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Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 10 - Témoignages du 25 février 2003 - Séance de l'avant-midi


EDMONTON, le mardi 25 février 2003

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit ce jour à 8 h 34 dans le cadre de son étude et rapport sur l'impact du changement climatique sur l'agriculture, les forêts et les collectivités rurales au Canada et les stratégies d'adaptation potentielles, concernant en particulier la production primaire, les pratiques, technologies, écosystèmes et autres éléments connexes.

Le sénateur Donald H. Oliver (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président: Bienvenue à tous à cette audience, ici, à Edmonton, du Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts.

Lors de notre dernière étude, intitulée «Les agriculteurs en danger», nous avions constaté que les tensions exercées sur l'environnement constituent un problème tellement pressant pour l'agriculture et les zones rurales du Canada que nous avons décidé d'entreprendre une étude exhaustive des effets du changement climatique sur l'agriculture.

Le comité se penche donc sur les effets prévisibles du changement climatique sur l'agriculture, les forêts et les collectivités rurales du Canada, mais surtout il cherchera à déterminer comment ces secteurs peuvent s'adapter au changement climatique attendu.

Le comité est tenu de déposer son rapport avant la fin de 2003, mais nous comptons qu'il sera prêt en juin ou, au plus tard, en juillet de cette année.

Au cours de notre périple en Saskatchewan, Alberta et Colombie-Britannique, nous écouterons les avis des scientifiques, des agriculteurs et de nombreux autres groupes intéressés par notre sujet: l'adaptation au changement climatique.

Je suis heureux d'être aujourd'hui en Alberta car cette province est concernée par les trois aspects que nous étudions, soit l'agriculture, l'exploitation forestière et la problématique des collectivités rurales.

L'étude du changement climatique doit tenir compte à la fois des valeurs et de la diversité de notre pays. Nous avons besoin d'un plan d'adaptation taillé sur mesure pour le Canada, un plan qui devra impérativement être fondé sur les principes de l'innovation et de la compétitivité.

Je souhaite également la bienvenue aujourd'hui à notre comité au sénateur Thelma Chalifoux, de l'Alberta. Je dois dire que depuis l'arrivée du sénateur Chalifoux à Ottawa, elle a contribué à quantité d'idées positives et a su représenter vigoureusement sa province. L'Alberta peut donc être fière de la contribution qu'elle continue d'apporter.

L'autre sénateur qui se joint à nous pour la première fois, car il a été retardé par la neige et d'autres problèmes, est le sénateur Laurier LaPierre, une personnalité canadienne bien connue qui apporte des idées créatives et novatrices sur tout le sujet de l'agriculture et de l'exploitation forestière.

Nous sommes maintenant prêts à commercer avec notre programme de ce matin. J'accueille les représentants de Ressources naturelles Canada. Je crois savoir qu'il y a eu un petit changement de programme et que M. Boyd Case n'est pas là. Il sera remplacé par M. Kelvin Hirsch.

Monsieur Hirsch, vous avez la parole.

M. Kelvin Hirsch, agent à la forestière, Centre de foresterie du Nord, Service canadien des forêts, Ressources naturelles Canada: Avant de commencer, je dois vous transmettre les salutations et les excuses de M. Boyd Case, le directeur général du Centre de foresterie du Nord. Boyd a malheureusement été grippé toute la semaine dernière et a fait une extinction de voix qui le met dans l'incapacité de parler et l'empêche de participer aujourd'hui.

J'ai donc le plaisir de faire cet exposé au nom de M. Case et de tout le personnel scientifique et technique du Centre de foresterie du Nord.

Je suis actuellement conseiller en administration de la recherche au CFN et j'ai mené précédemment, pendant 17 ans, des recherches sur les incendies de forêt au Service canadien des forêts.

Je vous présente également M. Brian Amiro et M. Tim Williamson, qui sont des scientifiques de notre Centre et qui possèdent un large éventail de connaissances sur les répercussions tant écologiques que socio-économiques du changement climatique sur les forêts. Ils ont accepté de m'aider à répondre aux questions que vous pourrez avoir après l'exposé.

J'attire donc votre attention sur notre mémoire dont vous avez, je crois, une copie en main. Je veux d'abord remercier le comité de nous avoir invités à parler des effets du changement climatique sur les forêts et des recherches d'adaptation actuellement entreprises par le Centre de foresterie du Nord.

Ayant pris connaissance des comptes rendus de vos séances antérieures, je sais que vous avez entendu quelques excellents exposés sur les impacts éventuels du changement climatique et les répercussions possibles sur le secteur forestier et les collectivités qui en vivent.

Je n'entrerai donc pas beaucoup dans les détails sur les effets et vais me concentrer plutôt sur les activités de recherche que nous entreprenons afin de montrer comment nous pouvons contribuer aux connaissances sur les impacts et les possibilités d'adaptation et appuyer une gestion viable des forêts.

Je commencerai par dire quelques mots d'introduction sur le Centre de foresterie du Nord et l'historique de notre programme de recherche sur le changement climatique. Je traiterai ensuite plus particulièrement des recherches actuellement en cours sur les impacts et l'adaptation ainsi que des principaux résultats qu'elles ont produits. Je donnerai ensuite une courte description du Programme de forêts modèles et je terminerai par quelques mots de conclusion.

La mission du Centre de foresterie du Nord consiste à faire de la recherche, transférer des connaissances et coordonner des programmes qui favorisent la gérance de l'environnement et la compétitivité économique du secteur forestier canadien. Le Centre a été fondé en 1970 et constitue l'un des cinq centres de recherche que le Service canadien des forêts possède à travers le Canada. Nous avons actuellement un effectif de 200 employés, dont juste un peu plus de la moitié sont des permanents.

Les crédits de fonctionnement inscrits à notre budget de base représentent environ 10 000 $ par an et par chercheur. Ainsi, pour remplir les objectifs de notre programme, nous devons nous procurer une part sensible de notre financement, soit environ 4 millions de dollars par an, auprès de sources extérieures, telles que d'autres ministères et les principaux clients avec lesquels nous signons des accords de recherche concertée.

Nos recherches portent sur un large éventail de thèmes en rapport avec la forêt, dont le changement climatique en est un. Le Centre de foresterie du Nord a été l'un des premiers centres de recherche forestière à lancer un programme sur le changement climatique, et ce dès 1985, bien avant que l'expression «changement climatique» devienne à la mode.

Notre programme en la matière possède actuellement deux points de mire. Premièrement, la comptabilisation du carbone, la modélisation et l'atténuation; et deuxièmement, les impacts du changement climatique et l'adaptation.

En guise de ressources, nous avons 21 équivalents à temps plein, c'est-à-dire de scientifiques et employés de soutien travaillant aux recherches sur le changement climatique. Leur budget de fonctionnement dépasse 1 million de dollars par an, dont la plus grande partie provient de sources externes. Parmi ces ressources, les deux tiers du personnel et environ 40 p. 100 des crédits sont consacrés aux impacts et projets d'adaptation.

La collaboration avec les chercheurs des autres Centres de foresterie du SCF, d'autres ministères, d'universités et autres instituts de recherche constitue l'une des clés du succès de notre programme relatif au changement climatique.

Je vais parler maintenant des recherches actuelles que nous menons sur les impacts et l'adaptation. Nous travaillons sur quatre grands domaines. Le premier consiste à évaluer et surveiller le changement. Il s'agit à cet égard d'étudier l'effet du changement climatique sur la santé et la productivité des forêts, de recueillir des données de base sur la productivité forestière dans différentes zones climatiques, d'analyser les changements de fréquence des feux de forêt à travers le Canada et de suivre les variations dans les infestations d'insectes, particulièrement dans les Prairies.

Un exemple d'étude d'évaluation et de surveillance des changements est notre programme CIPHA: «impact du changement climatique sur la productivité et la santé des peupliers faux-trembles». Ce projet comporte des mesures détaillées sur 72 sites d'échantillonnage permanents disséminés à travers l'ouest du Canada, afin d'étudier les effets du climat et des insectes sur la croissance et la survie du peuplier.

Il permet également une détection précoce des effets du changement climatique du fait que de nombreux sites sont situés à la périphérie des zones de transition sylvestre, zones qui sont les premières à être touchés par des changements de climat.

Comme premiers résultats de cette étude, nous avons constaté que la croissance du peuplier faux-tremble peut varier considérablement d'une année à l'autre à travers la région, la survie et la croissance étant au plus bas lorsque des pullulations d'insectes, en l'occurrence de livrées, se conjuguent avec des périodes de sécheresse ponctuelles ou prolongées. Séparément, les deux facteurs ont un impact, mais considérablement moindre que lorsqu'ils se combinent.

Le deuxième domaine de recherche de notre centre vise à estimer les impacts futurs du changement climatique. En collaboration avec d'autres centres du service des forêts et des universités, nous cherchons à prédire l'activité future des feux de forêt dans des conditions de changement climatique et la probabilité d'effets significatifs sur les principaux facteurs de risque.

Nous étudions également l'effet des forêts sur les climats régionaux, ainsi que les effets du changement climatique sur la végétation, en particulier les combinaisons d'essences, les variations des frontières de végétation, la croissance et les rendements, facteurs qui déterminent en fin de chaîne l'approvisionnement en bois.

Nous avons mis au point un modèle des changements naturels de végétation possibles en reliant les données sur le climat futur, provenant du modèle de circulation générale canadien, à un modèle dynamique de végétation connu sous le nom de «simulateur intégré de la biosphère», ou IBIS. Vous voyez ici une image de la couverture végétale actuelle du Canada. Dans les deux diapositives suivantes, vous remarquerez quelques déplacements notables. J'attire votre attention en particulier sur cette région-ci de l'Ouest du Canada.

Dans cette diapositive, vous pouvez voir en 2040 un agrandissement de la zone de prairie et de toundra ouverte dans la forêt boréale méridionale. Les projections pour 2070 suggèrent un changement de végétation encore plus grand, qui pourrait considérablement réduire la taille de la forêt boréale. En revanche, un climat plus chaud favoriserait dans l'est du Canada des taux de croissance supérieurs associés aux forêts tempérées.

Ne perdez pas de vue, toutefois, que le modèle actuel souffre encore d'un certain nombre de limitations et d'incertitudes. Par exemple, le modèle IBIS n'incorpore pas actuellement des facteurs tels que la teneur en azote du sol, qui peut être un facteur limitatif compensant les avantages d'un accroissement du CO2, et de températures plus chaudes. Des recherches plus poussées à l'aide d'autres modèles climatiques et de simulateurs de végétation devront donc être entreprises afin de réduire le degré d'incertitude de ces projections.

Le troisième domaine de recherche dans notre centre porte sur les stratégies d'adaptation au changement climatique. Étant donné que les effets potentiels du changement climatique sur la forêt boréale occidentale pourraient être considérables, nos chercheurs ont commencé ces dernières années à concentrer davantage leurs efforts sur la découverte de façons nouvelles et novatrices de s'adapter à de tels changements.

Les trois principaux sujets d'études sont la recherche de nouvelles options et innovations sylvicoles, les méthodes de réduction des risques d'incendie et des techniques visant à minimiser les dégâts des ravageurs.

J'aimerais vous donner trois exemples d'adaptation. En ce qui concerne les possibilités de boisement et de reboisement, nous avons lancé une série d'essais en divers endroits de l'Ouest du Canada afin de comparer la croissance, la survie, la forme et la qualité du bois de clones de peupliers hybrides.

Par exemple, l'an dernier, 100 000 plants ont été mis en terre dans 15 sites. Les résultats initiaux des essais concomitants avec les 12 clones de peuplier différents testés font apparaître quelques variations mineures de rendement pour cette essence. Ainsi, le taux d'humidité au cours des semaines suivant la mise en terre semble être le facteur le plus déterminant de la survie des plants.

Le deuxième exemple de recherche sur l'adaptation consiste à se préparer proactivement à une plus grande fréquence d'incendies de forêt à l'avenir. Nos chercheurs ont collaboré avec d'autres organisations aux niveaux municipal, provincial et fédéral pour établir une synthèse des données scientifiques les plus récentes, publiées sous la forme d'un guide pouvant servir à réduire les risques que les feux de forêt présentent pour les habitations et localités.

En collaboration avec les provinces, l'industrie forestière et les universités, nous travaillons également à la mise au point et à l'évaluation d'un concept apparenté connu sous le nom de «Gestion forestière FireSmart». Il s'agit là d'intégrer de manière stratégique les activités de gestion forestière et de lutte contre le feu afin de réduire l'inflammabilité des paysages forestiers, et ce au moyen de mesures telles que des calendriers de récolte, la conception des parcelles de coupe, le reboisement et les soins culturaux.

Le troisième exemple de projet d'adaptation consiste à mettre au point des techniques novatrices de gestion des ravageurs de façon à réduire la probabilité et la gravité des infestations. Nous avons mené deux études spécifiques. La première a établi que l'utilisation du BT, un agent de contrôle biologique, réduirait le stress de l'épinette blanche résultant des infestations de tordeuse des bourgeons.

La deuxième étude est un vaste programme de terrain entrepris dans le nord-ouest de l'Alberta qui donne à penser que l'intensité et les modalités des récoltes peuvent réduire considérablement les populations de tordeuse des bourgeons de l'épinette. Par exemple, on a constaté que des blocs de coupe aux bords irréguliers et un taux de prélèvement de 25 p. 100 semblent être la meilleure méthode pour limiter les pullulations de tordeuse des bourgeons.

Le quatrième domaine de recherche sur les impacts et l'adaptation au Centre de foresterie du Nord concerne les sciences sociales. Nous avons la chance d'avoir chez nous l'un des groupes les plus éminents de chercheurs en sciences sociales du secteur forestier. En rapport avec le changement climatique, ils travaillent sur la vulnérabilité et l'adaptabilité des collectivités vivant de la forêt.

Ce travail comporte trois volets. Le premier consiste à déterminer le niveau de compréhension de la part des dirigeants locaux et du grand public des effets locaux du changement climatique. Deuxièmement, au moyen des données déjà disponibles sur les collectivités vivant de la forêt, il semble possible de déterminer lesquelles sont les plus vulnérables au changement climatique. Troisièmement, le groupe de recherche en sciences sociales isole les changements aux politiques et institutions actuelles pouvant être requis afin de promouvoir ou faciliter l'adaptation des collectivités dépendantes de la forêt.

Dans un registre légèrement différent, on m'a demandé de dire quelques mots dans mon exposé sur le Programme de forêts modèles. Les forêts modèles ont été créées au début des années 90. Il en existe actuellement 11 à travers le Canada, dont trois dans les provinces des Prairies: la forêt modèle du Manitoba sur la rive Est du lac Winnipeg, la forêt modèle de Prince Albert au nord de Prince Albert, en Saskatchewan, et la forêt modèle des Foothills dans la région de Hinton/Jasper de l'ouest de l'Alberta.

Le Programme des forêts modèles a pour but d'appliquer et, dans certains cas, de mettre au point des technologies, systèmes, approches et savoirs nouveaux aux fins d'une gestion forestière durable. Le programme a bénéficié d'un appui financier important du Service canadien des forêts, mais chaque forêt individuelle bénéficie également du soutien et des conseils d'un large éventail d'intervenants locaux. Au cours des dernières années, le Programme des forêts modèles a commencé à porter un intérêt considérable au changement climatique.

Les forêts modèles des Prairies font actuellement l'objet de projets visant à modéliser les effets du changement climatique sur la croissance et les rendements, à mesurer et contrôler les flux de carbone provenant des forêts et à évaluer l'application potentielle du modèle de bilan du carbone du SCF à l'échelle d'une zone couverte par un accord de gestion forestière.

Le Programme de forêts modèles boucle actuellement la première année de sa troisième phase quinquennale. Cette troisième phase est consacrée principalement à l'application et à la mise à l'essai des connaissances scientifiques.

Pour conclure, le Centre de foresterie du Nord s'intéresse tout particulièrement au changement climatique depuis le milieu des années 80. Comme vous ne l'ignorez pas, nombre des scénarios climatiques indiquent que le Canada continental pourrait être l'une des régions les plus touchées par le réchauffement planétaire, avec d'importantes conséquences pour les forêts de l'Ouest du Canada.

En font partie des influences directes sur la forêt elle-même, par le biais d'une multiplication des incendies, d'un accroissement des infestations d'insectes et flambées de maladies, de l'altération et, fort probablement, de la réduction de la croissance et du rendement des essences forestières dans l'Ouest du Canada, de déplacements potentiels de végétation et d'une concurrence accrue de la part d'espèces exotiques envahissantes.

Cela aura des conséquences sur le secteur forestier, notamment la diminution de l'approvisionnement en bois et l'introduction de pratiques forestières nouvelles, influencera les produits et services forestiers non ligneux, introduira des difficultés nouvelles sur le plan de la gestion des zones protégées et naturelles et comportera des effets secondaires sur la qualité de l'eau et de l'air. Tous ces facteurs confondus se répercuteront sur la stabilité des collectivités vivant de la forêt.

C'est pourquoi notre centre oriente ses efforts de recherche sur les impacts et l'adaptation autour de trois axes: réduire l'incertitude concernant les impacts futurs du changement climatique sur nos forêts, mettre au point et éprouver des stratégies d'adaptation et conjuguer nos connaissances écologiques et sociales de façon à répondre de manière globale et intégrée aux problèmes posés par le changement climatique.

Le sénateur Wiebe: Mes premières questions portent sur les diapositives 17 et 18, soit le Programme de forêts modèles. À la diapositive 18 vous dites que les changements de climat les plus extrêmes devraient intervenir dans la forêt boréale de l'extrême-ouest du Canada.

Depuis que nous avons lancé cette étude, nous avons entendu quelques exposés remarquables sur le Programme de forêts modèles. Alors que vous en avez constitué 11 à travers le pays — cela fait 1,1 par province — c'est dans l'Ouest du Canada que les effets les plus extrêmes se feront sentir.

Il me semble qu'il faudrait créer davantage de forêts modèles dans la région Ouest car elles me paraissent beaucoup trop éparses et les données précieuses qu'elles fournissent pourraient être déterminantes lorsqu'il s'agit d'opérer les adaptations requises. Quel est votre sentiment à ce sujet? Est-ce que les trois forêts modèles de l'Ouest suffisent? Elles sont déjà précieuses, mais pourrait-on faire encore mieux en ayant davantage de stations modèles?

M. Hirsch: Le Programme de forêts modèles a ceci de particulier qu'il est en expansion, c'est-à-dire que les trois forêts modèles commencent à déborder de leur périmètre physique pour englober des régions différentes dans les trois provinces des Prairies.

Par exemple, au Manitoba, alors que la forêt modèle initiale était située sur la rive est du lac Winnipeg, elle englobe maintenant le mont Duck et les collines de Porcupine dans l'Ouest du Manitoba. En outre, la forêt modèle des Foothills dans l'Ouest de l'Alberta entreprend maintenant aussi des études dans d'autres régions de l'Alberta.

Donc, ces forêts modèles prennent les connaissances scientifiques acquises sur place pour les appliquer au-delà. Je pense que les trois que nous avons à l'heure actuelle fonctionnent bien et transfèrent les données et stimulent des recherches sur le terrain. Grâce à la collaboration avec d'autres compagnies et parties prenantes, l'information se dissémine. Je dirais donc qu'elles font un bon travail et sont bien représentatives des différences qui peuvent exister à l'intérieur des trois provinces des Prairies.

Le sénateur Wiebe: Il est bon de l'entendre. Vous êtes évidemment beaucoup mieux placé pour juger de cette efficacité que nous.

La plus grande partie du travail jusqu'à présent sur l'atténuation des effets du changement climatique et sur les possibilités d'adaptation tient justement au fait que nous manquons de connaissances sur les ajustements à la réalité nouvelle qu'il faudra opérer.

Il faudra trouver le moyen de faire participer le grand public à l'adaptation car, à long terme, c'est lui qui fera pression sur les élus pour qu'ils entreprennent les changements requis. À votre avis, quelle incitation devrions-nous mettre en place, nous les décideurs, pour assurer une participation plus large du grand public à toutes les procédures portant sur l'adaptation au changement climatique?

Je vous pose la question car ces dernières années tout le débat et toute la discussion ont porté sur Kyoto et la manière de régler ce problème. Si l'on commence à consommer de l'éthanol comme carburant et ce genre de choses, pense-t-on, le problème va disparaître.

Mais évidemment, les scientifiques nous disent que même si tous les pays du monde ratifient Kyoto, le mal est déjà fait, que nous pourrons peut-être ralentir le rythme du changement mais rien de plus, et que nous devons nous concentrer sur l'adaptation. Quelle est donc la meilleure façon, à votre avis, d'impliquer le grand public dans cette discussion?

M. Hirsch: Sénateur, je vais demander à M. Tim Williamson, qui est spécialisé en sciences sociales, de répondre à cette question.

M. Tim Williamson, économiste en développement durable, Centre forestier du Nord, Service canadien des forêts: Je pense que l'un des gros problèmes au niveau du public est la grande incertitude qui entoure la question et les impacts à long terme, comme vous l'avez relevé. Peut-être faudrait-il mettre en place des programmes de sensibilisation au niveau des localités elles-mêmes et faire en sorte que leurs habitants puissent identifier eux-mêmes les problèmes.

Il existe différents cadres pour un tel travail, différents cadres d'évaluation des risques. Greg McKinnon, du Réseau canadien de recherche sur les impacts climatiques et l'adaptation, le RCRICA, pourra vous parler des méthodes pour sensibiliser les populations locales et accroître leur niveau de connaissance de telle façon qu'elles soient mieux en mesure de commencer à réfléchir à la planification et à se préparer au changement climatique et s'y adapter.

Le sénateur Wiebe: Comme vous le savez, en dépit de toutes ses faiblesses, nous avons tout de même le meilleur système de gouvernement au monde. Le problème c'est que si l'on s'en remet aux élus pour diffuser le message, vous aurez deux ou trois positions différentes sur l'ampleur du problème.

Donc, s'agissant d'ouvrir ce dialogue dans la collectivité, ne voudrait-il pas mieux que des personnes comme vous- mêmes, et d'autres connaissant bien l'industrie, diffusent le message au lieu de laisser le soin à divers groupes qui auront des opinions divergentes sur le problème?

M. Williamson: Je pense qu'il y a un rôle certain pour un dialogue entre les chercheurs et les parties prenantes au niveau communautaire. La capacité scientifique existe pour commencer à examiner les effets au niveau local. Il s'agit de déployer les ressources voulues pour traduire la recherche d'ensemble au niveau communautaire et établir les liens avec la population locale.

Le sénateur Wiebe: Les ressources financières sont un ingrédient essentiel, n'est-ce pas?

Le sénateur Hubley: Ma première question est de savoir à qui appartient la forêt? Quelle est la ventilation entre la propriété publique et privée?

M. Hirsch: La grande majorité des forêts au Canada sont domaniales, c'est-à-dire qu'elles sont gérées par les gouvernements provinciaux ou territoriaux. Ils exercent la compétence première.

Il existe aussi des boisés privés, mais ils représentent une faible partie de la forêt dans l'Ouest du Canada. Dans l'Est, dans les provinces Atlantiques, il y a davantage de boisés privés que dans l'Ouest, mais la vaste majorité des forêts au Canada sont domaniales.

Le sénateur Hubley: J'aimerais ensuite parler de gestion des forêts. Chez nous, nous n'avons pas beaucoup d'incendies de forêt, mais nous en voyons à la télévision lorsque la saison des incendies frappe les provinces de l'Ouest. Dans vos stratégies d'adaptation, quelle sorte de pratiques de gestion introduisez-vous pour amoindrir l'impact des feux de forêt? Que faites-vous après un incendie de grande envergure? Allez-vous faire les choses différemment à l'avenir?

M. Hirsch: Je vais commencer par répondre et Brian pourra peut-être compléter.

Nous constatons que les méthodes traditionnelles de lutte contre le feu, celles que l'on voit à la télévision avec les camions-citernes, les hélicoptères et équipes d'attaque initiales sont parvenues à la limite de leur efficacité physique.

On peut certes déployer encore plus de ressources, mais le rendement marginal va en diminuant. Il faut faire appel à des méthodes plus intelligentes, et c'est de là que vient l'expression «FireSmart». Au cours des 50 prochaines années, une grande partie de la forêt boréale, voire l'essentiel, sera récoltée et reboisée et nous nous demandons s'il n'y a pas des moyens stratégiques de le faire qui puissent réduire l'inflammabilité.

Nous savons que certaines essences sont plus combustibles que d'autres — et nous ne parlons pas d'une conversion à grande échelle de toute la forêt — et nous nous intéressons à des points particuliers du paysage sur lesquels on pourrait agir pour réduire le rythme de propagation et l'intensité des feux de forêt. Nous recherchons également des points où l'efficacité des outils de lutte actuelle se trouverait grandement améliorée.

Nous avons effectué des recherches de concert avec certaines compagnies qui commencent à mettre en oeuvre ces programmes. Cela peut aller de techniques aussi simples que le découpage des zones d'abattage et l'ajustement du calendrier de coupe jusqu'au choix des essences de reboisement.

Il s'agit donc de planifier à l'avance, de manière préventive, plutôt que de simplement réagir aux incendies, et aussi de réaliser que le feu est un facteur naturel de l'écosystème. Il est nécessaire à la reproduction de nombreuses espèces et donc à la santé de la forêt, mais il faut trouver un équilibre entre les avantages écologiques et les inconvénients socio- économiques.

Nous adoptons une approche proactive de concert avec les compagnies exploitantes, mais les localités dépendant de la forêt peuvent également prendre des mesures pour se protéger. À notre avis, très rares devraient être les maisons consumées par les feux de forêt, car il existe des procédés permettant de prévenir ce genre de perte.

M. Brian D. Amiro, chercheur scientifique, Centre forestier du Nord, Service canadien des forêts: J'aimerais juste ajouter quelques mots. Une méthode d'adaptation pour les compagnies exploitantes consiste à récupérer le bois brûlé. Cela se fait de plus en plus depuis une dizaine d'années. C'est largement pratiqué au Québec, en Ontario et dans les provinces des Prairies.

Évidemment, c'est plus facile dans le sud où il existe déjà des routes d'accès, mais c'est une méthode qui permet d'atténuer certains de ces impacts. Les compagnies forestières ont donc recours à ce procédé d'adaptation.

L'autre facteur auquel Kelvin a fait allusion, c'est l'origine des incendies. Comment sont-ils déclenchés? Environ un tiers des feux sont causés par la foudre. Nous avons beau faire les campagnes de prévention du type Ours Smokey, les incendies causés par la foudre resteront nombreux. Ces derniers sont responsables d'environ 85 p. 100 de la superficie incendiée. Ce sont donc les gros feux.

Ensuite, il y a les conditions météorologiques propices aux incendies, un facteur important. Nous pensons que le changement climatique, bien sûr, va empirer les choses à cet égard, d'où notre inquiétude. Nous ne pouvons donc pas faire grand-chose pour empêcher les démarrages d'incendie, car les conditions météo iront en empirant. Mais il est possible de modifier le combustible. Un feu a besoin de combustible et nous pensons pouvoir agir au niveau du combustible pour atténuer, à tout le moins, l'impact du réchauffement.

Le sénateur Hubley: Dans quelle mesure des prévisions météorologiques fiables sont-elles importantes pour votre travail?

M. Amiro: Le Service canadien des forêts affiche sur son site Internet une carte nationale indiquant les indices de risque d'incendie chaque jour.

Les provinces — chaque organisme fait la même chose pour sa propre zone. Nous publions donc les indices de risque au Canada et le public en est informé chaque jour. Les prévisions sont bonnes. Nous savons quand les risques sont importants. Les gens peuvent se préparer. On ne peut empêcher la foudre de tomber et de nombreux incendies peuvent éclater le même jour. En Alberta, certains jours, la foudre peut tomber 10 000 fois. La fréquence de la foudre est étonnante.

Le président: En un seul jour?

M. Amiro: En un seul jour, un seul orage. Par ici, les éclairs sont partout. Bien sûr, la plupart d'entre eux sont accompagnés de pluie, ce qui évite les départs d'incendie, mais nous avons aussi de la foudre sèche. Il y a énormément de potentiel d'allumage.

Le sénateur Hubley: D'où proviennent vos informations météo?

M. Amiro: Les stations météorologiques du Service météorologique du Canada. Il y a aussi des stations supplémentaires exploitées par les organismes. Chaque province a ses propres stations météo qui comblent toutes les lacunes. C'est donc un ensemble.

Le sénateur LaPierre: Nul ne m'honorera en prétendant que je suis expert en agriculture et forêt. La seule raison pour laquelle j'ai voulu siéger à ce comité est que je suis historien. Notre pays a été rural pendant une longue partie de son histoire et je connais pas mal la vie rurale.

Aussi, professeur Williamson, j'ai été intéressé lorsque vous avez parlé du mariage interdisciplinaire entre sciences naturelles et humaines. J'ai même un plan consistant à envoyer 300 étudiants d'université qui sillonneraient le pays et parleraient dans les localités de toutes ces choses et les aideraient avec leurs besoins d'information. Mais c'est là un autre sujet.

Je m'intéresse à votre programme FireSmart. Est-ce publié?

M. Hirsch: Oui.

Le sénateur LaPierre: Pourriez-vous en fournir des copies au président, car je pense que ce serait très utile?

Le président: Est-ce possible?

M. Hirsch: Je n'ai pas d'exemplaire avec moi aujourd'hui, mais je peux certainement vous le fournir, peut-être même avant la fin de la journée.

Le président: Ce serait merveilleux.

J'ai deux questions rapides. Vous avez parlé de récupération du bois brûlé et j'aimerais en savoir plus. Si le feu n'a consumé qu'un peu d'écorce, vous pouvez utiliser le restant de l'arbre comme bois de construction ou pour la fabrication de pâte à papier, ce genre de choses?

Deuxièmement, personne n'a jamais parlé de brûlis contrôlés, et puisque vous êtes des experts en incendie, j'aimerais que vous nous en parliez un peu. Je sais que les Américains utilisent cette méthode régulièrement dans leurs parcs nationaux, pour diverses raisons. J'aimerais que vous traitiez de ces deux choses, s'il vous plaît.

M. Amiro: Pour ce qui est de la récupération, vous avez raison. La plupart des incendies dans la zone boréale canadienne sont ce que nous appelons des feux de cimes. Ils brûlent tout le combustible fin sur le tapis forestier et les cimes des arbres, mais les troncs restent debout, la plupart n'étant carbonisés qu'en surface.

Nous avons également des feux superficiels, qui ne brûlent aucune partie de l'arbre. C'est assez rare au Canada. Ces arbres restent exploitables mais habituellement ne restent en vie qu'un ou deux ans, parfois trois ans, car ils sont rapidement infestés par des insectes. En effet, il existe des insectes qui suivent les incendies, qui creusent le bois et en diminuent la qualité.

Les sociétés forestières utilisent ce bois mais il est généralement de moindre qualité. Ce bois commande un prix moindre, ce qui a des répercussions économiques, et il doit aussi être à proximité d'une route. Je ne sais pas quel pourcentage de la coupe actuelle provient de forêts brûlées. Tout dépend de la localisation des feux. Parfois, dans le sud, un gros incendie peut brûler 100 000 hectares dans un secteur déjà exploité activement, et ce bois sera alors récupéré.

Le président: Y a-t-il une grande différence entre le bois de feuillus et le bois de résineux? Est-ce que les résineux brûlent plus vite et plus profondément? Est-ce que le bois récupérable est surtout du bois dur?

M. Amiro: Les deux peuvent être récupérés mais les résineux brûlent plus intensément, si bien que l'on en perd davantage. Au moment de la récupération, vous avez des arbres morts encore debout et d'autres vivant qui sont à peu près intacts.

Le président: Les brûlis contrôlés?

M. Amiro: L'autre aspect sont les brûlis contrôlés. Nous avons un programme de brûlis contrôlés dans la plupart des parcs nationaux. Nous en avons dans les parcs de montagne des Rocheuses et aussi dans les parcs des Prairies, par exemple le Parc national Prince Albert et le Parc national Riding Mountain au Manitoba.

Ces brûlis sont généralement effectués dans l'intérêt de l'écosystème. Ils changent la mosaïque du paysage, et sont nécessaires principalement parce que les incendies ont été combattus dans les parcs nationaux au cours du dernier siècle. Nous essayons de réintroduire le feu dans ces parcs nationaux afin de modifier le paysage et interrompre la distribution de combustible. Il y a toutes sortes de répercussions sur la distribution des insectes. On a peu recours aux brûlis dirigés en dehors des parcs nationaux à l'heure actuelle, on en pratique un peu dans les parcs provinciaux, mais ce n'est pas une méthode largement utilisée sur le territoire.

Le président: Pensez-vous que cela va changer et va-t-on y avoir recours davantage à l'avenir, face à l'augmentation des risques amenés par le changement climatique?

M. Amiro: Les brûlis contrôlés sont toujours un compromis. La plupart des compagnies forestières préfèrent gérer le combustible au moyen de la coupe que de brûlis. Il faudra beaucoup d'éducation, un grand changement dans les mentalités avant que l'on en arrive au point où des brûlis dirigés à grande échelle produiront des résultats.

Le président: Merci de votre excellent exposé et nous sommes impatients de recevoir vos brochures.

Je donne maintenant la parole à Carol Patterson, de Kalahari Management Inc.

Mme Carol Patterson, présidente, Kalahari Management Inc.: J'avoue ne pas être une scientifique ni une experte en changement climatique, mais je suis experte en écotourisme, et c'est le sujet dont on m'a demandé de parler aujourd'hui. Je suis heureuse de cette occasion de le faire, car c'est en rapport avec le changement climatique.

Afin de pouvoir mieux me situer, sachez que je suis consultante et chroniqueuse en écotourisme. Cela fait plus de 12 ans que j'exerce cette profession. À mes débuts, les gens se méprenaient et croyaient que j'étais consultante en «écoterrorisme», la notion d'écotourisme leur étant inconnue. L'an dernier a été tenu l'Année internationale de l'écotourisme, apportant la confirmation que je ne suis pas folle et que nous avons réellement au Canada un avenir dans l'écotourisme.

J'organise quantité d'ateliers. Je fais beaucoup de travail avec des localités rurales d'Amérique du Nord, similaires à celles dont les témoins précédents ont parlé. Ces collectivités perdent leur assise économique traditionnelle, exploitation minière ou forestière ou agriculture, et elles se tournent vers le tourisme nature comme nouvelle activité économique. J'aide donc ces collectivités à identifier les possibilités, expliquant comment structurer des entreprises et mettre en valeur ces atouts comme destinations.

Je suis l'auteure d'un livre intitulé The Business of Ecotourism, qui en est à sa deuxième édition. J'ai également publié une édition pour enseignants. Je travaille à un manuel de planification d'entreprise et d'écotourisme pour les sections d'Amérique centrale et du Sud de l'association The Nature Conservancy. Je publie un bulletin trimestriel sur la gestion écotouristique, une publication destinée aux entreprises qui fait le point des derniers développements dans ce secteur.

Tout cela est disponible en ligne, pas le livre, mais le bulletin, et vous trouverez l'adresse de mon site Internet dans la documentation, si vous voulez y jeter un coup d'oeil.

Le terme «écotourisme» est encore peu répandu et reste souvent mal compris. Il en existe des quantités de définitions, aucune ne faisant autorité. Au cas où vous n'auriez pas encore rencontré le terme, sachez qu'il s'agit d'une forme de tourisme qui consiste à protéger l'environnement naturel dans lequel il se déroule.

Il promeut également le bien-être économique et social de la collectivité hôte et offre aux voyageurs une expérience pédagogique. C'est donc une forme de tourisme très ambitieuse. D'aucuns en contestent la réussite mais il suscite de plus en plus d'intérêt et d'activité. Ne voulant pas prendre trop de votre temps, je vais parler principalement de l'Alberta, qui n'a pas à ce stade un secteur écotouristique très développé, mais le Canada possède certainement un grand potentiel dans ce domaine.

Pour parler du changement climatique, la fin de semaine dernière je parlais justement à mon père, qui habite à Regina, de ma comparution ici et sa réaction était qu'il est tout à fait en faveur du changement climatique si cela va améliorer le temps qu'il fait. Il plaisantait, mais il vit en Saskatchewan depuis 81 ans et il a remarqué une nette modification du climat, et c'est le cas aussi de nombreux exploitants d'entreprises touristiques. Comme mon père, ils n'en réclament pas davantage. Beaucoup aimeraient voir les choses s'améliorer.

Nous constatons que le changement climatique a des effets sur la plupart des formes de tourisme nature, et pas toujours positifs. La faune ne se trouve plus toujours là où on voudrait qu'elle se tienne. Nous remarquons des événements catastrophiques, qui sont inquiétants du point de vue de la gestion des risques. Les choses en sont arrivées au point où nous nous tournons maintenant vers certaines de nos organisations dirigeantes, en l'occurrence l'Organisation mondiale du tourisme, qui organise une conférence sur ce sujet en Tunisie ce printemps, au mois d'avril.

Le président: Carol, pourrais-je vous rappeler que nous avons des interprètes qui traduisent de l'anglais au français et également des sténographes. Si vous pouviez ralentir un peu, cela leur faciliterait beaucoup les choses, car nous tenons à avoir une transcription fidèle de vos propos. Rien ne presse. Nous n'allons pas vous couper la parole.

Mme Patterson: Très bien. J'ai tendance à parler vite. Une conférence se tiendra ce printemps, ce qui est le signe de l'inquiétude qui va grandissant dans le monde, non seulement sur le plan de l'écotourisme mais aussi d'autres formes de tourisme.

La prochaine diapositive montre certains des effets du changement climatique qui touchent les exploitants. Le premier qui vient à l'esprit est le manque de neige et, pour nous Canadiens, la neige est ce qui fait l'hiver. Or, nous constatons que nos hivers ne sont plus ce qu'ils étaient, en dépit des grands froids que nous avons connus récemment.

Par exemple, les organisateurs de randonnées en traîneau à chiens ont besoin d'une température froide et de neige. Certains dans le nord de cette province ont manqué de neige. Il faut également une température froide pour que les chiens n'aient pas trop chaud, mais il faut aussi de la neige sur laquelle les traîneaux puissent glisser, les touristes n'appréciant guère les traîneaux à roues. On veut vraiment que les visiteurs fassent l'expérience d'un hiver canadien et du Nord canadien. Donc, le manque de neige est catastrophique pour ces entreprises.

À l'inverse, en été, nous manquons d'eau. Les activités qui dépendent de la fonte, les descentes en eau vive en kayak ou en radeau, souffrent parfois de débits d'eau insuffisants ou abondants pendant des périodes moins longues que dans le passé. Là où ils pouvaient organiser les descentes de rivière pendant trois mois, leur saison est limitée à un mois. Donc, ils constatent qu'ils ont moins d'eau que par le passé.

Je fais des généralisations, mais la situation varie d'un endroit à l'autre de la province. Le Nord semble plus touché que les Rocheuses et la région de Kananaskis et de Bragg Creek.

Les feux de forêt et les risques d'incendie se répercutent également sur l'activité récréative. Lorsque les risques sont importants, deux choses peuvent se produire: parfois tout un secteur est fermé, l'accès en étant physiquement interdit, comme c'est arrivé dans le pays de Kananaskis il y a deux ans lorsque toute la région a été évacuée. Les voyagistes ont perdu de l'argent parce qu'ils offraient des tours ou avaient des groupes dans la région qu'il a fallu évacuer ou qui ne pouvaient y accéder.

Le sénateur a indiqué tout à l'heure que l'on montrait dans l'Est les incendies de forêt dans l'Ouest, et effectivement une étude de l'Outdoor Recreation Council en 2000 a montré que le nombre des randonneurs sur le continent était en baisse, ce qui va à contre-courant de la tendance vers plus d'activité physique et d'intérêt pour la nature. La principale explication était l'effet des gros incendies de forêt survenus en 2000 qui amenaient les gens à croire que tout l'Ouest était en feu.

Encore une fois, ce n'est pas nécessairement le risque réel qui compte. En matière de tourisme, les perceptions jouent un grand rôle. Les gens n'iront pas dans une région s'ils pensent qu'ils vont y être en danger ou que les conditions ne sont pas idéales.

Les écotouristes s'intéressent aux zones naturelles, recherchent la beauté des paysages, le sentiment d'être loin de tout. Étouffer dans la poussière ou la fumée n'est pas considéré comme idéal et ces événements ont donc des effets négatifs.

Nous constatons également des conditions météorologiques anormales pour la saison, ce qui réduit la prévisibilité. Les délais d'organisation de nombreux voyagistes, surtout des plus gros, peuvent être de 18 à 24 mois, entre la mise au point d'un circuit et sa mise en vente dans une brochure. Vous espérez donc que si vous offrez une randonnée à raquettes en janvier, ou à skis de fond, il y aura effectivement de la neige en janvier. Mais les organisateurs, surtout dans la partie sud de la province, ne peuvent plus y compter.

Lorsque j'ai parlé à une exploitante aux fins de cet exposé, elle m'a dit: «J'ai la meilleure neige en avril et mai», au moment où elle voudrait organiser des randonnées à pied ou lorsque les gens ont décidé qu'ils ne veulent plus être dans la neige. Les meilleures conditions pour la randonnée à pied peuvent en janvier. Nous avons parfois des sécheresses qui se prolongent jusqu'à l'automne, ce qui fait que les conditions sont bonnes pour la randonnée pédestre alors que normalement on skierait.

On s'aperçoit donc qu'on se retrouve ainsi à faire la randonnée des fleurs sauvages de printemps sur la neige, la randonnée des fleurs d'été sur la neige aussi, la randonnée de la Fête du travail encore sous la neige, dans des conditions qui ne sont pas de saison et qui rendent l'activité difficile. On peut parfois changer d'endroit, amener les gens à venir avec des raquettes plutôt que des skis ou des chaussures de marche plutôt que des raquettes, mais cela complique beaucoup les choses, surtout si vous vendez sur les marchés étrangers.

Si vous vendez sur le marché japonais ou allemand, il faut fournir ce qui est promis, sinon il peut y avoir des problèmes de responsabilité légale. Si vous promettez une certaine activité et que vous ne livrez pas le produit, cela peut conduire à des problèmes.

Nous constatons également que le changement climatique influe sur la faune. L'Alberta n'est pas réputée comme destination pour l'observation de la faune. La région de Churchill, au Manitoba, ou l'observation des baleines sur le littoral de la Colombie-Britannique représentent davantage des destinations à cet égard, mais nous constatons néanmoins chez nous que les animaux et les oiseaux ne sont pas là où on les attend en nombre aussi grand que prévu.

J'ai travaillé sur un projet l'hiver dernier en Arkansas, qui est la capitale mondiale de la chasse au canard, mais les canards ne descendent plus du Canada. Lorsqu'ils rencontrent des températures clémentes, ils s'arrêtent sur leur route de migration et ne descendent plus aussi loin dans le sud. Ces collectivités se rabattent sur l'observation des oiseaux car le tourisme de chasse est en déclin.

On rencontre donc ce genre de situation, où la faune n'est pas au rendez-vous ou alors en nombre moindre. Cela cause des problèmes à certains de nos exploitants.

Incidemment, je sais que vous vous penchez également sur l'agriculture. Là aussi il y a des répercussions pour certaines entreprises d'écotourisme qui utilisent des chevaux. Elles sont peu nombreuses à utiliser le cheval comme moyen de locomotion, mais beaucoup s'en servent pour transporter du matériel, de l'eau et cetera, jusqu'à leur camp. Donc, la multiplication par deux du prix du foin se répercute sur leurs coûts d'exploitation.

Que font les gens pour s'adapter? Ceux qui survivent dans l'écotourisme ont tendance à avoir l'esprit créatif. Il faut pouvoir réagir vite dans le meilleur des cas, mais face au changement climatique, ceux qui se débrouillent le mieux sont ceux qui offrent une diversité de produits dans différents endroits. Si j'offre des randonnées pédestres, je peux en organiser une dans la région de Kananaskis une fin de semaine ou, si les conditions n'y sont pas bonnes, emmener mes clients à Bragg Creek ou Drumheller, ou quelque chose du genre. Ou encore je peux substituer une activité différente, ce qui me donne un peu de souplesse.

En outre, les entreprises qui ont une flexibilité au niveau de leur clientèle ont davantage d'options. Quelqu'un qui organise, par exemple, un séjour pour des cadres d'entreprises, s'il ne peut pas tenir la construction d'igloos, peut probablement organiser un cours de descente en rappel ou une autre activité stimulant l'esprit d'équipe. En revanche, si vous êtes organisateur de descentes de rivière en radeau ou de randonnée en traîneau à chien et n'avez rien d'autre, vous allez souffrir car vous n'avez pas de souplesse.

Certains exploitants qui n'ont pas la diversité de produits se tournent vers l'interprétation. Je connais une compagnie de rafting qui organise maintenant des jeux ou des activités d'interprétation du paysage. Là où l'attrait était surtout l'excitation de la descente en eau vive, on offre maintenant davantage d'interprétation ou de jeux aquatiques, ce genre de choses, pour essayer de compenser le fait que les niveaux d'eau dans les cours d'eau ne sont plus ce qu'ils étaient.

Certains raccourcissent leur saison. Ils commencent un mois plus tard ou finissent un mois plus tôt. Ils tardent à embaucher leur personnel et font leur formation plus tard dans la saison, ce qui réduit l'activité économique dans la collectivité.

Dans notre secteur nous sommes très conscients des règles de prudence et nous sommes obligés de faire davantage attention à la planification de la sécurité car nous voyons des conditions météorologiques très inhabituelles — crue soudaine ou, comme on l'a vu récemment, malheureusement, de grosses avalanches. Ce genre de choses signifie qu'il faut être très bien préparé sur le plan de la gestion sécuritaire. C'est une autre adaptation nécessaire.

Certains exploitants ont un revenu extérieur. Ils sont obligés de faire un autre travail en attendant que les conditions changent. Je connais un organisateur de randonnées en traîneau à chiens dans la région de Cold Lake. Il a gardé ses chiens pendant deux ans en attendant un temps meilleur, une neige meilleure. Mais il a fini par faire faillite. Il est maintenant sapeur-pompier forestier. Son chenil n'était pas viable dans les conditions météorologiques qui prévalaient.

Parfois les gens majorent leurs prix si leurs coûts d'exploitation augmentent, comme par exemple le foin pour les chevaux. Certains finissent par retourner les revers de fortune à leur avantage en offrant un produit différent. Je n'ai pas encore vu offrir un circuit de la sécheresse et de la pestilence, mais étant donné l'imagination de nombre de nos entreprises touristiques, je ne serais pas surprise de voir surgir un festival des sauterelles ou quelque chose du genre.

L'achat d'eau pourrait être un autre effet à long terme. Je connais des cas à l'étranger où les exploitants achètent de l'eau pour offrir les descentes en eau vive. En Australie, les compagnies de rafting en eau vive dépensent 1 million de dollars par an pour acheter de l'eau qui servirait autrement à la production d'électricité.

En Virginie occidentale, certains voyagistes se mettent en partenariat avec des sociétés d'hydroélectricité. Tennessee Water Authority perçoit 2,50 $ par personne pour compenser la perte de revenu hydroélectrique provenant du fait que l'eau a été réservée aux adeptes de plein air.

Certains exploitants me disent qu'ils ne pourront pas survivre à long terme. Ils disent que ceux qui ont la diversité et peuvent proposer des idées nouvelles pourront compenser les effets du climat mais d'autres pensent qu'ils devront fermer les portes, et cela m'amène à mes conclusions.

Comme je l'ai mentionné, le tourisme est très dynamique. Ceux qui survivent dans ce secteur sont accoutumés à faire face aux changements. Le changement climatique est probablement considéré comme un risque ou un défi de plus. Malheureusement, beaucoup d'entre eux pensent — et peut-être sont-ils trop pessimistes — que la situation politique dans le monde ou l'alourdissement des frais d'assurance au Canada aura leur peau avant le changement climatique.

Ils sont davantage préoccupés par l'assurance, par les changements intervenus au niveau de la Loi sur la responsabilité en matière maritime qui menace leur survie. Un voyagiste de la région de Grand Cache m'a dit qu'il y a un an dix sociétés d'assurance canadiennes offraient une assurance pour son type d'activité. Aujourd'hui, il n'y en a que deux et l'assurance devient de plus en plus coûteuse et difficile à se procurer.

Ainsi, le changement climatique représente un aléa, mais d'autres facteurs constituent des problèmes plus immédiats et plus inquiétants, surtout à l'heure où l'on parle de guerre. Ceux ayant les produits les plus diversifiés sont les plus susceptibles de survivre. Certains exploitants à qui j'en ai parlé n'avaient pas encore réfléchi au problème, mais ceux qui ont réfléchi reconnaissent qu'il leur faudra soit s'adapter soit disparaître. Certains remarquent qu'il n'y a plus qu'une année normale sur cinq, ce qui ne suffit pas pour viabiliser leur entreprise.

Dans nombre de ces endroits, l'écotourisme est le fait de petites entreprises. Ce sont souvent aussi des entreprises rurales avec une activité seulement saisonnière. Ce n'est pas un moyen facile de gagner sa vie, mais comme on dit, c'est un mode de vie qui peut être gratifiant, mais les choses ne sont pas simples.

Le sénateur Chalifoux: Peu de gens réalisent l'impact économique de l'écotourisme. Vous l'avez très bien faire ressortir dans votre excellent exposé dont je tiens à vous remercier.

J'ai plusieurs questions. Premièrement, cette Organisation mondiale du tourisme: c'est une conférence qui porte sur les répercussions du changement climatique dans le monde entier, n'est-ce pas?

Mme Patterson: L'Organisation mondiale du tourisme fait peser son influence surtout sur les décideurs des politiques. Dans le secteur de l'écotourisme, les exploitants sont généralement des petites entreprises qui n'ont guère d'influence. L'Organisation mondiale du tourisme a davantage de poids auprès des gouvernements, de la Banque mondiale, de certaines organisations sans but lucratif telles que le Fonds mondial pour la nature.

Ces types d'organisations débattent au niveau philosophique ou des politiques générales. Les exploitants individuels interviennent peu dans cet aspect des choses mais il y a un effet de percolation une fois que les législateurs et décideurs prennent conscience de ces réalités, tout comme vous, et se demandent ce qui peut être fait ou ce qui se passe.

Le sénateur Chalifoux: Lorsqu'on parle des impacts économiques du réchauffement planétaire et du changement climatique, surtout ici dans l'Ouest du Canada et en Alberta, il faut bien savoir, et vous ne l'ignorez pas, que l'Ouest du Canada sera très gravement touché. Cela a déjà commencé. Savez-vous que notre Festival de l'oie des neiges n'aura pas lieu cette année? Il a été annulé parce que les oies ne sont pas au rendez-vous. Voilà le genre de choses que l'on constate.

J'aimerais savoir exactement ce que font les entreprises de votre secteur pour s'adapter. Vous avez parlé d'interprétation de la nature, mais si je veux faire une descente en radeau, je ne vais pas aller dans un centre d'interprétation parce qu'il n'y a pas d'eau. Est-ce qu'ils se montrent un peu plus créatifs s'agissant d'offrir des produits différents?

Mme Patterson: Beaucoup n'en sont pas encore là. Beaucoup démarrent seulement, en organisant, comme vous l'avez mentionné, des manifestations comme le Festival de l'oie des neiges, qui est un exemple parfait de petite localité qui s'organise autour d'un phénomène migratoire ou d'une espèce particulière. C'est un moyen très efficace de se faire connaître.

Ce n'est pas facile, car on peut créer toute une expérience, mais il faut un point de départ. Le côté positif c'est que, comme on me l'a dit, souvent seuls 50 p. 100 des visiteurs à ces festivals viennent pour la migration elle-même. L'autre moitié viennent pour manger, magasiner et s'amuser avec leurs amis ou leurs familles. On peut donc faire beaucoup avec peu, mais il faut un petit quelque chose pour démarrer.

Une autre tendance qui est prometteuse et qui représente l'activité écotouristique connaissant la plus forte croissance, c'est l'observation des insectes.

Le président: Parlez-vous sérieusement?

Mme Patterson: Oui, tout à fait, mais je ne veux pas parler des moustiques de Winnipeg. Les gens commencent par s'intéresser à certains grands mammifères, qui sont les espèces d'initiation. Si vous regardez un troupeau d'oies des neiges, vous n'avez pas besoin d'être expert. Elles sont faciles à voir, elles sont blanches. Vous voyez un oiseau et la centaine ou le millier d'oiseaux suivants sont tous des oies des neiges, elles sont faciles à reconnaître et cela représente en quelque sorte l'initiation à tout ce domaine.

Les gens commencent avec quelque chose comme le Festival de l'oie des neiges et ensuite ils s'intéressent à des espèces plus difficiles comme les paludines, si fuyantes, et maintenant ils commencent à s'intéresser aux insectes, principalement les libellules et papillons.

Il y a de gros festivals. Le Texas est le pionnier du tourisme naturel. On y trouve d'excellents programmes. Je plaisantais avec le festival de la sauterelle, mais il n'y a pas de limite autre que celle de votre imagination. Il faut avoir quelque chose au départ, mais souvent un rien suffit. Vous n'avez pas besoin d'avoir des centaines de caribous passant par chez vous. Ce serait excellent, mais vous pouvez commencer à beaucoup plus petite échelle.

Les petites localités en déclin ont besoin de soutien. C'est là où interviennent des gens comme moi, qui peuvent apporter des idées. Il ne faut pas réinventer la roue. Prenez ce qui marche ailleurs et voyez ce qu'il est possible de faire, et c'est là où des activités et programmes de développement économique peuvent être très utiles pour mettre le pied à l'étrier à ces localités. Je ne sais pas ce que sera la situation dans 50 ans, mais à l'horizon de cinq ans beaucoup de choses sont possibles.

Le sénateur Chalifoux: Face au réchauffement planétaire, et nous savons tous qu'il est en train, malgré tous les débats sur l'accord de Kyoto dont on sait bien qu'il ne va pas enrayer le réchauffement climatique. Est-ce que dans votre secteur les gens réfléchissent à l'avenir pour voir exactement comment ils peuvent s'adapter? Y a-t-il autre chose pour le guide de randonnées en traîneau à chiens?

Les hivers où nous n'avions pas de neige, nous utilisions des carrioles et c'était merveilleux. À Ottawa, Bal de Neige a été un désastre. Le Festival des tulipes l'an dernier a été un désastre à Ottawa. Ici, chez moi — et j'habite au nord d'Edmonton — tout l'été dernier a été un désastre. Dans votre secteur, réfléchit-on réellement pour voir comment on pourra s'adapter car ce sera inéluctable?

Mme Patterson: La réponse est non. Les gens commencent à s'interroger. Cette conférence qui va avoir lieu est l'indice que quelqu'un commence à se réveiller, à réaliser que l'on ne peut pas se boucher les yeux et penser que le problème va disparaître. Si l'on y réfléchit bien, les perspectives à long terme sont assez effrayantes.

Malheureusement, nous ne consacrons pas beaucoup de ressources à ce genre de réflexion stratégique. On investit dans le marketing touristique — insuffisamment, vous diront certains — mais on n'investit pas assez de temps dans la réflexion.

Lorsque j'ai fait mon propre petit sondage en prévision de cette comparution, la plupart des exploitants n'y avaient jamais réfléchi. Ils savent que, oui, le temps n'est plus ce qu'il était et c'est un problème, mais existe-t-il des comités ou groupes de travail sectoriels où l'on parle des problèmes? Pas à ma connaissance. Il y en a peut-être, mais ce n'est certainement pas un mouvement national.

Je pense qu'il faut y réfléchir, car vous avez tout à fait raison. Les choses ne seront plus pareilles et des traditions qui existent depuis des années pourraient disparaître.

Le président: Vous dites donc qu'il n'y a pas eu du tout dans votre secteur d'évaluation de l'impact économique sur l'écotourisme?

Mme Patterson: Non, non. Il n'y a presque pas de recherche sur l'écotourisme en général. Peu d'études ont été faites. Il y en a eu une dans l'Ouest, une étude conjointe de la Colombie-Britannique et de l'Alberta sur le potentiel écoéconomique de l'écotourisme, mais cela remonte à 1994 et 1995.

Le président: N'y a-t-il pas de chiffres récents du tout?

Mme Patterson: Non.

Le sénateur Chalifoux: Une dernière remarque. Quelle recommandation pourriez-vous faire à notre comité pour ce qui est de votre industrie, qu'aimeriez-vous voir dans notre rapport?

Mme Patterson: Eh bien, deux choses, j'imagine. La première serait de ne rien faire pour enlever la flexibilité à ces entreprises touristiques. Je ne suis pas entrée dans les détails, mais comme je l'ai dit, les exploitants qui bénéficient d'une diversité ont les meilleures chances de s'en tirer. Dans la région de Kananaskis, ils pouvaient auparavant utiliser 50 sentiers. Ils ne les utilisaient pas tous, mais ils avaient des permis pour organiser des randonnées sur tous ces sentiers. Maintenant, on les limite à deux ou trois sentiers.

C'est comme leur attacher les mains derrière le dos et leur dire: «Allez va, bat-toi», et cela rend les choses très difficiles. Si nous voulons avoir une chance de nous en sortir, il ne faut pas nous priver de cette diversité.

Le deuxième élément consiste à créer des occasions pour que le tourisme soit à la table. Souvent, le tourisme nature est le parent pauvre, il n'a pas droit à la parole. C'est pourquoi je suis tellement ravie de votre invitation ici. Je pense qu'il est important que notre voix soit entendue car le tourisme nature a un potentiel énorme.

Il existe maintes études qui démontrent l'impact économique de la chasse aux oiseaux, de l'observation des oiseaux et de l'écotourisme pour les collectivités locales. C'est quelque chose qui commence tout juste à prendre de l'ampleur et je n'aimerais pas voir cette activité disparaître si vite. Il serait utile que l'on nous consulte davantage.

Le sénateur LaPierre: Merci, madame, d'etre venue.

Comme vous l'avez dit, c'est une activité rurale, n'est-ce pas?

Mme Patterson: Oui.

Le sénateur LaPierre: Je vais vous donner une idée. Madame, on nous dit que l'Alberta est frappée par la foudre 10 000 fois par jour. C'est ce que M. Amiro vient de nous dire. Il en résulte beaucoup d'incendies de forêt. Or, les champignons poussent très bien sur les sols calcinés et vous devriez donc organiser un festival des champignons. Vous devriez être la province des festivals de champignons.

Dans mon village, en Colombie-Britannique, vivait une femme qui était la Madame Champignons de la planète. Lorsqu'il s'est produit un énorme incendie de forêt en Chine, on l'a faite venir pour qu'elle aide à développer l'industrie du champignon en Chine. Voilà donc une idée que je vous soumets, madame.

Mme Patterson: Je pense que l'observation des éclairs, des orages, est une excellente idée, très populaire.

Le sénateur Fairbairn: J'ai parcouru votre mémoire pendant que vous parliez et une phrase m'a intrigué, et croyez bien que je comprends combien votre industrie est appréciée. Je viens du coin sud-ouest de cette province, la région des contreforts et des montagnes, et il y a là aussi un grand problème.

C'est aussi la capitale de la sécheresse de l'Alberta, non pas seulement cette année mais depuis plusieurs années et c'est pourquoi j'ai été frappée de lire, en dessous du titre «Impacts à long terme du changement climatique» qu'il pourrait devenir nécessaire d'acheter de l'eau. Je suis désolée de vous demander de répéter l'explication, mais je serais curieuse de savoir ce que vous entendez par là, car c'est une réalité à laquelle de nombreux éleveurs de bovins et de chevaux de ma région sont confrontés. Il en va de même de localités qui dépendaient jusqu'il y a quelques années de lacs qui ont disparu.

L'eau coûte cher et j'aimerais savoir comment fonctionne cet achat d'eau en Australie et en Virginie occidentale par les entreprises de rafting.

Mme Patterson: Les organisateurs de ces descentes en eau vive de rivières qui sont barrées payent les sociétés d'hydroélectricité ou les autorités locales pour qu'elles relâchent de l'eau lorsque le débit est insuffisant, à titre d'indemnité pour la production d'électricité perdue.

En Australie, ces compagnies de rafting payent 1 million de dollars pour pouvoir disposer d'un débit suffisant 365 jours par an. Je vous cite là un cas particulier où ces exploitants qui dépendent d'un débit d'eau important pour attirer la clientèle payent pour un relâchage d'eau, qui de ce fait ne peut servir à produire de l'électricité.

Le sénateur Fairbairn: Si vous manquiez d'eau dans la province par manque d'eau de fonte, vous seriez en concurrence avec les villes. C'est un peu un scénario catastrophe.

Mme Patterson: C'est pourquoi il faut plus que de l'argent. Il faut une activité suffisante pour pouvoir payer, mais il faut aussi un forum où discuter. Il faut un endroit où les intérêts peuvent s'exprimer.

Nous avons connu une certaine controverse l'été dernier avec ce tournoi de golf autour de Wolf Creek, où l'on a détourné de l'eau de l'usage agricole pour un terrain de golf. Il faut un forum où les gens peuvent discuter entre eux. Ces problèmes deviendront de plus en plus importants. Le loisir est perçu comme un usage moins important, mais il devient un secteur économique grandissant. Son rôle devient plus important avec le déclin de l'extraction minière.

Le sénateur Fairbairn: C'est une problématique très intéressante et difficile, non seulement pour votre industrie mais pour toute la province.

Mme Patterson: Oui, c'est très complexe.

Le sénateur Gustafson: Une courte question: depuis le 11 septembre, et cetera, toute la société vit dans un climat de peur et cela doit se répercuter directement sur le tourisme. Comment affrontez-vous une telle situation?

Mme Patterson: Nous parlons beaucoup de la peur. Nous ne savons pas trop quoi penser du changement climatique, mais nous parlons de la peur. Elle est au centre de nombreuses conférences et réunions. Nous constatons un intérêt plus vif pour le tourisme écologique et le tourisme d'aventure, car leurs adeptes sont moins facilement traumatisés. Par définition, l'aventure comporte un élément de peur et ce type de touristes restent disposés à voyager sur des distances raisonnables.

Les Canadiens sont plus disposés à voyager que, mettons, les Américains. Ils ont moins peur, mais évidemment tout est dans la perception des choses.

Comme un exploitant me l'a dit: «Carol, il faut bien comprendre notre marché. La plupart des écotouristes ont 50 ans et plus et, dans leur esprit, ils disposent d'encore dix bonnes années pour voyager». Ils élèvent leurs enfants, les poussent dehors et ils savent qu'ils ont encore quelques années pour voyager avant que les problèmes de santé et d'autres facteurs les empêchent. Ils ne se laissent pas facilement dissuader.

Ils ne vont pas faire un voyage dans une zone de guerre, mais ils sont instruits et ils vont prendre des décisions raisonnées et ne vont pas s'arrêter de voyager pendant très longtemps.

Le 11 septembre a certainement eu d'importantes répercussions, mais tout le secteur touristique en a été affecté, y compris les voyages d'affaires. C'est tout un problème autre dont je pourrais parler longtemps. Mais le secteur du tourisme nature et d'aventure résiste mieux pour diverses raisons.

Le sénateur Gustafson: Notre dollar à 60 cents devrait pousser beaucoup d'Américains à dépenser leur argent au Canada. Quels sont les chiffres à cet égard?

Mme Patterson: La reprise est là. Les destinations à distance de conduite des États-Unis se portent mieux, mais oui, nous constatons que les Américains sont beaucoup moins susceptibles de voyager, même pour ce type de tourisme. Ils ont peur.

Le président: Merci infiniment. Vous pouvez voir, d'après toutes les questions, que vous avez réellement stimulé notre réflexion à tous. Je vous en suis reconnaissant.

Le président: Notre prochain intervenant sera M. Keith Degenhardt, de Wild Rose Agricultural Producers.

M. Keith Degenhardt, directeur, Wild Rose Agricultural Producers: Wild Rose Agricultural Producers est l'organisation agricole générale de l'Alberta. Elle représente des familles agricoles de toute la province pratiquant tous les types de cultures. Les agriculteurs albertains ont connu ces dernières années des conditions météorologiques incroyablement extrêmes. Le dernier affront a été en 2002 avec la pire sécheresse depuis 120 ans dans la plus grande partie de l'Alberta, alors que la région au sud de la Route 1, qui avait été dévastée par la sécheresse pendant les trois années précédentes, a souffert d'inondations.

L'observation la plus courante faite par les agriculteurs au cours des dix dernières années, hormis les extrêmes climatiques des étés, ont été les hivers inhabituellement doux et secs. Pour ces cultivateurs, la notion de changement climatique, avec tous ses effets sur leur gagne-pain, est une réalité quotidienne.

La collectivité internationale et notre gouvernement fédéral ont admis la prémisse que notre climat change. J'en vois la manifestation dans la signature du Protocole de Kyoto, dans les travaux engagés sur les meilleures pratiques de gestion susceptibles de réduire les gaz à effet de serre et le projet de mise en place d'un système national d'échange de droits d'émission. Ce sont là les problèmes auxquels les agriculteurs seront confrontés au cours des prochaines décennies, en sus des conditions climatiques extrêmes.

Les agriculteurs voudront collaborer avec les milieux scientifiques, les pouvoirs publics et l'industrie alimentaire à la mise au point de technologies susceptibles de contrebalancer les risques liés au changement climatique. Il sera très important de se concerter avec les agriculteurs et de mettre à profit leurs connaissances du terrain.

Un exemple de ce qu'il ne faut pas faire est survenu dans le sud de l'Alberta l'an dernier. Le gouvernement provincial, avec l'aide financière d'Ottawa, a utilisé l'imagerie satellitaire pour déterminer la production végétale des pâturages du sud de l'Alberta, aux fins de l'assurance. Les producteurs, avec la pluie de cette année, ont cultivé sur leurs pâturages dévastés par la sécheresse pendant trois ans des récoltes denses et abondantes de moutarde tanaise non comestible par le bétail, mais très peu de fourrage.

On leur a ainsi dit qu'ils n'étaient pas admissibles à l'assurance pacage parce que les images transmises par le satellite indiquaient qu'ils avaient une production énorme. La notion de réalité de terrain n'est pas venue à l'esprit de ceux qui administraient ce programme.

L'agriculture est un secteur à haut risque qui n'a pas besoin comme fléau supplémentaire d'un manque de communication et de connaissances pratiques. En revanche, il est indispensable de déterminer, avec un fort appui des pouvoirs publics et de l'industrie alimentaire, les impacts du changement climatique sur l'agriculture. Si nous pouvons acquérir ce savoir, il faudra ensuite l'incorporer aux pratiques régionales afin de minimiser ses effets.

Un exemple sont les études en cours qui montrent que les émissions d'oxyde d'azote en provenance des Prairies sont nettement moindres que ne l'indiquaient des recherches antérieures dans l'Est du Canada. Les agronomes pensent que cela s'explique par le climat plus sec des prairies. Cet écart pourrait s'accroître avec le changement climatique.

Le nouveau marché du carbone pourrait avoir des effets tant positifs que négatifs sur l'agriculture. Au moment de créer ce marché, il s'agira de réfléchir de près aux incitations à mettre en place pour encourager les industries qui achètent des crédits de carbone à s'efforcer d'abord de réduire le CO2.

Les agriculteurs participant aux échanges de carbone devront être récompensés d'une manière ou d'une autre pour l'adoption précoce de mesures de conservation des sols et de séquestration du CO2. Sinon, ce mécanisme pourrait pousser les agriculteurs à ne plus pratiquer les cultures sans labour ou à labour minime et les cultures fourragères vivaces, pour y revenir ensuite et en recevoir le crédit.

Enfin, il y a la question de la propriété. Wild Rose a pour position que l'agriculteur devrait être propriétaire des droits au carbone emmagasiné dans son sol. Cela va de soi aux yeux des agriculteurs vu qu'ils sont responsables de la gestion des stocks de carbone dans le sol.

Avec l'augmentation des risques encourus par les agriculteurs du fait du changement climatique, il faut renforcer et non affaiblir leurs filets de sécurité. On leur demande d'investir davantage dans les filets de sécurité, mais ils ne sont pas convaincus qu'ils vont en retirer une couverture meilleure ou même équivalente. Les programmes mis en place doivent être efficaces et à la mesure des moyens des agriculteurs. S'il peut être louable d'économiser les fonds publics à court terme, les effets à long terme pourraient être négatifs si les exploitations familiales cessent d'être viables. Les agriculteurs attendront du nouveau programme qu'il leur apporte retour maximal sur leur investissement.

Les agriculteurs collaboreront et adopteront les meilleures technologies et pratiques de gestion à un rythme toujours croissant en vue de minimiser l'impact du changement climatique, surtout si c'est dans leur intérêt à long terme. Avec les hivers plus doux et plus secs et les étés chauds de ces dix dernières années, nous avons déjà vu proliférer les populations de différents ravageurs.

Nous avons vu la cécidomyie orangée du blé envahir les Prairies canadiennes en provenance du sud, les populations de sauterelles exploser et une modification des complexes de maladies fongiques, bactériennes et virales. Il en a résulté et il en résultera une augmentation et une plus grande flexibilité de l'investissement dans la recherche de la part des agriculteurs, de l'industrie agroalimentaire et des pouvoirs publics.

Un autre exemple de flexibilité accrue sont les fonds importants investis dans la recherche sur le fusarium et la cécidomyie du blé par les gouvernements fédéral et provinciaux et les agriculteurs, par le biais des prélèvements sur le blé et l'orge de la Western Grains Research Foundation.

Avec le changement climatique, les agriculteurs se tourneront de plus en plus vers les recherches visant à réduire leurs coûts d'intrants et à accroître leur rendement. Les recherches sur les rotations à long terme, les cultures et variétés résistantes à la sécheresse et les interactions entre les plantes annuelles et vivaces et le bétail aux fins de la lutte contre les mauvaises herbes devront être intensifiées.

Les agriculteurs adopteront rapidement les sources d'énergie nouvelles afin de tempérer le changement climatique. Ils utilisent déjà l'énergie solaire et éolienne. Nombre d'entre eux, avec l'augmentation du coût de l'énergie, envisagent de devenir des fournisseurs nets d'énergie. Avec une volonté politique et des investissements de la part de toutes les parties intéressées, la production d'énergie alternative du Canada rural pourrait devenir très avantageuse pour tous et contribuer à nos engagements au titre de Kyoto.

En outre, le concept de biocarburants intrigue beaucoup les agriculteurs, mais si l'on va aller dans ce sens, il faudra rechercher quelles plantes peuvent produire massivement soit des hydrocarbures soit des huiles et faire un travail de sélection à cette fin.

Le changement climatique va exercer une pression intense sur l'agriculture. Il faut espérer que nos réponses permettront de l'atténuer. Ce sera dans l'intérêt de l'humanité.

Merci de l'intérêt que vous témoignez pour nos opinions et suggestions. Je vous invite à garder le contact.

Le sénateur Gustafson: Votre association couvre l'Alberta; est-ce que dans votre province vous perdez autant de jeunes agriculteurs que la Saskatchewan? Nous avons perdu près de 34 p. 100 de nos agriculteurs au cours des cinq dernières années. Qu'en est-il en Alberta?

M. Degenhardt: En Alberta, nous avons beaucoup d'agriculteurs à temps partiel, surtout à proximité des gisements de pétrole. Nous avons peu d'agriculteurs à temps plein. Nous en avons des jeunes, mais ils sont tous agriculteurs à temps partiel, car ils travaillent aussi dans le secteur pétrolier.

Le sénateur Gustafson: Quels sont les chiffres?

M. Degenhardt: Comme dans les autres provinces, l'âge moyen des agriculteurs à temps plein augmente, et nous ne sommes donc pas différents à cet égard, mais il faut considérer le fait qu'il y a beaucoup plus d'agriculteurs à temps partiel. Dans nos collectivités rurales, grâce à la présence du pétrole, nous avons beaucoup de jeunes gens et de jeunes familles, ce qui n'est pas le cas en Saskatchewan.

Le sénateur Gustafson: Nous en avons aussi, mais par poches.

Avec la sécheresse et le réchauffement planétaire, et cetera, toutes sortes d'aléas interviennent — peut-être trop nombreux. Je songeais à l'idée — et les Américains l'ont pratiquée pendant des années — d'emmagasiner du grain les années d'abondance pour le vendre les années de mauvaise récolte.

Au Canada, nous pouvons faire une chose que ne peut faire aucun autre pays — sauf peut-être certaines régions de Russie — à savoir conserver le grain pendant des années, car une fois qu'il est gelé, les insectes meurent. Pourrait-on s'inspirer de l'histoire? Cette idée est aussi vieille que le Livre de l'Exode — emmagasiner du grain les années d'abondance pour les années maigres.

Si le gouvernement pouvait aider les agriculteurs avec la construction d'entrepôts, et cetera, il me semble que ce pourrait être très positif, non seulement pour le tiers monde mais aussi pour les agriculteurs eux-mêmes.

M. Degenhardt: Certains y songent déjà. Ils y sont forcés car, par exemple, dans le centre de l'Alberta, le peu de revenus dégagés par les céréales provenaient de grains entreposés.

Le sénateur Gustafson: D'une année antérieure?

M. Degenhardt: Oui.

Le sénateur Gustafson: Je songe à quelque chose de plus grande envergure, où le gouvernement construirait des entrepôts et en assumerait le coût, car c'est hors de la portée de beaucoup d'agriculteurs. Les riches le pourraient, ils pourraient garder leur canola jusqu'à ce que le prix atteigne 10 $ ou la moutarde le prix de 20 $. Cependant, c'est hors de la portée de l'agriculteur moyen.

M. Degenhardt: C'est une perspective intéressante. Il serait intéressant de voir si nous pourrions obtenir des engagements à cet effet car depuis que je cultive la terre, soit depuis 1983, je n'ai pas vu beaucoup de mouvement en direction de l'entreposage.

Le sénateur Gustafson: Au contraire, le mouvement était en sens inverse. N'entreposez pas le grain, faites marcher les chemins de fer, faites circuler le produit.

M. Degenhardt: C'est le but. Le Canada a visé un système à haut débit où le grain est exporté aussi vite que possible sans emmagasinage. C'est ce qui s'est passé. Notre capacité d'entreposage a été largement décimée au cours des dix dernières années, cela ne fait aucun doute.

Le sénateur Gustafson: C'était peut-être une erreur et peut-être faudrait-il repenser cela, en particulier à la lumière de la situation mondiale. Les réserves de grain dans le monde sont plus faibles qu'elles ne l'ont jamais été dans l'histoire de l'agriculture.

M. Degenhardt: Je suis pleinement d'accord. Si nous avons une autre mauvaise année quelque part dans le monde, les hausses de prix de cette année ne seront rien comparées à l'an prochain, car les stocks mondiaux sont au plus as. Je suis d'accord, mais je suis un peu sceptique quant à l'engagement. Je parle franchement.

Le sénateur Gustafson: Il faudra peut-être travailler en ce sens.

J'aimerais ensuite parler de la situation dans le tiers monde. La Banque de céréales vivrières du Canada, qui est une excellente ONG, nous dit qu'elle n'a pas assez de céréales pour les pays affamés. C'est un problème général que nous n'avons jamais pu régler. Parallèlement, on parle de brûler du blé pour le chauffage. On parle de le transformer en éthanol. Je suis un peu sceptique à ce sujet. Jusqu'où pourra-t-on aller dans cette direction tant que le gouvernement doit subventionner la production?

Je me demande s'il ne faudrait pas repenser toute notre politique à cet égard.

M. Degenhardt: Au niveau fédéral, le Canada contribue de moins en moins à l'aide alimentaire dans le monde et donc vous prenez là quelque chose qui va dans le sens contraire de la politique actuelle et les agriculteurs, par le biais de la banque alimentaire, y réfléchissent.

Les agriculteurs sont très fiers de se considérer comme le grenier du monde. Ils veulent contribuer et aider les pays pauvres. Les agriculteurs sont tout à fait prêts à accepter et contribuer à une augmentation de l'aide alimentaire, mais là encore ils ont besoin de voir une volonté gouvernementale.

Le sénateur Tkachuk: Lorsque vous avez dit, en réponse à la question du sénateur Gustafson sur les agriculteurs à temps partiel, qu'ils travaillent dans les gisements pétroliers, qu'entendez-vous par «cultivateurs à temps partiel»? S'agit-il de céréaliculteurs, ou bien d'agriculteurs polyvalents qui ont un emploi à l'extérieur?

M. Degenhardt: Je parle d'agriculteurs en général, quel que soit leur type d'exploitation. Qu'ils soient éleveurs, céréaliculteurs ou polyculteurs, les jeunes dépendent des champs de pétrole pour leurs rentrées d'argent et, parfois, pour financer ce violon d'Ingres que l'on appelle l'agriculture.

Une particularité, du fait de la richesse de la province grâce au pétrole, est que le prix de la terre est très élevé. Quiconque veut se lancer dans l'agriculture, à moins d'hériter la ferme de ses parents, doit s'endetter lourdement et disposer de revenus extérieurs pour payer les traites.

Le sénateur Tkachuk: Est-ce dû aux richesses souterraines potentielles? Est-ce pour cela que la terre coûte cher ou est-ce simplement dû à une forte demande?

M. Degenhardt: Dans une certaine mesure, oui. Dans ma région, par exemple, le centre-est de l'Alberta, à une trentaine de milles de la frontière avec la Saskatchewan, nous avons eu un pouce de pluie cette année et c'est une région qui s'est presqu'entièrement convertie à l'élevage, mais si vous regardez les rendements, ils ne justifient pas le prix élevé de la terre. On ne peut acheter ces terres sans avoir des revenus non agricoles ou à moins d'en hériter.

Le sénateur Tkachuk: Pourquoi les gens l'achètent-ils alors?

M. Degenhardt: Il y a ce désir de posséder de la terre si vous venez d'un milieu rural. En ville, je vois les gens avec tous ces gros véhicules tout-terrain et Mercedes, et cetera. Les gens n'en ont pas besoin pour se déplacer, mais c'est ce qu'ils semblent désirer.

Le sénateur Tkachuk: Vous avez parlé de la sécheresse, qui était grave, non seulement ici mais aussi en Saskatchewan. Le Manitoba a eu l'air moins touché, mais vous avez dit que c'était la pire sécheresse depuis 120 ans dans la plus grande partie de l'Alberta. Celle d'il y a 120 ans était-elle pire que celle des années 30?

M. Degenhardt: Oui. Bien pire que dans les années 30. On a fait des études à Regina sur les anneaux de croissance des arbres. Chez ces arbres, vieux de 200 à 300 ans, les années 30 sont à peine discernables.

J'en ai parlé avec mes parents et mes grands-parents, et ils ont eu d'importantes chutes de neige en hiver dans les années 30 et ils avaient de l'humidité, mais au mauvais moment de l'année.

Par exemple, chez nous cette année, nous avons eu un pouce de pluie, mais c'était en pleine saison de croissance, c'est-à-dire que nous avons finalement eu de la pluie au milieu d'août. Ainsi, nous avons eu du canola et du lin en pleine floraison en septembre, lorsqu'il aurait fallu récolter.

Le sénateur Tkachuk: Donc vous aussi vous avez eu la pluie au mauvais moment. Vous l'avez eue en août au lieu du printemps. Il a commencé à pleuvoir pas mal à l'automne.

M. Degenhardt: Cela, c'était en Saskatchewan. Nous avons eu la pluie assez tôt pour qu'il y ait encore un peu de croissance, ce qui nous a permis de sauver un peu de pois vert, mais nous n'avons eu que deux pouces et demi. Pour toute l'année, nous avons eu trois pouces et demi, ce qui est nettement insuffisant.

Le sénateur Tkachuk: Exact. J'essaie de voir s'il y a des tendances qui se dégagent. Pensez-vous que cela va être permanent?

M. Degenhardt: J'ai parlé dans mon exposé de collaborer avec les milieux scientifiques. Ces derniers ne sont pas unanimes pour ce qui est du changement climatique ou de ses effets. En fait, il y a des gens en Alberta qui affirment qu'il n'y a pas de changement climatique, simplement des éruptions solaires causant des conditions météorologiques extrêmes.

Le sénateur Tkachuk: Oui, beaucoup de scientifiques le disent.

M. Degenhardt: L'un est en train de faire le tour de l'Alberta à donner des conférences, et c'est précisément ce qu'il dit. Il a peut-être raison, mais de toute manière les agriculteurs enregistrent des conditions extrêmes. C'est à cela que nous allons devoir faire face et il va nous falloir mettre au point des cultures et techniques agricoles pour faire face à ces extrêmes.

Par exemple, dans notre région, nous avions normalement assez de pâturage pour tout notre bétail. Cette année, à cause du manque de pluie, 85 p. 100 des cultures annuelles ont été mises en pâturage, du moins ce que les sauterelles ont laissé.

Le sénateur Tkachuk: Oui. J'ai traversé des nuages de sauterelles. C'était entre Kindersley et Drumheller. C'était assez terrible. Mais j'avais déjà vu cela auparavant.

Le sénateur Fairbairn: Merci d'être venu, monsieur Degenhardt. Je connais Wild Rose depuis longtemps et j'ai toujours admiré l'association, en ce sens que les agriculteurs s'y serrent les coudes. Ils sont proches du terrain et j'ai frémi lorsque vous avez parlé de «vérité de terrain» au début de votre exposé, avec la photo par satellite comparée à ce qui se passait dans ma région, dans le sud, où les pâturages ont disparu.

Par ailleurs, et vous l'avez dit, nous avons souffert — dans ma région — dans la vôtre — non pas d'une année de sécheresse, mais de plusieurs années successives de pire sécheresse de mémoire d'homme. Ensuite, cette année, nous avons eu des crues éclairs en pleines semailles, et ensuite il a fait froid et pluvieux au moment où il fallait rentrer le maïs et la betterave à sucre. Rien ne marchait.

Vous avez néanmoins présenté un exposé assez optimiste, ce que j'apprécie, tout comme le comité j'en suis sûr, car vous êtes confrontés à une réalité et vous cherchez des solutions.

Vous avez conclu votre exposé en disant que vous aimeriez garder le contact. C'est un point qui a été évoqué par divers groupes que nous avons entendus à Ottawa, toute la question des communications sur ces problèmes difficiles. À votre avis, est-ce que la communication dans les deux sens avec les agriculteurs au fil des mois en cours de saison est suffisante et, dans la négative, avez-vous des suggestions pour améliorer les choses?

Il ne s'agit certes pas de s'en remettre totalement aux satellites. Si nous voulons nous en sortir, si nous voulons nous adapter et changer, et nul ne sait mieux le faire que les agriculteurs, ne faudrait-il pas mettre en place des mécanismes autorisant des communications plus poussées et régulières qu'à l'heure actuelle entre le gouvernement et les agriculteurs, par l'intermédiaire des organisations agricoles?

M. Degenhardt: Je dirais oui. Notre groupe, avec beaucoup d'autres associations agricoles et même la FCA et les céréaliculteurs, travaillons sur le cadre des politiques agricoles, CPA, et il semble y avoir là une barrière à la communication. Ils arrivent en préconisant un point de vue, nous en opposons un autre. Nous ne voulons pas que l'on nous impose quelque chose, nous voulons être partie prenante à l'élaboration du cadre.

Il faut faire plus en matière de communication. Il y a actuellement un manque. Actuellement, la communication semble être un peu à sens unique: on lance des ballons d'essai pour voir comment ils seront reçus. Oui, j'aimerais davantage de communication, davantage de rétroaction. Ce n'est pas ce qui se passe à l'heure actuelle.

Le sénateur Fairbairn: On vous dit les choses au lieu de vous consulter?

M. Degenhardt: Oui.

Le sénateur Fairbairn: Une dernière question: peu avant Noël, un rapport a été publié en Alberta. Je crois que les auteurs en étaient des chercheurs du ministère de l'Agriculture provincial qui, l'automne dernier — je ne vais pas utiliser le mot «prédisaient» mais qui envisageaient la saison suivante et qui disaient qu'à moins d'avoir un hiver et un printemps idéaux, 90 p. 100 des terres cultivées de l'Alberta ne produiraient pas grand-chose.

Qu'en pensez-vous? C'était une déclaration assez fracassante, du moins de la manière dont elle était présentée, et elle m'a frappée.

M. Degenhardt: Je peux vous parler de la région où je me trouve, qui en est principalement une d'élevage. Nous produisons également dans notre exploitation des semences, ma femme et moi, et nous avons donc parlé aux agriculteurs de leurs intentions en matière de semailles et nous obtenons des réponses totalement différentes.

Les uns disent qu'ils vont cultiver les céréales fourragères, car il leur faut nourrir leur bétail. D'autres, qui ont un peu de terres excédentaires et qui ne s'attendent pas à produire grand-chose misent sur les cultures qui rapporteront le plus d'indemnités d'assurance-récolte.

Je vous parle franchement, c'est ce qu'ils envisagent. Ils disent: «Sur mon exploitation, avec mes indices, j'ai intérêt à semer du canola pour toucher le maximum d'assurance-récolte». Ce n'est pas forcément qu'ils pensent que ce sera la meilleure culture pour la saison prochaine, encore que le canola a été la grande surprise cette année, employé comme il était comme fourrage plutôt que pour la production d'oléagineux.

Beaucoup de gens ont tiré leur épingle du jeu parce qu'ils ont cultivé du canola pour le bétail de leurs voisins, et cetera. C'est ainsi qu'ils décident ce qu'ils vont faire car la plupart ne sont pas assurés de pluies suffisantes pour produire une récolte. C'est aussi simple que cela.

Le sénateur Gustafson: Pour ce qui est des fourrages, que va faire l'Alberta à cet égard sachant que du maïs de l'Illinois et de l'Iowa nous arrive au prix de deux dollars le boisseau? Les camionneurs de ma région qui passaient leur temps à transporter de l'orge jusqu'en Alberta ont été nombreux à ne pas faire un seul voyage à cause de tout le maïs venant des États-Unis.

M. Degenhardt: C'est un résultat intéressant de ce programme. Vous n'avez pas parlé d'un autre programme qu'ils ont aux États-Unis, en sus de l'entreposage du grain. Cet autre programme est le programme agricole quinquennal.

La province de l'Alberta pousse beaucoup dans le sens de la valeur ajoutée et dit que c'est la voie de l'avenir. Les agriculteurs sont un peu sceptiques car souvent la valeur ajoutée signifie que la matière première doit être vendue pour moins cher. Les États-Unis vont un pas plus loin.

Ils disent: «Nous savons que la matière première sera vendue pour moins cher, alors nous allons la subventionner pour que les agriculteurs aient un revenu suffisant». Les industries à valeur ajoutée sont gagnantes aussi car elles vont avoir beaucoup de matières premières à bas prix. Ces exportations de maïs sont le résultat de ce programme.

Le sénateur Tkachuk: Tant que le gouvernement américain va subventionner autant ses agriculteurs, l'agriculteur canadien, qui n'a pas ces subventions, ne sera pas compétitif.

M. Degenhardt: Je dois dire que même si les camionneurs n'ont pas transporté beaucoup d'orge, selon mon expérience personnelle et mes contacts avec les camionneurs, beaucoup ont transporté des balles de foin venant de Saskatchewan et d'ailleurs. Dans notre ferme, si nous n'avions pas eu les balles de foin venant de Watson, en Saskatchewan, nous n'aurions pas eu assez pour nourrir notre troupeau.

Un dernier commentaire sur cette année bizarre: comme vous avez dit, certaines régions ont eu de la pluie, mais beaucoup n'ont même pas encore pu faire leur récolte. C'est cela qui est choquant. Dans des régions de la Saskatchewan comme celle de Watson et d'autres du sud de l'Alberta, les champs n'ont même pas encore été récoltés. Cela a été encore plus dur pour eux, la frustration d'avoir pu produire une récolte et ensuite de ne pas pouvoir la moissonner.

Le président: L'une des choses les plus intéressantes que vous avez dites est que certaines règles et conditions des programmes de soutien représentent en fait une entrave à l'adaptation au changement climatique. C'est une observation très utile et un point sur lequel nous allons nous pencher.

Le sénateur Hubley: Ma question va dans le même sens. Pourriez-vous nous parler de l'efficacité des programmes de soutien dont disposent les agriculteurs? Lesquels donnent de bons résultats, lesquels ne marchent pas et en quoi faudrait-il les modifier pour faciliter l'adaptation au changement climatique?

M. Degenhardt: Je ne pourrai pas faire cela brièvement. Nous avons ce CPA en cours d'élaboration et on semble résolu à le faire fonctionner. Mais peut-être n'est-ce qu'un autre programme que l'on nous présente en affirmant qu'il va régler nos problèmes, et je ne peux que vous donner un avis selon une autre perspective.

À nos yeux, en Alberta, l'assurance-récolte représente notre assurance-désastre car elle établit l'assiette. Si nous faisons appel à l'assurance-récolte, nous récupérons une partie de nos intrants mais, de la façon dont elle est conçue et indexée, elle n'assure pas 70 p. 100 des revenus et c'est pourquoi nous l'appelons assurance-désastre.

Pour un agriculteur installé, le compte de stabilisation du revenu net, CSRN, est un bon programme selon ses modalités actuelles. Mais il y a une déficience au niveau des agriculteurs débutants et j'espère que le CPA y apportera remède.

Pour ce qui est du CFIP, le volet assurance-catastrophe du programme, il semble bien marcher pour les fermes de monoculture mais non celles de polyculture. L'une des raisons pour lesquelles les agriculteurs diversifient, c'est pour essayer de sauver les meubles lorsqu'une culture ne marche pas. Le CFIP ne produit de bons résultats que pour les exploitations à monoculture. Voilà donc mon point de vue sur les programmes actuels.

Pour ce qui est du CPA, d'après le peu que nous en avons vu ou l'analyse que nous en avons vue, il est bien difficile de savoir si cela marchera ou non. Il est difficile de dire si ce programme sera positif ou négatif.

La seule chose que nous pouvons dire, et je l'ai indiqué dans mon exposé, c'est que nous allons devoir payer davantage, ce qui ne nous gêne pas à condition que nous en ayons pour notre argent et que cela ne va pas se répercuter sur d'autres programmes.

Le président: Merci infiniment, monsieur Degenhardt.

Notre prochain intervenant sera Daniel Archambault, de l'Alberta Research Council. Vous avez la parole, monsieur Archambault.

M. Daniel Archambault, chercheur scientifique, Alberta Research Council: Je veux commencer par vous remercier de votre invitation à prendre la parole devant le comité ce matin et à vous faire part de mes avis concernant les effets du changement climatique et l'adaptation de l'agriculture. Je m'inscris principalement dans l'optique d'un chercheur plutôt que celle d'un agriculteur, et mes opinions reflètent assez bien celles de mes collègues, surtout ceux qui travaillent à notre groupe de recherche de l'Alberta Research Council.

Comme je l'ai mentionné, je travaille pour l'Alberta Research Council, qui est une succursale de l'Alberta Science and Research Authority. C'est une société sans but lucratif qui se consacre à la R-D, la commercialisation de technologies et effectue certains travaux en sous-traitance.

Je fais partie d'une division intitulée Gestion intégrée des ressources qui a été récemment formée au sein de l'Alberta Research Council afin de travailler particulièrement sur la gestion des ressources naturelles. Elle a pour mission également d'élaborer des technologies en rapport avec le développement durable, c'est-à-dire un aspect très important associé au changement climatique. Nous avons formé aussi une section des technologies environnementales dont le programme de travail porte spécifiquement sur l'adaptation et la biofixation.

Le volet biofixation du programme vise principalement à atténuer le changement climatique au moyen de la fixation du carbone par séquestration et de la fixation de l'azote par des moyens biologiques, ce qui permet de réduire l'usage des engrais chimiques émettant des gaz à effet de serre.

Je projette ce matin de vous donner quelques exemples du travail que nous avons effectué, pour faire apparaître certaines vulnérabilités de l'agriculture au changement climatique et formuler quelques idées sur le plan de l'adaptation et quelques recommandations. J'aimerais présenter un argumentaire en faveur d'un effort plus concerté, plus particulièrement pour ce qui concerne l'adaptation et l'élaboration de technologies pouvant faciliter l'adaptation.

En bref, nous étudions aussi les effets de l'agriculture sur l'environnement, et pas seulement les effets de l'environnement sur l'agriculture. Par exemple, nous étudions les émissions de gaz à effet de serre provenant des sols cultivés et nous mettons au point des méthodes de mesure pour identifier les pratiques produisant moins de gaz à effet de serre.

Notre principal travail, donc, et celui qui concerne le plus la discussion d'aujourd'hui, intéresse la vulnérabilité de l'agriculture au changement climatique. Notre travail se compose en gros en deux volets, d'une part la R-D et d'autre part la commercialisation des technologies. La mise au point de la technologie et la commercialisation est l'une des grandes spécialités de l'Alberta Research Council.

Dans le volet R-D, nous examinons l'effet des changements climatiques sur les parasites et j'entends le mot au sens générique, c'est-à-dire qu'il recouvre les plantes, maladies et insectes nuisibles. Par ailleurs, lorsque je parle des effets du changement climatique sur l'efficacité des pesticides, j'entends là aussi les herbicides et insecticides.

Nous avons étudié également la tolérance à la sécheresse des principales cultures en Alberta ainsi que leur utilisation de l'eau et diverses pratiques culturales. Sur le plan de l'élaboration de technologies, nous cherchons à mettre au point des variétés résistant à la sécheresse. Technologies d'épandage vertes: il s'agit de l'utilisation de matériaux organiques pour fertiliser le sol au lieu de produits chimiques, d'approches intégrées combinant les engrais chimiques et les engrais organiques. Nous travaillons également sur des produits renouvelables tels que les biocarburants et les fibres végétales.

La prochaine diapositive illustre le fait que nous avons maintenant identifié des effets à la fois positifs et négatifs du changement climatique, et ces données proviennent de la Direction générale de l'incidence et de l'adaptation au changement climatique. La plupart des exemples que je vais utiliser aujourd'hui en sont d'impacts négatifs, ceux énumérés dans la colonne de droite. Par exemple, je vous fournirai quelques données sur la baisse d'efficacité des herbicides.

Lorsqu'on parle de changement climatique, à quoi faut-il s'attendre? Manifestations météorologiques extrêmes, sécheresse et inondations, augmentation des températures — aussi appelée réchauffement planétaire vu à plus grande échelle — et allongement de la saison de croissance. J'ai souligné en jaune les phénomènes dont je veux traiter plus en détail.

Le premier est la sécheresse. Cette diapositive montre que les précipitations l'année dernière se sont écartées de la normale de 30 ans. La couleur orange foncée indique des niveaux de précipitations très inférieures. Vous pouvez voir que la localité de Vegreville, où est situé notre centre de recherche, est en plein milieu d'une zone à précipitation très inférieure à la moyenne.

Nos recherches sont surtout pertinentes pour le centre et le centre-est de l'Alberta. Comme vous pouvez le voir sur cette carte, l'année dernière et au cours des années récentes, ces régions ont été touchées par une sécheresse extrême.

Les précipitations à Vegreville en 2002 ont été extrêmement faibles l'an dernier, et le rendement de l'orge sur nos propres parcelles expérimentales est tombé en dessous de 50 p. 100 de la normale.

Je signale en passant que cela complique nos recherches sur le terrain. La sécheresse ne touche pas seulement les agriculteurs locaux, mais nos propres recherches sur le terrain s'en ressentent grandement.

Toujours sur le sujet de la sécheresse, voici des chiffres pour toute la province de l'Alberta, qui indiquent l'humidité du sol au printemps, le chiffre de droite étant celui pour 2002 et à gauche la moyenne pluriannuelle. Vous pouvez voir que la proportion de sol à taux faible et très faible humidité a été beaucoup plus grande en 2002 que dans le passé.

Certains des effets sur les récoltes peuvent paraître évidents: germination moindre, biomasse et rendement moindres, vieillissement prématuré et mauvaise qualité de la récolte.

Quelles sont les options d'adaptation? Ceci n'est pas une liste exhaustive mais elle donne quelques exemples de ce que l'on peut envisager. L'augmentation de la surface irriguée est un exemple qui exige un plus grand effort de gestion de l'eau dans les exploitations, et aussi une efficience accrue des systèmes d'irrigation.

Il est facile de dire: «Il n'y a qu'à irriguer davantage de terres», mais la quantité d'eau est limitée, surtout dans le sud de la province. Aussi, faut-il travailler sur l'amélioration de l'efficacité de l'irrigation. C'est un problème de type ingénierie, c'est-à-dire de mise au point de nouveaux procédés.

Pour ce qui est des variétés résistantes à la sécheresse, un thème apparenté à l'utilisation plus efficiente de l'eau, il s'agit de considérer tout le système cultural et pas seulement une variété isolée. Il pourrait falloir se tourner également vers des cultures nouvelles plus tolérantes à la sécheresse.

Toujours au sujet des changements climatiques, du réchauffement planétaire, la température a des effets importants sur les mauvaises herbes. Par exemple, des mauvaises herbes de climat tropical et tempéré peuvent commencer à se déplacer vers le nord, en provenance principalement des États-Unis. Le taux d'expansion de leur aire s'accélère, c'est-à- dire que le rythme d'invasion de la province devient plus rapide.

Un autre effet de la température, mais cette fois directement sur les cultures: Lobell et Asner ont récemment estimé que pour chaque degré Celsius d'augmentation de température, il y a une perte de rendement du maïs et du soja d'environ 17 p. 100. Les températures peuvent avoir des effets différents sur une culture et une mauvaise herbe et toute la dynamique peut s'en trouver perturbée. Ce sont des choses qu'il faut étudier.

L'augmentation de température et la sécheresse sont les effets qui sautent aux yeux, mais il y a aussi l'augmentation du dioxyde de carbone. Nous savons tous que les niveaux de dioxyde de carbone au niveau du sol ont augmenté au cours des 100 dernières années et on prévoit que cela va continuer.

Nous avons étudié certains effets de taux de CO2 accrus et cette figure montre la production de biomasse d'un certain nombre d'importantes mauvaises herbes en Alberta. Vous remarquerez dans la colonne de droite le changement en pourcentage, c'est-à-dire que la production de biomasse ou de rythme de croissance augmente de façon très remarquable. La première de la liste, la sétaire verte, est l'une des espèces dont on pensait qu'elle ne réagirait pas beaucoup à l'augmentation de CO2, pourtant les données montrent le contraire. Il subsiste beaucoup d'incertitude quant à la façon dont les mauvaises herbes vont réagir à une teneur accrue en dioxyde de carbone.

Toujours sur le plan du CO2, nous nous sommes penchés sur l'efficacité des herbicides. Nous avons testé un certain nombre d'herbicides et avons étudié les effets de l'augmentation de CO2. Un certain nombre d'herbicides, selon la quantité appliquée, voient leur efficacité diminuer très considérablement, dans certains cas de 60 p. 100, et il y a donc là aussi une grande incertitude.

Pour ce qui est de la concurrence entre mauvaises herbes et cultures, dans certaines de nos expériences, en l'absence de concurrence d'une culture, nous avons vu la biomasse de folle avoine augmenter d'environ 55 p. 100, alors que lorsque de l'orge est cultivée en concurrence avec elle, il n'y avait pas d'augmentation de biomasse. Encore une fois, il est difficile de prédire les effets du dioxyde de carbone. Vous pouvez avoir une croissance accrue de la mauvaise herbe, mais si elle est mise en concurrence avec certaines cultures, il n'y a pas d'augmentation du tout.

L'efficacité des herbicides peut diminuer, et comment va-t-on alors pouvoir prédire concrètement ce qui se passera du point de vue du rendement de la culture et, bien sûr, de la qualité de la récolte.

Certaines options d'adaptation sont plus simples que d'autres. On pourrait augmenter, bien sûr, les quantités d'herbicides ou pesticides appliquées, au détriment de notre environnement. Il pourrait falloir mettre au point de nouveaux pesticides encore inconnus aujourd'hui.

Il pourrait falloir rechercher de nouvelles technologies de contrôle des parasites — et je cite ici les méthodes de contrôle biologiques — et aussi modifier les méthodes agricoles, telles que l'assolement et les pratiques culturales. Il s'agit avec cette diapositive de démontrer qu'il sera très probablement nécessaire de mettre au point des technologies pour faire face aux problèmes énumérés, en particulier ceux en rapport avec les parasites et le contrôle antiparasitaire.

La prochaine diapositive traite des effets de l'augmentation du CO2 sur la nutrition des végétaux et la valeur nutritionnelle de la récolte. Premièrement, l'augmentation de CO2 peut accroître le rendement des cultures, ce que l'on sait depuis très longtemps. Cependant, des études récentes montrent que ces plantes ont aussi une valeur nutritionnelle moindre, ce qui signifie qu'une personne devra en manger davantage pour satisfaire ses besoins diététiques.

Comment contourner cela? On pourrait augmenter la quantité d'engrais appliqués, par exemple, pour essayer de compenser cet effet, de façon à ce que la qualité de la partie récoltée soit préservée en dépit de l'augmentation de CO2. Mais lorsqu'on fait cela, on engraisse non seulement la culture mais aussi les mauvaises herbes. Cela se répercute donc sur la concurrence entre mauvaises herbes et cultures. Ainsi, la concurrence des mauvaises herbes pourrait annuler les effets d'accroissement du rendement de la fertilisation, de même que de l'enrichissement en CO2 de l'environnement.

Brièvement, je voudrais mettre en lumière certaines des initiatives d'adaptation. Je suis sûr que vous ne les ignorez pas, mais cela m'amène à un élément que je veux faire ressortir dans mes recommandations.

Le Fonds d'action pour le changement climatique a été créé en 1998 et il comporte une sous-enveloppe pour les études scientifiques sur les impacts et l'adaptation, confiée à Ressources naturelles Canada. La sous-enveloppe totale est de 15 millions de dollars répartis sur plusieurs années entre les études scientifiques, l'évaluation des impacts et les travaux sur l'adaptation, la mission étant d'étudier les impacts et l'adaptation et aussi d'élaborer des stratégies d'adaptation.

Grâce aux crédits du FACC, on a créé en 2000 le Collectif des prairies pour la recherche en adaptation. Une bonne partie des travaux que je viens de mentionner a été financée en partie par ce collectif. Si vous regardez toute la liste des projets portant spécifiquement sur la recherche sur l'adaptation ou le changement climatique dans l'agriculture, vous constaterez que seuls quatre projets agricoles ont été financés, soit un nombre relativement faible.

Plus récemment, toujours avec l'appui du Fonds d'action pour le changement climatique, on a créé récemment le Réseau de recherche canadien sur les effets du changement climatique et l'adaptation pour le secteur agricole, et c'est une bonne initiative. J'ai fait partie de ce réseau depuis le début et je connais le travail qu'il fait. Nous disposons maintenant d'un bon mécanisme pour coordonner les travaux, tant sur les impacts que sur l'adaptation.

Il s'agissait donc de créer un réseau pour promouvoir et faciliter la recherche sur les impacts du changement climatique, les vulnérabilités, les risques et l'adaptation. Mais au sein de cette organisation aussi il existe des divergences quant à la partie du changement climatique qu'il convient d'étudier.

J'en viens finalement à mes recommandations: j'ai essayé de montrer avec cette dernière diapositive que, dans l'ensemble, tout bien considéré, il n'y a pas énormément d'investissements dans l'adaptation, et en particulier dans la technologie d'adaptation. Nous avons donc isolé plusieurs vulnérabilités en agriculture.

Nous avons décelé également quelques opportunités pour l'agriculture et nous continuons à en mettre en évidence, mais l'heure est réellement venue de travailler sur les technologies qui seront nécessaires pour s'adapter au changement climatique. Je pense que cela pourrait être fait en créant une espèce de centre pour l'adaptation agricole qui pourrait réellement privilégier le développement technologique.

Enfin, bien sûr, il faut un investissement accru des pouvoirs publics dans la R-D sur le changement climatique et le développement de technologies d'adaptation, ainsi que des encouragements du gouvernement à l'industrie pour qu'elle investisse dans la recherche sur l'adaptation à un stade précoce et sans attendre que les effets soient tellement répandus qu'ils soient virtuellement irréversibles.

Le président: Merci de cet excellent rapport. Nous sommes ravis de voir, depuis que nous siégeons dans l'Ouest du Canada, que de nombreux témoins parlent de l'élément principal de notre étude, soit l'adaptation. Vous l'avez fait aussi et j'ai relevé votre préférence pour les nouvelles technologies. C'est merveilleux, et j'apprécie tout ce que vous avez dit.

Le sénateur Hubley: Nous avons été très impressionnés par le calibre des présentations que nous avons eues et la quantité de travail qui se fait dans ce domaine.

Ma question porte sur les communications. Comment peut-on associer au travail que vous faites les agriculteurs, ceux qui vont avoir besoin de toute cette information pour formuler leurs stratégies d'adaptation? De quels canaux de communication disposez-vous pour transmettre ces renseignements vitaux à la collectivité agricole?

M. Archambault: Ces canaux n'existent pas seulement à l'échelle provinciale. Nous collaborons avec beaucoup d'agriculteurs dans notre région car nous avons des parcelles expérimentales sur leurs terres. Nous organisons régulièrement des journées portes ouvertes à l'Alberta Research Council pour inciter les producteurs à venir se rendre compte de nos travaux et encourager la dissémination.

C'est le genre de choses que nous faisons à l'Alberta Research Council. J'imagine que des organisations comme le RCRICA cherche également à communiquer l'information aux agriculteurs. Peut-être faudrait-il redoubler d'efforts pour nouer avec eux un dialogue.

Le sénateur Hubley: Constatez-vous que les agriculteurs sont demandeurs de cette information?

M. Archambault: Comme je l'ai dit au début, je m'occupe surtout du volet recherche scientifique. De ce fait, je ne joue pas un grand rôle dans la dissémination. Cependant, lorsque nous avons l'occasion de faire une démonstration de notre travail aux agriculteurs, ils sont très intéressés. Ils viennent toujours nombreux et posent beaucoup de questions.

Le sénateur Hubley: Je pense réellement que la communication va devoir jouer un grand rôle si l'on veut que les agriculteurs aient le temps et la possibilité de s'adapter et de formuler des stratégies créatrices.

Le sénateur Wiebe: Est-ce que l'Alberta Research Council a effectué des travaux sur l'eau, la disponibilité de l'eau et l'eau souterraine? J'entends par là les énormes réservoirs d'eau qui pourraient se trouver sous terre.

M. Archambault: Pas aux fins de l'agriculture. Il existe certains travaux de surveillance mais, aux fins de notre recherche, il n'y a pas d'initiative majeure ou de programme substantiel à cet égard au sein de l'Alberta Research Council.

Le sénateur Wiebe: Savez-vous s'il existe un ministère en Alberta qui étudierait les niveaux de la nappe phréatique et la disponibilité d'eau souterraine?

M. Archambault: Je ne suis pas sûr. Il existe un groupe de chercheurs pédologues en Alberta qui travaille avec Environnement Canada pour recueillir des données sur la précipitation et les niveaux d'humidité du sol. Pour ce qui est d'études portant sur les réserves en eau de la nappe phréatique, et cetera, je n'en connais aucune.

Le sénateur Wiebe: Je pose la question parce que pour qu'il pleuve, il faut de la chaleur qui produit de l'évaporation qui produit de la pluie. Notre planète ne va pas perdre d'eau à moins qu'on en injecte dans le sous-sol. Là où nous recevions notre humidité sous forme d'une pluie de trois jours, nous allons probablement recevoir la même quantité en l'espace d'une heure et demie. La clé de l'adaptation sera d'emmagasiner cette eau pour utilisation future. Est-ce qu'on va la laisser s'écouler dans les océans?

L'État du Colorado s'est doté d'un grand secteur agricole en pompant l'eau souterraine. Ils ont creusé des puits partout. Le problème est qu'ils n'ont pas fait suffisamment de recherche sur l'alimentation de cette nappe phréatique par les montagnes. L'absence de neige pose problème.

Peut-être pourrions-nous envisager de recourir à ces réserves. Par exemple, tout le sud de la Saskatchewan est situé au-dessus d'un immense lac souterrain. C'est lui qui alimente ma ferme. Lorsque nous avons foré le puits, on nous a dit que c'était une nappe inépuisable. Eh bien, nous savons que les nappes inépuisables finissent par s'épuiser. C'est ce qui s'est passé au Colorado.

Peut-être devrions-nous faire quelques recherches sur la possibilité d'utiliser l'excédent pour remplir ces réservoirs souterrains. Ce serait la façon d'emmagasiner et d'économiser l'eau. On n'aurait ainsi pas à s'inquiéter d'évaporation. On n'aura pas à construire d'énormes réservoirs en surface. Partout où le lac se trouve sous l'Alberta et la Saskatchewan, on pourra forer des puits.

J'espérais obtenir une réponse à cette question que je me pose. Pourrais-je vous demander de vérifier auprès des autres ministères s'ils font du travail dans ce domaine? Si oui, pourriez-vous en informer notre greffier qui nous transmettra le renseignement. Est-ce une question légitime?

M. Archambault: Oui, c'est une question légitime. C'est une idée intéressante. Vous avez raison de dire que la distribution de l'eau est en train de changer, plutôt que la quantité totale. Du travail se fait sur la séquestration du dioxyde de carbone par pompage dans les aquifères souterrains.

Le plus gros projet à cet égard se déroule autour de Wayburn, au Manitoba. À cet effet, on a effectué une cartographie assez poussée des aquifères de la région. Si ces techniques s'avèrent réalisables, on pourrait les transposer dans d'autres provinces. Pour cela il faudra mieux cartographier les aquifères. Je connais des scientifiques qui travaillent sur ce projet de séquestration du carbone. Je pourrais leur parler.

Le sénateur Wiebe: Si vous pouviez nous apporter quelques renseignements, ce serait merveilleux.

Le président: On nous a parlé hier en Saskatchewan de réseaux d'aqueduc servant à irriguer et abreuver les animaux qui pompent l'eau dans des cours d'eau et des lacs. Il est surprenant qu'il n'y ait pas des systèmes d'acheminement d'eau plus sophistiqués en Alberta, vu l'existence des montagnes. Il me semble que l'on pourrait poser des conduites pour amener l'eau des montagnes. Je suis surpris d'apprendre que l'on fait si peu de recherche à ce sujet.

M. Archambault: L'eau n'a pas été un gros problème dans la plus grande partie de la province jusqu'à récemment et l'irrigation n'était pas nécessaire. Dans la partie irriguée, oui, je pense qu'il faudrait faire beaucoup de recherche pour améliorer l'efficacité des systèmes d'irrigation.

Le sénateur Tkachuk: Je me trompe peut-être, mais les années 90 ont été une assez bonne décennie pour l'agriculture, n'est-ce pas? Les récoltes étaient bonnes dans notre province; l'étaient-elles aussi en Alberta?

M. Archambault: Oui.

Le sénateur Tkachuk: Nous avons eu un peu de sécheresse au milieu des années 80 — particulièrement en 1984-1985. C'était assez grave. Je ne sais pas si c'était grave aussi en Alberta, mais ça l'était en Saskatchewan.

Cependant, dans les années 90, nous avons connu de bons rendements agricoles. Lorsque je regarde la page 4 de votre présentation, je vois que les conséquences du changement climatique sont la sécheresse, les inondations, l'augmentation de température et du taux de CO2. Sur quoi cela est-il fondé? Est-ce fondé sur des modèles informatiques que vous utilisez?

M. Archambault: Toutes ces prévisions ne sont pas fondées sur les mêmes données. Il y a des projections pour l'augmentation de température, l'accroissement du dioxyde de carbone, et cetera. Oui, c'est fondé sur des modèles informatiques. Cependant, dans le cas du CO2, la tendance est très manifeste. On n'a pas besoin d'un grand modèle informatique pour constater l'augmentation presque exponentielle.

C'est fondé sur des observations. Certaines de ces observations ont également été faites à l'échelle mondiale, et donc tout dépend du facteur dont on parle.

Le sénateur Tkachuk: Je pose la question car en lisant la littérature scientifique, on constate que les projections d'augmentation de température au cours du prochain siècle varient beaucoup. Je me demande donc si ces impacts sont basés sur une augmentation d'un degré? De deux degrés? De trois degrés? De quatre degrés? Qu'est-ce que cela signifie réellement? Vous avez cette carte des zones de sécheresse. Ceci est la sécheresse de 2002. On pourrait avoir aussi une carte de la sécheresse de 1984, de la sécheresse de 1930, qui serait probablement toute couverte de rouge. Quel est votre message?

M. Archambault: Il y a deux facteurs importants à considérer ici: le facteur temps et le facteur d'amplitude du problème.

Lorsque nous examinons cela, nous considérons les tendances, n'est-ce pas? Selon le niveau que vous considérez, vous pouvez discerner différentes tendances. Ainsi, certaines tendances sont à plus court terme. Il peut y en avoir couvrant les années 90, par exemple, et d'autres les 100 dernières années ou plus. Par exemple, les niveaux de dioxyde de carbone ont été mesurés à l'échelle mondiale depuis près de 100 ans.

Dans certains cas, on a des données qui couvrent une période plus longue et dans d'autres cas seulement des périodes plus courtes. Si vous prenez une décennie donnée, vous pouvez vous dire «Ça va mal, je n'ai jamais vu pire». Mais si vous prenez la décennie précédente, elle n'était pas si mauvaise. Si vous regardez sur 100 ans, vous pouvez voir se dessiner une tendance générale.

Si vous tracez une ligne médiane, mettons, dans les relevés de températures des 100 dernières années, vous constatez peut-être une augmentation de température moyenne d'un degré, mais ce qui est important c'est que cette moyenne est souvent faite d'événements extrêmes. Vous pourrez avoir une sécheresse ou une forte canicule pendant quelques semaines qui va avoir des conséquences catastrophiques. Mais si vous regardez les températures sur 100 ans, par exemple, pour obtenir une différence d'un degré dans la tendance générale, il faudra accumuler toute une série de ces événements parce que la moyenne est celle d'une période si longue.

Le sénateur Tkachuk: C'est à cela que je voulais en venir. Nous avons ici cette carte de la sécheresse de 2002. Si cette carte représentait les précipitations d'un siècle comparé au siècle précédent, alors il y aurait une bonne validité scientifique. Mais si vous prenez une année de sécheresse quelconque, vous aurez quelque chose d'extrême comparé à la norme.

Je n'essaie pas de contester la réalité même du changement climatique. J'essaie simplement de mieux comprendre certaines de ces données pour notre rapport. À la page 7 de votre mémoire vous citez Patterson: «L'expansion de l'aire des mauvaises herbes vers des latitudes plus élevées pourrait s'accélére». Cela a été écrit en 1990 et il nous serait utile de savoir si cela s'est effectivement avéré au cours de la décennie, quelles sont ces mauvaises herbes et jusqu'où sont-elles arrivées?

M. Archambault: La plus grande partie de ces données viennent d'une cartographie de la distribution des mauvaises herbes au fil des ans, données qui ont ensuite été entrées dans un modèle pour voir s'il y a une tendance. Or, il y a une tendance certaine. Elle montre que les herbes que l'on rencontre habituellement dans les climats plus chauds gagnent le nord.

Le sénateur Tkachuk: Vous dites: «L'expansion de l'aire des herbes vers des latitudes plus grandes pourrait s'accélérer». Est-ce qu'elle s'est accélérée au cours de la dernière décennie? Depuis que vous avez écrit ceci, a-t-on trouvé des mauvaises herbes en Alberta qui n'existaient pas auparavant et qui sont venues du Montana, ou bien le Montana a-t-il été gagné par des herbes venant du Nevada?

M. Archambault: Oui, il y a eu des changements dans les mauvaises herbes que l'on trouve en Alberta. Mais d'où elles venaient précisément et comment, je ne peux réellement vous le dire.

Le sénateur Gustafson: Au milieu des années 80, lorsque nous avons subi une très sérieuse sécheresse dans le sud de la Saskatchewan, c'est une mauvaise herbe qui nous a sauvés, le kosha. Pour ma part, je considère que le sol est capable de se régénérer et c'est ce dont il a besoin.

Aujourd'hui on pulvérise des pesticides à tout va. On l'a fait pour les sauterelles au milieu des années 80, on a pulvérisé des pesticides. Les secteurs non pulvérisés ont été nettoyés plus vite que ceux qui étaient pulvérisés. Là où on n'a pas traité, les sauterelles ont été infestées par des acariens qui se logeaient sous leurs ailes et les tuaient. Avec les pesticides, on n'a fait que prolonger le problème.

Pour ce qui est du kosha, si cette mauvaise herbe n'était pas apparue, nous n'aurions pas eu de fourrage pour notre bétail. Cette herbe n'était pas présente avant la sécheresse. Sur le plan pratique, je pense qu'il faut se montrer extrêmement prudent. On pourrait enregistrer quelques gains à court terme mais beaucoup d'inconvénients à long terme.

M. Archambault: Il faut bien s'entendre sur la définition de mauvaise herbe. Le fait qu'une plante ne soit pas cultivée ne signifie pas qu'elle est une mauvaise herbe. Les plantes peuvent avoir différentes utilités dans différentes situations. Dans le cas que vous décrivez, elle était utile et donc, par définition, ce n'était pas une mauvaise herbe.

Beaucoup de travail se fait sur l'écologie des plantes adventices et leurs effets sur l'agriculture. Certaines études récentes montrent qu'il vaut mieux qu'un champ cultivé comporte quelques mauvaises herbes. Les rendements sont meilleurs. Toutefois, à partir d'un certain stade, les mauvaises herbes prennent le dessus et alors on a un problème.

Le sénateur Gustafson: La même chose est vraie des sauterelles. Lorsque vous pulvérisez de la dieldrine, vous ne tuez pas seulement les sauterelles mais aussi tous les autres êtres vivant dans ce sol.

Le président: Y compris les vers de terre utiles.

Le sénateur Tkachuk: À la page 9, vous dites une chose intéressante: le CO2 peut accroître les rendements des cultures. Mais vous mentionnez aussi qu'une baisse de la valeur nutritionnelle peut intervenir. Qu'entendez-vous par «peut»?

M. Archambault: Cela signifie simplement que ce résultat a été obtenu dans quelques études, mais pas toutes. Par conséquent, selon la culture, selon le niveau de dioxyde de carbone et selon les engrais, cet effet «peut» survenir. Aussi, peut-être faudra-t-il modifier les méthodes d'application d'engrais pour compenser cela. À un certain niveau de dioxyde de carbone, si vous avez un régime d'engraissement adéquat, vous pourriez compenser cela.

Le sénateur Tkachuk: Je trouve qu'il y avait quelques initiatives très sérieuses dans le budget de février au sujet du changement climatique — comme le Fonds d'action pour le changement climatique. Cependant, je ne suis pas retourné à Ottawa depuis le budget et je ne sais donc pas exactement combien de crédits supplémentaires sont prévus pour la recherche dans ce domaine.

L'argent attire les chercheurs. Pour mettre la main dessus, les chercheurs doivent être convaincus qu'il se passe quelque chose de grave. Pensez-vous que cela va détourner des ressources et des crédits d'autres domaines de recherche agricole pourtant eux aussi nécessaires? Autrement dit, est-ce que toute cette menace du changement climatique ne va pas ponctionner les crédits allant à d'autres domaines légitimes?

Par exemple, quelles proportions des ressources de l'Alberta Research Council sont-elles canalisées vers le changement climatique?

M. Archambault: Cinq pour cent environ. Je ne suis pas expert de la façon dont le gouvernement dépense l'argent ou ce genre de choses.

J'admets que si l'on a un budget limité et que l'on augmente les crédits d'un poste, il faudra diminuer ceux d'autres postes. Pour ce qui est des priorités en agriculture, je pense qu'il faut écouter la communauté scientifique. Beaucoup de chercheurs — des gens très crédibles — sont derrière ce mouvement et disent qu'il doit devenir prioritaire.

Toute l'agriculture tourne autour du changement et de l'adaptation et de la recherche en vue d'améliorer et accroître la production par unité d'effort et la confrontation de nouveaux défis. Ces nouveaux défis sont très importants. Par conséquent, il me semble qu'il faut consacrer davantage de ressources, particulièrement aux recherches sur des effets dévastateurs tels que toute une culture peut être éliminée plusieurs années de suite.

Il incombe au gouvernement d'arrêter les priorités. On s'accorde de façon générale à dire que le changement climatique est réel et tout indique qu'il se répercute sur l'agriculture. La question est de savoir si les impacts prévisibles sont suffisamment grands pour que l'on agisse sans tarder. Nombre de mes collègues, et particulièrement ceux du réseau RCRICA vous diront que oui, il est temps d'agir. Je ne dis rien d'autre.

Maintenant que nous savons que le changement climatique comporte des effets importants et avérés sur l'agriculture, agissons en conséquence. Il incombe au gouvernement de décider que, oui, ces conséquences sont crédibles et il convient d'y investir, plutôt que dans d'autres parties de l'agriculture.

Le président: Merci infiniment, monsieur Archambault. Nous avons apprécié tout ce que vous nous avez dit.

Le témoin suivant est M. Robert Grant, professeur associé au Département des ressources renouvelables de l'Université de l'Alberta.

Soyez le bienvenu, monsieur Grant. Avez-vous une présentation?

M. Robert Grant, professeur associé, Département des ressources renouvelables, Université de l'Alberta: Oui. J'attends que le fichier s'ouvre dans mon ordinateur.

Je vais également traiter des effets du changement climatique sur l'agriculture canadienne, conformément aux souhaits du comité. Je présenterai les résultats de mes propres recherches, ainsi que celles menées par mes collègues d'Agriculture et Agroalimentaire Canada et de l'étranger, afin de vous donner un aperçu très général du consensus scientifique sur ce que seront les effets du changement climatique sur la productivité de nos écosystèmes agricoles.

J'aimerais tout d'abord passer en revue les impacts positifs que nous prévoyons. De nombreuses expériences ont régulièrement démontré que des concentrations plus fortes de CO2 dans l'atmosphère augmentent les taux de fixation de dioxyde de carbone et donc la productivité des végétaux. La plupart des scénarios de changement climatique annoncent une multiplication par deux des concentrations actuelles d'ici la fin du siècle.

On a établi de façon très fiable que cela augmentera le rythme de croissance des plantes d'environ 30 p. 100, dans le cas des plantes C3, et dans une proportion moindre, d'environ 10 p. 100, dans le cas des plantes C4.

Il faut bien voir, cependant, que cette augmentation, aussi impressionnante qu'elle paraisse, pourrait être limitée par la disponibilité d'éléments nutritifs et n'est donc atteinte qu'en présence d'une fertilisation adéquate.

On sait également que de plus fortes concentrations de dioxyde de carbone font baisser les taux de transpiration et donc le besoin d'eau des plantes. Encore une fois, dans le scénario d'une multiplication par deux du CO2, cela fera baisser les besoins d'eau de 15 p. 100 à 25 p. 100, et encore davantage si les nutriants sont en quantité limitée, comme c'est le cas dans la plupart des écosystèmes agricoles.

Nous savons également que des températures plus élevées augmentent les taux de fixation de CO2 et allongent la saison de croissance. C'est un phénomène généralement positif dans le cas des écosystèmes dont la température moyenne annuelle est inférieure à 15 p. 100. Mais notez également que dans les écosystèmes dont la température annuelle moyenne est supérieure à 15 degrés cet effet peut être neutre ou même négatif.

Cela est très important s'agissant de la productivité des écosystèmes tropicaux, dont on pense généralement qu'ils vont décliner sous l'effet de températures plus élevées. Cependant, la perspective pour les écosystèmes canadiens, du fait que nous sommes dans des zones climatiques dont la température moyenne annuelle est nettement inférieure à 15 degrés, est généralement positive. Des températures supérieures accélèrent également la création de nutriants dans le sol ainsi que leur absorption par les végétaux.

Il faut toutefois avoir conscience d'un certain nombre d'impacts négatifs. Des températures supérieures accroissent les taux d'évaporation et donc les besoins d'eau. Le sénateur a demandé tout à l'heure quelle est l'augmentation de température escomptée d'ici la fin de ce siècle? Les scénarios actuels vont d'une majoration de 1,4 à 5,8 degrés. Bien entendu, il y aura des variations régionales. L'augmentation sera plus forte dans le Nord et moindre dans le Sud. Si nous posons, mettons, une augmentation de 3,5 degrés comme étant la moyenne, les besoins d'eau augmenteront d'environ 25 p. 100, les taux d'évaporation également d'environ 25 p. 100. C'est un chiffre assez conséquent, et il est donc raisonnable de s'attendre à ce que dans 100 ans nos taux d'évaporation seront supérieurs de ce pourcentage au taux actuel.

Cette majoration va largement compenser la réduction des besoins d'eau induits par la plus forte concentration de CO2. Par conséquent, les besoins en eau n'augmenteront pas nécessairement en parallèle avec l'accroissement des températures, car ces besoins des plantes seront en partie compensés par le surcroît de CO2. Cependant, l'évaporation des étangs, des réservoirs d'irrigation, des glaciers — c'est-à-dire l'évaporation non pas à la surface des plantes mais à la surface des plans d'eau — se trouvera grandement accélérée, et c'est un point important dont il faut avoir conscience.

On craint également qu'un dessèchement plus rapide du sol pendant les étés mi-continentaux accroîtra les risques de sécheresse agricole et de feux de forêt, en même temps que la quantité et la qualité de l'eau disponible dans les réservoirs et les nappes phréatiques, et cetera, diminueront.

En revanche, des températures plus élevées devraient également entraîner des précipitations plus importantes. En général, une augmentation de température de 3,5 degrés, c'est-à-dire le chiffre médian de la fourchette prévisible au cours des 100 prochaines années, amènera probablement une augmentation de 8 p. 100 à 10 p. 100 des précipitations. Cependant, ce qui compte dans les précipitations n'est pas seulement le volume total. Leur variabilité et intensité doivent également être prises en compte. On s'attend à ce que les précipitations deviennent plus variables. De façon générale, des pluies plus variables, même si tous les autres facteurs restent égaux, réduisent la productivité des plantes. L'érosion s'en trouve également accélérée, et c'est un autre sujet de préoccupation.

Par conséquent, il est très important de réduire les effets d'une pluviosité variable sur la productivité au moyen de pratiques de conservation des sols et des eaux propres à préserver les matières organiques du sol et à améliorer l'efficience d'utilisation de l'eau. Parmi ces pratiques on peut ranger principalement la réduction du labour, l'inclusion de fourrages et légumineuses dans les rotations, des méthodes d'irrigation améliorées, la réduction des jachères d'été et l'amélioration de l'utilisation des nutriants. Il existe toute une série de pratiques culturales qui, à mon sens, aideraient à réduire la vulnérabilité de nos écosystèmes aux variations de pluviosité qui peuvent résulter du changement climatique.

Il existe un certain nombre d'autres impacts négatifs. Des températures plus élevées font augmenter le taux de respiration et donc le transfert de carbone dans l'atmosphère. C'est particulièrement critique dans les écosystèmes dont la température annuelle moyenne est supérieure à 15 degrés. Ce sont les écosystèmes qui vont, en gros, du Tennessee et de la Caroline du Nord vers le sud. Par conséquent, ces écosystèmes plus méridionaux subiront davantage d'impacts négatifs. Pour ce qui est des écosystèmes tropicaux, comme je l'ai mentionné, la perspective générale est négative sur le plan de leur productivité dans le scénario de changement climatique. En revanche, la perspective pour les écosystèmes canadiens tend à être plus positive.

Des vagues de chaleur plus fréquentes peuvent intensifier le stress thermique chez le bétail et les plantes. Il faudra y être davantage préparé. En outre, des températures minimales plus élevées, comme on l'a mentionné, autorisent une expansion de l'aire des nuisibles et des maladies. Par exemple, les infestations de sauterelles et de doryphores seront encore plus fréquentes que dans le passé et c'est source d'inquiétude.

Les principales répercussions du changement climatique auxquelles il faut s'attendre au cours du XXIe siècle sont les suivantes. La saison exempte de gel sera plus longue d'une quarantaine de jours. Les saisons de croissance s'allongent déjà de un à trois jours par décennie, c'est donc un processus largement entamé. Nous devrons par conséquent faire appel à des variétés à plus longue maturation et plus résistantes à la chaleur. Le remplacement des variétés cultivées est un processus permanent en agriculture, mais nos programmes de sélection devront peut-être viser davantage ces objectifs. Cet aspect a déjà été mentionné tout à l'heure.

Les dates de semailles des cultures annuelles interviendront environ trois semaines plus tôt qu'à l'heure actuelle, c'est-à-dire qu'il faudra adapter les calendriers culturaux. La reprise des cultures vivaces commencera deux ou trois semaines plus tôt. En outre, les dates critiques des récoltes d'automne — c'est-à-dire les dates auxquelles il faut récolter les vivaces pour qu'elles puissent constituer des réserves d'hiver — interviendront deux ou trois semaines plus tard. Cela a des conséquences pour la pacage dans les pâturages libres.

Le blé de printemps sera probablement remplacé par du blé d'hiver dans presque toutes les Prairies. Cela offre une possibilité de productivité accrue et de moindre impact environnemental. En revanche, cela suppose un bouleversement radical de nos calendriers culturaux et peut-être même de nos assolements.

Il y aura la possibilité de remplacer diverses céréales par du maïs et le canola par du soja dans tout le sud et le centre des Prairies. Il y aura des possibilités de produire des céréales d'espèces nouvelles, peu répandues actuellement dans les Prairies du fait des contraintes thermiques.

Je pense que la question des forêts a déjà été traitée, et je n'y reviendrai donc pas.

Quelques autres perspectives importantes: on peut s'attendre à ce que le rendement moyen du canola et des céréales dans l'Ouest du Canada augmente de 10 p. 100 à 30 p. 100 par rapport au niveau actuel d'ici la fin du siècle.

Le président: Pour quelle raison?

M. Grant: À cause de l'augmentation du CO2 et des températures. Nous sommes une partie du monde à fortes contraintes thermiques si bien que l'augmentation de température et de teneur en CO2 présuppose que les précipitations augmenteront dans une certaine mesure. Le degré de confiance avec lequel nous pouvons prédire cela est moindre que pour ce qui est de l'augmentation de température et de CO2. Par conséquent, c'est un aspect sur lequel il faudra encore travailler.

Cette augmentation sera probablement encore plus grande dans les régions centrales et plus froides. Par exemple, Peace River a été identifié comme une région où les gains de productivité se situeront dans le haut de la fourchette. À l'inverse, le sud de la Saskatchewan est une région où les augmentations de rendement se situeront dans le bas de la fourchette ou seront inexistantes. C'est dû au fait que les modèles actuels ne prédisent guère d'augmentation de pluviosité dans ces régions, ce qui est regrettable car ce sont les plus sèches.

Les régions plus chaudes et plus sèches connaîtront probablement des augmentations très faibles, voire absentes, et les régions plus fraîches et humides des augmentations plus fortes. C'est là un consensus qui se dégage d'un certain nombre d'études nationales et internationales, ainsi que des recherches menées à l'Université de l'Alberta. C'est là en fait le résumé d'un grand nombre de recherches.

Vous avez demandé sur quoi ces chiffres d'augmentation sont fondés. L'ampleur de cette augmentation dépendra de l'importance de l'accroissement de la température et des précipitations. Prenons quelques scénarios, par exemple le sud de la Saskatchewan. Si les températures augmentaient de ce chiffre de trois degrés, mais que les précipitations n'augmentaient pas en parallèle, comme le prédisent actuellement certains modèles climatiques, alors les rendements moyens n'augmenteront que de façon marginale, mais leur variabilité sera plus grande. Il pourrait y avoir une plus grande fréquence de mauvaises récoltes. Les rendements moyens à long terme seront peut-être inchangés, mais les variations d'une année sur l'autre seront plus amples. Cela présente certaines implications pour les régimes d'assurance, ainsi que l'entreposage et les moyens de transport car il s'agira de stabiliser la commercialisation et l'offre en présence d'un volume de production plus variable.

En revanche, si les températures augmentaient de six degrés mais non pas les précipitations — c'est l'extrême supérieur de la fourchette des prévisions actuelles pour cette région, c'est-à-dire le pire scénario — il est possible que les rendements moyens baissent et que les défaillances de récolte deviennent plus fréquentes. C'est une région qui est particulièrement vulnérable au changement climatique.

La productivité des herbages sera susceptible d'augmenter de 20 p. 100 à 25 p. 100. Il faudra surveiller une éventuelle modification de la composition taxonomique. Ce n'est pas un domaine que l'on comprend encore très bien à ce stade.

Si l'on considère l'Amérique du Nord dans son ensemble, une bonne part du surcroît de production agricole induit par le changement climatique devrait être réalisée par l'expansion vers le nord des cultures. Il est possible que pas moins de 60 millions d'hectares de terre deviennent cultivables d'ici la fin du siècle. Mais il faut savoir qu'une bonne partie de ces terres ont des sols peu fertiles et que leur gestion sera problématique. L'expansion correspondante vers le nord deviendra possible également en Sibérie.

Par contre, cette expansion sera compensée par une perte de territoire cultivable dans de nombreuses régions d'Afrique. Je parle là de la dimension internationale et j'espère qu'elle intéresse le comité. Certaines des projections internationales actuelles prévoient une diminution substantielle de la superficie cultivable dans la plupart des régions d'Afrique, dans le Nord-Est du Brésil et en Australie.

Ce sont là des zones qui sont à la marge de ce que l'on appelle la zone de convergence intertropicale. Cette dernière est une zone de pluviosité intense qui se déplace entre le nord et le sud en fonction des variations de la géométrie orbitale. De nombreuses régions méditerranéennes, par exemple, situées à la périphérie nord de cette zone, de même que celles situées à la périphérie sud de cette zone et quelques régions tropicales, devraient enregistrer des réductions de précipitation et des pertes correspondantes de terres cultivables et des baisses de productivité. Cela n'est pas sans importance du point de vue commercial et peut-être humanitaire.

Le président: Vous avez couvert énormément de terrain en très peu de temps et nous vous en remercions.

Le sénateur Tkachuk: Je n'ai qu'une question, en fait. Étant donné qu'au début du siècle dernier il n'y avait pas d'avion et qu'aujourd'hui nous envoyons des sondes vers Pluton et en dehors de notre système solaire, pensez-vous que la technologie permettra au cours du siècle à venir de réduire les émissions de CO2, pourvu que nous nous en fixions l'objectif? Est-ce utopique?

M. Grant: Pour plus de précision, parlez-vous là des émissions industrielles ou des émissions naturelles?

Le sénateur Tkachuk: Eh bien, quelle partie est causée par des phénomènes que nous ne pouvons enrayer et quelle partie par quelque chose que nous pouvons empêcher? Nous sommes limités dans ce que nous pouvons faire. Je ne sais pas. Nous intervenons beaucoup dans la nature, et peut-être pouvons-nous le faire encore.

M. Grant: Je pourrais parler à perte d'haleine du niveau scandaleux des émissions industrielles dans ce pays. Il existe de vastes possibilités de réduire nos émissions industrielles qui n'exigeraient qu'une modification mineure de notre mode de vie. Il existe donc d'amples possibilités de remplir les objectifs de Kyoto par la seule réduction de nos émissions industrielles. Mais cela n'est peut-être pas le domaine d'un comité de l'agriculture et des forêts.

Le président: Mais à quel coût? Le coût est toujours le grand point d'interrogation s'agissant de réduire les émissions industrielles.

M. Grant: Ce n'est pas un grand changement de mode de vie, du moins pas du mien, que de préférer une voiture économique à un véhicule tout terrain ou de baisser mon thermostat de quelques degrés. Mais je m'écarte là un peu du sujet.

Le sénateur Tkachuk: Mais c'est important pour nous. Nous nous penchons sur les effets du changement climatique mais presque tous les témoins qui comparaissent ici disent que la plupart de ces effets — dont certains peuvent être naturels — sont le résultat du dégagement de CO2 dans l'atmosphère, d'où Kyoto et tout le reste. Si c'est bien la cause, alors il faut en parler.

Nous sommes les grands acteurs dans ce jeu des émissions de CO2. La Chine, l'Inde et tous ces autres pays crachent du CO2 en grandes quantités, mais personne ne semble vouloir leur imposer des réductions. L'Europe ne fait pas grand-chose non plus.

M. Grant: Leurs émissions per capita sont une fraction des nôtres. Il faut savoir que leurs émissions per capita sont à peu près la moitié des nôtres en Amérique du Nord — et il me semble qu'ils vivent plutôt bien.

Le sénateur Tkachuk: Mais leur population est aussi très concentrée. L'Europe compte 300 millions d'habitants. Il me serait difficile de me déplacer l'hiver dans une petite mini. D'ailleurs, je n'aime pas conduire une petite mini en hiver, mais eux peuvent le faire et c'est tant mieux.

Pensez-vous que ces objectifs soient réalisables?

M. Grant: Eh bien, revenons donc à l'agriculture et aux forêts. Il faut bien savoir que l'échange de dioxyde de carbone entre les écosystèmes terrestres et l'atmosphère à l'échelle mondiale est d'environ 20 fois nos émissions industrielles. Si nous rejetons, mettons six milliards de tonnes de carbone industriel, les écosystèmes eux-mêmes en dégagent 20 fois plus dans l'atmosphère chaque année. Évidemment, ils absorbent aussi 20 fois plus, si bien qu'il y a un équilibre approximatif. L'échange de dioxyde de carbone entre les écosystèmes terrestres et l'atmosphère est immense comparé aux émissions d'origine humaine. Le problème est que les nôtres ne sont compensées par rien dans notre économie industrielle. Nous rejetons et nous n'absorbons rien.

Toutefois, il existe de grandes possibilités pour nous de gérer nos écosystèmes de manière à accroître l'absorption massive dont ils sont déjà capables et de manière, peut-être, à compenser une partie de nos émissions. C'est tout le fondement des crédits de carbone dont il est question. C'est un vaste sujet de recherche scientifique et deviendra peut- être même un enjeu économique dans le secteur agricole et forestier.

Il est possible de gérer — tenons-nous-en à l'agriculture — nos écosystèmes agricoles de manière à préserver et même augmenter le niveau de séquestration du carbone dont ils sont actuellement capables. Il y a toutes sortes de bonnes raisons de le faire. Premièrement, nous compensons, même partiellement, nos émissions industrielles. Deuxièmement, la vulnérabilité de ces écosystèmes aux variations de climat, vulnérabilité qui augmentera au cours du prochain siècle, dépend grandement de la qualité des sols sur lesquels nous faisons pousser notre nourriture, et cette qualité est elle- même liée directement à la quantité de carbone que nous emmagasinons dans ces sols. Les sols qui contiennent du carbone sont capables d'emmagasiner plus d'eau; ils sont capables aussi de transférer cette eau et peuvent beaucoup plus efficacement amortir les variations climatiques, et particulièrement de pluviosité, que nos sols actuels que nous avons laissés se dégrader par manque de mesures de conservation de l'humus et de l'eau.

Le sénateur Tkachuk: Bien que notre mandat soit spécifiquement les effets du changement climatique sur l'agriculture, nous sommes le seul comité parlementaire, à ma connaissance, à faire du travail dans ce domaine. Le rapport de notre comité pourrait être précieux pour le Parlement.

Le sénateur Wiebe: Venant de la Saskatchewan, je suis bien évidemment préoccupé par les effets de cette adaptation sur ma province. Cependant, nous devons examiner aussi comment cette adaptation et ce changement climatique vont affecter notre pays tout entier et sa capacité de se nourrir.

D'après tout ce que j'ai retiré des exposés qui nous ont été présentés par le RCRICA et d'autres scientifiques et chercheurs, sur le plan agricole, le Canada sera un bénéficiaire net. Nous ne pourrons peut-être plus produire de céréales dans certaines régions, mais d'autres continueront à en produire et nous pourrons même mettre en culture des régions nouvelles. Est-ce un bon résumé?

M. Grant: Pour répondre succinctement, oui, c'est un bon résumé.

Le sénateur LaPierre: Monsieur le professeur, je n'ai pas autant de connaissances que mes collègues, ni beaucoup d'opinions, mais j'ai énormément de sentiments. Nous avons entendu une grande quantité d'évaluations scientifiques du problème. La question humaine est celle-ci: Est-ce là un désastre auquel la science n'a pas de solution, ou seuls les êtres humains peuvent-ils trouver une réponse dans leur coeur? S'agit-il d'un désastre?

M. Grant: Je pense qu'il y a eu une tendance de la part de certains scientifiques à exagérer l'impact potentiellement désastreux du changement climatique sur nos écosystèmes terrestres. Ces prédictions de sécheresse massive dans toutes les Prairies, conduisant à l'effondrement économique du secteur agricole, constituent à mon avis une exagération. Le message qu'il faut retirer des études est que certaines parties du pays sont exposées à des risques. J'en ai donné quelques exemples dans mon exposé.

Il y a cependant aussi des opportunités. L'enjeu clé, c'est l'adaptation aux changements qui vont se produire. Il n'y a pas de désastre inéluctable pourvu que nous fassions preuve de prévoyance, sachions planifier et adopter des stratégies d'atténuation et d'adaptation.

Le sénateur LaPierre: Est-ce que l'adaptation dont nous parlons exige une modification des valeurs humaines, une transformation de la nature humaine? Ou bien suffit-il de dire: «Bon, la technologie va nous sauver, déversons notre argent dans la technologie et nous serons sauvés»?

M. Grant: Nous devons être conscients du fait que les écosystèmes dans lesquels nous vivons et dont nous dépendons pour notre nourriture, nos fibres ou, si nous élargissons l'horizon un peu, pour notre poisson, nous maintiennent en vie. Cependant, eux-mêmes doivent être maintenus en vie. Du fait que nous sommes les principaux perturbateurs de ces écosystèmes, il nous incombe de les perturber uniquement dans la mesure nécessaire à cette subsistance mais non pas de telle manière que ces écosystèmes soient incapables de maintenir cette productivité à l'avenir. Toute cette question du changement climatique rend cela d'autant plus impératif.

Le sénateur LaPierre: La technologie suffira-t-elle?

M. Grant: Non, je ne crois pas. Je ne pense pas que ce soit principalement un problème technologique. Il s'agit de vivre en équilibre avec nos écosystèmes. Cet équilibre va changer en même temps que le climat. Nous devons comprendre cette modification d'équilibre et rétablir cet équilibre.

Le sénateur Gustafson: Si on veut faire une rétrospective, regardons ce qui s'est passé avec ma famille. Mon grand- père venait de l'Illinois. Il s'est d'abord installé à Yorkton, mais il ne pouvait y cultiver du blé parce qu'il faisait trop froid, aussi il a acheté une ferme juste sur la frontière américaine. Nous ne pouvions pas y cultiver de colza, ou alors on disait que c'était impossible, mais au cours des dix dernières années, nous avons fait pousser du canola, qui est du colza. Au cours des trois ou quatre dernières années, on s'est mis à cultiver du canola dans le Dakota du Nord et du Sud. Ainsi, la technologie et les variétés mises au point ont pris de l'avance sur le changement climatique.

Peut-être, et je dis bien peut-être, nous faudra-t-il opter pour une variété de blé plus tendre, une variété qui produit bien dans un climat plus chaud. Mais ce que je dis, c'est que l'expérience des 50 dernières années montre que les progrès en phytogénétique ont largement devancé le changement climatique.

M. Grant: Absolument. Tout indique que la température mondiale a augmenté d'au moins 0,6 degré Celsius depuis le milieu du siècle dernier. C'est une tendance très forte au réchauffement qui est en cours. Le recul des glaciers en est le témoin. Les archives climatologiques indiquent très clairement que ce réchauffement est déjà en cours. On peut débattre de la mesure dans laquelle cela est attribuable à l'augmentation des niveaux de CO2, mais ce réchauffement a déjà entraîné une diversification des opportunités dans l'agriculture, absolument. On commence à voir du blé d'hiver, même dans les Prairies, ce qui était inouï dans les années 60. J'ai entendu parler de culture du canola d'hiver dans le Nord...

Le sénateur Gustafson: Ils font des essais.

M. Grant: Oui. Il subsiste quand même quelques limitations. Ces tendances dont vous parlez vont se poursuivre. Le réchauffement est indubitablement en cours et les hommes peuvent s'y adapter. Mais je pense qu'il est réellement nécessaire de scruter l'avenir pour voir où va aller ce réchauffement.

Une préoccupation majeure est que cette transition des écosystèmes de leur état actuel à un climat plus chaud ne se fera pas nécessairement de manière uniforme et en douceur. Par exemple, une fois franchis certains seuils, il peut y avoir des accélérations soudaines du changement jusqu'à ce que l'on approche d'un seuil nouveau. Cela peut donc amener des changements relativement brusques auxquels nous n'aurons pas la possibilité de nous adapter si nous n'y sommes pas préparés.

Oui, vos observations sont tout à fait justes. Il y a actuellement une expansion vers le nord des variétés et types de cultures. Cela a commencé il y a une cinquantaine d'années en réponse au réchauffement déjà intervenu. Ce processus devrait se poursuivre.

Le sénateur Wiebe: Cette adaptation opérée par les agriculteurs au cours des 100 dernières années a été possible parce que l'agriculture a eu le temps de s'adapter. Si je me souviens bien, vous avez dit que la température a augmenté d'un degré au cours des 100 dernières années.

M. Grant: C'est le chiffre maximal.

Le sénateur Wiebe: Vous dites maintenant qu'au cours des 100 prochaines années, le rythme va tripler, la hausse étant au minimum de 3,5 degrés et pourra même atteindre six degrés. Ce sont là des changements de température très rapides. Est-ce que les modes d'adaptation que nous avons utilisés au cours des 100 dernières années pourraient être appliqués à une accélération aussi rapide qui va survenir dans les mois ou les années qui viennent?

M. Grant: C'est la raison pour laquelle nous sommes ici, n'est-ce pas? Face à des hausses de température sans précédent dans l'histoire, nous aurons de meilleures chances si nous pouvons prédire l'adaptation qui sera requise. C'est notre meilleur espoir. Le rythme auquel les températures vont augmenter, selon les projections, est géologiquement sans précédent.

Même si les projections climatiques que nous faisons sont relativement fiables, il subsiste un facteur d'incertitude, car on sait que les écosystèmes réagissent aux perturbations non pas de façon graduelle, mais en franchissant des seuils, un peu comme El Niño, par exemple, correspond à un franchissement de seuil. Il se produit des sécheresses. Les sécheresses sont, d'une certaine façon, une réponse seuil à des changements dans les modèles de précipitations. Les écosystèmes peuvent passer par des seuils exigeant une adaptation très rapide. C'est à cela qu'il faut se préparer.

Le sénateur Fairbairn: Est-ce que vos recherches portent également sur les terres humides?

M. Grant: Oui. C'est un domaine de recherche clé, absolument. Je n'ai pas travaillé directement là-dessus, mais mes collègues, oui.

Comment prévoit-on qu'elles réagiront au changement climatique? Est-ce là votre question?

Le sénateur Fairbairn: Oui.

M. Grant: Il y a plusieurs préoccupations importantes. En particulier, l'évaporation accrue dans ces zones humides risque d'abaisser le niveau phréatique de ces marais. Il en résultera une oxydation accélérée de la matière carbonée dont ils se composent. Il pourrait en résulter une déperdition très rapide de carbone vers l'atmosphère. Il faudra s'attendre aussi à une fréquence accrue des feux de tourbe.

Oui, le risque d'assèchement des zones humides est préoccupant. Avec l'augmentation des taux d'évaporation — j'ai mentionné qu'une hausse de trois degrés de la température, par exemple, entraînerait une majoration de 25 p. 100 des taux d'évaporation annuels. À l'inverse, on s'attend au mieux à un accroissement de 8 p. 100 à 10 p. 100 des précipitations. Ce n'est peut-être pas très préoccupant s'agissant des plantes, mais lorsqu'on parle des plans d'eau ou des sources dont les zones humides tirent leurs réserves, il y a une forte possibilité que ces réserves soient perdues, s'évaporent. Il en résultera un abaissement des tables phréatiques et une oxydation très rapide du carbone.

Les zones humides sont considérées comme en danger, peut-être davantage que les écosystèmes agricoles; il y a là une vulnérabilité particulière et beaucoup de recherches sont en train pour tenter de la cerner.

Le président: Merci beaucoup, monsieur Grant.

Notre dernier témoin de la matinée sera M. Greg McKinnon. Vous avez la parole, monsieur McKinnon.

M. Greg McKinnon, coordonnateur du secteur forestier, Réseau canadien de recherche sur les impacts climatiques et l'adaptation: Je suis accompagné de M. Kelvin Hirsch, que vous avez déjà entendu et qui est directeur scientifique du secteur forestier du réseau.

Aujourd'hui, dans mon exposé, je vais parler des trois principaux éléments en rapport avec le changement climatique dans le secteur forestier canadien. Premièrement, je parlerai brièvement de l'atténuation sans vouloir trop m'attarder sur cet aspect de la problématique climatique. Il me paraît important de faire état du rôle modérateur que l'on attend des forêts canadiennes s'agissant de réduire le réchauffement planétaire, et de placer en contexte le rôle et l'importance de l'adaptation.

Deuxièmement, je traiterai brièvement des impacts et de l'adaptation, ou pour employer des termes plus précis, des vulnérabilités et de l'adaptation. Étant donné que ce sujet a déjà amplement été couvert par les témoins précédents, je me limiterai à énoncer les objectifs d'ensemble de l'adaptation, sans entrer dans les détails.

Troisièmement, et c'est l'élément le plus important selon mon point de vue, je traiterai de la manière de concrétiser l'adaptation au changement climatique. Je couvrirai deux aspects: d'une part, les stratégies d'adaptation et les pratiques forestières et la recherche; et d'autre part, les mécanismes d'exécution. Je conclurai ma présentation par un résumé.

Pour ce qui est de l'atténuation ou de l'adaptation, ce que vous voyez là est le seul diagramme que je montrerai aujourd'hui. Vous l'avez peut-être déjà vu. Cependant, pour situer le contexte dans lequel s'inscrivent l'atténuation des impacts et l'adaptation, il importe de comprendre la relation entre les deux ainsi que la persistance des effets des émissions de gaz à effet de serre.

Le diagramme que vous voyez là a été établi par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat et publié dans son rapport de synthèse de 2001. C'est un diagramme générique qui montre les effets escomptés sur la température, la ligne rouge, dans l'hypothèse d'une stabilisation dans 50 ans des émissions mondiales de CO2, et d'une réduction à une très faible fraction des niveaux actuels dans les 150 prochaines années, la ligne brune. Voici donc le côté atténuation de l'équation et il est d'importance vitale.

Observez que même après une réduction des émissions de CO2 et une stabilisation des conditions atmosphériques, la température atmosphérique en surface ne réagit qu'avec retard et continue à augmenter lentement pendant un siècle ou plus et met plusieurs siècles avant de diminuer.

Pour résumer le diagramme, l'atténuation et l'adaptation sont toutes deux d'importance vitale et sont complémentaires. L'adaptation est incontournable quel que soit le scénario d'adaptation que l'on retient et son importance et sa difficulté augmentent plus les mesures d'atténuation tardent à être prises ou mises en oeuvre.

Du côté de l'atténuation, le Protocole de Kyoto permet de créditer l'absorption de carbone par les forêts en compensation des émissions au moment de calculer la contribution nette de CO2 à l'atmosphère d'un pays.

Dans le secteur forestier, la gestion du carbone comporte deux volets principaux. Le premier est la baisse des émissions. Une réduction des émissions peut résulter, par exemple, d'une moindre consommation de carburant fossile dans le secteur ou d'une moindre perturbation des sols. Le deuxième volet de la gestion du carbone consiste à capter et emmagasiner davantage de carbone. L'attrait des forêts à cet égard est qu'elles sont capables de séquestrer le carbone au moyen de la photosynthèse et de l'emmagasiner sous forme de biomasse, tant en surface qu'en sous-sol.

Cependant, certaines questions clés se posent pour ce qui est du rôle des forêts et de la compensation des émissions de gaz à effet de serre: les forêts canadiennes seront-elles un puits net ou bien une source nette de carbone? Et la gestion du carbone sera-t-elle en harmonie ou en conflit avec d'autres objectifs de gestion?

Pour ce qui est de la première question, les forêts canadiennes se sont transformées au fil du temps d'important puits de carbone qu'elles étaient en une petite source de carbone, du fait de perturbations à grande échelle telles que les incendies et les insectes. La probabilité de rejets accrus de carbone à l'avenir semble beaucoup plus grande que celle d'une accumulation accrue de carbone. En d'autres termes, à l'échelle planétaire, les forêts canadiennes sont plus susceptibles de devenir la victime du changement climatique que le sauveur.

Pour ce qui est de la deuxième question, la gestion forestière, particulièrement sur les terres domaniales, englobe un large éventail d'objectifs divers. Les possibilités sont grandes d'un conflit entre les objectifs de gestion du carbone et d'autres objectifs. Par exemple, au niveau des émissions, il existera probablement une demande accrue de biocarburants en remplacement des combustibles fossiles. Or, cette biomasse, comme par exemple les débris de coupe et les arbres morts debout contribuent très largement à la biodiversité des éléments nutritifs du sol.

De même, du côté captage et emmagasinage de carbone, la gestion du carbone peut favoriser les peuplements vigoureux et à croissance rapide, mais je considère que ce serait contraire à une gestion visant une bonne qualité de fibres ligneuses ou la biodiversité associée à des forêts anciennes.

En ce qui concerne l'impact du changement climatique sur les forêts canadiennes, je n'entrerai pas dans les détails car, comme je l'ai dit, d'autres que moi ont très bien traité de ce sujet. De manière générale, les forêts semblent être les plus vulnérables au changement dans leur phase de régénération et du fait de l'impact du climat sur des perturbations telles que les incendies et les attaques d'insectes.

Pour ce qui est de la régénération, on pense que c'est la sécheresse qui sera la principale cause de défaillance. Pour ce qui est du deuxième facteur, le changement climatique augmentera la fréquence et la gravité des perturbations naturelles avec pour conséquence, premièrement, que les émissions de CO2 des forêts vont augmenter et, deuxièmement, que les perturbations accéléreront le rythme du changement de la structure du profil sylvestre.

Les forêts établies sont relativement résistantes aux effets du changement climatique mais lorsqu'elles sont perturbées, par exemple par un incendie, elles vont régresser à un stade de succession plus précoce, auquel cas des essences non ciblées et envahissantes peuvent prendre le dessus. En bref, si le climat est la cause du changement, le feu, les insectes et les maladies sont les agents.

Les effets directs du changement climatique sur la viabilité des forêts canadiennes comportent des implications nationales et mondiales. Les forêts canadiennes représentent une proportion importante du carbone emmagasiné dans les forêts à l'échelle mondiale. Si ces forêts deviennent une source de carbone plutôt qu'un puits, cela se répercutera sur le bilan mondial du CO2.

Au niveau de l'adaptation au changement climatique, la gestion de nos forêts à l'avenir ne devra pas perdre de vue un certain nombre d'objectifs. L'objectif d'une gestion appropriée des forêts consiste à préserver et améliorer la santé à long terme des écosystèmes sylvestres dans l'intérêt de tous les êtres vivants; l'objectif de collectivités viables consiste à offrir des opportunités écologiques, économiques, sociales et culturelles aux générations actuelles et futures. Dans le contexte de collectivités vivant de la forêt — c'est-à-dire le maintien de communautés stables qui puissent retirer des avantages sociaux, économiques et culturels de la forêt — aucun de ces deux concepts n'est nouveau. Ce qui est peut- être nouveau, face au changement climatique, est de considérer les deux comme faisant partie d'un tout. Peut-être faudrait-il gérer nos forêts en songeant à nos collectivités et, de la même façon, gérer nos collectivités en songeant à nos forêts.

Que devons-nous faire, en tant que société, face aux effets actuels et prévisibles du changement climatique sur nos forêts? À mon sens, nous pouvons et devons faire plusieurs choses. Je les ai regroupées selon trois grands thèmes: la politique forestière, les pratiques forestières et la recherche forestière.

En ce qui concerne la politique forestière, tout d'abord, la définition que j'en donne ici englobe et le cadre juridique et le cadre moral à l'intérieur desquels se déroule la gestion des forêts. Premièrement, les responsables des politiques et gestionnaires des forêts doivent mieux prendre conscience de l'importance et du caractère immédiat des problèmes posés par le changement climatique. Il faut convaincre les hauts responsables de la réalité du changement climatique et de l'importance des enjeux qui en résultent pour la gestion forestière.

Deuxièmement, il faudra une meilleure prise de conscience du fait que la politique forestière devra être radicalement transformée pour permettre l'adaptation au changement climatique. Un exemple pourra être l'introduction intentionnelle d'une essence dans une région où elle n'a encore jamais existé. Troisièmement, il faudra renforcer les liens entre la politique et la recherche. Les deux doivent s'alimenter l'une l'autre. Cela équivaut en fait au concept de gestion adaptative. Quatrièmement, il faudra mettre davantage l'accent sur le concept de vulnérabilité comme approche du changement climatique et de l'adaptation aux impacts. Le concept de vulnérabilité minimise la recherche d'une connaissance précise du climat futur et privilégie plutôt les vulnérabilités du secteur au climat actuel, l'adaptation aux changements prévisibles venant ensuite. L'accent est placé sur la gestion du risque et la planification stratégique.

Cinquièmement, il faut mettre davantage l'accent sur l'intégration des intérêts des divers intervenants à la politique forestière et la conciliation des objectifs contradictoires de la gestion des forêts, surtout dans les forêts domaniales.

Pour ce qui concerne les pratiques forestières, la définition que nous en donnons englobe tout l'éventail des techniques de gestion élaborées et mises en oeuvre en vue de remplir les objectifs énoncés. Premièrement, il faut gérer en préservant la flexibilité et la diversité. Le message clé est que, face à l'incertitude, il est bon de garder ouvertes toutes les options. Deuxièmement, il faut adopter aujourd'hui des pratiques forestières qui soient rationnelles selon diverses perspectives, dont le changement climatique. Par exemple il faut gérer en fonction des incendies, des insectes et des chablis. L'essentiel à cet égard est de gérer de façon à minimiser le risque de perturbation catastrophique causée par ces agents. Troisièmement, il faut concevoir des stratégies de gestion adaptatives, les mettre en oeuvre, les surveiller, les réévaluer et les réviser. Les pratiques forestières, la politique forestière et la recherche forestière sont toutes reliées entre elles dans une approche de gestion adaptative. Quatrièmement, rechercher l'appui des divers intervenants à des pratiques forestières litigieuses destinées à atténuer les effets du changement climatique. Encore une fois, je cite à cet égard comme exemple l'introduction d'une essence exotique.

Du côté de la recherche, le message clé est que la recherche doit être liée directement à la politique et aux pratiques de gestion forestière. Il faut premièrement déterminer les principales lacunes des connaissances et les priorités de recherche en fonction de la politique et des pratiques de gestion forestière sur le terrain. Deuxièmement, les chercheurs doivent communiquer plus efficacement leurs résultats aux usagers des forêts. Troisièmement, il faut mettre davantage l'accent sur l'adaptation. Jusqu'à présent, une bonne part de la recherche sur le changement climatique dans le secteur forestier privilégiait l'atténuation et les impacts, plutôt que l'adaptation. Cette dernière doit englober des recherches sur les facteurs de motivation et les incitations au changement. Quatrièmement, il faut consacrer une capacité et des ressources financières accrues aux impacts et à l'adaptation. À mon avis, la capacité actuelle, tant sur le plan des ressources humaines que financières, est clairement insuffisante.

Je parlerai maintenant des mécanismes d'exécution. Au niveau de la recherche, le Service canadien des forêts est bien placé pour mener la recherche sur les impacts et l'adaptation et devrait être au coeur de tout programme renforcé à l'avenir. Le ministère a derrière lui une longue histoire de recherches de qualité mondiale sur les aspects physiques, biologiques et socio-économiques des forêts et de leur exploitation. En outre, il a l'avantage d'avoir une envergure nationale et des contacts étroits tant avec l'industrie que les gouvernements provinciaux.

Le Réseau de gestion durable des forêts, qui fait partie du programme national des Centres d'excellence et est abrité à l'Université de l'Alberta, ainsi que d'autres universités ne faisant pas partie du réseau doivent jouer un rôle de premier plan dans la recherche sur les impacts du changement climatique et l'adaptation. Or, jusqu'à présent, la plupart des universités canadiennes, y compris celles englobées dans le réseau, ont mis l'accent principalement sur l'atténuation et la gestion du carbone. À mon avis, il faudra encourager et le réseau et les universités individuelles à s'intéresser davantage aux impacts et à l'adaptation. Le Réseau de gestion durable des forêts a l'avantage de posséder une envergure nationale, alors que les autres universités ont une vision davantage régionale.

Passons maintenant au Réseau de forêts modèles. Je vais m'y attarder un peu. Le Réseau de forêts modèles canadien est une initiative consistant à travailler à l'échelle locale, nationale et internationale en vue de générer des idées nouvelles et des solutions concrètes au problème de la gestion durable des forêts.

Vous vous souviendrez qu'au début de mon exposé j'ai énoncé le double objectif d'une gestion durable des forêts et de communautés viables vivant de la forêt. Il me semble que le réseau de forêts modèles est idéalement placé pour faire la démonstration de méthodes de gestion adaptatives et de techniques et pratiques communautaires adaptatives en rapport avec le changement climatique. Il convient d'en faire une pièce maîtresse de la solution.

J'en viens maintenant aux organisations de recherche forestière provinciales. Nombre de ces dernières ont été affaiblies ces dernières années. Pourtant, elles présentent l'avantage d'être en prise directe avec l'élaboration des politiques provinciales et l'exécution des pratiques forestières durables. Il y a donc lieu de renforcer ces organisations.

Sur le sujet de la politique, comme je l'ai indiqué, j'entends par politique à la fois le cadre juridique et le cadre moral dans lesquels se déroule la gestion forestière. Pour ce qui est du cadre juridique, la Constitution attribue aux provinces la compétence exclusive pour la mise en valeur, la conservation et la gestion des ressources forestières. Cependant, au niveau du cadre moral ou de la licence sociale, un certain nombre d'autres forces et acteurs influencent directement la politique forestière et donc la gestion ultime des forêts. Parmi ces acteurs figurent les organes d'homologation, par exemple le Forest Stewardship Council, le Réseau des forêts modèles, les organisations non gouvernementales, l'industrie et les marchés internationaux.

Sur la scène internationale et outre les marchés, le cadre moral englobe nos divers engagements internationaux, par exemple la Convention sur la diversité biologique.

En ce qui concerne les pratiques forestières, pour dire les choses simplement, celles-ci représentent l'application sur le terrain de la politique de gestion forestière. Encore une fois, elles sont soumises et aux obligations juridiques et morales et aux codes de pratiques.

Sur les terres publiques, les objectifs de gestion sont souvent multiples et dictent en dernier ressort les pratiques appropriées. Les mécanismes d'exécution mettent en jeu l'industrie, les propriétaires privés et les gouvernements provinciaux.

Outre tous les acteurs ci-dessus, je pense que le RCRICA-Forêts devrait continuer à jouer un rôle: premièrement, pour accroître la sensibilisation aux enjeux forestiers, en particulier l'impact du changement climatique et l'adaptation à ces derniers; deuxièmement, pour renforcer la capacité et la coordination de la recherche dans ce domaine; et troisièmement, pour faciliter la communication au sujet des impacts du changement climatique et des options d'adaptation aux chercheurs, gestionnaires des forêts, décideurs et collectivités vivant de la forêt.

Pour résumer, le changement climatique réel et les effets thermiques perdureront pendant des siècles. Il est beaucoup plus probable que les forêts canadiennes deviennent une source nette de carbone plutôt qu'un fixateur de carbone. Les options de réduction des émissions de dioxyde de carbone par le biais de la gestion forestière sont limitées et susceptibles d'être en contradiction avec d'autres objectifs de gestion. Des recherches plus poussées sur les impacts et l'adaptation, reliées aux politiques et pratiques, sont nécessaires. Les politiques et pratiques forestières doivent être adaptées en fonction des effets actuels et attendus du changement climatique, ce qui correspond à l'approche de vulnérabilité. Si l'on veut assurer la viabilité de la gestion forestière et des communautés qui en dépendent, des stratégies d'adaptation au changement climatique seront nécessaires.

M. Hirsch et moi-même serons ravis de répondre aux questions que vous pourriez avoir.

Le président: Merci de cet excellent exposé. Évidemment, nous connaissons déjà M. Hirsch, puisqu'il a comparu plus tôt ce matin.

Le sénateur Fairbairn: Avant d'entreprendre ce voyage, notre comité a reçu une documentation sur le sujet qui nous occupe. À mon avis, dans toute l'équation climatique, les forêts me paraissent particulièrement vulnérables. Ce que vous avez dit sur l'élaboration de la politique les concernant m'a beaucoup intéressée, et vous n'avez cessé d'utiliser le mot «mora». J'aimerais que vous nous précisiez votre pensée à cet égard. Lorsque vous parlez de l'impact moral, songez-vous à la pression ultime exercée par le changement climatique sur les forêts, pression qui pourrait mettre en péril, si l'on n'y prend pas garde, la viabilité des collectivités, du mode de vie de tous ceux qui travaillent dans cette industrie? Commençons-nous déjà à voir les premiers dégâts?

M. McKinnon: C'est une excellente question et d'autres intervenants ce matin ont parlé de la rapidité du changement, que nous pensons être sans précédent.

Bien entendu, il y aura toujours des forêts. Mais est-ce que dans 10, ou 20 ou 30 ans ces forêts ressembleront à celles que nous avons connues au cours des 100 dernières années, voilà la grande question. Bien entendu, des collectivités se sont développées autour des forêts telles que nous les avons connues au cours des 100 ou 200 dernières années. Elles se sont organisées socialement et économiquement autour de cette forêt traditionnelle. Lorsque cette forêt changera, et surtout si elle change radicalement, il s'agira de voir si nous pouvons nous adapter assez vite sur les plans social et économique.

Pour répondre à la première partie de votre question, lorsque je parlais du cadre juridique et moral, la gestion forestière est un sujet très complexe et qui n'est certainement pas régi uniquement par des contraintes juridiques. Il pèse sur la gestion forestière un certain nombre de forces, telles que les pressions internationales, l'homologation des produits forestiers, sans parler, bien entendu, des répercussions profondes que le changement climatique aura sur les marchés internationaux des produits forestiers.

Certaines régions du monde souffriront peut-être moins du changement climatique que d'autres et si nous nous attendons à ce que le Canada, par exemple, surtout dans ses forêts continentales et boréales, soit relativement plus touché que d'autres, cela se répercutera sur notre capacité à vendre nos produits à l'étranger. Et tout cela, par voie de conséquence, aura des répercussions sur l'industrie et sur les collectivités qui vivent de cette industrie au Canada.

Je pense qu'il est fort possible que ces effets, que vous avez qualifiés de profonds, se matérialisent.

Le sénateur Fairbairn: Comment nous, en tant que comité, lorsque nous parlons de cette adaptation qui est inévitable et qu'il convient donc de gérer au mieux, pouvons-nous inclure et recommander l'inclusion de ceux qui sont en fait les premiers intéressés, à savoir ceux qui travaillent dans la forêt et vivent par elle et qui ont construit des collectivités entières autour d'elle?

Encore une fois, tout revient au terme «communication». Nombre d'entre nous, et c'est certainement mon cas, sont relativement novices dans tout ce domaine. Nous avons besoin d'apprendre. Comment peut-on établir cette liaison afin que les décideurs, les pouvoirs publics et l'industrie ne dictent pas simplement à ceux qui vivent de la forêt ce qu'ils doivent faire? Comment établir une communication dans les deux sens, avant que la partie soit jouée et les décisions prises? Comment assurer cette communication? Ces enjeux sont compliqués et il faut donc mettre dans l'équation dès le départ les conséquences concrètes pour ces collectivités.

M. McKinnon: Vous soulevez là un point intéressant. Hier soir, j'ai soumis mon exposé à ma femme pour voir ce qu'elle en pensait, et sa réaction a été de dire: «Il faut mettre le public au courant de ces choses».

Le sénateur Fairbairn: Exactement, et il faut le mettre en mesure de les comprendre.

M. McKinnon: C'est une question importante. Si nous voulons être en mesure de nous adapter à ce qui nous attend, il faut oeuvrer de concert. Les collectivités doivent oeuvrer de concert avec les décideurs et les responsables politiques. L'un de mes sujets de préoccupation est que les décideurs et hauts responsables ne semblent pas encore avoir pris la mesure de la gravité et de l'importance de ce problème.

Il n'est donc pas étonnant que le public dans ces localités et les non-spécialistes qui travaillent dans l'industrie ne prennent pas suffisamment au sérieux toute cette problématique. Je ne connais pas les solutions pratiques, mais je pense qu'il faut communiquer mieux et se concerter pour trouver les meilleures solutions.

Le président: Voulez-vous ajouter quelque chose à cela, monsieur Hirsch?

M. Hirsch: Il faut tenir compte du fait que l'adaptation est un processus social. Le changement est le fait des écosystèmes naturels, mais l'adaptation à ce changement est un processus social. L'engagement du public exige l'étude des comportements humains et il faut donc mettre à contribution les sociologues. De la même façon que l'on étude de nouvelles façons de cultiver des arbres, il nous faut étudier les façons de susciter l'engagement du public. Il existe des procédés propres pour amener les gens à participer, pour capter ce savoir collectif, et cetera. Le travail d'adaptation est une science en soi, qui exige une adhésion du public. Quelques travaux sont en cours au niveau des pouvoirs publics et dans certaines universités.

Votre question est judicieuse car nous ne pourrons opérer l'adaptation requise qu'à condition de savoir ce qu'il nous faut changer sur le plan humain et du comportement humain. D'après les premiers résultats de ces travaux, il semble qu'à la base il y a cette connexion très simple entre un scientifique qui parle des modèles planétaires à la personne sur place qui a pu constater de ses yeux les changements intervenus ces dernières années — c'est le vieil adage qui dit qu'il faut marcher un mille dans les chaussures de quelqu'un d'autre. Une telle connexion semble pouvoir très facilement combler le fossé entre ceux qui réfléchissent à l'échelle mondiale et ceux qui travaillent ou ressentent les effets au niveau local.

M. McKinnon: Si je puis juste ajouter un commentaire, à mon avis, les gens ont soif de ce genre de connaissances. On a communiqué au public une certaine quantité d'informations sur Kyoto et le changement climatique et je pense qu'il y a une soif d'une meilleure information technique sur les conséquences concrètes, par exemple pour nos forêts.

Le public est prêt pour ce genre d'information mais je ne sais pas comment la lui apporter. Jusqu'à présent les chercheurs n'ont pas très bien su communiquer leurs recherches et résultats au grand public et il faut faire mieux dans ce domaine. Le moment est bon, le public est maintenant prêt.

Le sénateur Fairbairn: Un dernier mot, si je puis. Sur toute la question du changement climatique — et je ne parle pas d'organiser des marches ni ce genre de choses — il faut une table où ces conversations peuvent se dérouler. Cela ne fait que quelques semaines que nous nous penchons sur le sujet, mais je suis impressionné par l'attitude des scientifiques et responsables gouvernementaux que nous entendons ici. Ils nous disent tous la même chose, à savoir qu'ils ont besoin de l'aide de ceux dont la vie est touchée et des connaissances de ceux qui vivent dans ces milieux. Il faudrait organiser un forum où ces discussions pourront se dérouler à l'avenir.

M. McKinnon: C'est précisément ce que nous essayons de faire au RCRICA. Nous avons organisé un atelier à Prince George la semaine dernière où nous avons parlé de bon nombre de ces problèmes; les participants venaient d'horizons très divers, groupes écologistes, Premières nations, industrie forestière et monde de la recherche. C'est un tout petit début, mais nous avons eu un très bon dialogue. Personne ne peut se targuer d'une supériorité morale dans ce domaine. Le problème est causé par la société toute entière et il nous faut travailler ensemble pour trouver les remèdes.

Alors que par le passé la gestion forestière tendait à susciter une polarisation des opinions, j'ai l'impression que dans ce cas-ci nous pouvons réellement travailler de concert pour trouver des solutions. C'est ce que j'espère. C'est un travail qui vient seulement de commencer et il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais je pense que c'est un aspect auquel il nous faut réellement consacrer tous nos efforts.

Le sénateur Wiebe: Tous les exposés présentés par le RCRICA ont été excellents. Lorsqu'on regarde le tableau d'ensemble des effets du changement climatique, il semble qu'il y aura quelques impacts positifs et quelques impacts négatifs sur nos forêts. Il me semble que les forêts de l'Ouest du Canada seront les plus exposées.

J'aimerais savoir si, chez vous, vous avez eu l'occasion d'effectuer des études scientifiques sur les tensions que ce changement climatique va exercer sur nos forêts. Je parle là de facteurs de stress tels que sécheresse, insectes, maladies, feux de forêt, ce genre de choses. Quel en sera l'effet cumulatif sur nos forêts? Ce genre de stress sera plus fréquent que par le passé. Avez-vous eu déjà la possibilité de vous pencher là-dessus?

M. McKinnon: Oui. Les aspects que vous venez de décrire sont les premiers sujets de recherche. Des recherches sont en cours aux confins méridionaux de la forêt boréale, où l'on étudie le stress de sécheresse et les conséquences pour cette partie de la forêt boréale. On mène aussi beaucoup de recherches sur les feux de forêt, les perturbations naturelles et les perturbations causées par les insectes, ce genre de choses. Ce sont là des exemples de projets de recherche qui sont entrepris, dont une bonne part sont le fait du Centre forestier du nord, ici à Edmonton.

Le sénateur Wiebe: Certaines de ces études sont effectuées dans les forêts modèles que vous avez créées. Avez-vous pu étudier un groupe d'arbres qui subit tous ces stress à la fois au cours d'une période donnée, pour voir ce qu'il advient de cet arbre?

Par exemple, un modèle peut se pencher sur le stress infligé par les insectes à un arbre, un autre modèle sur le stress causé par le manque d'eau et un autre modèle sur l'incendie. Mais qu'advient-il de ce pauvre arbre si, au cours d'une période de, mettons, cinq années, il subit tous ces stress? Cet arbre pourra-t-il survivre?

M. Hirsch: Certaines études considèrent justement tous ces stress à la fois. Votre remarque est judicieuse, on ne peut se contenter de la modélisation, il faut aussi voir ce qui se passe sur le terrain. Certaines expériences consistent précisément à regarder sur le terrain comment les choses se passent dans l'environnement naturel. Nous examinons non seulement comment certaines variétés de peupliers survivent à la sécheresse mais aussi si les insectes vont les influencer en même temps.

Lorsqu'il s'agit de la dimension plus générale des paysages, on est face à des processus tels que les incendies, et cetera. Ce sont des aspects un peu plus difficiles à étudier mais qu'il faut néanmoins suivre. Nous délimitons des parcelles dans des forêts incendiées et nous en surveillons le reverdissement, c'est-à-dire la rapidité de la repousse en différents endroits.

Ainsi, un certain nombre d'études actives sont en cours sur ce plan dans tout l'Ouest du Canada.

Le sénateur Wiebe: C'est bon à savoir.

Le sénateur Fairbairn: Qu'en est-il de la faune qui vit dans la forêt et s'en nourrit?

M. Hirsch: Lorsque M. McKinnon et moi-même parlons de forêt, nous entendons tout l'écosystème, la biodiversité et les diverses espèces qui en dépendent. Nous examinons donc simultanément les interactions entre la végétation et la faune et les diverses autres composantes de l'écosystème.

M. McKinnon: Je suis biologiste de formation et c'est un sujet qui m'intéresse de près. L'une des préoccupations entourant le changement climatique tient à la rapidité du changement et la crainte que les écosystèmes ne puissent pas suivre le rythme. Lorsque la végétation se déplace, certaines espèces sont plus mobiles que d'autres et donc pourront s'établir ailleurs, alors que d'autres ne le pourront pas.

Nous nous attendons à une fragmentation des écosystèmes et à l'introduction de nouvelles espèces, en particulier d'espèces exotiques. On s'inquiète grandement des répercussions sur la faune en raison de la rapidité du changement prévu.

Le sénateur Hubley: Vous avez indiqué que l'une des manières de communiquer avec les intervenants consiste à tenir des ateliers. Vous avez mentionné celui de Prince George. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur cet atelier et le nombre et la nature des participants?

M. McKinnon: L'atelier a eu lieu la semaine dernière. Il y avait près de 140 participants inscrits. Nous avions invité des groupes écologistes, des représentants de l'industrie forestière, des Autochtones, des experts-conseils de ce domaine, des représentants des provinces à l'ouest du Québec et des deux territoires. Plusieurs organisations de recherche provinciales, ainsi que le Service canadien des forêts et de nombreux autres organismes de recherche étaient représentés.

Les matinées étaient consacrées à des exposés sur les recherches en cours sur le changement climatique et ses effets sur les forêts et les principales perturbations que l'on peut escompter. Les séances de l'après-midi étaient consacrées à définir les lacunes dans les connaissances, les priorités de recherche et la nécessité de collaborer pour trouver des solutions d'adaptation.

Les réactions à l'approche retenue ont été positives. Ce n'est pas souvent que nous cherchons à rassembler les chercheurs et ceux qui vivent la réalité sur le terrain, comme membres de la collectivité ou exploitants forestiers. C'était un excellent forum.

Le sénateur Chalifoux: J'aimerais savoir combien de membres de la collectivité étaient présents. Je sais que vous aviez des chercheurs et autres, mais combien de citoyens ordinaires qui vont être sérieusement touchés ont-ils participé?

M. McKinnon: Je ne connais pas le chiffre exact, mais il y en avait. Nous avons invité, par exemple, le conseil municipal de Prince George. Il y avait également des représentants de collectivités plus petites de l'Alberta et de la Colombie-Britannique. Il y avait aussi des représentants de trois des quatre forêts modèles de l'Ouest, qui ont des contacts étroits avec les collectivités locales. En outre, nombre des experts-conseils et représentants d'organisations écologistes habitent également les petites localités et connaissent très bien la forêt. Au total, nous avions une très bonne représentation des petites localités.

M. Hirsch: J'ajouterais, si vous le permettez, que nous avons organisé une manifestation communautaire à Lac du Bonnet, au Manitoba, il y a quelques semaines. Peut-être M. McKinnon aimerait-il vous en parler, car c'est lié à votre question.

M. McKinnon: Nous avons organisé deux ateliers au Manitoba de concert avec la forêt modèle du Manitoba, et d'autres sont prévus. L'un a eu lieu dans la localité agrosylvicole de Lac du Bonnet, dans l'est du Manitoba. La population locale y a participé en nombre. Nous y avons présenté à peu près les mêmes données qu'ici.

Nous avons tenu un autre atelier dans une collectivité autochtone, Little Black River, au Manitoba.

Nous cherchons donc à avancer sur tous ces fronts, mais il y a beaucoup à faire. Nous ne pouvons qu'être à un seul endroit à la fois mais nous cherchons certainement à nouer le dialogue avec toutes ces collectivités. Il faut réellement se concentrer sur les petites localités sylvicoles, car ce seront elles le plus sérieusement touchées.

Le sénateur Hubley: À votre avis, dans quelle mesure les stations météorologiques locales et régionales peuvent-elles vous aider, en quelque sorte, à identifier les impacts et à opérer les adaptations requises?

M. McKinnon: À mon sens, il importe de pouvoir augmenter la précision des modèles mathématiques de changement climatique. De toute évidence, plus nous aurons de stations, et plus nous aurons de données précises à long terme.

J'ai souligné dans mon exposé que même si nous n'avons pas eu une connaissance précise du changement climatique, il faut néanmoins agir à l'égard de certaines des vulnérabilités du secteur forestier. Nous savons quelles sont ces vulnérabilités et nous savons que nous pouvons agir sans plus attendre sur certains aspects particuliers, et ce que le changement climatique soit plus ou moins grand.

De nombreuses compagnies forestières, par exemple, aimeraient savoir quel sera l'effet du changement climatique sur leur secteur d'exploitation, qui tend à être géographiquement limité. Or, nombre des modèles climatiques ne sont pas suffisamment affinés pour pouvoir prédire ce qui va se passer à un niveau très local. Aussi, plus nous aurons de stations météorologiques et plus nos modèles de changement climatique pourront être précis et plus il nous sera facile de convaincre certains des acteurs de la nécessité d'agir et de prêter attention aux enjeux. C'est certainement notre souci.

Le sénateur LaPierre: Depuis le début de cette étude, tous les enjeux à mes yeux se ramènent à un problème central, le problème humain, et je me fonde en cela sur la prémisse que le réchauffement climatique va mettre à l'épreuve nos âmes. Il exigera d'énormes changements dans nos modes de gouvernement, dans nos relations avec les autres pays, dans nos relations avec la nature et dans nos relations entre nous. Il exigera une transformation des mentalités; il exigera non seulement une adaptation mais la création d'un nouveau mode de vie.

Nous nous trouvons dans une période qui appelle une révolution. Si j'étais croyant, je parlerais de révolution spirituelle, mais pour moi la spiritualité n'est pas uniquement affaire de religion. C'est pourquoi je demande, monsieur, depuis le début, pourquoi on ne mène pas des études interdisciplinaires? Où sont les sociologues? Où sont les théologiens? Où sont les philosophes? Où sont les poètes? Où sont les musiciens? Où sont les jeunes?

Les experts peuvent nous apporter des données, mais les sociologues et les humanistes pourraient répondre à la question du sénateur Fairbairn et à d'autres.

Je vous demande d'accorder vos violons et d'organiser l'étude interdisciplinaire de ce problème, sinon tout ceci ne servira strictement à rien. Nous ne pourrons rien écrire d'autre dans notre rapport qu'un recensement de vos recherches, aussi magnifiques et admirables soient-elles.

Tout compte fait, c'est ce que nous avons fait avec Kyoto, comme vous me l'avez rappelé. Nous n'avons pas fait intervenir les hommes; pourtant, nous exigerons d'eux des sacrifices et des sommes énormes pour parvenir à nos fins.

Je vous implore, monsieur, vous et votre institution, qui est une grande institution, d'aller chercher le poète. Ramenez le poète.

M. McKinnon: Je suis d'accord. C'est un problème si considérable que toute la société doit se rallier autour de lui. C'est un problème effrayant à bien des égards, tellement énorme qu'il est presque impossible à saisir. Nous ne pourrons nous en sortir que si toute la société se retrouve dans l'effort.

Nous avons évidemment chacun notre expérience et notre spécialité et nous cherchons tous à faire notre petite part dans notre domaine, mais c'est réellement une action concertée de toute la société qui est nécessaire.

Le président: Hier, en Saskatchewan, nous avons reçu des professeurs qui étudient cela depuis des années et des années. Ils disent le contraire de vous. Vous dites qu'il est beaucoup plus probable que les forêts canadiennes deviendront une source nette de carbone, plutôt qu'un puits. Ces messieurs nous disaient au contraire qu'au vu de toutes les recherches effectuées, et compte tenu de l'utilisation des arbres et de nos forêts, celles-ci seront en fait un puits de carbone.

Pouvez-vous expliquer pourquoi vos résultats de recherche diffèrent tellement de ce que nous avons entendu hier?

M. McKinnon: Je vais essayer. Ma position est fondée directement sur des recherches et des articles publiés récemment. Il en ressort que l'accroissement du CO2 dans l'atmosphère pourrait entraîner une productivité accrue des forêts, mais même là les choses ne sont pas entièrement claires car parallèlement, selon les publications les plus récentes, ces arbres pourraient en même temps être soumis à plus de stress et devenir davantage sujets aux infestations d'insectes. Donc, en substance, ce qui va déterminer si les forêts deviendront des sources ou des puits de carbone seront les effets du changement climatique sur les arbres. Nous pensons que le changement climatique augmentera le taux des perturbations naturelles telles qu'incendies, insectes, dégâts causés par le vent, ce genre de choses.

Ces facteurs aboutiront en fait à ce qu'une forêt dégage davantage de CO2 dans l'atmosphère qu'elle n'en absorbera, et c'est donc la fréquence accrue des perturbations naturelles qui fera que nous serons une source plutôt qu'un puits.

Le président: En dépit de meilleures pratiques sylvicoles et de plantations d'arbres dans des zones cultivées?

M. McKinnon: Eh bien, il est certainement possible de procéder à un boisement de zones non forestières et, par le biais de la photosynthèse, de capter du carbone dans l'atmosphère. Mais l'avis dominant dans la littérature veut que les perturbations naturelles du fait des incendies, des insectes et d'autres agents l'emporteront largement sur les gains ainsi obtenus.

Cela ne veut pas dire que les programmes de boisement ne soient pas une bonne chose. Il est certainement bon de planter une forêt là où il n'en existait pas depuis des décennies. On absorbera ainsi du CO2. Il y a aussi d'autres avantages, sur le plan hydrologique, sur le plan de la création de coupe-vent et ce genre de choses. En outre, cette biomasse nouvelle pourra également être utilisée comme combustible en remplacement des combustibles fossiles.

Il y a de nombreuses raisons de planter des forêts. Cependant, même ainsi, selon la littérature la plus récente, les forêts canadiennes seront une source nette de carbone. Elles le sont d'ailleurs déjà et l'on pense qu'elles le deviendront davantage suite au changement du climat.

Le président: J'apprécie cette réponse. Merci beaucoup, monsieur McKinnon.

La séance est levée.