de se livrer à une étude et de préparer un rapport sur les politiques canadiennes en matière de cannabis, ainsi que sur leur contexte, de se pencher sur leur efficacité ainsi que sur les moyens mis en oeuvre et les mesures de contrôle utilisées dans le cadre de leur application. Le comité doit également se pencher sur les politiques officielles adoptées dans d'autres pays.

Nous aborderons en outre la question des responsabilités internationales du Canada en ce qui concerne la Convention sur les drogues illicites, dont le Canada est signataire. Le comité se penchera aussi sur les répercussions sociales et sanitaires des politiques canadiennes en matière de cannabis, ainsi que sur les retombées prévisibles des autres approches susceptibles d'être adoptées.

[Français]

Enfin, le comité doit déposer son rapport final à la fin août 2002.

Afin de remplir adéquatement le mandat qui nous est confié, le comité a adopté un plan d'action. Ce plan d'action s'articule autour de trois enjeux importants. Le premier de ces enjeux est celui de la connaissance. Afin de le surmonter adéquatement, nous entendrons une gamme imposante d'experts, tant Canadiens qu'étrangers, des milieux académiques, policiers, judiciaires, médicaux, sociaux et gouvernementaux. Ces auditions se tien dront principalement à Ottawa et à l'occasion, si nécessaire, à l'extérieur de la capitale.

Le second de ces enjeux est celui du partage de la connaissance. Il s'agit assurément du plus noble. Le comité désire que les Canadiens de partout s'informent et partagent l'informa tion que nous aurons recueillie. Notre défi sera de planifier et d'organiser un système assurant l'accessibilité et la distribution de cette connaissance. Nous voudrons aussi connaître les vues de la population sur cette connaissance. Pour ce faire, nous tiendrons, au printemps 2002, des audiences publiques dans divers lieux au Canada. Il est fort probable, si nos ressources budgétaires nous le permettent, que ces audiences débutent dès l'automne prochain.

Enfin, comme troisième enjeu, le comité devra examiner quels sont les principes directeurs sur lesquels une politique publique canadienne sur les drogues doit s'appuyer.

[Traduction]

Avant de vous présenter nos témoins distingués d'aujourd'hui, je tiens à vous rappeler qu'en vertu d'une décision du Sénat, le compte rendu des séances du comité tenues lors de la trente-sixième législature sera considéré comme faisant partie intégrante de nos travaux. Je tiens également à rappeler que le site Internet du comité est régulièrement mis à jour et qu'on peut y accéder à l'adresse www.parl.gc.ca. Toutes les délibérations du comité y sont affichées, y compris tous les mémoires et documents produits par nos témoins experts. Le site contient également plus de 150 liens à des sites Internet touchant au même domaine.

[Français]

Quelques mots au sujet de la salle de comité où nous tenons notre séance d'aujourd'hui. Cette salle, identifiée comme la salle des peuples autochtones, fut aménagée en 1996, sous l'autorité d'un des membres du comité, le sénateur Kenny, alors président du Comité de la régie interne du Sénat, pour rendre hommage aux premiers peuples à occuper le territoire de l'Amérique du Nord qui, et encore aujourd'hui, ont participé activement à l'essor du Canada. Quatre de nos collègues au Sénat représentent fièrement et dignement ces peuples.

Aujourd'hui, il sera question de pharmacologie des drogues. Laissez-moi maintenant vous présenter un de nos témoins experts qui exposeront l'état de l'apport médicinal du cannabis à la science médicale. Monsieur Ben Amar est pharmacien spécialiste en biologie clinique et en pharmacologie. Il est diplômé de l'Université Paul Sabatier de Toulouse, en France, et de l'Université de Montréal.

Il travaille notamment sur les médicaments qui agissent sur le système nerveux et mène des analyses médicales en laboratoire sur des prélèvements et sur l'interprétation de tests biochimiques. Il enseigne la pharmacologie et la toxicologie à l'Université de Montréal. Il a publié plusieurs études sur l'alcool et les psychothropes. De plus, il agit comme expert pour les tribunaux du Québec dans de nombreuses affaires criminelles. Il prépare actuellement un livre sur la pharmacologie des psychotropes, dont la publication est prévue à l'automne 2001. Nous vous sommes reconnaissants d'avoir accepté notre invitation et nous vous remercions de l'intérêt que vous portez à nos travaux.

M. Mohamend Ben Amar, Professeur de pharmacologie et de toxicologie, Université de Montréal: Il me fait plaisir d'être parmi vous aujourd'hui. Le cannabis est la drogue illicite la plus répandue dans le monde. Le terme cannabis est synonyme de chanvre indien et nous provient de la plante cannabis ativa, laquelle pousse dans presque tous les climats. La distinction dans le cannabis porte sur la marijuana et le haschich qui proviennent de différentes parties de la plante.

Le tétrahydrocannabinol est le principal ingrédient actif dans le cannabis. La teneur en tétrahydrocannabinol varie habituellement entre un et 15 p. 100 dans la marijuana et entre trois et six p. 100 dans le haschisch. Il y a aussi ce qu'on appelle les huiles de haschisch et de marijuana. Elles sont plus concentrées en ingrédients actifs, donc en tétrahydrocannabinol, et les concentra tions se situent habituellement entre 30 et 50 p. 100.

Le cannabis fait partie de la classe des substances psychotropes, c'est-à-dire les substances qui agissent sur le psychisme d'un individu en provoquant des modifications variables de son fonctionnement mental. Le cannabis se situe dans la classe des psychotropes qu'on appelle les perturbateurs du psychisme ou hallucinogènes.

Il existe cinq grandes classes de psychotropes. Dans la première classe, les dépresseurs du psychisme, on peut placer l'alcool et des substances comme le Valium. Dans la deuxième classe, les stimulants du psychisme, on peut placer des stimulants mineurs tels que le café et le tabac et des stimulants majeurs tels que la cocaïne et les amphétamines. Dans la troisième classe, les perturbateurs, on retrouve le cannabis et des drogues plus hallucinogènes, tels le LSD et la mescaline, par exemple. Une quatrième classe comprend surtout les médicaments contre les psychoses et la dépression, et les médicaments contre les troubles de l'humeur tel que le lithium. Finalement, une cinquième classe à part inclut les androgènes et les stéroides anabolisants.

Toutes ces substances, incluant le cannabis, peuvent entraîner à long terme des intoxications chroniques aboutissant à des phénomènes de tolérance et de dépendance. La consommation régulière de la drogue conduit à la tolérance, donc à une augmentation de la dose si l'on veut ressentir le même effet. Cela peut conduire, après une certaine période, à une intoxication qui peut être grave.

Pour ce qui est de la dépendance, nous en constatons deux types: la dépendance psychologique, lorsque la personne n'est plus en présence de la drogue, il va se produire une perturbation de son fonctionnement psychologique qui fera en sorte que la personne aura des problèmes de comportement psychologiques appelés en anglais «craving».

Pour ce qui est de la dépendance physique, lorsque la personne n'est plus exposée à la drogue, son cerveau va être perturbé et entraîner des manifestations physiques qu'on appelle le syndrome de sevrage. L'importance de ce syndrome sera variable selon le type de psychotrope. Donc toutes les substances psychotropes ont ce qu'on appelle un potentiel toxicomanogène.

L'ingrédient actif principal dans le cannabis a un potentiel de provoquer la toxicomanie, ce phénomène de dépendance physique et psychologique variable. Nous comparerons, à la fin de la présentation, le potentiel de toxicomanie du cannabis par rapport à d'autres drogues.

Le cannabis peut être administré principalement par deux voies: par voies d'inhalation, donc la voie pulmonaire, ou par voie orale. La marijuana et le haschisch peuvent être inhalés. Le haschisch peut aussi être incorporé à des biscuits ou à du gâteau. La différence entre les deux voies d'administration se situe sur le plan du début de l'effet de la drogue. L'effet de la drogue est ressenti plus rapidement par voie d'inhalation. Lorsque nous inhalons la fumée, nous atteignons un effet maximal au bout de 30 minutes, et une durée d'action qui va au niveau de l'effet que le consommateur veut rechercher, c'est-à-dire la sensation de bien-être qui va durer environ deux à quatre heures. Cette sensation agréable, appelée l'euphorie, va être plus intense lorsqu'on fume le cannabis que lorsqu'on l'ingère.

Comme vous savez, plusieurs applications thérapeutiques du cannabis ont été documentées à travers le monde. J'en citerai quelques-unes. Par exemple, on peut le donner pour contrer les nausées et les vomissements qui accompagnent une chimiothéra pie contre le cancer ou pour stimuler l'appétit chez les personnes qui souffrent de perte de poids comme dans le cas du sida. On peut l'utiliser aussi pour atténuer certaines douleurs, comme relaxant musculaire, dans certains cas de crise d'épilepsie et, évidemment même si ce n'est pas le meilleur choix, pour diminuer la pression à l'intérieur de l'oeil qu'entraîne le glaucome.

Il est intéressant de savoir que déjà ici, au Canada,deux produits tirés de l'ingrédient actif du cannabis, letétrahydrocannabinol, sont commercialisés. Nous avons ledronabinol, commercialisé sous le nom de MARINOL, qui est utilisé pour le traitement des nausées et des vomissements qui accompagnent la chimiothérapie du cancer.

Nous avons un analogue synthétique du THC, la Nabilone, commercialisé sous le nom de CESAMET, qui elle, nécessite une ordonnance contrairement au premier qui est considéré comme un narcotique, donc plus contrôlé que la Nabilone.

Évidemment, il y a des dispositions, en particulier l'article 56, qui confèrent au ministre de la Santé le pouvoir discrétionnaire d'accorder des exemptions pour l'utilisation thérapeutique du cannabis, ce qui a été fait. Cela a abouti par la suite à la Réglementation sur l'exemption de la marijuana à usage médical, qui entrera en vigueur le 15 juillet prochain et qui permettra aux médecins de prescrire à leurs patients du cannabis pour usage thérapeutique.

Il est indiscutable que le cannabis, donc la marijuana et le haschisch, auront des effets néfastes sur l'organisme. Il faut distinguer ce qu'on appelle l'intoxication aiguë qui se produira lors d'une utilisation ponctuelle de la substance et l'intoxication chronique, c'est-à-dire l'utilisation prolongée. Les nombreux effets que je vais énumérer seront donc proportionnels aux doses consommées et à la fréquence de consommation de ces drogues.

Lorsque le cannabis est utilisé de façon ponctuelle, deux phases vont se produire au niveau du cerveau. La première phase qu'on appelle l'euphorie - en anglais le terme «high» - qui va entraîner cette sensation recherchée par le consommateur, la sensation de bien-être et de satisfaction, mais aussi d'autres perturbations au niveau du cerveau. Ce phénomène est suivi d'une deuxième phase qui se caractérise par un état de torpeur physique et mentale, qui va apparaître graduellement après quelques heures du début de consommation. C'est ce qu'on appelle en anglais «coming down». Évidemment, il y a aussi des effets sur d'autres organes. On peut, par exemple, avoir des effets au niveau des bronches qui vont se dilater, une accélération du rythme cardiaque et une baisse de la pression artérielle. L'énumération serait très exhaustive au niveau des effets sur le cerveau et d'autres parties du corps. Lorsqu'on administre des doses très fortes de cannabis, les symptômes les plus fréquents sont les suivants: la somnolence, la confusion, la désorientation, l'altération du jugement, les hallucinations et la paranoïa, ces deux derniers symptômes pouvant être interprétés comme des troubles psychotiques.

En situation d'intoxication aiguë, étant donné que le cannabis ne provoque pas de mortalité documentée même à très forte dose, les mesures les plus communes sont de calmer et de rassurer le patient, de dédramatiser la situation et, éventuellement, de lui donner un calmant du type Valium. Il n'y a pas d'antidote au cannabis et il n'y a pas de traitement médical spécifique. Cependant, ce qui est particulier au cannabis, c'est que sa marge de sécurité est très grande. L'écart entre la dose toxique et la dose efficace est de 40 000. C'est une marge très large qui fait que c'est une substance sécuritaire pour la vie de la personne.

À long terme, les effets chroniques du cannabis vont entraîner essentiellement les symptômes suivants: des déficits de la mémoire, de l'attention et de la concentration, un syndrome d'amotivation qui va se caractériser par une passivité et une diminution de l'initiative, des risques accrus de maladies respiratoires, en particulier l'athsme, la bronchite et l'emphysème et des risques accrus de cancer. Il est important de dire qu'il y a plus de goudron dans la fumée de cannabis que dans la fumée de cigarette et donc, plus de produits cancérigènes. Il y aura plus de probabilités de développer à long terme des cancers, particulière ment au niveau du poumon. On peut ajouter des troubles hormonaux qui peuvent entraîner une diminution de la fertilité chez l'homme et chez la femme. Également chez l'homme, cela peut entraîner le développement des seins qui peut être très désagréable sur le plan esthétique et qui est dû à une transformation des hormones mâles en hormones femelles. Finalement, cela peut aussi entraîner, à la longue, une diminution de la résistance aux infections.

On a aussi documenté que la consommation de fortes doses de cannabis pendant la grossesse peut affecter le foetus et, ultérieurement, le bébé et entraîner en particulier les symptômes suivants: la mort du foetus, la naissance prématurée, la diminution du poids, les malformations d'organes, la toxicité sur le coeur, le retard de croissance, le retard mental et l'affaiblissement du système immunitaire.

Voici deux éléments importants au niveau de la tolérance et de la dépendance au cannabis. Il y a peu de tolérance chez le consommateur occasionnel épisodique. Par contre, cette tolérance sera marquée si les doses et la fréquence d'administration du cannabis sont élevées.

Au niveau de la dépendance, cela provoque une dépendance psychologique modérée, une dépendance physique faible, un sevrage observé chez le consommateur régulier de fortes doses, et les principaux symptômes de sevrage - donc en manque de cannabis - vont être l'anxiété, l'agitation, la nervosité,l'irritabilité, l'insomnie, le malaise général, les maux de tête, la sudation, la perte d'appétit, les nausées et les crampes intestinales.

Je vous ai distribué un tableau qui pourrait résumer la toxicité générale du cannabis par rapport à certaines drogues licites et illicites. J'ai listé six substances: le cannabis, la nicotine, la caféine, l'alcool, la cocaïne et l'héroïne. Évidemment, ce tableau peut résumer les pouvoirs de toxicité de ces six substances qui pourront vous orienter dans vos recommandations sur la place que devrait occuper le cannabis par rapport aux autres drogues.

Au niveau du trouble du sommeil, le cannabis peuteffectivement perturber le sommeil surtout dans la phase de sevrage. Comme je vous l'ai dit, il y a la phase d'intoxication, c'est-à-dire quand la personne va consommer de façon aiguë ou chronique le cannabis et la phase de sevrage, c'est-à-dire quand la personne est en manque de la substance. On peut avoir un trouble de sommeil particulièrement dans la phase de sevrage.Évidemment, par rapport aux drogues dures comme la cocaïne et l'héroïne, ce phénomène va se voir aussi en cours d'intoxication et cela peut se voir aussi avec l'alcool en cours d'intoxication.

En cours d'intoxication, il peut aussi apparaître des troubles de mémoire. En cours de sevrage, il peut y avoir des troubles de l'humeur, de la même manière que des troubles d'anxiété et des psychoses. Le potentiel d'abus existe pour les six drogues que je vous ai mentionnées.

Il y a aussi une tolérance qui peut être variable selon les drogues, mais qui existe également pour les six substances mentionnées. Le potentiel d'intoxication existe aussi pour les six substances. La dépendance au cannabis est considérée comme modérée et on peut la comparer à celle de la nicotine, qui est élevée, à celle de la caféine qui est modérée, ainsi que celle de l'alcool. La dépendance psychologique est très forte pour la cocaïne et relativement forte pour l'héroïne. La dépendance physique est faible pour le cannabis, élevée pour la nicotine, faible pour la caféine, élevée pour l'alcool, faible pour la cocaïne et très forte pour l'héroïne, cette dernière étant certainement la drogue illicite la plus dangereuse.

Le sevrage existe donc pour les six substances. Le délirium n'est pas une particularité du cannabis ni de la nicotine, ni de la caféine, mais cela peut se produire pour l'alcool en cours de sevrage et pour la cocaïne et l'héroïne en cours d'intoxication. Comme je vous l'ai dit, la marge de sécurité pour le cannabis est très large. C'est ce qu'on appelle l'indice thérapeutique,c'est-à-dire l'écart entre la dose toxique et la dose efficace. Cet écart est très grand. On n'a pas rapporté dans la littérature de décès provoqués par une surdose de cannabis.

Les effets néfastes sur le bébé pendant la grossesse sont considérés élevés pour le cannabis, très élevés pour la nicotine, faibles pour la caféine et très élevés pour l'alcool, la cocaïne et l'héroïne.

Finalement, pour le potentiel d'induire la toxicomanie, on peut dire qu'il est modéré pour le cannabis, élevé pour la nicotine, faible pour la caféïne, élevé pour l'alcool et très élevé pour la cocaïne.

[Traduction]

En terminant, je voudrais résumer mes opinions personnelles, qui sont partagées par l'Association médicale canadienne. Ces opinions figurent dans un éditorial écrit par M. John Hoey dans le Journal de l'Association médicale canadienne du 15 mai 2001.

La décision de Santé Canada de légitimer l'utilisation médicale de la marijuana est un pas dans la bonne direction. Mais il faut être plus téméraire encore. Il faudraitdécriminaliser la possession de quantités infimes demarijuana à des fins personnelles. Les quelque 1,5 million de Canadiens qui fument de la marijuana pour leur plaisir pourraient attester des effets minimes indésirables sur la santé qu'entraîne une consommation modérée. La véritable plaie provient des conséquences juridiques et sociales. Près de la moitié des arrestations liées aux stupéfiants au Canada concerne la simple possession d'une quantité minime de marijuana: près de 31 299 condamnations en 1995seulement. Beaucoup débouchent sur un emprisonnement ou une amende, mais toutes engendrent une tache sociale indélébile: un casier judiciaire. [...] La décriminalisation de la possession de la marijuana à des fins personnelles ne signifie pas qu'on doive «légaliser» la marijuana ou en permettre la vente dans toutes les écoles. Elle signifie cependant que la possession d'une petite quantité à des fins personnelles deviendrait une infraction civile, un peu à la façon d'une infraction au code de la route, et non pas une infraction criminelle.

Le sénateur Kenny: Mes questions portent sur la partie de votre exposé concernant l'utilisation médicale de la marijuana, qui sera bientôt permise. Je vous demande de nous éclairer sur plusieurs questions.

Sera-t-il difficile de faire une ordonnance pour la marijuana en vertu du nouveau règlement?

M. Ben Amar: Je ne le pense pas, car les médecins peuvent faire des ordonnances selon leur évaluation de la situation de leurs patients. Lorsque le nouveau règlement entrera en vigueur le 15 juillet, la marijuana sera plus accessible aux patients qui en ont besoin, et les médecins sauront si certains en ont vraiment besoin pour des raisons thérapeutiques, pas pour en abuser. Voilà mon opinion personnelle.

Le sénateur Kenny: Existe-t-il des protocoles médicaux? En ce moment, si on va voir le médecin et si on a certains symptômes, le médecin va consulter un grand livre pour décider quel médicament prescrire, et en quelle quantité. Est-ce que ces protocoles sont en place? Est-ce que les médecins de famille sauront ces choses-là? Si j'étais atteint d'une maladie pour laquelle la marijuana pouvait être bénéfique, est-ce que la plupart des médecins vont le savoir?

M. Ben Amar: Au début, certains médecins se sentiront plus à l'aise s'ils lisent la documentation pertinente. Comme vous le savez, peu d'articles ont été publiés au sujet de l'utilisation thérapeutique de la marijuana dans les essais cliniques aléatoires, c'est-à-dire des essais cliniques qui décrivent clairement les utilisations de la marijuana et ses avantages chez certains patients.

Je pense qu'au début les connaissances seront documentées par le biais de la littérature médicale. Les médecins sauront qu'il existe des rapports anecdotiques au sujet des effets bénéfiques de l'utilisation de la marijuana dans le traitement de certaines maladies, et compte tenu du dossier médical de chaque patient, ils pourront décider si oui ou non ils peuvent prescrire du cannabis. Encore une fois, la quantité n'est pas évidente. Il n'existe pas de base scientifique formelle établissant la quantité à utiliser pour les différentes maladies.

Il en va de même pour toute nouvelle maladie. Par exemple, quand on traitait le sida au début, on ne savait pas quelle était la quantité idéale pour avoir un effet thérapeutique. Je pense que ce sera pareil lorsqu'on commencera à prescrire de la marijuana. Je suis sûr que les médecins canadiens se sentiront à l'aise bientôt pour prescrire la bonne quantité.

Le sénateur Kenny: Je crois savoir que lorsqu'un nouveau médicament est commercialisé, les compagnies pharmaceutiques envoient des personnes voir les médecins afin de leur expliquer les avantages du médicament, les effets secondaires, la posologie, etc. Pensez-vous que des gens comme ça iront voir les médecins pour leur décrire la marijuana?

M. Ben Amar: Santé Canada a fait un travail excellent de ce côté-là. Avant de recommander les nouvelles procédures au ministre de la Santé, il y a eu des essais cliniques dans plusieurs provinces canadiennes dans des centres spécialisés et intéressants. On y a étudié l'utilisation de la marijuana pour traiter le sida, l'épilepsie et d'autres maladies. Je suis sûr que Santé Canada aura une brochure. La monographie des médicaments sera disponible pour les médecins, la population en général et les patients au sujet des résultats des essais cliniques. On y indiquera la quantité recommandée et les résultats objectifs et subjectifs de ces études.

Il ne faut pas oublier que certains des effets du cannabis sont subjectifs. Les malades diront peut-être qu'ils se sentent mieux, qu'ils sont moins tendus ou anxieux ou qu'ils ont les muscles détendus, mais on ne peut pas quantifier convenablement ces phénomènes lors des essais cliniques.

Vous avez raison de dire que la situation n'est pas aussi claire qu'elle l'est dans le cas des autres applications thérapeutiques de médicaments qui ont fait l'objet de plusieurs essais cliniques dans le monde entier avec beaucoup de malades. Dans ce genre de cas, on sait quelle dose convient. Avec la marijuana, il faut être plus prudent au début. Cependant, je suis d'accord avec vous pour dire que les quantités ne sont pas aussi évidentes que dans le cas d'autres médicaments.

Le sénateur Kenny: Quelles sont les maladies pour lesquelles on utiliserait la marijuana? Quelles maladies doivent être diagnostiquées par le médecin avant qu'il ne prescrive de la marijuana?

M. Ben Amar: Avant de prescrire de la marijuana, le médecin doit d'abord faire une évaluation de la personne pour déterminer si l'utilisation de la marijuana est contre-indiquée. De plus, le médecin doit examiner les interactions possibles entre la marijuana et d'autres médicaments utilisés par le malade. Comme vous le savez, certains effets peuvent être potentialisés si la marijuana est prise avec d'autres psychotropes, qui agissent sur le cerveau. Les avantages de la marijuana pour traiter les nausées et les vomissements liés à la chimiothérapie contre le cancer sont bien documentés. Pour cette raison, plusieurs médicaments qui contiennent du THC sont déjà en vente.

De plus, il existe beaucoup de preuves établissant que la marijuana stimule l'appétit et a un effet antispasmodique. Il y a plusieurs autres cas où les preuves n'ont rien de scientifique. Par exemple, dans le cas de certaines maladies, il y en a qui diront qu'elle atténue leurs douleurs ou les aide à se détendre.

Par conséquent, il est difficile pour les médecins de déterminer les effets bénéfiques de la marijuana pour les différentes maladies à cause de l'aspect subjectif. Certains malades vont dire au médecin qu'ils pensent que la marijuana leur sera utile. Le médecin doit pondérer le manque de preuves scientifiques pour justifier l'application thérapeutique du médicament et les intérêts du patient qui lui dit: «Ça va aller mieux si je fume de la marijuana.»

Les effets bénéfiques réels du cannabis relativement aux différentes maladies ne sont pas clairs.

Le sénateur Kenny: Si, dans quatre semaines, on peut obtenir du cannabis par l'entremise de son médecin, il doit bien y avoir une liste des maladies pour lesquelles on pourra le prescrire. Quelles sont ces maladies?

M. Ben Amar: Si vous le souhaitez, je peux vous donner des détails sur les maladies pour lesquelles il est probable que le cannabis sera recommandé. Il peut être utilisé dans tous les cas où le patient affirme souffrir d'anxiété. Cette drogue procure un sentiment de bien-être, de relaxation. Elle peut aussi servir à stimuler l'appétit des personnes atteintes du cancer ou du sida. Comme vous le savez, ces maladies s'accompagnent de ce qu'on appelle la cachexie. Il existe des cas prouvés où la marijuana a eu comme réaction objective la stimulation de l'appétit.

J'ai aussi indiqué qu'elle peut servir dans tous les cas où la chimiothérapie provoque des nausées et vomissements. Elle peut servir à atténuer la douleur, intermittente ou chronique, qui accompagne les maux de tête, les migraines, les crampes menstruelles, le cancer et d'autres maladies chroniques. Elle peut aussi être prescrite comme antispasmodique et relaxantmusculaire. Dans les cas où on éprouve ces sensations dans les membres, chez les patients souffrant de sclérose en plaques ou ayant subi une lésion médullaire, il a été prouvé que le cannabis peut être efficace. Il peut aussi avoir des effets anticonvulsifs dans certaines formes d'épilepsie. Il peut aussi réduire la pression intra-oculaire chez les patients souffrant de glaucome.

On croit aussi que le cannabis peut atténuer les symptômes de sevrage chez les personnes intoxiquées à des substancespsychotropes telles que l'alcool. Comme vous le savez,l'alcoolique qui cesse de consommer de l'alcool présente des syndromes caractéristiques, y compris l'anxiété. Il a été prouvé que, dans de tels cas, le cannabis peut réduire l'anxiété.

Ce sont là les cas officiellement documentés pour lesquels le cannabis pourrait avoir un usage thérapeutique. Encore une fois - j'insiste là-dessus - il n'a pas été clairement prouvé que le cannabis a des effets bénéfiques importants dans tous ces cas. Certains aspects sont objectifs, tandis que d'autres sont subjectifs et particuliers à chaque patient.

Le sénateur Banks: Outre les maladies mortelles pour lesquelles le cannabis a, pourrait-on dire, une valeur objective, il semble qu'un médecin aurait raison de prescrire du cannabis à un patient qui lui dit se sentir anxieux, n'est-ce pas?

M. Ben Amar: C'est en effet possible et c'est pourquoi j'ai des réserves. Cela soulève une question éthique pour le médecin qui se demande ce qu'il devrait faire pour son patient. Il est là pour offrir les meilleurs services, au mieux de ses capacités et connaissances. Bien sûr, nous ne pouvons exclure la possibilité qu'un patient qui souffre d'anxiété demande à son médecin de lui prescrire du cannabis. Je suis d'accord avec vous pour dire que c'est tout à fait possible.

Le sénateur Banks: Vous avez examiné cette question sous différents angles et j'aimerais avoir votre opinion sur certains aspects non scientifiques. On nous a dit que les études épidémiologiques qui avaient été menées au pays ont démontré de façon presque irréfutable qu'il n'y a pas d'effet d'entraînement. Autrement dit, il n'a pas été prouvé que la consommation de la marijuana mène à la consommation de ce qu'on appelle habituellement des drogues dures.

Toutefois, certains s'inscrivent en faux contre cette théorie pour des raisons qui ne sont ni pharmacologiques, ni physiologiques. Ils sont d'avis que celui qui consomme une substance illicite entrera inévitablement en contact avec des fournisseurs de substances illicites, fournisseurs qui les inciteront à «essayer cela», initiant ainsi à des drogues dures.

Quelle est votre opinion personnelle à ce sujet?

M. Ben Amar: Je suis d'accord pour dire que la marijuana ne mène pas aux drogues dures, et je vous donne des exemples. Le meilleur est celui des Pays-Bas où on tolère la consommation de la marijuana depuis 25 ans. La drogue n'a pas été «légalisée». On s'entend généralement pour dire qu'il est faux de prétendre qu'elle a été légalisée, car elle a simplement été tolérée. Nous avons des données intéressantes. Ainsi, une étude menée par l'Université d'Amsterdam a démontré que seulement 10 p. 100 desconsommateurs de cannabis développaient une faible dépendance physique. C'est là ma première remarque.

En général, ce qui mène aux drogues dures, c'est le fait que, lorsqu'on consomme de la drogue, on éprouve la sensation d'euphorie dont j'ai parlé plus tôt et que celui qui développe une certaine tolérance fera l'essai de drogues plus dures pour obtenir les mêmes effets. Ça signifie qu'au-delà d'un certain point, la drogue n'a plus les effets satisfaisants que le consommateur recherche. Il est intéressant de noter qu'aux Pays-Bas, seulement 8 p. 100 des fumeurs de marijuana ont tenté des expériences avec les drogues dures. Aux États-Unis, où la loi est différente, cette proportion est de 41 p. 100, ce qui signifie que les fumeurs de cannabis finiront par consommer des drogues dures. À mon avis, ce ne sont pas des facteurs scientifiques qui amènent les gens à consommer des drogues dures; ce sont plutôt la curiosité ou l'envie de ressentir d'autres effets. Du point de vue scientifique, rien ne prouve que la marijuana mène aux drogues dures. Dans certains cas particuliers, il est possible que ce soit le cas. Toutefois, en général, nous pouvons dire que tel n'est pas le cas.

Le sénateur Banks: Je vous demande une opinion personnelle tout à fait subjective sur un sujet pour lequel il n'y a probablement pas de réponse scientifique subjective. Vous avez dit que cela ne signifie pas que les gens se mettront à vendre du cannabis dans les cours d'école. Toutefois, si le cannabis est décriminalisé, légalisé ou si on réduit ces aspects criminels, les enfants de 11 à 14 ans sauront que, du jour au lendemain, cette drogue est moins illicite. Les enfants voient leur père prendre un verre à la maison et se disent que ce n'est probablement pas ce qu'il y a de pire à faire. Peut-être que leur père fume une cigarette en buvant son verre et, bien sûr, cela n'a rien de mal.

Un nombre assez important de gens ont des scrupules moraux devant les drogues; ils les jugent différentes de la caféine, du tabac ou de l'alcool. De façon subtile, cela changera le jour où le cannabis sera moins illicite, comme cela a sûrement été le cas aux Pays-Bas, en Suède et ailleurs.

Pour votre part, avez-vous des préoccupations concernant l'incidence sociale, par opposition à scientifique, de toutrelâchement de la loi visant la marijuana?

M. Ben Amar: Oui, sénateur, ces aspects de la question me préoccupent. Il faut prendre garde au message que nous transmettons à nos enfants. Il faut tenir compte des questions morales de la façon la plus rigoureuse. Il ne faut pas donner aux jeunes l'impression que le cannabis est inoffensif. Le cannabis n'est pas inoffensif. Nous ne devons pas donner aux jeunes enfants un accès facile aux drogues. Quand le gouvernement prendra sa décision à ce sujet, il devra peser les aspects moraux et sociaux en plus des aspects scientifiques.

Le sénateur Banks: Si les conséquences juridiques de la possession de cannabis devenaient moins graves, croyez-vous que l'Amérique du Nord attirerait ceux qui veulent acheter, vendre et posséder du cannabis, puisque cela deviendra plus facile ici qu'ailleurs?

M. Ben Amar: C'est un autre facteur dont nous devons tenir compte. Comme vous le savez, la réglementation américaine est différente. Là-bas, les positions scientifiques et officielles sont plus modérées. Il ne faudrait pas ouvrir la porte aux étrangers qui voudraient venir ici croyant que le cannabis y est plus accessible. Je partage votre préoccupation à ce sujet.

[Français]

Le président: J'ai lu avec beaucoup d'intérêt la documentation que vous nous avez envoyée. Je ne suis pas un scientifique, mais j'exige de ce comité une rigueur très importante. Selon moi, j'ai l'impression qu'on exige, et vous commentez cette affirmation lorsqu'on lit la littérature, du cannabis un seuil de respect d'innocuité que l'on n'exige pas des autres substances. Avez-vous un commentaire à émettre à ce sujet? La tension vient peut-être teinter le degré d'intolérance face à une substance qui a été démonisée.

M. Ben Amar: Je suis en accord avec vos commentaires. Il y a le mythe, la réalité et les idées que l'on se fait. Il faut toujours garder une certaine objectivité face au cannabis. Le rapport de la Commission Le Dain vous procure une base de travail.

En 1972, la commission Le Dain a donné une opinion sur la décriminalisation du cannabis. Les conclusions émises dans le rapport de la commission Le Dain étaient qu'il n'y avait pas vraiment de relation entre l'abus du cannabis et la criminalité.La commission Le Dain a donc recommandé unedécriminalisation. Selon moi, il y a deux courants de pensée.

Le président: Je l'ai lu. C'est beaucoup plus du point de vue pharmacologique et médicinale. La lecture de vos textes et des autres textes des témoins m'amène à la conclusion suivante: sommes-nous aussi exigeants face à une substance qui est une sorte de médicament naturel ou une substance définitivement naturel? On exige beaucoup plus au niveau du seuil d'acceptabili té ou d'innocuité de la substance, que l'on ne l'exige des autres.

Par exemple, le médicament Sudafed cause de la somnolence, les effets secondaires sont écrits sur l'emballage et il est contrôlé par Santé Canada. Santé Canada a examiné l'innocuité et les conséquences de la consommation d'un tel médicament, et recommande aux manufacturiers de faire des mises en garde. Comment comparer la somnolence à laquelle vous avez fait référence et une liste d'autres effets secondaires suite à la consommation? Les termes que vous avez utilisé à savoir consommation forte, très forte et intoxication aiguë. Déjà là, il y a une gradation, et vous avez accolé à ce degré de consommation des conséquences qui sont, à tout le moins, alarmantes. Quand vous faites références au f9tus, cela m'apparaît alarmant. J'essaie d'y voir clair.

M. Ben Amar: Vous avez tout à fait raison de dire que sur le plan scientifique on exige plus du cannabis que d'autres substances et ce, pour des raisons non pas scientifiques mais morales et sociales. Définitivement, il faut rester très rigoureux et considérer qu'à certains égards, le cannabis n'est pas plus dangereux que l'alcool ou le tabac. Je dis à certains égards, parce que pour d'autres propriétés cela l'est, mais à certains égards c'est moins dangereux. Il y a un niveau d'acceptation sociale de certaines drogues illicites. La perception de la population est différente par rapport à celle du cannabis parce qu'il y a un passé, l'historique et une perception que l'on se fait qui n'est pas toujours la réalité. Scientifiquement, ma réponse est oui. On exige davantage du cannabis que d'autres substances qui sont plus facilement accessibles.

Le président: Je reviendrai là-dessus.

[Traduction]

Le sénateur Kenny: En ce qui a trait aux médecins et aux ordonnances, pourriez-vous nous décrire les dispositions qui ont été prises concernant l'approvisionnement? Après le 15 juillet, la marijuana sera-t-elle en vente dans les pharmacies? Si tel est le cas, a-t-on prévu des mesures spéciales pour le transport et l'entreposage?

M. Ben Amar: Dans le passé, les patients étaient surtout préoccupés par l'accès à du cannabis de bonne qualité. Dès le 15 juillet, il y aura des distributeurs officiels de cannabis. Cela signifie que chaque patient sera en mesure de choisir son distributeur. Bien sûr, ces distributeurs relèveront de Santé Canada. On procédera régulièrement à des inspections pour s'assurer que ces distributeurs respectent la loi.

De plus, la nouvelle réglementation fixe précisément les quantités qu'il est permis de posséder. Le patient pourra avoir en sa possession seulement la quantité qui correspond à la dose prescrite par le médecin.

Après le 15 juillet, le patient pourra renouveler sa prescription une fois par année.

Des mesures prévues dans la nouvelle réglementationpermettront une plus grande accessibilité, ainsi qu'un meilleur contrôle sur la production et la distribution du cannabis au patient, qui dispose d'une prescription.

Le sénateur Kenny: Peut-être devrais-je revenir en arrière, dans ce cas. Quelle quantité sera jugée appropriée et comment sera-t-elle mesurée? La mesure portera-t-elle sur le contenu chimique de la marijuana ou sur le nombre d'onces? On s'attend à quoi comme ordonnance? Est-ce que toute l'ordonnance sera livrée d'un coup? Si la prescription ne peut être renouvelée qu'une fois l'an, ça suppose, il me semble, que l'on donne aux patients une quantité suffisante pour un an de traitement, et je me pose des questions.

Commençons par la dose. Quelle est-elle? Comment est-elle mesurée? Quelle quantité un patient peut-il raisonnablement s'attendre à recevoir lorsque son médecin lui prescrit le traitement?

M. Ben Amar: Les deux médicaments déjà sur le marché offrent une bonne base de comparaison. Par exemple, dans le cas du Marinol, qui est un tétrahydrocannabinol, ou encore pour le dronabinol, la dose prescrite variera entre 2,5 et 20 milligrammes par jour, selon l'usage thérapeutique. Comme vous le savez, la sensibilité aux drogues varie d'une personne à l'autre. C'est pourquoi la variation dans le dosage est plus importante que pour les autres médicaments. Aussi, selon la tolérance du patient et la gravité de sa maladie, il y a une marge de manoeuvre lorsqu'on administre du Marinol. À titre d'exemple, cette marge de manoeuvre permettrait d'administrer ce médicament pour stimuler l'appétit dans le cas de maladies comme le sida et le cancer, ou encore pour combattre les nausées et les vomissements chez les patients suivant une chimiothérapie.

Dans le cas de la Nabilone ou Césamet, à l'heure actuelle, la dose prescrite varie entre deux et quatre milligrammes par jour. La Nabilone est un analogue synthétique du THC. Et je crois que le dosage sera déterminé en fonction des données que nous avons déjà recueillies sur ces deux médicaments et sera modifié en fonction de la réaction des patients.

Je comprends vos inquiétudes en ce qui concerne lerenouvellement annuel de la prescription et les quantitésimportantes que le patient pourra posséder en conséquence. Certaines modifications pourraient être nécessaires une fois le régime mis en oeuvre. Je crois que, à tout moment, Santé Canada peut modifier les règlements en fonction des conséquences de l'application de ceux-ci.

Le sénateur Kenny: Je crois que la marijuana varieconsidérablement sur le plan de la puissance. Croyez-vous que la marijuana offerte dans le cadre de ce programme présentera une qualité et une force homogènes, ou variera-t-elle comme elle le fait sur le marché à l'heure actuelle?

M. Ben Amar: Je suis sûr que la sélection des producteurs et un contrôle strict réduiront les variations de pourcentage dans la teneur en THC de la marijuana. Je crois que la concentration moyenne se situe actuellement autour de 10 p. 100 de THC. Les producteurs devront observer certaines normes de qualité et je suis sûr que, au cours de ces inspections, Santé Canada prélèvera aussi des échantillons pour contrôler le dosage de THC.

Le sénateur Kenny: Mais le programme débute dans un mois. Ces normes n'ont-elles pas déjà été établies?

M. Ben Amar: Il y a bien des choses que nous ignorons pour le moment parce qu'elles n'ont pas été rendues complètement publiques. Nous pourrons nous former une opinion plus étoffée une fois que les règlements seront mis en application. Étant donné que j'ai déjà, dans le passé, participé à la mise au point d'un médicament, je suis confiant que Santé Canada a pris toutes les précautions nécessaires. C'est un ministère très consciencieux. Il y a des professionnels très compétents qui travaillent au sein du ministère. Je suis sûr qu'ils ont prévu toutes ces inquiétudes et qu'ils ont mis en place toutes les mesures appropriées.

Le sénateur Kenny: Nous avons tous deux cerné un problème possible qui pourrait découler du renouvellement annuel de la prescription et de quantités importantes de drogues que le patient devrait avoir en sa possession. La dose quotidienne représente quelle quantité en onces? Pouvez-vous nous donner un ordre de grandeur du nombre d'onces qu'un patient serait susceptible de recevoir? Ensuite on pourrait multiplier ce chiffre par 365.

M. Ben Amar: Il est difficile de vous répondre parce que, comme je vous le disais, la quantité varie d'un patient à l'autre.

Le sénateur Kenny: Pouvez-vous nous donner le minimum et le maximum de sorte que nous puissions nous faire une idée? Quelle serait la dose minimale prescrite? Je ne m'attends pas à un chiffre précis, mais pouvez-vous nous donner votre estimation d'une dose minimale et d'une dose maximale. Cela nous donnerait une idée de la quantité ou de l'ordre de grandeur de la quantité qu'une personne pourrait emporter avec elle lorsqu'elle fait exécuter une ordonnance pour un an.

M. Ben Amar: C'est avec prudence que je vous cite des chiffres parce qu'ils varieront d'une personne à l'autre. La quantité dépendra de la sensibilité au produit et de l'usage thérapeutique qui en est fait. On peut dire raisonnablement que le dosage quotidien prescrit variera entre un et 20 milligrammes.

Le sénateur Kenny: Je me demande ensuite comment le produit sera acheminé du producteur - qui dispose d'un permis, je suppose - au fournisseur ou au grossiste. Vous avez dit que ce ne serait pas une pharmacie. J'ai cru comprendre qu'il y aurait une nouvelle entité qui desservirait le patient. Comment la substance sera-t-elle acheminée du point A au point B et qui en réglementera le transport? Qui réglementera l'entreposage de grandes quantités de cette drogue dans différents endroits? Quel mécanisme prévoit que cela s'effectuera dans la légalité et de manière sûre et de façon que ces endroits ne deviennent pas la cible de criminels?

M. Ben Amar: Encore une fois, je ne saurais vous répondre avec précision parce que ces politiques n'ont pas été divulguées. Je suppose que Santé Canada a dressé une liste des producteurs officiels dans les différentes régions du pays. Des règlements régiront le transport et la distribution de la drogue aux patients. Je ne connais pas encore ces règlements.

Le sénateur Kenny: La drogue sera-t-elle livrée par FedEx ou par la Brinks? Je suis curieux. Si vous transportiez une quantité de cette substance à l'heure actuelle, vous seriez probablement dans l'illégalité.

M. Ben Amar: Je suis certain qu'il y a des règles strictes quant aux modalités de livraison, ce qui signifie que le producteur sera entièrement responsable des quantités qu'il sera appelé à posséder et à distribuer. Sans aucun doute, toutes les précautions nécessaires seront prises, depuis la production jusqu'au point de distribution au patient, pour faire en sorte que toute possibilité d'erreur soit éliminée. Il y a probablement des mesures de contrôle rigoureuses pour la sélection des distributeurs, mais je ne connais pas les conditions à l'heure actuelle.

Le sénateur Kenny: J'ai une question à propos des patients qui reçoivent l'ordonnance. Il me semble que le patient recevrait une quantité de marijuana telle qu'il passerait de patient à distributeur, si l'on se fie au fait qu'il aurait, en sa possession, la quantité nécessaire à un an de traitement.

Le président: Monsieur le sénateur Kenny, peut-être que je pourrais vous éclairer sur la réglementation dont parlait M. Ben Amar. Nous en aurons une version finale en juillet. Il y a une section précise qui porte sur la quantité maximale de marijuana qu'une personne peut avoir en sa possession. Il ne s'agit pas de 365 jours. D'après ce que j'ai lu, un patient peut renouveler son ordonnance, mais la quantité qu'il lui serait permis de posséder serait inférieure. Il est question, je crois, d'un approvisionnement pour trois ou cinq jours.

Je comprends votre question. M. Ben Amar n'est probablement pas le témoin qui peut répondre à vos questions. Toutefois, monsieur Ben Amar, si vous avez examiné les règlements proposés, nous vous invitons à répondre. Toutefois, je ne crois pas que ce soit votre domaine de compétence, pas aujourd'hui. Peut-être que dans un mois, une fois les règlements publiés et mis en oeuvre, nous pourrons inviter des gens du ministère pour venir répondre à ces questions.

Le sénateur Kenny: J'ai des questions qui portent sur le patient. Le patient doit-il avoir un document ou une carte sur sa personne pour fins d'identification? J'aimerais qu'on m'explique pas à pas le processus, du fournisseur jusqu'à l'utilisateur, pour que je puisse en suivre les étapes et voir ce que cela suppose.

Le président: À votre première question, je réponds que oui. Cela faisait partie de l'ébauche des règlements. Je ne me souviens plus de la quantité précise. Je crois qu'on pouvait avoir en sa possession des réserves de marijuana pour trois, quatre ou cinq jours. Ça ne veut pas dire sur votre personne, mais chez vous, dans un endroit sûr.

Le sénateur Kenny: Si je ne me suis pas adressé au bon témoin, prévoyez-vous que nous aurons des témoins capables de répondre à ces questions?

Le président: Au ministère, on n'a pas fini l'examen de toutes les propositions. Comme vous le savez, le projet de règlements a reçu une certaine publicité. D'après ce qu'on nous dit au ministère, on examine toujours les diverses recommandations reçues.

Nous lirons les règlements lorsqu'ils seront publiés à la fin de juillet. En effet, ceux-ci seront publiés à la mi-juillet et entreront en vigueur à la fin juillet. Au tout début de septembre, nous aurons en main tous les détails des dates proposées et des règlements d'application. Nous aurons des témoins du ministère pour nous aider à comprendre le mécanisme.

Le ministre de la Santé est chargé d'établir tous les processus et procédures, garanties et protocoles qui s'appliqueront auxmédecins, aux utilisateurs et aux fabricants.

Le sénateur Kenny: Je vais terminer en posant quelques brèves questions qui s'adressent peut-être plus particulièrement à ce témoin. À votre avis, monsieur, convient-il de prescrire cette drogue sous forme comestible ou par inhalation? Je songe tout particulièrement aux complications qu'entraîne le fait de fumer. Y a-t-il un moyen préféré de recevoir cette drogue?

M. Ben Amar: L'American Medical Association suggère de mettre au point un système qui donnerait accès à l'ingrédient actif, le THC, sans goudron, qui comporte les propriétés cancérigènes. Je pense que la façon la plus pratique de prendre du cannabis, c'est par inhalation. À l'heure actuelle, c'est en fait le seul moyen facilement disponible. L'inhalation sera le mode convenable dans un avenir rapproché afin d'atteindre certaines quantités thérapeutiques dans le sang qui auront les effets appropriés sur l'organisme.

Le sénateur Kenny: On constate qu'au fur et à mesure que de nouveaux médicaments sont commercialisés aux États-Unis, on en fait la publicité. Une annonce décrit ce que fera ce produit pour vous. Ensuite, on énumère une longue liste d'effets secondaires. C'est une publicité fascinante. Parfois, les effets secondaires semblent plus inquiétants que le médicament.

Si vous deviez créer un message publicitaire pour la marijuana, de quels effets secondaires feriez-vous état à la fin de cette publicité? Vous avez décrit quelles maladies sont soulagées ou pourraient l'être par ce produit. Pourriez-vous nous dire quelle mise en garde vous ajouteriez à la fin? Si vous faisiez un message publicitaire, que diriez-vous?

M. Ben Amar: Il y a une longue liste d'effets secondaires et de contre-indications. Je vais vous en résumer quelques-uns. Par exemple, il est bien établi que fumer de la marijuana a un effet sur votre conduite automobile. L'alcool limite ces effets. Il faut faire très attention de ne pas conduire un véhicule ou utiliser de l'équipement dangereux lorsqu'on est sous l'effet de la marijuana. Il faudrait donner comme avertissement qu'il ne faut pas prendre d'alcool ou d'autres psychotropes en même temps. Les documents qui vous ont été remis contiennent une liste de tous les psychotropes.

Il est également clair qu'on attribue au cannabis différentseffets sur le cerveau. Par exemple, il affecte la mémoire, laconcentration et l'attention. Par conséquent, il faudrait également donner cet avertissement. Les personnes atteintes de maladies psychotiques, par exemple de paranoïa et de schizophrénie, ne devraient pas prendre de cannabis car leurs symptômes peuvent être ainsi exacerbés.

Je pourrais également vous mettre en garde contre des problèmes cardio-vasculaires. Comme je l'ai mentionné, le cannabis en grandes quantités peut stimuler le rythme cardiaque, ce que l'on appelle la tachycardie. Votre rythme cardiaque pourrait être augmenté jusqu'à 50 p. 100, ce qui est contre-indi qué dans le cas de certaines maladies cardio-vasculaires.

Comme je l'ai mentionné aussi, le cannabis entraîne une réduction de la pression vasculaire. Cela peut être dangereux pour les personnes âgées. Il est établi que ce sont les jeunes qui font le plus fréquemment usage de cannabis, mais il faudrait quand même prévenir ceux qui ont des maladies cardio-vasculaires, surtout si le cannabis est utilisé à des fins thérapeutiques. D'après les derniers chiffres, 1,5 million de Canadiens utilisent le cannabis pour leur plaisir et environ 400 000 personnes l'utilisent à des fins thérapeutiques. C'est beaucoup plus que les 40 personnes qui ont demandé à Santé Canada d'utiliser le cannabis par le passé.

La liste des effets secondaires doit être plus longue que plus courte afin d'empêcher tout risque éventuel pour ceux qui en prennent. Je pense que Santé Canada voudra également publier une brochure sur les effets secondaires et les contre-indications. Vous vous êtes dit préoccupé par le fait que l'ordonnance ne sera renouvelée qu'une fois par année. J'ai mentionné ce fait uniquement parce que la plupart des patients qui obtiendront le cannabis à des fins thérapeutiques sont à un stade avancé de la maladie, dans certains cas en phase terminale. Par conséquent, plus la durée de l'ordonnance sera longue, plus ils s'éviteront des visites fréquentes chez le médecin.

Toutefois, je suis persuadé, comme l'a mentionné le président, qu'il y a un règlement qui interdit aux patients d'avoir en leur possession plus qu'une une certaine quantité, à un moment donné, à cause des risques d'abus. On pourrait en faire le trafic. On pourrait en donner à d'autres. Je suis convaincu que l'on prévoira des conditions, en fonction de la quantité prescrite, de sorte que le patient en aura suffisamment pour une semaine, cinq jours, trois jours. Je pense qu'il est important de considérer cet aspect.

Le président: Pour la gouverne du comité, le règlement proposé prévoit cinq grammes par jour pour 30 jours, au même moment, à un endroit. Voilà ce qui est proposé. Je ne sais pas quelle sera la quantité finale dans le règlement.

[Français]

Monsieur Ben Amar, nos recherchistes ont sûrement des questions qu'ils auraient voulu que nous posions et que, pour toutes sortes de raisons, nous ne poserons pas. Nous demandons donc à tous nos témoins la permission de pouvoir leur écrire, espérant une réponse et ainsi obtenir plus d'informations.

Deuxièmement, si vous jugez opportun au cours de nos travaux de nous informer sur un sujet qui vous apparaît important, n'hésitez pas à le faire car nous apprécierions recevoir vos commentaires.

Il a été question tout à l'heure de morale, d'influence de la morale et des pressions politiques sur les parlementaires. Croyez-vous les scientifiques à l'abri de cela?

Avant que vous ne répondiez, je vous exposerai deux exemples: l'Institut américain de médecine n'a pas estimé concluant, d'après leurs recherches scientifiques, l'effet du cannabis sur le f9tus humain.

À l'envers de la médaille, nous savons, par la documentation afférente, que pour les recherches effectuées sur des animaux, les doses utilisées sont énormes et n'ont rien à voir avec les doses utilisées par les humains. J'irais même jusqu'à inclure dans cela les usagers réguliers et «très forts», pour utiliser les mots que vous avez employés tout à l'heure.

Croyez-vous les scientifiques capables de poser un examen objectif et d'offrir un éclairage rigoureux et objectif à des pauvres parlementaries comme nous, qui tentons de voir clair dans ce dédale d'informations qui sont, plus souvent qu'autrement, subjectives?

M. Ben Amar: Je l'espère. Comme dans toutes les couches de la société, il y a toujours quelques exceptions, mais je suis sûr que la communauté scientifique va considérer cet aspect sous un volet très rigoureux. Toutefois, nous ne sommes pas à l'abri de considérations morales, sociales et personnelles.

Le problème du cannabis est qu'il n'y a pas d'études contrôlées et sérieuses où on a comparé les faits par rapport à un placebo, c'est-à-dire une substance inefficace et où l'on puisse dire que cela améliore de 80 p. 100 le symptôme musculaire de la sclérose en plaques ou cela augmente de 20 p. 100 le poids d'une personne qui est en phase terminale de sida ou de cancer. Il n'y a pas, dans le monde actuellement, d'études très vastes et très claires qui vont dans un sens ou dans un autre. Les études menées sont davantage anecdotiques et ne sont pas des études où, par exemple 5 000 malades sont sélectionnés et que l'on étudie les effets du cannabis, à cause justement des aspects légaux qui n'ont pas permis ces études.

L'Association médicale américaine, dans un communiqué de juin 1998, recommandait au National Institute of Health de prendre les mesures administratives et scientifiques nécessaires pour diriger et contrôler des études à large échelle aux États-Unis sur les applications thérapeutiques. Toutefois, ceci n'a pas encore été fait.

La position de l'Association médicale canadienne est peut-être plus large et se base sur certaines données. Nous avons aussi l'avantage, et j'en suis très fier, qu'il y a certaines études faites au Canada, mais sur un nombre plus limité de patients. C'est le problème avec le cannabis, mais il est certain que la communauté scientifique n'est pas à l'abri de considérations non pas scientifiques, mais sociales, morales ou personnelles.

Le président: Croyez-vous que les protocoles de recherche doivent être améliorés pour s'assurer de cet objectif?

M. Ben Amar: Absolument. Les meilleurs protocoles de recherche sont les études randomisées et à double insu. Par exemple, si 500 malades souffrent d'une certaine maladie, deux groupes de 250 personnes tirées au sort seront formés - c'est ce qu'on appelle la randomisation - et un groupe recevra le produit et l'autre pas. Il y a aussi des aspects éthiques dans cette procédure. Théoriquement, les meilleures études sont celles à double insu, c'est-à-dire que ni la personne ni l'expérimentateur ne savent exactement ce qu'on leur donne.

Le problème est évidemment difficile pour le cannabis parce qu'il y a des effets particuliers du cannabis, et c'est là encore le problème des études par rapport à d'autres drogues. Parce que lorsqu'on compare un médicament, on peut donner un comprimé qui a la même allure qu'un médicament connu, mais qui ne contient que du sucre, et le patient ne connaît pas les effets. Mais dans le cas du cannabis, c'est très difficile à évaluer parce que le patient sait que la substance qu'il prend n'a pas les effets caractéristiques du cannabis. Alors en théorie, oui c'est faisable, mais sur le plan pratique cela pose un problème pour les raisons que je viens de vous énumérer.

Le président: Je vais vous poser une dernière question et je vous laisse aller ensuite, mais soyez le bienvenu si vous voulez demeurer avec nous pour assister aux témoignages de vos collègues.

Ce que vous venez de décrire à la toute fin de la réponse, n'est-ce pas le lot de toutes les substances naturelles mises sur le marché et qui, pour toutes sortes de raisons ayant souvent trait à leur nature même, amènent les aurorités, tant médicales que gouvernementales qui ont comme responsabilité la santé publique, des problèmes d'application des protocoles standards.

J'ai en tête la médecine chinoise entre autres, mais il y a sûrement d'autres substances naturelles à qui on prête des valeurs curatives. Mais nous, occidentaux, sommes tellement habitués à nos pharmaciens traditionnels et à la pharmacopée occidentale que nous ne prêtons pas à ces substances naturelles le respect que nous devrions.

Les protocoles d'évaluation de ces substances sont-ils ou devraient-ils être modifiés pour évaluer les substances naturelles? Il m'apparaît que le cannabis pourrait davantage faire partie de cette catégorie.

M. Ben Amar: Il est vrai qu'il y a un contexte historique qui peut varier d'une civilisation ou d'une société à une autre et que les substances d'origine végétale ont été moins étudiées au Canada, par exemple. Je pense que nous pouvons en effet modifier les protocoles, en prenant en considération lesparticularités des substances dites «naturelles», mais il faut toujours garder les standards de rigueur dans ces études contrôlées.

Nous pouvons y aller de façon un peu plus large dans l'évaluation, mais il faut qu'il y ait des études statistiques démontrant un effet nettement supérieur par rapport à une substance standard ou une substance inoffensive. Toutefois, incontestablement, pour les substances d'origine végétale, il y a des considérations particulières qui doivent être appliquées.

Le président: Professeur Ben Amar, je vous remercie de vous être déplacé. Cela a été fort agréable et fort instructif. N'hésitez pas à nous écrire si vous avez d'autres commentaires à formuler, surtout après la lecture du règlement sur la distribution du cannabis à des fins médicales, qui sera publié à la fin juillet.

[Traduction]

M. Ben Amar: J'ai été très heureux d'être ici.

Le président: Nous accueillons maintenant le Dr John Morgan. Il nous vient de la City University of New York Medical School. Il est professeur en pharmacologie. Je tiens à vous rappeler que le public peut lire nos délibérations sur le site Internet parlementaire. C'est la première fois que cela se fait au Parlement. Nous en sommes très fiers.

Le Dr Morgan serait sans doute trop timide pour nous lire sa biographie, mais je ne le suis pas. Il est important que les membres du comité comprennent l'ampleur de ses connaissances et à quel point son témoignage peut nous être précieux.

John P. Morgan a obtenu un diplôme du University of Cincinnati College of Arts and Science en 1962 et du U.C. College of Medicines en 1965. Après ses études et l'obtention d'un certificat de spécialiste en médecine interne, il s'est joint aux services médicaux des Forces aériennes américaines où il a suivi deux années de cours en pharmacologie clinique. Il a commencé sa carrière universitaire en pharmacologie, dans l'enseignement et la recherche sur les drogues à la University of Rochester College of Medicine en 1971.

À l'Université de Rochester, il a donné des cours en musicologie. Il a fait la critique de musique populaire pour le Rochester Times Union.

En 1974, le National Institute on Drug Abuse lui décernait un prix pour son professionnalisme dans l'enseignement. Par la suite, il a concentré ses efforts sur la pharmacologie clinique de l'alcool et de l'abus de drogues psychoactives. Il continue à s'intéresser à la pharmacologie clinique, la médecine légale, les tendances des médecins dans leurs prescriptions et la musique populaire dans la société.

En 1976, le Dr Morgan est passé à un programme expérimental intégré de sciences et médecine mis sur pied à la City University of New York. Il y a organisé et enseigné le premier cours de pharmacologie et a été directeur du programme et président intérimaire en pharmacologie jusqu'en 1992.

Actuellement, le Dr Morgan est professeur de pharmacologie à la School of Biomedical Education à la City University of New York Medical School. Il est également professeur adjoint de pharmacologie en médecine à la Mount Sinaï School of Medicine.

Il enseigne la pharmacologie aux étudiants en médecine et aux adjoints aux médecins ainsi que la politique en matière de drogues aux étudiants de deuxième cycle en sociologie. Il donne souvent des conférences sur l'utilisation médicale de la marijuana, les analyses d'urine, la toxicologie clinique du MDMA, lesempoisonnements pendant la Prohibition, et l'effet de la marijua na sur la musique populaire et le jazz.

Il a publié plus de 100 articles et livres en pharmacologie clinique, psychopharmacologie, l'abus de drogues et d'alcool et la politique en matière de drogues. Il a travaillé comme consultant auprès de l'industrie pharmaceutique, de la Food and Drug Administration, de la Drug Enforcement Administration,d'organismes médicaux de certains États et des défenseurs publics fédéraux et des États.

Depuis 1985, il a souvent été consulté par les syndicats sur le dépistage des drogues en milieu de travail par des analyses d'urine et a participé à l'examen d'une grande variété de poursuites médico-légales. Il a souvent témoigné pour des personnes qui prétendaient que leur utilisation de la marijuana découlait d'un besoin médical.

En 1997, de concert avec la sociologue Lynn Zimmer, il a publié Marijuana Myths, Marijuana Facts. En 1996, il a reçu le prix du juge Gérald Le Dain de la Drug Policy Foundation pour ses réalisations dans le domaine du droit. En l'an 2000, il a reçu un prix pour ses réalisations dans le domaine de la réforme du droit qui touche la marijuana de la National Organization for the Reform of Marijuana Laws.

Docteur Morgan, vous avez la parole.

Dr John P. Morgan, professeur de pharmacologie, City University of New York Medical School: Honorables sénateurs, j'espère que dans mes brèves remarques, j'aborderai les idées et les questions qui vous importent.

Les pharmacologues, comme les physiciens, s'intéressent à l'étude d'entités matérielles, structurelles et organiques qu'ils ne peuvent pas voir. Leurs réflexions, idées et concepts reposent sur ces toutes petites entités dont la présence et l'incidence ne peuvent être évalués qu'indirectement. Le physicien croit ferme ment aux électrons et aux photons alors que le pharmacologue s'applique à l'examen d'une structure infracellulaire que l'on appelle le récepteur.

Les humains ont évolué en même temps que le plant du cannabis ou plutôt le plant de cannabis a forcé les humains à le cultiver il y a environ 10 000 ans avant que son caractère essentiel de substance chimique active - et les substances chimiques particulières qui se fixent sur les récepteurs - soit connu.

Dans les années 60, Rafael Mechoulam a isolé et identifié les cannabinoïdes et la principale substance chimique de la marijua na: le delta-9-THC. Environ 20 ans plus tard, à la fin des années 80, Allyn Howlett, chercheur à St. Louis, a identifié un récepteur pour le THC qui est une composante de la surface de la cellule des cellules du cerveau auxquelles se fixe le THC.

Essentiellement, toutes les substances chimiques qui touchent ou modifient la biologie et la fonction humaines se fixent sur des récepteurs, ce qui modifie la fonction de la cellule et provoque un effet mesurable. Le caractère de l'effet et de la substance chimique nous porte à cataloguer la substance chimique. En termes simples, certaines substances chimiques utilisées par les humains pour modifier les fonctions cellulaires sont des aliments; d'autres, des médicaments, des poisons et des drogues, par suite d'un mauvais usage.

De nombreuses substances chimiques qui nous intéressent ont été fabriquées ou synthétisées à partir de plantes. L'histoire de la pharmacologie occidentale est l'histoire de l'étude de lacomposition chimique des plantes souvent dans le but d'identifier, d'isoler, de purifier, de modifier et de trouver la formulation d'une dose de cette substance chimique en particulier, qui s'est retrouvée dans la plante pour toute une gamme de raisons que nous comprenons rarement.

La culture humaine découvre, valorise et craint le pavot asiatique, la digitale, un type particulier de champignon sur l'orge, l'éphédrine et la coca. Ces dernières années, l'étude de la plupart de ces plantes a révélé l'existence d'une substance chimique particulière dont on peut ensuite faire l'exploitation, pour le meilleur ou pour le pire.

Parfois les utilisateurs humains continuent à ingurgiter la plante brute sous une forme quelconque, sans transformation. Il existe parfois un conflit marqué entre ceux qui font l'extraction et la fabrication synthétique de la principale substance chimique et ceux qui préconisent la formule chimique naturelle de la plante même.

L'interaction entre la substance chimique et le récepteur et l'organisme revêt souvent, nous le comprenons maintenant, un caractère particulier. Les substances chimiques, particulièrement les substances chimiques psychoactives, agissent sur un système préparé, un substrat ou terrain, si on veut.

La drogue fonctionne en s'infiltrant dans le système structurel et fonctionnel préexistant. Trente ans après l'identification du THC, par le Dr Mechoulam, un chercheur qui travaillait avec lui, William Devane, a identifié une substance chimique du cerveau - substance que nous fabriquons - qui se fixe sur les récepteurs cannabinoïdes et provoquent des changements semblables sur le plan de la qualité à ceux provoqués par le THC. Par fantaisie, le Dr Mechoulam et le Dr Devane ont identifié cette substance chimique et l'ont baptisée Anandamide, du mot hindou pour euphorie.

Ces études, l'identification de la substance chimiquecannabinoïde particulière et l'identification et la caractérisation du récepteur qui fixe cette substance chimique ont permis de commencer à comprendre le système cannabinoïde dans le cerveau des mammifères. Les récepteurs cannabinoïdes sont distribués un peu partout dans le cerveau et leur activation provoque plusieurs effets.

En fait, l'activation de ce système peut être décrite comme douce. Il serait peut-être préférable de parler d'un système de modulation plutôt que d'un système effecteur. Dans certaines cellules, dans le système nerveux central, la fixation sur le récepteur cannabinoïde modifie le système de transmission de l'énergie préexistant de la cellule de sorte que celle-ci fonctionne à un rythme diminué ou inférieur à son modèle d'activation habituel provoqué par d'autres neurotransmetteurs tels que la norépinéphrine et l'acétylcholine. En d'autres termes, le système cannabinoïde ralentit souvent les cellules. C'est un modulateur à la baisse, un modificateur de la réaction cellulaire qui diminue souvent la réaction normale d'une cellule à d'autres substances chimiques.

Le système cannabinoïde peut moduler un grand nombre de processus psychologiques humains qui peuvent être liés à la formulation de la mémoire; la réaction à la douleur et à d'autres forts stimuli; la modification du mouvement, particulièrement dans le contexte du tonus musculaire; et la régulation de l'appétit. Là encore, il faut vous rappeler que l'incidence est principalement modulatoire et souvent douce. Michael Pollan, qui a récemment écrit The Botany of Desire, a dit que le cannabis influe sur la prose de la vie humaine sans la récrire.

Je crois - comme vous pouvez le conclure par mon introduction et par ce que vous savez de moi - que le THC peut être à juste titre classé comme agent thérapeutique dans de nombreuses conditions. Je crois que les preuves sont adéquates, parfois non scientifiques, parfois d'une nature scientifiquement contrôlée, pour définir le cannabis comme agent thérapeutique dans certaines des situations suivantes. Le cannabis fonctionne très bien contre la nausée; plus particulièrement, il influe sur la nausée provoquée par les agents de chimiothérapie pour le traitement du cancer et du sida. Le cannabis modifie l'appétit; d'une certaine façon, il influe sur l'anorexie ou la dysorexie et stimule l'appétit. Il a sauvé la vie de certaines personnes atteintes du syndrome cachectique lié au sida.

Dans des études sur les animaux, en bloquant le récepteur cannabinoïde chez les jeunes animaux, on gêne leur capacité à apprendre à manger correctement. Il est tout à fait possible que le système cannabinoïde joue un rôle critique chez les jeunes mammifères dans l'établissement des habitudes alimentaires et en les aidant à choisir une nutrition appropriée.

Je crois maintenant que le cannabis a un effet analgésique. Il soulage de la douleur dans de nombreuses situations. Les premières études sur l'effet analgésique, tout en étantgénéralement positives, ne sont pas particulièrement approfondies. Toutefois, les études subséquentes sont plus prometteuses. Encore une fois, pour revenir au système préparé qui existe, lorsque le récepteur cannabinoïde est bloqué chimiquement, nous savons que les agents de blocage qui se fixent sur le récepteur le font sans effet, mais empêchent ce blocage par l'Anandamide. Les animaux de laboratoire affichent une réaction exagérée à la douleur. En d'autres mots, si vous prenez un rongeur et appliquez un modèle commun de réaction à la douleur, mais que vous placez le rongeur sur une grille chauffante, à un certain niveau de chaleur, l'animal saute en bas de la grille parce qu'il ressent, pensons-nous, quelque chose semblable à la douleur. Si vous bloquez ses récepteurs cannabinoïdes, il va sauter plus tôt. En d'autres mots, le système cannabinoïde fonctionne peut-être comme modulateur de la douleur chez les mammifères et les humains, dans le quotidien.

Le cannabis modifie et, comme je disais, diminue les anormalités et le tonus musculaire dans une variété de maladies humaines associées à ces symptômes, tout particulièrement la sclérose en plaques, la paralysie cérébrale et les traumatismes médullaires. En fait, il faut dire que la principale entité politique - si on peut la décrire comme telle - qui a fait avancer les études sur l'utilisation thérapeutique du cannabis en Grande-Bre tagne, ce sont les sociétés de sclérose en plaques. Ces organismes ont fait du lobbying et ont réclamé des études plus poussées des cannabinoïdes à cause de la capacité de celles-ci à diminuer le tonus musculaire et à diminuer la douleur et les spasmes qui accompagnent la sclérose en plaques.

Dans les années 70, tout portait à croire que nous allions aller de l'avant et entreprendre des études sur l'utilisation thérapeutique du cannabis - bien que les forces politiques aux États-Unis y aient à toutes fins utiles complètement mis fin. À la fin des années 80 et au début des années 90, ce sont essentiellement les personnes atteintes du sida qui ont exercé des pressions pour que l'on examine l'utilisation thérapeutique du cannabis.

Chez certaines personnes, le cannabis diminue les risques de crise et peut se révéler un anti-épileptique efficace. Je ne sais pas quelle proportion d'épileptiques réagit positivement à l'usage du cannabis. Détail intéressant, le cannabis abaisse la pression inter-oculaire et peut constituer une thérapeutique pour le glaucome. Je vais m'écarter un moment de mon propos pour vous en parler.

Pendant que vous interrogiez le témoin précédent, on m'a rappelé qu'il y a actuellement aux États-Unis huit personnes qui reçoivent légalement du cannabis grâce à un système de distribution imposé par la décision d'un tribunal américain. En 1976, un jeune homme qui s'appelait Robert Randall, qui est mort la semaine dernière, s'est pourvu devant un tribunal fédéral parce qu'il avait été condamné pour avoir fait pousser de la marijuana dans son jardin à Washington D.C. Il a cité comme témoin son ophtalmologue qui a déclaré que le seul remède efficace pour diminuer sa pression inter-oculaire ou pour qu'il ait une chance de conserver la vue était de fumer du cannabis. Ce témoignage a été particulièrement déterminant parce que cet ophtalmologueaméricain de grande réputation restait hostile à l'usage généralisé du cannabis en ophtalmologie et pour le traitement du glaucome, mais il a déclaré au procès que pour M. Randall, le cannabis était le seul agent qui puisse abaisser efficacement sa pression inter-oculaire.

Grâce à cette décision, le gouvernement américain a été contrait d'approvisionner en cannabis un groupe qui a fini par compter une vingtaine de personnes. Le programme a été interrompu en 1990. Il reste aux États-Unis sept personnes qui sont approvisionnées régulièrement en cannabis par le gouverne ment fédéral.

J'ai fait cette digression pour vous signaler que le cannabis en question était cultivé sur une parcelle du Collège de pharmacie de l'Université du Mississippi. Le collège dispose de sept acres pour cultiver du cannabis dont il extrait à l'occasion du THC à des fins expérimentales, et qui lui sert à approvisionner ces sept patients.

Le Dr El Sohly a signalé à plusieurs reprises qu'il avait pris sa décision lorsqu'on lui a attribué le contrat d'approvisionnement de ces sept personnes avec de la marijuana contenant 3 p. 100 de THC. Évidemment, les doses varient d'un patient à l'autre, mais la plupart d'entre eux reçoivent 300 cigarettes par mois. Une pharmacie locale reçoit l'équivalent de 10 cigarettes par jour et les utilisateurs en prennent livraison et se les administrent eux-mêmes. Le gouvernement américain n'exerce qu'une surveillance minimale sur ces sept personnes.

Les patients atteints de glaucome, c'est-à-dire anciennementM. Randall et une femme, fument d'ordinaire de 8 à 10 joints par jour. L'effet du cannabis sur le glaucome est de courte durée. Les patients doivent absorber une dose plus importante pour obtenir un effet. Il y a aussi un patient atteint de sclérose en plaques. Plusieurs autres ont des problèmes neurologiques peu courants. Dans l'immédiat, je ne me souviens plus de la dose efficace pour les autres patients, mais on leur fait parvenir des cigarettes ordinaires de marijuana à 3 p. 100. On aurait pu produire des cigarettes à 5 ou 10 p. 100 de THC.

Cette digression me permet également de signaler que malgré tout l'émoi suscité par la forte augmentation de la puissance de la marijuana, on remarquera avec intérêt que la puissance de la variété commerciale vendue aux États-Unis n'a guère varié depuis 30 ans. On l'évalue par l'analyse du contenu en THC dans les stocks saisis par la police. J'ai récemment consulté le rapport qui vient du Mississippi et selon lequel la teneur moyenne en THC des quelque 40 000 saisies effectuées depuis 1974 est d'environ 3,5 p. 100. Elle augmente depuis 10 ans, pour atteindre une moyenne arithmétique de 4 p. 100, je crois, alors qu'au cours de la décennie précédente, la moyenne était d'environ 3,5 p. 100.

Depuis 1975, on a trouvé, du moins aux États-Unis, des produits de très forte puissance. En 1975, on a signalé dans ce pays des échantillons contenant plus de 15 p. 100 de THC. J'admets que la puissance des variétés commerciales a augmenté, mais pas autant que les détracteurs du cannabis voudraient le faire croire.

En 1986, une société pharmaceutique américaine a présenté une préparation orale de THC. Le produit, comme vous le savez, s'appelle Marinol. C'est en fait du THC synthétique pur, c'est-à-dire qu'il n'est pas extrait de la plante, et ce pour diverses raisons politiques. Il est dissous dans de l'huile de sésame et vendu aux États-Unis en capsules de 2,5 milligrammes,5 milligrammes ou 10 milligrammes.

Dans certains cas, le THC est un agent thérapeutiqueutile. Cependant, même pur, il n'est pas toujours efficace en consommation orale. Le produit avalé est dégradé en grande partie par le foie dès qu'il a franchi la muqueuse intestinale.

Le taux sérique de THC après l'absorption d'une capsule de Marinol est d'environ un cinquième ou un dixième de celui qu'on obtient en fumant de la marijuana. En outre, le pic de concentration dans le sang est atteint entre 12 et 15 minutes après l'inhalation de fumée alors qu'après l'administration orale de Marinol, il n'apparaît qu'au bout d'une heure et demie. Un patient cancéreux peut soulager sa nausée en quelques minutes grâce à quelques bouffées de marijuana.

Le Marinol coûte très cher. Ma femme en prend pour soulager des spasmes et des douleurs musculaires dus à la sclérose en plaques. Elle en prend depuis plus de cinq ans. Récemment, à cause d'une erreur de la compagnie d'assurances, j'ai dû payer de ma poche l'équivalent d'un mois de traitement au Marinol pour la spasmicité. Il m'en a coûté 660 $ américains.

Les doses thérapeutiques de Marinol pour un patient américain non assuré coûtent de 6 000 à 7 000 $ par an. Il est plus efficace, plus efficient et plus économique de fumer de la marijuana pour approvisionner en THC les récepteurs du cerveau.

Il est vrai que les futurs médicaments aux cannabinoïdes suivront le modèle pharmacologique occidental et comporteront sans doute une libération de THC par un mode autre que l'inhalation de fumée de marijuana. On fait actuellement des expériences avec des inhalateurs de THC pur.

On a mené récemment en Californie une expérimentation assez intrigante faisant appel à un générateur de vapeur de THC. On place un échantillon de marijuana dans un récipient de verre, puis on place une source de chaleur - parfois sous forme de générateur conçu spécialement - au-dessus du récipient. Selon sa taille, on peut aussi utiliser un pistolet à colle. L'application d'une chaleur intense va faire évaporer du THC qui va se retrouver sous la forme d'une vapeur ne contenant que très peu d'autres éléments du tissu végétal, c'est-à-dire avec un minimum d'irritants, de produits cancérigènes, d'hydrocarbures et de tout ce qu'on ingère en fumant les tissus végétaux carbonisés.

L'avenir pourrait nous réserver d'autres formulations. J'ai parlé des inhalateurs de THC pur. Il pourrait y avoir des comprimés à faire fondre sous la langue. Je m'empresse toujours de signaler à l'auditoire qu'on a déposé aux États-Unis deux brevets de préparation de THC sous forme de lavement. C'est efficace. On obtient d'assez bons niveaux de produits dans le sang quand le THC est administré de cette façon.

En attendant que ces préparations pharmaceutiques soient disponibles, les patients qui utilisent la marijuana à des fins thérapeutiques devraient être à l'abri des contraintes de la justice pénale du fait qu'ils possèdent et utilisent de la marijuana brute. Quand les gouvernements occidentaux interdisent l'usagede la marijuana tout en préconisant la consommationde THC pur, c'est comme si on favorisait la consommation de vitamine C synthétique en interdisant la consommationde jus d'orange. Comme le disait la commission Schaefferen 1972 - et c'est toujours vrai aujourd'hui - le plus grand danger que court le consommateur de marijuana, c'est de se faire arrêter, condamner et emprisonner.

Me voici à la fin de mon exposé. J'ai pensé dire quelques mots concernant la toxicité, en particulier celle de toutes les substances inhalées pour les poumons, des dysfonctions cognitives et des deux à trois heures de légère stupeur qui suivent l'inhalation de marijuana. Mais je préfère passer directement aux questions.

Le président: Merci, docteur Morgan. Comme je l'ai dit aux autres témoins, nos attachés de recherche pourraient avoir des questions à poser. Je vous les soumettrai par écrit et j'espère que vous pourrez répondre aux questions qui ne vous auront pas été posées directement ce matin.

Par ailleurs, si vous suivez les travaux du comité et que vous pensez pouvoir lui communiquer des renseignementssupplémentaires, n'hésitez pas à nous contacter par courrier ou par courrier électronique. Nous vous en serons très reconnaissants.

Le sénateur Banks: Je voudrais revenir à la toxicité, dont vous venez de parler. Dans un autre comité dont j'ai l'honneur de faire partie, on a fait la preuve plus ou moins irréfutable que la fumée de cigarette peut être très préjudiciable au foetus. C'est ce que considère le gouvernement du Canada. Quand on achète des cigarettes au Canada, on trouve sur le paquet des images atroces qui préviennent du danger de la cigarette pour le foetus. Je remarque qu'au treizième mythe, vous dites que la marijuana n'a pas cet effet. J'aimerais donc savoir si vous avez fait une étude de la consommation de biscuits pour l'affirmer. Je suppose que ce n'est pas le cas.

La teneur en goudron des cigarettes de marijuana est supérieure à celle de la plupart des cigarettes de tabac. Dans ce contexte, j'aimerais savoir s'il a été possible d'isoler l'effet cancérigène de la fumée pour établir que la fumée était préjudiciable au foetus, mais que ce n'était pas l'effet de la marijuana.

Dr Morgan: Je vais partir de considérations générales pour parler ensuite plus spécifiquement du préjudice pour le foetus. L'inhalation du produit de la combustion de tissus végétaux est dangereuse pour les poumons. L'être humain est le seul mammifère qui fume, et nous pouvons nous en tenir à cela.

La composition de la fumée de marijuana est très semblable à celle de la fumée de tabac. Des études ont montré que les personnes qui inhalent profondément la fumée de marijuana et qui retiennent leur souffle pendant un certain temps déposent plus de substances toxiques dans leurs poumons que celles qui fument du tabac. Il est possible que le filtre ait un effet déterminant. Cependant, en réalité, la quantité de substances cancérigènes, de produits irritants et de particules est à peu près la même dans la fumée de tabac et dans la fumée de marijuana. La différence essentielle, c'est que la fumée de tabac contient de la nicotine, alors que la fumée de marijuana contient des cannabinoïdes.

En ce qui concerne les dangers de la fumée de tabac pour la santé du foetus, leur liste est très impressionnante. Des études dignes de foi montrent une diminution de la circonférence et du poids du cerveau ainsi que d'autres problèmes chez lesnouveau-nés dont la mère a fumé régulièrement du tabac pendant la grossesse.

Avant de revenir aux raisons pour lesquelles nous doutons qu'il en soit de même pour le cannabis, je peux vous dire que les gros fumeurs de marijuana, c'est-à-dire ceux qui fument de quatre à six cigarettes par jour - ce qui constitue une forte consommation selon la classification américaine - manifestent quelques problèmes pulmonaires, dont les signes, cependant, ne sont pas très marqués. Ils ont tendance à tousser davantage, à produire davantage de mucosité et sont éventuellement plus sujets à la bronchite aiguë. On a donc une indication du caractère délétère de la forte consommation de cannabis. Cependant, il est permis de croire que les gros fumeurs de cannabis ne s'exposent pas à succomber aux formes les plus graves de troubles pulmonaires comme l'emphysème ou les maladies pulmonaires obstructives chroniques. Donald Tashkin, qui a observé un groupe de gros fumeurs de marijuana pour les comparer à des fumeurs de tabac et à des non-fumeurs, n'a constaté aucune preuve de diminution de la fonction pulmonaire de nature emphysémateuse, sauf chez les fumeurs de tabac. Il semble qu'il n'y en ait pas chez les fumeurs de marijuana.

L'autre problème est celui des matières cancérigènes. La soi-disant épidémie de marijuana chez les jeunes Occidentaux a commencé il y a près de 40 ans, et aucune étude convaincante n'a encore montré une plus grande fréquence du cancer du poumon chez ceux qui ne fument que de la marijuana.

J'estime que c'est assez facile à expliquer, et nous le faisons naturellement dans notre livre. C'est la dose qui fait le poison. Le fumeur de cannabis inhale beaucoup moins de substance toxique sous forme de fumée. Évidemment, un gros fumeur de cannabis fume, par hypothèse, de trois à cinq joints par jour, alors qu'un gros fumeur de tabac fume 40 cigarettes par jour. Pendant des années, mon père en a fumé 60 par jour. La dose de fumée absorbée par le fumeur de cannabis est donc bien inférieure. Sauf preuve du contraire, je pense que cette faible dose de fumée est relativement inoffensive.

Je vais maintenant passer brièvement à la question du préjudice pour le foetus. Je m'attendais évidemment à recevoir des questions sur le préjudice foetal à Ottawa, puisque toutes les études à ce sujet viennent du Dr Fried, qui est membre de la Faculté de médecine d'Ottawa. Aux pages 103 et 104 de notre livre, nous avons commenté les études du Dr Fried ainsi que l'Ottawa Prenatal Prospective Study. Nous considérons qu'après de nombreuses années de travaux et après la parution d'une quinzaine de rapports, le Dr Fried n'a pas trouvé de façon convaincante que les foetus des fumeuses de marijuana subis saient un préjudice.

D'après les travaux de l'Ottawa Prenatal Prospective Study et d'après tous les tests effectués, les chercheurs canadiens n'ont constaté que très peu de différences entre les enfants exposés à la marijuana et ceux qui n'y avaient pas été exposés. À un an, les enfants exposés à la marijuana obtenaient de meilleures notes à un ensemble de tests cognitifs. À trois ans, les enfants dont la mère consommait de la marijuana en quantité modérée obtenaient de meilleures notes à un test d'habilité psychomotrice. À quatre ans, les enfants des femmes qui avaient fait une forte consommation de marijuana pendant la grossesse - 19 joints par semaine - obtenaient de moins bonnes notes à un exercice d'un test cognitif. Cependant, à cinq ans et à six ans, la différence disparaissait.

On retrouve des formules du même genre sur plus de deux pages, puisque le Dr Fried a continué de publier des études sur le même groupe d'enfants dont les mères fumaient du tabac, de la marijuana ou les deux. Bien que le Dr Fried ait insisté dans ses rapports sur les quelques différences qu'il a constatées, nous considérons qu'il y a très peu de différences entre les enfants des consommatrices de marijuana et ceux des femmes qui n'en consomment pas.

Récemment, le Dr Fried a annoncé qu'un nouvel ensemble de tests consacrés à la fonction exécutive allaient révéler des déficits imputables à la marijuana chez les pré-adolescents. Un peu plus tard, il a publié une étude indiquant que la fonction exécutive, qui désigne une nouvelle échelle de valeurs cognitives déterminantes particulièrement importante dans le monde des affaires, se trouvait légèrement diminuée dans le petit groupe d'enfants exposés à la marijuana qui font l'objet de son étude.

Cela m'amène à considérer que le Dr Fried - qui est le seul à avoir publié des rapports suivis selon lesquels les foetus des fumeuses de marijuana subissent un préjudice - n'a pas réussi à me convaincre ni à convaincre d'autres membres de lacommunauté scientifique de la crédibilité de ses données. Je m'empresse de recommander aux femmes enceintes de ne rien fumer du tout. Je suis convaincu qu'il est bien meilleur pour elles de ne rien fumer, mais d'après les preuves, je ne suis pas convaincu que le foetus subisse un préjudice lorsque sa mère fume de la marijuana. Cela étant dit, on ne devra pas interpréter mes propos comme une invitation à fumer à l'endroit des femmes enceintes.

Le sénateur Banks: Avant de parler du foetus, vous avez évoqué la quantité de fumée absorbée par un gros fumeur de marijuana par rapport à ce qu'absorbe un fumeur de cigarette. Vous avez dit que la fumée de marijuana était inoffensive. Pouvez-vous m'expliquer vos propos?

M. Morgan: Les fumeurs de marijuana inhalent moins de fumée. Lorsqu'on essaie de voir si une substance chimique empoisonne un groupe de personnes, l'élément essentiel à considérer est la dose de cette substance. Je ne pense pasque la marijuana soit inoffensive. Comme le THC est un bronchodilatateur, on a supposé que la fumée de marijuana aurait un effet que la fumée de tabac n'aurait pas. Cependant, personne n'a jamais prouvé que cet effet était important et je considère que l'élément essentiel, c'est la quantité de fumée inhalée; or, la plupart des fumeurs de marijuana présentent peu de problèmes pulmonaires imputables à cette fumée.

Le sénateur Banks: Vous parliez tout à l'heure de formules qui permettraient d'absorber du THC pour ses effets bénéfiques et, je suppose, pour ses effets «récréatifs» sans s'exposer aux désagréments de la fumée ni aux problèmes qui en découlent. Pouvez-vous nous parler de l'efficacité relative des biscuits au haschich? Le témoin précédent nous a dit qu'il serait difficile de faire une étude comparative avec les cigarettes de marijuana, car tout le monde sait ce que sent la fumée de marijuana et tout le monde en connaît les effets immédiats. On ne pourrait donc pas utiliser de placebo. En revanche, ce serait possible dans le cas des biscuits au chocolat et au haschich, n'est-ce pas?

Dr Morgan: Depuis les années 70, on a fait un certain nombre d'études sur les préparations au cannabis absorbées par voie orale. Je connais des patients pour qui l'ingestion orale de préparations au haschich ou au cannabis, comme le biscuit spatiald'Amsterdam, constitue une thérapeutique tout à fait utile. C'est particulièrement le cas de patients qui présentent des problèmes chroniques. Pour les personnes atteintes de sclérose en plaques et de douleurs chroniques, l'ingestion orale peut être utile. Mais elle pose un problème parce que les niveaux sériques sont très faibles après l'ingestion orale. En effet, le foie réussit à décomposer le THC, à le dégrader et le détruire dès qu'il apparaît.

C'est une caractéristique commune à de nombreuxmédicaments. Il y a des médicaments qu'on ne peut pas donner facilement par voie orale, comme la nitroglycérine administrée contre l'angine de poitrine. Je pense qu'en définitive, on devrait aboutir à une préparation à inhaler. Il se pourrait cependant que pour certains patients, l'ingestion orale reste utile, même si le produit est en partie dégradé. Il existe d'autres substances qui sont administrées oralement et dont la plus grande partie se dégrade, mais l'organisme en conserve suffisamment pour en tirer un effet thérapeutique.

Le sénateur Banks: Si ma dernière question peut paraître désinvolte, c'est bien malgré moi. Je m'interroge sur les effets analgésiques de la marijuana. La douleur diminue-t-elleréellement d'un point de vue physiologique ou est-elle toujours présente mais moins sensible pour le patient?

Dr Morgan: La dernière affirmation est sans doute vraie. Du moins, je ne la contesterai pas. Je pense qu'il en va de même pour l'effet soi-disant analgésique des opiacés. Si vous interrogez des patients qui ont pris de la morphine, de l'héroïne ou de l'oxycodone, ils vous diront bien souvent: «Oui, je pense que la douleur est toujours là mais elle n'a plus d'importance ou elle ne paraît plus aussi intense.» Il est ici question de modification de la perception. Il se pourrait que la drogue n'ait pas d'effet périphérique sur la douleur. Elle agit peut-être sur le système qui filtre la douleur pour en modifier la perception, et cetera.

Le sénateur Banks: Mais peu importe.

Dr Morgan: Peu importe, en effet.

Le sénateur Kenny: Vous nous avez présenté un exposé intéressant. J'aimerais revenir à votre ouvrage, Marijuana Myths, Marijuana Facts. Vous dites que d'après des études, il n'est pas dangereux pour la santé de fumer du cannabis, même pendant longtemps.

Dr Morgan: C'est une citation du Lancet.

Le sénateur Kenny: Est-ce que c'est aussi votre avis?

Dr Morgan: Je suis à peu près d'accord. J'ai signalé que les très gros fumeurs pouvaient présenter des maladies des poumons. J'essaye de présenter le problème de façon équilibrée. M. Tashkin signale que les gros fumeurs sont plus sujets à la bronchite aiguë, à la toux, au rhume, et cetera. Pendant un an, le régime d'assurance-santé Kaiser Permanent a tenu un registre des fumeurs. On a considéré les gens qui se présentaient pour une consultation externe dans les salles d'urgence avec des problèmes respiratoires, en considérant la catégorie des fumeurs de cannabis, celle des fumeurs de tabac et celle des non-fumeurs. Les fumeurs de tabac présentaient les taux les plus élevés de maladies respiratoires aiguës. Les fumeurs de cannabis se plaignaient de problèmes respiratoires dans une proportion statistiquement plus importante que les non-fumeurs. En pratique, 36 p. 100 des fumeurs de cannabis se sont plaints de problèmes respiratoires au cours de l'année alors que la proportion était de 33 p. 100 pour les non-fumeurs.

Les problèmes respiratoires sont si fréquents chez l'être humain que le cannabis peut effectivement les accentuer statistiquement, mais ce que cela signifie en pratique n'est pas bien important. C'est pourquoi nous faisons nôtre la citation du Lancet. On y dit que le fait de fumer de la marijuana de façon chronique n'est pas préjudiciable pour la santé - et je considère que c'est vrai - mais il convient de modifier ces affirmations lorsque la dose est plus forte.

Le sénateur Kenny: Est-ce que votre argumentation vaut uniquement pour l'utilisation médicale de la marijuana ou est-ce qu'elle vaut aussi dans le débat sur la dépénalisation de la marijuana?

Dr Morgan: Je me plais à dire que je suis l'un des rares acteurs du mouvement de réforme des drogues aux États-Unis qui y ait adhéré à cause de son intérêt pour l'utilisation médicale de la marijuana. J'ai commencé à m'y intéresser dans les années 70. Je pense que personne ne devrait aller en prison pour avoir possédé ou utilisé une substance psychotrope, la marijuana étant l'une des plus importantes de ces substances.

Je suis un partisan convaincu de la dépénalisation, de la légalisation et de la refonte du régime applicable à la marijuana, quelle qu'en soit son utilisation. Je ne pense pas que l'utilisation médicale fasse nécessairement partie du même débat. On pourrait réformer l'utilisation médicale tout en maintenant l'interdiction à des fins récréatives. C'est ce que préconisent certains. Je pourrais m'en accommoder, mais je considère que la réforme devrait être universelle. Personne ne devrait aller en prison pour possession, utilisation ou cession d'une petite quantité de marijuana.

Le sénateur Kenny: Compte tenu de vos opinions, quels conseils pouvez-vous donner aux parents canadiens?

Dr Morgan: Je vais vous dire comment je comprends votre question, et vous me direz si j'ai raison. L'organisation américaine de réforme de la législation sur la marijuana n'a jamais préconisé l'emploi de substances psychotropes par les enfants. Ces substances devraient être réservées aux adultes. Pour moi, il n'est pas souhaitable que les enfants consomment de la marijuana. Je ne recommande pas aux parents d'en consommer en présence de leurs enfants.

En revanche, ils le font fréquemment, et devraient continuer à le faire, je suppose. Je pense qu'à l'égard des enfants, il faut préconiser l'éducation visant à réduire le préjudice; il faut dire aux enfants, de la façon la plus complète possible, qu'il est dangereux de fumer de la marijuana, notamment parce que son effet dure peu de temps et que le fumeur reste dysfonctionnel pendant un certain temps après avoir fumé. Il ne faut pas conduire après avoir fumé, ni s'occuper d'un jeune enfant. Il ne faudrait pas tondre le gazon ni faire de promesse de mariage. Il y a différentes choses qu'on ne doit pas faire sous l'effet de la marijuana, et c'est ce qu'il faut dire aux jeunes. Il faut aussi cesser de leur mentir en leur disant: «N'en prends jamais, car sinon, ton organisme et ton systèmeimmunitaire vont s'effondrer et tu vas devenir héroïnomane». En revanche, les parents et les enfants devraient avoir accès à une information digne de foi.

Mes deux enfants sont à peu près abstinents dans ce domaine. Mon fils a même été musicien de rock and roll à New York et il a consommé très peu de cannabis, mais j'ai été heureux de voir qu'il pouvait m'en parler et que j'ai pu le conseiller. Je suis heureux que mes enfants n'aient presque pas eu recours aux drogues psychotropes.

Le sénateur Kenny: Si l'on dit que la marijuana est un plaisir normal pour l'adulte, une telle affirmation aura le même effet pour les adolescents qu'une interdiction. La substance est tout aussi attirante si on dit aux jeunes qu'ils devront attendre d'être un peu plus vieux et un peu plus sages. Cela me rappelle les compagnies de tabac, qui disent que le tabac est un plaisir risqué pour adultes - voilà une affirmation qui semble viser les jeunes de 15 et 16 ans.

Dr Morgan: Peut-être. Lorsqu'on décide que certaines choses sont totalement interdites aux enfants, on pique leur intérêt. C'est ce qu'on a fait pendant des années sans se poser de questions.

Je ne sais pas si j'ai une observation très intelligente à vous faire. Je crois qu'il est vrai que l'État ne doit pas faire des enquêtes, intenter des poursuites et incarcérer ceux qui utilisent des psychotropes. Aux États-Unis, le refus de respecter ces valeurs nous a fait beaucoup de tort.

Aux États-Unis, il y a 700 000 arrestations par an - dont plus de 80 p. 100 sont pour possession de marijuana. Nos prisons sont pleines à craquer. Aux États-Unis, on a plus d'incarcérations que dans n'importe quel autre pays, à l'exception, peut-être, de la Russie. Je ne connais pas les statistiques les plus récentes. La prohibition a été une politique dévastatrice pour nous. Même si, comme vous, modifier le régime m'inquiète, abandonner la folie de la prohibition ne m'inquiète pas, car elle ne nous a pas été utile.

Aux Pays-Bas, il y a moins d'adolescents âgés de 12 à 18 ans qui consomment de la marijuana qu'aux États-Unis. Aux Pays-Bas, les jeunes de 16 ans peuvent entrer dans des endroits où la marijuana est vendue et ils peuvent en acheter à 18 ans, mais le taux de consommation est moins élevé là-bas qu'aux États-Unis. Le moment est donc venu de revoir un régime qui interdit l'utilisation de la marijuana.

Le sénateur Kenny: Dans votre livre, vous dites qu'à votre avis, la marijuana n'est pas une drogue d'introduction. Vous parlez de certains liens statistiques. Vous dites que beaucoup de personnes utilisent la marijuana et que c'est un peu comme une pyramide - où il y a beaucoup de personnes qui l'utilisent à la base, et moins qui utilisent les autres drogues en haut de la pyramide. Vous ne semblez pas voir de lien entre les deux groupes.

L'utilisation de la marijuana indique une possibilité d'escalade à l'utilisation de drogues plus dures. Combien de personnes consomment une drogue dure sans avoir consommé de la marijuana?

Dr Morgan: Très peu. C'est la raison pour laquelle on a fait l'erreur intellectuelle de la théorie de l'entraînement. Une étude des gens qui ont consommé des drogues peu répandues, comme la cocaïne et l'héroïne, démontre qu'ils ont presque tous déjà utilisé la marijuana. En même temps, ceux qui consomment les drogues peu répandues ont déjà utilisé toutes les drogues très répandues comme la marijuana, l'alcool, le tabac, la fausse amphétamine, une drogue de la rue composée surtout de caféine. Nous faisons une erreur lorsque nous appliquons la théorie de l'escalade aux consommateurs de drogues peu répandues.

Cependant, environ deux tiers des consommateurs de marijuana aux États-Unis n'ont jamais pris d'autres drogues illicites. Cela varie selon les groupes d'âge et le moment où l'on pose la question. Donc, on pourrait dire que la marijuana n'est pas une drogue d'introduction mais plutôt une drogue terminus, car les deux tiers des gens se contentent de la marijuana et ne passent pas à d'autres drogues.

C'est le professeur Zimmer qui a dit que la plupart des motocyclistes ont déjà été des cyclistes. Il y a peu de motocyclistes qui n'ont pas déjà été des cyclistes. Non seulement nous ne croyons pas que la bicyclette mène à la motocyclette, mais nous ne cherchons pas à modifier le comportement des motocyclistes en punissant les cyclistes. Il n'existe pas de théorie de l'escalade valable.

Il est vrai qu'il y a des personnes qui sont curieuses d'en savoir plus sur les drogues, et quelqu'un qui ne consomme jamais de la marijuana, du tabac, ni de l'alcool est peu susceptible de renifler de la cocaïne. D'un autre côté, il n'existe aucune preuve selon laquelle la consommation de la marijuana et son identification comme une sorte d'agent métatoxique mènent à des activités plus dangereuses.

Le sénateur Kenny: Je suppose qu'on pourrait aussi dire que la plupart des cyclistes commencent par marcher.

Dr Morgan: On avait plusieurs analogies et métaphores un peu tordues, mais on s'est limité à celles du vélo et de la moto.

Le sénateur Kenny: N'est-il pas vrai que fumer la marijuana indique aux parents un comportement rebelle chez l'enfant qui peut mener à d'autres problèmes - sans que ça soit certain? Si un enfant fume, c'est un indice qu'il va faire partie d'un groupe dont le comportement laissera à désirer.

Dr Morgan: Dans les années 50 aux États-Unis, quand j'étais adolescent, mes professeurs à l'école secondaire et mesentraîneurs étaient tous convaincus que le tabagisme menait à la perdition. À l'époque on parlait des cigarettes de la même façon qu'on parle de la marijuana de nos jours. C'est notre approche. On décide que certains comportements sont dangereux et immoraux.

Beaucoup de nos adversaires aux États-Unis ont décidé que la marijuana produit des changements biochimiques au cerveau qui font qu'une personne va devenir un clochard qui cherche de la cocaïne ou de l'héroïne. Il est important de dire qu'à mon avis, ce n'est pas vrai. Il est rare que la consommation d'une drogue mène à la consommation d'une autre drogue.

Le taux de consommation de la cocaïne par les adolescents à Amsterdam est également moins élevé qu'aux États-Unis. À Amsterdam, où la marijuana est facile à obtenir, moins de jeunes âgés de 12 à 18 ans utilisent la cocaïne qu'aux États-Unis. On ne peut pas prétendre que le fait que la marijuana soit disponible entraîne une augmentation de la consommation d'autres drogues.

Le président: Pensez-vous que le cas des Pays-Bas, nous permet de tirer des conclusions valables?

Dr Morgan: C'est à peu près tout ce que nous avons. Je trouve l'expérience hollandaise assez convaincante. J'ai un parti pris, bien sûr, mais j'ai également beaucoup d'amis et de connaissan ces qui ont travaillé comme policiers, scientifiques et thérapeutes en Hollande. Je ne connais presque personne qui trouve que l'expérience hollandaise est un échec. Il y en a quelques-uns, mais pas beaucoup.

Les Hollandais ne veulent pas modifier leur politique, malgré les pressions en ce sens provenant du gouvernement des États-Unis et de la Communauté européenne. Les Hollandais trouvent que la politique est raisonnable. J'en conviens. Je peux vous donner les statistiques concernant le taux plus faible de consommation du cannabis et de la cocaïne par les adolescents aux Pays-Bas par rapport aux États-Unis.

Le sénateur Maheu: Je veux revenir à ce que vous disiez au sujet du mythe des dommages causés au foetus. Je trouve qu'il est intéressant de constater que deux pharmacologues ont des points de vue contraires concernant un mythe si important, du moins pour nous au Canada en ce moment. Il y a des avertissements sur tous les paquets de cigarettes, de nos jours. Vous avez mentionné l'étude à long terme menée par le Dr Fried d'Ottawa. Combien d'autres études ont suivi les enfants de cette façon?

Dr Morgan: Il n'y en a presque pas. Il n'y a presque pas d'études comparables.

Le sénateur Maheu: Cependant, vous critiquez cette étude.

Dr Morgan: Je critique la probité des conclusions scientifiques de l'étude. Il aurait dû y avoir beaucoup d'études semblables dans les années 170 lorsqu'on s'est inquiété de la marijuana. On aurait dû faire beaucoup d'études à long terme comparables, mais nous ne les avons pas faites. Je regrette d'avoir fini par être en désaccord avec le Dr Fried, car c'est une des rares études de ce genre, comme vous l'avez dit.

Il y aura peut-être d'autres constatations de dommages dans l'échantillon OPPS, qui comprend maintenant moins de 30 enfants qui ont été exposés à la marijuana. Cependant, même le Dr Fried dit qu'avec le temps, il y a moins de preuves de dommages que dans la plupart des études antérieures.

Je ne connais pas personnellement le Dr Fried, mais j'ai assisté à ses conférences plusieurs fois. J'aimerais faire une petite mise en garde scientifique et polie. La mise en garde n'est peut-être même pas scientifique. Le Dr Fried a toujours reçu beaucoup de financement, mais il ne provient pas du gouvernement canadien. C'est le National Institute on Drug Abuse aux États-Unis qui finance ses études. Il est extrêmement tentant pour un scientifique qui reçoit du financement d'examiner ses données avec soin pour essayer d'y trouver des constatations qui vont provoquer, entre autres, de nouveaux financements.

Si au début, le Dr Fried avait insisté sur le faible nombre de changements qu'il a trouvés et sur le caractère égal de ces changements, je pense qu'on aurait mis fin à son financement. Mais il continue de recevoir du financement des États-Unis parce qu'il continue à insister en public sur les différences entre les enfants qui ont été exposés à la marijuana et ceux qui n'y ont pas été exposés. Je ne cherche pas à insulter le Dr Fried et je ne le traite pas de charlatan. Cependant, ce fait m'inquiète beaucoup, et je vois qu'il vous inquiète aussi.

Le président: Après cette discussion au sujet du rapport du Dr Fried, je suis sûr que vous connaissez l'examen fait par l'Institut de la médecine de l'étude scientifique du Dr Fried. Cet organisme ne semble pas non plus être convaincu par ses conclusions.

Dr Morgan: Oui, l'institut a tenu trois audiences publiques, et on m'a invité à témoigner à l'une d'entre elles. Même si j'ai passé la plupart de mon temps à discuter de la dépendance et de la toxicomanie, on m'a posé des questions au sujet des études du Dr Fried. Je ne pense pas avoir eu une incidence indue sur cet examen. L'institut a examiné les études comme nous l'avons fait aux pages 103 et 104. On a constaté que le Dr Fried aurait pu formuler autrement son insistance sur les conclusions négatives. Les conclusions sont assez semblables. Les conclusions négatives ont tendance à disparaître et à réapparaître. Je suis content que l'Institut de la médecine a été un peu critique aussi.

Le sénateur Kenny: Toutes choses étant égales, pourquoi un parent encouragerait-il un enfant à fumer ou lui dirait que c'est une pratique acceptable? Pourquoi n'expliquerait-il pas les risques associés au produit et les problèmes possibles? Pourquoi ne pas traiter la marijuana de la même façon que l'alcool ou le tabac? Pourquoi ne pas parler des effets secondaires? En bout de ligne, c'est l'enfant qui va décider de toute façon. Mais vous me donnez l'impression que vous êtes très permissif et que vous encouragez presque l'utilisation de la marijuana.

Dr Morgan: Je répète qu'à l'égard de mes enfants, je ne considère pas avoir adopté une attitude permissive, mais plutôt réaliste. Comme j'ai souvent dit en public, quand je devais leur parler de la marijuana, j'étais content d'avoir eu l'expérience d'en fumer quand j'étais jeune. Donc, je pouvais leur en parler.

Un des grands avantages d'élever des enfants à New York, c'est qu'ils conduisent rarement. Quel avantage formidable! Mes enfants prenaient le métro. Peu importe ce qu'on dit au sujet du métro, il est beaucoup moins dangereux que les voitures. Donc, j'avais cet avantage.

Je savais que mon fils fumait de la marijuana parfois. J'ai eu l'occasion de l'avertir. Je ne sais pas s'il aurait été efficace de lui interdire de le faire, et je lui ai parlé des problèmes possibles. La plupart des parents n'encouragent pas la consommation de la marijuana. Cependant, certains parents ont eu des expériences de la marijuana tellement positives qu'ils ne voyaient pas de raison de ne pas en fumer avec leurs enfants adolescents. Je connais beaucoup de gens qui ont fait cela. Je n'approuve pas, mais il y a pas mal de consommateurs de marijuana aux États-Unis qui ont plus de 50 ans qui pensent que la marijuana est non seulement anodine, mais également bénéfique.

Je connais beaucoup de gens qui ont fumé avec leurs enfants adolescents parce qu'ils avaient le sentiment que cette substance pouvait être utilisée avec une relative innocuité et qu'il ne fallait pas la diaboliser. Mais je n'étais pas de cet avis, je n'ai pas fait preuve de tolérance au point d'exposer mes enfants à la marijuana ou de leur en fournir. Et c'est avec un certain plaisir que j'ai constaté qu'ils étaient eux-mêmes devenus relativementabstinents, qu'ils consommaient somme toute fort peu.

Le président: Docteur Morgan, il y a quinze jours, le comité a entendu un représentant de l'Association canadienne des policiers qui a évoqué une étude concernant les pilotes. Êtes-vous au courant?

Dr Morgan: Oui.

Le président: Qu'en pensez-vous?

Dr Morgan: Un scientifique californien du nom deJerome Yesavage en est l'auteur. C'est une étude qui remonte je crois au début des années 80 et qui avait à l'époque beaucoup attiré l'attention. On avait demandé à des volontaires, des pilotes privés, de se soumettre à des tests dans un simulateur de pilotage, plutôt que dans des conditions de vol réel. Le premier rapport affirmait que les facultés de ces pilotes étaient affaiblies et que cela se constatait surtout pendant l'atterrissage et à l'occasion de manoeuvres hautement techniques. Le rapport disait également que cet affaiblissement des facultés durait jusqu'à 24 heures. L'étude en question a fait énormément de remous aux États-Unis et elle a souvent été citée par le gouvernement à l'appui de sa décision d'imposer aux employés fédéraux des analyses d'urine.

J'ai été l'un des premiers critiques de l'étude du Pr Yesavage parce qu'elle n'était régie par aucun paramètre de contrôle. En fait, on s'était contenté de dire aux gens: «Très bien, nous allons vous donner une cigarette de marijuana, vous allez la fumer et nous allons vous soumettre à des tests immédiatement, dans quatre heures, dans huit heures et dans 24 heures.»

Comme vous l'avez tous entendu, l'utilisation de la marijuana est difficile à contrôler. Lorsque le Pr Yesavage a reçu une subvention du gouvernement fédéral américain pour répéter son étude mais en y ajoutant les paramètres de contrôle simples que j'avais préconisés, comme d'autres d'ailleurs, il n'a pas réussi à montrer un quelconque effet de la marijuana après quatre heures dans un groupe témoin similaire. Par conséquent, je pense qu'en réalité, le fait de fumer de la marijuana a effectivement une incidence lors de tests conduits dans des simulateurs de pilotage, et également, dans une certaine mesure, sur les réflexes au volant pendant un maximum de trois à quatre heures après le fait, mais ces effets ne durent pas. Et en plus, ils sont relativement faibles.

Un scientifique hollandais qui, pendant plusieurs années, a fait des expériences sur la conduite automobile a constaté que les conducteurs qui fumaient de la marijuana avaient quelques difficultés à rester dans leur bande de circulation. C'est ce test qui est le plus révélateur. Si vous fumez de la marijuana, vous aurez tendance à zigzaguer un peu plus que quelqu'un qui est tout à fait sobre. C'est important, certes, même si aucune étude n'a démontré que ce zigzaguage avait une influence significative sur les facultés du conducteur.

Le scientifique hollandais en question a ajouté dans son rapport que ce phénomène de zigzaguage qu'on constatait chez des conducteurs qui avaient fumé de la marijuana était relativement le même que chez les conducteurs qui avaient consommé de l'alcool en petites quantités, qui avaient pris de la benzodiazépine en petites quantités, ou encore des antihistaminiques à faibles doses. Toutes les substances chimiques psychoactives que nous prenons ont des effets sur notre faculté de conduire en ligne droite. Nous nous sommes concentrés sur l'alcool parce qu'à plus fortes doses, les effets sont beaucoup plus marqués, ainsi que sur le cannabis, étant donné que c'est une substance qui nous préoccupait beaucoup.

Il y a donc un effet sur les facultés humaines pendant trois ou quatre heures après avoir fumé de la marijuana. Que je sache, ce sera toujours le cas et nous devons y prêter attention. Par contre, il ne faudrait pas exagérer les effets comme ce fut le cas, je pense, dans l'étude faisant appel aux sur les simulateurs de vol.

Le président: S'agissant des recherches ou concernant la marijuana et le cannabis, pensez-vous que le seuil des effets provoqués par ces substances est mauvais, bon, insuffisant, suffisant, trop faible ou moyen?

Dr Morgan: Le juge Young a déclaré, dans le cadre d'une poursuite intentée au palier fédéral en 1987, que parmi les substances chimiques psychoactives que l'être humain est susceptible de consommer, la marijuana est peut-être la plus anodine. Beaucoup de gens s'insurgent de ce constat, mais je pense qu'il est exact. Je dirais que la marge de sécurité, pour ce qui est du dysfonctionnement et des autres problématiques de la toxicité chez l'homme, est relativement large, de sorte qu'il s'agit là d'une substance qui pourrait assurément être approuvée à des fins thérapeutiques, et qui devrait également être dépénalisée.

Le président: Le comité s'efforce d'étudier la question de façon rigoureuse. Nous essayons d'entendre des témoignages et d'obtenir des renseignements objectifs. Pensez-vous qu'une recherche objective soit possible dans ce domaine?

Dr Morgan: Certainement. J'ai écouté ce matin le déroulement de la conversation concernant ces scientifiques qui n'ont pas fait preuve d'une entière objectivité. Il est toujours très difficile d'être entièrement objectif.

Lorsqu'on me critique parce que je défends depuis longtemps l'idée d'une réforme de la politique concernant la marijuana, je réponds en disant que si demain, le Pr Kalant ou le Pr Fried venait me trouver pour me dire: «Écoutez, vous avez fait une erreur. J'ai ici la preuve irréfutable que la marijuana est plus dangereuse que vous ne le croyez», je regarderais les preuves en question et, en admettant que je sois convaincu, je clamerais haut et fort: «J'ai commis une erreur et peut-être ma subjectivité m'a-t-elle poussé à commettre cette erreur, mais je voudrais maintenant m'en excuser et affirmer mes convictions scientifiques.»

À ce moment-là, vous me demanderiez ce que je pense du contrôle de la marijuana effectué par la société. J'ai le sentiment que je serais exactement du même avis. L'argument du danger qui est si souvent utilisé mobilise beaucoup d'énergie et pourtant - et je pense que c'est ce qui convient - la décision qui a étéprise d'interdire ces substances dangereuses ou ces activités dangereuses pour régler le problème a été un échec. Nous n'interdisons pas les drogues parce qu'elles sont dangereuses, mais dès lors que nous les avons interdites, elles deviennent plus dangereuses encore.

La prohibition nous occasionne plus de problèmes que si nous avions plutôt adopté une attitude plus souple. Faudrait-il interdire le football à l'école secondaire? Faudrait-il interdire le hockey pour les élèves de huitième année? Ces activités présentent des dangers et des risques graves, et pourtant elles sont admises, et nous n'axons donc pas notre attention sur elles. Le football pratiqué au niveau secondaire aux États-Unis provoque davantage de lésions de la moelle épinière, avec tous les risques de paralysie, voire de mort, que cela suppose, que la toxicité de la marijuana. Aux États-Unis, le football pratiqué au niveau secondaire fait plus de morts que la marijuana, du moins c'est mon sentiment. Mais je ne veux pas interdire le football à l'école secondaire. Je ne veux pas interdire non plus l'usage de la marijuana, même si l'un comme l'autre présentent des risques et des dangers.

Le président: Conviendriez-vous que la science devrait au bout du compte être l'élément directeur de la recherche qui doit influencer la politique de l'État relative au cannabis?

Dr Morgan: Oui. Toutefois, comme l'a dit dans son livre lePr Zimmer, la science est devenue une arme de propagande dans la guerre contre les drogues. Lors d'une réunion du NIDA, il y avait une banderole qui portait le message suivant: «La science au service de la guerre contre la drogue». Je pense que c'est parfaitement impossible. Il ne saurait y avoir de «service scientifique» dans la guerre contre la drogue. La science est là pour établir la vérité au meilleur de nos possibilités, et cela il faut bien le dire.

En ce qui me concerne, puisque je suis plutôt favorable à un relâchement du contrôle, je dois analyser très minutieusement tout ce qui reviendrait à dire que la drogue est plus dangereuse que je ne le crois. Je peux vous promettre que c'est ce que je fais et que c'est ce que je vais essayer de continuer à faire.

La science nous est précieuse en ce sens qu'elle nous permet de comprendre le vrai monde et ses caractéristiques matérielles. Je crains par contre que ce que nous faisons dès que nous avons cette connaissance soit influencé par une foule d'autres choses qui, à mon sens, ne sont pas aussi objectives que la science elle-même.

Le président: Est-ce la raison pour laquelle nous n'interdisons pas l'alcool ou les cigarettes?

Dr Morgan: Nous n'interdisons pas la consommation d'alcool parce que nous avons déjà tenté la chose et parce que nous savons ce que cela donne. À tout le moins, je pense que c'est là l'une des raisons. Les pays qui, dans les années 20, n'ont pas suivi l'exemple des États-Unis en imposant la prohibition ont affiché une diminution régulière de la consommation d'alcool étant donné que c'est là une tendance avérée dans le monde occidental depuis 1900. Par contre, la prohibition a eu l'effet contraire et la consommation d'alcool a commencé à augmenter aux États-Unis pendant cette période. Au Canada, en Australie et en Angleterre, la consommation d'alcool par contre a continué à diminuer.

La prohibition a eu des conséquences extrêmement graves pour la santé dans le monde occidental. Même si je sais parfaitement que toute augmentation de la consommation d'alcool provoque davantage de problèmes de santé, je ne saurais dire que la prohibition nous aiderait à régler ce problème. Il en va de même pour le tabac.

Lorsque William Bennett était l'un des barons de la drogue aux États-Unis, on lui avait fait remarquer qu'il fumait la cigarette. Il a fini par arrêter de fumer pendant son règne, mais il avait quand même dit ceci: «Effectivement, je fume la cigarette, mais le commerce de la cigarette n'occasionne pas de fusillades. Ce sera le cas lorsque la cigarette sera interdite.» Si nous adoptons un régime de prohibition totale à l'encontre des cigarettes, il y aura des fusillades étant donné que, en nous y prenant de la sorte, nous créerions un commerce illicite produisant d'énormes bénéfices.

Je suis dans l'ensemble un adversaire de la prohibition. Je pense que mon esprit scientifique en est la cause. Il m'est difficile d'être objectif comme si cela valait pour tout le monde, mais mon esprit scientifique a été formé d'après les modèles et les raisons scientifiques classiques.

Le sénateur Banks: Pour poursuivre dans la même veine, étant donné que nous essayons de faire preuve de rigueur dans notre étude, nous entendons des témoins qui représentent toutes les opinions. Nous lisons les mêmes études, par exemple celle du NIDA et celle qui a été faite pour l'Office on National Drug Control Policy, entre autres. Nous entendons donc des opinions très différentes et nous entendons également des interprétations fort différentes de ces études. Nous regardons les mêmes choses et nous les voyons sous des angles différents.

Vous nous avez dit que ce qui devrait motiver en fin de compte la décision que prendrait l'État en matière de prohibition - par exemple de la drogue - doit être la preuve scientifique. La pharmacologie, la médecine et l'oncologie sont des sciences. La psychologie et les sciences sociales sont elles aussi des sciences.

Comme l'a dit le président, la police qui, jour après jour, est confrontée au problème n'a pas la même opinion que nous qui n'avons pas à y faire face. Il est difficile de ne pas accorder foi à cette opinion étant donné que les policiers sont confrontés au problème dans leur quotidien, contrairement à nous.

Vous y avez manifestement réfléchi. À supposer que vous ayez raison dans votre interprétation des faits, pourquoi se fait-il que la police ainsi que les pouvoirs publics nationaux aux États-Unis sont tellement convaincus que la prohibition est la bonne réponse. Il y a au Canada des gens qui pensent que la bonne réponse consiste à essayer d'éradiquer le problème et que, peu importe ce que dit la science, elle a tort. Quel est l'élément de la société qui est à ce point convaincu que la médecine se trompe et que l'autre science a raison?

Dr Morgan: Je vais tenter de vous donner une réponse. Une de mes bonnes amies, sociologue de son état, m'a dit un jour qu'il n'existait pas de sciences sociales, qu'il n'y avait que des valeurs sociales. Mon interprétation de cela est que lorsque nous nous risquons à étudier le comportement humain, nous faisons preuve de stupidité si nous ne tenons pas compte des valeurs, de la morale, de la religion et de la foi parce que tous ces éléments ont énormément d'influence.

La guerre contre la drogue est une croisade. Cette croisade a des dimensions principalement morales. À l'instar de toutes les croisades, l'important n'est pas de gagner, l'important, c'est de combattre. La guerre contre la drogue est alimentée à la fois par ses échecs et par ses réussites. Je demande souvent à mes étudiants de s'imaginer qu'ils sont au XIIIe siècle et qu'ils écoutent quelqu'un qui leur dit: «Nous devons arrêter d'envoyer nos jeunes gens se battre pour tenter de reprendre la Terre Sainte aux infidèles. Nous avons perdu déjà énormément de vies, nous dépensons énormément d'argent, mais il semble bien que nous ne reprendrons jamais la Terre Sainte aux Sarazins. Nous devons donc mettre un terme aux croisades.» Et à ce moment-là, j'imagine un commandant sur son cheval qui répond à cela: «Bien sûr, nous pourrions mettre un terme aux croisades, mais ce n'est pas le message que nous voulons transmettre aux gens.»

Poursuivons donc la croisade. Sacrifions encore plus d'argent et encore plus de jeunes vies parce que, si nous ne condamnons pas l'immoralité, nous sommes nous-mêmes immoraux.

Le sénateur Banks: N'est-ce pas la vérité?

Dr Morgan: Je ne crois pas, non. En tant que citoyen américain, je peux penser que quelque chose qui est dit au niveau politique est immoral et inapproprié. Pourtant, je crois à un système de valeurs qui affirme qu'une personne stupide a le droit de dire ce genre de chose et que je ne puis rien faire pour l'empêcher de le dire.

Je ne considère pas que le fait de prendre de la drogue soit nécessairement moral ou immoral. On prend de la drogue, c'est tout. L'effet que l'ecstasy a sur le cerveau est très semblable à l'effet que produit le Prozac. Alors d'un point de vue, nous pensons que c'est formidable, et de l'autre, nous disons que c'est terrible et que c'est illégal.

Je peux concevoir les deux points de vue, et je puis également vous parler du point de vue scientifique de la sérotonine et de son effet inhibiteur. Pourtant, je sais qu'en réalité, il faut que je parle de valeurs sociales et de valeurs morales et critiquer la futilité d'une croisade en disant qu'il est temps d'y mettre fin parce qu'elle nous fait du tort. Je sais que vous voulez faire preuve de sens moral et de sens religieux et condamner l'usage de drogue. Faites, je vous en prie, mais vous ne pouvez plus vous servir des charges publiques et de la justice pénale pour concrétiser vos aspirations morales. C'est cela que je veux.

Le sénateur Banks: Mais vous devez bien comprendre qu'il suffit que les hommes de bonne volonté ne fassent rien pour que triomphe le mal.

Dr Morgan: C'est la raison pour laquelle j'essaye de mettre fin à la guerre contre la drogue.

Le sénateur Banks: J'ai compris. Je vous remercie.

Dr Morgan: Il y a un autre élément important dont je n'ai pas encore parlé, mais ce que vous avez dit m'oblige à le faire. L'une des raisons pour lesquelles le mouvement pour la réforme de la politique concernant la drogue auquel nous appartenons - qu'il s'agisse du mouvement pour l'utilisation de la marijuana à des fins thérapeutiques, du mouvement en faveur de la distribution de seringues aux toxicomanes ou du mouvement en faveur de la gratuité du Naloxone ou du Narcan pour les héroïnomane - est en difficulté, c'est parce qu'il y a, du moins aux États-Unis, mais aussi dans une certaine mesure au Canada, je pense, un complexe industriel de la toxicomanie. Aux États-Unis, les analyses d'urine produisent actuellement un chiffre d'affaires supérieur à 2 mil liards de dollars. Les laboratoires qui, jadis, faisaient trois analyses médico-légales par semaine en font actuellement 30 000 par jour. Les adversaires de l'initiative californienne en faveur de la marijuana sont par exemple les membres de la California Narcotic Officers Association et le syndicat des gardiens de prison. J'ai un peu l'impression qu'une personne sur quatre gagne sa vie, se fait une réputation ou trouve un justificatif à son existence en apprenant aux gens à se désintoxiquer, en enseignant la prévention, en faisant des analyses d'urine, en arrêtant ceux qui se droguent ou en les surveillant lorsqu'ils sont en prison.

Ainsi, en plus de devoir combattre les croisés, nous devons également combattre tous ceux qui doivent leur subsistance à cet énorme conglomérat industriel qui vit de la toxicomanie. Essayer de convaincre les gens de ne pas faire ce qu'ils font pour prévenir nos enfants contre la drogue revient pour nous un peu à tenter de nous opposer au système de défense contre les missiles. Il y a trop de gens qui ont trop d'intérêts financiers pour que nous puissions en parler méthodiquement et avec raison.

Le sénateur Banks: Diriez-vous que la guerre contre la drogue est un combat contre des moulins à vent parce qu'elle est vouée à l'échec?

Dr Morgan: Cela revient en effet à attaquer des moulins à vent.

Le sénateur Banks: En qu'en est-il de la guerre que vous livrez contre cette guerre?

Dr Morgan: Je suis beaucoup plus optimiste à ce sujet parce qu'à mon avis, les données et la vérité sont de mon côté. Certes, la plupart des gens qui livrent un combat seront du même avis.

Le président: Merci beaucoup, docteur Morgan. Nouspourrions peut-être vous demander, après le témoignage deM. Kalant, de vous joindre à nous pour un échange de vues.

Merci à vous de nous avoir aidés.

Le président: Nous allons entendre cet après-midi Mary Lynch qui est professeure agrégée au Département de psychiatrie, d'anesthésie et de pharmacologie de l'Université Dalhousie. Elle est également directrice de la recherche au Service du traitement de la douleur du Centre médico-scientifique Reine Elizabeth de Halifax. Mme Lynch est chargée de recher che clinique à l'Université Dalhousie et elle dirige le Consortium canadien pour la recherche sur les cannabinoïdes à usage thérapeutique qui est financé par les IRSC.

Ses travaux de recherche sont axés sur la mise au point de nouveaux vecteurs pour le traitement des douleurs neuropathi ques. En collaboration avec la Dre Jana Sawynok, elle conduit des travaux de recherche translationnelle, en utilisant les résultats obtenus en laboratoire pour conduire des essais cliniques au Service du traitement de la douleur de Dalhousie. Ses travaux de recherche ont bénéficié de subventions IRSC, de plusieurs partenaires provinciaux, ainsi que de l'industrie. Mme Lynch travaille en collaboration avec plusieurs collègues spécialistes de réadaptation dans le domaine des lésions de la moelle épinière, de la stimulation de la moelle épinière par neurochirurgie et de l'interaction entre la douleur chronique et le sommeil en chronobiologie.

Elle met également au point des stratégies de collaboration pour le traitement de la douleur en salle d'urgence, et dirige la constitution d'un réseau national d'essais cliniques, en sa qualité de directrice du Consortium canadien pour la recherche sur les cannabinoïdes à usage thérapeutique.

Docteure Lynch, vous avez la parole.

Mme Mary Lynch, Directrice, Consortium canadien pour investigation des cannabinoïdes, Université Dalhousie: Je vous remercie d'avoir invité le Consortium canadien pour la recherche sur les cannabinoïdes à usage thérapeutique, à prendre la parole devant votre comité. J'ai le privilège de représenter, cet après-midi, cet organisme national de recherche.

Permettez-moi d'attirer votre attention sur ce que je vais projeter sur l'écran. Les illustrations qui accompagnent mon exposé pourront éventuellement vous intéresser.

Le Consortium canadien pour la recherche sur lescannabinoïdes à usage thérapeutique est un organisme national interdisciplinaire de chercheurs. Nous sommes représentés d'est en ouest au Canada. Le consortium rassemble des scientifiques de la recherche fondamentale en laboratoire, mais également des cliniciens qui ont affaire quotidiennement à des malades souffrant d'affections diverses. En ce qui me concerne, je travaille surtout dans le cadre d'une unité de soins tertiaires et de traitement de la douleur, où nous avons affaire à des gens dont la souffrance physique est absolument intraitable par les méthodes et les drogues habituelles. La raison pour laquelle nous nous intéressons à ce groupe de substances et composés chimiques, est qu'ils semblent pouvoir apporter un complément intéressant à notre arsenal traditionnel.

Nous sommes une équipe de gens que l'on a pu réunir au printemps dernier grâce à des crédits de lancement des instituts de recherche en santé du Canada. Notre mission est de rassembler un certain nombre de chercheurs canadiens éminents qui vont poursuivre une recherche de pointe et fondamentale, en même temps que clinique, sur l'ensemble des cannabinoïdes.

Notre énoncé de mission prévoit que nous établissions des contacts et procédions à des échanges avec des personnalités de Santé Canada, des IRSC, et autres organismes. Voilà pourquoi je suis ici aujourd'hui, à savoir pour faciliter cette recherche sur les cannabinoïdes dans tout le pays.

Ce que vous avez devant vous c'est mon unité de traitement de la douleur. Notre objectif est bien de faire progresser la santé des Canadiens, en utilisant l'excellente base de recherche dont on dispose au Canada pour évaluer le rôle des cannabinoïdes dans le traitement d'un certain nombre de maladies et affections. Je me limiterai aujourd'hui aux cas qui nous paraissent les plus prometteurs à cet égard.

Je vais diviser mon exposé en quatre parties. Je me limiterai à 20 à 30 minutes, pour que l'on puisse ensuite passer aux questions. Je m'attarderai surtout sur les raisons pour lesquelles nous pensons que la recherche sur les cannabinoïdes est quelque chose d'important. Je ferai ensuite un tour d'horizon plus planétaire, car il y a eu d'excellents rapports déjà qui ont été publiés, aussi bien sur le plan national qu'international. Je vous en ferai un résumé. Je parlerai également rapidement de la gageure que représente aujourd'hui, dans le contexte socio-politique qui est le nôtre, l'étude de ces cannabinoïdes. Je terminerai par quelques recommandations.

Les cannabinoïdes sont des composés qui agissent comme le delta 9-transtétrahydrocannabinol, dont on a déjà beaucoup parlé au comité, si je ne me trompe. C'est la substance psychoactive essentielle de la marijuana. Le cannabis, sous forme de plante, a été utilisé depuis des siècles, mais ce n'est que depuis 40 ans que les scientifiques ont été à même d'en isoler les substances agissantes, tout en mettant en évidence les usages thérapeutiques possibles.

Vous retrouverez cette diapositive dans les documents qu'on vous a distribués. Je ne vais pas tout passer en détail. Je veux simplement mettre l'accent sur le fait que depuis 40 ans, depuis 1964, lorsque l'on a synthétisé pour la première fois le delta 9-THC et qu'on a su décoder sa structure, il y a eu d'autres découvertes tout à fait intéressantes dans le domaine de la pharmacologie des cannabinoïdes. Ces découvertes ont permis aux scientifiques d'en apprendre beaucoup sur ces drogues, sur leur façon d'agir et sur les possibilités d'application à la douleur humaine.

Plus particulièrement, j'aimerais attirer votre attention sur le fait qu'il y a en ce moment un certain nombre de cannabinoïdes de synthèse dont on dispose, et qu'on en met d'autres au point. Certains sont d'ailleurs très intéressants parce que l'effet psychotrope est distinct de l'effet thérapeutique à proprement parler.

De plus, les récepteurs des cannabinoïdes - le CB1, qui existe dans le système nerveux central et périphérique des animaux et des hommes, mais également le CB2, que l'on retrouve dans beaucoup de cellules du système immunitaire - ces récepteurs ont été maintenant identifiés, et localisés dans notre organisme.

Le Dr Morgan a parlé ce matin des récepteurs, et plus particulièrement des récepteurs de cannabinoïdes. Je vous montre un dessin de leurs structures. Le récepteur est une protéine que l'on trouve dans la membrane de la cellule. Dans ce cas-ci, la membrane est celle des neurones de notre cerveau, de la moelle épinière et du système nerveux central, ainsi que de notre système immunitaire. Je viens donc de vous montrer des images de CB1 et de CB2, les deux récepteurs en question.

Vous remarquerez que le récepteur - bien que localisé dans la partie médicale du cerveau, à savoir cette barre jaune au milieu de l'écran - se divise en une composante extracellulaire et une autre intracellulaire. Le cannabinoïde se fixe sur la partie extracellulaire du récepteur. Une fois la chose faite, un certain nombre de réactions chimiques et de réponses sont déclenchées à l'intérieur de la cellule. C'est ce que nous appelons le mécanisme agissant.

Ces récepteurs de cannabinoïdes n'ont pas seulement été découverts, mais ils ont également été cartographiés, à partir d'un certain nombre de méthodes scientifiques. Je vais très rapidement vous dire où ils se trouvent.

Dans le système nerveux central, les récepteurs de cannabinoï des se retrouvent dans les aires importantes de la mémoire, et de la coordination, aires qui sont importantes pour tout le fonctionne ment cognitif supérieur, telles que l'idéation, les processus complexes, le centre de la récompense, et on les trouve dans les centres très importants de la modulation de la douleur, ainsi que les centres de la régulation endocrine et ceux qui sont à l'origine du déclenchement de nausées et de vomissements. Les CB2, ou les récepteurs périphériques de cannabinoïdes, se retrouvent dans diverses cellules du système immunitaire.

Le sénateur Banks: Quel est ce centre des stimulus?

Mme Lynch: Ce centre se retrouve dans la partie supérieure du bulbe rachidien.

Le sénateur Banks: Et en quoi consiste ces stimulus?

Mme Lynch: C'est le centre où sont censées se produire les réactions à des choses qui nous donnent du plaisir, telles que certaines drogues et certaines activités.

Le sénateur Banks: Merci.

Mme Lynch: Une fois que vous avez compris qu'il y a des récepteurs des cannabinoïdes dans le corps, la question est de savoir pourquoi ils existent. L'existence d'un récepteur dans l'organisme permet de supposer qu'il y a un produit chimique endogène qui peut se fixer sur ce récepteur. Dans ce cas-ci, un produit chimique, comparable à la marijuana, que le corps produit et se manifeste à ce récepteur.

Comme le Dr Morgan l'a dit ce matin, on a fait la découverte de ces récepteurs de cannabinoïdes endogènes. Nous savons que le corps est capable de produire des produits chimiques comparables à la marijuana, capable d'agir sur un réseau de récepteurs que l'on retrouve dans tout le système nerveux et immunitaire.

On a fait également beaucoup de recherche sur la façon dont fonctionnent ces produits chimiques. On a toute une recherche importante qui a été faite là-dessus. Je vais rapidement vous en parler, en rappelant, comme l'a fait le Dr Morgan ce matin, que l'effet général est celui d'une inhibition de l'activité cellulaire, plutôt que de stimulation. Cela freine l'excitation du nerf, grâce à différentes réactions, et notamment grâce à certains changements de milieu et du mouvement des ions, ce qui modifie la réaction de la cellule à l'excitation, et notamment la façon dont elle communique avec les autres cellules de la chaîne.

Cette action inhibitrice se fait par le truchement d'une ouverture des canaux de potassium, entraînant une excitation décroissante de la cellule, et une fermeture des canaux de calcium, entraînant une libération moindre de neurotransmetteurs et une inhibition générale de l'activité cellulaire. Voilà donc des mécanismes qui peuvent avoir des conséquences thérapeutiques importantes, dans certaines situations cliniques, de douleurs ou de spasmes, puisqu'on diminue l'activité nerveuse dans les réseaux de transmission de la douleur.

J'ai d'ailleurs remarqué que cette façon d'agir est tout à fait comparable à celle des opiacés, comme la morphine, et les médicaments de ce groupe. En ce qui concerne la morphine, et dans le domaine de la lutte contre les douleurs chroniques intraitables, nous savons qu'elle agit sans créer d'accoutumance. C'est-à-dire que des malades peuvent se voir administrer ces opiacés pendant très longtemps, sur ordonnance, suivant des dosages appropriés, sans aucun des problèmes de dérivecomportementale que l'on associe avec la toxicomanie. Voilà donc des médicaments qui peuvent être efficaces pendant longtemps, et qui peuvent être utilisés en combinaison avec d'autres substances.

Revenons à l'ensemble cannabinoïdes. Les cannabinoïdes ont une façon d'agir qui ressemble beaucoup au groupe des médicaments à base de morphine, mais ils peuvent agir seuls, c'est-à-dire que l'on n'a pas besoin de morphine pour que les cannabinoïdes fonctionnent. Le système cannabinoïde est plus vaste. Il y a en fait dix fois plus de récepteurs CB1 qu'il n'y a de récepteurs d'opiacés-mu dans le cerveau. Les récepteurs d'opia cés-mu, sont, lorsque l'on parle de morphine, le groupe le plus important pour la lutte contre la douleur. Le système cannabinoïde occupe de plus larges aires, dans le cerveau, ce qui veut dire que le système cannabinoïde permet un éventail d'applications thérapeutiques plus large.

J'aimerais maintenant discuter de trois domaines où les cannabinoïdes sont réputés avoir une action thérapeutique potentielle tout à fait considérable. Il s'agit de la douleur, de la nausée, des vomissements et de la cachexie ainsi que de la spasticité. Pour la douleur, on peut parler d'une action analgésique directe, ainsi qu'anti-inflammatoire.

Il y a de nombreuses façons d'étudier la douleur. Je vais en aborder quelques-unes. Les études faites sur des animaux éveillés, capables de réagir, ont montré que les cannabinoïdes bloquent la réponse douloureuse, dans à peu près chaque modèle de douleur aiguë testé. Les cannabinoïdes ont un effet contre la douleur provoquée, qu'elle soit thermique, mécanique ou chimique. Ils sont tout à fait comparables, à cet égard, et sur le plan de la puissance et de l'efficacité, aux opiacés.

Dans les modèles de douleur chronique, les cannabinoïdes ont même un degré de puissance et d'efficacité supérieur. Dans des situations de douleur inflammatoire ou de neuropathique, c'est-à- dire lorsque le nerf a été endommagé, ce qui présente des problèmes cliniques et de traitement terribles, c'est la même chose.

Des études électro-physiologiques, où l'on enregistre l'activité électrique d'un simple neurone, ont permis aux scientifiques d'étudier ce qui se passait dans ce système cannabinoïde. L'enregistrement extracellulaire de l'activité d'un simple neurone a permis de constater que les cannabinoïdes peuvent supprimer en profondeur les réactions cellulaires liées à la douleur, sans supprimer la réaction des neurones à d'autres stimulus tels que le toucher.

On a également mis en évidence l'efficacité analgésique des cannabinoïdes, lors d'expériences de douleurs chroniques ou aiguës faites sur des animaux. Toutes les études vétérinaires permettent de montrer qu'ils agissent comme excellentsanalgésiques.

Les cannabinoïdes agissent également à divers niveaux, lorsqu'il s'agit de modulation de la douleur. Des études utilisant l'injection directe de cannabinoïde dans certains centrescérébraux, d'application vertébrale directe et d'administration périphérique, ont permis de constater un effet analgésique. Je vais résumer cette diapositive, et nous pourrons y revenir plus tard si vous avez des questions à poser sur la recherche qui nous a permis de parvenir à cette conclusion.

Il est également connu que les cannabinoïdes jouent un rôle important dans nos mécanismes de défense contre la douleur. Vous avez sans doute entendu parler des opiacés endogènes, ou de la capacité du corps à sécréter des produits chimiques compara bles à la morphine, pour nous permettre de lutter nous-mêmes contre la douleur. Ces mécanismes de lutte contre la douleur, dans le corps, fonctionnent bien. On connaît très bien l'exemple de ces personnes qui se sont blessées au cours d'une activité sportive, ou même dans le feu de la bataille - quelquefois il s'agit de blessures graves ou même d'amputations - sans avoir, sur le coup, ressenti aucune douleur. Ce qui montre bien que nous avons, dans le corps, des mécanismes de défense très efficaces, prêts à fonctionner à n'importe quel moment.

Nous savons déjà depuis plusieurs années que nos corps produisent ces substances chimiques comparables à la morphine, ces opiacés endogènes, comme on les appelle, et qu'ils sont très actifs dans ces mécanismes d'autodéfense. Mais c'est en réalité plus compliqué que cela. Il y a beaucoup de substances différentes qui participent à ce travail de lutte contre la douleur. Ce n'est que depuis quelques années que les scientifiques ont compris que les cannabinoïdes ont un rôle essentiel à jouer dans ces mécanismes d'autodéfense. C'est ce que montrent les dernières recherches. J'ai résumé cela dans les documents qui vous ont été distribués.

Tout concourt à montrer que les cannabinoïdes sont un analgésique. On voit bien que ce monsieur, sur l'écran, va avoir très bientôt besoin d'une bonne dose de cannabinoïdes endogènes. Nous avons donc tous un système endogène de production de cannabinoïdes, qui fonctionne comme système de défense naturelle contre la douleur.

Des résultats convaincants montrent que les cannabinoïdes sont un excellent médicament contre la douleur. Cependant, il est surprenant de voir combien peu d'études ont été faites jusqu'ici sur des sujets humains. Dans le monde entier il n'y a eu que six études ayant fait l'objet d'une vérification à avoir été publiées, dont trois portant sur la douleur chronique. Les trois qui portent sur la douleur aiguë ont été regroupées. Malheureusement, ce sont des essais déjà anciens, et portant sur un nombre restreint d'exemples.

Je vais rapidement vous en parler. Une de ces études montre que fumer du cannabis déclenche une sensibilité accrue à la décharge électrique, l'expérience portant sur un échantillon de26 hommes. C'est une situation évidemment complètement différente de ce qui se passe dans la vie réelle lorsqu'on a mal.

Une autre étude montre que le THC IV donne de moins bons résultats que le diazépamet même un placebo, administré à10 malades seulement, après une extraction dentaire.Malheureusement, cette étude ne s'intéressait qu'à la résistance à des situations de douleurs extrêmes, plutôt que de mesurer l'intensité de la douleur ressentie. C'est donc une étude difficile à interpréter. Une autre étude étudiait le THC IV, en constatant que cela permettait de réduire la douleur ressentie lors d'une opération, et là encore nous aurions besoin que l'on fasse des recherches plus approfondies sur les cannabinoïdes utilisés dans le traitement de ce type de douleur.

Il y a trois études qui portent sur l'utilisation des cannabinoïdes pour contenir les douleurs chroniques. Plus particulièrement le delta 9-THC a un effet analgésique tout à fait équivalent à celui de la codéine; cela a été constaté lors de deux études faites dans le courant des années 70 sur des patients souffrant du cancer. Une autre publication récente montre que l'absorption par voie buccale de THC permet d'alléger la douleur de la fièvre méditerranéenne familiale, pour laquelle le malade se plaignait également de douleur abdominale terrible.

Il semble donc que les cannabinoïdes aient une bonne action analgésique directe - c'est ce que confirment les études vétérinaires, mais nous avons besoin de plus d'études sur des sujets humains -, mais ils sont également anti-inflammatoires, ce qui a des conséquences sur le plan du traitement des arthrites. Les cannabinoïdes agissent sur les récepteurs CB2 - qui sont les récepteurs périphériques du système immunitaire - situés sur les mastocytes, qui sont des cellules extrêmement importantes pour les réactions inflammatoires ou immunitaires. Les cannabinoïdes conduisent également à une diminution de l'activité des média teurs inflammatoires: histamine et sérotonine.

Le palmitoylethanolamide, ou PEA, qui est un agent du récepteur CB2, permet de moduler à la baisse la formationde mastocytes après une blessure, on a moins mal et les tissus enflent moins. On s'est également aperçu que certainscannabinoïdes récents, non psychotropes, permettent de supprimer l'inflammation. Voilà donc des substances qui peuvent agir comme de bons médicaments contre la douleur, et aussi comme des anti-inflammatoires potentiels excellents.

Dans le traitement des nausées, des vomissements et de la cachexie, on fait beaucoup de recherches, notamment dans le domaine des nausées et des vomissements consécutifs aux chimiothérapies, et on a fait des recherches sur l'anorexie liée au sida, avec perte de poids. Ce sont d'ailleurs en ce momentau Canada les seuls cas où on permet la prescription de cannabinoïdes absorbés par voie buccale. Vous savez que les cannabinoïdes par voie buccale incluent le delta 9-TH, ou dronabinol/Marinol, et le nabilone ou Cesamet.

Pour résumer, les recherches actuelles dans le domaine du traitement de la nausée et des vomissements, les cannabinoïdes sont considérés comme un antiémétique doux. Il y a d'autres antiémétiques disponibles plus efficaces. Cependant, comme les antiémétiques fonctionnent à partir d'un certain nombre de mécanismes assez divers, et parce que nous avons besoin de viser plusieurs mécanismes à la fois pour traiter la nausée et les vomissements, les cannabinoïdes semblent être prometteurs, et nous offrir une nouvelle possibilité.

Le Dr Morgan vous a déjà parlé de la cachexie chez les malades qui ont contracté le VIH. Jusqu'ici, il n'y a pas eu beaucoup d'expériences, avec un groupe de contrôle, à avoir été publiées, mais des études ont été faites qui montrent que les cannabinoïdes peuvent être mis à contribution. Une administration à court et à long terme montre qu'il y a une reprise de l'appétit, et une stabilisation du poids de personnes qui ont ce terrible problème de cachexie. Il y a aussi des utilisations possibles pour les situations de cancer terminal.

En résumé, les cannabinoïdes nous offrent une possibilité de traitement supplémentaire dans la lutte contre la nausée, les vomissements et la cachexie chez les personnes qui se trouvent dans des situations de chimiothérapie ou d'affection au VIH, mais il faut encore poursuivre les recherches. C'est-à-dire que nous avons besoin d'isoler les agents les plus spécifiques et lesplus efficaces, et nous avons également besoin de modes d'administration substitutifs.

Cela m'amène maintenant à la spasticité, qui est l'autre chapitre important dont je voulais vous entretenir. C'est un terrible problème pour les personnes qui ont la sclérose en plaques,ou qui souffrent de traumatismes médullaires ou autresdésordres neurologiques. La marijuana et le THC ont un effet antispasmodique pour ceux qui souffrent de la sclérose, ou d'un traumatisme médullaire, c'est ce qu'une enquête par questionnaire anonyme a permis de constater, en même temps que certains rapports cliniques. Il y a eu également un certain nombre d'essais contrôlés, utilisant des mesures objectives de spasticité, qui ont montré une amélioration après administration buccale ou rectale de THC ou de nabilone. Cependant, aucun essai contrôlé n'aété fait, pour une comparaison, avec d'autres agentsantispasmodiques, de la marijuana fumée ou du THC pris par voie buccale. Nous avons un certain nombre d'agentsantispasmodiques satisfaisants sur le marché, mais ils restent encore inopérants pour beaucoup de personnes qui souffrent de spasticité grave et incontrôlable.

Qu'en est-il alors de la marijuana que l'on fume? Tout le débat tourne effectivement autour de la question de savoir s'il faut permettre que l'on fume à des fins thérapeutiques, et si la plante à l'état naturel a les mêmes effets que les produits de synthèse pris par voie buccale. Pourquoi effectivement ne pas simplement utiliser ces cannabinoïdes pris par voie buccale et qui sont maintenant disponibles sur le marché? Est-ce que cela ne résoudrait pas facilement le problème?

Dans certains cas, cela semble être la solution raisonnable, mais dans bien d'autres on a des problèmes d'absorption lente et parfois imprévisible avec des effets secondaires, et plus particuliè rement la dysphorie, lorsque c'est administré à hautes doses. Les cannabinoïdes par voie buccale disponibles sur le marché sont utiles dans certaines situations, mais ne répondent pas exactement aux besoins auxquels on les destinerait, si on en autorisait l'exploitation, et si l'on trouvait des formes moléculaires plus adaptées et des modes d'administration améliorés.

Le sénateur Banks: Qu'entendez-vous par dysphorie?

Mme Lynch: C'est une chute de tonus, de la tristesse, à l'opposé de l'euphorie.

Les laboratoires du monde entier cherchent à mettre au point des composés qui permettent de conserver l'effet thérapeutique, sans les effets secondaires, et qui sont mieux absorbés par voie buccale, ou qui peuvent également être administrés par d'autres méthodes de diffusion, telles que l'inhalation non toxique, comme on en a parlé ce matin.

Notre consortium estime qu'il faut poursuivre la recherche sur les cannabinoïdes, que c'est extrêmement important en raison de tout ce qu'on a pu lire qui laisse espérer des applications thérapeutiques significatives, mais nous avons besoin de faire plus et de meilleures expériences sur sujets humains.

En résumé, les recherches actuelles montrent qu'il y a un système cannabinoïde complet dans le corps, qui régule un certain nombre de processus physiologiques du cerveau et des tissus périphériques, et que la manipulation de ce système, dans le traitement des maladies et des douleurs chez le sujet humain, laisse entrevoir des possibilités d'application non négligeables.

Je vais aborder rapidement le tour d'horizon international. Depuis sept ans, divers organismes médicaux et scientifiques dans divers pays, ainsi qu'un groupe d'experts de l'OMS, ont étudié à fond cette question de l'usage thérapeutique du cannabis. Les résultats de ces études ont été résumés dans les documents qu'on vous a distribués. Je vais donc résumer.

De façon générale, on s'entend pour dire que les cannabinoïdes purs - c'est-à-dire le THC et le THC de synthèse - seront utiles dans le traitement de la douleur, de la spasticité, de la nausée et des vomissements et de la cachexie chez les cancéreux et les sidéens. Il n'y a pas encore consensus pour ce qui est du glaucome, de l'asthme et de l'épilepsie. Tous sont d'accord pour dire qu'il faut faire plus de recherche pour la mise au point de nouvelles formules et de systèmes d'administration substitutifs.

Qu'en est-il de la marijuana que l'on fume? La plupart des rapports s'entendent pour dire qu'il n'est pas recommandable de faire fumer la marijuana à des fins thérapeutiques, à cause des particules toxiques que l'on retrouve dans la fumée, et qui provoquent une irritation des voies respiratoires, avec risque de carcinome des voies respiratoires supérieures. Cependant, et parce qu'en théorie il est possible de limiter la quantité de fumée - et il semble bien que deux ou trois bouffées, d'après certaines études faites à Montréal récemment, peuvent suffire -, la plupart des rapports ont recommandé que l'on fasse des essais de courte durée de cannabis fumé, pour certaines maladies bien circonscri tes ou lorsque l'espérance de vie est limitée.

Il faut donc faire des recherches plus approfondies sur la marijuana que l'on fume. Il est nécessaire que l'on fasse des comparaisons scientifiques en matière d'efficacité, de tolérance, de dosage et de danger associé au cannabis fumé, par opposition aux cannabinoïdes purs pris par voie buccale, ou administrés par d'autres voies.

Les chercheurs vont évidemment se heurter à un certain nombre de difficultés. Comme le cannabis à l'état brut est classé dans les substances illicites, toute recherche sur les cannabinoïdes s'en trouve retardée ou freinée. Se procurer la matière de base nécessaire à la recherche est déjà un problème. Il y a en plus des conditions particulières d'importation sous licence, d'acquisition et de distribution du matériau de recherche. Nous devons également veiller à ce que les sujets qui servent à notre recherche ne fassent pas l'objet de poursuite pénale. Toutes nos institutions de recherche qui travaillent sur les cannabinoïdes sont à cet égard très mal à l'aise, et cela conduit à des retards qui tiennent à la déontologie que nous devons respecter lorsque nous faisons ces recherches.

Nous avons donc quelques recommandations à faire. Nous demandons que le gouvernement fixe des politiques, ou adoptent une loi, qui facilitent la recherche sur les cannabinoïdes. Cette politique, ou cette loi, devront protéger les personnes qui servent à nos recherches contre toute poursuite pénale, en garantissant la confidentialité de la recherche, et en réduisant au minimum les formalités administratives, si possible.

Afin de faciliter toute la procédure d'examen de la recherche, nous recommandons que l'on émette des directives à l'adresse des institutions et hôpitaux où a lieu cette recherche, afin que les comités d'éthique se sentent plus à l'aise, étant donné le climat qui entoure ce type de recherche. Nous recommandons également que l'on nous permette de nous procurer plus facilement le cannabis THC et les cannabinoïdes de synthèse, afin de pouvoir poursuivre nos recherches au Canada. Nous demandons par ailleurs que l'on appuie les études épidémiologiques concernant l'utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques.

Nous recommandons également que l'on appuie l'initiative de Santé Canada pour l'étude systématique des effets thérapeutiques du cannabis. Nous recommandons que l'on procède à une évaluation clinique de l'innocuité et de l'efficacité du cannabis sur le plan thérapeutique, et qu'en s'inspirant des directives surla mise au point des médicaments on identifie les effets thérapeutiques sur la santé des utilisateurs, à long et à court terme. Finalement, nous recommandons que l'on finance la recherche qui porte sur les modes d'administration des cannabinoïdes et préparations au cannabis.

Nous avons au Canada des chercheurs remarquables, qui sont attelés à cette recherche. Cependant, celle-ci a été retardée en raison du climat socio-politique qui prévaut. Tout ce que le comité pourrait faire pour nous aider à avancer dans notre travail de recherche, serait très utile.

Le sénateur Banks: Vous disiez, à la fin de votre exposé, que deux ou trois bouffées suffisent. N'est-ce pas un petit peu comme de demander à quelqu'un de se limiter à une cacahuète?

Mme Lynch: J'ai beaucoup de malades qui fument de la marijuana. Ils savent très bien quelle est la plus petite dose qui leur fera de l'effet. Ils veulent simplement endiguer la douleur, ou les spasmes. J'ai également des malades de la sclérose en plaques, ou du traumatisme médullaire. Je peux vous dire qu'ils s'en tiennent à deux ou trois bouffées. Un des médecins de McGill a fait un sondage par questionnaire sur une population de personnes qui ont le VIH et qui fument de la marijuana pour moins souffrir. À la question de savoir combien ils en fument, pour endiguer la douleur, ils répondent que deux ou trois bouffées suffisent. Voilà donc des données officielles et cliniques.

Le sénateur Banks: J'ai été surpris de vous entendre dire que, selon certaines études, il n'y a pas de problème d'accoutumance à long terme si l'on sait doser la morphine.

Mme Lynch: Exactement.

Le sénateur Banks: Est-ce que ça n'est pas un petit peu contraire à l'image traditionnelle qu'on s'en fait?

Mme Lynch: Si. Voilà pourquoi j'ai estimé important de le dire ici. Toutes les recherches le confirment. La Société canadienne pour le traitement de la douleur a établi des directives pour l'usage d'opioïdes pour le traitement de la douleur chronique qui n'est pas causée par le cancer. C'est ici la controverse. On n'hésite pas à se servir d'opioïdes pour traiter la douleur reliée au cancer. On ne se préoccupe pas de l'accoutumance. C'est au niveau de la douleur intraitable qui n'est pas causée par le cancer que se situe le problème, surtout si on ne connaît pas la recherche. Les directives de la Société canadienne pour le traitement de la douleur ont été établies et adoptées dans beaucoup de provinces, et nous nous y référons.

Le sénateur Banks: Vous avez certainement pris connaissance de l'étude du Sénat sur les soins palliatifs?

Mme Lynch: Je sais qu'il y en a une, je ne l'ai pas lue.

Le sénateur Banks: J'espère que vous le lirez.

Mme Lynch: Je n'y manquerai pas.

Le sénateur Banks: Dans la recherche et les études que vous faites, je suppose que tous les cannabinoïdes doivent être ingérés d'une façon quelconque. Il n'y a pas d'application topique, n'est-ce pas?

Mme Lynch: À l'heure actuelle, il n'existe certainement pas de préparation topique disponible en clinique, mais il est intéressant que vous en faites mention.

Le sénateur Banks: C'est donc possible en théorie?

Mme Lynch: Oui, c'est possible en théorie. C'est très intéressant parce que nous nous inspirons de l'application topique d'autres médicaments - c'est-à-dire leur application sur la peau sous forme de crème, qui réussit très bien à contrôler les douleurs neuropathiques qu'auparavant nous avions beaucoup dedifficulté à contrôler. Comme on a trouvé des récepteursCB-1 cannabinoïdes au niveau du nerf périphérique, il existe de bonnes raisons en théorie d'en essayer l'application topique.

Le sénateur Banks: Je suppose que l'on a injecté les cannabinoïdes aux animaux de laboratoire parce qu'il est difficile de faire fumer des rats.

Mme Lynch: C'est exact.

Le sénateur Banks: Dans une situation de combat ou la situation sportive dont vous avez parlé, où vous dites que le corps fabrique des substances semblables aux cannabinoïdes comme mécanisme de défense, existe-t-il autre chose que des preuves anecdotiques pour appuyer cette théorie? Cela ne pourrait-il pas simplement être attribuable au fait que la cause pour laquelle on se bat, que ce soit la liberté ou remporter le trophée, nous permet de transcender la douleur? C'est peut-être la même chose. Quoi qu'il en soit, sommes-nous sûrs qu'il s'agit d'une réaction pharmacologique plutôt que simplement la victoire de l'esprit sur la matière?

Mme Lynch: Oui. C'est une excellente question. La diapositi ve que je ne vous ai pas présentée examine précisément cet aspect. Cette question est également examinée dans les documents que vous avez devant vous. Le Dr Morgan a parlé de certains de ces documents ce matin. Les pharmacologues peuvent faire toutes sortes de choses vraiment intéressantes. Une fois qu'ils ont les outils dont ils ont besoin - tels que les agonistes, qui sont les drogues qui se fixent sur les récepteurs pour produire certains effets, comme les agonistes endogènes, ou les antagonistes, qui se fixent sur le récepteur et empêchent certains effets -, ils peuvent alors manipuler le système. On a aujourd'hui des souris qu'on appelle des souris k.o., avec et sans récepteurs, sur lesquels on peut expérimenter pour voir ce qui se passe et tirer toutes sortes de conclusions à propos de ces systèmes.

Le Dr Morgan a mentionné que les antagonistes cannabinoïdes, ou agents bloquants, ont été administrés à des animaux qui ont manifesté alors une réaction accrue aux stimuli douloureux. L'administration de cannabinoïdes peut bloquer l'analgésie qui serait normalement déclenchée par la stimulation électrique de la substance grise péri aqueducale.

Nous savons depuis une vingtaine d'années qui si on stimule la partie péri aqueducale du cerveau, qui est une partie du tronc cérébral, on peut bloquer la douleur. Il s'agit d'une constatation intéressante qui a permis d'utiliser la stimulation cérébrale profonde et la stimulation de la moelle épinière pour traiter la douleur chronique et rebelle, incurable par d'autres moyens. On peut stimuler certaines régions du cerveau et bloquer la douleur.

Nous savons depuis longtemps que les opioïdes jouent un rôle très important dans cet effet de blocage de la douleur par stimulation électrique. Les cannabinoïdes jouent un rôle très important dans le blocage de la douleur par électrostimulation de la substance grise péri aqueducale. Les pharmacologues ont des agents bloquants cannabinoïdes qu'ils peuvent administrer en même temps qu'ils stimulent certaines régions, et ils peuvent bloquer l'effet de blocage de la douleur de la stimulation électrique.

Le sénateur Banks: Vous pouvez l'empêcher d'empêcher la douleur.

Mme Lynch: Nous avons les antagonistes cannabinoïdes qui, lorsqu'ils sont administrés pendant que l'on tâche d'obtenir un effet de neutralisation de la douleur, empêchent cet effet de se produire.

J'aimerais vous parler d'autres travaux intéressants provenant de l'Université Brown, le groupe Michael Walker. Michael Walker est l'un des consultants internationaux du Consortium canadien pour la recherche sur les cannabinoïdes à usage thérapeutique. Il a aidé notre groupe, de même que le Dr Kalant qui prendra la parole plus tard.

Son laboratoire a fait certains travaux intéressants. Par exemple, il a utilisé une formidable technologie qui leur permet de recueillir littéralement les neurotransmetteurs qui sont libérés par les neurones dans la substance grise péri aqueducale. Ils peuvent analyser ces neurotransmetteurs et ils ont constaté, à l'aide de microdialyse et de techniques d'essai compliquées, que lorsque la substance grise péri aqueducale est stimulée, elle secrète de l'anandamine.

Ils ont montré - et cela résulte de recherches qui ont été faites il y a des années - que si vous infligez un stimulus douloureux à un animal, il secrète des endorphines, de sorte que cette douleur peut provoquer la sécrétion d'endorphines, ce que l'on associe à l'analgésie comportementale chez les modèles animaux.

Nous avons maintenant des preuves provenant du laboratoire de Michael Walker selon lesquels lorsque l'on inflige un stimulus douloureux à l'animal, dans ce cas en lui injectant de la formaline dans les pattes arrières - il s'agit d'un modèle de douleur prolongée chez les animaux -, la substance grise péri aqueducale dans les régions latérale et dorsale sécrète de l'anandamine.Nous avons beaucoup d'informations qui nous indiquent que l'anandamine est sécrétée à partir des centres modulateurs de la douleur du tronc cérébral. Il s'agit d'un effet analgésique direct.

Le sénateur Banks: Je tiens à m'assurer que le compte rendu indique que le témoin a utilisé l'expression «essai compliqué» lorsqu'elle a parlé des travaux du Dr Walker.

Vous avez recommandé entre autres que l'on réduise au minimum le nombre de documents. Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

Mme Lynch: Nous voudrions pouvoir protéger nos sujets des poursuites pénales. L'une des choses dont nous avons débattu autour de la table - et Santé Canada a assisté à nos réunions et nous a prêté main forte à ce sujet -, c'est que se passe-t-il si l'un de nos patients ou l'un de nos sujets d'un essai clinique est appréhendé alors qu'il est en possession d'un joint servant à cet essai? Que pouvons-nous faire pour les protéger, et comment pouvons-nous le faire de manière à protéger leur confidentialité sans qu'ils aient à porter tous ces documents sur eux? Lorsque vous avez des documents supplémentaires, il y a toujours la crainte qu'il s'agisse de faux documents, et devra-t-on alors se soucier de fabriquer des documents portant des hologrammes compliqués? Vous voyez ce avec quoi nous devons nous débattre. Ce sont les genres de questions avec lesquelles les chercheurs sont aux prises.

Le sénateur Banks: On pourrait peut-être apposer le brevet royal sur le joint.

Le président: Avez-vous lu le règlement que le ministre Rock a publié récemment sur l'utilisation à des fins thérapeutiques de la marijuana?

Mme Lynch: J'en ai lu des parties. Je n'ai pas encore eu l'occasion de le lire dans son intégralité.

Le président: Vos patients utilisent déjà de la marijuana.

Mme Lynch: Oui.

Le président: Je suis sûr qu'ils ont tous une dispense du ministère.

M. Lynch: Ils sont exemptés en vertu de l'article 56.

Le président: Vous pouvez leur prescrire des quantités particulières et par conséquent vous devriez lire ce document. Si vous le voulez, nous pourrons vous en faire parvenir un exemplaire si vous voulez faire des commentaires. Le ministre mettra au point la version définitive de ce règlement d'ici la fin juillet.

Le sénateur Kenny: À long terme, faut-il augmenter les doses de la drogue pour qu'elle conserve la même efficacité?

Mme Lynch: Vous parlez de la question de tolérance.Est-ce que vous posez cette question en ce qui concerne les cannabinoïdes en particulier ou de façon générale?

Le sénateur Kenny: De façon générale puis de façon particulière.

Mme Lynch: Oui, dans certains cas la question de tolérance intervient lorsqu'il faut augmenter les dosages pour obtenir le même effet. Nous pensions à l'origine que dans tous les cas concernant les opioïdes, que la tolérance deviendrait un problème.

Ce que nous avons appris grâce aux études à long terme et à notre expérience clinique avec des patients qui utilisent une dose uniforme d'opioïdes à long terme, c'est qu'il y a un grand nombre de personnes qui ne semblent pas avoir de problèmes de tolérance. L'administration du même dosage continue à leur procurer le même effet analgésique.

D'autres personnes connaissent certains problèmes de toléran ce, et maintenant il y a une pratique clinique qui semble indiquer - et nous devons faire plus de recherche à ce sujet - que changer d'opioïde permettra parfois de contrôler le problème de tolérance de certaines personnes. Cependant il est rare que nous constations des problèmes de tolérance clinique.

Le sénateur Kenny: Vous avez parlé de la rareté des études concernant le cannabis. Qu'en est-il des autres droguescontrôlées? Existe-t-il de nombreuses études sur l'héroïne ou d'autres drogues?

Mme Lynch: Il existe assurément de nombreuses études sur l'utilisation des opioïdes. Les antidépresseurs tricycliquesdécouverts à l'origine et utilisés comme antidépresseurs se sont également avérés de bons analgésiques. Il y a maintenant une soixantaine d'essais bien contrôlés qui utilisent des analgésiques antidépresseurs pour contrôler la douleur.

Il existe un certain nombre d'essais qui examinent l'utilisation d'agents anticonvulsions dans le traitement de la douleur et d'autres agents connus pour leur effet généralement inhibiteur examinés dans le cadre d'essais analgésiques.

Le sénateur Kenny: Ce sont toutes des drogues contrôlées qui ne seraient pas disponibles sans ordonnance.

Mme Lynch: Oui.

Le sénateur Kenny: Compte tenu de l'usage répandu du cannabis au cours des 40 dernières années, pourquoi y a-t-il si peu de recherche faite dans ce domaine, alors que les autres drogues contrôlées ont fait l'objet de recherche?

Mme Lynch: C'est une excellente question et je crois que la réponse, c'est la crainte qu'inspire le caractère illégal de la marijuana. Le lien des cannabinoïdes en général - même les cannabinoïdes synthétiques - avec la marijuana ont rendu très difficile la recherche dans ce domaine parce qu'il s'agit de substances illégales, très contrôlées.

Le sénateur Kenny: Les autres substances sont aussi illégales et sont contrôlées. L'héroïne est contrôlée.

Mme Lynch: Oui, et les opioïdes sont contrôlés. C'est une bonne question. C'est peut-être le tabou dont fait l'objet la marijuana qui se répercute sur tout ce groupe de substances chimiques.

Le sénateur Kenny: Pourriez-vous nous expliquer lesdifficultés auxquelles se heurte un chercheur qui essaie de faire de la recherche dans ce domaine compte tenu des lois qui existent aujourd'hui?

Mme Lynch: J'ai déjà mentionné les difficultés que nous avons à assurer la protection de nos sujets de recherche, sans compter, bien avant cela, les difficultés à obtenir les matériaux de recherche.

Le sénateur Kenny: Que voulez-vous dire au juste par «matériaux de recherche»?

Mme Lynch: Je fais allusion plus précisément tout d'abord à la marijuana que l'on fume. Nous n'avons appris que dernièrement que nous pourrons utiliser les joints du NIDA et que Santé Canada importera les joints du NIDA et pourra peut-être obtenir les permis nécessaires pour leur importation afin d'éviter aux chercheurs de le faire. Cela n'a été confirmé que récemment. Nous en discutons depuis plus d'un an.

Le sénateur Kenny: Pouvez-vous comparer cela au problème qu'un chercheur aurait dans le cas d'un opiacé, par exemple?

Mme Lynch: Souvent la recherche sur les opioïdes est financée par l'industrie. Par conséquent, la société pharmaceuti que qui fait le travail fournira les matériaux pour l'étude. Si nous voulions faire de la recherche sur une nouvelle préparation d'opioïdes, nous n'aurions aucun problème à nous la procurer.

Je vous donnerai un autre exemple: nous sommes en train d'étudier une nouvelle préparation topique d'un analgésique antidépressif. Nous n'utilisons qu'un seul des analgésiques antidépressifs qui existent à l'heure actuelle sur le marché et demandons à des pharmaciens de le préparer sous forme topique pour nous. Puis nous le mettons à la disposition des sujets de notre étude. Comme il s'agit de l'utilisation non indiquée sur l'étiquette d'un médicament approuvé à l'heure actuelle au Canada, nous pouvons le faire dans le cadre de l'étude d'un nouveau médicament parce que nous ne sommes pas le fabricant du médicament, nous sommes simplement des chercheurs qui déterminent si ces médicaments auront des applications chez les humains. Cela ne pose aucune difficulté dans ce genre de situation. Nous prenons simplement un médicament qui existe déjà, et le développons sous forme de crème que nous utilisons ensuite dans notre étude.

Le sénateur Banks: Vous venez de dire qu'à votre avis vous réussirez à importer des joints du NIDA.

Mme Lynch: Oui.

Le sénateur Banks: Je ne comprends pas pourquoi. Nous exportons 80 p. 100 de notre récolte de marijuana aux États- Unis. Il existe maintenant des lois autorisant la culture de la marijuana, ce qui est en train de se faire à l'heure actuelle. Je suis sûr que la récolte est déjà prête. Pourquoi devrions-nous l'importer?

Mme Lynch: C'est une excellente question. L'année dernière a été un processus d'apprentissage pour nous tous au consortium. Le problème, c'est bien que le Canada est maintenant un planteur approuvé qui cultive la première récolte, et il faut que la récolte pousse, soit récoltée et analysée. Il faut faire l'analyse appropriée de la toxicologie de ce produit et créer le fichier principal approprié. Il faut que Santé Canada ait accès à ce fichier principal qui renferme toutes les données chimiques sur la drogue. Lorsque les chercheurs présentent leur protocole d'étude d'application de nouvelles drogues, ce que nous devons faire pour qu'on nous autorise à faire de la recherche sur cette substance particulière dans nos établissements de santé, Santé Canada peut consulter à la fois le fichier principal créé par le fabricant et notre protocole de recherche. Vous pouvez constater qu'il s'agit d'un processus assez complexe.

Le sénateur Banks: Est-ce mécanique et simplement une question de temps avant que cela soit réglé?

Mme Lynch: C'est mécanique et c'est une question de temps.

Le sénateur Kenny: Veuillez s'il vous plaît continuer à décrire les problèmes pratiques qui se posent.

Mme Lynch: Oui, en ce qui concerne les problèmes pratiques pour ce qui est d'obtenir les matériaux de l'étude, j'ai parlé brièvement de la marijuana. Il y a aussi les cannabinoïdes synthétiques. Un certain nombre de cannabinoïdes ont été mis au point un peu partout dans le monde. Il y a des essais en cours en Europe où on utilise certaines des substances chimiquessynthétiques récentes sur les humains.

Il y a aussi des préparations de la plante de cannabis, le cannabis brut, qui peuvent être administrées par voie sublinguale. Nous aimerions beaucoup que ce genre de recherche se fasse au Canada, mais il y a eu des retards à obtenir les matériaux nécessaires au pays pour faire la recherche.

Par exemple, un chercheur à Dalhousie a mis au point un merveilleux nouveau système d'administration. Il a réussi à obtenir certaines molécules delta 9-THC du type dont il a besoin pour ce nouveau système d'administration et pour le mettre à l'essai sur les animaux. Cependant il y a eu d'importants retards pour ce qui est d'obtenir cette molécule afin de la mettre à l'essai sur les humains. Il se trouve donc dans une impasse. L'étape suivante consisterait à recruter des humains en santé qui se porteraient volontaires pour essayer cette substance. Il y a eu des retards importants au niveau de sa recherche.

Le sénateur Kenny: Vous dites qu'il faut réduire au minimum le nombre de documents exigés. On peut donc en déduire qu'il existe un problème à cet égard. Pourriez-vous l'expliquer au comité?

Mme Lynch: Nous tâchons de trouver un moyen de protéger la confidentialité de nos sujets de recherche. Nous ne voulons pas être obligés de téléphoner au bureau local de la GRC pour leur indiquer qui sont les sujets de notre étude et leur demander de ne pas les arrêter s'ils sont trouvés en possession de marijuana.

Nous avons pensé qu'une solution de rechange consisterait peut-être à ce qu'ils portent un document sur eux. Nous avons essayé de déterminer exactement ce que devrait contenir ce document et comment le concevoir et ainsi de suite. Nous espérions réduire le plus possible la documentation pour protéger les sujets de notre recherche.

Le sénateur Kenny: Existe-t-il de la documentation à l'heure actuelle?

Mme Lynch: D'après ce que je crois comprendre, comme la marijuana est une substance illégale, si les sujets de notre étude étaient trouvés en possession de marijuana, ils risqueraient d'être arrêtés. Ce que nous voulons, c'est les protéger sans avoir à informer le détachement local de la GRC.

Le sénateur Kenny: Est-ce qu'un document semblable à un permis de conduire serait déraisonnable?

Mme Lynch: Il existe divers moyens de régler le problème, mais en tant que chercheurs, nous ne voulons pas avoir à le faire. Nous nous tournons vers votre comité et d'autres personnes qui font partie du système pour nous aider à protéger la confidentialité de nos sujets.

Un document comme un permis de conduire pourraitfonctionner, bien que cela risque d'entraîner des procédures et des coûts supplémentaires. Il est à espérer que les chercheurs n'auront pas à assumer ces coûts, ou du moins seront au courant de ces coûts dès le départ afin de pouvoir préparer en conséquence leurs demandes de subventions de recherche.

Le sénateur Kenny: Vous avez parlé d'intensifier la recherche sur les modes d'administration privilégiés. Compte tenu de ce que vous savez maintenant, quels sont les modes d'administration privilégiés des drogues?

Mme Lynch: L'inhalation est certainement un moded'administration très intéressant de même que l'administration sublinguale. Cependant, le taux d'absorption pourrait varier dans les cas d'administration sublinguale. L'administration parinhalation et l'application topique sont, à mon avis, les modes les plus intéressants. L'application topique ciblerait les nerfspériphériques, et l'administration par inhalation tâcherait de faire pénétrer le médicament dans les alvéoles des poumons, qui présentent une vaste superficie par laquelle le médicament pourrait pénétrer dans le sang.

Le sénateur Kenny: Vous avez parlé de retard dans les procédures de révision déontologiques.

Mme Lynch: Oui.

Le sénateur Kenny: Pouvez-vous nous indiquer en quoi consistent ces procédures et nous expliquer les retards?

Mme Lynch: Chaque fois que l'on fait de la recherche sur des humains ou des animaux, les protocoles de recherche doivent être soumis à des conseils de révision déontologiques qui font partie des établissements où la recherche sera faite. Si en tant que chercheur au QE II Health Science Centre, je veux étudier un nouvel analgésique qui, à notre avis, devrait neutraliser la douleur, il faut que je présente mon protocole accompagné d'une lettre d'envoi et d'une copie du formulaire de consentement...

Le sénateur Kenny: Qu'est-ce que vous entendez par protocole?

Mme Lynch: Le protocole est le document qui décrit la recherche que l'on se propose de faire. On y décrit les questions que nous nous posons en matière de recherche, les médicaments que nous voulons utiliser et le modèle de recherche.Préférablement, comme les présentateurs l'ont mentionné ce matin, le modèle idéal est un essai clinique aléatoire à double insu où l'on compare le médicament en question à un placebo de façon éthique, puis on pose la question dans des conditions à double insu afin que les enquêteurs ne sachent pas s'ils administrent le médicament actif ou le placebo, et les sujets ignorent s'ils reçoivent le médicament actif ou le placebo.

Le sénateur Kenny: L'expression «de façon éthique» a-t-elle un sens différent pour un médecin que pour le public?

Mme Lynch: Je n'ai pas la réponse à cette question. La notion d'éthique comporte de nombreux aspects et est d'une grande importance. C'est pourquoi les conseils de révisiondéontologiques de nos hôpitaux se composent habituellement d'un assez grand nombre de gens - une quinzaine dans notre hôpital - c'est-à-dire des médecins, des membres du public, des avocats et, maintenant, des bioéthiciens qui siègent à ces comités et examinent les protocoles de façon détaillée et posent des questions pour déterminer si la recherche qui sera faite sur des sujets humains, ou, dans le cas des comités de recherche sur les animaux, sur les sujets animaux, sera éthique. Il existe des normes très sévères que nous devons suivre dans le cadre de la recherche que nous faisons dans notre institution. Ce sont de bonnes normes.

Le sénateur Kenny: Pouvez-vous nous en donner quelques exemples?

Mme Lynch: Parlons des travaux sur la douleur et de la question du placebo. Si vous avez quelqu'un qui éprouve des douleurs moyennes à graves, le comité et le chercheur ne voudront pas provoquer des douleurs supplémentaires à ces personnes parce qu'elles participent à un essai clinique.

Il existe un certain nombre de moyens de contourner ce problème. Habituellement, ce que nous faisons, puisque nous étudions une population de personnes qui éprouvent des douleurs moyennes à graves malgré tous les agents dont nous disposons pour les traiter, nous leur dirons qu'elles peuvent continuer à prendre les médicaments qu'elles utilisent à l'heure actuelle. Nous allons utiliser ce médicament d'essai comme médicamentsupplémentaire pour voir si nous pouvons arriver à mieux contrôler la douleur qu'avec les médicaments que vous prenez déjà. Il s'agit d'une façon éthique de tâcher d'apprendre quelque chose de nouveau à propos des effets d'un nouvel analgésique. Il y a aussi d'autres façons de procéder.

Ce sont les types de questions avec lesquelles les conseils de révision déontologiques sont aux prises. Nous ne voulons pas aggraver la douleur de ces personnes et les exposer à des risques inacceptables ou à des effets nocifs. Si ce nouvel agent comporte des effets nocifs, il faut que la personne en soit pleinement informée dès le départ afin qu'il s'agisse d'un processus auquel elle participe en pleine connaissance de cause et qui reçoit son consentement éclairé. Les formulaires de consentement sont très détaillés et prévoient un processus où on précise aux sujets ce à quoi ils seront exposés dans le cadre de l'essai clinique, de même que les risques, les effets indésirables possibles et les avantages possibles.

Il faut également leur dire que s'ils décident de ne pas participer à l'essai clinique, cela n'aura pas de conséquence sur leurs soins médicaux, et qu'ils peuvent se retirer de l'essai en tout temps.

Le sénateur Kenny: Les travaux des conseils de révision déontologique sont-ils publics? Y a-t-il un vote majoritaire? L'unanimité est-elle nécessaire?

Mme Lynch: Ce sont d'excellentes questions. Pour l'instant, je ne crois pas qu'il existe de document qui fournisse une réponse uniforme à vos questions dans l'ensemble du pays. Je sais, d'après des discussions récentes, qu'on est en train d'élaborer un document. Je ne suis pas sûr où il se trouve à l'heure actuelle. Partout au pays je crois qu'il existe un assez bon équilibre pour ce qui est d'assurer une bonne représentation des médecins, du grand public, des bioéthiciens, des avocats et peut-être des membres de certains mouvements spirituels pour assurer une représentation équilibrée de manière à examiner chaque détail des protocoles présentés aux institutions pour s'assurer que la recherche est faite de manière éthique.

Vous pouvez imaginer qu'au sein d'un groupe de personnes qui examinent de façon détaillée chaque protocole, s'il y a quelqu'un qui craint les cannabinoïdes, que cette crainte soit réelle ou imaginaire, cela prolongera les discussions, entraînera des retards et multipliera la paperasse.

Le sénateur Kenny: Faut-il qu'il y ait unanimitéhabituellement?

Mme Lynch: J'ignore la réponse à cette question.

Le sénateur Banks: En ce qui concerne votre comité?

Mme Lynch: L'unanimité, en ce qui concerne le nombre de personnes qui doivent voter, j'ignore la réponse à cette question. Je ne siège pas au conseil de révision déontologique.

Le sénateur Kenny: Les discussions sont-elles publiques? Sont-elles versées à un compte rendu?

Mme Lynch: Elles sont certainement versées au compte rendu. On tient un procès-verbal. J'ignore si ces procès-verbaux sont accessibles au public, mais je le croirais que oui.

Le président: Pouvez-vous vous renseigner et nous transmettre la réponse par écrit?

Mme Lynch: Oui.

Le sénateur Rossiter: Madame Lynch, le dronabinolcommercialisé sous le nom de marinol sont des cannabinoïdes synthétiques qui renferment exactement les mêmes éléments que les cannabinoïdes naturels, n'est-ce pas?

Mme Lynch: L'un est le delta-9-THC et l'autre est la nabilone. Dans le cas du delta-9-THC il s'agit de la même substance chimique que renferme la marijuana, et la nabilone est un cannabinoïde synthétique légèrement différent qui est plus puissant que le delta-9-THC.

Le sénateur Rossiter: Il s'agit de drogues contrôlées dans la mesure où elles doivent être prescrites pour une raison particulière par des personnes désignées, et conservées en lieu sûr par les pharmaciens?

Mme Lynch: En Nouvelle-Écosse, elles peuvent être prescrites et elles sont traitées presque de la même façon que les opioïdes. Nous devons utiliser nos ordonnances en trois exemplaires pour les opioïdes et pour les cannabinoïdes qui sont en vente. Un exemplaire est destiné au patient, un autre est conservé par le médecin prescripteur et le troisième est destiné au programme central de pharmacovigilance.

Le sénateur Rossiter: Est-ce qu'on s'en sert beaucoup?

Mme Lynch: Non.

Le sénateur Rossiter: Simplement à des fins scientifiques.

Mme Lynch: Pour utilisation clinique. Les seules indications exclues sont l'utilisation dans le cas de nausées et de vomisse ments causés par la chimiothérapie et le syndrome cachectique dû au VIH. Ce sont les seules utilisations acceptées.

Le sénateur Rossiter: Sont-elles semblables à la marijuana que l'on cultive?

Mme Lynch: Le delta-9-THC est semblable au delta-9-THC présent dans la marijuana.

Le sénateur Rossiter: Ces substances sont contrôlées mais ne sont pas illégales, n'est-ce pas?

Mme Lynch: C'est exact.

Le sénateur Rossiter: C'est une situation bizarre.

Mme Lynch: Oui.

Le sénateur Rossiter: L'une est illégale et plus ou moins non contrôlée, et pourtant elles sont pareilles.

Mme Lynch: Oui, c'est exact.

Le sénateur Banks: C'est la substance naturelle qui est illégale.

Le sénateur Rossiter: D'une certaine façon, on pourrait croire que la substance naturelle serait la substance légale.

Mme Lynch: Dans les lettres d'envoi ou discuteraprobablement de ce genre de questions. Malheureusement, l'un de nos experts cliniques qui examine cet autre mode d'administration a connu d'importants retards.

Le sénateur Rossiter: Si on allait plus loin, on pourrait presque dire que s'il y avait suffisamment de substances synthétiques, il n'y aurait pas de trafic de substances naturelles.

Mme Lynch: C'est là la question. C'est pourquoi nous devons effectuer plus d'essais cliniques pour comparer les divers cannabinoïdes synthétiques avec un mélange d'herbes naturelles. Certains groupes disent que le mélange d'herbes naturelles crée une belle combinaison de cannabinoïdes qui pourrait avoir plus de propriétés thérapeutiques. Nous devons vérifier cela au moyen d'essais contrôlés.

Le président: Quel est le rôle de l'industrie pharmaceutique dans la recherche et le développement de cannabinoïdes à des fins médicales?

Mme Lynch: Le rôle de l'industrie pharmaceutique est important, mais je ne pense pas qu'elle effectue toutes les recherches nécessaires. L'industrie pharmaceutique cherchera seulement à favoriser ses propres produits. Nous savons, par exemple, qu'il est possible qu'une préparation sublinguale provenant de Grande-Bretagne présente un très grand intérêt. Nous voulons également examiner d'autres préparations mises au point actuellement par des entreprises pharmaceutiques.

Souvent, les entreprises pharmaceutiques n'éprouvent pas d'intérêt à examiner certaines questions. C'est le type de travail qui intéresse plutôt les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSH) - c'est-à-dire le travail sur les substances chimiques qu'une entreprise pharmaceutique n'a pas d'intérêt à financer.

Le président: Dans la liste des maladies que vous avez mentionnées, vous avez dit que l'épilepsie ne présentait pas un cas concluant. Les tribunaux ont décidé que c'était concluant. Avez-vous lu la preuve présentée devant les tribunaux en Ontario dans l'affaire de M. Parker, ou en avez-vous entendu parler?

Mme Lynch: Certains estiment qu'il y a un effet anti-épileptique. Cependant, la recherche est insuffisante. Il faut effectuer plus de recherche dans ce domaine. Il s'agissait principalement des résultats des travaux des comitésinternationaux et il y avait pratiquement unanimité sur certains résultats de leurs rapports, mais il y avait des divergences de vues sur d'autres. L'épilepsie était un élément sur lequel il y avait un certain accord, mais il n'y avait pas unanimité.

Le président: Le tribunal semble avoir un seuil plus faible que les chercheurs, pour être convaincu par la preuve. Les membres du tribunal se sont dits unanimement convaincus que M. Parker devait fumer de la marijuana.

Les règlements que nous aurons d'ici la fin juillet résultent directement de la décision rendue dans l'affaire Parker. Voilà ce que je veux savoir; les tribunaux disent qu'ils sont convaincus, tandis que les chercheurs veulent plus de preuve.

Mme Lynch: Il faut faire plus de recherche sur lescannabinoïdes et leur rôle dans le traitement de l'épilepsie. Il n'y a pas eu de bons et vastes essais aléatoires et contrôlés, où l'on examinait les différents cannabinoïdes et leur rôle dans le traitement de l'épilepsie.

Nous ne sommes pas en désaccord avec les tribunaux. Nous disons qu'il faut effectuer plus de recherche sur ces agents. Au CCIC, nous examinons présentement les cannabinoïdes surtout pour déterminer leurs effets sur la douleur, sur la paralysie spasmodique, sur la nausée et les vomissements, ainsi que dans le cadre des soins aux personnes en fin de vie. Cela ne signifie pas que nous ne sommes pas intéressés par la recherche sur les applications possibles au traitement de l'épilepsie. Ce n'est pas l'une de nos priorités. Notre groupe a décidé de mettre l'accent sur certains domaines prioritaires. L'épilepsie n'est simplement pas l'un d'entre eux.

Le président: Je ne me prononce pas sur votre décision d'effectuer des recherches dans un domaine mais pas dans un autre. Je dis seulement que les tribunaux en Ontario se sont dits convaincus que M. Parker avait besoin de fumer de la marijuana pour traiter son épilepsie. Deux échelons du système judiciaire ont dit qu'ils en étaient convaincus. Le gouvernement fédéral a décidé de ne pas en appeler de ces décisions. Cela fait donc partie dorénavant des lois du pays. Quelqu'un qui souffre d'épilepsie peut fumer de la marijuana. L'épilepsie figurera sur la liste des maladies pour lesquelles il sera permis d'utiliser de la marijuana médicale dans un mois.

C'est pourquoi je dis que nos tribunaux sont connus pour leur approche rigoureuse en matière de preuve. On ne peut pas dire n'importe quoi. On ne peut pas déposer n'importe quel document. Il faut suivre une procédure. C'est ce qui a été fait. Dans le domaine de la recherche, il faut plus. Quel est le problème?

Ce matin, vous avez entendu la question que j'ai posée au sujet des problèmes d'ordre moral et sociologique. Si le cannabis était considéré comme un produit naturel, les recherches ou le seuil seraient-ils les mêmes? S'il y avait une étiquette spécifiant que c'est un produit sûr.

Mme Lynch: Si vous demandez dans quelle mesure nos recherches changeraient, si l'on pouvait acheter du cannabis dans un magasin de produits diététiques, je vous répondrai qu'elles changeraient considérablement. Le seul équivalent qui me vient à l'esprit en ce moment, sur lequel nous effectuons des recherches, ce sont les analgésiques antidépressifs tricycliques, sur lesquels il est facile d'effectuer des recherches dans le climat actuel. Ce sont des médicaments délivrés sur ordonnance, et non des produits naturels qu'on peut acheter dans un magasin de produits diététiques.

S'il s'agissait d'un produit qu'on peut acheter dans un magasin de produits diététiques, cela contribuerait grandement à faire disparaître l'opprobre rattaché à ce produit et qui ralentit nos protocoles de recherches, lorsqu'on doit les soumettre au comité de révision déontologique, par exemple. Il serait également plus facile d'obtenir le matériel nécessaire pour nos recherches.

Le sénateur Banks: Je ne sais pas qui vendrait en fin de compte des paquets de marijuana légalisée ou décriminalisée, si cela devait se produire un jour. Je suppose que ce serait la Société du tabac de l'Ontario ou Glasgow Welcome, ou quel que soit le nom de l'entreprise cette semaine.

Le sénateur Kenny: Ou le gouvernement de l'Ontario.

Le sénateur Banks: Y a-t-il un élément dans une cigarette de marijuana qui sera brevetable?

Mme Lynch: Il existe déjà un certain nombre de brevets obtenus pour des cannabinoïdes synthétiques.

Le sénateur Banks: Je veux parler du produit original.

Mme Lynch: Je n'en suis pas absolument sûre. Je ne suis pas certaine si le delta-8-THC, qui est semblable au delta-9, est tout aussi psychoactif. Le delta-8-THC, je pense, est du domaine public. Le Dr Mechoulam nous a dit qu'il n'est pas interdit d'obtenir du delta-8-THC ou même d'en créer. Le delta-9-THC est déjà breveté - et je peux me tromper à ce sujet - mais plusieurs des nouveaux cannabinoïdes synthétiques et plus spécifiques ont déjà été brevetés. Les modes d'administration ont aussi été brevetés.

Le sénateur Banks: Nous avons entendu beaucoup de critiques sévères; on a dit par exemple que dans l'industrie pharmaceutique, le grand principe déontologique veut que les avantagesl'emportent sur le préjudice. Si c'est le cas, le produit est acceptable.

Il y a manifestement bien des cas où ce principe ne s'appliquerait pas. Il y a des cas où nous pourrions dire que même si les avantages d'un produit dépassent le préjudice qui pourrait en découler, c'est tout simplement mal et nous ne le ferons pas. Vous pourriez me tuer pour prendre mes organes, s'ils fonction nent encore bien, et sauver la vie de cinq ou six personnes, mais on ne le fait pas, malgré que les avantages dépassent le préjudice.

Êtes-vous convaincus qu'on tient suffisamment compte des autres types de facteurs qui entrent en jeu lorsque les organismes qui régissent vos activités doivent décider de leur acceptabilité, au-delà de la simple addition de la colonne des avantages, pour en soustraire la colonne des préjudices, pour prendre une décision en fonction de la colonne dont le total est le plus élevé. Êtes-vous satisfaite, sur le plan déontologique, de ce qu'on vous permet de faire ou de ce qu'on vous permettra probablement de faire?

Mme Lynch: Tout à fait. Il existe déjà dans le système beaucoup d'automatismes régulateurs. On est en train de créer des documents qui uniformiseront les normes utilisées par les comités de révision déontologique du pays.

Premièrement, les chercheurs eux-mêmes ont des automatismes régulateurs, et lors des recherches cliniques, un clinicien accorde toujours une plus grande priorité aux intérêts du patient qu'à ceux de la recherche.

En outre, les comités de révision déontologique comptent de nombreux membres et examinent les choses tellement en détail qu'ils prennent vraiment d'excellentes décisions, du moins d'après mon expérience.

Le sénateur Banks: Le font-ils toujours, même si une subvention de recherche de 5 millions de dollars est en jeu?

Mme Lynch: Je ne connais pas la réponse à cela.

Le sénateur Banks: Moi non plus, je vous remercie.

Le président: Je vous remercie beaucoup, madame Lynch.

Honorables sénateurs, notre dernier témoin aujourd'hui est le Dr Kalant. Le Dr Kalant a obtenu son diplôme de médecin et son doctorat de l'Université de Toronto et il a fait des études post-doctorales à l'Université Cambridge au Royaume-Uni.

Depuis 1959, le Dr Kalant a fait continuellement de la recherche biomédicale et de la recherche en comportement, dans le domaine de la consommation d'alcool, de cannabis, de benzodiazépine et d'autres drogues. Il est actuellement professeur émérite de pharmacologie à l'Université de Toronto et chercheur émérite au Centre de toxicomanie et de santé mentale. Il a écrit ou révisé 23 livres et plus de 360 rapports de recherche. La recherche lui a valu de nombreux prix. Il est membre de la Société royale du Canada et premier membre titulaire honoraire de la British Society for the Study of Addiction.

Le Dr Kalant a agi comme expert-conseil auprès d'un grand nombre d'organismes nationaux et internationaux, y compris Santé Canada, Justice Canada, le National Institute on Drug Abuse (NIDA), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la stratégie australienne antidrogues.

Il a présidé le comité qui effectuait l'étude la plus récente de l'OMS sur le cannabis et il est le rédacteur principal du livre qui a été publié, intitulé The Health Effects of Cannabis.

Docteur Kalant, vous avez la parole.

Dr Harold Kalant, professeur émérite, Université de Toronto: Honorables sénateurs, je vous remercie de m'avoir invité à vous rencontrer aujourd'hui. Le sujet que vous étudiez est certainement d'une grande importance, tant du point de vue médical que pour la société en général.

Je voudrais parler brièvement de deux sujets dans mon exposé d'aujourd'hui. Je ne parlerai pas des mécanismes fondamentaux d'action du cannabis ou de ses usages médicaux, parce que le Dr Morgan et madame Lynch en ont parlé. Pour ce qui est de l'action du cannabis, je parlerai seulement des effets néfastes dont on a relativement peu parlé aujourd'hui, je pense.

L'autre sujet concerne les éléments qui entrent dans la formulation des politiques de contrôle de l'usage médical et non médical des substances, particulièrement en ce qui concerne le cannabis.

Je dirais d'abord que toutes les sociétés utilisent des psychotro pes - c'est-à-dire des médicaments qui changent la façon dont on se sent, la façon dont on réagit au monde extérieur, la façon dont on perçoit le monde, ainsi que vos facultés mentales et affectives, par exemple. Ces médicaments sont utilisés parce qu'ilsaccomplissent des choses auxquelles les gens accordent de la valeur. Dans toutes les sociétés, les psychotropes ont été intégrés dans une variété de rituels religieux et autres, dans des rassemblements sociaux et dans des activités récréatives indivi duelles. Le type et le degré des risques qu'ils présentent diffèrent dans tout cas, mais il est important de se rappeler que chaque médicament comporte un certain risque. Par définition, il n'existe pas de médicament totalement sûr, c'est une impossibilité.

Le risque que présente tout médicament est lié non seulement au mécanisme fondamental de son action - ce que le médicament fait en tant que drogue - il est lié aussi à la dose utilisée. Comme le Dr Morgan l'a déjà signalé, la fréquence d'utilisation, les caractéristiques de l'utilisateur, les circonstances dans lesquelles le médicament est utilisé, par exemple, tout cela contribue à déterminer le degré de risque. Le préjudice total pour une société varie selon l'utilisation totale du médicament dans la population.

Dans le premier graphique, l'axe vertical indique le taux de mortalité dû à la cirrhose alcoolique du foie. Sur l'axe horizontal, on voit la consommation moyenne d'alcool par habitant pendant la même année. Ces données proviennent de l'Ontario. Au fur et à mesure que la consommation par habitant augmente vers la droite, le long de l'axe du bas, on voit le taux de décès résultant d'une cirrhose augmenter, sur l'axe vertical. Cela signifie que plus la population totale consomme, plus il y a de grands consommateurs qui boivent suffisamment pour contracter la cirrhose du foie.

Par conséquent, chaque société exerce une sorte de contrôle sur le degré de consommation de substances capable d'entraîner des effets souhaités et des effets non souhaités. Il existe plusieurs types de contrôles, car ce n'est pas seulement une question de mesures légales de contrôle et ce n'est pas non plus seulement une question de dichotomie entre l'interdiction et la légalisation.

Il existe une variété de types de contrôles différents pour ce qui est de l'usage médical des drogues par rapport à leur usage non médical. Par exemple, pour les médicaments en vente libre, il existe des règlements régissant leur pureté, leur innocuité ainsi que les résultats qu'on peut obtenir du médicament, d'après les affirmations du fabricant. Dans le cas des médicaments d'ordon nance, ils doivent passer des tests obligatoires d'efficacité et d'innocuité avant que le fabricant obtienne un permis de fabrication et de vente. Un médecin autorisé doit rédiger l'ordonnance. Seul un pharmacien muni d'une licence peut vendre le médicament. Il y a des règlements qui régissent la façon dont il est entreposé - c'est-à-dire s'il doit être enfermé à clé, s'il faut garder des registres sur les quantités reçues, vendues et ainsi de suite. Il faut vérifier s'il n'y a pas d'effets nocifs, une fois que le médicament est en vente. Si des effets secondaires graves et inattendus se produisent, la vente du médicament peut être interdite.

Ce type de réglementation et de mesures légales de contrôle est fondé sur ce qu'on sait des effets du médicament - tant bénéfiques que nocifs - sur des statistiques et sur la tenue soignée de registres. La population est généralement disposée à accepter que le choix des méthodes de contrôle soient déterminé par l'interaction entre des spécialistes du secteur de la santé et des organismes gouvernementaux, car on reconnaît que le médica ment est utilisé essentiellement pour assurer son bien-être et on se fie aux spécialistes en la matière pour décider de la meilleure façon de protéger la population.

En ce qui concerne l'usage non médical, une grande variété de méthodes de contrôle entrent en jeu. Ces méthodes diffèrent à bien des égards dans le cas des substances légales par rapport à celles qui sont illégales, même si les deux types de substances peuvent être utilisés à des fins non médicales.

Les substances légales - par exemple, l'alcool, le tabac, et autres substances semblables - sont contrôlées au moyen de règlements régissant les points de vente ainsi que les heures, une politique en matière de prix, des taxes, un âge légal minimum pour la consommation, ainsi que les endroits et les circonstances dans lesquels la substance en question peut ou ne peut pas être utilisée. Les traditions et les modes qui prévalent dans une société dictent dans une grande mesure ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Il existe des normes sociales de comportement. L'éducation et la publicité sont utilisées en vue de contrôler l'utilisation de ces substances.

Dans le cas des substances illégales, on a beaucoup plus recours aux mesures légales de contrôle: l'application de la loi, les tribunaux, une variété de peines pouvant aller de l'absolution conditionnelle ou de l'amende à des peines d'emprisonnement prolongées, la police, la saisie de matériel, ce qui contribuera à diminuer la disponibilité de la substance ou à en faire augmenter le prix, du moins temporairement dans certains secteurs. Le dépistage des drogues est de plus en plus utilisé, souvent d'une manière injustifiée, mais c'est tout de même une réalité qui peut modifier les possibilités d'emploi. Un test positif peut être causé par un certain nombre de choses, mais on présume que les tests peuvent décourager certains de consommer ces substances. C'est le but visé, du moins apparemment. La désapprobation sociale est un autre facteur. Le fait qu'on s'entend dans la société pour dire qu'une drogue est ou n'est pas une substance que la majorité veut voir utiliser, affecte le taux d'utilisation. L'éducation et la publicité sont également utilisées, bien qu'on s'interroge énormé ment sur l'efficacité de ces programmes.

La séparation des méthodes de contrôle suivant qu'il s'agit d'un usage médical ou non médical, est généralement bien comprise. L'héroïne et la cocaïne ont des usages médicaux limités mais reconnus. L'héroïne était largement utilisée il y a plusieurs années. Il y en avait dans un sirop pour la toux délivré sur ordonnance, qu'on pouvait acheter en pharmacie. On l'utilisait beaucoup en obstétrique et en gynécologie, en raison de son effet intense mais de courte durée, de sorte qu'un foetus pouvait naître sans avoir subi l'effet de cette drogue, ce qui est plus difficile à obtenir avec de la morphine. La cocaïne est encore utilisée comme anesthésique local pour des interventions chirurgicales au nez ou à la gorge. L'héroïne est devenue une substance illégale, comme vous le savez, mais on a mené une campagne fructueuse il y a quelques années pour obtenir la permission de l'utiliser de nouveau dans le traitement de la douleur chez des malades atteints d'un cancer terminal.

Pourtant, personne ne soutient qu'étant donné l'utilisation limitée de ces drogues à des fins médicales, on devrait en légaliser l'usage non médical. Autrement dit, la population reconnaît que c'est une chose de réglementer l'utilisation à des fins médicales, mais que c'en est tout une autre que d'en réglementer l'usage à des fins non médicales.

Les hallucinogènes n'ont aucune utilisation médicale reconnue et ils sont illégaux, mais il y a quelques années, on en a étudié les effets bénéfiques éventuels en psychothérapie et on a permis aux chercheurs d'obtenir de telles drogues légalement à cette fin.

Le cannabis est peut-être la seule exception où l'utilisation possible à des fins médicales est souvent utilisée pour justifier à la légalisation de son usage à des fins non médicales, par certains de ceux qui préconisent la légalisation du cannabis. Cela me semble tout à fait irrationnel. Il n'y a aucune raison logique pour justifier que la légalisation de l'usage médical d'une substance serve d'argument pour obtenir la légalisation ou l'interdiction de l'utilisation de la même substance à des fins non médicales.

Les mesures de contrôle sont-elles vraiment efficaces? Il est important de signaler qu'aucune mesure de contrôle n'est efficace à 100 p. 100. Les lois interdisant le meurtre n'empêchent pas tous les meurtres. Les lois interdisant l'excès devitesse n'empêchent pas tous les cas d'excès de vitesse. Nous reconnaissons que la légalité ou l'illégalité d'une chose, en tant qu'expression des normes sociales, donne à la population une idée de ce qui convient ou ne convient pas, et influence le comportement de beaucoup de gens.

Je vous montre un graphique où la ligne supérieure indique le taux de mortalité, toutes causes confondues, aux États-Unis bien avant la Prohibition, pendant la Prohibition, et après. Vous pouvez voir que le taux de mortalité a baissé graduellement au fur et à mesure que les soins médicaux, les mesures de santé publique, l'hygiène et la nutrition se sont améliorées. La ligne inférieure montre le taux de mortalité attribuable à la cirrhose du foie. Je signale qu'on a utilisé deux échelles différentes pour ces mesures; ne concluez pas que la plupart des décès étaient causés par la cirrhose.

Le taux de décès causés par la cirrhose a été plutôt stable jusqu'au début de la Prohibition. On a commencé à imposer de facto la Prohibition aux États-Unis en 1916, lorsqu'il est devenu apparent que le pays allait un jour participer à la Première guerre mondiale. Une variété de mesures, dont l'effet net a été la prohibition, sont entrées en vigueur avant l'adoption de la modification constitutionnelle à cet effet, et il y a eu une chute abrupte du taux de décès causés par la cirrhose. Il est resté faible pendant toute la durée de la Prohibition et ensuite, après son abrogation, il a commencé à remonter, pour finir par dépasser le niveau atteint auparavant.

Le graphique suivant montre comment une politique de prix a changé la consommation de cigarettes au Royaume-Uni. La ligne pointillée représente le prix en livres sterling constantes. Il y a eu une pointe peu après la Seconde guerre mondiale. La politique fiscale a fait monter le prix des cigarettes et il y a eu une baisse très marquée de la consommation annuelle de cigarettes par habitant - comme l'indique la ligne continue. Il y a eu une baisse marquée près du côté gauche du graphique. C'est au moment où le gouvernement a changé sa politique, abaissant les taxes, de sorte que le prix a baissé et la consommation a augmenté proportionnellement. On a constaté un effet analogue lorsque la politique a changé de nouveau. Des graphiques identiques sont disponibles pour le Canada en ce qui concerne l'effet du prix de l'alcool sur le taux de décès par suite d'une cirrhose alcoolique.

De même, lorsque l'âge légal pour consommer des boissons alcooliques a été ramené de 21 ans à 19 ans en Ontario et dans la plupart des autres provinces ainsi que dans certains États des États-Unis, il y a eu une augmentation marquée du pourcentage d'accidents causés par des jeunes de 16 à 18 ans qui conduisaient en état d'ébriété. Cela signifie que lorsque la loi stipulait qu'on ne pouvait pas consommer d'alcool avant d'avoir 21 ans, les jeunes de 16 à 18 ans ne buvaient pas beaucoup. Lorsque la loi a dit qu'on le pouvait à 19 ans, les jeunes de 16 à 18 ans buvaient beaucoup plus et conduisaient en état d'ébriété.

Bien que les mesures de contrôle soient loin d'être parfaites, elles ont tout de même un effet. Il n'y a pas tellement d'indices montrant que l'action éducative donne des résultats, car on a eu des programmes intensifs de sensibilisation et pourtant, le niveau de consommation du cannabis au Canada, comme aux États-Unis, a connu des fluctuations au cours des ans, sans qu'il y ait un lien véritable avec les campagnes d'information. Le phénomène reflète probablement bien davantage les modes passagères que suivent les adolescents. Cependant, le consensus social constitue un facteur beaucoup plus puissant que les campagnes officielles de sensibilisation et l'effet sur le tabagisme dans notre pays actuellement en est un bon exemple.

Le problème vient de ce que toutes les mesures de contrôle comportent des coûts autant que des avantages. Par conséquent, lorsqu'on adopte une politique, surtout en ce qui concerne l'utilisation des drogues à des fins non médicales, il faut tenir compte des coûts et des avantages de la consommation des drogues en question et des mesures prises pour en contrôler la consommation. Les deux comportent des coûts et des avantages. Pour pouvoir mettre en parallèle les coûts et les avantages, il faut disposer de toutes sortes de données qui soient exactes et concrètes. Quel est le niveau de consommation? Dans quelle mesure connaissons-nous les diverses conséquences et le rapport avec le niveau de consommation? Que vaut l'image que nous avons de l'ampleur du préjudice ou de l'ampleur des avantages?

Il faut tenir compte aussi des valeurs, des traditions et des croyances de la société en général. Lorsqu'on juge les coûts et les avantages, les systèmes de valeurs influencent notre définition de ces termes. Ce qui est un coût pour une personne peut paraître un avantage pour une autre, et vice versa.

La diapositive suivante montre ce que j'entends par la variété de facteurs dont il faut tenir compte. Les éléments à considérer comme des coûts sont dans les deux carrés à gauche et ceux qui sont considérés comme des avantages sont dans les deux carrés à droite. La ligne supérieure représente les coûts et les avantagesde l'utilisation d'une drogue, et les deux lignes inférieures représentent les coûts et les avantages des mesures pour en contrôler la consommation.

Vous pouvez voir qu'il existe plusieurs sortes de coûts et d'avantages. Il y a des coûts financiers et des avantages financiers. La fabrication des médicaments représente de grosses affaires. Elle produit des emplois, des revenus, des impôts et ainsi de suite. L'alcool et le tabac génèrent beaucoup de recettes. On pourrait soutenir que la légalisation du cannabis fournirait au gouvernement une nouvelle source de recettes.

D'un autre côté, l'accroissement de la consommation qu'amène une plus grande accessibilité, un prix inférieur et la légalisation entraîne une augmentation du total des effets nuisibles. Il faut donc tenir compte des coûts financiers du fardeau supplémentaire pour le secteur des soins de santé. Il faut tenir compte des coûts et des avantages abstraits. Pour ceux qui sont en faveur de la légalisation, l'avantage réside dans une plus grande liberté - c'est-à-dire moins d'ingérence de la part du gouvernement qui cherche à réglementer ce qu'ils estiment devoir être un choix personnel. Ceux qui s'opposent à la légalisation disent que le coût sur le plan théorique est la désunion dans la société - un type de société qui donne la liberté de faire quelque chose que la majorité des gens peuvent ne pas estimer être de bonne. Alors il faut déterminer si la liberté est tellement importante qu'elle l'emporte sur les attitudes, les croyances et les voeux de la majorité, ou si elle doit être assujettie au contrôle des attitudes, des valeurs et des voeux de la majorité des citoyens.

On peut dire la même chose des mesures de contrôle. Il y a des coûts monétaires et des coûts en matière de préjudice causé aux personnes condamnées pour possession de marijuana ou d'autres drogues; il y a préjudice dans l'imposition de peinesd'emprisonnement et dans la réduction de l'employabilitésubséquente ainsi que sur le plan des possibilités de voyage à l'étranger, et ainsi de suite. Il y a dans tout cela des jugements de valeur. Par conséquent, ce n'est pas un domaine dans lequel des spécialistes doivent prendre la décision. Dans une démocratie, c'est un domaine où les décisions sont prises par consensus par l'ensemble de la population.

Par conséquent, le rôle du spécialiste se limite à fournir des données exactes. Quant il s'agit de juger si des choses sont bonnes ou mauvaises, et dans quelle mesure, et de faire la part des choses, c'est une décision qui relève de la théorie politique, c'est-à-dire qu'elle doit être prise par l'ensemble de la population et ses représentants élus et nommés. Il faut estimer de la manière aussi objective que possible tous les résultats des changements qu'on pourrait apporter à la politique. Autrement dit, nous devons examiner l'équilibre coûts-avantages en vertu des mesures actuelles de contrôle et en vertu de l'ensemble des modifications proposées à ces contrôles.

Je veux maintenant discuter des effets nocifs de laconsommation du cannabis pour la santé, indépendamment de la question de la légalisation, des mesures de contrôle ou de toute autre question de cette nature, j'en parlerai simplement comme d'un sujet purement médical. Le cannabis, comme le Dr Morgan et Mme Lynch l'ont expliqué, a une longue tradition d'utilisation comme médicament dans diverses parties du monde. Utiliser à cette fin, le cannabis a toujours été pris par voie buccale, plutôt que d'être fumé.

On a apporté le cannabis en Angleterre dans les années 1840. Un extrait de cannabis a été préparé par une entreprise pharmaceutique et utilisé comme sédatif, comme tonique, pour soulager les spasmes musculaires, les crises épileptiques et la diarrhée. Il est entré dans la pharmacopée britannique et ensuite dans celle des États-Unis, et on l'a inclus dans une variété de médicaments en vente libre. On l'a utilisé à toutes ces fins en le consommant par voie orale, plutôt que de le fumer.

Après 1900, l'utilisation du cannabis a diminuéprogressivement et assez rapidement pour diverses raisons. Sa composition et sa puissance variaient trop. On ne disposait pas à cette époque des connaissances chimiques nécessaires pour opérer un dosage biologique exact, et déterminer pendant combien de temps la dose demeurait valable. En d'autres termes, la durée de conservation était trop brève. Le cannabis a été remplacé par de nouveaux composés synthétiques purs ayant une composition exacte et un dosage exact, de sorte qu'ils étaient plus puissants de manière générale et plus fiables, en ce qui concerne l'effet thérapeutique qu'on pouvait en attendre lorsqu'un médecin les prescrivait.

Quand les médicaments en vente libre ont été interdits au Canada en 1923, l'utilisation du cannabis avait presque disparu parce que les médecins constataient que ces nouveauxmédicaments étaient généralement meilleurs, plus fiables et plus faciles à contrôler pendant le cours d'un traitement. Par conséquent, lorsque les médicaments en vente libre ont été interdits, il n'y a eu essentiellement pas de protestation de la part des milieux médicaux.

On a pu avoir accès au cannabis sur ordonnance jusqu'au milieu ou à la fin des années 50, mais la consommation était si faible qu'au moment où il a disparu de la circulation, personne ne s'en est vraiment soucié parce que d'autres médicaments l'avaient presque complètement remplacé.

L'intérêt pour le cannabis comme médicament est revenu lorsque le THC pur et d'autres composés synthétiques furent découverts, de sorte que l'on a pu établir des courbes de réponses à des doses exactes. On a découvert les récepteurs et il devint possible d'adapter les médicaments en modifiant leur structure pour qu'elle s'ajuste à tel ou tel récepteur en vue de produire l'effet souhaité à des fins thérapeutiques avec le moins d'effets secondaires indésirables.

Quels sont ces effets secondaires? Je m'attarderai d'abord sur les effets aigus puis sur les effets chroniques. Les effets aigus sont ceux consécutifs à l'action d'une dose unique. Dans le système nerveux central, cela inclut une période de plusieurs heures pendant laquelle, comme M. Morgan l'a dit, le sujet est atteint de stupeur chimique. On compte, parmi les effets secondaires, une baisse du niveau d'éveil et la somnolence, qui se conjugue à la somnolence provoquée par l'alcool et autres dépresseurs du système nerveux. Parmi les autres effets secondaires, on note une altération de la mémoire à court terme, un ralentissement des réactions, une baisse de l'exactitude lors des tests et une attention moins sélective. Pour ces raisons, on peut s'attendre à ce que la capacité de conduire un véhicule soit réduite.

Une faible dose produit généralement les effets qui font que les gens prennent plaisir à fumer de la marijuana. Il s'agit d'une euphorie douce, de détente, de sociabilité accrue et d'une baisse non spécifique de l'anxiété. Toutefois, une dose élevée entraîne la mauvaise humeur, l'anxiété et la dépression. L'anxiété accrue peut aboutir à la panique ou même à une psychose toxique aiguë qui, heureusement, est de très courte durée et disparaît lorsque l'effet de la drogue se dissipe. Une dose élevée cause une altération de la coordination motrice, des mouvements mal assurés et une baisse du tonus musculaire, ce qui peut être utile du point de vue thérapeutique.

Toutefois, la même action, si elle n'a pas une fin médicale, devient nuisible. À petites doses, la perception est améliorée. Cela fait partie du plaisir. À fortes doses, la même action produit une distorsion sensorielle, des hallucinations et la psychose toxique aiguë dont j'ai déjà parlé. Cela ne se produit normalement qu'à très fortes doses chez les consommateurs inexpérimentés. Cela se voit rarement, mais arrive à l'occasion dans les salles d'urgence.

Je ne vais pas maintenant énumérer la liste des autres effets sur le système nerveux parce qu'ils traitent surtout des avantages thérapeutiques, ce pourquoi la drogue peut être bénéfique.

Elle n'a pas d'effets graves sur le système cardio-vasculaire. On constate une accélération du rythme cardiaque et uneaugmentation de la quantité de sang pompée par minute par le coeur et donc plus de travail pour le muscle cardiaque. Si le consommateur, qui se voit administrer la drogue à des fins médicales, est une personne d'âge moyen ou avancé et souffre de troubles cardio-vasculaires, on peut craindre la possibilité d'effets nocifs pour le coeur.

Je voudrais surtout parler de l'appareil respiratoire. Comme le Dr Morgan l'a dit, on observe une certaine dilatation des voies aériennes causée par TCH lorsque l'on commence à leconsommer, ce qui peut donner à penser que la drogue pourrait servir à lutter contre l'asthme. L'ennui, c'est que la fumée irrite le revêtement des voies aériennes et neutralise les bienfaits du THC. Il n'est donc pas prouvé que fumer du cannabis peut être utile dans le traitement de l'asthme, quoique le THC par d'autres voies puisse procurer des avantages.

Enfin, j'aimerais parler brièvement des effets aigus et de la conduite automobile. Le Dr Morgan a parlé de certaines études expérimentales ce matin. Un certain nombre d'études, recensées par le Dr Smiley dans le rapport du Comité sur les effets du cannabis sur la santé de l'Organisation mondiale de la santé montre un certain degré d'entente sur ce que sont les principaux effets sur la conduite automobile. Comme le Dr Morgan l'a dit, le conducteur a du mal à rester dans sa voie. Il ne manipule pas le volant avec autant de précision. Le temps de démarrage et le temps de freinage ralentissent. La recherche à vue est réduite. Autrement dit, lorsqu'on conduit, on doit être à l'affût des sources de danger des deux côtés et pas seulement devant soi. On note une baisse de la surveillance et une moins grande reconnaissance des signaux de danger. Les effets sont synergiques avec ceux de l'alcool. La seule chose favorable à propos du cannabis par rapport à l'alcool, c'est que les fumeurs de cannabis sont moins agressifs que les buveurs, de sorte qu'ils risquent moins de doubler dangereusement ou de faire de la vitesse. Il reste néanmoins que la capacité de conduite est altérée non seulement par une moins bonne direction mais aussi par une moins grande vigilance face à l'imprévu et aux sources de danger.

Je ne vais pas parler des statistiques des études sur le terrain concernant le rôle du cannabis dans les accidents de la route. Toutefois, je voudrais dire qu'un certain nombre d'études ont montré des signes de la présence du cannabis dans le sang et l'urine de gens arrêtés pour conduite avec facultés affaiblies en l'absence d'alcool. Il y en a davantage qui ont effectivement de l'alcool en combinaison avec le cannabis. Par le passé,l'interprétation donnée, c'est que le cannabis n'avait aucun effet. S'il y avait de l'alcool, le problème venait de l'alcool. J'estime personnellement qu'il s'agit d'une interprétation absurde. Si deux drogues sont en présence, les deux peuvent nuire à la conduite, les deux contribuent à l'affaiblissement des facultés.

Pour ce qui est des effets chroniques, dans le système nerveux central on constate des troubles de la mémoire, une pensée floue, la facilité verbale atténuée ainsi que des déficits d'apprentissage chez les grands consommateurs, les consommateurs chroniques. J'insiste sur le mot «grands», parce que le consommateur convivial ne présente pas, dans l'ensemble, de troubles impor tants. Pas plus que le buveur convivial. Ceux qui présentent des troubles causés par la drogue, par définition, en sont de grands consommateurs. Le fait que la majorité des consommateurs occasionnels, à petite dose, ne présentent pas de troubles, n'a rien d'étonnant. On trouvera les effets nocifs graves chez les grands consommateurs et le cannabis peut provoquer des effets nocifs sur la santé en grande quantité, tout comme l'alcool, la cocaïne, l'héroïne ou toute autre drogue.

Heureusement, les effets sur les facultés cognitives ont tendance à disparaître si le grand consommateur arrête, pour quelque raison que ce soit. Tant que la consommation dure, on observe une intoxication chronique, de l'apathie, de la confusion, del'hébétude, de la dépression et parfois de la paranoïa.

Sur la question de la dépendance, je suis en désaccord avec le Dr Morgan. La dépendance au cannabis, telle que définie selon les critères diagnostiques conventionnels de dépendance que l'on retrouve dans la dernière édition de la publication de l'American Psychiatric Association, ou son équivalent à l'Organisation mondiale de la santé, est largement attestée chez les grands consommateurs, les consommateurs réguliers. De nombreuses études montrent à présent qu'un pourcentage important de consommateurs réguliers sont dépendants. Dans certaines études australiennes de grands consommateurs de longue durée,principalement des consommateurs quotidiens pendant despériodes de 15, 17 et 20 ans, 60 p. 100 d'entre eux répondent aux critères diagnostiques de dépendance établie dans les ouvrages de référence standard.

On a constaté une tolérance. Pour l'essentiel, ce n'est pas un effet très grave, et le syndrome de sevrage physique n'est pas sévère. Néanmoins, il existe, ce qui indique une dépendance physique outre la dépendance psychologique. On peut précipiter le syndrome du sevrage en administrant un bloqueur de récepteurs, qui évincent les cannabinoïdes des récepteurs et produit donc une abstinence soudaine, tout comme l'on peut produire un syndrome aigu de sevrage à la morphine en administrant du naloxone, qui bloque l'effet de la morphine et produit un sevrage soudain.

Il y a aussi des indices - mais non des preuves - que les schizophrènes qui ont été traités, qui ont pu se réadapter et réintégrer fonctionnement la société et qui commencent ou recommencent à consommer du cannabis, risquent davantage la rechute que le contraire.

En ce qui concerne les effets sur les enfants de mères qui ont fumé du cannabis pendant la grossesse, le Dr Morgan et moi-même ne sommes pas du même avis. Cela dépend si l'on considère les éléments de preuve convaincants ou non. Pour ma part, je trouve que les éléments rassemblés par le Dr Fried avec au fil des années sont convaincants, mais n'indiquent que des effets très légers. Je ne crois pas que les effets sont marqués. Ils ne sont certainement pas graves. On craint que peut-être, d'une certaine façon, ils affaibliront la réussite scolaire de certains enfants et réduiront leurs possibilités de carrière. J'ignore si c'est le cas ou non. Il existe suffisamment d'éléments pour justifier la poursuite des travaux pour voir si cela se produit à l'âge adulte. Je suis tout à fait d'accord avec le Dr Morgan. Il faut répéter de façon distincte et à plus grande échelle ce genre d'études dans d'autres centres auprès d'autres populations pour voir s'il y a ou non une causalité.

La dernière chose dont j'aimerais parler, ce sont les effets de la forte consommation de cannabis que l'on fume sur le risque de cancer, autre point sur lequel je suis en désaccord avec le docteur Morgan. Il a déjà mentionné l'étude de la Kaiser Permanente Foundation, publiée par Sidney, et al., en 1997. LeKaiser Permanente Health Care System est l'un des régimes d'assurance-maladie à contrat qui existe aux États-Unis en vertu duquel l'employeur paie les primes de ses employés. On trouve donc dans leur registre des milliers d'assurés qui peuvent servir à des études épidémiologiques. Les auteurs ont déclaré qu'il n'y a aucun lien entre la consommation de marijuana et le cancer du poumon ou tout autre cancer. L'ennui, c'est que leur définition de consommateur de marijuana était, selon moi, absurde. Ils ont défini comme consommateurs actuels quiconque avait fumé du cannabis plus de six fois dans sa vie, ce qui, d'après moi, est une définition sans la moindre signification de consommateur actuel. Même selon cette définition, à peine 22 p. 100 de l'échantillon correspondait à des «consommateurs actuels». Dans la grande majorité des cas, il s'agissait de familles, d'employés, de personnes à charge des familles, dont beaucoup d'enfants en bas âge. Il est évident qu'un échantillon de véritables grands consommateurs chroniques était loin d'être suffisant pour établir le moindre lien avec quelque cancer que ce soit.

Ce qui est déroutant, c'est que malgré cela, ils ont constaté un lien statistique petit mais significatif entre la consommation du cannabis et le cancer de la prostate, chez l'homme, et du col de l'utérus chez la femme. Aucune justification n'a jamais été donnée. Pour moi, c'est un indice de plus que l'étude n'a pas de valeur particulière parce qu'on n'a pas défini correctement ce que l'on entend par consommateur chronique.

L'autre étude, publiée par Zhang et al. à la fin de 1999, était une étude de comparaison avec témoins dans laquelle 173 cas de cancer prouvés de la tête et du cou au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York ont été comparés à 176 sujets témoins non atteints par le cancer mais du même âge, du même sexe, de la même situation socio-économique générale, etc. On a contrôlé leur consommation de tabac, d'alcool et d'autres facteurs de risque connus. Le risque global chez les fumeurs de cannabis était 2,5 fois plus grand que chez ceux qui n'en consommaient pas. Il s'agit de tous les consommateurs de marijuana. C'était trois fois plus élevé dans le cas des plus jeunes. Toutefois, si vous additionnez fumeurs de cannabis et fumeurs de tabac, corrigés de la contribution du tabac - pour voir l'effet potentiel combiné lorsque l'on met le cannabis et le tabac ensemble - le risque était 36 fois plus grand que chez les non-consommateurs de cannabis. Le risque de la consommation du cannabis est proportionnel à la fréquence et à la durée de la consommation de la marijuana.

Ils ont tenu compte d'un certain nombre de facteursconfusionnels susceptibles de mener à de fausses conclusions. Ils ont corrigé le plus grand nombre possible de ces facteurs par des moyens statistiques pour montrer que leur choix de sujets témoins ne comportait aucun préjugé et qu'ils étaient bien représentatifs de la population en général de non-consommateurs de cannabis.

Ils ont judicieusement conclu que leur étude n'est pas la preuve que le cannabis cause le cancer. Toutefois, le facteur risque constaté est si frappant chez les double consommateurs, que celui-ci ne peut pas être écarté d'un revers de main. Il faut répéter ce genre d'étude à une plus grande échelle, dans d'autres centres et avec d'autres populations, pour déterminer si le lien est assez rapproché pour conclure à un lien de cause à effet.

En conclusion, monsieur le président, j'espère vous avoir transmis deux messages. D'abord, dans le cas de toutes les drogues, les gens ne les consommeraient pas s'ils n'y trouveraient pas leur intérêt. En revanche, toutes comportent des risques. Toutes les sociétés limitent la consommation de drogues à cause des risques. Les mesures antidrogues elles-mêmes comportent des avantages, des risques et des coûts.

C'est donc dire que pour formuler une politique sociale sur leur usage non médical, vous devez tenir compte non seulement des préjudices causés par la loi ou par la drogue, mais autant que possible de l'analyse intégrale des avantages et des coûts de la consommation de drogues et des mesures antidrogues, et de toute modification à ces mesures que vous pourrez envisager. C'est à la société toute entière de décider, et non aux experts en fonction des connaissances scientifiques.

Deuxièmement, jamais je n'affirmerai que le cannabis est la drogue la plus dangereuse qui soit. Je ne le crois pas. Toutefois, les risques sont suffisants pour être pris au sérieux. On ne peut pas affirmer qu'il s'agit d'un produit qui devrait être en vente libre sous prétexte qu'il s'agit d'une drogue sans danger. Cela n'existe pas.

Le président: Je vais maintenant inviter le Dr Morgan à s'installer à la table. Il est rare que nous puissions entendre deux experts à la fois. D'autant plus que vous ne vous entendez pas sur certains points et que vous avez de bons arguments pour et contre. C'est la raison pour laquelle nous procédons ainsi.

Dr Kalant: Je ne me décrirai pas comme un chaud partisan de la non-légalisation. Ce n'est pas le cas. Je suis partisan d'une évaluation scientifique objective ainsi que d'une décision par une société démocratique.

Le président: C'est exactement ce que nous voulons - une démarche vigoureuse vers cet objectif. À la fin, nous évaluerons la preuve scientifique et d'autres considérations.

Docteur Morgan, vouliez-vous ajouter quelque chose en réponse à l'exposé du Dr Kalant?

Dr Morgan: J'aimerais parler brièvement des points de désaccord. Je dirai d'abord que tout le monde devrait avoir pour contradicteur un polémiste aussi clair que le Dr Kalant. Lorsque l'on débat avec certains contradicteurs, il faut une demi-heure pour éclaircir leur cafouillage. Ce n'est pas le cas ici et c'est donc toujours un plaisir de débattre avec le Dr Kalant et aussi de s'entendre avec lui, car nous nous entendons sur de nombreux points.

Comme lui, je pense en effet que la consommation accrue d'alcool est associée à des taux de mortalité accrus dans la population - surtout causés par la cirrhose du foie et d'autres maladies. Là où nous ne sommes pas d'accord, c'est le lien exact entre la consommation d'alcool et la Prohibition, aux États-Unis en tout cas. Je serai heureux de remettre au comité mon étude sur les niveaux de consommation d'alcool après la Prohibition et sur ce qui est vraiment arrivé. Je vous fournirai également des copies des études de Jeffrey Miron, économiste à l'Université de Boston.

Je crois que la consommation d'alcool aux États-Unis a commencé à baisser bien avant la prohibition officieuse de 1916; de fait, elle avait commencé à baisser dès le début du siècle. Vous avez remarqué les données du Dr Kalant, qui montrent que la cirrhose du foie a en fait augmenté légèrement pendant la Prohibition. Je crois qu'il s'agit pour l'essentiel de données propres aux États-Unis. Il est difficile d'affirmer que la Prohibition a été efficace, et pourtant les niveaux de cirrhose du foie ont augmenté pendant la Prohibition. Il y a une bonne explication à cela.

Aux États-Unis, la Prohibition a été efficace contre la bière, pas contre les alcools comme le whisky. Évidemment, ce que les Canadiens ont passé en contrebande aux États-Unis, l'une des sources illégales d'alcool pendant la Prohibition, c'était des spiritueux. Les Canadiens n'ont pas fait la contrebande de bière. Les fabricants de boissons aux États-Unis n'ont pas fait la promotion de la bière. En réalité, je crois - et Miron est d'accord avec moi - que la consommation d'alcool a sans doute augmenté pendant la Prohibition aux États-Unis. Voilà qui en illustre les dangers: l'augmentation du taux de cirrhose.

Je rappellerai également que l'étude de Miron dit qu'à partir de la fin de la Prohibition en 1930, jusqu'en 1942, il n'y a eu aucun signe d'augmentation de consommation aux États-Unis. La consommation a recommencé à monter au début de la Deuxième Guerre mondiale. La fin de la Prohibition a donc eu des effets minimes sur la consommation. C'est évidemment parce que le consommateur n'a pas cessé de consommer pendant laProhibition.

Nous ne nous entendons pas sur les raisons qui expliquent ces changements et à quels facteurs ils sont associés. On s'entend pour dire que l'alcool est dangereux à dose élevée, même à des doses que beaucoup d'entre nous ne considérons pas élevées.

La toxicité du cannabis est bien inférieure à celle de l'alcool. Même si l'on pouvait prouver que des lois strictes influent sur la consommation de cannabis et que la consommation augmente au Canada et aux États-Unis lorsque nous assouplissons la loi, je ne me ferai pas trop de souci étant donné la faible toxicité du cannabis, facteur important.

Le Dr Kalant a dit qu'il y a des études qui montrent que les grands consommateurs chroniques ont des troubles cognitifs et une altération des facultés mentales. C'est vrai; il y a trois ou quatre études. La plupart d'entre elles portent sur un nombre relativement réduit de grands consommateurs chroniques. Le dilemme ici, c'est que toutes ces études portent sur un nombre relativement petit de sujets et la quasi-totalité des grands consommateurs chroniques de cannabis ont d'autres habitudes qui peuvent avoir contribué à leur situation. Par exemple, ils sont en grande mesure de grands consommateurs chroniques d'alcool. De même ils font une forte consommation de cigarettes.

Il est difficile de séparer les troubles cognitifs chez eux et les études qui montrent une altération cognitive chez les grands consommateurs chroniques. Je rappellerai également que dans une des études les plus souvent citées, lorsque l'on exclut les femmes du groupe des grands consommateurs, les distinctionsdisparaissent. Cela signifie que ce sont les hommes qui contribuent le plus aux problèmes et qui sont les plus déviants. Ce sont eux qui étaient les plus gros consommateurs de cannabis et les plus gros fumeurs.

Il y a une étude que je connais et que le Dr Kalant conteste, où un grand groupe de gens a subi des tests des facultés mentales pour un autre projet. C'était dans la région de Baltimore. On s'est aperçu quelques années plus tard qu'un sous-groupe d'entre eux avait subi un test de faculté cognitive. Il s'agit d'une étude publiée par le Dr James Anthony et d'autres et qui travaillaient en épidémiologie à Johns Hopkins. Ils ont constaté qu'il n'y avait aucun déclin des facultés cognitives, dans ce test, par rapport à l'usage du cannabis. C'est une étude à grande échelle. Même si elle n'avait pas été conçue pour tester la consommation de cannabis, elle a montré, au moins en ce qui concerne ce test de fonction mentale, qu'il n'y avait pas de déclin même chez les relativement grands consommateurs de cannabis.

En ce qui concerne la dépendance au cannabis, encore une fois, le Dr Kalant est tout ce qu'il y a de plus honnête. Vos attachés de recherche devraient vous obtenir une copie de DSM-4 - le Diagnostic and Statistical Manual de l'American Psychiatric Association - et prendre connaissance des sept critères qui font de vous un «dépendant» dès que l'on répond oui à quatredes questions. Ce sont essentiellement des phénomènescomportementaux: «J'en consomme plus que je veux»; «Je n'aime pas m'arrêter»; «Je devrais sans doute arrêter.» Ce sont des critères comportementaux qui ne sont pas du tout scientifi ques.

Je vous signale en guise de mise en garde que la dépendance au cannabis est une maladie qui est de plus en plus fréquente aux États-Unis parce que le nombre de médecins qui se spécialisent en toxicomanie augmente en nombre.

Il y a quelques années, lorsque j'ai participé à la création de la Addiction Medicine Society - une erreur dont je me repens - relativement peu de médecins se spécialisaient dans latoxicomanie aux États-Unis. Il y en a aujourd'hui 4 000. Certains de ces hommes et de ces femmes sont d'excellentes personnes qui traitent des alcooliques et des héroïnomanes profonds. Il faut maintenant remplir leurs salles d'attente avec des toxicomanes. Et c'est chez les consommateurs de cannabis qu'on les trouve.

Parmi les consommateurs hebdomadaires de drogues aux États-Unis, c'est-à-dire les consommateurs actuels... Legouvernement en dénombre environ 15 millions, dont 13 millions consomment du cannabis. Il n'y aurait pas d'industrie de dépistage de drogues aux États-Unis en l'absence de lois contre le cannabis. Il n'y aurait pas de rapports fréquents de dépendance au cannabis, à mon avis, si l'on avait pas besoin des gens dépendants du cannabis.

Je suis un peu méchant, j'en conviens. Il reste néanmoins que les gens peuvent effectivement devenir dépendants. Le cannabis est une drogue qui diminue l'anxiété et procure de l'euphorie. Il y a des gens pour qui la moindre quantité est déjà trop. Certains consommateurs correspondront à n'importe quelle définition de grande dépendance.

Nous nous entendons sur le fait que le syndrome de sevrage, s'il existe, est faible. Le Dr Kalant a dit que l'on pouvait précipiter le sevrage en administrant un bloqueur de récepteurs du cannabis. Il ne s'agit que d'études sur des animaux; aucune étude sur les humains ne montre la précipitation du sevrage en administrant un bloqueur de cannabis à des humains. Cela peut se produire, mais on ne l'a pas encore démontré.

Je conviens que le cannabis altère les fonctions nécessaires àla conduite automobile. Je vous appuierai quand vousrecommanderez un ensemble de lois contre la conduite sous l'influence de cannabis, une fois que vous l'aurez légalisé. C'est une excellente idée. La seule façon dont cela se fera c'est s'il y a des restrictions rigoureuses contre la conduite. Je suis pour. Même si je ne crois pas que le cannabis y soit pour beaucoup dans les mutilations et la mort sur nos routes. Je ne crois pas qu'il y ait des chiffres pour le montrer.

On a évoqué la question du cancer à cause des études de Zhang sur le cancer de la tête et du cou que le Dr Kalant vous a décrites avec minutie. Il est intéressant de constater qu'il n'y a toujours pas d'indices d'augmentation du cancer du poumon chez les fumeurs de cannabis. Il se pourrait qu'il y ait une augmentation du cancer de la tête et du cou et cela fait problème. Toutefois, chose intéressante, la plupart des études qui examinent les effets du delta-9-THC sur la propagation du cancer montre que, dans l'ensemble, celui-ci est un inhibiteur.

Une étude publiée récemment - que le gouvernement des États-Unis a conservée longtemps dans ses dossiers - montre que les rats régulièrement traités au cannabis présentaient un degré inférieur d'un certain type de cancer que l'on retrouvecommunément chez les rats âgés.

La dernière chose à propos de l'étude de Zhang c'est qu'elle ne prouve certainement pas que les fumeurs de cannabis contractent le cancer de la tête et du cou. Ce que cela prouve, c'est que les fumeurs contractent le cancer de la tête et du cou. Je ne crois pas que Zhang ait pu suffisamment la consommation du tabac et la consommation du cannabis dans son groupe. Ce que cette étude révèle, c'est une légère augmentation du cancer de la tête et du cou chez les fumeurs. Il se peut que le cannabis y ait contribué; je ne pense pas que l'étude le montre.

En résumé, mon ami et collègue le Dr Kalant et moi-même nous entendons sur certains points et sommes en désaccord sur certains autres. Le cannabis est une drogue à relativement faible toxicité. La plupart des choses qui préoccupent le Dr Kalant ne justifient pas qu'on craigne de s'engager à réformer la politique sur les drogues.

À forte dose, beaucoup de drogues sont dangereuses. L'alcool à forte dose est particulièrement dangereux. Évidemment, le cannabis est une drogue qui comporte certains effets nocifs; c'est le cas de toutes les drogues. Toutefois, les effets nocifs qu'entraîne la consommation de cannabis, même une forte dose, ne sont pas assez graves pour continuer à agir comme nous l'avons fait jusqu'à présent.

M. Kalant: Encore une fois, j'invite les sénateurs à examiner le diagramme. Je ne pense pas que quiconque puisse mettre en doute le taux de mortalité par cirrhose du foie avant le début et la remontée en flèche après la Prohibition. Affirmer qu'une ligne est le prolongement de l'autre va à l'encontre du bon sens.

Le président: Vous essayez d'établir le fait que vous vous concentrez sur le taux de mortalité causé par la consommation d'alcool.

M. Kalant: C'est juste.

Le président: Vous ne laissez sûrement pas entendre que tous les taux de mortalité ou que tous les décès reliés à la consommation d'alcool ont baissé pendant la période à cause de la Prohibition.

M. Kalant: Non, ce que je dis, c'est que le taux de mortalité causé par la cirrhose du foie a été étudié à fond comme indicateur de l'ampleur de la consommation. Certaines choses ont diminué en parallèle. Le taux de mortalité causée par les accidents de la route attribuables à l'état d'ébriété en général a lui aussi baissé. Il existe une étude américaine sur les taux avant et après le changement des lois, qui ont montré des signes semblables de réduction du taux de mortalité des accidents reliés à l'alcool lorsque la facilité d'accès a été réduite et que les heures de vente ont été raccourcies.

Certaines mesures de contrôle sont efficaces. Elles n'empê chent pas totalement la consommation d'alcool, mais elles parviennent effectivement à la réduire. J'ai lu le manuscrit de l'étude dont parlait le Dr Morgan. Je ne pense pas qu'elle ait été publiée, mais j'en ai vu un exemplaire avant publication. Si l'on considère le taux de décès pendant la Prohibition, on ne constate pratiquement aucune différence entre l'inclinaison de cette courbe etl'horizontale.

On ne constate aucune différence dans le taux de décès par cirrhose pendant cette période. Le Dr Miron en vient à la conclusion qu'il y a eu augmentation après avoir formulé un certain nombre d'hypothèses concernant la modification de la population consommatrice d'alcool à cause des jeunes qui ont été envoyés à la guerre. Il y aurait donc une différence dans la composition démographique de la population consommatrice d'alcool, et cetera.

Si l'on s'en tient aux faits, il n'y a aucune augmentation de la mortalité imputable à la cirrhose pendant cette période. On note une augmentation par la suite. Elle n'est pas aussi rapide que la diminution, parce qu'on était alors au plus sombre de la Dépression et que le prix de l'alcool intervenait également comme facteur de contrôle.

Le Dr Morgan a parlé de l'étude de Baltimore. Il a raison. Je conteste les conclusions de cette étude. Elle a été réalisée dans la région de Baltimore et portait sur des personnes de différents âges, sur lesquelles on a effectué des études quelques années plus tard. Les auteurs de l'étude cherchaient des preuves de modifica tion des facultés cognitives. Ils n'ont trouvé aucun effet du cannabis dans le taux de perte des facultés mentales. Le problème, c'est qu'ils ont perdu la plupart de leurs jeunes consommateurs chroniques de cannabis, ce qui n'est pas surprenant, car les gros consommateurs présentent généralement d'autres formes de déviance; ils manquent de stabilité sociale, ils se déplacent et on ne les retrouve plus. Par conséquent, il est impossible de connaître les effets du cannabis sur les facultés cognitives de cette population.

Le président: Sur une échelle de 1 à 100, quelle est la proportion des utilisateurs chroniques?

Dr Kalant: Quel est le pourcentage des utilisateurs chroni ques? Il est difficile de trouver des chiffres fiables à ce sujet. Tout dépend de la définition de l'utilisateur chronique et des quantités consommées.

En pourcentage de l'ensemble des utilisateurs, les gros consommateurs représentent à peu près la même proportion que les gros buveurs parmi l'ensemble des gens qui consomment de l'alcool, c'est-à-dire plus ou moins 5 p. 100. Par rapport à l'ensemble de la population, leur proportion est inférieure, car un plus faible pourcentage de la population consomme du cannabis.

Je suis aussi d'accord avec le Dr Morgan sur son troisième argument concernant les critères de dépendance. Dans le DSM-4 ou dans l'ICD-10 de l'Organisation mondiale de la santé, ce sont des critères de comportement, mais cela n'a rien détonnant puisque la toxicomanie ou la dépendance sont des phénomènes de comportement. Il peut y avoir ou non tolérance et dépendance physique. Ce qui définit véritablement la dépendance, c'est l'obsession d'utilisation constante, les dimensions que prennent l'obtention et l'utilisation de la substance dans la vie de l'utilisateur, la difficulté d'arrêter la consommation et, en cas d'arrêt, la difficulté de ne pas la reprendre, ainsi que le taux de rechute.

Il n'est donc pas étonnant qu'on ait recours à des critères de comportement. Mais surtout, ce sont les mêmes critères que ceux qu'on utilise pour définir la dépendance à l'héroïne, à l'alcool à la cocaïne ou à toute autre substance. Si l'on critique ces critères dans le cas du cannabis, il faut aussi les critiquer dans le cas des autres drogues. L'important, c'est de savoir si leur effet est différent selon qu'on les applique au cannabis ou à d'autres drogues.

Le sevrage hâtif est effectivement une réaction très modeste. Mais ce n'est pas l'important. L'important, c'est que la réaction de sevrage disparaît si la personne reprend du cannabis. Lorsqu'on parle de définition et que l'on définit la dépendance physique comme l'apparition d'une réaction de sevrage lorsque la personne cesse de consommer, c'est une simple réaction qui n'a rien de dramatique. Je n'y attache guère d'importance. Je dis simplement que le cannabis peut engendrer une dépendance de nature à la fois physique et psychologique.

En dernier lieu, à propos du THC et du cancer, je suis d'accord pour dire que le THC n'est pas la cause du risque de cancer que peut présenter le cannabis. C'est le fait de fumer. C'est pourquoi il n'est pas recommandé pour administrer ce médicament à des fins médicales en le fumant. Ceci est d'autant plus vrai s'il s'agit du traitement d'une maladie chronique, auquel cas il faudrait fumer à long terme. Les risques seraient plus élevés dans le cas d'une maladie comme le glaucome, pour lequel, comme le Dr Morgan et Mme Lynch l'ont dit, il faudrait que le patient prennele médicament huit ou 10 fois par jour afin de garder continuellement la pression du globe oculaire pour empêcher l'oeil de s'abîmer davantage. Nous sommes tout à fait d'accord: le THC n'est pas un agent cancérogène, mais la fumée en est un.

Le sénateur Banks: À propos de l'étude que vous avez citée et qui démontrait que le risque était 36 fois plus élevé, je vous saurais gré d'envoyer des renseignements généraux au greffier du comité.

Dr Kalant: Je n'ai pas mis de renvois dans mon document d'information car ils sont tous dans le livre.

Le sénateur Banks: Je vous saurais gré de le faire.

Dr Kalant: Je le ferais volontiers.

Le sénateur Banks: Ces chiffres et attributions, c'est du nouveau pour nous. Quelle était la taille de l'échantillon?

Dr Kalant: Il y avait 173 cas de cancer de la tête et du cou, et 176 cas témoins appariés.

Le sénateur Banks: Vous avez également parlé du cancer du col utérin et du cancer de la prostate?

Dr Kalant: Il s'agissait de l'étude Kaiser Permanente à laquelle 65 000 personnes ont participé.

Le sénateur Banks: Vous avez soulevé la question de l'usage médicinal comme motif raisonnable de permettre quelque chose, sans qu'on l'autorise à d'autres fins. Il en irait de même pour l'alcool - la fameuse blague de la morsure du serpent.

Vous avez dit avec justesse que les questions entraînant des répercussions sociales ne doivent pas être tranchées que par les experts - qui qu'ils soient - mais par les gens, puisque cela touche tout le monde, et que personne n'est, pour ce qui est des gens touchés, forcément plus expert que toute autre personne. Pensez-vous que c'est fondamentalement mal de rechercher des plaisirs personnels?

Dr Kalant: Non. Sans cela, la vie serait bien triste.

Le sénateur Banks: Imaginez une situation hypothétique dans laquelle les drogues, aux fins tant récréatives que médicinales, étaient strictement contrôlées - peut-être même plus que l'alcool en Ontario - est-ce que ce serait acceptable?

Dr Kalant: Je ne peux répondre que par une opinion personnelle, et non par une opinion d'expert.

Le sénateur Banks: Juste une opinion personnelle.

Dr Kalant: Oui, si l'application des mesures de contrôle se révèle équitable, honnête et efficace, certainement. Je n'ai pas de parti pris inhérent contre l'usage récréatif du cannabis.

J'ai déjà dit que si on partait de zéro et qu'on disait que notre société avait besoin d'un bon soma du roman Le meilleur des mondes - d'une bonne drogue pour rendre les gens heureux - laquelle choisirait-on? Cela ne me surprendrait pas qu'on choisisse le cannabis. Il se peut fort bien que les dommages nets soient inférieurs à ceux de l'alcool.

Or, on ne part pas de zéro. Nous avons déjà l'alcool, le tabac, une gamme d'autres drogues, dont certaines sont licites et d'autres sont illicites. Comme le Dr Morgan l'a dit, les plus grands consommateurs du cannabis sont également de grands consomma teurs d'alcool, de tabac et de diverses autres substances. La question est donc de savoir si nous voulons en ajouter une ou non. Si oui, est-ce que le fait d'ajouter une drogue au nombre de celles qu'on utilise déjà va accroître les dommages plus que si nous ne le faisions pas?

C'est le genre de question pour laquelle nous n'avons pas encore de données épidémiologiques suffisantes concernant tous les dommages, en partie à cause, je l'avoue, du statut illégal du cannabis. Il est plus facile de recueillir des données concernant une drogue légale, ses conséquences et l'importance de sa consommation que pour une drogue illégale. C'est donc un dilemme: c'est illégal, donc on ne peut pas préciser tous les dommages, mais ensuite on dit qu'on ne devrait pas la légaliser puisqu'on risquerait ainsi d'augmenter les dommages. Nous ne le savons pas.

Il faut voir cela sous un vaste angle philosophique plutôt que de se concentrer sur le cannabis isolément. La meilleure réponse que je puisse donner à votre question est ceci: je n'y verrais pas d'objection si l'on pouvait démontrer qu'un contrôle prudent n'entraînait qu'une faible augmentation de la consommation et aucun changement des attitudes du public à l'égard de ce qui constitue un comportement admissible ou acceptable.

Le sénateur Banks: Je suis sûr que vous seriez d'accord si le changement des attitudes du public était tel que l'usage du cannabis était perçu par le public comme étant moins acceptable, moins cool, moins sage, moins intéressant.

Dr Kalant: En fait, les attitudes du public n'ont pratiquement rien à y voir. Il s'agissait d'un soi-disant expert qui a modifié la loi presque tout seul, sans que le public en soit bien au courant ou qu'il y en ait eu beaucoup de débats publics. Emily Murphy a écrit un livre tout aussi erroné et malavisé que le film Reefer Madness. L'usage récréatif de cette drogue au Canada n'était pas important à l'époque. On n'en savait pas grand-chose. Les gens disaient: si on dit que c'est mauvais, ce doit être mauvais, et il faut donc l'inclure dans la liste des drogues prohibées. On n'a pas cherché à examiner soigneusement les preuves et les risques découlant de la disponibilité ou de l'interdiction du cannabis.

Je reconnais avec la commission Le Dain, entre autres, que la décision d'en faire une infraction pénale a sans doute, à sa façon, fait plus de mal que si on avait laissé le cannabis à l'époque à l'usage des quelques consommateurs - surtout dans le milieu de la musique pop. Or, ce qui est fait est fait. Il faut se pencher sur ce qui existe aujourd'hui, et non sur ce qu'il y avait il y a 60 ans.

Le sénateur Banks: Si la société décidait d'atténuer les peines ou d'amoindrir les chances d'une peine d'emprisonnement pour le cannabis, est-ce qu'on ajouterait effectivement un autre niveau d'abus potentiel? Je vous demande ceci dans le contexte de l'accès illimité qu'ont les gens au cannabis. Vous savez combien il est à portée de la main, j'en suis sûr.

Dr Kalant: Effectivement, on s'en procure facilement. Pourtant, l'accès n'est pas illimité. Si le cannabis devenait légal et pas cher, l'un des arguments en faveur de la légalisation c'est qu'on éliminerait le marché noir. Cela ne ferait disparaître le marché noir que si le cannabis coûtait moins cher que sur le marché noir. Si c'est moins cher et disponible légalement, et donc, par définition, socialement acceptable, je suis sûr qu'il y aurait une très nette augmentation de la consommation. Par conséquent, il y aurait une augmentation importante des effets néfastes. Si on fait abstraction de la situation juridique, et qu'on me demande tout simplement si je suis d'avis qu'on ne devrait pas mettre les enfants en prison pour possession de marijuana, pour ma part, je suis d'accord. Je ne pense pas qu'on devrait mettre les gens en prison pour possession de petites quantités réservées à la consommation personnelle.

D'aucuns ne sont pas d'accord avec moi et disent qu'on peut éviter l'emprisonnement autrement que par la décriminalisation officielle. En référence au programme de déjudiciarisation à Toronto, par exemple, en vertu duquel les contrevenants sont soignés plutôt que poursuivis, entre autres, on prétend qu'ils'agit d'une autre façon d'empêcher les jeunes de consommer excessivement sans encourir de peines juridiques. Je n'ai pas vu de données concernant l'efficacité de ce programme. Jem'abstiens donc de faire des observations là-dessus.

Le sénateur Banks: On ne met pas beaucoup de gens en prison pour simple possession.

Dr Kalant: Non.

Le sénateur Banks: Cependant, assez souvent, on les déclare coupables d'une infraction au Code criminel pour simple possession. Cette condamnation dure toute la vie à moins qu'elle ne soit radiée.

J'aimerais faire une suggestion, et je vous demande votre avis. Vous avez laissé entendre qu'il serait très difficile de changer l'opinion publique dans sens comme dans l'autre. Je vais maintenant parler de l'usage du tabac, une dépendance tout au moins aussi insidieuse et terrible que tout autre, et qui tue davantage de gens.

À Terre-Neuve, le nombre de jeunes fumeurs papillonne autour de 30 p. 100, comme c'était le cas en Californie il n'y a pas si longtemps. Toutefois, en Californie, le gouvernement a entrepris une vaste campagne publicitaire, pour parler franc - du marketing ingénieux et bien fait, non seulement de la publicité mais aussi un programme de marketing détaillé et complet - afin de réduire le nombre de jeunes fumeurs à 6,9 p. 100. On y est parvenu en convainquant le public cible - le jeunes - que même s'ils peuvent légalement se procurer cette substance dans un magasin, ou illégalement ailleurs, même si leurs parents peuvent le faire et même si cela peut paraître cool dans les films, fumer est tout à fait stupide et pas cool pour toutes les raisons suivantes. Ce programme est une réussite.

Advenant qu'on légalise le cannabis, pensez-vous qu'on pourrait faire de même pour le cannabis, l'alcool et toute autre substance que nous jugeons mauvaise?

Dr Kalant: J'aimerais que ce soit le cas, oui. J'aimerais que ce soit ainsi.

Le sénateur Banks: Mais il en est ainsi.

Dr Kalant: Je n'ai pas vu de rapport sur le programme californien ni sur le fondement de l'analyse de ce programme. Je ne saurais donc le commenter. Les études qui ont été menées sur les effets des programmes éducatifs chez les étudiants d'écoles secondaires au Canada, par exemple, ou en Australie et dans les territoires du Nord, indiquent que ces programmes ne sont pas très efficaces.

Le sénateur Banks: Oui. Excusez-moi de vous interrompre. Je ne parle pas d'un programme éducatif. Vous avez raison: Ça ne marche pas. Je parle d'un programme détaillé et complet, dont l'éducation fait partie, mais n'en fait qu'une partie. Vous avez tout à fait raison, les programmes éducatifs en soi ne marchent pas.

Le programme détaillé et complet dont je parle a marché en Californie à notre satisfaction, et un programme éducatif en Orégon a été un échec total. Vous avez tout à fait raison là-dessus. Moi, je parle de quelque chose de beaucoup plus vaste.

Dr Kalant: Je peux vous dire que j'ai déjà fantasmé sur un programme semblable. Si seulement je pouvais le réaliser. Il s'agirait d'un bébé en couche, un biberon à la main, et à ses côtés, il y aurait un adolescent tenant une bouteille de bière à la main, et on pourrait lire, «Alors, c'est ça grandir?» Je ne sais pas si cela marcherait.

Dr Morgan: J'aimerais signaler qu'aux États-Unis, on a entrepris un programme complet de vulgarisation au milieu des années 80. On peut le qualifier d'un programme plus qu'éducatif. Premièrement, on a commencé par demander aux écoliers de la maternelle à la sixième année de scander des slogans. Il y avait des slogans antidrogues sur leurs livres scolaires, cassettes vidéo et tablettes de chocolat. Tous les Américains se sont élevés devant les caméras contre l'usage des drogues, notamment la marijuana. Je considère toute cette intervention-là comme une expérience sociale étrange et bizarre, et qui demeure non évaluée.

Évidemment, à l'époque, la consommation de drogues était toujours en baisse aux États-Unis par rapport au sommet atteint en 1979. Pendant que ces programmes-là étaient en vigueur, la consommation de drogues s'était stabilisée, et maintenant elle est en train de remonter. Que je puisse en juger, ces programmes globaux - et j'ignore les données californiennes - sont des expériences bizarres qui ont peut-être fait grande sensation et encouragé les jeunes à consommer les drogues. Je ne vois aucune raison de répéter ces choses-là sans mener un examen très attentif.

Le dilemme, c'est que personne ne veut les évaluer sérieuse ment. Pourquoi? Parce qu'ils font partie d'une croisade. «J'ai le droit de dire ces choses et je me sens merveilleusement bien. Vous me dites que ça ne marche pas, mais je me sens merveilleusement bien.» Lorsque nous avons dit à tous les agents du programme DARE aux États-Unis que le programme n'était pas bon, ils ont dit qu'ils l'aimaient, donc ils ont continué à le faire.

Le sénateur Banks: Nous sommes persuadés que le program me californien a bel et bien marché. Nous nous fions à l'évaluation faite surtout par les Centers for Disease Control à Atlanta. Ils l'ont examiné et nous ont persuadés qu'il a bel et bien marché. Cela allait beaucoup plus loin que l'éducation et la publicité.

Le président: Docteur Kalant, dans votre mémoire, que j'ai lu attentivement, vous dites à la page 5:

[...] afin de minimiser la fréquence et la gravité des dommages, toutes les sociétés imposent divers types de contrôle sur le niveau de consommation.

Votre information semble indiquer que les contrôles sociétaux sont rationnels et fondés sur une évaluation du tort causé. Est-ce votre interprétation?

Dr Kalant: Ce que je voulais dire par là, c'est que toutes les sociétés savent que les drogues de divers types peuvent causer un tort et elles ont donc mis en oeuvre des mesures visant à limiter ces dommages. Je ne dirais pas que ce sont des mesures rationnelles et bien considérées. Dans l'ensemble, il s'agit plutôt de réactions à des crises.

Je soutiens qu'afin de le faire raisonnablement, il faut deux choses: une analyse rationnelle des risques et des avantages - soit une analyse coûts-avantages - et un jugement de valeur qui trouve le juste milieu entre les coûts et les avantages ou les mesures de contrôle afin d'arriver aux avantages optimaux pour le risque minimum.

À partir de là, ce n'est plus rationnel. Dès qu'il s'agit de valeurs, on ne saurait se fonder purement sur des motifs objectifs. Il faut tenir compte des traditions, des valeurs, et des attitudes d'une société donnée à un moment donné.

Le président: Si nous remontons à 1923, une telle démarche rationnelle, avec une analyse des préjudices, des coûts et des risques, n'a pas été faite.

Dr Kalant: Non. En général, par le passé, cela n'a pas été fait. Or, on s'y intéresse de plus en plus.

Le président: Après coup.

Dr Kalant: Des économistes de la santé de diverses sortes ont examiné diverses mesures en vue d'en évaluer les conséquences: les coûts de la consommation de drogues, les coûts des mesures de contrôle, etc. L'examen est loin d'être exhaustif, et il n'est certes pas assez poussé pour convaincre la population qu'il existe un fondement rationnel à quelque réorientation que l'on propose.

Le président: Maintenant que nous examinons nos politiques actuelles et que nous écoutons votre témoignage ainsi que ceux de vos collègues, je sais que je simplifie, mais est-ce que le cancer constitue le véritable problème?

Dr Kalant: Non, ce n'est que l'un des problèmes. Même si le Dr Morgan et moi ne sommes pas du même avis quant au degré, nous sommes tous les deux d'accord que l'effet temporaire de l'ivresse aiguë constitue un problème qu'il faut évaluer. Il est dangereux de conduire ou de faire fonctionner une machine susceptible de présenter un danger lorsqu'on a consommé des substances intoxicantes.

Le président: La liste des problèmes, notamment le cancer et la conduite. Est-ce que cela nous amène raisonnablement à conclure que l'interdiction est la bonne façon de contrôler la marijuana?

Dr Kalant: Peu importe les effets néfastes dont vous tenez compte. Aucun d'entre eux en soi ne persuaderait ou ne devrait persuader quiconque que l'interdiction constitue la meilleure façon de le faire. Ce dont on a besoin, d'abord, c'est une évaluation de tous les effets néfastes potentiels. Combien d'entre eux sont présents aux niveaux actuels de consommation? Quels coûts cela représente-t-il pour la société? Quels coûts l'interdic tion représente-t-elle pour la société? Ensuite, la question est de savoir si les avantages l'emportent sur les torts, avec ou sans interdiction. Sinon, y a-t-il un autre système de contrôle qui permettrait d'éviter les inconvénients de l'interdiction tout en permettant de contrôler le niveau de consommation, et donc de contrôler les risques?

Voilà pourquoi il faut examiner toutes les autres mesures de contrôle possibles pour voir si elles permettront d'atteindre les mêmes objectifs que l'interdiction, ou de faire mieux à un coût moindre. Tout cela pour dire qu'il faut une analyse coûts-avantages non seulement pour ce que nous avons déjà, mais aussi pour tout ce que nous pourrions avoir comme solution de rechange.

Dr Morgan: Je ne m'oppose pas aux mesures de contrôle réglementaires, officieuses et à caractère non pénal. Je serais ouvert aux arguments de ceux qui soutiennent que les commerces devraient fermer plus tôt et qu'on devrait augmenter les prix. Je serais ouvert aux arguments concernant diverses questions portant sur la réduction de l'accès aux substances dangereuses. Cepen dant, je ne suis pas persuadé de l'utilité de l'interdiction même à l'égard des dangers manifestes.

La question du danger est importante. La discussion que nous avons eue ici aujourd'hui concernant les dangers du cannabis est extrêmement importante. Or, si je me suis trompé et que le cannabis est plus dangereux que je croyais, ou que le cannabis, d'une manière farfelue, en raison de la concentration accrue du THC, commence à être aussi dangereux que d'autres drogues, telles que l'alcool, je douterais toujours que l'interdiction soit une réponse raisonnable.

Il y a des coûts inévitables lorsqu'on essaie de limiter l'accès aux drogues. L'interdiction va toujours trop loin et exerce un effet délétère sur la société. Il existe des contrôles officieux, des règles, des conventions, des règlements, et des pressions économiques qui peuvent s'appliquer aux drogues dangereuses afin d'en réduire la disponibilité. Je n'y vois pas d'objection. Cependant, il n'est pas normal de dire à un citoyen qu'il n'a pas le droit d'utiliser une substance donnée, et que s'il le fait, on va le mettre en prison.

Le sénateur Banks: Est-ce que cette logique s'applique à toutes les drogues de façon globale?

Dr Morgan: Pour moi, oui.

Le sénateur Banks: Aimeriez-vous que dans notre pays il y ait des installations où l'on peut prendre des drogues sans danger?

Dr Morgan: Oui, absolument.

Le président: Merci beaucoup, messieurs. Vos exposés nous ont été très utiles. Nos attachés de recherche ont des questions à vous poser et ils vont me demander de signer une lettre avec une liste de leurs questions. J'espère que vous y répondrez. Merci beaucoup d'être venus ici aujourd'hui. J'espère que vous avez passé une journée agréable parmi nous.

[Français]

Avant de clore les travaux de cette séance du comité, je tiens à rappeler à tous ceux et celles qui s'intéressent aux travaux du comité, qu'ils peuvent lire et s'informer sur le sujet des drogues illicites en rejoignant notre site Internet à l'adresse suivante: www.parl.gc.ca. Vous y retrouverez les exposés de tous nos témoins, ainsi que leur biographie et toute la documentation argumentaire qu'ils auront jugée nécessaire de nous offrir. Vous trouverez aussi plus de 150 liens Internet relatifs aux drogues illicites. Vous pouvez aussi utiliser cette adresse pour nous transmettre vos courriels.

Au nom du Comité spécial sur les drogues illicites, je désire vous remercier pour l'intérêt que vous portez à notre importante recherche.

La séance est levée.