Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 16 - Témoignages du 20 février 2007 - Séance du matin


CORNWALL, ÎLE-DU-PRINCE-ÉDOUARD, le mardi 20 février 2007

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui à 8 h 5 pour étudier la question de la pauvreté rurale au Canada, afin d'en faire rapport.

Le sénateur Joyce Fairbairn (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Bonjour. C'est un plaisir et un honneur d'être aujourd'hui à l'Île-du-Prince-Édouard, le berceau de la nation, comme ne manque jamais de le rappeler le sénateur Callbeck. Il est trop facile d'oublier qu'au moment de la Confédération, le Canada était vraiment un pays rural. De 80 à 90 p. 100 des Canadiens habitaient alors dans des localités de moins de 1 000 habitants. En 2007, 21 p. 100 seulement des Canadiens vivent encore dans des villages de cette taille. La transition d'une société rurale à une société urbaine n'a pas été facile. Les conséquences se font sentir, encore aujourd'hui, sous la forme de la pauvreté rurale.

Jusqu'à un certain point, l'Île-du-Prince-Édouard, deuxième province la plus rurale du pays, a résisté à ces tendances. En effet, un peu moins de 50 p. 100 des Prince-Édouardiens habitent dans de petites localités rurales. De toutes les provinces de l'Atlantique, elle affiche le taux de pauvreté d'ensemble le plus bas. Cependant, certaines régions de la province s'en tirent moins bien que d'autres.

Ce matin, Elaine Nooman, directrice exécutive du Secrétariat provincial de la population, nous parlera de l'Île-du- Prince-Édouard rurale.

Nous sommes ravis de constater que vous vous êtes déplacée en ce jour tonifiant et ensoleillé. Nous sommes impatients d'entendre votre exposé.

Elaine Nooman, directrice exécutive, Secrétariat de la population, gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard : Bonjour. Je vous souhaite la bienvenue à l'Île-du-Prince-Édouard. Le sénateur Callbeck a dit que l'Île-du-Prince-Édouard était le berceau de la Confédération. Comme elle est née dans le même village que moi, à Bedeque, près de Summerside, nous avons beaucoup en commun. Maintenant, lorsque je retourne dans ce village, je le trouve très différent de ce qu'il était lorsque j'étais encore une fillette. Le sénateur Callbeck est sûrement d'accord avec moi. Nous avions alors une école, un petit magasin Callbeck de réputation provinciale et bien des choses qui sont maintenant disparues. Ce village est représentatif de ce qui se passe dans tout le pays, en particulier dans les plus petites collectivités.

J'apprécie la chance que j'ai d'être ici. Je dois admettre que lorsqu'on m'a demandé de venir témoigner, j'ai d'abord répondu que je ne pensais pas être en mesure d'apporter une grande contribution sur cette question. J'ai ensuite reçu un autre appel du bureau du sénateur Callbeck. On m'a dit : « Parlez-nous seulement des tendances démographiques et ainsi de suite. » Je tiens d'emblée à m'excuser. Je ne suis pas une experte de la pauvreté rurale, mais j'espère que j'arriverai à vous en donner un aperçu général. Il est très difficile de faire la synthèse d'une question aussi complexe en seulement dix minutes. Je vais donc parler vite, même si je sais que les interprètes ont quelque difficulté à comprendre mon accent insulaire et qu'ils risquent d'avoir des problèmes à rendre certains de mes propos.

Les premières diapositives de la présentation fournissent une image globale. Je pense qu'une image vaut bien mille mots. En analysant les premières diapositives, vous verrez, en gros, ce qui est en train d'arriver à notre population.

En comparant les données du recensement de 2001 aux projections pour 2030, nous constatons que la population prend de l'âge. Ce qui nous préoccupe le plus, c'est la dernière cohorte, moins prolifique et dont les jeunes s'exilent. Par conséquent, si aucune mesure n'est prise, la configuration démographique changera du tout au tout.

Vous noterez également qu'il y a pratiquement autant d'hommes que de femmes dans la population, bien qu'il y ait probablement un peu plus de femmes dans les catégories d'âge supérieures.

La diapositive suivante est très éloquente. Elle met en parallèle le nombre actuel d'inscriptions à l'école et le nombre d'inscriptions projetées dans les prochaines années. Je travaillais dans le secteur de l'éducation en 1996 et, à cette époque, nous avions 24 000 inscriptions au primaire et au secondaire. Aujourd'hui, nous n'en avons plus que 18 000 environ. Cette diminution est survenue en dix ans seulement.

La diapositive sur les projections relatives à la population vieillissante par rapport aux jeunes dans l'Île-du-Prince- Édouard donne une idée du moment où le groupe des aînés de 65 ans et plus et le groupe des zéro à 29 ans se chevaucheront. Vous pouvez constater qu'il y a de moins en moins de jeunes et de plus en plus d'aînés. Un grand nombre de citoyens sont âgés de 65 ans et plus et ce nombre continuera de croître parallèlement à la diminution de la population de jeunes.

Cependant, l'Île-du-Prince-Édouard est la seule province de l'Atlantique et probablement la deuxième province du Canada à conserver une croissance démographique nette. Même au taux de 0,18 p. 100 enregistré l'année dernière, nous pouvons encore dire que notre croissance démographique se maintient, bien qu'à un rythme beaucoup moindre que dans le passé. Nous avons entendu bien des histoires d'horreur, celles notamment de jeunes qui partaient vers l'Ouest, surtout pour l'Alberta. Plus tard, je vous montrerai un graphique qui explique un peu ce qui se passe ici.

Nous affichons un taux très élevé de participation à la population active. Bien entendu, les industries saisonnières faussent un peu les chiffres. Elles portent à penser que le taux de chômage est très élevé. C'est difficile à croire, mais, en réalité, les entreprises prince-édouardiennes font face à une pénurie de main-d'œuvre. Je vais donner deux ou trois exemples. Dans l'industrie de la pêche, il y a Ocean Choice International. Il y a l'industrie aérospatiale, ainsi que les exploitations halieutiques et agricoles. J'ai deux frères dans le secteur de la pomme de terre et, à l'automne, ils ont de la difficulté à trouver la main-d'œuvre nécessaire pour la récolte. L'industrie du camionnage à longue distance est un autre exemple. C'est même un problème d'ampleur nationale.

Ce sont là autant d'exemples de secteurs où nous éprouvons déjà une pénurie de main-d'œuvre. Nous avons commencé à faire venir des travailleurs temporaires de l'étranger. En comparaison avec ceux de l'Alberta, nos chiffres sont insignifiants, mais ils reflètent tout de même l'existence d'un problème relatif, compte tenu de la population respective des deux provinces.

Il est clair que notre population est en train de prendre de l'âge. Le Secrétariat de la population a été créé pour intervenir dans trois domaines, afin de lutter contre le problème de la décroissance démographique : l'immigration, le rapatriement — afin de ramener certains Prince-Édouardiens et d'attirer certaines personnes d'autres régions des Maritimes — et la rétention. Je pense que nous pouvons régler les questions relatives à l'immigration. En effet, dans ce cas, nous bénéficions de toutes sortes de circonstances atténuantes. Cependant, le plus difficile, c'est de retenir nos jeunes.

Bon nombre de ces diapositives regorgent de chiffres. Comme nous n'avons pas beaucoup de temps, je ne les commenterai pas toutes, mais vous pourrez ultérieurement les examiner à votre guise.

La diapositive suivante montre où va la population et d'où elle vient. L'année dernière 3 356 personnes en tout ont immigré à l'Île-du-Prince-Édouard. La mobilité à l'intérieur du pays est étonnante. En effet, 3 483 personnes ont émigré. À l'intérieur du Canada, nous avons perdu un total net de 127 personnes, ce que nous avons pu compenser grâce à nos initiatives en matière d'immigration. C'est pourquoi, comme je l'ai dit plus tôt à juste titre, notre croissance démographique se maintient, au moins légèrement.

Les médias ont beaucoup parlé de tous ces gens qui déménagent en Alberta. Vous noterez que, l'année dernière, 734 Prince-Édouardiens ont déménagé en Alberta, mais que 205 autres personnes sont venues de cette province. Ces chiffres proviennent de Statistique Canada. Auparavant, la plupart des gens émigraient en Ontario. L'année dernière 858 personnes ont déménagé en Ontario, mais, en contrepartie, notre province a accueilli 1 139 Ontariens. Ces chiffres sont intéressants lorsqu'on les analyse à la recherche de tendances.

La diapositive suivante donne le frisson. Il y est question de nos jeunes. Dans le groupe des 30 à 44 ans, 99 personnes ont quitté la province, alors que, dans le groupe des 15 à 29 ans, c'est 342 personnes qui se sont exilées. Compte tenu de ces pourcentages, c'est là que nous devons concentrer nos efforts. Comment pouvons-nous tendre la main à nos jeunes et les garder, en particulier dans les régions rurales de l'Île-du-Prince-Édouard?

Nous avons identifié deux ou trois facteurs en particulier. Bien entendu, il faut d'abord qu'il y ait des occasions. D'autre part, il y a effectivement des avantages à s'exiler, ne serait-ce que pour vivre de nouvelles expériences et connaître un autre mode de vie, peut-être même pour apprécier ce que nous offrons ici même. En outre, beaucoup doivent partir en raison de nos possibilités limitées en matière de formation de niveau postsecondaire dans certains domaines spécialisés. Nous n'avons pas d'université dont toutes les facultés offrent des programmes de niveau postsecondaire. Pour devenir avocat ou médecin, ou pour accéder à certaines professions de ce niveau, les étudiants doivent s'exiler de l'Île-du-Prince-Édouard, à un âge où ils rencontrent d'autres personnes et décident de l'orientation de leur vie.

Un grand nombre de jeunes gens des régions rurales doivent se loger en résidence universitaire et il leur en coûte plus cher qu'aux étudiants qui habitent dans la région immédiate de Charlottetown, où est située l'université. C'est un facteur déterminant dans l'Île-du-Prince-Édouard rurale. Par conséquent, les étudiants des régions rurales doivent s'endetter davantage et, dès qu'ils obtiennent leurs diplômes, ils recherchent des emplois bien rémunérés afin de pouvoir rembourser leurs dettes. C'est pourquoi ils décident de partir. Nous prenons tous ces facteurs en considération.

La diapositive suivante porte sur l'évolution des compétences au sein des professions, ainsi que de la demande en matière de compétences de niveau élevé. La croissance de notre économie a été phénoménale. Nous n'essayons pas nécessairement de changer notre économie, mais plutôt de l'enrichir. Les industries primaires resteront toujours importantes pour l'Île-du-Prince-Édouard, mais nous voulons également diversifier notre économie en développant les secteurs de la biotechnique et de l'aérospatiale, ainsi que certains domaines de la technologie de l'information. Nous avons réussi à attirer un grand nombre de nouvelles entreprises. Nous essayons de créer des débouchés pour une main- d'œuvre hautement qualifiée. Au cours des dernières années, 21 p. 100 des nouveaux emplois exigeaient des ensembles de compétences spécialisées, de haut niveau.

Quels problèmes devons-nous encore régler? La diapositive suivante énumère certains des problèmes auxquels nous devons toujours faire face en matière d'immigration. Il y est question de l'homogénéité et du non-multiculturalisme de l'Île-du-Prince-Édouard. Dans les rues de Charlottetown, la présence de minorités visibles ne saute pas aux yeux. Pourtant, cela est en train de changer. En fait, il y a ici un bon nombre de cultures différentes. Je pense que plus de 90 cultures ethniques sont représentées, mais en très petits nombres dans beaucoup de ces groupes.

Notre société est difficile à pénétrer. Cela tient probablement à notre culture insulaire. Pourtant, d'une façon ou d'une autre, nous sommes tous des immigrants ou des descendants d'immigrants.

Les soins de santé représentent un grand défi. Les transports en commun également, en particulier dans nos régions rurales. Les activités culturelles et sociales, les loisirs, les sports, ainsi que les magasins et autres services sont limités. Pourtant, tous ces éléments sont des facteurs déterminants lorsqu'il s'agit de retenir ou d'attirer les jeunes dans notre province.

Lorsque nous comparons de façon empirique les zones rurales et les zones urbaines, il ressort clairement que la migration de sortie est beaucoup plus concentrée dans les zones rurales de notre province. Nous avons l'intention de pousser notre analyse dans ce domaine. Madame le sénateur, vos observations liminaires sur la pauvreté rurale étaient fort intéressantes. Selon ce que nous entendons par le terme « rural », nous pouvons faire ce que nous voulons avec les chiffres. Nous nous basons sur les données fournies par Statistique Canada, selon lesquelles notre population rurale compte pour 55 p. 100 de notre population totale, mais en ce qui concerne les régions situées à une certaine distance d'un centre urbain plus étendu, les chiffres que vous avez mentionnés sont probablement fondés. Quoi qu'il en soit, nous avons constaté de grands changements entre les régions rurales et urbaines ou les banlieues.

Je sais que j'ai probablement dépassé le temps qui m'était alloué. Je vais donc boucler mon exposé très rapidement.

Je tiens à mentionner que l'agriculture est un bon exemple de l'évolution du rapport population rurale/population urbaine. En 1996, on comptait 2 217 fermes dans la province. Au moment du recensement suivant, en 2001, il en restait 1 845. Hier, des fonctionnaires du ministère provincial de l'Agriculture m'ont dit que ce nombre serait actuellement plus près de 1 500. La tendance est évidente et reflète une décroissance plus marquée que la moyenne nationale. Comme je l'ai mentionné plus tôt, les agriculteurs ont de la difficulté à trouver la main-d'œuvre dont ils ont besoin.

Pourquoi l'Île-du-Prince-Édouard rurale souffre-t-elle? J'ai déjà parlé des jeunes et de la rareté des activités sociales et récréatives. C'est dans les régions rurales de la province qu'habitent les personnes à faible revenu et que les salaires sont les plus bas. Je pense qu'un autre témoin parlera plus tard de certaines implications sociales.

C'est aussi dans les régions rurales que l'on constate la plus grande incidence et la plus grande croissance de familles monoparentales, ce qui est une statistique intéressante. De 9,8 p. 100 en 1991, le taux est passé à 25 p. 100 en 2001. C'est une augmentation substantielle.

C'est d'autre part dans les villes qu'on trouve les logements les plus modernes de la province et qu'il y a le plus de nouvelles constructions. Par conséquent, la valeur des propriétés y est beaucoup plus élevée.

L'augmentation des distances à parcourir et du temps consacré aux déplacements pour accéder aux services gouvernementaux est un facteur important dans les zones rurales. Vous allez probablement sourire. Il est vrai qu'à l'Île-du-Prince-Édouard on n'est jamais vraiment éloigné de rien, mais lorsqu'on est gâté et qu'il ne faut que dix minutes pour se rendre au travail ou accéder aux services, c'est difficile de s'habituer à devoir faire un trajet d'une heure. Je pense que tout est relatif. Nous avons l'habitude de dire que nous n'avons pas d'embouteillages ni d'heures de pointe, mais que nous avons une minute de pointe. C'est l'un des arguments qui nous servent à vendre la province aux immigrants. Nous n'avons pas ces grands espaces caractéristiques des régions de Calgary, Toronto, Montréal ou Vancouver. C'est un aspect qu'il nous faut mousser.

Nous ne devons pas oublier qu'il faut trouver un équilibre entre les droits et les responsabilités des personnes et ceux de la collectivité. Les industries primaires de notre province vont continuer de prendre de l'expansion. Dans le monde entier, le logement et l'alimentation font l'objet d'une demande accrue. Je ne crois donc pas qu'il y ait lieu de s'inquiéter. Cependant, la taille de nos exploitations agricoles a changé. Quand j'étais une petite fille, mon père cultivait 30 acres de pommes de terre. Mon frère en cultive maintenant 700 acres. La nature de l'agriculture s'est transformée dans la province.

Je peux sauter à d'autres domaines, mais nous devons nous rappeler qu'il y a des problèmes sociaux qui sont causés par le chômage, la pauvreté et le stress, compte tenu en particulier des difficultés rencontrées dans les collectivités agricoles.

J'ai énuméré certaines initiatives qui ont été identifiées par la province. Nous collaborons étroitement avec nos voisins des Maritimes. Nous avons un comité, une table de discussion sur les questions de population. Nous pensons que c'est une façon beaucoup plus efficace de promouvoir l'ensemble de la région des provinces de l'Atlantique. En effet, comme nos provinces sont petites, c'est coûteux et difficile pour elles d'assumer seules leur promotion.

Nous favorisons l'augmentation du nombre d'immigrants. Nous avons un programme provincial de désignation. L'année dernière, nous avons désigné plus de 638 candidats à l'immigration. Cela ne veut pas dire qu'ils sont tous venus s'installer ici, mais nous les avons passés en revue et nous prenons les moyens nécessaires en accroître le nombre. Nous avons pour objectif d'augmenter notre population de 1,5 p. 100 par année, ce qui correspondrait à 2 100 personnes environ. Nous espérons que, de ce nombre, la moitié seront des immigrants. L'autre moitié dépendra de nos efforts en vue de rapatrier des Prince-Édouardiens et de retenir ou de récupérer nos jeunes.

Nous voulons également faire reconnaître la nécessité d'un soutien accru à l'immigration. L'année dernière, le gouvernement a identifié des ressources supplémentaires pour les services d'établissement. Nous nous sommes félicités de la disponibilité de ces ressources financières, mais nous avions besoin de fondations sur lesquelles nous appuyer. C'est très difficile lorsque le financement est établi en fonction du nombre d'immigrants. En effet, les Maritimes n'obtiennent que 1,7 p. 100 du total des immigrants qui arrivent au Canada, même si elles comptent pour 7,6 p. 100 de la population. Nous n'avons pas l'impression de recevoir la part qui nous revient. Le problème se situe notamment au niveau de certains services d'établissement, de l'enseignement de l'anglais et de tous les facteurs dont il faut tenir compte pour aider les immigrants à s'intégrer à la société.

Nous sommes également en train de mettre au point des programmes de mentorat pour les jeunes. Nous essayons d'améliorer notre portail carrières, qui peut être consulté dans le monde entier par les personnes souhaitant immigrer dans la province. Nous mettons actuellement au point un système de repérage de nos diplômés, qui nous permettra de garder le contact avec eux et de les informer de ce qui se passe dans la province et des débouchés qu'elle offre.

Nous étudions de près les besoins à court et à moyen terme du marché du travail. Nous sommes également en train d'élaborer des manuels de pratiques exemplaires en nous inspirant de solutions qui ont été mises à l'essai dans d'autres régions, non pas à Toronto, Montréal ou Vancouver, où les services d'appui sont disponibles, mais plutôt dans des régions comme la nôtre. Différentes cultures ethniques sont représentées dans toutes ces grandes villes. Ce n'est pas le cas ici. C'est donc un défi que nous devons relever. Bien des immigrants qui arrivent au Canada s'installent dans ces grandes villes, car ils y trouvent déjà le soutien dont ils ont besoin. Cet aspect nous fait encore défaut. Par conséquent, nos problèmes sont différents de ceux des grands centres.

Nous collaborons avec d'autres collectivités. Nous examinons les aspects fiscaux et les mesures incitatives qui contribuent à attirer les gens. Nous essayons de diversifier notre économie et de créer des emplois lucratifs. Nous avons récemment attiré dans notre province deux ou trois entreprises importantes, notamment CGI et Trimark, qui créent de nouvelles possibilités d'emploi.

Les transports en commun, en particulier dans nos régions rurales, représentent un défi important.

Certains témoins viendront plus tard vous parler des aînés et des problèmes auxquels ils doivent faire face, en particulier les aînées vivant dans les régions rurales de l'Île-du-Prince-Édouard qui, dans bien des cas, n'ont droit à aucune prestation de retraite. Elles ont vécu toute leur vie sur une ferme et elles doivent maintenant se débattre pour avoir accès, notamment, aux soins de santé.

Je m'arrête là-dessus. Je suis désolée d'avoir un peu débordé du temps qui m'était alloué, mais j'essaie de parler aussi vite que je le peux.

La présidente : Je vous remercie.

Le sénateur Callbeck : Comme vous l'avez mentionné, nous avons grandi dans le même village et fréquenté la même petite école où il n'y avait que deux salles de classe. Vous avez raison. Le village a beaucoup changé. À l'époque où nous étions écolières, on y trouvait trois magasins, une provenderie, un marché aux viandes, un salon de coiffure pour hommes, un garage, une station-service, deux églises, une salle paroissiale et ainsi de suite. C'est incroyable de voir combien ce village a pu changer au fil des ans.

La région a un peu profité du programme d'Aide au développement des collectivités. Bedeque, comme toutes les autres régions rurales, a besoin de toute l'aide possible.

Vous avez parlé du problème des jeunes. Les chiffres que vous cités ce matin montrent à l'évidence que nous sommes en train de perdre nos jeunes. Vous avez également mentionné les programmes de mentorat pour les jeunes. Pourriez- vous nous donner plus de détails à ce sujet?

Mme Noonan : L'année dernière, la province a commencé à offrir de nouvelles possibilités d'emploi en jumelant des étudiants avec les entreprises appropriées. Par exemple, pour un étudiant en comptabilité, on identifie une entreprise dans ce domaine qui soit susceptible d'établir ce lien et d'offrir des possibilités d'emploi. Même lorsqu'il ne s'agit que d'emplois d'été, le contact est déjà établi. Nous essayons de tisser des liens, de façon à ce que les gens des entreprises où l'étudiant a travaillé continuent de garder contact avec lui, même après son départ. Pour la plupart des emplois disponibles, une expérience de travail est obligatoire. On exige en gros trois ans. Les employeurs ne veulent pas prendre le risque d'embaucher un candidat qui n'a pas une telle expérience de travail. Autant que possible, nous encourageons les entreprises à travailler étroitement avec les jeunes, pendant qu'ils sont encore à l'école. Par la suite, ces candidats auraient déjà les compétences recherchées et ils seraient probablement les premiers à être embauchés une fois diplômés. Cette initiative consiste à établir des liens et à identifier des bénévoles, même des gens d'affaires à la retraite, des gens qui ont déjà travaillé dans ces domaines, qui sont prêts à suivre ces jeunes et à leur servir de guides. Nous venons tout juste de lancer ce projet. Nous sommes actuellement à la recherche de mentors bénévoles.

Le sénateur Callbeck : Vous faites beaucoup des choses.

Quand vous faites venir des immigrants dans la province, essayez-vous de cibler des gens qui viennent de pays principalement ruraux ou des gens qui vivent en milieu rural dans d'autres pays?

Mme Noonan : C'est ce que nous visons idéalement. Comme vous le savez, immigrer au Canada est un processus long et complexe. Je pense qu'il faut jusqu'à 48 mois, voire cinq ans, à quiconque pour franchir toutes les étapes du processus. Notre programme provincial de désignation contribue à accélérer le processus de manière à ce qu'il ne dépasse pas neuf ou dix mois environ, voire un an tout au plus, car nos agents font toutes les évaluations préalables lorsque les intéressés présentent une demande.

Notre programme comporte quatre catégories. L'une d'elle est celle des travailleurs qualifiés. Pour cette catégorie, nous travaillons étroitement avec les employeurs qui ont déterminé leurs besoins en main-d'œuvre. S'ils disent avoir besoin de camionneurs à longue distance, nous irons dans des pays où il y a beaucoup de ce genre de camionnuers et où des gens ont fait savoir par le truchement de leur ambassade ou de leur haut commissariat, voire d'agents, qu'ils souhaitaient émigrer. Cette catégorie-là est simple.

Il y a aussi une catégorie liée aux investisseurs, une autre liée aux entrepreneurs et une troisième liée à la réunification des familles. Si des résidants canadiens d'origine coréenne, chinoise, indienne, néerlandaise ou autre souhaitent faire venir un membre de leur famille, ils peuvent nommer cette personne. La province se charge ensuite d'examiner sa demande et de la traiter.

Notre objectif à long terme consiste à demander aux employeurs de la province de déterminer,notamment, leurs besoins en main-d'œuvre, mais l'immigration n'est pas liée seulement aux pénuries de main-d'œuvre dans des secteurs donnés. Il faut aussi tenir compte de l'aspect plus global concernant la culture. Nous cherchons à déterminer les pays où nous savons qu'il y a des travailleurs possédant le profil que nous recherchons pour les secteurs touchés par une pénurie de main-d'œuvre. En outre, il y a la question linguistique et, dans bien des cas, celle de la reconnaissance des compétences. Il y a tellement de régions dans le monde, mais nous gardons l'esprit ouvert et nous voulons accueillir des gens d'une foule de cultures différentes. Cependant, nous allons nous efforcer de mieux cibler nos besoins, notamment en ce qui concerne l'emploi.

Le sénateur Peterson : C'est la première fois que je viens dans votre île et, durant le court trajet de voiture entre le centre ville et ici, j'ai tenté de déterminer toutes les implications du fait qu'un si vaste territoire soit peuplé par si peu de gens. J'ai pensé à toute l'infrastructure dont vous avez besoin, puis à vos données démographiques — si j'étais le directeur financier de ce secteur, j'en serais presque terrifié. Comment allez-vous faire? Ce doit être un problème alarmant.

Mme Noonan : Absolument. Il y a des économies d'échelle, et nous parlons de l'accès à la santé et aux transports, de tout ce que nous pourrions faire. Avez-vous vu notre pont? Nous en sommes très fiers. Nous avons réalisé des recherches localement et nous avons interviewé des gens qui sont venus ici, et nombre d'entre eux ont dit qu'ils n'auraient jamais songé à le faire s'il n'y avait pas eu de pont. C'est un exemple de ce que l'infrastructure nous a permis de faire, et cela s'applique aussi au transport des marchandises. C'est tout à fait étonnant. Je ne doute pas que madame le sénateur Callbeck se souvient d'avoir attendu le bateau pendant des heues et des heures avant la construction du pont. J'ai l'honneur d'avoir été à bord du bateau qui a mis le plus de temps à traverser le détroit durant toute l'histoire du pays. En effet, nous avons été prisonniers des glaces au large de Summerside pendant plus de 36 heures. Ce fut toute une expérience.

Vous avez raison. Cela fait partie de notre problème quand nous songeons à des formules de financement. Par exemple, j'ai parlé du fonds d'établissement qui a été déterminé. Nous avons tenté de faire comprendre aux gens à Ottawa que lorsque l'on utilise pour l'Île-du-Prince-Édouard la même formule que celle employée pour Toronto, cela ne marche pas parce que nos besoins et nos circonstances sont très différents. Cela devient un sérieux problème. En ce qui a trait aux économies d'échelle, j'emploie toujours l'exemple des écoles : il pourrait y avoir trente élèves dans une classe à Charlottetown, mais seulement huit dans une région rurare, mais , dans les deux cas, il faut un enseignant et une salle de classe; les coûts de base sont les mêmes. Par immigrant ou par habitant, le financement ne répond pas aux besoins.

Le sénateur Mahovlich : En Ontario, nombre de problèmes viennent de ce que de grandes entreprises et de grands magasins comme Costco, Wal-Mart et Canadian Tire s'établissent dans la province. Cela a ruiné les commerces de la rue principale des régions rurales. L'Île-du-Prince-Édouard a-t-elle souffert du même problème?

Mme Noonan : Je dirais que oui, d'une certaine façon, bien que je me demande parfois d'où viennent tous ces gens-là qui magasinent. Nous avons bien des magasins Wal-Mart et Canadian Tire. Nous n'avons pas de magasins Costco, mais nous avons des magasins de nombre des autres grandes chaînes. Presque toutes ces entreprises ont ouvert une succursale à l'île. Évidemment, le magasin général Callbeck, de Bedeque, n'existe plus. Nous n'avons plus de magasins semblables.

Le sénateur Mahovlich : Ils ont été forcés de fermer leurs portes?

Mme Noonan : Oui.

Le sénateur Mahovlich : Vous avez parlé de la question des travailleurs qualifiés. J'ai lu un article hier au sujet d'un type de Campbell River, en Colombie-Britannique. C'est un gynécologue. Il attend depuis cinq ans d'avoir sa citoyenneté et il a décidé d'aller ailleurs. Il ira en Australie. Y a-t-il des problèmes similaires à l'Île-du-Prince-Édouard?

Mme Noonan : J'ai lu cet article. Chaque cas est différent. Je pense qu'il avait quitté le pays deux fois pour aller en Afrique du Sud, et qu'une partie du problème venait de ce que des vérifications étaient nécessaires quant à la raison pour laquelle il était allé là-bas et avait été dans l'armée. Je sais que Citoyenneté et Immigration Canada doit s'occuper des questions liées à la sécurité et la fraude, notamment. Nous n'avons pas eu beaucoup d'exemples semblables.

Nous recourons à la même analogie avec les immigrants qu'avec nos étudiants universitaires. Nous investissons dans leur formation, puis ils s'en vont. Dans le cas de bien des immigrants, nous leur donnons des cours d'anglais pour qu'ils puissent fonctionner assez bien dans cette langue, mais les liens culturels font défaut, leurs communautés ethniques ne comptant pas suffisamment de membres, de sorte qu'ils vont à Toronto ou à Montréal où leurs communautés comptent plus de membres. C'est un défi pour nous.

Je dois dire toutefois que nous parvenons à en garder de plus en plus. Plus d'immigrants s'établissent pour de bon chez nous. En fait, nous ne consacrons des ressources à cela que depuis deux ou trois ans.

Le sénateur Mahovlich : Je pense que vous devez porter davantage d'attention aux travailleurs qualifiés possédant de l'expérience.

Mme Noonan : Bien sûr.

Le sénateur Mercer : Comme je viens moi aussi des Maritimes, je sais que certains problèmes de l'Île-du-Prince- Édouard sont semblables à ceux de la Nouvelle-Écosse. Je trouve curieux que, depuis les trois à cinq dernières années, l'immigration soit devenue un sujet important dans toutes les provinces Maritimes. Dans notre enfance, à l'Île-du- Prince-Édouard dans votre cas et en Nouvelle-Écosse dans le mien, on ne parlait jamais de l'immigration d'une manière aussi positive qu'aujourd'hui. De nos jours, nous faisons du recrutement, ce qui change pas mal la dynamique de notre économie.

Vous dites dans votre mémoire que les travailleurs étrangers temporaires sont de plus en plus fréquents et qu'ils pourraient même devenir bientôt la norme. De quels pays viennent-ils?

Mme Noonan : Le contingent le plus nombreux que nous ayons eu jusqu'à maintenant est venu par l'entremise d'Ocean Choice International. Je crois que 40 travailleurs sont venus l'an dernier et que cette entreprise songe à en faire venir 80 cette année. Nous avons également des demandes du secteur des pêches, qui veut que nous recrutions d'autres travailleurs; je pense qu'ils songent à la Pologne. Beaucoup d'employeurs ont fait appel à nous parce qu'ils ne comprennent pas le système et croient qu'il est très complexe. Nous sommes là pour faciliter les choses et informer les employeurs. C'est assez nouveau.

Le sénateur Mercer : Les travailleurs qui viennent doivent faire du bon travail, sinon ils ne seront pas réinvités. Est- ce que certains d'entre eux tentent de rester ou veulent rester?

Mme Noonan : À ma connaissance, aucun d'entre eux n'a jamais dit qu'il ne retournera pas dans son pays, mais nombre d'entre eux ont dit vouloir venir chez nous. Le premier important contingent qui est venu l'an dernier est retourné, mais je crois savoir qu'il reviendra encore cette année. Certains d'entre eux ont dit vouloir s'établir de façon permanente. La province les désignerait si on leur faisait une offre d'emploi à plein temps.

Le sénateur Mercer : En ce qui concerne la pénurie de main-d'œuvre, vous avez parlé de quatre industries. Ocean Choice International, le secteur aérospatial, les secteurs de la pêche et de l'agriculture et le secteur du camionnage grand routier. La pénurie de conducteurs de grand routier est un sérieux problème partout puisque conduire un camion n'est pas considéré comme un métier, selon les gens de l'immigration, jusqu'à ce que l'on tente d'en engager un.

Qu'en est-il de la pénurie dans les secteurs de la pêche et de l'agriculture?

Mme Noonan : L'an dernier, un pêcheur, c'était en fait un producteur de moules, a dû garder à quai quelques-uns de ces bateaux parce qu'il n'avait trouvé personne pour travailler à bord de ceux-ci durant l'automne. Par ailleurs, les agriculteurs tentaient de récolter leurs pommes de terre. Nous avons eu du très mauvais temps cet automne-là. En effet, il a beaucoup plu durant le mois d'octobre et le sol était très détrempé. Les producteurs étaient sur le bord de la panique et tentaient de trouver plus de travailleurs, mais il n'y en avait pas. Les travailleurs des usines de transformation du poisson et d'autres s'employaient en fait à venir en aide aux producteurs de moules. C'était étonnant.

Le sénateur Gustafson :La plupart de nos agriculteurs cultivent la pomme de terre, n'est-ce pas?

Mme Noonan : La majorité, oui. C'est la spécialité de l'île.

Le sénateur Gustafson : Y a-t-il beaucoup de producteurs laitiers?

Mme Noonan : Oui, nous avons pas mal de producteurs laitiers.

Le sénateur Gustafson : Vos journaux d'aujourd'hui disent que les agriculteurs connaissent de graves difficultés. Les coûts d'intrant en sont la cause principale. Nous sommes un comité de l'agriculteur qui s'intéresse aux questions rurales. Si vous pouviez faire une seule chose pour aider les agriculteurs, que feriez-vous?

Mme Noonan : Je pense que vous entendrez tout à l'heure un autre témoin qui en connaît beaucoup plus que moi à ce chapitre. Même si j'ai grandi à la ferme, il y a longtemps que j'en suis partie. Je ne doute pas que bien des gens pourront répondre beaucoup mieux que moi à cette question. Cependant, du point de vue du secteur où je travaille, nous pourrions aider les agriculteurs à trouver les travailleurs dont ils ont besoin, si en fait cela fait partie du problème. Je sais qu'il y a des coûts. Les agriculteurs ont été touchés par des fermetures de la frontière et des maladies. Nous avons eu des problèmes avec les conditions météo, ce sur quoi nous n'avons aucune prise. Les coûts de transport et de main-d'œuvre sont énormes. Les coûts des fonds de terre et de l'outillage, juste pour démarrer, sont phénoménaux. J'ignore ce qui pousserait des jeunes à se lancer en agriculture aujourd'hui. C'est familial, je suppose.

Le sénateur Gustafson : Le comité n'a eu aucune difficulté à déterminer les problèmes. La difficulté consiste plutôt à trouver les réponses.

Mme Noonan : Je sais, et elles ne se trouvent pas facilement.

Le sénateur Gustafson : Votre expérience, je dois dire, et je le souligne, a trait assez généralement aux problèmes du secteur agricole de l'ensemble du pays. J'estime que nos gouvernements, quelle que soit leur affiliation politique, vont devoir examiner sérieusement la situation de l'agriculture au Canada et commencer à prendre des mesures pour la redresser, sinon notre pays paiera un prix énorme pour sa négligence.

La présidente : C'est une des raisons pour lesquelles nous avons ce comité.

Le sénateur Gustafson : C'est la seule raison.

La présidente : Oui.

Merci beaucoup, madame Noonan. Grâce à vous, nous avions bien amorcé notre étude. Nous vous invitons chaleureusement à rester parmi nous et j'espère avoir la chance de converser avec vous durant la pause.

Chers collègues, je voudrais maintenant inviter notre deuxième témoin de la journée, Jeanette MacAulay, sous- ministre des Services sociaux et des Aînés du gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard.

Jeanette MacAulay, sous-ministre des Services sociaux et des Aînés, gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard : Bonjour à tous. Je vous souhaite la bienvenue. C'est une belle journée froide à l'Île-du-Prince-Édouard, mais ça va.

J'ai mis sur papier quelques observations, et je pense que vous les avez devant vous. Je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui. La possibilité de discuter de la pauvreté rurale est importante pour nous puisque notre province est considérée comme étant rurale. La plupart d'entre nous à l'Île-du-Prince-Édouard ont des racines dans des collectivités rurales. Je viens d'une ferme de Souris, à l'est de Charlottetown. En 1931, 63 p. 100 des habitants de l'île vivaient à la ferme. Aujourd'hui, seulement 4,5 p. 100 le font.

Comparativement au reste du pays, la situation des pauvres à l'Île-du-Prince-Édouard est relativement bonne. Dix pour cent de nos enfants vivent dans des familles considérées comme vivant dans la pauvreté, comparativement à la moyenne nationale de 17,7 p. 100, et 6 p. 100 des habitants de la province sont considérés comme vivant dans la pauvreté, comparativement à la moyenne nationale de 11,2 p. 100.

Cependant, 13 p. 100 de nos enfants âgés de 5 ans ou moins vivent dans des familles dont le revenu est en dessous du seuil de faible revenu. Cela en dit long sur nos jeunes familles, dont une plus forte proportion vivent dans la pauvreté.

Qu'est-ce que, selon nous, l'état de pauvreté? Pourquoi croyons-nous que cet état n'est pas aussi critique dans notre province? L'Île-du-Prince-Édouard continue de croire qu'il faut investir dans l'infrastructure de nos petites collectivités, dans nos écoles, nos centres médicaux et nos bibliothèques pour que ces derniers puissent soutenir la vie rurale. C'est une question qui concerne la durabilité et qui a toujours été à la base des politiques de nombreux gouvernements.

Les initiatives de développement communautaire sont bien soutenues par les gouvernements provincial et fédéral ainsi que par les collectivités, et elles favorisent la poursuite du développement social et économique. Toutefois, compte tenu de la diminution de la masse critique dans nos collectivités, c'est une rude bataille.

Il y a eu des investissements accrus dans des programmes qui invitent les gens à s'aider eux-mêmes plutôt qu'à être tributaires de l'aide d'autrui. Par exemple, le Family Health Benefit Program est un programme modeste, mais efficace, d'aide d'achat de médicaments à faible coût destiné aux pauvres de la province. Il y aussi des subventions pour la garde d'enfants et d'autres programmes répondant à des besoins donnés qui ne sont pas liés à de l'aide financière.

On croit généralement que l'Île-du-Prince-Édouard est rurale et très peu densément peuplée. Cependant, avec ses 24 habitants du kilomètre carré, l'île est une des provinces où la densité démographique est le plus élevé. Il est vraisemblable que le fait que nos petites collectivités soient proches les unes des autres et qu'elles entretiennent des relations étroites ait pour effet d'empêcher que des gens tombent dans l'indigence parce que la meilleure caractéristique de l'Île-du-Prince-Édouard, c'est que tout le monde se connaît, et la pire, c'est que tout le monde se connaît. En conséquence, ceux qui ont le plus besoin d'aide obtiennent souvent le soutien de la collectivité.

Cependant, même si la situation chez nous est moins pire que dans le reste du pays, 10 p. 100 d'enfants vivant dans la pauvreté, c'est encore trop.

Qui sont les pauvres à l'Île-du-Prince-Édouard? Ce sont nos aînés les plus âgés, des chefs de famille monoparentale, des personnes âgées de 55 à 64 ans ou des personnes handicapées. Tous ces gens-là risquent plus d'être pauvres s'ils sont des femmes et célibataires.

Dans mon travail de tous les jours, je m'occupe des habitants les plus vulnérables de la province. Nous sommes le dernier recours offrant les services de base et le soutien pour remplir les obligations de l'État. Depuis dix ans, nous avons constaté une diminution de 40 p. 100 du nombre de cas d'aide financière. Nous avons maintenant surtout affaire à des adultes vivant seuls, qui souffrent souvent de problèmes de santé mentale ou d'un handicap. Nous avons beaucoup de travail à faire avec ces gens-là.

Nous devons comprendre que si la pauvreté est souvent mesurée sur le plan matériel, elle est aussi accentuée par l'isolation sociale. Les habitants ruraux de l'île ont souvent peu de moyens de transport, ce qui les isole davantage de la population en général et nuit à leur santé mentale et physique.

Bien que nous soyons parvenus à réduire le nombre de cas d'aide sociale, cesser d'être tributaire de l'aide sociale n'est pas en soi un succès. Quitter l'aide sociale pour un emploi faiblement rémunéré, ce n'est pas sortir de la pauvreté. Toutefois, grâce à des programmes qui viennent en aide à ces gens-là, comme l'assurance-médicaments, les subventions pour la garde d'enfants et le soutien du logement, nous pouvons commencer à abattre le mur de l'aide sociale et à aider les pauvres de l'île et leurs proches à sortir de la pauvreté.

Le travail saisonnier et l'assurance-emploi ont été les fondements de notre base industrielle traditionnelle. C'est une mentalité profondément enracinée dans nos collectivités rurales et nous devons soutenir les familles pour en finir avec cette culture-là.

Que devons-nous faire de plus? La lutte contre la pauvreté va de pair avec la lutte pour l'alphabétisation. Le gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard, en partenariat avec les institutions d'enseignement et les organismes communautaires, a fait de cette question la grande priorité à laquelle tous doivent s'attaquer. Des recherches poussées montrent que c'est dans les régions rurales que le niveau d'alphabétisation est le plus faible.

Nous devons continuer d'encourager les gens à travailler et à ne pas s'en remettre complètement à l'aide financière. Parmi les mesures incitatives, on compte une exemption salariale accrue dans le cadre du programme d'aide financière provincial ou d'un programme national de médicaments et de produits pharmaceutiques.

Il est intéressant d'entendre les discussions d'un bout à l'autre du pays au sujet d'un programme de médicaments catastrophique. Quiconque a un enfant qui souffre de l'asthme et ne gagne que 22 000 $ par année n'a absolument pas les moyens d'acheter les médicaments nécessaires à moins d'avoir un régime d'assurance-médicaments, ce que la plupart des gens gagnant un tel salaire n'ont pas. C'est catastrophique pour ces gens-là.

Nous devons veiller à ce que tous, et non pas seulement les prestataires de l'assurance-emploi, aient accès à des programmes de formation. Il faut remédier sérieusement au manque de soutien accordé aux travailleurs sous-employés pour leur permettre de se perfectionner.

Nous savons que si les gens peuvent relever leur niveau de vie et rester dans leur collectivité, ils en sont fiers, ils le montrent à leurs enfants et ils sont propriétaires de leur maison. Ce sont là de très importantes caractéristiques des gens qui sortent de la pauvreté.

Les régions rurales ont besoin de plan économiques globaux comprenant l'accès à la haute vitesse, les sites du Programme d'accès communautaire, des solutions de rechange en matière de transport, des logements abordables au moyen d'une politique de logement social moderne et l'accès à la formation et à l'acquisition de connaissances. Le logement fait partie de nos attributions, et la nécessité d'une stratégie nationale de logement est tout à fait capitale. L'un des programmes les plus appréciés dans tout le pays est le Programme d'aide à la remise en état des logements propriétaires-occupants, ou PAREL, qui subventionne les rénovations et les réparations domiciliaires. La liste d'attente pour ce programme est de six ans. Il s'agit de maisons rurales pour la plupart. C'est un programme extraordinaire qui est insuffisamment financé.

Nous savons aussi que nous devons aller vers les gens. La recherche montre que nombre des habitants de l'île n'ont pas les compétences ni la confiance voulues pour sortir de leur collectivité afin de faire des études postsecondaires, et cela perpétue le cycle de dépendance. Le programme de développement de la petite enfance et Bon départ, un programme d'intervention précoce qui donne d'excellents résultats, contribue à briser le cycle des difficultés d'apprentissage et d'alphabétisation.

Enfin, nous devons continuer de soutenir les programmes communautaires comme l'aide mutuelle entre aînés, où des aînés rendent visite à d'autres aînés qui sont souvent pauvres et isolés chez eux pour converser avec eux et leur offrir leur amitié, ou le réseau de centres de ressources familiaux, qui est financé par le gouvernement fédéral et qui s'adresse aux familles à risque, sans porter de jugements sur elles. Ce sont là d'importants programmes communautaires qui viennent en aide aux pauvres de la province après avoir déterminé qui ils sont.

Nous avons la chance dans notre province d'avoir un pourcentage élevé de gens qui veulent faire du bénévolat, qui vont encore à l'église. Ces importants éléments nous aident à garder nos collectivités bien vivantes et à atteindre les plus pauvres de nos citoyens.

En somme, la pauvreté rurale existe bel et bien et cela empêche nos collectivités de réaliser leur plein potentiel. La clé de la conception d'une bonne politique sociale s'attaquant à la pauvreté consiste à reconnaître l'existence et la complexité de la pauvreté. Les solutions simples au cas par cas ne sont pas efficaces. L'élaboration de politiques dans ce domaine doit être concertée, se faire dans un esprit de collaboration entre gouvernements et être réalisée dans une perspective à long terme. Nous devons nous pencher sur le développement économique et communautaire et faire appel aux gouvernements provincial et fédéral d'une manière intégrée.

La présidente : J'ai été ravie d'entendre les représentantes de l'Île-du-Prince-Édouard parler constamment d'alphabétisation. L'alphabétisation a été au cœur de tout ce que j'ai entrepris depuis que je suis devenue sénateur, et j'ai passé de très belles heures avec vos travailleurs de l'alphabétisation lorsque j'ai visité tous les coins et recoins de votre île avec eux. Cela ne devient jamais plus facile, mais vous excellez dans ce domaine. Je vous en remercie.

Le sénateur Mercer : Je continuerai de parler d'alphabétisation parce que, si on veut obtenir l'attention de la présidence, il faut placer le mot alphabétisation dans tout ce qu'on dit. Dès qu'on le fait, on voit qu'on a capté son attention, avec raison. C'est une question importante, une cause qu'elle a défendue.

Je voudrais parler des compressions que le gouvernement actuel a apportées aux programmes d'alphabétisation. Quel effet cela aura-t-il sur l'Île-du-Prince-Édouard au cours du prochain exercice financier? Vous avez fait de l'alphabétisation votre priorité, et l'île a la réputation de tenter de résoudre ce problème. Que se passera-t-il maintenant que les fonds ont été supprimés?

Mme MacAulay : À ma connaissance, le financement qui a été supprimé n'allait pas directement à la programmation, mais je peux me tromper. Je pense que le premier ministre Binns s'est dit préoccupé par cette question quand il a parlé au premier ministre du pays. On parle toujours d'argent, mais la façon dont nous intervenons et agissons est peut-être plus importante.

Je viens de passer trois ans à notre collège local. Au collège Holland, nous avons un solide programme d'éducation aux adultes et nous disposions de beaucoup d'argent pour la recherche afin d'aider les gens à lire et à se rétablir. Avec le soutien de Ressources humaines et Développement social Canada, nous avons approché des prestataires de l'assurance-emploi pour qu'ils participent à un projet de recherche axé sur la lecture. La plupart des gens ne croyaient pas avoir un problème. La plupart étaient dans les niveaux 1 et 2. Comment pouvons-nous faire comprendre aux gens que les niveaux 1 et 2 sont insuffisants, que la capacité de lire à un degré supérieur nous rend plus libres? Ils ont fini par croire qu'ils n'avaient pas de problème à force de faire semblant.

La question financière est certes importante, mais il importe aussi d'obtenir l'attention du milieu des affaires quant aux possibilités perdues. La famille Irving a très bien réussi dans son entreprise en formant les gens sur place. Elle soutient ses employés et leur donne du temps pour la formation. C'est plutôt cela le problème maintenant, obtenir l'attention.

Nous travaillons là-dessus depuis pas mal de temps, à l'instar du reste du pays, mais nous avons toujours un problème d'alphabétisation de 40 p. 100. Nous n'avons pas fait de progrès. Force est d'admettre que nous ne faisons pas ce qu'il faut.

Le sénateur Mercer : C'est une dure lutte que nous livrons tous sans relâche, mais comme la composition de notre population change à mesure que nous accueillons de nouveaux immigrants, le problème continuera d'exister.

Malheureusement, le financement qui a été supprimé n'était peut-être pas consacré directement aux programmes, mais il était accordé aux gens qui appliquent ces programmes. Si nous ne pouvons plus compter sur ces gens-là, les programmes en souffriront.

Je vais passer à une autre question. On a parlé de la garde d'enfants. Le nouveau programme du gouvernement, qui accorde 100 $ par enfant par mois, soit 1 200 $ par année, a-t-il eu des effets bénéfiques à l'Île-du-Prince-Édouard? Qu'a-t-il fait pour les familles qui ont besoin de services de garderie professionnels à plein temps?

Mme MacAulay : Grâce à la Prestation universelle pour la garde d'enfants, quelque 10 millions de dollars sont injectés dans la province, ce qui représente pas mal d'argent.

La semaine dernière, nous avons fait connaître le plan d'action pour la garde d'enfants que nous projetons de mettre en œuvre avec l'argent qui nous sera versé. Nous sommes conscients que la plupart des garderies ont relevé les coûts des parents au mois de juillet dernier lorsque le régime de prestations de 100 $ a commencé. Certaines garderies ont haussé leurs frais de pas moins de 100 $ par mois, ce à quoi les parents se sont bien sûr opposés.

Contrairement au reste du pays, où seulement 14 p. 100 des enfants ont accès aux garderies réglementées, près de la moitié de nos enfants ont accès aux garderies. Notre problème, c'est la durabilité de nos garderies. Dans les villes, ce n'est pas un problème, mais dans les régions rurales, c'est un problème à cause du caractère saisonnier de l'économie. Nous avons annoncé la semaine dernière un programme en vertu duquel nous consacrons 25 p. 100 d'argent de plus environ à ce secteur en rythme annuel. Nous entendons encore qu'il est difficile pour tous les parents d'obtenir l'accès aux services de garderie réglementés qu'ils veulent. Franchement, nous avons hâte de voir comment la deuxième composante du programme gouvernemental aidera le milieu des affaires en ce qui concerne la satisfaction des besoins des familles qui travaillent par postes. Nos garderies ne sont pas bien adaptées à ce secteur.

Le sénateur Mercer : En tant que Canadien de l'Atlantique, je reconnais qu'il faut faire valoir à Ottawa la nécessité de la décentralisation des ministères et services gouvernementaux. L'Île-du-Prince-Édouard est une boîte de Pétri pour cela en raison de sa situation particulière. Je voudrais bien entendre vos observations, et je demanderai à d'autres durant la journée de parler des effets positifs et négatifs de la venue des Affaires des Anciens combattant à Charlottetown et au centre de la TPS à Summerside.

Mme MacAulay : Vous connaissez peut-être un rapport qui a été produit il y a deux ans environ par Affaires des Anciens combattants Canada et qui montrait que cela avait certainement eu des effets bénéfiques sur le plan financier. Nombre de mes amis et de mes collègues sont allés travailler à Affaires des Anciens combattants Canada. Je pense que cela a été difficile pour leur vie personnelle parce qu'ils devaient se déplacer sans cesse. Le centre de l'univers est toujours Ottawa en ce qui concerne nombre de ces questions-là. Certains de ces employés souffrent de devoir faire trois voyages par semaine à Ottawa, et cela ne change pas. Nous devons tenir compte de ce que cela représente pour leur style de vie.

Cependant, nous avons constaté un changement dans notre culture. Le nombre de francophones et d'anglophones a changé à cause d'Affaires des Anciens combattants Canada en particulier, et cela a eu des effets très bénéfiques pour notre collectivité. Je pense que cela a beaucoup enrichi l'Î.-P.É. C'est un atout. Nombre de nos leaders du secteur du bénévolat viennent du gouvernement fédéral. En outre, il a été assez bénéfique d'avoir des emplois bien rémunérés. Dans l'ensemble, cela a été très bénéfique.

Le sénateur Peterson : Vous avez dit qu'en 1931, 63 p. 100 des gens vivaient à la ferme et qu'aujourd'hui il n'y a plus que 4,5 p. 100 qui le font. Est-ce que l'étendue du secteur rural a changé depuis? Le secteur rural a-t-il la même étendue ou est-ce que l'étalement urbain a commencé à empiéter sur lui?

Mme MacAulay : Je ne sais pas exactement. Je sais toutefois qu'il y a seulement 30 ans, Souris Line Road, où j'ai grandi, formait une communauté de fermes laitières prospère. Mon frère possède toujours une ferme, mais il est passé de la production laitière à la culture de la pomme de terre. Souris Line Road est triste à voir maintenant, parce qu'il n'y a plus autant de belles fermes bien entretenues qu'avant. Les beaux prés ondoyants ont été remplacés par des champs de pommes de terre tout plats.

Ma sœur et son mari cultivent la pomme de terre à Fortune, qui est une belle région vierge de la province. Beaucoup de gens achètent des terrains sur le bord de la mer et ils n'aiment pas le calendrier de pulvérisation. Quand ils viennent s'établir à temps plein ou à temps partiel dans nos collectivités, les citadins exercent des pressions sur les agriculteurs. Dans certains cas, l'influence des citadins est bénéfique, mais il reste que c'est très irritant pour les agriculteurs.

Certes, il y a eu des changements incroyables.

Le sénateur Peterson : Vous n'avez pas parlé les banques alimentaires dans votre rapport. Y a-t-il des banques alimentaires chez vous? Si oui, sont-elles très fréquentées?

Mme MacAulay : Nous avons bien des banques alimentaires et, malheureusement, elle sont très fréquentées. Nous avons des soupes populaires. L'Armée du Salut est toujours bien vivante tant à Charlottetown qu'à Summerside. Il y a des magasins d'articles d'occasion dans nos plus petites localités. Nos églises ont beaucoup de choses à offrir durant le temps de Noël et d'autres périodes de l'année.

Le sénateur Peterson : Est-ce surtout urbain ou rural?

Mme MacAulay : Visiblement, c'est surtout urbain, mais, à une plus petite échelle, peut-être que les églises des régions rurales offrent toujours ce genre d'aide. Si les gens manquent d'argent jusqu'au prochain chèque, qu'il s'agisse d'un chèque d'aide sociale ou d'un autre genre de chèque, ils peuvent s'adresser à l'église locale pour obtenir de l'aide. Cela se produit encore beaucoup.

Le sénateur Callbeck : La demande aux banques alimentaires a-t-elle beaucoup augmenté depuis cinq ans ou est-elle stable?

Mme MacAulay : Je crois savoir que la demande a augmenté. Parfois, les secours ont été très efficaces, et la population a été généreuse. Je ne veux pas atténuer les besoins, mais je pense souvent que l'offre crée aussi un peu la demande. Malheureusement, quand on parle au gestionnaire de la banque alimentaire de Charlottetown, il nous dit que de plus en plus de jeunes familles ont recours à la banque alimentaire.

Nous espérons obtenir une hausse des allocations pour la nourriture dans le cadre du Programme d'aide financière. Ces allocations n'ont pas augmenté depuis quatre ans. Nous savons que cela doit changer.

Vous voulez savoir ce qui ne va pas parce que les agriculteurs n'arrivent toujours pas à survivre. Nous essayons de mettre assez d'argent dans l'aide financière, mais 1,5 million de dollars, ce qui est une forte somme pour un petit budget, représenteraient seulement un sac de pommes par semaine pour une famille avec le nombre de cas que nous avons. Il faut beaucoup d'argent pour répondre à la demande. Une raison a trait au coût des légumes et des fruits au magasin d'alimentation — pas ce que toucherait le pomiculteur, mais plutôt le coût au magasin. Plus particulièrement en cette période de l'année, les prix des fruits et légumes au magasin d'alimentation sont prohibitifs. Je suppose que les familles ayant de jeunes enfants achètent leurs fruits et légumes au magasin d'alimentation, puis vont à la banque alimentaire pour les aliments de base. C'est ce que je pense.

Le sénateur Callbeck : Vous avez parlé d'un plan d'amélioration des maisons rurales et d'une liste d'attente de six ans. Combien de gens peut-il y avoir sur cette liste? Combien de dossiers peuvent-ils être traités en une année?

Mme MacAulay : J'essaie de me souvenir combien de dossiers nous traitons en une année. La SCHL gère ce programme, qui est financé à 75 p. 100 par le gouvernement fédéral, et à 25 p. 100, par la province. Je crois que nous en traitons pas moins de 100, mais c'est un nombre appréciable, compte tenu que nous avons une période d'attente de cinq ou six ans et que les intéressés ont besoin d'un toit sur leur maison. La liste est dressée par ordre de priorité, mais c'est inacceptable. Le simple fait que l'on soit inscrit sur la liste signifie qu'il y a déjà un besoin. Souvent, les gens sur la liste sont des aînés qui vivent encore dans leur vieille maison. Il y aurait facilement 500 ou 600 personnes sur cette liste.

Le sénateur Callbeck : Ah oui? Je sais qu'il y a une demande parce que des gens me l'ont dit.

Mme MacAulay : Vous le sauriez par l'entremise du Programme d'aide à la remise en état des logements propriétaires-occupants, madame le sénateur.

Le sénateur Callbeck : Quand vous avez parlé de plans économiques globaux pour les secteurs ruraux, vous avez mentionné l'accès à la formation et au perfectionnement. Certes, les statistiques que Mme Noonan nous a montrés plus tôt confirment que cela est très nécessaire en raison de tous les nouveaux emplois qui requièrent plus de connaissances. Avez-vous une idée de ce que nous devrions faire ou de ce que devrait être le rôle du gouvernement fédéral?

Mme MacAulay : Lorsque j'étais au collège, je me suis vivement intéressée à la question de savoir qui s'inscrivait à l'éducation permanente. Souvent, des gens qui ont eu de mauvaises expériences avec le système d'éducation, et c'est le cas de bien des gens dont nous parlons, ne s'inscrivent pas à des programmes d'éducation des adultes. Il y en a qui veulent apprendre uniquement pour le plaisir de la chose, mais la plupart des gens doivent voir le lien entre l'éducation, l'acquisition de connaissances et la formation, d'une part, et ce que cela peut leur apporter dans leur travail ou sur le plan économique, d'autre part. S'ils ne prennent pas conscience de ce lien, je doute de l'utilité de l'éducation des adultes pour ceux-là. On voyait des gens au collège suivre des programmes d'éducation des adultes, mais ce n'était pas souvent des gens qu'on voyait dans les usines de transformation du poisson. Certains le faisaient peut-être parce qu'ils devaient le faire pour continuer de toucher de l'assurance-emploi, mais ce n'est pas une bonne raison. Nous devons donc établir clairement le lien entre la formation et l'emploi. Certaines provinces de l'Ouest ont fait du travail intéressant en matière d'acquisition de connaissances essentielles en déterminant, par exemple, que pour être camionneur, il fallait avoir certaines capacités à lire, à écrire et à compter, et en aidant ensuite les intéressés à acquérir ces connaissances. Les intéressés voient ainsi clairement le lien entre la formation et leur emploi. Ils savent pourquoi ils étudient, ce qui leur permet d'éviter une autre mauvaise expérience. Il me semble que cela est plus de nature à les motiver, ne croyez-vous pas madame le sénateur?

Le sénateur Mahovlich : Y a-t-il un pays qui vous sert de modèle quant au traitement de la pauvreté? Ce pays réussit- il mieux que nous? Dans les années 1950, je vivais dans un quartier malfamé de Chicago où il y avait des queues d'un mille de long aux soupes populaires. La situation a été corrigée. Ils ont construit une route là-bas. Ils ont résolu le problème. Je me demande si nous sommes sur la bonne voie ici, au Canada.

Mme MacAulay : Aucun pays en particulier pour l'instant, mais j'ai commencé à regarder. Nous savons que l'Irlande a fait du bon travail à cet égard. Ce pays avait toutefois bénéficié d'une importante aide budgétaire de l'Union européenne.

Le sénateur Mahovlich : Quelle est la situation en Norvège?

Mme MacAulay : Compte tenu de ce que l'Irlande a fait en matière d'éducation et la Finlande dans le domaine de la famille, je crois pouvoir dire que ce qui importe dans une collectivité, c'est une famille bien éduquée et fonctionnelle. Tout le reste découle peut-être de cela. Nous voulons voir des familles qui ne sont pas trop coincées, qui reconnaissent les effets du stress et comprennent qu'elles doivent réagir, et qui comprennent l'importance de passer du temps avec leurs enfants et de les initier à la lecture. Selon les données du plus récent sondage mené par Statistique Canada, les parents y consacrent 45 minutes, ce qui vous semble probablement bien peu, mais les parents d'aujourd'hui ont peu de temps à passer avec leurs enfants.

Ce qui importe avant tout, c'est la famille et l'éducation. Le premier ministre Binns tient résolument à la stratégie économique, et dans ce sens, je suis d'avis que si nous pouvons assurer la santé de nos gens et leur faire sentir que leur contribution est importante pour notre société, notre économie roulera bien. Qu'est-ce qui devrait primer à cet égard? Notre pays se préoccupe grandement de la croissance économique, au détriment de la base qui doit être la famille. Si nous pouvons rétablir l'équilibre à cet égard, notre économie n'en sera que plus florissante.

Le sénateur Mahovlich : De nombreux changements ont été apportés aux lois fiscales en Irlande. La population de ce pays est passée de 3 à 5 millions de personnes.

Mme MacAulay : Si j'ai bien compris, l'Irlande est devenue la porte d'entrée de l'Europe et des mesures incitatives ont été adoptées pour attirer Bill Gates et diverses compagnies en Europe en passant par l'Irlande, ce qui est très intelligent.

Le sénateur Mahovlich : Ils ont prévu des mesures incitatives pour des gens comme Bill Gates.

Mme MacAulay : Tout à fait. Ils ont également prévu des mesures pour encourager les gens à poursuivre leurs études. Ils les mènent jusqu'à la fin de leurs études secondaires, leur disant qu'ils deviendront vendeurs, qu'ils le veulent ou non, ou encore qu'ils obtiendront un diplôme dans un domaine scientifique ou autre et qu'ils seront payés pour le faire. Je ne suis pas certaine d'être d'accord avec cela, mais je dirais qu'ils insistent probablement beaucoup plus que nous sur le volet de l'éducation.

Le sénateur Gustafson : J'ai eu le privilège de partager un appartement avec votre premier ministre, Pat Binns, qui en passant vient de Radville, Saskatchewan. Il est en bonne voie de faire connaître sa province à l'extérieur. Vous pourrez lui dire si vous en avez l'occasion.

Mme MacAulay : Je n'y manquerai pas.

Le sénateur Gustafson : Il y a actuellement un débouché extraordinaire dans le domaine de l'agriculture au Canada, l'éthanol. Votre province est-elle prête pour ce genre de défi?

Mme MacAulay : Je ne connais pas suffisamment ce dossier pour vous donner des précisions, mais je sais qu'il y a des projets en vue de la construction d'une usine d'éthanol. Certains organismes environnementaux craignent que cela n'apporte qu'une maigre amélioration et ne soit pas aussi écologique que l'énergie éolienne, mais cela suscite tout de même un grand intérêt. Je sais qu'il y a un entrepreneur qui travaille dans ce dossier. Les médias en ont parlé dernièrement, mais je ne connais pas les détails.

Le sénateur Gustafson : Quelle serait leur matière première? La pomme de terre?

Mme MacAulay : Oui. La pomme de terre et peut-être aussi la betterave à sucre. Je sais qu'il y a une entreprise qui a fait de la prospection dans la région de Georgetown et rencontré les agriculteurs pour évaluer leur intérêt pour la culture de la betterave à sucre.

Le sénateur Gustafson : Avec 1 800 agriculteurs et toutes les possibilités que présente l'Île, vous pourriez presque atteindre l'autonomie énergétique, ce qui serait un stimulant extraordinaire.

Mme MacAulay : Tout à fait.

Le sénateur Gustafson : Je suis en faveur d'un tel projet.

Mme MacAulay : Nous cherchons depuis longtemps des sources d'énergie de rechange parce que nous dépendons en grande partie du Nouveau-Brunswick à cet égard. Les parcs éoliens de l'Est et de l'Ouest de la province constituent bien sûr un élément important. Le gouvernement a mis sur pied une stratégie qui prévoit une importante réaffectation d'ici 2015. C'est un programme ambitieux, mais c'est ce qui est prévu.

Le sénateur Peterson : Cela entraînera-t-il des répercussions pour les Premières nations dans votre province?

Mme MacAulay : Oui. Nous avons une toute petite communauté autochtone qui compte environ 1 000 personnes. Les problèmes sont sensiblement les mêmes dans cette collectivité que partout ailleurs au pays, c'est-à-dire que bon nombre d'enfants et de familles ont besoin d'aide. La situation ne suscite peut-être pas autant d'intérêt que ce qui se passe dans l'Ouest, mais nous y retrouvons les mêmes problèmes.

La présidente : Je vous remercie beaucoup de votre témoignage madame MacAulay. Nous vous souhaitons bonne chance dans toutes vos entreprises.

Honorables sénateurs, nous accueillons maintenant M. Rory Francis, directeur exécutif chez PEI BioAlliance.

Rory Francis, directeur exécutif, PEI BioAlliance : Madame la présidente, c'est un grand plaisir pour moi d'être ici ce matin. Je tiens également à vous souhaiter la bienvenue à l'Île-du-Prince-Édouard. Je remercie les membres du comité sénatorial d'avoir pris le temps de venir nous rencontrer pour discuter de cette question très importante.

J'ai ici des copies d'un jeu de transparents que vous pourrez consulter à votre guise. Je ne reverrai pas systématiquement chacun d'entre eux. Je me contenterai d'en présenter les principaux points afin de pouvoir consacrer davantage de temps à la discussion.

Je vous présenterai peut-être les choses sous une optique un peu différente de tout ce que vous avez entendu ailleurs au pays à ce sujet puisque mon intervention d'aujourd'hui porte principalement sur la prévention de la pauvreté rurale plutôt que sur la difficulté de soulager les symptômes après coup. Le sénateur Fairbairn et moi avons discuté de la question de la prévention et je reviendrai sur un sujet qui est également important. Je vous dirais que le Sénat est en fait le mieux placé au pays pour se pencher sur l'aspect de la prévention dans la politique publique, puisque la Chambre des communes et le gouvernement en place doivent au quotidien faire face aux diverses situations de crise et qu'il ne leur reste souvent pas assez d'énergie pour songer à la prévention. Cet aspect est loin d'attirer autant d'attention que les interventions en temps de crise et la nécessité d'être perçu comme répondant adéquatement à la situation. Le Sénat a donc un rôle très important à jouer en se penchant sur le problème de la pauvreté du point de vue de la prévention et non seulement des mesures qui peuvent aider à soulager les problèmes existants.

Je dirai tout d'abord que les gouvernements doivent être prêts à investir pour la mise au point d'une nouvelle infrastructure économique dans les collectivités rurales si nous voulons pouvoir briser le cercle vicieux des faibles avenues de développement économique et du manque d'emplois, de l'augmentation de la migration de sortie, de la réduction de la densité de la population et du manque de masse critique permettant d'appuyer l'infrastructure de base, qui sont tous des problèmes qui mènent à la pauvreté des régions rurales. J'ai beaucoup aimé le graphique qui présentait ce cycle dans votre deuxième rapport je crois. Ici à l'Île-du-Prince-Édouard, nous essayons de renverser la vapeur avant que la situation ne devienne irréversible. C'est très difficile. Si l'on ne fait rien pour briser le cycle ou même l'empêcher de s'installer, il devient presque impossible de le faire par la suite. Il est extrêmement difficile pour les collectivités de reprendre pied une fois la spirale descendante amorcée.

C'est ce que nous essayons de faire ici à l'Île. Au cours des 10 à 15 prochaines années, la région de l'Atlantique fera face à un grave problème démographique puisque la population vieillit et diminue, sans compter les données relatives à la main-d'œuvre. Il y a d'importants signes qui permettent de croire que le Canada atlantique aura beaucoup de mal à assurer le maintien des entreprises et des collectivités au cours des 10 à 15 prochaines années. Le Conference Board du Canada prévoit que si l'on ne fait rien pour améliorer la situation, cette région subira des conséquences économiques et sociales très importantes. Il ne sert à rien d'attendre de nous trouver dans cette situation pour dire « Nous devons vraiment faire quelque chose pour renverser la vapeur. » C'est maintenant qu'il faut agir.

J'aimerais dire quelques mots sur les mesures à prendre. Comment pouvons-nous mettre en place des outils de politique gouvernementale qui permettraient d'empêcher la création d'une tendance ou de renverser une tendance existante comme ce qui se dessine pour le Canada atlantique, si nous n'avons pas la possibilité de rétablir notre programme économique? Je parlerai de l'établissement d'une grappe en biosciences à l'Île-du-Prince-Édouard qui constitue, à mon avis, un exemple d'approche qui pourrait rétablir une base de développement économique dans une partie du Canada résolument rurale.

L'utilisation bioscientifique des matériaux, processus et technologies biologiques pour le développement de nouveaux produits est un secteur relativement nouveau de l'économie. On utilise les biosciences pour la production de produits de santé, de nutrition, de matériaux divers et de bioénergie, ainsi que pour la remise en état de l'environnement et ainsi de suite. L'application de ces technologies pour répondre aux divers besoins de la société est plutôt récente, mais la biotechnologie et les biosciences jouent un rôle important dans bon nombre de secteurs.

Au Canada, nous avons généralement le choix. Nous en viendrons à utiliser la biotechnologie et les biosciences pour répondre aux besoins de la société. Cela se produit déjà d'ailleurs. Il reste à déterminer si le Canada veut participer au développement et à l'innovation de ces nouveaux produits et de ces nouvelles technologies et en faire profiter l'économie canadienne ou si nous nous contenterons tout simplement de tirer avantage des résultats engendrés, des meilleures idées et des meilleurs produits, alors que d'autres pays participeront à la mise au point des innovations, des nouveaux produits et des nouvelles avenues de développement économique.

Pour pouvoir participer activement à la bioéconomie en tant que fournisseur de ces produits innovateurs, nous devons pouvoir compter sur une solide base en matière de R-D. Nous devons pouvoir nous appuyer sur des entreprises et des politiques gouvernementales solides. Certains avanceront sans doute que cela signifie que seuls des joueurs importants comme Boston, San Diego, Toronto, Montréal et Vancouver, pourront soutenir la concurrence dans le secteur biotechnologique. Nous sommes ici pour dire que ce n'est pas le cas et que les régions rurales du Canada ont également un rôle à jouer à cet égard. Si les choses sont faites de façon adéquate et organisée, les grappes en biosciences, qui tiennent compte des besoins du marché et dépendent de connaissances scientifiques solides et d'entreprises fortes, peuvent s'avérer efficaces et servir de base à la nouvelle croissance économique dans certaines parties du Canada à l'extérieur des grands centres.

Les transparents 3, 4 et 5 présentent les grandes lignes de la Prince Edward Island BioAlliance. Nous sommes une société sans but lucratif qui a été mise sur pied pour faciliter le travail des entreprises et des services gouvernementaux et de recherche travaillant à la création d'une grappe en biosciences à l'Île. Notre conseil de direction est formé d'un consortium d'entreprises, de groupes de recherche et d'organismes universitaires et gouvernementaux. C'est un modèle unique au pays dans le domaine des biosciences et de création de grappes et ce modèle a donné de bons résultats jusqu'à maintenant pour garantir que nos énergies sont bien ciblées et que nous disposons d'un plan sur lequel tous peuvent se baser.

On trouve à la page 3 des transparents et dans les pages suivantes des graphiques qui illustrent bien l'évolution de l'économie des régions rurales du Canada et de l'Île-du-Prince-Édouard dans le cas présent. Nos industries du secteur primaire ont de moins en moins d'impact sur l'économie en général. Les perspectives d'emploi sont de plus en plus réduites et l'évolution démographique de la société aura des conséquences très néfastes pour l'économie locale si nous ne trouvons pas le moyen de renverser la tendance.

Du point de vue géographique, nous sommes très limités à l'Île-du-Prince-Édouard. Notre territoire est bien défini, l'océan renferme une quantité donnée de homards et de poissons et nous ne pouvons pas continuer de fonctionner à une échelle restreinte sur le marché des produits de base. L'agriculture est une entreprise de produits primaires. Ce n'est pas là notre force. Nous évoluons donc de ce secteur plutôt restreint vers un secteur beaucoup plus vaste qui est basé sur le pouvoir de l'esprit dans le but de créer de nouveaux produits dans le secteur de la bioéconomie.

Le transparent de la page 7 présente notre vision en tant que grappe en biosciences et la collaboration qui existe à cet égard. Il est important de souligner qu'il s'agit là d'un effort communautaire en vue d'ériger une nouvelle économie et de nouvelles possibilités économiques. Les entreprises, les organismes de recherche et les services gouvernementaux travaillent en collaboration dans le cadre d'un modèle organisé pour mettre au point un plan que nous pouvons transmettre à l'interne comme à l'externe.

Les acétates de la page 8 présentent les exigences dans le domaine de l'innovation afin de pouvoir créer une grappe fonctionnelle. Nous devons pouvoir compter sur une base scientifique forte ainsi que sur des entreprises innovatrices disposées à prendre des risques pour créer des commerces qui pourront soutenir la concurrence à l'échelle internationale puisque c'est la nature même de ce secteur. Ces sociétés ne s'adresseront pas uniquement à un marché restreint au Canada atlantique ou même à tout le Canada, mais bien au marché global.

Les transparents suivants présentent ce dont nous avons besoin pour créer des entreprises de biosciences et attirer des entreprises axées sur les biosciences dans la région, ainsi que l'infrastructure nécessaire pour nous permettre de créer des possibilités d'emploi. Nous savons par expérience, et je parle d'expériences récentes, que si nous pouvons créer des possibilités d'emplois offrant des défis et un salaire intéressant, il ne sera pas difficile d'attirer des gens pour venir travailler ici. Nous avons vu au cours des dernières années que nous étions en mesure d'attirer des scientifiques de haut niveau et que certaines entreprises avaient décidé de transférer certains de leurs meilleurs employés et dirigeants installés en Chine et en Australie pour les envoyer chez nous, ici à l'Île-du-Prince-Édouard. Des emplois ont été créés partout à l'Île, pas seulement à Charlottetown. Des travailleurs locaux ont trouvé de l'emploi dans les installations de recherche de Victoria by the Sea et d'autres viennent d'autres parties de l'Île pour y travailler, ce qui entraîne des répercussions dans toutes les régions rurales de l'Île.

Nous avons également été très clairs sur les objectifs que nous nous sommes fixés en ce qui a trait aux possibilités d'emploi, à l'importance de notre secteur privé et au niveau de notre programme de R-D dans la province et nous nous mettons au défi d'atteindre ces objectifs. Nos efforts portent sur certains secteurs précis du grand monde des biosciences et de la biotechnologie. Nous sommes d'avis qu'à notre échelle, nous devons exceller dans un petit nombre de domaines, et c'est ce que nous préconisons.

Les transparents de la page 11 présentent les résultats que nous avons obtenus jusqu'à maintenant et vous pouvez constater l'augmentation du nombre de sociétés qui se sont établies ici ou qui ont déménagé leurs opérations à l'Île-du- Prince-Édouard au cours des quelques dernières années. Il y a 23 compagnies qui comptent plus de 650 employés dans le secteur, ce qui représente un revenu d'environ 60 millions de dollars par année. Vous constaterez également le niveau de croissance du programme de recherche à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard, sans compter les nouvelles installations du Conseil national de recherches. Les fonds accordés pour les contrats de recherche ont plus que doublé au cours des cinq dernières années.

Les transparents de la page 12 portent sur notre proposition de valeur, sur la façon dont nous faisons part au reste du monde des atouts que possède l'Île-du-Prince-Édouard et qui justifient que des entreprises investissent dans notre grappe en biosciences et sur ce que nous pouvons faire de plus pour créer de la valeur pour les sociétés qui s'intéressent au secteur sur lequel nous nous penchons.

Les deux derniers transparents portent sur nos recommandations. J'aimerais revenir à un point important. Je crois fermement que, compte tenu du profil démographique du Canada, des pays occidentaux en général, mais particulièrement du Canada atlantique, nous avons laissé de côté un aspect important de la mise au point d'un bassin de main-d'œuvre, c'est-à-dire que nous n'avons pas consacré suffisamment de temps et d'efforts aux compétences en lecture, en écriture et en calcul à partir de la base. Si nous ne pouvons compter sur un grand nombre de gens brillants pour travailler dans les grappes de biosciences ou d'autres secteurs de l'économie, nous ne pourrons tout simplement pas soutenir la concurrence. Nous anéantissons les chances d'un trop grand nombre de gens en n'aidant pas les familles à accroître les compétences en lecture, en écriture et en calcul des jeunes dès leur enfance. Les programmes mis sur pied à l'Île-du-Prince-Édouard, comme le programme Meilleur départ, sont remarquables en Amérique du Nord et ils méritent qu'on les appuie. Il est absolument essentiel d'offrir des programmes qui appuient les parents dès la naissance de leur enfant et qui garantissent l'accès à des programmes de formation au rôle d'être parents et autres pour assurer que tous les enfants pourront lire, écrire et compter. Pour ce qui est des résultats scolaires, je crois que nous n'insistons pas suffisamment sur l'importance de la qualité de l'éducation dont nos enfants ont besoin au Canada si nous voulons pouvoir soutenir la concurrence à l'échelle mondiale. Cela s'applique aux régions rurales du Canada au moins autant, si ce n'est davantage, qu'à toutes les autres parties du pays.

Il est très important que les entreprises en développement, les jeunes entreprises et les entreprises en croissance aient accès à des fonds. Il y a plusieurs recommandations qui portent sur ce que nous pouvons et devons faire pour garantir que les entreprises du secteur privé ont accès à du capital. Je tiens également à réitérer l'importance d'investir dans l'infrastructure nécessaire pour établir un secteur comme celui des biosciences dans des endroits ruraux comme l'Île-du- Prince-Édouard. Ces investissements comprennent le financement de l'Institut des sciences nutritionnelles et de la santé du Conseil national de recherches, l'expansion du collège vétérinaire dans la province et l'établissement d'un programme de biotechnologie au Holland College. Ces éléments d'infrastructure représentent des investissements essentiels et nous croyons que toutes les régions du Canada en tireront un bon rendement, compte tenu des fonds publics qui ont été investis dans ces installations grâce à l'établissement d'une économie beaucoup plus autonome à l'Île-du-Prince-Édouard.

La présidente : Vos recommandations sur l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul dès l'enfance m'ont fait un très grand plaisir et c'est encore plus extraordinaire d'entendre cela ici à l'Île-du-Prince-Édouard. Je vous remercie.

Notre prochain témoin est Erkki Pohjolainen, agent de développement économique pour la société Resources West. Toutefois, avant de lui céder la parole, j'aimerais souligner la présence de notre député provincial Ron McKinley. Nous sommes heureux de vous avoir parmi nous. Merci de votre présence.

Erkki Pohjolainen, agent de développement économique, Resources West Inc. : Merci de m'avoir invité à témoigner devant votre comité. J'aimerais parler tout particulièrement de la partie ouest de l'Île-du-Prince-Édouard. Elle n'est probablement pas très différente des autres collectivités du pays, mais j'ai beaucoup appris à la connaître depuis mon arrivée ici il y a sept ans et demi. J'occupe actuellement un poste d'agent de développement économique dans la région et j'étais auparavant rédacteur en chef du journal communautaire local.

Il y a plusieurs éléments qui ont une incidence sur la création et le maintien de la pauvreté au niveau rural. Je pense par exemple aux faiblesses au niveau de l'éducation postsecondaire et des possibilités d'emploi, aux problèmes de transport et à la disparité salariale. En termes simples, le développement rural n'a pas suivi le rythme du développement urbain. J'insisterai tout particulièrement sur certains facteurs primordiaux.

Il n'y a pas de services de transport en commun et pas de taxis dans l'Ouest de l'Île-du-Prince-Édouard. Tous les habitants de cette région dépendent donc de l'automobile pour leurs déplacements. Ils doivent franchir de grandes distances pour se rendre au travail ou aux études et n'ont aucun autre moyen que la voiture pour se déplacer. Ceux qui doivent compter sur un parent ou un voisin pour se déplacer sont très désavantagés au niveau des possibilités d'emploi et de l'accès à l'éducation, aux services médicaux et à tous les autres types d'engagements sociaux et le seul fait de ne pas pouvoir se déplacer facilement les maintient dans cet état.

Il arrive que certains employés saisonniers n'aient pas les moyens de renouveler les plaques d'immatriculation de leurs véhicules et qu'ils ne puissent les utiliser, quoiqu'ils le fassent parfois de façon illégale. Cela a des répercussions à plusieurs niveaux, de la participation des enfants aux programmes parascolaires aux activités sociales des adultes à l'extérieur de leur collectivité immédiate. Même faire l'épicerie devient alors un problème qui stigmatise généralement les familles.

Les gens de la partie ouest de l'Île-du-Prince-Édouard qui ont plus de 60 ans se souviennent d'avoir eu à organiser des transports avec les professeurs et d'autres personnes pour se rendre du côté de Summerside afin de poursuivre leurs études secondaires. La majorité d'entre eux ont dû quitter l'école après la 8e ou la 9e année. Jusqu'à tout récemment, les jeunes vivaient dans l'ombre de leurs aînés et considéraient que ce qui avait été bon pour leurs parents l'était également pour eux. Il reste encore des réticences à l'égard des occasions que l'éducation permet. Certaines personnes continuent de dire que la lecture n'apporte pas à manger. Cette mentalité transparaît subtilement dans certaines conversations et accentue bien sûr les défis qui se posent en matière d'alphabétisation.

Très peu de programmes sont offerts au niveau collégial. Le Holland College vient de lancer un programme dans le domaine de la gestion à Tignish et auparavant, il n'y avait qu'un seul collège communautaire qui offrait de façon sporadique un programme ciblé dans ce domaine. Il n'y a aucun effort consistant en vue d'offrir des programmes communautaires et encore moins des programmes universitaires. Certains cours sont offerts à Summerside dans le secteur industriel, mais les étudiants doivent être en mesure de se déplacer pour s'y rendre. L'université se trouve à Charlottetown et les jeunes doivent s'éloigner de la maison. Il arrive souvent que l'on s'attende à ce que ces jeunes restent à la maison pour travailler.

De plus, ceux qui obtiennent des diplômes universitaires n'arrivent pas à trouver d'emploi dans leur domaine dans la région et ils doivent donc partir pour pouvoir gagner de quoi rembourser leurs prêts étudiants, ce qui entraîne un réduction de la population.

L'agriculture et la pêche sont nos industries primaires et le tourisme suit de près. Ce sont là trois secteurs saisonniers qui ne permettent donc pas d'offrir des emplois permanents à l'année et qui forcent les gens à dépendre de l'assurance- emploi pendant les périodes creuses. Le programme d'assurance emploi constitue donc un programme de subvention plutôt qu'un programme d'assurance.

Il y a une certaine résistance au changement, mais les fermes mixtes ne suffisent pas à faire vivre les familles. Pour être efficace, l'agriculture doit représenter une entreprise commerciale et non un mode de vie. Les producteurs de cultures spécialisées et les éleveurs de bétail qui vendent des produits organiques, du lait et des oeufs ou des viandes exotiques, permettent aux fermes familiales d'avoir accès à des marchés à créneaux que les exploitations industrielles ne peuvent desservir.

La plupart des propriétaires de petites entreprises étaient à l'origine des propriétaires-exploitants qui ont engagé des employés lorsque leur entreprise s'est étendue. Très peu d'entre eux ont des connaissances dans le domaine de la gestion des ressources ou de la délégation des tâches. Si l'on tient compte en plus du niveau de chômage, on comprend vite pourquoi les processus de sélection du personnel tiennent souvent beaucoup moins compte du travail qu'il y a à faire que des liens familiaux ou autres. Il arrive que cela donne de bons résultats, mais dans certains cas, le rendement de ces employés est plutôt piètre, ce qui nuit à la progression de l'entreprise et réduit les revenus de tous.

Il arrive également que les emplois qui sont disponibles dans les secteurs ruraux soient des postes de bas niveau qui ne présentent pas beaucoup de défis, paient très peu et n'offrent pas beaucoup de possibilités d'avancement. Puisque le niveau de chômage est élevé, on a souvent tendance à penser que les employés devraient se considérer chanceux d'avoir un emploi et qu'il est facile de remplacer ceux qui ne sont pas contents. Les échelles salariales qui pourraient, dans d'autres circonstances, être élevées restent faibles et les gens qui seraient en mesure de relever des défis plus élevés sont sous-employés.

Les chefs d'entreprises ont des défis à relever. Dans les régions rurales, la création d'emploi passe par le travail indépendant, qu'il s'agisse de mécaniciens d'automobiles, de plombiers ou autres. Toutefois, bon nombre d'entrepreneurs en herbe n'ont pas ce qu'il faut pour surmonter les défis que présente le démarrage d'une entreprise. De plus, dès qu'une personne remporte un certain succès dans un domaine de travail autonome, d'autres s'empressent de se lancer dans la même voie, ce qui ne donne pas de très bons résultats pour l'entreprise naissante et coupe l'herbe sous le pied du premier à avoir lancé l'affaire.

Au moment de la retraite, après toute une vie passée à occuper des emplois saisonniers et à gagner des salaires de misère, ces gens n'ont accumulé que des bénéfices minimes dans le Régime de pensions du Canada et les régimes de pension privés et ils n'ont pas contribué à un régime enregistré de retraite. Ils continuent donc à la retraite de vivre dans le même état de pauvreté et pour tenter de joindre les deux bouts, ils doivent souvent occuper de petits emplois occasionnels pour compléter leurs prestations de Sécurité de la vieillesse pendant cette période de leur vie que l'on nomme généralement l'âge d'or. Ces personnes âgées doivent parfois se résoudre à aller vivre chez un de leurs enfants et le cycle de la pauvreté se perpétue d'une génération à l'autre.

En terminant, j'aimerais soumettre quelques solutions possibles. Pour ce qui est du transport en commun, une étude sur la possibilité de mettre sur pied un système de transport qui desservirait toute l'Île-du-Prince-Édouard est en cours. Cela serait un stimulant important.

Nous devons favoriser les demandes dans le domaine de l'éducation et en faire la promotion plutôt que de nous contenter de rendre ces services disponibles. L'Internet permet de combler le vide en matière d'institutions postsecondaires. Certains programmes de développement de l'entrepreneuriat pourraient être étendus. Des cours de formation permanente existent déjà et il serait bon d'en offrir davantage.

Les institutions financières devraient se montrer plus conciliantes pour les projets de développement à l'extérieur des régions urbaines. Elles ont actuellement tendance à s'intéresser davantage aux municipalités.

La disparité salariale entre les régions rurales et les régions urbaines devrait être réduite au minimum pour empêcher les gens ambitieux et talentueux de quitter la région. La situation au niveau des médecins en est un bon exemple. On a récemment entendu parler d'équité salariale pour les médecins au niveau provincial. Pour une raison ou une autre, les médecins de Montague gagnant 400 $ de plus par jour que ceux d'Alberton, et la disparité est encore plus grande entre les médecins de la ville, à Charlottetown et Summerside, et ceux des régions rurales. Je crois que la situation est inverse dans d'autres provinces.

Nous devons lutter contre cette attitude défaitiste qui pousse les gens à ne pas poursuivre leurs aspirations de peur d'échouer. Il s'agit là d'un filet de sécurité que les gens ont développé avec le temps. Ils ne recherchent pas le succès parce qu'ils ont peur d'être déçus.

Enfin, nous devons assurer un environnement dans lequel tous pourront aspirer à un emploi rémunérateur permanent plutôt que d'espérer de recueillir suffisamment de timbres de présence pour avoir droit à l'assurance-emploi.

La présidente : Je vous remercie beaucoup tous les deux. Nous tenons compte de vos préoccupations à l'égard des divers aspects de l'éducation à tous les niveaux.

Le sénateur Gustafson : Monsieur Francis, je trouve très positif le principe de la prévention dans le domaine de la pauvreté. Nos chercheurs devront en prendre bonne note parce qu'il s'agit là d'une question sur laquelle nous devrons nous pencher.

Le grand problème qui se pose dans le secteur agricole, partout au pays de nos jours, est celui du cours des denrées de base. En 1970, le baril de pétrole coûtait 2,00 $ et le prix du boisseau de blé s'établissait à 2,00 $; de nos jours, un baril de pétrole vaut 60,00 $, tandis que le prix du boisseau de blé se situe encore à 2,00 $. Nous avons mis de l'avant toutes les mesures possibles et inimaginables afin de remédier à ce problème, sauf l'accroissement des montants d'argent versés à l'agriculteur. Tant et aussi longtemps que nous n'augmenterons pas le montant d'argent qu'il reçoit, nous aurons beau faire la leçon au monde entier, il ne sera pas en mesure d'embaucher des ouvriers agricoles.

J'ai rencontré quelqu'un pendant mon voyage en provenance de Regina. Je vais vous donner cet exemple en seulement une minute, mais il est éloquent. Il était habillé comme quelqu'un qui s'en va dans le Sud, il prenait l'avion pour l'Arizona et j'ai donc pensé qu'il s'agissait d'un agriculteur prospère. Je lui ai demandé ce qu'il faisait pour gagner sa vie et il m'a répondu que, toute sa vie, il avait été un ouvrier agricole travaillant pour le compte d'un agriculteur. Je lui ai demandé de quoi il vivait en Arizona. Il a répondu qu'il avait une caravane équipée d'une semi-remorque fourgon et un camion d'une demi-tonne qu'il venait de garer là-bas; il lui en coûtait 1 300 $ par année pour garer sa caravane en Arizona. Je me suis dit que j'étais en présence d'un homme qui avait réussi en travaillant toute sa vie comme ouvrier agricole; les choses se sont bien passées pour lui et il peut profiter d'une bonne retraite. Le problème, c'est que l'agriculteur qui l'embauchait n'a plus les moyens de l'embaucher, maintenant. Ce pauvre agriculteur n'y arriverait jamais. Tant que nous n'aurons pas réglé ce problème, le secteur agricole du Canada va éprouver de grandes difficultés. Je vous rends donc hommage de votre approche consistant à s'attaquer au problème avant qu'il ne se pose.

M. Francis : J'ai travaillé dans la fonction publique dans l'Île-du-Prince-Édouard, y compris avec le premier ministre Callbeck. Au fil des ans, j'ai constaté que l'Île-du-Prince-Édouard a toujours eu des liens étroits avec la Saskatchewan du point de vue des politiques publiques. Qu'il s'agisse des politiques relatives à l'agriculture ou à la santé, il semble que nos liens aient toujours été étroits. Je crois que cela tient à la nature des collectivités. Nous avons également des liens étroits avec des gens à Saskatoon qui travaillent très fort pour mettre en valeur de nouvelles possibilités en Saskatchewan dans le secteur des biosciences. Au début des années 1990, certaines personnes très intelligentes en Saskatchewan et à Saskatoon se sont manifestées et ont dit : « Nous allons faire un important investissement dans l'avenir dans le domaine des biotechnologies et nous tenterons de créer des possibilités pour l'agriculture et pour nos collectivités. » C'était une façon de penser nettement tournée vers l'avenir. Nous aurions aimé, nous aussi, agir aussi rapidement. Nous cherchons à rattraper la Saskatchewan, dans une certaine mesure, mais je pense qu'elle a déjà fait de l'excellent travail.

Le sénateur Gustafson : J'aimerais connaître votre opinion sur ce qui suit. Il me semble que nous n'avons pas bien analysé la situation mondiale et ses incidences sur nous. Je crois que dans le domaine de la recherche, nous devons commencer à analyser la situation mondiale et à définir le rôle que les Canadiens ont à y jouer.

M. Francis : Nous pouvons nous contenter de maudire à volonté les puissances des ténèbres quant à la façon dont le monde évolue, et ainsi de suite, mais ce n'est pas vraiment utile. Nous devons nous remettre de cela assez rapidement et déterminer les moyens par lesquels nous serons compétitifs, compte tenu du fait que le monde évolue, et définir de quelle façon nos collectivités rurales peuvent tirer parti des nouvelles possibilités économiques qui se présentent. Cette préoccupation fait sans aucun doute partie de la réflexion qui sous-entend ce que nous tentons d'accomplir à l'Île-du- Prince-Édouard.

Le sénateur Peterson : M. Francis, je m'intéresse au développement de vos grappes. Avez-vous un parc de recherche?

M. Francis : Le campus universitaire est devenu notre parc de recherche, pour le moment, compte tenu de la présence des membres du corps professoral de l'université dans les domaines des sciences; le Collège vétérinaire de l'Atlantique et le Centre de technologie alimentaire sont situés sur le campus, et maintenant, le nouvel Institut du Centre national de cherches s'y trouve. Ce ne sont pas toutes les installations qui sont sur le campus, mais le parc de recherche y est en grande partie établi.

Le sénateur Peterson : Alors, est-ce que c'est un centre d'incubation? Est-ce que des capitaux privés sont investis dans cette initiative?

M. Francis : Novartis a arécemment investi environ 8 millions de dollars dans une nouvelle installation pour élargir une activité d'aquaculture dans le parc industriel, qui est situé à cinq minutes de l'université. Une bonne partie de l'argent du secteur privé est affecté à des programmes de recherches en collaboration avec le Conseil national de recherches et les chercheurs universitaires, particulièrement au moyen du Fonds d'innovation de l'Atlantique. Cette initiative de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique a représenté un important instrument des politiques publiques permettant de faire intervenir l'investissement du secteur privé dans la grappe des biosciences.

Le sénateur Peterson : J'en conclu que la grappe des biosciences est relativement nouvelle. Avez-vous enregistré des succès directs sur le plan de la commercialisation? Avez-vous été en mesure de commercialiser quelque chose et de dire : «Voilà ce que nous avons accompli» ?

M. Francis : Il faut que la commercialisation soit faite par des entreprises privées.

Le sénateur Peterson : J'en conviens.

M. Francis : Il faut que les entreprises soient présentes sur place. Le premier vaccin dérivé du plasma ADN enregistré dans le monde a été mis au point ici même, à l'Île-du-Prince-Édouard. Cela s'est fait dans le cadre d'une intervention sur la santé animale effectuée par Novartis Santé animale au cours des dix-huit derniers mois. La commercialisation de ce produit a revêtu une énorme importance pour le secteur de l'agriculture sur la côte ouest du Canada. Progressive BioActives Inc. a mis au point un produit de levure bêta-glucane dont on se sert au Canada, aux États-Unis et à l'étranger comme d'un produit de remplacement antiobique dans les aliments pour le porc et la volaille. Il a des applications également dans la crevette, pour donner un autre exemple. BioVectra DCL, la plus importante entreprise chez nous, travaille à une série de contrats. Au fil de nombreuses années, elle a gagné la réputation d'être un des meilleurs fabricants à contrat qui met au point des ingrédients pharmaceutiques pour de grandes sociétés pharmaceutiques. Elle exploite les installations les plus importantes et les plus performantes à l'Est de Montréal en ce qui concerne les procédés d'extraction et de purification. Je pourrais vous donner d'autres exemples.

Le sénateur Peterson : En qualité de centre d'excellence dans le domaine des biosciences, est-ce que vous seriez assez bien classé d'un bout à l'autre du Canada?

M. Francis : Notre entreprise est de petite taille, mais dans les domaines sur lesquels nous avons mis l'accent, nous avons des entreprises et des chercheurs qui, sans l'ombre d'un doute, sont de catégorie mondiale. Nous ciblons quelques domaines, dont la santé animale et la nutrition; les produits de santé dérivés du poisson, ainsi que la santé humaine dans quelques domaines où les gens du Conseil national de recherches ont des compétences, comme la maladie d'Alzheimer et d'autres maladies neurologiques et liées à l'obésité. Dans ces domaines de concentration, nous disposons d'un personnel extrêmement compétent.

Le sénateur Callbeck : M. Francis, votre exposé est très encourageant. Les objectifs que vous vous fixez pour l'an 2010 sont synonymes de dynamisme; nous espérons que vous les atteindrez.

Vous avez mentionné que pour créer ces domaines d'activités dans les biosciences, vous avez besoin d'entrepreneurs du secteur de la recherche et d'infrastructures de soutien des nouvelles entreprises. Que comprennent ces infrastructures?

M. Francis : Nous avons besoin de la capacité de déplacer des entreprises. En ce moment, les infrastructures dont nous disposons pour les programmes de recherche sont abritées dans les installations de partenariat industriel du Conseil national de recherches; il existe six modules à la disposition des entreprises menant à bien des programmes de recherche dans des domaines de collaboration avec des chercheurs du CNRC. Cinq des six modules sont déjà complets et l'installation n'a ouvert ses portes que l'an dernier. Nous manquons déjà d'espace pour les entreprises qui souhaitent réaliser des travaux de développement de produits.

Pour la prochaine étape du développement, nous avons des plans qui sont prêts pour un projet appelé accélérateur d'entreprises, dans le cadre duquel des entreprises qui en sont à un stade embryonnaire peuvent partager des infrastructures, des installations, un accès aux équipements, et ainsi de suite. Cette façon de faire limite les coûts d'exploitation aux premières étapes. Une partie de ces installations serviront à la mise au point de produits de santé dérivés du poisson; je crois donc qu'il y aura des aires de bassins et ainsi de suite pour appuyer les travaux nécessaires pour faire passer les produits, les vaccins et les éléments thérapeutiques en matière de santé dérivée du poisson au processus de commercialisation.

Nous devons mettre l'accent sur ce que les entreprises doivent faire pour bien développer leurs produits et pour les commercialiser. Ce projet fournira des infrastructures personnalisées aux entreprises embryonnaires afin qu'elles puissent franchir l'énorme fossé qui sépare une bonne idée scientifique d'une activité commerciale fructueuse.

Le sénateur Callbeck : Vous avez déclaré que la plus grande du marché de ces produits se trouve à l'étranger. Est-ce que cela devient plus facile de commercialiser ces produits?

M. Francis : Cela a toujours représenté un défi, mais je crois que le niveau des compétences des gens qui y travaillent s'améliore. Je crois qu'au Canada en général, la prochaine génération des personnels est de beaucoup plus à l'aise en ce qui concerne le marché international, les voyages et les déplacements, et ainsi de suite. Ils parlent probablement deux langues. Nous sommes sortis de notre coquille au cours de la dernière génération, en particulier. Ce sont principalement l'état d'esprit et la capacité de se déplacer facilement dans le monde qui revêtent de l'importance dans ce contexte, et je crois que nous avons réalisé des avancées assez importantes à cet égard dans les provinces de l'Atlantique. Il est d'une grande importance que les enfants soient mis en contact en bas âge avec d'autres langues et qu'ils aient la possibilité de voyager à l'étranger, car il faut bien connaître le monde dans lequel nous vivons.

Le sénateur Callbeck : Dans votre diaporama, au titre de la recommandation sur l'amélioration de l'accès au capital, vous avez mentionné les réseaux d'anges. Est-ce qu'ils prennent de l'importance dans les provinces de l'Atlantique?

M. Francis : Oui. Le capital d'anges est du capital fourni par des investisseurs qui savent être patients et qui ont probablement gagné beaucoup d'argent dans d'autres types d'activités. Ils se peut que ces investisseurs soient à la retraite, mais ils veulent s'impliquer dans des entreprises. Ils veulent investir dans quelque chose de nouveau et d'intéressant, et ils n'ont pas besoin de recouvrer leur argent l'an prochain. Ils peuvent se montrer davantage patients. Il se peut même qu'ils prodiguent des conseils à la lumière de leur expérience dans le monde des affaires, conseils qu'ils adjoignent à leur argent, si vous en êtes d'accord. La First Angel Network Association de Halifax est également active ici dans l'Île-du-Prince-Édouard À ma connaissance, il s'agit du premier réseau de cette nature dans la région de l'Atlantique. D'autres sociétés actives dans le domaine du capital de risque — GrowthWorks Atlantic Venture Fund et le fonds de capital de risqué de Financement agricole canada — ont également fait d'importantes contributions, mais la First Angel Network Association, qui en est encore à son stade embryonnaire, constitue notre première expérience d'accès à ce type de capital patient.

Le sénateur Callbeck : Monsieur Pohjolainen, vous avez mentionné certaines solutions. J'ai des questions à vous poser à propos de quelques-unes d'entre elles. Vous avez dit que nous devons favoriser l'accroissement de la demande d'éducation. Avez-vous des suggestions à formuler quant à la manière de s'y prendre?

M. Pohjolainen : Je crois qu'on peut partir du bon pied en analysant ce qui s'est passé dans le secteur de la pêche, par exemple. Les jeunes ne peuvent plus s'attendre à reprendre le bateau de leur père lorsque celui-ci décide de cesser son activité. Cette évolution se fait naturellement de toutes façons, mais accélérons ce mouvement. Comme M. Francis l'a dit, il faudrait peut-être s'ouvrir davantage sur le monde et à la culture internationale dans les cas où on ne peut plus rester tributaire des réalités d'antan. Il faut se tourner vers l'avenir. Peut-être que si on peut inculquer cet état d'esprit aux jeunes plus tôt, ils se heurteront plus tard à moins d'obstacles s'ils vivent déjà dans un contexte qui est en évolution ou s'ils prennent conscience des changements qui surviennent.

Le sénateur Callbeck : Vous avez fait état de programmes de développement de l'entrepreneuriat. Des programmes de ce type existent; je vois qu'on les annonce dans les journaux.

M. Pohjolainen : Nous en avons exécuté trois : méthodes en matière de marketing, perfectionnement des resources humaines et planification de la croissance. Ils visent des questions précises. Nous avons connu d'énormes succès à l'aide du financement que nous avons reçu d'organismes fédéraux et provinciaux. Comme je l'ai dit plus tôt, les entrepreneurs, en règle générale, lancent leur propre entreprise, croissent avec elle et, en fait, ils ne mettent jamais vraiment l'accent sur la croissance de leur entreprise. Nous les encourageons à prendre un peu de recul et à voir dans leur entreprise ce qu'elle est, soit justement une entreprise, plutôt qu'une réalité qui façonne leur mode de vie ou leur activité, et cela favorise une meilleure croissance, l'expansion et la mise en commun des connaissances. Ce faisant, nous avons déjà mis en place quelques réseaux. Des entreprises font maintenant des affaires les unes avec les autres à l'échelle locale, au lieu de s'en remettre à des fournisseurs d'outre-mer ou des diverses régions du pays.

Le fait de trouver les éléments d'information qui manquent aux propriétaires d'entreprises, puis de dispenser des services d'éducation répondant à ces besoins, ouvre la voie à des progrès.

Le sénateur Callbeck : Si trois de vos programmes ont connu du succès, cela doit vouloir dire qu'il existe une véritable demande pour eux.

M. Pohjolainen : Absolument.

Le sénateur Callbeck : La demande vient-elle d'entrepreneurs qui exploitent des entreprises? Souhaitent-ils assister à des programmes?

M. Pohjolainen : Oui. En règle générale, il en coûte 200 $ pour suivre un programme. En vertu du modèle que nous avons mis au point, un consultant travaille en tête à tête avec l'entreprise et nous tenons également cinq ou six séances de groupe. Donc, en échange d'un engagement de 200 $, le propriétaire d'une entreprise obtient 20 heures de travail en tête à tête avec un consultant et profite de tous les travaux réalisés dans la classe. Deux des trois programmes ont affiché complet. L'autre programme pouvait accueillir 12 participants, mais étant donné que deux entreprises n'ont pas voulu participer ou ne satisfaisaient pas vraiment aux critères — il s'agissait d'employeurs de deux à vingt personnes à temps complet et à longueur d'année -, ce qui ne correspondait pas au marché que nous tentions d'atteindre, il nous a fallu nous contenter de dix participants. Nous avons observé un degré élevé d'adhésion de la part du monde des affaires.

Le sénateur Callbeck : Devrions-nous mettre en œuvre davantage de programmes de ce type et les étoffer?

M. Pohjolainen : Absolument. Oui.

Le sénateur Mahovlich : Je tiens à féliciter M. Francis de son excellent exposé. Je vois l'éventail des collèges et des écoles, et il y en a un qui retient particulièrement mon attention, à savoir Holland College. Est-ce qu'on y offre des cours d'art culinaire? Est-ce que ce collège forme des chefs?

M. Francis : Oui, c'est le cas. L'Institut culinaire du Canada fait partie du Holland College.

Le sénateur Mahovlich : Attirez-vous des étudiants du continent?

M. Francis : Ah oui. Le sénateur Callbeck connaît cette question mieux que moi, mais la majorité des étudiants viennent de l'extérieur de l'Île-du-Prince-Édouard. Le Holland College a toujours eu une identité différente de celle de nombreux collèges au Canada. Dans bon nombre de ses programmes, la majorité des étudiants viennent de l'extérieur de l'Île-du-Prince-Édouard. Ce collège met l'accent sur l'entrepreneuriat depuis de nombreuses années.

Le sénateur Mahovlich : Depuis combien d'années?

M. Francis : Sénateur, permettez-moi de vous aider sur ce point. Depuis combien d'années le Holland College existe- t-il? Depuis le début des années 1970, je pense.

Le sénateur Callbeck : J'allais dire 1979, de mémoire, mais cela remonte peut-être à quelques années plus tôt.

M. Francis : C'est dans ces années-là.

Le sénateur Mahovlich : Nous avons probablement à Toronto des chefs qui ont été formés à l'Île-du-Prince- Édouard.

M. Francis : Absolument. Le Holland College produit régulièrement des chefs de classe mondiale qui remportent des prix.

Le sénateur Mahovlich : Je vois qu'il se fait de nombreuses études sur le homard et les crustacés et mollusques. Avons-nous fait des progrès en ce qui concerne le homard? Est-ce que nous avons du homard en abondance grâce à ces études?

M. Francis : Je ne dirais pas que c'est grâce aux études. À mon avis, la santé de notre secteur du homard, qui est encore passablement bonne, s'explique davantage par la chance que par la qualité de la gestion, pour vous dire la vérité. Fait étonnant, la récolte est durable chaque année depuis de nombreuses années, ce qui n'a pas été le cas d'autres espères de poissons de fond. Tout en rendant à chacun ce qui lui est dû, il faut dire que le nombre des pêcheurs et des nasses est limité. C'est donc une pêche où les prises sont limitées. Certaines mesures, pas toujours populaires, ont été prises afin de faire en sorte que nous puissions protéger les petits homards pour l'avenir. Il semble que tout cela a contribué à assurer la durabilité de cette pêche.

En raison de l'absence de bonnes connaissances biologiques et d'autres données scientifiques de qualité sur cette pêche, l'AVC Lobster Science Centre a été constitué à l'Atlantic Veterinary College au sein de l'université de l'Île-du- Prince-Édouard. Du fait que son mandat met l'accent sur le poisson et les mollusques et crustacés, ce collège vétérinaire est assez inhabituel en Amérique du Nord. La plupart des vétérinaires qui soutiennent l'aquaculture en Amérique du Nord ont été formés à l'Atlantic Veterinary College, ce qui sous-tend en partie l'accent que nous mettons sur les produits de santé dérivés du poisson dans notre grappe des biosciences. Les spécialistes qui s'occupent du homard s'emploient non seulement à comprendre les enjeux de la dynamique de la population chez le homard, mais ils travaillent également sur les moyens d'évaluer la santé du homard lorsqu'on le sort de son environnement naturel et sur les systèmes d'entreposage du homard. Comment peut-on préserver la santé du homard ou comment évalue-t-on l'état de santé du homard? Nous sommes en mesure de mesurer notre propre température et notre tension artérielle, et il y existe des moyens traditionnels de vérifier la santé des animaux que nous consommons, mais, pour le homard, les recherches de ce type n'ont pas été faites. Cela se fait maintenant et cela contribuera certainement à la réduction des pertes à l'étape de l'entreposage, qui s'élèvent à des millions de dollars par année dans le secteur nord-américain du homard.

Le sénateur Mahovlich : C'est très intéressant.

Monsieur Pohjolainen, vous avez parlé du départ à la retraite et je me trouve à l'âge où cela se fait. Je constate que je n'ai pas assez d'argent et que je n'ai pas bien planifié. Il est très difficile de surmonter les habitudes, d'inciter les entreprises à penser à l'avenir pour ce qui concerne les pensions de retraite. J'ai été athlète professionnel à un certain moment et les athlètes ne réfléchissaient pas à ce que serait le coût de la vie aujourd'hui. Ils n'étaient pas préparés à ce qui va se passer. Je ne suis pas certain de la façon dont les choses se passent aujourd'hui. De nos jours, les joueurs n'ont pas vraiment besoin d'une pension, car ils gagnent beaucoup d'argent, mais pour les enseignants et les agriculteurs en particulier, il en va autrement. Avez-vous des idées quant à ce que les gouvernements devraient faire pour qu'un agriculteur puisse se préparer à une agréable retraite?

M. Pohjolainen : Je n'ai pas de suggestions, non.

Le sénateur Mahovlich : Voilà le nœud de la question. Il nous faut sortir des habitudes ancrées, mais personne n'y arrive. Personne n'a de vision. Il nous faut agir, sans quoi les prochaines générations devront s'occuper de moi ou d'un agriculteur.

M. Pohjolainen : Je ne crois pas que la solution consiste exclusivement à s'en remettre au gouvernement pour qu'il fasse quelque chose. À l'échelle sociale, nous devons également assumer nos propres responsabilités.

Le sénateur Mahovlich : Eh bien, en réalité, c'est nous qui détenons le pouvoir.

M. Pohjolainen : C'est nous, effectivement.

Le sénateur Mahovlich : Nous devons formuler un plan de match sous une forme ou une autre.

M. Pohjolainen : Est-ce que ce plan de match pourrait alors consister en des incitatifs que les entreprises pourraient intégrer dans des régimes de REER pour servir d'appoint ou pour compléter ce qui est déjà en place par l'intermédiaire du Régime de pensions du Canada? Dans l'affirmative, il serait peut-être possible, par effet de levier, d'exercer une influence afin d'inciter les entreprises à se comporter de cette façon.

Le sénateur Mahovlich : Oui.

M. Pohjolainen : Si cette influence était exercée par le gouvernement, elle pourrait peut-être prendre la forme d'incitatifs fiscaux.

La présidente : Merci d'avoir soulevé cette dimension.

Le sénateur Mercer : Je veux parler du financement de votre projet. Vous avez mentionné le Fonds d'innovation de l'Atlantique et l'Agence de promotion économique du Canada atlantique. Le gouvernement fédéral a-t-il accordé du financement pour une chaire à l'université de l'Île-du-Prince-Édouard, ou est-ce que l'université y est arrivée par ses propres moyens?

M. Francis : Il y a plusieurs chaires, en fait. L'université a connu passablement de succès dans sa lutte avec la concurrence pour l'obtention de Chaires de recherche du Canada, initiative fédérale qui remonte à plusieurs années. Cela a fourni une importante occasion de mettre en place des personnes très qualifiées. Le leadership et l'engagement, à l'université, ont eu pour effet que les chaires ont été crées dans des domaines complémentaires de notre action visant le développement de grappes. Nos réalisations à ce jour découlent du fait que le recteur et le vice-recteur font partie de l'équipe et disent : « D'accord, nous allons affecter des ressources et nous procéderons à notre recrutement conformément au plan que la collectivité que nous sommes a élaboré pour développer cette grappe. » Cet engagement et ce leadership ont revêtu une grande importance et les Chaires de recherche du Canada en constituent un bon exemple.

Je vous raconte, à titre d'exemple, un épisode éminemment positif. Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en produits naturels marins, originaire d'Écosse, a obtenu son doctorat de l'université de Calgary. Il nous est venu de la Florida Atlantic University, où il a passé environ 14 ans à élaborer un programme assez important dans la biochimie des produits naturels, les composés bioactifs marins. Il a été recruté après avoir indiqué son intérêt. Il a décidé de transplanter sa famille au Canada. Son épouse est de la Floride du Sud. L'ont accompagné son épouse, ses enfants, deux de ses étudiants de postdoctorat, des techniciens de laboratoire de recherche — ils ont tous déménagé à l'Île-du- Prince-Édouard au cours de l'année qui vient de s'écouler.

Il est venu pour un certain nombre de raisons. Premièrement, à l'évidence, il y avait l'occasion qu'offrait la Cherche de recherche du Canada. Deuxièmement, il y avait une occasion de collaborer avec des spécialistes du Conseil national de recherches, qui mettraient l'accent sur les mêmes sciences et recherches. Troisièmement, la sécurité et le sentiment d'appartenance à la collectivité qu'il a ressentis pendant son séjour à l'Île-du-Prince-Édouard ont beaucoup compté dans sa décision. Enfin, il y avait une occasion de bénéficier de ce que nous appelons la liberté de se réaliser, l'occasion de concrétiser des projets de recherche dans un milieu qui lui convenait. En d'autres termes, cela a été la conjugaison du Programme des chaires de recherche du Canada et également du fait que l'Île-du-Prince-Édouard est attrayante pour les personnes en quête d'un meilleur équilibre entre la carrière professionnelle et la vie de famille que ce que les feux de la rampe de San Diego, par exemple, peuvent offrir.

Le sénateur Mercer : Voilà une excellente nouvelle. J'ai pose cette question précisément parce que je prévoyais votre réponse et je crois qu'il est important que mes collègues autour de la table comprennent à quel point le Programme des chaires de recherche du Canada a connu du succès, particulièrement pour les petites universités.

M. Francis : Pour les petites universités, absolument.

Le sénateur Mercer : Lorsque le programme a été lancé, les gens qui, comme moi, vivaient dans de petites régions ont eu peur d'être tenus à l'écart et ont craint que les chaires ne soient accordées à l'université de la Colombie- Britannique et à l'université de Toronto. De tous les sénateurs réunis autour de la table, seul le sénateur Mahovlich vient d'une grande agglomération métropolitaine. Il est de Timmins.

Ma deuxième question porte sur votre programme. La diapositive relative aux objectifs pour 2010 fait état de l'accroissement des dépenses de recherche-développement, qui passeraient de 40 millions à 80 millions de dollars.

M. Francis : C'est un objectif, en effet.

Le sénateur Mercer : Comment allez-vous y arriver? Est-ce que ça va bien jusqu'à maintenant?

M. Francis : Malheureusement, les plus récents chiffres de Statistique Canada portent sur l'année 2004. Nous tirons toujours de l'arrière pour ce qui est de notre capacité de mesurer les dépenses de recherche-développement. Ces dépenses sont d'origine locale et extérieure.

Il existe trois ou quatre sources de ces dépenses de recherche-développement. L'une concerne la capacité de l'Atlantic Veterinary College, à l'université, d'attirer du financement de la part des trois conseils subventionnaires, à savoir les Instituts de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, et ainsi de suite. Au cours des cinq dernières années, le financement est passé de rien à 5 millions de dollars par année, ce qui traduit la tendance qui est la nôtre, c'est-à-dire que nous sommes en mesure de rédiger des propositions de qualité suffisante et de réaliser des recherches de qualité suffisante pour avoir accès à des crédits de ce type. Il s'agit de recherches universitaires portant sur la santé. Même si nous n'avons pas d'hôpital d'enseignement, le collège universitaire, dans les faits, est devenu notre hôpital d'enseignement, avec le personnel biomédical qu'il compte.

Les autres sources appartiennent au secteur privé et des entreprises d'ici investissent littéralement des millions de dollars tous les ans. Cela n'est pas encore le fait d'un grand nombre d'entreprises, mais il s'agit d'investissements du secteur privé. Plus récemment, dans les quatre derniers cycles des investissements du Fonds d'innovation de l'Atlantique, qui se composent de prêts à des entreprises, et non de subventions, les investissements de contrepartie faits par le secteur privé ont été de l'ordre de 55 millions de dollars sur cinq ans. Il s'agit de l'investissement du secteur privé dans la recherche et l'élaboration de produits.

Les autres sources proviennent du budget de recherche d'Agriculture et Agro-alimentaire Canada dans la province, ainsi que de l'engagement envers la recherche de l'Institut des sciences nutritionnelles et de la santé du Conseil national de recherches. Nous avons déjà largement dépassé le seuil des 40 millions de dollars et nous nous situons déjà probablement aux alentours de 60 millions de dollars, et nous connaissons en ce moment une croissance assez rapide. Nous recevons davantage de demandes de mener à bien des recherches à contrat. Quand je dis « nous », j'entends la grappe. La demande s'accroît dans le domaine de la mise au point de produits de santé dérivés du poisson au collège vétérinaire. Nous ne disposons pas d'aires matérielles pour l'aménagement de bassins et ainsi de suite pour soutenir cette demande en matière de recherche. La demande vient d'entreprises multinationales, et non pas seulement de nos propres petites entreprises de démarrage. Les grandes entreprises ont besoin d'un accès à ces installations et il n'y en a que quatre dans le monde, toutes situées en Europe, et nous en aurons une ici.

Le sénateur Mercer : C'est formidable.

Ma dernière question, et je prévois à nouveau la réponse, mais je veux qu'elle soit donnée officiellement, concerne les activités de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique dans les cas à la fois de votre initiative et d'autres initiatives à l'Île-du-Prince-Édouard. Est-ce que l'APECA donne de bons résultats? Avance-t-elle dans la bonne direction? Les programmes posent toujours des problèmes. Y a-t-il des problèmes à l'APECA que nous devrions étudier et régler?

M. Francis : C'est maintenant officiel.

Le sénateur Mercer : Oui.

M. Francis : Certains programmes gouvernementaux fonctionnent bien et il y en a d'autres qu'il faut probablement améliorer ou qui ne produisent pas les retombées que l'on pourrait souhaiter. Ils reposent peut-être sur de bonnes intentions, mais il arrive parfois que les programmes gouvernementaux ne disposent pas de l'effet de levier leur permettant d'avoir l'effet souhaité. Toutefois, il importe que je mette l'accent sur le positif. L'APECA est un partenaire très fort de ce que nous faisons en ce qui concerne le développement de grappes et le Fonds d'innovation de l'Atlantique. Je ne connais pas bien les autres aspects de l'action de l'APECA, mais le Fonds d'innovation de l'Atlantique est unique en son genre au Canada et les investissements qu'il fait ont eu un impact. Toutefois, encore une fois, il s'agit d'un programme de prêts, et non de subventions. Je crois que nous avons acquis une attitude de supériorité morale au Canada. Les Américains ont un très fort esprit d'entreprise et ils accordent des subventions à des entreprises très jeunes à des fins de commercialisation. Nous ne le faisons pas au Canada. Par l'intermédiaire de son programme de subventions, le Fonds d'innovation de l'Atlantique a, plus que tout autre programme, rassemblé les milieux de la recherche et des entreprises du secteur privé afin d'appuyer la commercialisation des produits mis au point. Nous avons écrit au gouvernement pour l'informer du fait que nous observons que ces investissements donnent des résultats très positifs.

Le sénateur Mercer : Votre réponse figure maintenant au compte rendu officiel, parce que je m'inquiète que le gouvernement, peut-être, sabre dans le budget de l'APECA, comme il l'a fait dans le cas d'autres programmes. Nous, dans le Canada atlantique, nous ne pouvons certainement pas nous permettre cela. Je vous remercie.

La présidente : Merci beaucoup. Vous avez formé une paire très positive et très stimulante, et nous vous souhaitons le meilleur succès. Il ne fait pas de doute que cela est très bon pour l'Île-du-Prince-Édouard et cela donne un bon exemple aussi à d'autres endroits.

Chers collègues, nous avons beaucoup entendu parler d'éducation ces deux derniers jours, y compris ici ce matin. Nous sommes très heureux d'accueillir maintenant Catherine O'Bryan, qui compte de longs antécédents au sein de la PEI Literacy Alliance et qui a énormément travaillé à ce dossier.

Catherine O'Bryan, directrice exécutive, PEI Literacy Alliance : Je suis heureuse de l'occasion qui m'est donnée de vous parler aujourd'hui de la pauvreté rurale. Permettez-moi tout d'abord de me présenter. Je suis née à l'Île-du- Prince-Édouard. J'ai vécu à Charlottetown jusqu'à mon adolescence, puis mon père a acheté une ferme de 150 acres sur le littoral sud. Nous n'avons pas travaillé la terre, mais nous en avons loué une partie à des agriculteurs.

À l'école secondaire, la grande majorité de mes amis souhaitaient avant tout avoir la chance de quitter l'Île-du- Prince-Édouard et de gagner de l'argent. L'éducation n'était valorisée que par quelques personnes qui se proposaient de fréquenter l'université et de s'en aller. La plupart des gens de mon âge souhaitaient se marier ou trouver un emploi. Bon nombre d'entre eux ont décroché avant d'avoir terminé leur douzième année d'études pour travailler avec leur père sur l'exploitation agricole ou en mer.

Cela se passait il y a près de 50 ans et je ne crois pas que cette tendance ait beaucoup changé. De nos jours, les jeunes quittent l'école pour aller occuper des emplois très bien payés dans l'économie en plein essor de l'Alberta. Malheureusement, bon nombre de ces travailleurs migrants ne savent pas bien lire et écrire.

Je suis directrice générale de la Prince Edward Island Literacy Alliance, qui est un organisme de coordination de 30 organisations provinciales qui s'intéressent à l'alphabétisation. Figurent parmi nos membres les organisations Women's Network PEI, le ministère de l'Éducation, l'université de l'Île-du-Prince-Édouard et 28 autres. Notre mission est de faire progresser l'alphabétisation chez les insulaires. La pauvreté rurale n'est pas notre domaine de compétence, mais nous savons qu'une mauvaise maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul contribue à la pauvreté, au chômage et à un mauvais état de santé.

Voici ce que nous savons de l'état de l'alphabétisme. En 2003, la deuxième Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes a été rendue publique. Elle a montré que les taux d'alphabétisation décroissaient d'Ouest en Est au Canada. L'Île-du-Prince-Édouard a obtenu de mauvais résultats en matière de lecture, d'écriture et de calcul. Les nouvelles statistiques concernant les connaissances de base en matière de santé sont alarmantes, elles aussi.

La plupart des gens ne comprennent pas ce qu'est l'alphabétisme et ce qu'il n'est pas. On définit l'alphabétisme comme étant la capacité de comprendre et d'utiliser des activités imprimées dans l'activité quotidienne au foyer, au travail et dans la collectivité. Il ne s'agit pas de savoir si une personne sait lire ou non, mais de l'aisance avec laquelle elle lit. Parce qu'elles interprètent mal la notion d'alphabétisme, de nombreuses personnes ne croient pas les statistiques relativement à l'alphabétisme et ne considèrent pas non plus qu'il s'agit d'un enjeu important. De nombreux insulaires affirment ne connaître aucun adulte qui ne sait pas lire et écrire; ils ne croient donc pas que 43 p. 100 des insulaires maîtrisent mal la lecture ou l'écriture.

La maîtrise du calcul ne se limite pas à la capacité de faire des opérations arithmétiques de base. Elle comprend l'acquisition d'une confiance et d'une compétence à l'égard des chiffres et des mesures. Elle nécessite la compréhension du systèmes des chiffres, la connaissance des techniques mathématiques et la capacité de régler des problèmes numériques ou spatiaux dans toute une gamme de complexes. La maîtrise du calcul exige aussi la compréhension des moyens par lesquels on réunit des données par le calcul et des mesures, et on les présente dans des graphiques, des diagrammes et des tableaux.

Voici un tableau. Je ne vous montrerai pas d'autres statistiques.

Beaucoup de gens ne comprennent pas qu'une mauvaise maîtrise de la lecture, du calcul et du calcul ne pose pas seulement des problèmes sociaux qui ne touchent que quelques personnes. Cela pose maintenant un problème économique de grande importance qui touche toute la province.

Quelle est la conséquence de cette situation pour l'Île-du-Prince-Édouard? On demande de plus en plus à des agriculteurs de devenir des gens d'affaires modernes, de façon à ce que leur activité soit rentable et à ce qu'ils puissent accroître les rendements. Les pratiques commerciales modernes supposent la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul.

Les agriculteurs doivent mélanger des produits chimiques, calculer les rendements, et déterminer les prix et les coûts de production. Toutes ces activités nécessitent des compétences en matière de lecture, d'écriture et de calcul. Si elles ne sont pas bien effectuées, elles peuvent être onéreuses et dangereuses.

Les pouvoirs publics renforcent le besoin des compétences en matière de lecture et d'écriture. Les agriculteurs doivent respecter divers règlements provinciaux visant leurs pratiques. Les programmes de stabilisation des revenus, d'assurance de la production et de gestion des risques nécessitent tous une très bonne maîtrise de la lecture et de l'écriture, de manière à ce que l'agriculteur puisse lire et comprendre toutes les incidences de ces activités.

Les nouveaux règlements relatifs aux pesticides constituent un exemple de domaines qui exigent une compréhension afin de prévenir des blessures en milieu de travail. Les étiquettes apposées sur les contenants de produits chimiques ne sont pas toujours rédigées en langage simple. Les avertissements en matière de sécurité sont parfois représentés par des symboles que tous ne peuvent pas comprendre. Il se peut que des superviseurs doivent précipiter leur travail et on oublie parfois de prévoir du temps pour la formation à de nouveaux équipements ou à de nouvelles matières. Nous avons entendu récemment des informations selon lesquelles les incidents en milieu de travail en Alberta se sont accrus de manière saisissante, car les nouveaux travailleurs migrants ne possèdent pas la maîtrise de la lecture nécessaire à leur sécurité.

La mauvaise maîtrise de la lecture et de l'écriture se transmet d'une génération à l'autre, comme cela se faisait à l'exploitation agricole familiale. En milieu agricole, il se peut que les parents soient trop occupés pour assurer ou promouvoir l'alphabétisation et l'apprentissage sur leur exploitation ou pour encourager leurs enfants à terminer leurs études. Ils peuvent avoir besoin de leurs enfants comme main-d'œuvre supplémentaire pouvant absorber une partie de la charge de travail. Auparavant, les aptitudes à la lecture et à l'écriture n'étaient pas aussi nécessaires pour les personnes vivant d'un travail manuel, mais, avec l'évolution du temps, le besoin de ces compétences s'est accru.

Les personnes âgées ont tendance à retourner dans les régions rurales après avoir pris leur retraite. Les régions rurales de l'Île-du-Prince-Édouard offrent peu de possibilités d'ordre éducatif aux personnes qui s'intéressent à l'apprentissage continu. Les ressources des régions rurales de l'Île-du-Prince-Édouard en matière de santé sont également limitées. Peu de médecins sont disposés à déménager dans une région rurale pour y établir un cabinet. Ils ne disposent pas de l'appui d'un hôpital moderne ou d'un noyau de collègues auxquels ils peuvent demander des conseils. Les gérontologues ont tendance à s'établir dans les agglomérations de plus grande taille. Il se peut que les possibilités d'interaction sociale et d'activités physiques soient limitées.

La maîtrise de la lecture et de l'écriture est une compétence qu'il faut entretenir, sans quoi on la perd. Pour les populations des régions rurales qui souhaitent renforcer leurs capacités dans ce domaine, il y a peu de possibilités qui s'offrent. L'organisation Laubach Literacy offre un programme de tutorat en tête à tête en matière de lecture et d'écriture un peu partout à l'Île-du-Prince-Édouard. Le nombre de tuteurs disponibles a diminué et le nombre de personnes se présentant pour bénéficier d'un tutorat a reculé. Cela est imputable à de nombreux facteurs. Les jeunes ne sont pas attirés vers l'organisation pour soulager les travailleurs plus âgés des tâches de tutorat. Le groupe se compose exclusivement de bénévoles. Ne disposant pas du financement nécessaire, cet organisme n'a pas les moyens de mener de vigoureuses campagnes de publicité pour faire connaître son service gratuit et confidentiel.

Le Holland College, collège communautaire, compte divers emplacements répartis dans l'Île-du-Prince-Édouard. Il prodigue une certaine formation à la lecture et à l'écriture si le demandeur est admissible à l'assurance-emploi ou est soutenu par des services sociaux. Il arrive à l'occasion que des places soient mises gratuitement à la disposition du public.

Des apprenants ont indiqué à la Literacy Alliance qu'ils préfèrent ne pas suivre une formation dans un établissement ressemblant à l'école où ils ont déjà échoué. Certains locaux du Holland College sont situés dans des édifices modestes, mais les locaux n'en demeurent pas moins conformes aux normes et au style du Holland College. Il y a des écoles communautaires actives dans certains secteurs qui offrent des possibilités d'apprentissage informel.

De notre point de vue, la situation dans les régions rurales de l'Île-du-Prince-Édouard est terrible. Il y a moins de jeunes qui retournent à l'exploitation agricole après la fin de leurs études et de nombreux autres délaissent l'agriculture en quête d'un avenir plus lucratif ans les sables bitumineux. Les jeunes considèrent que la possibilité de gagner sa vie sur l'exploitation agricole n'est pas viable s'ils n'ont pas fait de solides études, non seulement dans le domaine des pratiques agricoles, mais aussi en matière d'économie mondiale.

Selon Scott Murray, de Statistique Canada, une augmentation de 1 p. 100 du taux d'alphabétisation entraînerait une augmentation de 1,5 p. 100 du produit national brut. La capacité du Canada à atteindre cet objectif est compromise. Les compressions et les retards dans le financement fédéral affecté à l'alphabétisation minent la capacité des organisations d'alphabétisation à appuyer ce secteur d'activité, ce qui aura une incidence sur la capacité d'offrir les services.

Nous avons besoin de réponses claires de la part du gouvernement Harper. Quel est le plan en matière d'alphabétisation? Qu'en est-il de la stratégie nationale ou pancanadienne proposée en 2003 par le Comité permanent du développement des ressources humaines et de la condition des personnes handicapées qui était constitué de représentants de tous les partis?

Il tarde à la PEI Literacy Alliance de voir les résultats de vos délibérations. Entre-temps, nous vous demandons de vous exprimer et de poser des questions sur le besoin d'une stratégie pancanadienne d'alphabétisation. Cette stratégie pourrait servir à réduire la pauvreté rurale et à revitaliser l'économie canadienne dans toutes les régions.

La présidente : Merci beaucoup. Nous savons que vous avez travaillé très fort, comme tous les gens de l'Île, et que vous poursuivrez vos efforts.

Mme O'Bryan : C'est exact.

Le sénateur Mercer : Je veux revenir sur ce que vous avez dit au sujet des compressions. Pendant que de votre côté vous ne ménagiez pas vos efforts à l'Île, le sénateur Fairbairn, non pas en tant que présidente du comité, mais en sa qualité de sénateur et, auparavant, de ministre du Cabinet, a consacré beaucoup d'énergie au dossier de l'alphabétisation pendant des années et elle a recruté beaucoup de ses collègues, dont moi, pour la joindre dans cette croisade.

Si les compressions annoncées par le gouvernement actuel se concrétisent, quel en sera l'effet immédiat à l'Île-du- Prince-Édouard et dans les programmes auxquels vous participez?

Mme O'Bryan : L'Île-du-Prince-Édouard a eu beaucoup de chance. Nous avons reçu des fonds pour deux ans. Je ne pourrais pas vous dire pourquoi. La Nouvelle-Écosse a reçu des fonds qui permettront de financer un projet pour un an. Les autres coalitions provinciales et territoriales n'ont rien reçu. Avec l'argent qu'il lui reste, l'organisation nationale pourra poursuivre ses activités un mois encore, après quoi elle devra fermer ses portes.

La PEI Literacy Alliance se ressentira énormément de la fermeture du Rassemblement canadien pour l'alphabétisation, mon organisation professionnelle. Cette organisation nous renseigne sur les activités du Parlement et sur les discussions des différents comités qui touchent l'alphabétisation. Elle nous tient au courant des tendances à Ottawa afin que nous puissions réagir en conséquence dans notre province.

Lors de la publication du dernier sondage international en matière d'alphabétisation, nous avons reçu beaucoup de matériel que nous avons pu distribuer dans notre circonscription. Je n'ai eu qu'à adapter ces documents types aux besoins de l'Île-du-Prince-Édouard; toute la recherche avait été faite pour moi.

Nous avons deux employés et nous n'avons pas d'attaché de recherche qui puisse demeurer au fait de tout ce qui se passe au pays. Ce sera une perte énorme, tant pour moi personnellement que pour notre organisation.

Le sénateur Mercer : Vos deux années de financement se terminent en 2008?

Mme O'Bryan : Le 14 novembre 2008.

Le sénateur Mercer : Vous avez beaucoup de chance. J'aurais aimé que vous écriviez les propositions de la Nouvelle- Écosse pour que nous ayons deux ans de financement.

Le sénateur Callbeck : Tout ce que vous avez réussi à accomplir avec deux employés est incroyable. Si vous ne recevez pas d'autres fonds à la fin de 2008, vous devrez donc interrompre vos activités, notamment votre ligne téléphonique et les services de tutorat que vous offrez aux enfants l'été?

Mme O'Bryan : Oui.

Le sénateur Callbeck : Je crois que vous devriez parler du programme de tutorat que vous offrez l'été à l'intention des enfants, car vous rendez un service très précieux.

Mme O'Bryan : La PEI Alliance parraine un programme de tutorat pour les enfants. Dans toutes les écoles primaires, des professeurs-ressources recommandent des élèves qui ont eu de la difficulté à apprendre à lire et à écrire durant l'année et qui ont besoin d'aide supplémentaire l'été. Nous embauchons de 20 à 23 étudiants en éducation qui font du tutorat auprès de 700 enfants chaque été. Ce programme est offert à l'échelle de la province. Nous avons habituellement un tuteur d'anglais langue seconde et des tuteurs francophones et anglophones.

Nous parrainons ce programme depuis environ six ans. Une partie des fonds vient de Service Canada dans le cadre du programme Placement carrière-été qui, d'après ce que je comprends, a fait l'objet de compressions considérables. Je ne sais toujours pas quel sera l'impact de ces compressions. Nous recevons aussi des dons des entreprises et du gouvernement provincial. Nous avons reçu 32 000 $ dans le cadre de la campagne Lire, c'est grandir cette année. C'était la première fois qu'on effectuait cette campagne à l'Île-du-Prince-Édouard. Ces fonds nous aideront si les compressions apportées au programme Placement carrière-été sont draconiennes.

Le sénateur Callbeck : Si vous ne pouvez plus compter sur le programme d'été de Service Canada, pourrez-vous continuer d'offrir votre programme aux enfants dans la même mesure?

Mme O'Bryan : Nous ne pourrons pas maintenir le même niveau que dans le passé, parce que la demande de tuteurs augmente toujours. Nous devons aussi recueillir des fonds pour payer les déplacements des tuteurs sur l'île, parce que la plupart d'entre eux vivent à Charlottetown, près de l'université. Nous les envoyons quotidiennement à Tignish et à Souris. Nous dépensons environ de 11 000 à 12 000 $ en frais de déplacement pour que les tuteurs puissent rencontrer les élèves près de leur lieu de résidence.

Le sénateur Callbeck : Quel est votre budget approximativement?

Mme O'Bryan : Parlez-vous du budget de la PEI Literacy Alliance ou du programme?

Le sénateur Callbeck : Du budget de la PEI Literacy Alliance.

Mme O'Bryan : Le budget de la PEI Literacy Alliance est d'environ 150 000 $, selon les subventions que nous réussissons à obtenir.

Le sénateur Callbeck : Vous recevez 125 000 $ du gouvernement fédéral, n'est-ce pas?

Mme O'Bryan : Cette année, pour la première fois, ce montant a augmenté; nous avons reçu 137 500 $. Toutes sortes de critères, de conditions et de mesures de reddition de comptes se rattachent à ce montant. Ce n'est pas simplement de l'argent gratuit.

Le sénateur Callbeck : Y avait-il plus de critères cette année que les autres?

Mme O'Bryan : J'ai soumis ma première proposition en février. J'ai reçu un appel en juin m'informant qu'elle devait être réécrite. Nous l'avons réécrite en tenant compte d'une multitude de détails et d'exigences. Nous avons compris que des changements s'opéraient. Nous avons reçu en juillet un autre appel nous demandant de réécrire la proposition à nouveau. Comme j'étais en vacances, mon collègue a dû réécrire la proposition et il a soumis cette dernière en août. Nous avons ensuite eu une téléconférence avec les fonctionnaires de ce qui était auparavant le Secrétariat national à l'alphabétisation et ces derniers nous ont appris qu'aucune organisation provinciale ne recevrait de financement. Nous avons paniqué pendant quelques semaines et nous nous demandions ce que nous allions faire, puis soudainement nous avons appris que des fonds seraient rétablis et que les propositions seraient examinées. J'ai appris en novembre que nous aurions des fonds pour deux ans. Nous avons traversé des hauts et des bas toute l'année.

Le sénateur Callbeck : C'est une bonne chose que vous ayez eu ces fonds, vous en avez grand besoin.

Mme O'Bryan : Nous sommes chanceux. Je dois dire cependant que j'éprouve un sentiment de culpabilité de survivant, parce que tous mes collègues me demandent ce que j'ai fait et je ne le sais pas. J'ai simplement écrit mes propositions comme à tous les ans. Nous sommes comblés pour l'instant, mais nous faisons des plans pour tenter de remplacer les fonds pour décembre 2008.

Le sénateur Peterson : Vous avez indiqué dans votre présentation que 43 p. 100 des gens de l'Île avaient un faible niveau d'alphabétisation, et j'imagine que la définition de faible varie.

Mme O'Bryan : Oui.

Le sénateur Peterson : Si ce pourcentage ne change pas et que vous avez des fonds jusqu'en novembre 2008, quel impact aurez-vous selon vous sur ce pourcentage durant la période?

Mme O'Bryan : Je ne crois pas que nous aurons un impact direct parce que nous ne travaillons pas directement avec les apprenants. Nous fournissons des services d'appui, nous formons des alphabétisateurs et nous donnons des bourses aux apprenants adultes. Nous ne pouvons pas faire progresser tout le monde d'un niveau. C'est un travail énorme. Pour augmenter les niveaux d'alphabétisation, il faut un effort concerté et coordonné à l'échelle de la province et du pays.

Le sénateur Peterson : Nous parlons donc d'environ un an et demi sans changement mesurable.

Mme O'Bryan : Il y aura des gens qui apprendront à lire et à écrire.

Le sénateur Peterson : Ne s'agit-il pas d'un changement positif?

Mme O'Bryan : C'est un changement positif.

Le sénateur Peterson : Est-ce un changement mesurable?

Mme O'Bryan : Ce changement n'est pas significatif du point de vue statistique dans le cadre des grands sondages internationaux. Vingt-cinq personnes n'auront pas une incidence sur les statistiques.

Le sénateur Peterson : Peut-être pas sur les statistiques, mais cela aurait certainement un impact pour montrer la gravité du problème, n'est-ce pas?

Mme O'Bryan : Oui, si ces données sont consignées.

Le sénateur Peterson : Le gouvernement sait peut-être qu'il a un grave problème, mais si nous pouvions le quantifier un peu plus, pensez-vous que cela pourrait être utile?

Mme O'Bryan : Statistique Canada s'en occupe déjà; ces données viennent de ce ministère.

Le sénateur Peterson : Vous dites que nous n'avons aucune façon de voir si ce pourcentage changera d'ici novembre 2008. Quelqu'un d'autre pourrait-il mesurer ce changement?

Mme O'Bryan : Si Statistique Canada fait une autre étude, il saura si les gens ont changé. Les gens peuvent progresser à l'intérieur des niveaux aussi, et cela ne se mesure pas. Dans un sondage, vous pouvez être au niveau un, très loin du niveau deux, et dans le suivant, vous pouvez vous situer à 1,99, mais pas tout à fait au niveau deux. Vous avez changé et vous lisez mieux, mais vous ne pouvez pas encore satisfaire aux critères appliqués.

Le sénateur Peterson : A-t-on déjà calculé combien cela coûterait pour faire une différence mesurable?

Mme O'Bryan : Oui, certainement. J'ai participé à une série de rencontres à Ottawa en novembre, il y a un an. La ministre Claudette Bradshaw voulait alors favoriser l'alphabétisation. J'ai rencontré 22 autres personnes de différentes régions du Canada et nous avons dressé un plan pancanadien. Nous avons embauché un expert financier qui a calculé combien coûtait différents éléments, mais il n'avait pas suffisamment d'information pour faire toutes les extrapolations. Cependant, pour faire une grosse différence, le Canada devra verser des milliards de dollars, car il faut donner beaucoup d'aide dans bien des régions.

Le sénateur Peterson : Le nombre de personnes ayant un faible niveau d'alphabétisation augmente-t-il toujours, ou pensez-vous que nous avons frappé le fond? Les gens reçoivent-ils maintenant de la formation, vont-ils à l'école et ainsi de suite?

Mme O'Bryan : Si les compressions actuelles demeurent, le nombre ira en augmentant. Dans d'autres provinces, les programmes d'alphabétisation perdent leur financement. Les gens qui enseignent aux apprenants adultes perdent leur financement. Je ne peux que m'imaginer que les chiffres augmenteront quand l'aide disparaîtra. Si on élimine l'infrastructure d'alphabétisation au Canada, les chiffres devraient augmenter.

Le sénateur Peterson : Les coûts augmenteront-ils en conséquence?

Mme O'Bryan : Oui.

Le sénateur Gustafson : Je vous félicite pour votre travail. J'ai assisté à une des audiences à Ottawa et les témoignages des gens qui ont appris à lire étaient très touchants.

Ma question concerne les écoles. Vous devez regarder ce qui se passe dans nos écoles en ce qui concerne la lecture, l'écriture et le calcul. Nous apprenons de temps à autre que nos écoles produisent des élèves qui ne savent pas très bien lire et d'autres qui en sont presque incapables. Je me demande parfois si les progrès technologiques ont pris le dessus. Nous comptons sur les calculatrices et les autres outils électroniques à notre disposition, et nous n'apprenons pas à lire et à écrire.

Quelle est votre opinion à ce sujet et que pourrions-nous faire?

Mme O'Bryan : J'ai de bonne nouvelle en ce qui concerne l'Île-du-Prince-Édouard. Le gouvernement provincial élabore actuellement une stratégie provinciale d'alphabétisation et d'apprentissage. J'ai collaboré étroitement avec les responsables. On évaluera régulièrement les compétences en lecture et en écriture des élèves dans les écoles de manière à cerner les enfants qui ont des problèmes pour éviter que des enfants se rendent en 3e année sans savoir lire. Il manquait ce genre d'évaluations régulières dans le système scolaire.

En outre, la province dispose maintenant d'un coordonateur responsable des troubles d'apprentissage. On pourra peut-être diagnostiquer plus de troubles d'apprentissage, ce qui est un facteur quand on apprend à lire. Nous espérons que les enfants qui ont des problèmes d'apprentissage auront accès à des programmes qui pourront les aider à mieux réussir à l'école.

Le sénateur Gustafson : Pensez-vous qu'il faut sensibiliser davantage les enseignants au fait que certains élèves ont besoin de plus attention? Je pense à l'époque où nous allions à l'école. Il y avait toujours un élève qui avait beaucoup de difficulté à apprendre et, à l'époque, les enseignants n'étaient guère compatissants ou compréhensifs. Je crois qu'il faut se pencher sur cela.

Je trahis mon âge, mais je me souviens qu'on avait des concours d'épellation au vieil hôtel de ville. Il y avait deux ou trois vieux agriculteurs que les enfants n'arrivaient pas à battre; ils gagnaient tout le temps. On avait donc insisté sur cet aspect de l'enseignement. Nous devrions aujourd'hui être en mesure de relever ce défi.

Mme O'Bryan : Je suis d'accord. Nous avons invité Mme Satya Brink de Statistique Canada pour parler des résultats du sondage international et faire une présentation concernant l'Île-du-Prince-Édouard pour que les gens de l'Île comprennent l'ampleur du problème.

Nous organisons des ateliers pour les enseignants sur l'apprentissage et l'alphabétisation. Notre travail consiste surtout à promouvoir l'alphabétisation et à faire comprendre que tous doivent collaborer pour promouvoir l'alphabétisation à l'Île. Nous voulons favoriser une culture d'apprentissage.

La présidente : Merci beaucoup.

Le dernier témoin sera Mme Aileen Petrie, directrice exécutive du Families First Resource Centre.

Aileen Petrie, directrice exécutive, Families First Resource Centre : Je commencerai par vous donner un bref historique au cas où vous ne connaîtriez pas le mandat des centres de ressources familiales.

Nous recevons depuis une douzaine d'années maintenant des fonds de l'Agence de santé publique du Canada. Je désignerai deux projets par leur sigle, soit le PACE, c'est-à-dire le Programme d'action communautaire pour les enfants, et le PCNP, à savoir le Programme canadien de nutrition prénatale. Ces deux programmes s'adressent aux familles qui attendent un enfant ou qui comptent des enfants de moins de six ans. Cependant, il nous arrive de dépasser quelque peu le cadre de notre mandat afin d'englober plus de familles et je vous expliquerai comment nous y arrivons.

Le PACE et le PCNP ont été élaborés en réponse aux recherches approfondies sur l'importance des premières années. Le gouvernement fédéral, qui nous appuie depuis longtemps, s'est trouvé au bon endroit au bon moment et il a fait ce qui s'imposait. Ces programmes sont offerts à l'échelle du pays et ils ont aidé les familles en milieu rural.

L'Île-du-Prince-Édouard compte sept centres. Je viens de Montague, à l'extrémité est de l'Île. Nous servons le comté de Queens et le sud du comté de Kings. Le centre de ressources familiales C.H.A.N.C.E.S. Inc. se trouve à Charlottetown. Summerside a un centre et l'ouest de l'Île est doté de quelques autres centres. Les francophones et les Micmacs disposent aussi d'un centre de ressources familiales.

Les centres de ressources familiales ont vu le jour dans le cadre des mesures annoncées par le gouvernement du Canada pour relever les défis découlant du Sommet mondial pour les enfants qui avait été organisé par les Nations Unies en 1990, et ils existent toujours aujourd'hui. D'ailleurs nous espérerons que nous continuerons d'exister, car nous savons que nous faisons du bon travail.

Nous avons collaboré avec le gouvernement dans deux ou trois initiatives sociales fort intéressantes. Vous connaissez peut-être le rapport du groupe de réflexion rural 2005. Je vous recommande fortement de trouver ce rapport. Il est intéressant à lire et au lieu de réinventer la roue, il contient des renseignements intéressants qui pourraient vous être utiles. Par exemple, le groupe a déterminé que les défis de la vie rurale sont l'accès aux services et au transport, les réalités économiques et d'emploi, et la sécurité alimentaire, et il explique pourquoi. C'est un excellent document.

Nous avons joué un rôle dans ce projet, qui était financé par l'Agence de santé publique du Canada. Des fonds du PACE et du PCNP ont été affectés à cette initiative, et les projets mis en oeuvre partout au Canada ont aidé à rassembler les groupes de consultation, afin qu'ils recueillent tous ces renseignements.

La Strategy for Healthy Child Development est une autre initiative à laquelle nous participons très activement dans l'Île-du-Prince-Édouard. La province a consacré cinq ans à ce projet, parce qu'elle juge important que nous investissions dans nos enfants. Il s'agit d'un plan stratégique pour une période de cinq ans. Nos enfants commencent à apprendre lorsqu'ils sont des bébés et le processus d'alphabétisation débute à ce stade. À long terme, nous pouvons économiser beaucoup d'argent si nos enfants sont en santé, et c'est pourquoi nos programmes commencent en aidant les femmes enceintes dans les domaines de la nutrition et de l'éducation. Nous faisons la promotion de l'allaitement, du développement des enfants en santé, de l'alphabétisation et des programmes d'éducation des parents. Ce sont tous des secteurs dans lesquels nous intervenons.

Nous participons très activement, de concert avec le gouvernement, à certaines initiatives. Nous effectuons des évaluations quinquennales approfondies de nos programmes. La dernière évaluation date de 2005; par conséquent, les résultats sont relativement révélateurs et à jour. Nous sommes des intervenants clés dans la prestation de programmes pour les enfants et les familles. Nous sommes bien établis et bien intégrés au réseau élargi de politiques, programmes et initiatives de recherche pour les enfants et leurs familles, comme je vous l'ai déjà montré, et nous aidons à créer un milieu favorable pour les personnes, les projets, les collectivités et le système, au moyen d'occasions permettant de partager des points de vue, des compétences et des ressources.

Nous contribuons à la mise en pratique de politiques et à la recherche au niveau du système, de façon à promouvoir les capacités communautaires dans tout le Canada atlantique. Nous sommes associés au Canada atlantique. Tous les autres projets au pays ont leur propre mandat. Chacun d'eux est différent. Même dans l'Île-du-Prince-Édouard, chaque centre est différent, parce que nous desservons des collectivités différentes et que leurs besoins changent continuellement. Nous fournissons le système et les moyens d'améliorer la santé publique pour les Canadiens de la région atlantique. Tous ces points sont mentionnés dans le rapport.

En outre, nous assurons un bon placement professionnel aux étudiants de niveau postsecondaire, dans le secteur de la petite enfance et des soins infirmiers. Nous avons récemment eu deux placements à notre centre. Dans le cadre de leur cheminement académique, ces jeunes bénéficient d'une formation pratique, et nous veillons à ce qu'ils en tirent le meilleur parti possible. Nous les appuyons de toutes les façons possibles. Une partie de notre mandat consiste à aider des jeunes Canadiens dans leur processus d'apprentissage.

La présidente : Avant de quitter, vous pourriez peut-être nous laisser copier ces documents.

Mme Petrie : Je vais vous les laisser.

La présidente : Ce serait bien. Merci beaucoup.

Le sénateur Mercer : Le financement qui est fourni par l'Agence de santé publique du Canada est-il assuré avant l'année budgétaire 2007-2008?

Mme Petrie : Oui. Nous avons été très proactifs. Nous venons tout juste d'apprendre la bonne nouvelle portant que notre financement est assuré jusqu'au 31 mars 2008.

Le sénateur Mercer : C'est une bonne nouvelle et cela répond à une question.

Mme Petrie : Je l'espère.

Le sénateur Mercer : Mme O'Bryan nous a dit que le financement de l'alphabétisation était lui aussi assuré jusqu'au delà de cette date, ce qui est aussi une bonne nouvelle.

Nous parlons de pauvreté en milieu rural. Vous avez dit que votre programme est dispensé à partir de 17 endroits dans l'île.

Mme Petrie : Il y a sept centres dans l'Île-du-Prince-Édouard.

Le sénateur Mercer : Il y en a un à Charlottetown?

Mme Petrie : Il y en a deux à Charlottetown, soit le Centre de ressources pour les familles C.H.A.N.C.E.S Inc., et le Centre de ressources familiales Mi'kmaq, bien que ce dernier desserve l'ensemble de la province.

Le sénateur Mercer : Parmi les cinq autres centres, y en a-t-il qui sont situés dans des régions rurales de la province?

Mme Petrie : Hé bien, Summerside est maintenant considérée comme une ville, mais je crois savoir que l'Île-du- Prince-Édouard est considérée comme une région rurale. Ai-je raison de dire cela?

Le sénateur Callbeck : Selon Statistique Canada.

Le sénateur Mercer : Oui.

Mme Petrie : Tous ont une définition différente du mot « rural ». Toutefois, par exemple, il existe plusieurs différences entre C.H.A.N.C.E.S et nous, pour ce qui est de la dotation et de la façon dont nous exécutons les programmes. C'est comme comparer des pommes et des oranges.

Le sénateur Mercer : Comment identifiez-vous vos clients, ou est-ce que ceux-ci s'identifient eux-mêmes?

Mme Petrie : Nous les appelons des participants. Notre groupe cible est les familles qui risquent de ne pas avoir suffisamment de connaissances, ou qui sont à risque pour quelque raison que ce soit. Cela dit, nous avons élargi la portée de cette notion, parce que toutes les personnes qui ont des enfants risquent de ne pas connaître l'art d'être parent et de ne pas avoir toutes les connaissances nécessaires. Nous aimerions rejoindre toutes les familles de l'Île-du-Prince- Édouard, et non pas expressément celles qui ont recours aux services sociaux, parce que nous pensons que chaque famille a besoin d'un soutien supplémentaire, particulièrement dans notre milieu rural. À Montague, il existe des problèmes d'isolement et de transport, et on retrouve toutes les autres difficultés auxquelles sont confrontées les familles.

Le sénateur Mercer : Une famille peut-elle s'identifier elle-même, ou doit-elle être dirigée par une tierce partie?

Mme Petrie : Non, mais nous sommes en partenariat très étroit avec les ministères provinciaux responsables de la santé publique, des enfants et des services de justice à la famille. Nous avons des participants qui ont été dirigés, mais les infirmières de la santé publique et les nouveau-nés représentent notre principal point d'entrée. Ces infirmières identifient aussi les femmes enceintes, et nous essayons de communiquer avec elles durant leur grossesse. Cela ne se produit pas toujours, mais lorsque l'enfant naît, il constitue un point de contact sûr.

Le sénateur Mercer : Il existe un programme prénatal canadien. Existe-t-il aussi un programme postnatal canadien?

Mme Petrie : Le PACE est un programme postnatal, tandis que le PCNP est le programme prénatal. Par conséquent, les deux volets sont visés. Le PACE s'applique aussi aux enfants de zéro à six ans.

Les intervenants du programme de ressources pour les familles C.H.A.N.C.E.S. s'occupent des bébés uniquement jusqu'à ce que ceux-ci atteignent l'âge de six mois. Nous avons des bébés qui ont jusqu'à un an, parce que nous ne traitons pas avec un aussi grand nombre de familles. Il s'agit essentiellement de concevoir les programmes en fonction du personnel disponible et de ce qu'on peut bien faire. Chaque programme est différent, mais notre programme postnatal englobe les enfants de zéro à six ans.

Le sénateur Mahovlich : Avez-vous un grand nombre de bénévoles?

Mme Petrie : Nous considérons que nos participants sont des bénévoles, parce que lorsqu'ils se rendent à nos centre de ressources, ils viennent avec leur famille. Les parents sont présents. Ils ne se contentent pas de nous laisser leurs enfants; ils nous aident à appliquer les programmes.

Le sénateur Mahovlich : Les parents sont des bénévoles.

Mme Petrie : C'est exact.

Le sénateur Mahovlich : Lorsque vous présentez votre rapport au gouvernement, faites-vous mention de tous vos bénévoles?

Mme Petrie : Oui. Ils sont tous inclus dans nos statistiques. Toutefois, les parents ne s'accordent pas toujours le mérite de leur bénévolat. Nous leur disons : « Regardez ce que vous avez fait. Vous avez aidé à servir la collation, vous avez lu une histoire aux enfants, vous avez participé. Vous êtes des bénévoles. » Lorsqu'ils prennent conscience de leur contribution, cela améliore leur estime de soi. Les membres de notre conseil font aussi partie de nos bénévoles.

Le sénateur Mahovlich : J'ai dû prendre congé un été ou deux pour m'occuper d'un de mes enfants. Celui-ci vivait une période difficile et je devais l'emmener à l'école durant l'été. J'ai pris congé tout l'été, parce que mon fils éprouvait des difficultés. Je pense qu'il est très important que les familles participent au processus.

Mme Petrie : Tout à fait. Cela s'inscrit dans le processus, parce que les familles apprennent ainsi à travailler ensemble, à s'amuser ensemble et à grandir ensemble.

Le sénateur Mahovlich : Le gouvernement lirait ce rapport et serait enthousiasmé par son contenu.

Je pense que, dans l'année qui vient, le gouvernement aura un excédent énorme et vous ne devriez pas avoir de difficultés à obtenir des fonds pour l'alphabétisation.

La présidente : On est porté à le croire.

Le sénateur Mahovlich : Nous l'espérons.

Le sénateur Callbeck : Il y a sept centres de ressources pour les familles dans l'Île-du-Prince-Édouard. Vous travaillez au centre de Montague. Avec combien de familles traitez-vous?

Mme Petrie : Je peux uniquement parler au nom de mon propre centre, à Montague. Les chiffres varient. Dans le cadre du Programme d'action communautaire pour les enfants, nous travaillons actuellement avec 192 familles, tandis que dans le cas du Programme canadien de nutrition prénatale, nous collaborons avec 44 familles.

Le sénateur Callbeck : Vous avez dit que comparer la manière dont vous exécutez vos programmes et la manière dont l'organisme C.H.A.N.C.E.S. exécute les siens à Charlottetown, c'est comme comparer des pommes et des oranges, et que cela dépend énormément du nombre de travailleurs. Obtenez-vous votre budget directement du gouvernement fédéral?

Mme Petrie : Oui, mais mon budget diffère de celui de l'organisme C.H.A.N.C.E.S. Chaque centre a un budget différent. Ce budget était immuable. Je n'en suis pas tout à fait à ma deuxième année au centre et toute la question du budget a été réglée avant que j'arrive.

Le montant du budget stagne. Ce que nous obtenons, c'est la somme qui a été décidée il y a cinq ans. Le budget n'augmentera jamais. Nous devons donc exécuter d'autres programmes pour avoir l'argent nécessaire pour assurer la survie de notre organisme.

Le sénateur Callbeck : Le gouvernement fédéral vous a-t-il dit que votre budget n'augmenterait jamais?

Mme Petrie : Essentiellement, on nous a dit « Voici le montant que vous toucherez et, lorsque vous recevrez du financement à nouveau, c'est ce que vous aurez. »

Le sénateur Callbeck : Vous disposez d'un financement jusqu'à la fin du mois de mars 2008. Est-ce exact?

Mme Petrie : Oui. Nous avons obtenu une enveloppe budgétaire s'étalant sur cinq ans, jusqu'en 2009, alors je suis certaine que nous exercerons des activités jusque-là. Toutefois, même s'il s'agit d'une enveloppe budgétaire de cinq ans, il y a un engagement financier d'année en année. Nous sommes assujettis à une disposition de préavis de 60 jours nous obligeant à terminer nos activités. Techniquement, le financement s'échelonne jusqu'en 2009. À ce moment-là, nous devrons présenter une nouvelle demande. Cependant, d'après ce qu'on nous a dit, il faudra s'accommoder du montant actuel.

Le sénateur Callbeck : Vous faites du bon travail. Je connais très bien l'organisme C.H.A.N.C.E.S. et je sais ce qui s'y passe. Je salue vos efforts.

La présidente : Nous vous sommes très reconnaissants à vous deux d'être venues aujourd'hui. C'est une question difficile. J'espère sincèrement que nous verrons la lumière au bout du tunnel et que vous pourrez continuer à exercer vos activités et à accomplir toutes les bonnes choses que vous réalisez.

Honorables sénateurs, des représentants de l'Hospice Palliative Care Association de l'Île-du-Prince-Édouard sont ici pour nous faire un exposé important. Accueillons Graham Gaudet, directeur exécutif, et Ed MacLaren, président.

Ed MacLaren, président, Hospice Palliative Care Association of Prince Edward Island : Honorables sénateurs, au nom des directeurs de l'Hospice Palliative Care Association de l'Île-du-Prince-Édouard, j'aimerais vous remercier sincèrement de nous permettre de faire cette présentation aujourd'hui.

La mission de notre association est d'offrir des soins et du soutien aux résidants de l'Île-du-Prince-Édouard atteints d'une maladie grave, ainsi qu'à leurs familles. Nous formons les bénévoles qui dispensent ces soins. Notre exposé d'aujourd'hui portera principalement sur les difficultés touchant les Prince-Édouardiens en phase terminale qui résident dans des régions rurales.

Dans votre rapport intitulé Comprendre l'exode : lutte contre la pauvreté rurale, vous affirmez que l'Organisation de coopération et de développement économiques définit l'Île-du-Prince-Édouard dans son ensemble, y compris Charlottetown, une ville de 32 000 habitants, comme principalement rurale. Bien que cette définition puisse s'avérer d'un point de vue national, elle sonne faux aux oreilles des résidants de l'Île-du-Prince-Édouard. Toutefois, au chapitre de la santé, l'Île-du-Prince-Édouard souffre d'une pénurie de soins semblable à celle de n'importe quelle région rurale du Canada.

Les bénévoles du milieu des soins palliatifs offrent des services à domicile, dans les hôpitaux, dans les résidences pour personnes âgées et dans les services de soins palliatifs. Au cours de la dernière année, ces bénévoles ont offert des services à plus de 110 patients en phase terminale et à leurs familles vivant à l'extérieur de la région du Grand Charlottetown. Les soins palliatifs se situent à mi-chemin entre les soins institutionnalisés et les soins non institutionnalisés. Nos programmes ont une incidence positive forte sur la qualité de vie des patients, des membres de la famille qui fournissent des soins, des autres membres de la famille et des amis.

Les régimes d'assurance-maladie ne couvrent pas les soins palliatifs. Selon le recensement de 2001, à l'Île-du-Prince- Édouard, 12,6 p. 100 des résidants gagnaient moins que le salaire national standard. Par conséquent, les soins palliatifs sont dispensés gratuitement.

L'Hospice Palliative Care Association de l'Île-du-Prince-Édouard comprend quatre sections régionales : Charlottetown, Summerside, West Prince — section qui couvre les régions d'Alberton, d'O'Leary et de Tignish — et Eastern Kings — qui englobe la région de Souris et les régions environnantes. Comme nous avons des bénévoles tant dans les zones urbaines que dans les régions rurales, nous estimons être en mesure de formuler des observations sur la situation des familles d'agriculteurs et de pêcheurs dans l'Île-du-Prince-Édouard rurale.

En février 2000, M. Harvey Chochinov a déclaré ceci à un sous-comité sénatorial : « Malheureusement, les patients en phase terminale se font rarement entendre. Les morts ne sont plus sur terre pour prendre la parole, les mourants ne peuvent souvent plus parler et les familles endeuillées souffrent trop pour pouvoir parler. »

En 2006, l'Association canadienne de soins palliatifs a publié une fiche de renseignements dans laquelle elle indiquait que les soins palliatifs revêtaient une importance pour tout le monde et nous touchaient tous d'une certaine manière à un moment ou à un autre. D'après l'association, 90 p. 100 d'entre nous mourront d'une maladie grave prolongée; 75 p. 100 de ces morts auront lieu dans un hôpital; moins de 10 p. 100 d'entre nous mourront à la suite d'événements soudains comme un infarctus du myocarde ou un accident; et moins de 20 p. 100 d'entre nous recevront des soins palliatifs. Selon Statistique Canada, il y a eu environ 1 393 morts à l'Île-du-Prince-Édouard en 2005.

Prendre soin d'un être cher peut occuper quelqu'un à temps plein. D'après des données publiées par Ipsos Reid en 2004, le temps moyen consacré à dispenser à domicile des soins à un être cher qui se meurt équivaut à 54 heures par semaine. Chaque année, un million de Canadiens sont touchés par la perte d'un proche.

Les soins palliatifs offrent des options qui guident les Canadiens durant la phase terminale et la mort. On estime qu'un fournisseur de soins palliatifs à domicile dispense de 80 à 90 p. 100 de tous les soins. Cet environnement mine souvent l'estime de soi et la confiance du fournisseur de soins. Ce dernier s'épuise émotivement et physiquement. Il existe toute une gamme d'options : services de soutien, centres de soins palliatifs et foyers-hôpitaux, ce qui inclut les résidences privées, les maisons de soins infirmiers et les établissements de soins prolongés.

Les agriculteurs et les pêcheurs de l'Île-du-Prince-Édouard se heurtent à de nombreuses difficultés. Ils n'ont pas le luxe d'être couverts par une assurance-maladie de groupe. Par conséquent, l'agriculteur ou le pêcheur en phase terminale est responsable de tous les coûts qu'entraîne sa maladie.

Difficultés de transport, isolement, manque de soutien autre que celui provenant de la famille immédiate, faible revenu ou source de revenu unique, emploi saisonnier, absence de régime d'assurance-maladie et accès inexistant ou faible aux systèmes d'aide communautaire — ce ne sont que quelques-uns des nombreux facteurs qui maintiennent les agriculteurs et les pêcheurs des régions rurales dans la pauvreté. La plupart ne peuvent pas compter sur beaucoup plus que leur salaire de pêcheur ou d'ouvrier agricole engagé. Si vous êtes ouvrier agricole engagé ou assistant sur un langoustier, vous travaillez probablement au salaire minimum de manière saisonnière. Hors saison, vous touchez des prestations d'assurance-emploi et, pendant de nombreuses semaines, il se peut que vous ne touchiez rien du tout.

Si une personne n'est pas en mesure de conduire parce qu'elle est en phase terminale ou si elle n'a pas accès à une automobile, il peut lui être très difficile d'obtenir l'aide offerte à un hôpital ou à une clinique ou même de se rendre à la pharmacie ou de voir son médecin aussi souvent qu'il le faudrait. Il n'y a pas d'autobus qui se rendent à la campagne et il n'y a presque pas de taxis. Lorsqu'il y a des taxis, la personne n'est pas en mesure de s'en payer. Un taxi allant de Montague à Charlottetown coûte de 80 à 100 $ aller-retour. Quelqu'un qui subit des traitements de chimiothérapie quotidiennement ne peut pas utiliser le taxi. Tous les résidants des régions rurales de l'Île-du-Prince-Édouard sont touchés par les problèmes de transport. Il existe peu de solutions de rechange à la voiture familiale.

L'isolement pose aussi problème. Sur une ferme familiale, tous les membres de la famille doivent travailler. Alors, souvent, le patient est seul à la maison sans aide immédiate. Pour ce qui est des pêcheurs, le gros de la vie économique tourne autour du bateau. Si les autres membres de la famille veulent continuer à joindre les deux bouts, ils n'ont pas le temps de dispenser des soins au patient.

Comme je l'ai déjà dit, on estime qu'une personne qui fournit des soins palliatifs à domicile dispense de 80 à 90 p. 100 de tous les soins. Le sondage publié en janvier 2004 par Ipsos Reid a révélé que le fait de s'occuper d'un être cher pouvait occuper quelqu'un à temps plein. Le temps consacré à domicile à un proche mourant s'élève à 54 heures en moyenne par semaine. Le sondage a également indiqué que les Canadiens âgés de moins de 55 ans, ou plus vieux, ne pouvaient pas consacrer ce nombre d'heures à offrir des soins à une personne en phase terminale sans jouir d'une quelconque forme d'aide.

Voici un des cas qui figurent dans nos dossiers : en 2001, alors qu'il avait 39 ans, « Joe le Pêcheur » a reçu un diagnostic de cancer du rein. Il est mort en octobre 2006. Il travaillait comme engagé sur un bateau de pêche dans une région rurale de l'Île-du-Prince-Édouard et il aimait son travail. Il a continué à travailler comme engagé lorsqu'il en était capable jusqu'à deux mois avant sa mort. Durant la dernière année de sa vie, ses médicaments à eux seuls lui coûtaient 850 $ par mois en moyenne.

Joe devait aussi assumer d'autres frais médicaux élevés associés à sa maladie, comme les frais de déplacement vers différents hôpitaux à l'intérieur ou à l'extérieur de la province pour des traitements. Il n'était pas admissible à une aide financière pour ses médicaments, car il avait décidé de continuer à travailler. Les frais médicaux faramineux qu'il devait assumer lui ont causé beaucoup de stress et de difficultés durant les derniers mois de sa vie. Comme Joe vivait chez ses parents et qu'il n'avait pas d'adresse à lui, il n'était pas admissible à l'aide sociale. Ses parents ont dû puiser à même leurs revenus déjà serrés pour répondre aux besoins quotidiens de leur fils.

De nombreux Prince-Édouardiens qui travaillent dans les industries de l'agriculture et de la pêche sont le seul salarié de leur famille et beaucoup sont trop orgueilleux pour demander des prestations gouvernementales d'aide sociale. Le coût des médicaments et des dispositifs dont ont besoin les personnes en phase terminale peut être exorbitant : morphine à action prolongée, 30 milligrammes par jour, deux doses par jour, 75 $ par mois; morphine contre les percées de douleur, 250 milligrammes par jour, 250 $ par mois; Dilaudid, 125 $ par mois; la plupart des médicaments contre la douleur, 250 à 300 $ par mois. Les réservoirs d'oxygène à donner à la maison peuvent coûter jusqu'à 20 $ chacun; le patient moyen qui nécessite de l'oxygène 24 heures par jour a besoin de 5 à 6 réservoirs quotidiennement. On parle d'environ 3 000 $ par mois. Le coût des médicaments contre la nausée varie de 20 à 250 $ par mois. Le coût total moyen des médicaments et des dispositifs peut dépasser 850 à 1 000 $ par mois.

Lorsqu'un salarié de la famille est malade, il ne peut plus contribuer au revenu familial. Si l'autre partenaire doit dispenser des soins et demeurer à la maison, les problèmes d'argent deviennent graves. De nombreux résidants de l'Île- du-Prince-Édouard, en particulier des personnes âgées, ne sont pas admissibles à des prestations de soignant, car ils ne répondent pas aux critères de l'assurance-emploi. Par ailleurs, la majorité des régimes d'assurance-maladie exigent que le prestataire paye de 20 à 30 p. 100 des coûts.

L'Hospice Palliative Care Association de l'Île-du-Prince-Édouard milite auprès du gouvernement actuel pour qu'il offre à tous les patients nécessitant des soins de fin de vie une couverture complète des coûts liés aux médicaments. Sur le front national, l'Association canadienne de soins palliatifs exerce des pressions pour qu'on crée un programme de soins palliatifs exhaustif à l'intention de tous les Canadiens. Ce genre de programme représenterait un avantage énorme pour les patients en phase terminale des régions rurales de l'Île-du-Prince-Édouard. Notre souhait est que les derniers jours d'un patient en phase terminale ne soient pas assombris par des inquiétudes financières. Nous voulons que les gens puissent recevoir des soins de qualité dans l'environnement de leur choix, entourés de leurs proches.

La présidente : Je vous remercie. On ne parle pas très souvent de cette question. Nous vous remercions beaucoup de votre présence ici.

Le sénateur Mercer : Le travail que vous accomplissez est très important et la plupart des gens l'ignorent jusqu'à ce qu'ils aient besoin de votre aide. Je voudrais d'abord vous remercier, non seulement vous à l'Île-du-Prince-Édouard, mais aussi vos associés à l'échelle du pays. Ce que vous faites est important pour tout le monde.

Vous avez recommandé une couverture complète des médicaments. Quelle est l'étendue de la couverture des médicaments à l'Île-du-Prince-Édouard? L'offre-t-on seulement aux prestataires de l'aide sociale par opposition à la population en général?

Graham Gaudet, directeur exécutif, Hospice Palliative Care Association of Prince Edward Island : Dans la plupart des cas, pour que les médicaments soient couverts à l'Île-du-Prince-Édouard, il faut que la personne reçoive des soins de courte durée ou qu'elle soit dans une des résidences pour personnes âgées de la province.

Les prestataires d'aide sociale seraient admissibles à certains médicaments, mais la plupart de ces produits pharmaceutiques ne sont pas ce que je qualifierais des plus modernes.

Le sénateur Mercer : Si je vivais à l'Île-du-Prince-Édouard et que j'apprenais que j'ai un cancer relativement grave qui mettrait probablement fin à ma vie prématurément, je devrais financer tout moi-même? Il n'existe pas de programme de couverture des médicaments onéreux?

M. MacLaren : Non.

M. Gaudet : Non. Les seuls qui peuvent obtenir de l'aide sont ceux qui sont admis dans des établissements de soins de courte durée ou les patients des unités de soins de longue durée pour personnes âgées de l'Île-du-Prince-Édouard.

Le sénateur Mercer : Dans un sens, l'économie de l'Île-du-Prince-Édouard repose sur les producteurs primaires — les pêcheurs et les agriculteurs — et ce ne sont pas des groupes reconnus pour jouir d'avantages sociaux extraordinaires.

M. Gaudet : Exactement.

Le sénateur Mercer : Il est déjà difficile de planter des pommes de terre. Le problème est amplifié à l'Île-du-Prince- Édouard.

M. MacLaren : C'est vrai, même avec un régime d'assurance-maladie. Je suis passé par là il y a dix ans avec ma femme et cela m'a coûté près de 1 000 $ de plus par mois que ce que mon régime d'assurance-maladie couvrait.

Le sénateur Mercer : C'est un énorme facteur financier dont nous ne tenons pas compte jusqu'à ce que nous vivions cette situation.

M. MacLaren : Jusqu'à ce que vous le viviez, c'est exact.

Le sénateur Mercer : Et, à ce moment-là, il est trop tard pour corriger la situation.

M. MacLaren : Tout à fait.

Le sénateur Callbeck : À l'instar du sénateur Mercer et de tout le monde ici, je reconnais l'excellent travail que vous réalisez. Je crois que, à l'Île-du-Prince-Édouard, vous travaillez auprès de 150 à 200 familles par année?

M. Gaudet : Environ.

Le sénateur Callbeck : Nous avons déjà eu cette discussion, car je vous ai rencontré il y a un mois ou deux. Certes, nous avons besoin d'une couverture des médicaments onéreux. Je ne sais pas comment bon nombre de personnes arrivent à s'en sortir. Le coût des médicaments est très élevé et, malheureusement, il semble qu'il continuera à augmenter étant donné tous les nouveaux médicaments qui arrivent sur le marché.

M. Gaudet : Effectivement.

Le sénateur Callbeck : Comme je vous l'ai dit le jour de notre rencontre, j'appuie vos efforts. Je vous félicite d'être venus ici aujourd'hui pour nous sensibiliser à ce besoin.

M. Gaudet : Notre objectif premier est que le gouvernement fédéral fournisse les médicaments aux personnes qui reçoivent des soins de fin de vie et qui désirent mourir à la maison.

Quiconque veut mourir dans un lit à l'hôpital le peut en ce moment, mais la majorité des gens ne veulent pas mourir à l'hôpital. Ils veulent mourir à la maison. Toutefois, ce n'est pas tout le monde qui peut mourir à la maison. Beaucoup de personnes doivent aller dans une unité de soins palliatifs ou, ultimement, être admises à l'hôpital, mais bon nombre de gens préfèrent passer le plus de temps possible à la maison. La situation actuelle à l'Île-du-Prince-Édouard les en empêche, car ils sont obligés d'assumer le coût total de leurs médicaments, qui s'élève parfois à 1 000, 2 000 ou 3 000 $ par mois, qu'ils aient une assurance-médicaments ou non. La plupart des gens qui meurent ont été des contribuables pendant bien des années. Beaucoup d'aînés ont servi à la guerre. C'est une honte qu'ils doivent passer les derniers jours de leur vie assis dans un lit froid d'hôpital, laissés à eux-mêmes.

Le sénateur Callbeck : Il ne semble pas juste que les médicaments soient couverts pour les personnes hospitalisées, mais non pas pour celles qui choisissent de mourir chez elles.

M. Gaudet : C'est exact.

Le sénateur Callbeck : Y a-t-il des endroits au Canada où cela se fait?

M. Gaudet : Actuellement, cela se fait dans trois ou quatre provinces : la Colombie-Britannique, l'Ontario et l'Alberta, je pense. De plus, une autre province a un régime de couverture des médicaments onéreux pour les patients en fin de vie. Cela n'est pas le cas à l'Île-du-Prince-Édouard.

L'Île-du-Prince-Édouard a fait beaucoup de progrès dans sa façon de prodiguer des soins en fin de vie, mais seulement pour les personnes qui sont hospitalisées — non pas pour celles qui restent chez elles. Je pense que, en ce moment, quatre provinces possèdent un régime d'assurance-médicaments qui couvre les médicaments des personnes qui veulent rester chez elles. Je sais que la Colombie-Britannique a institué un régime très intéressant, il y a de cela environ un an et demi.

Le sénateur Callbeck : Ne s'agit-il pas d'un projet pilote? Est-ce bien un régime?

M. Gaudet : Non.

Le sénateur Callbeck : Est-ce qu'il s'applique à toute la province?

M. Gaudet : Oui.

Le sénateur Peterson : Merci à tous ceux qui ont fait un exposé. Vous entreprenez une tâche bien difficile.

Comment fait-on pour être admis dans un établissement de soins actifs, et qui en assume le coût?

M. MacLaren : Le gouvernement assume le coût des soins dispensés par un établissement de soins actifs, qui peut être soit le service des soins palliatifs en milieu hospitalier, soit un établissement de soins de longue durée. Le coût des médicaments est couvert pendant la durée du séjour dans ces établissements.

Le sénateur Peterson : Est-ce que tout le monde y est admissible?

M. MacLaren : Oui.

Le sénateur Peterson : Ainsi, ce dont nous devrions nous préoccuper en ce moment, ce sont les soins à domicile.

M. MacLaren : Oui.

Le sénateur Peterson : Si vous choisissiez d'aller à l'hôpital, cela serait possible et le coût serait entièrement couvert?

M. MacLaren : Oui.

Le sénateur Peterson : Le problème se pose donc lorsqu'une personne préfère rester chez elle. J'imagine que des études ont montré que si une personne restait chez elle, l'État ferait des économies.

M. MacLaren : Exactement. Beaucoup de gens hospitalisés pourraient être chez eux. À Charlottetown, nous avons un service de soins palliatifs de huit lits, et à Summerside, l'hôpital a un service de quatre lits. Il y a donc pour toute la province 12 lits affectés aux soins palliatifs et, chaque semaine, il y a souvent une liste de 15 à 20 personnes qui veulent être admises.

Le sénateur Peterson : L'admission n'est donc pas assurée, si je comprends bien.

M. MacLaren : Non, elle est fonction de la disponibilité des lits.

M. Gaudet : Je ne me fierais pas trop à ces chiffres, qui ne sont qu'une estimation très approximative qui a été effectuée par un de nos coordonnateurs. À l'hôpital Prince County, à Summerside, il y a environ 180 lits et, au cours du dernier mois, à un moment donné, plus de 30 personnes étaient hospitalisées uniquement pour que leurs médicaments soient couverts. Si un régime de couverture des médicaments onéreux avait été en place, elles auraient pu rester à la maison, mais en l'absence d'un tel régime, elles devaient occuper un lit d'hôpital contre leur gré.

D'un bout à l'autre de la province et du Canada, beaucoup de personnes occupent des lits d'hôpital contre leur gré seulement parce qu'elles n'ont pas les moyens de rester chez elle. Nous entendons parler de délais d'attente et de gens qui ne peuvent être admis à l'hôpital, faute de lits disponibles. Le revers de la médaille, c'est que beaucoup de personnes qui occupent ces lits, le font contre leur gré et ne devraient pas être à l'hôpital.

Comme le sénateur Callbeck l'a dit, les établissements de soins actifs administrent les médicaments à l'hôpital. Pourquoi ne pourraient-ils pas les administrer au domicile des patients afin de permettre à quelqu'un d'autre d'être hospitalisé?

Le sénateur Peterson : Est-ce que le coût des médicaments administrés à domicile serait couvert pour une personne qui a tenté d'être admise dans un établissement de soins actifs, mais qui, faute de place, ne l'a pas été?

M. MacLaren : Non.

Le sénateur Peterson : En d'autres mots, c'est une question de chance. Si l'établissement n'a plus de place, tant pis pour la personne.

M. MacLaren : Elle serait alors admise à l'hôpital.

M. Gaudet : Elle se présenterait au service des urgences. Elle finirait par être admise, mais le processus serait long. Certaines personnes attendent de 11 à 12 heures au service des urgences, puis peut-être encore un jour ou deux sur une civière dans le couloir en attendant d'avoir un lit.

Le sénateur Peterson : Cela manque un peu de dignité, n'est-ce pas?

La présidente : Merci beaucoup. Il est tout à fait pertinent de terminer ainsi la séance de ce matin. Nous avons couvert beaucoup de terrain et nous avons appris énormément de choses. Je suis certaine que vos exposés nous inciteront à en apprendre davantage.

La séance est levée.