Délibérations du Comité sénatorial permanent de la
Sécurité nationale et de la défense

Fascicule 9 - Témoignages du 31 janvier 2005 - séance de l'après-midi


SAINT JOHN, le lundi 31 janvier 2005

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense se réunit ce jour à 13 h 20 pour examiner, pour ensuite en faire rapport, la politique nationale sur la sécurité pour le Canada.

Le sénateur Colin Kenny (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Je suis heureux d'accueillir tout le monde à cette réunion du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Aujourd'hui, nous entendrons des témoignages liés à l'examen de la politique de défense du Canada. J'aimerais vous présenter les membres du comité qui sont ici présents ce matin.

Assis tout juste à ma droite est le sénateur Michael Forestall, de la Nouvelle-Écosse. Il a servi la population de Darthmouth pendant 37 ans, tout d'abord en tant que député et ensuite en tant que sénateur. À la Chambre des communes, il a été porte-parole de l'Opposition officielle pour la défense de 1966 à 1976. Il est aussi membre de notre Sous-comité des anciens combattants.

Tout au bout à gauche est le sénateur Norman Atkins, de l'Ontario. Il est arrivé au Sénat avec 27 années d'expérience dans le domaine des communications. Il a été conseiller principal de Robert Stanfield, du premier ministre de l'Ontario William Davis et du premier ministre Brian Mulroney. Il est aussi membre du Sous-comité des anciens combattants.

Assis à côté de lui est le sénateur Tommy Banks, de l'Alberta. Il est président du Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles, qui a récemment publié un rapport intitulé Le défi d'une tonne. Il est bien connu au Canada comme animateur et musicien polyvalent. Il a assuré la direction musicale des cérémonies des Jeux olympiques d'hiver de 1988. Il est Officier de l'Ordre du Canada et il a été lauréat d'un Prix Juno.

Assis à ma droite est notre sénateur hôte pour la journée, le sénateur Joe Day, du Nouveau-Brunswick. Il est vice- président du Comité sénatorial permanent des finances nationales et de notre Sous-comité des anciens combattants. Il est membre des barreaux du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et du Québec et Fellow du Intellectual Property Institute of Canada. Il est aussi ancien président et directeur général de la New Brunswick Forest Products Association.

Il y a encore deux autres membres du comité qui ont été retenus, mais qui vont se joindre à nous sous peu. Il s'agit du sénateur Meighen et du sénateur Nolin.

Notre comité est le premier comité sénatorial permanent dont le mandat est d'examiner les questions de sécurité et de défense. Le Sénat a demandé à notre comité de se pencher sur la nécessité d'une politique de sécurité nationale.

Nous avons commencé notre examen en 2002 avec trois rapports : L'état de préparation du Canada sur les plans de la sécurité et de la défense, en février; La défense de l'Amérique du Nord : Une responsabilité canadienne, en septembre; et Mise à jour sur la crise financière des Forces canadiennes : Une vue de bas en haut, en novembre.

En 2003, le comité a publié deux rapports : Le mythe de la sécurité dans les aéroports canadiens, en janvier; et Les côtes du Canada : Les plus longues frontières mal défendues au monde, en octobre.

En 2004, nous avons publié deux autres rapports : Les urgences nationales : Le Canada, fragile en première ligne, en mars, et récemment Le manuel de sécurité du Canada, édition 2005.

Le comité examine la politique de défense du Canada. Au cours des mois qui viennent, il tiendra des audiences dans toutes les provinces et dialoguera avec les Canadiens et Canadiennes pour déterminer en quoi consiste l'intérêt national pour eux, voir quelles sont à leur avis les principales menaces qui pèsent sur le Canada et savoir comment ils souhaiteraient que le gouvernement réponde à ces menaces. Le comité essaiera de susciter un débat sur la sécurité nationale au Canada et de dégager un consensus sur ses besoins militaires.

Nous allons nous entretenir aujourd'hui avec un groupe de témoins qui sont commandants de centres de formation à CFB Gagetown. J'accueille donc le lieutenant-colonel Steve Bowes. Il est commandant de l'École du Corps blindé royal canadien depuis juin 2003. Comptent parmi ses autres affectations importantes celles de commandant de l'Escadron C et commandant de l'Escadron de commandement et des services du 12e Régiment blindé du Canada. Avant de prendre le commandement de l'École du Corps blindé, il a été G3 au CIC.

J'accueille ensuite le lieutenant-colonel Brian Douglas, qui est Commandant de l'École d'artillerie depuis décembre 2001. Il a servi dans la Force de stabilisation de l'OTAN en Bosnie et a été décoré de la Médaille américaine pour service méritoire. Il a suivi une formation au Collège d'état-major de l'armée coréenne en 2003 et a agi comme officier de liaison auprès de la Commission de l'armistice militaire des Nations Unies qui contrôle le cessez-le-feu. Il a servi dans la zone démilitarisée durant les opérations de déminage en vue de l'aménagement d'un couloir de circulation.

J'accueille également le lieutenant-colonel René Melançon, qui est Commandant de l'École d'infanterie depuis janvier 2003. Le lieutenant-colonel Melançon a fréquenté le United States Marine Corps Command and Staff College en 2001, où il a obtenu une maîtrise en études militaires. Il a également servi en Afghanistan avec le 18 U.S. Airborne Corps à Bagram, Opération Enduring Freedom, en qualité d'officier supérieur de liaison du Canada dans le théâtre opérationnel, à l'appui de l'OP Apollo. Il y a reçu la mention élogieuse du commandant de la Force pour son service en Afghanistan.

J'accueille également le lieutenant-colonel Pat McAdam, qui a assumé le commandement de l'École de la tactique en juin 2003. Membre du Royal Canadian Regiment, il a fréquenté les United States Marine Corps Command and Staff College et servi comme officier de liaison des Forces canadiennes auprès du Corps des Marines des États-Unis à Quantico, en Virginie, où il a reçu la Médaille du service méritoire des États-Unis pour « ses capacités professionnelles, son leadership et son dévouement envers le service ». Il a servi en Chypre et en Croatie et a reçu la Mention élogieuse du Chef d'état-major de la Défense pour « son leadership et sa détermination » dans des conditions difficiles durant son affectation auprès de la FORPRONU de 1994 à 1995.

Enfin, nous avons le lieutenant-colonel Ranjeet Gupta. Il a servi dans une variété de postes au sein du 5e Régiment du génie de combat à Valcartier, Québec, incluant commandant d'une troupe de campagne, commandant d'un Escadron de campagne et commandant adjoint. En 1993, il a été déployé en Bosnie avec le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment.

Le lieutenant-colonel Gupta a commandé le 9e Escadron du génie de campagne à Rouyn-Noranda, Québec, de 1996 à 1998. Il a également commandé le Centre de recrutement des Forces canadiennes à Montréal, Québec, de 1998 à 2001. Il est diplômé du Collège des Forces canadiennes à Toronto, en Ontario, et a été nommé aide de camp honoraire du lieutenant-gouverneur du Québec, l'honorable Lise Thibault, en 1997. Il demeure toujours au service de cette institution.

Messieurs, notre comité attend avec impatience de vous entendre.

Le lieutenant-colonel Steve Bowes, École du Corps blindé, BFC Gagetown, ministère de la Défense nationale : Honorables sénateurs, je suis commandant de l'école du corps blindé à Gagetown. Le terme « commandant » est un terme traditionnel. Je suis en réalité un officier commandant doté des mêmes responsabilités que tout autre officier commandant des Forces canadiennes et de l'armée.

Notre mission est d'appuyer l'état de préparation et la modernisation de l'armée et du corps blindé grâce à des programmes de formation individuels à Gagetown, la préservation des normes de formation individuelle, à Gagetown et à l'échelle de l'armée tout entière, et le maintien des responsabilités assignées aux centres d'excellence.

Mon école peut être décomposée en un petit quartier général et quatre escadrons ou sous-unités. Le quartier général a un élément de commandement et une équipe de salle des rapports. C'est très petit.

L'escadron de formation s'occupe de toute la formation au commandement au sein de l'école. L'escadron de dépôt s'occupe de la formation des membres d'équipage. Nous prenons des soldats et nous en faisons des membres d'équipage, leur donnant les compétences nécessaires pour être déployés comme conducteurs et artilleurs, et nous nous occupons également d'une troupe de soldats et d'officiers en attente, qui arrivent chez nous et qui attendent de suivre leur cours.

L'escadron standard préserve les normes en matière de formation. Il met en œuvre les politiques et les directives de l'armée en matière de plans de formation et élabore les logiciels d'enseignement pour nos cours.

L'escadron d'état-major est la colle qui nous lie tous ensemble. C'est lui qui fournit les véhicules, les membres d'équipage et le soutien administratif ainsi que la nourriture, le carburant et tout le reste pour que nos cours puissent être menés sur le terrain. C'est également lui qui produit les instructeurs qui livrent les cours au fil du programme.

Notre production annuelle : L'an dernier, l'on a compté quelque 430 soldats, dont environ 360 membres de la force régulière et 72 réservistes, de rangs différents. Cela n'englobe pas la formation à l'interne que nous offrons à l'heure actuelle à l'école, et qui est relativement importante du fait de la réorientation du corps blindé tir direct en faveur de la reconnaissance. Nous envisageons, pour l'exercice financier en cours, une croissance qui nous portera à environ 600, soit environ 520 soldats de la force régulière et quelque 80 réservistes. Le gros de la croissance est attribué à la nomination au rang de caporal-chef et au rang de sergent pour la formation de commandement, et ce tant pour les forces régulières que pour la réserve. Ce sont là les niveaux de rang clés au sein du corps blindé à l'heure actuelle.

En ce qui concerne l'augmentation, avec notre cours pour les forces régulières, nous maintenons une politique de renforcement quasi-zéro. Nous faisons venir de temps à autre des experts pour donner un cours ou un autre, et je citerai à titre d'exemple le cours de formation d'instructeur d'artillerie avancé que nous offrons. Nos besoins augmenteront au fur et à mesure du taux de fréquentation de la part de membres des FC et de l'expansion de la force terrestre. J'ajouterai un commentaire là-dessus à la fin.

Pour ce qui est des cours pour les réservistes, nous augmentons notre effectif organique l'été afin de pouvoir livrer cette formation. Nous faisons donc venir des renforts, du côté tant de la Force de réserve que de la Force régulière. Ces soldats de la Force régulière sont normalement ceux qui sont affectés aux unités de réservistes répartis dans le pays.

Parmi les questions qui nous préoccupent à l'heure actuelle à l'école, la plus importante est l'incidence d'absences. Il y a également des problèmes liés à la disponibilité de matériel de formation spécialisé. Nous menons à l'heure actuelle un programme exhaustif de modernisation de la formation. Il y a bien sûr également dans ce contexte la question de l'expansion de la FC et de la Force terrestre.

Il y a des raisons très simples à la forte incidence d'absences. Nous avons une politique de faible augmentation, en d'autres termes presque nulle, ce qui veut dire que nous avons rationalisé notre structure au sein de l'école dans cette optique. Il nous a fallu réorganiser l'école parce que la transformation de l'armée était en fait en train de réorienter le corps blindé du tir direct vers la reconnaissance, et c'est donc là la cause première.

Nous offrons également de l'instruction de conversion. En d'autres termes, nous prenons des soldats, des sous- officiers et des sergents, qui n'avaient peut-être que certaines compétences ou qualifications techniques liées au Leopard, et nous requalifions les gens au fil du processus. Nous sommes donc en train de nous former nous-mêmes tout en assurant ces cours pour l'armée.

Nous avons également augmenté notre productivité. Nos organisations de reconnaissance comptent en moyenne un nombre plus élevé de chefs d'équipage, ce qui nous a amenés à augmenter notre capacité, ce qui a à son tour donné lieu à une hausse de l'incidence d'absences. Comme toute organisation de l'armée, nous devons composer avec un taux élevé de laissés hors de la bataille, ce qui veut simplement dire qu'à tout moment un pourcentage de l'effectif de l'école n'est pas disponible. Ce peut être pour des raisons médicales, temporaires ou permanentes, ou parce que les officiers, sous-officiers et sergents suivent eux-mêmes des cours de qualification afin de se préparer pour le rang suivant. À tout moment, il peut nous manquer 20 à 25 p. 100 de l'effectif de l'école.

Nous nous efforçons de contrecarrer cela en organisant le calendrier de façon à réaliser les meilleures efficiences possibles avec les ressources requises pour notre formation. Nous avons rationalisé nos propres cours sur les plans tant contenu que durée, ce de façon à veiller à livrer les compétences dont les soldats ont besoin pour retourner dans leurs unités des forces en campagne et pour être versés au cycle d'entraînement pour ensuite repartir. Nous avons, avec l'appui de notre quartier général, fait venir du personnel de réserve, et cette année en particulier, le commandant de l'Armée de terre a alloué un certain budget pour les frais de déménagement qui sont normalement couverts par les Forces canadiennes pour permettre à l'école d'assurer un roulement aux personnes qui y sont depuis plus longtemps. Les gens ont parfois faussement l'impression que l'incidence d'absences à l'école est inférieure à celle constatée dans les forces de campagne.

En ce qui concerne la disponibilité de matériel de formation, nous nous portons dans l'ensemble plutôt bien. Dans l'actuel environnement opérationnel, nous menons davantage d'opérations la nuit et nous aimerions que notre formation corresponde à la façon dont nous sommes censés mener nos opérations outre-mer, à la façon dont nous devons nous battre, alors nous avons certaines pénuries côté lunettes de vision de nuit, dispositifs d'observation de nuit, et cetera. Nous avons un plan. Nous sommes en train de travailler avec le quartier général en vue d'essayer de corriger ce problème.

Nous faisons également de l'excellent travail de simulation. Nous cherchons à améliorer cet aspect-là en utilisant cet outil pour livrer la formation. Notre flotte de VBL, par exemple, utilise un système de simulation qui est intégré dans le véhicule, et nous effectuons sans cesse des analyses de rentabilité et cherchons des moyens d'améliorer cette situation et de créer de meilleures efficiences pour l'armée.

Notre dernière préoccupation s'agissant de notre matériel de formation est notre taux de véhicules hors d'usage, qui est un petit peu trop élevé, et c'est un problème que nous avons identifié et que nous nous efforçons, en travaillant avec le quartier général, de corriger. C'est une question de disponibilité de techniciens militaires et civils pour réparer les véhicules ainsi que de pièces de rechange dans le système.

La modernisation de la formation est le grand thème auquel nous travaillons. L'actuel environnement opérationnel est très différent du paradigme de la Guerre froide. Vous aurez entendu à répétition l'expression « guerre des trois blocs ». Nous formons les soldats différemment par rapport à il y a cinq ans. Nous consacrons beaucoup de temps à de la formation plus complexe. Nous menons des opérations de nuit. Nous avons changé notre philosophie et notre environnement de formation est entièrement fondé sur le principe du mentorat. Les instructeurs ne sont pas là pour évaluer, mais pour enseigner.

Nous avons une approche axée sur le développement de qualités de chef, ce qui veut dire que nous formons les gens pour qu'ils puissent réfléchir demain dans le cadre d'opérations au lieu de les former sur la façon d'exécuter une tactique sur la base d'exercices et de procédures. Nous leur apprenons à réfléchir.

En ce qui concerne la FC et l'expansion de la force terrestre, nous croyons que, dépendamment des délais souhaités par le palier stratégique des Forces canadiennes, nous serions en mesure d'accélérer les choses, mais cela exigerait des ressources supplémentaires. Cela doit être très clairement compris.

Cela crée des possibilités ainsi que des défis. Je peux parler au nom de tout mon personnel à l'école, de tous les sous- officiers, officiers, sergents et soldats, qui sont excités par les possibilités qui sont peut-être en train de se dessiner.

En conclusion, nos principales préoccupations sont à l'heure actuelle notre incidence d'absences, le matériel de formation, la modernisation de la formation et les possibilités d'expansion. Je sais que nous serons positionnés pour réussir car le professionnalisme du personnel de l'école est tel que lorsque le mot d'ordre en matière de réorientation a été donné, tout le monde a simplement dit allons-y. Nous serons donc prêts pour les tâches d'aujourd'hui et de demain.

Le lieutenant-colonel Brian Douglas, École d'artillerie, BFC Gagetown, ministère de la Défense nationale : Monsieur le président, sénateurs, c'est un honneur pour moi, en ma qualité de commandant de l'École de l'Artillerie royale canadienne, de comparaître devant vous aujourd'hui.

L'École de l'Artillerie royale canadienne est un fier membre du Centre d'instruction au combat. Notre mission essentielle est de fournir une formation individuelle de base et avancée dans toutes les disciplines de l'artillerie : artillerie de campagne, artillerie antiaérienne et artillerie de surveillance et d'acquisition d'objectifs. Cette formation vise les soldats appelés artilleurs ainsi que les officiers afin qu'ils soient prêts pour les missions d'aujourd'hui.

Depuis 1996, lorsque l'école de défense aérienne, alors située à Chatham, au Nouveau-Brunswick a fusionné avec l'école de l'artillerie de campagne à Gagetown, nous sommes une institution foncièrement différente des écoles d'infanterie et de l'armée blindée étant donné que nous formons et des soldats affectés aux armes de combat et des soldats affectés à la maintenance.

Par ailleurs, l'école d'artillerie a des responsabilités de Centre d'excellence qui s'étendent bien au-delà de l'instruction en artillerie, en armements, et en tactiques et doctrine pour englober, depuis 2004, des responsabilités relativement à la formation de contrôleur aérien avancé. Cette responsabilité nous amène à travailler étroitement avec notre armée de l'air et celles d'autres pays en vue de l'acquisition par des membres du personnel de l'armée et de la Force aérienne de compétences de contrôleur aérien avancé. Grâce à nos efforts au Centre d'instruction au combat, notre formation CAA a atteint la norme d'accréditation et d'emploi de l'OTAN.

L'équipe de l'école d'artillerie compte 312 militaires et cinq civils. Instructeurs, officiers et sous-officiers comptent pour 21 p. 100 de notre effectif total. En plus du personnel de soutien normal en garnison, l'école d'artillerie compte une batterie déployable sur le terrain appelée Batterie W, au sein de laquelle sont représentés la totalité des 167 rangs, et qui est capable de déployer une troupe de campagne de trois pièces d'artillerie avec ses systèmes connexes de commandement et de contrôle et d'arme antiaérienne et antichar, ADATS, une troupe de tir de quatre armes ADATS avec son commandement et son contrôle et sa troupe de soutien. Il s'agit de la batterie la plus diverse qui soit dans toute l'artillerie canadienne et elle jouit à Gagetown de toute une renommée pour sa flexibilité. En 2004, elle a passé environ la moitié des jours de formation sur le terrain à l'appui de l'école d'artillerie et du Centre d'instruction au combat.

L'école d'artillerie est responsable chaque année d'environ 48 cours et d'ici la fin de l'exercice financier 2004-2005, nous aurons formé 508 membres de neuf différents GPM, en plus des catégories artillerie de campagne et artillerie de défense aérienne.

Même si nous formons principalement à l'école d'artillerie des artilleurs de la force régulière, 23 réservistes ont également été formés. Pour les 325 étudiants qui ont déjà terminé leur cours cette année, le taux de réussite est de 94 p. 100. D'autres cours sont pertinents et modernes et préparent pleinement nos étudiants, soldats et chefs pour l'environnement opérationnel contemporain.

Il importe d'ajouter qu'étant donné la nature du déploiement et de l'utilisation d'artillerie, nos cours sont très variés. Les cours d'artillerie de campagne couvrent toute la gamme, des membres et commandants d'équipe de pièce à la reconnaissance, en passant par les postes de commandement, les parties d'observation, les officiers d'état-major d'artillerie et les commandants de batterie. Divers cours en matière de surveillance et d'acquisition d'objectifs sont également proposés aux officiers et soldats de rang supérieur. La défense aérienne recouvre elle aussi tout un éventail, allant de cours pour opérateurs et commandants de système d'arme antiaérien et antichar à des cours pour techniciens de poste de commandement et de contrôle de l'espace aérien, d'agents de contrôle de l'espace aérien et de commandant de batterie. Nos instructeurs, officiers et sous-officiers supérieurs suivent également un cours d'instructeur avancé d'une année avant d'être employés à l'école d'artillerie.

Étant donné le nombre élevé et la complexité des cours, l'école d'artillerie compte très fortement sur le renforcement du personnel. Si je prends l'année 2004 à titre d'exemple, nous avons pendant cette année bénéficié de 11 réservistes comme suppléants, avec 68 pendant les mois d'été. L'on recourt aux réservistes pour combler des postes de leadership clés, que ce soit pour donner de l'instruction à notre force régulière, pour animer des cours d'artillerie de campagne de base, ou de commandant de pièce ou de chef adjoint de pièce. Des unités de mission de la force régulière appuient également notre exercice de cours pour veiller à ce que nous ayons le réalisme que peuvent offrir des unités complètes.

Au cours des 12 derniers mois, 10 membres de l'école ont été déployés en Afghanistan pour y occuper des postes clés avec la troupe de véhicules tactiques aériens sans pilote et la troupe de radar de contrebatterie. Cette expérience clé en surveillance et en acquisition d'objectifs continue d'être développée à l'école d'artillerie. Le Centre d'instruction au combat exige une formation pertinente donnée par des instructeurs ayant une expérience opérationnelle. À l'heure actuelle, 22 de nos instructeurs, soit 32 p. 100, ont été déployés dans le cadre d'opérations au cours des trois dernières années à leur rang actuel, et ce ratio est en augmentation constante.

Notre plus gros défi demeure notre incidence d'absences. Même si l'attention continue d'être braquée sur les troupes canadiennes déployées à l'étranger, les instructeurs et les soldats à l'école d'artillerie continuent de boxer dans la catégorie de poids supérieure afin d'appuyer les forces de campagne. Bien que nous tournions à l'heure actuelle avec 95 p. 100 de l'effectif requis, le nombre de militaires disponibles est en fait bien inférieur. Notre taux de laissés hors de la bataille est en moyenne de 15 à 20 p. 100, ce à cause de congés de paternité et de maternité, d'invalidité permanente ou temporaire et de cours de qualification. Cela impose un fardeau énorme au restant du personnel tout au long de l'année.

D'autre part, les établissements ne reflètent pas toujours la réalité de la dotation en personnel. Par exemple, nos tout nouveaux véhicules VBL, qui exigent du travail de maintenance considérable, nos responsabilités de centre d'excellence en matière de formation de contrôleur aérien avancé, situation qui existe depuis 2004, qui a augmenté l'importance de l'élaboration de produits d'apprentissage électroniques distributifs, et la croissance de notre capacité de surveillance et d'acquisition d'objectifs sont quatre volets qui sont maintenant assurés par notre établissement. Cela, ajouté à nos chiffres de laissés hors de la bataille, résulte en une incidence d'absences qui est aussi élevé que du côté de la force de campagne, et le contrôle de l'incidence d'absences est mon plus grand souci.

En plus du défi de l'incidence d'absences, il y a la contrainte de notre matériel. Les véhicules, en particulier, posent problème, avec un taux de véhicules hors d'usage de 27 p. 100. Les attentes pour main-d'œuvre comptent pour 16 p. 100 tandis que les attentes pour pièces représentent 11 p. 100. Cela suscite bien évidemment de la frustration chez mes soldats et instructeurs qui doivent sans cesse jongler avec notre matériel roulant.

L'initiative permanente pour nous équiper pour la force de campagne est appréciée et elle est absolument impérative. Je vous dirais, à titre d'anecdote, que la récente distribution de vestes tactiques, de musettes et d'autres éléments prévus au titre du programme « Habillez le soldat » a eu un effet très positif sur les soldats, même si nos stratégies d'équipement sont telles que nos instructeurs n'auront peut-être pas les éléments vestimentaires dernier cri aussi rapidement que les membres des forces de campagne, pas plus qu'ils ne pourront toujours garder de façon permanente certains de ces articles.

Nous continuons à l'école d'artillerie d'avoir besoin de toutes les armes et de tout l'équipement utilisés par nos collègues des forces de campagne, ce afin d'offrir la formation la plus moderne qui soit, ainsi que pour le moral de nos troupes.

L'on recourt très largement à l'école d'artillerie à la simulation. Les cours d'artillerie de campagne et les autres écoles du CIC retirent des bénéfices énormes du simulateur de tir indirect lorsque nous formons pour l'observation de munitions d'artillerie et de tirs de canon naval, et il y a également le nouveau simulateur de contrôleur aérien avancé. Ces deux simulateurs de classe mondiale peuvent reproduire des cadres montagneux et urbains complexes, des scénarios de tir de nuit et les effets exigés des armes du Canada et d'autres pays.

Nous affichons cependant deux manquements graves que nous sommes en train de corriger, ce afin d'assurer notre réussite future. Premièrement, notre ADATS, ou simulateur de système d'arme antiaérien et antichar, n'est pas à la hauteur. Il a été dépassé par la technologie et l'on a déjà commencé à corriger ses limites ce afin de former nos équipes ADATS dans le cadre du concept d'emploi de force de l'armée de l'unité de tir direct.

Deuxièmement, nous n'avons à l'heure actuelle pas de simulateur pour la formation de nos détachements d'effets incendiaires avec le véhicule VBL3 de tir et d'effets. Nous travaillons présentement avec le personnel de l'armée en vue de cerner ce problème.

En conclusion, l'incidence d'absences demeure ma principale préoccupation. Je suis encouragé par les activités en cours visant à réduire ce phénomène grâce à un renforcement continu des réserves, au recours à des sources de rechange et à l'appui de la chaîne de commandement, mais cela demeure un facteur de mécontentement pour nos gens.

Nous avons fait transmettre, par l'intermédiaire de notre chaîne de commandement, nos propositions quant à la nécessité l'école de l'artillerie de se transformer à l'avenir au fur et à mesure du processus de transformation vécu par l'armée. Fort heureusement, les chefs, le personnel et les soldats de l'école d'artillerie représentent la crème de l'armée.

[Français]

Le lieutenant-Colonel René Melançon, Commandant, École d'Infanterie, BCF Gagetown, Ministère de la Défense nationale : Monsieur le président, aujourd'hui c'est un honneur d'être ici devant vous à titre de Commandant de l'École d'Infanterie et de directeur-adjoint du Corps de l'Infanterie. À titre de commandant de l'École d'Infanterie, ma mission, c'est d'appuyer l'armée, l'état de l'Infanterie, la modernisation à travers l'entraînement individuel, de maintenir un standard au niveau de l'armée ainsi que la maintenance des centres de responsabilité.

[Traduction]

La structure à l'école d'infanterie est telle que j'ai trois compagnies, une compagnie de quartier général et une compagnie de soutien. Travaillent pour moi 232 personnes. Notre production annuelle se chiffre à plus de 66 000 journées-étudiant. J'affiche la plus grosse production dans tout le CIC. Une augmentation est cependant nécessaire et cela impose un fardeau à la force, mais il me faut des personnes qui reviennent du théâtre pour pouvoir assurer la bonne formation.

Les questions qui m'intéressent, les voici : une incidence d'absences élevée, le matériel de formation, la modernisation, la formation des réservistes et l'expansion de la FC.

La raison pour laquelle il y a une forte incidence d'absences est que j'ai un débit d'étudiants qui augmente, j'ai du personnel qui reste sur le terrain pendant jusqu'à 18 semaines et ils travaillent jusqu'à 12 heures par jour. Il devient difficile d'écouler ses congés annuels. Le taux de laissés hors de la bataille augmente du fait de congés de maternité ou pour raisons médicales. Il faut ajouter à cela ce que nous faisons sur le plan transformation de l'armée du fait que nous voulons produire des chefs adaptés aux champs de bataille d'aujourd'hui. Il y a également le développement professionnel pour les officiers qui suivent différents cours pour sous-officiers.

Il nous faut du renfort, nous faisons de la rationalisation et nous faisons également du téléapprentissage en vue d'appuyer l'armée.

Il nous faut former alors que nous sommes au combat, et cela englobe et le mental et le physique. Le matériel de combat de nuit est toujours insuffisant. Nous aurons le matériel de pointe d'Afghanistan lorsqu'il nous sera retourné. Nous avons un peu de matériel ici, mais pas en quantité suffisante pour l'ensemble des cours. Nous sommes en train d'introduire des simulateurs d'effets de nuit et nous intégrons cela au cours et sommes en train de maximiser la simulation, ce qui est bien.

L'été, nous avons jusqu'à 1 000 soldats sur le terrain. Il se pose d'importants problèmes médicaux, car s'il se produit quelque chose, il nous faut couvrir l'individu et le transporter, et le transport par route n'est pas toujours suffisamment rapide.

Il nous faut le matériel pour les périodes pendant lesquelles nous avons un instructeur. Les choses sont en train de s'améliorer. Lorsqu'ils ont des vêtements qui ne sont pas identiques à ceux du type qui revient de la force de campagne, même s'ils sont instructeurs, ils se sentent un peu laissés pour compte et ce n'est pas bon pour le moral. Il est donc important que tout le monde ait le même matériel.

La formation est bonne. Nous insistons sur les éléments de base et nous nous modernisons de façon à refléter l'environnement contemporain de la guerre à trois blocs. Il importe aujourd'hui de produire un officier qui réfléchit, qui est capable de réfléchir à l'extérieur de la boîte, qui peut gérer une menace simulée, et c'est ce genre d'exercices que nous menons à l'école. Il faut donc intégrer au scénario des éléments non reliés au combat. Par exemple, le programme militaire commun ou PMC, est la seule formation tactique qu'ils reçoivent. Une fois qu'ils ont terminé le PMC ils pourraient se retrouver dans un avion à destination de l'Afghanistan. Je suis retourné là-bas pour l'enquête sur le suicide du Caporal Murphy, et le premier intervenant était un type qui descendait tout juste de l'avion pour Kaboul. Il nous faut les préparer pour ce à quoi ils seront confrontés dans le théâtre et, pour ce faire, il me faut le matériel.

Le plus grand défi que nous ayons à l'heure actuelle nous est posé par le terrain complexe où nous sommes envoyés combattre. Nous sommes en train de préparer un nouveau cours d'instructeur pour opération en zone urbaine. Le cours est en route. Le premier s'en vient et nous voulons livrer ces connaissances à la force de campagne.

Nous nous occupons de toute la formation au commandement pour Dwyer Hill et nous avons un programme d'échanges pour ce cours UA, l'instructeur en opérations urbaines. Nous nous efforçons de faire notre maximum en matière d'échanges temporaires avec d'autres armées pour ce qui est de cours d'instructeur. C'est ce que nous avons fait avec les Américains pour le Sniper.

Notre plus grand défi est la modernisation, c'est-à-dire veiller à ce que les cours et la formation que nous offrons reflètent l'environnement du champ de bataille contemporain. Nous allons avoir la cinquième concentration internationale Sniper qui accueillera 24 pays, et il s'agit du meilleur événement de l'année.

En ce qui concerne nos initiatives, en premier lieu, nous enseignons, et l'évaluation vient en second. Nous sommes en train de modifier l'examen afin de veiller à ce que nous produisions un officier qui réfléchisse. Nous voulons faire intervenir des terrains plus complexes ainsi que les règles d'engagement. Ce sont là les petites choses que nous y insérons pour que le terrain soit plus pertinent.

En ce qui concerne la formation des réservistes, nous en arrivons à un point où il nous va falloir leur offrir la même formation qu'aux membres de la force régulière. Le PMC de cet été va être divisé en cinq modules, ce afin de veiller à ce que la formation pour les réservistes soit la même que celle pour la force régulière. Il n'y aura ainsi plus d'écart de formation. L'IODP11, qui est la deuxième étape dans la formation, prévue pour l'été 2006, offrira la possibilité d'une ventilation par modules avec la même formation partout.

L'infanterie est prête à accélérer l'expansion. Il nous faut plus de bottes sur le terrain. Nous pensons être en mesure de relever le défi dans les délais prévus, à condition d'obtenir l'argent nécessaire pour couvrir les coûts de formation. Il n'y pas de problèmes, il n'y a que des solutions.

En conclusion, nous tenons à veiller à ce qu'à l'infanterie nous formions la meilleure école d'infanterie pour sous- officiers, les meilleurs sous-officiers et les meilleurs officiers pour relever les défis d'aujourd'hui dans le champ de bataille. Nous voulons conserver les éléments de base afin d'être certains que les participants les comprennent, mais nous voulons nous écarter du drill afin d'être certains de produire quelqu'un qui soit en mesure de réfléchir et de réagir dans cet environnement de guerre à trois blocs. Nous sommes évolutionnaires et non pas révolutionnaires. La qualité des instructeurs que nous obtenons viendra appuyer la formation. Le rythme opérationnel est très élevé pour moi aussi, mais il nous faut continuer et former les soldats. Nous tenons à ce que la formation soit aussi amusante, intéressante et dynamique que possible afin que les soldats comprennent et apprennent de leur mieux. Nous tenons à stimuler les étudiants.

Le lieutenant-colonel Pat McAdam, École de la Tactique, ministère de la Défense nationale, BFC Gagetown : Monsieur le président, sénateurs, l'école de la tactique est le plus petit des établissements de formation du Centre d'instruction au combat. Il ne compte que 24 postes militaires et deux postes civils. Contrairement aux écoles d'infanterie, de l'armée blindée et de l'artillerie, l'école de la tactique ne vise pas l'une quelconque de ces capacités fondamentales, mais est davantage préoccupée par l'intégration de chacune d'entre elles dans le cadre des opérations.

Le rôle de l'école de la tactique est de développer, d'enseigner et de surveiller des opérations interarmes, mettant l'accent sur la tactique, les techniques et les procédures au niveau interarmes. Nous accomplissons ce rôle en aidant d'autres directions de l'armée comme celles de la doctrine de l'armée et de la formation de l'Armée de terre à Kingston, avec des conseils en matière d'opérations interarmes et en donnant les cours formels qui ont été confiés à l'école de la tactique.

Sur le plan instruction individuelle, notre mission est et d'éduquer et de former nos officiers des rangs de lieutenant, capitaine et major dans l'intégration de toutes les capacités armées au niveau opérations interarmes. Le principal élément que nous augmentons pour notre force de formation pour la plupart de nos cours est la compagnie de carabiniers équipée de véhicules blindés légers.

Nos cours sont destinés à une population étudiante plus expérimentée, comparativement aux autres écoles. Ils peuvent être divisés en deux catégories distinctes. La catégorie inférieure prépare les officiers en forces régulières au cours sur les opérations militaires donnés par le Collège de commandement et d'état-major et de commandement des Forces canadiennes à Kingston, en Ontario. Notre cours préparatoire est offert aux lieutenants et capitaines. Il s'agit du cours sur les opérations tactiques militaires. L'objet de ce cours est de conférer aux officiers subalternes les compétences et connaissances requises pour fonctionner à l'intérieur ou à l'appui d'équipes de combat. Ce cours, dans la version armes de combat, est offert et aux officiers de la force régulière et à ceux de la force de réserve.

Nous offrons également une version du cours d'opérations tactiques militaires adapté aux officiers de soutien au service de combat. Son objet est d'offrir aux officiers de soutien subalternes au service de combat les compétences et connaissances requises pour fonctionner efficacement en tant que soutien à un groupement tactique ou à une opération de force opérationnelle. Ce cours est lui aussi offert aux officiers et de la force régulière et de la force de réserve.

Les cours de la deuxième catégorie, qui est supérieure, ont pour objet de préparer des officiers sélectionnés au commandement de sous-unités. Ils sont offerts aux capitaines et aux majors qui ont ou été choisis pour des postes de commandement de sous-unités ou dont on pense qu'ils le seront très prochainement.

Dans le cas des officiers de la force de réserve, nous offrons un cours professionnel infanterie de niveau avancé. Celui-ci a pour objet de former les officiers d'infanterie de la force de réserve en vue du commandement de groupe- compagnie d'infanterie débarquée. Les candidats sont inscrits au cours en fonction des besoins et des désirs de la force de réserve et des unités d'infanterie de partout au pays.

Le cours de précommandement de sous-unité pour la force régulière a pour titre cours de commandant de groupements interarmes. Il est offert à des officiers choisis de l'infanterie, du corps blindé et de l'artillerie. Il a pour objet de former ces officiers au commandement de groupes interarmes dans un contexte de groupements techniques et est idéalement donné juste avant que l'intéressé ne prenne le commandement d'une sous-unité.

Pour ce qui est de notre population étudiante, nous sommes là encore plus petit que les autres écoles. Dans le cas du cours d'opérations tactiques de première catégorie, j'offre chaque année 11 séries pour un nombre total d'étudiants d'environ 260.

Dans le cas des deux cours de précommandement, l'effectif étudiant annuel est d'environ 60. L'école forme donc annuellement quelque 320 soldats.

À l'heure actuelle, le nombre d'étudiants réussissant le cours d'opérations tactiques militaires de première catégorie n'atteint pas le niveau des inscriptions au Cours sur les opérations de l'Armée de terre du Collège de commandement et d'état-major et de commandement des Forces canadiennes, pour lequel il constitue une étape préparatoire. Bien qu'il ne soit pas considéré comme nécessaire que tous les étudiants suivent cette formation préparatoire qu'offre mon école, nous avons récemment examiné diverses options en vue d'augmenter le taux de fréquentation de ce cours pour que celui-ci corresponde mieux aux admissions à Kingston. La plus importante entrave en ce moment est la capacité de notre suite de formation assistée par ordinateur au centre de simulation à Gagetown de desservir avec une seule série de cours des groupes d'étudiants plus nombreux.

À l'heure actuelle, les deux cours de précommandement de catégorie 2 remplissent les besoins de l'armée et ne nécessitent pas d'augmentation du chiffre de fréquentation.

La formation livrée par l'école de la tactique suffit aux besoins de l'armée avec une exception peut-être, l'augmentation espérée pour le cours d'opérations tactiques militaires de première catégorie.

Le plus gros facteur de mécontentement en ce qui concerne la formation offerte à mon école est l'actuelle disparité dans la disponibilité de matériel technique moderne pour appuyer la formation. Sur certains plans, en ce qui concerne, par exemple, le matériel de combat de nuit, l'étudiant qui suit un de mes cours se trouve bien en dessous de la norme actuellement en vigueur pour nos forces déployées. Cette disparité sur le plan matériel et technologie modernes entre les établissements de formation et les forces présentement déployées est en train d'être examinée par le Centre d'instruction au combat, mais c'est néanmoins une réalité qui existe.

Pour ce qui est de l'expansion de la FC ou de la force terrestre, cela n'aura en réalité aucune incidence immédiate sur l'école de la tactique, mon corps étudiant étant principalement constitué d'officiers subalternes qui comptent plusieurs années de service au sein des Forces canadiennes. En conséquence, toute augmentation rapide à l'échelle des Forces canadiennes ne sera constatée dans mon école que plusieurs années plus tard.

Le lieutenant-colonel Ranjeet K. Gupta, École du génie militaire des Forces canadiennes, ministère de la Défense nationale, BFC Gagetown : Sénateurs, mes remarques seront brèves car ma situation ressemble de beaucoup à celle des autres établissements de formation à Gagetown. J'aimerais cependant faire ressortir un certain nombre de différences. L'École du génie militaire des Forces canadiennes a notamment une perspective plutôt large en matière de formation en ce que nous formons des membres de l'Armée de l'air et de l'Armée de terre, de la force régulière et de la réserve. Toute la formation en génie des Forces canadiennes a lieu à Gagetown, dans mon établissement de formation, exception faite des pompiers et de la géomatique, cette dernière relevant de l'École de cartographie de la Défense nationale à Ottawa.

Je ne relève pas du colonel Davis, le commandant du CIC, mais je dois m'adapter aux initiatives de l'armée en matière de modernisation de l'instruction individuelle, et c'est ce pourquoi nous partageons nombre des mêmes préoccupations.

J'ai un personnel de 233. Nous offrons en moyenne 100 cours par année avec, chaque année, 2 400 étudiants inscrits. Ces chiffres englobent les cours militaires purs, les cours de génie de combat et tous les cours de métiers, car c'est également à Gagetown que nous formons pour tous les métiers, par exemple ceux de plombier, d'électricien, et ainsi de suite.

S'il me fallait vous dresser la liste des trois questions qui me préoccupent le plus, la première a été soulevée par tous les commandants ici présents : équilibrer la charge de travail. Il nous faut mener une lutte constante pour veiller à satisfaire les besoins et de l'armée et du reste des Forces canadiennes, sans brûler notre propre personnel.

Nous luttons également pour maintenir nos cours à jour dans le contexte des besoins de la modernisation de la formation, ce afin de veiller à ce que nos programmes d'instruction reflètent les besoins opérationnels.

Troisièmement, et c'est peut-être propre à notre école, nous nous efforçons en permanence d'établir le bon équilibre entre les compétences des soldats et les compétences techniques, car en bout de ligne nous nous occupons également de l'aspect technique de notre travail.

Notre mission est de livrer la formation, mais les normes sont décidées ailleurs. Nous avons notre mot à dire, mais une fois les normes énoncées, il nous faut nous assurer que le cours reflète les besoins de l'armée et ceux des Forces canadiennes.

Je reste à votre disposition pour répondre à vos questions.

Le sénateur Banks : Ma première question s'adresse au lieutenant-colonel McAdam. C'est une chose dont trois d'entre vous ont parlé, mais c'est vous qui l'avez mentionnée en dernier, et c'est pourquoi je vous pose la question à vous. Vous avez dit qu'il y avait à Kingston un goulot d'étranglement qui bloquait votre capacité de former. Lequel est-il?

Le lcol McAdam : Eh bien, en ce qui concerne mon école, ce que j'ai essayé de dire c'est que j'offre à l'heure actuelle un cours que nous considérons comme étant un cours préparatoire au cours sur les opérations militaires offert à Kingston, mais, malheureusement, mon débit ne correspond pas à leur absorption.

Le sénateur Banks : Il ne correspond pas dans quel sens?

Le lcol McAdam : Le volume d'étudiants qui passent par mon école est inférieur au nombre d'étudiants qui s'inscrivent au cours sur les opérations à Kingston.

Le sénateur Banks : Pourquoi?

Le lcol McAdam : Tout simplement parce que je ne parviens pas à atteindre ce chiffre. Leurs cours sont beaucoup plus gros que les miens. Par exemple, et je n'ai pas les chiffres exacts, mais sur, mettons, 70 élèves qui commencent un cours à Kingston, il y en a peut-être 50 p. 100 qui sont passés par mon école. Nous cherchons donc à voir ce que nous pourrions faire pour augmenter notre production à Gagetown, de telle sorte que les étudiants qui s'inscrivent à Kingston au cours sur les opérations militaires soient tous passés par mon école.

Le sénateur Banks : Qu'est-ce qui limite donc votre capacité?

Le lcol McAdam : La plus grosse contrainte à l'heure actuelle... nous avons une étude dont nous pensons qu'elle augmentera le taux de participation des étudiants, mais je ne peux pas agrandir les cours. Nous comptons très lourdement sur la simulation, et le centre de simulation de l'armée ne peut desservir qu'un nombre limité de personnes pour chaque cours.

Le sénateur Banks : Il vous faut donc davantage de matériel?

Le lcol McAdam : Oui, c'est le matériel de simulation requis pour ce cours particulier qui est le plus gros obstacle à l'heure actuelle.

Le sénateur Banks : C'est comme avoir une route à deux voies qui devient tout d'un coup à une autoroute à quatre voies, et ce ne semble pas très logique.

Ma question suivante s'adresse au lieutenant-colonel Melançon. Je ne parviens pas à faire les calculs suffisamment rapidement. Vous avez dit avoir 66 000 journées-étudiant, soit environ 108 étudiants par jour. Combien de jours faut-il pour former un étudiant et quel est votre débit?

Combien de personnes formez-vous chaque année?

Le lcol Melançon : Sénateur, chaque cours est divisé en journées-étudiant, mais il existe différents cours, de longueurs différentes. Certains cours font 55 jours, d'autres sont plus courts et d'autres sont plus longs.

Le sénateur Banks : Combien de fantassins formez-vous en une année?

Le lcol Melançon : Cela varie. Chaque année, c'est différent.

Le sénateur Banks : C'est différent chaque année?

Le lcol Melançon : Oui.

Le sénateur Banks : Permettez-moi de vous interroger au sujet de votre capacité. J'aimerais savoir si vous tournez à pleine capacité ou s'il vous reste un peu de marge, car nous espérons voir prochainement une augmentation marquée du nombre de personnes membres des Forces armées. Nous croyons par ailleurs que bon nombre d'entre elles iront dans l'armée, et de celles-là un nombre conséquent seront versées à l'infanterie.

Si nous ajoutions dans le futur 5 000 au chiffres que vous avez déjà, seriez-vous en mesure de vous occuper de votre part de ces 5 000 avec l'infrastructure que vous avez à l'heure actuelle, ou bien allez-vous rencontrer le genre de problème que connaît le lieutenant-colonel McAdam avec le goulot d'étranglement?

Le lcol Melançon : Non. Je ne suis pas aussi limité. J'ai le cadre organique et au-delà de cela, selon le nombre de cours dont il serait question, il me faudrait des ressources financières supplémentaires et des instructeurs additionnels pour assurer la formation. Une fois que j'aurais le matériel, je pourrais poursuivre. Mais non, je ne tourne pas à pleine capacité.

Le sénateur Banks : Il vous reste donc de la place? Vous ne tournez à l'heure actuelle pas à pleine capacité?

Le lcol Melançon : Il me reste de la place, à condition qu'il y ait renforcement. Voyez-vous, j'ai mon cadre et si d'autres cours viennent s'ajouter, je ferai venir des instructeurs de la force de campagne pour assurer la formation à l'école. À condition d'avoir ces instructeurs et cet argent, je pourrais former davantage de personnes.

Le sénateur Banks : Il y a donc à l'heure actuelle à Gagetown la place, les logements et tout l'espace nécessaires pour ce faire?

Le lcol Melançon : Je ne peux pas me prononcer sur l'aspect logement car cela relève de la base, mais en ce qui concerne l'école d'infanterie, sénateur, je pourrais accueillir plus de gens.

Le sénateur Banks : Si je vous pose la question c'est que notre comité a lourdement insisté pour dire que l'effectif des Forces canadiennes devrait être de 75 000 membres opérationnels au lieu du nombre actuel, ce qui veut dire qu'il faudrait beaucoup de nouvelles capacités de formation.

Cela m'intéresse de savoir si vous pensez que votre école pourrait absorber ces personnes supplémentaires advenant une telle augmentation, ce dans le cadre de l'actuelle infrastructure. Je suppose que ma question concerne davantage l'infrastructure que la nécessité d'un plus grand nombre d'instructeurs. Clairement, si vous allez former plus de soldats, il vous faudra plus d'instructeurs.

L'infrastructure est-elle en place? Le mess peut-il accueillir toutes les personnes qui seraient là? Pourrait-on former ces 5 000 soldats supplémentaires sans devoir consentir d'importantes dépenses d'immobilisations supplémentaires?

[Français]

Le lcol Melançon : L'infrastructure c'est une unité d'appartenance à l'intérieur de la base. Je fais des demandes pour l'infrastructure, et ils me donnent l'infrastructure pour les centres. On forme les fantassins. Si à la fin de la journée, on n'est pas obligés d'être dans les champs, on va prendre des tentes modulaires puis on va les mettre dans les tentes, on va fournir l'entraînement à cet endroit. Il n'y en a pas de problème, il y a juste des solutions.

C'est sûr que si vous voulez avoir tout le monde dans un appartement, on ne pourra pas. On peut prendre les tentes modulaires, aller dans le champ et faire l'entraînement. Il n'y en pas de problème. Cela fait de l'infrastructure, non? J'ai besoin de personnel supplémentaire de façon à pouvoir entraîner les nouvelles recrues, on a besoin d'enseignants, et on a besoin de fonds et de l'équipement. Est-ce que cela répond à votre question?

[Traduction]

Le sénateur Banks : Oui.

En ce qui concerne la pénurie d'instructeurs, si la chose existe, s'agissant de former ces personnes supplémentaires, vous serait-il possible, dans le contexte des ressources actuelles des forces, d'obtenir ces instructeurs supplémentaires afin de pouvoir former ces soldats supplémentaires? À supposer que l'infrastructure ne soit pas un problème, pourriez- vous obtenir les instructeurs?

Nous avons entendu parler d'autres aspects des Forces armées, notamment dans le domaine de la haute technologie : il y aurait apparemment pénurie côté formation, les personnes devant s'occuper de la formation ayant été déployées. La personne dont on a besoin a été envoyée en Bosnie ou ailleurs, alors il ne reste plus personne pour assurer la formation.

Avez-vous ce problème dans l'infanterie?

[Français]

Le lcol Melançon : Sénateur, tout le personnel de la force va augmenter, mais les instructeurs et autres personnes, sont en dehors de mon secteur de responsabilité ou de mon secteur d'influence. Je demande ce dont j'ai besoin ; ils me demandent d'entraîner un certain nombre de personnes, et à ce moment-là je leur dis ce dont j'ai besoin. Je peux pas parler moi pour la « field force », à savoir qu'est-ce qu'ils vont pouvoir me fournir ou pas. C'est évident que cela va être lourd pour eux.

Tout ce que je peux vous dire, c'est que je peux entraîner d'autres personnes que si j'ai d'autres instructeurs et que j'ai de l'argent pour le faire. Il n'y en a pas de problème. En ce qui a trait à l'infrastructure, on va s'organiser avec les moyens du bord, s'il le faut.

[Traduction]

Le sénateur Banks : Vous n'avez pas de pénurie d'instructeurs?

Le lcol Melançon : Je n'ai à l'heure actuelle pas de pénurie en ce qui concerne tous les cours que j'offre en ce moment à l'école.

La Force de campagne en ressent le poids lorsqu'elle m'envoie des gens. Ce que je suis donc en train de dire c'est que si j'avais tout le personnel résidant à l'école en bout de ligne, la Force de campagne ne souffrirait pas du fait de la formation.

Le sénateur Banks : Très bien.

Le lcol Melançon : Pour être en mesure d'assurer la formation, il me faut demander aux gens de la Force de campagne de m'envoyer du renfort de façon à assurer le débit. Chaque officier qui passe par la première catégorie, le PMC, passe par mon école. Je m'occupe également de toute la formation d'infanterie pour les officiers et les sous- officiers.

[Français]

Le sénateur Meighen : Juste une précision, colonel. N'est-il pas vrai qu'il y a eu un changement de pratique dans ce sens? À un moment donné, il y avait X nombre d'instructeurs dans l'armée Canadienne et Y nombre d'instructeurs restés au Canada pour donner de l'instruction aux recrues.

Depuis que le nombre d'opérations à l'étranger augmente sensiblement, n'est-il pas vrai qu'un plus grand pourcentage d'instructeurs sont à l'étrangers, et donc, il y en a moins au Canada?

Le lcol Melançon : Quand vous dites instructeur, tout le monde qui est qualifié peut être un instructeur. Par exemple, dans l'infanterie tous les sous-officiers et les officiers peuvent être instructeurs. Donc, si vous avez plus d'officiers et de sous-officiers à l'extérieur du pays, c'est évident que le bassin d'instructeurs va diminuer. Toutefois, on identifie alors le besoin puis on se tourne vers les brigades pour essayer de chercher du personnel. C'est évident qu'ils ressentent le poids de ces ressources. Tous les deux ans, on fait des rationalisations des écoles et on perd des instructeurs. On essaie de faire les choses de façon plus efficace. Quand votre « throughput » augmente, ce n'est pas toujours évident.

[Traduction]

Le sénateur Banks : Colonel Bowes, celle-ci va être une question politique générale un petit peu entre parenthèses. J'ignore si le président la jugera recevable, ou peut-être que quelqu'un voudra la poursuivre plus tard.

Nous sommes venus ici il y a quelques années, sommes allés à Gagetown et avons rencontré vos prédécesseurs. S'agit-il de postes très transitoires? Aucun d'entre vous ne compte parmi les représentants que nous avons rencontrés il y a deux ans.

Le lcol Bowes : Sénateur, c'est la triste vérité. En règle générale, les commandants d'école restent ici pendant trois ans, mais l'on peut nous affecter à un autre poste de commandement au bout de deux ans.

Le sénateur Banks : Cela est-il efficient? Si je vous pose la question, c'est que j'aurais pensé qu'un établissement pédagogique aurait jugé avantageux de maintenir une certaine continuité.

Le lcol Bowes : C'est en effet le cas, mais il y a également l'aspect développement d'opportunités pour d'autres lieutenants-colonels. Sénateur, j'adorerais demeurer commandant et ne pas avoir à quitter Gagetown. C'est le couronnement d'une carrière que d'être responsable d'une école, de rencontrer des soldats tous les jours, d'aller sur le terrain faire de la formation, mais il arrive un moment où vos propres idées sont peut-être une partie du problème et où ce qu'il faut c'est la fraîcheur que peut apporter un successeur avec une nouvelle attitude. Souvent, le nouveau commandant a besoin de vivre l'expérience des responsabilités de commandement. Alors, oui, il y a un roulement et, chose triste, le séjour dans ces postes n'est jamais suffisamment long pour quiconque.

Le sénateur Banks : Parlez pour vous-même, colonel.

Colonel, que pensez-vous de troquer des chars pour des Strykers?

Le lcol Bowes : Si j'ai bien compris, vous voulez parler du système de canon mobile, et non pas des Strykers. C'est le nom générique.

Le sénateur Banks : Le système tout entier pour voir de l'autre côté de la colline.

Le lcol Bowes : La réalité est que nous cheminons en ce sens depuis dix ans. Nous nous sommes procuré le véhicule blindé léger d'infanterie BVL3 et le Coyote. Ceux-ci sont nés de projets lancés dans les années 90. Ce n'est donc pas nouveau. L'acquisition du système de canon mobile est tout simplement la dernière phase. L'armée a décidé sciemment de bouger en ce sens il y a de cela plus de dix ans. Je pense que c'est le général Hillier qui a le mieux résumé la situation s'agissant du système de canon mobile. Il a dit qu'un char à Petawawa n'aide en rien nos soldats à Kaboul.

Un char est une plate-forme mobile de tir direct. Nos soldats ont besoin, en dépit de tout le reste, d'une plate-forme mobile de tir direct que nous puissions utiliser et déployer. C'est cela qui compte le plus dans tout ceci. Je suis tout à fait en faveur du programme parce que nos soldats en ont besoin.

[Français]

Le sénateur Nolin : Colonel Melançon, j'aurais quelques questions à vous poser. Je lisais votre feuille de route qui est très impressionnante. Est-ce que vous êtes d'accord avec votre collègue quand il dit que c'est finalement le nec plus ultra d'une carrière militaire que de devenir responsable d'une école d'entraînement? Une position de commandement?

Le lcol Melançon : Oui, c'est le summum.

Le sénateur Nolin : Indépendamment de ce qu'on commande, je comprends. Vous prenez les décisions, puis vous vivez avec?

Le lcol Melançon : Oui, c'est cela.

Le sénateur Nolin : Vous êtes entraîné pour cela. Je dois vous dire, et je m'adresse à tous vos collègues, il nous arrive tous de rencontrer des parlementaires d'autres pays, et entre autres des Russes, et une des choses qu'on leur demande depuis une dizaine d'années, c'est de rendre professionnel leur force armée. En lisant vos curriculums vitae et en vous écoutant, je comprends maintenant ce que cela veut dire avoir une armée professionnelle, et je pense que c'est tout à votre honneur. Même si vous n'êtes ici que pour deux ou trois ans, je pense que vous faites un travail remarquable.

Ceci étant dit, j'ai eu un peu l'impression en entendant vos commentaires que vous n'aviez pas tellement besoin d'une revue de la politique militaire canadienne. J'espère que nous avons entendu le fond de vos besoins. Pour moi c'est important d'être convaincu que oui, nous avons des forces armées professionnelles. Nous arrivons à la conclusion que nous devons améliorer ce corps d'armée. Nous entendons des témoins-experts comme vous, pour se convaincre de ce qu'il faut faire pour améliorer cet état de fait.

Une des questions, comme francophone, qui me préoccupe, — et je n'étais pas présent à ce moment là — est celle de la qualité de vie, entre autres, en français, ici, qui laissait à désirer d'après des témoignages qui ont été recueillis par certains de mes collègues. C'est pour cela que je vous adresse ma question. Monsieur Gupta, qui est marié avec une francophone et doit être familier avec ces questions. Est-ce que vous avez déménagé votre famille ici lorsque vous avez accepté cette position? Est-ce que la qualité de vie pour les francophones est équivalente à ce qu'on peut retrouver, peut-être pas à Québec, mais ailleurs au Canada?

Le lcol Melançon : La qualité de vie pour les francophones, existe. Tous les services peuvent être donnés dans les deux langues. À l'école, vous avez des positions françaises, anglaises et bilingues puis on peut donner le service dans les deux langues. Dans la mesure du possible, on va avoir des cours en français et en anglais. Toutefois, surtout pour les francophones, il arrive à l'occasion où l'on va commencer avec un cours qui est complètement en français.

Le sénateur Nolin : Parce que vos étudiants sont francophones?

Le lcol Melançon : Oui, sénateur, mais par contre, on va aller sous le nombre critique d'élèves pour continuer le cours, donc le cours va devenir un cours bilingue. Cela veut dire que vous allez avoir une assistance en français.

Le sénateur Nolin : J'apprécie cela. Quand je parle de qualité de vie, vous me donnez une réponse sur la qualité de l'enseignement professionnel. Autrement dit, je ne sais pas à quelle heure vous commencez puis à quelle heure vous terminez, mais disons, de neuf heures à neuf heures, je comprends que vous allez avoir un entraînement soit en anglais soit en français et vous allez vous adapter à la réalité de vos étudiants et vice-versa. Mais, entre neuf heures le soir puis neuf heures le matin, quelle est la qualité de vie sur la base? Moi, j'ai un témoignage à l'effet qu'il y a quelqu'un qui a refusé de déménager sa famille parce qu'il n'y avait pas de médecin francophone. Vous voyez ce que je veux dire? Cela fait partie de la qualité de vie.

Le lcol Melançon : Oui, sénateur, après les heures d'ouvrage.

Le sénateur Nolin : C'est pour cela que je vous pose la question.

Le lcol Melançon : D'accord.

Le sénateur Nolin : Avez-vous déménagé votre femme et vos enfants.

Le lcol Melançon : Non, je suis tout seul, sénateur.

Le sénateur Nolin : Cela répond en partie à ma question.

Le lcol Melançon : À l'extérieur, la plupart des services en français ou en anglais sont donnés. Surtout, vous avez la plupart des services dans les deux langues. C'est évident que ce n'est pas comme si vous étiez à Québec.

Le sénateur Nolin : Je comprends, c'est déjà difficile pour un anglophone qui décide d'avoir un bain francophone dans le Royal 22ième, je présume qu'il s'attend à ce qu'on lui parle en français?

Le lcol Melançon : Y'a des bonnes chances, monsieur le Sénateur. Par contre, c'est évident que dans des secteurs c'est un petit peu plus difficile. Mais dans chaque organisation, vous allez avoir une personne qui va être capable de vous répondre dans votre langue.

[Traduction]

Le sénateur Nolin : Ma question s'adresse à vous cinq. Admettons que tout un déménagement s'impose. Pourrait-on déménager Gagetown ou les écoles d'instruction ailleurs?

Le lcol Melançon : Je ne pense pas que nous voudrions faire cela.

Le sénateur Nolin : Je le sais et je ne songe à aucun endroit en particulier, mais supposons que quelqu'un décidait qu'il nous fallait fermer cette base et déménager ailleurs l'effort de formation.

[Français]

Le lcol Melançon : La base de Gagetown est la troisième plus grosse en Amérique du Nord. Pour la qualité de l'entraînement, il n'existe pas de meilleure base. Du point de vue de la superficie du terrain, le terrain ouvert et le terrain boisé en font une très belle base. On construit un petit village pour en des terrains complexes. C'est la plus belle base que vous avez. J'ai fait cinq cours à l'extérieur avec la légion étrangère, avec les « rangers » et c'est en effet une très belle base.

Le sénateur Nolin : Avec les marines, j'ai vu cela, oui.

Le lcol Melançon : C'est la plus belle base d'entraînement que vous pouvez trouver dans le monde.

[Traduction]

Le sénateur Nolin : Êtes-vous en train de nous dire que nous pourrions inviter des gens d'ailleurs à venir ici pour leur formation?

Le lcol Melançon : C'est déjà ce que nous faisons, monsieur.

Le sénateur Nolin : Déjà. C'est bien . Encore une autre belle initiative. Ma question suivante sera ma dernière.

Que pensez-vous de la passation de contrats avec des civils pour les efforts de formation? Nous vous posons cette question car ç'en est une que se posent Madame et Monsieur Tout-le-Monde.

Le lcol Bowes : Sénateur, c'est une question valable. Nous sommes ouverts à toute option qui nous permette de former des soldats de façon efficace et efficiente, et tant et aussi longtemps que ces deux critères sont remplis, il nous faut être ouverts à la chose.

Je vais revenir un instant sur l'idée du déménagement de la base. Je ne peux que vous donner mon avis en tant que commandant de l'école. Je préférerais voir l'argent qu'il faudrait pour faire cela me revenir à moi, afin que je puisse améliorer la formation pour l'armée.

Le sénateur Nolin : Bonne réponse.

Le lcol Douglas : Du point de vue de la perspective de l'école d'artillerie, la simulation est évidemment une possibilité que nous envisageons au Centre d'instruction au combat, sur le plan de la prestation de services de source alternative. Cela libérerait quelque uns de nos soldats pour des emplois davantage axés sur le terrain. Aux yeux d'un officier d'artillerie comme moi, la base Gagetown et l'aire d'entraînement représentent un territoire phénoménal avec du relief et toutes sortes de terrains, notamment les champs de tir que nous avons créés et qui nous permettent de continuer à préparer nos soldats pour les types d'opérations requis aujourd'hui.

Le sénateur Forrestall : Je suis pas mal dérouté par certaines de vos réponses. Soit je ne parviens pas à tirer une conclusion de ce que vous dites, soit je ne comprends pas du tout.

C'est une question difficile, mais en utilisant tout moyen de mesure que vous voudrez, est-ce que le processus de commandement de vos diverses écoles prend beaucoup de temps, un peu de temps, pas de temps du tout? Est-ce un processus lent?

Vous dites que vous avez besoin de machines. Combien de temps faut-il pour obtenir une machine? La question est rhétorique.

Je serais intéressé de savoir combien de temps vous devez attendre. Y a-t-il place pendant cette période d'attente pour l'efficience ou la productivité?

Le lcol Melançon : Sénateur, il y a une période d'attente pour un cours. Nous avons trois ou quatre saisons de pointe. Nous avons des cours l'été, l'automne, au printemps et en hiver. Si l'on nous demandait plus de cours, nous pourrions tourner en continu.

Le sénateur Forrestall : Combien de temps dure un cours?

Le lcol Melançon : Si vous prenez le programme commun de l'Armée de terre, c'est 55 jours.

Le sénateur Forrestall : Cinquante-cinq jours. Cela fait donc 220 jours par an de classe. Vous ne pourriez pas réellement organiser plus de classes, n'est-ce pas, sans accroître votre capacité? Quelqu'un a demandé si vous aviez la capacité de vous agrandir, pour recevoir une vague de recrues.

Le lcol Melançon : Dans un cours de formation au commandement, comme celui du programme commun de l'armée, vous avez un certain pourcentage du temps en salle de classe, puis vous partez sur le terrain et vous êtes à pied. Donc, s'agissant de ressources, j'ai besoin du renfort d'un instructeur venant de la force de campagne. C'est un fardeau pour la force de campagne. Je ne peux parler en leur nom, mais j'ai les instructeurs, j'ai les fonds. Si les coûts augmentent, si je n'ai plus assez de salles de classe, nous pouvons enseigner sous une tente et aller sur le terrain. Nous pouvons nous adapter et nous en tirer.

Le sénateur Forrestall : Vous avez une structure physique, une salle de classe, des bureaux, des chaises et des tableaux noirs?

Le lcol Melançon : Sénateur, lorsque j'assure mon instruction de base, si nous manquons de salles de classe, nous dressons une tente modulaire, nous y mettons une table de six pieds et nous avons une nouvelle salle de classe. Cela peut se passer en campagne, et c'est faisable.

Le sénateur Forrestall : Votre problème, c'est donc purement le personnel, n'est-ce pas?

Le lcol Melançon : Le personnel d'instruction.

Le sénateur Forrestall : Eh bien, on nous en a déjà abondamment parlé. Est-ce vrai également pour les autres?

Le lcol Bowes : Sénateur, vous avez parlé de durée. Il faut bien savoir que parmi les cinq écoles représentées ici, même si elles présentent de grandes similitudes apparentes, chacune a ses propres défis et différences.

Chaque cours porte sur un ensemble de compétences. Le temps qu'il faut pour former un artilleur à utiliser un système de 25 millimètres de VBL n'est pas le même que sur un char; c'est différent encore de la formation d'un conducteur, et cetera. Nous avons littéralement des centaines de cours différents de durée différente, avec des phases différentes effectuées sur le terrain, en garnison et en salle de classe, et certains peuvent être dispensés dans une tente modulaire improvisée sur le terrain, et cetera.

C'est donc un processus accaparant et le commandement des écoles requiert toute notre énergie et notre dévouement car les adjudants, sergents ou officiers ou militaires du rang n'en attendent pas moins.

Le sénateur Forrestall : Est-ce que vous ne m'avez pas ramené à mon point de départ, colonel Melançon? Ne m'avez- vous pas ramené au point où je dois conclure que vous ne connaissez pas d'autres obstacles hormis les ressources humaines? Si vous deviez enseigner à 10 000 personnes, vous devriez envoyer une lettre à quelqu'un et demander des enseignants. Ce serait un problème majeur.

Le lcol Bowes : Dans mon exposé liminaire, j'ai parlé de la cadence du personnel. Si nous allons augmenter le nombre d'étudiants passant par mon école, j'aurai besoin d'instructeurs supplémentaires. J'ai indiqué les pénuries d'équipement; j'ai indiqué qu'il faut améliorer la simulation. Nous sommes confrontés à toutes sortes de défis. À l'évidence, il n'y a pas un commandant dans cette armée qui vous dira qu'il a assez de ressources pour faire son travail. Nous voulons tous faire notre travail plus efficacement et mieux.

Le sénateur Forrestall : Je n'ai pas dit le contraire. Je ne le donnais pas non plus à entendre. J'essaie de déterminer pourquoi il est si difficile d'avancer.

Où sont vos mécaniciens : sont-ils partis renforcer les troupes outre-mer?

Pourquoi existe-t-il ce genre de problèmes qui vous paralysent?

Le lcol Bowes : Je ne puis parler de Borden, monsieur. Je suis à Gagetown. Dans mon école, je peux dire que nous avons modifié les méthodes d'instruction au cours des cinq dernières années. Nous sommes passés de la formation d'équipages de char sur une plate-forme donnée au recyclage d'équipages de reconnaissance. Nous avons modernisé notre formation et avons accru le volume d'étudiants, et nous avançons donc. Est-ce que nous avançons aussi rapidement que nous l'aimerions? Peut-être pas. Peut-être sommes-nous limités par les ressources. Je vous explique que, dans mon cas, nous le sommes. Je pense donc avoir répondu à votre question.

Le sénateur Forrestall : Eh bien, pas moi. Je veux dire que c'est votre privilège et votre responsabilité. Je veux juste vous faciliter les choses. Mais vous ne voulez pas que ce soit plus facile, vous faites du sur place. Vous faites un bon travail. Comme le dit la publicité de FedEx « Vous êtes un type formidable faisant un travail formidable ».

J'aimerais que vous fassiez votre travail mieux car vous le pouvez. Il faut de la volonté pour que le système vous soutienne un peu mieux. C'est tout ce que je recherche.

Si vous ne voyez pas de réponse à cela ou s'il n'y en a pas, très bien. C'est peut-être dû à la nature du lieu où nous sommes.

Dans l'un de nos rapports, nous avons demandé au gouvernement de donner un peu de répit aux troupes et de les ramener à la maison. Nous demandions qu'on leur donne deux ou trois années de répit ici au Canada avec leur famille, au sein de leurs unités. Nous estimions qu'ils pourraient pendant ce temps améliorer leur formation, et cetera et peut- être certains de ces problèmes pourraient-ils être résolus.

La moitié du délai est déjà écoulé et rien n'a changé. Ou bien cela a-t-il changé? Si les choses ont changé, pouvez- vous nous dire en quoi?

En quoi les améliorations se répercutent-elles sur votre capacité à former plus de militaires?

S'il vous arrive quelques milliers de réservistes, ce sera terriblement difficile pour vous si 20 de vos meilleurs enseignants sont déployés à l'autre bout du monde. Est-ce vrai?

Le lcol Bowes : Sénateur, comme dans tout, c'est une question d'ordre de grandeur. Si l'on me demande, ou si l'une de mes écoles est censée augmenter la production dans une proportion relativement mineure, des changements mineurs peuvent être apportés pour répondre à cette demande. Mais le genre de volume dont vous parlez est sans précédent et vous devriez plutôt poser la question au général Caron.

Nous sommes ici en tant que commandants des écoles. Nous avons des soldats en face de nous chaque matin, et nous faisons de notre mieux pour les instruire à tout moment. Si vous me demandez, par exemple, d'appuyer un corps blindé de taille double, une autre variable serait de savoir combien de temps vous me donnez pour cela. M'accordez- vous trois ans? M'en donnez-vous quatre? Ou bien 10? Tout cela déterminera combien de ressources supplémentaires il me faudra. C'est sûr, il me faudra des ressources additionnelles. C'est une question d'échelle.

Le sénateur Forrestall : Combien de temps vous faudrait-il pour absorber les 5 000 hommes?

Le lcol Bowes : Sénateur, je ne connais même pas la ventilation des 5 000. Combien sont destinés au corps blindé? Combien sont destinés à l'Armée de terre? Et combien de temps nous donnez-vous pour absorber le nombre destiné au corps blindé?

Nous ne connaissons pas ces facteurs. Nous travaillons au niveau tactique à l'intérieur de notre structure hiérarchique et vous nous parlez là d'une politique stratégique; cela se décide à deux niveaux au-dessus de nous.

Le sénateur Forrestall : Vos supérieurs d'Ottawa ne vous ont-ils donné aucune indication quant aux nombres?

Le lcol Bowes : Monsieur, je n'ai aucune confirmation quant aux nombres qui viendraient dans le corps blindé ni dans quel délai.

Le lcol Melançon : Sénateur, une fois que nous aurons ces chiffres et que nous saurons à quoi nous attendre, nous pourrons faire nos estimations, examiner nos besoins et organiser l'instruction.

Le sénateur Forrestall : Vous êtes tous des gens très professionnels, et même hautement professionnels. Je vous ai décrit un jour comme étant les gens les plus homogènes, instruits, entraînés, alertes et loyaux que nous ayons jamais eu au Canada. Curieusement, cela est vrai depuis les origines de notre pays. Nos militaires ont toujours eu la capacité de refléter cette crédibilité.

Cela dit, je veux seulement que ce que nous écrivons reflète la crainte que cela puisse changer.

Permettez-moi de vous asticoter un peu plus.

Le président : Sénateur Forestall, permettez-moi. Si vous pouvez faire porter votre question sur les écoles, les colonels ici présents pourront répondre; sinon, si vos questions sont plus générales, il vaudrait mieux attendre l'arrivée du général.

Le sénateur Forrestall : C'est normal.

Le président : Merci, monsieur.

Sénateur Banks, vous aviez une courte question?

Le sénateur Banks : Toute petite et elle est en rapport avec une posée par le sénateur Forestall, et je la pose au colonel Bowes.

La raison pour laquelle le sénateur Forestall, je crois, pose la question, c'est que lorsque nos troupes sont déployées dans les points chauds du monde, nous entendons des histoires différentes sur le terrain de ce que l'on nous raconte plus haut dans la chaîne.

Vous dites que vous avez en ce moment un problème avec la pénurie de lunettes de vision nocturne pour vos gens. Cela nuit à votre capacité de fournir la formation voulue. Vous dites que vous avez ces lunettes du côté opérationnel, au bout pointu du bâton. Les gens qui font fonctionner ces systèmes sont équipés de lunettes de vision nocturne, mais vous n'en avez pas suffisamment ici pour que tous ceux qui sortent de votre école et qui vont utiliser ces équipements aient pu s'entraîner avec des lunettes de nuit.

Si un expert en productivité de n'importe quelle usine de gadgets regardait cette situation, il éclaterait de rire en disant que quelque chose ne va pas avec ce système où les gens qui arrivent n'ont pas l'équipement pour s'entraîner sur les machines qu'ils vont utiliser.

Y a-t-il là un problème du mécanisme d'acquisition qui pourrait être réglé ou qui vous frustre?

Le lcol Bowes : Vous avez touché juste pour ce qui concerne le problème des lunettes de vision nocturne. Il en existe simplement un nombre insuffisant dans le système pour que je puisse en obtenir autant qu'il me faudrait pour l'entraînement de nuit. Cela ne signifie pas que je n'en ai pas du tout. Cela ne signifie pas que je ne peux pas emmener les soldats pour des exercices de nuit. Simplement, j'aimerais en faire davantage car c'est aujourd'hui le principal environnement opérationnel. La nuit est devenue le jour, en quelque sorte. J'aimerais donc en avoir plus. Nous avons identifié ce problème.

C'est finalement une question d'argent face à tous les autres besoins, comme celui de radios. Nous pourrions facilement dresser une liste des choses dont nous avons besoin, mais tout revient à une question d'argent. Donc, au niveau supérieur du quartier-général, en montant jusqu'au niveau de l'état-major des Forces terrestres et des Forces canadiennes, nos besoins sont en concurrence avec d'autres priorités du Ministère.

Cela ne fait aucun doute, je ne le nie pas et je l'ai d'ailleurs déclaré dans mes remarques liminaires : je n'ai pas autant de dispositifs de vision nocturne que j'aimerais pour pouvoir continuer avec cette transformation de notre instruction, ce volet modernisation.

J'aime votre analogie avec l'usine de fabrication et les arguments que je transmets à mes supérieurs sont de la même veine.

Le sénateur Meighen : Je vais commencer par une question générale sur le soi-disant fossé technologique entre nous et tous nos alliés, exceptés les Américains. On nous dit que les Américains sont tellement en avance sur le plan technologique qu'il est difficile de leur parler, au sens littéral et au sens figuré.

J'aimerais avoir votre avis sur la proportion qu'il conviendrait d'investir dans la technologie et le matériel par opposition au personnel? À votre avis, quel est le plus gros écart ou le plus gros besoin, les hommes ou la technologie? Si vous aviez 100 $ à dépenser, mettriez-vous davantage dans la technologie ou bien davantage dans le personnel?

Avez-vous constaté ce fossé technologique avec les Américains?

Le lcol Bowes : Sénateur, si vous le permettez, je pense que tous nos alliés se heurtent à cet écart avec les Américains.

Le sénateur Meighen : D'accord.

Le lcol Bowes : C'est une question d'économies d'échelle. J'ai rencontré récemment mes homologues britanniques et j'ai participé à l'un de leurs forums de discussion et les mêmes thèmes revenaient.

Pour ce qui est des pourcentages, vous avez déjà entendu le Vice-amiral Buck et cela relève probablement de son ressort. Il s'agit des priorités des FC et la répartition du gâteau au niveau macro se décide à ce niveau. Ce sont des décisions qui nous dépassent largement.

Le sénateur Meighen : Si le Vice-amiral Buck vous donnait demain 100 $ à dépenser, à quoi consacreriez-vous la majorité?

Le lcol Bowes : S'il me donnait 100 $ à dépenser, je peux vous dire ce que j'en ferais.

Le sénateur Meighen : Eh bien, c'est ma question. C'est la question.

Le lcol Bowes : S'il me donnait 1 ou 2 ou 3 millions de dollars, croyez-moi, je n'aurais pas de mal à les dépenser.

Le sénateur Meighen : Eh bien, prenez le chiffre que vous voulez.

Le lcol Bowes : La première chose que je ferais, je réglerais quelques problèmes quotidiens. Je ne vous parlerai pas de la capacité technique. Ma réponse différera de celle des autres commandants. Je commencerais par acheter quelques pièces de rechange pour mes véhicules et j'embaucherais quelques mécaniciens pour les entretenir, qu'ils soient civils ou militaires. Dans le corps blindé, nous sommes tributaires des véhicules et donc un bon entraînement exige des véhicules en ordre de marche.

Je mettrais de l'argent dans l'apprentissage à distance et les produits pédagogiques électroniques afin que certains de nos soldats puissent suivre une partie des cours chez eux, avant d'arriver ici.

Le sénateur Meighen : C'est ce que je souhaite entendre. Poursuivez.

Le lcol Bowes : Je contournerais le processus d'acquisition, si je pouvais m'en tirer, et j'achèterais un peu plus de dispositifs d'observation de nuit. J'embaucherais des fournisseurs de services alternatifs. S'il y avait des retraités dans la région de Gagetown, j'essaierais de les recruter comme civils pour aider à enseigner la conduite et la mécanique.

Les munitions sont à un niveau plus élevé. Vous m'avez entendu parler des systèmes de simulation. Actuellement, notre simulation pour le parc VBL est ce que l'on appelle un système asservi. Cela signifie que pour entraîner un canonnier, nous devons prélever un véhicule réel pour mener cet entraînement. J'aimerais avoir ce que l'on appelle un « simulateur autonome » pour pouvoir instruire la personne pendant qu'un autre soldat utilise ce véhicule sur le terrain pour la formation technique. Tous mes confrères sont en train de rédiger des petites notes similaires.

Le sénateur Meighen : Très bien, car nous allons leur demander aussi.

Le lcol Bowes : J'augmenterais le budget de base des Forces canadiennes pour les dépenses de déménagement. Il est fallacieux de croire que nos militaires veulent rester enracinés dans un endroit donné et y séjourner pendant plus longtemps. Nous avons eu pas mal de difficultés dans mon école ces dernières années à cause des dépenses de déménagement et c'est pourquoi j'ai mentionné précédemment que le commandant de l'Armée de terre a prélevé des fonds sur son O et M pour aider le restant de l'armée, les écoles d'instruction, certaines des unités de réserve dont les soldats passaient peut-être plus de cinq années dans un même endroit, à les réintégrer dans une unité de forces de campagne.

Dans mon école, nous avons fait la même chose. J'aimerais avoir plus de fonds afin de pouvoir faire tourner certains des instructeurs sur une base annuelle. Mon problème est couvert pour cette année, mais j'aimerais faire la même chose à plus long terme.

Je pense que je devrais donner l'occasion à mes confrères de décliner leur liste, monsieur.

Le sénateur Meighen : Très bien, messieurs. Chacun son tour.

Le lcol Douglas : Oui, si vous le permettez. Je ne suis pas aussi critique sur le plan technologique. Nos ressources de défense aérienne, notre système d'armes ADATS peut communiquer avec ceux de tous nos alliés, particulièrement le Lynx 16 des Américains.

Le sénateur Meighen : Puis-je vous interrompre une seconde?

Le lcol Douglas : Certainement.

Le sénateur Meighen : Désolé, monsieur le président, je demande cela par intérêt personnel. Je croyais que l'on appelait ADATS ce système acheté pour défendre les aéroports, les terrains d'aviation pendant la guerre froide et que l'on utilisait encore dans les années 80.

Qu'est-il advenu de ce système?

Le lcol Douglas : Avec la modernisation des armes, nous avons réalisé que l'ADATS nous donne un potentiel de capacité et c'est ce que nous appelons le MMEV, le véhicule à effets multimission basé sur l'ADATS lui-même.

ADATS signifie « défense antiaérienne et antichars », mais c'est un système comportant de multiples capteurs qui nous donnent la capacité d'imagerie thermique avant de deuxième génération, une technologie de pointe, doublé d'un excellent système radar et d'autres instruments optiques. Il nous donne une grande capacité pour les tâches actuelles de l'armée. Il a des capteurs permettant de détecter les véhicules aériens sans pilote, les avions légers, et cetera. Il existe donc toujours, sénateur. Nous essayons de l'utiliser au mieux pour donner la plus grande capacité possible aux Forces canadiennes. Il peut communiquer avec ses homologues américains.

Nos contrôleurs aériens avancés en déploiement ont la capacité de communiquer avec tous les aéronefs de l'OTAN et de les diriger. Ils ont donc ce matériel.

L'un des problèmes au niveau du matériel est que, avec nos cadences élevées, ces systèmes sont envoyés sur le théâtre où nos soldats en ont besoin, mais ils nous reviennent trop lentement. C'est comme avec les lunettes de vision nocturne et les radios de contrôleur aérien avancé qui commencent seulement à nous être livrées à l'école, le dispositif identique à celui utilisé sur le théâtre. Cela marche donc. Le matériel nous arrive.

J'ajoute seulement qu'il existe un moyen d'accélérer le processus. Nous effectuons des essais du simulateur de contrôle aérien avancé. Donc, pendant que nous avons le simulateur à titre d'essai, nous l'utilisons. Nous augmentons l'efficacité de notre entraînement, en même temps que nos spécialistes des achats mettent au point tous les détails pour acquérir le système si l'essai est concluant.

Voilà plusieurs choses que nous faisons pour accroître la qualité de l'entraînement.

[Français]

Le président : Colonel Mélançon, quelle serait votre liste de Noël.

Le lcol Melançon : Je vais essayer de la faire courte, monsieur le président. En ce qui a trait à l'équipement, nos soldats en Afghanistan, suite à l'enquête pour le suicide du Caporal Murphy, ont a fait un BOI là-dessus. Je suis retourné en Afghanistan et constaté que l'équipement qu'on avait était de l'équipement à la fine pointe de la technologie. Les Américains regardaient notre équipement parce qu'on avait l'équipement de protection. Tout l'équipement est à la fine pointe de la technologie.

En ce qui concerne les communications, on était trois canadiens en théâtre pendant la guerre, et j'avais mon ordinateur, j'avais mon satellite. Les Américains me fournissaient les liens que j'avais besoin pour communiquer. Les Américains, s'ils veulent nous parler, ils vont nous fournir les liens.

Je pense que pour nous, la chose la plus importante, c'est le soldat. Le soldat, il faut l'entraîner. Cela prend du temps et de l'énergie. C'est ce qu'on a de plus important. Ce n'est peut-être pas aussi beau que tous les autres beaux termes techniques, mais le soldat, c'est la pierre la plus important.

Le président : Je comprends pourquoi vous êtes dans l'infanterie.

Le lcol Melançon : Bien, je pense que cela répond à votre question?

Le président : Oui, merci.

Le sénateur Nolin : Autrement dit, vous, votre 100 $ cela serait...

Le lcol Melançon : ... le soldat. Dans tous les derniers conflits qu'il y a eu, l' « ultimate weapon » a toujours été le soldat. C'est la pierre angulaire de tout. Sans lui, il n'y a rien qui marche, même si vous avez tout vos beaux « kits ».

[Traduction]

Le lcol McAdam : Pour dire les choses simplement, vous avez demandé si nous avons besoin d'effectifs plutôt que de matériel. Actuellement, pour mes cours de niveau supérieur, je parviens à répondre aux besoins de l'Armée de terre en sous-officiers. Donc, tant que je parviens à répondre à la demande, je consacrerais mes fonds à la technologie.

Ce que nous faisons maintenant, dans le cadre d'un système appelé besoins opérationnels d'urgence, les forces déployées disent ce dont elles ont besoin et le matériel voulu est acheminé aux forces déployées, comme il se doit. Le problème que je rencontre en formant des nouveaux commandants de compagnie pour l'infanterie, si vous voulez, c'est qu'ils arrivent chez moi et vu que je ne suis pas compris dans cette boucle des achats UOR, qui sont livrés prioritairement aux forces déployées, je ne dispose pas de la même technologie.

Mon étudiant peut être juste de retour d'une opération où il commandait un peloton de la compagnie 2IC, et on me l'envoie pour le préparer à commander une unité plus importante, et il se retrouve à s'entraîner dans des conditions en retard sur celles qu'il a rencontrées dans son déploiement plusieurs années avant.

C'est évident, mon choix serait du matériel pour moderniser nos institutions de formation et les porter au niveau de nos forces déployées. Mais cela vaut uniquement tant que l'armée ne me demande pas de former un plus grand nombre d'officiers et que je peux répondre à la demande du moment.

Le lcol Gupta : Sénateur, pour l'école de génie militaire, la technologie ne pose pas vraiment de problème. Nous avons toute la capacité requise. Vous avez vu, ou vous avez entendu parler, du déploiement de nos installations de purification de l'eau. Nous venons d'acheter une chargeuse frontale transportable par avion qui peut faire 100 kilomètres à l'heure sur route. Le matériel est là, nous l'avons dans notre école et nous formons avec le même matériel que les ingénieurs utilisent en déploiement.

Donc, pour revenir à la question, si j'avais 100 $, à quoi les consacrerai-je? Ma réponse serait le personnel. Encore une fois, ma principale préoccupation, 110 p. 100 du temps que je passe comme commandant d'unité, c'est de bien répartir la charge de travail. Si j'avais plus d'effectifs, je pourrais mettre davantage d'instructeurs sur le terrain, assurer une meilleure formation et consacrer davantage de personnel à analyser les besoins et mettre au point la formation correspondante.

Encore une fois, nous pouvons nous raccrocher à ce que font les autres établissements de formation de l'armée à Gagetown, le volet soldat de la formation, mais les aspects techniques exigeront néanmoins beaucoup de travail. Même si demain on nous arrivait avec un plan en disant que c'est là ce dont nous avons besoin et ce sont là les capacités dont nous avons besoin, il nous faudrait du temps pour passer tout en revue et analyser les besoins et nous assurer de tout mettre en place pour faire les choses correctement. C'est un processus continu.

Encore une fois, si j'avais ces 100 $, je les consacrerais aux ressources humaines, sans hésiter.

Le sénateur Meighen : Un ou deux d'entre vous disiez que Gagetown est un excellent centre de formation et tout cela, mais il y a Wainwright, le centre d'entraînement de Wainwright qui se fait tant attendre et dont on nous a dit qu'il est d'une haute importance car il permettra de mener des manœuvres d'entraînement à grande échelle, au niveau du groupe de bataille.

Êtes-vous de cet avis?

Le lcol Bowes : Sénateur, je fais de la formation individuelle. Mais même comme commandant de l'école, je souscris à l'importance de l'entraînement collectif. Je me reporte en esprit 20 ans en arrière, lorsque j'ai commencé ma carrière, et à mes 10 premiers mois dans l'armée, où j'ai passé six mois sur le terrain dans une série d'exercices de grande envergure et de camps de tir, et cela a servi de fondement à toute ma carrière.

Tout en étant fondamentalement convaincu de l'importance de la formation individuelle que nous assurons à Gagetown, l'entraînement collectif est un pilier tout aussi important car nous ne faisons rien dans l'armée en tant qu'individus; nous travaillons toujours en équipe. Nous prenons des ensembles d'aptitudes individuelles et nous les fusionnons au sein d'équipes, à tous les niveaux. Le centre d'entraînement collectif a été qualifié par le commandant de l'armée de terre comme première priorité et nul d'entre nous n'a du mal à voir pourquoi.

Le sénateur Meighen : Quel est le nombre maximal que vous pouvez recevoir à Gagetown pour des manœuvres, comparé à Wainwright? Je ne parle pas de la superficie du camp. Je parle du nombre de troupes au sol et des effectifs. Pouvez-vous recevoir un groupe de bataille?

Le lcol Bowes : À Gagetown?

Le sénateur Meighen : Oui.

Le lcol Bowes : Oh monsieur, nous pouvons faire une brigade.

Le sénateur Meighen : Une brigade?

Le lcol Bowes : Une brigade et plus. Ce n'est pas la place qui manque à Gagetown.

Le sénateur Meighen : Quelqu'un ici se souvient-il du nombre que peut recevoir Wainwright? Je crois que l'idée était de réaliser des manœuvres internationales à Wainwright, alors que l'on est beaucoup plus limité sur ce plan ici, à Gagetown.

Le lcol Bowes : C'est exact, sénateur. Nous sommes plus limités à Gagetown en raison de la présence des écoles. Nous déployons des troupes additionnelles et nous avons besoin toute l'année du champ de manœuvre. Cela crée un conflit pour l'utilisation du champ de manœuvre. L'idée est donc d'avoir un secteur réservé à la formation individuelle. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a aucune formation collective à Gagetown, il y en a eu et il y en a avec des nombres assez faibles, mais le point focal de la formation collective de l'armée de terre serait le centre d'entraînement aux manœuvres de Wainwright.

Le sénateur Atkins : La dernière fois que ce comité est venu à Gagetown, l'un des colonels était de l'Alberta et le soir avant la réunion il a raconté à sa mère qu'il allait nous rencontrer. Elle a dit : « Eh bien, je ne connais pas tous ces sénateurs, mais si tu peux m'obtenir l'autographe de Tommy Banks, je t'en serais éternellement reconnaissante ». Et le sénateur Banks a donné au colonel un autographe pour sa mère.

Colonel Melançon, si j'ai bien compris votre réponse antérieure, vous dépendez de renforts pour conduire l'entraînement. Si vous ne disposiez pas de renforts, quelles seraient les conséquences sur votre capacité de formation?

Le lcol Melançon : Si je n'ai pas de renforts, je dois réduire l'entraînement. Je ne pourrais pas admettre de nouvelles promotions ou de nouvelles classes. Nous recevons la projection de demande pour le prochain cycle, pour les prochains cours. Nous regardons ensuite l'effectif que nous avons à l'école, 231 personnes. Nous cherchons alors des renforts. Si je n'ai pas de renforts, je ne peux accroître ma capacité.

Le sénateur Atkins : Dans vos exposés, vous avez tous fait état d'insuffisances de personnel et de matériel. Nous lisons que l'estimation du coût de 5 000 militaires supplémentaires est d'un demi-milliard de dollars.

Je pose la question à vous tous. Si vous aviez le choix, comment dépenseriez-vous ces 500 millions de dollars?

Le lcol Melançon : Oui, mais je n'ai pas toutes les données car je ne suis pas assez haut dans la hiérarchie. Sénateur, il serait trop facile pour nous de simplement lancer un chiffre, mais il faut connaître tous les éléments de l'estimation, et nous ne les avons pas. Nous n'avons que la perspective de la formation individuelle, dans ma petite école. Je ne sais pas ce qui se passe ailleurs dans l'armée. Il m'est donc impossible de vous donner une estimation.

Le sénateur Atkins : Je comprends, mais à quoi donneriez-vous priorité, à l'équipement ou au personnel?

Le lcol Bowes : Sénateur, il faudrait scinder la réponse en plusieurs parties. Lorsqu'un soldat arrive dans les Forces canadiennes, l'intéressé, officier ou soldat, passe par Saint-Jean. Il suit là une première formation. Ensuite il arrive dans l'armée de terre. Il peut suivre le cours de qualification du soldat qui est actuellement dispensé en divers endroits et certains viendront dans des écoles comme celles de Gagetown. Dans mon école d'artillerie, nous assurons notre formation GPM et notre formation de classification; les fantassins sont formés ailleurs.

Si vous regardez l'ensemble, vous voyez que nous ne sommes qu'un tout petit morceau du gâteau. À l'intérieur de mon cadre, je vous ai donné une liste du genre de choses que nous pourrions faire, mais sur le plan conceptuel, la plus grande difficulté, la première ressource des Forces canadiennes, ce sont les hommes. La première ressource de l'armée et de l'école de blindés, ce sont nos effectifs. Par conséquent, la première priorité dont il faut s'occuper, c'est l'équation humaine, avant tout autre élément. Tout est question d'équilibre. Peut-être la plus grande difficulté que nous ayons au quotidien, c'est de déterminer les priorités au sein de cette dynamique.

Le lcol Douglas : Je pense que tous les commandants ici conviendront que la force de nos écoles, ce sont nos hommes. Tout investissement que nous pouvons faire dans les hommes rapportera des dividendes, sénateur.

Le lcol McAdam : Je suis d'accord, de façon générale. Je crois que le premier défi consiste à déterminer quels effectifs il faut pour tenir les engagements opérationnels, particulièrement outre-mer. Il serait dangereux de déployer des militaires et de ne pas les équiper correctement. Je crois que le général Hillier l'a bien dit : « Les soldats d'abord », c'est ce qui compte. Le but doit être d'équiper correctement chaque homme et femme que nous envoyons en opération, et pas de trouver du personnel pour faire fonctionner de belles machines. En ce sens, je dirais que les hommes passent d'abord.

Le lcol Gupta : Pour ma part j'investirais dans les hommes, et pas seulement dans le nombre des effectifs, mais j'investirais dans la formation dont ils ont besoin pour se sentir à la hauteur de leur mission.

Il faut évidemment trouver le juste équilibre avec l'équipement et il est difficile à trouver. Pour ma part, je pourrais faire beaucoup plus et beaucoup mieux avec des effectifs bien formés qu'avec n'importe quel matériel. Le goulot d'étranglement, ce seront toujours les hommes.

Le sénateur Atkins : On a annoncé un accroissement des effectifs militaires de 5 000 et je crois savoir que ce n'est pas seulement pour l'armée de terre. Nos recommandations étaient de porter les Forces armées à 75 000.

Pour ce qui est de l'entraînement, et du point de vue de l'infrastructure, colonel Bowes, vous avez dit que Gagetown pouvait recevoir une brigade, voire plus.

Est-ce que l'infrastructure existe et faudrait-il cinq ans, comme on l'a affirmé, pour accroître le personnel militaire de 5 000?

Le lcol Bowes : Sénateur, lorsque j'ai parlé de Gagetown, je parlais du centre d'entraînement. Autrement dit, le terrain d'entraînement est d'une taille suffisante pour recevoir une brigade à l'entraînement.

Je ne connais pas l'infrastructure de la base. L'un de vos prochains témoins sera le colonel Jestin, qui est commandant du Groupe de soutien de zone 3, c'est-à-dire de fait le commandant de la base. Pour ce qui est de l'infrastructure globale de la base, il est mieux placé que moi pour vous indiquer exactement quel est l'état de l'infrastructure de Gagetown. Je ne peux que vous parler d'un tout petit élément à l'intérieur de mon secteur, soit le J-7, qui est le nom de mon bâtiment sur la base Gagetown.

Le sénateur Atkins : Avez-vous ce qu'il vous faut?

Le lcol Bowes : Ça va. Je voudrais plus, monsieur. J'ai besoin d'argent et de toutes ces bonnes choses. Le colonel Jestin est mieux placé que moi pour vous répondre, monsieur.

Le lcol Gupta : Sénateur, pour citer mon estimé collègue, il n'y a pas vraiment de problèmes, seulement des solutions. Lorsque nous parlons de goulot d'étranglement dans l'infrastructure ou d'une insuffisance d'infrastructure pour former les nombres qui seront nécessaires pour l'accroissement des FC, il y a toujours des moyens.

Une fois que les chiffres seront annoncés et que le plan commencera à se mettre en place, il y a différentes options, notamment assurer la formation dans différentes régions du Canada, du moment que ce soit pour une capacité de service donnée. Évidemment, le plus économique serait de le faire avec l'infrastructure existante, mais encore une fois, c'est une question d'équilibre. Si on veut obtenir cette capacité opérationnelle un peu plus vite et payer un peu plus cher pour cela, il y a la possibilité de sous-traiter une partie de cet entraînement à travers le Canada.

Le sénateur Atkins : Avant le Livre blanc de 1994, une diminution des effectifs militaires était intervenue. Je suppose que cette infrastructure, ou une bonne partie, subsiste encore, ou bien a-t-elle disparu?

Le lcol Melançon : Il y a une infrastructure sur chacune des bases, mais vu que ces bases payaient des taxes, on a décidé de raser l'infrastructure qui ne servait plus. Si nous devons former des militaires, il n'est pas indispensable que cela se fasse toujours dans des salles de classe en dur. Notre rôle est de faire le nécessaire. Si nous devons les former sous des tentes, nous le ferons.

Le sénateur Day : Je vais laisser ces deux messieurs se débrouiller entre eux.

Chacun d'entre vous a utilisé quelques notes et cité des statistiques. J'ai essayé de noter vos chiffres et je me demande si vous pouvez remettre vos notes à notre greffier, car je n'arrive plus à me relire maintenant et il serait bon que nous ayons ces renseignements.

Ce qui nous intéresse particulièrement, c'est le nombre d'instructeurs dont vous disposez, le nombre d'étudiants dans vos écoles, les recrues, et vous avez utilisé le terme « non disponible pour la bataille ».

Le lcol McAdam : « Laissé hors de la bataille ».

Le sénateur Day : Combien sont ailleurs à tout moment? Combien ne sont pas disponibles pour faire le travail que vous êtes censés fournir?

Veuillez nous donner ces chiffres car ils nous seraient utiles.

Lieutenant-colonel Gupta, pourriez-vous définir pour moi ce qu'est la formation pour la « bataille des trois blocs »? Dites-moi si toute votre formation est aujourd'hui axée là-dessus, par opposition à l'entraînement de grosses formations?

Le lcol Gupta : Sénateur, sauf votre respect, l'expert de la guerre des trois blocs est assis juste à côté de moi. Il est le mieux placé pour vous répondre là-dessus.

Le sénateur Day : C'est pourquoi j'ai commencé par vous, car je savais que vous pourriez me dire qui serait le mieux à même de m'éclairer.

Le lcol McAdam : Sénateur Day, la guerre des trois blocs est une expression qui a été rendue célèbre par le général Krulak lorsqu'il était commandant du Marine Corps. Le général Krulak a expliqué une situation telle que vous pouvez avoir à tout moment un groupe de soldats effectuant des opérations humanitaires, le bloc un. Vous pouvez avoir un autre groupe de soldats effectuant le bloc deux, les opérations de soutien de la paix. Vous pouvez avoir un autre groupe de soldats menant des opérations de combat, le bloc trois. Tous ces groupes peuvent appartenir à la même unité, être déployés dans la même ville, le même jour, et peut-être faire tout cela en même temps si tout tourne mal. C'est ce que l'on appelle la guerre des trois blocs, si l'on veut.

Jusqu'à présent, notre entraînement était axé sur une situation où l'on pouvait définir dans le temps quel serait l'événement, quelle serait la situation et le contexte de la mission et il y avait très peu de choses à la périphérie pour détourner l'attention de l'étudiant de la tâche à accomplir.

Nous en sommes venus à réaliser que l'environnement opérationnel actuel auquel nos soldats sont confrontés est beaucoup plus chaotique et complexe, beaucoup plus proche de la guerre des trois blocs. Nous nourrissons des enfants, tout en acheminant de l'eau et en séparant des belligérants.

Ici, à Gagetown, nous avons examiné notre formation et l'avons modernisée de façon à mieux l'adapter à la réalité que nos soldats déployés rencontrent outre-mer, et c'est un effort actuellement en cours.

Le sénateur Day : Merci, cela m'éclaire.

Je suis sûr que c'est le lieutenant-colonel Bowes qui a indiqué que vous avez commencé la formation selon le nouveau concept du nouveau mandat lorsque la transformation du corps blindé a été décidée.

Je sais qu'un certain nombre de mes amis du corps blindé, qui appartiennent au 8Princess Louise's Hussars, dans lequel vous avez servi également, seraient intéressés de savoir au terme de quel mandat vous fonctionnez ces jours-ci?

Vous avez parlé de reconnaissance, et d'autres aussi, mais vous avez fait état aussi de plates-formes de tir direct. Pouvez-vous nous dire ce qu'il en est?

Le lcol Bowes : Certainement. Virtuellement toute la formation dispensée aujourd'hui à l'école est fondée sur la plate-forme à roues Coyote et le véhicule blindé léger. Nous utilisons le véhicule de reconnaissance comme principal moyen d'entraînement tant de nos hommes d'équipage, c'est-à-dire des nouvelles recrues, que pour nos cours de qualifications de caporal-chef, sergent ou adjudant et maintenant aussi d'officier.

Nous arrivons seulement à la fin de la réorientation car, comme vous pouvez l'imaginer avec des jeunes officiers qui ne sont disponibles que l'été — car en cours d'année ils sont au Collège militaire royal ou à l'université — il nous faut un cycle de deux ans pour boucler leur formation. Donc, cette réorientation va arriver à la phase finale d'achèvement cet été. Nous utilisons le contexte de la reconnaissance pour toute notre formation critique.

Pour ce qui est de l'ensemble des aptitudes au tir direct, il faut réellement distinguer à l'intérieur du corps blindé. Si vous aviez demandé il y a quelques années à n'importe qui de se définir, il pouvait vous dire « Je suis conducteur de char ». C'est peut-être devenu un peu trop étroit. Nous sommes des hommes d'équipage et ce sont les qualifications qui nous séparent de l'infanterie. Nous sommes les équipages de nos véhicules et nous pouvons mener des opérations de différentes façons. Nous pouvons effectuer des missions de tir direct mais aussi des missions de reconnaissance.

Nous mettons l'accent sur les aptitudes d'homme d'équipage dans un contexte de reconnaissance avec la seule unité qui conserve la responsabilité de feu direct. Je conserve un certain nombre de chars Leopard et pour ceux qui ont besoin d'une qualification technique sur le Leopard, ils reviendront à l'école pour l'acquérir aussi longtemps que nous conserverons le Leopard dans notre parc.

Le sénateur Day : Cela me renseigne, merci.

Vous avez dit que vous utilisez le VBL3 comme plate-forme et les artilleurs ont indiqué qu'ils utilisent le VBL3 et le véhicule de transport de personnel. Est-ce que chaque groupe s'occupe lui-même des réparations et avez-vous vos propres mécaniciens ou bien ce travail est-il effectué à la base?

Je crois que c'est le lieutenant-colonel Douglas qui a indiqué que ces engins ne fonctionnent pas très bien et que vous ne pouvez assurer la maintenance.

Le lcol Bowes : Pour ce qui est de la plate-forme VBL, la maintenance est centralisée à la base Gagetown, c'est donc sous la responsabilité du colonel Jestin, le commandant de 3ASG. Le colonel Douglas se trouve dans une situation à part. Je crois qu'il aimerait apporter des précisions.

Le lcol Douglas : Je n'ai pas dit qu'il y avait des difficultés de maintenance. Simplement, la maintenance d'opérateur, celle que nos soldats doivent assurer, est devenue plus lourde en raison de la complexité des systèmes d'armement, mais les engins sont très bien entretenus à la base.

Notre variante du VBL est notre véhicule de tir et détection qui comporte un certain nombre de capteurs à l'intérieur du véhicule. Nous n'avons pas de problème de maintenance avec ce véhicule. Nous nous occupons de formation. Nous nous soucions de former individuellement les opérateurs de cet engin, mais l'entretien est effectué collectivement par la base.

Le sénateur Meighen : L'un des professeurs qui a parlé précédemment a parlé de la nécessité d'une coordination car le VBL se porte trop en avant sur le champ de bataille. L'un d'entre vous comprend ce qu'il dit?

Le sénateur Day : Oui, c'est en rapport avec l'infanterie.

Le lcol Melançon : Oui, il faut préciser pour commencer que le VBL est principalement un véhicule d'infanterie. Pour répondre à une question antérieure concernant la maintenance par la base Gagetown, le problème que nous avons avec la technologie à bord du VBL est au niveau de la formation des opérateurs. Il faut plus de temps pour les former maintenant qu'avec l'ancienne plate-forme d'infanterie.

Le sénateur Meighen : Je vois. C'est plus sophistiqué.

Le lcol Melançon : C'est plus sophistiqué. Mais non, nous ne sommes pas en avance. Nous faisons ce qu'il faut.

Le sénateur Meighen : Et pour ce qui est de la coordination avec l'infanterie, il n'y a pas de problème spécial?

Le lcol Melançon : L'infanterie est à bord du VBL.

Le sénateur Meighen : Y a-t-il aussi des fantassins n'utilisant pas le VBL?

Le lcol Melançon : Oui, vous avez l'infanterie légère et l'infanterie VBL.

Le sénateur Meighen : Très bien. Qu'en est-il de la coordination avec l'infanterie légère?

Le lcol Melançon : Ce n'est pas un problème.

Le sénateur Meighen : Pas un problème?

Le lcol Melançon : Vous avez les communications. Ce n'est pas un problème. La seule difficulté, c'est qu'il faut plus de temps pour la formation, mais le VBL est toujours de l'infanterie primaire.

Le sénateur Day : Si l'on regarde l'avenir et imagine qu'il y aura une augmentation des effectifs, avec de 5 000 à 8 000 militaires de plus à former, ils vont commencer par Saint-Jean pour l'entraînement de base. Où vont-ils ensuite pour acquérir ce que vous avez appelé l'entraînement de soldat?

Le lcol Bowes : Le cours de qualification de soldat, sénateur.

Le sénateur Day : Combien de temps prend ce cours et qu'est-ce qui vient ensuite? Est-ce qu'il y en a qui viennent chez vous?

Le lcol Bowes : Tout dépend de la catégorie d'emploi militaire à laquelle ils appartiennent, leur CEM : homme d'équipage, artilleur, fantassin, et cetera. La possibilité d'accélérer la formation dépend des situations propres à chaque CEM. Par exemple, pour certaines CEM, il nous est impossible de spéculer dans quel délai le Groupe de l'instruction de soutien des Forces canadiennes de Borden pourrait former des techniciens, des auxiliaires infirmiers, et cetera.

À Gagetown, nous ne connaissons pas actuellement les paramètres possibles et lorsque les soldats viennent chez nous à l'école de blindés, je ne sais pas à quel rythme et en quel nombre. Tant que je ne connais pas ces variables, je ne peux pas vous dire combien il faudra de temps pour former les effectifs et donc combien d'instructeurs supplémentaires il me faudrait.

Le sénateur Day : Qu'est-ce qui ralentirait l'école de blindés? Quels sont les paramètres? Il vous faut planifier par avance.

Supposons qu'il y ait 1 000 nouveaux soldats à entraîner. Ils se sont enrôlés et sont passés par Saint-Jean. Combien de temps faut-il avant que la bulle arrive jusqu'à vous?

Le lcol Bowes : Tout d'abord, il ne va pas en sortir 1 000 de Saint-Jean d'un seul coup. Ce sera un goutte-à-goutte au niveau de l'école. J'entraîne environ 160 hommes d'équipage par an pour le corps blindé. Si l'armée me demandait de doubler le chiffre annuel de façon continue, il me faudrait doubler l'effectif d'instructeurs. Voilà mon problème. Cependant, s'ils me disent qu'ils ne me demandent pas de doubler le nombre mais d'en former seulement 30 ou 40 de plus par an et de doubler le nombre sur six ans au lieu de trois ans, cela changera la dynamique des ressources.

Le sénateur Day : Avec quelle rapidité les 30 de plus arriveront-ils chez vous?

Le lcol Bowes : Il faut compter trois mois entre le moment du recrutement et leur sortie de Saint-Jean.

Le sénateur Day : Donc, après trois mois à Saint-Jean, ils viennent chez vous?

Le lcol Bowes : Oui, ils arrivent chez moi.

Le sénateur Day : C'est la première vague.

Le lcol Bowes : En moyenne, nous pouvons prendre un soldat et le renvoyer dans un régiment des forces de campagne au bout de six mois; toute notre formation peut être effectuée en l'espace d'un an.

Le sénateur Day : Dans quel délai peuvent-ils être déployés pour une mission?

Le lcol Bowes : Notre pratique c'est qu'une fois qu'ils arrivent dans les unités, ces dernière suivent une phase d'entraînement collectif. Autrement dit, ils passent dans une phase particulière d'entraînement où ils suivent toutes les étapes des différentes équipes au niveau des sous-unités. Ils suivent tout le corps blindé, depuis l'escadron jusqu'au niveau du régiment, et cela peut être bouclé en six mois. Nos unités passent par cette phase d'entraînement collectif.

Le sénateur Day : Est-ce six mois après l'année de formation?

Le lcol Bowes : C'est juste.

Le sénateur Day : Donc, un an et demi, et ensuite ils peuvent être déployés. Est-ce que cela colle à peu près avec la durée de formation de la première vague sortant de l'école d'artillerie?

Le lcol Douglas : Oui, mes artilleurs de campagne passent la porte beaucoup plus vite, après environ 30 jours de formation, et je peux les envoyer dans leur régiment. La formation des spécialistes de la défense antiaérienne prend plus de temps, car nous utilisons les systèmes ADATS ou les véhicules MMEV. Je peux les sortir en 60 jours environ et ils partent ensuite dans le régiment et après leur entraînement collectif ils sont prêts à partir en opération.

Le sénateur Day : Et les fantassins?

[Français]

Le lcol Melançon : Pour l'infanterie, sénateur, à l'école je m'occupe de tous les sous-officiers et des officiers.

Le sénateur Day : Oh, seulement.

Le lcol Melançon : Oui, seulement. À ce sujet je suis dans une mauvaise position pour vous donner une bonne réponse là-dessus.

Le sénateur Day : Oui, je comprends.

Le lcol Melançon : En ce qui a trait à un officier votre question est valide. Par contre, vous avez les périodes d'attente entre les cours. En sortant du collège de Saint-Jean, il faudrait qu'ils s'en aillent directement à l'école. Il y a toujours une période d'attente. Si tout était en ligne, cela irait définitivement plus vite.

[Traduction]

Le sénateur Day : Colonel McAdam, vous avez déjà expliqué que vous êtes une sorte de groupe avancé ou de client à long terme.

Le lcol McAdam : Probablement six ou sept ans.

Le sénateur Day : Exactement, je comprends.

[Français]

Le lcol Melançon : Certainement dans le cas des ingénieurs, c'est similaire aux blindés. Cela nous prend environ six mois pour les entraîner, le temps de les retourner dans les unités et qu'ils participent à l'entraînement après le déploiement pour quelques mois. Tout dépend encore s'il y a des périodes d'attente.

[Traduction]

Le sénateur Day : Ma dernière question : vous avez expliqué à chacun que vous avez du personnel civil, des réservistes travaillant pour vous. J'imagine qu'il s'agit là de gens partis à la retraite mais qui ont décidé de continuer à travailler dans ce domaine ou que vous avez invités à revenir donner un coup de main.

Avez-vous la possibilité d'augmenter vos effectifs en engageant davantage de civils pour vous aider à faire face à la charge de travail accrue? Si vous aviez les ressources, engageriez-vous des réservistes ou des militaires retraités?

Le lcol Bowes : Ou, sénateur. Si nous avions les ressources, c'est exactement ce que nous ferions.

Le sénateur Day : Avez-vous des plans de contingence pour vous préparer à ce qui pourrait arriver?

Le lcol Bowes : Rien de formel car nous avons besoin de plus de renseignements. Je me suis planté devant mon tableau blanc de mon bureau pour réfléchir au défi, mais je ne peux aller plus loin tant que je ne connais pas l'échéancier escompté, trois ans ou six ans, ou l'ampleur de la bulle.

Nous sommes encouragés par l'intérêt que nous porte votre comité. Ce n'est pas la première fois que nous connaissons une telle situation. Je suis arrivé dans l'armée dans les années 80, lors d'une expansion. Nous avons vécu cette dynamique. L'armée peut prendre des mesures extraordinaires pour faire face à ces problèmes. L'armée a accru ses effectifs dans les années 80, puis les a réduits dans les années 90. Maintenant ils vont de nouveau augmenter.

Le sénateur Day : Est-ce que l'artillerie donne la même réponse?

Le lcol Douglas : Oui. Il s'agit de trouver des moyens d'exécution alternatifs et d'aller chercher des retraités pour faire fonctionner nos simulateurs et assurer les fonctions de soutien au quotidien. C'est l'une des possibilités qui a l'appui de notre commandant.

Le sénateur Day : Bien. Je vous remercie. Quelqu'un d'entre vous a-t-il une position différente?

Le lcol Gupta : Sénateur, la seule chose que j'ajouterais, puisque j'ai déjà renvoyé une question à quelqu'un d'autre, c'est de réserver votre question pour le colonel Davis, car une initiative à l'échelle des formations est en cours à Gagetown consistant à se pencher sur cet aspect particulier. Il aura probablement davantage de renseignements à vous donner.

Le président : Nous dirons au colonel Davis et au général que toutes les questions difficiles aboutissent chez eux parce que vous autres vous êtes défaussés.

Cela a été une excellente après-midi et nous avons beaucoup apprécié l'échange. Nous avons eu un très bon échange avec vos prédécesseurs et c'était à huis clos. Le langage était un peu plus coloré, et nous nous demandions si nous pourrions avoir le même échange d'information lors d'une audience comme celle-ci et je pense que nous l'avons eu.

Nous apprécions votre franchise. Nous apprécions vos explications des différentes situations auxquelles vous êtes confrontés. Franchement, vous êtes un groupe de soldats très impressionnant et je sais que je parle au nom de tout le comité en disant que nous sommes très fiers de savoir que nous pouvons compter sur des gens comme vous pour former nos militaires.

Au nom du comité, je vous remercie infiniment d'avoir comparu. Merci de vos témoignages et tous nos vœux vous accompagnent.

Honorables sénateurs, notre prochain témoin est le brigadier-général R.R. Romses, officier des Forces régulières et commandant du Secteur de l'Atlantique de la Force terrestre depuis juin 2003. Il est entré dans les Forces canadiennes en 1967 et a exercé au fil des ans des commandements à divers niveaux, notamment le commandement du Premier Bataillon du PPCLI, le commandement du Contingent canadien à Chypre et du Secteur 3, le commandement de l'Unité antiterroriste nationale du Canada, le commandement de la Base des Forces canadiennes Calgary et le commandement du Contingent canadien de la Force de stabilisation en Bosnie-Herzégovine.

Le brigadier-général Romses a servi également outre-mer dans la Force mobile du Commandement allié en Europe et dans la Force combinée de l'OTAN en Bosnie, au Danemark, en Éthiopie et en Érythrée.

Il est accompagné du colonel Ryan Jestin, qui est commandant du Groupe de soutien de secteur 3 à Gagetown depuis août 2004. Le colonel Jestin était précédemment commandant de l'Élément de soutien national du Contingent canadien de la Force de stabilisation en Bosnie. Il a participé également à l'Op Assistance Winnipeg en 1997 et a l'Op Récupération tempête de verglas en 1999.

Notre dernier témoin est le colonel Davis, officier de blindé. Il a servi dans les Royal Canadian Dragoons et le 8th Canadian Hussars en différentes capacités régimentaires. Il a pris le commandement du Centre d'instruction au combat de la Base des Forces canadiennes Gagetown en août 2003. Le colonel Davis est un diplômé de l'École d'état-major des Forces canadiennes, du Collège de commandement et d'état-major des Forces terrestres canadiennes et du Collège d'état-major et de commandement des Forces canadiennes.

D'août 2002 à juillet 2003 il a servi comme chef d'état-major de la Division multinationale sud-ouest de la Force de stabilisation OTAN S4 en Bosnie-Herzégovine.

Messieurs, bienvenue au Comité sénatorial permanent de la sécurité et de la défense nationales. Nous avons déjà eu un excellent groupe de témoins au début de l'après-midi et nous sommes impatients de vous entendre.

Général, je crois savoir que vous avez un exposé à présenter et je vous donne donc la parole.

Le brigadier-général R.R. Romses, commandant du Secteur de l'Atlantique de la Force terrestre, ministère de la Défense nationale : Merci beaucoup, monsieur le président.

Monsieur le président, honorables sénateurs, mesdames et messieurs, je suis le brigadier-géneral Ray Romses, commandant du Secteur de l'Atlantique de la Force terrestre et il me fait plaisir de comparaître devant vous aujourd'hui en qualité de témoin.

Je soutiens votre mandat et je comprends son importance pour le Canada, pour les Forces canadiennes et pour la population canadienne dans son ensemble.

Vous m'avez demandé de faire partie du panel sur le fonctionnement de la Base des Forces canadiennes de Gagetown. Il conviendrait peut-être que je commence par vous présenter un tableau plus global : celui du secteur, et ce faisant je vous décrirai de quelle façon la base des Forces canadiennes de Gagetown s'insère dans cet ensemble.

Je suis honoré de servir dans le Canada atlantique et de commander plus de 6 000 hommes et femmes qui ne ménagent aucun effort et qui travaillent de façon efficiente pour s'acquitter d'une tâche d'importance capitale pour notre pays.

Les Forces canadiennes sont bien appuyées par la population dans cette région et les Canadiens de l'Atlantique ont une glorieuse histoire de service militaire. De fait, une carrière dans les Forces canadiennes, que ce soit les forces régulières ou la réserve, est toujours perçue comme honorable et valable. De fait, dans la majorité des familles, un ou plusieurs membres ont servi ou sont présentement engagés dans les Forces canadiennes. Ainsi, même si la population de l'Atlantique représente seulement 7 p. 100 de la population canadienne, le ratio de cette population dans les Forces armées est beaucoup plus élevé. Cette tradition nous a aidé à atteindre les objectifs de recrutement dans le cadre de la restructuration de la Réserve terrestre, à maintenir le plus bas taux d'attrition de la réserve au Canada et une présence dans de nombreuses petites localités du Canada atlantique.

La Base des Forces canadiennes Gagetown, qui est la principale base de l'Armée de terre dans la région, a également tiré profit de ces tendances historiques. Elle a pu nouer d'excellentes relations avec la population et elle est perçue comme une présence sociale importante et utile dans la région. De plus, en raison du grand nombre de Canadiens de l'Atlantique qui font partie des FC, une affectation à Gagetown est jugée très intéressante.

Ayant dépeint le contexte global dans lequel nous travaillons, permettez-moi de vous décrire ma mission et mes principales responsabilités. J'ai pour mission de mettre sur pied et d'assurer le maintien de forces terrestres aptes au combat et polyvalentes afin d'atteindre les objectifs du Canada en matière de défense.

J'ai essentiellement quatre responsabilités principales, à savoir : entraîner et mettre sur pied une force de soldats ou d'unités entraînés qui sera déployée dans les opérations internationales; commander et employer des unités entraînées ou des forces opérationnelles pour participer à des opérations nationales dans les provinces de l'Atlantique; gérer l'infrastructure du Ministère de manière à soutenir les unités en garnison au Nouveau-Brunswick et dans l'Île-du- Prince-Édouard, qu'elles appartiennent ou non au SAFT; gérer le soutien logistique général fourni aux unités qui se trouvent au Nouveau-Brunswick et dans l'Île-du-Prince-Édouard, qu'elles appartiennent ou non au SAFT.

La base des Forces canadiennes de Gagetown est un élément clé qui me permet de m'acquitter de mes quatre principales responsabilités et représente en fait le principal organisme pour ce qui concerne les deux dernières.

Comme vous le savez sans doute, le Secteur atlantique de la Force terrestre est l'une des quatre formations régionales qui regroupent les forces de campagne de l'Armée de terre du Canada. Ainsi, je commande la majorité des unités de l'Armée de terre situées dans le Canada atlantique, la seule exception notable étant le Centre d'instruction au combat de Gagetown qui relève du Système de la doctrine et de l'instruction de la Force terrestre dont le colonel Davis traitera tout à l'heure.

Les unités et formations subordonnées de mon commandement sont : mon quartier général situé à Halifax; le 36e Groupe-brigade du Canada, dont le quartier général est à Halifax, un groupe-brigade la Première réserve dont les unités sont réparties sur le territoire de la Nouvelle-Écosse et de l'Île-du-Prince-Édouard; le 37e Groupe-brigade du Canada, dont le quartier général est à Moncton, un groupe-brigade de la Première réserve dont les unités sont réparties sur les territoires du Nouveau-Brunswick et celui de Terre-Neuve; le 3e Groupe de soutien de secteur, dont le quartier général est à la BFC Gagetown et qui comprend des détachements à Moncton et à Charlottetown; le 2e Bataillon du Royal Canadian Regiment situé à la BFC Gagetown, un bataillon d'infanterie de la force régulière; le 4e Régiment d'appui du génie, installé à la BFC Gagetown, lui aussi une unité de la Force régulière; le 4e Régiment de défense antiaérienne, ayant son quartier général à Moncton, dont certains des éléments et sous-unités se trouvent à Moncton, à la BFC Gagetown et à la BFC Cold Lake, une unité combinée de la force régulière et de la réserve; la 3e Compagnie du renseignement, située à Halifax, qui est une unité de la Première réserve; le Centre d'instruction du Secteur atlantique de la Force terrestre, réparti entre la BFC Gagetown et Aldershot, en Nouvelle-Écosse, et qui offre l'instruction élémentaire aux soldats et la formation élémentaire en leadership par le biais de cours régulier; enfin, le 5e Groupe de patrouille des Rangers canadiens, ayant son quartier général à la station des Forces canadiennes de Gander, qui commande 30 patrouilles de rangers et dix patrouilles de rangers canadiens juniors et qui fournit des forces mobiles autonomes et dotées d'équipement léger pouvant appuyer activement les opérations nationales et de souveraineté dans la région isolée de Terre-Neuve et du Labrador.

Ensemble, ces formations et ces unités regroupent plus de 2 200 soldats de la Force régulière, plus de 2 600 réservistes, plus de 700 rangers et plus de 600 employés civils.

Le Secteur atlantique de la Force terrestre a ceci de particulier qu'il n'a pas de brigade de la force régulière. Cette particularité a des répercussions multiples sur le secteur, la plus significative étant que l'absence d'une brigade de la force régulière dans la région Atlantique du Canada, nous oblige à recourir davantage à nos formations de la réserve.

Dans l'ensemble, ces formations et ces unités ont été très fiables et nous ont aidé à nous acquitter de notre mission, comme en témoigne le fait que le SAFT a pu mettre sur pied en 2003 et en 2004 une force de 1 216 soldats, dont 139 réservistes, qui ont été déployés à l'étranger dans le cadre de 11 missions internationales différentes, notamment en Afghanistan, en Bosnie, en Haïti, sur le plateau du Golan et en Sierra Leone. De même, en ce qui concerne les opérations nationales, nos formations et nos unités sont intervenues, depuis 1988, dans huit opérations majeures, allant de la catastrophe de la Swiss Air à l'ouragan qui a balayé Halifax. De fait, en octobre et novembre dernier encore, nous avons participé à des opérations de plus petite envergure portant sur l'écrasement d'un 747 à Halifax et la panne d'électricité causée par une tempête de neige en Nouvelle-Écosse.

Afin de répondre à ces obligations opérationnelles sur le territoire national, le SAFT dispose d'un groupe de reconnaissance de la force régulière prêt à intervenir à huit heures de préavis, d'une compagnie d'avant-garde mobilisable à 12 heures de préavis, d'une unité d'intervention immédiate prête à intervenir à 24 heures d'avis, ainsi que d'une unité de réserve de 200 soldats mobilisables à 48 heures d'avis.

Pour être en mesure de relever les défis posés par ces différentes opérations, nous devons nous entraîner de façon constante et réaliste. Au cours des 12 derniers mois, 159 cours ont été offerts au personnel de la régulière et de la réserve, produisant environ 3 000 diplômés. En outre, le SAFT organise chaque année une concentration de la réserve du secteur, une manœuvre du nom d'ARCON. Cette année, plus de 1 200 réservistes y ont participé, soit 300 de plus que lors de la manœuvre précédente. De toute évidence, nous sommes sur la bonne voie. Beaucoup d'autres possibilités de formation sont offertes au niveau de la formation et de l'unité, notamment des exercices et des échanges avec nos alliés chaque année.

Le plan de transformation de l'Armée de terre a des répercussions sur le SAFT et, pour les militaires, cette période est à la fois passionnante et stimulante. Je dis que nous vivons une période captivante parce que l'armée a adopté une vision et qu'elle met en œuvre les moyens pour la concrétiser en modifiant la façon de s'entraîner, la façon de mobiliser les forces et la façon de combattre. Une partie de notre équipement est redistribuée et elle-même réaffectée du fait que nous nous concentrons sur des capacités de combat plus précises et plus efficaces. Par exemple, notre plate-forme de défense antiaérienne, l'ADATS, est en cours d'amélioration, son rôle se voyant élargi pour englober le tir direct, et nos unités blindées de la réserve sont réaffectées à la reconnaissance et équipées du wagon G de Mercedes et d'une version modifiée du GMC Silverado. Nous cherchons également des façons de mieux gérer nos véhicules et notre matériel pour faire en sorte que lorsque les troupes de la régulière et de la réserve vont se préparer à un déploiement, elles seront dotées du meilleur et du plus récent matériel que l'on puisse leur offrir. Cela permettra au SAFT de commencer à envoyer des troupes de la force régulière et de la réserve au Centre canadien d'entraînement aux manœuvres de Wainwright pour un entraînement collectif intensément réaliste d'ici 2006. La transformation entraînera également des changements au niveau du personnel dans mon secteur. Par exemple, la restructuration de la réserve de la Force terrestre entraînera la création de plus de 250 nouveaux postes de réservistes et de plusieurs capacités nouvelles au cours des prochaines années. En outre, les engagements du gouvernement, soit l'annonce de 5 000 militaires supplémentaires, se traduiront potentiellement par d'autres augmentations de personnel.

De fait, l'avenir réserve à l'Armée de terre et au SAFT maints défis nouveaux : tout d'abord, la transformation même, le défi de faire correspondre la fin et les moyens, les défis associés à une infrastructure vieillissante, aux attentes en matière de gestion de l'environnement, la création d'un secteur d'entraînement et d'un champ de tir vraiment modernes et conçus pour le champ de bataille de l'avenir et, enfin, la dynamisation du processus de recrutement. De toute évidence, nous aurons beaucoup de pain sur la planche, mais avec le soutien des Canadiens et les aptitudes des hommes et des femmes qui servent dans les Forces canadiennes, nous pourrons progresser vers une force de réguliers et de réservistes plus adaptée et mieux préparée au combat.

Enfin, du point de vue de notre rayonnement, nous avons réussi à établir des liens au sein de la majorité des communautés. Nous nous efforçons de mieux faire connaître les Forces canadiennes et leur rôle grâce à notre programme Connect with Canadians. La participation de nos unités à maintes activités, allant de tattoos à des spectacles aériens, des présentations à des groupes communautaires, la participation à des séminaires sur la sécurité, la conduite de projets communautaires, la liaison avec des programmes universitaires et la mise en place dans les communautés d'officiers chargés de la planification d'urgence, voilà autant de façons d'accroître la présence militaire. Toutefois, nous sommes conscients que nous pouvons encore améliorer les choses à ce chapitre et nous le ferons.

En résumé, le Secteur atlantique de la Force terrestre a axé et continuera d'axer ses efforts sur les préparations d'individus et d'unités capables de participer à des opérations nationales et internationales tout en poursuivant la mise en œuvre du plan de transformation de l'Armée de terre. Ces deux priorités feront en sorte que le SAFT va continuer à privilégier la préparation au combat.

Dans ce contexte, le rôle important joué par le 3e Groupe de soutien de secteur et la base Gagetown ne doit pas être sous-estimé.

J'aimerais maintenant vous présenter le commandant du 3e Groupe de soutien de secteur, le colonel Ryan Jestin, qui vous expliquera plus en détail la nature et le rôle de son commandement.

Le colonel Ryan Jestin, commandant, BFC Gagetown, 3e Groupe de soutien de secteur, ministère de la Défense nationale : Bon après-midi, sénateur Kenny, honorables sénateurs, membres du Comité permanent de la sécurité de la défense nationales, général Romses, colonel Davis, mesdames et messieurs.

Je suis commandant du 3e Groupe de soutien de Secteur. Je suis également le commandant de la Base des Forces canadiennes/Unité de soutien de secteur Gagetown.

Le 3e Groupe de soutien de secteur a été formé suite à la séparation de la Base des Forces canadiennes Gagetown et de la formation d'instruction, soit le Centre d'instruction au combat, également situé sur la base Gagetown.

Notre mission consiste à planifier, coordonner et fournir le soutien général, rapproché et intégral aux organismes dépendants et à assurer le maintien en puissance du secteur. Nous accomplissons le premier volet de cette mission en fournissant des service de soutien aux organismes dépendants autorisés par l'entremise des unités situées à la BFC Gagetown et des détachements de Moncton, au Nouveau-Brunswick, et de Charlottetown, dans l'Île-du-Prince- Édouard. Outre une liaison étroite avec les bases de la Force aérienne et de la Marine en Nouvelle-Écosse et à Terre- Neuve, des conventions sur les niveaux de service, officielles et mutuellement convenues, contribuent à la réalisation du second volet de notre mission. Notre stratégie de base consiste à fournir en temps opportun aux clients des services de soutien de très haute qualité et taillés sur mesure, à la hauteur de ressources disponibles.

Nos objectifs stratégiques consistent à mettre l'accent sur le soutien des unités et les organismes dépendants du Secteur atlantique de la Force terrestre; fournir des services de soutien de très haute qualité aux soldats et à leur famille; offrir un logement aux célibataires digne d'un hôtel d'ici quatre ans; mettre en œuvre les pratiques exemplaires au niveau de la base et de la formation.

Pour illustrer l'ampleur de nos responsabilités en matière de soutien, le Groupe de soutien de secteur emploie un effectif de 583 civils à plein temps et de 924 militaires, appuyés de 51 réservistes. Au cours des périodes de pointe, l'unité emploie jusqu'à 150 civils supplémentaires.

Des services de soutien autorisés sont fournis à deux grandes formations, la première étant le Centre d'instruction au combat et ses quatre écoles comprenant environ 994 personnes, et la seconde, le 37e Groupe-brigade du Canada, plus précisément les cinq unités de cette dernière basées au Nouveau-Brunswick, dont l'effectif total compte environ 800 militaires. En outre, nous desservons cinq unités opérationnelles de la force régulière, le Deuxième bataillon du Royal Canadian Regiment, le 4e Régiment de défense aérienne, le 4e Régiment d'appui du génie, le 403e Escadron d'entraînement opérationnel-hélicoptère et la première Unité du Génie construction et 5 unités hébergées, soit au total 1 757 personnes. Nous fournissons également des services de soutien à deux unités de la Réserve navale et à 69 corps de cadets du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard.

La population totale de la base Gagetown consiste en quelque 4 600 militaires, 7 500 membres de familles de militaires et 800 employés civils. Notre population estivale peut quasiment doubler lors des entraînements d'été.

Outre nos responsabilités en matière de personnel, nous sommes responsables d'une infrastructure totalisant 664 bâtiments sur la base Gagetown, 88 bâtiments répartis dans 23 emplacements hors base, dont 44 p. 100 ont plus de 40 ans. Les réseaux d'aqueduc et d'égout ont une longueur de 143 kilomètres et 100 kilomètres respectivement, les canalisations de chauffage s'étendent sur 63 kilomètres, et cetera.

Pour accomplir sa mission, la formation dispose d'un budget annuel de fonctionnement et d'entretien de 48,3 millions de dollars. L'enveloppe des traitements et salaires des employés civils s'élève à environ 28 millions de dollars, alors que les salaires versés aux réservistes se chiffrent annuellement à 2,7 millions de dollars. Avec ces montants, ajoutés aux paiements tenant lieu de taxes (PTLI) de 11,5 millions de dollars et à une enveloppe de solde militaire annuelle approximative de 276 millions de dollars, nous injectons environ 500 millions de dollars dans l'économie locale du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard.

Entre autres réalisations, la formation a, au cours des six dernières années, fourni le soutien nécessaire à l'Opération verglas de 1998 et aux opérations entourant l'écrasement du vol de la Swiss Air en 2002 et participé au déploiement d'environ 450 militaires en Érythrée en 1999 et en Haïti en 2004 dans le cadre de l'opération HALO. L'effet de ce soutien sur la formation, dont la principale tâche consiste à soutenir les organismes dépendants autorisés de Gagetown et de la région, ont été énormes.

Pour ce qui est de notre infrastructure vieillissante, certaines améliorations ont été apportées sur la base avec la construction d'un nouveau complexe destiné au 2e Bataillon du Royal Canadian Regiment, dont l'inauguration est prévue pour la fin de cette année. Nous prévoyons également la construction d'un nouveau bâtiment résidentiel de 250 personnes dont les travaux devraient commencer au début de cette année et qui sera destiné aux célibataires militaires.

En plus de dépenser un demi-milliard de dollars environ dans les communautés du Nouveau-Brunswick et de l'Île- du-Prince-Édouard, nous jouons un rôle au sein même de la ville d'Oromocto. En effet, nos 1 650 logements familiers particuliers représentent environ 50 p. 100 des ménages de la ville. La ville et la base ont conclu une trentaine de conventions sur les niveaux de service portant notamment sur des services partagés tels que l'adduction d'eau, les égouts et les services d'incendie.

La base entretient également des rapports étroits avec le gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick et une liaison directe avec l'Organisation des mesures d'urgence et le ministère provincial de la Sécurité publique. Nous négocions actuellement avec le ministère de la Santé de la province afin d'examiner ensemble la possibilité d'accroître les soins de santé offerts à notre collectivité à l'hôpital public d'Oromocto.

La base Gagetown a été construite dans les années 50. Bon nombre des bâtiments actuels sont dans l'état original, même si la structure des organisations qui les occupent s'est beaucoup transformée au fil des ans. L'état des bâtiments situés le long du périmètre nord de la base est tout particulièrement préoccupant : ils doivent être désaffectés et démolis car il sera beaucoup moins coûteux de les remplacer que de les rénover et de remettre en état les installations de services publics.

Comme je l'ai déjà mentionné, les services publics fournis à la majorité des bâtiments de la base sont acheminés par des tunnels souterrains. Là encore, ces installations sont en place depuis 50 ans et ont grand besoin de réfection. Par exemple, il est tout particulièrement important de remplacer les canalisations d'eau chaude à haute température qui chauffent la plupart des bâtiments. Ces canalisations ont dépassé depuis longtemps leur durée de vie utile et leur coût de remplacement s'élève à 35 millions de dollars, alors que le coût total de réfection de toutes les installations de services publics se chiffre à environ 50 millions de dollars.

Il y a suffisamment d'espace à la base Gagetown pour construire d'autres infrastructures si les besoins en matière d'instruction le justifient et si les fonds nécessaires pour la construction et les services publics sont débloqués.

Selon ma perspective, le plus gros problème est la détérioration des logements pour célibataires de la base au terme d'une utilisation intensive de 50 ans. Ils ont été construits à l'origine pour loger des soldats entraînés membres d'une brigade opérationnelle, mais depuis le milieu des années 70 ils hébergent principalement des soldats en formation. Ces logements sont loin de répondre à la norme actuelle des Forces canadiennes et requièrent des rénovations. Pour corriger la situation, nous envisageons dans un premier temps, comme je l'ai mentionné, de construire une caserne dernier cri. En outre, nous mettrons en œuvre un programme vigoureux de rénovation des autres bâtiments à condition d'obtenir les crédits voulus.

Historiquement, les fonds destinés aux projets de recapitalisation et d'entretien sont restés bien en deçà de l'objectif de 2 p. 100 du coût de remplacement des biens immobiliers. On examine actuellement au quartier général de la Défense nationale une proposition selon laquelle les fonds de recapitalisation et d'entretien seraient portés à hauteur de 6 p. 100 de la valeur de remplacement des biens immobiliers. Le cas échéant, nous serions financièrement en mesure d'effectuer une grande partie des travaux de réfection essentiels en souffrance et, ainsi, de rajeunir notre infrastructure vieillissante.

La zone d'entraînement de 1 100 kilomètres carrés, soit 527 milles carrés, est manifestement notre centre de gravité. Sans elle, la base des Forces canadiennes de Gagetown n'existerait pas. Depuis que les terrains ont été expropriés au début des années 50, peu de changements sont intervenus, hormis la démolition des bâtiments qui s'y trouvaient.

L'entraînement conduit au fil des ans a eu des effets néfastes importants sur l'intégrité de la terre, avec notamment la compaction du sol, l'enlèvement de la végétation et l'érosion de la couche arable superficielle. Le coût du plan de restauration des champs de tir et du secteur d'entraînement selon les normes environnementales applicables est évalué à 100 millions de dollars environ. Ce plan est actuellement en cours d'élaboration et nous comptons entamer les travaux de restauration dans les deux prochaines années.

On a beaucoup fait au cours de la dernière décennie pour mettre au point un système de soutien de nos organismes dépendants qui soit aussi efficient que possible. Nous fournissons actuellement ce soutien grâce à des lignes de communications étendues, mais aussi par le biais de détachements situés à Moncton et à Charlottetown. Sans avoir l'intention de modifier le niveau de soutien fourni, nous continuons d'examiner des façons de fournir ce soutien de manière plus économique.

Sur le plan de la sécurité, la base Gagetown est désignée « base ouverte », ce qui signifie que l'accès n'est pas restreint. Toutefois, en période d'alerte sécuritaire comme celle que l'on a connue lors de la crise de septembre 2001, nous devons nous protéger en instituant des mesures de contrôle de l'accès. L'application de ces mesures peut poser un réel défi étant donné la taille de la base et les ressources limitées à notre disposition pour interdire l'accès aux personnes non autorisées. Compte tenu des juridictions policières actuelles, la compétence de la police militaire se limite à la base elle-même, alors que la Gendarmerie royale du Canada est responsable de tous les éléments en dehors de la base elle- même, y compris l'usine de traitement de l'eau et les logements familiaux.

D'ici 2011, nous prévoyons que plus de 58 p. 100 de nos effectifs civils atteindront l'âge de la retraite. Comme la demande locale de main-d'œuvre a fortement augmenté ces dernières années, nous avons établi des mécanismes pour surmonter cette crise potentielle. Nous avons un programme complet de planification de la relève afin d'éviter la perte du savoir collectif, et un vigoureux programme de recrutement afin d'attirer de jeunes employés pour combler les postes des retraités. Nous espérons que ces programmes, associés aux efforts déployés pour faire de la base Gagetown un employeur de choix dans la région, régleront le problème.

La base Gagetown est en mesure d'offrir des services aux militaires et à leurs familles dans les deux langues officielles. Toutefois, dans la seule province canadienne officiellement bilingue, la région où se situe la base est nettement anglophone et c'est pourquoi il est souvent impossible de recevoir certains services en français. Bien que certains services particuliers, comme les soins médicaux et dentaires, puissent être fournis dans les deux langues officielles, les commerces locaux n'offrent généralement pas de services bilingues. Les militaires francophones et leurs familles sont donc défavorisés à cet égard et cela se répercute sur notre désir de faire de la base Gagetown une affectation de choix pour tous les membres des Forces canadiennes.

L'avenir offre des perspectives énormes à la base Gagetown. La nouvelle infrastructure en cours de construction améliorera la qualité de vie de nos soldats et nos efforts visant à créer les conditions où les familles pourront s'épanouir au Nouveau-Brunswick porteront fruit, j'en suis sûr.

Le colonel Davis, le commandant du Centre d'instruction au combat vous parlera maintenant de la capacité des établissements de formation actuels et des avantages de l'entraînement à la BFC Gagetown.

Je vous remercie de votre invitation à prendre la parole cet après-midi et je répondrai avec plaisir à vos questions.

Le colonel Christopher J.R. Davis, commandant, Centre d'instruction au combat, BFC Gagetown, ministère de la Défense nationale : Sénateurs, c'est un grand plaisir que d'être ici cet après-midi pour vous parler des problèmes de la formation au Centre d'instruction au combat.

Je remplis deux fonctions à Gagetown. Premièrement, je suis le commandant du Centre d'instruction au combat, ce qui signifie que je commande les unités, les commandants auxquels vous avez parlé précédemment. Nous allons également recevoir sous mon commandement le Centre de parachutisme du Canada à compter d'avril prochain. En outre, j'ai sous mon commandement l'Unité d'essai et d'évaluation de la Force terrestre, qui est responsable des essais par les utilisateurs pour la Force terrestre. C'est davantage une question de commodité en ce sens que les utilisateurs peuvent se servir des écoles pour mener leurs essais, et je n'ai donc pas à m'en occuper de près au quotidien.

Je remplis parallèlement le rôle de Conseil de l'instruction individuelle de l'Armée de terre, en ce sens que mon état- major et moi sommes responsables de la conception, de l'élaboration et de la conduite et prestation de l'instruction individuelle au sein des écoles du CIC Gagetown. Nous exerçons une influence sur les quatre Centres d'instruction de secteur du pays. Ils suivent nos directives pour ce qui est des types de cours dispensés et de l'inclusion de tel ou tel cours dans le programme.

J'aimerais étoffer quelque peu les thèmes abordés par mes commandants plus tôt dans la journée.

Ma mission en tant que commandant du Centre d'instruction au combat est très simple : j'appuie la modernisation et la préparation au combat de l'Armée de terre au moyen de l'exécution de l'instruction individuelle. C'est la fonction la plus importante du CIC.

Pour ce qui est du roulement, nous avons en moyenne de 1 700 à 2 000 étudiants par an. Si vous y englobez les Centres d'instruction de secteur, ce nombre peut atteindre 11 000 par an, en totalisant l'entraînement des réguliers et des réservistes, soit un chiffre considérable. Nous devons faire appel pour cela à des renforts venant des forces régulières et de la réserve, ainsi que les commandants vous l'ont indiqué plus tôt.

Je vais saisir cette occasion pour traiter de quatre enjeux qui nous touchent au CIC. Vous ne serez pas surpris de constater que ce sont les mêmes que ceux abordés par les commandants plus tôt, mais je pourrais peut-être y jeter un éclairage légèrement différent.

Ces quatre sujets de préoccupation sont l'incidence d'absence, l'équipement, la modernisation de l'instruction et l'expansion des FC.

On vous a parlé de l'incidence d'absence et vous avez entendu que le taux des effectifs hors bataille est tombé à 20 p. 100. On vous a parlé de la cadence opérationnelle de l'Armée de terre, qui entraîne une réticence à nous envoyer des renforts, surtout l'an dernier lorsque nous avions deux bataillons hors du pays. Cela était extrêmement problématique, car les soldats revenaient d'opérations et la dernière chose qu'ils voulaient, et ce n'était évidemment pas la chose à faire, était de venir à Gagetown pour nous aider à dispenser certains cours. Nous avons donc pris des mesures considérables pour réduire ce besoin et j'en parlerai dans un instant.

La transformation et la modernisation de l'armée sont d'autres moteurs; tous ces moteurs combinés accélèrent notre incidence d'absence effective dans l'unité ou au Centre d'instruction au combat.

Nous avons fait quantité de choses au cours des deux à trois dernières années. Nous avons réinvesti dans le personnel du système d'instruction individuelle. Nous avons donc accru l'effectif des établissements d'instruction individuelle de 100 à 130 personnes pour nous aider à gérer ce roulement. Parallèlement, nous avons alloué 8,5 millions de dollars pour engager des réservistes pour se substituer aux instructeurs des forces régulières et réduire la demande de renforts.

D'autres activités furent la rationalisation de l'instruction et l'apprentissage électronique et des initiatives d'apprentissage à distance. Nous avons examiné toute la formation que nous conduisons selon l'optique d'une réduction des temps d'instruction et de la réduction au strict minimum de l'instruction fournie. De fait, nous avons pu diminuer la durée de la formation de 25 p. 100, réduisant ainsi le temps passé par un renfort ou un étudiant au Centre d'instruction au combat.

L'apprentissage à distance est maintenant un élément majeur de notre formation et nous permet d'assurer la formation dans l'unité même de l'étudiant, par des moyens électroniques. Cela aussi réduit les renforts requis.

À ce stade, nous avons mis en place tout, sauf une initiative dans laquelle je me suis lancé cette année, soit la prestation par source alternative. C'est le seul autre mécanisme dont je dispose pour réduire l'incidence d'absence, hormis faire appel à un plus grand nombre d'instructeurs civils pour réserver les moniteurs en uniforme pour les secteurs clés. Clairement, nous allons cibler la formation de soutien et l'instruction technique dans la mesure du possible, pour laisser la formation au leadership et l'instruction tactique aux soins d'instructeurs en uniforme, qu'ils soient sous-officiers ou officiers.

L'expansion des FC devrait nous apporter des instructeurs supplémentaires. Je suis amené à croire qu'un certain pourcentage de ces 3 000 à 5 000 effectifs supplémentaires viendra renforcer les établissements de formation les plus vitaux.

Voilà donc les stratégies que nous avons en place pour l'incidence d'absence et nous prévoyons qu'avec l'expansion des FC nous obtiendrons également quelques renforts pour nous aider à assurer le volume de formation voulu et réduire l'incidence d'absence.

Les commandants vous ont dit qu'il nous fallait former les effectifs avec le matériel opérationnel. Le matériel de combat de nuit pose clairement un problème et j'aimerais vous en donner un exemple pratique. Lorsque l'opération HALO, notre mission en Haïti, a été lancée, vu que notre matériel de combat de nuit était requis en Afghanistan et ailleurs, il a fallu puiser dans notre stock de matériel de combat de nuit de l'École d'infanterie pour équiper le 2RCR qui partait pour Haïti. De ce fait, mon entraînement au combat de nuit s'est pratiquement arrêté, du moins l'entraînement à pied.

Les systèmes montés sur véhicule ne sont pas un problème car ils sont tous dotés de leur propre dispositif de vision nocturne. C'est au niveau de l'entraînement à pied que nous avons un problème. Cette opération est terminée, nous avons récupéré le matériel. Nous pouvons de nouveau nous entraîner de nuit mais nous avons manifestement besoin de plus d'équipement pour faire notre travail.

Si l'Armée de terre s'agrandit et que nous avons plus de gens déployés pour des opérations, il nous faudra clairement plus d'équipement pour entraîner ces soldats.

Le simulateur synthétique est un autre instrument qui va nous aider. C'est un instrument de formation. L'Armée de terre nous en a promis à Gagetown pour 2006. C'est très positif pour nous car nous aurons la même capacité que le Centre canadien d'entraînement aux manœuvres, CCEM, de Wainwright, mais à un niveau moindre, et nous permettra de donner une instruction beaucoup plus efficace ici. C'est positif et nous attendons impatiemment 2006.

Pour ce qui concerne la gestion du parc total, je sais que différents témoins vous ont dit que nous manquons de véhicules pour équiper toutes les unités du pays. Cet équipement coûte extrêmement cher et les bataillons n'ont pas tout ce dont ils ont besoin. L'armée a lancé un programme de préparation géré combiné à un programme de gestion du parc total qui alloue les véhicules outre-mer au Centre canadien d'entraînement aux manœuvres et aux unités, ainsi qu'à nous.

À l'heure actuelle, pour ce qui est des véhicules de combat clés, je crois savoir que nos besoins pour l'instruction tactique vont être couverts. Pour l'instruction non tactique, nous utiliserons des véhicules civils le cas échéant, un système ou une méthode employé par tous nos alliés.

J'ai visité la semaine dernière le U.S. Marine Corps et l'U.S. Army et ils font face aux mêmes difficultés que nous, en dépit d'un budget de 500 milliards de dollars US. Lorsque vous suivez le cheminement de ces crédits jusque vers le bas, vous constatez qu'ils sont obligés de louer des véhicules et faire toutes sortes de choses pour parvenir à entraîner correctement leurs troupes.

Toute la notion de gestion du parc total pour l'instruction individuelle me paraît très positive, selon ma perspective.

Le seul inconvénient que je vois, c'est notre capacité à garder ces véhicules sur la route. Nous devons remédier au taux d'immobilisation des véhicules. Les commandants en ont fait état. Nous avons des difficultés dans deux domaines pour ce qui est de nos véhicules : l'acquisition nationale des pièces de rechange est motivée par un souci d'économie; et nous avons besoin de techniciens qualifiés pour réparer ces véhicules.

Nous jouissons d'un appui excellent pour Gagetown, mais nous n'avons pas assez de techniciens pour répondre à la demande actuelle et au taux d'utilisation de nos véhicules. Cette situation a engendré quelques pressions. Le colonel Jestin pourra vous en parler plus, mais je voudrais simplement vous transmettre comme message que ce que nous avons sur le terrain est superbe mais que nous manquons de techniciens qualifiés.

La modernisation de l'instruction est mon troisième thème et vous avez probablement suivi de près les propos du général Hillier concernant ce changement. La modernisation de l'instruction est l'un de mes grands thèmes et c'est une initiative que je recommande à mes commandants d'école.

Si vous me demandiez ce dont j'ai besoin, je vous répondrais que j'ai besoin de crédits pour une installation d'entraînement sur terrain complexe, un village d'opérations urbaines qui puisse recevoir l'infanterie, les blindés et l'artillerie de toute une compagnie. Une installation d'entraînement complexe nous permettrait de former nos soldats et officiers à la guérilla urbaine, l'environnement le plus fréquent et le plus dangereux d'aujourd'hui.

Nous avons construit un site d'entraînement individuel hors pair. Nous avons collaboré avec le commandant du 3ASG. Nous avons conduit notre premier cours d'instructeur aux opérations urbaines et, d'après tout ce que l'on entend, c'est un grand succès. Un soldat m'a dit que le cours était superbe. La qualité de l'instruction est très bonne car nous avons une excellente installation. Nous devons maintenant construire le village afin que les soldats puissent y entrer avec des véhicules et des pelotons et s'entraîner à un niveau supérieur. Nous insistons sur ce village et c'est notre priorité de modernisation.

J'ai connaissance des questions que vous avez posées aux commandants concernant notre capacité. Ma réponse, à titre de Conseil en instruction individuelle de l'Armée de terre, sera simplement pour dire qu'il faut examiner de près les systèmes d'instruction individuelle. Je dois passer en revue les écoles au sein du Centre d'instruction au combat ainsi que des quatre Centres d'instruction de secteur et décider où placer les nouveaux soldats pour leur formation.

Je ne peux parler au nom des Forces canadiennes, car ces responsables ont à se soucier des salaires, de la formation de base à Saint-Jean et du matériel et des uniformes, et de tout le reste. Cependant, je peux parler du volet instruction individuelle assuré dans les écoles et au Centre d'instruction au combat et les divers autres centres d'instruction de secteur.

Comme le colonel Bowes l'a mentionné, nous nous sommes creusés les méninges pour voir ce que nous pouvions faire et tout revient en fait aux crédits disponibles pour les munitions, le carburant, et cetera. Une fois que ces crédits augmenteront, il faudra également des renforts de personnel instructeur.

Comment s'y prendre? Nous pouvons le faire de diverses façons. Nous pouvons faire appel à des unités à faible niveau de préparation. Il s'agit d'unités qui sont soit de retour de mission soit qui ont été reconstituées. Nous pouvons saisir les occasions en leur demandant de nous aider pour quelque temp à surmonter les besoins causés par la vague de recrues.

Pour ce qui est de notre capacité d'hébergement, il nous faudra tout simplement utiliser tout ce qui est disponible. Par exemple, Aldershot, au Nouveau-Brunswick, est une superbe installation disposant de beaucoup de lits. Meaford est aussi une installation disposant d'un hébergement adéquat. Ces installations et d'autres peuvent être utilisées pour surmonter le problème de capacité. Tout dépend du nombre à former et de leur destination. Par exemple, s'il y avait quelque 700 fantassins, nous pourrions les répartir entre nos trois centres de secteur qui forment l'infanterie. C'est plus problématique s'il s'agit d'instruire des techniciens. Tout dépend de la composition des nouveaux effectifs.

Pour conclure, j'aimerais simplement vous assurer que les quelque 1 000 personnes travaillant à Gagetown sont toutes extrêmement dévouées. Nous leur faisons subir un rythme d'absence qui dépasse largement la norme, mais ils relèvent le défi car ils comprennent que c'est impératif. Nous sommes la porte d'entrée de l'Armée de terre. Nous devons faire en sorte d'instiller la bonne mentalité, la bonne éthique et de doter les recrues des outils tactiques, techniques et de commandement requis pour faire leur travail au sein des unités auxquelles ils seront affectés.

Merci beaucoup, messieurs.

Le sénateur Day : Général, j'aimerais commencer avec vous et j'aimerais me faire une idée de ce qui s'est passé dans votre SAFT, relativement à l'initiative annoncée il y a un an prévoyant que les forces de réserve bénéficieraient d'un financement additionnel pour les aider à nouer plus de contacts avec les autorités locales.

Dites-nous combien les unités de réserve ont touché de plus, combien de réservistes supplémentaires ont été engagés et si cela englobe du travail en rapport avec la préparation aux urgences chimiques, biologiques, radiologiques, nucléaires auxquelles les civils, comme premiers répondants, sont mal préparés.

Le bgén Romses : Oui, sénateur. Eh bien, il se passe énormément de choses sur le plan de la restructuration de la réserve terrestre. Quantité de nouvelles initiatives sont en cours. Dans le Secteur de l'atlantique de la Force terrestre, j'ai acquis plus de 260 réservistes qui seront répartis dans différentes régions.

J'ai une compagnie d'infanterie qui va être versée au Princess Louise Fusiliers. J'ai des pelotons de reconnaissance qui vont être créés comme éléments du premier bataillon du Royal New Brunswick Regiment. Nous créons un peloton de police militaire supplémentaire qui va donner lieu à la création d'un nouveau QG de police militaire à Halifax. Une autre initiative positive sera la création d'une deuxième sous-unité qui sera située à Moncton.

Nous augmentons la taille de notre organisation COCIM. Comme vous le savez, c'est une capacité dont seules les réserves ont été dotées, et pourtant chaque fois que nous faisons un déploiement international, nous nous retrouvons à utiliser du personnel COCIM. Nous en dépendons très lourdement. Nous allons mettre en place les officiers de planification d'urgence dans des sites municipaux. Toutes ces initiatives ont entraîné une croissance considérable dans ce domaine.

Je pense que, d'une certaine façon, vous effleurez là également les initiatives de rayonnement, tout cela étant clairement lié à notre programme Connect with Canadians qui est extrêmement important pour les Forces canadiennes, et certainement très important pour l'Armée de terre.

Nous devons faire un effort, et lorsque je dis « nous », j'entends tout le monde, depuis le simple soldat jusqu'au grade le plus élevé, afin que le public canadien soit mieux au courant de ce que nous faisons avec l'argent qu'il investit dans les Forces canadiennes. Nos soldats font un travail superbe pour notre compte, mais, malheureusement, dans le passé le public avait peut-être une connaissance insuffisante de leur action. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous tous, dans les Forces armées, sommes si heureux des initiatives de votre comité permanent ainsi que de celui de la Chambre des communes. Cela a accru la visibilité des enjeux de sécurité et de défense dans notre pays, ce qui a beaucoup manqué, à mon avis, au cours de la trentaine d'années que j'ai passées dans les Forces canadiennes.

Nous avons travaillé fort avec nos formations et unités pour qu'elles encouragent leurs membres à participer aux activités communautaires locales, se joindre aux groupes communautaires, pour parler de ce que font nos soldats dans les missions internationales et les opérations nationales. Nous poussons nos gens à intervenir dans des séminaires sur la sécurité. Nous participons à des choses telles que des carrousels militaires et des spectacles aériens et diverses activités afin d'accroître le profil des Forces canadiennes et de l'Armée de terre.

Le sénateur Day : Général, en êtes-vous toujours au stade de la planification ou bien faites-vous déjà ce travail de rayonnement?

Y a-t-il déjà des activités concrètes et des opérations conjointes entre unités de réserve et premiers intervenants locaux?

Le bgén Romses : L'officier de planification des mesures d'urgence représente une initiative nouvelle qui n'est pas encore entrée dans les faits. La planification vient seulement de commencer et nous sommes en train de créer les postes et de rechercher les candidats dans nos différentes unités qui pourront les occuper, afin de concrétiser l'initiative. C'est un travail en cours, et toutes ces choses dont j'ai parlé sont également en cours.

Le sénateur Day : Il faudra manifestement des fonds supplémentaires. Est-ce que ces crédits supplémentaires ont déjà percolé jusqu'au niveau des unités de réserve ou bien faudra-t-il pour cela attendre un autre budget?

Le bgén Romses : Non. Ces postes dont je parle, les 260 postes supplémentaires que nous avons obtenus au Secteur atlantique des Forces terrestres, sont maintenant financés. Ils font partie des 3 000 postes nouveaux créés pour l'Armée de terre canadienne et ils sont financés.

Le sénateur Day : Est-ce que les militaires s'entraînent avec la ville d'Oromocto ou la ville de Fredericton, au cas où un appui militaire soit nécessaire?

Avons-nous déjà du matériel de communications interopérable?

Où en sommes-nous sur le plan de la liaison et de la réaction aux urgences?

Le bgén Romses : Permettez-moi de clarifier la raison d'être des officiers de planification des mesures d'urgence. Le but est d'améliorer la liaison et la communication entre les Forces armées et les premiers intervenants locaux. Le but est de parvenir à une meilleure connaissance de leurs besoins, des exigences d'interopérabilité, et cetera. Les officiers de planification d'urgence ne sont pas là pour faire le travail des civils, lesquels restent les premiers intervenants. Ils sont là pour donner l'assurance aux premiers intervenants que, s'ils ont jamais besoin d'un soutien des Forces canadiennes, ces dernières répondront présent. Les services civils passeront par les voies normales et demanderont une assistance militaire, cette demande passant de la municipalité jusqu'à la province par le PSEPC et de là aux Forces canadiennes. À Ce stade, la décision est prise de fournir ou non l'assistance. De toute évidence, s'il y a un besoin valide, nous interviendrons et si la liaison sur le terrain a été établie, cela nous aide de toutes sortes de façon car nous saurons alors dans quelle mesure nous sommes interopérables avec eux au niveau local. Nous recevons l'information au niveau local de nos officiers de planification des mesures d'urgence quant aux besoins qui peuvent exister et cela a pour effet positif de réduire les délais de planification.

Le président : Général, à ce sujet, notre comité a publié il y a presque un an un rapport sur les premiers intervenants, intitulé :
« Le Canada, fragile en première ligne. »

Je ne peux parler spécifiquement au nom des municipalités de votre secteur, mais dans la vaste majorité des localités, lorsque nous demandions à leur personnel de la protection civile qui était leur point de contact militaire, la plupart n'avait pas de nom ni de numéro de téléphone.

Nous allons rédiger notre prochain rapport en février ou mars; il contiendra une enquête auprès de chaque localité de plus de 20 000 habitants. Nous dites-vous que lorsque nous rédigerons notre prochain rapport, les premiers intervenants pourront nous donner le nom d'un contact militaire?

Le bgén Romses : Non, pas si vous allez demander cela dans les quelques mois qui viennent, mais c'est notre objectif pour l'avenir. Nous avons eu une réunion avec les diverses autorités provinciales et expliqué nos plans et ce que les municipalités attendent de nous quant au déroulement des opérations. Nous ne voulons pas donner l'impression que nous empiétons sur leurs prérogatives ou rien de ce genre.

Nous avançons de manière à programmer et nous parviendrons au stade où il y aura communication dans les collectivités clés.

Le président : Si nous demandons aux localités de plus de 20 000 habitants en novembre, quelle sera la réponse à la question sur l'existence d'une liaison adéquate avec l'armée?

Le bgén Romses : Nous serons beaucoup plus avancés qu'aujourd'hui. Lorsqu'on met sur pied ce genre de choses, cela ne se fait pas en une semaine ou deux. Je suis toujours pessimiste car, même au niveau provincial, les responsables changent sans cesse, et donc si vous demandez quel est le contact militaire, vous pourrez obtenir une réponse vague. Le fait est qu'il y a liaison et communication régulières, mais parfois lorsqu'il y a des changements de personnes, un chaînon peut manquer pendant une courte période.

Le président : Merci, sénateur Day. Je voulais simplement avertir que nous allions poser cette question dans notre enquête.

Le sénateur Day : Ma prochaine question s'adresse au colonel Jestin. J'ai été surpris lorsque vous avez dit que Gagetown est une « base ouverte ». Je songe à tous les jeunes soldats qui s'entraînent là. Je songe au nombre qui est hébergé dans un même bâtiment. Il me semble que ce serait une cible évidente si quelqu'un voulait commettre un attentat. Pourquoi Gagetown est-elle une base ouverte?

Le col Jestin : Merci de cette question. Nous avons effectué des évaluations de sécurité de la base et il n'existe pas de menace définissable contre Gagetown ou ses soldats. Je ne suis pas sûr, et je ne puis rien dire pour tout ce qui se trouve en dehors de la base, mais il n'existe pas de menace définissable au quotidien. Nous avons fait l'évaluation plusieurs fois. Certes, si les ressources étaient disponibles, je changerais les choses, mais la réalité est qu'il coûte cher de défendre une zone d'entraînement de quelque 11 000 kilomètres carrés traversée par une autoroute à quatre voies et une autre route à deux voies sur presque toute sa longueur. Ce n'est pas évident. Serait-ce faisable? Certainement. Faut-il le faire? Je n'ai rien vu à ce jour qui trahisse une menace définissable contre Gagetown.

Le sénateur Day : Existe-t-il des mesures de sécurité près des logements où vivent et dorment les officiers célibataires?

Le col Jestin : Oui, certainement, sénateur. Nous avons la police militaire et mes commissionnaires patrouillent la base.

Le sénateur Day : Passent-ils devant de temps à autre?

Le col Jestin : Pas seulement de temps en temps, monsieur. Oui, ils sont là toute la journée, chaque jour, pas la nuit, c'est vrai, mais certainement le jour.

Le sénateur Day : Mais c'est la nuit que tous les soldats sont rassemblés là?

Le col Jestin : Oui.

Le sénateur Day : Le jour, ils sont au Centre d'instruction au combat à faire leur travail.

Le col Jestin : Exact, sénateur.

Le sénateur Day : Y a-t-il un commissionnaire à la porte?

Le col Jestin : Non, pas la nuit, sénateur.

Le sénateur Meighen : Nous pourrions entrer?

Le col Jestin : Oui, sénateur.

Le sénateur Day : Le sénateur Meighen pourrait entrer s'il le voulait?

Le col Jestin : Exact, sénateur.

Le sénateur Day : Aussi diplomatiquement que possible, deux ou trois des commandants des écoles d'instruction au combat ont fait savoir que les réparations aux véhicules qui leur sont indispensables ne sont pas effectuées aussi rapidement qu'ils le souhaiteraient. Ils ont essayé de ne pas vous blâmer pour le problème.

Pourriez-vous nous dire si le problème se ramène à une question d'argent? Si vous aviez l'argent, pourriez-vous aller embaucher quelques mécaniciens civils pour effectuer ces réparations? Que prévoyez-vous pour rectifier cette situation?

Le col Jestin : Merci, sénateur. C'est là une discussion qui se poursuit avec le commandant du CIC. Il y a deux volets à ce problème : nous manquons de pièces de rechange pour garder ces véhicules anciens sur la route ou disponibles pour l'entraînement; deuxièmement, nous manquons de techniciens qualifiés pour réparer ces véhicules.

Nous faisons de grands progrès s'agissant de former nos techniciens jusqu'à un niveau où ils seront capables de réparer le matériel. C'est un processus continu. Comme vous le savez, il y a quelques années, nous avons connu une pénurie des métiers à haute qualification telle que les techniciens en système de conduite du tir, les techniciens en matériel et les techniciens de véhicule. Nous sortons maintenant de ce creux, en ce sens que nous nous rapprochons des niveaux de dotation voulus, mais cela prendra quand même encore quelques années. Les hommes et femmes font un travail remarquable pour garder les véhicules opérationnels et permettre au colonel Davis et à ses commandants de faire toute l'instruction qui leur incombe.

Je pense que nous savons progressé l'année dernière et au fur et à mesure que nos techniciens gagnent en expérience et que nous remplissons tous les postes, nous serons bien placés pour réduire considérablement le nombre actuel des véhicules hors d'usage.

Le sénateur Day : Vous semblez résolu à former des militaires pour faire ce travail. N'est-il pas possible d'avoir une prestation de service alternative pour des travaux tels que les réparations à un VBL?

Le col Jestin : Oui, sénateur, c'est possible mais, comme tout le reste, cela coûte de l'argent. Lorsque nous avons des crédits disponibles l'été, nous embauchons des mécaniciens civils, mais nous savons aussi qu'ils ne sont pas nécessairement qualifiés pour travailler sur certains de nos équipements de haute technologie. Le VBL3, par exemple, requiert un cours distinct à Borden pour familiariser nos mécaniciens. C'est un matériel hautement complexe et avancé et je ne peux pas aller embaucher quelqu'un chez Canadian Tire pour le réparer.

Le sénateur Day : Colonel Davis, il y a quelques années, nous étions à la base de Moncton et avons parlé à quelques soldats qui nous ont dit ne pas avoir l'équipement voulu pour s'entraîner et se familiariser. Ils nous ont dit que lorsqu'ils devaient aller à la base de Gagetown, ils n'étaient pas préparés car ils n'avaient qu'une connaissance théorique de l'équipement mais pas d'expérience pratique.

Un certain nombre de sources m'ont dit que suite à cette nouvelle philosophie concernant l'entraînement collectif à Wainwright, qu'un certain nombre de bases de l'Est du Canada sont obligées d'envoyer une partie de leur équipement d'instruction à Wainwright pour qu'il soit disponible lorsque l'entraînement aura lieu au niveau d'une formation. Le transfert de cet équipement à Wainwright signifie qu'il n'est plus à la disposition des unités de réserve et régulières de l'Est du Canada. Que dites-vous de cela?

Le col Davis : Eh bien, je ferai quelques remarques et le général Romses voudra peut-être compléter.

Cela n'existe pas seulement ici mais concerne toute l'Armée de terre en ce sens que nous possédons divers équipements. Le problème est que nous avons dû déployer des équipements pour des opérations outre-mer qui provenaient du parc existant. Une bonne partie de cet équipement est restée en opération.

Nous avons mis sur pied le Centre canadien d'entraînement aux manœuvres, qui a besoin d'un parc de véhicules, et nous avons les besoins d'équipement pour l'instruction individuelle au niveau des unités dont vous avez fait état. Lorsque vous combinez tous ces besoins, nous n'avons pas assez d'équipement pour tout le monde. L'armée s'est embarquée dans ce que l'on appelle la gestion du parc total, et ce programme place l'équipement là où nos unités en ont besoin selon l'état de préparation qui leur est imposé.

Est-ce une solution parfaite? Non. Je ne pense pas que ce soit une solution parfaite.

Est-ce une situation suffisamment bonne pour la situation présente? Oui. C'est probablement la seule solution que nous ayons actuellement.

Je ne pense pas qu'il existe un seul commandant de l'armée canadienne qui ne dirait pas souhaiter un parc complet d'équipement pour l'entraînement de ses soldats, et cetera. Malheureusement, ce n'est pas là l'environnement dans lequel nous vivons.

La situation n'est pas propre au Canada. L'armée britannique fait la même chose. D'autres armées, j'en suis sûr, connaissent les mêmes difficultés. Il se trouve simplement que cet équipement est extrêmement coûteux et que souvent il reste stationné pendant longtemps sur les lieux de déploiement. Heureusement, selon mon optique d'instructeur individuel, l'armée a reconnu que nous avons besoin des outils pour faire notre travail. Par conséquent, avec le programme de gestion du parc total, j'obtiens les véhicules et les systèmes d'armement dont j'ai besoin pour assurer l'instruction individuelle.

Le sénateur Day : Général Romses, le principe de la gestion du parc total consiste-t-il à admettre que nous avons une quantité limitée de ressources et à décider où on pourra en faire le meilleur usage?

Le bgén Romses : C'est exactement cela et je pense que le colonel Davis a bien défini le problème. En substance, ce que nous faisons c'est que, au lieu que chaque commandant se batte pour arracher des ressources, nous avons convenu de les placer là où la nécessité est la plus grande, car nous en avons seulement une quantité limitée. Cela va toucher nombre de nos unités des forces régulières et de la réserve. Avec la création du CCEM et le renforcement de nos institutions de formation, qui supposent qu'on leur accorde l'équipement dont ces instructeurs ont besoin, ils vont devenir les bénéficiaires de cet équipement mis à la disposition de nos opérations.

Donc, si votre question est de savoir ce que je ferais si j'avais plus d'argent, eh bien, entre autres, j'achèterais bien sûr plus d'équipement pour les unités de mon secteur. J'achèterais de tout, depuis des véhicules jusqu'à des transmetteurs radio et des dispositifs de surveillance car, malheureusement, c'est là le genre de choses qui va être envoyé en opérations.

Ainsi, je conserverais toujours une capacité opérationnelle et je resterai toujours capable de conduire des opérations sur le territoire national et mes unités auront accès à tout ce qu'il faut pour suivre un entraînement en vue d'un état de préparation supérieur; ils auront tout sous la main; mais il y aura des moments où ils n'auront pas à disposition autant de ce matériel qu'ils le souhaiteraient.

Le sénateur Day : Général, pouvez-vous confirmer que du matériel provenant des unités de réserve de la région Atlantique est envoyé à Wainwright?

Le bgén Romses : Je peux confirmer que nous sommes en train d'envoyer de l'équipement à des centres d'instruction au combat et au CCEM en provenance et de mes unités régulières et de mes unités de réserve. C'est juste.

Le sénateur Day : Je ne veux pas utiliser le mot « lobby », mais une demande a-t-elle été adressée au commandant de l'Armée de terre disant que nous avons besoin d'équipement pour former ces individus avant qu'on les envoie à des manœuvres collectives. S'il est vrai que s'ils n'ont pas cet équipement pour s'exercer, ils vont devoir se familiariser avec lui pour la première fois en situation de combat?

Le bgén Romses : Ce qu'il y a de bien avec le processus de préparation gérée, c'est que lorsque les unités traversent la phase d'entraînement puis passent dans la fenêtre opérationnelle, elles auront tout l'équipement requis pour l'entraînement, et cela englobe les forces de réserve. De ce fait, lorsque nous envoyons nos équipes interarmes de réserve au CCEM chaque année, elles vont disposer du jeu complet d'équipements de façon à obtenir le meilleur entraînement au monde pour se préparer à être de meilleurs soldats.

Nous croyons qu'avec les ressources à notre disposition aujourd'hui, c'est la seule façon de faire les choses correctement.

Le sénateur Day : Le problème n'est-il pas là? Il nous faut plus d'équipement et vous ne pourrez faire en sorte que les réservistes participent pleinement à ce type de formation car ils font autre chose et n'ont pas le temps et vous n'allez pas attirer de gens dans une unité de réserve si ces dernières n'ont pas l'équipement voulu pour travailler.

Le bgén Romses : Ils auront l'équipement voulu pour l'entraînement jusqu'au niveau requis et n'oubliez pas que nos unités de réserve vont jusqu'au niveau MCM3, le niveau du peloton. Nous aurons l'équipement voulu pour assurer les cours voulus mais, évidemment, lorsque vous n'avez que la quantité minimale d'équipement, c'est beaucoup plus complexe et vous avez aussi les aléas des pannes et du temps requis pour les réparations. Si j'avais plus d'équipement, j'aurais plus de souplesse et moins de redondance. Je suis donc d'accord.

J'adorerais avoir plus d'équipement, plus de véhicules et plus de dispositifs de surveillance. Cela prendrait du temps; il faudrait conclure des contrats, débloquer des fonds. Cela n'arrivera certainement pas à court terme, mais nous aimerions bien en avoir plus.

Le sénateur Day : Vous risquez d'avoir bientôt une augmentation considérable du nombre de réservistes à instruire.

Le sénateur Banks : Colonel Jestin, en parlant de la réparation de l'infrastructure, vous avez parlé de la notion de 6 p. 100 de la valeur de remplacement. Je crois comprendre ce que cela signifie, mais je n'avais jamais entendu ce concept. Pouvez-vous nous chiffrer ce montant?

Le col Jestin : Sénateur, c'est 1 milliard à Gagetown.

Le sénateur Banks : Un milliard?

Le col Jestin : Un milliard.

Le sénateur Banks : Avec neuf zéros?

Le col Jestin : Oui, sénateur. J'ai besoin de l'ordre de 60 millions de dollars par an pour entretenir correctement l'infrastructure.

Le sénateur Banks : Et combien vous donne-t-on en ce moment?

Le col Jestin : Je crois que l'an dernier j'ai dépensé 24 millions de dollars, sénateur.

Le sénateur Banks : Donc, moins de la moitié?

Le col Jestin : Oui, sénateur.

Le sénateur Banks : Cela signifie que nous accumulons un lourd passif?

Le col Jestin : Oui, sénateur, c'est exactement cela.

Le sénateur Banks : Et si rien ne change, le toit des bâtiments finira par s'effondrer?

Le col Jestin : J'espère que l'on n'en viendra pas là, sénateur, mais oui, vous avez raison, monsieur.

Le sénateur Banks : L'entretien de l'infrastructure accumule une facture reportée qui ne cesse de grossir. C'est un peu comme un déficit annuel qui contribue à l'endettement à long terme.

Le col Jestin : C'est exact, sénateur.

Le sénateur Banks : Est-ce que cela atteint des proportions critiques?

Le col Jestin : J'ai signalé quelques éléments spécifiques dans mon exposé, sénateur, en particulier les tunnels.

Le sénateur Banks : Ils sont pas mal vieux.

Le col Jestin : On ne le savait peut-être pas il y a 50 ans, mais placer des choses sous terre au Canada, avec le gel et tout le reste, n'est pas nécessairement la chose la plus intelligente à faire. Quoi qu'il en soit, cela a été fait, pour des raisons qui paraissaient sûrement bonnes alors.

Nous avions alors des chaudières au charbon dont nous nous sommes débarrassés il y a quatre ans, pour le plus grand bien de l'environnement.

Je pense que nous avons fait beaucoup de progrès au fil des ans mais il reste beaucoup à faire et nous avons besoin d'argent pour cela.

Le sénateur Banks : Avez-vous lu l'un ou l'autre de nos rapports?

Le col Jestin : Oui, sénateur.

Le sénateur Banks : Je pense que nous avons visité toutes les bases militaires d'envergure au cours des trois dernières années et la conclusion est que, globalement, nous n'assurons pas le minimum.

Convenez-vous que c'est de la mauvaise planification, dont quelqu'un est responsable, que de ne pas financer adéquatement l'infrastructure, sachant qu'elle est tellement vitale pour les Forces canadiennes?

Le col Jestin : Vous savez, monsieur, je ne crois pas que ce soit intentionnel. Je pense que cela reflète la situation financière. Nous faisons de notre mieux avec l'argent alloué chaque année.

Le sénateur Banks : Je parle justement de l'allocation d'argent.

Le col Jestin : Oui, sénateur.

Le sénateur Banks : Ce n'est pas assez. Êtes-vous d'accord avec cela?

Le col Jestin : Je dirais que oui, sénateur, je ne reçois pas ce qu'il faudrait pour faire le travail requis.

Le sénateur Banks : C'est imprudent de ne pas le faire. Si je gère une université ou une quincaillerie et si je sais qu'il m'en coûte 50 $ par mois pour entretenir mon bâtiment et que je ne dépense pas ces 50 $, dans quelques années je n'aurai plus les moyens, jamais, de réparer et je vais perdre ce bâtiment, ou cette usine, ou cette école, ou cet établissement militaire.

Le col Jestin : Je ne suis pas sûr que ce soit si simple que cela. Je dirais que nous avons beaucoup progressé sur le plan de la rationalisation de l'infrastructure que nous avons. Nous avons progressé en veillant à nous débarrasser des bâtiments qui ne sont plus utiles et ceux qui restent ont été remis en état aussi rapidement que possible. On voudrait toujours avoir plus pour entretenir le mieux possible l'infrastructure, c'est certain.

Le président : Sénateur Banks, puis-je intervenir ici?

Le sénateur Banks : Je vous en prie.

Le président : Colonel, nous ne vous demandons pas de former un jugement. Ce n'est pas le rôle de ce comité de juger si vous avez été ou non adéquatement financés par les politiciens.

Nous nous inquiétons de l'écart de 50 p. 100 cette année et j'aimerais savoir combien il vous a manqué l'an dernier.

Le col Jestin : À peu près le même montant.

Le président : Combien l'année d'avant?

Le col Jestin : À peu près le même montant.

Le président : Combien d'années pouvez-vous retourner en arrière avec cet écart?

Le col Jestin : Je ne peux que vous parler de la période depuis que nous calculons des chiffres précis, soit probablement les dix dernières années.

Le président : Cinquante pour cent par 50, voyez-vous, multiplié par dix, même moi je peux faire le calcul.

Le col Jestin : Oui.

Le président : Je pense que nous avons démontré à la satisfaction du comité qu'il y a un réel problème à Gagetown et qu'il faut des fonds. Nul ne prétend que vous planifiez les choses intentionnellement de cette façon. Mais si vous n'avez pas l'argent, vous n'avez pas l'argent. Je pense que nous pouvons nous en tenir là.

Le sénateur Banks : Nous souhaitons faire valoir cet état de choses là où il se doit. Merci, colonel.

Le sénateur Day : Je pense que la conclusion à tirer, c'est qu'ils font un excellent travail avec les ressources limitées dont ils disposent.

Le président : J'ai l'impression que vous gaspillez beaucoup de temps à essayer de trouver des stratégies pour vous en sortir avec les moyens que l'on vous donne.

Le col Jestin : Oui. C'est comme avec notre matériel, monsieur. Nous faisons de notre mieux pour garder nos véhicules sur la route au maximum et nous faisons la même chose avec l'infrastructure. Je dois dire que l'infrastructure de Gagetown est en assez bon état, vu les conditions.

Le président : Vu les conditions?

Le sénateur Banks : Je veux m'assurer, messieurs, que vous comprenez le contexte dans lequel nous posons ces questions à savoir que, au départ, nous savons mieux que la plupart des Canadiens à quel point les hommes et les femmes des forces armées font un merveilleux travail, vu les conditions. Cela sous-tend toutes nos questions.

C'est la partie « vu les conditions » qui signifie que vous n'avez pas assez d'argent pour faire les choses qui doivent être faites. Peu importe l'avenir et peu importe l'expansion et R2P, vous manquez déjà de moyens pour faire le travail qui vous est attribué en ce moment par le gouvernement.

Nous avons beaucoup de mal à trouver des gens occupant des postes de responsabilité au sein des forces armées pour dire que nous avons raison. Nous savons pourquoi. C'est très frustrant pour nous car lorsque vous dites que vous progressez, nous savons bien que vous manquez d'argent. Le comité n'existe que depuis trois ans et nous sommes frustrés chaque fois que nous entendons que vous progressez.

Sachez que je rebats les oreilles de nos collègues à Ottawa au sujet de leur manquement à vous financer adéquatement pour le travail que l'on vous demande.

Le président : Il fait flèche de tout bois.

Le sénateur Banks : La gestion du parc total est un bon exemple car c'est presque comme déplacer les chaises sur le pont du Titanic.

Le président : Et quelle est la question, après cette entrée en matière?

Le sénateur Banks : Ne serait-ce pas mieux si vous aviez l'équipement voulu tout le temps?

Général, vous avez dit que pour répondre aux besoins opérationnels nationaux, le Secteur atlantique des Forces terrestres tient un groupe de reconnaissance de la force régulière mobilisable à huit heures de préavis. Combien de personnes comprend ce groupe?

Le bgén Romses : C'est un très petit groupe d'une dizaine de personnes.

Le sénateur Banks : Combien de personnes comprend une compagnie d'avant-garde mobilisable à 12 heures de préavis?

Le bgén Romses : Une compagnie compte environ 100 soldats.

Le sénateur Banks : Combien de personnes comprend une unité de réponse immédiate mobilisable à 24 heures de préavis?

Le bgén Romses : Il s'agit d'une unité complète, donc entre 500 et 600 soldats.

Le sénateur Banks : Qu'est-ce qu'une réserve primaire? Y a-t-il une distinction entre une réserve primaire et une réserve?

Le bgén Romses : C'est une différence subtile car, comme vous le savez, nos rangers sont également des réservistes, mais pas des réservistes primaires.

Le sénateur Banks : Je vois. Pourriez-vous déployer 1 400 personnes à 24 heures de préavis?

Le bgén Romses : Oui. Lorsque l'on a eu besoin de nous après l'ouragan de Halifax il y a un peu plus d'un an, nous avions 700 soldats, 300 réservistes et un nombre égal de réguliers sur place en l'espace de 48 heures.

Le sénateur Banks : Bien. Est-ce que cela suffit pour le Canada atlantique?

Le bgén Romses : Cela suffit. C'est là le nombre en disponibilité, mais nous pourrions clairement en déployer plus. J'ai d'autres unités régulières indépendantes. Le 4e Régiment d'appui du génie, le 4e Régiment de défense aérienne et j'ai d'autres réservistes.

Le sénateur Banks : Vous pourriez donc déployer de 4 000 à 5 000 hommes dans une rue quelque part?

Le bgén Romses : Bien entendu, et si nous en avons besoin de plus sur le terrain, je peux passer par le Sous-chef d'état-major de la Défense et obtenir d'autres soldats venant d'ailleurs au Canada. Cela se fait régulièrement. Nous avons été déployés sur les incendies en Colombie-Britannique, mais ces troupes doivent être remplacées lorsque l'opération dure. Dans cet exemple, d'autres soldats, marins et aviateurs sont venus d'autres régions du pays à l'appui de cette opération.

Le sénateur Banks : C'est donc assez? Nous avons assez d'effectifs pour faire le nécessaire?

Le bgén Romses : Je suis sûr que nous en avons assez pour cette région, oui.

Le président : Pouvez-vous nous dire si les chiffres et les délais que vous nous avez indiqués s'appliquent à Terre- Neuve?

Le bgén Romses : Les temps de réponse que j'ai indiqués sont les délais qu'il faut pour sortir de la base. S'ils doivent aller à Terre-Neuve, ils n'y seront pas dans un délai de huit heures; il y a une subtile différence dans les délais.

Le sénateur Atkins : Vous dites être en négociation avec la province. Je suppose que les services hospitaliers font partie de ces pourparlers. Quels sont les autres sujets?

Le bgén Romses : J'ai parlé des officiers de planification d'urgence. Je ne sais pas si vous avez parlé d'autres choses concernant la BFC Gagetown et je vais peut-être m'effacer devant le commandant de la base.

Le col Jestin : Oui, nous parlons avec le ministère de la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick, comme je l'ai indiqué en réponse à la question du sénateur Day. Nous avons un officier de liaison permanent auprès du ministère de la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick. En outre, j'explore avec les autorités sanitaires de River Valley, dans cette région du Nouveau-Brunswick, la possibilité d'élargir la prestation de services aux militaires et membres civils de la famille dans la région d'Oromocto et de Fredericton.

Le sénateur Atkins : Lors de notre dernier séjour, on nous a dit que ce sont les civils qui avaient des problèmes à obtenir l'assistance médicale.

Le col Jestin : Nous avons obtenu de très bons résultats ces derniers temps, et lorsque je dis « nous » j'entends la collectivité de Gagetown et des environs. L'un des problèmes était de trouver des médecins bilingues. Comme je l'ai dit, près d'un tiers de nos membres sont francophones et les membres de leur famille, à juste titre, veulent pouvoir converser avec leur médecin dans leur langue. Au cours des deux dernières années, nous avons trouvé deux médecins bilingues qui ont emménagé dans la région et sont ravis de s'y trouver.

Je suis en pourparlers avec la River Valley Health Authority et avec le ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick pour enrayer la fermeture ou la fermeture partielle de l'hôpital public d'Oromocto. La fermeture aurait des conséquences extrêmement néfastes pour la communauté militaire et les familles militaires, en particulier à Oromocto. Il est essentiel de conserver les médecins bilingues pour nos résidents francophones.

Le sénateur Atkins : Si on ne peut les soigner à Oromocto, iraient-ils à Saint John ou à Fredericton?

Le col Jestin : Probablement à Moncton, monsieur, selon la disponibilité de médecins bilingues.

Le sénateur Atkins : Très bien.

Le col Jestin : Il est possible de faire un déplacement d'une heure et demie pour voir un médecin, mais ce n'est pas idéal.

Le président : Eh bien, au nom du comité, général, je tiens à vous remercier, ainsi que vos collègues, d'avoir comparu devant nous. Nous avons trouvé cela très instructif. Je dois vous dire que nous avons également trouvé le panel précédent instructif et le tout a été un après-midi très utile pour le comité. Nous avons beaucoup appris et vous nous avez beaucoup aidés dans notre travail.

Je tiens à vous féliciter, ainsi que vos collaborateurs, pour le merveilleux travail que vous faites. Je veux vous faire part de la fierté que ressent ce comité sénatorial face au travail que vous, ainsi que les hommes et les femmes, faites. Nous sommes réellement fiers du travail que vous accomplissez et nous avons beaucoup de respect pour les sacrifices que vous consentez pour le Canada.

Merci beaucoup. Votre travail est grandement apprécié.

Avant de lever la séance, j'informe mes collègues qu'il y aura un bref échange de plaques.

La séance est levée.