Délibérations du Comité sénatorial permanent de la
Sécurité nationale et de la défense

Fascicule 7 - Témoignages du 27 janvier 2003 (Séance de la soirée)


REGINA, le lundi 27 janvier 2003

Le Comité permanent de la sécurité nationale et de la défense se réunit aujourd'hui à 19 heures afin d'examiner pour ensuite en faire rapport la nécessité d'une politique nationale sur la sécurité pour le Canada.

Le sénateur Colin Kenny (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président: Mesdames et messieurs, je suis heureux de vous accueillir au Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Aujourd'hui, nous poursuivrons notre étude sur la nécessité d'une politique nationale sur la sécurité en examinant la question des réserves.

Après nous être penchés durant sept mois sur les enjeux majeurs que doit affronter le Canada, nous avons publié en février 2002 un rapport intitulé «L'état de préparation du Canada sur le plan de la sécurité et de la défense». Par la suite, le Sénat a demandé au comité d'examiner la nécessité d'une politique nationale sur la sécurité.

Jusqu'à maintenant, nous avons publié trois rapports portant sur divers aspects de la sécurité nationale: le premier qui s'intitule «La défense de l'Amérique du Nord: une responsabilité canadienne», en septembre 2002; puis, «Pour 130 dollars de plus... Mise à jour sur la crise financière des Forces canadiennes: Une vue de bas en haut», en novembre 2002; et plus récemment, «Le mythe de la sécurité dans les aéroports canadiens».

Aujourd'hui, nous poursuivons notre étude sur la sécurité nationale en nous concentrant sur la nécessité de pouvoir compter sur une force militaire solide, capable de réagir, au besoin, à la fois aux catastrophes naturelles et aux urgences nationales. Nous savons à quel point les réserves sont importantes pour les Forces canadiennes et je tiens à ce que vous sachiez que vous avez de nombreux partisans chez les membres du comité. Il est rare que nous tenions une réunion sans qu'il y soit question des réserves, d'une manière ou d'une autre. C'est donc une question qui nous tient à coeur. Nous savons que vous avez une longue liste de points que vous jugez importants, et il faut que vous sachiez que ces points sont tout aussi importants pour nous.

Avant de vous demander de vous présenter et d'énoncer vos qualités, je tiens à vous dire, ainsi qu'à tous ceux hommes et femmes que vous représentez, à quel point nous sommes fiers de tout le travail que vous faites, et à quel point le Parlement du Canada est lui aussi fier de vous. Il faut que vous sachiez que nous apprécions énormément les services que vous rendez à notre pays, et nous ne le dirons jamais assez souvent ni assez publiquement.

Maintenant, en commençant par le capitaine de corvette Chow, vous pourriez peut-être vous présenter et décliner vos antécédents, nommer votre unité et aussi nous dire ce que vous faites dans le civil. Ensuite, vous pourrez présenter votre exposé en suivant le même ordre.

Le capitaine de corvette Robert Chow, commandant, NCSM Unicorn: Je suis dans la réserve depuis près de 25 ans. Dans le civil, j'ai été promoteur et courtier immobilier durant environ 20 ans. Merci.

La capitaine de corvette Linda Mushanski, commandant, NCSM Queen: Honorables sénateurs, dans la vie militaire, je suis un officier de la logistique qualifié. Dans le civil, je travaille au ministère provincial de la Santé à titre de microbiologiste clinicienne.

Major Bill Green, commandant, Saskatchewan Dragoons (Moose Jaw): Je suis le commandant des Saskatchewan Dragoons, une unité de la Première réserve qui se spécialise dans la reconnaissance. Notre tâche consiste à recueillir des renseignements bruts sur l'ennemi, sur le terrain, et à les transmettre à notre commandant de brigade.

Mon unité est constituée de 100 militaires basés à Moose Jaw et à Swift Current. Nous avons trois membres de la force régulière, deux réservistes à temps plein et le reste de l'effectif est composé de soldats de classe A. Nous servons un soir par semaine et de une à deux fins de semaine par mois, de septembre à mai.

Je suis un produit de la force régulière, un sous-officier de la réserve et du système de formation des officiers. Je suis diplômé du Collège de commandement et d'état-major de Kingston ainsi que du collège de l'état-major interarmées de Toronto.

Dans le civil, j'enseigne au Caronport High School. Je suis également pompier volontaire et premier intervenant pour le service d'incendie dans ma localité. Merci.

Le lieutenant colonel Doug Penner, commandant, North Saskatchewan Regiment (Saskatoon): Je suis dans l'armée de réserve depuis 35 ans. Je travaille pour l'Université de la Saskatchewan depuis 30 ans où j'occupe le poste de superviseur de la production au service de la reprographie.

Le lieutenant colonel Colin King, commandant, Royal Regina Rifles (Regina): Honorables sénateurs, je suis le commandant des Royal Regina Rifles, une unité d'infanterie de la réserve à Regina. Dans le civil, je suis à l'emploi du gouvernement de la Saskatchewan, au ministère des Services correctionnels et de la santé publique, et plus particulièrement dans la section de la planification des mesures d'urgence.

Major Murray Allan, commandant adjoint, Royal Regina Rifles (Regina): J'ai joint la réserve il y a environ un an, après avoir passé 28 ans dans l'armée régulière à titre d'officier d'infanterie.

Le président: Merci. J'aimerais souhaiter la bienvenue également au colonel Steve Anema, commandant du 38e Groupe-brigade, qui arrive de Winnipeg. Je pense qu'il est tout aussi impatient que nous d'entendre vos commentaires. Et je sais qu'il n'intimide personne dans cette salle.

Nous sommes heureux de votre présence ici, colonel, et honorés que vous ayez pris la peine de faire tout le trajet depuis Winnipeg.

Captc Chow: Honorables sénateurs, en tant que commandant du NCSM Unicorn, j'ai le privilège de vous faire part de certains problèmes de personnel et de matériel que doit affronter actuellement le NCSM Unicorn de la Division de la Réserve navale. Les problèmes de personnel que j'aimerais aborder aujourd'hui concernent les effectifs de la Réserve navale, à la fois à l'échelle nationale et dans mon propre cas, en ce qui a trait à la dotation, au recrutement et au maintien des effectifs. Mes remarques sur le matériel se limiteront à l'utilisation qui en est faite dans le cadre de l'instruction concernant le NCSM Unicorn.

L'effectif de la Réserve navale s'élève à 5 446 militaires, dont 3 856 postes spécialisés et 1 590 postes pour du personnel sans formation. Parmi les postes spécialisés, 682 sont des postes d'officiers et 3 147 sont des postes de membres du rang. À l'heure actuelle, l'effectif réel de la réserve navale est de 3 792 militaires, y compris 967 membres sans formation. Ce chiffre correspond à un sous-effectif de 26 p. 100.

L'effectif du NCSM Unicorn est représentatif de la situation à l'échelle nationale. Sur les 88 postes établis pour du personnel qualifié, l'équipage de mon bâtiment compte 71 éléments, dont 11 officiers et 43 membres du rang. Parmi le personnel n'ayant pas reçu l'instruction voulue, nous comptons quatre officiers et 13 matelots de 3e classe. Sur les 54 membres du personnel spécialisé du NCSM Unicorn, 16 y sont employés à plein temps, 8 font partie du personnel de soutien à plein temps du bâtiment — 5 réservistes, et 3 membres de la force régulière — et les autres sont employés dans divers postes dans toute la collectivité ou dans d'autres organisations sur la côte Est ou Ouest.

Les pénuries de main-d'oeuvre, comme dans l'ensemble de la réserve navale, se retrouvent au niveau du grade de lieutenant pour les officiers, et de matelot-chef et de maître de 2e classe pour les membres du rang, tout particulièrement dans ce qu'il est convenu d'appeler la mécanique navale, les spécialistes des communications navales et les opérateurs de système de combat naval.

Le recrutement est une avenue susceptible de corriger les actuelles pénuries de main-d'oeuvre. Chaque année, la réserve navale recrute en moyenne entre 400 et 500 matelots de 3e classe et 100 élèves-officiers. Chacune des divisions de la réserve navale a à son emploi un recruteur à plein temps; toutefois, ce dernier ne se trouve pas en permanence au NCSM Unicorn. Les contingents de recrutement sont normalement distribués en août de chaque année. La Division assume la responsabilité d'établir le contact initial, de voir à ce que la demande soit remplie et de suivre le déroulement du processus avec le Centre de recrutement des Forces canadiennes. Au Centre, on voit à la sélection en fonction de l'état de santé, du résultat de la vérification approfondie de la fiabilité, et ainsi de suite. Ce processus peut prendre parfois jusqu'à quatre mois. Il est arrivé que le processus se retrouve dans un goulot d'étranglement à cause des formalités médicales.

Le NCSM Unicorn entretien de bonnes relations de travail avec le Centre de recrutement des Forces canadiennes et nous essayons de tenir compte de leurs besoins, dans la mesure du possible, et nous allons même parfois jusqu'à détacher du personnel pour les aider, lorsqu'il y a un goulot d'étranglement, aux frais de notre unité.

Un recrutement plus intensif pourrait combler les lacunes en termes de personnel subalterne, mais le vrai problème se pose au niveau du personnel plus expérimenté chez les cadres intermédiaires. Je fais référence encore une fois au grade de lieutenant, pour les officiers et de matelot-chef et de maître 2e classe pour les membres du rang. Il sera encore plus important de maintenir cet effectif au fur et à mesure que la génération du baby boom prendra sa retraite, ce qui contribuera encore davantage au resserrement de l'effectif. Ainsi, les Forces dans leur ensemble vont se retrouver en compétition avec le secteur privé pour recruter ces personnes.

Une étude réalisée au cours des cinq dernières années montre que le taux de maintien de l'effectif frôle 70 p. 100 la première année, pour le nombre de recrues acceptées chaque année dans la réserve navale. Après trois ans, ce taux chute à environ 56 p. 100. Après six ans, le taux de maintien de l'effectif tombe à 36 p. 100. Lorsque nous arrivons à les garder plus de six ans, les recrues ont tendance à rester.

Les conclusions générales de ce groupe de travail peuvent se résumer en cinq principales raisons pour lesquelles les militaires quittent la réserve navale.

La première est l'absence de poste ou de formation intéressante. Cela vise la formation à part les activités normales d'instruction. Par exemple, le manque de ressources dans l'unité pour nous permettre de maintenir les niveaux de compétence à jour et le manque de postes vacants sur les bâtiments empêchent de nombreux réservistes d'acquérir une expérience utile.

Deuxièmement, il y a un conflit avec les employeurs civils. Il est fréquent que les membres aient de la difficulté à trouver des cours qui se donnent durant les heures où ils sont libres.

Les raisons trois et quatre ont un rapport avec de soi-disant lacunes au niveau du leadership, à l'échelle locale et de l'organisation. Ces raisons comprennent notamment une bureaucratie excessive, que l'on considère lente et insensible aux besoins des réservistes. Quant aux lacunes reprochées aux chefs locaux, elles peuvent pour la plupart être attribuées à un manque ou une absence de communication.

Et enfin, la cinquième raison évoque les changements dans la situation familiale, c'est-à-dire que les responsabilités familiales du réserviste entrent en conflit avec les besoins du service.

À la lumière de ces résultats, le groupe de travail a fait les recommandations suivantes: premièrement, s'assurer que tous les réservistes aient la possibilité de suivre une formation à la fois pratique, stimulante et opportune. Les cours organisés, après la formation initiale, doivent être raccourcis ou fragmentés en modules qu'un réserviste pourra facilement compléter durant des vacances ou des périodes de congé accordées par son employeur civil.

La réserve navale a déjà amorcé ce processus avec l'utilisation des trousses d'instruction à distance — essentiellement, ce sont des cours par correspondance dispensés par l'École navale de Québec au moyen de manuels et de trousses d'enseignement téléchargeables.

La formation au sein même de l'unité bénéficie de l'utilisation du matériel disponible dans les divisions de la réserve navale, comme les canots pneumatiques à coque rigide et d'autres petites embarcations qui sont utilisées à la fois par les maîtres d'équipage et les mécaniciens. Par exemple, les équipages des petites embarcations du NCSM Unicorn s'entraînent sur la rivière Saskatchewan-Sud et dans des lacs aux quatre coins de la province.

Des efforts sont faits au quartier général et dans les unités en vue d'améliorer l'efficacité de la gestion et de la communication. Ces efforts visent notamment à s'attaquer à des questions comme la lourdeur administrative au quartier général et l'habilitation plus poussée des chefs à l'échelle locale.

Voici un exemple du matériel que nous utilisons avec le NCSM Unicorn: le canot pneumatique à coque rigide, un Zodiac Hurricane de 16 pieds et un radeau pneumatique Beaufort pour 20 personnes.

La formation à distance — ou les cours par correspondance — est dispensée par l'École navale de Québec par l'entremise de son site Web, et les instructeurs téléchargent les manuels, les ressources et les examens.

Le système actuel de formation assistée par ordinateur ou FAO n'a jamais vraiment marché dans notre unité en raison de problèmes avec le logiciel. La formation à distance sera encore améliorée grâce aux cours de FAO qui seront donnés dans le cadre de la mise en oeuvre du Réseau d'apprentissage de la Défense, ou RAD, qui permettra au personnel d'avoir accès aux ressources de formation par Internet à la division de la réserve ou à la maison. Un nouveau simulateur informatisé sera mis à notre disposition pour la formation des officiers des opérations maritimes de surface et des opérateurs d'équipement d'information de combat.

En résumé, la réserve navale essaie de trouver des moyens de combler la pénurie de main-d'oeuvre, non seulement en augmentant le nombre de recrues, mais aussi en prenant des mesures pour corriger les insatisfactions à l'origine du départ de membres qualifiés. La nécessité d'accroître l'effectif de la réserve navale tout en conservant le personnel qualifié que nous avons déjà devient encore plus cruciale alors que le bassin de main-d'oeuvre disponible se raréfie, ce qui risque d'intensifier la course future en vue de recruter du nouveau personnel.

Captc Mushanski: Honorables sénateurs, j'ai aujourd'hui le privilège de vous présenter le budget et le financement de la réserve navale tels qu'ils s'appliquent à une unité de la réserve navale comme celle du NCSM Queen.

Pour commencer, permettez-moi de vous donner un aperçu de mon unité. Le NCSM Queen existe depuis 1924 et n'a connu d'interruption que durant une courte période entre 1967 et 1978 en raison de l'intégration et de la réduction des effectifs des Forces canadiennes. Principaux représentants de la marine dans une ville traditionnellement vouée à la Force terrestre, les membres de l'unité sont au nombre de 55 sur une possibilité de 89 postes autorisés. Ceci fait de nous une petite unité parmi les 24 unités de la réserve navale de tout le Canada.

Notre unité a une nature transitoire, parce que nos membres sont des étudiants qui quittent la province pour étudier à l'université ou pour entrer sur le marché du travail. Toutefois, notre taille n'affecte en rien notre détermination à participer et à contribuer aux tâches opérationnelles et aux engagements qui nous sont donnés par le commandant du Commandement maritime, le vice-amiral Buck.

Ici, à Regina, l'équipage du bâtiment a de l'instruction les mardis soirs et de temps en temps la fin de semaine, il se rend à l'extérieur de la province, surtout à Esquimalt, en Colombie-Britannique, pour du perfectionnement. Nous participons aussi à divers événements communautaires et à des cérémonies dans la ville.

Chaque commandant de la réserve navale se voit allouer par le Quartier général de la Réserve navale, le QG RESNAV, un budget qui lui permet de s'acquitter de ses engagements. Ce soir je vais mentionner un certain nombre de points en rapport avec le budget, notamment comment il fonctionne, comment les fonds sont affectés au sein de mon unité, comment je surveille les dépenses et si le financement est suffisant pour répondre à mes besoins.

Le cycle budgétaire commence le 1er avril de chaque année, date à laquelle les fonds sont déposés dans un compte bancaire ou attribués à un codage financier pour l'unité. Ce montant a été déterminé au cours du mois d'août précédent. En mai et juin, chaque unité reçoit une lettre d'appel pour l'exercice financier suivant dans laquelle on donne des instructions et une orientation stratégique destinée à faciliter l'élaboration et la présentation du plan de capacité de l'unité. Les plans de capacité sont ensuite transmis au QG RESNAV en août et septembre pour être examinés et approuvés.

Même s'il est continuellement surveillé par l'officier responsable du budget de l'unité par l'entremise du Système de comptabilité financière et de gestion, le SCFG, l'examen du budget de novembre est la première occasion offerte aux unités qui désirent obtenir des redressements. Cet exercice comprend notamment la détermination de tout excédent budgétaire qui peut être retourné au QG RESNAV ainsi que la justification en vue d'une réaffectation de fonds destinés à combler tout déficit établi par l'unité.

Habituellement, le NCSM Queen détermine les excédents qui sont réaffectés en janvier. Les excédents et les déficits peuvent être déterminés à tout moment, même s'il devient impossible de corriger les déficits lorsque la fin de l'exercice approche. Le mois de mars marque la clôture de l'exercice financier.

Le NCSM Queen a obtenu un budget de fonctionnement de 256 000 $ pour le présent exercice. Ce montant a très peu varié au cours des dernières années, avec des augmentations mineures de l'ordre de 2 à 5 p. 100 pour suivre l'évolution des salaires et du coût de la vie, et des diminutions dues à des réaffectations ou compressions budgétaires mineures internes au QG RESNAV.

Environ 90 p. 100 de notre budget est consacré aux salaires et avantages sociaux, et le pourcentage qui reste va aux déplacements, à la location de locaux, aux frais de scolarité pour les cours dispensés par des civils et à des subventions. Le budget pourrait se ventiler comme suit: 233 000 $ pour les salaires et allocations; et 23 000 $ pour les autres frais, pour un total de 256 000 $.

Si on décide de le ventiler différemment, la majorité de nos fonds sont dépensés pour l'instruction et le soutien à la formation. Le capitaine de corvette Chow l'a mentionné dans son exposé. Nos dépenses comprennent notamment la direction générale, c'est-à-dire le salaire du commandant, du commandant en second, du premier maître 1re classe, des autres chefs de service et du soutien administratif, autrement dit le recrutement, la gestion budgétaire et les affaires publiques ainsi que les programmes autorisés par le gouvernement surtout des cérémonies comme le défilé du Jour du Souvenir.

Pour le présent exercice, l'affectation des fonds du NCSM Queen s'est effectuée comme suit: instruction de nos membres à temps partiel, 102 000 $; direction générale, qui comprend tout le personnel à temps plein, 100 000 $; programmes autorisés par le gouvernement, 13 000 $; soutien administratif, 38 000 $; et subventions 3 000 $, pour un total de 256 000 $.

Habituellement, le financement qui nous est accordé est suffisant, l'effectif réel de notre unité étant de 55 membres environ et l'effectif présent au rassemblement se situant autour de 35 membres. À tout moment, un tiers de mon équipage est inscrit à des cours, occupe des postes opérationnels sur des navires de défense côtière ou est en congé prolongé. L'automne dernier, six autres de nos membres ont été déployés, pratiquement sans préavis, dans le cadre de l'Opération APOLLO.

Si l'effectif complet devait se rassembler à Regina, les fonds affectés seraient insuffisants. Le faible nombre de membres au rassemblement nous permet d'envoyer davantage de personnes suivre des cours de perfectionnement professionnel et de mettre davantage l'accent sur le recrutement. Par contre, nous devons surveiller étroitement les frais de déplacement de l'unité. Étant donné que Regina n'est pas une plaque tournante pour le transport, les billets d'avion sont chers, surtout lorsqu'on les achète à la dernière minute.

Notre unité reçoit aussi une petite allocation financière de notre base de soutien, la 17e Escadre Winnipeg. Ces sommes servent à couvrir les frais de location de machines de bureau, l'entretien des véhicules, le carburant pour les véhicules et les bateaux et les fournitures de bureau. Nous recevons environ 14 000 $ par année. Ce budget fait l'objet d'une surveillance beaucoup plus étroite étant donné qu'il suffit à peine à nos besoins. Dans plusieurs cas, nous avons dû demander un financement additionnel de la part du QG RESNAV lorsque l'allocation fournie par la 17e Escadre s'est révélée insuffisante.

Le processus budgétaire et l'affectation des fonds fonctionnent bien à l'intérieur de mon unité à l'heure actuelle. Le nouveau processus lié au plan d'activités m'a donné une certaine latitude concernant l'utilisation des fonds qui me permet de maximiser les avantages pour les membres de l'unité. Peut-être que tous les commandants ne seront pas d'accord avec moi, mais je trouve que dans la mesure où je tiens compte du mandat qui nous est confié et que je m'assure que les dépenses sont justifiées en fonction de ce mandat, le financement n'est pas un problème pour le NCSM Queen.

Voici qui conclut mon exposé. Je répondrai avec plaisir à vos questions ou à vos demandes d'éclaircissements sur les points que j'ai présentés ce soir.

Le président: Merci beaucoup, capitaine de corvette. Major Green, j'ai l'impression que cet exposé n'est pas représentatif.

Maj Green: Mon propre exposé portera sur trois aspects: le matériel et l'instruction, le recrutement et ce que j'appellerai le «Nord vrai». Je vais utiliser une approche qui n'est peut-être pas très orthodoxe pour faire mon exposé. J'ai pris connaissance des témoignages qui sont affichés sur votre site Web. Je ne pense pas que je pourrais concurrencer les excellents rédacteurs qui m'ont précédé ou même ce que j'ai entendu de la part de mes homologues de la réserve navale.

Aussi, j'ai choisi plutôt de m'en remettre à la devise de mon unité qui est en l'occurrence «Esprit d'initiative» pour vous présenter une métaphore, une comparaison directe entre les problèmes de la Réserve des Forces canadiennes et le hockey. Ces opinions sont les miennes et ne reflètent pas nécessairement la politique des Forces canadiennes, même si je ne dirai rien qui ne soit déjà venu aux oreilles de la chaîne de commandement.

Permettez-moi de vous dire avant de commencer que je suis très honoré de comparaître devant vous.

Est-ce que vous reconnaissez la personne sur cette photo?

Le président: Si ce n'est pas Frank Mahovlich, j'ai bien peur de ne pouvoir reconnaître aucun autre joueur de hockey.

Maj Green: Par contre, vous avez la bonne équipe. Il y a un lien avec l'équipe de Toronto, comme vous pouvez le voir. Il s'agit d'un joueur du Toronto Maple Leafs. J'ai rencontré ce monsieur lorsque j'avais 14 ans. Il tenait une salle de billard à Moose Jaw. Il s'appelle Ken Doraty. C'était un ailier droit, il mesurait cinq pieds sept pouces et pesait 133 livres au sommet de sa forme. Son surnom était «Mighty Atom». Même s'il était de petite taille, il était réputé pour son jeu énergique et même frénétique.

Je me plais à voir la Réserve des Forces canadiennes un peu de cette manière. Nous sommes de petite taille, moins de 15 000 personnes, mais nous déployons une activité frénétique. Nous participons à une mission des Nations Unies, nous sommes incorporés dans les forces de l'OTAN, nous collaborons aux activités de l'alliance ainsi que bien sûr à des opérations intérieures comme les interventions lors d'inondations, de tempêtes de neige, et ainsi de suite.

Non contents d'occuper des emplois à temps plein dans le civil, mes soldats passent leurs temps libres durant les fins de semaine et les vacances dans la force de réserve.

Mais, parlons un peu de Ken. La carrière professionnelle de Ken Doraty s'est déroulée sur une période de 15 ans entre 1925 et 1939. On l'a invité quatre fois à venir jouer dans la ligue professionnelle de hockey, la LNH, avec les Blackhawks, deux fois avec Toronto, et avec Detroit. Il a joué 105 parties et a récolté 16 buts et 25 passes. Je vous mentionne cela parce qu'il n'était pas très productif, mais plutôt frénétique. Il jouait en moyenne sept parties par année dans la LNH. On l'a renvoyé au club-école pas moins de 12 fois.

Si vous voyez le tableau, ce monsieur alterne entre le jeu presque à plein temps dans le hockey professionnel et à temps partiel dans le club-école. En règle générale, on ne faisait appel à lui que lorsqu'il y avait des blessés dans les premières et secondes lignes des équipes de la Ligue nationale de hockey, et même alors, c'est triste à dire, mais il réchauffait le banc la plupart du temps.

Quel rapport avec les réserves? Les réservistes attendent qu'on les appelle pour les incorporer dans le service à plein temps. Ken pouvait se prévaloir de son contrat qui lui permettait de passer sans peine de la LNH aux clubs-écoles. Il conservait son poste, qu'il joue pour la Prairie Hockey League, l'American Hockey League, l'International Hockey League ou la Pacific-Central Hockey League. Lorsqu'on faisait appel à lui, le club-école lui gardait sa place qui lui était garantie par son contrat et par la loi.

Malheureusement, les choses sont différentes pour les soldats de la réserve qui quittent leur emploi pour des périodes pouvant atteindre neuf mois afin de participer à des missions à temps plein à l'appui du Canada.

Il me semble que si Ken, le joueur de hockey des années 30, pouvait passer de son travail professionnel à temps plein à son travail à temps partiel dans le club-école, nous devrions être capables de concevoir une entente entre les employeurs civils des années 2000 qui garantirait la sécurité d'emploi à nos réservistes pendant qu'ils font leur travail.

Ken est demeuré célèbre à cause d'un événement isolé. Il a joué durant la partie la plus longue qui se soit jamais déroulée dans toute l'histoire de la LNH au Canada. La partie a duré plus de 170 minutes et a comporté 6 prolongations. Ken est resté sur le banc du Toronto durant les trois premières prolongations, mais on l'a finalement laissé jouer lorsque l'équipe a commencé à être essoufflée.

Jetons un coup d'oeil à l'équipement de Ken et à sa détermination. Que voyons-nous? Voici l'équipement de Ken juste devant vos yeux. Vous remarquerez qu'il a une paire de patins, des protège-tibias et un bâton de hockey. Il porte le même équipement que ses coéquipiers, prêt à faire son travail.

Que se passera-t-il si nous lui donnons plutôt cet équipement-ci? Pourra-t-il faire son travail? C'est une question de pure forme. Je ne pense pas que Ken puisse faire son travail avec cet équipement; ce n'est pas l'équipement qu'il lui faut. Qu'est-ce qui ne va pas avec cet équipement? Et bien, il ne respecte pas les normes; il est trop petit; ce n'est pas le bon type d'équipement.

Que se passera-t-il si je lui donne cet équipement? J'en ai deux différents ici. Que pensez-vous de ceci? Il est beaucoup plus cher, mais dans ce cas aussi, ce n'est pas le bon équipement pour un ailier droit.

Qu'en est-il des réserves? En ce moment, nous sommes à la recherche d'un rôle et nous avons besoin de l'équipement qui convient pour ce rôle. Nous voulons faire l'équipe. Êtes-vous d'accord avec moi qu'il est préférable de connaître d'abord le rôle que l'on est appelé à jouer et de chercher ensuite quel équipement conviendra le mieux? Quel est ce rôle? Aujourd'hui, il consiste à défendre le Canada, à défendre ses intérêts à l'étranger, à honorer nos alliances et à effectuer des opérations de maintien de la paix et d'autres à l'échelle nationale.

De quoi avons-nous besoin? Je pense qu'il nous faut une force combattante mécanisée qui nous permettrait d'accomplir toutes ces tâches. Toutefois, si l'on s'entraîne uniquement pour les missions de maintien de la paix, alors on se trouve à fixer les limites de son rôle. À mon avis, il est préférable de se préparer au pire et de réduire par la suite le rythme de l'instruction, s'il le faut, plutôt que d'essayer de rattraper le rythme et de se rééquiper en temps de crise. Équipez-nous pour que nous puissions faire notre travail au côté de nos collègues des forces régulières et nous ferons partie de l'équipe.

Prenons les modèles qui existent actuellement aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Israël, en Russie et dans les autres nations. Tous ces pays ont intensifié leur capacité de force combattante en favorisant une formation et un équipement semblable dans les forces de réserve et dans les forces régulières.

Recrutement: Ken jouait dans une ligue locale où tous et chacun pouvaient se joindre au jeu. Tous n'ont pas été repêchés par la Prairie Hockey League, que l'on appelle maintenant la Western Hockey League, ou encore par la LNH, mais tous jouaient et portaient sensiblement le même équipement.

Toute personne jouissant d'une assez bonne santé devrait pouvoir faire partie de la réserve. Nous avons adopté dans les Forces canadiennes une éthique culturelle en vertu de laquelle nous nous efforçons d'éviter les responsabilités à tout prix. Nous empêchons certains de nos meilleurs candidats qui sont étudiants au secondaire, à l'université, ou qui travaillent, de participer à la défense de leur pays.

En cas de crise, nous aurons sûrement besoin de ces gens, alors préparons-nous dès maintenant à les recruter et à les former. Ceci nous permettrait de compter sur du personnel qualifié et prêt à s'engager dans la catégorie ainsi déterminée. Donc, nous aurions du personnel dans la catégorie prêt au déploiement qui pourrait partir à outre-mer immédiatement.

Le Canada pourrait donc ainsi compter sur ses propres Forces canadiennes parce que vos fils et vos filles et vos petits-enfants montreront leur détermination à servir leur pays en participant aux forces de réserve, alors qu'ils ne pourraient pas le faire autrement.

En dernier lieu, j'aimerais attirer votre attention sur le «Nord vrai» et pour cela, regardons un peu ce schéma d'une patinoire. Je me sens un peu comme Howie Meeker. Est-ce que quelqu'un pourrait dire que nous devrions nous préoccuper uniquement de cette partie de la patinoire? D'autres pourraient dire qu'ils ne sont pas d'accord et qu'il se passe quelque chose d'important ici; et que notre engagement va au-delà de cela. Il est certain que nous voulons nous porter à la défense de ce secteur, parce que c'est le nôtre, mais nous voulons aussi avoir une influence sur le reste de la patinoire.

Il en va de même avec la réserve. Nous voulons défendre notre secteur, notre but, nous voulons avoir une influence sur le reste de la patinoire et nous ne voulons laisser aucun secteur sans protection. De la même manière, si nous ne prenons pas au sérieux notre engagement à protéger notre espace aérien, terrestre et maritime, quelqu'un d'autre le fera pour nous. Si nous voulons avoir de l'influence, de l'impact et affirmer nos droits nationaux, nous ferions mieux de nous préparer à vivre dans le Nord. Une tâche excellente à entreprendre consisterait à former les réserves en vue d'une participation dans l'Arctique. Des unités de la réserve pourraient s'en acquitter et nous préserverions notre qualité d'État en agissant ainsi.

En conclusion, nous avons besoin d'une vaste réserve, bien équipée et dotée d'un rôle actif à l'appui du Canada. Nous pouvons atteindre cet objectif en accroissant notre force combattante et en recrutant davantage de Canadiens afin de nous assurer que le Canada demeure un pays fort et viable ayant une influence dans le monde.

Une dernière chose, juste avant de conclure — Ken a compté le but gagnant. Il a quitté le banc pour venir compter ce but et les Toronto Maple Leafs ont pu remporter les séries semi-finales lors de cette cinquième partie, et participer aux finales de la Coupe Stanley.

Le président: Merci beaucoup, Major. Vous me mettez un peu dans l'embarras en tant que président. Habituellement, lorsqu'il y a des pièces, nous les joignons au texte de l'exposé.

Je vais demander aux sténographes qui préparent le texte s'il serait possible d'insérer dans la transcription que nous avons vu une paire de patins, un bâton de hockey, des protège-tibias, des jambières de gardien de but, ce qui ressemblait à un bâton de la crosse, une paire de patins de fantaisie, le schéma d'une patinoire et la photographie du joueur de 135 livres, Ken Doraty.

Lcol Penner: J'aimerais tout d'abord remercier le comité sénatorial de m'avoir invité à venir vous donner un aperçu de la Force terrestre de réserve en Saskatchewan.

Je tiens à préciser que j'exprime mes opinions et mes points de vue personnels. Ces opinions sont le fruit de 35 années de service dans l'armée de réserve, puisque je me suis enrôlé en 1968 dans la 20e Compagnie médicale du Corps de santé royal canadien, qui a été retiré de l'ordre de bataille durant l'unification et la réduction des effectifs de l'armée en 1970.

À partir de là, j'ai été muté dans le North Saskatchewan Regiment où j'ai eu des promotions jusqu'au grade de commandant.

J'aimerais vous parler de «La présence dans nos collectivités». Selon moi, il s'agit de l'aspect le plus visible des Forces canadiennes; c'est le moyen par excellence pour obtenir un rapprochement entre le grand public canadien et les forces.

Nous, les réservistes, représentons les Forces canadiennes aux yeux du public canadien, et tout particulièrement dans la Saskatchewan où j'ai grandi. Cette situation s'explique surtout par la présence limitée de toute force régulière dans la province, mis à part les Snowbirds et la base d'entraînement de Moose Jaw.

La Saskatchewan est l'une des deux provinces où il n'y a aucune base importante des Forces canadiennes; l'autre est l'Île-du-Prince-Édouard. Il appartient donc aux deux réserves, celle de la Force terrestre et de la marine, de représenter les Forces canadiennes lors d'événements comme le jour du Souvenir et l'ouverture de la législature, de même que lors d'activités communautaires ou organisées par des oeuvres de bienfaisance comme Habitat for Humanity et le relais de 24 heures organisé pour le Saskatchewan Abilities Council.

En ma qualité de commandant, je ne pourrais pas refuser de participer aux services de commémoration du jour du Souvenir, mais je dois parfois refuser ou réduire notre participation à d'autres événements où nous sommes invités à collaborer ou à donner notre appui.

J'ai la chance d'avoir au sein de mon unité un corps de cornemuses qui s'occupe de la plupart des activités liées à La présence dans nos collectivités. Le corps de cornemuses est surtout actif en été, il se déplace dans les villes et les campagnes de la Saskatchewan pour se produire lors d'événements comme la Fête du Canada, lors des foires et des défilés. Ce corps est formé de 3 membres rémunérés — ils étaient 14 en 1995 — qui sont accompagnés d'une section de 35 cornemuseurs et tambours. Ces bénévoles doivent emprunter des chemises vertes d'anciens membres afin de pouvoir défiler dans le même uniforme. Voilà la situation des Forces canadiennes dans la Saskatchewan rurale.

La mission de la 38e Brigade est de former des soldats en plus de toutes les autres tâches qui lui incombent comme les activités de La présence dans nos collectivités, le recrutement et l'administration que les commandants d'une unité de la réserve doivent effectuer. Voilà une mission extrêmement difficile à accomplir de nos jours avec le budget annuel de 37 jours par soldat qui nous est attribué pour l'instruction seulement.

Ces contraintes nous forcent à surveiller étroitement les dépenses afin de tirer le meilleur parti possible des sommes qui nous sont confiées. Au cours de la dernière année d'instruction, notre unité a dépensé environ 25 000 $ ou 217 journées-personnes pour les activités liées à la présence dans les collectivités. Comprenez-moi bien, je considère que ces activités de présence dans les collectivités sont des priorités très importantes. Sans elles, le citoyen moyen ignorerait tout de notre existence.

Sans cette exposition au public, les réserves se couperaient de leur capacité de recrutement, notre principe vital. C'est en effet de là que proviennent nos futurs soldats. Sans les collectivités, nous n'existerions pas. Par ailleurs, nos soldats prennent plaisir à ces tâches et sont très heureux d'arborer fièrement l'uniforme dans leur collectivité, là où les membres de la réserve de la Force terrestre vivent et travaillent.

On croit souvent que l'argent est la solution à tous les problèmes; et en règle générale, c'est vrai. Mais encore là, parfois, la reconnaissance du public, du gouvernement et du haut commandement du rôle vital que nous jouons pourrait contribuer énormément à apaiser les frustrations des soldats durant cette période de compression financière et d'accélération du rythme des opérations.

Lcol King: Honorables sénateurs, je suis membre de l'armée de réserve depuis 16 ans et aujourd'hui j'ai le privilège de venir vous entretenir de mes réflexions concernant l'impact que le rythme accéléré des opérations peut avoir sur une unité de réserve comme le Royal Regina Rifles.

Je vais d'abord vous décrire brièvement notre régiment: nous sommes une unité d'infanterie légère qui perpétue un certain nombre d'unités du sud de la Saskatchewan qui existent depuis une centaine d'années. Notre effectif approximatif pour les 10 dernières années varie entre 80 et 100 membres, dont 10 p. 100 sont en congé, 10 à 20 p. 100 participent à des opérations et le 60 p. 100 qui reste est sur le terrain pour s'entraîner dans son unité.

Voici les caractéristiques démographiques du soldat moyen dans notre unité: un carabinier — un soldat dans un régiment de carabiniers — est habituellement un étudiant du secondaire dont la seule source de revenu provient de sa participation à l'armée de réserve. Le sous-officier subalterne moyen ou élève-officier jusqu'au grade de lieutenant, peut être un étudiant de niveau universitaire et/ou un travailleur à temps partiel. L'armée de réserve représente la principale source de revenu de ce soldat, et les frontières ne sont pas étanches entre le service à temps partiel dans notre unité et les incorporations à temps plein. Les sous-officiers supérieurs moyens et les capitaines jusqu'au lieutenant colonel sont habituellement employés à temps plein et sont chefs de famille.

On reconnaît de façon générale que le rythme des opérations s'est accéléré au sein de la force terrestre. On reconnaît également que les réservistes jouent un rôle croissant dans ces opérations en termes de quantité ainsi qu'en ce qui concerne la fréquence avec laquelle ils sont appelés en renfort de la force régulière. Cette situation a une incidence marquante sur les unités d'appartenance de ces soldats.

J'ai mentionné qu'au cours de la dernière décennie ou à peu près, une moyenne de 10 à 20 p. 100 de nos soldats avaient été détachés de notre unité pour se joindre à des opérations. À l'heure actuelle, 11 de nos soldats sont en Bosnie et participent à ROTO 11. Cinq autres sont en détachement et suivent l'instruction en vue d'être déployés dans le bataillon qui ira les remplacer avec ROTO 12.

Qui sont ces 16 soldats du Royal Regina Rifles? Pour la plupart, il s'agit de nos carabiniers les plus compétents, de sous-officiers subalternes et de sergents et lieutenant nouvellement promus. Rares sont ceux qui sont déjà établis dans la collectivité, c'est-à-dire qui ont fondé une famille ou amorcé une carrière dans le civil. Ces départs pratiquent une brèche importante dans notre effectif de chefs subalternes. Même s'ils ne représentent que de 10 à 20 p. 100 de notre unité, ce pourcentage correspond à plus de 50 p. 100 des chefs subalternes dont nous disposons actuellement. À un moment où l'on s'efforce d'accroître l'effectif dans l'armée de réserve, notre unité voit sa capacité de recrutement, d'instruction et de maintien de l'effectif amoindrie en raison des opérations qui se déroulent actuellement.

L'unité de l'armée de réserve contribue à attirer de nouvelles recrues éventuelles. Il est bien connu que nos réservistes relativement nouveaux et jeunes recrutent de nombreux soldats. À part les soldats de mon unité, je connais très peu de jeunes gens. C'est la même chose pour la plupart de nos chefs supérieurs. Par conséquent, nous comptons sur nos jeunes soldats pour servir de recruteurs non officiels. Ce sont les équipes de recrutement les plus efficaces et les plus actives, malgré leur rôle non officiel, parce que nos jeunes soldats sont beaucoup plus branchés sur les intérêts de nos recrues éventuelles.

Les soldats de la réserve qui posent leur candidature volontairement et qui sont acceptés pour les opérations sont habituellement nos meilleurs agents de recrutement. Par conséquent, en accélérant le rythme des opérations, on réduit par le fait même la capacité de notre unité d'attirer de nouvelles recrues.

La formation de l'infanterie, qu'elle soit de réserve ou régulière, nécessite beaucoup de personnel. Il existe de nombreuses compétences techniques individuelles dans l'infanterie, mais un très petit nombre de ces compétences peuvent être mises à l'épreuve sans la direction et la supervision de sous-officiers et d'officiers subalternes chargés de faire en sorte que l'instruction soit sans danger et efficace. Par exemple, tirer avec une arme peut sembler un acte individuel, mais l'instruction technique et la supervision pour des raisons de sécurité sont absolument nécessaires. L'instruction de l'infanterie est pour une bonne part collective et axée sur le travail d'équipe. Nous vivons, suivons l'entraînement et combattons collectivement dans des groupes constitués.

Avec un pourcentage important de nos chefs subalternes qui se retrouvent fréquemment sur le théâtre d'opérations, notre capacité à organiser de l'instruction collective se trouve réduite, que ce soit à l'intérieur de l'unité ou en combinaison avec d'autres unités de la réserve dans notre brigade. Avec une diminution en quantité et en qualité de l'instruction collective, on note également une détérioration au chapitre de l'instruction et du perfectionnement professionnel de nos chefs supérieurs.

Les cours d'instruction régulière individuels comme la Qualification militaire de base pour les recrues, l'instruction de qualification de l'infanterie, l'instruction des chefs subalternes et ainsi de suite nécessitent tous beaucoup de main- d'oeuvre. La majorité des instructeurs cadres pour les cours que suivent nos soldats proviennent de bataillons d'infanterie de la force régulière et d'unités d'infanterie de la réserve. Les bataillons d'infanterie de la force régulière semblent avoir adopté le cycle régulier suivant: instruction en vue d'un déploiement sur le théâtre des opérations, déploiement et reconstitution.

Si on combine ce cycle apparent d'accélération du rythme des opérations de la force régulière avec les pénuries de personnel, il est évident qu'elle doit puiser dans les réserves pour obtenir du renfort sur le théâtre des opérations. C'est la raison pour laquelle les unités de la force d'infanterie sont de moins en moins capables de jouer le rôle qu'elles jouaient dans le passé qui consistait à fournir des instructeurs et du personnel d'état-major chargés de dispenser les cours d'instruction aux réservistes.

Même si la solution la plus simple au manque de fantassins de la force régulière pour venir aider à former les réservistes pourrait être d'utiliser davantage de réservistes, cette situation présente des difficultés. En effet, un pourcentage significatif de ces réservistes qui ont l'instruction, le grade et la disponibilité qui conviennent ont déjà été appelés en renfort des bataillons de la force régulière sur le théâtre des opérations. Par conséquent, l'accélération du rythme des opérations handicape notre capacité de former les réservistes.

Le maintien des effectifs ou le soi-disant roulement élevé ou taux de libération élevé des soldats de la réserve a toujours été un problème. Bon nombre des facteurs historiques ayant contribué aux problèmes de maintien des effectifs ont été résolus. Par exemple, il était courant que les réservistes éprouvent des problèmes de rémunération qui privaient certains soldats malchanceux de leur solde durant des mois. Il s'agit d'un facteur contributif dont on comprend aisément pourquoi il finissait par entraîner de l'insatisfaction et finalement, la libération du soldat. À ma connaissance, ces problèmes de rémunération sont maintenant chose du passé.

Par ailleurs, on reconnaît généralement que de récentes améliorations apportées aux taux de salaire et aux avantages sociaux sont des facteurs positifs dans le maintien de l'effectif. Certains problèmes à ce chapitre ont toutefois un lien avec les questions de recrutement et d'instruction que nous venons de mentionner. Un pourcentage assez élevé de candidats ne deviennent jamais des recrues. À ma connaissance, moins de 50 p. 100 des candidats réussissent à franchir toutes les étapes du processus du Centre de recrutement des Forces canadiennes et finissent par être intégrés. Les statistiques à jour dans mon unité, en date d'aujourd'hui, parlent d'environ 25 p. 100.

Les candidats qui ont été assez patients pour suivre tout le processus se heurtent ensuite aux contingents qui sont établis en fonction du nombre d'instructeurs disponibles pour former les recrues. Les instructeurs pour ces cours sont majoritairement des chefs subalternes, et comme nous l'avons déjà mentionné, il y en a de moins en moins, aussi le maintien de l'effectif souffre de l'accélération du rythme des opérations.

En résumé, il est ressorti de mes discussions avec mes homologues des autres unités que notre régiment n'est pas le seul à devoir affronter les défis que représente la planification de la relève. Beaucoup d'unités de la réserve éprouvent des difficultés à former des chefs supérieurs, qu'il s'agisse de commandants ou de sergents-majors de régiment. Même si l'on reconnaît l'existence d'un certain nombre de facteurs environnementaux, ils n'excluent pas les problèmes déjà mentionnés résultant des opérations.

En conclusion, j'aimerais que vous n'interprétiez pas mal mes commentaires. Nos jeunes soldats sont désireux de participer aux opérations, ils veulent vivre l'expérience et, en toute sincérité, bon nombre d'entre eux ont besoin de l'emploi. Ils ne sont pas différents de beaucoup de leurs homologues de la force régulière à cet égard. En tant que régiments, nous voulons les envoyer.

Nos militaires actifs, nos anciens militaires et tout particulièrement nos vétérans, sont fiers d'eux et que notre régiment ait répondu à l'appel encore une fois. Nous voulons soutenir nos homologues de la force régulière en venant en renfort de leurs effectifs avec nos soldats bien entraînés, que ce soit sur une base individuelle ou dans des formations. Nous reconnaissons qu'il s'agit là de l'une de nos raisons d'être. Je pense que l'on doit reconnaître que l'accélération du rythme des opérations imposée à nos homologues de la force régulière a aussi une incidence sur nous.

Je vais sortir un peu de mes notes pour vous dire que si un génie m'accordait trois souhaits pour la réserve et notre unité, je réglerais les problèmes de recrutement, je ferais en sorte que les bataillons de la force régulière, les bataillons d'infanterie, atteignent leur plein effectif afin qu'ils ne viennent pas nous dérober des membres et qu'ils puissent nous aider avec l'instruction et je procéderais à une restructuration de l'armée de réserve, je la financerais, je l'équiperais et je l'organiserais afin quelle puisse s'acquitter de rôles, de missions et de tâches qui lui conviennent et qui sont accessibles.

Le sénateur Wiebe: J'ai beaucoup apprécié vos commentaires. J'ai eu l'occasion de faire la connaissance de chacun d'entre vous ainsi que des hommes et des femmes qui forment vos unités de réserve. Par conséquent, je ne prendrai pas trop de temps à poser des questions parce que je connais déjà pas mal des réponses après les discussions que j'ai eues avec certains de vos collègues.

Mais j'aimerais d'abord faire un commentaire. Major Green, je pense que vous avez décrit d'une façon très imagée la valeur véritable des réservistes pour les Forces canadiennes et le Canada. Soit dit en passant, il est assez intéressant de souligner qu'à la fin de votre exposé le sénateur Atkins s'est penché vers moi et m'a demandé si j'avais écrit votre témoignage. C'est agréable de voir que ce que je dis à ce comité est renforcé par les réservistes ici présents.

L'une des choses qui me préoccupent est le recrutement, et on nous a dit que l'année dernière, dans tout le Canada et la Saskatchewan le recrutement des réservistes a remporté un franc succès. Et pourtant, chacun d'entre vous nous affirme que le recrutement représente un réel problème. Je me demande si tous les candidats qualifiés ayant présenté une demande en vue de se joindre à une unité de réserve ont été engagés.

Lcol King: Très bonne question, sénateur Wiebe. Pour l'année civile 2002, les statistiques dont je dispose aujourd'hui montrent que 50 candidats ont présenté une demande en vue de se joindre à notre unité et que leurs candidatures ont été transmises au centre de recrutement. De ce nombre, 14 ont été engagés et 17 sont encore quelque part dans le processus. Le nombre moyen de jours civils, et non de jours ouvrables, qui s'écoulent entre la présentation d'une demande et l'intégration est 108.

Lcol Penner: Mes chiffres sont sensiblement les mêmes. Nous avons éprouvé des difficultés à Saskatoon. Nous avons réussi à entrer de 30 à 40 candidatures dans le système et je n'ai assermenté que 7 candidats aux 12 postes qui m'ont été attribués. La plupart d'entre eux avaient pris de deux à trois mois pour compléter le processus.

Maj Green: Je dois surveiller mes remarques. Nous avons un problème avec le recrutement à tous les niveaux. Je suis moi-même surpris que cela vous surprenne qu'il faille en moyenne compter un délai de 100 jours pour intégrer une recrue. Même si ce ne devrait pas être aussi long, parce que j'ai même entendu notre commandant de secteur dire qu'il pensait qu'il fallait trois semaines pour engager une personne, du début à la fin.

Ils utilisent le terme «candidat propre». Je pense que nous sommes les seuls employeurs au monde pour lesquels un candidat propre est quelqu'un qui n'a jamais travaillé pour l'entreprise auparavant. Je connais d'anciens militaires qui doivent attendre 9, 10, 11 mois pour être réintégrés, et leur défaut est d'avoir déjà servi leur pays.

En ce qui a trait aux obstacles qui s'opposent au recrutement, je pense que si vous regardez ça du point de vue du marketing, si vous prenez quatre individus qui s'engagent dans un processus de recrutement et que seulement un ou deux réussissent, vous venez d'empoisonner votre bassin de recrues éventuelles. Les gens diront qu'il est inutile de tenter l'expérience. C'est ainsi que les choses se passent actuellement. Nous entendons des jeunes gens qui disent, «Ne perdez pas votre temps avec eux, ils ne veulent pas de vous». Je pense que nous devons faire un grand ménage dans notre système de recrutement. Il est irresponsable sur le plan de l'éthique et il ne répond pas aux besoins des citoyens canadiens.

Captc Mushanski: Je suis d'accord avec mes homologues. L'année dernière, on m'avait attribué un contingent de 30 personnes que je pouvais recruter dans l'organisation de la réserve navale. Sur ces 30 postes, je n'ai réussi à en combler que 13.

Une bonne partie du problème tient au fait que durant le processus de recrutement, les candidats sont éliminés principalement pour des raisons de santé. Il y a une longue liste de raisons qui expliquent pourquoi, soudainement, une personne n'est plus un candidat valable.

C'est une question importante pour moi. Il faut environ trois mois à un candidat pour franchir toutes les étapes du système. Le centre de recrutement n'est pas responsable du problème à 100 p. 100, mais il tient pour une large part à toutes les formalités administratives. Il y a tout un tas de paperasses dont il faut s'occuper.

À l'heure actuelle, l'exemple le plus frappant est la très grande pénurie d'aumôniers tant dans les Forces canadiennes que dans la réserve. Je suis sur le point d'engager un aumônier qui a fait son entrée dans le système de recrutement il y a 18 mois, et qui n'est toujours pas engagé. J'attends toujours le feu vert pour l'engager. Si ce n'était du fait que cet homme est très désireux d'entrer dans la réserve, et tout particulièrement dans la réserve navale, je pense que nous l'aurions perdu depuis longtemps.

Captc Chow: Monsieur le président, le Unicorn de Saskatoon vit une situation semblable. Elle n'est pas aussi radicale ou grave que chez mes homologues, mais nous avons aussi des goulots d'étranglement, comme je l'ai mentionné dans mon exposé. Le major Green a fait allusion à ce qu'il a appelé un «candidat propre». C'est le terme qui est utilisé dans les cercles où l'on fait du recrutement. Il peut y avoir quelque chose dans les dossiers des candidats qui retarde le processus. Toutefois, le véritable goulot d'étranglement se trouve encore, en ce qui nous concerne, à l'étape des formalités médicales. Tous les dossiers médicaux des forces doivent passer par Borden, et c'est là que se trouve le goulot d'étranglement.

Je vous répète qu'il s'agit de mon point de vue personnel, sénateurs. Peut-être que d'autres aspects m'échappent. Je ne connais peut-être pas toutes les ficelles de ce processus.

Le sénateur Wiebe: Deux mots clés: le premier est «budget» et l'autre est «contingent». J'ai l'impression d'après des remarques que vous avez faites, que vous avez présenté votre budget pour 2003 en août dernier. Quelqu'un a mentionné le mot «contingent». Qui assigne les contingents pour les nouveaux réservistes de chacune de vos unités, et pourquoi y a-t-il des contingents?

Si vous établissez votre budget en fonction de votre effectif actuel et que soudainement vous vous retrouvez avec une montagne de demandes en provenance de personnel qualifié, est-ce que votre budget sera augmenté pour l'année suivante afin que vous puissiez enrôler tous ces candidats? Deuxièmement, si nous voulons engager davantage de réservistes, pourquoi fixer des contingents?

Le lieutenant colonel King a mentionné les contingents et le capitaine de corvette a parlé du budget, alors si tous les deux vous voulez répondre à cette question.

Lcol King: Merci, monsieur. De fait, le nombre de réservistes que nous sommes autorisés à engager dans nos unités, dans notre brigade, dépend entièrement du nombre de recrues auquel nous pouvons donner l'instruction une fois qu'elles ont été engagées. Cela a à voir avec le nombre d'instructeurs disponibles pour former les recrues. Nous devions effectivement tenir compte de cette restriction. Toutefois, nous sommes toujours incapables de recruter suffisamment de nouveaux candidats pour atteindre ce chiffre déjà réduit.

Par exemple, on m'a accordé 11 postes d'après le nombre d'instructeurs qui étaient disponibles pour dispenser les cours de formation de base à venir, même si j'avais reçu tout près de 50 demandes. À la fin, moins de 11 candidats ont suivi le processus et ont été engagés.

Captc Mushanski: Notre expérience ressemble beaucoup à celle du Rifles, parce que nous devons respecter des contingents établis en fonction des instructeurs disponibles à Borden, en Ontario, où les cours de la Qualification militaire de base de la Réserve navale sont donnés actuellement. Il y a deux périodes durant lesquelles ces instructions sont données: en mai et juin et en juillet et août. Par conséquent, notre quartier général décide du nombre de personnes qui peuvent recevoir l'instruction durant ces deux périodes.

Les responsables prennent en considération le nombre de locaux, puis ils assignent ces locaux à l'ensemble du pays en fonction de la taille de l'unité et des caractéristiques de la population. Par exemple, à Toronto, le NCSM York obtiendrait un contingent de recrutement beaucoup plus important que nous à Regina, simplement en raison de la taille de la collectivité.

En tant que commandant, j'ai la possibilité de réaffecter mon budget comme bon me semble. Lors de l'examen budgétaire de novembre, si je constate que je me dirige vers un déficit, c'est le moment d'informer le quartier général par exemple qu'il va me manquer 80 000 $ pour payer les salaires parce que j'ai augmenté le nombre de recrues dans mon unité.

Jusqu'ici j'ai eu la chance que d'autres unités aient eu des excédents et les aient retournés au QG RESNAV qui réaffecte l'argent en fonction des besoins. Pourvu, bien entendu, qu'il n'ait pas d'autres préoccupations au sujet de l'instruction ou d'autres problèmes pour lesquels il aurait besoin des fonds pour du personnel à plein temps ou pour les NDC. Il faut négocier avec les quartiers généraux.

Le sénateur Wiebe: Peut-être qu'une partie du problème vient de ce que nous manquons de personnel qualifié pour s'occuper de la formation.

Captc Mushanski: Dans notre cas, le fait que nous ne disposions pas du personnel qualifié pour administrer la QMB est une partie importante du problème. En effet, pour pouvoir administrer les cours de la Qualification militaire de base, ils viennent puiser dans le personnel de la réserve. L'été qui vient, je perdrai deux de mes réservistes à plein temps qui se rendront à Borden pour collaborer à l'instruction. En conséquence, cette année, je peux envoyer mon affectation de 19 recrues à Borden.

Le sénateur Wiebe: Comment résoudre les problèmes de recrutement? C'est le genre de réponses dont notre comité a besoin, parce que nous voudrions faire des recommandations.

Captc Chow: J'aimerais revenir sur les remarques du colonel King en ce qui concerne les locaux pour l'instruction. Je pense que lorsque l'on affecte un certain nombre de locaux ou un certain contingent de recrutement, ces chiffres sont établis en fonction du nombre de couchettes ou de chaises dont on dispose à l'École navale, ou dans le cas de mes homologues de la Force terrestre, à l'École de combat.

Je pense que la Direction de la formation et des études maritimes, à Ottawa, attribue des «sièges», si je peux m'exprimer ainsi, à la formation. Ces chiffres sont ensuite remaniés, si vous voulez, et transformés en contingents de recrutement. Comment résoudre le problème? Devons-nous envisager de construire davantage d'écoles navales ou d'écoles de combat? Avons-nous de l'argent pour ça? Je l'ignore.

Peut-être que nous devrions envisager de moderniser notre système d'instruction ou de donner un éventail de compétences à davantage de membres du personnel. Est-ce que, en adoptant le point de vue de la marine, en plus de former nos réservistes sur le plan de la logistique, nous ne pourrions pas leur donner aussi une instruction dans ce qu'il est convenu d'appeler les groupes professionnels militaires des «métiers de la mer»? Je pense que la Marine chilienne a adopté ce mode de fonctionnement et qu'elle obtient un certain succès. Je ne connais pas la réponse, mais je vous fais quelques suggestions.

Le sénateur Wiebe: Je peux peut-être répondre à ma propre question, étant donné qu'elle se reflète dans notre avant- dernier rapport. Peut-être que le problème lié au manque d'instructeurs qualifiés pour former les nouvelles recrues, qu'il s'agisse de membres des forces régulières ou de réservistes, tient au fait que nous nous sommes dispersés en acceptant un trop grand nombre d'engagements outre-mer et en ne laissant pas suffisamment de personnel qualifié ici au pays.

Si quelqu'un veut faire un commentaire à ce sujet, vous êtes les très bienvenus.

Lcol King: Je pense que cette suggestion mérite que l'on s'y arrête. J'ai mentionné le fait que l'accélération du rythme des opérations avait eu un effet sur notre capacité de recruter, de former et de maintenir l'effectif de nos militaires dans la réserve.

Pour ce qui est de votre question sur les moyens que nous pourrions prendre pour régler le soi-disant problème de recrutement, il y a un seul centre de recrutement pour la force totale, qu'il s'agisse de la force régulière ou de la réserve. Actuellement, je pense que les besoins de notre unité ne sont pas satisfaits. Nous ne recevons pas les services dont nous avons besoin de la part du Centre de recrutement des Forces canadiennes et de ce système.

Nos besoins sont différents de ceux de la force régulière. Nous connaissons des périodes de pointe très évidentes lorsque les demandes affluent; elles ne s'étalent pas durant toute l'année. Cela s'explique, dans une large mesure, par les cycles que suivent les étudiants au cours d'une année civile. Nous devons suffire à la demande créée lorsque les pointes surviennent dans notre système d'instruction.

De toute évidence, si par exemple une série de cours à l'intention des recrues commencent ce mois-ci, alors il nous faudrait un certain nombre de recrues avant qu'elle ne débute. Un flot continu durant toute une année civile n'est pas aussi utile que des concentrations massives de recrues juste avant le début de notre cycle d'instruction. J'ai bien peur que l'on ne tienne pas compte de ce besoin.

Comment régler ce problème? Peut-être qu'il y a bien des moyens. Anciennement, la réserve menait ses propres campagnes de recrutement et elle s'occupait de toutes les étapes du processus. Ce serait une solution, mais il y en a d'autres, monsieur.

Le sénateur Day: Ma première question porte sur ce à quoi vous venez tout juste de faire allusion, le concept de la «force totale» au sein des Forces canadiennes.

Major Allan, pourriez-vous me dire si ce concept est en vigueur et s'il l'est, est-ce à l'avantage de la force régulière et de la réserve?

Maj Allan: Il y a quelques années, je pense que la réserve avait l'impression que la force régulière ne lui accordait pas beaucoup d'attention et ne la prenait pas au sérieux. Elle voulait qu'on lui impose les mêmes normes que la force régulière. Nous avons obtenu gain de cause et, en conséquence, il faut plus de temps pour former un réserviste. Peut- être que le moment est venu de faire machine arrière et de nous demander si la formation des réservistes est trop intensive.

Autrement dit, comme le mentionnait le colonel King, une partie du problème tient au maintien de l'effectif des réservistes et au fait que nous devons les former nous-mêmes. Nous ne sommes pas en mesure de le faire. Dans notre unité, nous n'avons pas de sous-officiers supérieurs ou encore de capitaines ou de majors disponibles durant l'été, par exemple, pour dispenser de l'instruction.

Le sénateur Day: Durant mes discussions avec le 8th Hussars dans la région de l'Atlantique, on m'a informé que ce concept n'était plus tellement en vogue. Est-il toujours populaire dans l'Ouest? Parlez-vous encore de la «force totale» et est-ce encore un objectif que tout le monde s'efforce d'atteindre?

Maj Allan: Exactement. Vous avez tout à fait raison, sénateur Day, ce terme était en vogue il y a quelques années et il semblait que la fusion des forces de réserve et des forces régulières sur le théâtre des opérations était la solution toute trouvée. Toutefois, elle a perdu de son intérêt, je pense pour la raison que j'ai mentionnée. Les réservistes ne peuvent tout simplement pas consacrer le même temps à leur formation que leurs homologues de la force régulière, même s'ils aimeraient bien le faire. C'est important pour nous d'avoir le respect de nos homologues de la force régulière. Toutefois, c'est souvent difficile.

Par exemple, le cours destiné aux sous-officiers subalternes prend beaucoup de temps. Nous sommes à examiner nos cours de formation et à tenter de les ajuster. Par conséquent, nous ne parlons plus beaucoup de la «force totale». La force régulière a son système et, tout doucement je pense, les réserves font machine arrière. Autrement dit, il y a un retour du pendule juste assez pour nous permettre de trouver le juste milieu en termes d'instruction.

Par exemple, durant l'instruction, un sous-officier des forces régulières peut prendre des cours sur un certain nombre de sujets en plus d'un cours particulier; un réserviste pour sa part pourra étudier certains aspects de ce même cours. Cependant, il y a des sujets particuliers qu'un sous-officier des forces régulières choisira mais pas le réserviste et cela contribue à réduire le temps qu'il consacre à son instruction.

Il est très difficile de maintenir cet aspect de la force totale lorsque les officiers et les sous-officiers supérieurs ont une famille et des obligations professionnelles à remplir.

Le sénateur Day: Ma prochaine question s'adresse soit au lieutenant colonel King ou au major Green ou aux deux. Vous avez tous les deux mentionné que vous participez, en dehors de votre vie militaire, à des activités à titre de premier intervenant — le major Green en tant que pompier volontaire et le lieutenant colonel King à titre de planificateur d'urgence pour le gouvernement.

J'aimerais savoir si, du point de vue de la réserve, vos activités vous ont amenés à collaborer ou à effectuer de la planification mixte avec les premiers intervenants.

Maj Green: Je ne sais pas si je comprends bien votre question, alors je vais y aller de ma propre expérience.

En tant que premier intervenant, j'ai acquis un certain nombre de compétences en prenant des cours à temps partiel, les fins de semaine et le soir, auprès de gens qualifiés et bien entraînés. Les réservistes font la même chose. À titre personnel, je suis qualifié pour intervenir sur les lieux d'un accident, comme n'importe quel autre agent de secours d'urgence. Les réservistes, tout comme moi, possèdent autant de compétences qu'ils sont capables d'en acquérir, ce qui leur permet d'intervenir dans diverses fonctions.

Il y a une différence entre mes compétences à titre de premier intervenant et celles d'un paramédic; toutefois, les rôles sont complémentaires. Je vis dans une localité où l'hôpital le plus proche est à 45 minutes, je suis donc en mesure d'intervenir avant quiconque, et de dispenser un certain nombre de services. Tout comme les réservistes.

Je pense que nous devrions aborder la question des moyens qu'ils pourraient prendre pour se perfectionner. À mon avis, la plupart des réservistes, du moins ceux que je connais dans mon unité, ont fait des études. J'ai mentionné le module de formation à distance qui a été mis en oeuvre ici. Nous pourrions utiliser cette voie à bien des égards, non seulement en rapport avec des scénarios d'intervention sur le plan médical, mais dans bien d'autres domaines aussi. Les pompiers, par exemple, suivent des cours comme la conduite en situation d'urgence et le leadership. Ces compétences touchent directement les réserves.

Dans la réserve, on n'accorde aucun crédit à la formation que les personnes ont suivie dans le civil. Fait intéressant, les employeurs civils reconnaissent la formation militaire qu'ils ont suivie et leur créditent certains cours. Mais, les Forces canadiennes n'ont pas encore atteint le stade où elles sont capables de reconnaître des cours et de la formation qui ont été pris à temps partiel, en dehors des heures de travail.

J'ignore si ceci répond à votre question.

Le sénateur Day: En tout cas, c'est un bon départ. Peut-être que le lieutenant colonel King pourrait nous parler de la planification mixte du point de vue des militaires, ou encore est-ce que les militaires ont un rôle à jouer dans l'éventualité d'une menace de guerre biologique ou nucléaire, ou ce genre de choses?

Lcol King: Traditionnellement, en tant qu'unité, nous n'avons pas suivi beaucoup de formation avec des organisations civiles dans le cadre d'opérations nationales, que ce soit à l'échelle municipale ou provinciale, dans les cas de catastrophes ou dans les situations d'urgence à grande échelle.

Il existe des liaisons au chapitre des opérations nationales dans les localités de la Saskatchewan et du Manitoba, et dans toutes les provinces. Ces liaisons collaborent étroitement avec les autorités provinciales et municipales et en ce qui concerne les exercices, la planification et ainsi de suite. Toutefois, nous ne prenons pas une part active à ces opérations ici à Regina.

Je pense que nous devrions participer, et cela pour plusieurs raisons: cela améliorerait notre statut de bon voisinage dans la collectivité et aurait également une incidence positive sur nos activités liées à La présence dans nos collectivités. Par ailleurs, cela contribuerait à diversifier la formation de nos unités.

La sécurité, plutôt que la défense proprement dite, est une alternative évidente et même, vraisemblable, ou un rôle secondaire pour les unités de réserve, et tout particulièrement dans des localités comme Regina. En effet, même si Regina est une capitale provinciale, elle est éloignée des organisations de la force régulière. Une intervention militaire appropriée à un événement de caractère civil qui surviendrait en Saskatchewan serait probablement menée par les réserves. Par conséquent, il s'agit d'un rôle pour lequel nous devrions nous préparer à l'avance et nous former.

Le sénateur Day: Si on adopte une perspective nationale, le Bureau des préparatifs d'urgence relève du ministère de la Défense nationale. Pourquoi est-ce que cet aspect n'a pas filtré jusqu'aux militaires? Avez-vous déjà discuté du rôle des militaires dans l'éventualité d'une situation d'urgence? Est-ce quelque chose que vous ne pouvez envisager pour des raisons financières? Ou encore, s'agit-il d'une décision politique pour d'autres motifs?

Lcol King: Il est vrai que certaines politiques restreignent notre participation directe et notre intervention en tant qu'unité. Cette décision incombe aux officiers de liaison qui travaillent en étroite collaboration avec le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile, à l'échelle fédérale, ainsi qu'à l'échelle des administrations municipales et provinciales. Actuellement, en tant qu'unité, nous n'avons pas reçu le mandat de collaborer avec les administrations municipales et provinciales à la planification ou encore à la formation en vue d'une intervention en cas d'urgence.

Le sénateur Day: Est-ce que cette restriction pourrait s'expliquer en partie par le fait qu'un membre de votre unité pourrait être blessé à cette occasion et que le MDN n'a rien dans ses politiques concernant la prise en charge de la personne dans une telle éventualité?

Lcol King: Je ne pourrais pas vous dire, sénateur. Franchement, je l'ignore. Voici comment je vois les choses: on nous confie des rôles, des missions, des tâches et des directions à suivre pour la formation, et nous faisons ce qui nous est demandé.

Si l'orientation de l'instruction ne prévoit pas que nous devions aussi collaborer avec les autorités civiles et prendre une part active dans leurs plans d'intervention d'urgence, alors nous ne le faisons pas. On peut résumer la situation en disant que nous nous acquittons des tâches opérationnelles qui nous sont confiées.

Le président: J'aimerais ajouter quelque chose. En tant que commandants d'unités, avez-vous l'impression que si vous deviez jouer un rôle de cet ordre, cela pourrait constituer une source de motivation pour vos organisations? Pensez-vous que ce serait quelque chose qui présenterait de l'intérêt pour les membres de vos organisations, ou bien préféreraient-ils jouer un rôle qui soit davantage dans la tradition militaire?

Maj Green: C'est une question très intéressante. En fait, Bombardier a pris contact avec la 15e Escadre pour nous demander si nous pouvions offrir des services d'urgence dans l'éventualité où il y aurait un écrasement d'avion. Pour le moment, ils n'ont aucune expertise leur permettant d'intervenir dans un environnement d'hiver, par exemple, en vue d'effectuer une enquête sur une période de 10 jours à deux semaines, tandis que nous disposons de tout l'équipement nécessaire pour évoluer dans l'Arctique ainsi que des soldats disposés à le faire.

Les soldats ont réagi avec beaucoup d'enthousiasme. Bombardier offrait de nous équiper de téléavertisseurs et de nous permettre d'utiliser ses motoneiges, en plus de nos véhicules à six roues motrices et de trousses d'urgence. On a même offert de nous donner une formation plus poussée à titre de premier intervenant. Les gens de Bombardier nous ont offert tout cela si nous étions prêts à accepter cette tâche pour eux. Pour le moment, la question fait l'objet d'une négociation contractuelle et j'ignore où en sont les choses.

Mais, voilà le genre de rôle que les réservistes aimeraient jouer dans leur propre collectivité, parce que c'est quelque chose qu'ils peuvent accomplir immédiatement, lorsqu'ils ne sont pas déployés à l'étranger. Ils pourraient s'y préparer ici même.

Le président: Y a-t-il d'autres commentaires à ce sujet?

Lcol Penner: Cette question a déjà été soulevée. Je pense toujours que nous devons maintenir notre rôle de force de combat. L'«aide au pouvoir civil», pour utiliser cette expression, devrait être un rôle secondaire.

Je suis d'accord avec le major Green que ce serait souhaitable que nous puissions assurer une présence dans les collectivités, mais nous ne pouvons pas changer notre première priorité. Autrement dit, je n'envisage pas que l'on revienne à la fin des années 50 ou au début des années 60, à l'époque où notre raison d'être était seulement la protection civile. Je pense que l'on s'attend toujours à ce que nous maintenions notre capacité d'instruction au combat; toutefois, nous devrions absolument montrer une certaine ouverture en ce qui a trait à l'aide aux municipalités dans les situations de détresse.

Le sénateur Day: Je pense que le major Green voulait dire quelque chose avant que l'on ne pose les autres questions.

Maj Green: Il existe une nouvelle unité dans tout le Canada appelée Coopération civilo-militaire ou COCIM. Il s'agit presque exclusivement d'une fonction de la réserve et elle varie d'une province à l'autre. Étant donné que le volet de la Saskatchewan est seulement sur le point de voir le jour, il m'est difficile de vous dire en quoi consisteront ses activités. Cette organisation travaillera de concert avec les responsables des opérations nationales et se mettra à la recherche d'occasions d'offrir ses services dans l'éventualité d'une catastrophe naturelle ou d'autres événements semblables. Elle assurera la coordination de l'intervention civile et militaire durant ces catastrophes, en réunissant les compétences et les ressources des forces pour les mettre à la disposition de la population locale.

Lcol King: Si vous me permettez un dernier commentaire sur le sujet précédent. Lorsque nous faisons référence à la «collectivité», en Saskatchewan, ou partout ailleurs au Canada, le manège militaire et l'armée de réserve devraient être considérés comme des membres à part entière de cette collectivité. Actuellement, il existe certaines restrictions à cet égard.

Dans certains cas, on considère le manège militaire comme un autre édifice gouvernemental fédéral. Les politiques entourant l'utilisation de cet édifice et les personnes qui y travaillent restreignent notre capacité de jouer notre rôle de bon voisinage dans la localité. J'aimerais que notre unité joue un rôle plus actif dans la collectivité, et tout particulièrement dans les périodes d'urgence majeure. Nous avons les gens, les ressources et les compétences qui nous permettraient de jouer ce rôle, et je suis convaincu qu'il devrait y avoir moins de restrictions pour nous empêcher de le faire.

Le sénateur Forrestall: Je voudrais commencer par le lieutenant colonel Penner. Vous avez servi avec la 20e Compagnie médicale?

Lcol Penner: Oui, en effet, lorsque je suis entré dans l'armée, j'ai joint les rangs de la 20e Compagnie médicale, qui faisait alors partie du Corps de santé royal canadien à l'époque.

Le sénateur Forrestall: Je fais des blagues avec les autres membres du comité à ce sujet, et ils savent tous que je ne rate pas une occasion de mentionner le Halifax Rifles, tout simplement parce qu'il s'agit du Halifax Rifles. L'unité dont s'enorgueillit notre citadelle de nos jours est une très belle formation, une formation historique, et je n'ai rien à redire à ce sujet. L'un de mes sujets de prédilection est le rôle potentiel de surveillance côtière ou d'interdiction, si vous préférez — du passage de clandestins et de substances interdites. Et pour de nombreuses raisons.

Lors de mon dernier passage aux États-Unis, j'ai eu l'occasion d'assister à des réunions où il a été question de la défense intérieure et frontalière. Je me demande, étant donné que vous semblez très préoccupé au sujet du recrutement, si le fait de jouer un rôle actif, en partenariat avec les Américains, pourrait aider, un rôle de surveillance commune, en quelque sorte, de notre frontière pas tellement protégée jusqu'à maintenant.

Je me demande si ce rôle ne pourrait pas intéresser des jeunes gens et les inciter à joindre les rangs de la réserve, et encore mieux, à y rester. Quelqu'un veut-il faire un commentaire? Lieutenant colonel Penner ou lieutenant colonel King?

Lcol King: En toute sincérité, je n'ai jamais vraiment envisagé cette option. Je pense que votre question porte sur la possibilité de confier aux réservistes de la Force terrestre un rôle qui consisterait en quelque sorte à renforcer la sécurité à la frontière. Il est très possible que ce rôle puisse intéresser les soldats. Je pense que le lieutenant colonel Penner l'a mentionné auparavant, tout comme moi, que la participation à la sécurité du Canada, en dehors de la capacité de combat, serait un rôle secondaire. S'il s'agit d'un rôle secondaire ou de rechange, oui cela pourrait être intéressant.

Captc Mushanski: Dans la Réserve navale, nos navires de défense côtière sont parfois appelés à prêter main-forte aux patrouilles de surveillance des pêcheries ainsi qu'à la défense côtière de la GRC. Notre plus grand problème vient de ce que nos rivages sont très longs, et qu'ils comportent très peu de refuges et d'anses, aussi il nous faudrait une flotte beaucoup plus imposante, et les équipages pour doter ces navires afin de bien nous acquitter du rôle qui nous a été confié.

À mon avis, beaucoup de Canadiens n'entendent parler de nous que lorsqu'il survient un événement d'une certaine importance. Même nos nouvelles recrues sont très surprises lorsque nous les informons de notre rôle en matière de défense côtière. Cette responsabilité n'est pas très bien connue du grand public canadien.

Le sénateur Day: Avez-vous détecté ou observé une plus grande fierté découlant du fait qu'il s'agit d'une fonction de la réserve navale plutôt que de la force régulière?

Captc Mushanski: Tout à fait. La réserve navale est très fière d'assumer la responsabilité de la dotation et de l'exploitation des navires de défense côtière. Ce rôle combiné à celui de la sécurité portuaire incombe en exclusivité aux réservistes. La force régulière n'y joue aucun rôle. Elle fait même appel à notre expertise au besoin.

Le sénateur Forrestall: Votre problème ne semble pas être de ceux que l'on peut régler rapidement avec de l'argent, aussi même un financement additionnel qui vous permettrait d'atteindre l'effectif autorisé ne constituerait pas une solution à long terme.

Est-ce que vous avez réglé le problème de la solde, que beaucoup d'entre nous connaissent très bien, parce que vous fonctionnez avec seulement les deux tiers de votre effectif autorisé, et que ce facteur a entraîné la réduction du temps de présence en service, réduction à laquelle bon nombre de nos unités se voient forcées?

Je me demande si nous ne pourrions pas faire quelques recommandations qui permettraient d'obtenir un renversement de la situation. Je ne suis pas très rassuré, et je suis convaincu que c'est la même chose pour les autres membres du comité, d'apprendre que vous ayez subi des compressions. Il n'est pas surprenant que vous ne puissiez maintenir le rythme du service.

Combien de fois servez-vous chaque mois, lieutenant colonel King?

Lcol King: Si je peux me permettre un commentaire à ce sujet, monsieur, actuellement les unités de la réserve de la Force terrestre sont limitées à en moyenne 37,5 jours d'instruction par année, par soldat.

Je crois savoir que les spécialistes des transmissions par exemple sont environ 100 à servir. Je pense que le nombre de jours d'instruction devrait être porté de 37,5 à près de 50, ce qui permettrait d'accroître les capacités de notre unité. Nos budgets sont établis en fonction des journées d'instruction.

Le sénateur Forrestall: Capitaine de corvette Mushanski, voulez-vous faire un commentaire?

Captc Mushanski: Dans la réserve navale, nos éléments bénéficient en moyenne de 40 à 50 journées d'instruction par année. La saison d'instruction pour une unité normale s'étend de septembre à avril. La raison en est, dans le cas de mon unité, pas tellement les contraintes budgétaires, mais plutôt la disponibilité des instructeurs. Comme on l'a déjà mentionné, la plupart des éléments de mon unité sont des étudiants, et en mai, juin, juillet et août ils sont absents pour occuper des emplois à temps plein ou encore ils suivent de la formation en cours d'emploi ou d'autres cours.

Si je veux gérer judicieusement mon budget en tant que fonctionnaire de l'État, il n'est pas rentable d'intégrer de nouvelles recrues parce que je n'ai personne pour leur donner de l'instruction. Ma restriction découle davantage du manque de disponibilité des instructeurs.

Captc Chow: Il y a environ cinq ans, nous avons remanié le calendrier de nos activités. Nous nous situons actuellement à environ 42 journées d'instruction par année, y compris les exercices organisés par l'unité. Nous avons opéré des compressions afin de réduire les dépenses, et cela a aussi coïncidé avec l'instruction qui a commencé en mai sur la côte Est, aussi les choses se sont bien passées.

Lcol Penner: Si on veut parler seulement du budget, nous travaillons durant 37,5 journées d'instruction, mais nous ne consacrons pas toutes ces journées à l'instruction. Nous devons nous occuper de l'administration, nous avons également les activités liées à la présence dans la collectivité et nous devons aussi faire du recrutement. Toutes ces activités doivent pouvoir s'insérer dans les soi-disant 37,5 journées d'«instruction».

Lorsqu'il s'agit de former une unité, les militaires, comme nous l'avons déjà mentionné, sont une organisation collective; ils affectionnent le travail d'équipe. Par conséquent, nous devons nous occuper de l'instruction collective indépendamment de l'instruction obligatoire sur les champs de tir, et ainsi de suite, pour laquelle nous devons nous qualifier. En tant que commandant d'une unité, je n'obtiens que trois et à la limite, quatre fins de semaine par année pour l'instruction collective au sein de ma propre unité. Par conséquent, même si notre budget prévoit 37,5 journées d'instruction, elles ne sont pas vraiment toutes des journées d'instruction.

Le sénateur Forrestall: Je pense que je comprends.

Pour en revenir à la côte Ouest, pendant notre séjour là-bas, nous avons eu l'occasion de monter à bord d'un bâtiment et le privilège de luncher avec les grades inférieurs. Nous avons trouvé, particulièrement chez les femmes, que l'un des points faibles était l'uniforme. L'uniforme mal ajusté était l'une des choses qui les décourageait de rester dans la force.

Nous avons abordé ce point dans notre avant-dernier rapport. En avez-vous eu des échos ou des commentaires? Pouvez-vous faire quelque chose pour ces pauvres filles?

Captc Mushanski: Étant la seule représentante du sexe, je suppose que je devrai répondre à cette question.

On entend en coulisse que les uniformes des Forces canadiennes ont été conçus par des hommes pour des hommes. Nous ne sommes là que par accident, et nous devons nous en accommoder. Au fil des années, des comités, et tout particulièrement au QGDN, se sont penchés sur la question de l'uniforme féminin afin de trouver le moyen de l'améliorer, parce que l'on s'est aperçu que c'est un facteur très négatif pour les femmes.

Ça s'en vient; mais la conception tire de l'arrière par rapport à celle de l'uniforme masculin. Lentement mais sûrement, on finit par comprendre que le corps féminin est un peu différent.

Le sénateur Forrestall: Je répète que, dans notre avant-dernier rapport, nous avons suggéré que la Force terrestre est peut-être épuisée et surmenée. L'équipement se détériore par la rouille et les pièces de rechange ne sont pas toujours disponibles au moment où on en a besoin. Ou encore, lorsqu'on les a, elles ne sont pas là où elles devraient se trouver. Nous n'avons pas les moyens de retirer ou d'envoyer nos troupes au combat sans faire appel à nos alliés et à nos partenaires dans certains de ces conflits mondiaux.

Nous avons suggéré de ramener les troupes au pays. Cela a été interprété comme si nous disions qu'il fallait ramener tout le monde pour trois ans, mais en pratique, ce n'est pas ainsi que les choses se seraient passées. Il y aurait bien sûr des missions à terminer, des missions que nous ne pourrions pas laisser tomber comme ça. Les membres du comité pensaient que cela aurait entre autres une incidence sur le problème de l'instruction. Et que cela jouerait directement sur les forces de réserve.

En effet, on pourrait alléger ainsi le problème de l'instruction, et pas seulement parce que les instructeurs potentiels seraient moins appelés à quitter pour se rendre dans un centre d'activité, privant par le fait même les unités de leurs compétences qu'elles ne sont pas en mesure de remplacer.

Si on les ramenait ici, nos forces des quatre coins du pays auraient accès à ces instructeurs. Elles pourraient s'entraîner plus fréquemment avec leurs unités permanentes naturelles, et cela serait sans aucun doute très bénéfique. Au bout de deux ou trois ans, la force aurait une allure entièrement différente de celle d'aujourd'hui, elle serait capable d'intervenir avec son propre matériel de transport, et ainsi de suite.

Quelqu'un voudrait-il faire des commentaires à ce sujet?

Maj Green: C'est une idée intéressante, monsieur, et qui vient certainement du fond du coeur, que de ramener les troupes au pays et de leur faire prendre un peu de repos. Toutefois, ma réponse sera la suivante: qui prendra leur place? Si nous nous retirons, qui viendra remplacer le Canada sur la scène mondiale?

Le sénateur Forrestall: Il est clair que nous ne voyons pas les choses du même oeil. S'il était question de 30 000 ou 40 000 hommes et femmes dans le cadre d'une quelconque opération de l'alliance à l'extérieur du Canada, alors bien sûr, ce serait impossible. Mais, si vous poussez cette proposition à l'autre extrême, si le travail qu'effectuent les Canadiens est absolument vital et nécessaire, dans ce cas il est évident que nous ne pouvons pas retirer nos troupes. On ne peut pas laisser en plan un travail que l'on a commencé.

Mais, une fois la mission terminée et les hommes et les femmes rentrés au pays, nous les garderions ici; il ne serait pas question de les remplacer tant qu'ils n'auraient pas eu l'occasion de reprendre contact, dans bien des cas, avec leur famille.

Voilà les deux extrêmes, et il n'est pas question de renoncer à nos engagements; ce n'est pas dans nos intentions. Nous voulons simplement que les troupes rentrent au pays et qu'on leur donne la chance de se reposer et de renouer avec leurs familles.

Les hommes doivent également se familiariser avec la nouvelle technologie et se mettre à jour avec celle qui existe déjà. Réparer leur matériel et leur attirail. Puis, dans 18 mois ou deux ans, commencer à remettre dans le système, là où on a besoin d'eux, des hommes et des femmes frais et dispos, bien formés et compétents, prêts à offrir leurs services avec professionnalisme.

Je n'attends pas de réponse, à moins que quelqu'un veuille s'exprimer là-dessus. Je pense que c'est une décision qu'il faudra prendre.

Le sénateur Atkins: Voici ma première question: quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi il faut 18 mois pour recruter et intégrer dans la réserve un candidat qui a déjà servi dans les Forces?

J'aimerais poser la question au major Murray Allan, avez-vous dû attendre, en tant qu'ancien officier, avant d'être intégré dans une unité de la réserve?

Maj Allan: En fait, j'ai demandé une mutation. Je me souviens que j'étais toujours en congé de fin de service lorsque j'ai été muté, par conséquent, je n'ai jamais vraiment quitté les Forces. Ma transition de la force régulière à la force de réserve s'est effectuée sans interruption. J'ai été très impressionné, sincèrement, par la manière dont tout ce processus s'est déroulé.

Mais vous avez tout à fait raison en ce qui concerne les difficultés qu'éprouvent les éléments ayant déjà servi à réintégrer les Forces. Le terme utilisé, je me le rappelle, est la «vérification du service». Il s'agit en partie d'un problème de bureaucratie, bien entendu. Nos unités doivent communiquer avec le Quartier général de la Défense nationale, à Ottawa, et suivre un processus en plusieurs étapes pour retrouver tous les dossiers sur les recrues qui ont déjà servi dans les Forces. Il faut du temps pour retrouver les dossiers, pour que quelqu'un prenne note de l'information, la transmette, et refasse tout le trajet bureaucratique en sens inverse.

Si l'on pouvait améliorer la situation, cela nous aiderait beaucoup. Je pense que cela pourrait nous aider à Regina, quoique, en toute sincérité, nous ne nous trouvons pas dans un endroit où beaucoup d'éléments de la force régulière se retirent.

Beaucoup de militaires prennent leur retraite dans des villes comme Edmonton, où il y a la soi-disant «super-base» de la Force terrestre. Et je suppose que l'on trouvera un nombre assez important, quoique pas anormalement élevé, de militaires à la retraite dans les unités de réserve de la Force dans des endroits comme Toronto. Le Royal New Brunswick Regiment à Fredericton compte un certain nombre d'éléments qui sont des militaires ayant pris leur retraite de la force régulière et qui proviennent de la Base des Forces canadiennes Gagetown.

Est-ce que cela répond à votre question?

Le sénateur Atkins: À mon avis, il s'agit d'un bassin naturel de ressources humaines. Je n'arrive pas à comprendre quel est le problème. Je veux dire, s'agit-il vraiment de formalités administratives? Ça n'a vraiment aucun sens, franchement.

Je peux comprendre que des personnes ayant passé 30 années de leur existence dans les forces ne soient pas intéressées à joindre les rangs de la réserve. Mais il y a beaucoup de jeunes recrues qui quittent pour diverses raisons et qui cherchent probablement une occasion de servir. Je comprends qu'ils puissent ressentir une certaine frustration.

Nous parlions du Camp Borden et du nombre de recrues. Lorsque nous y sommes allés, nous avons déjeuné avec quelques nouvelles recrues et avec d'autres éléments, dont bon nombre provenaient de la marine et de la force aérienne. Ils étaient là à faire le pied de grue, frustrés parce qu'ils ne pouvaient pas suivre les cours qu'ils avaient choisis, et cela montrait clairement qu'il y a des lacunes sur le plan de l'encadrement. On manquait d'instructeurs parce qu'ils étaient en rotation.

Nous avons constaté la même chose à Gagetown. Lorsqu'ils avaient besoin de personnel militaire pour combler les vides, ils s'adressaient à la réserve.

J'aimerais poser une question aux commandants de la réserve. Recevez-vous beaucoup de demandes de la part des femmes?

Captc Mushanski: Dans la réserve navale, nous sommes actuellement environ 40 p. 100 de femmes.

Le sénateur Atkins: Qu'en est-il de la Force terrestre?

Maj Green: Je dirais que mon unité est formée de 20 p. 100 de femmes. Nous n'avons aucun problème à attirer les jeunes femmes dans les armes de combat ou dans les services de soutien au sein des armes de combat, notamment dans les postes de commis, dans l'administration, et ainsi de suite. Elles sont les bienvenues dans les deux cas, et les membres d'équipage s'adaptent très bien à la présence féminine dans les véhicules de combat. Je ne pense pas qu'il y ait un problème.

Le sénateur Atkins: Nous avons parlé du recrutement et de l'instruction. Mais nous n'avons pas vraiment abordé la question du matériel ce soir. Lorsque vous parlez budget, est-ce que le montant de 256 000 $ comprend le matériel ou pouvez-vous demander de l'équipement en dehors de votre budget de fonctionnement?

Captc Mushanski: La plupart de notre matériel important nous est fourni par le quartier général. Le capitaine de corvette Chow a mentionné que nous sommes sur le point de recevoir ce qu'il appelle le «Naval Trainer». C'est le QG RESNAV qui en a fait l'acquisition et chaque unité en obtiendra au moins un exemplaire; quelques unités en recevront deux. Les acquisitions de matériel important sont effectuées par l'entremise du quartier général.

Dans les unités, nous sommes responsables des éléments très mineurs. Aussi, une partie de notre budget est affectée à ce que l'on appelle la «maintenance de première ligne» de notre matériel. Par exemple, nous sommes responsables des changements d'huile et des réparations mineures aux RHIB.

Le président: Qu'est-ce qu'un RHIB, s'il vous plaît?

Captc Mushanski: Un RHIB est un canot pneumatique à coque rigide. Il s'agit pour le moment du bien le plus coûteux de l'unité.

Captc Chow: En ce qui a trait au financement dont vous parliez, sénateur, et comme l'a mentionné le captc du Queen, il y en a un peu pour des acquisitions de première ligne, par exemple pour des objets de petite valeur comme des progiciels et des choses semblables.

Au Unicorn, par exemple, je demande un cours de formation sur le diesel marin depuis quelques années. J'aimerais bien en avoir un parce que ce cours nous aide à former les opérateurs de MES à mieux faire leur travail, de sorte que lorsqu'ils se rendent dans les navires côtiers, au moins ils ont une longueur d'avance et savent un peu mieux à quoi s'attendre.

Avec les navires de défense côtière, nous sommes entrés de plein fouet dans le nouveau millénaire. Pour nous, il n'y a pas eu d'évolution, mais plutôt une révolution.

Le sénateur Atkins: Je crois comprendre qu'il n'y a aucune base militaire permanente ici en Saskatchewan. Par conséquent, si en tant que commandants vous avez besoin de matériel, à qui en faites-vous la demande? Devez-vous passer par la base permanente du Manitoba? Devez-vous vous adresser à Ottawa? Quel genre de réponse obtenez-vous?

Je m'adresse aux commandants des unités d'infanterie.

Lcol Penner: On peut dire que le matériel nous est fourni. Tout ce qui est disponible nous parvient en suivant le système et est attribué par les diverses structures de commandement qui nous dirigent — en espérant qu'il convient à nos rôles.

Pour le moment, nous nous inquiétons de ne pas avoir de rôle défini. Je suppose qu'à partir du moment où on nous aura attribué un rôle, alors le matériel devrait suivre pour nous permettre de nous en acquitter. Votre question portait sur les situations où nous pourrions avoir besoin de matériel supplémentaire. Cela existe, mais nous devons remplir des formalités administratives et faire des représentations. Toutefois, nous pouvons compter sur l'appui de la BFC Shilo ou Wainwright. Nous avons de bonnes relations de travail avec notre homologue de la force régulière qui nous fournit du matériel sous la forme de prêt temporaire, il s'agit habituellement de dispositifs de vision nocturne et autres choses du même genre que l'on nous prête pour des exercices et en préparation à des instructions, et que nous rendons par la suite.

Quant au matériel important, il nous est fourni.

Lcol King: Comme je l'ai déjà mentionné, nous avons plus ou moins deux budgets. Le budget de caisse pour les salaires du personnel à temps partiel et certains frais de déplacement mineurs. Et le budget pour les munitions qui est attribué par le quartier général, en fonction de nos demandes et des justifications que nous pouvons présenter. Nous n'achetons par ce genre de choses que l'on utilise dans les unités d'infanterie, comme les véhicules et les armes. Nous ne disposons pas d'un budget de matériel; ces biens nous sont fournis.

Le sénateur Atkins: Est-ce qu'il vous arrive de ressentir de la frustration au sujet de la livraison de ces biens parce qu'ils ne vous parviennent pas à temps pour être utilisés dans le cadre d'instructions que vous avez planifiées?

Maj Green: C'est premier entré, dernier sorti. Nous ne sommes pas dans l'infanterie, mais dans la reconnaissance. Permettez-moi de vous raconter quelque chose au sujet de notre unité et qui a directement rapport avec le matériel. Mon unité, comme je l'ai mentionné dans mon introduction, est une unité de reconnaissance qui effectue des missions de moyenne portée dans un rayon de 15 à 20 kilomètres en avant de la brigade.

Nous effectuons ces missions dans un véhicule de type Iltis. On est en train de remplacer les Iltis, qui ont déjà 16 années d'usure, par de nouveaux véhicules. Certains de nos véhicules ressemblent à ceux des Flintstones, parce que l'on peut voir à travers le plancher tellement ils sont rongés par la rouille. Il n'y a plus de pièces de rechange pour ces véhicules et ils sont au point où l'on doit cannibaliser l'un d'eux pour pouvoir réparer les autres et les tenir en état de marche.

Le point intéressant est que, même si nous possédons 17 de ces Iltis à quatre roues motrices, on ne nous a attribués que 9 des nouveaux véhicules appelés VULR ou véhicules utilitaires légers à roues qui sont construits par Mercedes Benz.

Mon unité compte plus de 100 éléments et je disposerai de 9 véhicules de reconnaissance pour les entraîner. On voit tout de suite, si on fait le calcul, qu'avec des équipes de trois, je peux former 27 personnes.

Nous devons alors nous tourner vers des solutions de rechange et, bien entendu, nous devons nous résoudre à utiliser nos jambes, ce qui revient à agir comme une troupe d'assaut. Bien sûr, nous demandons les ressources nécessaires à une troupe d'assaut, comme le matériel de destruction, et ainsi de suite. Mais ce matériel n'est pas disponible non plus. Le matériel de destruction n'est pas coûteux en soi, mais l'instruction qui va avec l'est. Chaque fois que l'on tente de trouver une solution pour combler un besoin, une autre embûche nous attend.

La question du matériel a de l'importance. Bien sûr, il faut d'abord que l'on définisse notre raison d'être, je suppose, et ensuite nous pourrons penser à obtenir le matériel. Si nous arrivons à obtenir cela et les chiffres qui vont avec, alors tout ira bien. Si nous prenons une autre direction, cela reviendra à jeter l'argent par les fenêtres, et je ne suis pas d'accord avec l'idée.

Le sénateur Atkins: Puisqu'il n'y a pas de base permanente en Saskatchewan, je suppose que la demande est forte pour que les unités de réserve participent à des activités communautaires, comme on l'a déjà mentionné plus tôt. Comment vous en sortez-vous et comment organisez-vous les recrues de votre unité pour répondre à plusieurs demandes en même temps à certaines périodes de l'année?

Lcol King: «La présence dans nos collectivités» est la terminologie utilisée. Et en toute sincérité, ces tâches ne rebutent pas nos unités et nos soldats, loin de là. Elles contribuent à rehausser notre stature dans la communauté et elles offrent parfois l'occasion à nos soldats de porter leurs beaux uniformes, et leurs médailles, et de défiler avec fierté, nous faisons la page couverture du Leader-Post ou les manchettes de la télé locale.

Le sénateur Atkins: Est-ce que ces activités font partie de l'instruction?

Lcol King: Implicitement, une certaine part des activités liées à la présence dans la collectivité figurent dans mon budget d'instruction. Nous tentons de déterminer ces activités lors du processus d'établissement du budget et aussi durant le processus de planification de l'instruction. Parfois nous sommes précis, parfois non. Il est évident que ces activités s'exercent au détriment de l'instruction et les conséquences sont plus importantes pour certaines unités que pour d'autres. Je pense que plus vous vivez dans une région éloignée, et plus cela revient cher.

Dans le cas de Moose Jaw et des Saskatchewan Dragoons, le major Green pourrait probablement nous parler du fait que son unité de réserve est la seule des environs. À Regina, nous avons davantage d'unités de la réserve, aussi nous pouvons nous répartir le budget, en quelque sorte.

Le sénateur Atkins: Vous n'éprouvez aucune difficulté à réunir les ressources humaines nécessaires?

Lcol King: À Regina, il s'agit fréquemment d'un effort conjoint entre plusieurs unités. Nous devons nous y prendre ainsi.

Maj Green: C'est une question intéressante, parce que nous essayons de faire deux choses par l'entremise de la présence dans la collectivité. Nous tentons d'intéresser les membres de la collectivité au travail de notre unité, ce qui a eu des retombées très positives pour nous. Lorsque nous fournissons des tentes aux concurrents de la compétition de ski Nancy Greene, nous avons la possibilité de parler avec les jeunes skieurs qui s'intéressent à notre unité, et c'est très bon pour nous.

Lorsque nous installons un stand militaire durant les activités de l'Époque des chercheurs d'or, à Swift Current, ou lors de la foire de Moose Jaw, les gens viennent nous voir et nous posent des questions au sujet de l'unité. Cela nous fait une bonne publicité. Nous nous en servons comme d'un outil de recrutement. Nous aidons d'autres personnes, mais il y a des avantages pour nous aussi.

Nous prêtons aussi nos tentes lors de diverses courses et nous comptons même une équipe de coureurs dans l'unité sur une base entièrement volontaire. Tous les soldats qui participent au marathon de longue distance sont des volontaires. Ils y participent parce qu'ils aiment courir. Nous dressons nos tentes autour du comptoir de rafraîchissements, afin que les participants puissent prendre une pause durant le marathon, ça c'est un petit extra.

Il y a des retombées pour notre unité. N'allez pas penser que ces gens ne se rendent pas compte que les Saskatchewan Dragoons appuient leurs activités. Cela va de la chambre de commerce jusqu'aux résidents de la collectivité.

Lorsque les gens demandent, «Que font les Forces canadiennes pour vous?», il est question d'opérations de grande envergure comme le Kosovo et l'alliance, et ainsi de suite. Mais il y a également toutes les petites interventions des unités dans leur collectivité, et elles s'en tirent très bien.

Le sénateur Atkins: Pensez-vous que le grand public sait que les réserves envoient des éléments en Bosnie et dans d'autres secteurs d'activité?

Lcol Penner: En réalité, je me suis aperçu, lors d'assemblées publiques au cours desquelles nous avons obtenu une certaine visibilité que nous étions probablement nos plus mauvais publicitaires. La plupart des habitants de Saskatoon ignorent jusqu'à notre existence.

Après le 11 septembre et le battage médiatique qui s'est ensuivi, des journalistes sont venus nous voir au manège militaire pour nous demander, «D'où sortez-vous?» Nous avons répondu que nous étions là depuis 100 ans. Ils ne savaient même pas que nous existions. Ils voyaient bien un édifice sur la rue principale de Saskatoon, mais ils ignoraient à quoi il servait. Oui, il est probable que nous ne sommes pas les meilleurs pour faire notre promotion.

Le sénateur Atkins: Je ne pense pas que ce comité avait une idée de l'ampleur de la contribution des réservistes. Ce fut toute une surprise pour nous aussi.

Le sénateur Smith: Je voudrais faire deux ou trois commentaires et vous inviter à les commenter. Je ne poserai pas de questions parce que je pense que les autres membres du comité ont déjà abordé les sujets qui me tenaient à coeur.

Comment pourrions-nous injecter à tout le système de la réserve une bonne dose d'adrénaline afin de lui donner plus d'importance, d'amener la population à mieux le connaître et de lui faire jouer un rôle significatif? Cette question a déjà été abordée et je ne vais pas la remettre sur le tapis. Cependant, je tiens à dire que j'apprécie non seulement votre présence ici ce soir, mais aussi, et c'est encore plus important, que j'ai l'impression d'avoir devant moi six personnes très déterminées à faire de la réserve une force significative et utile. Je pense que chacun d'entre vous se démène pour trouver le moyen de déclencher cette poussée d'adrénaline, de la stimuler et de l'injecter dans quelques secteurs.

Les solutions ne sont pas faciles à trouver. Je suppose que c'est la raison pour laquelle nous posons tant de questions et essayons de les approfondir. Mais, cette détermination et cet enthousiasme suscitent mon admiration et celle des autres membres du comité. Je pense qu'il est juste d'affirmer que le comité est sympathique à l'idée que les militaires obtiennent davantage de ressources du Canada afin de refaire leurs forces.

Ceci dit, vous êtes tous au courant qu'il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus pour obtenir le financement offert par le gouvernement fédéral. Sans compter que, depuis deux ou trois jours, tous les premiers ministres des provinces sont réunis à Ottawa pour discuter du régime d'assurance-maladie, et naturellement c'est un domaine qui jouit de la faveur du public.

Ma dernière intervention, et elle m'est dictée par les réflexions de mon bon ami, le sénateur Forrestall, vise le retrait de nos troupes de leurs engagements outre-mer. Je suis peut-être minoritaire, mais je ne suis pas favorable à cette idée. Je m'explique: il se peut que nos interventions outre-mer soient très limitées et très ciblées, mais il reste que le Canada s'enorgueillit d'une longue et distinguée tradition et qu'il joue un rôle dans des activités qui tombent généralement dans la catégorie des missions de maintien de la paix.

Par ailleurs, il faut également tenir compte du fait que cela contribuerait à rendre encore plus difficile la tâche qui consiste à susciter l'enthousiasme des jeunes gens, en particulier, et à les inciter à s'engager dans l'armée, que ce soit dans la force régulière ou dans la réserve. Tous les militaires à qui j'ai posé la question m'ont affirmé qu'ils n'étaient pas favorables au retrait de nos effectifs déployés outre-mer. Ces engagements sont des occasions de vivre intensément, et ils sont pleins d'allure et de séduction pour ceux et celles qui y participent.

Je comprends la logique voulant que l'on se retire pour refaire ses forces, et il se pourrait que ce soit un moyen d'obtenir davantage de ressources du gouvernement fédéral. Toutefois, je pense que sans la Bosnie et le mandat en Afghanistan, et les autres qui se présentent, il pourrait devenir plus difficile d'attirer les jeunes gens et de les inciter à s'engager.

Je pense que tous les autres membres du comité sont favorables au retrait des troupes, et je respecte leur opinion, mais je m'en dissocie.

Si vous voulez faire des commentaires sur mes réflexions, allez-y.

Maj Allan: Peut-être que cela vous intéressera d'apprendre que Rotation 18 en Bosnie, d'ici deux ou trois ans, sera entièrement formée d'une force de la réserve. Voilà, à mon avis, le rôle que doivent jouer les réserves. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, ce n'était pas les forces permanentes qui remportaient les batailles, c'étaient les réservistes ou ceux qui venaient s'engager à cause de la guerre. Par ailleurs, cela contribuerait à alléger la tâche de la force régulière en ce qui a trait aux déploiements outre-mer.

Ce serait bien si l'on reconnaissait davantage le travail des réserves dans le cadre des affectations qu'elles ont outre- mer. En Bosnie, par exemple, en ce moment, une compagnie pour ainsi dire entière de carabiniers, du commandant jusqu'aux soldats, est formée de réservistes. Je ne pense pas que le grand public canadien soit au courant, et s'il l'était, cela contribuerait certainement à améliorer la perception du rôle des réservistes.

Le président: Mesdames et messieurs, je sais que je parle au nom de tous les membres du comité. Ce soir, vos commentaires et votre attitude étaient empreints de dévouement, de fierté et de disponibilité. Ce fut un rare privilège de venir vous entendre témoigner. Je dois mentionner que le sénateur Wiebe a joué un rôle important à cet égard. Nous avons essayé de venir plus tôt, mais des événements nous en ont empêchés. Mais le sénateur Wiebe s'est assuré que cette fois-ci nous ne manquerions pas à l'appel. Soit dit en passant, nous espérons toujours pouvoir nous rendre à Moose Jaw qui figurait sur notre liste au début.

Je tiens à vous remercier au nom du Sénat canadien et de la population du Canada. Nous sommes très fiers de ce que vous faites. Vos actions sont très importantes; elles contribuent à faire du Canada un meilleur pays. Je vous demande de transmettre notre reconnaissance et nos meilleurs voeux à tous les hommes et toutes les femmes qui servent leur pays avec vous.

La séance est levée.