Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 8 - Témoignages du 18 février 2003


OTTAWA, le mardi 18 février 2003

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui à 17 h 36 pour faire une étude sur l'impact du changement climatique sur l'agriculture, les forêts et les collectivités rurales au Canada et les stratégies d'adaptation à l'étude axées sur l'industrie primaire, les méthodes, les outils technologiques, les écosystèmes et d'autres éléments s'y rapportant.

Le sénateur Donald H. Oliver (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président: Je souhaite la bienvenue aux membres du comité et à nos invités. Nous poursuivons aujourd'hui l'étude sur l'impact du changement climatique sur l'agriculture, les forêts et les collectivités rurales au Canada.

[Français]

Avant de commencer, je dois souhaiter la bienvenue à un nouveau membre du comité, le sénateur Pierrette Ringuette-Maltais. Elle est un ex-député provincial et fédéral du Nouveau-Brunswick. Elle s'est particulièrement distinguée en devenant la première femme francophone du Nouveau-Brunswick à être élue à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. Depuis 1997, elle était gestionnaire de l'unité de développement du commerce international de la Société canadienne des postes.

Au nom de tous les sénateurs, je vous souhaite la bienvenue à notre comité, vos connaissances en affaires et en relations industrielles vous seront très utiles.

Puisque je suis de la Nouvelle-Écosse, je suis particulièrement heureux de voir un autre de mes voisins siéger à ce comité.

[Traduction]

Honorables sénateurs, nous accueillons aujourd'hui M. Nigel Roulet, professeur de géographie à l'Université McGill et directeur du Centre for Climate and Global Change Research. Nos autres invités sont M. Gordon McBean, président de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère, président des politiques pour l'Institut de prévention des sinistres catastrophiques et professeur de géographie, à l'université Western Ontario. M. McBean est accompagné de Mme Dawn Conway, directrice exécutive de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère.

Allez-y, monsieur McBean.

M. Gordon McBean, président, Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère: Honorables sénateurs, je suis heureux d'avoir l'occasion de faire cet exposé parce qu'il s'agit d'un sujet important. Je suis accompagné de Mme Dawn Conway.

Je porte plusieurs casquettes. Je suis président du conseil d'administration de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère. Je suis également professeur à l'université Western Ontario et je participe à plusieurs autres activités analogues. Nous pensons que le changement climatique est une question importante pour les Canadiens et pour le Canada. Je suis heureux que le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts ait relevé le défi et saisi l'occasion d'étudier la question de l'adaptation au changement climatique.

Le changement climatique est un domaine auquel je me consacre pratiquement depuis que j'ai atteint l'âge adulte. Avant de devenir professeur, j'étais sous-ministre adjoint à Environnement Canada et j'étais responsable des services scientifiques sur le changement climatique; avant d'être à Environnement Canada, j'étais professeur en sciences océaniques à l'université de la Colombie-Britannique (UBC) et, avant cela, je travaillais pour le Centre climatologique canadien. Je suis allé en mer vers la fin des années 60 pour entamer une étude sur les interactions de l'atmosphère et des océans dans le cadre de notre étude sur le changement climatique. C'est donc un domaine auquel je me consacre depuis des années.

Je me propose d'examiner la question sous un autre angle que dans certains témoignages que vous avez entendus. J'ai eu l'occasion d'examiner les témoignages publiés sur le site Web. Certains exposés qui ont été présentés au comité sont excellents. Je suis également impressionné par les questions que vous avez posées.

Mon approche diffère quelque peu de celle des témoins précédents qui était généralement axée sur des sujets précis. L'exposé de M. Roulet complétera le mien en ce qui concerne un domaine précis.

J'examinerai donc la question dans une perspective très générale. Il est probablement superflu de mentionner que cette étude porte en fait sur l'orientation prise au Canada et dans les autres pays en matière de développement économique et social, sur les émissions de gaz à effet de serre qu'elle engendrera, sur le changement climatique qu'entraîneront ces émissions et sur l'impact de ces changements climatiques sur les systèmes humains et naturels. L'objet de votre étude est précisément l'impact sur les systèmes humains et naturels dans le contexte agricole et forestier.

Quelques témoins ont fait des commentaires et plusieurs membres du comité ont posé des questions sur la validité des arguments scientifiques sur le changement climatique. J'appuie les commentaires de certains témoins comme M. Henry Hengeveld qui ont mentionné que la situation était très claire d'un point de vue scientifique. Nous n'avons pas encore de données scientifiques extrêmement précises, mais les observations scientifiques confirment la tendance. J'aimerais citer un extrait de l'exposé qu'a fait M. Robert Watson, qui a été président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, à la Sixième Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique:

La grosse majorité des experts scientifiques, tout en reconnaissant que des incertitudes scientifiques subsistent, pensent néanmoins que le changement climatique provoqué par l'activité humaine est inévitable... On prévoit que la fréquence et l'ampleur d'événements comme les vagues de chaleur, les crues, les sécheresses, les incendies et les épisodes climatiques extrêmes entraînant des pertes économiques et des pertes de vies importantes augmenteront en raison du réchauffement climatique.

C'est le type d'événement dont il sera nécessaire de se préoccuper dans nos stratégies d'adaptation. Les observations scientifiques confirment cette tendance générale, mais les incidences n'ont pas encore été déterminées avec précision.

En ce qui concerne les prévisions — depuis le léger changement que nous avons pu observer jusqu'à présent jusqu'aux prévisions pour les 100 prochaines années —, vous pouvez constater que subsiste un certain degré d'incertitude, le réchauffement prévu fluctuant entre 1,5 degré Celsius et 6 degrés d'ici la fin du siècle. À titre de comparaison — et je pense que M. Hengeveld l'a déjà mentionné —, la différence entre l'époque glaciaire d'il y a 20 000 ans et la période actuelle est d'environ 5 degrés Celsius. Depuis la période glaciaire, le réchauffement est donc de 5 degrés et la transition s'est étalée sur plusieurs millénaires. Il est maintenant question d'un réchauffement analogue en un siècle environ. À l'époque glaciaire, il y avait une couche de glace d'une épaisseur de deux ou trois kilomètres à l'endroit où se trouve Ottawa. Je suis certain qu'une telle couche de glace aurait refroidi les débats, même ceux d'aujourd'hui à la Chambre des communes.

Un des messages que nous voulons communiquer par l'intermédiaire de ce graphique est que le degré de risque est élevé. C'est sous cet angle qu'il faut percevoir le changement climatique; c'est un risque et non une certitude, mais c'est un risque très élevé. Les tons de rouge de plus en plus vif à mesure que l'on approche de la partie supérieure des colonnes du diagramme représenté à la droite de cette diapositive en témoignent. On peut par exemple examiner les risques pour les écosystèmes, représentés dans le premier graphique et le risque d'épisodes climatiques extrêmes. Les risques pour chacune de ces catégories d'épisodes augmenteront en proportion du changement climatique au cours du prochain siècle.

L'enveloppe, c'est-à-dire l'écart entre 1,4 et presque 6 degrés Celsius, est due à deux facteurs. Nous ignorons dans quelle mesure les humains poursuivront les activités productrices d'émissions de gaz à effet de serre. Divers scénarios ont été établis en matière d'émissions, mais la réduction de ces émissions ne relève pas de la responsabilité de la communauté scientifique, mais de celle des pouvoirs publics, par l'intermédiaire du Protocole de Kyoto et d'autres mesures analogues. Ces divers scénarios représentent à peu près la moitié de l'écart tandis que l'autre moitié est liée à l'incertitude dans nos prévisions à l'échelle mondiale, c'est-à-dire que dans le contexte d'un scénario précis, des incertitudes subsistent en ce qui concerne le degré de réchauffement du climat mondial.

Parmi mes nombreuses attributions, j'occupe notamment un poste à l'Institut de prévention des sinistres catastrophiques qui, je tiens à le signaler, est financé par les compagnies d'assurance canadiennes. Celles-ci sont préoccupées par l'intensité croissante des épisodes climatiques extrêmes au Canada et par leurs incidences sur la population ainsi que, il faut le reconnaître, sur leurs marges bénéficiaires. Les compagnies d'assurance ont créé cet institut et paient indirectement mon salaire en octroyant des fonds à l'université. Elles n'exercent toutefois aucune influence sur mes activités courantes.

Il est absolument nécessaire d'examiner quelles stratégies d'adaptation on pourrait mettre en place pour réduire la vulnérabilité, quelles modifications on pourrait apporter à nos systèmes et aux exploitations agricoles et forestières pour les rendre moins vulnérables aux épisodes climatiques comme ceux que l'on vit actuellement et de voir comment on pourrait y intégrer le changement qui surviendra au cours des prochaines décennies dans le but de diminuer le degré de vulnérabilité, d'atténuer les risques et de détecter les opportunités. Le réchauffement du climat n'aura pas des conséquences néfastes sur toutes les régions du pays. Certains régions apprécieraient beaucoup un changement climatique.

Je tiens à insister sur l'importance des épisodes climatiques extrêmes. On a tendance à mentionner le changement de température moyenne. Il entraînera à coup sûr une augmentation du nombre de journées très chaudes et une diminution du nombre de journées froides. Une des conséquences signalées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat est que les précipitations seront plus intenses. Des épisodes climatiques comme ceux-là sont la cause des crues éclair, de l'érosion des sols agricoles et de l'incapacité de travailler dans les zones boisées. Une précipitation intense pourrait être une tempête de glace par exemple, ou des précipitations de pluie ou de grêle très violentes. Les grêles qui se sont abattues sur les Prairies canadiennes ont causé du jour au lendemain des dégâts évalués entre 200 et 300 millions de dollars.

Les scientifiques originaires de divers pays qui ont établi le rapport ont mentionné que les risques de précipitations plus intenses sur de nombreuses régions étaient de 90 à 99 p. 100. Un examen attentif du rapport permet de constater que la plupart de ces régions sont situées dans le sud du Canada.

Le même groupe d'experts a signalé que les sécheresses seraient plus fréquentes. Le changement se traduira par des risques accrus d'épisodes climatiques extrêmes. Les probabilités de sécheresse, en particulier dans les zones centrales des continents — c'est-à-dire dans les Prairies canadiennes — seront plus fortes à l'avenir. Le degré de certitude des scientifiques à cet égard est toutefois moins élevé — de 66 à 90 p. 100 — mais, pour eux, cela représente malgré tout un risque élevé.

Il sera notamment nécessaire de déterminer et de mesurer ces risques de façon plus précise afin de pouvoir en tenir compte dans les processus de planification et d'évaluer notre degré de vulnérabilité ainsi que l'impact qu'ils auront sur nous.

On ressent déjà l'impact des épisodes climatiques extrêmes à l'échelle planétaire. Je pourrais mentionner les chiffres en ce qui concerne le Canada. Fait intéressant, le nombre d'événements climatiques extrêmes à l'échelle mondiale — sécheresses, ouragans, crues, tempêtes hivernales violentes, et cetera. — a augmenté d'environ 13 par décennie à plus de 70 par décennie. Les coûts annuels de ces épisodes climatiques pour la société, y compris les compagnies d'assurance, se chiffre à près de 40 milliards de dollars américains par an. Ce sont des coûts qui sont en fait payés par les citoyens, par les participants à des régimes d'assurance et aussi, dans de très fortes proportions, par les pouvoirs publics. Ces coûts représentent une perte colossale. Nous pensons que ces fonds pourraient être utilisés à meilleur escient en prenant des précautions pour être moins vulnérables.

Ces considérations nous ramènent à un commentaire que j'ai fait précédemment. Il faudrait réduire notre vulnérabilité aux changements qui se manifestent déjà et élaborer une stratégie afin de réduire constamment notre vulnérabilité aux changements climatiques qui surviendront au cours des prochaines décennies.

À propos de la première diapositive sur laquelle j'ai fait des commentaires, je rappelle qu'il est nécessaire de s'adapter non seulement dans le but de réduire les impacts, mais aussi dans celui d'exploiter les avantages d'un changement climatique. C'est une question qu'il est essentiel d'examiner sous ces deux angles. Un de mes cousins possède une exploitation agricole dans la région de Peace River. Une saison de croissance plus longue est un avantage en ce qui le concerne. Cependant, la fréquence accrue des tempêtes et des sécheresses ne présentera aucun avantage pour la production agricole d'autres membres de ma famille qui sont agriculteurs dans le sud de l'Ontario.

En ce qui concerne le secteur forestier, d'ici la fin du siècle, les régimes foresterie du Canada seront considérablement déplacés en raison du changement climatique. Il ne s'agira pas nécessairement d'un déplacement des forêts proprement dites ou de leur disparition, mais les forêts existantes seront plus vulnérables, plus exposées à la maladie, plus influencées par les feux de forêt et moins productives.

Une question que vous avez déjà examinée est: quelle serait la répartition judicieuse des dépenses entre l'adaptation et l'atténuation? Des dépenses pour l'adaptation seront nécessaires. Qui devrait payer les coûts d'adaptation? Le gouvernement ou les citoyens?

Le ministre des Finances vient de présenter son budget et il a annoncé que les dépenses budgétaires consacrées au changement climatique seront considérables. Je pense qu'il a mentionné qu'elles seraient de 2 milliards de dollars. La plus grande proportion de ces dépenses seront affectées à l'atténuation, c'est-à-dire à l'observation de nos engagements dans le contexte de Kyoto; c'est un objectif très louable et important. Quel serait toutefois, dans les budgets ultérieurs, le pourcentage des dépenses dans ce domaine qu'il conviendrait de consacrer au financement des activités nécessaires pour aider les Canadiens à s'adapter au changement climatique, qui est malheureusement inévitable?

La question de l'adaptation est mise de plus en plus en évidence à l'échelle mondiale. Au cours de la dernière conférence des parties à la déclaration ministérielle sur la convention sur le changement climatique qui s'est tenue à Delhi (Inde), on a mentionné dans la déclaration que l'adaptation aux effets néfastes du changement climatique est une priorité importante pour tous les pays, en soulignant tout particulièrement les préoccupations des pays en développement qui sont vulnérables.

Nous avons acquis de vastes connaissances sur le changement climatique. Nous avons un degré de certitude élevé en ce qui concerne l'accroissement des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle planétaire. M. Roulet mentionnera quelques incertitudes, mais nous savons que le changement climatique aura des incidences majeures. Nous avons en effet accès à des données qui justifient largement les initiatives prises dans le contexte du Protocole de Kyoto: s'appliquer à réduire les émissions, reconnaître que Kyoto est un pas important, quoique modeste, vers l'objectif à long terme, à savoir une réduction de plus de 50 p. 100 des émissions dans le but de stabiliser le climat.

Sur le plan de l'adaptation, il est nécessaire de recueillir des données précises, notamment en ce qui concerne l'agriculture, l'exploitation forestière, les consommateurs et les gouvernements locaux. C'est dans ces domaines que notre capacité d'établir des prévisions définitives reste insuffisante. Nous pouvons établir des probabilités et avoir une notion des tendances, mais il sera nécessaire d'acquérir une connaissance beaucoup plus approfondie de facteurs comme le changement de la répartition des précipitations à l'échelle régionale, les caractéristiques précises du changement et ses impacts à l'échelle locale. Ces données sont nécessaires pour s'adapter à ces changements et mettre en place des stratégies efficaces.

Je voudrais faire maintenant quelques commentaires sur la Fondation canadienne des sciences du climat et de l'atmosphère, qui a été créée en 2000 par la Société canadienne de météorologie et d'océanographie. Nous avons des brochures et de l'information que nous pouvons communiquer aux sénateurs qui voudraient avoir des renseignements plus précis à ce sujet. Dans le budget 2000, le ministre des Finances avait octroyé à la Fondation des subventions ponctuelles d'un montant de 60 millions de dollars, étalées sur une période de six ans. Nous n'avons pas encore tout à fait atteint le milieu de cette période. Notre objectif est de promouvoir la recherche scientifique sur le système climatique, le changement climatique, les conditions météorologiques extrêmes, la qualité de l'air et les prévisions en matière d'environnement marin. Nous nous appliquons à établir les données scientifiques qui permettront d'appuyer les décisions stratégiques gouvernementales, à tous les paliers, surtout au palier fédéral, sur des bases solides. Nous produisons les données scientifiques nécessaires pour offrir un service de meilleure qualité aux Canadiens dans des domaines comme les prévisions météorologiques et celles concernant la qualité de l'air.

Même si l'on parle de changement climatique, ce sont en fait les conditions météorologiques qui intéressent les citoyens. Les statistiques moyennes sont intéressantes et importantes, mais les préoccupations quotidiennes portent sur les conditions qui prévaudront le lendemain, dans un mois ou dans un an. Il est essentiel d'examiner les conditions météorologiques et climatiques dans une perspective de continuité. Nous pouvons examiner par exemple les tornades, les grêles, les orages et les crues éclair qui sont des manifestations locales du climat. On peut aussi étudier le phénomène de la sécheresse, qui a tendance à être de plus longue durée, en raison de El Niño qui influence notre climat d'une année à l'autre et qui a un impact sur le changement climatique pendant plusieurs décennies. Si nous voulons établir une stratégie d'adaptation à l'évolution des conditions météorologiques et climatiques, il s'agira de donner aux Canadiens des informations intégrées sur les conditions climatiques qui prévaudront demain, la semaine prochaine, l'été prochain ou dans dix ans.

La Fondation collabore avec de nombreux organismes gouvernementaux, notamment avec le Service météorologique du Canada, qui relève d'Environnement Canada, pour établir un programme canadien de recherche météorologique. Diverses activités concernant la météorologie sont également financées par la Fondation. On s'applique notamment à déterminer avec plus de certitude la quantité de précipitations de pluies prévues pour l'après- midi, le soir ou le lendemain, pour en informer les exploitants agricoles ou forestiers. Nous finançons par exemple, à l'Université McGill, des travaux auxquels participent des enseignants des diverses régions du pays, qui portent sur la prévision des précipitations à titre d'élément météorologique d'importance capitale.

Nous effectuons également des travaux portant sur ce que nous appelons des modèles et des analyses climatiques concernant l'impact de El Niño sur le Canada. Nous faisons des études sur les changements naturels et les changements anthropiques au cours des siècles à venir. Nous avons mis sur pied un projet appelé CLIVAR, axé sur la variabilité du climat. Nous avons également mis en place des projets portant sur les gaz à effet de serre, sur lesquels M. Roulet donnera des informations. C'est lui qui dirige la recherche sur la modélisation en matière de climat et de carbone qui nous permettra, grâce à un modèle climatique, de prévoir l'évolution du cycle du carbone au cours des prochaines décennies. Sa tâche consiste notamment à intégrer à ce modèle les caractéristiques actives de la végétation qui ont une incidence sur les prévisions climatiques. Je lui laisserai le soin de donner de plus amples informations à ce sujet.

La Fondation finance donc diverses activités, notamment un projet dont nous sommes particulièrement fiers, appelée Fluxnet-Canada. Ce projet est à l'origine de la création d'une série de réseaux dans la forêt canadienne — surtout dans la forêt boréale — dont feront partie des scientifiques de plusieurs universités, notamment de l'Université Laval, de l'UBC et de l'université de l'Alberta ainsi que de M. Roulet à McGill et d'autres scientifiques de la région de l'Atlantique. D'ici quelques années, ils seront en mesure de nous donner des informations beaucoup plus fiables sur les impacts du climat sur nos forêts, sur l'évolution des gaz à effet de serre et sur les possibilités d'adaptation. C'est un projet de grande envergure. Nous avons prévu un financement de plus de 1 million de dollars par an. Il sera nécessaire de maintenir ce financement bien au-delà des trois années pour lesquelles nous nous sommes engagés à le financer.

Une stratégie d'adaptation au changement climatique doit s'appuyer sur une bonne connaissance de nos relations actuelles. Il est nécessaire de collaborer avec la population, de connaître nos collectivités et de savoir ce qui a de l'importance pour l'agriculteur ou le forestier, sans se limiter au seul point de vue scientifique. Nous devons comprendre les relations et les vulnérabilités actuelles. Nous devons déterminer comment il sera possible d'en tirer des conclusions pour l'avenir. Nous devons déterminer quelles incidences le changement climatique aura en termes de degrés-jours, de jours sans gelée, de précipitations, et cetera, pour les prochaines décennies.

Pour atteindre cet objectif, nous aurons besoin d'une base d'observation solide. Il est nécessaire d'avoir une connaissance approfondie du climat actuel. Nous n'avons pas une connaissance très précise du climat en ce qui concerne plusieurs régions. La collaboration avec des organismes gouvernementaux aux divers paliers, mais surtout au palier fédéral, est essentielle pour développer la science des prévisions climatiques et météorologiques.

Je voudrais faire quelques commentaires sur notre capacité d'observation du climat en m'appuyant sur la carte des réseaux de stations d'observation. Notre capacité d'observation est assez bonne en ce qui concerne le sud du Canada. Elle laisse toutefois à désirer dès qu'il s'agit de régions situées plus au Nord, en direction de la forêt boréale et des hautes terres du Canada. Nous ne sommes pas très informés sur la nature du climat dans le Nord.

La Fondation parraine un atelier sur le climat polaire, qui se tiendra les jeudi et vendredi 20 et 21 février 2003, au Château Laurier. Le ministre Anderson fera une allocution d'ouverture et le premier ministre Okalik du Nunavut fera l'autre discours inaugural.

La complexité de l'établissement d'un bilan des connaissances que nous avons sur le climat est due aux lacunes de notre système d'observation qui se dégrade malheureusement dans certaines régions. On ferme des stations au lieu d'ouvrir des stations supplémentaires.

Certaines décisions importantes pour équilibrer les budgets publics ont dû être prises. La capacité des organismes gouvernementaux a diminué au cours des dernières années. Le budget d'organismes importants comme le Service météorologique du Canada a diminué de plus d'un tiers depuis une dizaine d'années.

Comme je l'ai mentionné, la Fondation a reçu 60 millions de dollars, mais les deux tiers de ce budget sont déjà engagés. Aux termes de l'entente passée avec le gouvernement, ces fonds doivent être dépensés pour 2007. J'attire votre attention sur ce fait parce que nous aidons actuellement un grand nombre d'enseignants et d'étudiants de 2e ou 3e cycle. Nous avons augmenté le niveau d'activité scientifique et je suis préoccupé au sujet des possibilités de financement après l'échéance prévue pour 2007, selon l'entente actuelle.

Je suis fier que, grâce à l'efficacité de Mme Conway et de ses collaborateurs, nous soyons en mesure d'assurer la gestion de cette cagnotte de 60 millions de dollars avec un effectif de trois personnes. Nous toucherons des intérêts sur ces fonds et nous distribuerons par conséquent aux universités canadiennes une somme supérieure à 60 millions de dollars pour la recherche. Environ la moitié de ces fonds sont destinés à l'aide aux étudiants et aux chercheurs des universités; ces fonds aident par conséquent à accroître notre capacité scientifique. D'autres organismes versent une contrepartie, sous la forme de subventions et de contributions, d'un montant supérieur à notre investissement.

Nous avons besoin d'un investissement à plus long terme. Si l'autre Chambre a des objectifs à court terme, le Sénat a, en raison de sa nature même, des perspectives à plus long terme. Je pense que c'est très bien ainsi. Il est nécessaire de mettre sur pied une stratégie pour le changement climatique axée sur la réduction des émissions. Il est en outre nécessaire d'adopter une stratégie d'adaptation prévoyant des investissements directs pour aider les Canadiens à atténuer leur degré de vulnérabilité, dans le présent et dans le futur. Nous devons protéger les Canadiens contre les tempêtes violentes et autres événements climatiques extrêmes qui préoccupent les compagnies d'assurance. Vingt-huit Canadiens ont perdu la vie au cours de la tempête de glace. Vingt autres ont perdu la vie au cours de l'été 2001 à Pine Lake, lorsqu'une tornade a ravagé un terrain de camping.

Nous avons besoin d'information pour maximiser l'efficacité économique. Les grosses tempêtes de neige paralysent invariablement nos infrastructures de transport. Les dirigeants d'entreprises manufacturières soumises au principe de la livraison juste à temps doivent en être informés d'avance pour pouvoir exécuter certaines commandes avant que la neige ne paralyse le réseau de transport, comme dans l'est des États-Unis.

Il est nécessaire d'établir des prévisions plus exactes pour les prochaines décennies — non seulement en ce qui concerne le changement climatique, mais aussi tout le système. Il est essentiel d'avoir l'appui du gouvernement et de divers organismes pour établir cette base scientifique. Il est nécessaire d'établir un système d'information et, au besoin, de lancer des avertissements pour permettre aux Canadiens de prendre des décisions plus judicieuses. Ce type d'information est indispensable à la planification.

Le président: Je vous remercie pour cet excellent exposé.

Le sénateur Wiebe: D'autres témoins ont fait des commentaires analogues aux vôtres, mais votre exposé nous éclaire davantage. Je vous en remercie.

Vous avez mentionné que le nouveau budget prévoit l'octroi d'une certaine somme pour le changement climatique ou pour l'adaptation au Protocole de Kyoto. C'est un signe des préoccupations actuelles d'un pourcentage élevé de la population canadienne.

La population sait maintenant pourquoi le Protocole de Kyoto est une nécessité. Les citoyens sont prêts à apporter certains des changements nécessaires. D'après les entretiens que j'ai eus avec des représentants d'associations agricoles, avec divers agriculteurs et avec d'autres citoyens, il semblerait que les Canadiens aient tendance à penser qu'il suffira de réduire la consommation de carburant et de construire des maisons plus efficaces sur le plan énergétique, sans avoir à se préoccuper du reste.

Cependant, d'après les commentaires que M. Watson a faits dans son exposé, il semblerait que la situation ait déjà causé des dommages irréversibles. Le discours ne porte pas sur les possibilités d'adaptation. Jusqu'à présent, les efforts déployés pour inciter les agriculteurs et les citoyens à aborder cette question ont été vains.

Comment faire comprendre aux Canadiens que, même en respectant scrupuleusement les exigences du Protocole de Kyoto, une certaine adaptation sera nécessaire. Est-ce une question pertinente?

M. McBean: Elle est très pertinente. Vous avez visé juste; il sera nécessaire de s'adapter et d'inciter la population à ne pas se reposer sur ses lauriers à la suite de l'adoption du Protocole de Kyoto. Le raisonnement général est que, puisque le Protocole de Kyoto est ratifié, il n'est plus nécessaire de se préoccuper du problème du changement climatique. Le problème n'est pas résolu pour autant et nous ne pouvons pas l'ignorer.

J'ai été heureux quand votre greffier m'a invité à faire un exposé parce que c'est une excellente occasion pour le Sénat d'insister sur l'importance de l'adaptation. J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec plusieurs agriculteurs dans le cadre de diverses réunions. J'ai cru comprendre que M. Barry Smith, de l'Université de Guelph, qui dirige un réseau agricole, témoignera dans le courant du mois de mars. Il aura donc l'occasion de faire également certaines suggestions.

Nous avons consulté les représentants de plusieurs collectivités agricoles. Ils voudraient pouvoir se fier davantage à certaines prévisions concernant les changements futurs. Les agriculteurs ont une capacité d'adaptation naturelle car ils s'adaptent à divers changements d'une année à l'autre.

Nous leur présentons une série de scénarios qui prévoient des conditions différentes de celles auxquelles ils ont dû s'adapter jusqu'à présent. Nous voulons être en mesure de les aider. Il est essentiel de leur communiquer ces renseignements importants.

Le sénateur LaPierre: Je suis satisfait du budget. Il démontre la volonté de l'administration libérale de protéger l'environnement.

La réponse que vous avez donnée au sénateur Wiebe m'a vivement intéressé, même si elle était incomplète. Faut-il s'adapter à la situation actuelle, c'est-à-dire au danger actuel, ou faut-il mettre davantage l'accent sur l'adaptation aux dangers futurs? De toute évidence, les mesures qu'il faudra prendre pour stabiliser à nouveau la planète ne pourront être efficaces qu'à longue échéance.

Quelles seront les perspectives si nous nous adaptons à la situation actuelle?

M. McBean: Je pense qu'il est nécessaire de s'adapter d'abord à la situation actuelle parce que notre société est déjà vulnérable. Comme l'indique une de mes diapositives — et j'aurais dû utiliser un exemple canadien —, l'impact considérable des événements météorologiques en termes de coûts économiques et sociaux est déjà très perceptible.

Le changement ne sera pas radical du jour au lendemain. Il sera progressif, avec des fluctuations. Nous aurons encore des hivers froids et des étés chauds; la différence est que les hivers chauds seront plus fréquents que les hivers froids.

Il est nécessaire de comprendre les échelles de temps liées à l'adaptation. Quand les agriculteurs élaborent leur stratégie, ils prennent en hiver des décisions qu'ils mettront en oeuvre le printemps ou l'été suivant. S'ils décident de faire des investissements majeurs en matière d'équipement, c'est parce qu'ils présument qu'ils seront rentables sur une période de cinq à dix ans. Quand ils décident par exemple d'investir dans l'installation d'un nouveau système d'irrigation de très grande envergure, ils prévoient des investissements échelonnés sur plusieurs années.

Dans tous les cas, les stratégies d'adaptation peuvent évoluer avec le temps. Si l'on décide par exemple d'investir dans un système d'irrigation, c'est en tenant compte d'un changement climatique considérable au cours des 30 prochaines années par exemple. On s'efforce donc de s'adapter en tenant compte non seulement de la situation actuelle, mais surtout des conditions futures.

Le sénateur LaPierre: Dans le cadre de nos efforts d'adaptation, convient-il de tenter d'inverser la tendance?

M. McBean: S'agit-il du changement climatique?

Le sénateur LaPierre: Oui.

M. McBean: Oui.

Le sénateur LaPierre: Il est nécessaire de refroidir le climat plutôt que de le réchauffer.

M. McBean: Pour être sincère, je signale que l'on n'arrivera pas à refroidir le climat en moins de deux ou trois siècles. Nous avons déclenché un changement climatique. Nous avons émis assez de gaz à effet de serre dans l'atmosphère pour provoquer un réchauffement d'au moins deux ou trois degrés d'ici la fin du siècle et ce réchauffement se poursuivra, même si les émissions cessent. La force d'inertie joue un rôle capital. Il faut un millier d'années aux océans pour s'adapter complètement. L'adaptation est beaucoup plus longue qu'en ce qui concerne l'atmosphère. Il faut de quelques mois à un an pour que l'atmosphère s'adapte; l'adaptation de l'océan est plus longue encore. Le processus est déjà déclenché.

Grâce au Protocole de Kyoto et à d'autres engagements ultérieurs semblables, nous pourrions réduire de moitié le réchauffement de 6 degrés qui est prévu. Cependant, même en s'adaptant, nous ne pourrons jamais inverser complètement la tendance pour rétablir le même climat qu'il y a 10 ans dans un délai raisonnable. Nous sommes sur une trajectoire ascendante. C'est mon opinion et celle de la plupart des scientifiques.

Le sénateur LaPierre: De nombreuses personnes mentionnent que la nature ou que la planète est en colère. La planète a toutefois toujours été en colère. Il y a toujours eu des sécheresses, des incendies et des tempêtes de neige. C'est le mode de vie sur la planète Terre. Il semblerait donc qu'un manque de crédibilité entrave la capacité des pouvoirs publics et des scientifiques de votre milieu, d'experts en sciences sociales et d'autres scientifiques, de galvaniser l'opinion publique pour pousser les citoyens à l'action. Pensez-vous que ce raisonnement ait une certaine validité?

M. McBean: Oui.

Le sénateur LaPierre: Il est donc non seulement essentiel de développer les outils scientifiques nécessaires, mais aussi d'accentuer le niveau de sensibilisation à l'échelle communautaire, comme l'ont mentionné vos prédécesseurs, afin de provoquer un changement d'attitude.

M. McBean: Oui. Bien que j'aie un doctorat en physique, j'ai été nommé professeur en sciences politiques.

Le sénateur LaPierre: Ce sont les physiciens qui font les meilleurs experts en sciences politiques.

M. McBean: C'est ce que je pense également, mais ce n'est pas l'opinion de certains de mes collègues. Le changement climatique est une question qui relève non seulement du domaine scientifique, mais aussi du domaine sociopolitique.

Le mandat de la Fondation que je représente avec Dawn Conway concerne uniquement les sciences naturelles. Nous serions très heureux que le gouvernement le modifie pour nous permettre de financer la recherche en sciences sociales. Une des difficultés de la recherche sur le changement climatique, même dans le milieu universitaire, réside dans la segmentation des organismes subventionnaires. On nous soumet des projets de recherche non seulement en sciences naturelles, mais aussi en sciences sociales et en sciences de la santé. En fait, étant donné que ces disciplines sont interdépendantes, il est nécessaire de pouvoir former des équipes réunissant des chercheurs dans ces divers domaines. Les universités ne sont pas l'instrument le plus efficace pour ce type de regroupement, mais il est nécessaire de trouver un moyen d'établir des liens semblables.

Le sénateur LaPierre: On nous l'a déjà mentionné. Une des recommandations que fera notre comité portera sur le regroupement des experts dans ces diverses disciplines en vue d'adopter une approche holistique.

Le sénateur Fairbairn: Les commentaires que je compte faire iront dans le même sens que ceux de mes collègues. Nous nous déplacerons dans l'ouest du Canada la semaine prochaine. Êtes-vous pris la semaine prochaine? Vous pourriez peut-être vous joindre à nous.

D'après les commentaires de mes collègues et les vôtres, je me demande si, compte tenu des données scientifiques et du développement actuel de nos connaissances dû en grande partie aux activités entourant le Protocole de Kyoto, l'un de nos problèmes actuels ne serait pas lié à la communication.

Je pense que les Canadiens ont été sensibilisés au problème grâce au Protocole de Kyoto. Le discours oscillait entre deux extrêmes avec, d'une part, des propos alarmistes et, d'autre part, des propos rassurants. La population pense que le problème est dû uniquement aux émissions envoyées dans l'atmosphère. Notre comité s'est engagé à ramener le discours à un niveau plus terre à terre en quelque sorte, à acquérir une connaissance plus approfondie du problème et à faire éventuellement quelques suggestions tout en encourageant des personnes comme vous à tenir le genre de discours que vous avez tenu ce soir. Il est nécessaire de faire en sorte que le problème soit perçu comme étant bien réel et de signaler qu'il ne s'agit pas d'un danger hypothétique qui se concrétisera peut-être dans une cinquantaine d'années. Le danger est déjà présent.

Vous mentionnez dans votre mémoire qu'il sera essentiel d'informer les Canadiens sur les risques futurs afin de leur permettre de prendre des décisions plus judicieuses. La question des options se pose donc tout naturellement dans ce contexte. Je me demande si nous sommes assez informés actuellement pour être en mesure de recommander aux agriculteurs des options qui ne se limitent pas à leur conseiller de porter davantage d'attention aux prévisions de leurs météorologues, en espérant qu'elles seront plus exactes que par le passé, lorsque le moment sera venu de rédiger notre rapport. Pensez-vous que ce sera possible?

M. McBean: Je ne pense pas que vous remarquerez un changement radical dans le niveau de précision des données scientifiques que nous pourrons vous communiquer au cours des prochains mois ou d'ici la fin de votre étude.

Vous pourriez peut-être recommander dans votre rapport des approches qui nous permettraient de communiquer plus efficacement nos connaissances et de faire participer les collectivités à l'examen des diverses options.

J'hésiterais à soumettre diverses options aux agriculteurs sans les avoir consultés. Par contre, j'accepterais volontiers de les aider à comprendre comment la situation changera — en discutant avec eux. Nous travaillons sur un autre projet à l'Institut de prévention des sinistres catastrophiques, qui consiste notamment à aller interviewer diverses personnes dans leurs collectivités. Cette étude porte principalement sur les tornades, un autre événement tragique qui frappe les exploitations agricoles et d'autres entreprises ou particuliers. Nous avons des contacts avec des groupes communautaires qui nous permettent de discuter avec les dirigeants des collectivités locales et des petites villes. Pine Lake, en Alberta, est un exemple. La localité de North Dumfries, en Ontario, est une autre localité que nous avons choisie pour diverses raisons. Cette communication et cette connectivité sont très importantes. Il est très important d'encourager ce type de communication.

Je ne pourrai malheureusement pas me joindre à vous dans vos déplacements dans les Prairies la semaine prochaine. Je prends l'avion pour Paris vendredi soir. Un des membres du conseil d'administration de notre Fondation, Mme Elaine Wheaton, spécialiste en météorologie, en climatologie et en agriculture du Saskatchewan Research Council de l'Université de la Saskatchewan, est à Saskatoon. Je suis certain qu'elle serait disposée à aller à Regina. Elle a un don pour la communication. Elle a écrit un ouvrage intitulé But It's a Dry Cold! Elle est très douée pour la communication.

Le sénateur Fairbairn: Vous avez parfaitement raison, et votre optique nous rassure. Comme d'autres membres du comité, je crains que, dans le cadre du présent débat, qui devra inévitablement cesser un jour pour laisser place à l'action, on ne discute que des dommages terrestres et atmosphériques et des diverses difficultés qui en découlent. Il sera nécessaire d'enrayer la menace de perdre nos collectivités qui deviendra de plus en plus criante à mesure que le mal progresse, si l'on refuse ou si l'on est incapable de communiquer avec elles et de leur soumettre diverses options.

Il faut actuellement communiquer cette information à l'échelle locale, c'est-à-dire aux personnes qui doivent s'adapter à cette situation. Nous ne sommes après tout pas touchés directement, sauf le sénateur Wiebe, puisqu'il est agriculteur. Il faudra trouver un moyen de convaincre les personnes concernées et de les aider à faire de la prévention locale. Ces personnes ont une très grande capacité d'adaptation. Je pense toutefois que pour le moment, on est pris dans un dilemme; on se demande comment s'adapter et si ce danger est bien réel. Les commentaires que vous avez faits dans votre exposé sont très utiles en ce qui concerne la communication. Je vous remercie.

Le président: Monsieur McBean, nous n'en avons pas encore fini avec vous, mais M. Roulet a un exposé à faire également. J'aurai quelques questions à vous poser. Ne partez pas.

M. McBean: Je reste.

M. Nigel Roulet, professeur, département de géographie, Université McGill: Je vous remercie de m'avoir invité à prendre la parole aujourd'hui. J'ai été étonné de recevoir votre invitation et je ne sais pas très bien pourquoi je l'ai reçue, mais je présume qu'elle est liée à un article que j'ai écrit avec M. McBean et un autre professeur, Andrew Weaver, de l'université de Victoria.

Je tiens à signaler que je ne suis plus directeur du Centre for Climate and Global Change Research de l'université McGill. J'ai quitté mes fonctions le 1er septembre. Ma période de service de six ans était terminée et c'est une autre personne qui occupe maintenant ce poste.

Mon collègue a mentionné un projet financé par la Fondation canadienne des sciences du climat et de l'atmosphère, Fluxnet-Canada. Je signale que la recherche que je fais dans le cadre de ce projet est effectuée à une dizaine de kilomètres à l'est d'Ottawa, à la tourbière de la Mer Bleue. C'est la seule tourbière au monde dotée d'une installation de mesure permanente des échanges de carbone, même s'ils ne représentent qu'un tiers ou un quart du carbone terrestre. Cette tourbière est située à deux pas d'ici. Nous y faisons de l'éducation publique.

Le président: Vous y faites donc des mesures.

M. Roulet: En ce moment même, nous mesurons les échanges de carbone et les échanges de gaz à effet de serre dans cette tourbière à intervalles d'un dixième de seconde. Nous faisons ces mesures 365 jours par an, sauf lorsque les instruments tombent en panne ou lorsque nous calibrons le système. Nous le faisons depuis cinq ans. Nous commençons donc à comprendre certains processus importants dans ce contexte.

Le sénateur Wiebe: J'espère que notre greffier prend note de l'adresse et de l'endroit.

M. Roulet: Je vous ferais faire une visite avec grand plaisir pour vous montrer comment on procède.

Le sénateur Wiebe: Nous serions peut-être deux ou trois à être intéressés.

M. Roulet: Ce serait avec plaisir.

Je me propose de donner aujourd'hui des informations sur un aspect précis des efforts que nous déployons pour lever un pan du voile d'incertitude. Ces activités sont particulièrement intéressantes pour les forêts et les écosystèmes canadiens parce que les concentrations de carbone sont très élevées dans cette tourbière.

Plusieurs questions scientifiques pertinentes ont été abordées, notamment par Henry Hengeveld, dans l'exposé des activités du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat et dans certains commentaires que M. McBean vient de faire.

J'aimerais attirer votre attention sur le troisième graphique que je vous ai remis. Ce graphique représente l'augmentation de dioxyde de carbone au cours des 20 dernières années. Les oscillations que vous voyez dans cette courbe représentent un écart annuel de six parties par million. Cet écart est dû à l'influence des écosystèmes du Nord qui absorbent le dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère au cours de la photosynthèse et le rejettent lorsque ces plantes se décomposent durant l'hiver. Ce graphique démontre que les écosystèmes naturels ont une influence très marquée sur le cycle mondial du carbone.

La ligne représentée dans la case inférieure indique le taux de croissance de la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. La ligne fluctue entre environ une partie par million et trois parties par million, selon l'année. Elle est toujours au-dessus du zéro, ce qui signifie que la concentration de CO2 continue d'augmenter. On constate également de fortes fluctuations d'une année à l'autre. C'est une indication que le cycle mondial du carbone est sensible au climat. Le degré d'absorption ou de rejet de carbone par les écosystèmes et les océans fluctue selon les variations annuelles des océans et du climat. C'est un des problèmes qu'il est nécessaire d'examiner. Je vous expliquerai dans quelques minutes pourquoi c'est très important.

J'ai inséré dans mon mémoire le diagramme concernant le méthane parce que le changement climatique et l'augmentation de la concentration de dioxyde de carbone suscitent de vives préoccupations. Ce graphique est particulièrement important. Dans sa partie supérieure, on constate que la ligne rouge, qui représente la concentration moyenne de méthane, se remet à l'horizontale pour la période 1996-2001. Les ondulations autour de la ligne rouge indiquent comment ce gaz est produit et comment il réagit chimiquement. Le fait que la courbe rouge redevienne horizontale indique que la concentration de méthane n'augmente plus, du moins depuis une dizaine d'années.

Il est intéressant de se demander pourquoi elle n'augmente plus alors que la concentration de dioxyde de carbone continue de s'accroître. Ce phénomène est lié à certains des facteurs signalés dans le premier exposé.

Contrairement au dioxyde de carbone, le méthane est un gaz de très courte durée dans l'atmosphère. Son cycle de vie moyen est d'environ 11 ans. L'atmosphère a la faculté d'éliminer chimiquement le méthane très efficacement. Cependant, aucun processus chimique équivalent ne permet d'éliminer le dioxyde de carbone. Le dioxyde de carbone n'est éliminé de l'atmosphère que par absorption par les océans et par la biosphère terrestre. En ce qui concerne le méthane, il est éliminé de l'atmosphère par réaction chimique.

Ce graphique indique que les émissions de méthane dans l'atmosphère sont maintenant équivalentes à la capacité d'élimination. C'est pourquoi nous avons atteint ce que l'on appelle un état d'équilibre. C'est encourageant parce que cet état indique que l'on peut atteindre un état d'équilibre en réduisant ou en stabilisant les émissions d'un gaz dont la durée de séjour dans l'atmosphère est courte. Nous aimerions pouvoir arriver à ce résultat avec le dioxyde de carbone mais, étant donné que sa durée de vie est beaucoup plus longue, il faudra plutôt des siècles que des décennies pour y arriver.

Je tiens à mentionner que le méthane s'est stabilisé en grande partie à cause de la stabilisation des émissions des rizières. À l'échelle planétaire, la superficie de rizières n'augmente pas beaucoup et la plupart des autres conditions anthropiques ont atteint un plafond. Ce n'est pas dû à une quelconque intervention humaine, mais plutôt aux processus de formation de ce gaz. Les perspectives sont donc encourageantes et le méthane est un cas typique.

Le diagramme suivant concerne le nœud du problème: le cycle mondial du carbone. J'ai plusieurs points à signaler à ce propos. Les lignes noires indiquent les taux naturels d'échange de carbone entre les océans, la biosphère terrestre et l'atmosphère. Les cases représentent la masse de carbone présente dans l'atmosphère, dans les océans et dans les sols. On utilise une unité bizarre appelée «pétagramme». Mes élèves ont toujours du mal à visualiser la quantité que cela représente. Un pétagramme équivaut à 10 grammes à la puissance 15 (1015 g). Je suis certain que cette explication ne vous aide pas à comprendre. J'enseigne à l'Université McGill qui est à Montréal. J'explique à mes étudiants que s'ils allaient au pont Champlain et regardaient couler le fleuve pendant une période de 100 à 150 jours, ils auraient vu passer un pétagramme d'eau. Ce point de comparaison aide à visualiser la masse que cela représente. Les chiffres indiqués dans ce tableau représentent des pétagrammes. Lorsqu'on indique qu'il y a 590 pétagrammes dans l'atmosphère — c'est mentionné en noir sur le tableau —, cela signifie qu'il faudrait rester sur le pont Champlain et regarder l'eau couler pendant 590 fois 150 jours, ce qui donne une notion de la masse que ce chiffre représente.

Les unités en rouge indiquent les changements survenus dans le cycle du carbone depuis un siècle ou deux en raison des activités humaines, selon nos meilleures estimations. Ce sont principalement deux activités qui ont eu une incidence sur la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. L'une de ces activités concerne les émissions dues aux combustibles fossiles, représentées par le chiffre 5,4. Elles sont actuellement d'environ 6,5 pétagrammes. Par ailleurs, nous modifions les écosystèmes à la surface de la terre en remplaçant par exemple des forêts par des systèmes agricoles, ce qui entraîne une réduction nette de la quantité de carbone absorbée par ces écosystèmes.

Un témoin précédent a tenté d'expliquer ce phénomène. Il est dû essentiellement au fait que les arbres des vastes forêts ont une capacité annuelle d'absorption de carbone largement supérieure à celle d'une culture agricole et qu'on laboure la terre agricole chaque année alors que les forêts demeurent intactes.

Le président: N'a-t-on pas de plus en plus tendance à reboiser les terres agricoles, surtout les terres peu fertiles, pour inverser la tendance?

M. Roulet: C'est exact. Si l'on plantait des arbres sur des terres agricoles abandonnées, on stockerait finalement plus de carbone dans la biosphère et on inverserait cette tendance. C'est parfaitement exact.

Les chiffres indiqués sur cette figure sont très élevés. En additionnant les chiffres noirs et les chiffres rouges, on constate que les échanges de carbone entre l'atmosphère et l'océan se chiffrent à environ 90 pétagrammes. Si l'on additionne les chiffres en ce qui concerne la zone terrestre, les échanges de carbone s'élèvent à environ 60 pétagrammes.

Par conséquent, les échanges annuels de carbone entre les océans naturels et la biosphère terrestre et l'atmosphère représentent une quantité d'environ 150 pétagrammes de carbone. Les émissions et les modifications que nous apportons à l'utilisation des terres sont responsables d'une quantité qui varie entre sept et huit pétagrammes. Les échanges de carbone dus aux systèmes naturels sont donc beaucoup plus élevés que ceux dus aux activités humaines, ce qui est très heureux car cela modère considérablement le système.

C'est donc pour nous un problème de taille car il faudra des années d'efforts pour le régler. Quand nous prélevons du carbone sur les sources géologiques et que nous le rejetons dans l'atmosphère en brûlant des combustibles fossiles, nous prélevons du carbone qui est sur une échelle de temps très longue, à savoir de plusieurs millions à plusieurs centaines de millions d'années, pour la libérer dans l'étape rapide du cycle du carbone, c'est-à-dire l'échange avec l'atmosphère, les océans et la biosphère terrestre.

En fin de compte, le seul puits permettant d'extraire du carbone de ce cycle est représenté par le chiffre infime indiqué au bas de la figure, soit de 0,2 pétagramme par an. Ce niveau correspond à la ligne de partage de la zone océanique intermédiaire et profonde et de la couche des sédiments de surface. Si on divise ce chiffre par la quantité qui a été libérée dans l'atmosphère et qui y est restée — représentée par le chiffre rouge (161) —, on constate qu'il faudra environ huit siècles pour l'éliminer complètement. On pourra en éliminer la plus grande partie en un siècle ou deux, mais il faudrait huit siècles pour l'éliminer complètement. La gravité du problème et la durée de la période nécessaire pour éliminer le dioxyde de carbone de l'atmosphère augmentent en proportion de la durée de la période d'émission.

C'est pour cette raison qu'il faudra longtemps pour résoudre le problème. C'est aussi pour cette raison que, même si l'on arrivait à éliminer toutes les émissions de CO2 — ce qui est absolument impossible —, le problème de l'excédent de carbone subsisterait. Ce carbone restera dans l'atmosphère pendant une longue période. Toutes les données semblent indiquer que cet excédent provoquera ou provoque déjà un changement climatique. Par conséquent, même si l'on arrive à réduire les émissions, il sera nécessaire de mettre en place des stratégies d'adaptation.

La diapositive suivante donne une notion de l'importance du rôle des océans et de la biosphère terrestre. Cela accentue le déséquilibre qui est responsable du taux d'accroissement actuel du CO2 dans l'atmosphère. Environ la moitié des émissions de carbone dues au changement d'utilisation des terres et à l'utilisation de combustibles fossiles reste dans l'atmosphère. Cette quantité est d'environ 3,3 pétagrammes, ce qui représente, d'une année à l'autre, une augmentation de une à trois parties par million. Nous avons de la chance que la terre et les océans absorbent 50 p. 100 du carbone que nous rejetons dans l'atmosphère. Ce sont les puits de dioxyde de carbone actuels, et ils sont représentés dans le graphique suivant.

Ce graphique est composé d'une ligne rouge, d'une zone verte et d'une zone bleue. Nous avons recueilli des données extrêmement précises en ce qui concerne la zone bleue, qui représente la quantité de carbone qui est émise dans l'atmosphère et y reste, parce que nous pouvons mesurer cette quantité. À l'échelle mondiale, le nombre de sites où l'on fait actuellement une mesure permanente des niveaux de dioxyde de carbone est de 67. Nous avons donc des informations très précises à ce sujet.

Nous avons également une notion assez précise des émissions dues aux combustibles fossiles parce qu'elles sont liées à un facteur économique et que nous savons du moins quel est le taux de consommation des combustibles fossiles. En faisant quelques assomptions en ce qui concerne l'efficacité et divers autres facteurs, on peut évaluer la quantité de carbone qui se retrouve dans l'atmosphère.

Le président: Il ne s'agit donc pas d'une mesure comme telle.

M. Roulet: Non. C'est un calcul.

La zone verte située entre les deux représente les niveaux de carbone qui doivent être absorbés par les océans et par la biosphère terrestre. Dans ce cas, on procède par déduction. Nous savons à peu près où doivent se situer les puits de carbone. J'expliquerai dans quelques minutes comment se forment les puits de carbone dans l'océan et pourquoi ils jouent un rôle important.

Pourquoi un comité chargé d'étudier les impacts et les stratégies d'adaptation doit-il s'intéresser au cycle mondial du carbone? C'est un sujet qui, à maints égards, pourrait être perçu comme étant ésotérique. Quand on fait une évaluation des impacts ou que l'on tente d'élaborer des stratégies d'adaptation, il faut avoir une notion du phénomène, qu'il s'agisse de réduction ou d'adaptation. L'adaptation nécessite notamment des prévisions assez exactes en ce qui concerne le climat dans le futur.

Il est indéniable que le changement climatique modifiera les échanges que je viens de mentionner. Le chiffre de 150 pétagrammes que j'ai mentionné changera en raison du changement climatique; je vous expliquerai pourquoi dans quelques instants. Ce qui importe le plus, c'est de déterminer dans quelle proportion les échanges seront modifiés et dans quel sens. Il est possible que ce soit dans un sens favorable, comme présentement. Par contre, il est également possible que le changement climatique entraîne une réduction des puits produits par l'océan et par la biosphère terrestre et qu'une plus grande proportion du dioxyde de carbone émis dans l'atmosphère y reste. Dans ce cas, le changement climatique s'accélérerait. C'est ce que l'on appelle la rétroaction climatique du cycle du carbone. Il est extrêmement important d'être en mesure de l'évaluer.

Sur la présente diapositive, j'ai utilisé le terme «gigatonne», qui est l'équivalent exact du pétagramme. C'est une erreur de ma part. Je n'aurais pas dû le faire. J'aurais dû employer partout les mêmes unités. Les émissions actuelles dues à un changement d'utilisation des terres et à l'utilisation de combustibles fossiles se chiffrent à environ huit pétagrammes ou gigatonnes de carbone. Cinquante pour cent de ces émissions restent dans l'atmosphère et 50 p. 100 sont absorbées par les océans et par la biosphère terrestre. À titre de référence, je signale que si l'on modifiait les échanges naturels de 5 p. 100 seulement, ce serait équivalent aux émissions anthropiques actuelles dans l'atmosphère. Une modification de 5 p. 100 des échanges naturels provoquerait la même quantité d'émissions ou d'absorption de carbone que nos émissions anthropiques. Tout facteur intervenant dans le changement climatique pourrait diminuer ou augmenter le nombre de puits de carbone océaniques et terrestres, ce qui entraînerait une augmentation ou une diminution immédiate de la concentration de CO2 dans l'atmosphère. C'est ce qui explique la connexion avec le climat.

La perspective importante en ce qui concerne le Canada dans ce contexte est que nous sommes les intendants d'un pourcentage élevé des réserves de carbone terrestre en raison de la superficie de nos zones terrestres et de la masse continentale que nous représentons. Le Canada renferme en outre plusieurs écosystèmes qui stockent des quantités particulièrement élevées de carbone. La forêt boréale et la forêt tempérée stockent une quantité considérable de carbone dans les parties vivantes des plantes, mais aussi dans les sols. La quantité de carbone stockée dans les sols de l'Arctique est particulièrement élevée; elle s'est accumulée au fil des siècles. Plus de 14 p. 100 de la superficie du Canada est couverte de terres humides dont la plupart sont ce que l'on appelle des tourbières, comme celle de la Mer Bleue, à quelques kilomètres à l'est d'ici. Les tourbières contiennent environ 25 p. 100 des réserves mondiales de carbone terrestre. Le Canada contient par conséquent un pourcentage élevé des réserves de carbone, soit environ 10 p. 100 des réserves de carbone accumulées dans les organismes vivants et le sol.

Les échanges entre les écosystèmes terrestres canadiens et l'atmosphère sont dix fois plus élevés, voire davantage, que nos émissions. Nos échanges naturels sont encore beaucoup plus élevés. On pense que le compartiment continental canadien est actuellement un puits de dioxyde de carbone. J'insiste sur le fait que c'est «actuellement»; j'ai d'ailleurs inscrit un point d'interrogation à côté de cette note parce que c'est très difficile à prouver. La question n'a pas encore été tranchée au sein de la communauté scientifique.

Le deuxième facteur est que le Canada est — quoiqu'on ait tendance à l'oublier — un pays marin. Nous sommes entourés par trois océans. Nous sommes également entourés par les parties froides des océans qui ont tendance à être des puits de dioxyde de carbone. Les parties chaudes ont tendance à être des sources de carbone alors que les parties froides ont plutôt tendance à être des puits.

Faut-il s'attendre à des changements dans les échanges entre l'atmosphère, les océans et la biosphère terrestre en raison du changement climatique ou de la variabilité du climat? Oui. Je pense que c'est une incertitude absolue. Les données recueillies jusqu'à présent l'indiquent et la plupart des processus qui interviennent dans l'échange sont directement liés au climat. Voici deux exemples qui tendent à le prouver.

En ce qui concerne les océans, ce qui contrôle l'absorption de carbone par l'océan est la différence entre la concentration de dioxyde de carbone dans l'océan et la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Elle a tendance à être plus forte dans l'atmosphère qu'à la surface de l'océan, surtout dans les parties froides, et c'est pourquoi l'échange net — qui correspond au puits — se fait de l'atmosphère vers l'océan, au cours de l'absorption de dioxyde de carbone par l'océan. Ce que devient ce dioxyde de carbone et la capacité d'absorption de ce puits dépendent de la réaction chimique de l'océan et de sa productivité en termes d'activité biologique. Ces deux facteurs sont principalement liés au climat par les températures océaniques. Si l'on augmente la température de l'océan, on diminue sa capacité d'absorption de dioxyde de carbone. L'accroissement de la température diminue la capacité d'absorption des océans.

Un changement du climat océanique entraîne une modification des courants océaniques; c'est ce qu'on appelle le renversement des eaux océaniques. Ce renversement est l'un des principaux facteurs qui font que les océans sont des puits nets de dioxyde de carbone. L'eau de surface est entraînée dans les profondeurs de l'océan et ce processus prélève une partie du CO2 qui est en contact immédiat avec l'atmosphère. Les liens entre le changement climatique et le puits de carbone que représentent les courants océaniques constituent un vaste sujet d'étude.

En ce qui concerne la biosphère terrestre, la seule absorption importante de dioxyde de carbone est engendrée par le processus de photosynthèse de la végétation recouvrant la surface du sol. Le dioxyde de carbone est renvoyé dans l'atmosphère par le processus de respiration des plantes et des sols. Les plantes respirent pendant la croissance des feuilles et de leur biomasse ligneuse; leurs parties mortes rejettent du CO2 dans l'atmosphère au cours de leur décomposition. Si la quantité absorbée par photosynthèse est supérieure à la quantité rejetée dans l'atmosphère, la biosphère terrestre est un puits. Si la quantité produite par la décomposition et la mortalité des végétaux est supérieure à la quantité absorbée par photosynthèse, les écosystèmes terrestres sont une source d'émissions dans l'atmosphère.

Quel est le lien avec le climat? Une foule de variables climatiques contrôlent la photosynthèse et le taux de décomposition dans ces écosystèmes. La lumière joue un rôle capital dans la photosynthèse mais la température, l'humidité, l'humidité du sol et sa température contrôlent l'équilibre entre l'absorption nette et le rejet net de dioxyde de carbone.

La concentration de CO2 dans l'atmosphère a une incidence sur la capacité d'absorption de dioxyde de carbone des plantes. C'est un fait connu. Les tomates que l'on achète à cette période-ci de l'année sont cultivées en serre. Dans la plupart des serres, le niveau de CO2 est élevé pour activer la croissance des plants. Il faut en outre leur fournir de l'eau et des nutriments, alors que ce n'est pas nécessaire en culture extérieure.

On a mentionné la possibilité d'une recrudescence de sécheresses et d'épisodes climatiques extrêmes. Ces phénomènes ont une incidence indéniable sur le cycle du carbone des écosystèmes terrestres. En outre, nous modifions l'équilibre des nutriments dans les écosystèmes terrestres. Par exemple, nous émettons des quantités importantes d'azote dans l'atmosphère par inadvertance quand nous circulons en voiture. Cet azote retombe sous forme de pluies acides. Il retombe sous forme de nitrate qui est en fait un engrais pour les écosystèmes. Il est donc possible que nous fertilisions involontairement les forêts et que leur capacité d'absorption du carbone augmente de ce fait même.

Est-il possible d'évaluer cette rétroaction climatique? Presque tous les modèles utilisés jusqu'à il y a quelques années ne tenaient pas compte de cette rétroaction parce que cela accroît le degré de complexité d'un problème qui est déjà extrêmement complexe. La plupart des modèles n'en tiennent toujours pas compte. Cependant, la plupart des groupes importants qui utilisent des modèles climatiques tentent de mettre au point — quoique ce soit encore à un stade rudimentaire — des modèles de carbone pour les écosystèmes terrestres et pour les océans, dans le but de les intégrer aux modèles climatiques.

Pourquoi est-ce nécessaire? C'est précisément le message important que je voudrais communiquer. Deux groupes ont fait des expériences dans ce domaine. J'ai emprunté la figure représentée par cette diapositive à la page Web du U.K. Hadley Centre consacrée aux cycles du carbone. Cette figure indique ce qu'il est nécessaire de faire pour intégrer certains des facteurs que j'ai mentionnés à nos prévisions climatiques. Un modèle climatique traditionnel est analogue à celui représenté dans la case rouge, au centre de la figure. En modélisation climatique, on intègre les émissions dues à l'activité anthropique à un modèle climatique physique. Le U.K. Hadley centre et le centre français de climatologie intègrent maintenant à leur modèle climatique un cycle de carbone terrestre et un cycle de carbone océanique très rudimentaires.

Les facteurs que j'ai mentionnés, à savoir l'influence de la température sur l'absorption de dioxyde de carbone par les océans et l'influence de la température et des précipitations sur la productivité terrestre, sont désormais intégrés à ce modèle, même si c'est sous une forme très rudimentaire.

Quels sont les résultats de cette expérience? Le graphique suivant indique les résultats obtenus par ces deux centres de modélisation. Le graphique de la partie supérieure de la diapositive vient du Hadley Centre et celui de la partie inférieure vient du centre français de climatologie. Ce diagramme indique la répartition du carbone entre l'atmosphère, les océans et la biosphère terrestre au cours des passes de ces deux modèles.

Un examen attentif des diagrammes, que je n'ai pas le temps de faire maintenant, révèle des informations intéressantes. Le graphique supérieur du Hadley Centre indique que la quantité de dioxyde de carbone dans l'atmosphère augmente considérablement, que la quantité de carbone dans l'océan est stationnaire et que, selon ce modèle climatique, on prévoit que la biosphère terrestre, représentée par la zone verte, sera un puits de dioxyde de carbone mais qu'après 2050, il deviendra une source d'émissions de dioxyde de carbone dans l'atmosphère.

D'après le graphique situé dans la partie inférieure de la diapositive, représentant les résultats obtenus au moyen du modèle français, il est visible que la biosphère terrestre et l'océan restent des puits de carbone. Même si ce graphique ne l'indique pas, leur capacité d'absorption du carbone diminue toutefois avec le temps.

Lorsque le modèle du U.K. Hadley Centre est utilisé comme modèle climatique de base, sans y intégrer le cycle du carbone, la quantité de dioxyde de carbone dans l'atmosphère baisse de 280 parties par million. Par conséquent, la quantité de CO2 libérée dans l'atmosphère augmente quand on y intègre le cycle du carbone. Elle augmente en fait de 44 p. 100, ce qui équivaut à une hausse supplémentaire de trois degrés de la température à l'échelle planétaire.

Je signale que ce modèle a fait l'objet de nombreuses critiques. Il a même été critiqué par les scientifiques qui l'ont mis au point; ceux-ci ont en effet reconnu qu'il comporte de nombreuses incertitudes.

Le modèle français a produit des résultats essentiellement analogues mais, en raison de sensibilités différentes, il indique une concentration de CO2 dans l'atmosphère dépassant de 19 p. 100 celle obtenue au moyen du modèle traditionnel, soit le tiers de la différence produite par le modèle britannique. Les deux modèles indiquent toutefois une tendance à la hausse.

Mon but n'est pas d'attirer votre attention sur les prévisions proprement dites résultant de ces simulations, mais plutôt sur le degré d'incertitude considérable qu'il sera nécessaire d'atténuer pour faire des prévisions climatiques assez fiables pour élaborer des stratégies d'évaluation des impacts et d'adaptation.

Quelles sont les tentatives faites dans ce domaine au Canada? Nous sommes un des pays où une équipe de modélisation fait des efforts d'intégration analogues. Je dirige ces efforts avec l'aide d'un collègue, Ken Denman, de l'Ocean Science Institute de Victoria. Ce modèle s'appelle le Canadian Global Coupled Climate Carbon Model (modèle global canadien couplé climat-carbone). Nous recevons des fonds de la Fondation canadienne des sciences du climat et de l'atmosphère. Plusieurs autres groupes font des travaux sur des modèles d'un type et d'un degré de complexité différents. Les travaux effectués dans le cadre du projet Fluxnet-Canada nous aident à obtenir des ensembles de données qui nous permettraient de comparer les modèles afin de déterminer le degré d'approximation et de comprendre les processus. Plusieurs autres projets sont également indiqués sur cette diapositive.

Le Canada a un statut particulier parmi les pays qui font de la recherche dans ce domaine. C'est un pays où les réserves et les échanges naturels de carbone sont considérables. Par conséquent, il a certaines obligations en matière d'intendance de l'environnement et de recherche d'une solution à ces problèmes.

En outre, comme l'a mentionné le président, nous utilisons une partie des réserves naturelles de carbone ou reboisons certaines zones afin de respecter certains engagements pris notamment dans le contexte du Protocole de Kyoto.

Les écosystèmes canadiens sont des écosystèmes nordiques. La plupart de nos écosystèmes sont situés au nord de la latitude 45e nord. Les prévisions en matière de changement climatique indiquent généralement un réchauffement croissant à mesure que l'on s'éloigne vers le Nord. Autrement dit, notre masse continentale est située dans une zone où l'on s'attend à un changement climatique supérieur à la moyenne; par conséquent, en raison de ces rétroactions climatiques au carbone, les changements climatiques auraient tendance à être plus marqués dans les écosystèmes canadiens que dans les écosystèmes du Sud.

Enfin, le Canada a des experts de haut calibre dans ce domaine. Il a mis au point un des modèles climatiques les plus performants. Nous avons l'énorme avantage qu'Environnement Canada ait pris la décision de prendre cette direction il y a une vingtaine d'années. C'est grâce à ces modélisateurs du climat que la collectivité tente actuellement d'intégrer ce cycle mondial du carbone à notre modèle.

La dernière diapositive concerne l'orientation qu'il convient de prendre. Le Canada doit redoubler ses efforts en matière de recherche sur la modélisation couplée climat-carbone. La recherche dans ce domaine est amorcée, mais c'est un projet de longue haleine. Il est nécessaire de faire des études à long terme s'étalant sur plusieurs années, voire sur plusieurs décennies, pendant lesquelles on mesurera les changements qui surviennent au niveau du stockage de carbone dans nos écosystèmes. Ces mesures n'ont pas encore été faites. Les deux séries de relevés des échanges de carbone portant sur les plus longues périodes ont été faites au site BERMS, en Saskatchewan, où l'on fait de la recherche sur les écosystèmes de la forêt boréale. Les relevés des échanges de dioxyde de carbone portent sur une période de huit ou neuf années. À la station de la Mer Bleue, située à quelques kilomètres à l'est d'Ottawa, nous faisons des relevés depuis cinq ans. C'est une très courte période pour évaluer l'incidence du climat sur les échanges de carbone. Il est possible que nous traversions une période climatique anomale et que l'on tire des conclusions en fonction des données recueillies sur cette période.

Sans vouloir froisser mon collègue, je signale que les cycles de financement des organismes subventionnaires de recherche sont de trois et cinq ans alors que de tels délais sont insuffisants pour recueillir des données concluantes sur ces processus. Il est nécessaire de trouver une possibilité de maintenir un nombre minimum de ces programmes.

Il est en outre nécessaire de maintenir, voire d'accroître, notre engagement à appuyer les experts de calibre mondial en matière de modélisation climatique que nous avons au Canada. Il est indispensable de prendre une initiative dont le Canada ait lieu d'être extrêmement fier. Il est essentiel de continuer de les appuyer sinon, nous perdrons cette expertise.

Comme l'a mentionné M. McBean, il est essentiel d'adopter des processus de modélisation plus intégrés. Il est nécessaire de faire collaborer les experts en sciences sociales avec les équipes de modélisation du climat et les équipes de modélisation du carbone, pour évaluer les impacts socio-économiques du changement climatique et en tenir compte dans les stratégies d'adaptation.

Il est par ailleurs nécessaire de faire un investissement majeur dans la formation de la prochaine génération de ce que j'appelle le «réseau de la terre» et les «experts en sciences sociales» qui acquièrent les compétences nécessaires pour faire de la recherche dans ce domaine. Vous avez mentionné la communication. La communication n'a jamais été aussi importante que maintenant dans le domaine des sciences, surtout dans celui des sciences sociales. Peu de chercheurs savent comment communiquer avec leurs collègues des autres disciplines scientifiques afin de réunir toute l'information nécessaire.

Vous avez mentionné que vous recommanderiez probablement d'encourager la collaboration dans ces domaines. C'est une recommandation que j'approuve chaleureusement. Il est nécessaire de s'apprendre mutuellement à communiquer entre nous au sujet de ces problèmes. Il n'est pas facile pour une personne comme moi de discuter de l'approche à adopter avec un économiste ou un politologue. C'est un processus vraiment fascinant et il nécessite un énorme investissement en temps. C'est nécessaire, mais il est indispensable d'établir des mécanismes pour nous faciliter la tâche. Nous n'avons pas l'habitude de discuter entre nous et de prendre conscience de l'importance des sujets qui nous intéressent respectivement.

Le sénateur Fairbairn: C'est pourtant nécessaire afin d'être en mesure de communiquer avec les personnes directement concernées par les changements climatiques. Il est nécessaire d'en discuter d'abord entre vous.

M. Roulet: C'est exact.

Le président: Certains représentants du C-CIARN ont mentionné que c'est précisément ce qu'ils faisaient. Certains chercheurs collaborent avec des scientifiques ou avec d'autres personnes et voudraient le faire davantage.

Je vous remercie pour cet excellent exposé. Je regrette que vous ne disposiez pas de plus de temps parce que c'était passionnant.

Je voudrais poser deux questions à M. McBean.

En dépit des informations que vous avez données au sujet du modèle du Hadley Centre, vous avez mentionné que bien que le sujet de notre étude soit le changement climatique, la plupart voulaient des informations sur les conditions météorologiques. Vous avez mentionné que votre fondation finance plusieurs scientifiques qui sont en mesure de recueillir des données et de faire des prévisions très précises sur les chutes de pluie. J'aimerais savoir si elles sont assez précises pour les agriculteurs qui veulent faire de la planification à long terme en prévision des précipitations et autres conditions climatiques analogues. Quel degré de certitude ont atteint les scientifiques de haut calibre financés par votre fondation? En d'autres termes, dans quelle mesure les agriculteurs et les groupements agricoles peuvent-ils se fier à vos prévisions?

M. McBean: C'est une question embarrassante.

Le président: Ce n'était pas intentionnel.

M. McBean: Elle est embarrassante parce qu'il est difficile de donner une réponse complète.

Nous finançons certaines activités. Le professeur Isztar Zawadzki dirige à McGill une équipe qui fait une étude sur les possibilités de faire des prévisions plus précises sur les pluies, même dans un délai de quelques heures, grâce aux radars météorologiques que le Service météorologique d'Environnement Canada a installés à travers le pays. Il faudra des années pour pouvoir intégrer les données scientifiques aux programmes opérationnels d'Environnement Canada.

Comme je l'ai mentionné, j'ai dirigé le Service météorologique de 1994 à 2000. Il y a quelques années, j'étais donc théoriquement le météorologue en chef du pays — sur le plan administratif —, mais j'ai occupé un poste de météorologue au début de ma carrière. Le Service météorologique fait du bon travail. Cependant, il a été touché par les décisions de réduire son niveau de financement. Vous avez sans doute appris que l'on allait fermer un centre météorologique supplémentaire, celui de Winnipeg. Pendant la période où j'en assumais la direction, j'ai dû fermer 56 bureaux météorologiques.

Le président: Faut-il en conclure que toute certitude a disparu? Quel est le degré de certitude des prévisions météorologiques et des prévisions concernant la pluviosité qui pourraient faciliter l'adaptation des agriculteurs et des forestiers? Peuvent-ils se fier aux prévisions pour leur planification à long terme?

M. McBean: Les prévisions concernant les chutes de pluie pour la journée et pour le lendemain sont assez précises. Le taux d'exactitude est de 70 à 80 p. 100. On considère que lorsqu'on sait qu'il pleuvra dans la matinée et pas dans l'après-midi, c'est une prévision météorologique — pluie le matin et pas dans l'après-midi et pluie trois jours plus tard, par exemple. Théoriquement, il n'est pas possible de prévoir les conditions avec exactitude plus de dix jours d'avance. C'est la limite théorique. Actuellement, notre capacité de prévision météorologique est d'environ cinq à six jours. En Europe, certains services météorologiques ont une performance supérieure, mais le système canadien est relativement efficace.

On peut toutefois faire des prévisions à plus long terme en s'appuyant sur un calcul de probabilités. La quantité de pluie au cours du prochain mois sera-t-elle supérieure ou inférieure de 10 p. 100 à la moyenne? On ne peut toutefois pas prévoir de façon très précise si elles auront lieu en début ou en fin de mois, mais la performance s'améliore dans ce domaine. Les capacités de prévision trois ou quatre mois d'avance sont incontestablement supérieures à un calcul fondé sur les valeurs moyennes pour une période donnée. On est en mesure de prévoir si l'été sera plutôt humide. La capacité de prévision demeure toutefois restreinte. Les communautés scientifiques de nombreux pays s'efforcent d'améliorer la performance à cet égard par la collaboration.

Le président: Il n'y a donc pas beaucoup d'espoir pour les agriculteurs qui veulent faire de la planification à long terme en vue de s'adapter aux changements.

M. McBean: Les conditions météorologiques des prochains mois sont principalement déterminées en fonction des conditions atmosphériques actuelles. Nous recueillons des données sur l'atmosphère au-dessus des océans pour pouvoir faire des prévisions quelques mois d'avance. Quand on fait des prévisions à plus long terme, on a une notion du changement climatique. M. Roulet a mentionné les incertitudes qui subsistent en ce qui concerne la concentration de CO2, mais une certaine quantité supplémentaire de CO2 entraînerait des conditions climatiques plus humides, plus sèches ou moins orageuses dans certaines régions. En ce qui concerne l'adaptation, l'agriculteur doit connaître sa capacité d'adaptation au cours de la saison suivante. À plus long terme, il faut se baser sur les changements ou sur la tendance révélée par les statistiques moyennes, sur la tendance à un changement par rapport aux conditions actuelles ou à celles des années précédentes. Nous ne sommes pas en mesure d'être catégoriques, mais nous pouvons cependant signaler que certains types de changements sont plus probables que d'autres.

Je crains que ce soit le maximum que nous puissions faire actuellement.

Le sénateur Wiebe: Vous avez mentionné que, au cours de la période où vous étiez directeur du Service météorologique, vous aviez fermé environ 56 stations. Étant donné que je suis agriculteur, la fermeture des stations est une question qui me préoccupe beaucoup.

Vous avez mentionné la fermeture de stations météorologiques dans l'ouest du Canada. A-t-on mis au point une technologie assez perfectionnée pour que l'intervention humaine ne soit plus nécessaire dans certaines régions pour faire des prévisions météorologiques? A-t-on mis au point une technologie et un équipement assez perfectionnés pour se permettre de fermer un bureau et de muter le personnel dans un bureau central, en maintenant le même niveau d'activité qu'avec l'intervention humaine?

M. McBean: Le Service météorologique du Canada, lorsque j'y étais du moins, était devenu le service météorologique le plus automatisé au monde et ce, pour deux raisons. La première est que le budget annuel avait diminué de 100 millions de dollars. Mon budget avait été réduit de 38 p. 100 et j'ai été obligé de mettre 900 employés à pied. Il était donc nécessaire d'automatiser davantage le service. La deuxième est que nous avons investi beaucoup dans les ressources humaines et les autres ressources pour l'automatiser. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de revenir aux vieilles méthodes. On a adopté des systèmes de prévisions automatisés et le lieu où sont les prévisionnistes a moins d'importance qu'il y a 30 ans, à l'époque où j'étais météorologue.

Compte tenu du fait que les activités sont de plus en plus automatisées, le nombre d'experts capables de détecter quand le modèle fait fausse route est moins élevé. Les prévisions météorologiques ne sont pas toujours exactes mais, grâce à l'intervention humaine qui permet de signaler que le modèle ne produit pas des résultats très précis à un moment donné, nous pourrons rectifier ces résultats et signaler que les températures seront en fait un peu plus chaudes ou un peu plus froides.

Je tiens à préciser que la plupart des 56 bureaux que j'ai fermés n'étaient pas des stations de prévisions météorologiques. Il s'agissait plutôt de bureaux locaux comme celui situé dans ma ville natale (London, Ontario) et peut-être aussi celui de Lethbridge (Alberta). Les employés de ces bureaux étaient des techniciens hautement qualifiés dont la tâche consistait à faire des observations météorologiques, à communiquer avec les agriculteurs, à assurer les relations publiques au sein de la collectivité et à faire des exposés sur le changement climatique ou sur la météorologie à des groupes de scouts par exemple. La plupart des employés touchés par la suppression de ces emplois faisaient partie de cette catégorie parce que nous avions décidé que nous n'avions plus les moyens de maintenir ce type de services météorologiques.

Le sénateur Wiebe: J'ai posé cette question parce qu'elle concerne mon moyen de subsistance, puisque je suis agriculteur, et aussi la situation très particulière dans laquelle se trouve l'Ouest actuellement. Le problème du réchauffement planétaire réside dans la rapidité du réchauffement et dans les extrêmes. Autrefois, la pluie tombait doucement pendant trois jours, ce qui était très intéressant pour toutes les personnes concernées, alors que maintenant, on reçoit la même quantité de pluie, mais en une heure et demie.

Je pense qu'il est préférable qu'un être humain observe les conditions météorologiques dans ma province plutôt que de suivre l'évolution des conditions météorologiques à distance, sur un écran relié à une machine. J'aimerais que l'on puisse détecter cet extrême assez longtemps d'avance pour qu'il soit possible de m'avertir. L'importance de l'intervention humaine augmentera d'autant plus que les effets du changement climatique s'accentueront et que les épisodes climatiques extrêmes seront de plus en plus soudains.

M. McBean: Je suis d'accord en principe. Il est nécessaire de faire intervenir davantage d'être humains et d'utiliser davantage de systèmes d'observation, qui sont généralement automatisés. L'investissement dans l'installation de radars météorologiques Doppler à travers le pays est considérable. Lorsque la mise en oeuvre de ce programme par Environnement Canada sera terminée, 32 radars météorologiques Doppler auront été installés. Il y en a 150 aux États- Unis sur un territoire d'une superficie à peu près égale. La répartition de la population est, bien entendu, différente. Notre capacité de surveillance diminue en raison des compressions budgétaires.

M. Roulet a mentionné les stations d'observation canadiennes pour le dioxyde de carbone. La station d'observation la plus ancienne dont la fonction n'est pas de suivre le flux, mais de faire des mesures dans l'atmosphère, se trouve à Alert, dans la région la plus septentrionale du pays. Il y a une dizaine ou une quinzaine d'années, quatre stations semblables étaient en service au Canada, une sur la côte Ouest, une sur la côte Est, une dans le nord de l'Ontario et une à Alert. La seule qui n'ait pas été fermée est celle de Alert parce que, comme l'indique une des diapositives de M. Roulet, le terme «surveillance» a été banni du vocabulaire étant donné qu'il nécessite des investissements constants.

On ne saurait pas que l'accroissement de la concentration de CO2 dans l'atmosphère est un problème très grave si l'on n'avait pas établi dans les années 50, pour des raisons scientifiques — l'Année géophysique internationale a permis de les établir uniquement grâce au financement scientifique dû à l'intérêt pour les sciences —, une série de stations de mesure du CO2 et de la couche d'ozone. Lorsque le trou d'ozone a été détecté dans les années 80, les scientifiques ont été en mesure de démontrer qu'il n'y avait pas de trou dans la couche d'ozone au cours des 30 années précédentes. On savait donc que ce n'était pas un phénomène dû au hasard. La situation est la même en ce qui concerne le CO2. On a beaucoup de difficulté à maintenir l'investissement durable nécessaire dans le cadre des cycles budgétaires actuels.

Le sénateur Wiebe: Je vous remercie pour vos commentaires. Ils me fourniront des arguments dans le cadre des discussions que j'ai avec le ministre de l'Environnement au sujet des stations météorologiques de la Saskatchewan, de l'Alberta et du Manitoba.

M. McBean: J'aurai un entretien avec lui jeudi, mais ne lui dites pas que je vous en ai parlé.

Le sénateur Fairbairn: Pendant que j'écoutais les commentaires du sénateur Wiebe, j'ai pensé à une autre question concernant la performance de la machine par rapport à celle de l'être humain. Pendant que vous mentionniez qu'une machine était capable de détecter avec précision l'arrivée du chinook, j'ai pensé à une de mes tantes, âgée de 92 ans, qui vit à Lethbridge et est capable de faire des prévisions météorologiques extrêmement précises, probablement parce qu'elle fait de l'observation météorologique depuis de longues années. C'est une technique visuelle qui revêt une importance capitale lorsqu'il s'agit notamment de prendre des décisions concernant l'agriculture.

Il y a quelques années, lorsque le champ de glace des montagnes situées à proximité de Pincher Creek a disparu, la population locale s'en est aperçue, mais pas les habitants d'Edmonton. Cela s'est produit avec une telle rapidité que même les animaux ont été pris par surprise.

On a tendance à tout centraliser sous prétexte que l'on a à sa disposition la technologie qui permet de le faire; cependant, lorsqu'il s'agit d'agriculture et de la terre, je crois qu'une présence humaine sur place est nécessaire.

M. McBean: Je n'en disconviens pas. Il est indéniable qu'un plus grand nombre d'observateurs humains est nécessaire.

Le sénateur Fairbairn: Il ne faut pas uniquement des observateurs humains, mais il en faut.

M. McBean: Oui. L'observation est faite en grande partie grâce à la technologie mais, parallèlement, les observations visuelles sont nécessaires. Notre réseau d'observateurs bénévoles du climat, regroupant plusieurs milliers de personnes qui signalaient chaque mois les observations faites de leur région, a été pratiquement réduit à néant parce que nous n'avons pas été en mesure de lui fournir l'aide nécessaire.

Le président: Monsieur McBean, la deuxième question que je voudrais vous poser concerne une de vos diapositives où vous avez mentionné que l'adaptation était nécessaire pour réduire les impacts et pour tirer parti des opportunités. Vous avez en fait posé une question à ce sujet. Je voudrais vous poser la même question, soit: Quelle serait une répartition judicieuse des dépenses entre l'adaptation et l'atténuation? Quelle est votre réponse à cette question?

M. McBean: Je pense qu'il est probablement nécessaire de faire pencher la balance en faveur de l'adaptation. Je ne sais pas très bien dans quelle mesure. Cela dépend des définitions en ce qui concerne les responsabilités. J'ai donné un cours ce matin, de 10 heures à midi, à mes élèves du deuxième cycle. Je leur ai posé la question. Aucun des huit étudiants de cette classe n'a pu donner une réponse précise.

L'opinion générale est qu'il est nécessaire de mettre davantage l'accent sur cet aspect. J'aimerais savoir ce que le ministre Manley compte faire avec les 2 milliards de dollars pour le climat annoncés dans son exposé budgétaire. Je l'ignore. Je suppose que nous serons un jour mis au courant de la répartition de ces fonds.

Il est important que nous respections les engagements que nous avons pris dans le contexte de Kyoto. Je ne tiens pas à en minimiser l'importance. Cependant, comme nous l'avons mentionné, en raison même de la nature du changement climatique, il est essentiel d'examiner les possibilités d'adaptation. Je m'aventure peut-être en terrain politique. Comme l'ont mentionné à maintes reprises plusieurs premiers ministres fédéraux, et les ministres provinciaux, aucune région du pays ne devrait être tenue de supporter un fardeau indu dans le cadre des efforts déployés pour régler le problème du changement climatique. Ces propos ont été interprétés comme des efforts axés sur l'atténuation.

C'est jeudi qu'aura lieu l'atelier sur l'Arctique et les discours inauguraux seront prononcés par le premier ministre du Nunavut et par le ministre Anderson. Je suis certain que ce dernier remarquera que ce sont les régions nordiques de notre pays qui sont les plus touchées par le changement climatique. Pour ces régions, les stratégies d'adaptation revêtent beaucoup d'importance alors que les stratégies d'atténuation en ont beaucoup moins. C'est relatif.

Le président: Vous pensez donc qu'il est préférable de trop mettre l'accent sur l'adaptation que de trop mettre l'accent sur l'atténuation. Est-ce bien cela?

M. McBean: Oui. On insiste beaucoup sur l'atténuation. Qui devra payer les coûts d'adaptation? Je ne le sais pas très bien. Il est toutefois nécessaire de mettre autant l'accent, voire davantage, sur l'adaptation et la nécessité de régler les questions scientifiques, technologiques et sociales qu'il faut comprendre pour fournir l'information nécessaire aux Canadiens. Je pense que les citoyens seront probablement davantage disposés à mettre en oeuvre des stratégies d'atténuation s'ils comprennent qu'ils devront en fait payer les frais d'adaptation.

M. Roulet: Il est bon de savoir que même si les engagements pris dans le contexte du Protocole de Kyoto étaient respectés scrupuleusement et que tous les pays le mettaient en application, cela ne représenterait qu'une faible réduction des émissions. Cette réduction ne serait pas suffisante, loin s'en faut, pour stabiliser les émissions. En fait, il serait nécessaire de réduire les niveaux actuels d'émissions dans de très fortes proportions pour que cela ait une incidence marquante sur le climat à longue échéance.

Le président: L'échéance est dans plus de 600 ans, à cause de la tendance, d'après ce que vous avez mentionné.

M. Roulet: C'est exact. Même si par miracle on trouvait la possibilité d'ici une dizaine d'années de mettre en place des mesures d'atténuation radicales, il serait nécessaire de s'adapter à un certain changement climatique. L'adaptation est inévitable en raison même de la durée du problème.

Le sénateur Hubley: Lorsque nous avons entamé cette étude, nous ne savions pas que la quantité d'informations disponibles était aussi importante et que les travaux et les recherches en cours étaient aussi nombreux.

À l'instar du sénateur Fairbairn et de plusieurs autres collègues, je pense que l'information doit être communiquée aux citoyens. Ceux qui seront le plus touchés sont les collectivités agricoles et leurs membres. Leurs seuls recours seront leurs stratégies d'adaptation. Si elles ne sont pas mises en place dans de brefs délais, ces collectivités devront faire un rattrapage permanent. J'emploie l'expression «collectivités agricoles» dans un sens général étant donné que nous avons déjà mentionné que l'exploitation forestière est apparentée à l'agriculture. Je ne sais pas si vous avez d'autres commentaires à faire à ce sujet.

Pendant les déplacements que nous ferons la semaine prochaine, nous aurons peut-être une meilleure notion des possibilités que l'on aurait de communiquer cette information aux intervenants et aux autres personnes qui devront s'adapter le plus et de les sensibiliser à la situation unique du Canada dans ce contexte. C'est leur moyen de subsistance, à savoir la production des produits alimentaires que nous consommons, qui est en jeu. L'un ou l'autre d'entre vous a-t- il des commentaires à faire à ce sujet?

J'ai trouvé intéressant que vous ayez mentionné que le secteur de l'assurance finance partiellement cette recherche. On n'a mentionné aucun autre secteur qui pourrait être prêt à préparer l'avenir par l'acquisition de connaissances dans ce domaine. Est-ce que d'autres secteurs ont manifesté de l'intérêt pour le changement climatique?

M. McBean: J'approuve en tous points vos commentaires. En outre, il est important que les agriculteurs canadiens et le secteur agricole en général soient au courant des impacts sur le Canada. Il est également important de savoir quel impact le changement climatique aura sur d'autres pays, parce que nous faisons partie d'une économie mondiale. Nous prévoyons que les mesures d'adaptation nécessaires seront prises et nous comptons analyser celles qui seront adoptées dans d'autres pays. Nous avons affaire à un problème qui nous oblige à partir de la base, en examinant la situation d'une exploitation agricole canadienne, pour comprendre les changements qui se produiront au niveau de la production de certaines denrées alimentaires dans un contexte mondial. Même si nos activités sont centrées sur le Canada, nous faisons partie de la collectivité mondiale.

En ce qui concerne les secteurs intéressés, nous avons déjà mentionné les compagnies d'assurance. Le sénateur Wiebe sait peut-être que, dans les années 70 et dans les années 80, l'Alberta Research Council et le Service météorologique ont mis en oeuvre un programme de modification des grêles dans l'ouest du Canada, avec l'aide de divers autres organismes. Le but était de protéger l'investissement agricole dans le blé et dans d'autres cultures susceptibles d'être détruites par la grêle en tentant de modifier les épisodes de grêle. L'expérience a échoué. Elle n'a pas permis de recueillir des preuves probantes qu'il était possible de provoquer un changement intéressant sur une base quotidienne. À Calgary, une seule grêle a causé des dégâts de l'ordre de 370 millions de dollars en un jour qui ont dus être couverts par les compagnies d'assurance pour dédommager les propriétaires de voitures pulvérisées. Elles paient de leurs propres deniers. Deux de mes amis dirigent une compagnie qui fait des expériences sur les grêles pour tenter de protéger les automobiles de Calgary, entreprise dans laquelle l'investissement se chiffre à 1 million de dollars par an, si j'ai bien compris. Les compagnies d'assurance sont préoccupées par la situation et investissent les fonds nécessaires.

D'autres secteurs s'intéressent également au changement climatique. M. Roulet a mentionné le projet Fluxnet- Canada, qui est un des joyaux parmi les projets financés par notre Fondation. Un des autres partenaires est la Fondation BIOCAP (forme abrégée de absorption biologique du carbone). Il s'agit d'un consortium placé sous la direction de l'université Queen's, avec la participation de plusieurs partenaires du secteur privé, notamment TransAlta Utilities, quelques autres compagnies pétrolières et quelques autres petites entreprises qui s'intéressent aux méthodes de captage biologique et de séquestration du carbone. Ce consortium ne s'intéresse pas particulièrement à l'adaptation mais analyse les méthodes de gestion des écosystèmes ou d'autres systèmes qui permettraient de respecter les engagements axés sur l'atténuation de la réduction des émissions, comme ceux qui ont été pris dans le contexte de Kyoto.

De six à huit compagnies forestières donnent des contributions en nature pour notre programme Fluxnet en donnant notamment accès à des terres boisées, à leurs tours ou à d'autres installations; il s'agit d'Abitibi Consolidated, de TimberWest, Al-Pac, Bowater, Weyerhaeuser et quelques autres compagnies canadiennes. Plusieurs entreprises soutiennent notre projet Fluxnet.

M. Roulet a mentionné le rôle de l'océan dans le cycle du carbone. Un autre projet que la Fondation finance, le Surface Ocean-Lower Atmosphere Study (SOLAS) examine l'évolution des océans et ses mécanismes d'absorption ou d'émission de gaz à effet de serre. Sur la côte est comme sur la côte ouest, des enseignants collaborent avec des organismes fédéraux pour tenter de recueillir des données sur l'évolution des océans à proximité des côtes. Ils ne font pas encore d'étude dans l'Arctique car la couche de glace y est encore trop épaisse.

Nous finançons donc plusieurs projets de recherche dans ce domaine qui permettront probablement avec le temps d'atténuer les incertitudes.

Le sénateur Chalifoux: Je ne suis pas une scientifique; cependant, à l'instar de nombreux autres Aînés de ma collectivité, je constate les changements qui se produisent depuis des années.

Vous avez mentionné que les écosystèmes canadiens sont situés dans le Nord et que, par conséquent, ils seront peut- être touchés par un changement climatique plus marqué. Nous observons les changements depuis des années. Ceux qui me préoccupent le plus sont la coupe à blanc des forêts, l'urbanisation des régions urbaines et la destruction des terres humides dans le Nord à cause du tourisme ou d'autres activités analogues.

J'aimerais que vous donniez votre opinion à ce sujet. Je sais que Al-Pac et Weyerhaeuser collaborent. J'ai toutefois constaté que des entreprises de ce secteur et du secteur pétrolier ont détruit de vastes étendues de terre. Elles prétendent qu'elles les remettent en état, mais elles plantent des arbres qui n'avaient jamais poussé dans ces régions. Elles font de la coupe à blanc et ne plantent pas le même type d'essences. Dans certains cas, c'est efficace, mais dans bien d'autres, c'est un échec.

Quand je prends l'avion — au-dessus du couloir central du Canada —, je vois de vastes régions où l'on a pratiqué la coupe à blanc, sans tenir compte de nos écosystèmes ni du changement climatique. À mon avis, c'est une question de concurrence entre l'industrie et les écosystèmes.

Qu'en pensez-vous? Comment peut-on encourager et obliger cette industrie à remettre les terres en état correctement? Dans le Nord, on ne fait pour ainsi dire jamais de nettoyage complet après un déversement pétrolier. L'industrie prétend qu'elle le fait, mais ce n'est pas vrai. Les poissons périssent et les autres animaux sont touchés. J'aimerais que vous disiez comment nous pourrions forcer ces entreprises à s'adapter.

M. Roulet: Vous avez abordé des questions intéressantes et extrêmement importantes. Je pense que les attitudes sont en train de changer de façon radicale comme le démontrent les exemples suivants.

Il y a environ quatre ans, je faisais partie du conseil d'administration de la Fondation canadienne de l'arbre, un organisme qui se charge de planter des arbres en milieu urbain. Nous avons planté environ 70 millions d'arbres au cours des dix dernières années. C'est une réussite éclatante. Une partie des fonds que nous avons reçus à cette fin était destinée à l'industrie, pour aider des entreprises comme Shell Canada, TransCanada Pipelines et diverses autres entreprises qui font des investissements considérables. Le directeur de cet organisme s'est organisé pour que je fasse une tournée de conférences en Alberta et dans d'autres régions. J'ai fait cette tournée il y a environ cinq ans. J'ai pris la parole devant plusieurs organismes représentant les producteurs pétroliers. Je m'estime heureux d'être sorti vivant de la salle. Je fais des conférences depuis cinq ans. Le genre d'accueil que l'on réserve maintenant à des conférenciers comme moi dans ces milieux a beaucoup changé.

Quand les représentants de l'industrie sont convaincus qu'un problème est bien réel, il est beaucoup plus facile de les encourager à adopter ce que l'on pourrait appeler «des pratiques de gestion exemplaires» que s'ils n'ont pas pris conscience du problème. Je n'ai pas la naïveté de penser que les représentants de ces entreprises accepteront de discuter de leur plein gré si l'on n'insiste pas. Il faut être vigilant. Il est important d'attirer l'attention sur ces problèmes. Il incombe à la collectivité scientifique, aux pouvoirs publics et aux secteurs concernés d'élaborer ensemble ces pratiques de gestion exemplaires. Nous avons une perspective beaucoup plus générale sur ces problèmes.

Les problèmes que vous avez soulevés sont généraux. Par exemple, en ce qui concerne l'atténuation du changement climatique, vous signalez que l'on a planté à certains endroits des variétés d'arbres qui n'y avaient jamais poussé. C'est un facteur important auquel il faut réfléchir. Si une entreprise veut élaborer une stratégie visant à maximiser la réduction des émissions de gaz à effet de serre, elle veut planter le plus grand nombre d'arbres possible en choisissant les variétés dont la croissance est la plus rapide. On ne plante peut-être pas la variété adéquate pour la région. D'autre part, la stratégie que l'on adopte pourrait contrecarrer les efforts déployés dans un autre domaine important comme la biodiversité, pour protéger l'environnement.

Non seulement dans l'industrie mais aussi au sein de la communauté scientifique, on prend actuellement conscience du fait que ces problèmes ne sont pas unidimensionnels. Ils sont interdépendants. Les Nations Unies ont mis en place un projet appelé Millennium Assessment Project. Pour la première fois, cet organisme tente d'adopter plusieurs protocoles différents et de prendre diverses autres mesures pour faire un examen collectif des problèmes liés au changement climatique, à la biodiversité et à l'eau. Dès lors, on ne prend pas d'initiative pour résoudre un problème au détriment d'un autre. C'est une nouvelle façon de voir. C'est la direction que nous devons prendre.

Le sénateur Chalifoux: Le Canada a une des plus vastes masses continentales au monde. Nous en sommes les intendants. Je suis membre de la colonie métisse de Paddle Prairie, située dans le nord de l'Alberta. Notre pays abrite certaines des plus vastes et des meilleures tourbières d'Amérique du Nord. C'est un pays qui regorge de ressources, mais que deviendrait-il si l'on entreprenait l'exploitation de ces tourbières, par exemple?

M. Roulet: C'est un des secteurs où nous faisons de la recherche. Nous n'en avons pas fait en Alberta, mais nous en faisons à Rivière-du-Loup et à Shippagan (Nouveau-Brunswick), avec la collaboration des compagnies qui extraient la tourbe.

L'industrie de l'extraction de la tourbe prélève le carbone stocké dans un réservoir où le stockage est de longue durée, l'utilise en ayant recours à des pratiques horticoles et à diverses autres méthodes et le libère dans l'environnement où il entre en décomposition alors qu'il ne se décomposait pas. Cela représente une perte nette de CO2 dans l'atmosphère.

Sur une certaine échelle de temps, une échelle de 500 à 1 000 ans ou de 2 000 ans, c'est une ressource renouvelable. C'est un bon exemple d'industrie qui est préoccupée par ce problème. Nous collaborons avec elle parce qu'elle s'intéresse à nos travaux et voudrait savoir quelle méthode pourrait être plus efficace pour remettre les tourbières en état.

Nous avons fait une analyse de la quantité de carbone que cette industrie libère dans l'atmosphère. Elle est infime par rapport à la quantité libérée par de nombreuses autres entreprises. Cependant, en ce qui concerne l'extraction de la tourbe, si l'on ne procède pas à une remise en état active des tourbières, on ne rétablira pas le cycle qui assurerait la récupération du carbone sur une période de 500 ou de 1 000 ans. Sinon, la situation se détériorerait et pourrait augmenter les émissions de dioxyde de carbone ou de méthane.

Le sénateur Chalifoux: Ne serait-il pas préférable de ne pas exploiter les tourbières?

M. Roulet: Cela représente entre 300 et 400 pétagrammes de carbone; les tourbières contiennent donc un tiers de la quantité de carbone présente dans le sol à l'échelle planétaire. La moitié de la quantité de carbone contenu dans les tourbières se trouve probablement dans les tourbières canadiennes. Elles constituent un gigantesque réservoir de carbone; c'est du carbone qui était dans l'atmosphère.

Le sénateur Wiebe: Ce soir, nous avons eu de longues discussions intéressantes sur les effets du changement climatique. Nous avons notamment évoqué la question de l'adaptation. Il est indéniable que c'est un projet à long terme.

Quels types d'outils vous sont nécessaires, à titre de scientifiques, et quels types d'outils nous sont nécessaires, en notre qualité de décideurs, pour élaborer des stratégies d'adaptation?

M. McBean: Nous sommes des scientifiques et nous faisons partie l'un et l'autre d'un milieu naturel, d'un milieu physique et d'un milieu social. C'est un problème qu'il est essentiel d'examiner sous un angle beaucoup plus global qu'on ne l'a fait jusqu'à présent. En outre, M. Roulet a mentionné — et l'un d'entre vous également — qu'il est nécessaire d'examiner ces diverses questions en parallèle et pas seulement celle du changement climatique. Les agriculteurs des diverses régions du Canada sont confrontés à d'énormes problèmes dans le contexte de l'OMC et des subventions agricoles. Ce sont des facteurs qui exerceront des pressions dans un sens ou dans un autre.

Il est nécessaire de trouver un moyen d'intégrer les risques et les vulnérabilités connus qui sont liés aux probabilités de changements climatiques aux divers autres facteurs car les approches traditionnelles n'en tiennent pas compte.

Les citoyens en tiennent probablement compte dans leurs stratégies personnelles, mais dans les milieux gouvernementaux et universitaires, on a encore tendance à adopter une approche fragmentée et à considérer le changement climatique comme un problème environnemental et même dans ce contexte, à considérer le trou d'ozone et les émissions de CO2 comme deux problèmes distincts.

Dès lors, il est capital de créer les outils nécessaires pour faire participer des personnes de différents milieux, faire intervenir diverses disciplines et examiner divers avis et d'étudier, autant que possible, la question de l'adaptation dans ce contexte plus global.

Dans notre société, nous sommes généralement prisonniers de vues à court terme.

À propos du commentaire concernant l'adoption de la même approche en ce qui concerne les forêts qu'en ce qui concerne l'agriculture, j'aimerais mentionner la réaction de mon beau-frère, quand il était vice-président d'une des plus grosses compagnies forestières canadiennes. Dans l'espoir de le convaincre, je lui avais signalé que les compagnies forestières devraient être les premières à se préoccuper du changement climatique et des variétés d'arbres qu'elles plantent, même si le terrain leur appartient, parce que leurs arbres viendraient un jour à maturité. Il m'a répondu qu'il le savait mais que les actionnaires de sa compagnie voulaient qu'elle réalise des profits à très court terme.

Nous sommes donc prisonniers de vues à court terme. Les pouvoirs publics ne peuvent qu'exceptionnellement avoir une vision allant au-delà du cycle électoral de quatre ans, une vision à très long terme qui permettrait de mettre en place des mesures durables.

L'autre défi majeur est lié à l'intégration des divers enjeux. Le changement climatique n'est probablement pas une question prioritaire pour la plupart des gens. J'en suis certain. Il est toutefois nécessaire que ce facteur soit pris en compte en même temps que les divers autres facteurs. Nous n'avons pas encore l'habitude de réunir tous ces facteurs pour avoir une perspective globale qui se tienne.

M. Roulet: Une autre considération importante est que c'est une approche différente de celle à laquelle la science est accoutumée. Je peux citer un exemple intéressant. Nous avons affaire en l'occurrence à un échantillon unique car nous n'avons qu'une planète sur laquelle nous pouvons faire nos expérience sur le changement climatique. La plupart des scientifiques ne seraient pas prêts à accepter ce type de schéma expérimental. Ils exigeraient 150, 200, voire 1 000 échantillons. Nous avons toutefois affaire à un échantillon unique.

Nous nous heurtons en outre à un problème scientifique embarrassant en ce sens que nous faisons une expérience par inadvertance. Les conséquences des expériences dont on ignore totalement l'issue sont inacceptables. Personne ne recommande d'évaluer la sûreté des réacteurs nucléaires en provoquant la fusion de deux ou trois réacteurs pour voir quelles en seront les conséquences. Ce n'est pas un protocole scientifique acceptable. C'est inacceptable sur le plan social. Il est embarrassant d'adopter, dans le cadre de la recherche scientifique, une démarche qui procède de notre façon de raisonner habituelle. Nous voudrions avoir toutes les données statistiques nécessaires avant de décider quelles mesures il faut prendre.

Un autre facteur qui pose d'énormes difficultés aux scientifiques, et encore plus aux profanes, est la complexité du problème. En l'occurrence, le problème n'est pas lié à une cause évidente. Il se révèle par plusieurs légères tendances. La plupart des preuves reposent sur des indices. Il est nécessaire d'avoir recours à des modèles. Comment serait-il possible de communiquer l'information recueillie tout en rassurant la population malgré les incertitudes?

Dans notre milieu, on fait généralement une recommandation intéressante à des personnes comme M. McBean: fournissez-nous davantage de fonds pour faire de la recherche qui réduira le facteur d'incertitude dans les modèles. En fait, l'expérience que nous faisons augmente le degré d'incertitude au sujet des changements climatiques au lieu de le diminuer. Elle nous aide toutefois à déterminer les diverses options. Ce serait de la naïveté de notre part de nier la complexité du problème.

Votre commentaire au sujet de la communication est très important. Nous devons faciliter le mouvement dans la direction de ce que j'appelle «une évaluation intégrée», qui consiste à faire participer non seulement les scientifiques au débat, mais aussi les experts en sciences sociales et les parties concernées. Nous pourrons ainsi examiner les questions clés qui ont de l'importance pour les personnes qui utiliseront l'information.

Il ne s'agit plus en l'occurrence d'une communication à sens unique de l'information. Il est nécessaire que les membres de la communauté agricole, les représentants du secteur forestier, les représentants du secteur des combustibles fossiles nous soumettent leurs problèmes pour que nous les examinions ou tentions de les régler ensemble. Nous sommes tous dans la même galère. Nous ne sommes pas en concurrence, car nous vivons tous sur la même planète. Nous devons trouver un moyen de collaborer. Comme je l'ai mentionné, une approche intégrée n'est pas naturelle pour nous.

Le président: Plusieurs personnes ont mentionné que pour tenter de trouver des options en matière d'adaptation, il serait nécessaire, avant de pouvoir faire des recommandations précises au secteur forestier et aux agriculteurs, en ce qui concerne notamment le choix des cultures, de faire faire des recherches plus poussées par divers spécialistes.

Vous avez mentionné plusieurs intervenants: les pouvoirs publics, les universités et l'industrie. Avez-vous quelques suggestions finales à faire en ce qui concerne les approches que nous devrions adopter pour mobiliser de concert les pouvoirs publics, l'industrie, les autres intervenants, les universités et les scientifiques afin de leur permettre de communiquer et de chercher ensemble une solution au problème colossal que pose l'adaptation au changement climatique?

M. Roulet: La plupart de mes collègues n'apprécieront pas ma réponse, mais plusieurs modèles nouveaux émergent. Les universités et le gouvernement n'avaient pas l'habitude de collaborer. Actuellement, des organismes comme la Fondation canadienne des sciences du climat et de l'atmosphère exigent la collaboration entre les utilisateurs dans le contexte de leurs mécanismes de financement. Une possibilité de faciliter la collaboration est d'en faire une condition d'obtention de fonds pour une recherche axée sur l'action.

Le président: Recommanderiez-vous de légiférer? Vous avez affaire à un comité parlementaire. Recommanderiez- vous de légiférer ou estimez-vous qu'on pourrait le faire?

M. Roulet: J'ignore quels types d'instructions reçoivent les fondations et les organismes de recherche. Je ne suggère pas d'emprunter cette voie systématiquement pour toute la recherche. La recherche individuelle et le travail des experts en sciences sociales pour soutenir cette recherche seront toujours indispensables. Il est toutefois possible de mettre en place des mécanismes qui faciliteraient la collaboration.

Je ne pense pas qu'il faille nécessairement le faire par la voie législative, mais c'est une possibilité que les comités ou que les organismes qui fournissent les fonds, comme le ministère des Sciences et de la Technologie ou le ministère de l'Environnement, pourraient envisager. S'il est prévu dans leur mandat qu'un certain pourcentage des fonds doivent être consacrés à la facilitation, un changement se produira.

Le président: Votre conclusion est qu'il faut notamment adopter une approche plus intégrée en matière de modélisation et intégrer les divers modèles.

M. Roulet: C'est l'étape suivante. Quelques groupes le font aux États-Unis. Les conditions préalables sont également réunies au Canada. Nous avons un bon modèle climatique. Nous nous intéressons de plus en plus au cycle du carbone. Nous avons besoin d'experts en sciences sociales pour examiner la dimension humaine du problème. C'est par là que l'on pourrait commencer en ce qui concerne les questions de l'atténuation et de l'adaptation.

Si l'on s'attelait à la tâche immédiatement, on récolterait peut-être des résultats tangibles d'ici une dizaine d'années.

M. McBean: Jeudi matin, j'assisterai à une réunion où l'on fera un rapport sur l'évaluation d'un programme. Nous avons élaboré au préalable notre cadre d'évaluation du programme. Nous nous sommes demandé sur quels critères il conviendrait de se fonder pour évaluer le degré de réussite. Le programme est à mi-mandat et nous devons recevoir un rapport provisoire dans le courant de la semaine; nous espérons qu'il sera encourageant.

Une des questions les plus importantes que votre comité pourrait examiner est la possibilité d'attirer davantage l'attention des pouvoirs publics, et surtout de la population et du secteur privé, sur l'adaptation au changement climatique.

Il est particulièrement important d'adopter une perspective à long terme et d'insister sur le fait que le changement climatique est un phénomène dont l'impact sera ressenti pendant des décennies. Nous devons en tenir compte dans le cadre de l'examen des autres facteurs de stress pour notre société et pour nos écosystèmes. Il faudrait que ce soit un des paramètres à long terme.

J'ai tenté dernièrement, avec l'aide d'un représentant du secteur industriel à Vancouver, d'inciter le gouvernement à créer une commission royale d'enquête sur le changement climatique. Nous n'avons pas fait cette démarche parce que nous pensions que les commissions royales d'enquête sont la meilleure approche pour régler ces questions, mais parce que nous estimions que le dialogue sur le changement climatique était trop axé sur l'opportunité de ratifier le Protocole de Kyoto et pas assez sur une vue d'ensemble du problème. Il est en effet essentiel d'avoir une vue d'ensemble.

Plusieurs comités sénatoriaux, comme le récent comité de la santé présidé par le sénateur Kirby, ont mis certains problèmes en évidence dans un cadre moins politisé que dans certains milieux.

Le président: C'est ce que nous comptons faire en ce qui concerne le changement climatique.

M. McBean: Ce serait une précieuse contribution.

M. Roulet: À l'instar de M. McBean, je pense qu'il est nécessaire d'adopter une perspective à long terme. Ce processus peut être facilité par des comités comme le vôtre et par d'autres groupes dont feraient partie des représentants de la communauté scientifique. Je pense que le Protocole de Kyoto a monopolisé le débat alors qu'il ne concerne qu'un des nombreux facteurs en cause.

Il est regrettable que le seul débat sérieux auquel nous ayons fait participer le public au sujet du changement climatique soit le débat sur le Protocole de Kyoto. Il eût été souhaitable de tenir des débats publics sur ce problème au cours des dix dernières années. Étant donné que nous avons ratifié le Protocole de Kyoto, je crains que le débat s'essouffle. Il faut continuer à étudier ces problèmes et adopter en outre une perspective à long terme dans le cadre des discussions. Il est nécessaire d'examiner l'impact du changement climatique à courte échéance, pour les deux ou trois prochaines décennies et aussi dans une centaine d'années. Il est nécessaire de maintenir une continuité.

Le sénateur Fairbairn: C'est un des problèmes les plus déplorables des 20 dernières années. La situation est perçue sous un angle différent à l'échelle locale où l'on a fait des efforts d'intégration. Ce sera peut-être plus facile maintenant, mais on a de la difficulté à croire que la situation changera. C'est regrettable parce que nous aurions probablement pu recueillir beaucoup plus d'information au cours des 20 dernières années si un groupe de scientifiques représentant diverses disciplines et des intervenants locaux avaient collaboré.

Je sais uniquement ce qui se passe dans ma région, c'est-à-dire dans le sud-ouest de l'Alberta. Je pense qu'une collaboration entre le Water Institute de l'Université de Lethbridge, la station de recherche et les intervenants du secteur agricole aurait permis de faire des recommandations utiles. Les intervenants locaux ont fait preuve de bonne volonté, mais la collaboration ne s'est pas concrétisée.

Le président: Au nom de mes collègues, je tiens à vous remercier pour vos excellents exposés. Monsieur Roulet, vous avez mentionné au début de votre exposé que vous vous demandiez pourquoi vous aviez été invité. Après avoir entendu votre exposé, je suis toutefois convaincu que votre participation a été très utile. Il serait intéressant que nous recevions des renseignements sur l'échantillonnage que vous faites à une dizaine de kilomètres d'ici, parce que nous voudrions examiner cette question de plus près.

La séance est levée.