Délibérations du comité sénatorial permanent des
Peuples autochtones

Fascicule 9 - Témoignages pour la séance de l'après-midi


VANCOUVER, le mercredi 19 mars 2003

Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones se réunit aujourd'hui à 13 h 48 pour étudier les questions concernant les jeunes Autochtones en milieu urbain au Canada et, en particulier, pour étudier l'accessibilité, l'éventail et la prestation des services, les problèmes liés aux politiques et aux compétences, l'emploi et l'éducation, l'accès aux débouchés économiques, la participation et l'autonomisation des jeunes, et d'autres questions connexes.

Le sénateur Thelma J. Chalifoux (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente: Bonjour, mesdames et messieurs.

Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones travaille depuis 18 mois à l'étude des programmes, des réussites et des lacunes concernant les familles autochtones en milieu urbain, et en particulier les jeunes. On nous a fait remarquer ce matin que lorsqu'on parle des jeunes, on parle en réalité de toute la famille, car nous sommes une population axée sur la famille étendue, sur la grande famille.

Nous sommes très heureux de vous accueillir ici cet après-midi. Je voudrais vous demander de vous présenter.

Mme Jan Haugan, adjointe exécutive, First Nations Education Steering Committee: Je fais partie du First Nations Education Steering Committee. J'accompagne Christa Williams.

La présidente: Je suis heureuse de vous rencontrer.

Mme Gloria Nahanee, dispensatrice des services pour la jeunesse, Eslaha7an Learning Centre: Bonjour, mesdames et messieurs les sénateurs.

[Mme Nahanee s'exprime dans une langue autochtone.]

Mme Nahanee: Je fais partie de la Nation squamish. Je suis instructrice spiritualiste et culturelle au Eslaha7an Learning Centre de North Vancouver. Je suis très honorée d'être ici et de pouvoir vous parler de nos jeunes. Je travaille avec les étudiants squamish depuis 1985. Je m'occupe de notre culture avec nos aînés et je participe à nos cérémonies depuis 1968. J'ai passé plus de 25 ans avec nos aînés à différents endroits, et je constate que nos jeunes sont en difficulté. Je travaille avec des élèves de classe primaire, de la quatrième à la septième année, depuis environ neuf ans. Je les fais sortir de l'école deux après-midi par semaine et je leur propose un élément culturel. Les directeurs d'école et les enseignants sont très enthousiasmés par ce programme. Ils constatent une amélioration de l'estime de soi des élèves, de leur comportement et de leur assiduité. C'est un atout considérable pour eux.

Notre nation compte 3 000 membres et nos élèves manifestent une forte tendance au décrochage en huitième année, lorsqu'ils passent au secondaire. Ils n'y restent généralement que quelques mois. Pour eux, la difficulté est trop grande car ils ne reçoivent pratiquement aucun soutien. C'est essentiellement ce dont ils se plaignent. Ils se sentent perdus dans leur milieu scolaire. À l'école primaire, ils sont faibles en lecture et s'ils ne savent pas bien lire lorsqu'ils arrivent en huitième année, ils ne restent pas longtemps au secondaire. C'est ce que l'on constate chaque année.

Il n'y a pas suffisamment de suivi. De nombreux enfants sont renvoyés, et pas uniquement au secondaire. Il y a aussi des renvois à l'école primaire. Depuis trois ou quatre ans, des enfants du primaire ont été suspendus en vertu de l'article 91 concernant la violence physique. C'est très inquiétant et très triste. Le plus souvent, il s'agit de jeunes garçons qui ont agressé violemment des enseignants, des directeurs d'école ou d'autres élèves. Ils viennent souvent d'une famille d'assistés sociaux, vivent dans la pauvreté et arrivent à l'école le ventre vide. Je travaille avec eux, je les connais. Je peux simplement vous dire que c'est effectivement ce qui se passe.

Il y a trois ou quatre ans, c'étaient les jeunes de 12 à 14 ans qui présentaient des problèmes d'alcoolisme et de toxicomanie. Ces deux dernières années, les jeunes de 9, 10 ou 11 ans ont commencé à boire et ils sont déjà sexuellement actifs à cet âge.

La plupart d'entre eux sont victimes de sévices corporels et sexuels de la part de leurs parents et de leur entourage. Les élèves vivent dans des immeubles d'habitation, ce qu'on appelle le «ghetto», où il se vend beaucoup de drogue. Ils peuvent aller dans un magasin et acheter un joint pour 5 $. Le sol de leur terrain de jeu est jonché de toutes sortes de seringues, de condoms et de tout le reste. C'est un véritable ghetto. C'est ce que voient tous les jours les enfants dès leur plus jeune âge, c'est tout ce qu'ils connaissent et c'est ce à quoi ils sont destinés. C'est triste à voir et c'est triste à dire, mais c'est la vérité. Il nous faut des mesures de soutien et des crédits pour aider ces enfants, pour les sauver.

Dès l'école primaire, leur niveau d'assiduité est très faible.

Comme ils sont assistés sociaux, ils sont mal habillés. Ils veulent avoir des vêtements de marque et quand ils n'en ont pas, ils en volent. Ils se font appréhender dans les centres commerciaux pour avoir volé des vêtements de marque. C'est le gros problème de nos jeunes.

Les études postsecondaires sont tout aussi difficiles pour les jeunes qui franchissent le cap de la douzième année. L'évaluation à laquelle les soumettent notre nation et notre service d'éducation, les condamne pratiquement à l'échec. Très rares sont ceux qui réussissent cette évaluation et obtiennent du financement, une allocation de subsistance pour aller au collège. Ils font des efforts énormes. J'en vois plusieurs qui font de multiples tentatives. Certains se préparent au test de connaissances générales pendant cinq ou six ans, en éprouvant de grandes difficultés.

Même pour les élèves du secondaire, il n'y a pas d'emploi. Autrefois, une vingtaine ou une trentaine d'élèves trouvaient des emplois d'été, mais actuellement, leur chiffre est tombé à cinq ou six. C'est très décourageant pour les jeunes. À quoi bon se donner du mal? Ils sont très désabusés. Ils n'ont nulle part où aller. Je ne suis là que pour les écouter et les réconforter.

Les élèves du primaire et du secondaire doivent avoir un taux d'assiduité de 80 à 90 p. 100 pour obtenir leur allocation de déplacement et leur carte d'abonnement d'autobus. Il y a trois ou quatre ans, les élèves du primaire obtenaient 27 $ par mois, mais ce n'est plus suffisant pour acheter une carte mensuelle d'autobus. Une mère me confiait récemment qu'elle a quatre enfants et qu'elle ne peut pas fournir la vingtaine de dollars supplémentaires pour acheter les cartes mensuelles dont ils ont besoin pour aller à l'école. J'ai demandé au conseil de lui fournir cet argent, mais il a refusé. Notre directrice a fait sa propre enquête et je ne sais pas quels élèves elle a interrogés, mais ils lui ont dit: «Merci, mais nous n'avons pas besoin d'argent supplémentaire.» Les mères et les enfants en ont été très découragés. Il y a un véritable problème à ce niveau-là.

J'ai l'impression que nos dirigeants nous abandonnent. Nous incitons nos jeunes à découvrir leur culture, à tenir une plume d'aigle dans une main et un stylo dans l'autre. Il faut que l'éducation et la culture aillent de pair, en parfait équilibre. Nous essayons d'encourager les jeunes, mais l'argent ne se rend pas toujours jusqu'à eux, ce qui est très décevant pour nous qui travaillons avec les jeunes, ceux qui éprouvent des difficultés, qui dépendent de l'assistance sociale, qui sont confrontés à l'alcoolisme et à la toxicomanie; ce sont ceux qui souffrent le plus sur les plans physique, spirituel, mental et émotionnel.

Je suis aussi mère de famille d'accueil. Je le suis pour notre nation depuis 1976. L'un des enfants que nous avons accueillis, qui a actuellement 15 ans, a été renvoyé de l'école il y a deux ans et demi parce qu'il est physiquement violent envers les autres élèves. J'ai constaté il y a un an qu'il avait été victime de sévices corporels depuis sa naissance. Il est révolté et c'est pour cela qu'il s'en prend aux élèves et aux enseignants. L'année dernière, il a appelé la police par le 911 et a commencé à accuser ses parents de l'avoir maltraité. Ensuite, il a pris un couteau de boucher et l'un des policiers a sorti son pistolet, l'a pointé vers sa poitrine mais il s'est sauvé en un éclair. Il est parti si vite qu'on n'a pas pu le retrouver. Les policiers ont fait venir des chiens et couraient dans tout le quartier pour le trouver. J'ai reçu un appel téléphonique et je suis montée immédiatement. Sa mère m'a demandé s'il était venu chez moi, j'ai dit non. J'ai dit à un policier: «N'oubliez pas qu'il n'a que 13 ans. C'est un enfant. Ne l'oubliez pas.»

Le sénateur St. Germain: Pouvez-vous nous dire où se trouve ce ghetto?

Mme Nahanee: Sur la 5e rue Ouest à North Vancouver. Ce sont des immeubles d'habitation. J'y ai habité dans les années 70, et rien n'a changé. L'alcoolisme et la toxicomanie y font partie du quotidien.

J'entends dire que la Nation squamish a beaucoup d'argent, mais cet argent ne sert pas entièrement à l'éducation des jeunes et à l'enseignement de leur culture. C'est très contrariant, et je me demande parfois ce que nous faisons ici. Parvenons-nous seulement à les aider? Tous les membres de la Nation squamish ont droit à l'éducation, au logement et aux services de santé. Nous sommes là pour les jeunes et je suis très honorée de les représenter et d'exprimer ici leurs préoccupations.

Les gangs posent un vrai problème. La fin de semaine dernière, une jeune fille d'environ 14 ans a été trouvée inanimée dans le ghetto, et personne ne sait ce qui a pu lui arriver. Voilà le genre d'événement qui se produit quotidiennement.

[Mme Nahanee s'exprime dans une langue autochtone.]

La présidente: J'ai plusieurs questions à vous poser. Est-ce que le ghetto se trouve dans la réserve?

Mme Nahanee: Oui.

La présidente: À l'intérieur de la réserve?

Mme Nahanee: Oui.

La présidente: Et que font le chef et le conseil?

Mme Nahanee: Je ne pense pas qu'ils fassent grand-chose. Les mères qui y habitent font de la surveillance de quartier, elles sollicitent des fonds toute l'année pour acheter des nouvelles glissoires, des balançoires et des agrès pour le terrain de jeu.

La présidente: Vous n'obtenez aucune aide pour elles de la part du chef et du conseil?

Mme Nahanee: Non.

La présidente: Aucune aide.

Mme Nahanee: Non. Le Eslaha7an Learning Centre, où je travaille, se trouve juste à côté des immeubles. C'était autrefois l'école indienne St. Paul, construite en 1959 ou en 1960 à l'emplacement du pensionnat. C'est un bâtiment vétuste, où notre programme bénéficie d'un petit local. Le nom du programme signifie «Oui, je peux le faire».

La présidente: Pour la gouverne des sénateurs qui ne sont pas de la Colombie-Britannique, pouvez-vous nous présenter la Nation squamish?

Mme Nahanee: Nous sommes situés juste en face du bras de mer, et nous occupons différentes réserves à North Vancouver, à partir du pont Second Narrows et de Seymour.

Le sénateur St. Germain: Êtes-vous situés en bord de mer?

Mme Nahanee: Oui, tout près de la mer, et à flanc de colline. Ensuite, on entre à North Vancouver. Il y a Capilano, en contrebas du pont Lions Gate et d'autres réserves à Upper Squamish, situées à environ une heure de route. La nation compte 3 000 membres.

La présidente: Très bien. J'ai encore une question à poser, puis je donnerai la parole aux membres du comité. Que font les parents? Est-ce qu'ils font face à la situation? Est-ce qu'ils font autre chose que toucher l'assistance sociale? Est- ce qu'ils font du bénévolat ou est-ce qu'ils incitent leur propre communauté à agir pour faire revenir les enfants?

Mme Nahanee: Certains parents collaborent avec nous, aident leurs jeunes à poursuivre leurs études, demandent qu'on vienne les aider à la maison ou qu'on les aide à reprendre leurs études. Mais ils ne sont pas très nombreux. Ils doivent se sentir impuissants, car qui est prêt à les écouter? Il ne se fait jamais rien. Leurs demandes entrent par une oreille et ressortent par l'autre.

Le sénateur Carney: Merci, madame Nahanee.

Je suis heureuse d'apprendre que la Nation squamish occupe plusieurs sites, car les réserves urbaines obtiennent un revenu de l'utilisation de leurs terres. Vous avez certainement de l'argent. Il y a beaucoup d'aménagement urbain sur vos terres. Y a-t-il une différence au plan social, en matière d'alcoolisme et de toxicomanie, entre le petit village de la réserve de Squamish, situé à l'extrémité de Howe Sound, et le centre-ville de Vancouver? Est-ce le même genre de désastre social?

Mme Nahanee: Oui.

Le sénateur Carney: Ce n'est pas différent en milieu rural?

Mme Nahanee: C'est la même chose.

Le sénateur Carney: C'est la même chose.

Mme Nahanee: Il y a des trafiquants de drogues dans la réserve. Ce ne sont pas des membres de la bande, ils viennent approvisionner ceux qui vendent de la drogue dans la réserve.

Le sénateur Carney: Que fait la police? Avez-vous une police autochtone?

Mme Nahanee: Non. Il y a des gardiens de la paix à Upper Squamish, mais je ne sais pas exactement ce qu'ils y font.

Le sénateur Carney: Et votre centre d'apprentissage? Je ne sais même pas comment prononcer son nom.

Mme Nahanee: Eslaha7an.

Le sénateur Carney: Eslaha7an. Qu'est-ce que vous y faites, et comment réagissent les enfants?

Mme Nahanee: Le Eslaha7an Learning Centre est associé au district scolaire 44. Nous avons une classe pour les décrocheurs adolescents de 16 à 18 ans qui veulent reprendre leurs études. Ce sont le plus souvent de jeunes mères qui viennent au centre avec leurs bébés. Nous assurons deux heures de garderie l'après-midi pendant qu'elles suivent leurs cours. Nous avons quatre jeunes mères actuellement. Dans les autres classes, il y a des adultes qui préparent le test de connaissances générales et l'évaluation de la Nation squamish.

Le sénateur Carney: Qu'est-ce que l'évaluation de la Nation squamish?

Mme Nahanee: C'est pour le collège ou l'université. Il faut réussir cette évaluation pour obtenir une allocation de subsistance permettant d'aller au collège ou à l'université.

Le sénateur Carney: Vous dites que vous êtes spiritualiste et que vous enseignez la culture de la Nation squamish aux élèves. Pouvez-vous nous en parler? Qu'est-ce que vous leur enseignez?

Mme Nahanee: Le programme auquel je collabore s'appelle «Oui, je peux le faire», et s'adresse aux élèves de la quatrième à la septième année. Actuellement, nous n'avons plus que deux après-midi par semaine. Autrefois, nous en avions cinq. J'assume la composante culturelle, qui est fondée sur le cercle d'influence, une démarche de nettoyage spirituel faisant appel au cercle de guérison de la plume d'aigle. Nous leur apprenons aussi des chants et des danses squamish ainsi que les danses des plaines. Nous parlons de notre histoire. Nous faisons des sorties pour faire découvrir le territoire aux jeunes et pour rendre visite aux quelques anciens qu'il nous reste. Les jeunes découvrent l'histoire que nos anciens leur racontent.

Chaque groupe suit un stage de trois mois et nous avons trois stages par année scolaire. À la fin de chaque stage, nous organisons une fête où les élèves présentent ce qu'ils ont appris.

Le sénateur Carney: Je voudrais signaler que le sénateur Perrault a représenté la région pendant des années; il se pourrait qu'il pose des questions.

Le sénateur St. Germain: Merci, madame Nahanee, d'être venue nous voir. J'ai rencontré certains des chefs de la Bande de Squamish à Ottawa. Vos propos par rapport aux leurs, c'est le jour et la nuit. Je ne mentionnerai aucun nom, mais j'ai vu des jeunes gens et des parents qui intervenaient au nom de la Bande de Squamish, qui ont parfaitement réussi, qui sont très épanouis, alors que vous décrivez une réalité bien différente. Madame la présidente, chers collègues sénateurs, c'est là pour moi un motif de préoccupation.

Par ailleurs, vous parlez d'un ghetto. Le problème, c'est que l'assimilation représente rarement une solution pour les Autochtones. Et pourtant, comment peut-on les extraire de cette situation, à moins de tout brûler et de les disperser afin de les éloigner de cet environnement?

Ce matin, nous avons entendu Morris Bates, qui travaille au bloc 100 avec de jeunes Autochtones débarqués à Vancouver. C'est un environnement très destructeur; comme il dit, les jeunes passent à côté des piqueries et pour un jeune de 12 ou 13 ans, comment ne pas croire que c'est la chose à faire puisqu'il y a là des infirmières et que tout le monde s'injecte de la drogue?

Nous n'avons pas toutes les réponses, nous venons vous voir pour vous demander des suggestions et je suis sûr que vous y avez beaucoup réfléchi. Comment pouvons-nous, sans insulter les peuples des Premières nations, dire: «Écoutez, il faut vous en sortir et la seule solution que nous voyons est de se débarrasser de ce ghetto», mettons ces gens dans un environnement plus favorable à l'épanouissement personnel qui ne détruise pas pour autant la culture autochtone. C'est complexe.

Vous êtes entourée de l'influence européenne ou occidentale et il est donc très difficile de voir comment essayer de résoudre ces problèmes sans insulter les peuples autochtones. Je n'en dis pas plus et je sais que c'est une question complexe mais vous avez peut-être des suggestions qui pourraient être utiles.

La présidente: Peut-être voulez-vous y réfléchir un peu car, comme nous le disons, c'est une situation très complexe.

Mme Nahanee: En effet.

Mme Christa Williams, directrice exécutive, First Nations Education Steering Committee: Bonjour, sénateurs et autres invités.

[Mme Williams s'exprime dans une langue autochtone.]

Merci de me donner cette occasion de m'adresser à vous cet après-midi. J'appartiens à la Nation N'laka'pamux, à trois heures au nord de Vancouver sur le Fraser. Je suis actuellement directrice générale du B.C. First Nations Education Steering Committee. Je vous dirai simplement quelques mots au sujet de ce comité. Il s'agit d'un comité directeur provincial. Nous sommes constitués en société depuis 1999 et existons depuis mai 1992. Nous représentons environ 52 techniciens de l'éducation des Premières nations de toute la Colombie-Britannique. Nous avons été créés après un colloque des techniciens en pédagogie des Premières nations en mai 1992 où nous avions constaté qu'étant donné la diversité des cultures, de la géographie, des écoles et des élèves qui les fréquentent, il serait bon de se regrouper et de réfléchir à la façon de faire progresser l'éducation des Premières nations en Colombie-Britannique. Étant donné que nos petites collectivités étaient tellement éparpillées, nous nous trouvions isolés les uns des autres. Nous avons jugé qu'avec un comité provincial, nous pourrions représenter les Premières nations de la Colombie-Britannique au palier national et être plus efficaces. C'est ainsi que nous avons 52 membres du conseil qui sont nommés directement par leur collectivité et doivent ainsi rendre des comptes aux Premières nations. Ce sont les collectivités qui nomment et retirent leur représentant.

Notre rôle consiste à soutenir les Premières nations dans leurs efforts visant à améliorer la qualité de l'éducation dispensée aux élèves des Premières nations. Nous sommes dirigés par les Premières nations et travaillons à l'échelon provincial à offrir des services en matière de recherche, de communication, de dissémination de l'information et de réseautage. Nous nous efforçons également de réunir et d'échanger les dernières informations disponibles sur les programmes, les politiques gouvernementales, la législation et d'autres initiatives ainsi que sur les enjeux locaux, provinciaux et nationaux qui touchent l'éducation des Premières nations en Colombie-Britannique.

En Colombie-Britannique, un tiers des élèves autochtones vont à l'école dans les réserves au sein de leurs collectivités ou dans les écoles des Premières nations alors que deux tiers vont à l'école hors réserve et sont assujettis au système d'éducation provincial. Bien que nous nous efforcions d'aider à la fois les écoles des Premières nations et le système d'éducation public, je me limiterai aujourd'hui à vous parler de ce que nous faisons dans le système d'éducation provincial.

J'ai constaté dans l'invitation qui a été envoyée à notre bureau que vous souhaitiez des renseignements dans certains domaines, notamment dans celui des pratiques et politiques exemplaires qui ont permis d'améliorer la vie des jeunes Autochtones en milieu urbain; vous en vouliez aussi à propos des questions qui touchent les jeunes Autochtones en milieu urbain et des moyens qui permettraient d'améliorer la coordination intergouvernementale et de trouver des solutions générales fondées sur la coopération.

J'insisterai sur l'éducation pour deux raisons. D'une part, évidemment, parce que c'est le mandat de notre organisation, d'autre part, parce que nous croyons qu'une éducation de qualité est l'un des facteurs clés qui permettent aux jeunes Autochtones des milieux urbains et ruraux de se fixer des objectifs réalistes et de les atteindre.

Depuis des années, nous avons des informations anecdotiques qui nous révèlent que les jeunes Autochtones n'ont pas beaucoup de succès dans leurs études et, en 1998, le ministère de l'Éducation de la Colombie-Britannique a entrepris de publier les données qui confirmaient nos suppositions. C'est de tous l'effort qui aura été le plus efficace pour attirer l'attention sur les défis que rencontrent les jeunes Autochtones des milieux urbains et ruraux. Le ministère provincial de l'Éducation a réussi à séparer les taux des élèves autochtones terminant leurs études des autres et, en examinant les résultats par secteur, nous avons pu constater que les jeunes Autochtones des milieux urbains réussissent habituellement encore moins bien que leurs homologues des milieux ruraux. Je vous communique certains chiffres pour votre gouverne.

Dans l'arrondissement de Vancouver, 82 p. 100 des élèves non autochtones terminent leur scolarité. Pour les Autochtones, ce taux tombe à 20 p. 100 et il y a 1947 élèves autochtones dans cet arrondissement qui vivent hors réserve. À New Westminster, pour les non-Autochtones, les taux est de 64 p. 100. Pour les Autochtones, de 18 p. 100. À Surrey, 80 p. 100 pour les non-Autochtones, 37 p. 100 pour les Autochtones. À North Vancouver, 81 p. 100 pour les non-Autochtones, 36 p. 100 pour les Autochtones. À Prince Rupert, 87 p. 100 pour les non-Autochtones et 40 p. 100 pour les Autochtones. À Prince George, qui est un autre secteur où il y a une forte population hors réserve, 74 p. 100 pour les non-Autochtones, et 36 p. 100 pour les Autochtones.

Vous constatez qu'il y a un écart énorme entre les Autochtones et les non-Autochtones, surtout dans les régions urbaines. Le taux provincial est de 80 p. 100 pour les non-Autochtones et de 43 p. 100 en moyenne pour les Autochtones. Depuis la publication de ces données, le taux est passé de 34 à 43 p. 100. On peut attribuer une bonne partie de ce succès aux partenariats entre les collectivités des Premières nations, rurales et urbaines, et les arrondissements scolaires et écoles qui soutiennent des stratégies visant à améliorer le succès scolaire.

Vous constaterez que j'ai annexé à mon exposé une liste des taux d'obtention de diplômes pour tous les arrondissements de la Colombie-Britannique afin que vous voyez comme cela varie.

Avec ces données, le FNESC a pu entreprendre des pourparlers avec les partenaires en éducation de la province. Il s'agit de la Fédération des enseignants de la Colombie-Britannique, de l'Association des conseillers scolaires de la Colombie-Britannique, de l'Association des directeurs et sous-directeurs de la Colombie-Britannique, du B.C. College of Teachers et de la B.C. School Superintendents Association ainsi que du ministère de l'Éducation et du ministère des Affaires indiennes et du Nord.

En février 1999, nous avons signé un protocole d'entente de deux phrases et je me permettrai de vous faire remarquer qu'il nous a fallu deux ans pour négocier ces deux phrases, donc un an par phrase. Je vous le lis: «Nous, les soussignés, reconnaissons que les élèves autochtones n'obtiennent pas les résultats scolaires voulus en Colombie- Britannique. Nous déclarons notre intention de collaborer dans le contexte des mandats de nos organisations respectives afin d'améliorer les résultats scolaires des élèves autochtones en Colombie-Britannique.»

Si certains hésitaient à signer, c'est en partie parce qu'il a fallu que les avocats de chacun s'assurent qu'en signant ce protocole on n'admettait pas que l'on était coupable ou responsable du manque de succès scolaire. Il fut signé deux ans plus tard et nous étions satisfaits du résultat.

Nous avons pu nous mettre d'accord sur trois priorités: le recrutement et le maintien en poste d'enseignants autochtones, l'équité en matière d'emploi et une stratégie antiraciste. Je vais vous expliquer un peu plus ce que nous faisons dans chacun de ces domaines.

Premièrement, en ce qui concerne le recrutement et le maintien en poste d'enseignants autochtones, nous avons créé un consortium d'éducation des enseignants autochtones. Celui-ci inclut tous les partenaires que j'ai indiqués plus les doyens de tous les programmes d'école normale en Colombie-Britannique. Il y a environ un an et demi, nous nous sommes réunis pour réfléchir à la façon d'accroître le nombre d'enseignants autochtones dans les écoles de la Colombie-Britannique. L'attitude des doyens d'école normale a beaucoup changé. Nous n'avions pas beaucoup d'argent pour faire grand-chose au début si bien que nous avons beaucoup discuté.

Nous avons constaté qu'en discutant et en élaborant des stratégies ensemble, sans qu'il y ait d'argent pour susciter une certaine concurrence, nous avons réussi à nous mettre d'accord sur une stratégie qui vient seulement d'être financée. Nous en sommes à la mettre en oeuvre et elle inclut des partenariats avec les collèges et les programmes de formation d'enseignants afin de faciliter une filière de transition qui aide les étudiants des Premières nations à suivre une formation d'enseignant.

À l'heure actuelle, le nombre d'enseignants autochtones en Colombie-Britannique est d'environ 400 sur un total de 40 000 enseignants. Cela ne correspond absolument pas aux 2 000 enseignants qu'il nous faudrait pour parvenir à un chiffre représentatif de la population scolaire autochtone. À l'heure actuelle, les Autochtones représentent environ 8 p. 100 de la population scolaire en Colombie-Britannique. Nous estimons qu'il est essentiel d'avoir des Autochtones qui puissent servir de modèle dans les écoles et des enseignants qui puissent comprendre les réalités que vivent les jeunes Autochtones.

Si l'on considère les recherches qui ont été faites et qui étayent cette stratégie, on sait que les enseignants doivent pouvoir comprendre les réalités de la vie de leurs élèves. Sinon, ils ne pourront pas avoir un rapport utile avec ces jeunes et nous pensons donc qu'il est important qu'il y ait des Autochtones dans le système scolaire.

La deuxième partie de cet exercice consiste à faire en sorte que les programmes d'école normale de la Colombie- Britannique incluent une concentration obligatoire sur la diversité des Premières nations de la Colombie-Britannique. À l'heure actuelle, ces programmes n'exigent même pas de comprendre l'histoire de la Colombie-Britannique dans le contexte des Premières nations. Nous travaillons avec l'école normale et les programmes de formation d'enseignants afin de les convaincre que c'est important puisque ces enseignants auront affaire, comme l'indiquent les données que je vous ai fournies, à des élèves autochtones partout en Colombie-Britannique, pas seulement dans les régions où la population scolaire est importante dans une réserve.

Pour ce qui est de l'équité en matière d'emploi, les groupes partenaires ont convenu de collaborer à l'élaboration d'une trousse d'équité en matière d'emploi pour aider les directeurs d'école, les directeurs et les conseillers scolaires à élaborer et mettre en oeuvre des politiques d'équité en matière d'emploi qui leur permettront d'embaucher et de maintenir en poste des enseignants autochtones. De fait, la Fédération des enseignants de la Colombie-Britannique a adopté une résolution il y a environ deux ans en faveur de l'équité en matière d'emploi et nous travaillons actuellement avec elle à la façon de traduire cela dans des actes. Cela a été extrêmement difficile au cours des 18 derniers mois étant donné l'atmosphère qui régnait et la loi qui a été adoptée l'année dernière pour les obliger à reprendre le travail sans mener à terme la négociation de leur convention collective.

Nous constatons que le syndicat est le principal obstacle à l'accession de plus d'Autochtones au système d'éducation, en particulier parce qu'il y a eu des compressions dans de nombreux arrondissements. Les premiers qui sont mis à pied sont ceux qui ont le moins d'ancienneté et ce sont souvent des Autochtones qui ont récemment été embauchés. Nous espérons que le syndicat respectera l'engagement que tous ses membres ont accepté et c'est la raison pour laquelle nous le surveillons de près et espérons aboutir à quelque chose probablement dans les six prochains mois.

Troisièmement, et c'est important pour toute la Colombie-Britannique, la lutte contre le racisme. C'est là que nous avons eu le plus de problèmes avec les groupes partenaires. Deux ans après nous être mis d'accord sur les priorités, ces groupes ont reconnu qu'il existait un racisme systémique dans le système d'éducation et que c'est un obstacle important au succès scolaire des jeunes Autochtones.

Nous avons parlé de cela pendant deux ans et personne ne pouvait nous regarder droit dans les yeux. C'est comme si nous étions assis à une table au milieu de laquelle se trouvait cette «boule de racisme» que personne ne voulait voir ni reconnaître alors que toutes les organisations partenaires, ainsi que les Premières nations, sont dans une certaine mesure responsables de ce racisme systémique. Après deux ans pendant lesquels nous n'avons jamais pu nous regarder en face, nous sommes finalement parvenus à élaborer un plan de travail pour nous pencher sur la question du racisme au niveau du ministère, des conseils scolaires, des écoles et dans les classes elles-mêmes parce que nous estimions qu'il y avait tellement de types de racisme différents noyés dans les lois, dans les politiques, dans l'atmosphère et l'organisation des écoles et au niveau des classes où certains enseignants ignoraient totalement la situation.

Comme il s'agit d'une question tellement litigieuse et souvent complexe, le groupe de travail a décidé de mettre en oeuvre pour l'instant une partie de son plan de travail. Nous avons demandé à Patrimoine canadien de nous fournir des fonds, que nous avons d'ailleurs obtenus, pour engager deux agents de lutte contre le racisme afin qu'ils travaillent dans deux régions particulièrement difficiles de la province. À l'heure actuelle, il s'agit de Terrace et Prince George, ainsi que de l'île à Campbell River. Ils assurent également des ateliers de «formation des formateurs» sur la lutte contre le racisme dans l'ensemble de la Colombie-Britannique. Nous avons créé une trousse qui renferme plusieurs articles qui permettent d'amorcer la conversation, comme nous disons, et de plus nous avons des plans de cours de deux pages. Tout enseignant peut donc se servir des outils prévus dans cette trousse pour amorcer des conversations sur la diversité, les questions des droits de la personne et plus précisément les questions qui intéressent les Autochtones.

Nous voulons offrir cette formation aux enseignants qui veulent utiliser cette trousse. Cette trousse convient aux étudiants, aux enseignants, aux parents et aux autres intervenants dans le système d'éducation.

Nous espérons qu'au bout des deux années pour lesquelles nous avons engagé ces deux personnes, nous aurons un plan stratégique qui nous permettra de lutter contre le racisme dans l'ensemble du système d'éducation.

Certaines des autres difficultés auxquelles font face les jeunes Autochtones en milieu urbain et dont s'occupent d'autres organisations et pour lesquelles nous estimons qu'elles devraient continuer à recevoir de l'aide, c'est entre autre le sentiment d'être coupés de leurs racines qu'éprouvent les jeunes qui vivent si loin de chez eux. Un grand nombre d'entre eux font face à des problèmes d'identité puisqu'ils ignorent d'où ils viennent ou en quoi consiste leur nation ou leur culture.

J'utilise souvent mon fils à titre d'exemple dans ce cas. J'ai un fils de six ans et je viens du territoire N'laka'pamux. Je vis en territoire squamish, et j'estime qu'il m'incombe de m'assurer qu'il fait partie de sa communauté. Au moment où je vous parle, il est à la maison avec ses grands-parents, où il se familiarise avec ses origines pendant que j'ai un moment de répit, mais la véritable raison pour laquelle il est là-bas c'est de passer du temps avec son grand-père, qui parle sa langue, ce qui lui donne l'occasion à lui aussi de l'apprendre. Bien des jeunes ne peuvent pas se permettre de retourner dans leurs collectivités, et je crois que c'est en partie la raison pour laquelle un grand nombre d'étudiants se sentent coupés de leurs racines et privés d'un sentiment d'appartenance.

Il y a aussi des gens qui travaillent à accroître le nombre de modèles d'identification pour les étudiants, tant dans le système d'éducation qu'en milieu urbain en général. Nous cherchons à aider les enfants en foyer en milieu urbain. Le nombre d'élèves autochtones en foyer en Colombie-Britannique est effarant. Nous avons rencontré les responsables de la Caring for First Nations Children Society en Colombie-Britannique, qui est une organisation provinciale, afin de déterminer les mesures que nous pouvons prendre ensemble pour aider les enfants en foyer à réussir à l'école.

En raison de la discorde qui règne dans leurs familles, des nombreux déplacements et des difficultés auxquelles ils font face, souvent, l'école devient la dernière priorité et c'est la sécurité qui prime. Nous voulons déterminer les mesures que nous pourrions prendre pour travailler en collaboration avec cette organisation. Récemment, nous avons fait aussi des efforts concertés afin de travailler avec le ministère des Enfants et des Familles pour conserver le programme de repas chauds qu'il finançait. C'est ce qui a été prévu dans le discours du budget du 18 février. Au départ, le ministère songeait à remplacer le programme de dîners chauds par un programme de petits-déjeuners chauds. Lorsque nous avons parlé aux membres de la collectivité, ils nous ont dit qu'ils utilisent souvent le programme de repas chauds du midi pour obtenir du financement pour les petits-déjeuners, de sorte que si ce financement avait cessé, ils auraient perdu les repas du matin et du midi plutôt qu'un seul repas.

Nous considérons aussi qu'il est important d'accroître les partenariats en milieu urbain, particulièrement en raison de la grande population. De nombreux arrondissements indiquent qu'il est difficile de savoir à qui s'adresser en milieu urbain. Il faut aider les Autochtones en milieu urbain à s'organiser et à inciter les arrondissements scolaires à accroître le taux de réussite de leurs apprenants en milieu urbain.

Enfin, il est important de prendre un bon départ, d'être préparé à l'école. Il existe plusieurs programmes au gouvernement fédéral qui appuient une intervention précoce et l'éducation des jeunes enfants, mais malheureusement ils relèvent de trois ministères différents. Santé Canada s'occupe du programme d'aide préscolaire; DRHC offre des fonds pour les garderies et l'éducation préscolaire; le ministère des Affaires indiennes subventionne les cours de maternelle jusqu'à la quatrième ou la cinquième année, et offre la Prestation nationale pour enfants, et nous n'arrivons pas à harmoniser le travail de ces trois organisations.

Notre organisation a tenu en fait deux conférences sur l'intégration des services. Nous avons réuni des techniciens de services à l'enfance, des travailleurs de la santé et des intervenants en éducation pour parler de la façon dont nous pourrions intégrer ces services au niveau communautaire. Ces divers modes de financement créent des difficultés au sein de nos collectivités. Souvent les gens deviennent territoriaux à propos de leur emploi et craignent que l'intégration leur cause des difficultés. Donc nous avons consacré beaucoup de temps et d'énergie à tâcher d'éliminer ces cloisons et à leur expliquer qu'il y a suffisamment de travail pour chacun, et même plus. Chacun a un rôle à jouer; ce rôle peut simplement paraître différent.

Le simple fait qu'il y a de trop nombreux programmes ne signifie pas qu'il y a trop d'argent. Nous tenons à conserver le même niveau de fonds disponibles et à rationaliser le système pour le rendre plus accessible afin que nous puissions intégrer ces services très importants.

Je reconnais certainement la difficulté de la tâche qui vous attend lorsque vous aurez à rassembler tous ces renseignements et à produire ensuite un rapport complet et équilibré. Si nous pouvons vous offrir des renseignements ou une aide supplémentaires dans le cadre de votre préparation d'un plan d'action pour le changement, n'hésitez pas à communiquer avec notre organisation. J'aimerais simplement vous indiquer que nous avons joint deux documents à la documentation qui vous a été fournie. Vous verrez notre protocole d'entente, qui se trouve à la dernière page de votre trousse. J'aimerais vous signaler que le seul signataire de ce document qui continue de faire partie de chacune de ces organisations est le chef Nathan Matthew, qui l'a signé au nom de notre comité. Tous les autres dirigeants des organisations ont changé. L'avantage, c'est que cette entente est devenue institutionnalisée au sein de ces organisations et qu'ils continuent de siéger à la table. Même lorsque les membres changent, cette entente reste en vigueur, ce que nous considérons important.

Nous vous avons également remis le rapport annuel du comité directeur, celui qui porte le dessin jaune vif sur la couverture. Le deuxième document s'intitule: «In the Future First Nations Children Will:». J'attire votre attention sur la page 17. Ce document demande aux enfants à quoi ressemblera leur avenir.

Le sénateur Carney: Nous ne semblons pas avoir le deuxième document.

Mme Williams: Celui-ci? Je vais simplement vous lire cet extrait. Vous pourrez avoir mon exemplaire lorsque j'aurai terminé, et nous pouvons vous en fournir d'autres si vous le souhaitez. Je vais simplement vous lire cette histoire racontée par un jeune. À l'avenir, les enfants des Premières nations tâcheront d'avoir une bonne instruction, pas d'alcool, pas de faux papiers d'identité, pas de cigarettes, pas d'armes à feu, pas de mauvais traitements, pas de guerre, plus d'argent pour les pauvres, de l'argent pour tout le monde, pas de factures, un téléphone cellulaire pour tout le monde — c'est vraiment écrit par les enfants — et plus de nourriture pour les pauvres. Il y a d'innombrables histoires comme celle-ci. Voici celle que j'aime: pas de corvées, pas d'enseignants et pas d'adultes, seulement des grands-pères. Pas de voitures, seulement des avions.

On voulait que les enfants nous racontent eux-mêmes leurs rêves d'avenir. Au départ, nos enfants avaient les mêmes espoirs, les mêmes rêves et les même aspirations que n'importe quel autre enfant, mais en cours de route, on les prive de ces rêves. Je crois que nous en sommes tous en partie responsables et que nous devons tous contribuer à redonner ces rêves et ces réalités à nos jeunes.

[Mme Williams s'exprime dans une langue autochtone.]

Le sénateur Sibbeston: Dans les Territoires du Nord-Ouest, d'où je viens, on a reconnu que les établissements réguliers d'enseignement ne permettaient pas de former suffisamment rapidement ni en nombre suffisant les enseignants dont on a besoin dans différents domaines. Nous avons donc mis sur pied un programme de formation des enseignants du Nord afin d'assurer l'entrée des enseignants autochtones dans le système, et cela a été fait aussi dans le cas des travailleurs sociaux et d'autres professions. De toute évidence, on a besoin d'enseignants autochtones en Colombie-Britannique. Est-ce que l'on a donc pris des mesures pour accélérer cette formation afin d'avoir de nombreux enseignants autochtones dans les écoles de la province?

Mme Williams: C'est en train de se faire. C'est la raison d'être de la stratégie. Comme j'ai eu l'occasion de travailler avec les doyens des Facultés d'éducation au cours des deux dernières années, je sais qu'ils ont dû se faire entre autres à l'idée que nous ne devons pas uniquement payer pour obtenir des places supplémentaires. Ils pensaient que si nous pouvions simplement obtenir des fonds supplémentaires à ajouter à leurs programmes, nous aurions un plus grand nombre d'enseignants autochtones. Nous avons toutefois indiqué qu'il faudrait modifier les programmes de façon fondamentale. En travaillant en collaboration avec les programmes de formation des enseignants, nous avons réussi à adapter certains d'entre eux pour qu'ils offrent un milieu plus favorable à la réussite des enseignants.

Notre stratégie s'étale sur cinq ans. Par conséquent, nous espérons que d'ici cinq ans nous aurons une nouvelle fournée d'enseignants des Premières nations; nous avons aussi lancé une campagne pour encourager chacun à devenir enseignant. Le climat est plutôt difficile étant donné qu'à l'heure actuelle les enseignants sont mécontents. Donc nous sommes en train d'encourager les gens à devenir des enseignants et la Fédération des enseignants à la télévision dit qu'il n'est pas facile d'être enseignant. Nous poursuivons néanmoins notre campagne d'encouragement.

L'un de nos groupes cibles se compose de personnes qui ont déjà fait des études postsecondaires. Nous sommes à la recherche de personnes détenant des certificats d'éducation préscolaire ou qui possèdent une formation de travailleurs de soutien autochtone, dont les crédits seront comptés pour leur programme de formation des enseignants.

Le sénateur Sibbeston: Une autre question porte sur les niveaux et les normes d'instruction dans les centres urbains. De toute évidence, les Autochtones n'ont pas vraiment leur mot à dire à cet égard, puisque c'est la société courante qui fixe les limites et établit de toute évidence des normes assez élevées. Pourriez-vous commenter les niveaux d'instruction dans les régions rurales et particulièrement dans les réserves? Comment préparent-ils les étudiants à la société d'aujourd'hui?

Mme Williams: Je crois que vous êtes en train de poser deux questions. Si on examine les chiffres qui sont annexés au document, vous constaterez qu'il s'agit de toutes les statistiques provinciales concernant le système d'éducation public. Si vous examinez la situation de certaines régions éloignées, par exemple Queen Charlottes, vous constaterez que les chiffres sont faibles, non seulement en ce qui concerne les étudiants des Premières nations mais tous les étudiants. Tout le monde souffre des lacunes du système d'éducation dans certaines régions rurales, et nous tâchons par conséquent d'exercer une influence à cet égard.

Lorsque vous dites que nous n'avons pas d'influence sur les normes, permettez-moi de ne pas partager cette opinion. Comme nous sommes une organisation provinciale, nous pouvons nous réunir avec ceux qui créent ces normes et avoir notre mot à dire entre autres lors de l'examen des exigences d'obtention des diplômes. Nous exerçons un rôle important à cet égard. Nous participons également à l'élaboration de certains programmes et documents d'étude des Premières nations dans les réserves. Je dirais qu'il s'agit d'une difficulté pour tous ceux qui vivent en milieu rural. Le système d'éducation, compte tenu de toutes les difficultés qui s'y rattachent, n'est pas en mesure de bien servir tous les éléments de la société.

La deuxième question concernait les écoles dans les réserves en Colombie-Britannique. Nous avons 125 écoles des Premières nations dirigées par leurs collectivités, et à l'heure actuelle nous ne disposons pas du même type de données produites pour le système d'éducation public, mais nous travaillons en ce sens par l'intermédiaire de notre comité et les associations scolaires. En fait, lorsque les étudiants participent à certains examens provinciaux comme l'évaluation des compétences fondamentales, qui évaluent les capacités de calcul, de lecture et d'écriture au niveau de la quatrième, de la septième et de la dixième années, nous constatons des résultats comparables. Cependant, lorsque les élèves quittent nos écoles pour entrer dans les systèmes publics, on constate souvent une baisse de leurs résultats.

Comme l'a déjà dit Mme Nahanee, la 8e année est la plus problématique, mais l'entrée à l'école secondaire est également un moment difficile pour les apprenants des Premières nations, peu importe qu'ils soient issus de notre système ou du système d'éducation public; nous avons encore fort à faire.

Le sénateur Carney: Je trouve ces deux exposés fascinants, mais je voudrais quelques précisions. Qu'est-ce qu'un technicien en pédagogie?

Mme Williams: C'est le membre de la communauté qui est responsable de l'éducation; dans certaines communautés, on préférera l'appeler coordonnateur de l'enseignement à domicile ou directeur de l'éducation. Il pourrait s'agir de l'administrateur de l'école ou d'un de ces enseignants que nous avons tous regroupés, mais ce sont tous des intervenants qui participent activement à l'éducation au sein de leur collectivité.

Le sénateur Carney: Ce ne sont pas nécessairement des enseignants?

Mme Williams: Non.

Le sénateur Carney: Pourriez-vous également nous en dire un peu plus long sur votre coffre à outils? Ça me paraît fascinant. Peut-être pourriez-vous en remettre un au comité?

Mme Williams: Nous vous l'offrirons avec plaisir, et avec votre indulgence, je vous raconterai l'histoire qui l'accompagne.

Le sénateur Carney: Avec plaisir, racontez.

Mme Williams: Eh bien, le coffre à outils est composé d'une foule d'éléments captivants. L'homme qui a préparé le coffre à outils y a mis un marteau, une paire d'écouteurs et un chandail de hockey. L'histoire dont je me rappelle le mieux est celle du chandail de hockey. Cet homme remet une trousse aux enseignants comprenant le récit et des documents d'accompagnement à l'appui d'un plan de cours afin que les enseignants soient mieux préparés. Ainsi, je leur dis qu'ils auront l'air plus intelligent.

Le chandail est celui des Canadiens de Montréal, et le récit est celui d'un partisan de hockey de la fin des années 40 et du début des années 50. Cet homme se rendait au Forum de Montréal pour regarder une partie des Canadiens et terminait sa soirée à la taverne d'à côté avant de rentrer chez lui. Comme il avait un abonnement, il répétait ce scénario chaque fois que les Canadiens jouaient à Montréal. Un soir, il s'est rendu à une partie. La rencontre fut passionnante, et à son arrivée à la taverne d'à côté pour y boire une bière avant de rentrer chez lui, le directeur lui dit: «Je suis désolé, mais nous ne sommes pas autorisés à servir les Noirs ici. Vous devez partir.» L'homme riposta: «Écoutez, j'assiste aux parties du Canadien régulièrement et je viens ici tout aussi souvent, vous ne pouvez pas agir ainsi.» Le directeur répondit: «Nous avons une nouvelle administration et les nouvelles règles nous interdisent de servir les gens de race noire, donc vous devez partir.» Il a refusé de le faire et a été arrêté. Il a été accusé, traduit devant les tribunaux et a perdu sa cause.

À l'époque, c'était avant l'adoption de la Charte des droits et libertés, les tribunaux ont donné raison au propriétaire de la taverne en soutenant qu'il avait le droit de refuser de servir des gens en raison de leur couleur. Généralement, le jeune public dénonce la situation. Cela ouvre la discussion sur la Charte des droits et libertés, et les échanges évoluent à partir de là. Je crains de n'avoir mémorisé que la première partie. Toutefois, l'idée, c'est qu'on peut avoir cette conversation avec les jeunes et leur demander «Eh bien, qu'en pensez-vous? Croyez-vous que cela était justifié?»

L'objectif, c'est de leur faire exprimer leur point de vue et de leur permettre de reconnaître les stéréotypes. L'homme qui a préparé la trousse a plus d'une histoire. Il est lui-même Asiatique et a relaté l'exemple suivant lors d'une de nos conférences. Supposons que le sénateur Carney soit au volant de sa voiture, que nous la suivons et qu'elle nous fasse une queue de poisson pour prendre un virage à gauche. Quelle serait votre première pensée? «C'est une femme» en serait peut-être une. Toutefois, si vous étiez derrière une personne d'origine asiatique et qu'elle se rabattait devant vous, un autre stéréotype vous viendrait peut-être à l'esprit.

Il nous donne des exemples et puis nous demande: «Eh bien, qu'en avez-vous pensé?» L'objectif, c'est de permettre aux étudiants de parler de ces choses entre eux. Ce n'est pas une rencontre de lutte contre le racisme, cela n'est pas inscrit ainsi dans le programme d'études, mais on parle des stéréotypes, on apprend à apprivoiser la diversité et on demande aux élèves: «Croyez-vous que ce soit une bonne idée d'encourager la diversité et de faire les aménagements nécessaires pour les gens qui ont des besoins spéciaux ou qui vivent des situations difficiles?»

Le sénateur Carney: Je voudrais obtenir quelques autres précisions. Êtes-vous d'avis qu'il est préférable d'avoir des écoles destinées aux Autochtones seulement? Certains témoins ont confié à ce comité qu'ils croient que les élèves autochtones devraient recevoir leur enseignement dans des écoles autochtones. Je voudrais également savoir pourquoi les filles obtiennent de meilleurs résultats à l'école que les garçons?

Lorsque vous dites qu'on ne peut pas simplement ajouter un autre programme de formation aux enseignants, qu'il faut le modifier, pouvez-vous nous donner un exemple? Je poserai le reste des questions plus tard.

Mme Williams: L'une des choses que l'on souhaiterait voir ajouté — pas nécessairement ajouté, mais intégré au programme, est un cours d'histoire obligatoire. Nous ne sommes pas d'accord avec certains des faits historiques tels qu'ils sont enseignés aujourd'hui. Nous croyons qu'il faudrait inclure la diversité dans le cours d'histoire de la Colombie-Britannique.

Lorsque j'étais à l'école à Lytton, on m'a enseigné l'histoire des Haidas et des Cris, mais je ne me reconnaissais pas une place dans cette histoire et je me disais: «Pourtant, nous avons joué un rôle important dans l'histoire.» Nous avons fait partie de la ruée vers l'or, mais ce n'est pas relaté dans les livres d'histoire. C'est seulement récemment qu'on a reconnu notre existence. Nous cherchons le reflet de notre diversité dans l'histoire telle qu'elle est enseignée à tous les enseignants, pas seulement les enseignants autochtones, puisque cette diversité des cultures est présente dans les salles de classe.

La présidente: Madame Nahanee, avez-vous songé à la question du sénateur St. Germain?

Mme Nahanee: Oui, j'y songeais justement. Je crois connaître le jeune homme en question, un des fils de notre chef. L'instruction privée est l'apanage d'un petit nombre dans notre collectivité et cela est une source de frustration pour certains de nos membres. Les terres que nous louons rapportent 44 millions de dollars par année à notre bande, mais seuls 1 500 membres vivant dans la réserve ont accès aux services et 1 500 autres vivant hors réserve ne profitent d'aucun des services. Les sommes affectées à ces programmes et services devraient être directement versées aux personnes concernées afin que leurs enfants aient droit à la même instruction que les enfants du chef et des membres du conseil.

Le ghetto est vraiment un problème de logement et de terres. La liste des logements a été publiée il y a quelques semaines et la plus jeune de mes filles âgée de 23 ans qui a un enfant est 430e sur la liste des candidats au logement. Elle n'aura sans doute jamais de maison puisqu'il n'y a plus de terres sur lesquelles construire. Nous n'aurons bientôt plus de terres. Notre conseil souhaite céder une partie de notre territoire à Seymour afin qu'on y construise un centre commercial, mais notre population s'y oppose. Des murs de brique s'érigent partout autour de nous, et c'est très frustrant.

Ce sont les pauvres qui n'ont pas accès à l'instruction, qui n'obtiennent pas leur part des 44 millions de dollars, et je suis l'une d'entre eux. Je défends les jeunes et j'ai présenté mes doléances au conseil. Je défends les intérêts des jeunes. Je ne peux pas trouver les sommes dont ils ont besoin, mais je suis prête à les écouter lorsqu'ils ont besoin de parler. Encore une fois, je vous remercie de m'avoir écoutée.

Le sénateur St. Germain: Pourriez-vous nous expliquer ce qu'est le certificat Dogwood?

Mme Williams: Dogwood est le diplôme de formation continue de la Colombie-Britannique.

Le sénateur St. Germain: Il y a bien longtemps que j'ai quitté l'école, mais j'aimerais tout de même faire une brève observation. J'assiste à bien des comités, et lorsque le Comité des banques siège ou qu'un comité étudie des questions spectaculaires ou prestigieuses, la couverture médiatique est prestigieuse. Aujourd'hui, par contre, aucun média n'assiste à nos délibérations même s'il s'agit, à mon avis, d'un des aspects les plus honteux de la société canadienne.

J'ai écouté ce qu'a dit Mme Nahanee aujourd'hui, et savez-vous à quoi j'ai pensé? Pour mon 65e anniversaire, j'ai reçu un disque compact d'Elvis Presley sur lequel se trouve la chanson «In the Ghetto» relative à un ghetto de Detroit. Nous répétons continuellement que nous avons un excellent système de soins de santé, que nous n'avons pas les mêmes problèmes que les Américains — nos amis américains que notre gauche radicale couvre d'infamie — mais nous partageons le même horizon. Que faisons-nous? Comme le dit la chanson, nous regardons ailleurs. Je le dis publiquement parce que je suis vraiment déçu qu'une question aussi grave ne reçoive aucune attention médiatique.

Cette situation influera considérablement sur l'avenir de notre pays parce que si ces jeunes se joignaient à la population active grâce à une instruction adéquate, nous n'aurions pas besoin de faire appel à l'immigration pour élargir cette main-d'oeuvre qui s'érode en raison des vieux comme nous trois réunis ici. Je ne parle pas de vous mesdames, bien évidemment. Je terminerai là-dessus.

Le sénateur Pearson: La combinaison de vos deux exposés est fascinante, et j'espère, madame Nahanee, que le travail accompli par Mme Williams vous aidera à corriger certains des problèmes avec lesquels vous êtes aux prises. Je sais qu'il faudra du temps.

J'ai aussi pris connaissance de l'excellent ouvrage écrit au sujet de notre avenir. J'en ai reçu un exemplaire en mai dernier. J'en ai parlé avec Cindy Blackstock et j'espère qu'il sera distribué à grande échelle. Vous représentez un comité directeur qui se penche sur les questions d'éducation des Premières nations. Envisageriez-vous d'accueillir des étudiants au sein de votre comité?

Mme Williams: En effet, nous y songeons depuis quelques années et je crois que nous avons enfin trouvé une solution. Nous avons rencontré les représentants du Conseil provincial des jeunes Autochtones qui est un partenaire de l'Association des centres d'amitié de la Colombie-Britannique et nous avons été impressionnés par la qualité de l'expression et de l'engagement des jeunes qui veulent vraiment avoir voix au chapitre. Ainsi, nous les avons invités à se joindre à notre comité.

Nous voulons que les jeunes aient voix au chapitre. Nous avons tenu quelques conférences jeunesse. Chaque année, un groupe différent de jeunes de la Colombie-Britannique l'organisait. La première année — et j'ai appris à ne pas répéter l'erreur la deuxième fois —, j'ai présenté un projet d'ordre du jour aux jeunes Autochtones comprenant ce qui me paraissait être les questions importantes. Ils m'ont poliment fait comprendre que ce n'était pas de cela qu'ils souhaitaient parler. Nous avons donc écarté mon programme et ils ont rédigé un ordre du jour à leur image qui nous a permis d'avoir une conférence prodigieuse. Nous reconnaissons qu'il faut faire participer les jeunes et nous sommes heureux d'en avoir accueilli un certain nombre au sein de notre formation. Ces jeunes viennent de partout en Colombie-Britannique. Bon nombre d'entre eux vivent hors réserve, et cela nous permet d'élargir notre éventail de perspectives. Nous croyons que cela est précieux.

Le sénateur Pearson: Je suis heureuse de l'entendre. Votre comité se réunit-il souvent?

Mme Williams: Tous les trimestres.

Le sénateur Pearson: Ce serait formidable que vous trouviez des jeunes qui voudraient être des membres officiels de votre comité. L'Ontario en a fait l'expérience et cela s'est avéré fort intéressant. Le gouvernement provincial en est à l'origine. Le programme vise non seulement à encourager l'engagement des Autochtones, mais aussi toute la jeunesse. Le gouvernement provincial exige qu'à chaque conseil scolaire siègent trois jeunes administrateurs qui sont des élèves des écoles de cette commission scolaire. Ces représentants sont souvent, évidemment, les présidents des conseils d'étudiants ou des gens de ce genre. La province exige et finance une rencontre par année entre eux et des adultes afin qu'ils discutent de leurs enjeux prioritaires.

Je crois que c'est un modèle intéressant puisqu'il est mandaté par la province et qu'il a été intégré dans les modifications à la Loi sur l'éducation et, ainsi, il me permet de croire que le genre de travail que vous accomplissez sera un jour institutionnalisé.

Êtes-vous également membres de conseils scolaires? Je pense qu'il serait nécessaire qu'il y ait un élément autochtone dans tout conseil scolaire et que ce ne soit pas simplement une présence symbolique car il faut que cela ait un effet réel sur le programme. On peut changer le programme mais si l'on veut qu'il soit effectivement adopté et enseigné, il faudra probablement plus de pouvoir.

Mme Williams: En réponse à la première partie de votre question, la ministre de l'Éducation en Colombie- Britannique Christy Clark s'est engagée à modifier l'amendement qu'elle avait proposé à la loi l'année dernière afin d'inclure un jeune dans tous les conseils de planification scolaire. Cela nous plaît beaucoup parce que nous pensons qu'en tout cas dans les écoles où il y a une forte population de jeunes des Premières nations, nous pourrons avoir des représentants au sein de ces conseils de planification.

Le Conseil provincial des jeunes Autochtones nous a dit qu'il souhaitait une formation au commandement. Il a dit: «Vous voulez que nous participions et que nous réagissions de façon efficace mais nous sommes souvent timides et hésitants et il serait utile que vous nous donniez une formation appropriée». Lorsque nous en avons parlé au comité directeur, on nous a mis en garde en nous disant que seuls les élèves qui réussissent déjà bien seraient prêts à jouer ce rôle. Nous avons constaté que ce n'est pas toujours vrai parce que très souvent les meilleurs chefs de file font faire mauvaise route aux autres et nous espérons ainsi canaliser ces aptitudes au commandement pour la bonne cause.

Il y a des deux au Conseil provincial des jeunes Autochtones, c'est-à-dire des élèves qui réussissent bien à l'école et d'autres qui ont eu de gros problèmes et en sont sortis.

Deuxièmement, pour ce qui est de se faire mieux entendre dans les arrondissements scolaires, nous sommes en train de négocier avec les gouvernements fédéral et provincial le transfert de compétences aux Premières nations pour l'éducation des Premières nations. Cela nous donnerait une plus grande influence et un pouvoir décisionnaire au sein des conseils scolaires. C'est pourquoi je disais que, par exemple, à Vancouver, il devrait exister un mécanisme qui permet aux Autochtones des milieux urbains de s'organiser. Il n'y a pas de budget pour cela et nous estimons qu'il devrait y en avoir un afin qu'ils puissent eux-mêmes exposer les besoins des jeunes Autochtones en milieu urbain.

Le sénateur Lawson: Madame Nahanee, vous parliez de la tribu de Squamish qui gagne 44 millions de dollars par an. Je suppose que cela dure depuis quelques années?

Mme Nahanee: Oui.

Le sénateur Lawson: Vous lui avez demandé de l'argent et vous n'avez pas pu en obtenir?

Mme Nahanee: Nous avons très peu de fonds pour le centre d'apprentissage Eslaha7an, en particulier pour la composante culturelle, le programme que je dirige.

Le sénateur Lawson: Pourquoi y a-t-il si peu d'argent si la tribu gagne des millions de dollars chaque année?

Mme Nahanee: C'est politique, c'est personnel.

Le sénateur Lawson: Je vois.

Mme Nahanee: Oui, c'est tout, c'est triste à dire.

Le sénateur Lawson: Il semble qu'il y ait quelque chose qui ne va pas du tout quand on a une tribu qui a de tels revenus et que vous ne pouvez obtenir d'aide.

Vous dites que les membres du conseil veulent céder des terres pour un centre commercial, évidemment pour en tirer davantage de revenus qu'ils ne partageront pas avec vous, et que certains sont contre. Je le comprends. Est-ce que les terres qu'ils veulent vendre appartiennent à l'ensemble de la tribu ou est-ce certains membres de la bande qui sont propriétaires de certaines parcelles? Le savez-vous?

Mme Nahanee: Je crois que c'est les deux.

Le sénateur Lawson: Nous avons appris au cours des ans que certains membres de bande étaient propriétaires d'un terrain. Il aurait été transmis d'une mère à sa fille, d'une fille à son fils, et cetera, mais ils ne peuvent y avoir accès ni l'utiliser.

Mme Nahanee: Non.

Le sénateur Lawson: Évidemment, personnellement, je trouve que ce n'est pas juste ni normal et cela me choque, comme probablement tout le monde.

Mme Nahanee: Oui.

Le sénateur Lawson: Pouvez-vous l'expliquer? Est-ce seulement le conseil tribal qui décide comment on s'y prendra?

Mme Nahanee: Oui, c'est notre conseil.

Le sénateur Lawson: Toutefois, c'est tout à fait inacceptable. Madame la présidente, pouvons-nous de quelque manière user de notre influence? Il doit y avoir une meilleure façon de s'y prendre, et John Wayne n'est plus disponible.

La présidente: Je pense que c'est dans le projet de loi sur la gouvernance, qui est au fond un remaniement de la Loi sur les Indiens, qu'on devrait assurer une forte représentation, parce qu'actuellement en vertu de la Loi sur les Indiens, ils n'ont aucune représentation.

Le sénateur Lawson: Est-ce que cela ne montre pas qu'il devrait exister un tribunal quelconque où ces revendications et ces titres de propriété pourraient être soumis? Ce pourrait être un tribunal autochtone, mais il ne peut pas s'agir des mêmes personnes qui en ont exclu d'autres.

La présidente: Cela devrait se trouver dans la Loi sur les Indiens, ainsi que plusieurs autres choses.

Saviez-vous, madame Williams, madame Nahanee, qu'en vertu de l'article 17 de la Loi sur les Indiens, cette loi a préséance sur la Loi canadienne sur les droits de la personne? Il faut en discuter. Vous parlez de lutte contre le racisme, mais même si on peut le prouver, on n'a aucun recours. Il faut en tenir compte aussi.

En Alberta, la province a la responsabilité des programmes scolaires. On se rencontre aux cinq ans et on change le programme et on fait ce qu'on veut faire. Nous avons eu l'occasion à un moment donné, avant que je sois nommée au Sénat, de travailler dans une des communautés du nord de la Colombie-Britannique pour concevoir un programme pour les Métis et l'inclure. Quand nous avons rencontré cette division scolaire, ainsi que les enseignants, on nous a dit qu'en Colombie-Britannique, toutes sortes de gens avaient conçu des programmes scolaires autochtones mais qu'ils n'avaient pas été utilisés parce que la division des programmes de la province ne les avait jamais approuvés. Quand nous avons travaillé à la conception de ce programme scolaire, nous avons tenté d'inclure la justice autochtone dans le volet justice du programme. Même cela n'a jamais été accepté.

Nous avons eu du mal même à essayer d'inclure l'histoire du Canada, qui est l'histoire autochtone, au programme. En Alberta, on avait embauché quelqu'un pour rédiger trois manuels et on les a inclus au programme, mais c'était tout — on se contentait de lire ces ouvrages. Il n'y avait rien d'autre. Maintenant, les choses commencent à s'améliorer. On commence à donner des cours, mais ce n'est toujours pas obligatoire. J'aimerais que vous nous donniez votre opinion là-dessus et sur ce qui se passe ici.

En outre, nous avons maintenant la première école autochtone à Edmonton. La Dre Phyllis Cardinal en est la fondatrice. Je surveille de près ce qui se passe, les choses ont beaucoup évolué et nous aurons l'occasion de rencontrer la Dre Cardinal à Edmonton et le comité pourra ainsi apprendre de vive voix ce qui s'y passe. Que pensez-vous de cela? Il y a là des écoles françaises et toutes les autres écoles qu'ils souhaitent avoir, pourtant quand nous avons tenté d'obtenir l'école autochtone à Edmonton, l'Amiskwaciy Academy, on a parlé de ségrégation. J'aimerais que vous me disiez ce que vous pensez de ces deux questions.

Mme Williams: Cela vous paraîtra peut-être bien optimiste, mais pour ce qui est de l'inclusion dans le programme scolaire, je reconnais que nous avons eu des difficultés en ce qui concerne tout ce matériel qui avait déjà été conçu et que les intéressés continuaient de bouder. Toutefois, dans les deux ou trois dernières années, les choses ont vraiment changé grâce au fait que les données ont été publiées. Il s'agit de pouvoir présenter les données aux décideurs et de leur dire: «Votre système ne fonctionne pas; quelque chose doit changer.»

Au cours des trois dernières années, nous sommes parvenus à obtenir une représentation dans toutes les équipes d'examen des programmes scolaires, donc pas simplement en ce qui concerne les cours d'études sociales, mais aussi les mathématiques, la littérature et les sciences. Nous avons un siège pour un représentant des Premières nations à chacune de ces équipes, plus un représentant des Premières nations à la direction de la conception du programme scolaire. Ce qui signifie qu'au moins nous saurons nous faire entendre à la table. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tout a changé ni que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Cela veut dire qu'au moins nous sommes à la table, nous savons ce qui se passe et nous pouvons participer. Cela se fera lentement. Nous avons un cours d'études des Premières nations qui était les études des Premières nations 12 et qu'on a considéré comme l'équivalent des études sociales 11, qui est exigé pour le diplôme en Colombie-Britannique. Toutefois, les enseignants en études sociales se sont insurgés en disant qu'on diluait la partie consacrée aux responsabilités civiques pour faire plus de place aux Premières nations. Cela a fait tout un tintamarre.

Avec le réexamen des exigences pour le diplôme, on veut intégrer un cours d'éducation civique, soi-disant pour équilibrer les études sur les Premières nations. Évidemment, nous ne sommes pas d'accord et nous estimons que ces ressources devraient servir à appuyer les études sur les Premières nations, car sur les 60 arrondissements, 29 seulement proposent ce cours. En outre, ils ne le font que s'il y a de l'argent extérieur supplémentaire dans le cadre d'un financement spécifique pour les Autochtones. Pourtant, c'est un cours obligatoire et qui peut servir pour l'obtention du diplôme. Nous en avons discuté maintes fois avec Christy Clark.

Nous avons le privilège en Colombie-Britannique d'avoir Emory Dosdall pour sous-ministre de l'Éducation. Il était directeur à Edmonton quand l'Académie Amiskwaciy a été créée. Il partage cette expérience avec nous et il a l'air de faire du bon travail.

Ce qui a été bon pour cette école, c'est qu'elle ne s'adresse pas simplement aux enfants autochtones, mais qu'elle est ouverte à tout le monde. Elle a bien réussi parce que les élèves respectent un certain code de comportement et qu'ils sont engagés. On ne les a pas ghettoïsés. C'est quelque chose qui nous préoccupe: Si l'on crée une école sans établir ce genre de fondement, on risque de ghettoïser les élèves.

Toutefois, je félicite la Dre Cardinal du travail qu'elle a accompli là-bas et que nous considérons comme un exemple de ce qu'on peut réaliser en Colombie-Britannique. Nous avons modifié notre loi sur les écoles pour autoriser ce qu'on appelle les écoles d'enseignement spécialisé. Ce sont des écoles qui ont une spécialisation particulière, par exemple les beaux-arts, la musique, la technologie et les corps de métier, ou cela peut être une école autochtone, donc nous discutons avec le ministère de l'Éducation de la possibilité de piloter certains de ces projets. Nous pensons que c'est un bon départ.

Le sénateur Lawson: Je voudrais poser une question supplémentaire à Mme Nahanee. Si je suis un homme membre de la tribu Squamish et que je détiens un titre sur une parcelle de terrain, est-ce que j'ai de meilleures chances qu'une femme de revendiquer ce terrain ou d'être inscrit sur la liste de personnes bénéficiant d'un logement?

Mme Nahanee: Oui.

Le sénateur Lawson: Oui. Il y a donc discrimination?

Mme Nahanee: Oui.

Le sénateur Carney: J'aimerais préciser en réponse à l'intervention du sénateur Lawson que Mme Williams nous a dit tout à l'heure que le racisme était bien présent mais que personne ne voulait le reconnaître. L'un de nos problèmes, c'est que le grand public canadien persiste à ne pas reconnaître que les femmes autochtones sont le groupe le plus victime de discrimination au Canada. On les a dépouillés de leurs droits en vertu de la Charte, mais personne ne veut en parler ou intervenir. Il serait temps de le faire.

Quand on interroge les commissaires aux traités sur le droit de la famille, le droit des femmes de posséder une propriété sur l'emplacement du centre commercial, ils répondent que le droit de la famille s'applique, mais qu'en Colombie-Britannique, évidemment, il faut contrôler la propriété pour qu'elle puisse être divisée en vertu de ce droit. C'est un des problèmes auxquels nous sommes confrontés, et c'est une des raisons pour lesquelles les femmes veulent quitter les réserves et partir en ville, parce qu'elles ne peuvent pas jouir de leur propriété. Je suis heureuse que nous ayons pu soulever cette question.

Le sénateur Lawson: Bon.

Le sénateur Sibbeston: Il y a la psychologie de la pauvreté. Je viens d'une petite localité autochtone rurale où une partie de la société est pauvre. On a l'impression que les alcooliques sont marginalisés et ignorés par la société. C'est comme si la société avait le sentiment que l'alcoolique a eu une chance de changer et qu'il n'en a pas profité. Ce comportement implacable semble généralisé.

Quand quelqu'un boit et devient alcoolique, on ne peut rien faire pour l'aider. Il n'a qu'à se débrouiller tout seul.

Les Autochtones, en particulier les Autochtones pauvres qui vivent dans des ghettos, et cetera, sont impuissants; ils sont impuissants parce qu'ils n'ont pas de voix. La situation ne s'améliorera pas tant que quelqu'un avec une conscience sociale ne fera pas quelque chose pour l'améliorer.

J'aimerais que vous nous parliez de cette psychologie de la pauvreté. Parlez-moi de ces gens ignorés par la société. Parlez-moi de leur désespoir.

Mme Nahanee: Je ne connais personne dans le ghetto personnellement, mais beaucoup de gens pensent de cette façon. Il y en a beaucoup qui essaient de recevoir une instruction en venant à Eslaha7an se préparer pour le test de connaissances générales. Il y a une mère qui a arrêté de boire. Elle a quatre enfants, je crois. Son père vient d'accéder à une chefferie, et elle a de grosses difficultés. Elle vit du bien-être social et elle essaie d'améliorer son éducation. Elle fait un travail superbe avec les perles. Elle m'a dit la semaine dernière qu'elle était allée demander un bon de nourriture à notre bureau de bande parce que son chèque de bien-être social n'était pas suffisant pour six membres de sa famille, et qu'on le lui a refusé. On a refusé de l'aider. Elle compte sur son travail d'artisanat pour mettre quelque chose à manger sur la table, ne serait-ce que pour une journée.

C'est difficile de s'en sortir, et je n'ai pas de solution. J'aimerais bien en avoir. J'aimerais bien pouvoir décider d'un coup de baguette magique que tout le monde peut avoir une belle maison, une auto, un travail, une éducation, mais ce n'est pas comme cela que cela se passe.

Le sénateur Sibbeston: Y a-t-il de l'espoir? Qui est injuste? Les dirigeants?

Mme Nahanee: Oui.

Le sénateur Sibbeston: On aurait dû régler ce problème. C'était vraiment cruel de ne pas aider cette femme à nourrir sa famille. Est-ce que c'est la faute de la femme ou est-ce celle des dirigeants?

Mme Nahanee: Celle de nos dirigeants.

Le sénateur Carney: Je crois que c'est le grand public du Canada qui a poussé ces gens-là à se tourner vers leurs conseils de bande. On part du principe que, puisque les Autochtones s'autogouvernent, leurs conseils de bande vont régler leurs problèmes. Or, ce sont les conseils de bande qui les dépouillent de leur propriété au départ.

Le problème ne vient pas simplement des dirigeants, il vient de toute la société canadienne qui approuve ce qu'ils font.

Le sénateur St. Germain: Je ne sais pas si le ministre actuel des Affaires indiennes et du Développement du Nord est sur la bonne voie, mais il essaie de régler ce problème avec ce projet de loi. Cela va probablement vous choquer, mais je crois sincèrement qu'il est conscient du problème et qu'il essaie de le rectifier.

J'espère que certains d'entre vous viendront témoigner lorsque ces projets de loi nous seront soumis. Vous devriez essayer de comparaître au comité de la Chambre des communes quand ces projets de loi seront étudiés par les comités pour pouvoir vous faire entendre et parler de ces injustices.

Je vois dans le public une dame qui se bat pour une cause depuis des années. Nous avons essayé de l'aider, de même que certains députés, mais en vain.

La présidente: Je suis confrontée à ce problème depuis des années, et je pense que tant que nous travaillerons ensemble, tout ira bien. J'aime bien ce que disait Manny Jules: «Si vous ne faites pas partie de la solution, vous faites partie du problème.» Cette question soulève le problème de la responsabilité dans les réserves. Elle concerne tout ce qui nous entoure. Je tiens à vous remercier d'être venus assister à notre séance.

Je souhaite la bienvenue à Misty Thomas, de Nighthoops, Jerry Adams, de la Urban Native Youth Association, et à Frazer Smith, président de la Aboriginal Sport and Recreation Association of British Columbia.

C'est un grand plaisir pour moi de vous rencontrer et d'entendre parler de vos réussites ainsi que des sujets de préoccupation et d'inquiétude qui existent dans vos communautés. Il est très important que vos voix soient entendues.

Lorsque nous avons entrepris ces travaux en vue d'un plan d'action pour le changement, j'ai décidé de ne pas laisser les bureaucrates établir le programme. Chacun de nous au comité est rentré dans son patelin et a rencontré les organismes autochtones pour les aider, eux et les citoyens, à établir le programme de ce plan d'action pour le changement.

Nous avons choisi d'écouter les peuples autochtones. Au fil des années, à force de travailler avec mes concitoyens et de les organiser, j'ai constaté que lorsque l'on examine toutes les études qui ont été faites, ce sont des non-Autochtones qui nous ont étudiés. Il faut que nos voix à nous soient entendues et c'est précisément l'objectif de ce plan d'action pour le changement. Nous souhaitons la bienvenue à tous et chacun d'entre vous.

Je vois que Gail Sparrow est parmi nous. Bienvenue, Gail. Vous êtes une tisserande.

Mme Sparrow: Pas moi; c'est ma soeur qui tisse.

La présidente: Il y a à peu près trois semaines, on m'a offert une de ces magnifiques couvertures. Transmettez-lui mes salutations ainsi que mes plus vifs remerciements. Je vais la pendre au mur, elle est trop belle pour que je m'en serve autrement.

Cette fois-ci, donnons d'abord la parole aux messieurs, en commençant par M. Frazer Smith.

M. Frazer Smith, président, Aboriginal Sports and Development Centre: Je suis aussi président et président du conseil du Comité consultatif des Premières nations auprès de l'autorité sanitaire de l'île de Vancouver. Je suis vice-président de la Saanich First Nation Adult Care Society. Je suis aussi premier coordonnateur pour les aînés de Saanich. Je suis agent de liaison auprès du service de police du sud de l'île de Vancouver. Je suis très heureux d'être ici aujourd'hui. Je suis arrivé quelques minutes à l'avance, ce qui m'a donné le plaisir d'écouter les intervenantes qui m'ont précédé.

Il est difficile de comprendre tout ce que subissent et traversent nos jeunes. Nous avons du mal à leur tendre la main et à créer des partenariats.

On vous a relaté les échecs et les fléaux qui frappent nos communautés, mais essayez aussi de vous attarder aux réussites de certaines associations et certains de leurs membres.

Un des problèmes pour l'ASDC c'est qu'il ne reçoit plus de fonds gouvernementaux, ce qui est une conséquence des Jeux du Commonwealth. Quand je suis devenu président l'an dernier, nous étions sans le sou, mais nous avons réussi à survivre en créant des partenariats avec diverses associations et diverses personnes. Nous n'avons toujours pas de programmes sportifs parce que les gouvernements ne reconnaissent plus notre centre. Aujourd'hui, nous avons l'occasion d'en créer grâce aux membres qui composent notre conseil d'administration.

Les gens essaient de changer les choses, de tendre la main aux jeunes pour qu'ils s'adonnent aux sports ou fassent des études.

Toute la matinée et une partie de l'après-midi on a parlé de ce que les jeunes veulent. J'aurais bien aimé avoir ces choix quand j'étais jeune; je ne les ai jamais eus. On m'a enlevé de la maison et on m'a placé dans un pensionnat et j'ai appris à survivre, à m'endurcir et à travailler pour obtenir ce que je voulais. Je remercie mon père aujourd'hui décédé qui m'a dit que nous vivons dans deux sociétés, deux cultures. Où trouver l'équilibre?

J'ai entendu beaucoup de questions à la table ce matin. Vous savez, je pensais être à une réunion normale. Je levais la main pour essayer de répondre aux questions. J'avais oublié que mon tour viendrait. Toutes les questions et les réponses que vous avez eues, ces réponses ont déjà disparu. Je viens à beaucoup de ces tables, je fais mes propres choses à ma façon. Je ne suis pas aussi connu que Manny Jules ou Phil Fontaine ou les autres de leur genre. Je fais ma petite affaire discrètement. Je ne vais pas à la recherche de félicitations. J'ai été étonné que mon nom soit ici. Quelqu'un a téléphoné et a confirmé que j'y serais. Je ne savais pas vraiment ce qui se passait. Je suis heureux et ravi d'être ici aujourd'hui.

Beaucoup des choses dont je voulais vous parler ont disparu. Il doit y avoir un engagement, de vous ou de moi ou de la part de ceux qui sont intervenus ce matin. Vous savez, trop souvent dans les programmes et les organisations, il y a trop de monde au sommet.

J'aime le concept du nouveau gouvernement, même si je n'approuve pas le nouveau gouvernement très souvent; j'aime le concept de 10 p. 100 de frais d'administration et de 90 p. 100 de résultats. De cette façon-là, ça me fait travailler plus dur, ça me force à chercher d'autres partenaires pour équilibrer les programmes et les choses que nous faisons sur le terrain. Si vous ne créez pas de partenariats, vous n'aboutissez nulle part, ce n'est pas possible.

L'argent que le gouvernement nous donne, ce n'est presque rien. Pourtant, le gouvernement d'aujourd'hui veut qu'on fasse les choses à la façon du secteur privé. Si vous voulez du secteur privé, ne vous tournez pas vers les réserves parce qu'elles ne savent pas comment conduire une affaire.

Si vous voulez considérer les choses dans une optique commerciale et obtenir des résultats, il vous faut trouver des gens engagés à 110 p. 100 dans ces causes, que ce soit l'instruction, le sport, la santé mentale, la santé physique ou les conditions de vie.

Aujourd'hui, j'ai amené mon fils avec moi; pendant un an, il a travaillé dans le domaine de la mer et de la science. Le programme l'a frustré au point où il a démissionné parce que ses patrons ne voulaient pas s'engager à faire quelque chose après le projet pilote d'un an. Ils allaient de réserve en réserve partout dans la province pour parler à différentes bandes et à divers conseils à propos d'environnement, de santé environnementale et de la façon dont nous améliorons l'environnement, mais ça ne s'est jamais fait.

Je ne lui en veux pas d'avoir démissionné parce que quand vous parlez aux gens et qu'ils font la sourde oreille, il ne se passe rien, rien n'aboutit. Vous savez, comme vous l'avez dit vous-même, les Autochtones ont été étudiés sous toutes les coutures possibles et imaginables. On en a assez. Je dis toujours à nos gens qu'aujourd'hui c'est la bonne journée pour entreprendre une nouvelle vie.

Comme ancien coordonnateur de la 26e Conférence annuelle des aînés l'an dernier, je suis fier de dire que nous avons organisé le plus gros et le meilleur spectacle des 26 dernières années parce que nous avons accueilli des aînés de partout dans le monde et de partout au pays. Comme un sénateur l'a dit, je suis renversé que l'événement n'ait obtenu aucune couverture des médias. Si vous voulez que les médias parlent de vous, il faut travailler des pieds et des mains. Il faut battre le pavé et faire savoir ce que vous voulez faire et où vous allez.

Pour que les médias et la population sachent ce que vous faites, il faut sans cesse obtenir la couverture des médias mais aussi s'assurer qu'il y a des gens pour vous épauler. Si vous êtes seul, la tâche devient impossible. C'est un de nos problèmes.

On parle souvent de discrimination raciale. C'est une réalité depuis l'arrivée des Européens, mais nous avons survécu. Nous avons survécu à cause de notre volonté et de notre détermination à nous afficher fièrement comme Autochtones, Indiens, Premières nations, peu importe le nom que vous nous donnez. Je préfère que vous nous appeliez des Indiens parce qu'on n'a jamais réussi à se débarrasser de la Loi sur les Indiens ou à la changer.

Chaque fois que nous faisons quelque chose, la loi change les règles et les lois qui s'appliquent à nous. Si les gens ne se tiennent pas au courant des changements qui arrivent, de ce qui se passe, on retombe dans l'oubli et on est perdu. On le dit à nos dirigeants et ils ne le comprennent pas parce que ce sont des chefs et qu'ils sont supposés en savoir plus que nous. Moi, comme Indien ordinaire, je ne suis pas censé savoir ces choses.

Je suis un défenseur des droits et je me bats pour mes propres droits à moi et ceux de nos enfants. Je veux pouvoir le faire pendant longtemps encore. Comme je l'explique à mes enfants et à mes petits-enfants, je veux pouvoir partir et aller pêcher et chasser. Mais à bien y penser, il n'y a plus rien à pêcher ou à chasser.

Je continue à aller à la pêche pour chercher des réponses possibles, et peut-être que le Sénat peut nous aider à accomplir certaines des choses que nous voulons faire non seulement pour que ma vie soit plus facile mais aussi pour aider notre avenir, pour nous débarrasser de la discrimination et du racisme auxquels nous nous heurtons.

Que nous changions le programme d'études de nos écoles publiques ou pas, il faut faire bouger les choses. Il faut décider soit de se battre pour changer la loi soit accepter qu'elle nous régisse.

Vous avez affirmé ce matin vouloir avoir un représentant autochtone à chaque conseil scolaire. Ce que je vous dis, moi, c'est que cela ne donne rien de siéger à un conseil scolaire, quel qu'il soit. Mais si vous faites partie d'une meute, on vous accorde de l'intérêt et on vous écoute. Comme le disait Manny Jules: «Si vous ne faites pas partie de la solution, c'est que vous faites partie du problème». Moi, je suis devenu un des éléments de la solution.

Je fais partie de deux groupes dans mon arrondissement scolaire, et je m'en réjouis énormément, parce que j'oeuvre auprès des enfants de l'école élémentaire Brentwood Bay et de l'école intermédiaire Bayside. Je suis honoré de voir ce qui s'y passe et ce que nos enfants y font. À l'école intermédiaire de Bayside, nous organisons avec professeurs et élèves ce que nous appelons un «bain de foule», ce qui nous permet de voir ce qui se passe dans l'école, ce que les élèves veulent et ce qu'ils entrevoient comme avenir.

À l'école élémentaire Brentwood, notre groupe essaie de décourager toute tentative de racisme, dans le cadre de la partie autochtone du programme. Nous oeuvrons avec tous les élèves, y compris avec les Blancs.

Dès le début, je suis fier de voir à quel point les Blancs veulent faire partie du groupe des Indiens et travailler en collaboration avec eux. J'ai toujours cru que le racisme nous était imposé parfois parce que nous acceptions d'en faire partie. Nous voulons donc parler avec les élèves de racisme et de discrimination. Et d'ailleurs, nous n'avons cessé d'en parler à longueur de journée. Nous avons également parlé des pensionnats.

Quand on interroge les gens pour connaître les solutions, ils vous regardent bouche bée et ne disent rien. Ils n'ont pas de réponse à donner car ils sont trop occupés à parler d'eux-mêmes. Vous comme moi nous parlons d'eux, et ceux qui étaient ici ce matin ont parlé d'eux-mêmes, sans que quoi que ce soit ne bouge.

Chacun peut à sa façon, modestement, agir et faire bouger les choses. C'est dans les petites victoires que cela se voit. La réussite n'est peut-être pas totale, mais sauver ne serait-ce qu'une seule personne, c'est une réussite et non un échec.

Les programmes de DRHC dont on a parlé ce matin ne sont rien. Lorsqu'un programme de DRHC s'adresse à vous, vous êtes limités par ce que vous pouvez faire ou ne pas faire. On vous accorde un budget d'administration, qu'on appelle peut-être autre chose, mais il vous est impossible de créer quoi que ce soit et de faire bouger les choses parce que cela ne correspond pas aux objectifs du financement. Voilà ce dont vous devez vous préoccuper. Vous devez regarder ce qui se produira et réfléchir à ce que vous souhaitez et voulez accomplir.

Tout récemment, nous avons réussi à faire approuver un projet de trois ans de gestion des maladies chroniques grâce auquel nous avons mis en oeuvre des programmes comme la guérison traditionnelle et la médecine traditionnelle, de pair avec la médecine moderne et de la nutrition d'aujourd'hui et d'hier. Ce programme devient rapidement une réussite. Peut-être n'atteignons-nous que 10 ou 15 personnes, mais ces personnes auront désormais un mode de vie plus sain.

Quand on parle d'éducation, il faut voir ce qui se passe dans nos écoles, avec toutes ces bandes dont j'ai entendu parler. On ne peut ignorer ni les gangs, ni les trafiquants de drogue; ils ne disparaîtront jamais.

Vous avez parlé de nos chefs et de nos conseils, pour demander pourquoi ils ne faisaient rien. Nos chefs et nos conseils s'intéressent trop à la politique; ils essaient de sauver le monde entier. Ce sont les gens de la base, ceux qui ont comparu devant vous aujourd'hui, qui peuvent faire changer les choses. Ce sont les gens de la rue, des centres d'amitié ou des services éducatifs qui peuvent avoir une action décisive.

Les gens que j'ai entendus ce matin, qui s'engagent à 110 p. 100 dans l'action, sont ceux dont je suis fier et que je suis prêt à suivre. Ce sont eux que j'aime voir et entendre. Je les connais de nom sans les connaître personnellement, mais je sais ce qu'ils ont fait. Voilà ce dont il faut tenir compte, ce dont tout le monde devrait tenir compte. Ils peuvent devenir des modèles pour chacun d'entre nous.

En ce qui concerne les modèles et tous ceux qui sont au-dessus de nous, nous avons parfois tendance à leur accorder trop de considération, et c'est là qu'ils commencent à nous prendre de haut. Mon père disait: «Ne grimpe pas trop haut sur l'échelle, car un jour, tu vas tomber et où vas-tu te retrouver? Tu seras tout en bas avec moi. La meilleure façon d'agir, c'est de rester à terre, de façon à tout voir et à tout entendre. Quand on est trop haut sur l'échelle, on ne peut voir rien d'autre que le ciel. On ne voit plus les gens, les choses et les problèmes qui nous entourent. Au niveau du sol, on voit tout le monde».

J'espère que je n'offense ici personne. Dans le cas contraire, ne m'en veuillez pas. Je ne tourne jamais autour du pot. Vous savez, pendant des années, je m'en suis pris aux gouvernements.

J'ai vu passer six ministres provinciaux de la Santé, pour la simple raison que je suis toujours là. Je veux que les choses changent, pas nécessairement de mon vivant, mais je veux qu'elles changent.

J'ai fait le point en m'en venant ici et je me suis rendu compte que nous avons déjà obtenu un changement. Il fut un temps où nous avions 100 aînés. Aujourd'hui, nous en avons toujours 100, mais qui sont en bonne santé. Nous les avons rendus indépendants, autonomes, animés d'une véritable volonté de vivre. Aujourd'hui, nos aînés nous disent: «Comment se fait-il que je m'acharne à rester en vie alors que mes enfants et mes petits-enfants se suicident ou tombent dans la drogue ou l'alcool?» Je dis que ce ne sont pas les enfants. Ce sont les dirigeants. Il incombe aux adultes d'éduquer les enfants.

Le monde évolue très vite et il faut suivre cette évolution, malgré la dépression, malgré la pauvreté, malgré tous les problèmes. Vous avez entendu ce matin une jeune femme qui parlait des jeunes mères assistées sociales. Parlons de ces mères célibataires assistées sociales, qui reçoivent 200 $ par mois. Je mets au défi quiconque de survivre avec un tel montant.

Si vous voulez nous comprendre et savoir vraiment ce dont nous parlons, je vous mets au défi de venir vivre avec moi. J'ai lancé ce défi bien souvent, et il n'a jamais été relevé. Comme disait mon père: «Viens marcher dans mes chaussures et tu verras par toi-même ce que c'est que de vivre comme un Indien.»

Je vous suis reconnaissant de ce que vous faites et des changements que vous essayez d'apporter. Les choses vont bien commencer à changer un jour, que ce soit dans le domaine de la toxicomanie et de l'alcoolisme ou de la pauvreté dans notre milieu, même si ce n'est pas de mon vivant ni du vôtre.

J'ai remarqué que votre document fait référence aux jeunes des zones urbaines. Je pense que nous venons tous d'une zone urbaine. Nous sommes tous des urbains. Je pense du reste que c'est l'un de nos plus graves problèmes: dans nos sociétés, on nous divise et on nous répartit en différents groupes ethniques. Les gens qui sont assis à côté de moi ne sont pas différents de moi. Nous avons la même couleur de peau, la même couleur de sang et nous parlons des mêmes choses d'un jour sur l'autre.

J'espère que le Sénat pourra apporter les changements que nous espérons. J'espère qu'avant de partir, on va nous indiquer la date et l'heure des séances du Sénat. J'aimerais beaucoup y assister.

Je ne me suis pas assis à une table de ce genre depuis bien longtemps. Je me souviens de feu Harold Cardinal et de feu le chef Dan George. J'ai suivi leurs traces. Je les suivais partout et ils m'ont beaucoup appris.

Je suis très honoré d'être ici aujourd'hui et de m'adresser au Sénat. Je ne sais pas ce que vous voulez modifier, la Loi sur les Indiens ou d'autres mesures législatives. Je n'en ai aucune idée. Je n'ai eu que le petit paragraphe que vous m'avez donné, et je suis très honoré d'être ici et fier de me trouver à côté de ceux qui sont intervenus tout à l'heure. J'ai été heureux de les entendre parler de leur engagement à 110 p. 100 envers leurs communautés et leurs jeunes.

M. Jerry Adams, Urban Native Youth Association: Nous avons parlé de modèles, de ceux auxquels nous accordons le statut de héros, et j'aimerais signaler la présence parmi nous d'une amie, Cherry Kingsley.

Sans son action auprès du Sénat et de la communauté internationale, nous ne serions pas ici aujourd'hui, et je tiens à l'en remercier. C'est un modèle pour nous tous. Elle vient en aide aux jeunes et je la remercie de ce qu'elle nous a dit. Merci d'être venus nous rencontrer.

Je vous remercie également d'avoir écouté les jeunes hier soir. Deux de ces jeunes gens siègent à notre conseil d'administration. Sur les neuf membres du conseil d'administration, quatre sont des jeunes. Nous veillons à ce que les jeunes soient présents au sein de notre association. Sans eux, elle n'existerait pas. D'anciens étudiants qui ont pu terminer leurs études grâce à l'Association font aussi partie de la solution. Nous les engageons et ils travaillent pour nous. Ils n'ont pas toujours fait les études qu'il faut, mais ils connaissent le monde de la rue, et pour moi, c'est essentiel.

Les célébrations font partie des activités essentielles de notre association. Nos jeunes ne sont pas suffisamment célébrés en tant qu'êtres humains. Nous avons tendance à les oublier et à ne pas parler d'eux. Nous ne célébrons pas leurs succès scolaires. Même quand il s'agit d'un succès modeste, les jeunes aiment qu'on en parle et qu'on le souligne. Il faudrait le faire davantage. C'est pourquoi notre association met l'accent sur le travail auprès des jeunes.

J'ai le grand privilège de travailler avec des jeunes, qui sont au coeur même de ma vie. Ils me donnent l'énergie de travailler avec eux. J'ai 53 ans, mais je me sens encore assez jeune pour travailler avec eux et pour les comprendre. Pour moi, c'est un élément essentiel du service à assurer. Il faut apprécier ces jeunes pour pouvoir s'occuper d'eux. Nous sommes leur famille en milieu urbain, nous sommes leurs parents, leurs grands-parents et nous les voyons se doter eux- mêmes de leur descendance. Ils font des études et reviennent travailler avec nous.

Je pense qu'une solution existe. Il s'agit de nous aimer les uns les autres et de prendre soin les uns des autres. Ça ne me coûte rien de dire bonjour à M. Smith et de lui dire que je suis heureux de le voir aujourd'hui. C'est une solution bien simple. Nous avons tendance à passer les uns à côté des autres sans se parler et sans se voir. C'est pourtant ce qu'il faudrait faire.

Les meilleures choses ne sont pas forcément les plus coûteuses. Il ne coûte rien d'établir des relations avec la police, avec les travailleurs sociaux, avec nos dirigeants. Il faut communiquer surtout les problèmes. Nous travaillons avec la police de Vancouver. Dave Dixon est un policier de Vancouver qui travaille au contact des Autochtones. Nous avons des travailleurs sociaux qui s'occupent avec dévouement de nos jeunes. Il y en a aussi qui sont moins dévoués, mais ne parlons pas d'eux. Il faut célébrer les bonnes mesures prises en faveur de nos jeunes.

C'est pourquoi il faut considérer l'avenir plutôt que le passé, comme l'a dit M. Smith. Il ne sert à rien d'évoquer constamment le passé, car c'est aujourd'hui que les enfants ont besoin de nous.

J'ai un document que je vous soumettrai plus tard, car il n'est pas encore terminé. Nous sommes perfectionnistes. Je tiens à remercier mes deux assistantes qui rédigent pour moi, Linda Gray et Dena Klashinsky. Elles travaillent posément. Je ne leur donne pas grand-chose comme rémunération. Je les remercie également de leur travail. Ce sont des partenaires paisibles et silencieuses, ce qui est essentiel pour notre association. Nous ne faisons qu'un dans le travail. Elles travaillent avec moi pour mettre en place des services au sein de l'association. C'est pour cela que nous avons quatre jeunes à notre conseil d'administration. Leur participation est tout à fait essentielle. D'habitude, ce sont eux qui recrutent.

L'un de nos foyers d'hébergement a été établi par des jeunes. Ils ont fixé les lignes directrices et les règles applicables dans ce foyer. Il est essentiel que ce soit eux qui fixent les règles. Je ne sais plus ce que c'est que d'être jeune. Tout cela est désormais bien loin. C'est pourquoi leur participation est essentielle.

Je pourrais citer des statistiques provenant de l'étude de Penny Parry intitulé «Road Map». Je pourrais vous donner les pourcentages de suicides et de jeunes victimes d'exploitation sexuelle. Mais les sénateurs connaissent ces chiffres et je ne veux pas vous ennuyer avec tout cela.

Je pense qu'on peut résoudre le problème en proposant aux jeunes un endroit où ils se sentent chez eux. Ils ont besoin d'un endroit qu'ils vont diriger eux-mêmes. Nous aimerions créer un programme ou un centre pour les jeunes Autochtones de la région de Vancouver. Nous n'avons rien contre les autres centres, mais nous estimons que les jeunes ont besoin d'un endroit où ils se sentent chez eux. Il leur faut leur propre maison.

Les jeunes Chinois ont leur centre culturel chinois, il nous faut la même chose pour nos jeunes. Il leur faut un endroit où ils puissent s'amuser. Nos enfants ne s'amusent plus. Nous sommes toujours en train d'essayer de résoudre leurs problèmes et de les remettre sur la bonne voie, mais nous ne jouons plus avec eux. Il faudrait le faire davantage. Il est essentiel que les enfants s'amusent.

Il faut que les jeunes aient un endroit où ils puissent faire de la sculpture. Bien souvent, ils sont doués pour la sculpture, mais ils n'ont aucun endroit où la pratiquer.

Il faut que les jeunes mères aient un endroit où elles puissent amener leurs enfants. Nous voulons aménager une garderie dans notre centre, de façon qu'elles puissent laisser leurs enfants quelque temps pour aller à l'école ou au travail; elles en ont besoin.

Nous voulons un théâtre pour nos jeunes, car c'est ce qu'ils nous ont demandé. Ils veulent un endroit pour s'amuser et pour faire du théâtre. Nous avons de nombreux jeunes qui aiment jouer la comédie et qui veulent monter des pièces.

Nous avons prévu une auberge qui sera financée grâce au SCPI, à l'argent destiné aux sans-abri. Nous voulons disposer de places d'hébergement à long terme pour les jeunes qui se retrouvent sans logement. Le gouvernement provincial a interrompu le financement destiné aux jeunes de 17 à 24 ans, et ils ont besoin d'aide. Il faut recommencer à travailler avec eux.

Les jeunes disent qu'ils ne veulent pas être jugés. J'étais l'autre jour à une séance organisée par le ministère provincial du Développement de l'enfance et de la famille. Les jeunes disaient que les travailleurs sociaux les jugent. Les jeunes gens et les jeunes femmes disaient qu'ils avaient été chassés par leurs parents et qu'on leur disait constamment que leurs parents étaient alcooliques et qu'ils les battaient. Les jeunes comprennent leur situation, mais ils continuent quand même d'aimer leurs parents. Il faut en tenir compte.

Je pense que c'est un art que d'écouter les jeunes. Nous ne le faisons pas assez. Je peux vous raconter l'écoute que je fais en tant que travailleur social. J'ai amené un jour une jeune fille dans une famille d'accueil, et avec la mère de famille d'accueil et la jeune fille, nous avons établi un plan pour elle. La jeune fille a dit qu'elle voulait pratiquer le tambour traditionnel, retourner à l'école, s'abstenir de la drogue et de l'alcool et ne plus traîner dans les rues. Une fois ce plan établi, la jeune fille est allée aux toilettes et s'est enfuie. Sa mère de famille d'accueil et moi ne l'avions pas écoutée. Il faut écouter les jeunes.

Tous les niveaux de gouvernement, provincial, fédéral et municipal, doivent collaborer ensemble. Nous avons un accord tripartite, mais il n'a pas donné les résultats escomptés.

Ce qu'il nous faut, ce sont des programmes durables. Mes collaborateurs sont contrariés, car dès qu'un programme est lancé, il faut l'interrompre, quitte à recommencer deux ou trois mois plus tard. J'estime que ce n'est pas le genre de service qu'il faut proposer aux jeunes.

Je vous en prie, dites aux parlementaires que ce n'est pas la bonne façon de faire. Parlez-leur de ce problème et dites- leur qu'il nous faut des programmes à long terme pour les jeunes. C'est la seule façon de sortir du cercle vicieux. Je pense qu'on peut en sortir. La situation n'est pas désespérée. Nous avons survécu jusqu'à maintenant et nous allons encore survivre.

Pour les jeunes, il est difficile de trouver des modèles. Il faut les aider dans ce domaine. On ne peut pas supprimer la drogue, l'alcool et l'itinérance sans les remplacer par quelque chose. C'est cela qu'il faut construire. C'est pourquoi il nous faut des endroits où les jeunes se sentent chez eux.

La présidente: Votre témoignage nous a beaucoup éclairé. Vous nous avez proposé de bonnes solutions simples et claires.

Mme Misty Thomas, Nighthoops, Pacific Sport National Sport Centre: M. Smith et M. Adams ont parlé de petits succès et ont mis l'accent sur les réalisations, et je pense que c'est ce dont j'aimerais vous parler aujourd'hui au cours de mon exposé.

J'ai une formation dans le domaine des sports et des loisirs. J'ai obtenu un diplôme de premier cycle en éducation physique avec une spécialisation dans la médecine sportive et j'ai aussi une maîtrise en conditionnement physique.

Je travaille au Pacific Sport National Sport Centre où je suis responsable de services athlétiques et du développement de l'entreprise pour tous nos athlètes olympiques et paralympiques qui vivent et s'entraînent en Colombie-Britannique. Je travaille avec nos futurs athlètes.

J'ai participé aux Jeux olympiques dans le cadre des tournois All-American de basket-ball. J'ai par ailleurs été entraîneur au niveau universitaire, tant au Canada qu'aux États-Unis, et dans le cadre de notre programme pour notre équipe nationale. Rien de tout cela ne m'amène ici aujourd'hui, mais contribue cependant d'une certaine façon aux programmes auxquels j'ai participé.

Je suis ici pour parler des deux programmes que j'ai créés dans la région métropolitaine de Vancouver en utilisant le sport pour aider les jeunes à risque. Vous n'êtes sans doute pas trop surpris d'apprendre que j'ai choisi le basket-ball, car il y a de très bonnes raisons pour lesquelles le basket-ball est un bon choix pour les jeunes dans les centres urbains.

Le premier programme que j'ai créé il y a un peu plus de huit ans s'appelle Night Hoops. Comme son nom le laisse entendre, il s'agit d'un programme de basket-ball offert en soirée aux jeunes à risque. Le programme a initialement été envisagé en réponse à une augmentation du nombre de manquements aux conditions de la probation.

La plupart des gens savent que lorsqu'un jeune est en probation, il se voit normalement imposer un couvre-feu à 22 heures. La plupart des manquements au couvre-feu se produisent les vendredis et samedis soirs. Du dimanche au jeudi, il est sans doute possible de vivre avec un couvre-feu de 22 heures, mais les vendredis et samedis soirs, un couvre-feu à 22 heures pour un adolescent constitue une punition cruelle et inhabituelle.

Nous avons créé un programme de basket-ball pour les vendredis et samedis soirs et nous espérons que ce programme permettra aux jeunes de canaliser leur énergie et leur passion dans le basket-ball. Night Hoops offre aux jeunes âgés de 13 à 18 ans l'occasion de faire partie d'une équipe.

Tous les jeunes qui participent au programme nous sont envoyés par l'une des sources suivantes: des agents de probation, des policiers, des dirigeants ou des conseillers scolaires, des travailleurs auprès des jeunes ou tout autre professionnel des services sociaux.

Lorsqu'il participe au programme, le jeune apprend non seulement à jouer au basket-ball, mais il peut également participer avant les parties à des ateliers éducatifs qui portent notamment sur les compétences professionnelles, la santé et le développement du caractère personnel.

Pour moi, il s'agit d'un concept très simple. L'idée est de faire en sorte qu'il soit beaucoup plus agréable pour le jeune de jouer au basket-ball avec ses copains que de faire toute autre chose qu'il pourrait faire en soirée les vendredis et samedis.

Le programme a commencé comme projet pilote en janvier 1996 avec 12 équipes qui jouaient dans six gymnases dans l'est de Vancouver. Le programme est maintenant à son apogée et il est offert dans six municipalités. Il y a plus de 40 équipes qui jouent dans près de 30 gymnases, ce qui représente plus de 500 adolescents par semaine. Depuis sept ans que le programme existe, environ 3 000 jeunes ont participé au programme.

Le deuxième programme que j'ai mis sur pied récemment s'appelle le programme de basket-ball pour les jeunes Autochtones. Nous venons tout juste de terminer notre projet pilote initial il y a environ deux semaines. Les dirigeants communautaires de la Première Nation Musqueam et de la Première nation squamish sont venus me voir à l'été 2002 au sujet d'un programme pour leurs jeunes. Au cours des dernières années, il y avait eu des équipes des nations Musqueam et Squamish ainsi qu'un certain nombre de jeunes qui vivaient hors réserve à Vancouver et qui avaient participé au programme Night Hoops.

Semblable au programme Night Hoops, le programme de basket-ball pour les jeunes Autochtones a été établi pour répondre à un besoin identifié. Il était nécessaire de tenter de faire en sorte que les jeunes des Premières nations puissent avoir des rapports agréables et positifs avec leur communauté. Je dois dire que lorsque ces dirigeants m'ont d'abord pressentie, j'ai remarqué un certain désespoir dans leurs voix. Il était évident pour moi qu'ils avaient vraiment peur pour leurs jeunes. J'avais l'impression qu'ils ne savaient presque plus quoi faire pour leurs jeunes.

Ils m'ont dit qu'ils voyaient souvent les jeunes jouer au basket-ball dans des allées ou au centre de loisirs, mais souvent que c'était pour eux une façon de se rassembler avant de passer à d'autres activités peut-être moins positives.

On a donc simplement eu l'idée d'offrir à ces jeunes un environnement sûr et supervisé pour jouer au basket-ball.

Il est important dans le cadre de ce programme que les jeunes communiquent avec leur communauté. Ce programme a été conçu pour être extrêmement rassembleur. Par exemple, il était beaucoup plus important pour moi au cours de ces étapes initiales et pendant le projet pilote que les gens qui travaillaient directement avec les jeunes viennent de leur propre communauté. Leur capacité au niveau de l'entraînement ou leurs connaissances du basket-ball étaient moins importantes. Il y a certainement des entraîneurs beaucoup plus compétents, des gens qui connaissent beaucoup plus ce sport, mais l'idée était de renforcer la capacité au sein de leur propre communauté. D'autres dirigeants adultes dans la communauté sont devenus arbitres, marqueurs, chronométreurs, opérateurs de concession, et pour moi, leur rôle le plus important était celui de meneur de claques.

Pendant le projet pilote, il était crucial de renforcer la capacité afin d'aider les jeunes à rétablir le lien avec leur communauté. L'amélioration de la qualité des entraîneurs et des officiels pouvait venir plus tard.

Nous avons encore beaucoup à faire pour améliorer ce programme, mais dans le peu de temps que nous avons eu pour terminer le projet pilote, j'estime que nous avons eu un succès extraordinaire. Ça ne me surprend pas, et je ne crois pas que ça devrait surprendre que le sport puisse être considéré comme une solution aux nombreux problèmes des adolescents.

Ce qui me surprend toujours en ce qui concerne ces deux initiatives, c'est la difficulté à avoir accès à des fonds pour financer ces projets malgré les nombreuses études qui révèlent que de tels programmes sont très bons.

Je suis certaine que vous en avez assez d'entendre les gens supplier pour obtenir du financement pour de bons programmes, et vous pouvez ajouter mon nom à cette liste déjà longue et peut-être qu'à un moment donné nous pourrons obtenir quelque chose.

Il y a une chose que j'aimerais porter à votre attention au sujet du financement du programme de basket-ball pour les jeunes Autochtones. Lorsque nous avons décidé de créer cette ligue, l'étape suivante consistait à trouver du financement pour mener à bien notre projet. Nous avons eu des rencontres, écrit des lettres, envoyé des propositions à la fin de l'été et au début de l'automne, et nous avons lentement commencé à recevoir des réponses. De fait, je reçois encore des réponses cette semaine même si notre projet pilote est maintenant terminé.

Pendant que nous attendions des réponses mais que nous ne recevions rien, semaine après semaine, il y avait des jeunes qui continuaient à participer à des activités négatives et à avoir d'autres types de comportements négatifs. Encore une fois, j'ai entendu le désespoir dans la voix de leurs parents, et c'est devenu encore plus urgent lorsque, à la suite de quelques incidents séparés, des adolescents sont décédés parce qu'ils avaient fait une consommation abusive d'alcool et de drogues à la fin de l'automne 2002.

À ce moment-là, il n'était plus question d'attendre que quelqu'un d'autre leur vienne en aide, et ces communautés ont elles-mêmes trouvé des ressources qui avaient été engagées dans d'autres domaines et les ont déplacées dans ce programme. Je pense que cela montre bien l'importance que ces communautés accordent aux programmes sportifs comme moyen d'atteindre leurs jeunes.

J'ai invité Gail Sparrow de la Première nation Musqueam à se joindre à nous ici aujourd'hui car elle peut vous parler plus directement de ce qu'elle a observé de première main au sein de sa collectivité. J'aimerais donc maintenant donner la parole à Gail.

Mme Gail Sparrow, Première nation Musqueam: Bonjour.

[Mme Sparrow s'exprime dans une langue autochtone.]

Avant de venir ici, j'ai dit à ma vieille tante que j'allais témoigner devant un comité permanent qui m'écouterait en vue de rédiger un rapport sur la jeunesse autochtone. Elle m'a demandé: «Est-ce qu'ils vont se lever pour t'écouter?» Je pourrai lui dire que vous étiez tous assis, à l'exception du sénateur Carney.

Je veux aussi dire deux mots au sénateur St. Germain. Sénateur, vous m'avez rappelé des souvenirs quand vous avez fait allusion à la chanson d'Elvis Presley intitulé «The ghetto». Il y a environ 34 ans, quand j'étais beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui, j'étais étendue sur un lit d'hôpital à New Westminster. Un jeune homme qui conduisait sous l'influence de l'alcool avait frappé la voiture dans laquelle je me trouvais et je m'étais cassé la jambe. J'étais toute seule à l'hôpital parce que ma famille ne pouvait pas me rendre visite depuis Musqueam, c'était loin à l'époque, et j'écoutais la radio parce qu'il n'y avait pas la télévision dans les chambres. J'étais couchée là, m'apitoyant sur mon sort parce que personne ne m'avait rendu visite depuis cinq jours. J'ai allumé la radio et l'on faisait jouer la chanson d'Elvis Presley, «The ghetto», et j'ai commencé à pleurer parce qu'il me semblait que j'étais justement dans un ghetto, avec la jambe cassée, et personne pour me rendre visite. Je voulais remercier le sénateur St. Germain de m'avoir rappelé ce souvenir.

Je voudrais vous donner un peu de contexte. Mon grand-père, aujourd'hui décidé, a été mon mentor. Il était chef et il a été mon mentor tout au long de mon mandat de chef à Musqueam et il m'a enseigné quelque chose. Il a dit: «Gail, quand tu es assise à écouter les gens, tu as deux oreilles pour écouter attentivement, et tu as une bouche qui va pouvoir exprimer ce que tu entends.» Je veux que vous m'écoutiez attentivement parce que je veux vous aider à avoir une vision claire et nette de ce qui s'est passé dans le secteur du basket-ball pour les jeunes Autochtones.

Misty vous a informé du fait que nous avons eu des problèmes d'argent. Bien, vous savez, quand on travaille fort, ce dure labeur est la levure qui fait lever la pâte.

J'ai eu beaucoup de mal à ramasser la pâte pour ce programme. Nous avons présenté tous les niveaux de gouvernement. Nous avons rencontré des ministres et écrit des lettres, fait des appels téléphoniques, envoyé des propositions, tout cela en vain. Ils ont tous dit: «Très bien, le ministère va vous aider», et Misty recevait les lettres dans lesquelles on disait «Le ministère va vous aider.» On nous a envoyés d'un ministère à l'autre. Nous étions tellement frustrés que nous sommes retournés voir les bandes pour demander de l'aide. Pourquoi les bandes? Parce que c'était là que se situait le problème des jeunes Autochtones.

Avant ce programme, dans la bande de Squamish, il n'y avait pas un seul enfant qui jouait au basket-ball; ils étaient tous dans la rue. Nous avons dépensé beaucoup d'argent pour enterrer nos jeunes qui sont morts pour avoir trop consommé de drogues et d'alcool, mais nous n'avions jamais assez d'argent pour investir dans des programmes qui pourraient les aider à vivre. C'est difficile de trouver de l'argent pour des programmes de prévention et nous savons tous que «mieux vaut prévenir que guérir».

Les jeunes, les pré-ados et les adolescents descendaient de l'autobus scolaire, trouvaient quelque chose à fumer ou une dose de drogue quelconque, ou bien ils flânaient dans la rue et s'attiraient des ennuis. Il n'y avait rien qui les interpellait, rien pour les occuper d'une manière constructive et positive.

Ce problème m'a touché de près quand ma propre nièce, qui a complété ses études secondaires, s'est mise à consommer du «cristal meth», c'est-à-dire de la méthamphétamine sous forme de cristaux, qui est la drogue la plus couramment consommée dans la rue. Elle pouvait se procurer du cristal meth à un pâté de maisons de chez moi et d'autres jeunes enfants en consommaient aussi.

Misty avait raison de dire que nous avons perdu des vies pendant la mise en oeuvre de ce programme. Nos jeunes Autochtones méritent un plus bel avenir. J'ai déjà été gamine et je suis toujours jeune de coeur.

Quand j'étais jeune, nous avions un club de basket-ball. J'ignore si vous êtes au courant, mais Musqueam a été la première localité canadienne à posséder son propre gymnase. Il a été construit après que les adultes eurent réalisé que les enfants avaient besoin d'un endroit où jouer. Les enfants ont besoin d'un endroit propice à l'épanouissement de leur talent sportif et à l'apprentissage de la bonne conduite.

Ce gymnase existe toujours et il est le résultat des efforts déployés par les adultes pour répondre aux besoins de leurs enfants. Le problème, c'est qu'au cours des 10 dernières années, il n'y a eu aucune organisation dans notre communauté, nos enfants n'ont pas joué au basket-ball.

Nous nous sommes adressés aux bandes qui ont retourné leurs poches pour trouver les sommes requises. Nous avons fait preuve d'un acharnement indéfectible afin qu'elles consentent à financer le programme. En définitive, Musqueam, le Centre d'amitié et la bande indienne de Squamish ont accepté de financer nos activités. La bande indienne de Tsawwassen aurait voulu être de la partie, mais le taux de participation des enfants de cette collectivité ainsi que ses fonds ne le permettaient pas. La bande indienne de Burrard s'est également montrée intéressée, mais elle n'était pas suffisamment organisée pour que ses jeunes participent. Je suis convaincue que l'année prochaine sera différente. Il était important pour nous de réunir les sommes nécessaires, mais pas autant que la conception d'un bon programme dont les jeunes avaient réellement besoin.

Nous sommes passés d'un taux de participation nul à une pleine participation. La seule bande indienne de Musqueam avait suffisamment d'enfants pour mettre sur pied trois équipes juniors. Le gymnase qui était autrefois vide est à présent rempli tous les lundis soirs de parents qui viennent y voir leurs enfants jouer au basket-ball. Parents, frères, soeurs, cousins, tantes et oncles viennent tous encourager les enfants. Le basket-ball est devenu une activité qu'on attend avec impatience.

Le Centre des Indiens de Vancouver qui n'avait aucune équipe au point de départ a terminé l'année avec deux équipes, toutes deux championnes respectives de leurs ligues junior et senior. La bande indienne de Squamish disposait de quatre équipes, mais n'avait aucun adversaire à qui se mesurer. Grâce à ce nouveau centre sportif, elle s'est enfin trouvée des rivaux.

En entrant dans le centre, on y perçoit l'excitation, la vie, la joie et la participation. Des enfants qui erreraient normalement dans les rues participent à une activité productive, un exercice bénéfique puisqu'il leur permet de grandir tant sur le plan spirituel que physique. La présence de leurs parents est également salutaire. Ce sont les personnes les plus importantes de leur vie.

Depuis la fin de la saison, les enfants se demandent ce qu'ils vont faire. Il y a un battement entre leurs activités. Nous n'avons pas suffisamment d'argent pour prolonger nos activités. Nous avons fait de notre mieux avec les fonds à notre disposition. Nous avons demandé aux enfants ce qu'ils voulaient faire et ils nous ont répondu.

Il est difficile d'organiser ces programmes pour les enfants en raison des obstacles que l'on rencontre: le problème le plus grave est celui du financement. La bande indienne de Squamish dispose d'un revenu de 44 millions de dollars par année, et pourtant, nous avons du mal à avoir accès à du financement. Nous éprouvons des difficultés lorsque nous tentons d'avoir accès au financement garanti par des programmes gouvernementaux censés améliorer la vie des Premières nations. Les règles devraient être les mêmes pour tout le monde de sorte que les programmes mis en place par le gouvernement soient réellement accessibles aux Premières nations qui veulent y participer afin de mener une vie plus productive. Ce n'est pas facile quand les portes se ferment devant vous. On nous promène de ministère en ministère et rien ne bouge. Ce n'est pas facile d'aller quémander auprès des bandes autochtones qui doivent fouiller dans leurs poches parce qu'on se sent coupable de prendre leur argent, même si c'est pour les enfants.

Tout ce que les enfants veulent savoir, c'est à quoi ressemblera le programme l'année prochaine. On se demande si on devra reprendre la même lutte pour obtenir le financement l'année prochaine. On se demande si on aura de l'argent pour les uniformes et ainsi de suite. On dit aux enfants qu'ils auront leur programme peu importe la réaction du gouvernement à nos demandes. Nous sommes résolus à maintenir ce programme. Quand on veut obtenir quelque chose, on doit le faire soi-même.

Les bandes vont attribuer des fonds de leurs budgets pour le basket-ball chez les jeunes Autochtones. Le financement est insuffisant et inférieur à ce à quoi nous nous attendions, mais c'est un début.

Il est important que le comité comprenne que nous sommes ici au nom des jeunes. Nous souhaitons ardemment que vous nous écoutiez. Je crois qu'il est temps que les portes s'ouvrent pour nous, puisque l'avenir de nos jeunes en dépend. Si nous ne leur offrons pas ces programmes aujourd'hui, leur avenir ne sera pas meilleur. J'ai la possibilité de faire du sport et j'ai la responsabilité de faire en sorte que nos jeunes aient la même possibilité. Ce programme a été positif pour moi, j'ai ensuite pu obtenir mon diplôme du secondaire. J'ai ensuite poursuivi mes études au collège, et à l'université. Je me suis ensuite lancée en affaires et plus tard, en politique.

Nous ne voulons plus que nos enfants fassent partie des statistiques. Nous avons le taux de décrochage le plus élevé du pays. Nous avons aussi le taux le plus élevé de consommation abusive d'alcool et de drogues, et beaucoup d'autres problèmes, chez nos jeunes. Ces statistiques doivent changer et elles changeront, si vous nous écoutez.

Nous sommes peu nombreux, mais nous sommes confrontés à un grand problème. Nous pouvons contribuer à la solution en faisant ce que nous faisons déjà; nous parlons au nom des jeunes. J'aimerais avoir avec moi une vidéo qui vous permette de voir les aspects positifs du programme pour nos jeunes. Nous sommes là à frapper à votre porte, pour que vous compreniez que nous avons besoin de ces programmes. Ils peuvent changer la vie de nos enfants et améliorer leur avenir. Nous pouvons les garder à l'école, les sortir de la rue et les écarter des drogues et de l'alcool. De bons programmes sportifs peuvent faire cela pour nos enfants dans les réserves et hors réserve.

Je le dis pour toutes les Premières nations, et pas seulement pour le basket-ball chez les jeunes Autochtones. Il faut investir des fonds pour des programmes, et s'assurer qu'ils sont affectés aux bons programmes. C'est la clé. Des millions de dollars sont affectés et il faut vraiment faire un suivi pour veiller à ce qu'ils reviennent entre les mains de ceux qui en profiteront le mieux. Peu importe la taille du programme, ce qui compte, c'est son aspect positif pour chacun.

Je suis d'accord avec Frazer, au sujet de la recherche. On a fait déjà beaucoup trop de recherches sur nous. Je voudrais que ces dollars consacrés à la recherche aillent plutôt aux programmes de basket-ball, partout au Canada. La recherche a cerné les problèmes. Nous savons aussi quelles sont les solutions. Réunion après réunion, comité après comité, on fait de plus en plus de recherches. Les problèmes sont les mêmes qu'il y a 35 ans, quand mon père était chef. Les problèmes n'ont pas changé.

Le problème se trouve dans la structure de la Loi sur les Indiens. Ce n'est pas une bonne structure gouvernementale et les chefs et les conseils ont calqué leurs structures là-dessus. On nous répond toujours «non» alors qu'il y a de l'argent. On peut se demander pourquoi nous avons toujours les mêmes problèmes. On n'a pas à s'en étonner, quand on sait où va l'argent censément destiné à la prévention, au traitement et au développement socioéconomique des Premières nations.

Je ne sais pas où va tout l'argent; pour moi, c'est une énigme. Misty et moi avons consacré énormément de temps à mettre sur pied ce programme de basket-ball. Je m'étonne que l'argent consacré à des programmes, année après année, soit versé, mais que pour les nouveaux programmes, les programmes innovateurs et productifs, les portes soient fermées, surtout s'il s'agit de programmes pour les jeunes.

J'espère vraiment que cela servira à quelque chose, que ça ne tombera pas dans l'oreille d'un sourd. J'espère vraiment qu'on verra des résultats. Nous sommes ici pour les jeunes. Nous les écoutons et nous savons que ces programmes peuvent améliorer leur avenir. Ce sont eux qui vivront cet avenir et c'est de cela que nous sommes venus vous parler.

Il faut que tous soient sur le même pied, sénateurs, pour que les programmes du gouvernement et les programmes pour les jeunes Autochtones soient fondés sur des partenariats, et qu'ils soient reconnus. Peu importe la taille de l'organisation, ce qui compte, c'est ce qu'on y fait.

Je vous dis tout cela parce que c'est ainsi qu'ont toujours fait les Premières nations. Je n'ai pas beaucoup de documents écrits parce que je n'aime pas écrire. Je ne suis pas une rédactrice, de par ma nature. Je m'exprime mieux oralement. À Musqueam, on m'appelle «la bouche du Fraser».

Je veux simplement que vous sachiez que ce programme doit être maintenu. Ce programme et ceux dont Frazer et Jerry vous parlent peuvent faire partie d'un grand programme qui fera toute la différence pour les jeunes. Nous pouvons agir collectivement ou en collaboration, dans le cadre de diverses initiatives, ou du fait que le gouvernement changerait ses exigences pour l'accès au financement. C'est ce que nous devons faire pour ouvrir la porte aux enfants, pour leur ouvrir l'avenir, grâce à des programmes comme celui-ci.

Je sais bien que les sénateurs peuvent être notre voix et je leur demande d'être notre voix à Ottawa, de parler en notre nom. Nous espérons avoir des nouvelles de vous, et ne pas être mis de côté. Cela se produit trop souvent, nous nous faisons rouler. Je n'aime pas gaspiller mon temps pour des choses infructueuses.

Nous sommes ici pour dire que nous voulons être productifs, que nous voulons travailler avec le gouvernement, que nous voulons que le financement se rende jusqu'aux enfants des Premières nations. C'est la raison pour laquelle je suis ici, et je ne serais pas là si je ne pensais pas que le jeu en vaut la chandelle. Je tiens particulièrement à remercier le sénateur Carney pour son intérêt. Elle nous a aidés à mettre sur pied le programme Night Hoops. Elle nous a écoutés et nous en avons vu des effets immédiats. Malheureusement, les résultats n'ont pas répondu à nos attentes et c'est la raison de notre présence ici aujourd'hui.

Que nous ayons l'argent ou pas, nous garderons notre programme de basket-ball. Nous trouverons l'argent parce que vous dites que, quand on travaille fort, ce dur labeur qui est la levure qui fait lever la pâte. Nous trouverons l'argent. Veuillez aider la jeunesse de cette province et de l'ensemble du pays en trouvant les fonds pour les programmes qui existent pour eux, et qui les rejoindront, par l'intermédiaire d'autres organisations qui travaillent aussi pour eux.

[Mme Sparrow s'exprime dans une langue autochtone.]

J'espère que cela vous a convaincus et que vous transmettrez notre message au gouvernement. Nous ne pouvons pas enfoncer les portes à Ottawa, mais vous pouvez les ouvrir. Nous vous demandons de nous aider.

La présidente: Nous travaillons à ce plan d'action pour le changement depuis deux ans et demi et plus intensivement depuis 18 mois. Nous avons nous-mêmes décidé d'entreprendre ce travail et nous avons conçu le programme avec l'aide de vos communautés. Chacun d'entre nous s'est tourné vers sa communauté et s'est adressé aux organismes autochtones pour nous aider à déterminer de ce qui comptait le plus pour les Autochtones. C'est un plan d'action pour le changement.

Nous ne pouvons rien vous promettre, sinon que chaque député et chaque sénateur recevra un exemplaire de ce rapport. Nous allons leur parler et faire pression en faveur d'un changement. Toutes les organisations autochtones qui veulent se servir de ce rapport pour revendiquer des fonds pour nos peuples autochtones l'obtiendront. Nos communautés doivent pouvoir se prendre en main et nous espérons que c'est ce qui arrivera. Nous voulons que les communautés et les nations autochtones travaillent de concert avec les autres Canadiens pour veiller au bien-être de nos enfants et pour les ramener à leurs foyers et à leurs familles. C'est une étape absolument capitale.

Je tiens à vous remercier tous d'être venus ici aujourd'hui parce que nous avons besoin de vous entendre pour pouvoir transmettre votre message aux gens d'Ottawa et faire pression en faveur d'un changement.

Je salue la contribution de Mme Pat Carney parce que c'est grâce à elle que notre programme prévoit la participation des communautés. Je remercie également Mme Cherry Kingsley, qui a travaillé très étroitement avec le sénateur Pearson, tant à l'échelle nationale qu'internationale, sur le dossier de l'exploitation sexuelle de nos enfants. Elle a rempli sa tâche avec brio et, grâce à son excellent travail et à celui du sénateur Pearson, le dossier est rendu aux Nations Unies. Ce travail a réussi à changer l'attitude des pouvoirs en place face à l'exploitation sexuelle de nos enfants, qui est une véritable tragédie dans nos communautés.

Le sénateur Carney: Je tiens à souligner que le sénateur Chalifoux et Gail Sparrow m'ont appris tout ce que je sais à ce sujet.

Un des jeunes Autochtones auxquels nous avons parlé hier soir a dit que la durée du programme était trop courte. Est-ce parce qu'il s'agissait du programme pilote? Quelle est la durée de ces programmes?

Mme Thomas: Oui, c'est parce que le projet pilote devait être de très courte durée.

Le sénateur Carney: De quelle durée en fait?

Mme Thomas: Le programme a duré un peu moins de trois mois et devait se terminer vers la fin de la semaine avant le tournoi de basket-ball de la Nation squamish, qui commence vendredi.

Le sénateur Carney: Combien d'argent faut-il pour renouveler ce programme?

Mme Thomas: Il est difficile de répondre avec précision à cette question, parce que cela dépend du nombre d'équipes et de la distance entre elles. De toute façon, cela ne coûterait pas cher. Pour un programme de six mois faisant appel aux équipes que nous avons déjà, il nous faudrait de 15 000 à 20 000 $.

Le sénateur Carney: Seulement 15 ou 20 000 $? Demandez au sénateur Lawson de vous faire le chèque.

Sénateur Lawson: C'est l'équivalent de l'argent qui a été volé lorsque les gens à Ottawa distribuaient les subventions.

Mme Thomas: Je n'ai jamais dit que nous avions demandé beaucoup d'argent, mais seulement que nous n'avons rien reçu.

Le sénateur Carney: Ce qui ressort de vos propos, c'est qu'il ne s'agit pas de sommes faramineuses.

Le programme Night Hoops a duré huit ans; qu'est-il arrivé au financement?

Mme Sparrow: Il était financé par DRHC.

Le sénateur Carney: Cela tombe bien, nous avons justement avec nous quelques représentants de DRHC.

Mme Sparrow: Qui sont-ils?

Le sénateur Carney: Mais où est donc le problème? Il s'agit d'un programme qui a duré huit ans, qui a rejoint 40 municipalités, si j'ai bien compris, et des centaines de jeunes. Pourquoi a-t-on cessé de le financer?

Mme Sparrow: Je ne connais pas le fin mot de l'histoire, sénateur Carney, mais je sais que le financement de Nighthoops a posé beaucoup de difficultés de nature politique. Cela nous a tellement frustrés que nous avons décidé de passer à autre chose. Nous nous en sommes retirés et avons décidé de former le programme de basket-ball pour les jeunes Autochtones. Nous étions fatigués des complications et des petits jeux politiques associés aux subventions de DRHC. Le ministère a de plus changé les règles de financement, si bien qu'il était très difficile d'obtenir des fonds pour le segment suivant. Je pense que Misty pourrait vous en dire plus long.

Mme Thomas: On ne m'a jamais clairement expliqué les raisons pour lesquelles le ministère a cessé de financer le projet. En travaillant avec Night Hoops, nous avons pu obtenir d'autres subventions provinciales pour pouvoir continuer à offrir un programme d'envergure plus modeste.

Le sénateur Carney: Est-ce que ce programme existe toujours?

Mme Thomas: Oui, et il va très bien, même s'il n'a plus l'ampleur qu'il avait. Il existe toujours et son financement est assuré pour les deux prochaines années.

Le sénateur Carney: Madame Smith, qui sont vos partenaires? Vous dites que vous avez formé un partenariat avec d'autres intervenants dans le développement des sports. S'agit-il d'un partenariat avec le gouvernement, avec les entreprises ou avec la bande?

Mme Smith: Non, nous avons établi des partenariats avec la Peninsula Diabetes Association, le Comité des ressources autochtones, l'ASRA et l'Aboriginal Sports and Recreation Association. Ces organisations s'efforcent de nous renflouer.

Nous avons accès à des entraîneurs qualifiés et à des formateurs d'entraîneurs. Nous ne recevons pas de subventions du gouvernement. On entend les parlementaires dire que nos jeunes doivent exceller dans les sports, mais cela ne sera jamais possible car il faudrait qu'ils puissent prendre part à des compétitions.

L'été dernier, nous avons essayé de lancer un projet pilote avec les jeux de la Colombie-Britannique. Nous voulions y amener certains de nos athlètes autochtones, mais on nous a invités à participer à des jeux parallèles. Ils voulaient bien que nous participions, mais dans une catégorie à part réservée aux «Indiens». Ce n'est pas ce que nous voulions. Nous voulions que nos jeunes puissent participer aux jeux de la Colombie-Britannique, tout comme les autres jeunes. On nous a répondu que ce n'est pas possible parce que tous les joueurs de notre équipe étaient Autochtones. Ils avaient peur parce que nos jeunes sont très forts. Nos jeunes sont tous de bons athlètes.

Le sénateur Carney: Qu'est-ce que la tenue des Jeux olympiques vous apporterait? Est-ce que cela drainerait toutes les ressources financières, privant ainsi vos programmes du financement nécessaire, ou est-ce que cela vous aiderait? J'aimerais entendre l'avis de chacun de vous à ce sujet.

M. Adams: Je pense que ces jeux seraient un bonne chose pour nos jeunes, d'abord qu'il leur en reste quelque chose de tangible. Je voudrais que nos gouvernements laissent aux jeunes un certain héritage, que ce soit au chapitre du logement ou des loisirs, et pas seulement des totems.

Le sénateur Carney: Est-ce que les Olympiques draineraient l'argent de vos programmes ou, au contraire, est-ce que cela les aiderait?

Mme Thomas: Je pense que cela nous aiderait à divers égards, et d'ailleurs c'est déjà fait. C'est la première fois dans l'histoire des candidatures aux Jeux olympiques qu'un programme a été mis sur pied, avant même l'étape des candidatures, pour que les équipements utilisés pendant les jeux soient mis à la disposition des populations par la suite. La plupart de ces programmes sont mis sur pied après le choix de la ville hôte. Or, la mise en candidature de Vancouver a comporté la création du programme 2010 Legacies Now; un pourcentage de tout l'argent recueilli à l'appui de la candidature de la ville a été réservé à la mise en oeuvre de programmes à l'intention des jeunes de toute la province. Je pense que la candidature aurait des conséquences extraordinaires non seulement pour les athlètes d'élite mais aussi pour les programmes de la base. Et les retombées ne se limiteraient pas non plus aux programmes d'activités sportives. Elles serviraient à financer les arts, la culture, le développement écologique et le développement social aussi.

Le sénateur Carney: Je vous invite à faire parvenir cette documentation à notre greffier parce que cela nous donnera plus d'information au sujet de vos besoins en logements, et ainsi de suite.

Le sénateur Pearson: Merci beaucoup de vos exposés. J'ai toujours été persuadée que les sports sont extrêmement importants pour les jeunes et qu'ils ont une influence sur leur vie.

Avez-vous des programmes de soccer? C'est un sport qui gagne en popularité et qui ne coûte pas très cher. Il serait peut-être avantageux d'élargir la gamme des activités sportives.

Mme Sparrow: Le soccer est un sport populaire dans les communautés autochtones; il y a des ligues de soccer pour les enfants, les adolescents et les adultes. La B.C. Native Recreation Association organise un tournoi qui aura lieu à Victoria à Pâques, et auquel les jeunes et les adultes participeront. Le soccer est de plus en plus populaire et rivalise quelque peu avec le basket-ball, qui a aussi la faveur des jeunes. Ils doivent décider lequel de ces sports ils veulent pratiquer.

Le sénateur Pearson: Je ne souhaite pas que les sports rivalisent entre eux, mais bien qu'il existe un plus grand nombre d'activités sportives différentes. À mon avis, notre recommandation devrait indiquer que nous appuyons un large éventail de sports. Je sais ce que cela suppose en matière d'infrastructure. Il faut une armée de bénévoles, mais je suis sûre que vous réussissez à en recruter un grand nombre pour de telles activités. Cependant, vous avez également besoin d'une infrastructure composée de gens qui pourront se charger de l'organisation, de manière à ne pas épuiser les bénévoles. Ces personnes seraient rémunérées. Vous aurez également besoin d'argent pour les uniformes parce qu'on sait que les jeunes adorent avoir un uniforme et que ceux-ci ont une importance symbolique.

M. Smith: Dans notre centre, nous offrons des stages en vue de certifier nos entraîneurs du niveau I jusqu'au niveau le plus avancé. Nous tenons aussi des écoles de soccer, à raison de deux ou trois séances par année. Le directeur du centre, M. Daniel Thorn, sillonne la Colombie-Britannique pour diriger ces écoles de soccer. Souvent, Daniel est obligé d'assurer lui-même le financement pour mettre sur pied ces stages pour entraîneurs ou ces écoles de soccer. Cela dépend souvent de la collectivité d'origine des participants. Il n'y a pas de financement en place, c'est pourquoi les jeunes se retrouvent avec la facture. Nous espérons pouvoir trouver les fonds qui nous permettront d'offrir des stages pour entraîneurs, des camps d'été, des écoles de soccer, et cetera, pour permettre aux jeunes de participer puisque ces derniers n'en ont pas les moyens.

Le sénateur Pearson: Le programme Olympic Aid s'appelle désormais Right to Play. Silken Laumann a participé à ce programme et peut-être que ces gens peuvent vous aider dans vos initiatives.

Mme Thomas: Le programme Olympic Aid, qui a récemment adopté un nouveau nom, a pris ses distances du mouvement olympique, jusqu'à un certain point; aujourd'hui, le programme se concentre davantage sur les pays du tiers monde.

Le sénateur Pearson: Je crois qu'ils envisagent la possibilité de travailler davantage avec les populations autochtones. Je les encourage à le faire.

Mme Thomas: J'abonde dans ce sens.

Le sénateur Pearson: Monsieur Adams, vous avez parlé de la transition de la jeunesse à l'âge adulte. Vous nous avez enjoints de traiter ces pupilles de l'État avec la même délicatesse que l'on traiterait nos propres enfants. Nous devrions être disposés à soutenir ces enfants un peu plus longtemps, nous avez-vous dit. Eh bien, non seulement sommes-nous prêts à le faire, c'est ce que nous faisons.

Il y a un pourcentage important d'enfants autochtones sous la tutelle de l'État et ce sont eux qui auront le moins de ressources de l'extérieur pour les aider à réaliser cette transition à la vie adulte. J'aimerais avoir votre point de vue là- dessus.

M. Adams: En effet, il y a beaucoup de confusion qui règne autour des enfants pris en charge par l'État. Les enfants qui sont adoptés dès le début n'ont aucun lien avec leur famille, ce sont des âmes perdues. Notre communauté ne les accepte pas, et la population générale non plus. Puis, il y a les jeunes qui sont en milieu urbain depuis des générations, qui vivent dans le centre-est de la ville. Ces jeunes représentent la troisième ou la quatrième génération à naître dans le quartier et ils ont encore des liens à la collectivité. Ensuite, il y a les jeunes qui quittent la réserve, qui ont été exploités et qui vivent aujourd'hui dans le centre-est ou dans la grande région de Vancouver. Comment pouvons-nous nous occuper de tous ces gens?

Le ministère de la Protection de l'enfance et du Développement de la famille essaie d'encourager la communauté autochtone à prendre en main ces services pour qu'elle puisse travailler
elle-même auprès de ces jeunes gens. Cela ne veut pas dire que tous les jeunes veulent se prévaloir de nos services. Mais au moins, un choix leur est offert et il est possible désormais de travailler avec nos jeunes. Voilà quelques-unes des solutions que nous essayons de mettre en oeuvre à l'heure actuelle avec le gouvernement provincial.

Quel rôle pourrait jouer le gouvernement fédéral? Ce serait une excellente chose pour le gouvernement fédéral de collaborer avec le gouvernement provincial et de discuter de problèmes tels que les sans-abri, les questions des femmes et ainsi de suite. Il faut qu'il y ait un dialogue. Tous les paliers du gouvernement doivent collaborer pour nous venir en aide car nous déployons des efforts.

Le sénateur Pearson: L'autre jour, quelqu'un me disait que, lorsque notre Constitution a été rédigée, on n'avait pas tenu compte des enfants. Je crois qu'il y a beaucoup de choses dans la Constitution qui nuisent à cette collaboration, et il faut que cela change.

M. Adams: Les enfants ne doivent pas être une pomme de discorde. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous quereller sur des questions de compétence, qu'il s'agisse d'Indiens inscrits, d'Indiens non inscrits, d'Inuits ou de Métis. En fin de compte, nous continuons à nous les arracher dans l'arène juridique, plutôt que de travailler pour les gens.

Le sénateur St. Germain: La façon dont vous avez, tous les quatre, livré votre message nous a inspirés par son excellence.

M. Smith, votre père vous a dit qu'il y avait deux sociétés. Il est triste que votre société ne soit pas pleinement reconnue. Manifestement, la sagesse qu'il vous a impartie vous confère aujourd'hui le statut d'aîné et je vous remercie sincèrement d'être venu participer.

J'ai une question pour M. Jerry Adams. Je suis Métis, mais je suis également un ancien pilote de l'armée de l'air et je pilote encore mon propre appareil. À chaque année, à l'aéroport, on m'invite à décerner un prix au plus doué des cadets de l'air. La cérémonie a lieu à Aldergrove. Je décerne le prix et je remets également au titulaire un stylo du Sénat. Nous avons des petits souvenirs qui sont éminemment reconnaissables. J'ai donc offert un stylo à l'un de ces jeunes cadets de l'air et, environ six mois plus tard, j'étais à l'aéroport lorsque la mère de ce jeune est venue me voir et m'a dit: «Vous savez, monsieur St. Germain, ce stylo lui est vraiment cher». Elle a ajouté: «Je suis si heureuse que vous soyez venu et que vous lui ayez décerné ce prix».

Tout ce que je dis, c'est qu'il y a, dans la province, six sénateurs et 32 députés et je crois que la présence de l'un d'entre nous pourrait vraiment remonter le moral des jeunes. Le régiment de la Colombie-Britannique, institution militaire qui forme des cadets de l'armée, fait appel à nous pour remettre ces prix. Ce n'est qu'une suggestion.

Vous avez parlé de l'importance du sourire. Je vois trop de nos gens autochtones qui sont incapables de s'échanger tout simplement un sourire. Nous devons prêcher les vertus du sourire chez nos gens parce que c'est cela, à mon avis, qui donne aux jeunes un sentiment de bien-être et d'appartenance.

Madame Thomas et Gail, si je puis vous appeler Gail, ce que vous faites est hautement apprécié. Les jeunes nous ont parlé de vous en long et en large l'autre soir. J'aimerais m'entretenir avec vous après la réunion, immédiatement après avoir parlé aux sénateurs Carney et Lawson. J'ai une idée, mais je ne veux pas la révéler tout de suite.

Le sénateur Carney: C'est probablement illégal.

Le sénateur St. Germain: C'est une bonne idée pour une bonne cause.

Le sénateur Carney: Je prends part à la cérémonie de remise de diplômes pour les Premières nations à Britannia, il s'agit des 170 jeunes des Premières nations qui terminent leur septième année. Comme vous le savez, ce programme vise à les encourager à passer à la huitième année. Lorsque j'ai parlé du programme au sénateur Chalifoux, elle m'a dit de remettre aux jeunes un certificat du Sénat. Le certificat est un grand document portant des emblèmes dorés et des feuilles d'érable rouges, et porte une reconnaissance de fin d'études.

Pendant les premières années, j'étais la seule non-Autochtone sur la scène. J'étais la seule à prendre part à la cérémonie et il m'est arrivé de croire que je n'étais peut-être pas à ma place. J'ai demandé à l'un des aides enseignants si cette tâche ne devait peut-être pas revenir à un autre, je veux dire un Autochtone. Elle m'a répondu que ma présence était une chose excellente parce que cela constituait la preuve, pour les jeunes, que quelqu'un d'autre se souciait d'eux, que le Canada se soucie d'eux.

Lorsqu'on remet ces certificats, là-haut sur la scène, cela signifie que le Canada pense à eux. Parfois, ils ont l'impression que seuls les membres de leur culture ou de leur communauté s'intéressent à eux.

Gardez cela à l'esprit lorsque vous poursuivez vos objectifs. Il y a des choses que nous pouvons faire pour soutenir vos bonnes causes.

La présidente: Ces certificats revêtent une grande signification et ils sont très beaux. Nos adjoints écrivent le message de félicitations et le nom de la personne et cela compte pour beaucoup aux yeux de nos jeunes et de nos aînés. Je célèbre des événements avec nos aînés; un cinquantième ou un soixante-quinzième anniversaire de mariage, par exemple, c'est très émouvant.

Le sénateur Carney: L'étudiant reçoit son certificat de fin d'études ainsi que son certificat du Canada.

Le sénateur Lawson: Lorsque j'ai été nommé au Sénat en 1970, l'un des premiers projets de loi dont nous avons été saisis était une loi de crédit portant affectation de 750 000 $ pour une étude visant à déterminer si l'on dépensait trop d'argent à faire des études. Je suis très sérieux. Le rapport de cette étude a conclu que l'étude était incomplète et que d'autres études étaient prévues. Les choses ont changé, mais pas énormément.

La présidente: Est-ce qu'il faut le croire ou non?

Le sénateur Lawson: Je suis sérieux. L'an dernier, au Québec, il y a une professeure qui s'est dite réjouie, stupéfaite et surprise d'avoir reçu un octroi de 1,6 million de dollars dans le but d'étudier l'incidence des visites royales en France aux XVIe et XVIIe siècles.

Je ne parlerai pas pour les autres sénateurs mais, pour ma part, on ne m'a jamais demandé d'étudier les visites royales en France aux XVIe et XVIIe siècles. Si nous pouvions seulement obtenir 10 p. 100 du financement accordé à des choses bêtes, nous pourrions régler tous les problèmes que vous évoquez.

Je viens du milieu syndical. Le gouvernement met sur pied des fonds pour la science et la technologie, des fonds pour les partenariats technologiques et des fonds pour l'innovation. Ils viennent solliciter mon appui. Or, je siège comme indépendant.

Il nous faut trouver, ici en Colombie-Britannique et au Canada, des entreprises qui ont besoin de cet argent, qui ont une idée novatrice ou une nouvelle technologie à offrir. Mais on me fait toujours la même réponse: «Nous n'avons pas d'argent.»

Je me souviens qu'une fois, j'avais fait campagne pour recueillir un maigre petit 2,5 millions de dollars pour sauver 150 emplois. Le leader du gouvernement a reçu un coup de fil. Le leader en question, dont je tairai le nom pour l'instant, m'a dit que c'était le premier ministre qui l'appelait et qui lui avait demandé de se joindre à lui pour aller remettre 700 millions de dollars au Nouveau-Brunswick. J'ai répondu: «Attendez, est-ce qu'il y a quelque chose que je ne comprends pas?» Puis j'ai ajouté: «Ils sont contraints de réduire le budget pour la Diversification de l'économie de l'Ouest, il n'y a plus de financement, et vous me dites que vous allez remettre 700 millions de dollars aux provinces atlantiques?» J'étais très en colère.

Je crois qu'il faudrait constituer un autre comité du Sénat. On l'appellerait le Comité du Bon Sens des Affaires, et il serait constitué de sénateurs des différents territoires et provinces.

Le sénateur Carney: Bon sens des Affaires.

Le sénateur Lawson: Pardon?

Le sénateur Carney: Bon sens des Affaires.

Le sénateur Lawson: Oui. Les sénateurs fonctionneront en pairs. Lorsque nous verrons des programmes comme Night Hoops, nous dirons au gouvernement fédéral de débloquer des fonds parce que c'est un excellent programme qui aide les jeunes à s'épanouir et à apprendre. C'est un programme qui tient les jeunes occupés et loin de la rue. Cela les aide à progresser. Nous dirons au gouvernement de financer le programme.

Il nous faut agir pour mettre un terme à toute cette bureaucratie qui semble ralentir tout. Nous n'arriverons à rien accomplir, tout en dépensant des millions de dollars dans tous les sens pour des causes qui ne sont pas aussi valables.

Sénateur St. Germain, sénateur Carney, s'il y a quelque chose que nous puissions faire pour concrétiser cela, nous allons le faire. Je me souviens d'un film célèbre où le type crie par la fenêtre du salon: «Je suis en furie et je ne me laisserai plus faire.» Eh bien, parbleu, si nous ne sommes pas furieux de ce que nous entendons aujourd'hui, alors qu'on nous parle de discrimination et de tout ce qui ne va pas et du fait que nous ne pouvons donner un coup de main avec le financement, eh bien, il est grand temps de nous mettre en colère et de décider d'agir.

J'ai terminé ma diatribe. Merci à tous d'être venus.

La présidente: Ce fut une journée fort intéressante. La journée a été longue mais, même si nous sommes fatigués physiquement, les rouages de nos cerveaux tournent et moi aussi «je suis furieuse et il nous faut agir».

Je vous promets de vous faire parvenir des copies du rapport et que vous pourrez vous en servir pour vraiment appuyer vos efforts. Nous aussi comptons aller de l'avant. Je siège du côté du gouvernement. Par ailleurs, je siège au caucus du Nord et de l'Ouest et, croyez-moi, nous allons appuyer sur la question, encore et encore.

Je vous remercie beaucoup. La séance a été éclairante.

La séance est levée.