Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Transports et des communications

Fascicule 17 - Témoignages du 6 novembre 2003


OTTAWA, le jeudi 6 novembre 2003

Le Comité sénatorial permanent des transports et des communications se réunit aujourd'hui à 10 h 50 pour étudier l'état actuel des industries de médias canadiennes; les tendances et les développements émergeants au sein de ces industries; le rôle, les droits et les obligations des médias dans la société canadienne; et les politiques actuelles et futures appropriées par rapport à ces industries

Le sénateur Joan Fraser (présidente) occupe le fauteuil.

[Français]

La présidente: Nous vous souhaitons la bienvenue à cette réunion du Comité sénatorial permanent des transports et des communications. Le comité étudie le rôle que l'État devrait jouer pour aider nos médias d'actualité à demeurer vigoureux, indépendants et diversifiés dans le contexte des bouleversements qui ont touché ce domaine au cours des dernières années, notamment la mondialisation, les changements technologiques, la convergence et la concentration de la propriété.

[Traduction]

Nos témoins sont aujourd'hui de CHUM Ltd. Nous accueillons M. Jay Switzer, président et chef de la direction; Mme Sarah Crawford, vice-présidente, Affaires publiques; et M. Peter Miller, vice-président, Planification er réglementation.

Nous vous souhaitons la bienvenue. Merci de vous être déplacés pour venir témoigner aujourd'hui. Je pense que vous connaissez notre mode de fonctionnement. Nous allons vous demander de présenter une déclaration préliminaire d'une durée de 10 à 15 minutes, et nous passerons ensuite à la période de questions.

M. Jay Switzer, président et chef de la direction, CHUM Ltd: Merci beaucoup. Bonjour, madame la présidente, honorables membres du comité. Merci de nous donner l'occasion de comparaître dans le cadre de votre examen de la situation des médias canadiens. Toute démocratie bien vivante doit procéder à l'examen minutieux de ses institutions, et c'est pourquoi il faut tourner régulièrement les projecteurs vers ceux qui posent habituellement les questions.

Nous prenons vos travaux très au sérieux, parce que nous sommes convaincus que la souveraineté canadienne a besoin de médias nationaux vigoureux et distincts. C'est pourquoi nous espérons que vous recommanderez au gouvernement de résister aux pressions visant à accroître la propriété étrangère dans le domaine des médias.

Nous espérons également que vous et vos collègues du Sénat accorderez un appui retentissant au projet de loi C-52 et favoriserez l'adoption rapide de ce projet de loi modifiant la Loi sur la radiocommunication en vue de stopper l'activité illicite du marché noir des signaux par satellite.

Ce sont là deux pressions que nous subissons dans l'immédiat et qui, si on ne fait rien pour les stopper, risquent de nuire à long terme à notre capacité collective de soutenir les médias canadiens. Durant notre bref exposé de ce matin, nous espérons réussir à mieux vous faire connaître CHUM et la place que cette entreprise occupe dans le marché.

Nous tenons également à aborder la mesure dans laquelle les médias ont changé et les moyens de mieux préparer les jeunes Canadiens à affronter un univers caractérisé par le multimédia. Enfin, peut-être que cela dépasse un peu les limites du mandat initial de votre étude, mais nous aimerions vous entretenir de l'importance de trouver de la place pour raconter des histoires canadiennes.

CHUM n'est peut-être pas le plus gros groupe de médias, mais nous sommes fiers d'être à l'avant-garde et de figurer parmi les précurseurs dans un grand nombre d'initiatives. En effet, nous avons été les premiers à nous adresser aux jeunes Canadiens, il y a près de 50 ans, avec la première station de radio diffusant les 40 plus grands succès, et nous avons obtenu la première licence d'exploitation pour une station de radio FM au Canada. Nous avons compté parmi les pionniers dans les services de télévision spécialisée, notamment avec des marques maison comme MuchMusic et Bravo! Nous avons révolutionné la télévision locale. Alors que d'autres réseaux classiques se tournaient vers la diffusion de journaux télévisés à l'échelle nationale, avec CityTV à Toronto, nous avons décidé de combler ce qui nous semblait un important créneau en diffusant des nouvelles locales et des sujets d'intérêt local, et en confiant la direction des services de l'information à des chefs de nouvelles locaux dont la diversité est le reflet de nos téléspectateurs. Par la suite, nous avons transposé cette formule intensément locale dans des localités comme Windsor, London, Barrie, Ottawa, Vancouver et Victoria.

Nous continuons d'innover aujourd'hui avec la première licence numérique en direct accordée au Canada. Tout simplement, nous aimons nous engager dans les sentiers que les médias plus traditionnels ont peur d'aller emprunter. C'est pourquoi la promotion des artistes, musiciens et cinéastes canadiens est au coeur de nos services. C'est aussi ce qui explique pourquoi nous nous sommes concentrés sur les jeunes Canadiens, non seulement à titre de consommateurs de publicité, mais aussi en tant que consommateurs éclairés de médias. Et c'est pourquoi nous nous sommes faits les défenseurs de la diversité culturelle afin de nous assurer que nos stations sont le reflet de l'évolution des collectivités que nous desservons.

En tant que radiodiffuseur «non diversifié», c'est-à-dire n'ayant aucune filiale dans le domaine de l'imprimé, ni de la distribution comme les câblodistributeurs ou les sociétés de télécommunication, nous espérons vous donner un point de vue différent.

Quels sont les avantages et les désavantages liés à la consolidation? Sur le plan pratique, je ne peux nier que nous ayons éprouvé des difficultés à obtenir de l'espace dans la presse écrite, et plus particulièrement dans des marchés comme celui de Vancouver et Victoria. Mais franchement, les entreprises verticalement intégrées qui englobent des services de câblodistribution, de transmission de signaux par satellite et de télécommunications nous posent de bien plus grands défis. À vrai dire, cette question de la propriété croisée a de bien plus grandes implications sur le plan de la politique gouvernementale — et plus particulièrement en ce moment alors que la discussion entourant la propriété étrangère bat son plein.

Les signes ne manquent pas pour nous faire voir qu'il y a plus de propriétaires et de sources d'information — tant sur le marché intérieur qu'à l'échelle internationale — que jamais auparavant. Prenons l'exemple d'une ville comme Ottawa. Si vous aviez vécu ici, il y a 20 ans, vous auriez eu accès à sept stations de radio commerciales, quatre stations de radio de CBC/Radio-Canada, un poste de télévision de la CBC en anglais et un autre de Radio-Canada en français, une station de télévision de CTV, une station de télévision affiliée en français, un quotidien, et un journal national. Aujourd'hui, nous avons 10 stations de radio commerciales, quatre stations de radio de CBC/Radio-Canada, une station de télévision locale de la CBC en anglais et une autre de Radio-Canada en français, une station de télévision locale de CTV , une station locale de CHUM, une station affiliée de TVA et une de TQS, deux quotidiens locaux en anglais et deux journaux nationaux.

Même si nous avons assisté récemment à une consolidation, particulièrement dans le domaine de la radio, il est intéressant de noter qu'il y a actuellement davantage de groupes de médias à l'oeuvre dans un marché de taille moyenne comme celui d'Ottawa qu'il y en avait il y 20 ans. Et cela ne fait que commencer à refléter l'explosion des autres sources de médias. Avec les services de câblodistribution de base et les services par satellite, vous avez accès à deux services d'information continue canadiens diffusant 24 heures par jour, Newsworld et NewsNet, plus un large éventail de services américains.

Et bien entendu, c'est sans compter Internet avec ses dizaines de milliers de stations de radio diffusant en continu et ses milliers de page accessibles en ligne d'information et de nouvelles en provenance du monde entier.

Des chiffres recueillis en juillet dernier seulement montrent que près de 110 000 Canadiens lisent régulièrement ou chaque jour le New York Times en ligne — ce qui représente près de la moitié des abonnés du National Post.

Nous sommes convaincus que la consolidation a eu des avantages pour le système canadien. Elle nous a permis de livrer concurrence dans un marché de plus en plus fragmenté, tout en nous fournissant le modèle économique nécessaire pour accroître la couverture locale, et pour faire circuler davantage les histoires canadiennes, d'un bout à l'autre du pays, et ailleurs dans le monde.

Permettez-moi de vous fournir quelques exemples de notre façon de faire les choses à CHUM pour que cela fonctionne. Ici même, à Ottawa, nous exploitons quatre stations de radio, y compris CFRA, une station de radio d'information continue et Team 1200, une station de radio diffusant uniquement des nouvelles sportives ainsi que NewRO, une station de télévision résolument tournée vers l'actualité locale. Même si les stations ont adopté des lignes éditoriales distinctes et ont des salles des nouvelles séparées, elles collaborent de diverses manières, surtout durant notre émission du matin diffusée sur les ondes de NewRO où nous présentons des bulletins de nouvelles fournis régulièrement par CFRA, et des nouvelles sportives fournies par la station Team. En quoi cela représente-t-il un avantage? Nous avons également la capacité de fournir une couverture plus approfondie d'événements spéciaux comme les élections.

Pour le compte-rendu, nous aimerions souligner que les stations de CHUM en Ontario ont toutes fourni une couverture indépendante lors des dernières élections provinciales — une couverture qui mettait en relief chaque localité — contrairement aux réseaux qui, pour la plupart, ont diffusé des émissions axées sur Toronto entrecoupées de bulletins de dix minutes toutes les heures fournis par la station locale.

Alors que les grands réseaux, y compris celui de Radio-Canada, s'empressent de centraliser les journaux télévisés à Toronto, Montréal et Vancouver, nous comblons le vide en diffusant des nouvelles fortement axées sur la localité et les affaires qui intéressent les collectivités que nous avons le privilège de desservir.

Nous avons aussi forgé d'importantes synergies sur le plan de la publicité et de la production croisée d'émissions entre nos divers canaux afin que les sujets importants soient présentés à davantage de Canadiens. Je pourrais vous citer de nombreux exemples, mais celui qui me vient spontanément à l'esprit est celui d'une émission sur la culture autochtone intitulée The New Canoe, qui a été produite initialement et qui est toujours diffusée à l'échelle régionale par notre station de Victoria — la New VI. Cette émission est diffusée à l'échelle nationale sur le réseau Bravo!, ouvrant une fenêtre sur la culture autochtone de la côte Ouest aux Canadiens d'un bout à l'autre du pays.

J'aimerais faire une mise en garde: dans nos tentatives visant à régler les soi-disant problèmes liés à l'indépendance rédactionnelle, ne créons pas d'obstacles qui nuiraient à notre capacité de collaborer entre nous à la production d'émissions et à la publicité sur nos services respectifs. L'une des plus importantes politiques du gouvernement — du moins en matière de radiodiffusion — et certainement la question la plus importante qui nous occupe, est celle du pouvoir d'accorder des licences.

M. Charles Dalfen, le président du CRTC, est venu dire devant ce comité que depuis les 10 dernières années, on constate une plus grande diversité sur le plan de la propriété et du choix. À vrai dire, CHUM a bénéficié de l'approche plus libérale adoptée par le CRTC et qui favorise l'accroissement du nombre d'intervenants dans le système. Cette nouvelle approche nous a permis de trouver davantage de créneaux dans le domaine des réseaux de télévision spécialisée et a aidé CHUM à se positionner en tant que véhicule privilégié de l'expression locale dans des marchés anciennement dominés par les réseaux comme Ottawa, London, Windsor, Vancouver et Victoria.

Nous espérons être en mesure de faire une contribution du même ordre à l'expression d'une voix locale en Alberta d'ici l'automne prochain, si le CRTC accepte de nous accorder des licences pour de nouvelles stations de télévision locales sur le modèle de CityTV à Calgary et Edmonton.

Dans ce domaine aussi, nous nous sommes dissociés du système. On s'est beaucoup moqué de nous lorsque les créateurs de MuchMusic, c'est-à-dire nous, ont proposé de lancer un canal sur l'art d'un style nouveau appelé Bravo! On nous a alors demandé ce qu'avaient en commun les Barenaked Ladies et Aïda? Nous avons répondu que les deux avaient besoin d'une plate-forme pour rendre leur travail accessible au plus grand nombre possible de Canadiens — et plus particulièrement de jeunes Canadiens.

Ce n'est pas une mince tâche que de susciter l'intérêt des jeunes Canadiens. À un certain moment, les publicitaires ont délaissé les jeunes Canadiens pour un public dans une tranche d'âge et de revenus plus élevée. Même si de nombreux radiodiffuseurs réagissent maintenant à l'intérêt relativement récent manifesté par les publicitaires à l'endroit de la prochaine génération, à CHUM nous avons toujours été passionnément intéressés à rejoindre les jeunes Canadiens, tant sur les ondes de la radio, qu'à l'écran et sur Internet.

MuchMusic.com est la destination de prédilection des jeunes Canadiens. Le site reçoit plus de 7 millions de demandes de page par mois — soit environ 600 000 visites individuelles par mois. Cela n'a rien de surprenant quand on sait que ces navigateurs représentent dans une large mesure une tranche démographique qui varie entre 12 et 34 ans, et un noyau dur âgé de 15 à 24 ans.

Ce qui fascine, toutefois, c'est que bon nombre de ces jeunes Canadiens rendent également visite à notre site d'information continue, Cable Pulse 24. En effet, CP24, avec plus de 4 millions de demandes de page par mois reçoit l'équivalent de 470 000 visites individuelles. Ces mêmes jeunes visitent aussi le site de Bravo!.com qui reçoit plus de 200 000 demandes de page par mois.

Depuis les balbutiements de la radio jusqu'au monde en direct qui nous caractérise aujourd'hui, nous avons fourni à de nombreux jeunes Canadiens un foyer médiatique. Vous pouvez imaginer à quel point les réseaux traditionnels ont été secoués en 1993 lorsque MuchMusic a remporté le prestigieux prix Gémeaux pour la meilleure couverture des élections fédérales.

Dans cette veine, nous aimerions prendre quelques minutes pour vous décrire le paysage médiatique à travers les yeux de nos décideurs de la prochaine génération. Une étude récente réalisée par la société de recherche sur les médias ComQuest a donné des résultats intéressants. En effet, chez les adultes âgés de 18 à 34 ans, seulement 7 p. 100 considèrent que les journaux sont les médias les plus influents. Ce chiffre tombe à seulement 3 p. 100 — ce qui correspond à peine à une marge d'erreur — chez les adolescents âgés de 15 à 17 ans. Et ce qui est aussi intéressant, les adultes âgés de 18 à 34 ans consacrent en moyenne 24 minutes par jour à la lecture des journaux, et les adolescents âgés de 15 à 17 ans n'y consacrent que 10 minutes.

Imaginez la différence qui existe entre un étudiant du secondaire d'il y a 20 ans et le même étudiant aujourd'hui. Il y a 20 ans, l'étudiant pouvait puiser la majeure partie de son information à la radio et à la télévision, et les journaux pouvaient représenter une deuxième ou une troisième source d'information. De nos jours, l'étudiant se tourne vers un éventail de sources d'information, dont bon nombre n'ont rien à voir avec les médias traditionnels. Pour finir sur une vieille question philosophique, si un éditeur affiche un point de vue rédactionnel national, mais que de moins en moins de personnes le lisent, est-ce que ce point de vue existe toujours?

En réalité, les jeunes Canadiens d'aujourd'hui ont accès à des ressources pratiquement illimitées sur le plan des médias — et de moins en moins de ces médias, toute proportion gardée, appartiennent à des Canadiens. Cela signifie deux choses: premièrement, la nécessité de faire en sorte que nos jeunes citoyens soient bien armés et qu'ils développent des aptitudes à l'esprit critique et deviennent des consommateurs avertis et éclairés des médias; et deuxièmement, la nécessité croissante de faire de la place aux histoires canadiennes.

Mme Sarah Crawford, vice-présidente, Affaires publiques, CHUM Ltd: Améliorer la connaissance des médias chez les jeunes Canadiens a toujours été au centre des valeurs de CHUM. Nous apportons notre soutien à des programmes d'étude des médias ou d'initiation aux médias dans les collectivités de tout le pays à titre d'initiative de service public depuis près de 20 ans. Nous pensons qu'il est important d'encourager nos jeunes à devenir des consommateurs actifs et non passifs de médias, et de leur donner une conscience plus approfondie de la nature et du rôle des médias.

Nous voulons venir en aide aux enseignants qui apprennent aux étudiants à avoir une pensée critique et analytique au sujet des médias: autrement dit, qui leur apprennent à évaluer et à étudier ce qu'ils voient à l'écran, et non seulement ce qu'ils lisent sur une page imprimée.

Nous encourageons l'étude des médias de bien des manières. Plus particulièrement par la création d'émissions qui sont offertes aux éducateurs sans publicité et sans frais. Récemment, la Fédération canadienne des enseignants et des enseignantes nous a demandé si elle pouvait utiliser notre émission MuchTalks: The Bully Factor lors de sa conférence nationale sur les moyens de venir à bout de l'intimidation.

Nous fournissons aussi un soutien financier permettant de soutenir des recherches plus poussées en milieu universitaire, de créer des bourses d'enseignement et de parrainer des conférences. L'année dernière, la chaîne de télévision CHUM, conjointement avec la bibliothèque publique de London, a reçu le prix des meilleures pratiques du RéseauBiblio d'Industrie Canada pour des partenariats conclus avec la collectivité en vue de faire la promotion de l'éducation permanente. Le prix souligne la création du centre d'initiation aux médias mis sur pied par CHUM — le premier centre de ressources communautaires sur les médias jamais installé dans une grande bibliothèque publique en Amérique du Nord.

Nous devons aussi mentionner que nous sommes la première entreprise à s'être engagée pour plusieurs années à offrir une commandite de catégorie or au réseau canadien d'éducation aux médias de renommée internationale, le Réseau Éducation-Médias. On ne peut tout simplement pas remettre les clés de l'auto à un jeune sans lui avoir d'abord enseigné à conduire. De la même manière, on ne peut pas laisser les jeunes se débrouiller dans le monde des multimédias sans leur avoir fourni au préalable les outils nécessaires pour faire preuve de discernement en tant que consommateurs de ces médias.

M. Switzer: Le véritable test de notre politique sur les médias pourrait bien ne pas avoir de résultats avant des années. Dans 20 ans, est-ce qu'un étudiant du secondaire sera capable de discerner une perspective véritablement canadienne sur le monde? On peut dire que cela est absolument essentiel à notre existence en tant que nation.

Peut-être que notre plus grand défi consiste à trouver une place pour l'expression de la voix et de l'identité canadiennes, et plus spécialement au Canada anglais, et de développer, créer et promouvoir l'art dramatique canadien.

Si j'aborde cette question, ce n'est pas seulement à titre de président de CHUM, mais aussi comme personne ayant fait ses classes dans ce milieu en tant que directeur de la programmation télévisuelle. Même si certains peuvent laisser entendre que les radiodiffuseurs privés ne se préoccupent du contenu canadien que parce qu'ils y sont obligés, je vous assure qu'un directeur des programmes responsable est intimement convaincu que le seul moyen de nous singulariser dans un univers qui compte 500 canaux différents est d'adopter la stratégie d'un solide contenu canadien.

C'est la raison pour laquelle nous avons demandé à nos directeurs de stations locales d'intensifier la production d'émissions locales, alors que les grands réseaux se retirent de cette programmation. C'est donc pourquoi CHUM s'est montrée un investisseur dynamique, et un promoteur et un diffuseur de longs-métrages canadiens, en réalisant des investissements importants dans des films comme le Violon rouge ainsi que Bollywood Hollywood qui a été salué par la critique.

À titre de membre du Comité exécutif de l'Association canadienne des radiodiffuseurs, j'ai été invité à prononcer une allocution lors du quatrième déjeuner des radiodiffuseurs internationaux lors du Festival de la télévision de Banff, en juin dernier. Je ne vous relirai pas le texte que j'avais prononcé, puisque je l'ai joint à notre documentation d'aujourd'hui. Mais, dans les grandes lignes, je mettais les décideurs du gouvernement et de l'industrie au défi de trouver une nouvelle stratégie de programmation qui susciterait l'adhésion des publics canadiens, et plus particulièrement dans le domaine des dramatiques.

Oui, nous devons insister fortement auprès du gouvernement pour qu'il renverse sa décision et qu'il redonne toute son importance au Fonds canadien de télévision.

Cependant, il y a plusieurs difficultés sur le plan structurel que nous devons régler. Nous avons besoin d'un système amélioré qui permette aux directeurs de la programmation et aux créateurs de s'atteler à la tâche qui consiste à raconter des histoires et à briser les structures traditionnelles qui empêchent la véritable collaboration entre radiodiffuseurs et producteurs.

Il nous faut un système qui offre toutes les mesures d'encouragement disponibles pour nous permettre de maximiser les investissements privés et publics qui nous rapprochent de notre objectif qui est de créer des histoires que les Canadiens voudront regarder.

Il faut mettre sur pied une stratégie qui ne vise pas seulement Radio-Canada ou les grands réseaux, mais plutôt une stratégie qui permettrait à tous les intervenants du système de maximiser leurs possibilités d'investissement et de créer des dramatiques et des longs-métrages pour la télévision qui attireront un large public.

Le CRTC procède actuellement à un examen de la situation des dramatiques qui devrait jouer un rôle important dans l'amorce d'un dialogue constructif et d'une collaboration. Toutefois, le CRTC serait le premier à admettre qu'il n'a pas tous les atouts dans son jeu. En effet, si les dramatiques canadiennes sont vraiment une priorité dans la politique gouvernementale, cela devrait se traduire dans les décisions de financement du gouvernement, à la fois en ce qui concerne les montants de fonds publics disponibles et le choix de l'instrument — le Fonds canadien de télévision, la SRC ou encore de nouveaux crédits d'impôt, des mesures d'encouragement pour les superproductions canadiennes, toutes ces avenues devraient être envisagées.

Même si les fonds publics mis à la disposition des dramatiques canadiennes étaient multipliés par quatre, cela ne garantirait pas pour autant leur succès — du moins pas dans les mêmes termes et de la même manière que pour nos voisins du sud. Pour nous assurer du succès d'une dramatique canadienne, dans le même genre que les émissions West Wing ou Law and Order, il faudrait dépenser plus d'un milliard de dollars par année — ce qui dépasse largement le montant de tous les profits des radiodiffuseurs privés au Canada.

Même si nous faisons tout notre possible pour encourager ces réussites, nous devons aussi mettre à contribution toutes nos ressources créatives et d'entreprises pour améliorer de façon durable l'auditoire des séries dramatiques canadiennes. Aujourd'hui, au Canada anglais, les dramatiques canadiennes intéressent 10 p. 100 ou 11 p. 100 de tout l'auditoire pour les dramatiques, ce qui représente une hausse de 4 p. 100 à 6 p. 100 par rapport à il y a 10 ans, mais une stagnation par rapport à plus de la moitié de la dernière décennie. Fixons-nous comme objectif d'atteindre 15 p. 100 de l'auditoire pour les dramatiques canadiennes à la télévision de langue anglais d'ici cinq ans, et mettons en place des incitatifs et des mesures pour atteindre cet objectif. Si nous définissions notre objectif ainsi — c'est-à-dire en fonction de l'auditoire, et non seulement du volume, de la durabilité, et non seulement du succès occasionnel — nous, de CHUM, pourrions certainement faire notre part.

Plus nous avons de succès avec ces émissions, et moins nous avons besoin de ces émissions américaines de deuxième catégorie. Et moins nous avons besoin de ces émissions américaines de deuxième catégorie, et plus nous avons de contrôle sur notre destinée. Comme je l'ai dit à Banff, nous ne pouvons pas construire un avenir en laissant les conseils d'administration de Madison Avenue et de Hollywood décider de ce qui se passe dans nos salles de séjour et dans nos chambres à coucher.

En terminant, madame la présidente, et honorables membres du comité, nous sommes convaincus que des intervenants comme CHUM font la preuve de l'existence de la diversité au sein du système des médias canadiens. Nous espérons sincèrement que les préoccupations suscitées par la concentration des médias ne déclencheront pas des interventions gouvernementales susceptibles d'avoir des conséquences négatives imprévues sur d'autres acteurs qui contribuent à une culture des médias riche à bien d'autres égards au Canada.

Merci encore une fois d'avoir pris le temps de nous écouter, madame la présidente et honorables membres du comité. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.

Le sénateur Graham: Je me rappelle très bien quand CHUM est entrée en scène. Certains d'entre vous sont trop jeunes pour s'en rappeler, c'était il y a 50 ans. Je me souviens très bien du nouveau son et de l'impact que cela avait eu. J'ai fait la connaissance de certains des premiers artisans.

Dans votre rapport annuel de 2002, vous parlez de vous concentrer sur les synergies créées par les nombreuses plates-formes. Quelles sont ces synergies à l'intérieur de CHUM et pouvez-vous nous dire si vous projetez de faire des acquisitions dans les médias imprimés?

M. Switzer: Nous n'avons pas la moindre intention de nous lancer dans le domaine des médias imprimés. Je peux vous le dire en toute tranquillité. C'est une décision que nous avons prise dans le passé au sein de l'entreprise, et qui rejoint celle de notre plus gros actionnaire et de la direction.

Nous avons choisi de nous spécialiser dans des domaines où nous pensons être à même d'apporter notre contribution, et où nous pouvons entretenir des relations significatives et pertinentes avec nos auditeurs et nos téléspectateurs. Nous continuons d'exercer nos activités principalement dans trois secteurs: la radio, la télévision classique et la télévision spécialisée. Nous nous intéressons de plus en plus aux possibilités de rejoindre nos clients par le truchement d'Internet et nous remportons certains succès en ce domaine. Nous ne nous intéressons pas du tout en revanche aux journaux.

Pour ce qui est des plates-formes multiples, nous avons toujours administré notre entreprise comme s'il s'agissait de deux divisions distinctes et occasionnellement concurrentes — une division de la radio et une division de la télévision. Dans notre rapport annuel de l'année dernière, nous voulions faire allusion aux changements survenus dans l'entreprise. Ces changements sont de nature constructive et surviennent au bon moment. Nous voulions effectuer certains changements structurels, surtout en ce qui concerne les infrastructures d'arrière-plan, de même qu'en matière de publicité et de marketing afin d'améliorer les rapports et — en toute franchise, de ne pas entrer en concurrence directe parce qu'il peut arriver à l'occasion que les représentants commerciaux de la radio et de la télévision se fassent concurrence pour le même client.

Nous entretenons d'excellentes relations avec nos auditeurs et nos téléspectateurs de tout le pays. Notre objectif est de trouver de meilleurs moyens en tant qu'entreprise de traduire ces bons rapports en avantages financiers.

Le sénateur Graham: Est-ce que le fait que vos concurrents soient propriétaires de plusieurs médias a une incidence sur vos activités?

M. Switzer: Oui, en effet. Nous avons brièvement abordé ce matin une situation importante, quoique peu répandue, qui se présente lorsque notre concurrent sur le marché de la télévision possède aussi le seul quotidien local. Il est certain que c'est un défi, lorsque nous éprouvons de la difficulté à obtenir des espaces dans les imprimés, à obtenir de l'attention et à figurer dans les horaires télé. À vrai dire, parfois nous réussissons à leur vendre nos messages publicitaires. Nous ne disons pas que cela constitue une menace importante pour notre survie ou pour nos activités. Toutefois, nous considérons cette situation comme un irritant avec lequel nous avons appris à composer.

Le sénateur Graham: Mme Crawford a abordé durant son exposé la question de l'éducation. Avez-vous l'impression que les radiodiffuseurs ont une responsabilité en matière d'éducation en général, et plus particulièrement, étant donné que vous comptez un auditoire de jeunes, en ce qui concerne leur éducation? Si c'est le cas, mis à part vos efforts en matière d'éducation sur les médias, qui sont très importants, avez-vous d'autres programmes ou initiatives visant à faire l'éducation des jeunes Canadiens?

Mme Crawford: C'est une question à la fois très intéressante et très compliquée. L'éducation sur les médias — c'est- à-dire les efforts visant à expliquer aux jeunes en quoi consistent les médias électroniques — devrait concerner tous les Canadiens. Que l'on aime ces médias ou pas, quelle que soit l'opinion que l'on entretienne au sujet des médias électroniques — je veux parler des médias que l'on voit à l'écran — ils constituent une partie omniprésente de notre univers médiatique et plus particulièrement de l'univers des jeunes.

Lorsque nous parlons des médias sur écran, nous ne visons pas seulement la télévision, mais aussi les ordinateurs et ce qui est projeté sur les écrans de cinéma. Nous pensons que chacun d'entre nous devrait être prêt à aider les jeunes à acquérir des connaissances sur les médias, parce qu'ils font partie de notre univers. Ils jouent un rôle dans la manière dont les jeunes vont s'engager en tant que citoyens, dans la manière dont ils vont aborder leurs moyens de divertissement et d'information.

Nous encourageons ceux qui fréquentent les écoles à développer un esprit critique et analytique par rapport à ce qui est écrit sur la page imprimée. Nous devons leur fournir les mêmes outils en ce qui concerne ce qui est affiché à l'écran.

En dotant les gens de meilleures aptitudes en ce qui concerne la compréhension des médias, nous contribuons à créer de meilleurs producteurs de contenu dans notre système — nous voyons cet exercice comme un investissement dans le perfectionnement des talents. Nous voyons cette initiative comme une aptitude de base en matière d'éducation. Nous faisons un certain nombre de choses à cet égard. C'est une activité qui figure parmi les efforts en matière de service public que consent CHUM depuis près de 20 ans.

Je vais vous mentionner deux ou trois initiatives particulières et divers moyens que nous prenons en vue de favoriser l'initiation aux médias, seulement pour vous donner une idée, et bien entendu, je vous fournirai avec plaisir plus de précisions, si cela vous intéresse.

L'un des principaux moyens que nous utilisons pour favoriser l'éducation sur les médias consiste à offrir un soutien financier. Il y a deux organisations au Canada qui accomplissent un travail fantastique dans le domaine de l'éducation sur les médias. L'une d'entre elles est le Réseau Éducation-Médias. Si vous ne le connaissez pas, je vous encourage fortement à visiter son site Web. Cette organisation est un modèle du genre en ce qui concerne l'éducation sur les médias et la diffusion de l'information. Elle agit comme un carrefour d'information sur les initiatives d'éducation sur les médias au Canada. C'est un site Web bilingue très élaboré qui sert de modèle à d'autres pays étrangers. CHUM est un de leurs commanditaires les plus importants. Nous avons fourni des capitaux de lancement lors de la création du Réseau Éducation-Médias qui a été mis sur pied par l'ONF, il y a de nombreuses années. C'est une organisation de grande envergure à laquelle nous continuons d'offrir notre appui.

L'autre initiative à laquelle nous avons fait allusion un peu plus tôt est le Centre d'initiation aux médias auquel on accède par le truchement de chacune de nos stations locales. En plus du soutien national que nous offrons en tant qu'entreprise, nous participons à des initiatives communautaires de vulgarisation dans le domaine de l'éducation sur les médias. Nous allons financer le travail d'un enseignant sur les médias qui n'est pas payé pour ses prestations au sein de la collectivité. Je devrais mentionner que l'éducation sur les médias fait partie du programme d'enseignement obligatoire pour les élèves de la maternelle jusqu'à la 12e année au Canada. Cependant, les enseignants ne reçoivent aucune formation sur les médias durant leurs études. On ne leur enseigne pas comment se servir d'un écran ou comment enseigner à l'aide de ce qui est affiché à l'écran, aussi nous essayons de faire notre part en tant qu'entreprise et d'offrir notre aide dans ce domaine.

Nous offrons de la formation aux éducateurs dans diverses collectivités. Nous offrons de la formation aux consommateurs ainsi qu'aux parents et aux élèves dans le cadre de programmes de formation communautaires. La bibliothèque publique de London est seulement un des nombreux moyens que nous avons trouvés récemment pour élargir notre approche communautaire en fournissant un lieu de consultation dans ce nouveau centre communautaire conçu pour inciter les gens à venir le consulter.

Le sénateur Graham: Est-ce que cette consultation s'effectue par le truchement de CFPL?

Mme Crawford: Oui, CFPL est notre station locale à London. Cette station s'emploie activement auprès des éducateurs de la région afin que le centre bourdonne d'activité. Nous sommes en pourparlers concernant des ateliers d'été que nous prévoyons offrir à la collectivité.

Ces actions ont des ramifications profondes. Il s'agit d'un engagement à long terme. En tant qu'entreprise, nous y croyons vraiment. Nous avons décidé de nous y intéresser peu importe ce que l'on attend de nous ou ce qui répond aux normes de l'organisme de réglementation. Il s'agit d'un important service public, qui à notre avis est important, et auquel nous tenons beaucoup.

Le sénateur Graham: Je suppose que ma question pourrait se classer sous la rubrique générale de l'indépendance rédactionnelle. Je ne sais pas si vous accordez une indépendance totale à cet égard dans vos stations, à vos lecteurs de nouvelles, et plus particulièrement, je suppose à vos animateurs de ligne ouverte qui disposent d'instruments puissants sur les ondes pour influencer l'opinion publique.

C'est uniquement une question d'équilibre. Est-ce que vous insistez sur l'équilibre, ou alors est-ce que les animateurs de lignes ouvertes locales ont toute latitude pour exprimer leurs opinions ou encore pour faire pencher l'opinion publique dans un sens ou dans l'autre? Avez-vous un système de contrôle? Exercez-vous une surveillance quelconque? Quelle est votre politique générale à cet égard?

M. Switzer: Sénateur, c'est une excellente question. L'équilibre est bien entendu un principe important absolument crucial et auquel nous adhérons complètement. Nous n'avons adopté aucune politique rédactionnelle nationale; il n'y a pas de chef de nouvelles national, et personne n'est chargé à l'échelle nationale de fournir des lignes directrices à cet effet. Chaque directeur local, en collaboration avec son directeur général et son directeur de la programmation doit s'assurer — dans nos stations de radio et de télévision, mais ici il est question de la radio — qu'il y a un équilibre, et surtout dans les stations où il y a beaucoup d'émissions-débats. C'est le mot d'ordre que nous nous sommes donné.

Les contrôles sont bien entendu une responsabilité que nous avons à l'égard de nos téléspectateurs, en tout premier lieu. Nous sommes attentifs à leurs commentaires, à leurs préoccupations et à leurs plaintes. Nous nous sommes dotés de divers mécanismes et structures internes qui visent à faire en sorte que ces contrôles soient efficaces. Il y a également les normes du Conseil canadien de la radiodiffusion, le CRTC et d'autres organisations.

Toutefois, tout commence à la station, et c'est là que chaque directeur assume la responsabilité et la prend au sérieux, et en effet, l'équilibre fait partie de la responsabilité d'un exploitant de services de radiodiffusion. Dans les stations où l'on présente beaucoup d'émissions-débats, cela suscite de la controverse et crée beaucoup d'excitation sur les ondes; mais cela n'élimine pas la responsabilité de la station, de la direction, de cette entreprise et de la haute direction de faire en sorte qu'il y ait un équilibre.

Le sénateur Graham: Vous n'exercez aucun contrôle central, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune vérification ou aucun mécanisme de surveillance? Toute la responsabilité repose sur le directeur local.

M. Switzer: Nous insistons pour recevoir régulièrement des rapports sur les préoccupations exprimées par n'importe quel auditeur de la localité. Ces rapports nous sont transmis chaque mois, de façon informelle, et trimestriellement, de façon officielle. Toutes les préoccupations soulevées par n'importe quel auditeur de partout au pays sont prises très au sérieux. De cette manière, nous nous assurons non seulement de faire ce que nous croyons être bien, mais aussi nous prêtons l'oreille à nos auditeurs et à nos téléspectateurs en temps utile.

Le sénateur Gustafson: Vous avez mentionné le fait que vous étiez très préoccupés au sujet des antennes paraboliques obtenues sans licence. Je suis originaire d'une région rurale, et l'un des problèmes que l'on éprouve dans ces contrées est la difficulté d'obtenir le même choix d'émissions que dans les grands centres, et ainsi de suite.

J'aimerais entendre vos commentaires à ce sujet. Est-ce que cela représente une difficulté importante pour vous ou une menace sérieuse?

M. Switzer: Nous pensons qu'il s'agit d'un problème important pour la vigueur du système de radiodiffusion canadien dans son ensemble. Comme vous le savez, la situation économique dans les marchés moyens de services de télévision — et encore plus dans les petits marchés, et dans certains petits marchés pour les services de radio — devient de plus en plus difficile. Alors que la pénétration des services par satellite s'accroît davantage, particulièrement dans les régions rurales, au nord, de 30 p. 100; dans certaines régions du Canada, au nord, de 40 p. 100, et dans les petites localités du Canada, cette pénétration est au nord, de 50 p. 100, les téléspectateurs commencent à exercer leur droit d'obtenir un choix plus vaste d'émissions que ce que le système officiel leur offre.

Personne ne s'inquiète au sujet du choix offert, de la concurrence ou d'entendre davantage de voix. Nous nous inquiétons plutôt de ce qu'il y a des fuites dans le système, et de ce que des téléspectateurs décident de voler les signaux et de choisir illégalement des signaux étrangers. Nous pensons que ce comportement — si on n'y met pas bon ordre — entraînera un affaiblissement du système canadien, et qu'il deviendra de plus en plus difficile de faire entendre les vigoureuses voix canadiennes que ces marchés moyens sont encore capables de produire.

Le sénateur Gustafson: J'aimerais me servir de l'exemple du match de football entre les Rough Riders et Regina, et vous ne le savez peut-être pas, mais ils ont gagné. Les seules villes où l'on pouvait suivre la partie étaient les grandes villes où l'on transmettait le match à la télé. Les petits centres n'ont bénéficié d'aucun compte-rendu du match. Ce fut une vraie déception.

Je pense que Fox a décidé de diffuser les finales du baseball à New York plutôt que de transmettre le match. Toute cette histoire ramène sur le tapis la question de savoir comment les médias sont orchestrés dans les régions rurales, et particulièrement dans le nord. J'imagine que c'est encore plus critique dans le nord que ça peut l'être en Saskatchewan ou au Manitoba.

M. Switzer: Ceci nous ramène à notre remarque comme quoi il est important de nous doter d'un système canadien souverain et indépendant. Nous ne diffusons pas de façon générale d'émissions sportives à la télévision. Nous possédons trois stations de radio d'émissions sportives qui ont beaucoup de succès. On soupçonne que ce n'est pas toujours facile, et on assiste à une migration, dans le monde entier, des droits de diffusion des émissions sportives qui passent de la télévision classique à diverses formes de télévision payante. C'est un autre problème.

Je ne voudrais surtout pas que le fait d'avoir été élevé à Estevan influence ma réponse ou qu'il influence le choix de mon équipe sportive préférée, même si je vis à Toronto depuis près de 20 ans maintenant.

Si nous ne nous dotons pas d'un vigoureux système canadien, rentable et prospère, les décisions ayant trait à la diffusion de tel ou tel match sur telle ou telle station, et à telle heure d'écoute seront prises par le secteur privé pour le bénéfice de certains téléspectateurs, parce que non seulement c'est la bonne chose à faire, localement, mais que c'est aussi une bonne décision d'affaires. Lorsqu'en tant qu'industrie, on commence à prendre nos décisions en fonction de ce que font les Américains, ou que l'on finit par dépendre des profits que l'on pourrait tirer de la diffusion d'émissions américaines de deuxième catégorie parce qu'on a besoin d'argent pour financer des projets qui ne sont pas rentables dans le système canadien, ce n'est pas dans l'intérêt du système canadien. Je pense que la situation à laquelle nous assistons, en ce qui concerne la programmation et les anomalies régionales, résultent de notre trop grande dépendance à l'égard des Américains.

Le sénateur Merchant: J'aimerais que nous parlions de la division de la radio de votre entreprise. C'est dans ce domaine que vous avez fait vos débuts, et vous y avez accumulé passablement d'expérience. N'oubliez pas qu'en tant que membres de ce comité, nous sommes intéressés à connaître votre point de vue, plutôt qu'à exprimer le nôtre. J'aimerais connaître votre point de vue en tant que l'un des exploitants les plus reconnus et les prospères du marché au Canada. À Toronto, CHUM était la station de la musique rock. Vous avez fait la pluie et le beau temps durant des décennies.

En quoi la popularité de la station à Toronto en tant que diffuseur d'une émission sur les 40 premières places du palmarès fait-elle de CHUM une bonne station pour des émissions-débats à Ottawa? Pourquoi un exploitant de la radio ayant une certaine notoriété en Saskatchewan — et qui vous ressemble un peu, parce qu'il diffuse de la musique rock — devient-il un bon candidat pour obtenir une licence de diffuseur de musique country et western à Toronto?

Je m'intéresse aux critères qu'utilise le CRTC lorsqu'il décide d'accorder une licence de radiodiffuseur. Il me semble qu'il n'y a aucun lien avec la collectivité ou avec le produit, et que le CRTC semble délivrer des licences en se fondant sur les résultats financiers du radiodiffuseur, plutôt que sur le fait qu'il entretient un lien particulier avec cette collectivité.

La licence est une chose très importante pour un radiodiffuseur. C'est une licence qui permet de faire de l'argent. Dans ce système où il faut une licence pour ouvrir une station, comment ce système peut-il profiter à qui que ce soit, mis à part le radiodiffuseur?

M. Switzer: Ce sont des questions très importantes et auxquelles il est très difficile de répondre. Je vais essayer de me montrer le plus ouvert possible. Toutefois, j'espère que vous tenez compte du fait que nous devons nous montrer réservés dans nos réponses parce que nous sommes participons actuellement à des audiences du CRTC. Ces audiences visent à obtenir le privilège d'offrir des services de radiodiffusion à Edmonton avec une nouvelle station de radio urbaine, en partenariat avec nos amis de Mile Stone en Alberta où nous exploitons une station de télévision depuis près de 10 ans. Il s'agit de Access, la station éducative de la province d'Alberta.

Je vais laisser M. Miller vous répondre sur ces questions que nous trouvons importantes et vous dire si nous sommes à l'aise — si j'ai bien compris le sens de votre question — avec la manière dont le Conseil choisit les titulaires de licences.

Je dois néanmoins répondre, avec tout le respect que je vous dois, à votre affirmation comme quoi obtenir une licence de radiodiffusion équivaut à obtenir un permis pour imprimer de l'argent. C'est un privilège de servir les Canadiens dans des marchés où nous avons la chance d'obtenir une licence de radiodiffusion. En tant qu'entreprise spécialisée dans la radio et la télévision, nous avons eu beaucoup de chance au cours des 20 dernières années. Nous n'avons pas obtenu tout ce que nous souhaitions en tant qu'entreprise, mais s'il est vrai que c'est un marché lucratif, c'est aussi vrai qu'il comporte des responsabilités.

Je pense que les meilleurs radiodiffuseurs au Canada se lèvent le matin en sachant très bien qu'ils doivent faire les deux. Autrement dit, ils ne peuvent pas offrir des services à leurs auditeurs à moins d'en retirer des avantages financiers. Toutefois, ils doivent toujours garder à l'esprit — même dans le secteur privé — qu'une entreprise de radiodiffusion obtient seulement la location des ondes hertziennes et que ce droit qui lui est accordé, cette occasion d'affaires, comporte aussi une responsabilité. Je ne fais pas que répéter des lieux communs. C'est de cette manière que nous fonctionnons. C'est la raison pour laquelle nous établissons des connexions, et encourageons la passion et exploitons notre système de manière décentralisée.

À Toronto, nous ne sommes pas les mieux placés pour décider de ce qui convient le mieux aux auditeurs d'Ottawa ou de Winnipeg ou de Kitchener ou encore de Windsor. Ce sont les hommes et les femmes qui dirigent les stations sur place qui sont les mieux placés pour le faire. Nous avons eu le privilège dans le passé d'obtenir de nombreuses licences — mais, pas autant dans le domaine de la radio — et nous avons toujours foi dans l'intégrité du système, dans la structure et dans les choix que nous devons faire.

Lorsque nous voyons une opportunité — comme à Edmonton — où il existe de toute évidence un besoin non satisfait, et surtout en ce qui concerne la musique urbaine, et une expertise et un partenariat susceptibles de remplir la mission, nous réagissons toujours de manière à offrir la meilleure réponse possible aux auditeurs. Je ne pense pas qu'il serait opportun ni courtois de notre part de vous faire des commentaires au sujet de certains de nos concurrents dans d'autres marchés, et de vous dire s'ils étaient dignes ou pas d'obtenir leur licence et si nous pensons qu'ils auraient dû obtenir ce privilège ou non.

Monsieur Miller, voulez-vous ajouter quelque chose?

M. Peter Miller, vice-président, Planification et réglementation, CHUM Ltd: J'aimerais dire que le CRTC, depuis les nombreuses décennies qui ont marqué son histoire, a mis au point un processus concurrentiel très complet, ouvert et public lui permettant de décider qui devrait obtenir ce privilège. Comme vous l'avez souligné, c'est un privilège que d'obtenir une licence de radiodiffusion.

Durant ses audiences, il examine tout, de la diversité — c'est-à-dire la diversité de la propriété — la diversité de la collectivité en cause — jusqu'aux facteurs comme les antécédents du radiodiffuseur et sa santé financière. C'est en règle générale un groupe formé de cinq commissaires, qui représentent habituellement la région et le reste du pays, qui prend la décision, de sorte que le processus est aussi équilibré que possible.

Dans l'ensemble, — je crois que c'est ce que M. Dalfen vous a expliqué lorsqu'il est venu témoigner devant vous — le système fonctionne, parce qu'il y a cinq ou six parties intéressées lors d'une audience, et peut-être que seulement le gagnant de la licence n'est pas complètement satisfait, parce que même les gagnants se retrouvent assujettis à des conditions avec lesquelles ils ne sont pas entièrement d'accord. Ce système est imparfait, mais c'est le meilleur dans les circonstances.

Je voudrais dire aussi qu'une fois qu'une licence a été attribuée, et qu'il y a eu des changements apportés à la propriété, des critères différents d'appliquent. On n'assiste pas alors à un processus concurrentiel aux termes de la réalité du monde des affaires, où quelqu'un fait l'acquisition d'un élément d'actif, même s'il s'agit d'une licence de radiodiffusion, parce que c'est difficile de faire cela dans un contexte concurrentiel. Au cours de ce processus, le Conseil s'efforce de déterminer si la transaction comporte des avantages importants et il évalue divers autres facteurs.

Dans l'ensemble, nous avons mis au point un système qui fonctionne assez bien au Canada. Ce système permet d'établir un équilibre entre l'intérêt public et les exigences d'un marché concurrentiel, et ses efforts en vue d'en arriver à offrir un bon service au public. Comme nous l'avons mentionné dans notre exposé, certains pourraient dire que les directeurs de MuchMusic ne sont pas les mieux placés pour exploiter une chaîne spécialisée dans les arts. J'aime à penser que nous avons réussi à prouver que ces critiques n'étaient pas fondées, et aussi que dans notre manière d'exploiter nos stations d'émissions-débats et nos lignes ouvertes, nous avons également démontré que nous sommes capables à la fois de refléter les besoins de nos auditoires et d'obtenir de bons résultats financiers.

Le sénateur Merchant: La situation de la radiodiffusion est vraiment unique en son genre. Vous parlez de la concurrence. Le CRTC informe les radiodiffuseurs qu'il veut ouvrir une station de musique country et western à Toronto. Quelqu'un de Regina ou de Vancouver présente une demande en vue d'exploiter une station là-bas.

Dans n'importe quel autre secteur, — disons par exemple que Birks, qui occupe une tranche supérieure du marché de la bijouterie, veut venir s'installer à Moose Jaw où il y a une très petite entreprise qui fabrique des bijoux fantaisie. Imaginez qu'il faille obtenir une licence pour fabriquer des bijoux fantaisie, et que Birks décide de se faufiler et, grâce à sa réputation, d'ouvrir un magasin à Moose Jaw. Je ne vois pas comment il pourrait être à l'avantage d'une petite ville de voir un géant venir s'y installer tout simplement parce qu'une licence est nécessaire. Les choses seraient différentes s'il pouvait tout simplement décider d'y ouvrir un magasin et de livrer concurrence sur le marché.

M. Switzer: Je pense que je comprends mieux le sens de votre question. Nous pensons que la passion, l'intégrité et la véritable prise de décision à l'échelle locale, sans oublier de mentionner les aptitudes et la science et l'art de rejoindre les auditeurs à cette échelle locale sont des critères beaucoup plus importants que la taille de l'entreprise ou l'endroit où se trouve son siège social.

Nous avons été les témoins de nombreuses situations, que ce soit de l'est vers l'ouest, ou de l'ouest vers l'est; ou encore carrément à l'est et carrément à l'ouest où des exploitants locaux ne faisaient pas un très bon travail dans leur localité. Nous avons d'excellents exemples en revanche où des propriétaires situés officiellement à distance, ont donné à leurs directeurs locaux toute la latitude voulue pour exprimer la passion, l'art, et l'amour nécessaires pour faire un excellent travail dans une localité.

La qualité des services, l'intégrité et l'adresse avec lesquelles ils sont rendus dans la localité importent beaucoup plus que si l'entreprise est de Regina ou de Vancouver ou encore de Montréal. Ce sont les facteurs qui détermineront vraiment le succès de la station. Dans notre monde de plus en plus compétitif, ce sont les auditeurs qui en fin de compte décident, parce que de nos jours, une licence n'est pas automatiquement un gage de réussite.

Le sénateur Day: Je viens tout juste de jeter un coup d'oeil au document que vous avez joint à votre mémoire — il s'agit du texte de votre exposé lors du festival de la télévision de Banff qui a eu lieu en juin. Je vais l'examiner de plus près.

Il me semble toutefois que vous y parlez beaucoup de mesures fiscales et que vous faites un certain nombre de recommandations, et je pense que ce serait un peu long si nous voulions nous y arrêter, mais c'est bien que vous nous l'ayez remis.

J'aimerais toutefois que vous me donniez des éclaircissements sur un point en particulier qui ressort de la question que vous a posée le sénateur Graham. Lorsque vous avez parlé de la concentration, vous avez mentionné que vous éprouvez certaines difficultés à obtenir l'attention des médias imprimés, mais que c'est une situation avec laquelle vous êtes capable de vivre. Vous avez déclaré ici même aujourd'hui qu'il y a davantage de stations, de télévision et de radio qu'il y a 20 ans. Cela sous-entend que la concentration de la propriété dans un secteur des médias ne constitue pas un problème sérieux. Et de fait, le public a aujourd'hui plus de choix qu'il n'en avait dans le passé.

Vous dites dans vos remarques ici, que les entreprises intégrées verticalement et qui englobent les services de câblodistribution, de transmission par satellite et de télécommunications posent un plus grand problème. Pourriez- vous nous en dire un peu plus et nous expliquer pourquoi vous trouvez qu'elles posent un problème beaucoup plus important? À votre avis, ce problème se pose-t-il sur le plan commercial ou de la politique gouvernementale?

M. Switzer: Je suis sûr que vous comprendrez que nous pesons nos mots parce que notre entreprise, dans le secteur de la télévision, est tributaire dans une large mesure de ses relations avec les grands distributeurs au Canada, les entreprises de distribution de radiodiffusion ou les EDR, les services de satellite, et ainsi de suite. Même si nous inclinons à penser que nos relations avec nos téléspectateurs sont directes, en réalité, un très faible pourcentage de l'écoute se fait par l'entremise des ondes hertziennes. Aussi, au-delà de 90 p. 100 de notre auditoire — dans les grands marchés, en tout cas — nous reçoit par le truchement de la câblodistribution ou par satellite. Nos relations avec ces distributeurs sont importantes et elles sont généralement très positives.

Cependant, nous sommes au courant de leurs propres conflits très évidents et très visibles et ils se montrent en général très soucieux du respect des conditions dans lesquelles leur licence leur a été accordée et de certaines structures ayant été mises en place par le CRTC en vue de protéger les producteurs de réseaux non affiliés, comme nous-mêmes, afin que nous ne soyons pas désavantagés. On peut dire que, dans l'ensemble, ces mesures nous donnent satisfaction.

Il ne faut pas perdre de vue cependant qu'une grosse entreprise comme Shaw, malgré son indépendance structurelle par rapport à sa filiale spécialisée dans la production d'émissions, Corus, a néanmoins le même propriétaire, et qu'il peut être frustrant de réaliser qu'elle peut favoriser et qu'elle va le faire d'ailleurs — pour des raisons commerciales — ses propres canaux plutôt que ceux des autres en ce qui concerne les documents de marketing et les placements de publicité sur les canaux ainsi que la manière dont les représentants du service à la clientèle ont accès aux canaux, à la position des canaux, et ainsi de suite.

Il ne s'agit pas d'infractions aux conditions que le Conseil a fixées, mais ces dispositifs de protection soigneusement mis en place sont très importants pour notre système, et nous sommes toujours très prudents et, franchement, vulnérables en ce qui concerne l'expression de ces intérêts individuels. Nous devons nous montrer vigilants. Je pense que cette vigilance ne se justifie pas seulement par nos propres petits intérêts commerciaux, mais qu'elle vise aussi à préserver la vigueur du système et la diversité de choix ainsi que la capacité des canaux à rejoindre les téléspectateurs, non seulement par le truchement de leurs propres canaux.

Le sénateur Day: À votre avis, est-ce que le public canadien serait mieux servi si certaines décisions gouvernementales, et par conséquent, certains règlements, interdisaient ce type d'intégration verticale?

Avant que vous ne répondiez, je voudrais vous rappeler votre avant-dernier paragraphe, votre paragraphe en plusieurs points, comme on les appelle souvent, dans lequel vous dites en substance:

Nous espérons sincèrement que les préoccupations suscitées par la concentration des médias ne déclencheront pas des interventions gouvernementales susceptibles d'avoir des conséquences négatives imprévues sur d'autres acteurs...

Ces préoccupations existent, — et nous tentons de déterminer si elles sont fondées — et nous voulons établir si l'intégration verticale ou la propriété commune de plusieurs médias est une bonne ou une mauvaise chose du point de vue des droits du public à obtenir un éventail varié de possibilités.

M. Switzer: J'aimerais faire deux commentaires. Premièrement, en ce qui concerne la collecte de nouvelles, tout changement qui serait imposé à d'autres acteurs en raison de préoccupations à l'égard d'autres secteurs du système pourrait nous empêcher de bénéficier du côté mécanique de la collecte de nouvelles — c'est-à-dire, de nous prévaloir de la prérogative que nous avons de demander à quelques-unes de nos stations de collaborer entre elles. Comme vous le savez, nos salles de nouvelles sont probablement plus décentralisées et indépendantes que celles de toute autre entreprise du pays.

Nous pourrions avoir des inquiétudes si de grands bouleversements survenaient dans ce domaine, des bouleversements qui risqueraient d'avoir une incidence sur les coûts rattachés à la collecte de nouvelles. Mais bien sûr, nous n'avons pas ce genre d'inquiétude, et nous sommes déterminés à maintenir l'indépendance rédactionnelle et à permettre l'expression de voix diverses en matière d'information.

Le sénateur Day: C'est un point de vue politique.

M. Switzer: C'est effectivement un point de vue politique, et ne sachant pas dans quelle direction ce comité et d'autres instances voudront aller. Cela pourrait devenir un sujet de préoccupation.

Quant à l'intégration verticale, nous nous inquiétons plutôt de la prédominance des Américains. Si les règles liées à la propriété étrangère devaient changer, et si elles changent — et nous ne sommes pas nécessairement en faveur de ce changement — nous ne voudrions certainement pas que ces règles s'appliquent aux aspects liés à la programmation — c'est-à-dire, que la radiodiffusion devrait être traitée de façon séparée et distincte et qu'elle devrait revêtir un caractère particulier.

Même si nous reconnaissons l'importance qu'il y a de créer de plus grosses entités commerciales afin d'être plus forts sur le plan économique, de l'expertise et de la masse critique, si un géant américain qui serait 10 à 50 fois plus gros que nous devait avoir la possibilité d'acquérir des intérêts dans la radiodiffusion canadienne ou de contrôler ces intérêts, cela représenterait une menace sérieuse. Nous ne pensons pas que cela serait dans l'intérêt du système de radiodiffusion canadien.

Nous avons réussi à travailler et à cohabiter en bons termes avec Bell Globe Media et ExpressVu ainsi qu'avec la famille Rogers et, dans une certaine mesure, avec la famille d'entreprises de Shaw et à bien fonctionner dans ce contexte. Les freins et contrepoids jouent leur rôle. Si un géant américain était autorisé à faire l'acquisition de Corus ou d'une entreprise équivalente — je parle de façon métaphorique — son potentiel et sa puissance économique seraient écrasants pour nous et pour le système.

Le sénateur Day: Ma dernière question porte sur votre affirmation comme quoi le Fonds canadien de télévision est nécessaire à la production de contenu canadien, et que le contenu canadien est important. Le moment viendra-t-il un jour où le libre marché permettra d'atteindre ces objectifs? Nous sommes d'accord avec vous qu'il est important d'aider les Canadiens à mieux se connaître et à avoir accès à un contenu canadien. Nous reconnaissons cela.

Dans votre mémoire, vous avez suggéré que cette entreprise ne pourra jamais être rentable sur le plan commercial, à court terme.

M. Switzer: Nous espérons voir cela arriver un jour. Nous partageons ce désir et ce rêve. En cela, nous rejoignons les conclusions de Trina McQueen dans le rapport qu'elle a remis, il y a quelques mois. Elle y disait que nous devons nous montrer plus sensés. Si les radiodiffuseurs privés sont capables de mobiliser ce pouvoir potentiel et d'apporter des améliorations dans ce domaine, en tant qu'industrie et en unissant nos forces avec celles des producteurs, nous devrions pouvoir mettre fin à notre passé de différends et chercher ensemble de nouveaux moyens d'améliorer nos émissions et de rejoindre davantage de téléspectateurs qui représentent aussi un meilleur marché. Par conséquent, à long terme il se pourrait que nous soyons moins dépendants du FCT ou de son équivalent.

À court terme — d'ici cinq ans — c'est vraiment un ingrédient essentiel de la réussite que nous arrivions en tant qu'industrie — la totalité de l'industrie canadienne de la radiodiffusion: les producteurs ainsi que le secteur public et le secteur privé — à produire plus d'histoires canadiennes, à améliorer notre présence auprès de nos téléspectateurs à cet égard, afin que lorsque l'éventail des possibilités offertes à l'échelle du monde sera à notre porte, nous ayons une chance de nous démarquer avec nos histoires canadiennes. Nous sommes persuadés qu'au cours des cinq prochaines années, nous avons besoin d'un FCT fort qui continue de stimuler la production et de donner une meilleure tournure aux événements.

Le sénateur Day: Un FCT fort, c'est-à-dire un Fonds canadien de télévision qui contribue des fonds publics aux producteurs afin qu'ils produisent des émissions à contenu canadien, est-ce bien cela?

M. Switzer: Nous suggérons qu'il faut améliorer ce qui se passe dans les coulisses et les relations entre radiodiffuseurs, producteurs et la SRC. Cependant, nous pensons que le FCT a un rôle très important à jouer dans les années qui viennent.

M. Miller: Étant donné notre proximité avec les États-Unis, et le fait que tous les Canadiens pensent sans vouloir mal faire, qu'ils ont le droit de regarder toutes les émissions américaines au même titre que les émissions canadiennes, et sans mentionner la popularité des séries dramatiques américaines diffusées aux heures de grande écoute et ce qu'il en coûte pour produire ces émissions et les moyens dont dispose le marché américain à cet égard, nous nous trouvons dans un réel dilemme au Canada. Livrer une concurrence directe aux producteurs américains, pour ce qui est des budgets et des types d'émissions exigerait des ressources phénoménales. Nous pensons que nous devons nous investir autant que possible dans cette lutte, mais c'est une lutte qui sera très difficile à remporter.

C'est pourquoi des intervenants comme CHUM peuvent faire toute la différence. En fin de compte, si nous voulons réussir à intéresser davantage de téléspectateurs aux dramatiques canadiennes, nous devons nous démarquer. Nous devons produire des dramatiques qui sont différentes et fascinantes, mais pour cela il faudra choisir un autre modèle. La nature même du secteur de la production et de la diffusion des émissions fait en sorte qu'il n'y a aucune garantie de succès. Il faut réunir toutes les ressources créatives et financières et les exploiter en vue de trouver une autre manière de faire les choses.

Nous pensons qu'avec de nouvelles incitations et grâce à la collaboration à l'intérieur du système et avec suffisamment de ressources, nous pouvons commencer à faire notre marque. À CHUM, c'est un objectif qui nous tient à coeur. Dans le passé, nous avons récolté pas mal de succès avec des longs-métrages. Nous voulons obtenir le même succès et réaliser les mêmes expériences avec des séries dramatiques. Dans l'industrie, nous faisons tous preuve du même optimisme prudent.

Le sénateur Corbin: Je suis impressionné par votre parcours et par vos qualifications. Combien valent les actions de CHUM ces jours-ci?

M. Switzer: Sénateur Corbin, nous ne vérifions pas cela tous les jours, mais je pense qu'elles se vendent autour de 52 $ ou 53 $.

Le sénateur Corbin: J'ai ici une fiche d'information qui nous a été fournie par nos recherchistes. Sous la rubrique «télévision», on peut lire: «15 services numériques n'ayant pas encore été lancés (les renseignements sur les titres de propriété n'ont pas encore été publiés).» Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet?

M. Switzer: Il y a plusieurs années, à l'instar de nombreux autres radiodiffuseurs canadiens, nous avons présenté des demandes en vue d'obtenir plusieurs chaînes numériques, sans savoir comment allait évoluer la situation.

Le sénateur Corbin: Vous tentiez seulement de vous positionner?

M. Switzer: Une de ces demandes visait un secteur qui était important pour nous et qui s'inscrivait dans le prolongement naturel de ce que nous faisons. Par exemple, à Toronto, nous exploitons une chaîne d'information sur le câble appelée CP24. Il ne s'agit pas d'un réseau numérique; c'est tout simplement une chaîne qui existe aujourd'hui. Durant le processus visant à obtenir des licences pour des réseaux numériques, nous avons également présenté des demandes en vue d'obtenir d'autres chaînes d'information locales diffusées par le câble à Vancouver, Ottawa et dans d'autres régions où nous sommes présents. De cette manière, si la situation économique et nos relations avec les EDR nous donnaient l'occasion dans le futur de lancer un réseau d'information locale sur le câble dans l'une de ces régions, nous aurions la licence pour le faire. La situation est la même dans le domaine de la musique. Évidemment, le genre de musique compte beaucoup pour nous; nous exploitons en anglais et en français MuchMusic, MuchMoreMusic, MusiMax, et MusiquePlus.

Nous voulions élargir notre champ d'action dans le domaine musical, aussi nous avons présenté une demande pour de nombreux sous-genres musicaux, et nous en avons lancé plusieurs. Parmi les nombreuses chaînes pour lesquelles nous avons présenté une demande de licence — chacune dans un domaine qui nous tient à coeur et dans le prolongement naturel de l'un de nos secteurs d'expertise — nous avons, jusqu'ici déjà procédé au lancement de huit de nos réseaux numériques: cinq qui diffusent à partir de nos studios de Toronto et trois à partir d'Edmonton. Une autre dizaine environ de ces réseaux n'ont pas encore été lancés, mais nous vous fournirons avec plaisir les renseignements qui vous intéressent à ce sujet.

Le sénateur Corbin: J'aimerais passer à Mme Crawford. Je vois dans les notes biographiques vous concernant que vous êtes membre du conseil d'administration du Jesuit Communication Project.

Voulez-vous m'expliquer en quoi consiste ce projet? Que faites-vous avec ce groupe de personnes?

Mme Crawford: J'en serais ravie. Le Jesuit Communication Project est sur le point de célébrer son vingtième anniversaire au Canada. Ce projet est dirigé par un universitaire de renommée mondiale en matière d'éducation sur les médias, le père John Pungente, qui est jésuite. Le Vatican lui a demandé, il y a des années de cela, d'étudier les médias dans le monde entier afin de déterminer si l'église catholique devait s'inquiéter de ce qui s'y passait; on lui a demandé aussi d'étudier les questions d'éthique dans les médias et d'évaluer dans quelle mesure les jeunes subissaient l'influence des médias, et ainsi de suite.

Le père John s'est fait un devoir de mettre sur pied le Jesuit Communication Project, à Toronto, un centre de recherche et d'éducation aux médias. Il s'agit d'un organisme sans but lucratif dont la mission est de promouvoir l'importance de l'éducation aux médias, de travailler sur le terrain en tant qu'éducateur et de diffuser de l'information concernant la manière dont un enseignant devrait présenter l'éducation aux médias et se servir des moyens nécessaires — y compris les médias eux-mêmes.

Il y a sept ans, il nous a abordés pour nous présenter une proposition intéressante nous invitant à collaborer avec une société cinématographique qui s'intéressait elle aussi à l'éducation sur les médias. Nous avons monté une émission qui a été diffusée sur les ondes de Bravo!, notre chaîne nationale sur les arts, et qui était une première du genre en ce qu'elle jetait un regard sur la filmographie contemporaine et demandait aux jeunes de réfléchir et de faire une analyse critique d'un film. On s'y sert d'un film du genre de La matrice pour créer une émission d'une demi-heure, et à l'aide de séquences tirées du film, on analyse en profondeur ce qui s'y passe en adoptant un éclairage particulier. Dans certains épisodes, on se penche surtout sur les questions d'éthique, alors que dans d'autres on tente de déterminer comment la musique peut contribuer à raconter une histoire et à la renforcer et aussi influencer l'image que vous voyez à l'écran et modifier la compréhension de ce qui est dit.

Des plans de leçon sont créés par un spécialiste de l'éducation aux médias de la Commission scolaire de Toronto. Ces plans de leçon sont offerts gracieusement à tous les enseignants canadiens qui veulent s'en servir. L'émission est diffusée dans deux contextes différents. La première diffusion est effectuée sur la chaîne Bravo! dans le cadre d'une émission comportant des pauses publicitaires et qui est mise en ondes aux heures de grande écoute, tous les deuxièmes vendredis du mois. L'autre diffusion, qui jouit d'une bonne publicité dans le milieu de l'enseignement, a lieu tôt le matin et elle n'a pas de pauses commerciales. Voilà un exemple de ce que nous avons pu faire avec toutes nos émissions sur l'éducation aux médias et certaines de nos émissions sur les questions sociales, de même que sur divers réseaux. Les enseignants peuvent enregistrer l'émission et l'utiliser en classe sans qu'elle soit entrecoupée par des messages publicitaires. Le père John accomplit un travail important, et CHUM est fière d'être l'un de ses commanditaires. Nous lui fournissons une aide financière afin qu'il puisse continuer son oeuvre et je suis fière de siéger au conseil d'administration de son organisation.

Le sénateur Corbin: Je vous félicite pour votre dévouement. Je vais maintenant vous poser une question difficile. Pourquoi vous êtes-vous engagés dans SexTV?

M. Switzer: C'est un programme dont nous sommes très fiers, sénateur. Tout a commencé par un magazine hebdomadaire d'une demi-heure produit par quelques-uns de nos plus brillants producteurs, auteurs et intellectuels dans le domaine. C'est donc une émission d'une demi-heure qui a pris de l'expansion au point de devenir une chaîne en entier.

La mission de ce programme est d'explorer la nature humaine, les relations et la sexualité d'une manière séduisante, réfléchie, intelligente et parfois, provocante. Cette émission est produite un peu dans la même veine que MediaTelevision, qui explore, en adoptant la même attitude analytique, le monde de la persuasion et de la publicité, et nous la produisons de la même manière qu'une émission sur la mode ou la musique. Cette émission a été et est toujours extrêmement populaire; elle captive un grand nombre de téléspectateurs. Tous les soirs à 22 heures, heure de l'Est, on présente cette émission, de même que d'autres du type magazine documentaire de classe mondiale sur la sexualité humaine et les relations; les émissions proviennent d'Australie, d'Angleterre et de partout ailleurs dans le monde. C'est l'une de nos cartes de visite, et un programme dont nous sommes très fiers

Le sénateur Corbin: Quelles mesures de protection ou quelle philosophie avez-vous mises en place afin d'empêcher que tout cela ne tourne au voyeurisme? Pouvez-vous répondre à cette question?

M. Switzer: Nous produisons cette émission nous-mêmes. C'est une émission canadienne, qui adopte une perspective canadienne, et que nous exportons à travers le monde. Je parle de l'émission de télévision qui est à la base de la chaîne.

Les mêmes mesures de protection et de contrôle et les mêmes systèmes que pour toutes nos autres émissions s'appliquent à cette émission. Il n'y a pas eu de situation inhabituelle. Dans le cadre de la supervision de cette émission, nous faisons preuve de la même discipline que lorsque nous voulons démontrer qu'une émission répond aux codes — tant internes qu'externes — qui s'appliquent en matière de contenu, d'équilibre et de pertinence pour n'importe quel journal télévisé ou n'importe quelle émission musicale que nous produisons.

Le sénateur Corbin: Je cite un article paru dans le National Post du 2 décembre 2002 qui reprend un extrait de la section des nouvelles du Financial Post. Sous la plume de Matthew Fraser, il est question d'une éventuelle prise de contrôle de CHUM par CanWest Global, Rogers Communication, et Torstar. La dernière phrase se lit comme suit: «Il reste à voir si Jay Switzer, qui travaille avec la deuxième génération des Waters sur ce conseil, saura mener CHUM dans une nouvelle direction.» La phrase précédente se termine par: «Allan Waters, imperturbable devant ces offres alléchantes, les a toutes repoussées».

La présidente: On suggère que les géants des médias canadiens pourraient convoiter les actifs de CHUM.

Le sénateur Corbin: Je vais vous relire la phrase complète:

Ce n'est pas un secret que, durant ce temps, les géants canadiens des médias: CanWest Global, Rogers Communications Inc. et Torstar Corp. convoitent les actifs de CHUM, mais Allan Waters, imperturbable devant ces offres alléchantes, les a toutes repoussées.

Notre comité examine la concentration des médias, aussi nous aimerions connaître votre position à cet égard, s'il vous plaît.

M. Switzer: En tant qu'humbles gestionnaires, il ne serait pas de mise que nous parlions au nom de nos plus gros actionnaires, les membres de la famille Waters. Mais je peux vous résumer la situation au nom de l'entreprise et de la haute direction. Bien entendu, Matthew Fraser est un observateur de longue date des médias, et il spécule sur l'avenir de CHUM. Il dirige aujourd'hui le National Post, et on sait que ce journal appartient à l'empire de CanWest, donc en ce qui concerne M. Fraser, il faut toujours prendre ce qu'il dit avec un grain de sel.

Nous sommes des radiodiffuseurs au Canada depuis près de 50 ans. En 1967, nous sommes devenus une société cotée en bourse. Il y a environ un an, durant le même mois de décembre 2002, Allan Waters a décidé de quitter. La famille a pris la décision consciente et visible de remettre les rênes de l'entreprise à des gestionnaires professionnels.

Nous sommes ici pour représenter la haute direction. La famille et le conseil d'administration ont pris un engagement à long terme à notre égard et aussi en notre nom afin de construire cette entreprise formidable. Nous avons déjà accompli énormément de choses au cours des neuf premiers mois. Pour ma part, je ne peux que spéculer sur la question et vous dire que si la famille avait eu quelque velléité de vendre, elle se serait décidée il y a cinq ans, dix ans ou même quinze ans. Cette famille est passionnée par la radiodiffusion. Deux des fils sont très impliqués. Jim Waters, le président de CHUM Ltd. et Ron Waters, le vice-président, sont deux jeunes hommes très actifs dans le domaine. Ils ont une passion pour la télévision et la radio et ils se sont montrés très compréhensifs. Ils nous ont offert un soutien très rapproché qui nous a permis de réaliser des choses fantastiques au cours de l'année écoulée.

Nous avons fait nos classes dans la radio et la télévision. Nous continuons d'améliorer notre entreprise. Cette société vit les moments les plus excitants de toute son existence. Je pense que nous sommes devenus assez imposants aujourd'hui, si je peux m'exprimer en termes commerciaux — et c'est mon opinion personnelle — et que nous avons atteint une masse critique qui nous offre une base durable pour poursuivre notre croissance et continuer à produire les services de grande qualité que nous présentons à nos auditeurs et téléspectateurs de tout le Canada.

Le sénateur Corbin: Est-ce que cette masse critique est assez importante pour vous permettre de devenir vous-mêmes des prédateurs?

M. Switzer: Notre rôle est de servir nos auditeurs et nos téléspectateurs, tous les jours.

Le sénateur Johnson: Je suis ravie que vous soyez un directeur de programmation dans l'âme, parce que ce sont les histoires qui sont la clé du succès dans cette industrie. J'organise un petit festival du film à Gimli, au Manitoba, aussi je suis toujours à la recherche de films. Je sais que Women in Film and Television vous a décerné un prix et je vous en félicite. Je connais beaucoup de femmes dans ce domaine, et vous y êtes très bien considéré.

Pouvez-vous me dire si vous avez des projets d'expansion dans le domaine du cinéma, à part le soutien de certains longs-métrages comme le Violon rouge et Bollywood Hollywood?

M. Switzer: Depuis peut-être 20 ans, le soutien des longs-métrages canadiens fait partie des rôles de CHUM, et constitue l'une de ses plates-formes très importantes. Même si les films que vous venez de mentionner suscitent beaucoup d'attention, il reste que depuis plus de 20 ans, nous avons constamment et consciemment soutenu les films canadiens sur le plan du développement, du financement, de l'obtention des autorisations préalables et de la promotion. Nous avons fourni une partie importante du financement à plus de 150 longs-métrages canadiens au cours des dix dernières années, et ces films provenaient littéralement d'un bout à l'autre du pays.

D'autres radiodiffuseurs, pour des raisons qui leur appartiennent, ont suivi les sentiers traditionnels de la télévision commerciale qui suggèrent que l'entreprise repose sur des séries à succès. Nous pensons quant à nous que notre rôle, en tant qu'acteur de taille intermédiaire — en passe de devenir un plus gros — est de continuer à combler le vide dans le domaine de la production de longs-métrages canadiens. La SRC le fait, dans une faible mesure, mais peu d'autres le font.

Cela est une priorité pour nous, et nous nous considérons avec fierté comme un chef de file dans le marché pour ce qui est de la prise de risques, du développement, de la collaboration avec des réalisateurs qui font leurs premières armes, de la collaboration avec certains réalisateurs, auteurs et producteurs en provenance de diverses collectivités et de toutes les régions du pays.

Mais cette participation repose sur un investissement qui se chiffre en millions de dollars pour le développement — des dizaines de millions de dollars pour l'obtention des autorisations, qu'il s'agisse de petits films réalisés avec une caméra numérique portative ou de très importants longs-métrages. C'est ce qui fait le ciment de nos chaînes de télévision, et ce n'est certainement pas sans risques. Comme nous avons eu le privilège de grandir, l'un des avantages qui résulte à la fois du système et de nos téléspectateurs est que nous avons pu participer au démarrage rapide et au financement d'un plus grand nombre de films dans le système.

Le sénateur Johnson: Vous êtes à l'avant-garde. Vous avez toujours été très branchés. MuchMusic est l'une de mes chaînes préférées. Et je connais New Canoe.

Je suis curieuse de savoir si Craig Media a des répercussions sur votre station de Toronto avec son Toronto 1? Est-ce que cela a eu un effet quelconque sur la station CityTV de CHUM? Ce fut une décision assez controversée, et maintenant je vois qu'ils ont décidé de s'unir à Torstar, n'est-ce pas?

M. Switzer: Il semble qu'ils entretiennent une certaine relation sur le plan du marketing et de la publicité avec le Toronto Star. Nous croyons comprendre qu'il n'y a rien d'autre. Nous avons toujours de très bonnes relations avec le Toronto Sun, avec Sun Media de Québécor ainsi qu'avec le Toronto Star — M. Pritchard et son groupe sur le marché de Toronto.

Drew Craig est un de nos amis. Notre relation, malgré qu'il y ait eu quelques escarmouches ces dernières années, est demeurée amicale et constructive, même s'il est vrai que nous nous retrouvons parfois en compétition serrée. Il est clair que cette entreprise est en sérieuse difficulté à Toronto. Pour répondre complètement à votre question, je dirais qu'ils nous ont affectés un peu sur le plan des coûts en ajoutant de nouveaux acteurs sur le marché — pas seulement eux, mais aussi l'équipe de Rogers Omni. Les prix ont monté un petit peu en ce qui concerne le talent, les programmes et ainsi de suite, mais nous nous y attendions et nous pouvons vivre avec.

Sur le plan des produits d'exploitation, non, ils n'ont eu aucun impact sur nous, durant leur première année d'existence. Il y a de nombreux acteurs sur le marché de Toronto et le groupe de Craig fait partie du menu fretin à Toronto et ne s'accapare qu'environ une part de marché.

Mais c'est un problème, et nous surveillons la situation de près. Nous savons que cette entreprise va prendre de l'expansion avec le temps, mais il reste que leur première année est difficile, de toute évidence. Sur le marché de Toronto, notre station porte-étendard, CityTV, est plus forte que jamais. Elle enregistre sa meilleure année depuis ses débuts.

Le sénateur Johnson: J'étais curieuse de savoir ce qu'il en était. Je suis originaire du Manitoba. Je connais Craig depuis près de 20 ans, et je surveille sa progression.

Est-ce que cette situation vous a incités à approcher le CRTC concernant Edmonton et à envisager une expansion dans l'Ouest? Est-ce que cela a eu une certaine influence sur votre décision?

M. Switzer: Non.

Le sénateur Johnson: Je sais que vous avez une présence dans l'Ouest, maintenant.

M. Switzer: Nous exploitons une famille très innovatrice de services à partir d'Edmonton. Depuis les sept dernières années, notre équipe d'Edmonton a travaillé à la mise sur pied d'Access, et ces efforts ont conduit à l'avènement du Canadian Learning Channel sur une base nationale, que nous avons choisi d'exploiter à partir de notre section éducative, à Edmonton. Et ce projet a à son tour donné naissance à Daniel Richler's Book Television, une chaîne extraordinaire que nous avons décidé de diffuser à partir d'Edmonton en raison des similitudes en termes de programmation.

Nous sommes présents en Alberta depuis longtemps. Je pense que nos initiatives concernant les applications en Alberta ont commencé il y a quatre ans je crois — longtemps avant que nous ayons vent de la présence de Craig en Ontario. Nous évoluons au sein d'un marché très robuste, dynamique et porteur. Il s'y passe toujours quelque chose d'intéressant.

Franchement, nous ne pensons pas que la télévision locale, à Edmonton et Calgary aujourd'hui reflète la diversité qui existe dans ces villes. Aussi, nous pensons avoir quelque chose à offrir. Il y a déjà longtemps que nous avons amorcé cette réflexion et cette analyse.

Le sénateur Johnson: Vous êtes les bienvenus à Winnipeg. J'aimerais bien discuter avec vous toute la journée, c'est un domaine absolument fascinant. Vous avez fait de l'excellent travail. Je pense que votre réseau a accompli des merveilles en montrant la voie dans tellement de domaines, et surtout il est tellement toujours à l'avant-garde.

Je vais conclure en vous posant une dernière question. Êtes-vous prêts à bâtir un quatrième réseau national de télévision? J'ai lu que vous étiez prêts et que vous pourriez le devenir.

M. Switzer: Sénateur, nous sommes impatients de nous développer.

Le sénateur Johnson: Peut-être que vous êtes déjà en train de le faire. J'aimerais parler des trois grands qui sont: Rogers, Torstar et CanWest. Où vous situez-vous dans le futur par rapport aux autres membres de ce groupe?

M. Switzer: Nous sommes présents dans trois secteurs, et nos concurrents et nos alliés dans le domaine de la radio sont différents de ceux du domaine de la télévision spécialisée, et différents aussi de ceux du domaine de la télévision classique. On nous compare souvent à un acteur de taille moyenne ou à un petit artisan doté de stations de télévision régionales, axées intensément sur l'actualité locale par rapport à des acteurs beaucoup plus imposants comme CanWest et CTV qui exploitent des services d'envergure nationale.

Nous croyons qu'il y a un vide à combler, un défi à relever et une pénurie croissante de services à l'échelle locale dans bien des marchés au Canada. Pour des raisons qui leur appartiennent, CanWest et CTV, ainsi que Radio-Canada ont dû se retirer du service local, d'un bout à l'autre du pays. Nous considérons qu'il y a là une opportunité de faire preuve de créativité et de présenter des émissions, ainsi qu'une occasion d'affaires. Nous aimerions être capables de bâtir et de lancer davantage de stations locales qui auraient certains liens entre elles, mais qui seraient intensément axées sur leur milieu.

Le sénateur Johnson: C'est là que se sont les besoins. Merci de vos réponses.

La présidente: En tant qu'ancienne journaliste, je me suis beaucoup intéressée à votre insistance à fournir des nouvelles et des informations locales. Toute la politique se déroule à l'échelle locale; et dans un certain sens, toutes les nouvelles sont locales. Et bien entendu, cette approche est indissociable de votre expertise extraordinaire sur les marchés qui visent les jeunes.

Je me demande si vous pourriez nous donner des indications concernant le temps d'antenne que vous consacrez aux nouvelles — à la fois à la radio et à la télé. Vous avez reçu un prix Gémeaux pour la couverture des élections qu'avait réalisée MuchMusic. J'imagine que vous avez dû savourer ce moment avec délectation, mais on ne s'attend pas vraiment à ce que cela soit la mission principale de MuchMusic.

Pourriez-vous nous situer en ce qui a trait à la place qu'occupent les nouvelles en temps d'antenne et ainsi de suite?

M. Switzer: Je vais essayer d'être aussi précis que possible. Naturellement, à la radio, la situation est différente dans les stations qui se spécialisent dans la diffusion de musique et dans celles qui diffusent des émissions-débats. À Ottawa, par exemple, CFRA diffuse énormément de nouvelles; effectivement, c'est une radio qui se caractérise par la causerie. En revanche, notre station de musique BOB diffuse très peu d'informations. Ce genre de parallèle se reproduit d'un bout à l'autre du pays.

À la télévision, nous exploitons des stations classiques et de services spécialisés. Le point fort, la mission, la force — le coeur et l'âme — et le moteur de chaque station locale est le service des nouvelles. Notre principale raison d'être dans ces milieux est d'offrir aux téléspectateurs de la région des actualités régionales, d'abord et avant tout. S'ils veulent voir des actualités internationales et nationales, ils ont amplement d'autres possibilités. Cela ne signifie pas pour autant que nous n'allons pas en parler, mais en règle générale, notre politique consiste à présenter d'abord les actualités régionales, et ensuite les nouvelles nationales et internationales.

Nous considérons que nous sommes la tête de pont des journaux télévisés dans pratiquement tous les marchés que nous desservons, sept jours par semaine, en début et en fin de soirée. Dans la plupart des marchés, nous présentons un journal télévisé à l'heure du midi et le matin aussi, dans la plupart des marchés, nous diffusons une émission qui se caractérise par des bulletins de nouvelles très chaudes. Cela peut représenter de 15 à 20 heures de nouvelles dans les marchés de taille moyenne; et ce chiffre pourrait atteindre 25 heures ou davantage dans les plus grands marchés ou descendre à aussi peu que 10 à 12 heures, dans les petits marchés.

Dans notre monde de la télévision spécialisée, nous n'avons qu'une seule chaîne d'information locale qui diffuse des nouvelles 100 pour 100 du temps d'antenne. C'est notre chaîne d'information locale sur le câble dans le sud de l'Ontario. Ce qui ne signifie pas que nous ne prêtons aucun intérêt aux besoins de nos téléspectateurs en matière d'information sur nos chaînes spécialisées, mais cet intérêt peut prendre diverses formes. Nous diffusons sur Bravo! une émission consacrée aux nouvelles du monde artistique. Nous diffusons des nouvelles axées sur la science fiction sur notre chaîne Space, et MuchMusic diffuse des bulletins de nouvelles. Chacun de ces programmes est adapté aux besoins d'un auditoire particulier et présenté dans le contexte qui lui convient le mieux.

Nous n'avons pas de directeur des services d'information à l'échelle nationale; nous n'avons pas non plus de politique d'information nationale. Chaque service des informations, chaque directeur du service des informations et chaque producteur des informations se met au service de ses propres auditeurs ou téléspectateurs en lui présentant des informations qu'il juge les plus appropriées en termes de genre et de chaîne spécialisée.

La présidente: Pourriez-vous nous transmettre quelques grilles horaires de vos émissions? Pourriez-vous aussi nous dire combien de journalistes sont à votre emploi et où ils travaillent?

M. Switzer: Nous nous ferons un plaisir de vous fournir cette information. Naturellement, il y en a des centaines, et nous essaierons de vous donner autant de précisions que possible.

La présidente: Ce serait formidable. Nous devons ensuite nous débrouiller avec toute cette masse d'information, mais c'est toujours mieux d'en avoir trop que pas assez.

Pour ce qui est des jeunes, il est clair qu'il n'y a pas beaucoup d'autres personnes dans ce pays qui pensent autant en fonction des jeunes et qui travaillent autant avec les jeunes que vous le faites dans votre domaine. Comment votre engagement extraordinaire à l'égard de l'information locale influence-t-il le marché des jeunes? Est-ce que les jeunes écoutent les informations locales ou est-ce que ce sont plutôt les auditeurs et les téléspectateurs plus âgés qui s'y intéressent? Quel est votre auditoire pour les informations?

J'ai beaucoup aimé ce que vous avez dit au sujet de la vision du monde qu'aura un étudiant du secondaire dans 20 ans. De votre point de vue, comment est-ce que tout cela se présente et que va-t-il se passer?

M. Switzer: Je vais d'abord vous parler de la télévision classique, car c'est un cadre à partir duquel on peut commencer. En règle générale, dans tous les marchés où nous sommes présents, nous avons tendance à nous tourner vers les jeunes téléspectateurs et à bâtir une relation particulière avec eux. Mais, c'est une question de degré, parce que ceux qui regardent les informations sont plus âgés que la moyenne — quel que soit l'indice avec lequel on veut travailler.

La présidente: Habituellement, ce ne sont pas ceux âgés de 15 ans.

M. Switzer: Non. Nous essayons toujours de trouver un équilibre entre le fait de disposer d'un auditoire suffisamment large pour pouvoir établir un rapport significatif. Nos stations de télévision classiques ne sont pas des radiodiffuseurs ayant un marché spécialisé; en ce qui les concerne, nous avons toujours l'obligation et le désir de servir une vaste base de téléspectateurs. Dans bien des marchés, ces téléspectateurs ont d'autres choix. Par conséquent, nous n'essayons pas de copier les journaux télévisés de radiodiffuseurs classiques comme CTV ou Radio-Canada. Leur auditoire est probablement plus âgé que l'on pense.

Si un public âgé de 15 à 25 ans regarde les informations à la télévision, il y a fort à parier qu'il regarde nos émissions. Toutefois, malheureusement, il n'y en a pas assez qui regardent les informations à la télévision. Nous voulons devenir leur station de prédilection, et il est évident que nous sommes en train de gagner la partie avec le groupe âgé de 25 à 35 ans.

Permettez-moi d'ajouter qu'en ce qui nous concerne, il ne s'agit pas seulement d'une catégorie démographique. Nous avons beaucoup parlé aujourd'hui des données démographiques. Nous avons tendance à préparer nos journaux télévisés et à diriger nos entreprises en basant notre réussite et nos échecs sur des profils psychographiques. Nous devons tenir compte des données démographiques dans nos négociations avec les annonceurs. Ce sont les données qu'ils utilisent. Que vous ayez 65 ans ou 16 ans, si vous vivez comme si vous en aviez 30, c'est ce qui compte, et c'est le téléspectateur que nous ciblons et nous nous tirons très bien d'affaire en adoptant cette approche.

Je pourrais vous donner quelques exemples. Je pense qu'à Toronto, notre téléspectateur qui regarde les informations a, en moyenne, 7 ans de moins que celui de CanWest et 12 ans de moins que celui de CBC/ Radio-Canada. Je ne me souviens pas du chiffre exact, mais la dernière étude que j'ai consultée ou la dernière référence que j'ai lue date de deux ans environs. Toutefois, c'est encore plus vieux que vous auriez pensé.

Nous avons une propension et un désir de viser un auditoire plus jeune et de demeurer son premier choix. Toutefois, nous ne voulons pas dire que la plupart de nos téléspectateurs sont des adolescents.

La présidente: Vous attirez, en proportion, davantage de téléspectateurs âgés autour de 22 ans que certains autres médias sont capables de le faire.

Qu'est-ce qui les attire? Comment réussissez-vous à captiver l'intérêt des jeunes auditoires et à les intéresser aux informations?

M. Switzer: Il y a des centaines de choses. Je dirais que cela a à voir avec l'intégrité de la relation que nous entretenons avec eux. De nos jours, les jeunes téléspectateurs sont très perspicaces. Ils ont du flair et ils détectent le bluff à cent mètres. La relation que l'on entretient avec eux repose essentiellement sur l'utilisation du même langage, sur le respect qu'on leur porte, et les émissions que nous présentons sont produites par des jeunes pour des jeunes et elles sont empreintes d'honnêteté et du désir d'établir un lien avec eux, elles n'ont pas été conçues ou façonnées par des conseillers ou des consultants de l'extérieur.

Si notre modèle de télévision — c'est-à-dire, une télévision plus démocratique, accessible, interactive, axée sur la collectivité, qui s'affiche en vitrine et reflète la diversité des collectivités où elle évolue — donc, si notre télévision fait bien son travail, elle établira un lien avec les téléspectateurs et, plus particulièrement avec les téléspectateurs qui sont les plus désenchantés, c'est-à-dire les jeunes qui, pour diverses raisons, sont insatisfaits de ce que leur offre les réseaux traditionnels. Ils se reconnaissent dans notre environnement. Si nous leur offrons une image qui reflète vraiment leur groupe, nous réussirons à les atteindre. Si nous perdons notre temps à faire de vaines recherches trop fouillées, si nous en faisons trop sur le plan de la production et que nous obtenons un produit artificiel ou encore si nous essayons tout simplement de deviner ce qui les allume, ce n'est pas ainsi que nous réussirons honnêtement à toucher le public des jeunes téléspectateurs.

En adhérant à ces règles de pratique qui consistent à miser sur l'intégrité et la création d'un lien avec les téléspectateurs de façon honnête, nous sommes arrivés à leur donner une télévision à leur image à Victoria, et en suivant la même recette, nous leur projetons une image à laquelle ils s'identifient à Ottawa.

La présidente: Avec l'âge, est-ce que les téléspectateurs ont tendance à consommer davantage d'informations et de nouvelles? Et dans ce cas, devez-vous les attirer lorsqu'ils ont 20 ans ou alors pas du tout, est-ce qu'ils se tournent tout simplement vers le monde des nouvelles?

M. Switzer: Je ne peux malheureusement pas vous répondre avec précision. En règle générale, ils ont tendance à regarder davantage d'émissions d'information. Ils en regardent de plus en plus, au fur et à mesure que leur vie change. Je ne suggère pas qu'ils s'agit d'un rapport de cause à effet. Je pense plutôt qu'il y a une corrélation. Peut-être que cette situation s'explique par le mariage, les enfants, le travail et un style de vie différent, toujours est-il qu'ils regardent davantage les nouvelles et qu'ils écoutent plus souvent la radio.

Le même problème se pose aujourd'hui dans le domaine de la radio avec les jeunes auditeurs — ce problème ne touche pas seulement CHUM, il vise toute l'industrie. Nous sommes convaincus que les cotes d'écoute vont augmenter, et c'est une bonne chose que leurs goûts changent en vieillissant. Il s'agit finalement de bâtir une relation qui repose sur le respect et l'innovation et l'excellence et de ne jamais en abuser. Nous ne pouvons pas nous permettre de marchander cette relation ou d'essayer d'en tirer des profits. Si nous nous en tenons à ce principe, nous allons pouvoir les garder durant des décennies.

Oui, le jour où ils voudront écouter un peu plus de Céline Dion et un peu moins de ACDC, ils pourront passer de MuchMusic à MuchMoreMusic. Nous espérons être en mesure de leur offrir des chaînes qu'ils pourront regarder toute leur vie durant.

Mme Crawford: Tout tourne autour de la pertinence. Il est intéressant de réfléchir aux moyens de maintenir l'intérêt des jeunes à l'égard des nouvelles, mais la vraie question pour les radiodiffuseurs c'est véritablement de trouver le moyen de conserver leur intérêt point final. Nous finissons toujours par en arriver là, c'est une question de pertinence.

Je vais vous raconter une petite anecdote au sujet du prix Gémeaux remporté par MuchMusic; nous ne l'avons pas gagné parce que notre couverture des élections était supérieure à celle offerte sur le même plan par ceux que nous avons battus — les gens de CTV et de Radio-Canada. C'est pourquoi à première vue, ce prix semble absurde.

Non, nous l'avons gagné parce que notre approche était tout à fait pertinente pour les jeunes et que personne d'autre ne s'était donné la peine de s'en occuper. Nous n'avons pas essayé d'engager les journalistes les plus professionnels dans ce domaine. Nous n'avons pas essayé de traiter les sujets de la même manière que les autres réseaux le faisaient ou de les concurrencer directement. Au contraire, nous avons adopté une approche entièrement différente. Nous avons essayé de captiver les jeunes téléspectateurs en traitant seulement des questions qui les touchaient et en adoptant un style auquel ils pouvaient s'identifier et en faisant tourner de la musique qui les rejoignait aussi. Pour répondre à votre question, je pense que tout est dans la manière dont nous nous y sommes pris.

Le sénateur Graham: Est-ce que vous avez quelque chose contre le fait que Radio-Canada reçoive des fonds publics ou contre l'idée qu'il existe un radiodiffuseur public au pays?

M. Switzer: Non. Au contraire, nous sommes très favorables à l'existence d'une Société Radio-Canada vigoureuse et dynamique. Nous pensons qu'il est important que ce radiodiffuseur réussisse à trouver le moyen d'établir une relation plus pertinente et plus significative avec les Canadiens.

Dans le monde commercial, il nous arrive d'entrer en concurrence avec ce radiodiffuseur pour obtenir des fonds publics, plus particulièrement en ce qui concerne les longs-métrages, mais nous réussirons à passer au travers. C'est un problème de peu d'importance.

Le sénateur Graham: Comment se porte votre entreprise relativement jeune dans le domaine des sports d'équipe — les stations de radio diffusant uniquement des émissions sportives. Comment vont les choses?

M. Switzer: Nous avons aujourd'hui trois stations diffusant des émissions sur les sports d'équipe.

Le sénateur Graham: Ici? À Toronto?

M. Switzer: Ces stations sont à Ottawa, à Montréal et à Vancouver. Nous avons compris que pour avoir réellement du succès, les stations de radio diffusant uniquement du sport sont à leur meilleur lorsqu'elles diffusent leurs émissions dans la localité même où se déroulent les activités sportives, et qu'elles reflètent passionnément les désirs des auditeurs locaux. Nous trouvons que nos trois stations se débrouillent très bien, et nous n'avons aucune intention d'adopter cette formule à l'échelle nationale.

Le sénateur Graham: Ma dernière question porte sur le CRTC et sur le Bureau de la concurrence. Le CRTC a rejeté une demande d'acquisition de stations de radio francophones au Québec. Il a fait valoir des craintes suscitées par la concentration et la propriété croisée des médias. Certains estiment qu'il s'agit d'une bataille de territoire entre le CRTC et le Bureau de la concurrence au sujet de la question de savoir lequel de ces deux organismes devrait avoir droit de regard sur les fusions et les acquisitions dans le domaine de la radiodiffusion.

Avez-vous quelque chose à dire à ce sujet, ou encore croyez-vous que le CRTC ou le Bureau de la concurrence devrait avoir compétence exclusive?

M. Switzer: Je suis sûr que M. Miller vous répondra de façon beaucoup plus diplomatique que moi, mais en tant que directeur des opérations ayant la responsabilité d'offrir un service à des auditeurs et à des téléspectateurs, il est vrai qu'il est décevant d'avoir à répondre aux exigences et aux qualifications de deux organismes de réglementation qui sont parfois en conflit. Ce n'est pas toujours très efficace ni constructif pour le processus.

Vous avez raison, cela crée énormément de frustration. Nous n'avons pas encore souffert de cette situation. Mais, ce pourrait bien être le cas dans le futur. En tant que directeur, je sais qu'il y a des enjeux beaucoup plus importants pour les Canadiens dans cette histoire.

M. Miller: Du point de vue de l'industrie, c'est sûr que nous préférerions avoir affaire à seulement un organisme. Ce devrait être le CRTC. Ceci dit, nous comprenons et nous respectons les raisons pour lesquelles le gouvernement a créé deux institutions. Je tiens à souligner qu'étant donné ses antécédents et la connaissance qu'elle a acquise du CRTC, la récente nomination de Sheridan Scott au Bureau de la concurrence devrait sans doute améliorer sensiblement les relations par rapport à ce qui s'est passé depuis quatre ans.

Le sénateur Graham: Donc, vous voyez cette nomination d'un oeil favorable?

M. Miller: Oui.

Le sénateur Day: En ce qui concerne votre présence sur Internet, est-ce qu'elle s'explique par le fait que vous devez y être, ou parce que vous ne savez pas très bien où tout cela va vous mener ou bien est-ce parce que c'est une bonne décision d'affaires pour vous?

M. Switzer: Nous sommes présents sur le Web depuis les tout débuts. Nous avons été le tout premier radiodiffuseur canadien à rejoindre ses téléspectateurs de cette manière dès novembre 1994. Nous sommes l'un des rares radiodiffuseurs a avoir une division Internet rentable, et ce depuis cinq ans. Je pense que notre succès s'explique par la manière dont nous faisons les choses.

Notre rôle est d'offrir du divertissement, de l'information et de raconter des histoires. Nous essayons de ne pas entretenir de préjugés sur la manière dont nos téléspectateurs entrent en contact avec nous. Certains le font pendant qu'ils regardent le compte-rendu linéaire d'une émission sur la chaîne Fashion Television sur les ondes hertziennes; d'autres peuvent regarder ce qui se passe au moyen des fils de cuivre torsadés d'un système téléphonique quelconque; d'autres peuvent se servir d'un lecteur DVD; d'autres encore peuvent suivre une version non linéaire de la même émission diffusée sur la chaîne Fashion Television accompagnée des notes du producteur sur l'écran de leur ordinateur, à l'autre bout du monde.

Si nous sommes intéressés à raconter ces histoires canadiennes et à établir un contact avec des Canadiens, nous devons essayer de le faire par tous les moyens possibles. Nous avons utilisé notre intérêt pour raconter des histoires de cette manière, et nous n'avons pas traité Internet simplement comme un autre moyen de faire de la publicité en faveur d'un autre média que nous trouvons plus important. Je pense que cela explique en partie notre succès.

Le sénateur Day: Envisagez-vous la possibilité de demander des droits d'abonnement pour donner accès à vos sites sur Internet, ou pensez-vous continuer à vous financer à partir des revenus des bannières publicitaires?

M. Switzer: Au Canada, nos activités sur Internet sont financées par la publicité, et ce mode de financement a donné de bons résultats si on en juge par la quantité du contenu canadien que nous produisons. Franchement, on assiste à une pénurie en ce qui concerne le contenu vraiment sérieux en matière de cinéma, de musique, de mode et ainsi de suite dans le monde entier, aussi nous sommes en train de monter une entreprise qui se chargera de la souscription du contenu auprès d'autres contrôleurs d'accès qui sont à la recherche de contenu. C'est une petite portion de nos activités, mais elle prend de plus en plus d'importance.

En ce qui concerne l'aspect lié au récit linéaire, nous participons à des initiatives de paiement à la séance empruntant au modèle de la télévision payante ou de la vidéo sur demande. Si vous rentrez de voyage et que vous avez manqué un épisode de votre émission favorite sur Fashion Television et si vous êtes un client de la télévision numérique de Roger's à Toronto, vous pourriez acheter la diffusion de cette émission pour 99 cents ou pour 1,99 $ et la regarder au moment qui vous convient. Ce type de transaction représente une très petite part de nos activités commerciales aujourd'hui, mais nous pensons que ce marché pourrait bien devenir plus important dans le futur.

Le sénateur Day: Est-ce que votre politique en matière d'indépendance rédactionnelle pour les diverses entités que vous possédez au pays est le résultat d'une décision politique que vous avez prise et qui est importante du point de vue du public? Est-ce le résultat de votre décision de mettre l'accent sur la radiodiffusion locale parce qu'il ne serait pas naturel d'adopter une politique à l'échelle du Canada?

M. Switzer: Il n'y a eu aucun changement. Cette décision est le reflet naturel de notre approche en matière de radiodiffusion, que ce soit à la radio ou à la télé, depuis 40 ans. Toute autre façon de faire ne serait pas naturelle.

Le sénateur Day: Vous devez être au courant que certaines entreprises qui possèdent plusieurs entités dans les médias ont néanmoins adopté une ligne éditoriale nationale et, d'après ce que l'on nous a dit, pour des raisons d'efficacité.

M. Switzer: Je suis peut-être mal placé pour discuter de ce qu'ils font. C'est bien certain que nous nous intéressons à tout ce qui se passe en arrière-plan et que nous sommes toujours à l'affût de moyens susceptibles de nous faire économiser de l'argent. Mais, du point de vue de la ligne éditoriale nationale, il se pourrait très bien que l'on adopte des positions diamétralement opposées à Victoria, à London, à Ottawa, et à Toronto, dans l'état actuel des choses — et je ne m'en apercevrai qu'après coup.

Le sénateur Day: Il s'agit d'une politique que vous avez librement adoptée plutôt que d'une politique imposée par la réglementation.

M. Switzer: Exact. Cette politique est toujours la même et nous n'y avons jamais dérogé depuis que cette entreprise existe.

La présidente: Nous avons parlé un peu plus tôt de la propriété de l'entreprise et du fait qu'un certain nombre d'actions sont cotées en bourse, mais essentiellement, il s'agit d'une entreprise ayant peu d'actionnaires et sous le contrôle d'une famille. Quelle différence cela fait-il? Je ne vous demande pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose. J'essaie seulement de comprendre la nature de votre mode de fonctionnement.

Quelle différence cela fait-il lorsqu'une entreprise comme la vôtre appartient à un très petit nombre d'actionnaires? Quels sont les avantages, les désavantages, les bénéfices à en tirer ou que sais-je encore?

M. Switzer: Notre plus gros actionnaire contrôle un nombre considérable d'actions, mais par rapport à la totalité des avoirs, ces actions correspondent environ à 35 p. 100. Il est vrai qu'il possède, comme dans de nombreuses entreprises de radiodiffusion, le contrôle d'un grand nombre d'actions avec droit de vote. Toutefois, en regard de l'avoir total, les deux tiers des capitaux de notre entreprise appartiennent à d'autres institutions et intérêts privés canadiens.

En juillet de cette année, nous avons décidé de réunir des fonds et avons émis un plus grand nombre d'actions sur le marché afin d'accroître le nombre d'actionnaires, ce qui nous a permis d'amasser environ 100 millions $. Cette situation nous procure de grands privilèges, mais elle entraîne aussi de grandes obligations. Je peux affirmer que nos actions ne sont pas aussi liquides que celles de certains de nos concurrents. Il y a des centaines, des milliers d'actionnaires de CHUM dans ce pays. Comme je le disais, le plus gros actionnaire possède autour de 35 p. 100 des actions. Je ne pense pas que cela change quoi que ce soit à notre façon de faire les choses.

Je pense que la qualité de cet actionnaire, l'engagement de cet actionnaire, l'histoire et l'expérience acquise par la famille Waters, et je veux parler de leur capacité aussi en tant que président et vice-président et aussi de la proximité de Allan, qui offre son soutien à la direction, viennent du fait que ce n'est pas une entreprise qui a été créée hier matin sur un coup de tête, ou qui est le résultat de multiples transactions de vente ou d'acquisition. Les propriétaires de cette entreprise sont des gens qui sont profondément concernés par la radiodiffusion au Canada et dont l'engagement a de très longues racines.

C'est pour cette raison que je pense que ce qui importe vraiment chez cet actionnaire, c'est la qualité, l'intégrité et le travail accompli, plutôt que le fait qu'il détienne autour de 35 p. 100 des actions.

La présidente: C'est en quelque sorte un gage de stabilité.

M. Switzer: Lors de nos négociations avec les autres intervenants du milieu, les choses ne se passent pas comme si nous étions une autre de ces énormes entreprises impersonnelles ou détenues par des institutions ou des banques ou de nouveaux acteurs, ou encore des gens qui achètent et revendent. Cette famille est propriétaire d'un organe de radiodiffusion depuis plus de 40 ans au Canada.

La présidente: Est-ce que cela a une incidence sur le coût du capital?

M. Switzer: En toute sincérité, oui en effet. Il est probable que le coût du capital est sensiblement plus élevé pour nous que si nous n'avions pas un très gros actionnaire ou un actionnaire qui exerce un contrôle sur les actions. Mais je pense que ce n'est pas trop cher payer. Après tout, il y a un prix à payer pour toutes choses. Nos actions s'échangent à un prix légèrement inférieur parce que la famille joue un rôle considérable dans l'entreprise. Le coût du capital que nous devons débourser est un peu plus élevé, mais cela ne pose aucun problème à l'entreprise.

Le sénateur Merchant: Nous avons parlé de l'éventail de choix qui s'offrent aux auditeurs et aux téléspectateurs de nos jours. Je pense que le plus grand défi à relever en ce qui concerne les besoins du public tient au fait qu'en dehors des habitants des trois plus grandes villes du pays, la population ne se sent pas vraiment concernée par la programmation. Les gens ne cessent de nous répéter qu'ils ne s'identifient pas à ce qu'ils voient, que les radiodiffuseurs ne répondent pas à leurs besoins en tant qu'auditeurs et téléspectateurs.

Vous avez dit tout à l'heure que ces gens avaient le choix, que vous avez du succès en tant qu'exploitant de radio parce que les auditeurs syntonisent vos stations. Dans un petit marché comme Regina ou Saskatoon, le CRTC autorisera quiconque à posséder jusqu'à quatre stations de radio et à assurer l'administration d'un certain nombre d'autres stations.

Du point de vue d'un habitant de Regina, disons, avez-vous l'impression que le CRTC s'est engagé dans la bonne direction, et si oui, pourquoi? En quoi cette décision nous est-elle plus profitable?

M. Switzer: Je vais faire mon possible pour me montrer respectueux à l'égard du Conseil et répondre à votre question.

Les temps sont difficiles pour bon nombre de stations de radio évoluant dans de petits marchés. Inutile de vous dire que j'ignore le nombre exact, mais quelque chose comme les deux tiers ou les trois quarts de toutes les stations de radio AM au Canada sont déficitaires.

Nous comprenons les changements de politique qu'a adoptés le Conseil ces dernières années. Nous l'en félicitons. Il y a eu des compromis à faire en retour du privilège de posséder plus de stations et de bénéficier des avantages financiers résultant des économies en coûts liés à la technologie. Dans bien des stations, la différence rattachée à l'emploi de cinq ou dix personnes additionnelles correspondait à la différence entre perdre de l'argent ou en gagner.

En retour, les radiodiffuseurs sont obligés de fournir plus de contenu canadien. Les obligations liées au contenu canadien à la radio ont monté en flèche. Il y avait des risques rattachés à ce compromis. Mais, cette décision s'est révélée extrêmement bénéfique pour l'industrie. Les marges bénéficiaires qui étaient inacceptables s'améliorent. Des stations qui perdaient de l'argent atteignent aujourd'hui le seuil de rentabilité. Bon nombre de stations AM risquaient de cesser leurs émissions — et en fait, dans les Prairies, une ou deux ont cessé leurs activités. Oui, de nombreuses stations FM dans les marchés de taille moyenne sont très rentables, cependant, les temps sont durs pour de nombreux exploitants de radio dans les petits marchés, surtout ceux qui exploitent des stations AM.

Je peux me tromper, mais il me semble que le Conseil, en modifiant sa politique concernant la radio ces dernières années, a rétabli la nécessité de faire des économies sur le plan financier en favorisant l'émergence de plus grosses entreprises et d'épargner en frais de technologie au profit de contributions dans le secteur culturel. Même si cette position a suscité la controverse dans le passé, elle s'est révélée un succès retentissant.

Le sénateur Merchant: Toute société a sa propre philosophie. Par conséquent, lorsqu'une entité exploite toutes les stations de radio et en gère quelques autres, je me demande dans quelle mesure c'est bon pour ce secteur.

M. Switzer: Nous n'exploitons pas de station de radio en Saskatchewan. Je devrais peut-être vous parler de la question de la diversité des formats d'émissions et des choix qui sont offerts. Poussons les choses à l'extrême, et disons que quatre exploitants différents évoluent dans une même région et qu'ils exploitent des stations semblables. Chacun d'eux viserait la même tranche de population. Ils adopteraient les mêmes formats musicaux et seraient en concurrence directe parce qu'ils voudraient s'accaparer l'auditoire le plus profitable. Toutefois, si toutes ces stations appartenaient à la même entité, on peut dire que le consommateur aurait davantage de choix parce que les stations ne seraient pas en concurrence les unes avec les autres. Il y aurait, par exemple, une station diffusant de la musique rock, une autre de la musique country, une station d'émissions-débats et une autre qui diffuserait des vieux succès. Toutefois, si on laissait les quatre propriétaires se répartir le marché, ils se jetteraient tous les quatre sur le même public-cible.

Je ne voudrais pas vous laisser croire que c'est la seule raison ou la raison la plus importante, mais je pense qu'il est clair qu'il y a une plus grande diversité de formats d'émissions et de choix musicaux maintenant qu'il y a un moins grand nombre de propriétaires. De toute évidence, l'objectif est d'offrir un meilleur service et plus de service. Le défi consiste à trouver le moyen de le faire en dépit de la très difficile situation économique que vivent les petits marchés.

La présidente: Merci beaucoup à chacun d'entre vous. Ce fut une réunion des plus intéressantes.

La séance est levée.