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Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Affaires étrangères et du commerce international

Fascicule 6 - Témoignages - 1er novembre 2006


OTTAWA, le mercredi 1er novembre 2006

Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international se réunit aujourd'hui à 16 heures afin d'examiner, pour en faire rapport, l'évacuation des citoyens canadiens du Liban en juillet 2006.

Le sénateur Hugh Segal (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bienvenue à cette séance du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international; la toute première réunion sous notre nouveau nom officiel. Nous avons le plaisir aujourd'hui d'accueillir l'honorable Peter MacKay, ministre des Affaires étrangères, à titre de premier témoin pour cette nouvelle étude spéciale consacrée à l'évacuation de Canadiens du Liban, opération menée l'été dernier. Le ministre est aujourd'hui accompagné de Peter Boehm, sous-ministre adjoint, Amérique du Nord (et Affaires consulaires), et de Robert Desjardins, directeur général, Direction générale des affaires consulaires pour le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.

[Traduction]

Notre étude vise à examiner les plans établis, les stratégies élaborées sur le terrain et les difficultés rencontrées, ainsi qu'à déterminer les domaines où des améliorations pourraient être apportées dans l'éventualité où le Canada serait de nouveau confronté à une telle situation.

Nous avons invité le ministre MacKay à comparaître à titre de premier témoin. Son ministère a supervisé l'évacuation des fonctionnaires et coordonner les efforts sur le terrain au Proche-Orient et au Canada.

Nous avons demandé au ministre de commenter l'aspect politique de l'évacuation. Nous demanderons ensuite aux fonctionnaires de divers ministères de témoigner des opérations réalisées dans le cadre de cette entreprise d'envergure inopinée

Quelles que soient les conclusions qui seront tirées de la présente étude sur les mesures ayant donné de bons résultats et celles ayant eu des résultats mitigés, je pense représenter l'opinion de tout le comité en affirmant que j'ai la plus grande estime envers les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Défense nationale et d'autres ministères qui ont été affectés à la région et ont travaillé d'arrache-pied pour accomplir une tâche difficile. Nous aimerions que vous leur transmettiez ce message.

[Français]

Vous pouvez maintenant faire votre présentation, monsieur le ministre, après quoi nous passerons à une période de questions.

L'honorable Peter MacKay, C.P., député, ministre des Affaires étrangères : C'est un grand plaisir pour moi d'être ici, accompagné de MM. Boehm et Desjardins qui ont joué un rôle clé dans le succès de cet exercice extraordinaire.

[Traduction]

Pour reprendre les paroles d'un politicien bien connu, le Canada a connu là des heures de gloire. Je voudrais aussi féliciter le comité d'avoir entrepris cet exercice. Vous constaterez sans doute que le personnel affecté à cette évacuation hors du commun s'est distingué à bien des égards, en particulier les fonctionnaires du Canada.

Je commencerai par une brève chronologie des événements : j'aborderai ensuite des points que je souhaite soulever en réponse aux demandes de ce comité, puis il me fera plaisir de répondre à vos questions.

Au début du conflit entre Israël et le Hezbollah, je me suis présenté devant le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, peignant un portrait difficile et complexe de la situation sur le terrain, alors que notre opération d'évacuation était encore en cours.

Aujourd'hui, à la suite des efforts du Conseil de sécurité des Nations Unies, les hostilités ont cessé et un certain niveau de stabilité a été restauré, tant au Liban qu'en Israël. Reste à voir si les mesures qui ont été prises seront suffisantes pour éliminer la menace que fait peser le Hezbollah et pour instaurer une paix durable.

C'est là un point de vue pessimiste. Je crois néanmoins que cette situation est, dans une large mesure, liée à l'un des grands problèmes qui persistent dans cette région.

[Français]

Les Canadiens ont été profondément touchés par les conflits entre Israël et le Hezbollah. Des familles ont eu la douleur de perdre un des leurs. Tous se sont lamentés des terribles souffrances des civils pris entre deux feux. Des Canadiens de retour au pays ont apprécié l'aide que le gouvernement leur a apportée pour les ramener en lieu sûr.

J'aimerais encore une fois exprimer mes sincères condoléances aux familles des victimes, y compris à la famille El- Akhras. Nos pensées et nos prières accompagnent aussi la famille du major Paeta Hess-von Kruedener et du lieutenant Tom Farkash, tous deux tués alors qu'ils étaient en service.

[Traduction]

Je remercie mes collègues pour leurs avis ainsi que pour l'intérêt et l'attention soutenus démontrés à l'égard de cette question particulière. Ma présence devant ce comité offre une occasion unique de présenter en détail les efforts colossaux réalisés par le gouvernement pour protéger les Canadiens, de faire le point sur les leçons tirées de notre opération d'évacuation, de répondre aux besoins du Liban sur le plan de l'aide humanitaire, de la reconstruction et de la stabilisation, et de promouvoir la paix et la sécurité au Proche-Orient.

J'aimerais d'abord parler de la protection des Canadiens. La sécurité et la protection des Canadiens est la plus haute considération de ce gouvernement et de tout autre gouvernement. C'est simple, aucune priorité ne la surpasse.

C'est la raison pour laquelle des efforts considérables ont été déployés pour répondre aux besoins urgents de tous les Canadiens cherchant à fuir le Liban en raison d'une menace croissante pour leur sécurité. Ces efforts supposaient la mise en place des mécanismes et des ressources nécessaires pour porter assistance à quelque 40000 Canadiens.

L'évacuation des Canadiens du Liban est, de loin, l'opération la plus vaste et la plus réussie jamais organisée ou tentée au cours de l'histoire de notre pays. Pour replacer cette situation dans son contexte, 500 Canadiens ont été évacués de l'Asie du Sud-Est à la suite du Tsunami de 2004 et 200 Canadiens ont été évacués de la Côte d'Ivoire lorsque la crise a éclaté en Afrique occidentale, en 2005. Moins nombreux encore étaient ceux qui ont été évacués des îles Caïmans et de Haïti en 2004.

L'évacuation du Liban représente une initiative d'envergure et de portée bien plus vaste que ces quatre dernières opérations combinées. Qui plus est, elle a été conduite sans avoir accès aux mêmes ressources que les autres pays, comme les bâtiments militaires dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France disposaient dans la région, et qui, par exemple, ont pu être déployées rapidement pour participer aux efforts d'évacuation.

Il importe également de signaler que l'évacuation a dû se faire par voie maritime, car l'aéroport de Beyrouth avait été endommagé dès le début des hostilités et était devenu inutilisable. Il faut aussi garder à l'esprit la distance extrême; ces événements se sont produits à l'autre bout du monde.

Une série de facteurs interdépendants composaient les défis considérables que présentait cette opération gigantesque, notamment : le blocus aérien et maritime israélien, alors que l'infrastructure routière terrestre avait été gravement endommagée ou détruite; la détérioration des réseaux de communications au Liban; d'importantes lacunes sur le plan des capacités dans les infrastructures portuaires du Liban; une demande internationale élevée pour les capacités de transport commercial maritime et aérien disponibles pour un usage immédiat, et comme je l'ai mentionné tout à l'heure, la distance entre le Canada et le Liban.

À ces facteurs s'ajoute la taille relativement modeste de notre ambassade à Beyrouth. Au moment du conflit, on ne comptait que neuf employés à l'ambassade de Beyrouth, par rapport à l'importante communauté canadienne résidant au Liban, soit l'une des plus importantes de tous les pays occidentaux présents au Liban. Il n'y avait pas d'ambassade du Canada à Chypre, seulement un consul honoraire, alors que les villes de Mersin et d'Adana se situent à hauteur du centre de la Turquie et loin d'Ankara, où se trouve notre ambassade.

De plus, au moment même où les agents canadiens s'efforçaient de leur mieux de coordonner une opération massive, les conditions de sécurité évoluaient et se détérioraient rapidement. Des secteurs de Beyrouth, le sud du Liban et le nord d'Israël devenaient rapidement purement et simplement des zones de guerre.

C'est dans ce contexte que des agents canadiens en poste au Liban, en Israël, dans les missions canadiennes disséminées dans tout le Proche-Orient, de même que partout ailleurs dans le monde, et ici même à Ottawa, ont été mobilisés pour faire face à cette situation. Et ils l'ont fait pour venir en aide à leurs concitoyens, d'une manière que je qualifierais d'héroïque.

Rappelez-vous que le premier ministre a même détourné son propre avion, alors qu'il revenait d'un sommet, pour transporter des Canadiens qui avaient été évacués. J'étais heureux d'accueillir, avec des fonctionnaires, ce vol à son arrivée au beau milieu de la nuit, ici, à Ottawa. Je me rappelle de la reconnaissance et de la joie exprimées par nos concitoyens d'être finalement de retour à la maison, alors qu'ils descendaient de l'avion.

La brève chronologie des événements que je vais vous présenter donne un aperçu utile des mesures prises et des enjeux logistiques ou d'autre nature.

Le 12 juillet, le Hezbollah a attaqué Israël et enlevé deux soldats au cours d'un raid transfrontalier. Des soldats avaient été tués et blessés au cours de ce raid. Israël a riposté en lançant des offensives aériennes, terrestres et navales.

Moins de 24 heures plus tard, le 13 juillet, le Canada publiait un avertissement aux voyageurs concernant la situation au Liban. En date du 15 juillet, trois messages avaient été envoyés à tous les Canadiens inscrits et affichés sur Internet pour informer la population canadienne de l'évolution de la situation sur le terrain et du fait que le gouvernement du Canada examinait des options de départ.

Ces activités ont eu lieu dans les deux jours suivant le raid.

Le premier groupe de travail interministériel a été convoqué le 14 juillet et comprenait des ministères de l'ensemble du gouvernement, dont le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI), l'Agence canadienne de dévelopement international (ACDI), le ministère de la Défense nationale (MDN), Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), le ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile Canada (SPPCC), le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

À ce moment-là, des «Messages aux Canadiens» répétés étaient déjà transmis par plusieurs moyens, tant à Beyrouth que chez nous, au Canada. J'entends par là que des contacts étaient faits par Internet, par téléphone et même par l'intermédiaire de coordonnateurs des urgences, de messagers ou de courriers qui se rendaient dans les maisons que nous savions habitées par des Canadiens.

Le 15 juillet, le Centre des opérations d'urgence du MAECI s'est élargi pour créer un centre d'appels d'urgence et de crise. Le Centre a pris le contrôle de tous les appels téléphoniques et des courriels liés à la crise, y compris ceux adressés à notre ambassade, à Beyrouth. Nous recevions ici, à Ottawa, des appels redirigés directement du Liban.

Au 16 juillet 2006, un plan d'évacuation avait été élaboré, des moyens de transport maritime et aérien étaient engagés, un refuge sûr et des centres d'accueil pour les personnes évacuées étaient désignés, à Chypre comme en Turquie, et le personnel devant être déployé pour aider au processus d'évacuation était prêt à partir le 17 juillet. Il a alors été convenu de revoir la politique visant à demander aux personnes évacuées le paiement du transport et celui des coûts additionnels liés à leur rapatriement.

Nous savions à ce moment qu'il serait coûteux de procéder ainsi, mais nous avions conclu qu'il serait justifié de ne pas réclamer de frais si cela nous permettait d'évacuer tous les Canadiens. Autrement dit, on ne demandait pas aux Canadiens de défrayer les coûts du voyage et, ce faisant, on ne subordonnait pas leur évacuation à leur capacité de payer. Nous avions pour tâche de protéger les Canadiens et c'est ce que nous avons fait.

Sur ce point, je souligne qu'aucun pays ayant procédé à l'évacuation de ses ressortissants du Liban n'a exigé le remboursement des frais.

Le 17 juillet, l'ambassade à Beyrouth a activé son Réseau de coordonnateurs consulaires d'urgence et a commencé à prendre contact individuellement avec les Canadiens par téléphone pour les informer du plan d'évacuation. Les coordonnateurs d'urgence sont des bénévoles établis dans différentes régions d'un pays, qui ont été identifiés comme personnes ressources en cas de situation d'urgence, telle qu'une évacuation. Entre-temps, le nombre de Canadiens inscrits avait doublé, passant de 11000 à 22000.

Les appels ultérieurs aux Canadiens ont été gérés par le Centre d'urgence et de crise du MAECI, pour assurer une messagerie opportune, exacte et uniforme à l'intention des personnes susceptibles d'être évacuées.

Le premier ministre et moi-même nous sommes engagés activement tout au long de ces étapes initiales, notamment par des consultations directes avec nos homologues israéliens, pour assurer le passage en toute sécurité des Canadiens évacués du Liban.

L'évacuation initiale des Canadiens a commencé le 19 juillet. Au cours du mois qui a suivi, 14 982 personnes évacuées ont été amenées en lieu sûr sans qu'aucune ne décède ou ne soit blessée grièvement.

Les statistiques suivantes montrent la véritable ampleur de cette opération. Le Centre d'appels d'urgence et de crise du MAECI a utilisé 215 bénévoles formés pour gérer près de 48000appels téléphoniques et 13000 courriels, et pour prendre contact avec environ 35000 Canadiens inscrits.

Pour appuyer les opérations d'évacuation, près de 400 agents gouvernementaux ont été redéployés à partir d'Ottawa ou réaffectés de l'étranger à Beyrouth, à Chypre et en Turquie, dont 200 du MAECI, 151 du MDN, 2 de Transport Canada, 34de CIC et de l'ASFC, et 8 du SCRS.

Ce déploiement s'est fait pendant une période d'affectation d'employés permutants et de vacances. Je précise qu'un grand nombre de fonctionnaires de ces divers ministères se sont portés volontaires. Certains ont interrompu prématurément leurs vacances, d'autres se sont portés volontaires, d'autres encore ont passé de nombreuses heures au Centre ou à se demander s'ils souhaitaient être affectés dans l'une des régions touchées. Ils ont vraiment fait beaucoup plus que leur simple devoir.

Un grand nombre de personnes ont dû quitter Ottawa pour s'envoler vers la région sur un préavis de seulement quelques heures. Là-bas, ces gens ont travaillé nuit et jour et, bien souvent, ils ne disposaient pas de l'infrastructure, des moyens et de la sécurité d'une ambassade du Canada pour les soutenir.

Outre les 34 départs de Beyrouth par bateau, nous avons aussi conduit une opération d'évacuation pour faire sortir des personnes du port de Sour, dans le sud du pays. Cette opération, extrêmement dangereuse, avait été soigneusement planifiée.

Soixante-six vols affrétés ont ramené des personnes évacuées au Canada, avec l'étroite collaboration des autorités provinciales, en particulier ici, en Ontario, et au Québec, qui se sont mobilisées pour recevoir ces personnes et répondre à leurs besoins immédiats.

En faisant le bilan, nous aimerions discuter des leçons que nous avons tirées de cette opération d'évacuation. Dans l'ensemble, je dirais simplement que ces événements ont été difficiles et imprévus. L'intervention canadienne pour apporter protection et aide aux Canadiens pris dans une zone de conflit a été rapide, efficace et couronnée de succès, et en tant que Canadiens, nous pouvons tous en être fiers.

[Français]

L'opération d'évacuation au Liban a apporté la preuve de notre capacité à intervenir avec succès dans une crise de grande envergure. Cela dit, nous devons apprendre de notre expérience au Liban en restant vigilant et en nous tenant prêt. Tous les intervenants s'accordent sur le fait que l'on peut tirer des leçons de cette crise et que tous les ministères gouvernementaux sont en bonne voie pour achever l'exercice de leçons individuelles apprise.

[Traduction]

Le 8 septembre dernier, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international a tenu la première réunion interministérielle sur les leçons apprises. Nous avons eu la possibilité de jeter un regard sur l'avenir ainsi que d'élaborer et de mettre en œuvre des politiques et des procédures pour améliorer notre efficacité et notre efficience en nous fondant sur l'expérience vécue.

Au nombre des mesures faciles à reconnaître, mentionnons les suivantes : disposer d'une technologie mobile et sûre pour un déploiement rapide des équipes, car les crises peuvent survenir dans des endroits éloignés et isolés; examiner tous les aspects de la politique du gouvernement du Canada relatifs à l'aide aux Canadiens à l'étranger, et notamment en situation de crise; s'assurer que les autorités compétentes en matière de finance et de passation de marchés sont en place pour permettre une planification et des décisions rapides en vue de réagir à la crise, et pour appuyer l'intervention; améliorer les méthodes et les techniques dans le secteur des «communications publiques» afin de garantir une diffusion rapide et instructive de renseignements pertinents sur la réaction du gouvernement du Canada à la crise.

Pour conclure, j'aimerais parler de la réponse aux besoins en aide humanitaire et en stabilisation au Liban. Dès le début des hostilités, le Canada a fait part de sa profonde préoccupation au sujet des victimes chez les civils, de la destruction des infrastructures civiles et du nombre croissant de personnes déplacées dans leur propre pays.

Au coeur de la crise, le Canada s'est joint à ses partenaires du G8, à St-Pétersbourg et à Rome, pour lancer un appel en faveur d'une action urgente afin d'aborder les conséquences humanitaires de la crise et d'exhorter Israël à faire preuve de la plus grande modération et d'éviter à tout prix les pertes de vies chez les civils et les dommages aux infrastructures civiles.

Nous avons insisté sur le fait que la responsabilité de protéger les civils et les travailleurs humanitaires était une obligation qui devrait être totalement respectée en vertu du droit international humanitaire.

Nous nous sommes fermement prononcés en faveur d'un accès sûr et libre du personnel humanitaire pour la prestation de secours humanitaires immédiats aux Libanais dans le besoin, et nous avons utilisé nos navires pour faciliter le transport de plus de 140 tonnes de fournitures humanitaires de Chypre au Liban.

Nous avons également mis un hélicoptère à la disposition des Nations Unies afin qu'elles puissent effectuer un contrôle aérien des régions côtières touchées par les déversements de pétrole.

[Français]

L'intervention du Canada a été opportune, ciblé et efficace. Nous avons fourni 5,5 millions de dollars au comité international de la Croix-Rouge et aux Nations Unies pour répondre aux besoins humanitaires urgents.

L'appui du Canada a aidé les agences humanitaires à réparer des canalisations d'eau brisées et des écoles endommagées ainsi qu'à transporter par camion des médicaments, de la nourriture, de l'eau, des abris temporaires et d'autres fournitures essentielles jusqu'aux collectivités locales du sud du Liban qui en avaient besoin.

[Traduction]

Les organismes humanitaires des Nations Unies ont à présent achevé leurs opérations d'urgence au Liban et passent à l'étape du rétablissement et de la reconstruction.

À cet égard, le 16 août, le premier ministre a annoncé la création d'un fonds de secours pour le Liban de deux ans, d'un montant de 25 millions de dollars. Ces fonds témoignent de la volonté du gouvernement de participer aux efforts internationaux pour la reconstruction du Liban et de l'appui du Canada à l'égard de la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Une mission d'évaluation interministérielle dirigée par le MAECI au Liban (du 1er au 7 octobre) a permis de cibler des secteurs prioritaires éventuels pour la contribution du MAECI aux efforts de stabilisation internationaux. Il s'agit de la surveillance frontalière, de la formation de la police et de l'action contre les mines, en particulier en ce qui concerne le problème des munitions en grappes non explosées.

J'ai discuté récemment de ce point, monsieur le président, avec des représentants canadiens qui ont travaillé sur ce dossier. L'accord qui a été signé par Ottawa, et qui en sera bientôt à son 10e anniversaire, est un autre sujet de fierté pour les Canadiens.

Pour terminer, en ce qui a trait à la promotion de la paix et de la sécurité au Proche-Orient, une question d'une portée et d'un intérêt considérables, je précise que les objectifs du Canada vont dans le sens de ceux de la communauté internationale. La mise en œuvre intégrale et rapide de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies, dont je vous parlais, a permis de mettre un terme aux hostilités et vise à remédier à plusieurs des situations ayant conduit à ce conflit.

La résolution 1701 ordonnait la création d'une Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) musclée, comprenant jusqu'à 15000 soldats pour maintenir le cessez-le-feu, le déploiement de plus de 15000 militaires libanais armés au sud du Liban afin d'étendre le contrôle du gouvernement du Liban sur tout le territoire libanais, le retrait des forces israéliennes du Liban, un embargo sur les armes, le démantèlement du Hezbollah, et la libération des deux soldats israéliens.

Seules ces mesures peuvent établir la base d'un Israël et d'un Liban sûrs, et conduire à une paix durable dans la région.

[Français]

Aux côtés de nos alliés et partenaires, nous continuerons d'engager tous les acteurs régionaux à contribuer constructivement à la mise en œuvre de la résolution 1701. Nous avons notamment exhorté ceux qui ont de l'influence sur le Hezbollah et ses bailleurs de fonds, à Téhéran et à Damas, à les convaincre d'écouter les appels de la communauté internationale et de respecter l'embargo sur les armes. Par ailleurs, le Canada continue d'appuyer le premier ministre libanais, M.Siniora, dans ses efforts pour mettre en œuvre la résolution 1701 et pour étendre la souveraineté libanaise sur le sud du pays.

[Traduction]

Les Libanais, au même titre que les Israéliens ne doivent pas être tenus en otages des actes extrémistes d'une organisation que de nombreux pays, notamment le Canada, qualifient de groupe terroriste. Le Hezbollah et ses tenants devraient respecter le souhait des citoyens libanais et israéliens de mener une vie normale, en toute sécurité.

Toute solution durable aux tensions au Proche-Orient doit être régionale. Les efforts diplomatiques pour promouvoir et réaliser la vision d'une solution pour deux États, soit un État israélien sûr et prospère coexistant avec un État palestinien viable, démocratique et pacifique.

Nous avons besoin d'une paix régionale complète et réelle pour ramener la dignité dans cette région et y instaurer une sécurité durable, et le Canada continuera à collaborer avec ceux qui partagent cette vision.

[Français]

Je serais heureux de répondre à vos questions.

[Traduction]

Le président : Je demanderais aux honorables sénateurs de demeurer le plus brefs possible dans leurs questions, de manière à ce que le plus grand nombre possible de sénateurs puissent poser des questions au ministre.

Le sénateur Corbin : J'aimerais éclaircir un point. À la page 3, le septième mot de la dernière phrase du troisième paragraphe, tel qu'il apparaît dans le texte que nous a remis le ministère est «revoir», alors que je vous ai distinctement entendu dire «renouveler». S'agit-il d'une correction ou d'une erreur de lecture de votre part?

M. MacKay : Si cela peut être utile, je dirais «examiner» et «renouveler».

Le sénateur Corbin : Vous avez bien dit «renouveler».

M. MacKay : Je voulais dire «revoir».

[Français]

Le sénateur Dawson : Monsieur le ministre, premièrement, pour que nous nous comprenions bien, l'objectif du comité est de vous aider. Nous voulons savoir si, suite aux leçons apprises entre le tsunami d'il y a quelque temps et le Liban, l'on peut au ministère des Affaires extérieures, mesurer notre capacité à mettre sur pied une équipe à déploiement rapide et si dans les deux ou trois jours qui ont suivi le début de l'évacuation, il semblait y avoir un certain niveau de confusion.

Vous allez me permettre un commentaire sur un de vos collègues qui avait attaqué la crédibilité de l'ambassadeur en disant que ce dernier avait été nommé par les libéraux. Ce n'est certainement pas quelque chose qui a aidé sa crédibilité dans l'exécution de ses tâches.

Ceci étant dit, nous avons plusieurs questions sur les chiffres. Tout d'abord, à quel moment a eu lieu la dernière étude sur le nombre de Canadiens au Liban qui pourraient potentiellement être évacués? On a vu ce matin dans les journaux qu'il existait une estimation du coût de l'opération. Nous aurons l'occasion, au cours des prochaines semaines, de rencontrer d'autres témoins et d'aller un peu plus en détail sur l'évacuation comme telle, mais nous aimerions avoir des renseignements sur des questions plus simples comme le nombre de citoyens canadiens, le coût associé à une telle opération et aussi, la question d'une équipe à réponse rapide qu'on devrait développer. Je vais m'en tenir à cela pour le moment.

M. MacKay : Premièrement, il n'y a pas de confusion entre les personnes qui travaillent au sein du ministère. Il y a une réponse immédiate, contrairement à ce qui a été rapporté dans les médias. La réponse est appropriée et très rapide.

[Traduction]

J'attire l'attention sur les résultats, sénateur, car c'est à l'œuvre qu'on connaît l'artisan. Il n'y avait aucune chemise de classement au fond d'un vieux classeur attendant quelque part dans l'édifice Pearson, qu'on vienne la consulter pour savoir comment planifier l'évacuation de 15000 Canadiens du Liban. Un tel plan n'existait pas. Vu les circonstances, la réponse a été remarquable.

Quant au nombre estimatif de Canadiens au Liban qui détenaient un passeport, nous n'avions aucun chiffre précis sur lequel appuyer nos prévisions. Ce nombre a pu être précisé depuis; nous avons en fait pu établir qu'il se situait quelque part entre 40000 et 50000 personnes. Ceux qui sont retournés au Liban ou qui détiennent actuellement un passeport ne s'inscrivent pas tous à l'ambassade, et ce manque d'information nous a desservis. En quelques jours, nous avons toutefois pu prendre contact avec des membres de la collectivité qui, à leur tour, ont pu entrer en contact avec des Canadiens qu'ils savaient être au Liban. Nous avons en outre lancé un appel au Canada pour nous aider à déterminer ces chiffres.

Pour ce qui est des commentaires sur notre ambassadeur à Beyrouth, il a exceptionnellement bien réagi, compte tenu des circonstances. Aucune des critiques formulées à son encontre n'était justifiée ni ne reflétait, de quelque façon que ce soit, un manque de respect de la part des membres du gouvernement, encore moins de ma part. J'ai le plus grand respect pour notre ambassadeur et le travail qu'il a accompli. Je le lui ai d'ailleurs exprimé depuis, comme je l'ai fait tout au long de cet exercice, lors de nos entretiens téléphoniques quotidiens.

À mon avis, les critiques prématurées ont rapidement cédé la place à la prise de conscience que cette opération était exceptionnelle et qu'elle nécessiterait des efforts herculéens de la part de la fonction publique et des différents ministères dont j'ai parlé. Depuis, une étude des nombres, des chiffres et des faits a été menée, dont j'ai moi-même fourni certains détails.

Les coûts calculés jusqu'à présent sont d'environ 66 millions de dollars, mais ce ne sont pas les chiffres définitifs. D'autres factures doivent être ajoutées à cette somme. Là, je parle uniquement de mon ministère. D'autres coûts subis par certains des autres ministères dont j'ai parlé seront calculés, notamment ceux du MDN, ainsi que ceux de l'ACDI. Ces coûts incluent, comme vous le devinez, l'ensemble des dépenses liées au transport aérien et maritime des fonctionnaires à destination des divers sites où ils devaient se rendre pour aider à l'évacuation. Il y a aussi le coût des véhicules loués, des services de santé et d'assistance sociale, des télécommunications, de l'équipement utilisé, de même que les dépenses du Bureau des passeports. Je peux vous assurer que des comptes ont été rendus pour tous ces coûts. Ils sont transparents. Ils pourront être consultés sur notre site web et résisteront à un examen public.

Mais surtout, à quel prix estimons-nous l'évacuation des Canadiens en zone de guerre vers un lieu sûr, un exercice que l'on ne peut que qualifier de remarquable, alors qu'il n'a entraîné ni perte de vie ni blessure?

Le sénateur Dawson : Nous sommes ici pour trouver des façons de vous aider à formuler des recommandations sur des points à améliorer. Quelle est la fréquence des vérifications faites pour connaître le nombre de Canadiens présents dans un pays en situation de crise? Selon votre bureau, combien de Canadiens sur les 15000 sont retournés au pays?

M. MacKay : J'ai entendu dire, sous toutes réserves, qu'environ la moitié de ces personnes étaient retournées. Mais, encore une fois, c'est ce que j'ai entendu dire. Les personnes évacuées ne sont aucunement tenues de nous informer de leurs plans lorsqu'elles rentrent au Canada. Nous n'avons pas exigé qu'elles nous tiennent au courant de leurs allées et venues.

Dans la mesure où nous disposons des données d'une enquête, nous essayons généralement d'assurer le suivi du nombre de Canadiens qui se trouvent dans différents pays. Nous faisions face à une crise imprévue et la situation évoluait rapidement. Étant donné cette situation particulière, nous étions davantage soucieux de retracer les Canadiens et de leur transmettre l'information pertinente sur la façon de se rendre au port de Beyrouth pour l'évacuation, que nous ne l'étions de procéder à une forme quelconque de recensement, si je peux m'exprimer ainsi.

À l'avenir, je pense que nous devrions essayer d'améliorer la précision avec laquelle nous pouvons retracer les Canadiens dans des zones dites névralgiques; nous sommes d'ailleurs en train d'étudier des façons d'y parvenir.

Le sénateur Andreychuk : Monsieur le ministre, je pense que vous avez accompli, de concert avec le ministère des Affaires étrangères, et sans aucun doute avec l'appui de tous les autres ministères et individus, Canadiens comme non-Canadiens, qui ont participé aux efforts d'évacuation, un travail de titan. Ma propre expérience du système me permet de comprendre le courage dont chacun a dû faire preuve pour mener à bien la mission d'évacuation que nous leur avions confiée.

Puisque je dispose de peu de temps, j'aimerais en revenir aux questions politiques et humanitaires.

L'équilibre entre la responsabilité d'une personne à l'égard de ses actes et celle du gouvernement en ce qui concerne la sécurité et la protection est toujours fragile. On se heurte constamment à des difficultés.

Après le décès du premier ministre Hariri, je pense que le Liban a changé de façon dynamique. La situation y était difficile, même si personne ne pouvait présager qu'un tel conflit y éclaterait.

Si nous devons en tirer des leçons, je pense qu'une d'elles serait de trouver comment prévoir ce genre de situation. Que pensent les citoyens de ces alertes et comment y réagissent-ils? Je me rappelle qu'il y a 30 ans, alors que des Canadiens avaient enfreint la loi en matière d'utilisation de drogues, le gouvernement avait changé radicalement de position et annoncé dans des brochures, à la radio et à la télévision qu'il reconnaissait que les lois canadiennes ne s'appliquaient pas aux personnes voyageant à l'étranger. On y déclarait que le voyageur était assujetti aux lois locales, en précisant la limite des pouvoirs du gouvernement canadien.

Les limites avaient été clairement fixées.

Serait-il temps de revoir notre définition du droit de circuler dans le monde? Actuellement, il y a des Canadiens un peu partout. Devons-nous reporter une partie de la responsabilité sur ceux qui se rendent dans des régions de conflits en exigeant qu'ils aillent s'inscrire? Certaines personnes s'étaient inscrites à l'ambassade et avaient précisé quels étaient leurs plans : ce faisant, elles ont aidé le gouvernement canadien à leur venir en aide. D'autres choisissent de ne pas prévenir l'ambassade. Ont-elles accès à des services équivalents et dans les mêmes délais? Comment régler ce problème? Comment faire pour identifier des citoyens qui jouissent du droit de circuler? Où doit-on placer la limite? Il me semble que les citoyens, comme le gouvernement, devraient en tirer des leçons. Quelles sont les obligations du citoyen et quelles sont celles du gouvernement? Tirez-vous les mêmes conclusions de ces leçons? Autrement dit, peut-être devons- nous simplement cesser d'alerter les citoyens? En ce moment, une alerte a été lancée dans une région du Mexique. Il y a quelques années, ces systèmes d'alerte n'existaient pas. C'est nous qui les avons créés. Le moment est-il venu de concevoir d'autres méthodes pour alerter les Canadiens du danger et procéder à leur évacuation?

M. MacKay : Je pense qu'il est juste de dire que le ministère des Affaires étrangères a évolué avec la technologie mise à sa disposition.

Avec l'arrivée d'Internet, à présent largement utilisé pour relayer à grande échelle de l'information dans toutes les langues, au Canada comme dans les pays d'origine, les publipostages et les conseils aux voyageurs sont l'une des façons les plus directes et efficaces de signaler les dangers associés à certaines destinations pour les voyages ou pour les affaires.

Existe-t-il d'autres moyens d'informer de ces dangers? C'est possible. Je suppose que la publicité directe dans certaines publications serait une option lorsque le danger est élevé, par exemple pour avertir d'événements météorologiques dangereux ou de toute autre condition d'instabilité politique mettant la vie d'une personne en péril, comme cela s'est vu dans certains pays. Nous sommes continuellement à la recherche de moyens de communiquer cette information aux Canadiens.

Vous avez fait remarquer un point important tout à l'heure. Alors que les Canadiens jouissent de certains droits et d'une certaine protection ici, au Canada, ces droits et cette protection ne peuvent pas être aussi étendus lorsqu'ils quittent le Canada. Autrement dit, on ne peut pas «transporter» ces droits avec soi.

Sur le plan des responsabilités, chacun doit assumer ses propres décisions quant à la destination choisie, l'endroit où amener la famille ou celui où faire des affaires; en tant que gouvernement, et au même titre que tout autre gouvernement, nous continuerons d'assurer aux citoyens canadiens à l'étranger le plus haut degré de protection possible.

Le comité prendra note que près de deux millions de Canadiens vivent actuellement à l'extérieur du Canada et détiennent un passeport canadien. La présence à l'étranger d'autant de Canadiens soulève des difficultés auxquelles le gouvernement doit remédier.

En clair, nous voulons que les citoyens canadiens comprennent bien qu'il leur incombe d'assumer une certaine part des responsabilités. Nous demandons par exemple aux citoyens qui vivent dans un pays faisant l'objet de conseils aux voyageurs de rester en contact, à tout le moins en fournissant à l'ambassade ou au consulat local des renseignements sur leurs allées et venues et sur l'endroit où ils peuvent être joints, ou de l'information qui permettra de les joindre rapidement afin de procéder à leur évacuation, le cas échéant.

Dans le cas du Liban, ces renseignements nous ont été fort utiles en fournissant au moins un point de départ pour identifier et joindre quelques personnes. Comme nous l'avons constaté, le nombre de personnes a augmenté de façon exponentielle dans un délai relativement court alors que le Canada procédait à l'évacuation.

Comme on peut s'y attendre, certains pays disposent de moyens de communication qui surpassent de toute évidence ceux d'autres pays. Certains pays africains posent même des défis plus importants, en raison du manque d'infrastructure et de la capacité limitée pour le gouvernement d'atteindre certaines parties du pays, étant donné notre capacité militaire.

En une seule journée au cours du processus d'évacuation de cet été, un porte-avion américain et un autre porte- avion britannique ont ainsi évacué en une seule opération des milliers de personnes. Je me rappelle qu'à un moment donné, notre gouvernement parlait de la possibilité de doter notre force navale d'une sorte de porte-avion et d'avoir été tourné en ridicule ne serait-ce que pour avoir songé à une idée aussi saugrenue!

Des décisions politiques doivent être prises. Bien que nos moyens actuels et notre capacité d'atteindre certaines régions soient limités, nous nous efforçons constamment de consolider nos contacts, nos ressources et nos investissements afin de pouvoir aider les Canadiens à l'endroit et au moment où ils en ont besoin.

Le sénateur Smith : Merci de votre présence. Je pense aussi que cette opération était colossale et impressionnante, et je félicite tous les Canadiens qui y ont pris part. Comme la plupart des Canadiens, j'ai suivi de près les événements à la télé. Ma fille a passé l'été dans les îles grecques, pour se rendre ensuite en Turquie, au milieu de l'été, ce qui m'a incité à suivre d'encore plus près la situation.

Je me rappelle un incident particulier, lorsqu'un gros bateau avait été affrété de la ville de Sour, si je ne m'abuse. Ce n'est pas une critique, mais je pense que le bateau n'était rempli qu'à 20p.100 de sa capacité, et qu'il ne comportait qu'une petite proportion de Canadiens.

Au chapitre des leçons apprises, je pense que pour des raisons d'efficacité, nous pourrions multiplier les occasions de travailler avec les alliés de l'OTAN et les partenaires du G8 à améliorer non seulement les questions d'efficience, mais aussi de gestion.

Avons-nous discuté avec ces autres pays pour essayer de conclure des accords et des ententes pour que, lorsqu'une situation de ce genre se produit, nos actions soient bien coordonnées et que, ce faisant, nous en retirions un maximum d'avantages?

M. MacKay : Vous avez de toute évidence suivi cette situation de près, car un bateau s'est effectivement rendu à Sour, et nous nous attendions à ce qu'un grand nombre de Canadiens montent à bord. Il s'est avéré que nous avons évacué plus d'Américains, de Français et d'Australiens que de Canadiens.

Pour répondre directement à votre question, nous étions en contact régulier avec nos alliés de l'OTAN et de l'Union européenne depuis le début des opérations, et nous cherchions sans cesse des façons de mettre en commun nos capacités. Le moment de l'arrivée et les efforts de coordination réalisés par Peter Boehm et Robert Desjardins ont été d'une précision incroyable.

Il faut se rappeler que nous travaillions dans le contexte d'un blocus assorti d'un couvre-feu, nous n'avions donc pas le choix d'amener les bateaux à Beyrouth à des moments précis, de prendre les passagers, puis de quitter avant la tombée du couvre-feu. À plusieurs reprises, j'ai dû prendre le téléphone, appeler le ministre israélien des Affaires étrangères, et lui demander si nous pouvions avoir un peu plus de temps ou s'il était possible de permettre à un bateau d'entrer avant un autre.

Bref, de nombreux efforts de coordination ont été nécessaires : le couvre-feu leur imposant une véritable course contre la montre, les bateaux étaient alignés en périphérie et nous devions parfois négocier l'ordre d'entrée. Je souligne qu'au début surtout, nous étions en concurrence avec d'autres pays pour l'utilisation de ces navires commerciaux.

Du début à la fin, les pourparlers directs avec de nombreux alliés de l'OTAN et le secrétaire général lui-même n'ont pas cessé. Nous avons multiplié les efforts de collaboration et de coopération avec l'OTAN.

Le sénateur Corbin : J'aimerais vous ramener au paragraphe de la page 3 auquel j'ai fait allusion plus tôt, et dans lequel vous mentionnez que le 17 juillet, la politique visant à réclamer aux personnes évacuées le coût de leur transport ainsi que d'autres frais de transit avait été revue. Quelles ont été les conclusions de cet examen?

M. MacKay : Nous avons décidé que personne ne paierait pour son retour au Canada.

Le sénateur Corbin : Avez-vous demandé que ces frais soient remboursés plus tard?

M. MacKay : Non.

Le sénateur Corbin : L'aviez-vous déjà fait en d'autres circonstances?

M. MacKay : Non.

Peter Boehm, sous-ministre adjoint, Amérique du Nord (et Affaires consulaires), Affaires étrangères et Commerce international Canada : Normalement, la procédure consulaire prévoit que toute personne qui demande des services signe un formulaire dans lequel elle s'engage à en rembourser le coût. Lorsque la personne revient au Canada, nous essayons de recouvrer la somme due.

L'ampleur de cette opération d'évacuation laissait entendre que nous ne pourrions pas appliquer cette procédure. D'autres pays ont pris des décisions similaires.

Dans le cas des États-Unis, les citoyens avaient au départ été prévenus qu'ils devraient rembourser les frais d'évacuation. Les États-Unis ont ensuite annulé cette décision, le ministre ayant déclaré que dans ce cas particulier, la procédure de remboursement ne s'appliquerait pas.

Le sénateur Corbin : Des personnes se sont-elles présentées pour rembourser volontairement les frais de leur évacuation?

M. Boehm : Non, pas à ma connaissance.

M. MacKay : Je dois préciser que les coûts comportaient deux volets : d'abord ceux liés au transport de Beyrouth à un port situé à Chypre ou à Mersin (en Turquie), puis le transport aérien jusqu'au Canada. M. Boehm a raison de laisser entendre que nous n'avons pas été les seuls à assumer les frais d'évacuation des citoyens; il ne faut pas oublier cependant que l'intervention d'autres pays se limitait à évacuer leurs citoyens de Beyrouth. Autrement dit, on les a transportés vers le port le plus sûr, sans plus.

Dans une grande majorité des cas, les citoyens d'autres pays n'ont pas été ramenés jusque chez eux. Le Canada s'est montré des plus généreux en ramenant ses citoyens au pays.

Le sénateur Corbin : L'autre question dont je voudrais discuter brièvement a trait à un énoncé figurant en page 2 de la déclaration, sous le titre «Protéger les Canadiens». Je suis curieux de savoir pourquoi, dans le second paragraphe, où il est dit «les besoins urgents de tous les Canadiens», le mot «tous» a été souligné. Quelle en est la raison? C'est le seul mot de tout le document qui soit souligné.

M. MacKay : Nous avons pris la décision de ramener au pays tout Canadien qui en exprimait le désir. Nous avions convenu de les ramener au Canada en raison des conditions qui prévalaient au Liban, et j'ai respecté cet engagement dès le début de cette crise.

Le sénateur Corbin : Que voulez-vous dire par «tous» les Canadiens?

M. MacKay : Tous les Canadiens détenteurs d'un passeport.

Le sénateur Corbin : Vous n'avez donc pas établi de distinctions entre les Canadiens en visite au Liban, ceux qui y résidaient ou qui s'y trouvaient pour une autre raison.

M. MacKay : C'est exact.

Le sénateur Corbin : Prévoit-on éventuellement revoir cette politique?

M. MacKay : Nous voulions faire passer le message que nous ferions tout en notre pouvoir pour aider les Canadiens. En l'occurrence, nous prêtions assistance à tout Canadien qui demandait l'aide du gouvernement du Canada pour rentrer au pays. Bref, nous avions le sentiment qu'il était essentiel que nous respections nos engagements et que nous prenions les choses en main, compte tenu des événements qui se déroulaient durant le conflit au Liban.

Le sénateur Corbin : Je comprends vos préoccupations humanitaires et je pense comme vous, mais les passeports sont parfois d'un usage bien commode. Il me semble que la double citoyenneté impose au gouvernement national un fardeau ou une responsabilité supplémentaire à l'égard des Canadiens qui résident en permanence à l'étranger.

Le moment venu, j'aimerais que vous répondiez à ma question : cette politique sera-t-elle revue, compte tenu du lourd fardeau que le gouvernement a dû assumer cette fois? Il faut admettre qu'il s'agissait de circonstances extraordinaires, mais il n'en sera pas toujours ainsi. Il faudra faire preuve d'un certain jugement. Comme vous l'avez si bien dit, dans le cas présent, il n'est pas question d'établir des distinctions.

Personnellement, j'aimerais savoir quelle est la politique en vigueur, et si cette politique fera l'objet d'une révision, compte tenu de la lourde facture qui vous a été imposée, ainsi qu'aux Canadiens en situation régulière.

M. MacKay : Je pense que la question est pertinente et qu'elle fera l'objet de nombreuses discussions, si je peux m'exprimer ainsi. Je soupçonne qu'en fin d'analyse, la question sera soumise à l'examen du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration.

La politique en la matière est à l'heure actuelle un prolongement de celle du gouvernement précédent. En d'autres termes, la double citoyenneté est là pour rester, et elle donnera aux personnes les droits, privilèges et responsabilités que confèrent un passeport et la citoyenneté.

Cela dit, je soupçonne que, tout au long des délibérations, la plus grande part des discussions, dont celle autour de cette table, soulèveront plusieurs questions : La double citoyenneté devrait-elle s'accompagner d'obligations différentes? La citoyenneté d'une personne ayant vécu à l'extérieur du pays, pour une période qui reste à déterminer, et qui ne possède plus aucune propriété dans ce pays ou qui n'y verse pas d'impôts, devrait-elle s'accompagner des mêmes privilèges que celle d'une personne qui vit au Canada?

Ces questions, dans un contexte élargi, exigent que nous creusions un peu plus en profondeur et que nous examinions ce que d'autres pays font. Certains pays exigent des citoyens qui possèdent la double citoyenneté et qui souhaitent vivre à l'extérieur de leur pays d'accueil, qu'ils y aient résidé pendant un certain temps, qu'ils y possèdent une propriété et peut-être même qu'ils y paient des impôts en fonction d'un certain niveau ou d'un montant précis.

Ces discussions ont déjà cours au ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration et se poursuivront. Je suis ouvert aux commentaires et aux opinions de ce comité sur le sujet.

Le président : Je prierai les sénateurs dont le nom figure sur la liste de poser toutes leurs questions, puis nous demanderons au ministre d'y répondre; nous aurons peut-être ainsi suffisamment de temps pour une seconde série de questions. Je sais qu'il est possible que l'on passe au vote ailleurs, et nous pourrions devoir nous priver de la présence du ministre.

M. MacKay : Je suis tout disposé à rester jusqu'à ce que l'on sonne l'alarme.

Le sénateur Di Nino : Monsieur le ministre, je me joins à mes collègues pour vous féliciter, de même que toutes les autres personnes qui ont contribué à cette extraordinaire opération d'évacuation. Je suis fier d'être Canadien lorsque je songe à la façon dont nous avons su gérer un dossier aussi difficile.

J'ai trois petites questions. La première : avez-vous obtenu l'entière collaboration de tous les gouvernements locaux lorsque vous avez tenté d'évacuer les Canadiens qui se trouvaient dans la zone de conflit, au Liban? Ensuite, vous avez parlé de coopération avec les provinces et je pense que vous avez souligné celle du Québec et de l'Ontario. Ce que je voudrais savoir, en fait, c'est à quel moment les personnes évacuées ont pu rentrer chez elles et si leurs familles ont contribué à leur retour. Avions-nous pris des ententes avec elles? Faisaient-elles partie de la solution?

Pour terminer, j'aimerais savoir où en est la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies?

M. MacKay : Pour donner une réponse courte à votre première question sur le degré de collaboration des gouvernements locaux, je dirais qu'ils ont été extrêmement coopératifs. Comme je l'ai déjà mentionné, étant donné que nous étions en contact avec les autorités libannaises et israéliennes, il est arrivé, en certaines circonstances précises, que l'on nous demande, à moi-même ou à des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, d'intervenir directement pour accélérer le processus d'évacuation, afin d'aplanir les difficultés liées au blocus. Le déplacement des citoyens canadiens dans le sud du pays, là où les bombardements étaient les plus intenses, a nécessité un certain nombre d'interventions, et nous sommes allés plus loin encore.

Nous avons dû intervenir auprès d'autres autorités que celles du Liban et d'Israël. Nous étions en contact avec le gouvernement de Chypre et celui de la Turquie, qui ont fait preuve d'une coopération digne de mention en accueillant les citoyens canadiens dans leur pays. De nombreux citoyens, comme vous vous en doutez, étaient stressés, fatigués et traumatisés par ce qui s'était passé. Des gouvernements ont travaillé avec nos fonctionnaires, à Chypre comme en Turquie, à l'établissement d'un axe de communication et de traitement et, à mesure que les citoyens canadiens débarquaient là-bas pour ensuite être transportés vers des avions à destination du Canada.

Le Canada a été remarquablement bien accueilli. Selon moi, cela montre bien la façon dont la grande majorité des pays dans l'ensemble de la communauté internationale perçoivent le Canada. Ces pays ont été extrêmement coopératifs, utiles et bienveillants dans leurs efforts pour nous prêter main-forte durant cette opération. Je l'ai déjà dit aux représentants de tous ces pays, et j'espère avoir l'occasion de le faire de manière plus personnelle au cours d'éventuels voyages là-bas.

De même, les familles, ici au Canada et celles avec lesquelles nous étions en contact à l'intérieur de ces régions, ont été tout aussi reconnaissantes des efforts réalisés. Elles ont reconnu que cette intervention avait été menée pour apporter une aide humanitaire à leur famille, les mettre à l'abri du danger aussi rapidement que possible et pour faire efficacement et sans risque ce qu'elles-mêmes ne pouvaient faire pour leurs proches.

Notre plus grand obstacle a sans doute été la neutralisation de l'aéroport de Beyrouth, qui constituait la voie d'évacuation la plus normale et directe. Il a fallu faire preuve de beaucoup d'ingéniosité pour procéder à l'évacuation. C'est en grande partie grâce à la rapidité et à l'habileté avec lesquelles ces deux messieurs et les représentants officiels du ministère des Affaires étrangères ont su reconnaître les voies d'évacuation à emprunter.

Au Canada, les familles entraient régulièrement en contact avec des fonctionnaires. Nous avons mis sur pied une banque téléphonique presque équivalente à un centre d'appels. Nous avons consacré un étage entier de l'édifice Pearson à la prise d'appels en provenance du Canada et du Liban pour permettre que des personnes soient reliées dans certains cas.

L'information était transmise au Canada pour localiser des membres des familles à l'intérieur du pays.

Dans de nombreux cas, des messages étaient aussi acheminés au Canada à des membres des familles pour leur assurer que leurs proches étaient en sécurité sur le bateau et qu'ils étaient en route pour le Canada.

Vous pouvez imaginer le nombre de personnes qu'il a fallu mobiliser pour acheminer ces milliers d'appels incessants, tout au long des semaines nécessaires à l'évacuation, de même que les efforts, les sacrifices et l'engagement personnels des fonctionnaires qui se sont beaucoup investis dans cette opération. À cet égard, nous avons utilisé toutes les ressources humaines dont nous disposions. La Croix-Rouge a participé à l'opération, de même que des autorités municipales d'Ottawa et de tout l'Ontario. Vous avez mentionné les gouvernements provinciaux du Québec et de l'Ontario. Tous deux ont été très coopératifs, en particulier à l'arrivée, pour accueillir les gens au pays et s'assurer qu'ils étaient capables de retrouver leurs maison, leurs familles et leurs proches. Le ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile Canada a également mis la main à la pâte en coordonnant les activités au retour des personnes évacuées.

Non seulement l'opération était-elle intergouvernentale, mais elle faisait aussi appel à ces autres paliers de gouvernement dont vous avez parlé tout à l'heure, ainsi qu'à un éventail de partenaires nationaux de divers secteurs.

La résolution 1701 tient le coup, mais elle est fragile. Nous avons vu le déploiement des troupes des Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), et je pense avant tout et surtout, à celui de l'armée libanaise elle- même. J'ignore combien de soldats ont été déployés, mais ce nombre est important dans la région du sud.

Quant à savoir si la présence, l'avenir et les activités du Hezbollah me préoccupent toujours, oui, j'ai assurément des inquiétudes et beaucoup d'hypothèses au sujet de l'importation continue d'armes en provenance de la Syrie, et du fait que l'Iran agit par le truchement de la Syrie. La situation est inquiétante. Elle est problématique si l'on tient compte du fait que le Liban veut être en mesure d'exercer sa souveraineté sur tout le pays.

La tragédie, pour en revenir à une question posée plus tôt, c'est que le Liban et Beyrouth, en particulier, étaient en voie de stabilisation, dynamiques, à l'économie florissante. Beyrouth était l'une des principales destinations de toute la région. Cette crise tragique a retardé considérablement leur progression.

C'est pourquoi le Canada s'est engagé, à l'instar d'autres pays, à contribuer à la reconstruction du Liban et à l'aider à reprendre sa route pour devenir un pays stable, démocratique et prospère.

Le sénateur Jaffer : Merci de votre présence. Je tiens à féliciter votre ministère. Je pense que vous dirigez un ministère où règnent la compassion et la bienveillance. J'ai reçu, moi aussi, des services d'évacuation, non pas du Liban, mais d'un autre pays.

En Ouganda, nous n'étions même pas des citoyens lorsque votre ministère, il y a 30 ans, nous a évacués des prisons et des hôpitaux. Nous célébrons avec les membres de votre ministère, ainsi que M.Malloy et d'autres personnes, les jours importants pour nous depuis notre arrivée ici. Je suis on ne peut mieux placé pour en parler. À force de visiter des pays, je connais l'étendue de vos réseaux de surveillance dans les pays instables.

J'ai observé à distance ce qui se passait au Liban, et je voudrais partager avec vous la perception qu'en avait la communauté. Peut-être pouvons-nous examiner cette perception et en tirer un enseignement pour la prochaine fois.

Le fait que le gouvernement n'ait pas réagi plus rapidement a donné à la communauté l'impression qu'il hésitait. Certains ont cru qu'il était peut-être impossible de procéder à l'évacuation plus tôt.

Vous ne pourrez peut-être pas répondre à ma question, mais je pense que ce serait bien si nous pouvions trouver une façon d'expliquer aux communautés pourquoi il a fallu sept à huit jours avant que le Canada n'amorce l'évacuation.

M. MacKay : La réponse courte à votre question est qu'il nous était impossible de procéder à l'évacuation avant d'avoir rassemblé les ressources dont nous avions besoin. Il a fallu attendre de disposer de bateaux physiquement capables d'entrer dans le port et de pouvoir offrir un passage sécuritaire; ce fut un véritable défi de nous assurer que nous avions toutes les ressources nécessaires et d'établir toutes les étapes du plan d'évacuation, y compris le retour par avion. Nous ne pouvions tout de même pas amener tous ces gens à Chypre ou à Mersin, en Turquie, et simplement les laisser là.

Joindre chaque Canadien représentait un défi de taille, tout comme suivre quotidiennement la capacité de chaque navire et de chaque avion au fil des opérations d'évacuation.

Pour répondre à votre question au sujet des communications, j'aimerais en revenir à notre réaction initiale. Nous avons d'abord évalué le nombre de personnes et la mesure dans laquelle nous pouvions faciliter cette évacuation en utilisant le port de Beyrouth. Essentiellement, nous nous sommes assurés de ne pas donner de renseignements erronés, ce qui était par ailleurs l'une de nos premières préoccupations. Nous voulions nous assurer que nous ne serions pas confrontés à une marée humaine; nous ne voulions pas nous rendre à l'ambassade de Beyrouth avant d'avoir tout le personnel et les ressources nécessaires pour assurer l'évacuation et le passage sécuritaire des ressortissants jusqu'à leur arrivée au Canada.

Je ne peux m'empêcher de louanger les fonctionnaires qui ont assuré la planification et la coordination de ce type d'opération. M. Boehm et M.Desjardins ont tous deux participé activement à cet effort. Les gens ont travaillé jour et nuit, 24 heures sur 24.

Je vous remercie pour vos commentaires concernant votre expérience personnelle. Après cet événement, j'ai reçu de nombreux appels de membres de familles et de membres du Parlement qui soutenaient, dans leur communauté, des personnes évacuées susceptibles d'avoir un parent dans leur circonscription.

Les gens discutaient au téléphone et autour de la table. Nous nous réunissions deux fois par jour pour téléphoner aux ambassades des trois pays en cause. C'était une opération titanesque autour de laquelle tous se sont immédiatement rassemblés pour faire front commun. Chacun a pris en main ses différentes responsabilités. Des gens de divers ministères se sont assis autour de la table tous les jours, pour évaluer le nombre de personnes à évacuer et pour tenter, devant des cartes fixées au mur, de déterminer quels réseaux de transport étaient en place. N'oubliez pas non plus que la crise se déroulait à une distance de plusieurs fuseaux horaires, et les gens devaient donc travailler à toute heure du jour ou de la nuit.

Je me rappelle, je descendais à la salle des opérations vers deux ou trois heures du matin et j'y voyais les gens communiquant par téléphone ou par Internet, fournissant de l'information à mesure que la situation évoluait.

Je ne veux pas m'étendre davantage sur ce sujet, mais j'ajouterais que la première phase de cette opération consistait à établir les différentes composantes d'une intervention efficiente, avant de diffuser quoi que ce soit qui aurait pu induire les gens en erreur.

Si l'on devait en tirer une leçon, je dirais que nous aurions dû, à tout le moins, informer la population que le plan progressait.

Le sénateur Jaffer : Cette histoire n'est toujours pas terminée. Il reste encore des factures impayées et de nombreuses questions au sujet de la double citoyenneté.

Lorsque vous aurez un tableau complet de la situation, j'aimerais que vous me disiez combien cette opération a coûté, et que vous me transmettiez tout renseignement complémentaire sur ce qui est advenu des personnes évacuées. Cette information serait un élément utile pour notre étude.

[Français]

Le sénateur De Bané : Monsieur le ministre, j'aimerais vous remercier, ainsi que votre ministère, pour le travail extraordinaire qui a été fait durant cette crise. J'aimerais particulièrement remercier le personnel du ministère en poste à Beyrouth, sous la direction de M.Louis de Lorimier, qui a fait un travail absolument remarquable compte tenu de l'importance de la crise.

[Traduction]

J'ai deux points que j'aimerais faire valoir, monsieur le ministre. Comme vous le savez, nos ambassades, à Beyrouth et en Égypte, étaient autrefois les deux plus importantes que nous ayons dans le monde arabe. Aujourd'hui, l'ambassade de Beyrouth compte parmi les plus modestes que nous ayons à l'étranger, alors que, comme vous le disiez, le Canada est un des pays occidentaux qui compte le plus de ressortissants au Liban et qu'il abrite une importante communauté libanaise.

Notre ambassade à Damas figure parmi les 10 plus importantes ambassades au monde; elle abrite près de 100 personnes. Pourtant, l'ambassade à Beyrouth est encore une fois la plus modeste que l'on puisse imaginer, après avoir été, au même titre que celle du Caire, la plus importante de toutes.

Nous savons tous ce qui s'est passé au fil des ans et pourquoi cela s'est produit. Quoi qu'il en soit, je pense néanmoins qu'il est temps de faire de cette ambassade une ambassade à part entière, au même titre que nos autres ambassades à l'étranger; ainsi, les Libanais n'auront plus à se rendre à Damas pour des questions d'immigration ou pour d'autres raisons. Il est temps d'examiner cette situation et d'y remédier.

L'autre point dont j'aimerais vous parler est le suivant : je trouve embarrassant, compte tenu des relations spéciales qu'entretient notre pays avec Israël, que malgré toutes les revendications de nos représentants officiels, vous ayez eu à intervenir pour demander que l'on accorde une dizaine de minutes de plus à un bateau ou pour obtenir ceci ou cela d'Israël, même si ce pays ne pouvait avoir un allié plus sûr que le Canada. J'espère que vous direz à ce pays, à ces personnes avec lesquelles vous entretenez des relations spéciales, que les conditions et les restrictions qu'il nous ont imposées ont gravement nui à nos opérations et les ont rendues plus difficiles encore, et que ce n'est pas une façon d'agir avec un pays qui a défendu les intérêts d'Israël.

Voilà, j'ai terminé.

[Français]

M. MacKay : Premièrement, vous avez raison au sujet du personnel qui travaille dans certaines ambassades. Mon ministère revoit maintenant ces questions.

[Traduction]

Étant donné la nature changeante des relations et du climat, il est nécessaire de revoir le complément d'effectif et l'importance que nous accordons à certaines relations entre le Canada et ses partenaires mondiaux.

Nous sommes en voie de décider où nous devons nous assurer d'une plus grande présence et où nous avons besoin d'augmenter nos effectifs et nos ressources. Comme vous vous y attendez, c'est un travail de longue haleine que tout gouvernement entreprend à un moment quelconque. Devons-nous étendre notre présence à d'autres régions? Le complément d'effectif actuel est-il suffisant, ou au contraire, trop important? Vous avez mentionné que l'ambassade de Damas comporte près de 100 employés. Je doute de l'exactitude de ce chiffre. Je vais vérifier.

Le sénateur De Bané : Il se situe entre 90 et 100.

M. MacKay : Votre parole me suffira, sénateur.

Pour ce qui est de la relation avec Israël et de leur niveau de coopération, je ne veux laisser à personne ici l'impression qu'Israël a agi autrement que dans un esprit de coopération. Les circonstances, sur le plan de la sécurité, étaient telles qu'Israël a imposé un couvre-feu strict en tant que partie intégrante du blocus. Cela dit, chaque fois que nous faisions ces appels ou que nous intervenions, ils étaient extrêmement coopératifs et empressés de nous accorder un délai.

Par la suite, j'ai échangé avec le ministre des Affaires étrangères au sujet de cette coopération. Je lui ai exprimé notre gratitude pour la façon qu'ils avaient d'être toujours prêts et désireux de répondre à nos appels, alors qu'ils devaient traiter avec le blocus du port de Beyrouth. Nous faisions concurrence à d'autres navires qui entraient dans le port au même moment. Il est arrivé, en raison de ces délais d'exécution serrés et du va-et-vient incessant des navires dans le port, qu'ils interviennent en notre faveur, mais n'avons jamais vraiment eu de problème. Nous n'avons jamais essuyé de refus.

Bref, en réponse à vos commentaires sur les ambassadeurs qui ont fait ce travail — l'ambassadeur Brodeur, en Turquie, l'ambassadeur de Lorimier, à Beyrouth et l'ambassadeur Béliveau, à Chypre — je pense que c'est plutôt l'Ordre du Canada qu'ils devraient recevoir pour ce qu'ils ont fait. Je n'ai jamais dit cela en public. Ce qu'ils ont fait pour tous les Canadiens est absolument remarquable.

Le sénateur De Bané : Je suis entièrement d'accord avec vous, monsieur le ministre.

Le sénateur Downe : Vous deviez travailler dans des conditions difficiles, et tenter d'évacuer 40000 Canadiens d'une zone de guerre. Je suppose que certains Canadiens n'avaient pas leurs papiers. Certains documents ont pu être égarés, rangés au mauvais endroit ou peut-être même détruits lors du bombardement des constructions. Combien de personnes le Service canadien du renseignement de sécurité a-t-il arrêtées?

M. MacKay : Je n'ai pas ces chiffres. Je ne vous les donnerais probablement pas si je les avais. Je peux vous dire que le processus de vérification des passeports et de la citoyenneté a été rigoureux. Le SCRS a, de toute évidence, participé à cette évacuation, tout comme, notamment, les représentants officiels de Citoyenneté et Immigration Canada.

Ils ont fait preuve d'un minimum de bon sens, par exemple, avec les enfants. Nous avions établi qui monterait à bord du navire en premier. Pour être franc avec vous, nous accordions la priorité aux personnes âgées, handicapées ou accompagnées de leurs enfants ou de membres de leur famille, dont certains n'avaient pas la pleine citoyenneté. Nous n'avons pas brisé ou séparé les familles durant le processus d'évacuation.

Nous avons néanmoins procédé de manière professionnelle, en ayant à l'esprit d'assurer d'abord et avant tout la sécurité. Nous avons agi avec compassion et pris en considération la présence d'adultes voyageant avec des enfants.

Certaines images prises au début de l'évacuation, et qui m'ont marqué profondément ainsi que beaucoup d'autres, n'étaient pas représentatives de l'efficacité des opérations en cours. Comme chacun s'y attend, le début de l'opération s'est fait dans un certain chaos. Vous auriez le même scénario dans un centre commercial, à Noël, à l'heure où les boutiques s'apprêtent à fermer ou dans un aéroport durant une tempête.

Quant aux conditions d'approvisionnement en eau, il faisait chaud et les réserves d'eau étaient limitées, mais les gens se sont débrouillés, malgré les circonstances difficiles. Je tiens à féliciter de nouveau les représentants officiels et les fonctionnaires qui sont les véritables héros de cette opération réussie.

Le sénateur Downe : Si je pose la question, c'est qu'aujourd'hui, vous avez mentionné que huit agents du SCRS avaient été affectés au projet. Pour 40000 personnes, nous pouvons tenir pour acquis qu'en plus des résidents canadiens en règle, d'autres personnes y ont vu une occasion d'entrer au Canada. Je suppose que le SCRS a laissé passer à son insu un certain nombre de personnes et qu'il doit être en train de faire un suivi.

Je comprends que vous ne pouviez pas vraiment donner de détails à ce sujet. J'aimerais toutefois poser cette question : Le ministère a-t-il prévu assurer un suivi? Vous avez évacué 40000personnes. Comptez-vous leur demander leur avis sur les améliorations à apporter, sur les mesures qui les ont aidées ou sur celles qui leur ont nui?

M. MacKay : En réalité, nous avons évacué 15000 personnes. Nous avions estimé qu'il y avait entre 40000 et 50000 citoyens canadiens au Liban. Les derniers chiffres indiquent 15000. Nous étions prêts à prendre tous ceux qui exprimaient le désir de quitter.

Fort heureusement, les conditions de sécurité se sont améliorées et les opérations d'évacuation ont pris fin. Nous avons cessé progressivement les opérations afin que les gens aient le temps de décider s'ils voulaient rester.

La réponse courte est oui, un suivi a été fait et nous avons reçu des commentaires des personnes qui se sont prêtées à cet exercice. J'ai personnellement rencontré un certain nombre de groupes et de personnes évacuées qui sont revenus au Canada; ces réunions font effectivement partie de nos pratiques exemplaires et des enseignements retenus par le ministère.

Le sénateur Poy : Devez-vous nous quitter maintenant?

M. MacKay : Je crois que l'on sonne l'alarme.

Le sénateur Poy : Peut-être que votre personnel pourrait répondre à cette question.

Comme le sénateur Jaffer le disait, les gens ont eu l'impression que l'évacuation ne progressait pas rapidement. J'ai suivi de près tous les événements, comme nous tous ici j'en suis certain, et j'ai été étonné de voir comment vous aviez pu trouver autant de Canadiens.

Il est probable qu'un grand nombre de personnes ayant la double citoyenneté ne détenaient pas de passeport canadien. Elles s'en sont probablement retournées avec leur passeport libanais. Comment avez-vous fait pour choisir? Comment saviez-vous qui détenait réellement un passeport? Votre personnel peut certainement répondre à cette question.

Sur le plan logistique, je pense qu'il était surprenant que vous trouviez 15000 personnes à évacuer.

M. MacKay : Il a fallu faire preuve d'une diligence et d'une persévérance exceptionnelles pour repérer ces personnes. La plupart du temps, cela consistait à s'informer de but en blanc des allées et venues de tout Canadien ou autres proches susceptibles de se trouver dans d'autres parties du pays. Plus le temps passait, plus les renseignements s'accumulaient. Ceux qui avaient été évacués ont pu nous donner de l'information sur ceux qui étaient restés.

M. Boehm voudrait peut-être donner des précisions à ce sujet.

M. Boehm : Sénateur, pour ce qui est de ces Canadiens qui n'avaient peut-être pas de passeport, nous avons émis environ 100passeports d'urgence par jour. Ces passeports à usage unique, émis en se fondant sur des renseignements provenant de Citoyenneté et Immigration Canada et des banques de données, devaient permettre de ramener les gens au Canada.

De plus, l'ambassadeur de Lorimier a fait une présentation à la télévision et à la radio pour en aviser les gens, car nous savions qu'en utilisant le téléphone ou notre réseau de surveillance, nous ne parviendrions peut-être pas à joindre tout le monde, en particulier ceux situés au sud de la région.

Le sénateur Poy : Y a-t-il eu beaucoup de personnes souhaitant quitter le pays, qui ont été dans l'impossibilité de prendre contact avec votre ministère ou l'ambassade?

M. MacKay : Il est difficile de savoir combien n'ont pas pu sortir du pays faute de pouvoir prendre contact avec nous. Nous n'avons aucun moyen de savoir combien de personnes n'ont pas pu nous joindre.

Avant de mettre fin à l'évacuation, nous avions prévu une période de retrait graduel d'un certain nombre de jours. Nous avons pris contact avec tous ceux qui figuraient sur la liste et qui avaient indiqué vouloir quitter, afin de les informer qu'ils disposaient de trois jours pour se rendre à Beyrouth et se prévaloir de leur droit d'être évacués.

La grande majorité des citoyens canadiens libanais qui sont rentrés au Canada ont fait preuve de gentillesse et de reconnaissance envers leur pays et leur gouvernement pour l'aide qu'ils avaient reçue, contrairement à certaines des perceptions et des images projetées, et de la couverture médiatique de cet événement. Cette gratitude a été exprimée à maintes reprises au sein du ministère.

Le président : Merci pour les questions que vous avez posées au ministre.

Monsieur le ministre, monsieur Desjardins et monsieur Boehm, nous tenons à vous remercier pour la franchise et la clarté de vos réponses.

La séance est levée.