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Délibérations du comité sénatorial permanent de
la Sécurité nationale et de la défense

Fascicule 5 - Témoignages du 11 février 2008


OTTAWA, le lundi 11 février 2008

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense se réunit aujourd'hui, à 16 h 03, pour examiner, en vue d'en faire rapport, la politique de sécurité nationale du Canada. Sujet : Planification d'urgence

Le sénateur Colin Kenny (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Honorables sénateurs, j'ai déjà présenté des excuses à nos témoins pour un tel retard. Je vais présenter très rapidement les membres du comité. Le sénateur Tkachuk est le vice-président du comité. Nous avons également avec nous le sénateur Banks de l'Alberta, le sénateur Zimmer du Manitoba, le sénateur Moore d'Halifax et le sénateur Mitchell de l'Alberta. Le sénateur Nancy Ruth doit se joindre à nous, mais nous allons tout de même commencer.

Je comprends que vous avez tous deux une brève déclaration à faire, alors je vous cède la parole.

Jay Hope, sous-ministre, Planification et gestion d'urgence, ministère de la Sécurité communautaire et des services correctionnels, gouvernement de l'Ontario : Honorables sénateurs, je vais vous parler aujourd'hui de ce que je considère comme le plus grand défi du Canada, c'est-à-dire la mobilisation des personnes ou des citoyens pour qu'ils se préparent mieux aux situations d'urgence, locales ou autres. Je vais également expliquer comment la gestion des situations d'urgence s'articule à l'échelle locale en décrivant les activités qui sont menées dans ce domaine en Ontario, afin de rectifier les commentaires erronés que les médias ont attribués à un représentant du gouvernement fédéral qui s'est présenté devant votre comité. Je suis conscient du temps dont nous disposons, et je crois que c'est la meilleure façon de l'utiliser.

La mission, la vision et les valeurs de Gestion des situations d'urgence Ontario sont centrées sur notre capacité d'être des chefs de file et des partenaires relativement à ce que les gestionnaires de situations d'urgence appellent les piliers de la gestion d'urgences, soit les stratégies de prévention, d'atténuation, de planification, d'intervention et de rétablissement. Aujourd'hui, la gestion des catastrophes est autant une question de prévention, d'atténuation et de degré de préparation qu'une question d'intervention et de rétablissement. Il y a en effet une corrélation directe entre les premiers éléments que j'ai mentionnés et notre résilience, c'est-à-dire à quel rythme et dans quelle mesure nous réussissons à intervenir et à nous rétablir.

J'aimerais dire un mot au sujet de la planification individuelle. Même s'il est vrai que le gouvernement provincial s'occupera de ses citoyens dans une situation d'urgence, il y aura inévitablement, entre le début de la situation d'urgence elle-même et l'arrivée des secours, un laps de temps qui pourrait durer quelques minutes ou s'étendre sur des jours, selon la nature de la catastrophe. C'est en vue de cette période que les membres de la population doivent se préparer.

Des sondages menés en Ontario nous révèlent que seulement 13 p. 100 environ des Ontariens sont autonomes et prêts à faire face par eux-mêmes à une situation d'urgence pendant une période prolongée. C'est le lien entre l'atténuation et l'adaptation qui est aujourd'hui au cœur des préoccupations : GSUO. Le fait que des Canadiens laissent à d'autres l'entière responsabilité de leur sécurité a une incidence considérable sur l'orientation que mon organisation doit se donner. Ainsi, nous avons collaboré avec les collectivités et avec les médias pour informer les membres de la population de la nécessité de constituer leur propre trousse de survie. Il reste cependant beaucoup de travail à faire à ce chapitre.

Il est reconnu que la résilience est la pierre angulaire de la sécurité communautaire. Si l'on combine ce principe de la gestion des urgences aux grandes attentes de la population, qui s'attend à ce que la province s'occupe d'elle en cas d'urgence, le problème qui se pose pour moi est la nécessité de sensibiliser chaque personne, afin que les plans de sécurité soient viables, que ce soit à l'échelle municipale, communautaire ou provinciale. Je crois donc qu'il faut d'abord se pencher sur l'engagement individuel des citoyens dans les discussions sur les écarts entre les divers ordres de gouvernement. Tous les ordres de gouvernement ont encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine.

Tous les ménages ontariens devraient être autosuffisants pendant la période critique des 72 premières heures d'une situation d'urgence, et une trousse de survie peut s'avérer vitale en cas de catastrophe. Des vivres, de l'eau, des lampes, des vêtements, des médicaments, de l'argent et d'autres articles peuvent être regroupés à l'avance et être prêts à servir pour aider les gens à survivre à une crise.

La majorité des Ontariens savent d'instinct qu'ils doivent se préparer. En fait, la plupart des gens ont les différents articles d'une trousse de survie à la maison, mais ils n'ont jamais pensé à les regrouper. Le message « 72 heures... Votre famille est-elle préparée? » doit rejoindre tous les Ontariens, et le milieu des affaires doit également constater qu'il peut être appliqué.

Bien que des initiatives nationales comme cette campagne publicitaire sur la préparation pour 72 heures puissent être utiles pour sensibiliser davantage les membres de la population, l'Ontario croit que les efforts du gouvernement fédéral, des provinces et des territoires pourraient être mieux coordonnés, par exemple par l'élaboration concertée de modèles communs. La formulation d'un plan sur la meilleure manière de sensibiliser la population à la nécessité de se préparer à une situation d'urgence est un élément important des travaux que nous réalisons afin d'assurer la sécurité des citoyens.

En vertu de la Loi sur la protection civile et la gestion des situations d'urgence, chaque municipalité doit élaborer et mettre en œuvre un programme de gestion des situations d'urgence. Ces programmes adaptés aux besoins locaux doivent comprendre un plan d'urgence, des programmes de formation, des exercices, de la formation à l'intention de la population sur les risques pour la sécurité publique, ainsi que la préparation de la population aux situations d'urgence. Ces mesures doivent être élaborées dans la perspective des risques locaux. La première étape, et la plus importante, consiste à établir un lien entre les plans d'urgence d'une collectivité et les gens qui y vivent. Un plan sur papier constitue un bon départ. Le défi consiste à s'assurer que ce plan sera exécuté en situation d'urgence, ce qui signifie qu'il doit être accepté et compris par les citoyens de la collectivité visée.

L'Ontario accorde une grande importance à l'élaboration, au soutien et à la promotion de programmes qui mettent l'accent sur les initiatives de la population, comme celles des groupes communautaires, des écoles et des groupes de jeunes. Il s'agit là d'un des éléments clés de nos efforts en matière d'éducation de la population et de communications stratégiques. Nous avons établi un partenariat avec les guides pour offrir un écusson Défi préparation d'urgence aux 54 000 guides de la province. Nous avons sollicité plus de 20 groupes d'intérêt pour mettre sur pied un projet permettant de s'assurer que quelque 2,5 millions de personnes handicapées ou ayant des besoins spéciaux ont accès aux renseignements essentiels sur la préparation d'urgence. Nous avons également mené des activités de sensibilisation auprès de diverses communautés pour nous assurer que tous les Ontariens reçoivent ce message; nous avons en effet fait traduire le guide de préparation en six langues et avons collaboré avec les médias ethniques afin que le message rejoigne un plus grand nombre de personnes.

Je crois que des précisions s'imposent relativement à deux sujets qui, selon les médias, ont été abordés devant ce comité par MM. Broughton et Ash : la protection des infrastructures essentielles dans le contexte de la capitale nationale, et la réaction face à des situations d'urgence à grande échelle comme la tempête de verglas.

En Ontario, nous avons une loi solide : la Loi sur la protection civile et la gestion des situations d'urgence. Cette loi est le résultat des expériences collectives que nous avons vécues lors de la tempête de verglas en 1998 et lors des urgences liées à la panne de courant et au SRAS en 2003.

Chaque municipalité de la province est tenue de respecter chaque année un seuil minimal en ce qui concerne son programme de gestion des situations d'urgence. Ottawa et plus de 440 autres municipalités de l'Ontario ont satisfait à cette exigence en 2007. Parmi les éléments fondamentaux des programmes des municipalités comme celle d'Ottawa, il y a la détermination des dangers et l'évaluation des risques liés aux infrastructures. Ces municipalités établissent des liens avec les organisations publiques et privées les plus importantes du point de vue des préparatifs, et qui pourraient être très vulnérables ou sont fortement exposées aux dangers. Ces activités sont des éléments fondamentaux de la résilience face aux catastrophes.

Il se trouve qu'à Ottawa, les organisations en question sont les divers ministères du gouvernement fédéral. Par conséquent, il est normal qu'un coordonnateur de la gestion des mesures d'urgence comme John Ash invite les dirigeants de ces ministères à se préparer. Idéalement, il y aurait un guichet unique par l'entremise duquel la municipalité pourrait effectuer cette évaluation. Je crois comprendre que, au sein de la Direction générale de la préparation et du rétablissement des activités de Sécurité publique Canada, il existe un service qui est responsable de la continuité des opérations gouvernementales et qui pourrait jouer ce rôle de guichet unique.

Nous avons prévu que certains contributeurs au processus d'identification des dangers et d'évaluation des risques, par exemple les ministères fédéraux, pourraient être réticents à divulguer leurs plans. C'est pourquoi nous avons consacré un article particulier de notre loi sur la gestion des situations d'urgence à la confidentialité de cette information. Dans la plupart des communautés, cette réticence est exprimée par le secteur privé et découle de préoccupations commerciales, mais les organisations du secteur public comme les ministères fédéraux peuvent également avoir des hésitations. Cependant, pour qu'une municipalité atteigne le niveau de préparation qu'elle vise, toutes ses composantes doivent collaborer. La province ne s'oppose pas au fait que le gouvernement fédéral mène des activités de ce genre en collaboration avec les municipalités.

Si vous le voulez bien, j'aimerais maintenant vous donner un aperçu de la manière dont nous gérons les situations d'urgence en Ontario. Toutes les municipalités connaissent ce processus, étant donné qu'il découle de la Loi sur la protection civile et la gestion des situations d'urgence. Le gouvernement fédéral le connaît également. Il décrit clairement quand et comment la province agira pour gérer une situation d'urgence.

Une urgence municipale peut être déclarée lorsque le chef du conseil estime qu'une situation constitue un danger considérable, dont pourraient découler des blessures graves ou qui pourrait causer des dommages substantiels aux biens. Cette décision est prise au niveau municipal. La province n'intervient pas à cette étape, reconnaissant que la municipalité est en mesure d'évaluer la situation.

Le gouvernement provincial respecte la compétence des municipalités. Nous ne déclarons une urgence provinciale qu'après avoir procédé à un test en deux volets. Nous devons d'abord déterminer qu'une action immédiate est nécessaire pour prévenir, amoindrir ou atténuer un danger d'envergure et, ensuite, que les ressources dont dispose normalement un ministère ne sont pas disponibles ou sont insuffisantes. Si l'on a répondu à ces deux questions par l'affirmative, nous pouvons alors déclarer une urgence provinciale.

Les règles de participation sont claires et bien comprises par les dirigeants municipaux et provinciaux ainsi que par les représentants régionaux de Sécurité publique Canada.

À titre de sous-ministre responsable de la planification et de la gestion des interventions d'urgence, je sais que s'il y avait une autre tempête de verglas, les municipalités auraient à leur disposition, grâce à leurs programmes de gestion des urgences, un coordonnateur chevronné de la gestion des urgences locales, un agent d'information, un comité responsable de l'élaboration du programme municipal, un groupe de contrôle qui se réunira en cas de situation d'urgence touchant la municipalité, un centre d'opérations qui coordonnera l'intervention ainsi qu'un plan qui servira à orienter les efforts.

Au niveau provincial, nous déploierons des effectifs pour effectuer des évaluations en consultation avec les municipalités afin de déterminer quels types de ressources et de moyens provinciaux peuvent soutenir l'intervention, et à quel moment il conviendra de les utiliser. Lorsqu'une situation est en passe d'excéder la capacité d'une municipalité, nous soutenons ses efforts et assurons la coordination par l'intermédiaire de notre Centre provincial des opérations d'urgence.

J'aimerais maintenant parler brièvement du rôle de la province en cas de situation d'urgence à grande échelle. Votre invitation mentionnait particulièrement ce sujet et je tiens à vous faire part de mes vues sur la question.

D'abord, j'apprécie le fait que vous n'ayez pas parlé d'« interventions en cas de situation d'urgence à grande échelle », étant donné que, selon moi, la province s'occupe des urgences à grande échelle bien avant que les incidents se produisent, et qu'elle continue de s'en occuper longtemps après que les derniers intervenants aient regagné leur poste.

Quatre-vingt-un professionnels de la gestion des urgences travaillent sous ma direction à Gestion des situations d'urgence Ontario, pour l'ensemble de la province. Ils élaborent des programmes, conçoivent des activités de formation et des exercices, élaborent des plans, évaluent les risques, formulent des opinions scientifiques et apportent un soutien aux dirigeants municipaux et aux hauts fonctionnaires relativement à leurs propres programmes de gestion des urgences. Je dois mobiliser autant de ressources extérieures à notre organisation que possible si nous voulons atteindre un jour notre objectif, qui est de rendre résilients les municipalités, les ministères et les communautés.

Il faut d'abord reconnaître que GSUO n'est pas le centre de l'univers en ce qui a trait à la gestion des situations d'urgence, et que les municipalités, les communautés des Premières nations et les ministères ont des approches complémentaires et également valables. Il est donc de mon devoir d'encourager tous les efforts à partir de ce principe.

Personnellement, je crois que nous sommes sur le bon chemin. Nous avons récemment atteint un taux de conformité de 98 p. 100 dans plus de 440 de nos municipalités et ministères relativement au niveau essentiel de programmation de la gestion des situations d'urgence. Cela se traduit par des mesures modestes mais significatives à l'échelle locale, comme la création d'un protocole d'entente entre les municipalités de la région de Niagara visant le partage de leurs coordonnateurs de gestion d'urgence communautaire, ce qui a permis de mettre en place une durabilité en cas d'urgences généralisées ou prolongées.

Deuxièmement, nous devons élaborer un système de gestion des incidents propre à l'Ontario. Nous travaillons à ce projet depuis plusieurs années déjà. J'admets qu'idéalement, nous aurions eu besoin d'un tel système il y a quelques années, mais nous avons bien agi en sollicitant des représentants de diverses collectivités, municipalités et associations de première intervention, ce qui nous permet d'avoir un système qui reconnaît les ententes qui étaient en place avant cette initiative et qui décrit une procédure pour aider tous les intervenants à atteindre un niveau d'interopérabilité. Cette initiative permet à la province d'intervenir de manière unifiée dans les situations d'urgence à grande échelle en utilisant les ressources publiques et privées et celles provenant des ONG pour optimiser notre intervention. En outre, le système est conforme aux pratiques de gestion des incidents adoptées dans les États voisins, aux États-Unis. Nous croyons vraiment qu'il revient à la province de coordonner les mesures d'intervention dans des situations d'urgence à grande échelle et, à ce titre, nous avons mis en place une initiative très importante et durable pour promouvoir le niveau de capacité le plus élevé possible.

Pour conclure, je suis venu vous expliquer la situation des relations en Ontario en matière de gestion des situations d'urgence. Mes exemples ont porté sur l'important travail exécuté avant l'événement et qui a une incidence possible nette sur la façon dont nous répondons à ces catastrophes. S'il y a une seule chose à conclure de ces exemples, c'est que nous n'atteindrons jamais un état de préparation complet. Nous devrons toujours compter sur nos relations existantes avec les municipalités, les collectivités des Premières nations, les ministères provinciaux, le secteur privé et nos collègues fédéraux pour mieux nous préparer aux nouvelles menaces auxquelles nous n'avons pas encore pensé.

Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de faire quelques commentaires au début.

Le président : Est-ce que j'ai manqué quelque chose dans le premier paragraphe de votre exposé? À la ligne trois, vous dites « afin de rectifier les commentaires erronés que les médias ont attribués à un représentant du gouvernement fédéral qui s'est présenté devant votre comité ». Après avoir entendu votre exposé, je ne suis pas certain de comprendre de quoi vous parlez.

M. Hope : J'ai lu un article dans le journal il y a environ une semaine sur des commentaires attribués au gouvernement fédéral. Je ne suis pas certain s'il s'agit vraiment des commentaires du représentant fédéral ou si ce sont les remarques des médias sur la façon dont fonctionne en réalité la gestion des urgences à l'échelle provinciale. Dans un commentaire, on pouvait lire que, selon le représentant du gouvernement fédéral, le gouvernement provincial n'aime pas que le gouvernement fédéral intervienne dans les affaires municipales. Je parlais de ces commentaires, que les médias ont attribués à M. Scott Broughton, je crois, ainsi qu'à M. John Ash.

Au gouvernement provincial, ça ne nous ennuie pas que le gouvernement fédéral discute avec les municipalités, tant qu'on nous informe que ces discussions auront lieu. Nous préférerions qu'il nous inclue dans ces discussions. S'il a l'intention d'exécuter des programmes directement avec les municipalités, nous disons que nous devons participer aux discussions si les projets changent les relations que nous avons avec elles.

Je voulais placer un peu en contexte ce que j'ai lu dans les journaux. Je ne dis pas aujourd'hui que ces commentaires ont réellement été faits par M. Broughton, parce que je ne l'ai pas appelé après les avoir lus. Je voulais apporter des précisions pour le compte rendu.

Le président : C'est utile. Je crois que nous pourrions obtenir une copie des bleus de ce témoignage et peut-être préciser les choses avant la fin de la réunion. Il se peut que ces commentaires aient été faits ou pas. C'est utile de tirer ça au clair, et je suis content que vous ayez soulevé ce point.

Monsieur Hodgins, la parole est à vous.

David Hodgins, directeur général, Alberta Emergency Management Agency : Mesdames et messieurs les sénateurs, je dois dire pour commencer que j'ai effectué énormément de recherches pour préparer mon exposé. Je félicite le comité pour les imposantes recherches et les nombreux examens portant sur les initiatives de gestion des urgences au Canada qu'il a effectués au cours des dernières années. C'est sans contredit un sujet qui nécessite beaucoup de recherches et de compréhension. Bravo.

Le président : Merci.

M. Hodgins : On m'a demandé de parler de la coordination de la planification d'urgence entre les divers ordres de gouvernement, et c'est donc que je vais me concentrer sur ce sujet. Dans mon exposé — et je crois que vous en avez reçu un exemplaire au préalable — je propose un aperçu de l'expérience en matière de catastrophes au Canada. À cet égard, j'ai choisi quelques exemples pour illustrer la diversité de nos interventions dans des situations d'urgence importantes. Du côté des incidents maritimes, le naufrage de l'Empress of Ireland est une tragédie que beaucoup de personnes ne connaissent pas vraiment jusqu'à ce qu'elles s'informent à son sujet. Il y a également l'expérience de l'Alberta avec l'incident du glissement rocheux de Frank et les catastrophes minières, les interventions d'urgence liées aux incidents ferroviaires, les tornades et tout le reste. Il faut indéniablement s'assurer d'être prêts au Canada.

Pour ce qui est de la réalité de la connectivité, les gouvernements existent, dans une large mesure, pour assurer la sécurité de la population. Les gouvernements ont le devoir de fournir une structure contemporaine à l'appui des programmes et services de gestion des urgences. Il est par conséquent nécessaire d'avoir, pour la gestion des urgences, des systèmes robustes qui reposent sur les quatre piliers clés qu'a mentionnés M. Hope : la prévention et l'atténuation, la préparation, l'intervention et les activités de rétablissement. Ce cadre est nécessaire pour assurer la sécurité de la population et du personnel de première intervention.

Je veux mettre l'accent sur la sécurité des premiers intervenants. Certes, le monde des services d'urgence est axé sur la sécurité publique. Toutefois, nous devons aussi prendre en considération la sécurité des premiers intervenants dans la préparation des programmes. Je parle des policiers, du personnel paramédical, des pompiers, des équipes de recherche et sauvetage et des autres personnes qui appuient les interventions d'urgence.

Heureusement ou malheureusement dans ma carrière — ça fait 31 ans que je travaille dans le domaine — j'ai passé la majorité de mes années de service au niveau municipal, soit 27 ans dans des services d'incendie municipaux. J'ai été chef des pompiers dans quelques grandes villes de ce pays. Il est évident qu'à ce titre, j'avais des responsabilités en matière de gestion des urgences.

Je me rappelle être allé dans la rue pour intervenir lors d'une tornade en 1987 dans la région de la capitale d'Edmonton, puis avoir passé une année à revoir cet événement pour tenter de déterminer comment améliorer les interventions dans l'avenir. Je suis intervenu dans d'importants feux de friches qui sont survenus en Alberta et en Colombie-Britannique. J'ai également participé à l'intervention qu'a nécessitée la panne de courant survenue ici en Ontario, alors que j'étais chef à London. J'ai également de l'expérience en gestion des urgences dans le secteur industriel et dans les transports. Je partage avec vous ma passion et je vous présente également quelques idées sur la façon d'aller de l'avant.

La plupart des collectivités ainsi que les représentants des gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral ont exprimé le besoin de créer une « approche unifiée » alors qu'ils cherchent un moyen d'offrir des programmes et services de gestion des urgences axés sur les citoyens qui soient unifiés, intégrés, efficaces et abordables.

Les gouvernements ont réussi à promouvoir la connectivité nécessaire au sein de leur sphère d'influence directe. Cependant, il existe une occasion de multiplier les liens entre les ordres de gouvernement.

La réalisation d'un système de gestion des urgences « unifié » de pointe et distinctement canadien est possible; c'est l'approche « quand on veut, on peut ». Pour y arriver, on a besoin d'une vision commune clairement exprimée et largement communiquée, une vision qui mène à une mission bien définie ayant des buts et des objectifs liés aux résultats désirés.

Des mesures du rendement sont également d'une importance capitale pour assurer la responsabilisation et pour déterminer quand le succès a été obtenu.

Plusieurs gouvernement provinciaux ont restructuré leurs systèmes de gestion des urgences ou envisagent de le faire. Ils les restructurent pour s'assurer que les systèmes sont liés, pas seulement pour appuyer les gouvernements et les industries locaux, mais pour améliorer l'efficacité des systèmes.

La province de l'Alberta a créé l'Alberta Emergency Management Agency par une loi en juin 2007. Une des justifications de l'existence de l'agence et un de ses objectifs principaux consistent à faire en sorte que les administrations et les industries locales soient liées directement et appuyées dans le système plus vaste de gestion des urgences. Parmi les autres compétences qui ont opéré cette réorganisation, mentionnons Terre-Neuve-et-Labrador, l'Ontario et la Colombie-Britannique. La Saskatchewan passe actuellement en revue sa structure et les occasions qui s'offrent à elle d'en faire autant.

Ces structures contemporaines réunissent les programmes provinciaux de gestion des urgences et les services provinciaux d'incendie. Ces nouvelles structures sont axées sur les relations avec le gouvernement fédéral dans le cadre de leur stratégie visant à tirer pleinement parti des synergies potentielles. Les programmes de liaison ayant pour but de réduire le nombre d'urgences et d'améliorer la sécurité publique à l'échelle provinciale permettent d'améliorer la capacité et multiplient les occasions de renforcer les liens dans tout le pays. C'est ce qui en fin de compte donne aux collectivités et à leur personnel de première intervention le soutien le plus efficace.

Il existe des occasions de liaison. Il est nécessaire que tous les ordres de gouvernement soient liés 24 heures sur 24, sept jours sur sept et ce, durant toute l'année. C'est possible au sein des structures existantes.

La réalisation d'un système unifié nécessite une pensée délibérée et un leadership stratégique. Des relations fondées sur la confiance et le respect sont nécessaires pour créer des programmes et services liés et réussis. Ces relations seront réalisées par l'entremise de structures, de systèmes et de programmes fédéraux, provinciaux et territoriaux régionaux.

En ce qui concerne la gouvernance et les limites, la population attend de ses gouvernements qu'ils fassent preuve d'efficacité en offrant des services d'intervention et de rétablissement acceptables au cours des situations d'urgence importantes. Les gouvernements doivent chercher énergiquement des occasions d'assurer cette efficacité en créant des harmonisations verticales et horizontales en vue de la réalisation d'un système réellement unifié. Un des avantages du fait d'être liés et préparés à une urgence est que l'intervention et le rétablissement seront plus efficaces, ce qui permettra en fin de compte de réaliser des économies. Lorsque je parle de services d'urgence, la compréhension, la sécurité des personnes et la protection de la propriété et de l'environnement sont toujours les priorités. Nous devons également prendre en considération le volet financier de ces activités.

La structure actuelle est renforcée par la présence de Sécurité publique Canada au sein des régions provinciales et territoriales, qui permet de faire en sorte qu'un système unifié existe au « front de taille », lequel apporte un soutien aux collectivités locales.

Une relation de travail fédérale-provinciale positive existe en Alberta, où les représentants de la direction se rencontrent régulièrement pour communiquer et mettre en commun l'information liée aux programmes, aux services et aux initiatives de préparation et d'intervention. L'Alberta a une relation positive avec le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, et ce lien constructif fournit à l'Alberta Emergency Management Agency les ressources nécessaires pour offrir les services essentiels de préparation aux urgences aux collectivités des Premières nations de l'Alberta.

En cas d'urgence importante, le gouvernement fédéral a des ressources disposées stratégiquement dans toutes les régions du Canada. Ces systèmes régionaux sont bien placés pour se lier directement aux systèmes provinciaux et territoriaux. C'est aux provinces et aux territoires qu'il incombe de se lier alors directement aux collectivités et à leurs systèmes.

La création de Commandement Canada est une excellente illustration de la ferme résolution du gouvernement fédéral d'appuyer l'établissement de liens entre les provinces et les territoires et leurs collectivités et les ressources de gestion des urgences au besoin.

Ce sont là des exemples qui illustrent bien ce dont je parlais en matière de systèmes, d'approches et de collectivités unifiés. En ce qui concerne la sécurité de la population et du personnel de première intervention, les communications sont une priorité absolue. Je me permets, encore une fois, de poursuivre sur une note personnelle. J'ai participé à plusieurs situations d'urgence et exercices de préparation à des situations d'urgence, et après avoir effectué une analyse après l'intervention, le premier point que l'on soulignait était que les communications auraient pu ou auraient dû être meilleures.

La police doit être plus en mesure de communiquer avec les pompiers et le personnel paramédical et, en règle générale, le système doit permettre une meilleure communication afin que les bonnes ressources soient dépêchées au bon endroit au bon moment.

Pour prendre en charge ce besoin essentiel de communication, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont convenu de créer un système canadien d'alerte publique aux urgences. C'est un exemple pratique de la façon dont les gouvernements s'unissent dans l'intérêt de la sécurité de la population et du personnel de première intervention.

Un autre paradigme associé à la création d'un système unifié, c'est le projet de « First Responder Radio Communications System » de l'Alberta. Ce système proposé de plusieurs millions de dollars fournira de l'équipement de communication moderne pour permettre à la police, aux ambulanciers, aux pompiers, au personnel de recherche et de sauvetage, ainsi qu'à toute une gamme d'organismes de soutien et de ressources essentielles d'établir des liens et de communiquer les uns avec les autres au cours des événements quotidiens au besoin et, en particulier, au cours des situations d'urgence importantes.

Il existe un excellent modèle en Nouvelle-Écosse. La province de la Nouvelle-Écosse partage, en partenariat avec la municipalité régionale d'Halifax et le gouvernement fédéral, un espace au sein d'une même installation. Cette installation moderne dispose d'un personnel régulier composé de représentants des autorités municipales et provinciales ainsi que du ministère de la Défense nationale et du ministère de l'Industrie.

La Colombie-Britannique soutient un comité mixte de liaison en cas d'urgence — CMLU en abrégé — qui exerce ses activités dans la vallée du bas Fraser. Le CMLU est un modèle dans lequel les collectivités locales et le gouvernement provincial établissent des liens et relèvent les défis régionaux et tirent parti des occasions régionales au moyen d'un certain nombre de groupes de travail. Le CMLU offre aux collectivités de la vallée du bas Fraser un forum pour s'occuper des questions liées à la préparation aux urgences dans toutes les compétences. Le CMLU est coprésidé par le ministre de la Sécurité publique et le solliciteur général, le vice-solliciteur général et le gestionnaire municipal de Vancouver. Ce que je veux dire c'est que des hauts responsables font partie de l'organisation.

L'Alberta est en train de créer un institut à l'appui des fonctions de sûreté, de protection de l'environnement et de sécurité dans la province. L'institut portera ses efforts sur plusieurs secteurs liés à la recherche et examinera les incidents et les possibilités qui pourraient être ajoutés à la formation et à l'expérience. L'institut sera dirigé par un conseil d'administration composé de membres de groupes d'intervenants clés, entre autres de l'industrie, des universités, du gouvernement, des organisations non gouvernementales, des organisations de gestion des urgences et de la population. L'institut perçoit un grand avantage au fait d'être lié à des organismes comme le Centre canadien de recherches policières et le Réseau canadien d'étude des risques et dangers.

Il y a une occasion d'adopter des protocoles pour assurer la mise en place en temps opportun de ressources, y compris de compétences techniques et professionnelles. Au-delà des programmes traditionnels d'aide mutuelle qu'ont les premiers intervenants, un programme d'aide automatique est également utile en temps de crise.

Il y a également des occasions de programmes pilotes. Le Collège canadien de gestion des urgences constitue un espace extrêmement utile dans lequel les praticiens des services d'urgence fédéraux, provinciaux, territoriaux et communautaires de tout le Canada peuvent se réunir pour se renseigner sur les pratiques exemplaires et en discuter, établir des contacts et développer des relations positives. Le Collège est bien placé pour sortir du cadre de son mandat officiel, qui est d'offrir des services d'éducation et de formation, et fournir un forum qui permet de réunir les professionnels de la gestion des urgences, de la police, de la lutte contre les incendies, des services ambulanciers, de la recherche et du sauvetage et des services essentiels. C'est l'occasion de créer un conseil consultatif.

Les représentants provinciaux des quatre provinces de l'Ouest se sont rencontrés récemment au Manitoba pour échanger des idées et discuter du besoin de créer une alliance canadienne de l'Ouest — un système unifié. Les représentants ont convenu qu'il est nécessaire de créer une stratégie de gestion des urgences unifiée et solidaire qui inclurait dans son cadre les services de pompiers. La vision centrale tourne autour du besoin de fournir un forum et une méthodologie pour faire participer efficacement les principaux représentants des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ainsi que des collectivités, des organisations autochtones et des industries aux questions de sécurité publique. Un tel forum permettra aux provinces de l'Ouest de fournir des conseils et des commentaires communs et uniformes associés à la gestion des urgences et aux services d'incendie, à la planification stratégique, aux programmes et aux besoins en matière de services. Ces représentants en sont actuellement à rédiger un protocole d'entente qui prévoit le partage des programmes et des ressources au besoin, au cours des activités courantes et à l'occasion de situations d'urgence importantes.

En conclusion, nous ne devrions jamais perdre de vue le fait qu'en matière de gestion des urgences, la priorité numéro un est la sécurité de la population et des premiers intervenants. La population et les premiers intervenants doivent savoir que les gouvernements et les collectivités travaillent au sein de systèmes unifiés. Parallèlement, nous devons communiquer sans cesse et de façon cohérente aux membres de la population qu'ils ont la responsabilité d'assurer leur sécurité personnelle et celle de leur famille en général et pendant les 72 premières heures d'une urgence. Tout le système canadien doit être axé sur les mesures de préparation.

La réalité au Canada est que l'on ne dispose pas à l'heure actuelle de suffisamment de ressources et qu'il n'y aura jamais assez de premiers intervenants disponibles pour tout faire pour tout le monde immédiatement, à la suite de situations d'urgence importantes. La population et les premiers intervenants doivent être sensibilisés à cette réalité et l'accepter. Cela dit, nous avons le devoir d'avoir en place le système le plus efficace que nous pouvons envisager, afin que nous puissions tirer parti au maximum des ressources disponibles.

Un système unifié à l'appui de la gestion des urgences et des interventions permet d'optimiser l'utilisation de toutes les ressources de soutien et d'intervention, tout en respectant le partage des pouvoirs entre les ordres de gouvernement fédéral et provincial. C'est notre meilleure chance de réaliser l'optimisation.

Le président : Je vous remercie beaucoup.

Le sénateur Banks : Merci d'être ici, messieurs, et de nous aider dans notre recherche de la vérité.

Monsieur Hope, malgré ce que vous avez dit, quel est le plus grand défi auquel vous devez faire face quotidiennement à l'heure actuelle? Qu'est-ce qui vous empêche de dormir la nuit?

M. Hope : J'essaie d'amener les gens, tout préoccupés qu'ils soient par le terrorisme, à reconnaître que c'est plutôt avec de graves intempéries qu'ils seront susceptibles d'avoir à composer. Comme je l'ai dit au début de mon intervention, les gens doivent avoir leur propre plan d'urgence et ils doivent être préparés. Le plus grand défi consiste à obtenir la participation du public à cet égard.

Le sénateur Banks : Le message est que vous devez vous débrouiller seul pendant les 72 premières heures parce que nous ne serons probablement pas en mesure de vous aider pendant ce laps de temps.

M. Hope : C'est exact. Également, comme M. Hodgins l'a mentionné, il n'y a pas assez d'intervenants pour s'occuper de tout le monde. Pendant et après la crise du verglas dans l'Est de l'Ontario et au Québec, il a fallu beaucoup de temps aux groupes d'intervention d'urgence avant de pouvoir aider certaines personnes. La trousse d'urgence pour les 72 premières heures est essentielle, et il serait même préférable que les gens en fassent davantage.

Par exemple, en 2004 j'ai été nommé sous-commissaire à la P.P.O. En 2006, je suis devenu commissaire à la planification et gestion d'urgence pour l'Ontario et j'ai quitté la petite collectivité d'Orillia pour Toronto. Lors de mes recherches en vue d'acheter une nouvelle maison, j'ai voulu m'assurer que ma famille serait aussi préparée que possible pour de longues périodes si je n'étais pas à la maison, étant donné mes responsabilités. J'ai cherché une maison dotée d'un système de chauffage de remplacement; je voulais un foyer au bois en état de marche. Je voulais une cuisinière à gaz. Je voulais m'assurer que nous étions à proximité d'une sous-station afin que le réseau de distribution d'électricité autour de ma maison soit plus solide. Je voulais une caserne de pompiers très près de chez moi afin qu'ils puissent intervenir rapidement.

Voilà le genre de choses que j'ai prises en considération. Évidemment, ma maison m'a coûté plus cher, mais c'est vraiment une question d'atténuation. Je voulais en faire le plus possible au départ pour m'assurer qu'en cas d'urgence ou de désastre, les personnes que j'aime seraient en sécurité tout le temps. C'est ce genre de réflexion que j'aimerais qu'il y ait à l'échelle nationale.

Le sénateur Banks : Il y a actuellement une campagne publicitaire nationale à ce sujet. Monsieur Hodgins, est-ce ce qui vous empêche de dormir la nuit également?

M. Hodgins : Ce qui m'empêche de dormir la nuit, c'est la volonté que nous fassions de notre mieux pour créer un système unifié et améliorer les communications parmi les personnes qui participent à la gestion des urgences aux niveaux fédéral, provincial et territorial, jusqu'aux administrations locales et aux collectivités. Nous devons nous assurer d'être branchés et de communiquer.

Je me souviens d'exemples précis lors de situations d'urgence importantes où faute de liaison, la réaction n'a pas été ce qu'elle aurait pu être. Par conséquent, nous concentrons nos efforts sur ce plan au sein de notre agence. Nous avons reçu le mandat de nous assurer qu'au gouvernement de l'Alberta, nous sommes liés à tous les ministères et unifiés. De plus, nous voulons nous assurer que nous sommes branchés à nos collectivités et à nos industries afin de créer l'intervention la plus efficace qui soit. Nous travaillons en ce sens. Toutefois, je travaille dans ce domaine depuis 31 ans, et la communication a été et demeure toujours un problème sur lequel nous devons axer nos efforts. Voilà, en toute sincérité, ce que nous souhaitons véritablement faire en ce moment.

M. Hope : Si je peux commenter la campagne publicitaire actuelle, à mon avis, en ce qui me concerne, ce n'est pas suffisant. Les messages publicitaires sont présentés à l'occasion, mais nous devons faire un effort soutenu et nous devons le faire de façon concertée. Nous avons une Semaine de la protection civile en Ontario chaque année et, au cours de cette semaine-là, j'essaie d'amener les municipalités à parler de la même chose, c'est-à-dire de sensibiliser davantage les gens à préparer leur famille pour faire face aux 72 premières heures. Je reconnais que c'est dans l'air et je suis d'accord avec vous, mais j'aimerais que ces choses se fassent plus souvent et soient appliquées à plus grande échelle.

Le sénateur Banks : C'est toujours une question d'argent.

Monsieur Hope, avez-vous dégagé une tendance ou pouvez-vous nous parler d'une tendance dans la fréquence des catastrophes naturelles et causées par l'homme au cours des dix dernières années? Avez-vous constaté une tendance et, dans l'affirmative, quelle répercussion a-t-elle eu sur votre organisation? Je sais que vous n'y travaillez pas depuis dix ans, mais vous travaillez dans le domaine depuis dix ans.

M. Hope : Je travaille dans le domaine des urgences depuis 27 ans maintenant. Nous essayons d'étudier ce qui se passe dans le monde. Il s'agit d'une analyse de l'environnement basée sur la réalité et sur ce qui se passe véritablement. Vous pouvez constater qu'il y a eu un nombre important d'inondations, d'actes terroristes touchant les transports en commun et, comme je l'ai déjà mentionné, beaucoup de discussions au sujet des conséquences qu'entraîneront les changements climatiques.

En Ontario, nous avons eu des feux de forêt, et si je pense à ce qui nous est arrivé en 2003, nous avons connu une panne d'électricité et le SRAS. Il n'y a aucune urgence en particulier qui survient à maintes reprises, mais si j'avais à choisir deux grands secteurs, je choisirais les catastrophes naturelles et le temps, de même que les actes terroristes qui visent les transports en commun.

Le sénateur Banks : Monsieur Hodgins, que pensez-vous des dix dernières années et de la façon dont elles ont touché votre agence? Votre agence n'existe pas depuis dix ans, mais dans quelle mesure en ont-elles influencé les activités?

M. Hodgins : Mes commentaires seraient semblables à ceux de M. Hope, c'est-à-dire que le temps a certainement été un problème, et un problème avec lequel nous sommes actuellement aux prises, qui plus est, j'ajouterais étant donné qu'il est si incertain. Les incendies de forêt en Colombie-Britannique ont causé des dommages considérables, et cela pourrait également se produire dans d'autres provinces.

En ce qui concerne les causes humaines, cela ne relève pas directement de moi. En effet, en Alberta, les infrastructures essentielles relèvent du solliciteur général, mais, en même temps, nous travaillons ensemble étant donné que nous devons être partenaires dans l'intérêt de la sécurité publique. On a identifié des menaces considérables, et nous devons nous assurer que les forces de sécurité sont préparées à y faire face.

Le sénateur Banks : Vous avez expliqué clairement que votre étude d'événements antérieurs a démontré dans chaque cas que le premier problème se situe au niveau des organismes d'intervention. Sur le plan de la technologie, ce n'est pas du tout un problème. Vous pourriez le régler si vous aviez assez d'argent et assez de pouvoirs.

Les prochaines questions que je vais vous poser seront empreintes d'un certain sentiment de frustration, que partagent bon nombre de mes collègues. Depuis que le comité a été mis sur pied il y a sept ou huit ans, nous avons entendu les trois ordres de gouvernement dire, en ce qui concerne l'interopérabilité et la communication et la collaboration entre les organismes, qu'ils examinent telle chose, ou qu'ils assisteront à une réunion à tel sujet la semaine prochaine. En matière de communications, nous avons entendu le même refrain. Nous avons vu l'exemple de la Nouvelle-Écosse, qui est un bon exemple. Sur le plan de la technologie, il n'y a absolument aucun obstacle; on peut l'organiser comme les parties le veulent.

À quoi est dû ce retard? En ce qui nous concerne, il y a sept ans que nous attendons que cette question soit réglée à la grandeur du pays. Quel est le problème en Alberta? Pourquoi n'en est-on pas encore arrivé à cela aujourd'hui?

M. Hodgins : Bien sûr, c'est une question d'arrimage, comme je l'ai expliqué.

Le sénateur Banks : Il va de soi que personne ne remet en cause le caractère judicieux et souhaitable de cette proposition. Personne ne prétend que ce n'est pas une bonne idée.

M. Hodgins : Vous avez raison. Quand il s'agit de services d'urgence, disons que nous avons grandi dans un système où les pompiers faisaient leur travail de pompiers, les ambulanciers intervenaient là où leurs services étaient requis, et la police jouait son rôle de force de l'ordre. Ce système fonctionne assez bien en temps normal, mais lorsque les situations d'urgence se présentent, il devient nécessaire d'unir les efforts. D'expérience, je peux vous dire que nous avons fait beaucoup de chemin au cours des 30 dernières années pour unifier les systèmes et ouvrir des voies de communications qui permettent aux gens de se parler. Mais un tel système de communications exige qu'on s'entende sur les protocoles de commandement des interventions et le mode de fonctionnement des communications.

Le sénateur Banks : Est-ce la cause du retard, à savoir le fait de déterminer à qui reviennent les décisions dans le cas présent?

M. Hodgins : Ce n'est pas tant de savoir qui prend les décisions que de faire en sorte que l'organisation souscrive clairement au processus régissant le fonctionnement des communications. Une fois le responsable désigné via le système de commandement des interventions quand quelque chose se produit, les gens vont tout de suite se rallier. Il s'agit de bien « faire passer » cette information, ce qui doit être fait à l'intérieur de nos systèmes. Il faut que nous expliquions aux gens comment fonctionnent les structures de communication. Qui doit parler à qui? Quelle est l'information qui doit être transmise? Qui doit savoir quoi?

La plate-forme ou l'équipement technique présente un défi. Au cours des dernières années, les gouvernements ont intensifié leurs efforts et investi dans le choix de cette plate-forme. Comme vous le savez sans doute, c'est une chose que de suivre l'évolution de la technologie, mais nous devons aussi nous pencher sur la question du lien entre les organisations et de nos modes de communication en cas d'interventions majeures. Ce sont toujours les communications qui ressortent comme élément-clé des analyses menées après coup. Ce n'est pas toujours que la radio ou le téléphone ne fonctionnait pas, mais plutôt que quelqu'un au sein du système ne savait pas ce qui se passait, alors qu'il aurait dû le savoir pour déployer les ressources au bon endroit et au bon moment.

Le sénateur Banks : Je comprends cela, mais si vous deviez l'expliquer au type qui prend le bus no 5 pour rentrer chez lui, à Mill Woods, et qui estime qu'il y a là un problème, que ce problème existe depuis des années et que les bureaucrates l'étudient depuis des années, que seriez-vous en mesure de lui indiquer comme échéance prévue? La technologie évolue sans cesse, mais arrive un moment où il faut plonger et dire « Nous allons utiliser ce système pour le moment. » Combien de temps, pensez-vous, faudra-t-il avant que cela arrive réellement? Une fois le protocole fixé et la décision prise, à savoir que pour ce genre d'incident c'est telle personne qui remplira telle fonction, combien faudra-t-il de temps encore avant que cette personne puisse parler à tous ceux à qui elle doit le faire?

M. Hodgins : En Alberta, nous sommes tout près d'une demande officielle de propositions pour le système qui reliera les organismes à la grandeur de la province. Cette question est réglée. La structure de commandement des interventions, qui permet de déterminer qui doit savoir, dans quelle circonstance et ce qu'il est nécessaire de savoir, est également en voie d'être mise en application à la grandeur de la province de l'Alberta.

Le sénateur Banks : Est-ce dans un an d'ici ou dans deux ans?

M. Hodgins : Il est difficile pour moi de parler de la question de l'équipement technique du programme des communications radio, puisque cela ne fait pas partie de mon domaine de responsabilité. J'imagine que le système sera en place dans moins de deux ans. Nous travaillons déjà sur le dossier des ressources humaines qui seront appelées à relever le défi des communications.

Le sénateur Banks : Vous croyez que la question des protocoles sera réglée, ce qui constitue un prérequis à l'application du système, et qu'un équipement technique quelconque sera mis en place d'ici deux ans.

M. Hodgins : Oui, monsieur le sénateur. Le système sera en place et fonctionnel d'ici deux ans. Nous en sommes déjà à élaborer les protocoles de communication régissant la façon dont les organismes tels que la police, les pompiers, les ambulanciers, les secouristes et autres communiqueront entre eux en cas d'interventions majeures.

Je ne voudrais pas vous laisser l'impression que nous n'avons pas fait de gains au cours des 30 dernières années, mais les communications revêtent une importance telle en cas d'interventions majeures que c'est un aspect que nous voudrons toujours améliorer.

Le sénateur Banks : C'est pourquoi il est difficile pour nous de comprendre — non seulement en Alberta mais ailleurs, également — pourquoi cela n'a pas été fait. Vous m'avez fourni une réponse. Merci beaucoup.

M. Hodgins : J'en reviens également à nos liens et aux systèmes unifiés, quand nous avons décidé de nous asseoir ensemble en tant qu'administrations publiques — qu'il s'agisse des provinces et territoires ou du gouvernement fédéral et des administrations locales — pour unir nos efforts en vue de mettre en œuvre une solution commune.

Le sénateur Banks : Je comprends cela, mais ce type qui rentrera du travail en autobus, ce soir, aura beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi quelque chose lui est arrivé, à lui et à sa famille, et personne n'a pu intervenir à temps parce que les bureaucrates n'ont pas pu se rencontrer et résoudre ces problèmes au fil des ans. C'est une perspective qu'il n'envisagera certainement pas d'un bon œil. Je vous souhaite bonne chance.

M. Hodgins : Je n'ai pas d'autre réponse. En mettant sur pied des systèmes modernes au cours des dernières années — à partir des leçons tirées de l'ouragan Katrina, par exemple, de ce qui aurait pu se produire et de ce qui aurait dû se produire — nous nous sommes assurés de confier aux bonnes personnes la responsabilité de la gestion des situations d'urgence. Ces responsables sont en mesure de prendre les décisions importantes sans avoir à faire des suppositions. Je dirais au type dans l'autobus l'amenant à Mill Woods que nous avons placé aux postes de commande des gens bien formés et expérimentés, qui vont prendre les décisions qui s'imposent et n'attendront pas qu'on leur dise quoi faire, ce qui est vraiment important dans tout cela.

Le sénateur Banks : Monsieur Hope, vous nous avez parlé des municipalités en Ontario — et cela est vrai partout, dans une certaine mesure — qui sont tenues d'avoir des plans d'urgence et des programmes en place, ce qui est très prudent. Qui paie pour elles? Le fond de ma question, c'est que nous avons souvent entendu les municipalités de toutes les régions du Canada se plaindre du fait qu'elles se voient imposer beaucoup d'exigences de la part des deux autres ordres de gouvernement, mais personne ne se bouscule au portillon.

M. Hope : La question de savoir qui paie pour les municipalités ne relève pas directement de mon domaine d'expertise.

Le sénateur Banks : Vous connaissez la réponse, cependant.

M. Hope : Je peux vous dire que j'ai entendu cette déclaration maintes fois de la part de municipalités qui considèrent qu'il s'agit d'un délestage. Si c'était moi et que se présente une situation d'urgence, et que mon milieu ne soit pas prêt, je ne pense pas que je serais content, comme résident, d'entendre dire que nous n'avons rien fait parce qu'il s'agissait de la responsabilité de quelqu'un d'autre. Encore une fois, je reviens à ce que je constate sur le plan de l'environnement, à savoir une augmentation apparente du nombre de catastrophes. Je voudrais m'assurer que ma municipalité est aussi prête que possible. Je voudrais qu'on investisse dans ce domaine.

Je reconnais qu'il est difficile de faire tout ce qu'une municipalité est tenue de faire. Il y a un point d'équilibre. En même temps, ce que nous leur demandons de faire par le biais de la Loi sur la protection civile et la gestion des situations d'urgence — ainsi que des 15 éléments différents qui permettent à une collectivité d'être prête — aide la collectivité touchée par une catastrophe à se prendre en mains, à réagir et à assurer la sécurité des gens. Je ne vois rien qui soit plus important que cela. En fait, comme mon collègue le disait, la première responsabilité d'un gouvernement est d'assurer la sécurité et la protection de ses citoyens.

En ce qui concerne la question directe de savoir d'où vient l'argent, cela reste à voir, mais je sais qu'il s'agit d'apporter une aide à quelque chose qui se trouve au cœur même de nos collectivités.

Le sénateur Banks : J'ai toujours soutenu que personne parmi nous ne payait autant qu'il le devrait pour les privilèges et les services dont nous bénéficions de la part de nos municipalités respectives. Dites-moi quelle serait votre réponse aux édiles municipaux qui se plaignent que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux abaissent leurs taxes et leurs taux de taxation, mais qu'on leur demande de faire des choses qui les obligent à augmenter leur taux par mille parce qu'il s'agit de leur unique source de revenu. Répondriez-vous oui, vous devez payer plus? Quelle est votre réponse? C'est la réponse que je donne. Est-ce votre réponse aussi?

M. Hope : Cela n'est pas dans mes cordes. Je ne voudrais pas donner l'impression d'éviter de répondre à la question au nom de nos représentants élus à cet égard. C'est tout ce que je peux vous dire. Je sais que cela coûte plus cher. Et en tant que citoyen, je n'aime pas payer davantage; mais quand je pense à ma famille et que je vois les événements qui se produisent partout dans le monde, et tout ce que j'ai fait pour assurer la protection des miens, j'accepte volontiers de payer davantage. Si cela signifie que je dois me priver de cette belle voiture ou de cette belle maison, ce sont là des décisions que je dois prendre en fonction des éléments qui sont dans la balance.

Le sénateur Zimmer : Messieurs, je vous remercie de votre présence ici aujourd'hui. Je suis comme un enfant dans un magasin de bonbons; j'aurais mille questions à vous poser. Toutefois, j'aimerais enchaîner avec la question que le sénateur Banks vient de vous poser à propos d'une collecte de fonds créative.

J'étais de retour de Toronto, hier soir, quand j'ai constaté qu'on m'avait facturé un montant de prêt de 5 $ au titre de ce qu'on appelait la DMT. J'ai demandé à quoi cela correspondait, et on m'a répondu qu'il s'agissait vraisemblablement d'un droit perçu auprès de tous les clients des hôtels depuis la crise du SRAS en 2003. C'est une façon parmi d'autres de lever des fonds pour faire face à ces problèmes. Savez-vous quoi que ce soit à ce sujet?

Le président : En anglais, on dit qu'il s'agit de la maudite taxe municipale.

M. Hope : J'ai vu quelque chose de semblable sur une facture qu'on m'avait remise et j'ai également posé la question. On m'a dit que ce montant était imputable au coût croissant de la publicité faite à l'extérieur de l'Ontario pour promouvoir le tourisme dans cette merveilleuse province. Je n'ai pas obtenu la même réponse que vous, et je ne saurais dire s'il s'agit de la même chose.

Le sénateur Tkachuk : Il s'agit d'une taxe municipale pour « vendre » la ville d'Ottawa. Nous devons payer cette taxe ici, dans la ville, quand nous descendons à l'hôtel. Il fallait que je me renseigne là-dessus parce que ça me rendait fou. Cela sert à faire la promotion d'Ottawa via Tourisme Ottawa. On impute ces frais aux touristes pour faire leur propre promotion. C'est exactement ce qu'on fait.

Le sénateur Zimmer : C'est également ce qu'on m'a répondu en premier lieu, mais on fait preuve maintenant de plus de créativité. Je crois que c'est comme cela; on se sert de la taxe pour faire de la promotion, mais d'une certaine façon cela peut en faire partie. On dit effectivement qu'il s'agit de promouvoir le produit. Je crois que l'initiative vient de la Chambre de commerce ou de l'association des hôteliers.

Le président : Monsieur Hope, vous avez maintenant sous les yeux l'information provenant de la transcription. Avez-vous quoi que ce soit à ajouter à vos commentaires précédents?

M. Hope : Je voulais m'assurer d'exposer bien clairement la position de la province dans mes remarques. Celles-ci ne visaient en aucun cas à discréditer le représentant du gouvernement fédéral, de sorte que je n'ai rien à y ajouter.

Les commentaires que je vois ici vont comme suit :

Par contre, pour ce qui est d'aller les rencontrer directement, nous n'avons rien fait. Les provinces et les territoires préfèrent que nous ne fassions rien.

Si c'est le cas, ça me dérange un peu parce que je voudrais m'assurer que le gouvernement fédéral fait tout en son pouvoir pour veiller à ce que nos collectivités puissent résister aux catastrophes.

Si ça peut les aider à comprendre mes remarques, ça ne me gêne pas que les représentants des provinces viennent rencontrer John Ash ici, à Ottawa, pour s'assurer que tous les merveilleux édifices historiques sont aussi solides que possible. Qu'ils le fassent sans attendre. J'espère simplement qu'ils nous inviteraient à prendre part à cette conversation.

Le sénateur Tkachuk : Croyez-vous que votre homologue du Québec serait d'accord avec vous?

M. Hope : Je ne peux pas me prononcer pour le Québec. Je ne sais pas.

Le président : Pourquoi ne pas poser la même question au représentant de l'Alberta?

Le sénateur Tkachuk : Mais nous le pouvons. Monsieur Hodgins?

M. Hodgins : En Alberta, nous avons une bonne structure qui permet aux gouvernements fédéral et provincial de travailler ensemble, pour ensuite collaborer avec les administrations municipales. Nous voudrions participer à la prise de décisions à l'échelle fédérale en vue d'appuyer des programmes à l'échelle locale, simplement parce que la province doit faire partie du processus et entretenir des rapports à long terme. Bien souvent, le gouvernement fédéral soutient les aspects essentiels du programme, ce qui est très bien pour sa mise en œuvre initiale, mais en tant que province, nous devons être présents pour assurer un appui constant au programme en s'occupant de la gestion et de la formation nécessaires.

L'Alberta Emergency Management Agency souhaite travailler en partenariat avec le gouvernement fédéral et entretenir des rapports avec lui dans le cadre de ses communications avec les collectivités locales, dans l'intérêt de la population et des collectivités locales.

Le sénateur Zimmer : Dans le prochain numéro de la revue Châtelaine, qui sortira en mars, les femmes prennent l'initiative dont vous avez parlé. La campagne publicitaire des 72 heures que vous avez mentionnée fait deux choses. Elle fait prendre conscience aux gens que le syndrome du « pas dans ma cour » ne s'applique plus, et en plus de leur faire savoir ce qu'ils doivent se procurer, elle leur fait prendre conscience de ce qu'ils devraient faire.

Vous aviez raison quand vous disiez que ce n'était qu'un commencement. On doit recevoir plus d'instructions à propos des articles qu'on devrait se procurer, mais dans l'annonce, on dit aussi qu'on peut appeler pour savoir ce qu'on peut faire d'autre. Vous avez tout à fait raison; on peut faire bien plus. En Ontario, par exemple, s'il y a une tornade, il faut être sous le niveau du sol. Si on est aux prises avec une inondation à Winnipeg, il faut être au-dessus.

Il est peut-être trop tôt pour répondre à ces questions, mais depuis combien de temps cette annonce est-elle diffusée? Avez-vous eu le temps de voir quel était le taux de réponse à ces annonces et quelles sont les réactions des gens après les avoir vues?

M. Hope : Non, je n'ai pas eu l'occasion de le faire. Ces annonces sont commanditées par le gouvernement fédéral. Quand j'ai vu l'annonce pour la première fois il y a environ huit mois, elle m'a fasciné. J'ai trouvé que c'était très bien fait et je les félicite pour leur créativité et leur professionnalisme. J'aurais aimé que nous fassions ce genre de choses ensemble. Comme nous sommes aussi dans le domaine de la gestion des urgences, nous aurions adoré travailler en partenariat avec eux, et peut-être que la campagne aurait pu avoir plus d'ampleur.

Étant donné que la population des provinces et du pays change, j'estime qu'il est important que ces annonces s'adressent aussi aux personnes qui font partie de communautés raciales et d'autres communautés, aux personnes handicapées et aux personnes malentendantes. Les annonces doivent aussi être à plusieurs niveaux.

Pendant l'ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, on a vu que des gens refusaient de partir. Il y avait des personnes âgées, et des gens qui ne voulaient pas laisser leurs animaux de compagnie. En fin de compte, si on veut réussir à diminuer le nombre de gens qui meurent ou qui sont déplacés et évacués, il faut cibler de nombreux secteurs différents. Si cette annonce précise ne vise qu'une communauté en particulier qui regarde la télévision en anglais, plusieurs autres communautés ne recevront donc pas le message.

Le sénateur Zimmer : Vous venez de répondre à ma prochaine question. J'ai entendu dire il y a quelques minutes que les BlackBerry ne fonctionnent plus partout dans le monde. Ça semble amusant, mais ce ne l'est peut-être pas tant que ça.

Un autre secteur qu'il serait très utile de viser est celui des écoles — l'enseignement public et les enfants. Ils sont très attentifs à ce genre de choses et rapportent l'information à la maison.

Vous avez raison de dire que tous les autres groupes ethniques et les personnes handicapées sont extrêmement importants. Ce serait bien, comme vous l'avez suggéré, que les municipalités, les provinces et le gouvernement fédéral fassent ces annonces ensemble. Vous avez beaucoup à apporter pour ce qui est de faire passer le message dans différents milieux.

Vous avez aussi mentionné les Premières nations. Je ne suis pas sûr que la campagne publicitaire les touche. Il est extrêmement important que l'information leur soit transmise. Quelle est la meilleure façon de s'adresser à tout le monde — la population rurale et urbaine et les Premières nations? Ou existe-t-il diverses façons de le faire?

M. Hope : Il n'existe pas de façon unique. La complexité et les nuances propres à chaque communauté sont telles qu'il est vraiment nécessaire de comprendre chaque communauté, ce qui nous ramène encore à une question d'argent.

Nous avons produit un guide pour les personnes handicapées qui ont des besoins particuliers, et ce guide est paru dans six langues différentes. Nos annonces s'adressent à la population, comme celle qui est publiée en ce moment dans The Economist et dans plusieurs autres journaux des communautés ethniques. Il faut vraiment avoir des experts et des gens qui viennent de ces communautés. Ce n'est pas suffisant d'aller à l'université et d'apprendre différentes langues. Il faut vraiment connaître et comprendre la communauté pour savoir ce qui fonctionne. C'est une approche à plusieurs niveaux.

M. Hodgins : Je crois qu'il faut qu'il y ait des chefs de file au sein des communautés. Nous pouvons soutenir des gens au sein d'une communauté qui peuvent nous aider à communiquer notre message dans le cadre d'une approche intégrée. Nous cherchons à exploiter davantage ces possibilités. Nous devons créer des régions qui sont sur la même longueur d'onde pour ce qui est de l'enseignement, de la formation et de l'information. Si nous cherchons à créer des systèmes régionaux — je ne parle pas de fusion, mais bien d'une intégration que nous pouvons appuyer au sein des régions —, nous serons beaucoup plus efficaces.

Par exemple, j'ai parlé de la responsabilisation de la population. Nous devons concentrer nos efforts pour amener la population à accepter certaines responsabilités. Peu de temps après les incendies de forêt en Colombie-Britannique, je me souviens avoir expliqué à la radio comment les gens peuvent prendre des mesures pour s'aider. Un homme a appelé. Sa maison se trouvait dans une zone périurbaine, à la limite de la forêt, et était bien assurée. Il a carrément dit que si elle brûlait complètement, ça ne posait pas de problème. Je lui ai demandé s'il avait avisé les intervenants locaux de ne pas venir si sa maison brûlait parce que les hommes et les femmes des services d'incendie et de police arriveraient avec tout leur arsenal et risqueraient leur vie pour se rendre jusque chez lui.

Nous avons même créé un programme visant à régler certaines difficultés liées aux gens et à leur insouciance au sujet de la préparation en cas d'urgence. On l'appelait le système de la pierre rouge et de la pierre verte. Si le feu s'approchait de votre secteur et que vous viviez dans une zone périurbaine, les experts passaient chez vous. Si on vous donnait une pierre verte, il était possible de sauver votre maison. Si vous n'aviez rien fait pour vous préparer — et il y a bien des choses qu'on peut faire pour se préparer en cas d'incendie de forêt — et qu'on vous remettait une pierre rouge, ça signifiait que les secours ne viendraient pas. C'était très difficile.

Nous parlons beaucoup du fait que les gouvernements doivent être préparés et prêts, mais comme je l'ai dit plus tôt, il n'y aura jamais assez de ressources. Je me souviens d'avoir été sur l'autoroute Sherwood Park le 31 juillet 1987 immédiatement après le passage de la tornade, qui avait laissé derrière elle 27 victimes et 300 millions de dollars de dégâts. Des ressources venaient des quatre coins de l'Alberta pour nous aider, mais il n'y en avait pas assez.

Le sénateur Zimmer : Vous nous avez aussi dit que vous avez sensibilisé d'autres groupes, dont les guides, qui sont une excellent réseau, et les scouts.

Lorsque j'écoute des films sur le terrorisme, les terroristes ont toujours une cible, mais ils ne la frappent pas en premier; ils frappent toujours le système de communication d'abord. Je me suis toujours demandé pourquoi ils faisaient ça. Ils le font parce qu'ils peuvent rendre une nation impuissante s'ils paralysent son système de communication. Il est à espérer que nous puissions bâtir un ou plusieurs systèmes de communication que les terroristes ne pourront pas court-circuiter. C'est la première chose qu'ils frappent, puis ils s'attaquent à leur cible.

Cette annonce m'a fait prendre conscience de la situation. Lorsque je retournerai chez moi à Winnipeg la semaine prochaine, je commencerai à me préparer. J'ai négligé cet aspect. L'annonce a eu un impact colossal. Il faut vous arranger avec les autres ordres de gouvernement pour qu'ils collaborent avec vous en vue de communiquer cette information, car elle a un impact énorme.

Le sénateur Mitchell : Ma première question s'adresse à M. Hodgins. Cette annonce m'intéresse beaucoup. Comme je suis Albertain, devrais-je aller consulter le site getprepared.ca, ou avons-nous une source d'information équivalente en Alberta? Sinon, est-ce que l'Alberta contribue à ce programme?

M. Hodgins : Notre contribution n'est pas financière, mais nous donnons des conseils relativement aux annonces que le gouvernement fédéral diffuse. Nous offrons de l'information sur le site web de notre gouvernement et sur le site de l'Alberta Emergency Management Agency. Nous faisons tout ce que nous pouvons.

Un autre exemple qui montre que nous sommes dynamiques dans notre campagne visant à inciter les gens à être prêts est de distribuer des cartes de visite lorsque nous sommes à des congrès, et les gens viennent nous parler à notre kiosque. Nous avons une carte plastifiée à l'endos de laquelle nous donnons de l'information à propos des mesures à prendre pour être prêts. Tout le monde peut y avoir accès. Nous essayons du mieux que nous pouvons de faire passer le message.

Le sénateur Mitchell : La question de la coordination des efforts entre le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires m'intéresse. D'après les nombreux témoins que nous avons entendus, l'énergie, l'engagement et l'expertise dans ce domaine sont exceptionnels. Le Canada est un pays complexe à gérer avec ses différents ordres de gouvernement. Avez-vous tous deux l'impression qu'il existe des normes nationales en ce qui concerne la planification d'urgence? Y en a-t-il? Croyez-vous qu'il devrait y en avoir? Si oui, comment seraient-elles structurées et élaborées?

M. Hodgins : En ce qui concerne les normes, il en existe déjà, c'est bien certain. L'Association canadienne de normalisation a présenté des normes en matière de gestion des urgences et de protection civile que diverses autorités sont en train d'évaluer. Il existe aussi de bons exemples sur la scène internationale.

Je conviens qu'il faut que le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires en viennent à appuyer une norme dictant les mesures qu'on doit prendre pour gérer les urgences dans l'intérêt de la sécurité publique au sein des collectivités locales. Du bon travail a été fait à ce chapitre, et nous sommes encouragés par les résultats obtenus. On a créé des groupes de travail pour faire plus de recommandations sur la façon d'améliorer nos relations et d'être plus unis.

M. Hope : J'abonde dans le même sens. Nous assistons aux réunions entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Les ministres tiennent une réunion à chaque année. M. Hodgins préside le forum des sous-ministres, qui a lieu deux fois par an en préparation à la réunion des ministres. Nous travaillons sur une liste de priorités qui pourrait être vue comme un ensemble de normes compte tenu de nos objectifs.

Le dialogue est de plus en plus fructueux à chacune de mes participations à ces réunions. Nous en avons eu deux. Comme dans toute relation, il y a des points sur lesquels on s'entend et d'autres sur lesquels on ne s'entend pas. C'est la même chose dans ce contexte. La situation s'améliore, et j'ai vu les liens entre les provinces et les territoires devenir plus étroits depuis quelque temps, ce qui est excellent si on pense au partage des ressources, en particulier lors d'une urgence.

Le sénateur Mitchell : Je suppose que le sous-ministre fédéral pourrait présider la réunion, mais qui serait chargé d'élaborer et de mettre au point un ensemble de normes nationales et de le faire approuver par les dix provinces, les trois territoires et le gouvernement fédéral? À quel point sommes-nous près de cet objectif?

M. Hodgins : Sénateur Mitchell, nous avons en place une organisation connue sous le nom de CSRGU, c.-à-d. les cadres supérieurs responsables de la gestion des urgences, qui compte des groupes de travail chargés de faire progresser ce dossier en particulier. C'est d'une importance capitale.

Le Conseil canadien des responsables des interventions d'urgence collabore avec les cadres supérieurs pour assurer l'atteinte de cet objectif. Des synergies et des relations exceptionnelles ont été établies à l'échelle nationale, et on remet aux sous-ministres des rapports accompagnés de recommandations. Nous transmettons ces recommandations à nos homologues fédéraux à l'occasion des réunions fédérales-provinciales-territoriales.

Le sénateur Banks : Les municipalités prennent-elles part à ces réunions?

M. Hodgins : Les municipalités ne participent pas directement, mais nous veillons à ce qu'elles soient représentées par l'entremise de notre structure provinciale. Il est absolument essentiel pour nous d'établir un lien avec les municipalités en tant que partenaires parce que nous savons que les ressources d'intervention municipales sont au cœur de l'action lorsque survient une situation d'urgence majeure.

Le sénateur Banks : Cependant, elles ne participent pas à ces réunions?

M. Hodgins : Pour ma part, je relève directement du ministre des Affaires municipales. Il participe à ces réunions et en fait rapport par l'entremise de la structure ministérielle pour assurer la liaison avec les collectivités.

Le sénateur Mitchell : Les pratiques exemplaires sont étroitement liées aux normes nationales. Existe-t-il une méthode structurée permettant d'échanger de l'information et des protocoles sur les pratiques exemplaires? Une personne qui doit réagir à une inondation au Manitoba peut-elle tirer des leçons de l'expérience d'une personne qui a été dans la même situation en Ontario ou au Québec?

M. Hodgins : Nous sommes en train de mettre au point un système, mais nous avons encore du chemin à faire. Nous tentons d'améliorer la communication et l'échange d'information, avec l'aide du Conseil canadien des responsables des interventions d'urgence ainsi que des cadres supérieurs responsables de la gestion des urgences.

Nous avons constaté cette nécessité en Alberta, et nous sommes en train de mettre sur pied un institut axé sur l'analyse postérieure aux événements et sur l'échange d'information. Au mois de mars, à Ottawa, le gouvernement fédéral réunira les cadres supérieurs responsables de la gestion des urgences pour qu'ils discutent eux aussi d'un processus officiel visant l'échange d'information et des pratiques exemplaires dans notre secteur.

M. Hope : Je suis très heureux d'avoir l'occasion d'aborder cette question. Je crois que nous avons besoin d'un point d'information central pour les pratiques exemplaires et les leçons apprises. L'emplacement naturel de ce centre serait le Collège canadien de gestion des urgences. À l'heure actuelle, nous n'avons pas de mécanisme pour ce que nous désignons comme le transfert des connaissances sur les pratiques exemplaires. Il serait très utile d'avoir de l'information sur toutes les urgences survenant au Canada et partout dans le monde à partir de ce point central.

Nous faisons appel aux services du Conference Board of Canada, qui est un collaborateur précieux. Il nous transmet sur demande des rapports sur l'ouragan Katrina et d'autres catastrophes, et sur le cours des événements qui s'y rapportent. Il serait formidable de puiser tous nos renseignements au même endroit. J'attends avec impatience la rencontre prévue en mars dont M. Hodgins a fait mention.

Le sénateur Mitchell : L'institut que vous développez sera-t-il axé seulement sur l'Alberta? Aura-t-il une présence à l'échelle nationale? Permettra-t-il de faciliter l'échange d'information et de tirer des leçons des expériences en Alberta seulement, ou partout au pays?

M. Hodgins : Nous prévoyons bâtir la plate-forme en Alberta, mais puisque nous serons rattachés à l'industrie, qui maîtrise bien l'art de franchir les frontières artificielles, nous aurons à l'œil ce qui se passe ailleurs au Canada et dans le monde. Nous devons commencer par bâtir une structure complète et solide en Alberta pour examiner les pratiques exemplaires, trouver des moyens de les améliorer, et déterminer le moment idéal pour faire participer le public et l'industrie.

Bien que le gouvernement fédéral n'en fasse pas officiellement la promotion, il y a des organisations au Canada qui se consacrent à l'étude des situations d'urgence majeures et des mesures d'atténuation. L'Université York a fait un travail remarquable concernant les scénarios d'inondation. L'Université de Guelph fait de nombreuses études sur les conséquences possibles d'un contaminant dans les ressources hydriques. L'Université de la Colombie-Britannique et l'Université de Toronto réalisent des projets subventionnés par le gouvernement fédéral. Ces renseignements commencent à nous parvenir et peuvent être fort utiles.

Le sénateur Mitchell : Comme la structure gouvernementale est si variée et qu'il y a tant à faire, tout au long de ces discussions je continue de croire qu'un ordre de gouvernement quelconque doit assumer un rôle directeur. Je sais que c'est un problème pour les provinces, mais estimez-vous que le gouvernement fédéral exerce un leadership satisfaisant à votre égard et que son intervention est appropriée, ou pensez-vous que le processus donne lieu à des préoccupations sur le plan des intérêts et du partage des compétences? Le gouvernement fédéral pourrait-il en faire davantage sans empiéter sur vos compétences?

M. Hope : Chacun a ses responsabilités et ses rôles respectifs. Je ne demanderais pas au gouvernement fédéral d'exercer un leadership qui va au-delà de celui que l'on doit assumer en Ontario. Nous collaborons actuellement avec le gouvernement fédéral dans le cadre de ces réunions fédérales-provinciales-territoriales.

Le sénateur Moore : Monsieur Hope, vous mentionnez à la première page de votre mémoire qu'environ à peine 13 p. 100 des Ontariens seraient autonomes dans une situation d'urgence. Ce pourcentage est-il à jour?

M. Hope : Oui, je crois qu'il date de cette année. Selon un sondage réalisé par EKOS, 13 p. 100 des Ontariens ont une trousse et 11 p. 100 ont un plan d'urgence.

Le sénateur Moore : Est-ce que cela représente une amélioration? A-t-on effectué un sondage de ce genre quatre ou cinq ans auparavant? Ce pourcentage a-t-il tendance à augmenter ou reste-t-il constant?

M. Hope : Je l'ignore.

Le sénateur Moore : Quels sont les chiffres en Alberta?

M. Hodgins : Je n'ai pas ces renseignements. Je peux seulement tirer des conclusions d'après les commentaires des administrations locales, qui savent qu'il y a beaucoup de travail à faire, mais qui estiment faire des progrès en incitant les gens à se préparer eux-mêmes.

Le sénateur Moore : Connaît-on les chiffres à l'échelle nationale, ou s'agit-il d'un point de vue strictement provincial?

M. Hope : Pour ma part, c'est une question d'intuition.

Le sénateur Moore : Il est nécessaire de connaître ces renseignements pour déterminer les aspects qui exigent notre attention et pour évaluer nos progrès.

M. Hope : Étant donné la taille de la population de l'Ontario, j'ai l'impression que ce chiffre est représentatif.

Le sénateur Moore : Vous avez mentionné que la loi aborde la question de la préparation des municipalités. Y a-t-il une législation comparable en Alberta ou dans toute autre province?

M. Hodgins : Je ne peux pas parler au nom des autres provinces, mais nous n'avons pas de loi en place qui exige précisément des efforts de promotion et un appui de notre part. En décembre 2007, le gouvernement de l'Alberta a adopté un nouveau règlement en matière de gestion des urgences, qui prévoit que, dans les préparatifs, le gouvernement doit collaborer avec nos partenaires de la gestion des urgences.

Le sénateur Moore : Pourriez-vous fournir une copie de ce règlement à notre comité?

M. Hodgins : Oui.

Le sénateur Moore : Monsieur Hope, à la page 4 de vos notes, vous déclarez : « Une urgence municipale peut être déclarée lorsque le chef du conseil croit qu'une situation [...] ». Faites-vous allusion au « conseil », ou bien est-il possible pour le maire ou le président du conseil de prendre cette décision de façon unilatérale? Cela se produit-il lorsque la personne concernée émet un avis?

M. Hope : Ils devront suivre un processus. Le chef du conseil est celui qui fait la déclaration. Je ne peux imaginer qu'ils agissent en vase clos. Je suis certain qu'il y a un processus à appliquer.

Le sénateur Moore : Monsieur Hodgins, qu'a répondu l'homme qui vous a téléphoné lorsque vous lui avez demandé s'il avait avisé les responsables des urgences de ne pas se présenter chez lui?

M. Hodgins : Il a raccroché. Par la suite, certains ont dit qu'ils n'avaient pas tenu compte du fait que, comme les gens n'étaient pas préparés, il fallait venir à eux avec des phares et des sirènes. Ils ont réalisé qu'ils devraient prendre leurs responsabilités et ne pas relâcher leur vigilance.

Le sénateur Moore : Cela leur a permis d'en prendre conscience, à tout le moins.

M. Hodgins : En effet.

Le président : Le gouvernement fédéral a établi une distinction entre la propriété et la vie pour savoir quand aller de l'avant. Essentiellement, il a déclaré que la définition de la propriété était beaucoup trop générale, alors que la menace pour la vie était plus facile à déterminer. Aucun de vous ne semble avoir fait cette distinction. Y a-t-il une raison à cela?

M. Hope : De mon point de vue, la vie passe avant toute chose, puis vient la propriété. Ce qu'il faut retenir, c'est que les éléments du programme de fiabilité des infrastructures essentielles contribuent à la protection de la vie; ils sont donc vitaux. Qu'il s'agisse des aliments et de l'eau, de l'énergie, de l'électricité, des transports, des télécommunications ou d'autres secteurs, ils sont tous importants, mais à mon avis, la vie passe avant tout et l'infrastructure est au deuxième rang des priorités.

Le président : Il serait peut-être préférable d'ajouter que les tempêtes de vent suscitaient de vives inquiétudes et que l'on craignait que leur fréquence donne lieu à un trop grand nombre d'interventions.

M. Hodgins : Nous axons toujours nos efforts, nos énergies et nos ressources sur la protection de la vie et sur tout ce que nous pouvons faire pour les victimes de tout type d'incidents et la sécurité des premiers intervenants. Une fois que ces aspects sont assurés, on s'occupe de la propriété.

Cependant, nous comprenons également que la préparation à un incident qui risque de causer des dommages importants aux propriétés pourrait compromettre la sécurité des personnes, comme l'a fait valoir M. Hope. Nous tenons bien compte de cet enjeu. Les inondations survenues en Alberta au cours des dernières années nous ont appris qu'il est important de tout mettre en œuvre pour protéger les propriétés afin d'éviter les situations où la vie est menacée.

Le président : L'un d'entre vous a-t-il effectué une vérification auprès de différents ministères pour déterminer si leurs plans de continuité du gouvernement sont adéquats?

M. Hope : J'ai été nommé sous-ministre de la Planification et de la gestion des situations d'urgence en Ontario et j'assume des responsabilités non seulement en ce qui a trait à l'état de préparation des collectivités, mais également à la continuité des activités du gouvernement. Ces deux notions vont de pair et sont gérées ensemble, sous mon autorité.

Le président : Devez-vous faire rapport à Queen's Park sur la capacité de chaque ministère?

M. Hope : En quelque sorte. Les plans sont transmis à Gestion des situations d'urgence Ontario. Nous les examinons, et le comité du Cabinet chargé de la gestion des urgences pose parfois des questions sur un ministère en particulier. Nous n'avons pas en place une structure officielle avec une fiche de rendement pour chaque ministère, mais 13 d'entre eux ont des responsabilités découlant d'un décret pour certains aspects, sur lesquels nous faisons rapport de temps à autre.

M. Hodgins : En Alberta, nous avons un programme efficace et un nouveau règlement qui prévoit la continuité des activités. En tant qu'administrateur général, j'ai la responsabilité de m'assurer que tous les ministères et organismes du gouvernement ont en place un programme de continuité des activités, que ces programmes sont mis à l'essai et que l'on procède régulièrement à des exercices pour valider le contenu du rapport sur la continuité des activités. Il s'agit d'un programme très rigoureux. Nous recevons un appui considérable de la part des différents ministères et organismes gouvernementaux. Ils veulent être prêts à affronter les situations d'urgence de grande ampleur. L'Alberta a un programme modèle, à mon humble avis.

Le président : Le sénateur Banks a tenu une discussion approfondie avec vous au sujet de la communication. Y a-t-il quelque chose qui m'échappe, ou peut-on résoudre les problèmes de communication essentiellement grâce à un centre des opérations qui communique avec les intervenants et auquel tout le monde ferait rapport?

M. Hodgins : À mon avis et d'après mon expérience, le matériel, la plate-forme, ne représente qu'une dimension du problème. L'autre défi important consiste à s'assurer que les gens comprennent ce qu'il est nécessaire de communiquer, à quel moment et par quel moyen, afin que les responsables du déploiement soient en mesure de prendre les bonnes décisions à cet égard.

Le président : Cela va de pair avec votre réponse concernant les personnes formées qui sont aptes à le faire.

M. Hodgins : Oui. Prenons l'exemple de l'ouragan Katrina; nous savons tous ce qui s'est passé et ce qui a dégénéré dans cette situation. Pensons à cinq ans plus tard, lorsque les feux de forêt ont frappé la Californie. Au passage du président, qui était accompagné du haut représentant de la FEMA, les gens le remerciaient devant leurs maisons en ruines. On peut se demander ce qui a changé depuis l'ouragan Katrina, où l'on est resté passif, alors qu'en réaction aux feux de forêt, les responsables ont pris des décisions et ont agi dans le meilleur intérêt de la sécurité publique.

Le sénateur Moore : Monsieur Hodgins, combien l'Alberta First Responders Radio Communications System coûte- t-il à administrer et qui paye la note?

M. Hodgins : C'est un système provincial.

Le sénateur Moore : En totalité?

M. Hodgins : Oui, mais tous les utilisateurs y contribuent énormément, notamment les corps de police dans toute la province, les services d'incendie, les systèmes paramédicaux et les systèmes de transport.

Le sénateur Moore : Combien coûte-t-il? Vous avez parlé de plusieurs millions de dollars.

M. Hodgins : Ce n'est pas mon programme.

Le sénateur Moore : Vous ne le savez donc pas?

M. Hodgins : D'après ce que je sais, il coûte plusieurs millions de dollars.

Le président : Nous vous demanderons de bien vouloir répondre à certaines questions que nous n'avons pas eu le temps de vous poser. Si nous ajoutons celle-ci à la liste, pourrez-vous y répondre?

M. Hodgins : Oui absolument.

Le sénateur Moore : Vous pourrez aussi nous dire qui finance le système?

M. Hodgins : Un sous-ministre ou le solliciteur général aura probablement cette information.

Le sénateur Moore : J'ai posé une question au sujet des 13 p. 100 des gens, et le sénateur Tkachuk a demandé qui ils sont. Est-ce que les personnes sont réparties par population urbaine, population rurale, groupe d'âge, « et cetera »? Y a-t-il une ventilation ou une tendance sur laquelle nous pouvons nous appuyer? Peut-être pourrez-vous répondre à cette question également.

M. Hope : Je n'ai pas cette information.

Le sénateur Moore : Pouvez-vous essayer de la trouver?

M. Hope : Je suis sûr que EKOS pourrait faire la ventilation. C'est une organisation à laquelle vous pourriez peut- être vous adresser.

Le président : Je vous prierais de nous le faire savoir par écrit.

Quelle différence avez-vous constatée depuis que Commandement Canada a été mis sur pied?

M. Hodgins : Mon expérience en Colombie-Britannique et en Alberta a été positive. J'ai rencontré le contre-amiral Girouard plusieurs fois lorsque j'étais SMA et chef des pompiers en Colombie-Britannique pour discuter avec lui des systèmes et des structures et de la façon de demander de l'aide et d'en obtenir.

En Alberta, il y a un officier de liaison à Edmonton qui travaille régulièrement avec nous, mais nous voulons aller plus loin. C'est pourquoi nous avons demandé à ce qu'un représentant s'installe dans nos locaux à temps plein. C'est le type de rapport dont nous avons besoin.

M. Hope : C'est pareil en Ontario. Nous entretenons d'excellentes relations avec eux. Al Howard est venu me rencontrer. C'est le chef en Ontario. Lorsqu'il y a une urgence, ils occupent un siège au centre des opérations d'urgence provincial. Nous évoluons vers une nouvelle structure, et d'ici 2012 nous espérons qu'ils s'installeront dans le même édifice que nous ou quelque chose de semblable. Nous entretenons d'excellents rapports.

Le président : Messieurs, au nom du comité, je vous remercie beaucoup. Je dois avouer que nous avions préparé 23 autres questions, mais les sénateurs ont décidé de vous en poser de meilleures. Si vous le permettez, nous vous les enverrons par écrit. Nous vous serions très reconnaissants de bien vouloir y répondre.

Vous nous avez fourni beaucoup de renseignements qui nous aideront dans nos travaux. Au nom de mes collègues ici présents, merci beaucoup.

M. Hodgins : J'aimerais faire un commentaire pour conclure. Nous parlons beaucoup de la nécessité de nous préparer en cas de terrorisme politique. Il y a cependant une autre menace importante au Canada qu'il ne faut pas oublier : la menace d'incendie. Quelque 300 personnes meurent tous les ans au Canada à cause d'incendies — 14 pompiers sont morts en 2006 et en dix ans nous en avons perdu 122 au Canada — c'est pourquoi nous devons réfléchir à ce qui se passe au quotidien au pays.

J'ai récemment eu l'occasion d'examiner une étude commandée par le gouvernement fédéral à J. Grove Smith. Celui-ci y traite des pertes par le feu au Canada et propose des recommandations sérieuses, notamment en ce qui a trait aux lignes de transport d'énergie et d'hydro et à la nécessité de les enfouir pour que les pompiers puissent efficacement se rendre jusqu'aux structures. Il y souligne également l'importance des extincteurs automatiques à eau.

Ce qui est remarquable dans l'association entre J. Grove Smith et le gouvernement fédéral, c'est qu'elle remonte à 1918. Le livre est toujours disponible.

À présent que nous réfléchissons tous aux manières de nous préparer, je voudrais préciser que le son d'une sirène est synonyme de défaillance du système. Chaque fois que vous entendez une sirène de pompier, de police ou d'ambulance, vous devez vous demander : « Quel maillon du système a fait défaut? »

Le président : Voici une excellente note sur laquelle conclure.

Le comité poursuit ses travaux à huis clos.