Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 5 - Témoignages du 19 février 2008 - Séance de l'après-midi


YELLOWKNIFE, TERRITOIRES DU NORD-OUEST, le mardi 19 février 2008

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui à 13 h 41 pour examiner, en vue d'en faire rapport, la pauvreté rurale au Canada.

Le sénateur Joyce Fairbairn (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Honorables sénateurs, nous avons quatre personnes ici cet après-midi qui sont impatientes de témoigner.

[Français]

Dorice Pinet, directrice générale adjointe et chef de projets, Fédération franco-ténoise : Madame la présidente, honorables sénateurs, au nom de la Fédération franco-ténoise, j'ai l'honneur de vous transmettre certains commentaires relatifs aux causes et conséquences régionales de la pauvreté rurale et voir comment les particuliers et les communautés réagissent à ses répercussions sur l'infrastructure socioéconomique.

Il peut sembler au départ un peu paradoxal de parler de la pauvreté de nos citoyens francophones venus s'installer, la plupart pour un temps assez court, aux Territoires du Nord-Ouest alors qu'ils y sont venus tant pour l'expérience que pour saisir une occasion d'emploi généralement mieux rémunéré. Cela ne représente que la pointe de l'iceberg de notre réalité. Il faut voir un peu plus loin.

Nous tenons compte de la limite de temps qui nous est accordée et que nous voulons respecter tant dans la préparation que dans la livraison de ce message et nous résumerons nos propos en des points quasi synoptiques.

L'isolement géographique crée des impacts importants sur nos coûts de transport, l'accès rapide à un grand centre urbain et l'accès plus difficile à des ressources de toutes sortes limite la flexibilité dont jouissent les entreprises des grands centres tant sur le plan des matières premières que sur celui des diverses expertises en ressources humaines.

Le facteur du coût des transports mérite à lui seul un point séparé en raison de son impact sur toute forme d'achat que ce soit de services, de voyages, de biens matériels ou d'attraits touristiques.

Associé à cette caractéristique des grandes distances, il faut prendre en compte l'impact des délais de livraison. Le transport aérien étant souvent le seul moyen d'accès à de nombreuses communautés n'est pas toujours disponible dans certains délais souhaités et vous n'aurez pas le loisir d'attendre un rabais lors d'une vente de billets.

L'isolement amène également une sélection beaucoup moins grande quant à l'accès à certains types de denrées. Plusieurs entreprises limitent leur commerce à des centres urbains plus populeux privant le consommateur de chez nous de choix économiques plus larges; cet élément de la pauvreté relative des ressources a des impacts sur des options, par exemple, de qualité, de fiabilité, de diversité et de niveau d'excellence.

Les coûts reliés à l'habitation, que ce soit en propriété ou en location, sont également prohibitifs et viennent gruger substantiellement la marge positive générée par des salaires plus élevés.

Le taux de roulement de nos ressources humaines, qui se rapproche des 25 p. 100 annuellement, a des impacts considérables sur les entreprises, les organismes communautaires, la capacité réduite de développer une culture d'organisation, la possibilité de compter sur des connaissances approfondies de notre milieu et de notre environnement global d'intervention. Ce haut taux de roulement occasionne des coûts additionnels importants en frais de recrutement et en temps et argent associés à la formation tant de nos personnels que de nos administrateurs bénévoles. En corollaire à ce haut taux de roulement, nous avons la réduction de la période totalement productive de nos ressources humaines impliquées dans la livraison des services à la communauté. Ce commentaire est applicable à toutes les entreprises, soient-elles publiques, communautaires ou privées.

Le taux élevé de roulement des bénévoles et des ressources humaines a des impacts considérables également sur la stabilité de notre gouvernance et de nos équipes d'employés. La rareté des ressources locales crée également une incidence sur la charge de travail qui incombe tant à nos bénévoles qu'à nos employés. Ils sont fort nombreux à cumuler plusieurs fonctions et s'investir dans plus d'une tâche et ce facteur a des incidences sur la santé professionnelle et les risques sur la santé et l'épuisement générant un effet boomerang.

La pauvreté presque extrême de nos infrastructures à la communauté a des impacts majeurs sur nos possibilités de développement et d'épanouissement tant individuelles que collectives. Nos deux écoles ont toutes les deux connu des débuts dans des roulottes pendant des années. Lorsqu'elles ont finalement été construites, elles ont fait l'objet de compromis pour obtenir leur mise en place le plus rapidement possible. Ainsi, les deux écoles francophones des Territoires du Nord-Ouest, tant à Yellowknife qu'à Hay River, n'ont toujours pas de gymnase pour leurs étudiants et manquent d'espaces d'ateliers spécialisés.

Du côté des locaux communautaires, les organismes francophones de la capitale ont poussé d'arrache-pied sur ce dossier depuis 20 ans. Ils n'ont toujours pas l'espace pour regrouper leurs services et profiter d'une synergie suffisante pour améliorer l'impact de leurs interventions mieux coordonnées. Un projet en cours de centre scolaire communautaire ne donne toujours pas la garantie quant à un échéancier de réalisation acceptable, qui serait au cours des deux à trois prochaines années.

Également sur le plan des infrastructures, il faut noter l'absence de services de formation postsecondaire en français, que ce soit au niveau de l'éducation formelle que de la formation continue, la formation pour adultes, les services associés aux besoins formatifs reliés à l'emploi. La communauté a été privée de l'aide précieuse au développement de ses ressources humaines en regard des besoins du marché du travail.

Le financement insuffisant de nos organismes de développement communautaire donne lieu à une surcharge de travail sur nos ressources ajoutées aux lourdeurs administratives engendrées par un travail de paperasserie énorme pour satisfaire aux exigences gouvernementales, particulièrement au fédéral. Une étude nationale sur le temps consacré à ces aspects de nos responsabilités comme partenaires gouvernementaux fournira des précisions sur ces questions du pourcentage de temps consacré, des heures travaillées et du bénévolat consenti par nos employés. Ces facteurs influent sur nos capacités de rétention de nos ressources humaines.

Un autre élément qui contribue à notre situation de pauvreté réfère à notre grande distance des lieux de décisions. Les autorités gouvernementales fédérales qu'on retrouve localement n'ont pas un pouvoir de décision assez élevé. L'impact de ce facteur fait en sorte que les décideurs sont plus loin de la réalité de notre terrain. La proximité et les échanges humains entre les autorités gouvernementales et les travailleurs, qu'ils soient du communautaire ou de l'entreprise qui recherche du support à son développement, ont de l'impact sur des interventions ponctuelles souvent très importantes pour ajouter le coup de pouce nécessaire à l'amélioration importante d'une situation. Il est plus facile de faire des affaires avec les gens que l'on connaît et qu'on côtoie.

Le système gouvernemental des Territoires du Nord-Ouest fondé sur un gouvernement de consensus au lieu d'un gouvernement de partis fait des Territoires du Nord-Ouest une réalité différente sur ce plan et est à part du monde des affaires politiques de notre pays. Nous nous interrogeons quant aux impacts de cette différence sur l'intégration de notre coin de pays dans le grand pays canadien, ses lois et ses politiques. Nous sommes forcés de constater qu'il y a une incompréhension chez nos élus territoriaux de leurs obligations associées aux lois fédérales et à la Charte canadienne des droits et libertés, notamment sur le plan de la reconnaissance des droits linguistiques. La démonstration est largement en cours des incidences de cet état de fait sur l'offre de communication et de services à notre communauté, nos citoyens et nos familles.

Voici quelques brefs commentaires en rafale associés à nos réalités socioéconomiques et certains éléments contribuant à leur état de pauvreté.

Dans le secteur de la construction où l'on retrouvait8 p. 100 de notre emploi total en 2004, nous constatons un manque important de mains-d'œuvre spécialisées ainsi qu'un manque d'infrastructures pour fournir et transporter les matériaux. Nous avons besoin de créer un terrain propice au développement d'aptitudes chez nos jeunes et notre main- d'œuvre. L'augmentation astronomique des coûts de construction des deux dernières années nous semble indiquer un besoin de réglementation pour éviter ce qui ressemble à des abus chez des compagnies trop peu nombreuses à occuper notre territoire.

Dans le secteur du tourisme, nous considérons que nous sommes devant un potentiel de grande industrie renouvelable aux Territoires du Nord-Ouest. Notre nature sauvage et nos cultures uniques ainsi que la chasse et la pêche nous offrent des attractions naturelles et culturelles exceptionnelles. Nos éléments de défis sont associés à la nécessité d'encourager le développement de nouveaux produits et services et d'en faire la promotion.

Dans le secteur du transport et de l'entreposage, nos systèmes routiers sont les plus fragiles face aux changements climatiques en raison de l'importance des réseaux routiers sur chemins de glace l'hiver pour les communautés et les entreprises. Ce secteur emploie près de 2 000 personnes et représente environ 10 p. 100 de la main-d'œuvre. Nous y manquons de travailleurs locaux du Nord dont les salaires doivent concurrencer ceux des secteurs miniers et pétroliers. Les infrastructures routières réduisent grandement les coûts d'approvisionnement et d'entreposage. Une aide est importante pour améliorer le niveau d'instruction de la main-d'œuvre et remédier à la pénurie qui a des incidences importantes sur les coûts.

Dans le secteur forestier, nous bénéficions de 33,3 millions d'hectares de forêt, soit 8 p. 100 de la forêt canadienne. Ce secteur a un potentiel cependant peu développé aux Territoires du Nord-Ouest si on considère la multiplicité des usages potentiels. Nous estimons que notre état de pauvreté réside dans le fait que nous manquons de connaissances pour faire une bonne gestion de la forêt. Nous manquons, notamment, d'une base de données scientifique, propres à la réalité nordique et les conditions de croissance particulières à notre position géographique. Nous requérons de plus, des données pour contrôler l'exploitation de ces ressources naturelles et leur rythme de développement et leur corrélation avec nos besoins et les besoins de nos générations futures.

Dans le secteur manufacturier, nous fabriquons peu aux Territoires du Nord-Ouest, mais nous avons connu une croissance importante dans ce secteur au cours de la dernière décennie. Nous pouvons compter une centaine d'entreprises et 400 employés. Toutefois, nous vivons dans un marché nordique limité. Nos coûts de transport pour accéder aux marchés du Sud sont des contraintes majeures sur notre potentiel d'expansion de marché d'où la nécessité, pour promouvoir la fabrication chez nous, d'assurer une aide au transport à l'instar d'un très grand nombre d'entreprises des autres provinces canadiennes.

Dans le secteur de la production d'énergie, nous constatons que plus de 30 p. 100 de nos besoins énergétiques proviennent du pétrole. Les coûts d'électricité dans notre communauté d'Inuvik, à titre d'exemple, sont beaucoup plus élevés qu'ailleurs. Nous croyons que les trois projets d'hydro électriques prévoyant produire plus de 170 mégawatts devraient permettre de réduire la consommation de diesel de plusieurs millions de litres. Nos coûts de carburant étant plus élevés que dans le reste du pays, nous pensons que les Territoires du Nord-Ouest doivent accéder à un développement de leur hydro-électricité et doivent également connaître un développement de leur réseau de transmission pour desservir nos plus petites communautés.

Dans le secteur des services et du commerce, celui-ci constitue un secteur de croissance énorme. Il permettrait notamment de maximiser les occasions de développement du secteur touristique et des ressources naturelles. Ce secteur a permis la création de plus de 3 000 emplois depuis les six dernières années. Le prix de l'essence trop élevé et les coûts de chauffage en plus des coûts de main-d'œuvre est invoqué comme facteur de défis à surmonter. La formation de la main-d'œuvre fait également défaut à notre communauté.

Dans le secteur minier, les fonctions d'exploration et d'exploitation génèrent une activité économique représentant 35 p. 100 du PIB des Territoires du Nord-Ouest. Malgré l'atout que représente ce grand secteur de notre dynamisme économique, nous constatons que seulement 4 p. 100 des sols sont connus et répertoriés. Nous constatons également des carences importantes au chapitre de l'éducation de la main-d'œuvre et nos banques de données de ressources sont trop peu développées pour un secteur névralgique de cette importance.

Dans le secteur pétrolier, nous constatons également un manque de main d'œuvre locale spécialisée. Le bas niveau d'éducation dans la population ténoise en général constitue un défi à relever. La banque de données géologiques est également peu développée dans ce secteur.

Dans le secteur de la pêche, nous y puisons la plus grande valeur dans la pêche de subsistance et de sport. Il serait fort opportun de faire mieux connaître la qualité de notre produit sauvage sur le marché. Nous aurions besoin également d'assurer un contrôle de l'exploitation de nos ressources pour soutenir ce secteur de viabilité d'affaires.

Dans le secteur de la chasse, nous constatons une utilisation domestique et commerciale comme une partie intégrale de l'économie des Territoires du Nord-Ouest. La chasse de subsistance constitue une valeur de remplacement appréciable à nos importations alimentaires. Nous constatons dans ce secteur des besoins du côté de la coordination des juridictions, de l'ajustement de divers précédés et de simplification de processus. Nous voulons mettre de l'avant le besoin d'assurer la surveillance continue pour assurer un niveau durable et sain de la ressource faunique. Il y a lieu également de mieux identifier les ressources peu utilisées afin de cibler des secteurs de croissance.

Au nom de M. Fernand Denault, président de la Fédération franco-ténoise et de la communauté franco-ténoise, nous vous remercions de votre attention et nous saluons votre présence aux Territoires du Nord-Ouest.

[Traduction]

Arlene Hache, directrice exécutive, Centre de ressources pour les familles du Nord : Le Centre pour les ressources des familles du Nord est un centre d'accueil avec abri. Il offre des programmes de soutien à la famille et des programmes thérapeutiques. Il abrite aussi une clinique médicale. Il y a une garderie. Un programme de défense des droits des citoyens. Bref, c'est un lieu où se retrouvent les gens les plus défavorisés.

Quand quelqu'un vient nous voir, notre tâche consiste à réfléchir à la meilleure façon de l'aider. Nous ne pouvons dire : « Allez voir ailleurs » ou « Vous n'entrez pas dans les paramètres de notre programme ». Nous faisons tout ce que nous pouvons pour nous montrer aussi accueillants que possible en faisant passer l'intéressé avant les programmes. C'est cela l'organisation pour laquelle je travaille.

Je suis arrivée dans les Territoires du Nord-Ouest il y a 30 ans. Je suis venue sur le pouce, fuyant une enfance de violence. J'ai atterri à Yellowknife. En arrivant, j'avais l'impression que je ne serais jamais capable d'apporter quoi que ce soit aux autres ni à la société. J'étais sans- abri et désespérée. La population de Yellowknife et, en fait, la population de Dettah et de N'Dilo, localités autochtones à l'extérieur de Yellowknife, a eu la gentillesse de m'accueillir. Grâce aux anciens et à ces gens-là, je me suis progressivement remise, au point où je me suis enfin sentie capable de pouvoir à mon tour donner quelque chose à la population et à mes semblables qui sont sans-abri.

Ce que je fais au Centre de ressources pour les familles du Nord est personnel. En fait, lorsque ce centre a vu le jour, nous avons fonctionné pendant quatre ans sans recevoir aucun financement. C'était horriblement pénible. Nous avons tout de même réussi. Finalement, nous avons persuadé le gouvernement que nous faisions quelque chose d'utile en venant en aide à nos semblables, en les aidant à reprendre le dessus et à aller de l'avant.

Lorsque j'ai pris contact avec le comité pour demander à comparaître, je ne savais pas trop sur quoi insister parce que cela fait 30 ans que je m'occupe de défense des droits des citoyens. La pauvreté a une incidence sur absolument tout. Je me suis dit que les autres allaient vous donner toutes les statistiques voulues et vous expliquer tous les détails techniques de la situation.

Je me suis ainsi dit que j'allais vous parler du phénomène de l'itinérance et de la recherche que nous avons effectuée à ce sujet dans le Nord. On a en effet mené une étude panterritoriale du Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon. Terminée l'année dernière, elle a été publiée il y a deux mois.

Les constatations sont irréfutables, à savoir que toutes les statistiques négatives se trouvent dans le Nord. La situation est habituellement la pire au Nunavut. Viennent ensuite les T.N.-O. et en troisième lieu, Whitehorse. Le reste du Canada connaît une situation beaucoup moins grave. C'est ce que nous apprennent les statistiques et je ne vous ennuierai donc pas avec tout cela.

Je préciserais toutefois que ce projet de recherche a été effectué dans tout le Nord. Deux cent cinq participants y ont pris part. Cinquante-trois pour cent étaient Inuits, 30 p. 100 appartenaient aux Premières nations, 10 p. 100 étaient Caucasiens, 1 p. 100 Métis et 1 p. 100 venait de familles immigrantes. On a étudié et examiné les caractéristiques des sans-abri dans les Territoires du Nord-Ouest. Je vais vous donner un bref résumé des conclusions.

Les caractéristiques de l'itinérance dans le Nord sont liées à l'éloignement. Elles sont également liées à une infrastructure sous-développée, à un climat rude, à une faible démographie, au coût élevé de la vie, à des possibilités d'emploi limitées et, dans certaines localités, au fait qu'il n'y ait pas d'emplois pour la population, qu'il n'y ait pas de transport accessible et abordable, qu'il n'y ait pas suffisamment d'accès aux services sociaux voulus, c'est-à-dire à des services sociaux adaptés à la culture et contrôlés localement, au fait que la main-d'œuvre et les matériaux coûtent très cher et que l'on manque ainsi de logements, que les problèmes sociaux sont énormes, notamment la toxicomanie, l'alcoolisme, la violence contre les femmes, la violence familiale et le fait que de génération en génération on dépend d'un soutien du revenu et de l'assistance gouvernementale du fait du processus de colonisation.

Ce sont des éléments qui sont ressortis de cette recherche. J'ai un peu de mal, car j'essaie toujours de penser aux gens qui sont concernés quand je cite des faits qui ne semblent pas avoir de visage. Je vais parler un peu des déterminants de l'itinérance dans le Nord.

Il y a notamment le fait que toute femme est vulnérable dans les Territoires du Nord-Ouest. Elle peut avoir un toit un jour qui n'existe plus le lendemain. Le problème en partie tient au coût de la vie très élevé. Notamment au manque de logements, car le gouvernement, dans de nombreux cas, est le seul à fournir des logements. Si l'on met quelqu'un dehors, cette personne se retrouve dehors. Elle n'a nulle part ailleurs où aller.

L'autre facteur énorme est le comportement et les circonstances des partenaires, car énormément des femmes que nous voyons vivent des relations violentes. Elles sont pénalisées financièrement et évincées du fait du comportement de leur partenaire, leur consommation de drogue et de toutes sortes de choses semblables. Les femmes sont déplacées d'une localité à une autre. La moitié de la population des Territoires du Nord-Ouest vit à Yellowknife. C'est choquant. Beaucoup des femmes auxquelles j'ai parlé depuis des années fuient toutes sortes de choses dont elles souffraient là où elles vivaient parce que l'on n'investissait pas de ressources dans ces petites localités. Elles arrivent à Yellowknife parce qu'elles pensent que ce sera mieux et différent. C'est certes différent, mais ce n'est pas mieux. Elles se retrouvent dans un milieu urbain. Elles ne savent pas comment fonctionne la ville parce que c'est différent de ce qu'elles ont connu.

Les femmes qui demeurent au centre d'accueil des femmes, par exemple au Centre de ressources pour les familles du Nord, ont toutes des enfants mais leurs enfants ne sont pas avec elles parce que ce que les enfants ont l'habitude de faire dans les villages est considéré dangereux à Yellowknife. Je vous donne un exemple. Dans les villages où je suis allée, les enfants ont tendance à courir partout et à s'amuser à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Ils s'amusent et ils vont partout. Le village est là pour les surveiller. En général, on sait ce que font tous les enfants. Toutefois, lorsqu'ils viennent à Yellowknife, ils ne peuvent plus courir partout sans se mettre en danger. L'aide à l'enfance se saisit de ces enfants parce que les parents ne sont pas habitués à cette situation et ne connaissent pas les règles qui s'appliquent ici.

Autre facteur, le manque d'aide. Également l'aptitude de chacun à s'occuper convenablement de soi. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a effectué une étude. Elle révèle que cette année, en 2008, 50 p. 100 de la population des Territoires devra recourir à des services de santé mentale. De qui parlent-ils? De façon générale, de ces gens des villages. Ils ne parlent pas des visiteurs ni des gens qui sont transplantés à Yellowknife et dans les Territoires. Cela devrait à mon avis sonner l'alarme, nous faire comprendre que la situation est extrêmement grave. C'est du moins la façon dont j'interprète ce chiffre.

Les autres facteurs contribuant à l'itinérance sont les handicaps, les facteurs géographiques, l'absence de structure dans les établissements spécialisés et l'impuissance des femmes.

Le coût de la vie : les principaux propriétaires dans les petits villages et à Yellowknife ou pour les gens qui vivent dans la pauvreté sont les agences de logement. Je vais vous donner un exemple. Ces agences ont commencé à donner aux familles des baux de seulement trois mois. En leur donnant un bail de trois mois, elles peuvent voir s'il s'agit de gens décents. Sinon, elles peuvent les expulser. Ainsi, elles évitent d'avoir affaire avec la régie des loyers. Elles évitent les gentils fonctionnaires qui donnent une chance aux gens. C'est ce qu'elles m'ont dit. Les gens doivent donc aller directement à la Cour suprême des T.N.-O pour obtenir un logement. Or qui, dans la communauté, peut comparaître devant la Cour suprême avec le taux d'analphabétisme que l'on connaît? Parmi les femmes sans abri au Nunavut, 87 p. 100 n'avaient pas terminé l'école secondaire. J'étais en cour il y a deux mois pour 17 expulsions à Behchoko. Personne de Behchoko n'est venu à la Cour suprême déclarer : « Je ne devrais pas être expulsé, je veux me défendre; ce n'est pas juste » ou quoi que ce soit. Personne de Behchoko n'était là pour se défendre.

Il y a aussi l'indifférence de la société et les attitudes. En général, les gens, ici, parce qu'ils ne comprennent pas l'histoire ni l'incidence énorme qu'a eu la colonisation sur les populations du Nord, se montrent très sévères envers l'incapacité des gens de fonctionner comme eux. Par exemple, la plupart de ceux qui travaillent à la protection de l'enfance à Yellowknife ne sont pas autochtones. Ils viennent habituellement de Toronto ou du Sud. Ils s'attendent à ce que les parents élèvent leurs enfants comme dans le Sud. On fait venir un psychologue de Calgary à Yellowknife par avion pour tester les parents et voir s'ils sont aptes ou non. Le psychologue décide si les parents peuvent avoir leurs enfants ou non. Le psychologue travaille à Calgary et je peux vous assurer qu'il n'est jamais allé à Aklavik ni dans un autre petit village pour voir comment les parents élèvent leurs enfants.

L'indifférence de la société et ses attitudes très intransigeantes ont eu un effet terrible. Dans l'ensemble du Canada, 40 p. 100 des enfants pris en charge par les services de protection de l'enfance sont autochtones. Ici, c'est 95 p. 100. Enfin, nous nous préoccupons de problèmes du degré de racisme et de discrimination quand on continue à retirer les enfants autochtones à leurs parents et à leur collectivité. À notre avis, le système de pensionnat continue. Il a simplement changé de nom.

Je ne voudrais pas terminer sur une note négative et je vais donc faire des recommandations qui, à notre avis, pourraient être utiles.

Les trois choses énormes sur lesquelles nous voulons insister sont les suivantes. D'une part, on ne fait pratiquement pas d'investissement réel dans les familles et les enfants. Nous estimons que le gouvernement essaie des petites choses mais ne les essaie pas suffisamment. Des investissements énormes s'imposent. Étant donné que le gouvernement s'est imposé à cette population, les dommages qui en ont résulté sont importants. Pour réparer cela, il faut faire d'énormes investissements. Nous ne pensons pas que ce soit le cas pour le moment.

Nous recommandons aussi des normes nationales. Lorsque le gouvernement fédéral transfère de l'argent aux provinces et aux territoires, il doit à notre avis fixer des paramètres comme on le faisait dans le cadre du Régime d'assistance publique du Canada. Lorsque nous avons perdu ce régime, ça été catastrophique. Je me souviens avoir touché le dos d'une petite fille mal nourrie. Notre gouvernement, à l'époque, au moins, donnait aux gens 5 $ par jour pour nourrir leurs enfants. C'était horrible. Il était littéralement impossible de le faire quand on sait qu'un litre de lait dans ces petits villages coûtait 7 $. Je ne sais même pas quel mot utiliser mais lorsqu'on a perdu le RAPC dans les Territoires du Nord-Ouest, ce fut catastrophique pour les familles qui ne savaient pas du tout quel genre d'assistance sociale elles pourraient obtenir. C'était horrible.

L'autre facteur important à prendre en considération est le fait que le gouvernement semble toujours pensé qu'il est l'organisme le mieux placé pour offrir des services communautaires. Ce qui est faux. Nous sommes retournés 20 ans en arrière. Je l'ai remarqué partout au Canada, et non pas seulement dans les territoires.

Un autre facteur important à prendre en considération, à Yellowknife en tout cas, en raison du coût élevé de la vie, est le fait que les salaires des gens qui travaillent dans le secteur à but non lucratif n'équivalent qu'à 59 p. 100 du salaire des employés du gouvernement. Nous n'arrivons pas à attirer du personnel, ni à le garder. Les gens vont travailler au gouvernement. Et le gouvernement se plaint maintenant que ces gens vont travailler dans les mines de diamant.

Quatre mesures pourraient faire toute la différence : un investissement réel dans les enfants et les familles; des normes et paramètres nationaux pour le transfert de fonds; et un engagement réel envers le secteur à but non lucratif. Le gouvernement fédéral a une charte avec le secteur non-gouvernemental, et évalue le travail du secteur non- gouvernemental, ou secteur bénévole. C'est comme une charte du secteur bénévole, mais qui ne mène pas à des résultats concrets.

Pour qu'elles prennent leur place et redonnent à la collectivité, les femmes sans abri ont besoin de soutien adéquat pour elles et leurs enfants. Elles doivent pouvoir avoir accès à des services et être en mesure de prendre des décisions sur les services qu'elles reçoivent et la façon dont elles les reçoivent.

Je crois que notre organisme est marginalisé. La différence entre notre organisme et d'autres organismes, c'est que notre conseil d'administration et tous les membres de notre personnel ont déjà eu besoin de services. Nous nous sommes tous repris en main, au point de pouvoir redonner quelque chose à notre propre collectivité. Cela a une incidence sur la façon dont nous offrons des services à nos pairs.

Nous devons aussi veiller à ce qu'il y ait toute une gamme d'options de logements : logements de transition, logements d'urgence et logements à long terme pour les gens qui n'auront jamais un revenu suffisant pour vivre dans la collectivité. Le loyer pour un appartement d'une chambre est maintenant de 1 300 $ par mois, je crois.

Il faut finalement assurer un changement systémique. Nous croyons que ce changement devrait être mené par le gouvernement fédéral, et non par les gouvernements provincial et territorial.

Je vais terminer là- dessus. Je vous remercie de m'avoir permis de faire un exposé et d'être venus dans les territoires.

Nancy Peel, directrice exécutive, Native Women's Association : Je trouve étonnant que Mme Pinet, qui n'est ici que depuis 11 jours, ait pu parler si longtemps de son sujet; elle n'est même pas d'ici.

J'ai pensé le souligner, parce que souvent, les gens arrivent dans les Territoires du Nord-Ouest et savent ce qui devrait fonctionner ou pas pour nous.

Je suis nouvelle en poste, et je ne peux parler que de ma propre expérience. Je n'ai rien préparé. Je suis avec la Native Women's Association depuis un plus d'une journée. J'ai consacré la plupart de ce temps à la lecture.

Je vais vous parler de ma propre expérience à titre de femme autochtone vivant dans une petite collectivité. J'ai grandi dans la pauvreté avec dix frères et trois sœurs dans une petite cabane sans eau courante ni chauffage central. Nous chauffions la cabane avec un poêle à bois. Nous cuisinions à l'aide du poêle à bois. Souvent, je revenais de l'école et rentrais à la maison à l'heure du dîner en me demandant s'il allait y avoir quelque chose à manger. Souvent, il n'y avait rien. Toutefois, une personne apprend à être fier. On devient fier de qui on est. Ça ne dérange pas. C'est quelque chose qu'on apprend. Je pense que l'ai appris de mes grands-parents du côté Chippewan de la famille.

On donnait des biscuits aux enfants à l'école qui ne mangeaient peut-être pas convenablement. C'étaient des biscuits vitaminés mais répugnants. Parfois, j'avais envie d'en manger, mais je ne voulais pas qu'on sache que j'étais pauvre. Je préférais avoir faim que de lever ma main et dire : « Je suis pauvre et j'en ai besoin. » Alors je ne le faisais pas. Je n'en mangeais jamais. Je savais qu'ils étaient répugnants parce que quelqu'un m'en avait donné un morceau un jour dans la cour de l'école, mais au moins ça permettait de remplir ce creux que nous avions dans l'estomac.

Je crois qu'à l'époque l'alcoolisme a joué un rôle de premier ordre dans la pauvreté qui existait chez nous. Il y avait beaucoup de violence physique.

Hier, alors que je recueillais des renseignements sur notre collectivité, j'ai été frappée de voir que l'on y jouait énormément aux jeux de hasard. Bon nombre de personnes se sont détournées de la drogue et de l'alcool pour s'adonner au jeu. J'ai travaillé dans une petite collectivité et j'ai vu des parents qui laissaient les enfants tout seuls pendant toute la nuit. Ils ne rentrent pas avant 6 heures du matin. Les enfants sont presque sans abri car leurs parents sortent jouer à des jeux de hasard toute la nuit et lorsqu'ils rentrent ils se couchent alors que l'enfant est livré à lui- même.

Je crois savoir que, depuis dix ans, les services et les programmes ont été assortis d'un plafond. Il n'y a eu aucun changement dans la vie des personnes habitant dans des plus petites collectivités ou à Yellowknife. En faisant ma recherche, j'ai lu que la pauvreté est une nouvelle forme de colonisation. Ça m'a particulièrement marqué. En effet, la pauvreté a une incidence sur notre bien-être spirituel, physique et affectif. Elle a une incidence négative sur notre potentiel cognitif. Cette déclaration m'a véritablement interpellé car elle est vraie. C'est une nouvelle forme de colonisation des Autochtones qui vivent dans des collectivités rurales. C'est tellement vrai.

D'après mes constatations, la violence conjugale augmente avec l'alcoolisme, le fait de vivre dans la pauvreté et de se livrer à des jeux de hasard, ainsi que l'incapacité à gérer l'argent. J'ai travaillé dans une petite collectivité pendant environ six ans et les mines de diamants étaient en exploitation. Les gens faisaient beaucoup d'argent, mais ils vivaient dans de toutes petites cabanes tout en s'achetant des télévisions avec des écrans géants. Ils avaient également des camions de premier ordre et toutes sortes de choses, mais habitaient néanmoins dans ces cabanes. Les gens étaient alcooliques et toxicomanes. Ils ne savaient pas comment utiliser leur argent de manière constructive. Ils n'avaient ni les connaissances ni l'expérience nécessaires pour gérer leurs fonds.

Lorsque les hommes revenaient après avoir travaillé dans les mines pendant deux ou trois semaines, ils découvraient que leurs femmes avaient dépensé tout leur argent en leur absence. Bien entendu, cela menait à la violence conjugale.

Il y a encore des enfants qui voient tout cela et le cachent. Lorsque vous leur parlez, ils vous diront : « Non, tout va bien. » Nous avons appris à garder nos secrets.

C'est tout ce que j'avais à vous dire. C'était court et simple.

Cece McCauley, chef, écrivaine, journal News North, à titre personnel : J'écris un article chaque semaine dans le journal. Mes propos sont assez controversés. Je nourris les gens d'information.

Je pense que je suis une des plus vieilles personnes des Territoires du Nord-Ouest. Je suis née ici. J'y ai été élevée et y ai vécu toute ma vie. Nous avons été élevés sur la terre. Mon père était Écossais et ma mère une Indienne visée par un traité. Nous avions une bonne vie. Nous étions pauvres, mais nous n'étions pas affamés. Nous étions aussi heureux que les autres personnes qui vivaient à cette époque- là.

Je vous ai tous remis un document qui vous raconte presque toute l'histoire. Mais en fait, il y a beaucoup plus à raconter. Nous avons entendu les gens parler de ces problèmes toute la matinée. C'est ce que nous répétons d'une année à l'autre, mais les choses ne semblent jamais s'améliorer.

Les gens ordinaires ont des solutions à proposer. Nous avons tenté d'en parler avec le gouvernement, mais il ne nous a pas écoutés. J'ai même écrit des articles là- dessus. J'en ai parlé avec des députés provinciaux. Pour résoudre ces problèmes, il faut travailler avec les organisations locales, dans chaque petite collectivité. Elles sont dotées d'excellentes personnes. C'est ce que j'ai toujours dit.

Quand je prends la parole, je parle au nom des Autochtones. Bon nombre de nos gens vivent dans ce que j'aime appeler l'écart de 20 ans. Bon nombre d'entre eux ont 45 ans et n'ont pas reçu suffisamment d'éducation pour pouvoir travailler au gouvernement ou avoir un bon emploi. Ils sont trop jeunes pour toucher la pension de la vieillesse; il y a donc cet écart de 20 ans. J'en ai parlé avec les chefs il y a environ 15 ou 20 ans. Je leur ai suggéré une bonne idée. Je leur ai dit qu'il fallait trouver quelque chose pour occuper ces gens, car ils sont en bonne santé. Si on regarde aux alentours dans nos villages, on constate que les gens âgés de 45 à 65 ans peuvent faire beaucoup de choses pour régler les problèmes localement. Et cela comprend tant les femmes que les hommes.

Il faut faire quelque chose. Je suis née ici et c'est où j'ai été élevée. Le seul gouvernement que nous avions, soit la baie d'Hudson, nous a enseigné le débit et le crédit et les missions nous ont enseigné la religion et aussi à lire et à écrire. La GRC s'occupait du faible taux de criminalité qui existait. Tout le monde se comportait bien. Les gens ne se disputaient jamais. Nous n'avions jamais entendu parler des problèmes qui existent aujourd'hui. À l'époque, il existait quand même des femmes battues. Je ne sais pas ce qui se passe lorsqu'un homme marie une femme, mais il semble croire qu'il la possède. Mais ce problème ne disparaîtra pas à moins d'arriver à leur faire honte.

Il faut faire quelque chose. Je vous ai fourni des documents et vous avez des cartes de la région du Sahtu. C'est de là que je viens. Je vais vous parler de la région duSahtu. Il y a également une autre carte qui vous montre toute la région des Territoires du Nord-Ouest.

Au Sahtu, nous vivons dans un monde différent. Nous n'avons pas d'autoroute. Nous sommes isolés. Le seul moyen que l'on peut livrer des marchandises c'est au cours de l'été pendant deux mois en empruntant la rivière et en hiver en empruntant les sentiers d'hiver pendant environ deux mois, lorsque nous sommes chanceux, ou pendant un mois et demi. Le reste du temps, tout doit arriver par avion. C'est fort coûteux. Nous avons beaucoup de problèmes avec les jeunes chez nous, car contrairement à ceux qui habitent à Yellowknife ou dans d'autres régions, ils ne peuvent pas voyager.

En 2000, par pur désespoir, les femmes de la région de Sahtu ont créé une coalition Women Warriors of Sahtu pour lutter afin d'obtenir une autoroute. Croyez-le ou non, en 2000, j'ai passé deux mois à Ottawa. J'avais un cartable très épais, rempli d'études. Vous en avez certaines. J'ai donné le cartable à tous les sénateurs. Nick le leur a distribué. J'ai reçu quelques réponses, dont notamment de la sénateur Marjory LeBreton, que je connais bien. Elle m'a écrit des lettres en me disant : « Continuez votre bon travail. » Nous avons reçu des lettres d'environ 90 députés qui connaissent notre situation et qui nous ont dit : « Continuez à faire du bon travail. Vous avez besoin d'une autoroute. Bonne chance. »

Nous avons besoin d'une autoroute. Peu importe comment nous tentons de résoudre les problèmes, les gens le savent, nous avons besoin d'une autoroute. Je pense que nous allons l'obtenir, mais je ne veux pas attendre encore dix ans. Je veux que ça commence cette année.

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans les Territoires du Nord-Ouest. Si vous ouvrez vos yeux et vos oreilles, vous le verrez en lisant nos articles et en parlant à nos gens. Lorsque le gouvernement fédéral est venu dans le Nord à la fin desannées 1950, nous n'avions pas de gouvernement. Nous n'avions que la baie d'Hudson et la mission. Le gouvernement a décidé de venir dans le Nord. J'imagine qu'il y avait trop d'anciens soldats qui avaient besoin d'emplois et ils se sont dit qu'ils allaient rendre le Nord accessible. Certains ministres ont voyagé d'Ottawa jusqu'à Aklavik. À l'époque, il n'y avait que trois villes, soit Fort Smith, Fort Simpson et Aklavik. Je viens de Fort Norman qui alors n'était qu'un petit campement. Nous avions également l'église et la GRC. Le gouvernement est venu dans le Nord et a dit aux gens : « Nous allons vous donner un gouvernement. Ce sera bon pour vous. Nous allons vous aider. Nous allons vous éduquer. » Mais nous n'avons pas d'écoles, nous n'avons que des couvents.

Ils se dont dandinés dans le Nord pendant deux ans. Nous avons obtenu le droit de vote en 1960. Nous ne pouvions pas voter auparavant. Après deux ans, des fonctionnaires ont décidé de créer leur propre gouvernement : ils voulaient voir ce qu'ils pouvaient faire d'une poule qui venait de pondre un œuf en or. Cela fait 50 ans qu'ils ont créé les T.N.-O. Nous avons énormément de problèmes ici et quelque chose ne tourne pas rond. D'abord, il faut se demander pourquoi les Autochtones ne sont pas éduqués. La réponse est fort simple. Un homme blanc à Inuvik, un homme d'affaires, avait deux enfants, un garçon et une fille. Les deux ont terminé l'école, le secondaire et sont allés à l'université. L'un est devenu médecin et l'autre avocat. Cet homme blanc m'a dit : « Cece, il existe deux types d'éducation dans le Nord, une qui m'appartient et l'autre qui t'est destinée ». Cela veut dire qu'il existe une éducation pour les Autochtones et une autre pour les Blancs.

J'ai commencé à poser des questions aux enfants. J'ai dit à mon fils : « Est-ce que les enseignants passent plus de temps avec les enfants blancs? » Il m'a répondu : « Oui. » J'ai examiné la situation et j'ai compris que le gouvernement et les enseignants blancs pensent que les Autochtones sont une cause perdue. C'est pour cela qu'ils passent plus de temps avec les enfants blancs. Jetons maintenant un coup d'œil aux statistiques.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais vous devriez savoir que dans l'Arctique de l'Est, au Nunavut, ils ont déplacé les Eskimos jusqu'à Grise Fjord pour des raisons de souveraineté. Et ils ont tué leurs chiens. Il y a eu un énorme scandale qu'ils avaient tué les chiens pour qu'ils ne reviennent plus au sud. Ça s'est passé dans les années 1950. Lorsque les enfants vieillissaient, leurs parents leur parlaient de leurs difficultés. Ils étaient affamés. Maintenant les enfants ont vieilli et ont reçu un peu d'éducation. Ils sont en train d'examiner cette question et poursuivent le gouvernement. Ils veulent une commission pour faire la lumière sur la vérité. Cela coûtera des millions de dollars au gouvernement fédéral car ils devront payer pour les difficultés qu'ils ont fait endurer à ces parents.

Il faut faire quelque chose dans les Territoires du Nord-Ouest. Je m'y suis employé à maintes reprises. Depuis 2000 nous travaillons pour obtenir cette autoroute. Si vous lisez l'historique, vous n'en croirez pas vos yeux. Cela remonte au gouvernement Diefenbaker en 1975. S'il n'avait pas été là, nous n'aurions même pas de route pour aller à Fort Simpson ou Wrigley. Ensuite, un nouveau gouvernement est venu au pouvoir, et ils ont arrêté la construction. Par conséquent, il n'y a pas d'autoroute. Nous sommes isolés. Il y a des gens qui m'ont dit que 20 livres de pommes de terre, à Edmonton ou à Yellowknife, coûtent environ 3,90 $. À Norman Wells, elles coûtent 40 $ car tout doit être transporté par avion. J'ai acheté un jambon de la taille d'un ballon de football l'autre jour dans un des magasins du Nord. Quand je suis venue à Yellowknife, j'ai comparé les prix. Un jambon de la même grosseur coûte 13 $ à Yellowknife. Vous êtes vraiment chanceux.

Nous disons que nous voulons mettre un terme à la pauvreté des enfants. C'est une blague. C'est vous qui avez le dernier mot, messieurs et mesdames les sénateurs. Ils essaient de se débarrasser du Sénat. Si vous êtes encore là et que vous avez le dernier mot, le Parlement adopte des lois mais c'est vous qui avez le dernier mot, et nous avons besoin de votre aide pour que cette autoroute soit construite.

Je ne sais pas ce que le gouvernement fait des lettres que nous envoyons aux ministres et aux sénateurs, car ils nous disent souvent qu'ils n'ont pas reçu nos lettres. En effet, un ministre au Parlement a demandé : « Comment cela se fait- il que lorsque mes électeurs demande quelque chose, cela prend au moins un an avant qu'on leur réponde? »

Nous avons besoin d'aide. Cette vérité est si triste, cela fait des années que nous en entendons parler et vous devez l'avoir entendue également. Nous devons faire quelque chose. La seule chose qui nous sauverait serait d'avoir une autoroute. L'autoroute se trouve sur la carte. Elle va jusqu'à Wrigley. Mais il faudrait qu'elle se rende à Tuktuujaqrtuuq.

Dans les années 1970, il y a eu un essor économique dans la mer de Beaufort. Le gouvernement du Yukon savait qu'il obtiendrait beaucoup d'argent alors ils ont créé l'autoroute Dempster du jour au lendemain. Pourquoi est- ce que les Territoires du Nord-Ouest restent si obstinés lorsqu'il s'agit d'aménager le Nord? On parle de développement économique mais il n'y en aura pas tant que nous n'aurons pas de routes. On leur a dit. Il y a eu une grande réunion en Alberta avec les chambres de commerce de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon. Bien entendu, les Territoires du Nord-Ouest ont tenté de dire à la Colombie-Britannique, à l'Alberta et à la Saskatchewan qu'ils voulaient faire affaire avec eux dans le Nord. Il paraît qu'on leur a répondu : « Nous aimerions faire affaire avec vous dans les Territoires du Nord-Ouest, mais vous n'avez pas de routes. »

Vous êtes le comité de l'agriculture. Dans la région du Sahtu, nous ne pouvons rien fabriquer parce que nous n'avons aucun moyen d'expédier des marchandises ou de faire venir des matériaux. Nous avons une excellente qualité d'argile, qui est presque pure. Nous avons les meilleures terres pour l'agriculture. Il y a longtemps, avant que le gouvernement ne vienne au pouvoir, tout le monde avait un jardin. Mon père était trappeur et nous vivions sur notre terre. Nous avions un énorme jardin et des légumes en avril dans notre cave. Nous avions les plus beaux jardins. À l'époque, avec le télégraphe Morganson, vous pouviez entendre ce qui se passait en amont et en aval de la rivière. Nous connaissions le mec qui habitait à Arctic Red River, près d'Inuvik, et il avait le meilleur jardin. Il faisait pousser des choux. Et maintenant, le gouvernement vient nous voir pour nous dire qu'il va nous sauver? Il nous a transformés en paresseux. Personne n'a plus de jardin.

J'ai demandé à quelqu'un à Fort Norman qui vient de Tulita de m'expliquer pourquoi personne n'avait de jardin. Il m'a répondu que le bien-être social était bien plus facile. C'est bien trop facile d'obtenir le bien-être. Cela nous a rendus inutiles. Il n'existe pas de mesures incitatives qui nous feraient travailler pour nous-mêmes. Pourquoi est-ce qu'on le ferait? Ils nous donnent tout. Plus on donne aux gens, plus ils en veulent.

Certaines personnes ne paient que 32 $ par mois pour vivre dans une maison avec trois ou quatre chambres à coucher, en raison de tristes histoires que l'on a racontées sur le logement. Vous devriez mener des enquêtes. La vérificatrice générale est venue récemment et elle examine la question du logement. C'est une farce. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest n'est pas sérieux.

Je vais poursuivre le gouvernement fédéral. Vous pouvez leur dire. Dites-le à M. Harper. Je vais demander à ce qu'il y ait une commission sur la vérité. Je vais écrire et à tout le monde pour leur demander de m'envoyer des renseignements. Nous devons faire quelque chose. Je ne peux plus tolérer que nos enfants ne soient pas capables de lire. Même la mine de diamants Diavik embauche des gens qui ne peuvent pas lire les instructions. Il y a un homme qui a obtenu son diplôme de 12e année et qui ne sait pas lire. Il faut examiner le système d'éducation. Pour que nous arrivions à quelque chose, nous avons besoin d'éducation, d'autoroutes et de mobilité.

Venez voir par vous-mêmes. L'enseignement ne vaut rien. Aidez-nous, j'en ai marre. Je mène le combat depuis huit ans. J'essaie d'effrayer les gens au moyen de mes articles. J'écris que nous sommes à la merci du réchauffement de la planète en raison de notre proximité avec l'océan Arctique. Il faut ramener l'armée ici, à Inuvik, car je ne fais pas confiance aux Russes. Ils sont pires que jamais, c'est vrai.

Il faut faire pression auprès du gouvernement au sujet de l'océan Arctique. En fait, tous ceux qui s'intéressent à l'autoroute me téléphonent. Il y a trois ans environ, quelqu'un m'a appelé pour me parler d'une journaliste de Calgary qui parlait de ramener l'armée dans les Territoires du Nord-Ouest. Comment pourrait-on les ramener ici? Il n'y a pas de route.

Construisez cette route, cela peut se faire. Oubliez les coûts. Vous avez entendu le témoignage du groupe Mack. Les Gwich'in et les Dogrib ont formé une entreprise qui s'appelle Mack. Il s'agit d'un consortium des six grandes entreprises qui construisent des routes, des autoroutes, des pipelines et d'autres choses de ce genre. Mack travaille à ce projet depuis déjà un an. En juin, ses représentants m'ont téléphoné. Il y avait une grande réunion des chefs à Yellowknife. Les représentants de Mack m'ont demandé de m'y rendre pour leur faire de la publicité. J'y suis allé, je suis arrivé un peu en retard, mais j'ai pu parler à certains des chefs. Ces derniers essayaient de faire adopter une résolution. Le chef de Tulita, d'où je viens, a dit qu'il ne pouvait appuyer la résolution parce que certains membres de sa nation ne souhaitaient pas voir cette route construite. Je suis sorti de mes gonds. Bon nombre de chefs ne veulent rien changer parce qu'ils vivent de la misère des autres. Ils ont de bons emplois parce qu'ils sont chefs.

Vous avez beaucoup de lecture devant vous, et il y a beaucoup d'information. Et ce n'en n'est qu'une partie. Nous avons besoin de l'autoroute, et les gens de ma région sont frustrés. Leur frustration est inouïe. Un jeune homme de Fort Good Hope est venu me dire qu'il espérait que l'autoroute soit construite avant qu'il meure parce qu'il aimerait bien voyager avec sa famille.

Un autre homme de Fort Good Hope, en aval de chez nous, m'a dit qu'il n'avait pas pu recevoir ses marchandises parce que le bateau n'était pas arrivé à temps en raison du mauvais temps. Il m'a dit : « L'Enfalac coûte 28 $ à Good Hope et 16 $ à Norman Wells. »

Comment les enfants peuvent-ils être nourris? Ils n'ont pas de lait. Dans ma ville, à Norman Wells, je vois des fois des femmes blanches remettre des fruits sur le comptoir de l'épicerie parce qu'ils coûtent trop cher. Je ne sais pas si vous ou le gouvernement vous rendez compte à quel point les choses vont mal.

Je suis prête à livrer bataille, cependant. Je me suis rendue à Vancouver, pour Noël, et mon fils m'a dit : « Franchement, maman, tu te bats depuis 2000. Fais quelque chose, commets un crime pour te faire emprisonner, puisque là au moins tu auras de la publicité. Tu ne peux pas faire une grève de la faim, tu es trop maigre. Tu vas mourir. »

J'ai entendu parler d'une commission de la vérité. Je vais y participer. J'ai obtenu les services de deux avocats qui travailleront gratuitement avec moi.

Il y a tant à dire. Vous devriez lire mes articles chaque semaine. Je vais m'arrêter là.

La présidente :Je me souviens également que peu après que j'ai été nommée sénateur, on avait discuté de ces problèmes. Je me souviens que nous étions venus ici et à Iqaluit. Il y avait une foule dans les tribunes du Sénat. Les gens se sont levés et ont commencé à dire combien coûtaient les œufs et d'autres produits. C'était l'une des choses les plus frappantes que je n'ai jamais vues.

Nous pensions que cela allait déclencher quelque chose. Nous nous sommes dit que les choses allaient bouger. Ça a été le cas au début, mais ce n'est pas allé assez loin.

Mme McCauley : Il faudrait qu'il y ait quelqu'un comme moi qui soit là.

La présidente : Vous devriez être là tous les jours.

Mme McCauley : Pendant deux années de suite, soit en 2001 et en 2002, notre organisation a été invitée à comparaître à Ottawa et à Edmonton devant le Comité permanent des finances de la Chambre des communes. Je leur ai dit tout ce que je ressentais, mais ça n'a mené à rien. S'agit-il simplement d'un débat en pure perte?

La présidente : Nous vous comprenons. Merci beaucoup.

Le sénateur Mercer : Je ne comprends pas du tout pourquoi cette autoroute n'a pas été construite alors que vous appuyiez cette idée.

Mme McCauley : Mais les choses avancent. Je vous ai parlé des Gwich'in et des Dogrib qui ont le groupe Mack et six grandes sociétés. Ils sont allés à Ottawa pour voir des représentants du gouvernement fédéral ou autre. Je leur ai dit : « Ne prenez pas la peine de faire ça. Demandez à rencontrer le premier ministre et son cabinet. » Ces gens ont besoin d'une lettre irrévocable qui indiquera qu'ils trouveront l'argent eux- mêmes, mais que le gouvernement fédéral devra les rembourser dans 20, 30 ou 50 ans. Je leur ai dit : « Harper ne pourra pas refuser. » Mais ils ne l'ont toujours pas fait. C'est le problème avec les hommes.

Le sénateur Mercer : M. Harper peut le refuser. Son engagement se perçoit notamment dans l'absence de sénateurs à cette audience dans le Nord. À votre place, je ne compterais pas là-dessus.

Je regarde votre carte de l'autoroute. Il y a beaucoup de ponts sur cette autoroute.

Mme McCauley : Ce ne sont que des ruisseaux. Ils sont petits.

Le sénateur Mercer : Mais il existe quand même un pont. Et cela coûte beaucoup d'argent. Peu importe...

Mme McCauley : Nous avons une grande rivière, la Bear River. Ils voulaient construire le pont il y a environ deux ans, mais ils n'ont pas pu le faire car il n'y avait pas d'acier. Ils ont donc retardé le projet.

Le sénateur Mercer : Nous avons récemment fermé une usine d'acier en Nouvelle-Écosse. Nous aurions pu, à la place, construire des ponts dans le Nord. Je l'apprends deux années trop tard.

J'aimerais faire quelques observations. Madame Peel, vous avez indiqué que la pauvreté représente la nouvelle forme de colonisation des Autochtones. Cela peut ne sembler qu'être un slogan médiatique, mais quand on regarde de près ce qui se passe dans le Nord et ailleurs au Canada, on voit que cette expression est vraie. La pauvreté, à bien des égards, est pire que ce que nous faisions auparavant. Et ça, c'était déjà pas mal pitoyable.

Madame Hache, j'ai travaillé dans le secteur à but non lucratif pour la plupart de ma vie. Lorsque vous dites que les salaires pour les ONG représentent 59 p. 100 des salaires des employés gouvernementaux à Yellowknife, cela montre que le secteur à but non lucratif du territoire est non seulement désavantagé numériquement, mais il a également l'inconvénient de ne pas être capable d'attirer les gens dont il a besoin pour faire le travail.

Mme McCauley : Je vais vous raconter une histoire. Elle est vraie. Deux hommes blancs sont venus me voir et m'ont dit : « Cece, je veux te parler. » C'étaient des ingénieurs. Ils avaient été embauchés par le gouvernement du territoire, mais il n'y avait pas de travail. Ils m'ont dit : « Nous ne faisons rien. Mais nous touchons quand même un salaire. » J'ai écrit un article là-dessus. Mais rien n'a changé. Je ne sais pas s'ils ont été renvoyés.

Le sénateur Mercer : Madame Hache, vous avez dit que les agences de logement donnaient des baux de trois mois pour déterminer si les locataires étaient des personnes décentes ou non. Depuis quand les agences de logement ne louent-elles qu'à des personnes décentes? Les gens dans le besoin ne sont pas toujours décents. Certaines personnes qui ne sont pas dans le besoin ne sont pas décentes, bien que la plupart des gens le soient. Je trouve que cette situation est choquante. Comment l'expliquent-ils aux locataires? Est-ce qu'ils leur disent qu'ils vont avoir un bail de trois mois et qu'ils en rediscuteront après? Cela me semble discriminatoire.

Mme Hache : Ce sont les seuls propriétaires aux Territoires du Nord-Ouest qui peuvent signer des baux de trois mois. Les autres propriétaires ne le peuvent pas.

Le sénateur Mercer : Ces propriétaires sont aussi les agences de logement. Est- ce qu'il y en a deux sortes?

Mme Hache : Oui, ce sont les agences de logement. Il y en a une dans chaque collectivité, mais elles sont contrôlées par la NWT Housing Corporation. En vertu de la loi, les propriétaires ordinaires ne pourraient jamais faire cela. Seuls les locataires clients de la NWT Housing Corporation ou des agences de logement locales créées par la Société de logement peuvent signer ces baux de trois mois qui sont permis par la loi. Ainsi, une personne vivant dans la pauvreté et qui a besoin d'un logement subventionné se retrouve dans une situation désavantageuse. Je crois que cela représente une violation des droits de la personne.

Le sénateur Mercer : Qui décide ce qui est décent?

Mme Hache : Évidemment, c'est le propriétaire. Les agences de logement décident si elles vont renouveler le bail, ou offrir un bail différent ou toute autre mesure.

Le sénateur Mercer : Ce qui est décent pour moi et pour vous peut être très différent de ce qui est décent pour Mme Peel : les niveaux peuvent différer.

Mme Hache : C'est surtout dans les petites collectivités, les agences de logement sont les seuls propriétaires. Si les gens n'ont pas un logement avec elles, ils n'ont pas de logement, un point c'est tout.

Le sénateur Mercer : Puis, vous dites que quelqu'un de Calgary vient examiner les dossiers. Personne là-bas n'a les compétences pour faire ce travail; quelqu'un qui vit là-bas, qui respire le même air et qui vit avec les gens qui ont des problèmes?

Mme Hache : Généralement, cette situation nous inquiète parce que la pratique est plus utilisée, et non moins. La prise en charge des enfants autochtones dans les Territoires du Nord-Ouest s'élève à 95 p. 100. Nous nous inquiétons du fait que cette décision soit prise par des personnes non autochtones, les gouvernements non autochtones et des travailleurs non autochtones, et ils ne regardent même pas ce qui constitue la norme dans une collectivité. Par exemple, nous avons essayé d'utiliser les témoignages de nos aînés, qui sont, on pourrait dire, des experts culturels, mais généralement, on ne les considère pas comme des experts parce qu'ils n'ont pas de doctorat. Alors s'il y a un docteur de Calgary, son témoignage a plus de poids devant le juge qu'un aîné d'une collectivité. Le racisme est dans le système lui- même.

Le sénateur Mercer : Peut-être un docteur de Calgary qui passe sa première heure dans les territoires.

Mme Hache : Ils n'ont peut-être parlé que 20 minutes à la famille. Ils décident de l'avenir de ses enfants suite à une discussion de deux heures.

Le sénateur Mercer : Qui paye ce docteur de Calgary, les territoires ou le gouvernement fédéral?

Mme Hache : Ils sont payés par les services de protection de l'enfance.

Le sénateur Mercer : C'est-à-dire le gouvernement territorial.

Mme Hache : Oui. L'autre facteur important à prendre en compte est que le gouvernement fédéral a la responsabilité fiduciaire de s'assurer que les enfants autochtones soient protégés. Cette responsabilité a été transférée au gouvernement territorial.

Le sénateur Mercer : Nous en arrivons aux mêmes conclusions, parce que ce matin nous avons parlé avec d'autres gens du revenu qui quittent le territoire et s'en vont à Ottawa. Je ne pense pas que l'on puisse prendre l'argent sans les responsabilités. Si nous prenons 100 p. 100 de l'argent, nous devons assumer près de 100 p. 100 des responsabilités même si nous en partageons la gestion avec le gouvernement territorial. Je ne pense pas que le gouvernement fédéral puisse se dérober à sa responsabilité fédérale.

L'autoroute du chef constitue une question intéressante parce que c'est un outil économique qui peut changer grandement la situation. Cela ne changera pas la façon dont les gens se comportent chez eux ni s'ils sont agressés. Ce n'est pas ce qui se passera, mais les gens touchés auront plus d'options, et l'économie de la région en sera probablement transformée.

Vous avez raison. Je pense que nous sommes sur la même longueur d'ondes. Je trouve frustrant qu'Ottawa prenne tous les revenus provenant des ressources et permette ensuite, pour utiliser cet exemple seulement, qu'un bouffon vienne de Calgary et prenne une décision en 20 minutes au sujet des enfants, des familles et des collectivités qu'il n'a jamais vus auparavant.

Mme Hache : L'autre facteur dont il faut tenir compte également c'est qu'en ce qui concerne la responsabilité fiduciaire du gouvernement fédéral à l'égard des enfants autochtones, le gouvernement fédéral dit essentiellement que ce n'est plus sa responsabilité parce qu'elle a été transférée. Cependant, nous sommes dans une situation différente ici car plus au sud, par exemple, si un enfant autochtone est arrêté sur une réserve, ce qui arrive surtout dans le sud, alors des représentants des bandes peuvent aller devant le tribunal pour dire qu'ils ont leur mot à dire au sujet de ce qui arrive à cet enfant. Ils peuvent dire au tribunal : « Je suis ici pour parler au nom de cet enfant car il ou elle est un membre de la bande. » Dans les Territoire du Nord-Ouest, nous n'avons pas cette même possibilité.

Le sénateur Mercer : Il n'y a pas la même structure du côté autochtone.

Mme Hache : Ce n'est pas la même structure. Dans le sud, le ministère des Affaires indiennes et du Nord finance des représentants de la bande pour qu'ils aillent devant le tribunal dire qu'ils ont leur mot à dire dans cette affaire. Ici, dans le Nord, cela n'existe pas.

Le sénateur Mercer : Y a-t-il une façon de créer cette possibilité?

Mme Hache : Facilement, mais de façon générale le gouvernement fédéral dit que ce n'est pas de ses affaires. Est-ce que cela pourrait être mis en place? Oui, c'est possible.

Le sénateur Mercer : Serait-il plus facile pour les collectivités autochtones dans les territoires de faire front commun et de dire qu'elles ont leur mot à dire dans ce qui arrive à cet enfant et à cette famille?

Mme Hache : Ce serait facile. Ils n'ont pas investi les ressources. Par exemple, ils peuvent essentiellement financer le poste au sein de la nation Dene ou de la Native Women's Association. Il y a différentes façons de financer ce poste mais ils ont choisi de ne pas le faire. Nous avons cependant besoin de ressources. Par exemple, aux termes de notre loi sur la protection de l'enfance, les bandes sont censées être avisées si un enfant est arrêté.

Le sénateur Mercer : Le sont-elles?

Mme Hache : Elles le sont, mais alors les bandes reçoivent les documents et se demandent ce qu'elles sont censées faire avec ces documents. Elles n'en ont aucune idée. Elles doivent recevoir une formation à cet égard. Il est difficile d'aller devant un tribunal pour dire qu'elles ont leur mot à dire dans ce qui arrive à cet enfant. Aux termes de la loi, les bandes doivent être avisées, mais elles n'ont pas la capacité d'aller devant le tribunal. Nous avons des enfants qui sont arrêtés dans le sud à Calgary dont les parents ne peuvent pas se rendre là-bas. Ces enfants sont arrêtés de façon permanente, pour toujours, à même la nation.

Le sénateur Mercer : Tout ce que vous dites souligne ce que Mme Peel a dit au sujet de la pauvreté qui constitue la nouvelle colonisation. Il y a ce cercle vicieux et personne ne veut sauter au milieu du cercle pour dire : « Arrêtons cela. »

Merci beaucoup à vous tous pour le travail que vous faites. Si je donne l'impression d'être frustrée, c'est que je le suis.

Mme Peel : Je voudrais faire une petite observation en ce qui concerne l'arrestation d'un enfant. Je crois qu'il est plus facile de le faire au sud du 60e parallèle parce que dans le sud, ils ont des réserves. Apparemment, le gouvernement fédéral a plus de contrôle là-bas que dans les Territoire du Nord-Ouest.

Ayant moi-même travaillé pour une collectivité des Premières nations, nous recevions à l'occasion des documents du tribunal provenant du sud et nous demandant si nous avions un intérêt direct. Je ne savais pas ce que nous étions censés faire avec cette information, comme Mme Hache l'a dit. Je pense que nous pouvons faire quelque chose à ce sujet. Il s'agit de prendre position et des risques, j'imagine, pour remédier à la situation.

Le sénateur Mercer : Cela perpétue ce cycle de la pauvreté également.

Mme Peel : Nos enfants qui sont arrêtés et envoyés dans des foyers sont la plupart du temps envoyés dans des foyers non autochtones. Certains parents d'accueil font une affaire d'or en s'occupant de nos enfants. Ils gagnent beaucoup d'argent.

Mme Hache : Dans certains foyers d'accueil il y a jusqu'à 11, 12 ou 13 enfants. Essentiellement, ils se font payer 750 $ par mois par enfant. C'est une véritable entreprise.

Le sénateur Mercer : Je reconnais qu'il y a un coût lié à la garde des enfants, mais c'est quand même beaucoup d'argent.

Mme Hache : Certainement, mais les parents ne reçoivent pas cet argent. Je reviens toujours au gouvernement qui dit qu'il en coûte 5 $ par jour pour nourrir un enfant si on est parent, mais le gouvernement donne à une famille d'accueil 25 $ par jour pour nourrir le même enfant. C'est l'iniquité du système.

Le sénateur Sibbeston : Je voudrais poser une question générale au sujet de la pauvreté. Je sais que lorsque je prends la parole dans le sud et au Sénat, je suis généralement fier du fait que je viens du nord. Je dis que les choses vont assez bien dans le nord. Nous avons des mines de diamant, nous avons des projets de gazoduc et les gens sont relativement heureux dans le nord. Le réchauffement de la planète fait en sorte que les hivers sont plus doux, et cetera. Des villes comme Yellowknife sont très prospères. À un moment donné, Yellowknife avait le deuxième revenu le plus élevé au Canada par habitant. Les gens de Yellowknife en général gagnent bien leur vie et on peut voir la prospérité de la ville; il y a de grandes maisons, des voitures et des centres commerciaux.

Quelqu'un qui viendrait à Yellowknife dirait : « Quel endroit merveilleux. Les gens ont de la chance dans le Nord avec le genre de société qui a été créée. » Cependant, malgré cette prospérité, la pauvreté existe. Vous me l'avez montrée. Le maire a dit plus tôt au cours de la journée que 826 personnes se trouvaient dans des refuges de différentes organisations; l'Armée du Salut, votre organisation et d'autres qui accueillent des sans-abri.

J'ai trouvé vos observations intéressantes, madame Hache. Vous avez dit que vous travaillez pour le Centre de ressources des familles du Nord et que votre centre existe depuis quatre ans sans financement. Manifestement, votre organisation est en demande et fait d'excellentes choses. Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour que l'on reconnaisse qu'il y avait un besoin?

L'Armée du Salut, à son crédit, fait du bon travail partout au pays. Elle est à Yellowknife. Elle a de belles installations spacieuses. Je suppose qu'elle peut accueillir des centaines de gens là-bas. C'est très grand. Votre organisation en comparaison est petite et vous n'accueillez que des femmes. Voulez-vous nous en parler et nous dire pourquoi il a fallu autant de temps? Quel financement et quel soutien recevez-vous à l'heure actuelle?

Mme Hache : À mon avis, il a fallu autant de temps parce que nous nous occupions de gens dont personne d'autre ne voulait s'occuper. Par exemple, lorsque nous avons commencé, une femme a fini par vivre dans nos bureaux parce que personne d'autre ne voulait l'accueillir. Elle souffrait d'épilepsie. D'abord elle fumait comme une cheminée et après une crise d'épilepsie elle se réveillait et ne savait absolument pas où elle se trouvait.

Il n'y a pas une seule agence dans cette collectivité qui voulait lui donner un endroit où elle aurait pu vivre car ils avaient peur de ce qui aurait pu arriver. Nous étions dans une petite maison à l'époque et nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas laisser cette femme dans la rue. Nous ne pouvions pas humainement faire cela alors nous avons décidé de l'accueillir. Nous avons eu des problèmes car les gens disaient que nous n'aurions pas dû le faire pour des raisons d'assurance, et cetera. Je constate qu'en général ce qui arrive c'est que les gens administrent des programmes. De façon générale nous ne faisons pas cela, ce qui nous cause constamment des problèmes. Nous nous efforçons de parler aux gens pour voir ce dont ils ont besoin. Ensuite, nous tentons de nous assurer qu'ils reçoivent ce dont ils ont besoin.

En général le gouvernement communique avec nous et nous dit : « Vous n'avez pas de programme pour cela », ou « Vous n'avez pas de financement pour cela », ou « Pourquoi est-ce que vous payez pour cela alors que vous ne recevez pas de financement à cet effet? » Le gouvernement pense en tenant compte des programmes et les collectivités pensent en tenant compte des gens. Peu importe la collectivité où je suis allée, les gens dans les collectivités sont frustrés car ils sont toujours définis par un programme. Ils ne sont jamais définis par eux-mêmes et leurs besoins. À mon avis, le gouvernement ne peut pas les aider. Le gouvernement est trop rigide et ne peut pas penser en dehors d'un programme. Nous le faisons.

Il a fallu beaucoup de temps parce que les gens ne veulent pas investir dans les membres de la collectivité qui en ont le plus besoin, et ce sont eux que nous représentons.

L'autre chose c'est qu'ils ne comprennent pas comment fonctionnent ceux qui sont le plus dans le besoin au sein de la collectivité de sorte que notre organisation est marginalisée. Je vais vous en donner un exemple. Le YWCA dirige un refuge pour femmes battues. Ces installations sont gratuites pour le YWCA. Les installations ne leur coûtent absolument rien ni en hypothèque ni en location. J'en suis très heureuse. Le Y reçoit un demi-million de dollars pour gérer ses installations. J'en suis très heureuse. Ils disent qu'ils n'ont pas suffisamment d'argent pour payer leurs employés convenablement alors nous tentons de les aider pour qu'ils puissent payer leurs employés convenablement. Cependant, nous devons payer 4 000 $ par mois d'hypothèque pour les installations dans lesquelles nous nous trouvons. Déjà, nous ne survivons pas aussi bien que le YWCA.

Une autre chose qui se produit, c'est que nous ne recevons qu'environ 300 000 $ pour gérer le refuge et nous offrons deux fois plus de lits que le YWCA. Les groupes traditionnels comme l'Armée du Salut ou le YWCA sont de classe moyenne. Ils sont considérés comme étant beaucoup mieux que nous car nous accueillons des femmes sans abri et moi j'en étais une lorsque je suis venue ici. Le sénateur Sibbeston me connaît. Lorsque je suis arrivée ici, je trouvais difficile même de garder un emploi. J'avais mes petits problèmes.

Je pense que c'est en partie la réponse. Étant donné que nous offrons des services aux femmes, aux hommes et aux familles également, nous sommes marginalisés, par conséquent, notre agence est marginalisée. Lorsque le YWCA dit qu'il ne peut fonctionner avec l'argent qu'il reçoit, le gouvernement dit : « Comment pouvons-nous nous assurer que vous pouvez fonctionner? » Cependant, lorsque je dis que nous n'avons pas l'argent pour fonctionner il dit : « C'est parce que vous ne faites pas bien les choses. C'est votre faute alors vous devez trouver une façon de mieux faire les choses et vous devez nous prouver que vous pouvez bien faire les choses. »

Il y a de la discrimination et du racisme. Il y a vraiment une différence entre la façon dont le gouvernement perçoit les agences de classe moyenne et la façon dont il perçoit une agence qui s'occupe des groupes les plus marginalisés dans la ville. C'est ainsi que je vois la situation et je ne pense pas me tromper.

Je ne sais pas si cela a répondu à votre question.

Le sénateur Sibbeston : Combien de lits est-ce que vous avez, et de combien de gens vous occupez-vous?

Mme Hache : Nous avons neuf lits qui sont réellement des lits. Nous sommes financés pour offrir des lits à 16 personnes, mais nous avons entre 24 et 30 femmes qui vivent là et elles y vivent depuis longtemps car il n'y a pas de logement de transition ni de logement à long terme pour les femmes sans abri. Les femmes sans abri ne peuvent pas obtenir de logement car elles n'ont pas d'enfants. C'est difficile. Elles sont toxicomanes. Elles ne peuvent pas fonctionner. Elles sont illettrées. Elles ont toutes sortes de problèmes. C'est la réalité, et notre objectif est de nous assurer qu'elles ne meurent pas de froid.

La vérité, c'est que c'est ce que les gens pensaient de moi lorsque je suis arrivée à Yellowknife. Ils croyaient que j'étais inutile, irresponsable et que je ne pouvais rien faire. J'ai été congédié de nombreux emplois. Je me souviens encore que je me cachais dans un magasin parce que j'avais rencontré un patron et que j'étais gênée. Lorsque je suis arrivée à Yellowknife, je ne pouvais pas garder un emploi. La GRC est même venue me chercher une fois parce que j'avais disparu et que l'employeur était inquiet à mon sujet. Il avait téléphoné à la GRC et lui avait dit de me chercher car il n'avait aucune idée où je me trouvais et que je travaillais pour lui. J'en ris encore aujourd'hui.

En réalité lorsque je suis arrivée à Yellowknife, j'étais jeune, extrêmement traumatisée et personne ne croyait que je pouvais contribuer à quoi que ce soit, et je ne contribuais certainement pas. Il m'a fallu bien des années pour m'en remettre, pour acquérir des compétences, garder un emploi et avoir confiance en moi. Il a fallu beaucoup de travail personnel et beaucoup de patience de la part des aînés et des gens avec qui j'ai travaillé pour dire que j'avais beaucoup à offrir à cette collectivité. Ils n'ont pas dit que j'étais inutile. Je ne dis jamais cela aux gens qui viennent au centre. Cependant, ce traitement est commun. Je suis allée à des rencontres avec des parents et des représentants des services de protection de l'enfance, et les travailleurs sociaux disaient : « Vous êtes inutile », ou « C'est votre dernière chance, » ou « Nous ne vous donnerons jamais une autre chance. » Je ne crois pas à l'approche selon laquelle on n'accorde aucune chance, car sinon on m'aurait considérée comme étant irrécupérable.

Le sénateur Sibbeston : Je ne vous ai jamais considérée comme étant irrécupérable et je pense que c'est tout à votre crédit. Vous soulignez le fait que pour être en mesure d'aider, il faut avoir des gens qui ont eu des expériences comme les vôtres. Sinon les gens ne vous croiront pas. Les gens qui sont désespérés et fichus ne croient pas. Les alcooliques et les toxicomanes ont perdu espoir. Ils ne croient pas â qui que ce soit. Il faut quelqu'un qui a connu le même désespoir qui dise : « Oui, vous pouvez y arriver; », qui les encourage, et cetera. C'est tout à votre honneur.

Je ne sais pas si quelqu'un vous a dit cela récemment ou si on vous a dit quelque chose du genre, mais de toute évidence, vous travaillez dans un domaine où vous faites de bonnes choses pour la société, et je vous en félicite.

Mme hache : Merci, Nick.

Le sénateur Sibbeston : J'ai une question pour Mme Peel. Je sais que vous venez de Fort Smith. Vous êtes là depuis longtemps. Bon nombre d'entre nous qui ont été élevés dans le Nord pensons que les mines de diamant sont une bonne chose. Une entreprise vient dans le Nord et crée de l'emploi, notamment. En général les gens dans une collectivité estiment que ces possibilités ont un aspect positif; « Parfait, je vais aller là- bas et gagner un peu d'argent et je pourrai acheter des choses ». La possibilité d'un gazoduc est présentée de cette façon; cela créera de l'emploi, des possibilités d'affaires, et cetera.

Je ne doute pas que beaucoup de gens qui trouvent des emplois là- bas en profitent, et avec le temps dépenseront leur argent de façon judicieuse. Je pense que nous connaissons tous une période où nous gaspillons de l'argent. Mais je voulais savoir ce que vous pensiez d'un projet comme celui des mines de diamant. C'est le plus gros projet dans cette région pour ce qui est de l'économie. C'est ce qu'il y a de plus important après le gouvernement dans le Nord. Pourtant, vous connaissez des gens qui travaillent dans les mines et qui font beaucoup d'argent, ils achètent de grandes télévisions et de grosses voitures, mais vivent dans une cabane. Par ailleurs, il y a beaucoup de gens qui ont la passion du jeu.

Je voudrais savoir ce que vous, en tant que femme autochtone, pensez du développement dans le Nord. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose?

Mme Peel : Je travaille pour les Premières nations Dene de Yellowknife depuis un certain nombre d'années et nous avons embauché quelques personnes pour faire un sondage dans la collectivité, et nous avons organisé des ateliers avec divers membres de la collectivité qui travaillaient dans les mines pour savoir comment la mine affectait leur collectivité et leurs familles. Les mines de diamant avaient une incidence beaucoup plus négative que positive.

Je pense que le problème tient en partie au manque d'éducation. Une chose dont je n'ai pas parlé c'est lorsque le gouvernement fédéral est venu dans le Nord et nous a donné ce qu'ils appelaient les « Indiens », des maisons. Les maisons nous ont été données gratuitement. Elles avaient l'eau courante et le chauffage central. Elles avaient toutes sortes de choses comme cela mais il y avait des problèmes majeurs dans ces maisons également. Bon nombre de familles vivaient de ces petites maisons de sorte qu'il y avait de la moisissure et de l'humidité. Les choses ont changé, mais le problème est essentiellement le même.

Il y a un manque d'éducation de la part de nos gens pour ce genre de choses qui peut se produire. Oui, ils pourront avoir un emploi qui leur permet de gagner 100 000 $ par an; mais il y a une responsabilité qui accompagne un emploi assorti d'un tel salaire. Les gens doivent apprendre à budgéter et à dépenser cet argent judicieusement. Ils ne pourront plus vivre dans une maison réservée à des gens à faible revenu. Ils pourront acheter une maison. Le gouvernement les aidera à le faire. Les gens ne sont pas au courant de ce genre de choses, faute d'éducation. Lorsque je dis faute d'éducation, je ne veux pas dire qu'ils ne sont pas allés à l'école. Ils ont besoin de connaître les choses essentielles que nous tenons pour acquis, que je tiens pour acquis. Il y a des choses que je tiens pour acquis et que tout le monde devrait savoir. Puis je m'aperçois à mesure que je prends de l'âge que tout le monde ne sait pas ce que je sais.

Le sénateur Sibbeston : Cece, en ce qui concerne la route de la vallée du Mackenzie, je sais que pour les gens du Nord, il est tout à fait logique de construire une autoroute. J'en ai fait l'expérience. Je vis à Fort Simpson où la route a été construite au début des années 1970. De façon générale, c'était quelque chose de positif. Lorsqu'une route arrive dans une ville, avec les bonnes choses arrivent les mauvaises choses. Une route ouvre immédiatement la collectivité à toutes les choses qui viennent du sud, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Certaines collectivités ne voulaient pas de la route car elles ne voulaient pas se retrouver avec tous les problèmes sociaux auxquels elles sont exposées lorsque leur ville est ouverte sur le monde.

La construction de la route est logique à l'heure actuelle pour les gens dans le nord. Personnellement, je suis sénateur à Ottawa et j'ai l'occasion d'exprimer mon point de vue sur ces choses parfois. Cependant, je me demande également pourquoi le gouvernement ne donne pas le feu vert à la construction de la route de la vallée du Mackenzie à l'heure actuelle? Il semble que le gouvernement fédéral qui siège à Ottawa lorsqu'il regarde le Nord pense à la souveraineté et à ce qu'il doit faire à ce sujet. Il pense qu'il enverra l'armée là-bas pour faire de la formation dans l'Arctique et montrer aux Russes, aux Chinois et à tous les autres que nous sommes là-haut et que nous avons une main-d'œuvre là-bas. Il est question d'un port en eau profonde. C'est ainsi qu'Ottawa pense lorsqu'il pense au nord et à la question importante de la souveraineté. Il ne pense pas beaucoup aux gens. Il oublie que les gens sont la meilleure raison de déclarer notre souveraineté dans le Nord : les Inuits, le peuple à Inuvialuit et le peuple Dene qui vit dans le nord.

Récemment, même Stéphane Dion lorsqu'il est venu dans le Nord a dit que s'il était premier ministre, il y aurait davantage d'avions de recherche et de sauvetage dans le nord. Et bien, qu'est-ce que cela peut bien faire? Comment ces avions vont-ils affecter une personne ordinaire? La réalité politique c'est que la route dans la vallée est sans doute la meilleure chose qu'on peut faire pour les gens. Les gens auront accès, cela va ouvrir le pays au développement et ça va créer toutes sortes de possibilités. Cependant, les politiciens, les gros dirigeants à Ottawa, ne pensent pas à ces choses. J'imagine que c'est à nous de dire quelque chose, même si nous n'avons guère notre mot à dire. Je vois notre député, Dennis Bevington qui est ici dans la foule. C'est à nous de parler de ces questions.

Je veux vous demander jusqu'à quel point nous avons besoin de l'autoroute; jusqu'à quel point croyez-vous qu'elle soit nécessaire? Est-ce que cela fera beaucoup de différence?

Mme McCauley : Oh mon Dieu, nous avons besoin de l'autoroute. On me le dit tous les jours. J'ai rencontré Charlie Snowshoe de Fort McPherson ce matin au petit déjeuner. Il était dans tous ses états. Tout le monde veut une route particulièrement ici dans le nord. Il a dit : « Personne n'écrit dans les journaux, seulement Cece. » Je ne suis qu'une toute petite voix, et j'écris et j'insiste maintenant, et je le fais depuis 2000. Finalement, les gens disent que cela s'en vient, mais quand est-ce que cela s'en vient? Ils ont le consortium de sociétés dans le groupe Mack. Tout ce qu'ils ont à faire c'est de dire au gouvernement qu'ils trouveront les fonds; ils ont besoin d'une lettre irrévocable. C'est aussi simple que cela.

J'ai parlé à Frederick Carmichael, qui est derrière moi. Même les jeunes n'ont pas les moyens de quitter Sahtu. Nous perdons de bons enseignants car leurs enfants grandissent et il n'y a rien dans la région de Sahtu; ils ne peuvent aller nulle part. Ils viennent dans notre région et ils sont pris ici. Ils doivent prendre l'avion ou le bateau. Nous avons besoin de la route pour aller partout. Le gouvernement des Territoire du Nord-Ouest devrait réellement passer à l'action.

Le président : Merci, monsieur Bevington, de vous joindre à nous, même pour une courte période.

Le sénateur Mahovlich : Jusqu'à quel point une lettre au premier ministre est-elle efficace? Je sais que vous avez écrit plusieurs lettres.

Mme McCauley : Les Gwich'in et les Dogrib ont un groupe qui s'appelle le Mack, Mackenzie quelque chose. Ils sont politiquement forts. Ils ont six grosses sociétés, un consortium de sociétés qui peuvent construire des routes et des pipelines. Ils sont en partenariat avec eux. Ils sont allés à Ottawa pour voir un ministre, mais cela ne semble pas avoir donné de résultats. Ils m'ont appelée en juin pour me dire qu'ils faisaient ceci et cela, et rien ne se produit. J'ai parlé à Freddy Carmichael et il a dit que nous devions regarder les politiques indiennes. Je pense qu'ils se renvoient la balle et qu'ils utilisent les Autochtones parce que la majorité des Autochtones veulent l'autoroute.

Le groupe Mack devrait écrire au premier ministre, exiger un rendez-vous et demander qu'il leur donne une lettre. Je ne dis pas que vous devriez leur donner la lettre. C'est le premier ministre qui doit le faire. Ils iront trouver les fonds et le fédéral pourra les rembourser sur plusieurs années. Je ne sais pas ce qui les empêche de le faire.

Je pense que je vais déterrer ma hache et commencer à couper du bois.

Le sénateur Peterson : Qu'arrive-t-il au processus d'approbation du pipeline de la vallée du Mackenzie?

Mme McCauley : Je ne pense pas que cela se fera un jour car il est question de gaz liquide et on est en train de construire de plus gros navires à l'heure actuelle. Cependant, nous aurons besoin d'un petit pipeline. Pour ma part, peu m'importe que l'on construise ou non un pipeline. Nous avons besoin de l'autoroute d'abord.

Le sénateur Peterson : C'est comme ça que vous allez obtenir votre autoroute.

Mme McCauley : Nous avons besoin d'une autoroute parce que la construction du gazoduc prendra encore deux ou trois ans.

La présidente : Tout d'abord, permettez-moi de remercier tous ceux qui ont investi le temps et l'effort pour témoigner devant notre comité aujourd'hui. Nous vous en savons gré. Nous sommes reconnaissants également à tous ceux qui ont assisté silencieusement à la réunion ce matin pour vous soutenir et vous encourager à poursuivre cette étude.

En dernier lieu, je tiens à remercier tous ceux qui nous accompagnent pendant cette tournée, et nous aident à faire fonctionner les microphones. Enfin, je tiens à remercier mes collègues qui ont fait preuve de patience et d'enthousiasme.

Merci d'être venus comparaître devant nous aujourd'hui, pendant notre visite dans votre territoire.

Mesdames et messieurs, voilà qui conclut notre visite ici. On se dirige maintenant vers Iqaluit pour y tenir aussi des audiences.

Encore une fois, nous apprécions énormément votre présence ce matin. Nous vous avons écouté, et nous ferons de notre mieux.

La séance est levée.