Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 1 - Témoignages du 19 février 2004


OTTAWA, le jeudi 19 février 2004

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui à 8 h 35 pour étudier l'état actuel et les perspectives d'avenir de l'agriculture au Canada ainsi que l'effet des échanges commerciaux sur le revenu agricole.

Le sénateur Donald H. Oliver (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président: Honorables sénateurs, je déclare ouverte cette séance du comité consacrée à l'étude sur les questions se rattachant aux cas d'encéphalopathie bovine spongiforme au Canada.

Laissez-moi d'abord vous souhaiter la bienvenue, chers collègues, ainsi qu'à nos observateurs ici présents. J'aimerais également souhaiter la bienvenue aux Canadiennes et aux Canadiens qui nous regardent et qui nous écoutent sur le réseau CPAC et sur l'Internet.

[Traduction]

Honorables sénateurs, depuis quelques mois, le Canada est aux prises avec l'ESB. Bien qu'un seul cas ait été dépisté, il a eu de graves retombées sur l'industrie agricole du pays. Aujourd'hui, bien peu de gens au Canada ignorent la situation très stressante et difficile sur le plan économique à laquelle fait face l'industrie bovine canadienne. Cette catastrophe coûte des milliards de dollars.

Honorables sénateurs, nous avons invité des gens de l'Alberta à nous parler du problème causé par l'encéphalopathie spongiforme bovine, l'ESB, au Canada. Comparaissent devant nous ce matin M. John Kolk, un fermier possédant une vaste expérience, et M. Ed Fetting. J'invite M. Fetting à présenter son exposé.

M. Ed Fetting, témoignage à titre personnel: Honorables sénateurs, c'est pour moi un honneur de venir vous présenter de l'information. Le sénateur Fairbairn a communiqué avec nous mardi soir pour savoir si nous pouvions venir vous décrire les conséquences de l'ESB dans notre région, et c'est ce que je vais tenter de faire.

Premièrement, pour rappeler le contexte historique de la situation, permettez-moi de retourner au 20 mai 2003, le jour où la découverte du cas d'ESB a été annoncée par les ministres Vanclief et McLellan. Moins de deux heures après cette annonce, les téléphones sonnaient dans la région de Lethbridge, parce que nous comprenions la gravité de la situation. En moins de 24 heures, un comité était formé sous l'égide de l'organisme de développement économique de Lethbridge. Le comité a consulté des gens de l'industrie afin d'amorcer son travail, et de déterminer l'ampleur de la situation et la manière dont nous pourrions travailler ensemble. Après 96 heures, nous avions une équipe de 40 intervenants de l'industrie qui s'étaient réunis pour discuter des stratégies et des mesures à appliquer aux chapitres du lobbying, de l'information et de la réouverture, le plus rapidement possible, de la frontière américaine. Dix jours après l'annonce, nous organisions un grand barbecue en face de l'hôtel de ville de Lethbridge — Mme le sénateur Fairbairn était présente — pour manifester notre appui à l'industrie bovine. D'une certaine façon, c'était encourageant, parce que non seulement 3 000 personnes y sont venues pour acheter et consommer du bon bœuf de l'Alberta et du Canada, mais aussi parce que ce jour-là, nous avons reçu l'une de nos rares pluies abondantes. Je me rappelle avoir vu des gens de tous les milieux attendre en ligne; c'était encourageant.

Vingt-cinq jours après l'annonce, nous avons eu un grand rassemblement de camionneurs. Certains conducteurs de bétaillères et d'autres intervenants de l'industrie du camionnage, qui ont été les premiers à sentir les effets de la crise, ont conduit 100 bétaillères de Lethbridge à la frontière américaine. L'une des choses qui nous ont paru le plus décourageantes, c'est que des entreprises de camionnage et des camionneurs indépendants nous ont appelés 25 jours après pour nous dire qu'ils auraient aimé se joindre à nous, mais qu'ils ne pouvaient pas se payer le carburant diesel pour aller jusqu'à la frontière américaine.

Nous avons lancé la campagne de fierté et de soutien à l'égard du bœuf albertain et canadien, et je ne peux pas vous dire combien de tee-shirts et d'affiches nous avons vendus dans la région. Nous avons parrainé le Great Canadian Cattle Drive parce que des Albertains et des Canadiens nous demandaient comment ils pouvaient aider les éleveurs et les engraisseurs. Le programme a eu beaucoup de succès et 180 commerces de l'Ouest y ont participé.

Le Great Canadian Cattle Drive a été couronné de succès. Des organismes comme la ville de Lethbridge, ainsi que des employés provinciaux ont instauré un régime de retenues sur la paye pour acheter du bœuf. Cela arrivait à point nommé, puisque le but du programme était de vendre beaucoup de bœuf, et uniquement du bœuf 100 p. 100 canadien. En fait, il fallait vendre les animaux au complet. Les consommateurs canadiens préfèrent les tranches de bœuf et les morceaux de choix. Parce que les pièces de bœuf qui sont normalement exportées aux États-Unis et au Mexique n'étaient plus expédiées, il y avait une distorsion dans l'industrie.

Nous avons parrainé des séances d'information dans toute la région. Ces séances, qui étaient organisées par des groupes sociaux, visaient à aider les familles et les individus qui subissaient les contrecoups de l'ESB. On y abordait tous les sujets, des finances à la manière de faire face au stress occasionné par cette crise.

Récemment, nous avons lancé une campagne épistolaire. Notre maire s'est rendu à Pasco, dans l'État de Washington, en compagnie des maires de Brooks et de Medicine Hat, en Alberta, pour amorcer le dialogue avec certains de nos amis américains. À Pasco, l'activité de certaines usines de transformation du bœuf situées le long de la frontière a diminué de 25 p. 100 parce qu'elles ne reçoivent plus d'animaux vivants du Canada. C'est dire que les effets se font aussi sentir du côté américain de la frontière.

J'aimerais aussi souligner que nous avons reçu un soutien exceptionnel de la part d'individus comme le sénateur Fairbairn et Richard Casson, notre député, dans ce dossier.

J'aimerais insister sur l'importance énorme de cette question pour notre région et expliquer pourquoi nous avons agi comme nous l'avons fait au cours des derniers mois. Dans le comté de Lethbridge seulement, qui s'étend sur un rayon de 30 milles autour de la ville de Lethbridge, il y avait environ 550 000 têtes de bétail dans les parcs d'engraissement, en période de pointe, avant mai 2003. Le cycle d'engraissement dure quelque 150 jours, de sorte que certaines années, un parc d'engraissement voit passer jusqu'à deux cycles et demi. Sans l'appui de l'État et sans les programmes créés récemment, les éleveurs et les engraisseurs auraient perdu entre 500 et 600 dollars par tête de bétail. Cette information vient des éleveurs et des comptables de la région.

Selon nos données les plus optimistes et même en tenant compte des programmes gouvernementaux, les exploitants essuient une perte nette d'environ 200 dollars par tête. Si vous multipliez ce montant par les 550 000 têtes de bétail de notre région, vous obtenez une perte de liquidités et de capitaux de 110 millions de dollars — sans compter les effets multiplicateurs et indirects.

Le président: Pouvez-vous nous dire ce que représentent 550 000 animaux par rapport à l'ensemble du bœuf de l'Ouest?

M. Fetting: Je devrai m'en remettre à mon ami pour cela, mais entre 70 et 80 p. 100 des animaux qui sont finis en parc d'engraissement se trouvent dans le sud de l'Alberta. Les engraisseurs sont ceux qui finissent les animaux avant que ces derniers aillent à l'abattoir.

Si l'on poursuit le calcul, 550 000 têtes de bétail, à un poids de 1 350 livres et à un dollar la livre, représentent des revenus de 750 millions de dollars pour les parcs d'engraissement. À l'heure actuelle, selon nos estimations les plus fiables obtenues en consultant les engraisseurs, ainsi que les statistiques qu'utilisent les fonctionnaires du ministère de l'Agriculture de l'Alberta et d'autres intervenants, le nombre de têtes de bétail dans la région de Lethbridge a chuté à 275 000 et le prix moyen de la livre est descendu à 80 cents. Si vous multipliez tous ces chiffres, vous constatez que les revenus dans notre région ont diminué de près de 400 millions de dollars. L'effet est assez spectaculaire.

En juillet 2003, le comté de Lethbridge s'est déclaré zone de catastrophe économique à cause de l'énormité de la crise. Je décrirai plus tard quelques manifestations de cette crise. En adoptant cette mesure, le comté se montrait prévoyant. Il a fallu beaucoup de courage pour le faire.

Mais, tout bien considéré, nous avons raisonnablement bien surmonté la première crise, le premier épisode. Permettez-moi de vous indiquer pourquoi. D'abord et avant tout, nous devons rendre grâce aux représentants, élus et autres, des gouvernements fédéral et provincial. La situation était complexe, mais ils ont tous travaillé avec acharnement et sans compter leur temps pour assurer le soutien et la stabilité de l'industrie. Des gens comme la ministre McLellan et les anciens ministres Vanclief et Speller ont fait du bon travail.

L'ingéniosité des engraisseurs a été exceptionnelle. Ils comptent parmi les meilleurs entrepreneurs du pays. Ils ont été capables de restructurer leur financement et leurs opérations dans l'espoir que la frontière ouvre plus tard cette année. Les établissements financiers de la région se sont montrés patients. Aucune banque n'a pris des mesures visant à faire fermer des parcs d'engraissement. Elles ont adopté une perspective à long terme, comptant que quelque chose se produirait au début de cette année.

De plus, les consommateurs ont offert un appui incomparable à l'industrie. Le Canada est le premier pays où la consommation de bœuf a augmenté après le dépistage d'un cas d'ESB. Selon les chiffres de Statistique Canada pour juillet et août 2003, la consommation de bœuf a augmenté de 67 p. 100 grâce aux mesures prises par divers organismes.

Nous avons tous fait confiance à la chance, espérant que la frontière ouvrirait d'ici février ou mars de cette année, et nous avons pris notre mal en patience. Le 22 ou le 23 décembre 2003, quand le deuxième cas d'ESB a été décelé dans l'État de Washington, notre région et toute l'industrie ont subi un choc psychologique. La nouvelle n'aurait pas pu arriver à pire moment. Elle a pratiquement coupé le souffle à toute notre région, et les gens se demandaient ce qu'ils pourraient bien faire cette fois-ci.

Quel effet cela a-t-il eu sur notre région — d'avoir survécu à la première crise, au premier épisode, puis d'être frappée une seconde fois? À l'heure actuelle, il n'y a pas une industrie dans notre collectivité qui n'a pas été touchée, à part le secteur public. Les marchands de grain de Lethbridge qui fournissent des aliments pour animaux sont découragés. Les entreprises de camionnage et celles qui vendent et entretiennent les camions ont vu des camionneurs indépendants leur rendre leurs clés. Ces derniers gagnaient leur vie en faisant de longs parcours jusqu'à Pasco, dans l'État de Washington, jusqu'à Greely, au Colorado, et à Hyrum, en Utah.

Quand l'ESB a frappé, le 20 mai 2003, 15 bétaillères qui avaient quitté la région ont été refoulées à la frontière. Certaines étaient déjà rendues au Montana, et la police d'État les a arrêtées et renvoyées au Canada.

Les effets économiques sont tentaculaires. Les ventes de bois et de camions, les électriciens, les plombiers, le combustible en vrac, les services vétérinaires, même les comptables et les avocats, rien n'est épargné. Une de mes connaissances qui travaille dans l'industrie de la comptabilité qualifie la situation de notre région d'effondrement.

Il y a deux semaines, nous avons eu une preuve tangible de la gravité de la situation. Je sais qu'il s'agit d'un cas unique — et je n'essaie pas d'exagérer la situation ni d'en tirer avantage — mais la SPCA a saisi 300 bovins chez un fermier qui ne pouvait plus les nourrir, et elle en a abattu 100.

Le deuxième épisode d'ESB, dont j'ai parlé, produit ce genre de conséquences. Toutefois, dans notre région, nous espérons que si nous continuons notre lutte, nous viendrons à bout de la situation. Si nous pouvions formuler des recommandations à l'intention de l'industrie et des décideurs, il y a probablement trois choses que nous voudrions dire.

Premièrement, nous voulons insister encore sur le fait que nous devons être capables de consacrer toutes nos ressources à exercer des pressions sur le gouvernement américain afin que la frontière demeure ouverte. Même si pour certains d'entre nous, il semble que ce problème dure depuis toujours, nous ne pouvons pas relâcher nos efforts ni adopter des mesures limitées comme nous l'avons déjà fait. C'est la science qui doit gouverner notre action, pas la politique.

Nous devons cesser de croire que la politique s'arrête à la frontière. Nous devons tous parler d'une même voix au nom du Canada, pour garantir que notre action portera fruit.

Étant donné les capitaux qui ont été perdus, les banques décident maintenant de réexaminer, voire réduire, certaines marges de crédit, entre autres. À cet égard, les gouvernements provincial et fédéral pourraient peut-être jouer un rôle en offrant des prêts sans intérêt ou des garanties d'emprunt. L'industrie fonctionne en tirant parti de l'effet multiplicateur des capitaux, mais ce n'est plus possible.

À long terme, ce que nous devons pouvoir faire, c'est, pour reprendre une vieille expression, prendre le taureau par les cornes. Le Canada doit être un chef de file mondial au chapitre de la salubrité des aliments et de la recherche.

Quand on examine la réaction en Amérique du Nord et, en fait, à l'échelle mondiale, on constate que partout, elle est presque semblable à celle qu'a suscitée la fièvre aphteuse — une maladie contagieuse, contrairement à l'ESB — en ce qui a trait au risque, qui est très faible, pour la salubrité alimentaire ou l'industrie elle-même.

En décrivant certaines mesures que nous avons prises et certaines de nos activités, nous voulons vous démontrer que le soutien envers l'industrie de notre région est exceptionnellement vigoureux. La population montre certainement qu'elle veut continuer d'appuyer l'industrie du bœuf. C'est sur cette industrie que repose toute l'économie de notre région. Si vous demandez à un Albertain de définir ce qu'est un Albertain, il vous dira qu'il n'est pas important qu'il soit né ou qu'il ait grandi en Alberta, comme moi, ou qu'il soit venu de Toronto ou encore, comme mes parents, qu'il soit venu d'Allemagne; la force de notre économie, c'est le bœuf.

Je vous prie d'excuser mon entrée en matière plutôt fougueuse. Il s'agit d'une question qui éveille chez-moi de la passion. Je serai heureux de répondre à vos questions après que M. Kolk aura présenté son exposé.

M. John Kolk, témoignage à titre personnel: Monsieur le président et honorables sénateurs, j'aimerais vous remercier de tenir ces audiences, de poursuivre votre examen de ces questions et de tenter de les comprendre dans la situation actuelle. Ces deux derniers jours, j'ai parlé à quelques amis et je leur ai dit où j'allais hier soir. Ils sont convaincus qu'il est important pour eux de se faire entendre ici aussi. Dans l'Ouest, il est parfois facile de critiquer ce qui se passe dans l'Est. Toutefois, il faut souligner qu'il est important de permettre aux gens de se faire entendre, comme le fait ce comité. Je pense qu'il s'agit d'un processus très sous-estimé mais important.

Le président: Je vous remercie, monsieur Kolk.

M. Kolk: J'aimerais remercier, pour son invitation, Mme le sénateur Fairbairn qui, malheureusement, est absente pour des raisons de santé.

J'appartiens à une famille d'exploitants agricoles. Mes grands-parents sont venus de Hollande tout de suite après la Deuxième Guerre mondiale. En Hollande, le secteur agricole était en très mauvais état. Mes grands-parents se sont installés dans le sud de l'Alberta, qui a depuis toujours eu une industrie de la betterave à sucre, un système d'irrigation et du bétail. Notre ferme est une entreprise familiale, et nous y travaillons depuis le milieu des années 50. Mon père l'a reçue de mes grands-parents et maintenant, c'est mon frère et moi qui l'exploitons. C'est ainsi qu'elle a évolué depuis quelque 40 ans. De bien des manières, cette évolution est semblable à celle de l'industrie dans le sud de l'Alberta.

Il y a 50 ans, grâce à l'irrigation, on récoltait de la betterave à sucre et d'autres produits. Ces 15 dernières années, l'élevage du bétail a connu une expansion considérable. Le sud de l'Alberta présente des avantages naturels pour l'élevage en parc d'engraissement, notamment la présence de l'eau, l'accès aux pâturages, le climat relativement sec et, depuis l'entrée en vigueur de l'ALENA, l'accès au marché américain. Quand j'étais enfant, nous avions environ 300 vaches reproductrices, et seulement quelques bouvillons. Le 20 mai 2003, nous avions 7 000 animaux dans notre parc d'engraissement et environ 1 500 veaux de naissage. Vous pouvez imaginer le choc que j'ai ressenti quand mon frère m'a téléphoné pour me parler de l'annonce au sujet de l'ESB. Ce fut un choc considérable.

Évidemment, après l'annonce, nous avons examiné la situation pour voir comment nous pouvions y faire face. Nous avons 11 employés, ainsi que des membres de la famille, qui travaillent à la ferme. Compte tenu de la crise, nous avons dû définir nos priorités. De toute évidence, c'était de payer notre personnel, de respecter nos engagements envers la collectivité, envers la banque, et de faire ce qui était nécessaire pour maintenir nos activités.

Ce fut tout un choc, car nous avions la certitude que le développement économique de notre région dépendait de notre accès au marché américain. Nous prenons beaucoup de risques calculés en ce qui concerne notamment nos approvisionnements, l'irrigation, les contrats à terme pour le grain. Quant au marché, nous essayons de recourir aux opérations de couverture.

Nous avions vu l'effet de l'ESB en Europe, mais nous ne savions pas jusqu'à quel point nous étions vulnérables à une fermeture de la frontière. Nous avions plein accès à deux grandes usines de transformation dans le sud de l'Alberta et à deux autres aux États-Unis. L'industrie s'était construite et se développait grâce à l'exportation. Si notre industrie avait été simplement domestique, les répercussions se seraient fait sentir, mais elles n'auraient pas été aussi graves. La fermeture de la frontière a bouleversé nos pratiques commerciales.

Quant à nous, en septembre, nous avons essayé d'établir notre marge de crédit future, reconnaissant que nous devions probablement faire appel aux autres secteurs de notre entreprise pour soutenir notre élevage. Nous avons tenté d'obtenir du crédit de notre banque, prévoyant que nous traverserions une crise de confiance, mais sans soupçonner les répercussions d'un second cas. Après le premier cas d'ESB, nous nous sommes dit que l'été avait été dur, mais que nous allions y survivre. La situation allait être très difficile, mais nous allions y faire face. Nous voulions survivre.

Par conséquent, l'automne dernier, nous avons acheté des bovins. Certains d'entre vous savent peut-être comment on établit le prix des animaux, c'est-à-dire à la livre. L'industrie n'a pas adopté les kilogrammes. L'année précédente, nous avions probablement payé les veaux de 500 livres 1,40 $ la livre. L'automne dernier, nous avons payé 1,15 $ la livre, ce qui nous a surpris. Mais ce prix rendait compte non seulement du programme d'aide du gouvernement fédéral, mais aussi du programme provincial. Le gouvernement fédéral a injecté environ 250 millions de dollars tandis que la province en a mis 350 millions. Cet argent est allé à beaucoup d'éleveurs-naisseurs, qui n'ont réalisé que 60 p. 100 de leurs ventes habituelles. Selon les chiffres les plus optimistes, environ 40 p. 100 des éleveurs-naisseurs n'ont pas vendu leur bétail. Le prix de 1,15 $ la livre nous donnait un seuil de rentabilité autour de 90 ou 91 cents.

Puisque les marchés en vif américains ont ouvert en janvier à 90 ou 92 cents, nous pensions atteindre notre seuil de rentabilité et poursuivre nos activités. Toutefois, le 23 décembre, les marchés ont pratiquement fermé pendant une courte période. Lorsqu'ils ont repris en janvier, les animaux qui s'étaient vendus 1,15 $ valaient probablement 80 cents selon certains — du moins, c'est ce que j'ai dit à mon banquier et j'espère qu'il m'a cru. La vérité, c'est que ce bétail s'est vendu 60 cents dans les enceintes de mise aux enchères. J'ai entendu parler de prix encore plus faibles que cela, mais je n'ai pas pu confirmer cette information. Quant aux animaux dont le prix était auparavant 1,15 $ la livre, je sais que certains se vendent maintenant 60 cents. Il y a des conséquences sur la trésorerie et sur la marge. Si quelqu'un souhaite poser des questions à ce sujet plus tard, je pourrais en parler davantage. La conséquence a été une érosion immédiate des capitaux — sans parler des pertes que M. Fetting a évoquées.

Quand j'achète du bétail, je me sers de l'effet de levier de mes capitaux. Si j'ai 1 $, j'emprunte 3 $ de la banque sur le marché à bestiaux. Les marges sont assez serrées, de sorte que si j'ai un animal de 800 $, j'investirais 200 $ et le coût des aliments. La banque investit environ 600 $, et quand je vends, je lui rends son argent et j'espère retirer 20, 30 ou 40 $. C'est comme cela que ça se passe dans notre industrie.

La diminution du prix de l'animal, même si c'est à 1,20 $, a des conséquences sur nous car nous investissons temps et argent dans cet animal. Le prix a pratiquement chuté de moitié. J'ai un ami en Saskatchewan qui disait avoir acheté 250 animaux — une quantité semblable à celle que j'ai achetée l'an dernier. Il n'est pas un engraisseur de bovins; il produit des bovins semi-finis. Il les a emmenés en ville en janvier; il a ajouté 150 de ses propres animaux pour pouvoir payer la banque. Il a payé les aliments lui-même. Vous avez peut-être entendu des récits semblables, mais c'est le genre de conséquences qui se produisent. Ce sont des gens qui veulent utiliser leurs aliments, leur eau, leurs ressources et leur temps à amener ces animaux à la prochaine étape. Ils sont habitués aux risques du marché, mais les conséquences que nous avons vues sont assez lourdes.

J'ai reçu un appel téléphonique à titre de conseiller du comté. Nous nous occupons des questions liées à l'utilisation des sols et, au fil des années, dans la région de Lethbridge, nous avons décidé qu'en raison de l'intensité de l'élevage, nous n'allions pas subdiviser des quarts de section de terres sur lesquelles on fait de l'élevage intensif — pour empêcher les chicanes de voisins et ce genre d'inconvénients. Il y avait cet homme qui, à peine deux ans auparavant, était entièrement en faveur de la directive du comté de Lethbridge de ne pas subdiviser des terrains sur lesquels on faisait de l'élevage intensif. Il m'a téléphoné et m'a dit: «John, pouvez-vous m'aider à subdiviser mon parc d'engraissement?» J'ai répondu: «Vous savez très bien, Chris, que nous ne pouvons pas faire cela; notre règlement l'interdit.» Il m'a répondu: «J'ai 160 acres et un parc d'engraissement pour environ 1 000 têtes. Si je peux vendre 130 acres à un voisin accommodant, je garde 30 acres, avec le parc d'engraissement et ma maison, et je continue. J'espère que je pourrai racheter une partie du terrain plus tard.» J'ai répondu: «Nous ne pouvons pas faire ça. Ce n'est pas possible.» Parce qu'il avait un terrain plus petit, je lui ai proposé de descendre à 900 têtes et que nous pourrions subdiviser le terrain en deux lots de 80 acres. Il m'a répondu que la vente de 80 acres ne lui suffirait pas à récupérer sa marge.

Je ne dis pas que tous les exploitants sont dans cette situation, mais cela m'indique que la pression augmente. J'ai beaucoup travaillé pour bien faire comprendre cette situation aux décideurs et aux ministres de notre gouvernement, car je pense qu'en y consacrant du temps et des efforts maintenant, nous pouvons prévenir un grave effondrement. Cet effondrement ne s'est pas encore manifesté, malgré ce que M. Fetting a dit à propos des faillites dans l'industrie du camionnage, et des mises à pied dans l'industrie des services et particulièrement dans les parcs d'engraissement. Depuis de nombreuses années, l'école secondaire de Picture Butte compte une population étudiante stable. Il y a maintenant 20 élèves de moins que les 200 habituels. Ce sont les signes que nous percevons. Ce sont certains des problèmes que nous affrontons.

J'aimerais parler du document que j'ai distribué, qui s'intitule «Consolidated Beef Industry Action Plan.» Pour mettre les choses en perspective, bien que je comprenne la réalité du problème et que j'essaie d'en saisir toute l'ampleur, j'estime que nous devons examiner l'état de la situation ainsi que nos possibilités. Quels sont les problèmes? Le cœur en est le manque d'accès aux marchés. La fermeture de la frontière est devenue un problème important parce que notre marché n'est plus actif. L'industrie de la finition — et cette situation commence à se produire dans le secteur du naissage et des bovins semi-finis — compte environ 500 exploitants. Dans l'industrie du naissage, selon les chiffres de l'Alberta, il y a environ 30 000 éleveurs. Dans le reste du pays, la proportion est la même. Les effets commencent à se faire sentir.

Aujourd'hui, il y a des naisseurs qui ont des veaux de l'an dernier, quelques veaux d'un an, et il y a maintenant des mises bas. Ils n'ont pas ce qu'il faut, ni nourriture ni main-d'œuvre, pour faire face à cette situation. Ils chercheront des débouchés pour ces animaux. La perte de capitaux et l'accès réduit au financement, l'absence de concurrence entre les abattoirs — d'une certaine façon, il s'agit là d'une concentration des capitaux dans l'industrie de la transformation — produisent une réduction massive des capitaux dans le secteur de l'élevage.

Deuxièmement, l'industrie bovine a subi un changement fondamental et il faut agir. Quand je parle de changement fondamental, je pense à la bonne vieille équation entre une frontière ouverte et un bien à vendre. Même si notre bœuf était d'excellente qualité, nous devrons probablement remettre en question les biens que nous produisons. Nous devons commencer à reconstruire tout en faisant, à court terme, des choix d'orientation pour assurer un avenir durable. Nous ne pouvons pas simplement investir de l'argent et espérer nous en tirer. Tout comme dans le cas de la pêche à la morue il y a quelques années, nous devons réfléchir sérieusement à ce que nous faisons.

J'ai récemment entendu une conversation à laquelle participait Brian Tobin, où il parlait de la jeter la morue dans la cale d'un navire, de la recouvrir de glace et de l'expédier. Maintenant, la plupart du poisson qui sort des navires est prêt à mettre au four. Il est important de réfléchir à cela, à un produit qui est beaucoup plus axé sur le consommateur.

Du point de vue de l'industrie et de notre orientation, le statu quo n'est pas une solution. Il y a des bovins et de jeunes veaux à soigner et à nourrir. Le troupeau bovin du pays continue de croître. J'ai entendu dire qu'il y a un million d'animaux de plus que l'an dernier au Canada. Nous avons un problème d'augmentation du troupeau. Il faut établir un plan à partir de certaines des recommandations formulées par les groupes de travail conjoints de l'industrie et des gouvernements national et provinciaux, et à partir de certaines des idées lancées au sommet de Picture Butte.

J'aimerais décrire certaines mesures immédiates que vous devriez envisager. Il en est question dans le plan d'action de l'industrie qui a été élaboré par différents intervenants, bien que ce plan n'ait pas encore été approuvé entièrement par l'industrie ou par le gouvernement.

Il y a des stratégies à court terme que nous devons examiner pour compenser les effets immédiats de la fermeture de la frontière, mais nous devons aussi établir une stratégie à long terme pour assurer un gagne-pain durable aux éleveurs de bovins du Canada. Le premier volet est un peu difficile pour l'industrie de l'élevage, mais comme je l'ai dit à mon épouse, certaines des discussions que nous avons sont dégrisantes pour nous. L'industrie de l'élevage s'est toujours montrée indépendante et désireuse de s'occuper seule de ses affaires. Toutefois, nous avons découvert, à notre grande déception, que la politique avait un rôle important à jouer dans le domaine alimentaire. Puisque nous sommes dépendants de l'ouverture des frontières, nous devons avoir une connaissance très concrète de ces répercussions. L'établissement d'un prix minimum provisoire à l'abattoir reçoit un certain appui dans l'industrie. J'y reviendrai.

L'industrie de l'élevage n'est probablement pas prête à appliquer un programme de gestion de l'offre, et ce n'est pas ce qu'elle souhaite. Toutefois, aujourd'hui, je paie 68 cents pour faire gagner une livre à un animal. Aujourd'hui, le marché des gras se situe dans les 80 cents. Toutefois, une quantité imposante d'animaux arrivera bientôt sur le marché. Nous prévoyons que si la frontière n'ouvre pas en juin ou en juillet, compte tenu des cours du marché à terme et de l'écart de 26 cents entre les marchés américain et canadien, le gras se vendra peut-être autour de 60 cents.

Concrètement, imaginons que j'achète un animal de 700 livres et que chaque livre que je lui fais gagner me coûte 68 cents. D'après nos prévisions, je peux vendre le produit final 60 cents. Si le marché s'effondre, ce sera encore moins.

En homme d'affaires avisé, j'essaie de réaliser un profit sur la différence entre le prix d'achat et le prix de vente — ou du moins, j'essaie de le prévoir. Mon coût est de 68 cents et j'en obtiens 60; je dois donc faire baisser le prix du veau pour réaliser un profit. Le veau que j'ai payé 1,15 $ l'automne dernier et qui se vend maintenant entre 60 et 75 cents la livre, je devrais le payer 35 cents en prévision du marché de l'été.

Le président: C'est impossible maintenant.

M. Kolk: C'est ce que je veux dire. C'est pourquoi je dis que je n'ai pas la confiance suffisante pour acheter un animal aujourd'hui en fonction du marché de l'été, et mon banquier n'a pas cette confiance non plus. Même si j'avais l'audace d'essayer, il n'est plus disposé à m'appuyer, et c'est là un des problèmes. Si l'on pouvait prévoir le marché, il faudrait peut-être envisager, à titre de mesure temporaire, un rapport quelconque — le prix de gros ou le prix américain.

Deuxièmement — et c'est un élément primordial en ce qui concerne le gouvernement fédéral — les garanties d'emprunt permettraient aux éleveurs d'acheter des animaux et de maintenir l'activité sur les marchés. Ce qui s'est passé l'automne dernier, c'est que le programme de redressement relatif à l'ESB a permis aux engraisseurs d'acheter du bétail, dans l'espoir que la frontière allait ouvrir pendant le premier ou le deuxième trimestre. J'en ai acheté à 1,15 $, sachant que c'était un peu risqué, mais cela me permettait de faire travailler mon personnel et de garder ma ferme en activité, au ralenti.

Nous avons perdu ces capitaux. Pour l'instant, je n'ai pas la marge financière suffisante pour acheter des animaux. Par conséquent, nous avons besoin d'une garantie d'emprunt quelconque. Ce pourrait être un prêt-subvention si la date d'ouverture de la frontière continue d'être reportée, mais maintenant, une garantie d'emprunt rassurerait les banquiers, et nous avons besoin de les convaincre que l'industrie a bel et bien un avenir devant elle.

Si la frontière n'est pas rouverte en mai, nous devrons discuter d'une question très difficile, c'est-à-dire la gestion de l'offre. Aucun éleveur ne veut passer sa vie à se lever à trois heures du matin pour sauver des veaux, et avoir ensuite à les réformer. Ce n'est pas agréable et nous n'aimons pas ce concept.

Le président: C'est inévitable, n'est-ce pas?

M. Kolk: Vous avez raison; c'est maintenant un des enjeux. Nous devrons peut-être envisager une quelconque mesure pré-1997. Il y aurait des avantages sur le plan international dans le contexte de l'ESB, mais nous devrons peut- être étudier une solution de ce genre, parce que nous y sommes forcés. Si la frontière demeure fermée aux animaux vivants, nous devrons fixer des échéanciers pour lancer cette discussion.

L'élément suivant est la suppression des restrictions imposées par l'ACIA à l'égard de l'importation de bovins d'engraissement depuis les États-Unis, à cause de la fièvre catarrhale du mouton et de l'anaplasmose. Je ne vais pas approfondir ces questions à moins que quelqu'un m'interroge, mais elles représentent un enjeu pour l'industrie bovine américaine. Nous y avons consacré beaucoup de temps. L'ACIA a alloué du temps pour la formulation de commentaires. Nous devons agir rapidement pour éliminer cet irritant.

Nous devons discuter avec le Japon. Ce n'est pas un enjeu économique considérable, mais notre frontière est fermée au bœuf de ce pays pour le moment, et nous devons discuter avec les Japonais pour leur permettre de formuler une demande à cet égard. Encore une fois, c'est un enjeu très secondaire, mais c'est le type d'irritant qui peut contribuer à maintenir des obstacles.

Évidemment — et j'insiste là-dessus — il faut continuer de travailler avec acharnement pour obtenir la réouverture de la frontière américaine le plus tôt possible.

Je vais maintenant effleurer quelques points. Le ministre de l'Agriculture et le gouvernement de l'Alberta ont travaillé d'arrache-pied; nous avons aussi obtenu un soutien considérable du gouvernement fédéral, du ministre Vanclief. Toutefois, au cours des quelques dernières semaines, nous avons assisté à un redoublement d'efforts — et je dois le souligner au nom de l'industrie et en mon nom personnel. Le ministre Speller et le premier ministre n'ont ménagé aucun effort pour collaborer à cette question avec les intervenants d'autres pays. Leur disponibilité et la façon dont ils ont abordé cette question ont été rafraîchissantes à bien des égards. Il y a eu des visites à Washington et au Japon. Du côté de l'industrie, des mesures importantes sont prises et cela doit continuer.

Enfin, un message cohérent et clair doit être transmis aux éleveurs. Comme l'a dit M. Fetting, beaucoup d'entre eux ont pris des décisions financières l'automne dernier — garder les animaux dans le cas des naisseurs, ou acheter des animaux dans le cas des engraisseurs — en s'appuyant sur les garanties selon lesquelles l'ouverture de la frontière était une question, et je cite, «de mois, et non d'années».

La nouvelle du 23 décembre a véritablement abattu ces producteurs, et les banquiers ont révisé leur approche face aux risques et aux débouchés pour l'industrie après le 1er janvier. Nous devons envoyer un message clair et cohérent aux producteurs sur la valeur de l'industrie et la nécessité de continuer à travailler avec notre fourrage et nos terres céréalières des Prairies et d'ailleurs au pays, ainsi qu'un message clair et cohérent disant qu'il y a un fort potentiel de développement pour l'industrie du boeuf. Beaucoup de producteurs en sont arrivés au point où, si vous leur donniez 50 cents maintenant, ils abandonneraient leurs activités. S'ils pouvaient entrer dans leurs frais et gagner quelques dollars pour s'acheter une maison en ville, ils laisseraient tout tomber. Cela n'a rien de réjouissant.

J'ai quatre enfants, dont un qui étudie en zootechnie à l'Université de l'Alberta. Je n'obligerai aucun de mes enfants à suivre mes traces, mais je serais fier que l'un d'eux ait envie de le faire. Toutefois, il faut avoir confiance dans l'avenir pour travailler dans ce secteur. Il est important que l'industrie, mais aussi le gouvernement, fassent clairement savoir qu'ils accordent beaucoup d'importance aux régions rurales, aux collectivités agricoles et à la production vivrière, et quand les temps sont durs, il faut comprendre l'étendue du désastre.

Ce sont là essentiellement des enjeux à court terme et j'aimerais maintenant vous parler de quatre enjeux à long terme. Premièrement, comme le prévoyait le Cadre stratégique pour l'agriculture à propos de l'environnement, de la sécurité alimentaire, de la qualité et du bien-être des animaux, nous devons continuer de développer l'industrie du boeuf canadien — et probablement aussi celle d'autres produits agricoles canadiens. Notre pays jouit d'une bonne image. Nous devons cultiver cette réputation chez les consommateurs du monde entier. L'ESB nous force à reconnaître que des améliorations sont nécessaires et que nous devons nous donner les moyens de parvenir à nos fins.

Deuxièmement, nous devons accroître la capacité de certains abattoirs canadiens car cela nous permettra de créer de la valeur ajoutée et des emplois au pays. J'ai raconté mes conversations avec Brian Tobin et son histoire au sujet de la pêche à la morue; l'idée consistait à ne pas simplement stocker le poisson dans des congélateurs, mais à le préparer pour qu'il soit prêt à cuire et à consommer. Voilà le type de concept que nous devons exploiter — et nous y parviendrons en créant des emplois ici, chez nous.

Nous devons travailler étroitement avec les marchés susceptibles de croître — comme le marché nippon. Il faut comprendre ce que veulent les Japonais, comme l'a fait la Canada Beef Export Federation, et agir en conséquence, comme en effectuant des tests sur chaque animal dans une usine au Canada. Voilà le genre de choses que nous devons envisager si nous voulons pénétrer ce marché.

Quatrièmement, il faut créer une nouvelle ère d'espoir — et cela ne peut venir que du fédéral.

Vous allez peut-être trouver que je tergiverse un peu et que mon intervention s'éternise, ce que je comprends. Mais comme quelqu'un l'a dit un jour: «je vous ai écrit une longue lettre car je n'ai pas eu le temps de vous en écrire une courte». C'est malheureusement ce qui m'arrive, mais je me réjouis de l'opportunité qui m'est donnée d'être ici, aux côtés de M. Fetting, pour exprimer quelques-unes des préoccupations et quelques-uns des espoirs de l'industrie dans la région de Lethbridge.

Le président: Je vous remercie à tous les deux pour ces excellents exposés. J'ai devant moi une longue liste de sénateurs désireux de vous poser des questions.

Monsieur Kolk, vous avez proposé un certain nombre de solutions à court terme, comme les garanties bancaires, et cetera, mais vous comparaissez devant un comité du Sénat et ce genre de comité examine, entre autres, les nouvelles politiques publiques. Sans entrer dans le côté pratique, nous nous intéressons aux initiatives stratégiques à long terme qui pourraient permettre de résoudre cette crise.

Pourriez-vous nous proposer deux ou trois éléments précis, autres que ceux consistant à faire pression pour obtenir la réouverture du marché américain et peut-être aussi du marché japonais. Nous voudrions que vous fassiez deux ou trois suggestions précises à ce comité pour qu'il vous aide à sortir de cette grande crise.

M. Kolk: Je vais en parler car c'est très important. Les solutions à court terme seront appliquées dans les secteurs qui en ont besoin. Quant aux solutions à long terme, je dirais que même si notre industrie doit continuer d'être concurrentielle — en réduisant le coût des opérations dans la chaîne —, elle doit aussi favoriser et encourager les producteurs de boeuf de qualité supérieure. Au Canada, nous avons la réputation de produire du boeuf de grande qualité. Nous devons renforcer cette certitude au moyen de systèmes de production d'avant-garde qui garantissent la sécurité alimentaire et respectent les protocoles environnementaux et ceux concernant le bien-être des animaux. Les fermiers et les producteurs de cette industrie y travaillent d'arrache-pied. Nous devons avancer dans cette direction, mais il convient de faire des investissements dans les plans environnementaux en agriculture, le bien-être des animaux et l'assurance de la qualité — à l'aide de programmes du type ARMPC.

D'ailleurs, le Cadre stratégique pour l'agriculture va déjà dans ce sens. Néanmoins, les efforts doivent être coordonnés pour que lorsqu'un Japonais, un Européen ou un Américain achète un steak de qualité supérieure, il peut être sûr que le produit canadien répond à ses exigences. C'est en partie une question de marque et en partie une question de traçabilité de la marchandise. Ce genre de garantie est très important.

Permettez-moi de citer un slogan de l'industrie albertaine qui dit: «si ce n'est pas du boeuf de l'Alberta, ce n'est pas du boeuf». J'ajouterais: «si la qualité n'est pas garantie, ce n'est pas du bon boeuf». C'est une mesure d'encouragement essentielle qui peut s'appliquer à presque tous les secteurs de notre agriculture. Le Canada jouit d'un grand potentiel lui permettant de vendre des denrées alimentaires partout où il le souhaite dans le monde, mais nous devons faire quelque chose qui nous distingue des autres sur le marché. Si nous pouvons trouver des solutions à long terme, particulièrement grâce au travail de ce comité, cela démontre que le potentiel existe. Nous devons être soutenus et encouragés dans ce processus de transition. Voilà une question dont je voulais parler car je la considère très importante.

Le sénateur Gustafson: De manière générale, quel est actuellement le prix par livre et en dollars canadiens des bovins gras?

M. Kolk: Je vais vous le donner, mais je n'ai pas celui des bovins d'engraissement. Mardi ou mercredi dernier, ce prix était d'environ 0,82 $ la livre au Canada. L'équivalent aux États-Unis était d'un peu plus d'un dollar canadien. Il y a approximativement 0,25 $ de différence de base. Nous avons toujours composé avec cette différence qui correspond au coût du transport vers le marché américain. Si je pouvais vendre un animal de mon parc d'engraissement dans Picture Butte à Cargill, à High River, en Alberta, ou à Hyrum, en Utah, il y aurait une différence de 0,26 $, sans compter le coût de transport plus élevé pour envoyer la marchandise sur le marché de Hyrum. Le coût de ce produit américain sur le marché canadien équivaudrait à 1,08 $. C'est une différence assez importante. Elle est fonction de la fermeture des frontières et non des pièces ou de la valeur du produit.

Le sénateur Gustafson: Dans l'industrie bovine, il y a eu une sorte de marché commun nord-américain. Politiquement, les Canadiens n'ont jamais voulu l'admettre, mais ça a existé. Dans l'industrie céréalière, cela a duré pendant plusieurs années. En fait, aujourd'hui, un boisseau de blé dur à Crosby, dans le Dakota du Nord, coûte 5,50 $ et nous obtenons 2,70 $ pour la même chose. Nous avons connu cela pendant longtemps dans l'industrie céréalière.

Toutefois, l'industrie bovine a eu plus de chance. S'il n'y avait pas eu de changement, quelle quantité de bétail, en pourcentage, aurait été envoyée sur de nouveaux marchés ou destinée à l'industrie de transformation du boeuf avant d'être expédiée dans le reste du monde?

M. Kolk: Nous devrions diminuer la taille de nos troupeaux. Si nous ne pouvons pas accéder au marché américain, nous devrons réduire de 40 p. 100 la taille de nos troupeaux.

Le sénateur Gustafson: ... ou même de 50 p. 100.

M. Kolk: Nous avons des débouchés dans certaines autres régions du monde.

Le sénateur Gustafson: Nous avons un autre problème en Saskatchewan. Nous n'avons pas de trésor comme le gouvernement albertain qui a réussi à injecter 350 millions de dollars dans cette industrie, auxquels se sont ajoutés les 300 millions du gouvernement fédéral. La province de la Saskatchewan ne dispose pas de tant d'argent. Nos agriculteurs font donc face à des difficultés beaucoup plus grandes.

Monsieur Kolk, vous avez dit que le prix des terres chutait. En Saskatchewan, ces prix ont probablement baissé d'environ 20 000 dollars par quart de section dans ma région, ce qui est énorme. Beaucoup d'achats de terrains ont été financés grâce à de petits troupeaux de bovins qui donnaient assez d'argent pour vivre et payer le terrain. Mais c'est terminé.

L'autre question que j'aimerais vous poser concerne le boeuf ontarien. Vous nous avez donné un chiffre — 300 000 têtes de bétail dans les parcs d'engraissement de la région de Lethbridge. Quels sont les chiffres pour les parcs d'engraissement ailleurs au Canada, et plus particulièrement en Ontario et en Saskatchewan?

M. Kolk: J'essaie de trouver les chiffres sur lesquels j'ai travaillé récemment. En 2002, le Canada comptait environ 13,4 millions de têtes de bétail, dont 5,2 millions en Alberta. Normalement, 60 à 70 p. 100 des bêtes sont concentrées en Alberta; l'Ontario arrive en deuxième position, je crois. Je n'ai pas les bons chiffres pour l'Ontario et le Québec, mais je sais que ce sont de grands producteurs de boeuf. Ces provinces se sont surtout axées sur le marché intérieur, mais je n'ai pas les chiffres exacts. Le Québec joue certainement un rôle important dans l'industrie du boeuf et il produit énormément de viande. Malheureusement, je n'ai pas les chiffres; je suis désolé.

Le sénateur Gustafson: Iowa Beef Processors, de Kansas City, au Kansas, et Garden City, également du Kansas, sont les plus grands producteurs de boeuf emballé en Amérique du Nord. Je suis allé là-bas, et il ne fait aucun doute, comme vous l'avez dit, que les troupeaux de boeuf canadien de leurs parcs d'engraissement sont probablement les meilleurs qui soient, particulièrement si on les compare aux mexicains.

Des gens de la Banque mondiale disent que nous devrions déplacer les parcs d'engraissement vers la Sasktachewan et l'Alberta, là où se trouve la nourriture pour ces animaux, car nous avons pris tout le maïs. Ces parcs d'engraissement sont-ils devenus trop gros? Lakeside feeders, par exemple, qui appartient à Iowa Beef Processors, engraissait 75 000 têtes de bétail. Je ne sais pas quels sont les chiffres maintenant. Même en Saskatchewan, Poundmaker en nourrit 25 000. La question qui se pose est de savoir si nous devrons réduire la taille de ces grands parcs d'engraissement et envisager une approche différente.

M. Kolk: Si la frontière reste fermée, nous devrons réduire la taille des troupeaux et de certains de ces grands parcs d'engraissement. J'ai parlé de la nécessité d'insister davantage sur le contrôle de la qualité car l'un des problèmes liés à la production de produits dérivés du boeuf est que les coûts, qu'ils soient environnementaux ou de main-d'oeuvre, constituent des externalités qui ne sont pas reflétées dans le coût du produit. Avec une plus grande assurance de la qualité, il pourrait y avoir des rajustements permettant de déterminer les tailles idéales en termes d'efficience. À ce stade-ci, en travaillant avec un ou deux abattoirs — vous avez d'ailleurs peut-être entendu parler de la décision d'IBP rendue hier ou avant-hier —, il y a des problèmes de concentration des pouvoirs dans les usines de conditionnement qu'il convient de régler; les parcs d'engraissement l'ont compris et ils essaient de maintenir un certain équilibre des pouvoirs sur le marché. Cela pourrait évoluer, mais c'est un changement structurel de l'industrie. Je ne suis pas en mesure de vous dire jusqu'où cela pourrait aller. Il y a des défis à relever et l'industrie d'engraissement des bovins s'en ressent, tant du côté environnemental que du côté intensif des opérations.

Le sénateur Gustafson: L'établissement de règles sanitaires parallèles dans un modèle de marché commun avec les États-Unis, et cetera, serait-il une bonne solution à long terme?

M. Kolk: Je suis content que vous ayez soulevé la question. Il existe deux initiatives absolument essentielles que l'on pourrait prendre à long terme dont je n'ai pas parlé. La première vise la création d'un système nord-américain harmonisé, comme c'est le cas pour l'ESB, la fièvre aphteuse et d'autres maladies pour lesquelles il existe des règles harmonisées entre nos deux pays, et il n'y a pas ces barrières commerciales artificielles. La deuxième consiste à continuer de demander l'établissement d'un régime d'échanges fondé sur des règles durant la seconde ronde de négociations de l'OMC. C'est très important car nous devons savoir, en tant que pays et en tant qu'industrie, comment nous prémunir contre ce type de risques. L'harmonisation et le commerce fondé sur des règles sont des éléments clés que nous devons promouvoir.

Le sénateur Gustafson: Pour en revenir aux autres marchés internationaux, y a-t-il des pays qui acceptent les bovins canadiens sur pied aujourd'hui?

M. Kolk: Le Mexique, mais bien sûr nous devons assurer le transport des animaux jusque là-bas. C'est vraiment un problème. Certains pays des Caraïbes les acceptent. Vont-ils accepter des bovins vivants? Je suis désolé, je n'en sais rien. Je sais que le Mexique le fait.

J'aimerais parler des animaux sur pied. La plupart des exportations canadiennes d'animaux sur pied ailleurs qu'aux États-Unis sont à des fins de reproduction ou génétiques. C'est très important car cela permet au Canada d'entrer en Asie, dans une certaine mesure, dont en Chine, en Amérique latine, aux États-Unis et au Mexique. La part la plus importante des exportations d'animaux sur pied est à des fins génétiques. C'est aussi un élément à valeur ajoutée. Mais celles-ci ont vraiment été freinées. Actuellement, le Mexique est le seul pays qui accepte du boeuf sur pied. En ce qui concerne l'engraissement et le traitement de la viande, nous avons le problème américain, mais la production laitière et la génétique drainent beaucoup d'argent grâce aux exportations vers différentes parties du monde.

Le sénateur Sparrow: Venez-vous de dire que la plus grande partie de nos exportations vers les États-Unis porte sur les animaux reproducteurs?

M. Kolk: Désolé, une part importante concerne la génétique et les animaux reproducteurs dans d'autres pays du monde. Parmi les animaux sur pied que nous vendons aux États-Unis, beaucoup sont destinés à l'abattage.

Le sénateur Sparrow: Et les animaux d'élevage?

M. Kolk: Un peu. Il y a eu des hauts et des bas; parfois on a exporté de très petites quantités et, il y a deux ans, on est allé jusqu'à vendre presque 500 000 bêtes, ce qui est considérable.

Le sénateur Sparrow: Pourriez-vous nous donner, en pourcentage, le nombre d'animaux destinés à des parcs d'engraissement, de bovins finis et de reproducteurs que nous exportons aux États-Unis? La quantité d'animaux reproducteurs est élevée mais quel en est le pourcentage?

M. Kolk: Je ne sais pas, mais je pense que c'est probablement moins de 15 p. 100. Le reste est constitué d'animaux vivants pour l'abattage et, certaines années, les animaux destinés aux parcs d'engraissement représentent environ 20 p. 100.

Le sénateur Sparrow: J'ai entendu dire que le pourcentage d'animaux reproducteurs était important et je ne voulais pas que ce message passe.

M. Fetting: J'aimerais revenir à un point soulevé par le sénateur Gustafson dont nous avons parlé précédemment, au sujet des taux de change. Nous devons être prudents à ce chapitre lorsque nous pensons à la réouverture éventuelle des frontières, et nous croisons tous les doigts. Ces deux dernières années, le marché américain a été exceptionnellement prospère. Il s'est très bien comporté. Nous pourrions arriver à une situation où, compte tenu des taux de change et du prix par livre pratiqués dans ce pays, quand les frontières rouvriront, les acheteurs américains s'empareront de tous nos jeunes bovins. Ils ont tellement poussé leur consommation, et ils ont utilisé des bovins de plus en plus jeunes car les prix étaient excellents. Compte tenu dans la situation financière difficile dans laquelle se trouvent nos producteurs et nos exploitants de parcs d'engraissement, les Américains achèteront nos jeunes bovins, tous les troupeaux, et ils les ramèneront chez eux. Il ne nous restera plus que les vaches de réforme et le vieux bétail, et l'industrie prendra des années à se reconstituer pour arriver au point où nous en sommes actuellement. Nous ne devons pas perdre cela de vue à long terme, ni la question des prix et des taux de change.

Le sénateur Gustafson: Combien de bovins les Américains nous ont-ils achetés? Je sais qu'ils en ont pris pas mal dans notre secteur. Ils ont acheté des troupeaux canadiens qu'ils élèvent au Canada dans des fermes ou dans des parcs d'engraissement, avec l'idée que la frontière pourrait se rouvrir, ce qui leur permettrait de faire un bon coup d'argent.

M. Fetting: Il n'y a pas de données figées, mais c'est l'une des stratégies employées suite à la crise de l'ESB. Un certain nombre d'acheteurs américains élèvent leur bétail dans des parcs d'engraissement canadiens et ainsi de suite.

Le président: Nous avons reçu plusieurs questions aujourd'hui concernant des statistiques et des chiffres. J'ai devant moi un article intitulé «Livestock estimates», du journal The Daily, daté du mercredi 18 février. L'article dit que les troupeaux canadiens ont grossi pour atteindre un record de 14,7 millions de têtes le 1er janvier 2004, suite à l'embargo mondial sur le boeuf canadien provoqué par la découverte d'un cas de vache folle. Selon une enquête effectuée auprès de 10 000 fermiers aux mois de décembre et janvier derniers, les producteurs de boeuf avaient 1,2 million de têtes de bétail de plus dans leur ferme qu'ils n'en avaient au 1er janvier 2003. J'ai un résumé des statistiques de trois pages que je vais déposer pour votre information.

Le sénateur Callbeck: Vous avez décrit une situation très sérieuse et fort stressante. J'aimerais vous poser deux ou trois questions. Un document présenté lors d'une table ronde sur la chaîne de valeur du boeuf disait que nous devions accroître la transformation des produits à valeur ajoutée au Canada, ce qui aurait évidemment pour effet de stimuler la consommation. Y a-t-il des plans dans ce sens à court terme?

M. Kolk: Les conclusions de cette rencontre ont porté essentiellement sur le coût des transactions et la transparence sur le marché. Actuellement, la détermination des prix est un enjeu de taille. Pour qu'une chaîne de valeur fonctionne, il est essentiel que la confiance règne entre les différents intervenants. Pour ce faire, il faut que l'établissement des prix et le coût des transactions soient transparents. Je crois que c'est probablement l'un des principaux éléments pour lesquels nous pourrions voir une différence à court terme.

Pour ce qui est d'encourager la production à valeur ajoutée à moyen ou long terme, il convient d'abord de prendre certaines mesures que je ne peux vous décrire maintenant car je ne les ai pas à portée de main.

M. Fetting: C'était une sorte de moyen détourné pris par les Américains pour ouvrir la frontière au boeuf en caisse carton. La plupart des maisons d'abattage ou des usines de transformation de la viande n'ont jamais été aussi occupées. Vu sous cet angle, c'est plutôt une bénédiction. Au mois de juillet, nous craignions que beaucoup d'entreprises de transformation de la viande ne ferment leurs portes. Néanmoins, ce volet de la production s'en est plutôt bien sorti.

Le sénateur Callbeck: Quel serait l'effet sur la vente de bétail canadien de l'harmonisation des règles entre le Canada, les États-Unis et le Mexique?

M. Kolk: Permettez-moi de prendre pour exemple la découverte de la grippe aviaire dans le Delaware. On a découvert ce virus chez les poulets; ce n'est pas une variante de la grippe asiatique, mais c'est quand même une variante de la grippe aviaire. On a isolé la zone et fait cesser tout échange entre les fermes. On a également mis un terme à certaines ventes aux enchères. Ensuite, on a mis en place des stratégies pour freiner la propagation de la maladie. Si la même chose se produisait au Canada, par exemple — et je parle d'une maladie infectieuse et non d'une affection de type ESB —, au lieu de fermer la frontière canadienne, on isolerait les zones touchées dans le nord de l'Alberta, par exemple. Ainsi, on pourrait poursuivre les échanges ailleurs au pays.

Ainsi, la façon de réduire le risque sanitaire est d'empêcher la propagation de la maladie et de gérer la crise de façon scientifique et non en suivant un protocole frontalier. Ce serait le premier impact immédiat de l'harmonisation.

À ce moment-là, nous accepterions les mesures de contrôle sur la grippe aviaire prises par le Delaware, ce que nous avons fait, d'ailleurs, et on ne s'occuperait pas de la frontière canadienne. Nous n'avons pas dit: «Les États-Unis ont un problème», nous avons simplement dit: «Le Delaware a un problème et il est en train de le régler». C'est cela l'harmonisation. Nous ferons toujours face à des défis. L'harmonisation signifie qu'on les traite de manière scientifique plutôt que de se limiter à fermer les frontières jusqu'à ce qu'on en sache un peu plus. Ce serait la première étape.

En outre, les protocoles d'essais seraient acceptés des deux côtés de la frontière.

Le sénateur Callbeck: J'aimerais vous poser une autre question au sujet du Japon qui, par exemple, effectue des essais sur tout le bétail d'abattage. J'ai crû comprendre, d'après ce que vous avez dit un peu plus tôt, que vous n'étiez pas d'accord avec eux sur cette méthode.

Le président: Non. Vous avez dit plus tôt que nous devrions effectuer de plus en plus de tests, même dans les fermes, et cetera, mais que vous n'iriez pas aussi loin que les Japonais.

M. Kolk: Du point de vue scientifique et de l'évaluation des risques, il n'est pas nécessaire de tester chaque animal. Toutefois, quand on achète un produit de marque, on ne l'achète pas pour des questions scientifiques. On l'achète en raison de la valeur qu'on lui attribue, que ce soit une boisson gazeuse ou n'importe quoi d'autre. Si les Japonais sont prêts à payer pour cela et obtenir certaines garanties, nous devrions leur fournir ce qu'ils demandent. Si quelqu'un veut me payer pour que je masse un bouvillon et que je lui donne de la bière, s'il est prêt à me payer pour et que cela peut me rapporter gros, je le ferai. Je suis tout à fait disposé à servir le consommateur comme il souhaite. Mais du point de vue scientifique et de l'évaluation des risques, ce n'est pas nécessaire.

Les Japonais testent tout. Toutefois, il faut savoir que leur interdiction des farines animales n'est pas entrée en vigueur plus tôt qu'au Canada. Leur perception interne de la façon de gérer cela et du risque potentiel est quelque peu différente de celle que nous avons ici.

Les Européens ont également effectué des tests à grande échelle sur du bétail pendant 30 mois. Je crois qu'ils testent environ 25 p. 100 de leur production. C'est beaucoup.

Je ne dis pas que nous devrions suivre cette tendance, à moins que le marché ne veuille favoriser certaines usines ou orienter la chaîne de valeur dans ce sens. Je ne pense pas que cela doive devenir une norme canadienne, sauf si le marché ou les consommateurs le veulent et sont prêts à payer pour.

Le sénateur Callbeck: Si nous arrivions à la conclusion que c'est nécessaire, avons-nous une estimation du coût que cela pourrait représenter?

M. Fetting: Cela coûterait environ 20 à 30 $ de plus par tête. À condition, bien sûr, d'avoir déjà l'infrastructure requise. La plus grande préoccupation serait de savoir où stocker le bétail d'abattage. Je crois que j'ai entendu dire que les installations de congélation au Canada devraient décupler, ce qui serait une énorme entreprise compte tenu du temps requis pour effectuer les tests. Il y a des travaux dans ce sens, mais l'ESB est une maladie que l'on ne peut pas vraiment détecter tant que l'animal n'a pas été abattu. On effectue actuellement des tests sur des animaux vivants, mais ils ne sont pas encore acceptés par l'industrie et ne répondent pas non plus aux normes internationales.

Je veux m'assurer que vous comprenez bien que ce n'est pas une pratique courante pour les producteurs albertains de masser leurs boeufs et de leur donner de la bière. Je voulais que ce soit clair.

M. Kolk: M. Fetting est un jeune homme qui n'a jamais fait cela. Nous, nous l'avons fait dans notre club 4-H.

Le sénateur St. Germain: Le 23 décembre, on a découvert un cas d'ESB. Savons-nous comment l'animal a contracté la maladie? Y a-t-il des exploitants renégats dans l'industrie de l'alimentation animale à l'origine de ce problème — et, si c'est le cas, sont-ils désormais sous contrôle?

M. Kolk: Pour savoir comment l'animal a contracté la maladie, nous nous en remettons aux opinions scientifiques généralement acceptées. Il est important de s'en rappeler. D'après ce que les gens ont observé et les hypothèses avancées, il est fort probable que l'alimentation ait joué un rôle. Comment en sommes-nous arrivés à cette conclusion? En Grande-Bretagne, lorsqu'ils ont interdit les farines animales, l'incidence de l'ESB sur les animaux vieillissants a chuté considérablement. C'est un principe scientifique accepté.

Mais il y a d'autres théories. Néanmoins, nous n'avons pas de preuves suffisamment concluantes. On dit que c'est un problème lié à l'alimentation; l'animal malade découvert aux États-Unis était né avant l'interdiction des farines animales. C'est tout ce que nous avons comme preuve. Il est généralement accepté que l'interdiction des farines animales a réduit l'incidence de la maladie au Royaume-Uni. Par conséquent, la théorie généralement acceptée est qu'une alimentation contaminée soit à l'origine de la maladie et de sa transmission. Cet animal est né avant que l'interdiction des farines animales n'entre en vigueur.

Quant à savoir s'il y a des renégats dans l'industrie de l'alimentation animale, les Américains ont procédé à de nombreuses vérifications, tout comme nous. Ils se sont rendu compte qu'un petit pourcentage d'intervenants — environ 13 sur les 1 300 vérifiés l'année dernière — a présenté des risques en termes de contamination croisée. Quant à savoir si ce sont des renégats, je l'ignore. J'imagine que très peu de gens dans l'industrie peuvent se permettre de rogner sur les coûts, s'ils tiennent un peu à leur réputation et se soucient de l'avenir de leur entreprise. Au Canada, grâce à nos programmes du type ARMPC, il y a peu de risques de contamination croisée — par exemple, un peu de nourriture laissée par inadvertance dans la vis à grain. Le programme ARMPC a probablement permis de réduire un peu cette menace. Il y a beaucoup de vérifications et de suivis à ce sujet. Je ne pense pas que les renégats soient nombreux dans le secteur. Je ne crois pas que nous puissions le savoir. On fait déjà des essais, mais on ne peut pas tout tester car les coûts seraient trop élevés.

M. Fetting: Je me suis entretenu avec un représentant de l'industrie de l'alimentation animale qui exporte au Montana. À la fin de l'été dernier ou au début de l'automne, une partie de ses exportations a été refusée.

Cela n'avait rien à voir avec le fait que ses produits contenaient des substances pouvant provoquer l'ESB. C'était impossible. On lui a simplement dit que c'était de la marchandise non conforme. L'exemple qu'il m'a donné est que les États-Unis refoulaient la marchandise à la frontière s'ils trouvaient cinq cheveux humains dedans. Ils en ont trouvé dans un échantillon et les aliments ont été rejetés. Ce n'est pas parce qu'une partie est non conforme que, même en faisant un gros effort d'imagination, cela peut faciliter ou provoquer l'apparition de l'ESB à long terme. Cela vient directement des provenderies.

Le sénateur St. Germain: Il est important, pour raffermir la confiance à l'échelle internationale, de nous assurer que cet aspect de la question est aussi réglementé que possible.

Vous avez dit quelque chose au sujet de la viande de veau à 35 cents. Quel est le coût de production d'une exploitation de naissage pour un veau de 500 ou 600 livres que vous voulez lui acheter à 35 cents?

M. Kolk: Je vais vous donner des chiffres approximatifs. Grosso modo, cela coûte environ 1,20 $ par jour d'élever une vache, soit à peu près 365 dollars par année. Ça, c'est seulement pour l'élever, cela n'inclut pas les frais de main- d'oeuvre. Ce dollar vingt nous amène à environ 400 ou 425 $. J'ai entendu dire que, normalement, le seuil de rentabilité des exploitations de naissage des Prairies et de certaines régions intérieures de la Colombie-Britannique se situe entre 420 et 450 $; cela dépend de la valeur des terres, et cetera. Un veau de 600 livres à 40 cents, cela revient à 240 $. Vous pouvez vous imaginer ce que cela représente. Des éleveurs se lèvent tôt le matin, par moins 30 degrés, pour s'occuper de leurs bêtes en sachant qu'ils risquent d'accuser des pertes de l'ordre de 200 $ par tête.

Le sénateur Sparrow: Cela me coûte 80 cents la livre pour mettre un veau sur le marché.

M. Kolk: D'après mon expérience, la plupart des éleveurs-naisseurs n'ont aucune idée de ce que cela leur coûte. Je pense que c'est réaliste car parfois on ne calcule pas correctement la valeur de ses terres ou de son travail. Nous avons environ 1 500 veaux de naissage, et nous évaluons le prix de notre travail et du fourrage en fonction de ce que nous pourrions vendre ailleurs.

Le sénateur St. Germain: Quel est votre coût?

M. Kolk: L'année dernière, il était de 1,40 $, et cette année il est tombé à 1 $ pour la plupart des animaux. Cela inclut les taureaux et tout le reste. Il faut tout compter. Je ne remets pas en question vos 80 cents, mais je dis que la plupart des éleveurs-naisseurs ne connaissent pas les coûts réels.

Le sénateur St. Germain: L'ouverture de la frontière américaine est importante — ce serait aussi bien que d'autres frontières s'ouvrent —, mais je suis préoccupé par le sentiment anti-américain qu'il y a dans ce pays. Je crois qu'il est préjudiciable. Les Albertains du sud sont certainement les moins à blâmer. Je viens de Colombie-Britannique où nous entretenons d'excellentes relations avec nos voisins du Sud, mais il y a de l'anti-américanisme dans ce pays.

Le président a indiqué que je lui avais dit que je possédais un élevage de veaux que j'ai vendu en avril de l'année dernière.

M. Kolk: Je le veux dans mon équipe.

Le sénateur St. Germain: Trois de mes vaches sont parties chez nos voisins. Je les ai vendues en juillet. J'ai obtenu 1 050 $ par tête pour mes vaches en avril et pour ces trois vaches, j'ai reçu moins de 1 000 $.

Que faisons-nous pour essayer d'améliorer ces relations? Le 9 février 2004, la couverture du magazine Maclean's présentait une photographie de George Bush avec ce titre: «Bush, les Canadiens espèrent que vous perdrez» — un article brutal et dommageable. Que devrions-nous faire à votre avis? Vous traitez régulièrement avec les Américains.

Le gouvernement de l'époque a probablement fait tout ce qu'il pouvait. On crie au scandale lorsque Don Cherry et Conan O'Brien font des déclarations stupides. Le gouvernement lève le ton, mène sa petite enquête, et rien d'autre. Il réagit en disant: «Que voulez-vous». On traite les Américains de tous les noms, ce qui nuit à nos relations. Si j'acheminais mon bétail à un centre de vente aux enchères et que je me faisais traiter de crétin et d'idiot, je changerais d'endroit. Je ne sais pas ce que nous pouvons faire. À mon avis, l'industrie, vu son importance et sa fiabilité, devrait lancer une campagne quelconque.

J'aimerais savoir ce que vous en pensez, car je trouve la situation inquiétante. Je ne veux pas vous mettre dans l'embarras. Ce n'est pas une question partisane — je trouve le tout ridicule. Certains membres de ma famille pensent de la même façon. Ils détestent les Américains, sans raison apparente. Or, les Américains sont nos plus gros clients. J'ai presque toujours travaillé dans le domaine de la vente. J'ai travaillé aussi pour des entreprises américaines comme 3M. Ils nous ont bien traités. C'est non seulement l'industrie bovine qui écope, mais également l'industrie du bois d'oeuvre. Je viens de la Colombie-Britannique, et la situation me préoccupe. Je ne sais pas si vous avez des commentaires à faire là-dessus.

C'est une question à laquelle nous devrions peut-être accorder plus d'attention au niveau politique.

M. Kolk: Ma soeur habite à Chicago. Son mari est Américain. Nous sommes peut-être nombreux, autour de cette table, à avoir ce genre de rapports. Calgary est considérée comme étant la ville américaine la plus importante en dehors des États-Unis, ou du moins, elle l'était. On parle beaucoup de l'axe nord-sud, mais on observe une tendance en faveur de l'instauration d'un marché continental nord-américain. Il peut parfois être dangereux de mélanger politique et commerce. Au début du conflit en Irak, nous avons organisé une fête à laquelle était invité le consul général américain, en poste à Calgary. Nous savons qu'il est important d'entretenir de bons rapports avec nos voisins pour favoriser les échanges commerciaux. Il n'est aucunement question ici de partisanerie. Nous entretenons des liens étroits avec les Américains. Ce sont nos voisins, et nous devons les traiter avec respect, puisque nous transigeons avec eux.

Le sénateur Ringuette: Je constate que vous n'avez pas insisté sur la question du sentiment antiaméricain, qui n'apporte rien de positif au débat.

Cela dit, je suis consciente du fait qu'il faut consacrer plus d'attention aux études de marché, à la segmentation, à la transformation. Cela s'impose. Je suis originaire de la côte Est, et bien que l'industrie agricole soit différente, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes côté commercialisation et transformation. Nous devons ouvrir de nouveaux marchés, devenir plus concurrentiels, avoir une vision mondiale des choses. Il est question ici de commerce avec notre plus proche voisin, ce qui est fort bien, mais je pense qu'il importe, à plus long terme, d'adopter aussi une perspective mondiale.

D'après ce que vous dites, c'est surtout le bétail sur pied, et non le boeuf transformé, qui est acheminé aux États- Unis, n'est-ce pas?

M. Kolk: Pour chaque bovin sur pied qui est exporté au sud de la frontière, deux sont abattus ici et ensuite expédiés auxÉtats-Unis. Les bovins vivants comptent pour un tiers des exportations, et le boeuf en carton, pour deux tiers. Nous emballons beaucoup de boeuf au Canada, mais environ le tiers des activités se font aux États-Unis.

Le sénateur Ringuette: Quand vous dites «en carton», voulez-vous dire des steaks ou des produits qui ont subi une transformation plus poussée? Compte tenu de l'expérience que nous avons avec le poisson — le fait d'augmenter la valeur ajoutée, de connaître les besoins du consommateur — devons-nous fournir du steak emballé sous vide qui peut être cuit dans l'eau bouillante? Dans le cas du boeuf, avons-nous exploré tous les aspects de la transformation, de la valeur ajoutée? Vous avez dit plus tôt que le boeuf en carton continuait de traverser la frontière. Voilà un secteur d'activité où nous devrions accroître nos efforts.

M. Kolk: L'industrie bovine n'a pas su adapter le boeuf en carton aux besoins des consommateurs. Elle y travaille, mais elle a encore beaucoup à faire. Le Canada aurait dû développer davantage l'expertise dans ce domaine, mais il ne l'a pas fait. Il est facile de porter des jugements après coup. Mais nous avions trouvé un créneau très lucratif dans le marché le plus riche de la planète. Ils aimaient nos steaks, et c'est ce que nous leur fournissions. Toutefois, un animal n'est pas fait seulement de muscles. Il est composé d'autres parties, et c'est là-dessus que nous devons concentrer nos efforts.

Pour ce qui est de la chaîne de production bovine de l'Alberta, elle représentait environ 300 000 bovins sur pied et l'équivalent de 768 000 têtes de bovin en produits du boeuf. C'est ce que je voulais dire par un tiers/deux tiers. Nous pouvons faire encore plus sur le plan de la transformation.

Pour ce qui est des carcasses, la production de boeuf en carton est assez importante au Canada. Il ne s'agit pas nécessairement de viande prête à découper en caisse; en fait, il y a toute une différence entre le boeuf prêt à découper et le boeuf en carton. Quand je parle du boeuf en carton, je ne fais pas allusion aux filets panés de High Liner qui sont vendus dans des boîtes. Je fais allusion aux grandes caisses que nous livrons.

Le sénateur Ringuette: Aux restaurants, aux hôtels. Je comprends.

Vous avez tout à fait raison. Nous devons absolument concentrer nos efforts sur la commercialisation, la transformation. Il y a quelques semaines, les Canadiens ont soulevé tout un tollé quand la possibilité d'une pénurie d'aliments pour animaux familiaux provenant des États-Unis a été évoquée. Comme nous n'avons pas effectué d'études sur la transformation à valeur ajoutée et les débouchés, nous ne sommes pas en mesure de subvenir à nos propres besoins en aliments pour animaux familiers.

Donc, je suis d'accord avec vous, et je vous remercie d'être venu nous rencontrer. J'espère que vous serez en mesure de contribuer à notre nouvelle étude sur la valeur ajoutée. Vous pouvez compter sur mon appui. Si je puis vous rendre service, n'hésitez pas à communiquer avec moi.

Le sénateur Tkachuk: Ce sont en fait les témoins qui, à la page 8 de leur mémoire, ont parlé des tendances protectionnistes aux États-Unis. C'est un problème politique auquel nous sommes confrontés. Reagan et Clinton étaient tous les deux en faveur du libre-échange avec le Canada — un républicain et un démocrate. Il y en a d'autres qui le sont moins.

Bien que les États-Unis, à l'heure actuelle, soient dirigés par un républicain qui joint l'acte à la parole — et je suis un de ses plus grands supporters — les pressions politiques provenant de l'autre côté sont énormes, parce que Kerry et Edwards sont tous deux très protectionnistes. Edwards a présenté un programme protectionniste, ce qui constitue un problème sur le plan politique, problème auquel nous, les politiciens, devons faire face. Il s'agit ici d'un débat qui oppose non pas libéraux et conservateurs, mais plutôt protectionnistes et libre-échangistes. Cette tendance existe ici, aussi. Toutefois, comme nous sommes une petite puissance, notre marché n'est pas aussi important que le leur, de sorte que nous devons, bien sûr, prôner le libre-échange.

Le fait est que lorsque nous donnons aux politiciens américains un prétexte pour défendre le protectionnisme, nous encourageons ce phénomène. Si nous évitons de leur en donner un, cela complique les choses pour eux. Par conséquent, si nous évitons de leur fournir un prétexte, les relations entre les deux pays s'en trouveront améliorées.

Je suis en faveur d'une harmonisation accrue — ce serait une bonne chose pour le marché nord-américain — d'études, d'une commercialisation plus poussées. J'aime bien le plan à court terme que vous avez proposé, et je suis content que le président ait évoqué la situation à long terme.

Combien de cas d'ESB au Japon ont provoqué la fermeture des frontières?

M. Kolk: À peu près neuf. Il y a eu deux cas récemment. Je ne sais pas si Weybridge, en Grande-Bretagne, l'a confirmé, mais je pense qu'il y en a eu neuf jusqu'à présent au Japon.

Le sénateur Tkachuk: Dans le cas du Canada, à quand remonte le dernier cas qui a été décelé avant celui de mai 2003?

M. Kolk: Je ne suis pas sûr, mais je pense que c'était en 1993-1994. Il s'agissait définitivement d'un animal importé d'Angleterre. Le cas a été décelé dans la région de Red Deer.

Le sénateur Tkachuk: Que s'est-il alors passé?

M. Kolk: Il s'agissait définitivement d'un animal importé. Ils ont retracé l'origine de l'animal, le cheptel, ainsi que ses descendants. Ils ont tous été retracés et testés.

Le sénateur Tkachuk: Que s'est-il passé sur le plan politique? A-t-on fermé les frontières?

M. Kolk: On a très vite retracé l'origine de l'animal, et on a conclu que le Canada n'était sans doute pas en cause dans cette affaire. Il s'agissait tout simplement d'un accident de parcours. On travaillait dans ce domaine à l'époque, et ce n'était qu'un accident de parcours.

Le sénateur Tkachuk: Et avant cela? Y a-t-il déjà eu un cas typiquement canadien?

M. Fetting: Pas à ma connaissance.

M. Kolk: Je ne crois pas.

Le sénateur Tkachuk: Sauf ce dernier cas. Où est donc le problème? Il y a eu un incident au Canada.

M. Kolk: Puis-je dire quelque chose?

Le sénateur Tkachuk: Est-ce le nom de la maladie — «vache folle»? Est-ce que les gens pensent qu'ils vont devenir fous s'ils mangent de la viande contaminée?

M. Kolk: Si je puis me permettre, vous soulevez là un point fort important.

L'OIE — et je n'ai pas le document avec moi, mais je peux vous l'envoyer, si le président est d'accord — a analysé l'enquête menée par les Américains. Elle a dit très clairement que les pays n'observent même pas le protocole de l'OIE. Ils réagissent de façon protectionniste au lieu d'adopter une approche fondée sur les risques ou les données scientifiques. Plusieurs ministres ont soulevé la question, y compris les ministres Speller et McLellan. On a réagit de façon exagérée, compte tenu des risques en jeu, peut-être à cause des mesures prises par la Grande-Bretagne et le Japon pour dénouer la situation. Ils ont donné au public des garanties qui ne reposaient pas sur des données fiables. On a, à bien des égards, exagéré la gravité du problème pour ce qui est des risques réels pour la population. En tant que fumeur ou même non-fumeur, je risque davantage de développer le cancer du poumon que de contracter une maladie associée à la variante CJD et à l'ESB. Ce n'est pas le volet risque qui pose problème, bien qu'on doive continuer d'assurer la qualité et l'innocuité des aliments.

Le sénateur Mercer: On a bien réagi lorsque des cas ont été decelés en Grande-Bretagne. Les frontières n'ont pas été fermées. Pourquoi les choses devraient-elles être différentes pour le Canada? Oui, on a trouvé un cas ici, mais nous sommes tous d'accord pour dire que nous avons bien réagi. Le gouvernement du Canada, le gouvernement de l'Alberta et les producteurs ont réagi correctement. En quoi notre situation est-elle différente? Il est vrai que les médias au Canada et aux États-Unis ont accordé beaucoup d'attention à cette affaire. Eux qui attachaient peu d'intérêt au secteur agricole se sont mis soudainement à rédiger des articles sur le sujet, articles qui peuvent les garder occuper pendant des jours et des mois. Avez-vous la même impression?

M. Fetting: De manière générale, et je reviens au cas du 22 mai, ceux qui ont eu à traiter du dossier ont convenu de ne jamais parler de «vache folle», mais d'ESB. Chaque fois qu'on utilisait les mots «vache folle», les médias, privés ou publics, nous rappelaient ce qui s'était passé en Angleterre à la fin des années 80 et au début des années 90. Cela n'a rien à voir avec ce qui s'est passé au Canada. En fait, et je ne veux pas trop insister là-dessus, l'animal aurait dû être testé avant; il n'aurait jamais dû être mené à l'abattoir. Mais c'est une tout autre question. S'il y avait, parmi nous, des producteurs et des représentants américains et canadiens de l'industrie, aucun d'entre eux n'arriverait à nous convaincre que, d'après les données scientifiques, les frontières devraient rester fermées.

Cette question est devenue un enjeu politique. Vous connaissez beaucoup mieux que nous le système politique américain. C'est une année d'élection, et on peut s'attendre à ce que les pressions venant des groupes d'intérêt soient énormes. Or, il y a tout un travail de lobbying qui nous attend à Washington. Nous devons faire passer notre message. Le gouvernement de l'Alberta a annoncé, cette semaine, l'ouverture d'un bureau à Washington. Le système de lobbying aux États-Unis est très complexe. À l'heure actuelle, les producteurs américains ont droit à un montant qui varie entre 1,10 et 1,20 $ la livre, le meilleur prix qu'ils aient jamais touché. Ils vont continuer d'exercer des pressions pour que les frontières restent fermées. Dans leur cas, c'est une question d'intérêt personnel.

Le sénateur Tkachuk: Je voudrais à la fois faire des commentaires et poser une question. Je ne veux pas qu'on réagisse de manière démesurée. Cela coûte déjà assez cher de produire une livre de boeuf pour les marchés canadien et mondiaux. Si nous ajoutons une panoplie de règlements et de coûts qui n'ont aucun sens, ce sont les consommateurs qui vont finir par payer. La personne qui ne bénéficie pas d'un revenu élevé ne sera pas en mesure d'acheter du boeuf. Je ne veux pas que cela se produise. Le boeuf est un aliment rempli de protéines. Nous avons toujours été fiers, au Canada, de notre système alimentaire. Nous veillons à ce que la population soit bien nourrie, à ce que les prix des aliments soient raisonnables. Je trouve inconcevable qu'on soumette une vache à un si grand nombre de tests. Cela ferait monter encore plus le prix du boeuf. Il doit y avoir d'autres façons d'indiquer aux marchés que nos produits sont sans danger pour la santé. Les données scientifiques le prouvent. Nous savons également que nos produits n'ont jamais été aussi sécuritaires, malgré ce que s'amusent à dire certaines personnes. Les gens tombent rarement malades, quoi que cela puisse se produire à l'occasion — rien n'est parfait.

Si nous devions tester à outrance tous nos produits alimentaires, quelqu'un finirait, tôt ou tard, par tomber malade. Nous aurions encore un autre problème à régler, un autre règlement à adopter. Je ne veux pas qu'en tant qu'organisme de décision, on réagisse de manière excessive. Je suis certain que vous êtes tous les deux d'accord. Si vous ne l'êtes pas, j'aimerais savoir pourquoi.

M. Petting: Je suis tout à fait d'accord avec vous. Nous avons obtenu des statistiques d'un vétérinaire. Il a dit qu'il était impossible de protéger les consommateurs contre toutes les maladies. Bien que notre boeuf soit totalement sûr et sécuritaire, l'an dernier, aux États-Unis, 400 personnes sont mortes de la bactérie E. coli parce que les aliments étaient mal préparés. C'est ce que révèlent les statistiques. Nous n'y pouvons rien. Même si les produits que nous livrons sont totalement sécuritaires, les producteurs, eux, n'exercent aucun contrôle sur la façon dont les aliments, une fois sur le marché, sont manipulés.

M. Kolk: Vous avez parlé de réglementation. Nous avons, au Canada, l'ACIA, dont les évaluations scientifiques des risques pour la santé sont reconnues de par le monde. Toutefois, l'agence n'a pas pour mandat d'évaluer l'impact qu'ont sur l'économie les maladies comme la maladie de la langue bleue et l'anaplasmose. Or, cela devrait faire partie de son mandat si nous voulons, comme vous l'avez dit plus tôt, éviter que les coûts n'augmentent.

Nous devons comprendre que les mesures de réduction des risques entraînent des coûts. Nous n'y pouvons rien; c'est un fait. Chaque règlement entraîne des coûts. C'est une question d'équilibre. Il serait peut-être utile que l'analyse des risques économiques fasse partie du mandat de l'ACIA, ou que celle-ci explique au public comment elle s'y prend pour établir les normes qu'elle applique à l'échelle nationale et internationale. Notre organisme se concentre surtout sur l'évaluation des risques, pas le volet économique de ceux-ci. Cela fait plutôt partie des questions que vous devez examiner, questions qui ont été mises en lumière tout au long de ce processus.

Le sénateur Tkachuk: La politique relative aux aliments m'a toujours fascinée. Tous les secteurs d'activité sont régis par des politiques, y compris la production biologique. Personnellement, je préfère les aliments non biologiques.

M. Kolk: Alors vous n'aimez pas les champignons.

Le sénateur Tkachuk: Pas du tout. Je les aime très bien cuits — pas de champignons crus pour moi.

À mon avis, il y a là un risque de surréglementation, ce qui coûterait trop cher et nuirait à l'industrie.

Le sénateur Mercer: Deux groupes sont lésés dans ce processus: les producteurs canadiens, et les consommateurs — que vous n'avez pas mentionné directement. Je sais que vous êtes confrontés à des problèmes et je comprends pourquoi vos prix ont diminué.

Toutefois, je veux savoir pourquoi le prix du steak que j'ai l'intention d'acheter ce soir, chez Loblaw's, n'a pas, lui, diminué. Vous avez dit que les Canadiens ont bien réagi, que notre consommation de boeuf est à la hausse. Or, la consommation augmenterait encore plus si l'on arrivait à régler le problème qui vous préoccupe. Le consommateur, lui, continue de payer le plein prix.

En passant, j'ai toujours cru qu'il était extrêmement difficile de siéger sous la bannière libérale en Alberta. Je commence à croire qu'il est encore plus difficile de travailler comme éleveur de bovins dans cette province, et je ne veux pas vous mettre sur le même pied que cette espèce plutôt rare qu'est un libéral de l'Alberta.

Qu'en est-il des consommateurs?

Le président: Les profits de Loblaw's ont augmenté de 12 p. 100 au dernier trimestre. C'est peut-être là que se trouve une partie de la réponse.

Allez-y.

M. Kolk: On a mentionné la politique relative aux aliments. Si l'on jette un coup d'oeil à la pyramide alimentaire, on voit qu'il y a de nombreux producteurs au niveau de l'exploitation agricole. Il y a ensuite les transformateurs, qui sont beaucoup moins nombreux que les producteurs, les distributeurs et enfin les détaillants. La concentration de l'industrie est attribuable à divers facteurs, y compris le désir d'avoir accès à des produits alimentaires à bas prix. Évitons de dire, «c'est à cause des détaillants ou des transformateurs qui consolident trop leurs activités.» Plusieurs facteurs, sur le plan de la mondialisation, agissent de façon marquée sur la pyramide alimentaire.

Au Canada, nous avons cinq grands détaillants répartis dans diverses régions. La concurrence entre eux n'est pas très vive. Il y a certainement des questions de ce côté-là qui méritent d'être examinées. Je ne sais que penser. Vous devriez peut-être vous approvisionner auprès des producteurs locaux.

Sénateur, pour revenir à votre déclaration, j'ai deux commentaires à faire. D'abord, le consommateur a tout à fait raison de se demander ce qui advient du dollar qu'il dépense dans la chaîne. On a parlé, plus tôt, de la chaîne des valeurs. Ce qu'il faut se demander, c'est comment partager certains des dollars qui transitent par cette chaîne dans le but de donner au consommateur le meilleur rapport qualité-prix, et de permettre aussi aux producteurs, transformateurs, distributeurs et détaillants de réaliser un profit. C'est le défi que nous devons relever. Voilà pour le premier point.

Deuxième point, nous avons essayé de ne pas montrer du doigt les intervenants de la chaîne de production de viande bovine. On pourrait passer beaucoup de temps à critiquer les transformateurs. Les éleveurs-naisseurs pourraient eux aussi passer beaucoup de temps à critiquer les différents intervenants dans cette chaîne. À mon avis, ce ne serait pas de l'énergie bien dépensée. Comme je l'ai déjà dit, quand vous allumez les lumières, les rats se réfugient dans les coins. Un peu plus de transparence au chapitre des prix de détail et des prix de gros ne serait pas une mauvaise chose. On pourrait ensuite s'attaquer aux problèmes réels. Les hypothèses dans ce domaine abondent.

Je n'ai pas de réponse à vous donner. Vous savez comme moi, sénateur, combien coûte un steak à l'épicerie.

M. Fetting: J'ai parlé à certains représentants de l'industrie d'emballage parce qu'on trouvait bizarre, en juillet, que la région qui se veut le centre même de la production bovine se retrouve avec une abondance de boeuf, et que le prix des steaks et de certaines coupes de choix, lui, augmente. En fait, on continuait de vendre les abats et les coupes secondaires au sud de la frontière. Leur exportation a été interdite en juillet et en août. Le prix des steaks a donc augmenté parce que seul un quartier de la vache abattue pouvait être utilisé. Le prix du boeuf a augmenté à court terme.

Dans l'Ouest, l'industrie d'emballage fonctionne, littéralement, comme un oligopole. On parle de transparence, de la nécessité d'avoir un débat rationnel — et je puis me permettre de le dire en tant qu'observateur — mais quand j'en discute avec mes amis producteurs et des exploitants de parcs d'engraissement, personne ne veut s'en prendre à l'industrie. Elle contrôle le marché. J'ai 10 000 têtes à abattre. Je ne veux pas cracher dans la soupe. Je dis cela avec respect, car je ne veux pas dénigrer qui que ce soit.

Les États-Unis vont, au cours des deux ou trois prochaines années, commencer à étiqueter les produits selon le pays d'origine. Après le cas d'ESB le 20 mai — j'ai acheté, au début de juin, pour environ 200 $ de rôtis, de steaks, ainsi de suite, pensant que j'appuyais mes producteurs. J'ai découvert, à mon grand étonnement, que j'avais acheté pour 200 $ de boeuf américain parce qu'on en vendait toujours chez les détaillants au Canada, même dans le sud de l'Alberta.

Le sénateur Mercer: Je comprends pourquoi vous ne voulez pas vous en prendre à l'industrie. C'est peut-être à nous de le faire. Nous pouvons convoquer les détaillants et leur demander pourquoi, compte tenu des profits qu'ils réalisent, le chiffre d'affaires de Loblaws a augmenté de 13 p. 100 et le prix du boeuf n'a pas connu de baisse. Nous pouvons peut-être faire quelque chose de ce point de vue là.

M. Kolk: Vous allez trouver à la page 11 du document que je vous ai distribué des données qui sont tirées du site Web canfax.ca. La marge moyenne brute des transformateurs pour la période du 22 septembre au 16 février 2004 était de 431 $ par carcasse. Elle était de 144 $ il y a un an, et de 208 $ aux États-Unis pendant la même période. N'oublions pas qu'ils n'ont pas accès aux marchés taïwannais et chinois. Certaines coupes pour lesquelles ils obtiennent habituellement 300 $ se vendent peut-être 120 $. Cet écart de 200 $ préoccupe également les transformateurs.

J'imagine que les détaillants se retrouvent dans la même situation. Mais pour l'instant, ce ne sont que des hypothèses.

Le sénateur Sparrow: Il y a 22 ans, les Canadiens consommaient 90 livres de boeuf par année. Ils en consomment maintenant entre 60 et 70 livres. Nous pouvons combler cet écart en encourageant la consommation de boeuf. Toutefois, cela ne se fait pas du jour au lendemain.

Vous nous avez proposé des pistes de solution. Avez-vous des suggestions à faire à l'industrie bovine? Si je pose la question, c'est parce que vous avez dit qu'une fois ce problème réglé, les Américains vont acheter les jeunes bovins pour leur propre consommation, ce qui va nuire à notre industrie. C'est quelque chose qui pourrait très bien se produire. Toutefois, il est possible, aussi, que le marché demeure fermé et qu'on finisse de toute façon par détruire notre propre industrie.

Avez-vous un message à transmettre aux éleveurs de bovins, un message qui dit qu'ils devraient éviter d'accoupler leurs vaches cette année, ou de n'accoupler que 50 p. 100 de celles-ci, pour qu'on se retrouve avec 50 p. 100 de la production de veaux de l'année? S'ils ne font pas cela, le marché sera encore plus saturé. Est-il possible de donner des conseils aux éleveurs de bovins? Nous semblons leur dire, en silence, de poursuivre leurs activités, alors que nous ne pouvons pas nous permettre de le faire. Nous comptons au Canada 13 millions de têtes de bétail, et cela comprend les vaches laitières. Nous en sommes maintenant à 14 millions environ, comme vous l'avez mentionné. Nous augmenterions ce cheptel, si c'était possible de le faire.

Pouvez-vous me donner une idée des recommandations que nous pouvons faire aux éleveurs de bovins?

Vous avez dit que les bovins sur pied comptaient pour un tiers de nos exportations aux États-Unis, et le boeuf en carton, pour deux tiers. En 2002, la valeur des exportations de bovins sur pied et de boeuf en carton était identique, soit environ 1,8 milliard de dollars pour les deux. En dollars, c'est à peu près moitié moitié.

Est-ce que ces chiffres correspondent aux vôtres?

M. Kolk: Il faut faire attention. Les chiffres que j'ai utilisés, 300 000 et 768 000, s'appliquent à l'Alberta. De plus, en 2002, un grand nombre de veaux d'un an et de bovins d'engraissement ont été retirés du système. Si l'on ajoute ceux-ci aux bovins sur pied, cela ne peut que gonfler les chiffres. Nous devons nous assurer qu'il s'agit bien de bovins engraissés ou non. Les chiffres me semblent exacts. Nos exportations ont totalisé environ 3,6 milliards, mais il m'est impossible de vous donner une ventilation des chiffres. Ceux que j'ai cités s'appliquent aux ventes de bovins engraissés de l'Alberta.

Pour ce qui est des animaux reproducteurs, j'ai lu un article, en Colombie-Britannique, qui portait sur une exploitation agricole pour jeunes en difficulté qui comptait 20 vaches. Victoria a été confrontée à un problème, en ce sens que les 20 génisses en gestation allaient toutes mettre bas en même temps. On ne savait quelles mesures prendre. On ne peut pas tout simplement interrompre le processus de reproduction. Ces animaux doivent être nourris, ainsi de suite. Ce n'est pas aussi facile qu'on le croit, et le traitement réservé à ces animaux constitue un véritable problème. Devons-nous demander aux éleveurs de les nourrir pendant un an et ensuite de les laisser aller? Sommes-nous prêts à investir dans cette opération? Ce sont là de vrais problèmes auxquels il faut s'attaquer.

Ce que je dirais aux éleveurs de bovins, c'est que nous devons mettre l'accent, dans la chaîne de valeurs, sur la responsabilité environnementale, la sécurité alimentaire. Nous devons collaborer ensemble en vue de bien comprendre les marchés, les besoins du consommateur. La question des frontières comporte aussi un volet public. Nous devons solliciter l'appui du public.

Le sénateur Sparrow: À un moment donné, le gouvernement fédéral payait les cultivateurs pour qu'ils cessent de cultiver certaines terres. Nous pouvons peut-être envisager de verser une compensation financière aux éleveurs pour qu'ils gardent les bovins dans le système, pour qu'ils retardent la production de veaux d'une année. La vache vieillit elle aussi d'une année tous les ans, et il faudra, à un moment donné, envisager de l'abattre. Je me demande s'il y a lieu d'envisager de verser une sorte de compensation financière aux éleveurs?

M. Kolk: Nous devons nous attaquer à la question de l'augmentation du cheptel bovin. Plusieurs possibilités qui s'offrent à nous. Votre suggestion est intéressante.

Je tiens à remercier le comité et les sénateurs de leur soutien, et aussi de nous avoir donné l'occasion d'exposer certains des problèmes qui nous préoccupent. Je vous remercie, et j'espère que le dossier va progresser.

Le président: Je tiens, au nom du comité, à remercier nos témoins. C'est la première réunion que tient le comité au cours de la nouvelle session. Nous sommes conscients du fait que le problème que vous avez soulevé ne concerne pas uniquement l'Alberta, la Saskatchewan et l'Ouest, mais l'ensemble des Canadiens. Je vous sais gré de nous avoir fourni des données et des statistiques. Elles vont nous être utiles. Nous allons entendre, la semaine prochaine, le ministre et d'autres représentants de l'industrie. Vos renseignements vont nous permettre de leur poser des questions plus pointues. Encore une fois, merci.

M. Fetting: Je tiens à faire un dernier commentaire. Nous faisons confiance à nos amis américains — la frontière va ouvrir de nouveau. Il est normal de réagir de façon impulsive ou de prendre des mesures ponctuelles.

Il y a peut-être une solution que vous pourriez proposer et recommander à court terme, soit les garanties de prêt. Cette mesure aiderait les exploitants. J'ai parlé des industries secondaires qui sont touchées par cette crise. La façon la plus efficace de faire en sorte que les transporteurs de bétail et les fabricants d'aliments restent en affaires, c'est d'acheminer le bétail dans les parcs d'engraissement et ensuite dans le système. Cela va finir par donner des résultats à long terme.

On m'a dit de laisser la politique de côté, mais nous accepterions volontiers que le sénateur St. Germain assiste à nos réunions et nous fasse part de ses vues. Je suis certain qu'elles seraient bien accueillies.

Merci de nous avoir rencontrés aujourd'hui.

Le président: Honorables sénateurs, la discussion est terminée. Avant de suspendre la séance, j'aimerais qu'on examine une motion que va nous présenter le sénateur Tkachuk. Tous les honorables sénateurs ont reçu une copie du budget de cette année. Comme vous le savez, nous avons deux ordres de renvoi, un qui consiste à entendre le ministre et d'autres représentants, et un autre qui consiste à effectuer une étude plus poussée sur la valeur ajoutée. Pour ce faire, il nous faut un budget que nous devons soumettre au Comité de régie interne. Le sénateur Tkachuk souhaite présenter une motion.

Le sénateur Tkachuk: Voulez-vous que je n'en présente qu'une seule?

Je propose que le comité adopte le budget de 7 000 $ applicable à l'ordre de renvoi général, et qu'il adopte aussi le budget de 10 700 $ pour l'examen de questions liées aux produits à valeur ajoutée.

Le président: Êtes-vous d'accord?

Des voix: Oui.

Le sénateur Tkachuk: Je vous remercie de votre appui.

La séance est levée.