Délibérations du comité sénatorial permanent de
la Sécurité nationale et de la défense

Fascicule 9 - Témoignages du 9 juin 2008


OTTAWA, le lundi 9 juin 2008

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense se réunit aujourd'hui, à 14 h 35, pour étudier la politique de sécurité nationale du Canada et en faire rapport.

Le sénateur Colin Kenny (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Honorables sénateurs, avant que nous abordions l'ordre du jour, j'aimerais annoncer que, après avoir travaillé plus de quatre ans avec ce comité, Leslie Dauncey nous quittera à la fin du mois de juin. Leslie a accepté un détachement auprès de l'Agence canadienne de développement international, l'ACDI, et la Force opérationnelle interarmées en Afghanistan. Au nom de tous les membres présents, je tiens à remercier Leslie pour son professionnalisme et son appui, et pour les précieux conseils qu'elle a fournis pour m'épauler dans mes fonctions de président et assister tous les autres membres du comité dans leur travail.

Leslie, venez ici s'il vous plaît. J'aime bien faire des surprises. Au nom du comité, j'ai le plaisir de vous offrir ce cadeau et de vous souhaiter bonne chance pour vos projets futurs. Merci de ce que vous avez fait pour nous.

Les sénateurs : Bravo!

Le président : J'invite maintenant le lieutenant-général Gauthier à se joindre à nous. Nous n'avons malheureusement pas de cadeau à lui offrir, mais nous aurons des questions très intéressantes à lui poser. Merci, lieutenant-général Gauthier.

Avant de commencer, je vais présenter les membres du Comité. Voici d'abord, à ma gauche, le vice-président, le sénateur David Tkachuk, de la Saskatchewan. Il fait partie du Sénat depuis juin 1993. Au fil des ans, il a été homme d'affaires, fonctionnaire et enseignant.

À ses côtés se trouve le sénateur Michael Meighen, de l'Ontario, qui a été nommé sénateur en septembre 1990. Il est avocat et membre des barreaux du Québec et de l'Ontario. Il préside notre sous-comité des anciens combattants, en plus de siéger au Comité sénatorial permanent des banques et du commerce, et au Comité sénatorial permanent des pêches et des océans.

À sa gauche, se trouve le sénateur Joseph Day, du Nouveau-Brunswick. Le sénateur Day a eu une brillante carrière en tant qu'avocat en pratique privée, et a été nommé sénateur en 2001. Il est président du Comité sénatorial permanent des finances nationales et vice-président du Sous-comité des anciens combattants.

À l'autre extrémité de la table se trouve le sénateur Grant Mitchell, qui a été nommé sénateur en 2005. Le sénateur Mitchell vient d'Edmonton. Sa carrière est diversifiée : il a travaillé dans la fonction publique de l'Alberta, dans le milieu financier et dans le milieu politique. De 1986 à 1989, il a siégé à l'Assemblée législative de l'Alberta, et de 1994 à 1998, il était chef de l'opposition. Le sénateur Mitchell est aussi membre du Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles.

À ma droite, voici le sénateur Tommy Banks, de l'Alberta. Il revient d'un assez long voyage dans le Nord canadien. Il a été nommé sénateur en avril 2000. Beaucoup de Canadiens le connaissent en tant que musicien et artiste accompli et plein de talents. Le sénateur Banks préside le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles. Il siège aussi au Sous-comité des anciens combattants.

Le sénateur Wilfred Moore a été nommé au Sénat en 1996, et représente la division sénatoriale de Stanhope Street- South Shore, en Nouvelle-Écosse. Il a joué un rôle actif au niveau municipal à Halifax-Darmouth, et il a été membre du conseil des gouverneurs de l'Université St. Mary's.

Le sénateur Rod Zimmer, pour sa part, vient de Winnipeg. Il a mené une longue et belle carrière en affaires et dans le milieu de la philanthropie. Il a été nommé au Sénat en août 2005 et fait aussi partie du Comité sénatorial permanent des transports et des communications.

Le sénateur Nancy Ruth est une militante féministe. Elle est originaire de l'Ontario et occupe la charge de sénateur depuis mars 2005. Le sénateur Nancy Ruth est membre du Comité permanent de la régie interne, des budgets et de l'administration, du Comité permanent des finances nationales, ainsi que du Sous-comité des anciens combattants.

Chers collègues, aujourd'hui nous avons trois témoins parmi nous. Nous allons discuter, entre autres, des enjeux en matière de financement auxquels les témoins doivent faire face dans leur domaine de responsabilité au sein des Forces canadiennes en ce qui a trait à la transformation, à la formation, à l'équipement, au recrutement et au maintien en poste.

Tout d'abord, nous entendrons le lieutenant-général J.C.M. Gauthier, commandant, Commandement de la Force expéditionnaire du Canada, le COMFEC. Le lieutenant-général Gauthier s'enrôle dans les Forces canadiennes en 1973. Sa carrière commence par des affectations régimentaires au 5e Régiment du génie de combat à Valcartier, au Québec, et au 4e Régiment du génie à Lahr, en Allemagne. Au fil des années, il occupe aussi un poste d'instructeur à l'École du génie des Forces canadiennes à Chilliwack, en Colombie-Britannique, puis celui de commandant de régiment.

En reconnaissance des qualités de chef dont il fait preuve au cours de l'opération Harmony en ex-Yougoslavie, on lui décerne la Croix du service méritoire. Ensuite, il est nommé commandant adjoint du Collège d'état-major de l'armée canadienne, à Kingston, pour assumer plus tard les fonctions de chef d'état-major du sous-chef d'état-major de la Défense, au quartier général de la Défense nationale. Il devient aussi le commandant du secteur du centre de la Force terrestre et plus tard, il assume le commandement opérationnel de la Force opérationnelle interarmées en Asie du Sud- Ouest. Il dirige également une transformation tous azimuts de la fonction du renseignement militaire en sa qualité de chef du renseignement de la Défense.

Le 12 septembre 2005, le lieutenant-général Gauthier devient le premier commandant désigné du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada. Lieutenant-général Gauthier, nous vous souhaitons la bienvenue parmi nous. Nous sommes impatients d'entendre votre témoignage.

Je crois que votre exposé sera bref. La parole est donc à vous.

Lieutenant-général J.C.M. Gauthier, commandant, Commandement de la Force expéditionnaire du Canada, Défense nationale : Bonjour mesdames et messieurs les sénateurs. Je vous remercie de me donner l'occasion de m'adresser à vous, et surtout, de vous exprimer ma gratitude pour le travail extraordinaire que vous accomplissez au nom des Forces canadiennes et du gouvernement du Canada en ce qui a trait aux Forces canadiennes.

[Français]

Le COMFEC a été créé officiellement le 1er février 2006. Il est un des résultats du processus de transformation des Forces canadiennes entrepris par le général Hillier, en 2005, dont un des buts principaux était d'améliorer la façon dont les opérations étaient conçues, dirigées et soutenues.

Tel que son nom l'indique, le COMFEC est un commandement pleinement intégré, séparé du QGDN et composé du personnel de l'armée, de la force aérienne, de la marine ainsi que de civils. Il est responsable de toutes les opérations des Forces canadiennes qui ont lieu outremer, alors que les opérations nationales et continentales sont du domaine de mon vis-à-vis le commandant du commandement Canada.

C'est un grand honneur pour moi d'avoir été nommé le premier commandant du COMFEC, surtout à un moment de notre histoire où les opérations à l'étranger sont si importantes.

[Traduction]

Comme vous le savez, je ne dispose pas d'effectif permanent, mais plutôt de forces de commandement qui me sont attribuées lorsque les missions sont autorisées et lancées. Mon rôle — et celui du COMFEC — comporte trois volets : il consiste, premièrement, à exercer une surveillance de commandement efficace de nos opérations partout dans le monde; deuxièmement, à façonner et à diriger le déroulement des missions au fil du temps, conformément aux objectifs déclarés du gouvernement et à l'orientation stratégique donnée par le chef d'état-major de la Défense, le CEMD, tout en collaborant étroitement avec nos partenaires à l'échelle du gouvernement et avec nos alliés; et enfin, troisièmement, à travailler main dans la main avec les organisations qui soutiennent la mise sur pied de la force, c'est-à-dire l'Armée de terre, la Marine et la Force aérienne, et les autres intervenants pour faire tout ce qui est en mon pouvoir afin que les hommes et les femmes qui sont déployés au front puissent réussir ce que le Canada leur demande de faire.

Dans les grandes lignes, mon rôle consiste essentiellement à donner une orientation claire et à orchestrer l'appui nécessaire à la mission, pour laisser aux commandants de notre force opérationnelle, c'est-à-dire notamment David Fraser, Tim Grant, Guy Laroche et maintenant aussi Dennis Thompson en Afghanistan, la liberté d'exécuter leurs missions avec souplesse et de manière à pouvoir s'adapter du mieux possible aux changements sur le terrain.

Par le passé, lorsque le personnel du Quartier général de la Défense nationale était restreint, la surveillance et la planification des opérations consistaient à travailler de concert avec les organisations de mise sur pied de la force afin de déterminer les effectifs qui pourraient être affectés à une opération en particulier. Ce travail consistait également à organiser le déploiement de ces forces et l'appui qu'on pourrait leur donner et enfin à exercer une surveillance dans la mesure du possible. Grâce à la nouvelle structure de commandement opérationnel qui est plus solide, nous sommes passés de la simple affectation des troupes à la réalisation d'un effet stratégique défini, avec nos partenaires à l'échelle du gouvernement, au nom du Canada.

[Français]

La mission en Afghanistan est un bon exemple. Le COMFEC a développé un plan de campagne pour cette mission, chose que nous n'avions pas la capacité de faire auparavant. En termes généraux, notre plan de campagne se fonde sur trois piliers ou principaux domaines d'effort, soit la conduite des opérations de sécurité, la formation des forces de sécurité afghane, qui permettra à l'Afghanistan ultimement d'assumer la responsabilité complète de sa propre sécurité, et, enfin, de permettre et d'appuyer les efforts de nos partenaires pangouvernementaux pour contribuer aux efforts de reconstruction, de développement et de création de la capacité de gouvernance à l'appui du peuple afghan. Nos hommes et femmes sont engagés dans ces trois efforts simultanément. Toutefois, nous orientons la campagne dans le temps en ajustant l'emphase et la concentration des ressources entre ces trois piliers afin de progresser géographiquement et d'une saison à l'autre.

[Traduction]

Grâce à notre commandement actuel de la région sud de la Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN et à notre responsabilité à l'égard de la province de Kandahar, l'influence du Canada est reconnue et respectée. Je sais que vous comprenez tous que cette mission est la mission la plus intense, la plus complexe et la plus dynamique entreprise par le Canada depuis des décennies, et je suis extrêmement fier de la façon dont nos hommes et nos femmes ont su relever le défi.

Je sais que vous étiez en Afghanistan il y a peu de temps et que vous avez pu constater directement les énormes progrès accomplis du point de vue de la professionnalisation de l'Armée nationale afghane, voir les petites étapes franchies du côté du Corps de police national afghan, et voir les chemins et les jetées que nous construisons avec l'aide des centaines d'Afghans embauchés à cette fin. Je sais que vous avez pu constater que de nombreux Afghans, dans les districts clés où nous avons concentré nos efforts, ont pu retrouver une certaine normalité, avec comme cadre de référence l'Afghanistan plutôt qu'Ottawa.

Les femmes et les hommes de nos troupes en accomplissent au moins autant — sinon plus — que ce qu'on pouvait raisonnablement attendre d'eux en Afghanistan, en gardant à l'esprit que le progrès, dans le contexte actuel, ne suit pas toujours une ligne droite. Au cours des dernières semaines, depuis votre retour d'Afghanistan, la saison de récolte du pavot s'est terminée et les insurgés ont repris leurs activités visant à semer l'émoi et la terreur. Nous ne les voyons pas regroupés par centaines en un seul endroit, comme c'était le cas il y a deux ans, mais nous en voyons cinq, dix ou 15 rassemblés en des lieux donnés. Il est tout à fait impossible de penser que la région est sûre, ni qu'elle le sera bientôt. Certaines parties de la province de Kandahar sont plus sûres que d'autres, et nous avons concentré nos efforts sur les districts clés où vit une majorité de la population.

La ville de Kandahar, avec son réseau urbain étendu, sera inévitablement et pendant très longtemps vulnérable aux attentats suicides aveugles mais, généralement parlant, il s'agit d'une ville animée et grouillante d'activité où les gens recommencent à vivre, en dépit de la peur qui persiste.

Dans les districts éloignés comme Zhari et Panjwai, les insurgés ont le plus souvent eu recours à des attentats aveugles au moyen de dispositifs explosifs de circonstance, qu'on appelle IED. De temps à autre par contre, tout particulièrement en cette période de l'année, ils vont cibler nos troupes plus directement, parfois avec les conséquences tragiques dont nous avons été témoins au cours de la dernière semaine.

Au cours des derniers mois, ils s'en sont pris beaucoup plus fréquemment à des cibles plus vulnérables et moins aptes à se défendre, comme le Corps de police national afghan, et ils tendent à intimider des civils fragiles et à s'attaquer à eux. Toute cette activité vise à miner la confiance et le soutien des gens à l'égard du gouvernement élu de l'Afghanistan et voilà pourquoi, bien entendu, il nous faut continuer d'affronter résolument ce défi et consolider davantage la présence du gouvernement, aux côtés de notre compagnon d'armes afghan.

[Français]

Vous comprenez aussi que la mission en Afghanistan représente l'entreprise pangouvernementale la plus globale que nos militaires aient abordée à ce jour. Nous savons que la sécurité n'est pas le résultat ultime de la mission du Canada, mais bien un outil nécessaire à l'effort plus large de la reprise politique et économique de l'Afghanistan.

[Traduction]

Un volet important du travail du COMFEC consiste à mener différentes activités avec des partenaires de l'ensemble du gouvernement. Nous établissons des liens solides avec nos homologues du gouvernement, nous apprenons à parler une langue commune et nous analysons ensemble les besoins, afin de déterminer ce qui est réalisable, les endroits et les dates cibles, et la séquence des activités. Nous menons couramment des consultations liées à de nombreuses facettes de la mission, notamment à la façon dont les priorités sont établies, aux façons de mesurer le progrès et à d'autres sujets beaucoup trop nombreux à énumérer. Ces relations nous aident à nous adapter de façon conséquente tandis que nous appliquons la nouvelle orientation du gouvernement, qui prévoit un accroissement de la présence civile, l'amélioration à brève échéance de nos capacités en vue d'accroître la sécurité et la protection des troupes, et la mise en œuvre du plan visant à augmenter nos forces dans la province de Kandahar par l'entremise de nos alliés.

Il est difficile de prédire si la mission en Afghanistan représente une expérience exceptionnelle pour les Forces canadiennes ou si elle est indicative des tendances à venir, mais je ne doute aucunement du fait que le Canada saura tirer parti des leçons que nous aurons apprises en Afghanistan, non seulement du point de vue militaire mais du point de vue de notre intégration à un effort pangouvernemental plus large, lorsque viendra le temps de relever d'autres défis sur la scène internationale.

Tandis que le COMFEC a fait ses dents sur la mission en Afghanistan, 13 autres opérations distinctes, dont la taille et la mission varient, se déroulent simultanément dans le monde. En Afrique, 63 membres de l'effectif des Forces canadiennes contribuent à des opérations de soutien de la paix parrainées par les Nations Unies, à des missions traditionnelles de maintien de la paix au Sierra Leone, en République démocratique du Congo, au Soudan et au Darfour. Quatre Canadiens sont déployés en Haïti dans le cadre de la mission des Nations Unies, et 43 autres participent à divers efforts multinationaux de stabilisation au Moyen-Orient. Toutes ces personnes exercent leurs fonctions dans des environnements difficiles et, à quelques exceptions près, potentiellement dangereux. Bien qu'il s'agisse de petits contingents intégrés à des forces multinationales et à des groupes d'observateurs plus vastes, ces femmes et ces hommes occupent invariablement des postes clés et leur valeur ajoutée est bien plus grande qu'on pourrait le croire. En fait, au cours de visites récentes auprès de nos missions déployées en Haïti, au Sinaï et à plusieurs endroits au Moyen-Orient, les commandants de la force ne tarissaient pas d'éloges à leur endroit. Ils souhaitaient tous voir ces personnes clés demeurer en poste plus longtemps que la durée prévue de leur affectation ou, à tout le moins, si cela n'était pas possible, obtenir l'assurance que ces personnes seraient remplacées par des personnes qui possèdent les mêmes qualités exceptionnelles que celles déployées actuellement dans ces petites missions.

Vous êtes peut-être également au courant d'une autre mission dans le cadre de laquelle le Canada exerce un leadership et contribue des ressources importantes. Plus de 900 membres du personnel naval, répartis sur trois navires de guerre canadiens, font partie de la force opérationnelle interalliée 150, déployée dans les eaux du Moyen-Orient pour assurer la sécurité maritime et mener des opérations de contre-terrorisme. C'est notre commodore, Bob Davidson, qui assume depuis six jours seulement le commandement de cette formation; il s'apprête également à diriger les efforts déployés conjointement par plusieurs navires de guerre alliés — jusqu'à 15 navires en fait —, à partir de son navire amiral, le NCSM Iroquois. Il s'agit de la première grande mission navale orchestrée par le COMFEC, depuis sa mise en route jusqu'à son déploiement et son exécution, en passant par l'étape de préparation. Déjà, dans le cadre de cette mission, un navire commercial a reconnu le rôle prépondérant joué par une frégate canadienne et par l'hélicoptère à son bord, qui ont éloigné des pirates qui le menaçaient alors qu'il naviguait en eaux internationales. En fait, cet incident est survenu environ deux heures après que le commodore Davidson a pris le commandement.

[Français]

En plus de ses missions continues ou planifiées, le COMFEC doit être prêt à l'imprévu. En 2006, quelques mois après sa création, le COMFEC était aux commandes de l'effort militaire pour soutenir les Affaires étrangères lors de l'évacuation des ressortissants canadiens touchés par la guerre au Liban. Il y a moins d'un mois, dans l'espace de dix jours, notre état-major a préparé des plans d'action militaire potentielle et, dans certains cas, ont pré-positionné des ressources suite au typhon de Myanmar, à une autre reprise de violence au Liban et à un tremblement de terre dévastateur en Chine.

[Traduction]

Ce fut une semaine très occupée pour nous.

Le commandement surveille continuellement les points chauds potentiels, et établit des plans de circonstance pour permettre une application rapide des ordres du gouvernement lorsque ceux-ci sont émis. Pour s'acquitter de cette fonction, le COMFEC est en opération jour et nuit, ce qui se traduit par de bien grandes attentes à l'égard de l'équipe, dont le calibre et le dévouement sont exceptionnels.

J'ai un préjugé favorable, bien entendu, mais je suis vraiment d'avis que le fait que le COMFEC se soit concentré exclusivement sur des opérations internationales a permis aux Forces canadiennes de diriger et de soutenir des opérations de déploiement mieux que jamais auparavant. Je me rends souvent sur le terrain afin de pouvoir mesurer clairement comment les choses s'y passent et je suis convaincu que, dans notre mission phare actuelle en Afghanistan et les nombreux autres efforts déployés à petite et à moyenne échelle dans d'autres régions éloignées, nous créons les conditions qui permettront aux hommes et aux femmes déployés au péril de leur vie de mener à bien les missions leur étant confiées. Ils comprennent clairement ce qui est attendu d'eux, savent qu'ils peuvent compter 24 heures sur 24, sept jours sur sept, sur une équipe ici même à Ottawa qui est à l'écoute de leurs besoins, et savent également qu'ils sont en train d'apporter une contribution positive pour le Canada dans le monde et en sont fiers.

Merci beaucoup. Je suis ouvert à vos questions.

Le président : Merci beaucoup, général, pour un exposé utile.

Le sénateur Meighen : Encore une fois bienvenue, lieutenant-général Gauthier.

Environ deux ans se sont écoulés depuis que le général Hillier a imaginé — ou, du moins, parrainé — la transformation des Forces canadiennes et que cette nouvelle structure a vu le jour. En tant que chef du COMFEC, vous y êtes depuis les tout débuts. Comme vous l'avez mentionné, vous avez un homologue au Commandement Canada, COM Canada.

Afin d'établir clairement comment tout cela fonctionne — d'ailleurs votre exposé a été très utile à cet égard et le sénateur Moore et moi-même en discutions plus tôt — les commandants de l'Armée de terre, de la Marine et de la Force aérienne sont responsables du recrutement et de la formation de personnel. Arrive ensuite le commandant du COMFEC, ou celui de COM Canada, qui dit : « Il me faut certaines personnes et du matériel X pour accomplir une mission » — au Canada, s'il s'agit de COM Canada, ou à l'extérieur, s'il s'agit du COMFEC. En gros, est-ce bien ainsi que les choses se passent?

Lgén Gauthier : Oui, dans une grande mesure.

Le sénateur Meighen : En d'autres mots, vous employez les forces mises sur pied par les commandants de l'Armée de terre, de la Marine et des Forces aériennes.

Lgén Gauthier : Oui, ce sont les termes que nous utilisons. Il existe des responsables de la mise sur pied de forces, appelons-les créateurs de forces, et des utilisateurs de forces. En fait, certaines organisations ont un pied dans chaque camp, notamment le Commandement de soutien opérationnel du Canada, le COMSOCAN, et le Commandement des Forces d'opérations spéciales du Canada, le COMFOSCAN. Ils sont autant des utilisateurs de forces que des créateurs de forces. Ils établissent des forces et ont certaines responsabilités en matière d'utilisation des forces. En gros, dans les faits, il y a ceux dont les activités sont principalement axées sur la mise sur pied de forces et ceux dont les activités sont principalement axées sur l'utilisation de forces. Ce paradigme ne diffère pas grandement de celui qui existait dans le passé, mais l'utilisation des forces était jadis contrôlée par un effectif au quartier général de la Défense nationale qui s'occupait de tâches multiples. Ce n'est plus le cas. Ces personnes ne sont plus obligées d'être concentrées une minute sur une quelconque crise nationale puis, la minute suivante, sur telle ou telle autre mission, presque toujours en mode « réaction ».

Le paradigme « utilisateur de forces/créateur de forces » n'a pas changé pour ce qui est de la réponse à ces besoins. C'est la façon de procéder qui a changé; ce sont des commandants d'opérations qui consacrent tout leur temps à la réalisation d'opérations. C'est ce que je fais 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Le sénateur Meighen : Voilà maintenant deux ans et demi que ces procédures sont en place. À quel moment prendrons-nous le temps de faire le bilan, de regarder ce qui va bien ou moins bien? Y aura-t-il un processus officiel ou est-ce que ce genre d'analyse est fait quotidiennement?

Lgén Gauthier : Ça a déjà été fait par étapes. Les hauts dirigeants en ont parlé au fil des mois. Nous procédons régulièrement à des vérifications des vecteurs, par l'entremise d'un conseil de commandants présidé par le chef d'état- major de la Défense, auquel siègent des commandants d'opérations et des responsables de la mise sur pied de forces.

Une étude a déjà été faite. Son titre m'échappe, et je devrais m'en souvenir puisque j'en parle; c'est une étude menée par l'amiral Mason, le général Crabbe et le général Sutherland, qui se sont penchés sur la question pour une première fois en décembre 2006, peu de temps après la création des commandements. Bien entendu, il a coulé beaucoup d'eau sous les ponts depuis.

Notre dernière rencontre à titre de commandants d'opérations, qui réunissait également des responsables de la mise sur pied de forces, le sous-chef d'état-major de la Défense, le chef d'état-major de la Défense, le chef de développement des forces et d'autres personnes, où nous nous sommes penchés sur notre rendement et où nous avons vérifié si nous étions sur la bonne voie, a certainement eu lieu au cours des trois derniers mois, et nos projections s'étendaient au-delà des Jeux olympiques de 2010.

Le sénateur Meighen : Qu'en avez-vous conclu?

Lgén Gauthier : Que nous étions dans la bonne voie. À ce stade-ci, nous ne sommes pas très enclins à apporter des changements majeurs dans un sens ou dans l'autre. Nous avons un défi à relever en Afghanistan. Un autre défi se pose également à nous, à savoir celui de nous préparer à remplir notre mission au pays, aussi bien quotidiennement qu'à long terme, compte tenu des événements majeurs qui se dérouleront en 2010.

Je ne peux pas parler au nom du nouveau chef d'état-major de la Défense, et je ne peux pas parler au nom du ministre non plus, mais je ne m'attends pas à des changements spectaculaires d'ici les Jeux olympiques de 2010.

Le sénateur Meighen : Si je comprends bien, les commandants de l'armée, de la marine et des forces aériennes soumettent un plan stratégique, un plan d'activités — appelez cela comme vous voudrez — faisant état de leur liste d'épicerie, et ils finissent pas obtenir une réponse. Personne, dans quelque sphère d'activité que ce soit, n'obtient tout ce qu'il demande, mais ils reçoivent ce qu'on est en mesure de leur donner, puis survient une entente à l'amiable, avec mesures d'atténuation et tout le reste. Soumettez-vous un plan d'activités, un plan stratégique semblable?

Lgén Gauthier : Je le fais, mais l'accent est mis sur le point central du processus de planification des activités, c'est-à- dire l'institution, par opposition aux résultats opérationnels. Le point central de mon plan d'activités portait sur le quartier général du COMFEC et la mesure dans laquelle je le crois apte à remplir son mandat : ce qui fonctionne bien, ce qui ne fonctionne pas bien, de même que le secteur où j'aimerais qu'on investisse davantage dans les effectifs — monétairement parlant ou autrement.

Le sénateur Meighen : Dois-je présumer que vous ne pouvez nous fournir ces détails?

Lgén Gauthier : Je peux vous dire, de façon générale, que je suis satisfait du niveau de nos ressources, tant du point de vue des effectifs que du point de vue des finances, au quartier général. Je suis également satisfait des ressources qui nous sont accordées pour mener nos opérations à l'extérieur du pays, car il s'agit là d'une priorité absolue pour les Forces canadiennes. Habituellement, j'obtiens tout ce dont j'ai besoin pour m'acquitter de ces obligations.

Suis-je parfaitement satisfait du niveau de ressources dont je dispose en ce moment même? Absolument pas. Comme tous les autres, j'ai formulé certaines demandes. Comme tous les autres, je sais qu'elles seront dûment étudiées et que j'obtiendrai une réponse en temps voulu. Dans l'intervalle, cela signifie que je dois être prudent dans les tâches que j'entreprends avec le personnel dont je dispose. Je dois gérer la situation. Je pourrais avoir des attentes élevées en pensant à tout ce que je voudrais faire, mais je dois contenir ces attentes en fonction de la capacité de mon personnel d'y répondre.

Le sénateur Meighen : Quand nous étions en Afghanistan, nous avons passé beaucoup de temps avec le général Laroche — et nous lui en sommes reconnaissants — qui a bien pris soin de nous et qui était toujours prêt à nous expliquer tout ce qui se passait. Il nous a conduits, par exemple, là où sont appliquées les nouvelles mesures anti-IED. Si un nouvel équipement visant à contrer les dispositifs explosifs de circonstance était requis, est-ce que cette demande viendrait du général Laroche et serait adressée à vous? Est-ce qu'il vous dirait : « Général Gauthier, j'ai besoin ici de ceci ou cela », et feriez-vous de votre mieux pour le lui procurer?

Lgén Gauthier : Oui, absolument. Je me souviens qu'il y a presque deux ans, pas tout à fait, j'ai reçu un téléphone du général Fraser, en juillet ou en août je crois, me demandant de lui fournir des chars et une autre compagnie d'infanterie. Cette demande m'était adressée. Normalement, il n'y a pas de surprise, car nous nous parlons plusieurs fois par semaine, le commandant du théâtre d'opérations et moi. Quand les besoins sont importants, il doit me présenter une demande officielle. Il m'envoie sa demande, que je transmets au CEMD, à l'état-major interarmées stratégique et à d'autres instances décisionnelles, qui l'étudient et confirment le besoin, confirment la façon dont on peut le combler, et déploient des ressources sur le terrain. Oui, cette demande passe par moi.

Le sénateur Meighen : Je sais que mes collègues ont beaucoup de questions. Encore une fois, lors de notre voyage en Afghanistan, nous avons été frappés de voir à quel point les véhicules aériens sans pilote, les UAV, dans leur version nouvelle et améliorée, pouvaient s'avérer utiles. Souvent, nous ne savons même pas ce que le sigle veut dire.

Où en sommes-nous avec les UAV, lieutenant-général Gauthier? Nous espérons obtenir les Predators Ceux dont nous disposons actuellement sont nettement dépassés si on les compare à ce que nous pourrions avoir.

Lgén Gauthier : C'était des équipements modernes quand nous les avons achetés.

Le sénateur Meighen : La technologie évolue tellement vite. De toute évidence, ils sont extrêmement utiles pour repérer les gens qui posent des IED, par exemple. Où en sommes-nous avec le programme de location ou d'achat?

Lgén Gauthier : Le rapport Manley faisait état d'un éventail de moyens, qui ont été subséquemment approuvés par voie de motion parlementaire, et dans lesquels nous mettons tous nos efforts et tous nos espoirs. J'espère que vous entendrez bientôt des annonces de la part du gouvernement en ce qui a trait à cet éventail de moyens dont nous avons besoin et qui incluent les UAV et ainsi de suite.

Le président : À propos de deux points qui ont été soulevés par le sénateur Meighen, nous savons tous que la société General Atomics s'est retirée de la course aux UAV et qu'il vous reste un ou deux choix israéliens, dont aucun ne possède la capacité de larguer des munitions. Est-ce que cela vous inquiète?

Lgén Gauthier : Je n'ai pas été mêlé directement au processus d'attribution des contrats.

Le président : Je vais reformuler la question. Est-ce que le fait d'avoir en Afghanistan des UAV qui ne peuvent larguer des munitions constitue un problème?

Lgén Gauthier : Il y a des UAV en Afghanistan qui peuvent larguer des munitions.

Le président : S'agit-il d'engins canadiens?

Lgén Gauthier : Non.

Le président : L'autre point que je voulais clarifier concerne le document qu'on appelle communément le rapport des trois rois mages, qui se veut critique de la multiplication par deux et par trois des effectifs au pays. Le rapport recommande également une pause dans le recrutement jusqu'après la tenue des Jeux olympiques afin de permettre à la poussière de retomber.

Entre-temps, y a-t-il eu des efforts pour freiner cette multiplication par deux ou par trois à laquelle il est fait allusion et pour simplifier le processus?

Lgén Gauthier : Il ne faut pas oublier que le rapport a été remis en décembre 2006. Or, certaines parties de la nouvelle structure de commandement n'ont été constituées qu'à l'été, voire au début de l'automne 2006. Les auteurs du rapport parlaient de quelque chose qui était encore en chantier, et à l'époque, il était encore tôt pour le faire.

Nous nous parlons tous régulièrement et nous travaillons ensemble tous les jours. Nous essayons de ramener à un minimum absolu les deux écarts, de sorte qu'il n'est pas seulement question de multiplier par deux et par trois, mais également de combler les écarts et d'éliminer les barrières entre les divers effectifs pour faire en sorte de les intégrer et nous assurer que nous ne travaillons pas à contre-courant.

Nous avons pris certaines mesures et déplacé certains effectifs. Il y a des fonctions qui étaient habituellement remplies dans mon quartier général. Au cours de la dernière année, nous avons confié certaines de ces fonctions au Commandement du soutien opérationnel du Canada, avec mutation du personnel. Ces postes sont passés de mon quartier général à l'autre.

Avons-nous complètement terminé? Absolument pas. Je discutais de la question avec mon propre état-major la semaine dernière. C'est une question que je pose régulièrement quand je visite mon personnel sur le terrain : de votre point de vue, comment toute cette situation se présente-t-elle? Vous semble-t-il y avoir multiplication inutile des efforts entre les différents effectifs? Je reçois des commentaires de plus en plus positifs, ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient des plus négatifs dans le passé. Toutefois, je reçois des commentaires positifs, et nous sommes attentifs à cette rétroaction.

Compte tenu du rythme des activités au sein du COMFEC — et ailleurs, mais mon secteur d'intervention est celui du COMFEC — nous ne pouvons nous permettre que des gens perdent leur temps à faire quelque chose que quelqu'un d'autre fait également. Nous sommes attentifs à cette situation.

Le sénateur Banks : C'est un plaisir de vous revoir. Nous souscrivons tous à ce que vous avez dit à propos des nets progrès enregistrés, aussi lents soient-ils, qui nous sont apparus évidents quand nous nous sommes rendus en Afghanistan.

Quand vous avez parlé de votre degré de satisfaction en ce qui a trait au niveau des ressources sur le plan des effectifs, j'ai compris que vous preniez soin de bien indiquer que vous parliez de votre personnel d'état-major. En raison du lien qui existe entre la mise sur pied de la force et l'utilisation de cette force, je dois vous demander si vous êtes également satisfait des ressources dont vous disposez pour envoyer des gens sur le terrain afin qu'ils accomplissent un travail qui mérite toute notre admiration.

Lgén Gauthier : Je n'ai pas répondu complètement à cette question.

Une partie du défi réside dans le fait que le processus de planification des opérations n'est pas assujetti à un cycle annuel ou pluriannuel de cinq, dix, 15 ou 20 ans. Il est davantage tributaire de la conjoncture. Les besoins liés aux opérations sont davantage dictés par les conditions régnant sur le terrain ou par la situation qui prévaut au Canada, quant à l'orientation du gouvernement et ainsi de suite, que par un cycle de planification opérationnelle.

Nous n'évaluons pas les ressources dont doter la mission en fonction de notre cadre de planification opérationnelle, car cela risquerait de compromettre les objectifs mêmes du processus de planification opérationnelle. Pour répondre précisément à votre question, si j'ai besoin de plus de ressources pour m'acquitter du travail à faire, il est de mon devoir de m'adresser à mon supérieur et de lui dire : Si vous voulez que je me charge de cette opération, alors j'aurais besoin de ceci pour faire cela. Il va de soi que ces besoins font l'objet d'une évaluation constante. Nous les évaluons pour chacune de nos missions où un roulement des troupes est prévu, que la période de service soit de six mois, de neuf mois ou autre. Régulièrement, nous évaluons les besoins prévus et nous adaptons en conséquence la structure des forces pour nous assurer que ladite structure, les moyens mis en œuvre et l'objectif de la mission correspondent à ce qu'ils devraient être dans un intervalle donné.

Cet après-midi même, nous avons eu une longue discussion en prévision non pas du prochain contingent qui doit être déployé à l'automne, mais de celui qui lui succédera, afin de commencer à modeler les missions, les tâches et la structure des forces en fonction de la géographie et de l'ensemble du gouvernement. C'est de cela dont nous discutons actuellement.

Le sénateur Banks : Avez-vous suffisamment de gens pour faire ce que vous devez faire? Est-ce que vos demandes adressées aux responsables de la mise sur pied de la force sont satisfaites?

Lgén Gauthier : Oui, les responsables de la mise sur pied de la force et mon état-major entretiennent de bonnes relations, d'excellentes relations même quand il s'agit de missions opérationnelles. Nous discutons ensemble.

J'ai un officier de liaison qui est en contact avec l'armée, la Marine et les Forces Aériennes. Comme l'Afghanistan est notre priorité, j'ai un représentant de l'armée qui siège à mes côtés lors de mes briefings hebdomadaires. En raison des nouvelles opérations maritimes, nous aurons également un représentant de la marine qui participera à nos réunions, à mesure que nous suivrons les progrès réalisés.

Il n'y a pas de réponses absolues. Que j'aie suffisamment de ressources ou pas pour faire le travail dépend effectivement de la définition que l'on donne du travail à faire. Y a-t-il suffisamment de soldats sur le terrain, dans la province de Kandahar, pour faire tout ce qui doit être fait dans cette province en vue de réaliser des progrès à un degré mesurable? La réponse est non, et le groupe d'experts Manley l'a bien reconnu, ce qui explique que l'une de ses conditions préalables à la poursuite de la mission soit de trouver une organisation partenaire avec laquelle travailler dans la province de Kandahar.

Le sénateur Banks : Dans un autre ordre d'idées, pourriez-vous s'il vous plaît nous parler de l'équipe consultative stratégique, l'ECS, et du président Karzaï? Nous croyons savoir que, de façon quotidienne, les gens qui lui prodiguent une foule de conseils de nature opérationnelle, technique et pratique sont des Canadiens faisant partie de l'équipe consultative stratégique. Est-ce que ces gens relèvent de vous?

Lgén Gauthier : Oui, par l'intermédiaire du commandant canadien supérieur à Kandahar.

Le sénateur Banks : Nous avons appris à quel point ils sont bons et efficaces. Toutefois, ce sont tous des officiers, de sorte que ce ne sont pas nécessairement les meilleurs Canadiens qui sont là pour conseiller le président. D'aucuns ont suggéré que l'équipe consultative stratégique devrait être constituée des meilleurs Canadiens provenant de quelque endroit ou de quelque région que ce soit au pays, et pas uniquement de militaires, et qu'on devrait peut être envisager pour l'équipe une vocation autre que celle d'un groupe consultatif purement militaire. Qu'en pensez-vous?

Lgén Gauthier : Je suis tout à fait d'accord.

Le sénateur Banks : Est-ce imminent?

Lgén Gauthier : Je dois dire, tout d'abord, qu'une telle chose n'existait pas avant août 2005. D'un point de vue militaire, il n'était pas prévu dans nos manuels de doctrine que l'on puisse, comme l'ECS, consulter un menu et commander par catalogue ce genre d'expertise.

Le sénateur Banks : Je crois que l'Afghanistan comporte son lot d'improvisation.

Lgén Gauthier : Oui, et dans un sens positif. Dès le début, avec le premier contingent, le colonel Mike Capstick et son équipe se sont rendus là-bas et ont eu amplement recours à ce que vous appelez de l'improvisation, jusqu'au point d'éveiller au sein du gouvernement afghan l'ardent désir d'améliorer la situation. Tout au long de la période pendant laquelle les trois contingents se sont succédé, nous avons envoyé là-bas des officiers et des militaires dûment qualifiés et compétents. Je me demande si vous avez eu l'occasion de les rencontrer.

Le sénateur Banks : Effectivement.

Lgén Gauthier : Ils font un excellent travail. À l'origine, compte tenu des conditions qui régnaient à Kaboul, une équipe composée à 100 ou à 95 p. 100 de militaires était la solution qui s'imposait. Avec le temps, et à mesure que le gouvernement afghan acquiert une plus grande capacité, nous devons nous demander si cette approche est absolument nécessaire ou si nous devrions agir comme vous le proposez. Nous nous penchons actuellement sur cette question, et vous pouvez vous attendre à des changements dans l'avenir.

Le président : Quand vous nous avez parlé du personnel de liaison au sein de votre commandement, lieutenant- général Gauthier, vous ne nous avez pas dit s'il comportait des membres des forces d'opérations spéciales. Quels sont les liens qui existent entre vous, dans la mesure où elles emploient également des troupes et relèvent du chef de l'état- major de la Défense plutôt que de vous?

Lgén Gauthier : Sur le plan des opérations, elles relèvent de moi par l'intermédiaire du général Thompson. Elles sont pleinement intégrées. Le colonel Day est à la tête du COMFOSCAN. Il se considère lui-même comme mon conseiller en FOS, et son état-major opérationnel est effectivement mon état-major des FOS opérationnel, dans un esprit d'intégration. Je vois une synergie dans tout cela. Ce lien vise à assurer l'intégration de l'ensemble de nos ressources outre-mer en vue d'obtenir le résultat souhaité. Dans mon optique, cela fonctionne bien.

Le président : Au sein du comité, nous nous demandions comment l'opération « Liberté immuable » et la Force internationale d'assistance à la sécurité, la FIAS, pouvaient se partager le même terrain. Je présume qu'il y a des mécanismes pour coordonner leur action.

Lgén Gauthier : Cette question est un peu différente parce que vous parlez du COMFOSCAN. Je ne saurais dire combien d'éléments fonctionnent dans le cadre de l'opération « Liberté immuable » plutôt qu'à l'intérieur du mandat de la FIAS. Il faudrait que vous demandiez au major-général Marc Lessard, qui commande toutes les opérations de la FIAS dans le Sud de l'Afghanistan, ce qu'il pense de la visibilité associée au fait de participer à l'opération « Liberté immuable ».

Je connais la réponse. Il est heureux qu'il s'agisse d'une opération interarmées. Il jouit de la visibilité et de l'influence dont il a besoin pour fixer les priorités quant aux résultats sur le terrain.

Le président : Nous n'avons donc pas à poser la question. Merci.

Le sénateur Tkachuk : Je parlerai plus particulièrement de l'Afghanistan, pour faire suite aux propos des deux autres intervenants au sujet de l'équipement.

Le sénateur Meighen a parlé de l'équipement servant aux soldats du commandement tactique contre les IED et le sénateur Banks a traité d'autres types d'équipement. Avez-vous établi une liste du matériel prioritaire que vous n'arrivez pas à obtenir ou que nous pourrions vous aider à obtenir, ou dont vous pourriez nous informer pour les besoins de notre mission en Afghanistan?

Lgén Gauthier : Depuis longtemps, lorsqu'on me questionne à ce sujet, je parle des hélicoptères de moyen tonnage et des aéronefs à voilure tournante en général, ainsi que des plates-formes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, y compris des véhicules aériens sans pilote.

Ce sont les principaux éléments dans le milieu où nous menons nos opérations en Afghanistan. Ils changent carrément la donne. Je crois qu'il en arrive. J'en suis convaincu. Nous collaborons avec les responsables de la mise sur pied de la force en vue d'établir les conditions nécessaires pour recevoir ces capacités, puisque les responsables et le reste des Forces canadiennes seront en mesure de les mettre en place au cours des huit à dix prochains mois. J'ai bon espoir que cela arrivera à temps pour répondre aux exigences du groupe de travail dirigé par M. Manley.

En ce qui a trait aux autres capacités, les Forces canadiennes et le gouvernement ont répondu de façon exceptionnelle à mon appétit insatiable — comme le général Leslie aime le qualifier — pour les capacités, les effectifs et tout autre élément que je voudrais voir augmenter là-bas. La situation est encourageante. En examinant les types d'équipement actuellement disponibles par rapport aux stocks dont les Forces canadiennes disposaient avant cette mission, on constate qu'il y a maintenant le M777, le Howitzer de 155 mm, ou le Nyala RG-31, ou encore les chars Leopard 2, pour n'en nommer que quelques-uns. Vous avez pu voir sur place la capacité d'ouverture d'itinéraire de circonstance, la COIC, qui s'ajoute à la liste.

Je suis heureux de la volonté des Forces canadiennes et du gouvernement à répondre à nos besoins opérationnels et du fait qu'ils mettent tout en œuvre pour améliorer les délais afin de mettre en place les capacités nécessaires et de combler les besoins opérationnels immédiats. C'est encourageant.

Le sénateur Tkachuk : J'ai remarqué la prudence avec laquelle vous avez répondu au président lorsqu'il a évoqué vos besoins en effectifs supplémentaires. Comment ces besoins sont-ils déterminés en Afghanistan, puisqu'il s'agit d'une mission de l'OTAN à laquelle le Canada et les États-Unis participent dans la même province et le même territoire? Comment procède-t-on pour prendre les décisions? Les responsables tiennent-ils des réunions régulières pour en discuter? Quel processus suivent-ils pour prendre les décisions et pour déterminer les troupes supplémentaires requises et les pays qui les fourniront?

Lgén Gauthier : C'est au commandant du théâtre que revient la décision finale, le commandant de la Force internationale d'assistance à la sécurité, la FIAS. La semaine dernière, le général Dan McNeill a quitté son poste et c'est le général Dave McKiernan qui a pris la relève, un général à quatre étoiles de Heidelberg. Ce sont deux officiers remarquables.

Il évalue constamment ses besoins. Il les communique par l'entremise de sa chaîne de commandement à l'OTAN, qui les transmet au Commandement des forces interarmées à Brunssum, dirigé par le général Ramms, et ils parviennent ensuite au quartier général SHAPE. Est-ce correct d'utiliser l'acronyme SHAPE?

Le président : Tout à fait.

Lgén Gauthier : En se fondant sur cette évaluation, on a établi un énoncé interarmées multinational des besoins, aussi appelé le CJSOR, c'est-à-dire une liste détaillée des capacités requises en Afghanistan selon la région, le type d'unité, et cetera. Il appartient à SHAPE — le Quartier général des puissances alliées en Europe — de gérer la mise sur pied de la force de manière à répondre aux besoins convenus, d'abord, par les pays concernés, et déterminés par le commandant du théâtre des opérations pour tenter de mettre en place les forces nécessaires. Les besoins énoncés dans le CJSOR concernant le Sud de l'Afghanistan posent certaines difficultés.

Le sénateur Tkachuk : Nous avons établi une limite. Feraient-ils appel aux Américains? S'ils avaient besoin d'effectifs supplémentaires, comment feraient-ils pour déterminer où aller les chercher? Autrement, en viendraient-ils à supplier l'un des pays qui se sont engagés, ou à utiliser un autre moyen pour arriver à leurs fins?

Lgén Gauthier : La question n'est pas tant de savoir s'ils en ont besoin. On a relevé des lacunes dans le CJSOR qui ont été médiatisées au cours des dernières années. Ces besoins varient au fil du temps. Il y a le processus de l'OTAN pour la mise sur pied de la force. Il y a des réunions périodiques, où les pays sont représentés et ont l'occasion de se prononcer sur les lacunes.

Selon la réponse ou l'absence de réponse à ces besoins, ces points seront soulevés lors des réunions des dirigeants, qu'il s'agisse de chefs d'état-major de la Défense, de ministres de la Défense ou même de ministres des Affaires étrangères et de premiers ministres.

Le sénateur Tkachuk : Le rapport Manley présentait un chiffre précis et ciblé, et les Américains et les Français ont répondu à la demande. Comment ont-ils établi ce chiffre? Auraient-ils tenu des réunions avec le commandement de l'OTAN? Se seraient-ils réunis avec nos commandants?

Lgén Gauthier : On avait déterminé qu'il fallait un certain nombre de bataillons dans la province de Kandahar et dans le Sud. Sans entrer dans les détails, ils ont défini les caractéristiques fondamentales d'un bataillon, en y ajoutant toute l'infrastructure de soutien nécessaire sur le plan national et ainsi de suite, ce qui leur a donné un chiffre arrondi à 1 000. Ils ont probablement reçu certains conseils de la part du CEMD et d'autres témoins qui ont comparu devant le groupe de travail pour proposer un chiffre.

Le sénateur Nancy Ruth : Lieutenant-général Gauthier, j'ai été particulièrement déçue de voir que la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies ne figure nulle part dans le rapport Manley. Je pensais que cette résolution relevait d'un commandement comme le vôtre, pour ainsi dire.

Comment appliquez-vous les directives internationales comme celle-ci? Comment procède-t-on pour étudier et mettre en œuvre cette résolution sur les femmes, la paix et la sécurité, et quelles en sont les conséquences?

Lgén Gauthier : L'aspect le plus important de l'application de ces résolutions — et de bien d'autres résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies — est d'assurer la formation adéquate des membres de notre personnel avant de les envoyer à l'étranger.

L'armée m'a informé que tous les membres de notre personnel déployés dans les missions à l'étranger reçoivent une formation préalable sur la protection des femmes, des enfants et d'autres personnes vulnérables. Le programme est donné au Centre de formation pour le soutien de la paix à Kingston, et la formation est mise à jour régulièrement.

Je ne connais pas tous les détails de cette résolution, mais nous pouvons peut-être vous les fournir. De plus, le Canada et le Royaume-Uni ont mis sur pied une formation sur la problématique hommes-femmes à l'intention du personnel militaire et des responsables de la formation qui participent aux opérations de soutien de la paix.

Le sénateur Nancy Ruth : Est-ce pour notre personnel, pour les Afghans, ou les deux?

Lgén Gauthier : La formation s'adresse au personnel déployé par tous les pays qui participent à ces missions. J'ai peu d'information à ce sujet. Cela dit, je m'attendais à ce que vous posiez la question, sénateur.

Le sénateur Nancy Ruth : Je n'en doute pas, après la semaine dernière.

Avez-vous une idée des répercussions de cette résolution, si elle en a?

Lgén Gauthier : Je n'ai pas demandé de précisions à ce sujet. Je le ferai sans aucun doute en cours de route, compte tenu de la fréquence à laquelle je dois aller en Afghanistan. Je poserai la question la prochaine fois que je m'y rendrai.

De manière générale, sans référer à la formation globale que nous offrons, en raison de la culture afghane, les rapports entre les hommes de notre force opérationnelle et les femmes et enfants afghans représentent un certain défi.

La solution consiste en partie à tout mettre en œuvre pour assurer le déploiement d'un bon nombre de femmes. Nous ne pouvons pas changer radicalement la structure de la force pour y arriver. Cependant, nous avons observé toutes sortes de situations au cours des dernières années où les femmes déployées ont eu un impact favorable parce qu'elles assumaient un rôle qu'elles ne sont pas généralement appelées à jouer dans les autres forces militaires. C'est une bonne nouvelle.

Le sénateur Nancy Ruth : Les femmes qui sont affectées en Afghanistan ont-elles l'occasion de travailler avec les chefs des groupes de femmes ou de collaborer de façon individuelle avec des femmes?

Lgén Gauthier : C'est une combinaison des deux. La situation ne s'applique pas uniquement aux femmes qui sont déployées dans nos unités comme l'équipe de reconstruction provinciale, l'ERP, et les détachements de coopération civilo-militaire — la dernière fois que j'ai vérifié, ces unités comptaient un certain nombre de femmes. Elles ont tendance à entretenir des rapports plus étroits avec la population de même qu'à collaborer davantage avec les dirigeants.

Il ne faut pas oublier qu'au sein de l'ERP, les représentants du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, le MAECI, et de l'Agence canadienne de développement international, l'ACDI, comptent aussi des femmes capables d'assumer ce rôle auprès des dirigeantes locales.

Le sénateur Nancy Ruth : Des organisations comme l'ACDI et le MAECI discutent-elles avec l'armée des préoccupations communes concernant la participation des femmes, le rétablissement de la paix et d'autres exercices de rapprochement de ce genre, ou travaillent-elles chacune de leur côté?

Lgén Gauthier : Les groupes dont j'ai fait mention, en l'occurrence l'ERP et les détachements de coopération civilo- militaire, ou COCIM, travaillent main dans la main avec l'ACDI et le MAECI, jusqu'au niveau des districts. Il est certain qu'ils s'échangent de l'information. Ils ne travaillent pas séparément. Ils collaborent de façon quotidienne.

Le sénateur Nancy Ruth : Y a-t-il d'autres pays où vous assurez un commandement, où la résolution 1325 entre en jeu et où les soldats reçoivent une formation?

Lgén Gauthier : Tous les membres que nous déployons dans ces missions — en particulier dans les missions de moindre envergure — passent par le Centre de formation pour le soutien de la paix, où ils suivent une formation. Je ne sais pas dans quelle mesure ils sont capables d'appliquer la formation reçue.

Je dois me rendre dans un autre pays la semaine prochaine pour une autre mission et, encore une fois, je poserai la question.

Le sénateur Nancy Ruth : Je vous remercie de votre collaboration.

Le sénateur Mitchell : Général, vous avez mentionné tout à l'heure que nous sommes allés en Afghanistan. Je dois préciser que ce fut une expérience très intense pour moi. Les autres ici pensent probablement la même chose. L'un des aspects les plus touchants — les gens en parlent, mais je voulais insister là-dessus — était la qualité de l'effectif que nous avons rencontré par l'intermédiaire du général Laroche dans tous les rangs.

Lgén Gauthier : Je dois vous interrompre un moment. Le plus grand avantage de mon travail, c'est justement de pouvoir me rendre dans les secteurs où les missions sont effectuées à tous les deux ou trois mois et d'entretenir des rapports avec les rotations 0, 1 et 2. Vous avez mentionné le général Laroche. Il y a plus de 20 000 Canadiens de calibre exceptionnel qui ont accompli de grandes choses en Afghanistan. J'apprécie que vous en ayez fait la remarque.

Le sénateur Mitchell : Il me semblait important de le mentionner.

Pour donner suite aux points soulevés par le sénateur Nancy Ruth, je dirai deux choses. Sur le plan civil, Elissa Goldberg, qui dirige l'escadre civil, impressionne tout autant. Les rapports qu'elle entretenait avec l'armée étaient empreints d'un grand respect. Ce respect est, en partie, à l'origine de l'efficacité du gouvernement dans son ensemble.

Pour poursuivre sur la question soulevée par le sénateur Nancy Ruth, j'ai été impressionné par le respect que se vouaient mutuellement les hommes et les femmes du personnel militaire — bien que je sois certain qu'il y ait encore des problèmes à régler. J'ai grandi dans une famille militaire, à une époque où il n'y avait pas beaucoup de femmes dans l'armée, et j'ai été surpris de voir à quel point les femmes avaient été intégrées. Je sais qu'il y a probablement encore beaucoup à faire et que la situation n'est pas parfaite, mais c'est tout de même impressionnant.

Je vais revenir à mon premier point. Une grande partie du débat qui a lieu au Canada au sujet de cette mission concerne la question du maintien de la paix. L'idée que les Canadiens ont inventé le maintien de la paix est pratiquement inscrite dans notre ADN; nous sommes des gardiens de la paix. Pour une raison ou pour une autre, certaines personnes estiment que la mission n'est pas à la hauteur de cette attente.

Ce débat ne tient pas compte du fait que le maintien de la paix — à supposer que nous voulions travailler en ce sens — s'est transformé fondamentalement, parce que la nature des guerres et le monde lui-même se sont fondamentalement transformés. Si je ne me trompe pas, il n'y a actuellement aucune guerre interétatique, les hostilités entre Israël et le Liban ayant été suspendues. Il n'est plus possible de séparer deux armées dont les uniformes seraient différents par une frontière politique, et de faire patrouiller cette frontière par des casques bleus.

Lgén Gauthier : C'est plutôt rare, en effet.

Le sénateur Mitchell : Cette guerre n'est ni la Seconde Guerre mondiale ni la guerre de Suez. Elle se situe quelque part entre les deux.

À quoi correspond le « maintien de la paix » dans un tel contexte? Je ne veux minimiser d'aucune façon les risques que les militaires courent du fait qu'ils sont à la guerre. Nous avons perdu deux autres personnes depuis une dizaine de jours, et c'est une chose tragique. Cependant, à partir de quel moment peut-on dire que cette mission s'est, d'une manière ou d'une autre, transformée en quelque chose qui s'apparenterait davantage au « maintien de la paix » des temps modernes, dans la mesure où l'on pourrait définir ce que l'on entend par ces termes dans un tel environnement?

Lgén Gauthier : Je crois que vous connaissez le général Charles Krulak, du United States Marine Corps, qui, il y a environ dix ans, a créé l'expression « guerre à trois volets ». Ce qu'on entend par là, c'est qu'une partie du personnel militaire chargé des opérations de guerre contemporaines est affecté aux opérations de combat; un autre groupe est affecté aux opérations de stabilité; enfin, un troisième groupe travaillant dans la même ville sera affecté aux opérations d'assistance humanitaire.

Je n'utilise plus cette expression parce que je trouve qu'elle est trop réductrice pour décrire la complexité avec laquelle nous devons composer en Afghanistan.

Nous sommes actuellement engagés dans des opérations de contre-insurrection dont l'objectif ultime est de soutenir le gouvernement afghan. C'est sur la population de l'Afghanistan que nous nous concentrons, sur l'aide que nous pouvons lui apporter. Comme vous avez pu le constater lorsque vous y étiez, chacun de nos soldats qui est là-bas comprend cet objectif. Nous voulons donner au peuple afghan l'espoir d'un avenir meilleur, renforcer la légitimité et la crédibilité du gouvernement afghan, contribuer au renforcement des institutions et ainsi de suite.

L'expression « maintien de la paix » est en fait assez réductrice. Pour certaines des activités que nous menons, les exigences sont les mêmes que pour des opérations de maintien de la paix. Cependant, la situation est beaucoup plus complexe, et c'est pour cette raison que nos opérations s'étendent sur tout un spectre qui va jusqu'à inclure, certains jours, des combats intenses. Nous renforçons les capacités et, grâce à nos travaux, nos partenaires de l'ensemble du gouvernement peuvent travailler à renforcer les institutions et à aider la population de l'Afghanistan.

Pour conclure, nous continuerons de couvrir tout ce spectre. Les opérations dans la province de Kandahar sont caractérisées par cette diversité en ce sens qu'à certains endroits, nous appuyons des opérations de stabilité, c'est-à-dire des opérations pangouvernementales visant à venir en aide à la population afghane. Il y a certains endroits où nous sommes en mesure de faire cela aujourd'hui, par exemple dans la ville de Kandahar et dans quelques autres districts. Ailleurs, nous tâchons de prendre et de garder le contrôle des districts, pour créer un environnement sécuritaire dans lequel pourront s'effectuer les opérations de stabilité. Enfin, il y a des endroits où nous en sommes à l'étape de la définition des objectifs.

Les façons de faire seront adaptées aux différents districts et les travaux progresseront à des rythmes différents, selon les lieux. Dans un avenir rapproché, nous allons contribuer à des opérations de divers types. Nous devons être préparés en conséquence.

Le sénateur Mitchell : Vous avez peut-être lancé une nouvelle expression lorsque vous avez parlé d'un « spectre complet ».

Lgén Gauthier : Ça n'a rien de nouveau, du point de vue militaire.

Le sénateur Mitchell : J'aimerais vous poser une question sur le nombre de personnes qui sont là-bas et sur le pays qui devrait être responsable de répondre aux besoins. Les États-Unis ont clairement affermi leur engagement. Lorsque nous étions là-bas, 3 400 marines venaient d'arriver et on les rencontrait sur la base. J'ai passé du temps avec certains d'entre eux sur le terrain d'aviation.

Parce que les Américains se décident peut-être à réduire l'importance de leurs interventions en Irak, ou pour quelque autre raison que ce soit, seraient-ils d'après vous plus enclins à envoyer plus de soldats américains pour soutenir les opérations que nous menons là-bas?

Lgén Gauthier : Il me serait difficile de parler des plans de l'armée ou du gouvernement américains.

De manière générale, je peux dire que le général McNeill a remarqué qu'il y avait un besoin pendant qu'il a assumé le commandement de la FIAS. Le secrétaire de la Défense Gates et d'autres personnes ont formulé des commentaires que l'on peut interpréter d'une certaine façon en ce qui concerne l'avenir. Cependant, les États-Unis doivent tirer leurs propres conclusions en fonction des difficultés qu'ils rencontrent dans leurs relations en Afghanistan et ailleurs.

Le président : Pourrait-on dire que s'ils manifestaient de l'intérêt, vous seriez heureux de les accueillir?

Lgén Gauthier : Tout à fait.

Le sénateur Day : Après avoir entendu certaines de vos réponses, je me demande si notre armée est en voie de devenir une armée qui ne serait qualifiée que pour la mission en Afghanistan ou des missions semblables. J'aimerais que vous me rassuriez quant à cette question, que vous me confirmiez que ce n'est pas le cas. Il est certain que, pour nous acquitter de nos responsabilités internationales, nous serons appelés dans l'avenir à participer à des missions différentes de celle que nous exécutons en Afghanistan.

Lgén Gauthier : Je me concentre sur ce que nous faisons à l'étranger et sur les missions qui sont actuellement en cours. Par égard pour les décideurs des Forces canadiennes, dont les travaux concernent davantage l'institution et son avenir, il serait préférable de leur adresser la question.

Cependant, je suis passablement certain de la réponse. En tant qu'officier de l'armée, je peux dire que, dans la perspective de la Force terrestre — mais ce que je vais dire s'applique, de façon plus générale, à l'ensemble des Forces canadiennes — notre vision de l'environnement opérationnel contemporain, au XXIe siècle, est caractérisée par des menaces asymétriques ainsi que par la volatilité, l'incertitude, la complexité et l'ambiguïté avec lesquelles nous devons composer.

Il y a des compétences fondamentales qui, à notre avis, seront nécessaires dans n'importe quel type d'opération ou qui permettront de répondre à tout un éventail de besoins opérationnels dans l'avenir. Par ailleurs, nous poursuivons notre apprentissage sur les besoins non traditionnels dans l'environnement opérationnel contemporain, où nous devons affronter des adversaires plutôt inhabituels comme des rebelles.

Tout ce qui concerne cet environnement nous sera très utile. Comme l'a laissé entendre le sénateur, les conflits autour du monde et la nature des conflits qui se déroulent en différents lieux nous permettront probablement de tirer des enseignements qui nous serviront ailleurs.

Les efforts que nous déployons pour le renforcement des capacités sont des efforts fournis pour « gagner la guerre » comme on dit. On peut par exemple penser aux ressources que nous avons déployées par l'intermédiaire des éléments de liaison et de mentorat opérationnel, les ELMO, pour collaborer avec l'armée et la police nationales afghanes. Ces efforts rendront possible le succès à long terme. La sécurité en elle-même n'a pas d'effets durables si c'est nous qui l'assurons. Nous devons donner à la nation afghane la capacité d'assurer sa propre sécurité.

Un autre enjeu est de rendre le gouvernement dans son ensemble capable d'obtenir des résultats et d'atteindre des objectifs. Un modèle est en train de se dessiner pour l'Afghanistan.

Dans quelle mesure les prochaines missions seront-elles différentes? Leurs aspects particuliers seront différents, mais pas leurs caractéristiques générales. Nous devons avoir à l'esprit que nous couvrirons ce large éventail d'activités dans le cadre de la plupart des opérations futures.

Je crois que tout le monde conviendra que nous apprenons énormément de choses chaque jour, chaque semaine et chaque mois. Ce que nous apprenons nous sera très utile pour la mission en Afghanistan et également pour bien d'autres missions.

Le sénateur Day : J'aimerais vous poser une question au sujet de deux ou trois groupes qui sont en place. J'essaie de comprendre votre rôle de commandant du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada vis-à-vis des « créateurs des forces ». Vous avez dit que pour certains groupes, ce n'était pas applicable.

Lgén Gauthier : Oui ça l'est, mais ils sont en quelque sorte entre les deux chaises.

Le sénateur Day : Si c'est le cas, pour quelles raisons devrions-nous assimiler l'information sur les termes?

Expliquez-moi quel rôle joue l'état-major interarmées stratégique du quartier général de la Défense nationale relativement à vos activités?

Lgén Gauthier : L'une des notions que nous enseignons dans nos établissements de formation militaire est la notion de niveaux opérationnels stratégique et tactique. Grosso modo, mon quartier général se concentre sur le niveau opérationnel. Ce niveau sert de lien entre les intentions stratégiques du gouvernement — c'est-à-dire celles du chef d'état-major de la Défense — et les mesures tactiques. Elle assure le lien entre les deux pour garantir que les mesures tactiques auront des répercussions stratégiques.

L'effectif restreint du quartier général de la Défense nationale correspond à l'état-major interarmées stratégique. Le travail de ces gens est nettement axé sur le niveau stratégique. Ils soutiennent le CEMD et, dans une certaine mesure, le ministre, qu'ils tiennent au courant jour après jour de ce qui se passe en Afghanistan.

Ils soutiennent le CEMD en ce qui concerne l'orientation des opérations. Lorsque le CEMD donne l'orientation pour ces opérations, c'est à moi qu'il donne des directives. Ils attribuent des missions, donnent des directives et exécutent d'autres tâches pour définir la conduite des opérations en tout temps, selon le point de vue du CEMD.

Je dirais que l'état-major interarmées stratégique est considérablement plus petit que l'ancien groupe du sous-chef d'état-major de la Défense. Son rôle se limite pratiquement au soutien du CEMD.

Le sénateur Day : Dans l'optique de la transformation, a-t-on envisagé de laisser à ce groupe son statut de groupe distinct chargé de tenir le chef d'état-major de la Défense au courant des développements de la mission, au lieu que ce soit à vous qu'il revienne d'aviser le chef, en tant que commandant de la Force expéditionnaire?

Lgén Gauthier : Cette fonction a gagné en importance au cours des deux dernières années. Si nous ne disposons pas d'un petit effectif chargé de répondre avec précision et rapidité aux besoins quotidiens et ponctuels, n'importe quelle étincelle se transformera en feu de broussaille qu'il faudra éteindre, dans une optique stratégique. S'il n'y a pas d'effectif, aussi réduit soit-il, qui assume cette fonction au Quartier général de la Défense nationale, mon personnel devra s'en occuper, au lieu de se concentrer sur le soutien des troupes.

C'était un des problèmes de l'ancienne structure. Les membres de ce petit effectif étaient sollicités de toute part.

Le sénateur Day : Y a-t-il un risque que ce groupe communique au chef d'état-major de la Défense des renseignements qui différeraient de ceux que le CEMD aurait reçus de votre part, dans le cas où il vous aurait approché pour obtenir de l'information?

Lgén Gauthier : Le chef et moi-même sommes des gens très occupés et nous n'avons pas le temps de communiquer constamment l'un avec l'autre. Une grande partie du travail revient au personnel. Un officier d'état-major comme le directeur de l'état-major du quartier général de la Défense nationale peut, par exemple, rencontrer le chef et examiner quatre ou cinq questions au cours d'une réunion opérationnelle quotidienne. Je préfère ne pas consacrer de temps à une telle réunion chaque jour parce que cela me détourne de mes principales occupations, qui concernent les niveaux subalternes et l'exécution des opérations. J'accorde également une grande attention aux autres ministères et à nos relations avec nos alliés des autres pays.

Le sénateur Day : Parlez-moi du poste de chef — Développement des forces. Qui l'occupe? En fait, y a-t-il quelqu'un qui l'occupe?

Lgén Gauthier : Absolument. C'est le général Mike Ward. Le poste a été créé il y a quelques années dans une perspective de 25 ans pour s'assurer que les Forces canadiennes, du point de vue des capacités, vont dans la bonne direction selon la planification axée sur la capacité. Je ne peux pas vous donner plus de détails. Nos horizons temporels sont complètement différents. Je planifie des minutes et des mois à l'avance, tandis que les planifications du chef — Développement des forces portent probablement sur une période de 15 à 25 ans.

Le sénateur Day : Est-ce que c'est pour de l'acquisition d'équipement ou des capacités?

Lgén Gauthier : C'est pour de l'équipement, des capacités, la structure des forces et les programmes.

Le sénateur Day : C'est peut-être la personne qui envisage la situation comme je l'ai présentée, c'est-à-dire dans le but de s'assurer que l'on ne se concentre pas sur l'Afghanistan à un point tel qu'on ne puisse rien faire d'autre.

Lgén Gauthier : Absolument. Il est au centre de la stratégie de défense Le Canada d'abord. C'est une planification axée sur la capacité qui examine divers scénarios auxquels pourront s'appliquer, dans 25 ans, quatre modèles de structure, pour faire en sorte que la planification ne soit pas axée uniquement sur l'Afghanistan. Cette stratégie nous permettra de mettre en œuvre la Force opérationnelle interalliée 150, CTF-150, soit un scénario pour l'année 2025 ou 2030 — il s'agit de l'opération maritime à laquelle nous participons actuellement — ainsi que plusieurs autres.

Le sénateur Day : Relève-t-il directement du chef d'état-major de la Défense?

Lgén Gauthier : Il relève du vice-chef d'état-major de la Défense.

Le sénateur Day : Vous avez mentionné plus tôt que certaines organisations s'occupent des deux volets et vous avez donné l'exemple du Commandement de soutien opérationnel du Canada. S'agit-il d'un commandement de soutien opérationnel distinct et autonome?

Lgén Gauthier : Oui.

Le sénateur Day : Les sigles OS et SO sont intéressants parce que les OS sont différentes du SO. On parle ici de soutien opérationnel, de SO.

Quel rôle joue le Commandement de soutien opérationnel du Canada de façon continue auprès du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada?

Lgén Gauthier : Les deux sont inextricablement liés. Nos personnels respectifs ont un contact à la minute. Le Commandement de soutien opérationnel se concentre sur le système établi au Canada qui prévoit le soutien à l'étranger. Sa principale préoccupation est la ligne de ravitaillement établie entre le Canada et l'Afghanistan et pour d'autres opérations. Du point de vue du matériel et sur d'autres plans, le commandement s'assure avant tout que le matériel est en place sur le terrain pour fournir aux troupes le soutien dont elles ont besoin, tout ça pour m'appuyer. Le personnel du commandement comprend parfaitement qu'il fait tout ça pour me soutenir, tout comme, pour les opérations nationales, il peut offrir des services semblables au commandant du Commandement du Canada. Ces services comprennent l'envoi de chars à l'étranger, le soutien aux nouvelles capacités, le retrait des capacités qui sont à l'étranger, le réapprovisionnement quotidien pour veiller à ce qu'il y ait suffisamment de munitions et d'autres stocks, et aussi le règlement des problèmes quotidiens pour faire en sorte, par exemple, qu'une pièce de rechange nécessaire au fonctionnement d'une pièce d'équipement essentielle soit à portée de main. Il ne fait pas ça pour chaque composante distincte, mais il est responsable de la plupart de ces services. Le commandement travaille avec le sous-ministre adjoint (Matériel) et d'autres intervenants pour s'assurer que tout est en place pour nous fournir du soutien.

Le sénateur Day : Dans un groupement tactique de la force expéditionnaire sur le terrain, y a-t-il des membres du personnel du commandement qui s'occupent, entre autres, de la logistique et de l'approvisionnement?

Lgén Gauthier : Non, ce sont les membres de mon personnel qui s'en chargent.

Le sénateur Day : Ce sont les membres de votre personnel.

Lgén Gauthier : Oui.

Le sénateur Day : Lorsqu'ils reviennent au pays, sont-ils alors sous son commandement?

Lgén Gauthier : Exactement.

Le sénateur Day : Lorsque des soldats d'infanterie reviennent d'une mission en Afghanistan après quelque six mois et qu'ils retournent à la BFC Gagetown, Petawawa ou Edmonton, est-ce qu'ils relèvent alors du Commandement Canada où est-ce qu'ils se rendent au lieu d'instruction de l'Armée de terre, de la Marine ou de la Force aérienne?

Lgén Gauthier : Ils réintégreront le groupe duquel ils proviennent, que ce soit l'Armée de terre, la Marine, la Force aérienne ou autre dans les Forces canadiennes. Ce n'est pas tout le monde qui est déployé à partir de son unité d'attache. Pour l'Afghanistan, les capacités proviennent principalement de l'Armée de terre, mais ce n'est pas le cas pour tous les soldats. Certains viennent plutôt d'ailleurs dans les Forces canadiennes. Ceux-là retournent à leur unité d'attache.

De façon plus générale, lorsqu'ils reviennent au Canada, ils ne relèvent plus de mon commandement.

Le sénateur Day : C'est ce que je voulais dire. En fait, ils peuvent dire qu'ils ne sont plus utilisés.

Lgén Gauthier : Je ne le dirais certainement pas comme ça.

Le sénateur Day : Moi non plus. Je jouais avec les termes que vous avez utilisés plus tôt, c'est-à-dire utilisation et mise sur pied de la force.

Le sénateur Zimmer : J'ai récemment regardé un film intitulé Le combat de Charlie Wilson. Dans le générique, on disait que le film avait été tourné au camp Mirage, qui n'existe pas officiellement.

Cela dit, quel est le rôle à valeur ajoutée du camp Mirage maintenant que les Forces canadiennes possèdent des aéronefs de transport C-17? Pourquoi est-il nécessaire et pourquoi n'existe-t-il pas officiellement?

Lgén Gauthier : Évidemment qu'il existe, mais je vais passer à la dernière question d'abord.

Le président : La vraie réponse, c'est que nous ne savons pas où il est situé.

Lgén Gauthier : C'est exactement ça, ou plutôt nous ne pouvons pas dire où il se trouve, par respect pour nos hôtes. Le seul point dont nos hôtes ne veulent pas que nous parlions en public, c'est l'emplacement du camp Mirage, parce que ça leur causerait des problèmes particuliers.

C'est une bonne question qui est examinée à l'heure où nous nous parlons. Les quatre C-17 que nous possédons ne sont pas pleinement opérationnels, mais nous devons déterminer l'incidence qu'ils ont sur nos exigences. Le camp Mirage nous a été d'une grande aide, à peu de frais, pour les opérations à l'étranger en Afghanistan et pour la CTF- 150, l'opération maritime actuellement en cours. Je ne suis pas très enthousiaste à l'idée d'accorder beaucoup d'attention à l'avenir de cette capacité de soutien particulière parce que c'est tout ce qu'elle est — une capacité, tant que je ne saurai pas exactement ce que la nouvelle capacité propre aux C-17 nous donnera.

C'est une bonne question, et nous l'examinons actuellement.

Le sénateur Zimmer : Est-ce que votre commandement tient un registre des leçons retenues pour s'assurer que les Forces canadiennes tirent avantage de l'expérience acquise sur le terrain par toutes les troupes qui participent à la rotation en Afghanistan? Lorsque nous y étions, nous avons vu de bons exemples. Nous avons vu une boulangerie, un atelier de broderie et une route qui allait être officiellement nommée, et les soldats sont fiers de ces accomplissements.

Est-ce que vous tenez un registre des leçons retenues en Afghanistan?

Lgén Gauthier : Est-ce que nous le faisons aussi bien que j'aimerais que nous le fassions? Non. Est-ce que nous faisons un excellent travail? Absolument. Parce que c'est une mission terrestre, le processus lié aux leçons retenues repose largement sur l'Armée de terre. On n'y prépare pas uniquement les leçons retenues de l'armée, mais également les leçons retenues en Afghanistan sur une grande échelle.

Comme je l'ai dit plus tôt, il ne fait aucun doute qu'à chaque minute, depuis deux ans et demi, nous apprenons beaucoup. Les faits sont éloquents, dans une certaine mesure.

Si nous regardons d'où nous sommes partis, du point de vue de la structure de la force, les tâches que nous assumions et la façon dont nous fonctionnions il y a deux ans et demi lorsque nous avons participé au premier déploiement dans le Sud de l'Afghanistan, et que nous regardons tout ce qui a changé au cours de cette période, les changements témoignent d'une assez solide capacité de retenir les leçons, ce qui nous a permis d'être aussi polyvalents que nous l'avons été.

L'armée a une équipe relativement petite à Kingston, le Centre des leçons retenues de l'armée. Le général Leslie peut vous en dire plus sur ce centre parce qu'il le dirige en grande partie. La Force aérienne et la Marine possèdent des capacités semblables. Il existe aussi un processus de coordination centralisé, mais il n'est pas aussi dynamique que ceux utilisés dans l'Armée de terre, la Marine et la Force aérienne. Je dois dire que je suis satisfait de ce que l'armée fait pour nous et pour elle-même afin de s'assurer que les leçons sont consignées rapidement.

J'ai mentionné que nous apprenons sans cesse. Il y a des situations où nous subissons une attaque par dispositif explosif de circonstance, un IED, et en quelques heures, voire en quelques minutes, des analystes sont envoyés sur les lieux et analysent les leçons que nous appliquerons à la tactique, aux techniques, aux procédures, à l'équipement et aux autres capacités, au besoin. Des recommandations sur ces éléments sont formulées dans les heures qui suivent pour faire en sorte que nous en tirions les bonnes leçons le plus rapidement possible. En fait, les leçons retenues sont une bonne nouvelle.

Le sénateur Zimmer : Pour terminer, au sujet des troupes et de ce qu'elles font de bien, tous les gens à qui nous avons parlé nous ont dit exactement ceci : « Nous progressons, nous faisons du bon travail et les choses avancent. » Ça confirme ce que vous avez dit.

Le sénateur Moore : Merci, lieutenant-général Gauthier, d'être venu témoigner aujourd'hui. Dans votre exposé préliminaire, vous avez mentionné au moins à deux reprises une expression que je ne connais pas : les partenaires à l'échelle du gouvernement. Qu'est-ce que ça signifie? Vous êtes un militaire.

Lgén Gauthier : Il y a deux ans et demi, nous utilisions le terme 3D : diplomatie, développement et défense. Selon où vous vous situez, vous nommez un de ces éléments en premier. Puis, l'expression est devenue 3D plus C, tous des sigles.

Le sénateur Moore : Que signifie C?

Lgén Gauthier : À l'époque, on employait C pour commerce. Selon nous, ça ne rendait pas justice à tous les engagements pris par le gouvernement du Canada en Afghanistan. Vous avez vu ce que nous avons actuellement mis en place en Afghanistan avec l'équipe provinciale de reconstruction. Je n'ai donc pas à insister davantage sur ces engagements. J'ajouterais cependant qu'ils sont appuyés par Service correctionnel Canada, la GRC et d'autres corps policiers du Canada, l'ACDI et le MAECI. J'en oublie probablement parce que je me dépêche de répondre à votre question.

Nous avons estimé que « à l'échelle du gouvernement » était une meilleure expression, parce qu'il est question des efforts déployés par le gouvernement du Canada. Elle met en lumière le fait que les militaires ne sont pas les seuls à s'impliquer. Il est important pour nous de le reconnaître. D'un point de vue purement militaire, nous ne pouvons pas faire de l'Afghanistan un état autonome. Nous aurons besoin de tous les leviers du pouvoir et des capacités du gouvernement du Canada pour que notre pays ait une réelle incidence ou pour obtenir les résultats qu'il désire atteindre.

Le sénateur Moore : Nous sommes dans la province de Kandahar.

Lgén Gauthier : Exact.

Le sénateur Moore : C'est un grand pays, dont Kaboul est le centre. Est-ce que d'autres États abordent la situation en utilisant une approche pangouvernementale ou est-ce qu'il s'agit uniquement de notre propre façon d'aborder la situation dans cette province?

Lgén Gauthier : Bien entendu, l'un des problèmes, c'est que la mission de la FIAS est une mission militaire. Elle donne à d'autres les moyens d'agir, et ces personnes varient d'une province à l'autre. Le Canada est important dans cette mission parce qu'il adopte, et continuera d'adopter, une approche plus concertée, plus cohérente et nationale qui donne des résultats et qui, nous l'espérons, aura des répercussions cohérentes et visibles dans la province de Kandahar.

Le sénateur Moore : Par national, parlez-vous de l'Afghanistan?

Lgén Gauthier : Bien entendu. La mission est sans contredit axée sur l'Afghanistan et sur l'appui de ses priorités. Ça ne fait absolument aucun doute. Toutefois, les Afghans ne veulent pas avoir à traiter avec 17 Canadiens représentant 17 ministères et recevoir, de chacun d'eux, des priorités ou des énoncés de priorité différents liés à des centres d'intérêt différents. Les Afghans veulent traiter avec un tout uni, et c'est là où nous voulons en arriver avec la démarche pangouvernementale entreprise en Afghanistan.

Sénateur, ce n'est pas nouveau ni particulier à l'Afghanistan. Dans la province de Helmand, les Britanniques utilisent les mêmes expressions, tout comme les Néerlandais dans la province de l'Oruzgan, et c'est la même chose ailleurs. Qu'il s'agisse d'une approche pangouvernementale ou globale, beaucoup de termes sont utilisés pour décrire essentiellement la même approche, qui est axée sur la cohésion.

Le sénateur Moore : Est-ce que les Américains adoptent la même approche?

Lgén Gauthier : En général, ils le font. Assurément, il y a dix ans, lorsque j'étudiais à l'U.S. Army War College, l'expression à la mode était « collaboration interorganismes ». Les fonctions sont exactement les mêmes.

Le sénateur Moore : Est-ce que c'est ce que vous entendez sur le terrain en Afghanistan? Il me semble que l'approche des Américains est principalement militariste. Ils ne se préoccupent pas de certaines choses dont vous avez parlé ici.

Lgén Gauthier : Ça dépend à qui vous demandez. Si vous posiez la question à l'ambassadeur américain à Kaboul, il aurait son point de vue sur le sujet. Je suis certain qu'il vous dirait effectivement qu'il est chargé de s'assurer qu'on adopte une approche interorganismes.

Pour revenir à ce que vous avez dit sur leur centre d'intérêt, un article intéressant publié dans The Economist la semaine dernière traitait des grandes réussites perçues des Américains dans le Commandement régional de l'Est de la FIAS obtenues non seulement grâce à leur approche militaire, mais aussi aux excellents liens qu'ils ont établis entre les travaux de reconstruction réalisés et les résultats sur le plan militaire.

Le sénateur Moore : Il y a, en lien avec cette question, celle de la représentante du Canada à Kandahar. Est-ce que cette personne relève de l'ambassadeur du Canada en Afghanistan? Vous faites signe que oui. Est-ce que vous avez ou devez avoir une relation de travail quotidienne avec cette personne? Je ne sais pas comment tous ces éléments s'emboîtent, ces piliers, cette approche pangouvernementale et la mission militaire. J'essaie de comprendre quels sont les besoins.

Lgén Gauthier : Je ne veux pas parler pour David Mulroney, mais je vais le faire parce que vous avez posé la question et que je suis ici pour répondre. Elissa Goldberg, la représentante du Canada à Kandahar, a un bureau dans les quartiers généraux des Forces armées canadiennes juste à côté de celui du général Thompson. Elle rend compte à la force opérationnelle en Afghanistan et au Bureau du Conseil privé par l'intermédiaire de l'ambassadeur. Elle n'est pas une représentante du MAECI. Elle représente le gouvernement du Canada dans le Sud de l'Afghanistan. Pour sa part, Arif Lalani représente le gouvernement du Canada à Kaboul, et les deux rendent compte, l'un par l'intermédiaire de l'autre, à David Mulroney.

Le sénateur Moore : De quel sujet cette personne discute-t-elle avec le général qui commande nos troupes là-bas?

Lgén Gauthier : Si je fais une pause, ce n'est pas parce que je suis perplexe, mais plutôt parce qu'ils ont tant à discuter.

Le sénateur Moore : Cette personne n'était pas là lorsque nous y sommes allés. Il s'agit d'une nouvelle nomination. Y avait-il des lacunes? Y avait-il quelque chose que nous ne couvrions pas?

Lgén Gauthier : Je crois que, au tout début de la mission, il n'y avait pas assez de civils sur le terrain pour permettre au gouvernement de respecter tous ses engagements, notamment la reconstruction et le renforcement des capacités. En passant, les conditions de sécurité n'étaient pas nécessairement favorables, comme vous avez pu le voir là-bas.

Le général Thompson discute quotidiennement avec Elissa Goldberg pour établir une position commune sur bien des éléments, par exemple ce qui doit être fait chaque jour, chaque semaine et chaque mois, les collectivités et les régions sur lesquelles il faut se concentrer, ce qui est réalisable et ce qui ne l'est pas et ce que devraient être les priorités de programmation dans un secteur. Ils doivent déterminer tout ça en se fondant sur des discussions qui ont d'abord lieu au sein de l'EPR, mais aussi de plus en plus au Bureau de liaison de l'Aviation canadienne.

Le personnel canadien en Afghanistan compte relativement peu de civils. La bonne nouvelle, c'est qu'il devrait y en avoir plus au cours des prochains mois, et nous espérons qu'il y aura davantage de discussions de ce genre. Le rapport que je reçois chaque semaine de l'Afghanistan est cosigné par Mme Goldberg et par le Commandement de la force opérationnelle interarmées. Auparavant, ils présentaient leurs rapports séparément et non conjointement.

Le sénateur Moore : Pour répondre au sénateur Day, vous avez mentionné que le commandant Michael Day est le commandant de quel groupe?

Lgén Gauthier : Du Commandement — Forces d'opérations spéciales du Canada.

Le sénateur Moore : Est-ce que cela inclut la Force opérationnelle interarmées II, la FOI 2?

Lgén Gauthier : Oui.

Le sénateur Meighen : Merci, monsieur le lieutenant-général Gauthier. Ma question porte sur le concept d'approche pangouvernementale et sur les Afghans qui ont collaboré avec les Forces canadiennes en Afghanistan et qui, dans bien des cas, ont risqué leur vie. Je pense particulièrement aux gens que nous avons rencontrés lors de notre visite en Afghanistan, notamment les interprètes, qui se cachent toujours le visage en public. Ces interprètes courent un risque considérable, d'autant plus que, j'imagine, les gens de la place sont susceptibles de les reconnaître.

Une fois leur contrat terminé, beaucoup d'entre eux ont du mal à vivre dans leur localité pour bien des raisons, notamment pour des raisons de sécurité personnelle.

Vu le contexte de l'approche pangouvernementale, que pouvez-vous faire, en tant que commandant du COMFEC, pour commencer à envisager les meilleures façons de protéger ces personnes? Par exemple, peut-on accélérer le processus leur permettant de venir au Canada en tant qu'immigrants ayant obtenu le droit d'établissement?

Lgén Gauthier : Fort probablement. Il se peut qu'on ait envisagé cela ces dernières années. Je n'en suis pas directement au courant.

Ces gens sont incroyables. Même si les interprètes sont aux premières lignes, beaucoup d'autres travaillent avec nous. Sans eux, nous ne pourrions pas faire notre travail. Nous faisons tout notre possible pour les aider. À la longue, nous devrions discuter de ce qu'ils souhaitent avec d'autres ministères.

Le sénateur Meighen : Vous pourriez peut-être soulever la question à un moment plus convenable auprès des personnes qui en sont responsables au ministère de l'Immigration ou auprès d'autres intervenants. Cela serait grandement apprécié.

On m'a signalé le cas d'un interprète qui souhaite venir au Canada parce qu'il craint pour sa vie. On a peur que le processus normal prenne trop longtemps.

Lgén Gauthier : Le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international et celui de la Citoyenneté et de l'Immigration seraient mieux placés pour expliquer en détail ce qu'ils peuvent faire. En principe, nous devrions absolument faire quelque chose. Les questions sur les obstacles en matière de politiques et sur le nombre de cas à examiner sont pertinentes.

Le sénateur Meighen : Vous auriez peut-être plus de facilité à recruter des interprètes s'ils savaient qu'on s'occupe de leur sécurité par après.

Le président : Il y a aussi le cas d'un Canadien d'origine afghane qui souhaite faire prolonger son mandat, ce qui contribue à notre sens d'engagement.

Le sénateur Meighen : De son employeur canadien.

Le président : Oui. Nous estimons que, si la personne ayant recours aux interprètes soulève la question, cela est plus susceptible d'avoir des répercussions sur tout le système. D'après nous, les chances sont moins bonnes si quelqu'un de Citoyenneté et Immigration Canada essaie de faire avancer la cause.

Lgén Gauthier : J'ai présenté des mentions élogieuses à certaines de ces personnes ces deux dernières années. Comme je viens de le dire, nous ne pourrions pas travailler sans elles. Contrairement à nous qui sommes en uniforme, ces citoyens canadiens n'ont pas signé la clause en matière de responsabilité illimitée. Ce sont des personnes remarquables. Certaines d'entre elles y sont allées à plusieurs reprises.

Le président : Pouvez-vous tenir le comité au courant des progrès dans ce dossier?

Lgén Gauthier : Je le ferai.

Le sénateur Day : Il y a une autre facette à la question. Ces personnes sont bien instruites. Si nous commençons à débaucher les Afghans instruits, le pays mettra beaucoup plus de temps à rebâtir sa société. Oui, c'est bien d'avoir un programme pour les situations extrêmes, mais je comprends pourquoi le président Karzaï est réticent devant un programme canadien ouvert et libéral visant à ramener des Afghans au Canada.

Le président : Nous voulions les échanger contre des avocats des Maritimes.

Lieutenant-général Gauthier, je vous remercie au nom du comité. Vous nous avez aidés. Merci des renseignements que vous nous avez donnés aujourd'hui. Nous vous souhaitons, à vous et à vos collègues, beaucoup de succès dans la tâche difficile que vous avez entreprise. Nous vous admirons et nous souhaitons sincèrement que vous ayez beaucoup de succès.

Lgén Gauthier : Merci encore une fois de ce que vous faites pour nous et pour le Canada. Cela a été un plaisir pour moi.

Le président : Honorables sénateurs, nous avons la chance d'avoir parmi nous aujourd'hui le vice-amiral Drew Robertson, qui s'est enrôlé dans les Forces canadiennes en 1973. Dans le cadre de ses premières affectations, il a effectué des périodes de service comme directeur de conduite de la guerre à bord du NCSM Nipigon et du NCSM Kootenay, comme instructeur à l'École des aspirants-officiers des Forces canadiennes et comme officier de combat à bord du NCSM Skeena.

De 1988 à 1992, il a occupé des postes au Commandement maritime et au quartier général de la Défense nationale. En 1993, il a été nommé commandant en second du ravitailleur NCSM Provider, avant de prendre le commandement du destroyer NCSM Annapolis en janvier 1995. Une fois promu au grade de capitaine de vaisseau en 1997, il est devenu directeur des Politiques de l'OTAN, puis en 1999, il a pris le commandement du destroyer NCSM Athabaskan. En 2001, il a pris le commandement de la flotte canadienne de l'Atlantique, puis celui du Groupe opérationnel du Canada pendant son déploiement de six mois en Asie du Sud-Ouest. À cette occasion, il a été appelé à commander un groupe opérationnel multinational comprenant des navires de sept pays.

Le vice-amiral Robertson est le chef d'état-major de Force maritime depuis janvier 2006.

Monsieur le vice-amiral, bienvenue. Nous sommes heureux de vous avoir parmi nous, d'autant plus que votre temps est limité.

Mes collègues seront heureux d'apprendre qu'il organise un souper pour un ami de ce comité, le vice-amiral Glenn Davidson, qui nous a accueillis lors de notre dernière visite.

Monsieur le vice-amiral, vous avez une déclaration à faire. Allez-y.

Vice-amiral Drew Robertson, chef d'état-major de la Force maritimes, Défense nationale : Merci de m'avoir donné cette occasion de venir vous dire quelques mots pour vous aider à faire avancer les travaux du comité. Comme nous en avons discuté lors de la pause, le moment est opportun, car deux de vos membres prendront bientôt la mer à bord du Ville de Québec. Ils partiront de Québec et se rendront doucement jusqu'à Halifax. Comme vous le savez, le Ville de Québec participera cet été à une opération de l'OTAN.

Je commencerai par faire un tour d'horizon des aspects des opérations navales qui, à mon avis, sont importants aujourd'hui, puis je parlerai un peu de la Stratégie de défense Le Canada d'abord, notamment de l'importance qu'elle a pour les Forces maritimes.

Il est clair que, depuis ma dernière comparution devant ce comité, la marine déploie beaucoup d'efforts pour protéger les intérêts du Canada en matière de sécurité et de défense. Un certain nombre d'initiatives ont été prises, et je pense que vous les trouverez intéressantes si vous les considérez dans leur ensemble.

À la fin de l'été dernier, le Corner Brook, un sous-marin opérationnel sur la côte Est, a été le premier sous-marin de la classe Victoria à être déployé dans l'Arctique. C'était à l'occasion de l'opération Nanook, une série d'exercices annuels à laquelle nous participerons de nouveau dans la prochaine année. Il y a un mois, ce même sous-marin, le Corner Brook, retournait d'un déploiement réussi dans les Caraïbes où il a effectué des opérations secrètes de surveillance antidrogue pour appuyer la Force opérationnelle interorganisationnelle Sud, menée par les États-Unis. C'était une autre première pour un sous-marin canadien.

Le NCSM Toronto, qui faisait partie des Forces maritimes à haut niveau de préparation de l'OTAN, a fait le tour de l'Afrique à la fin de 2007. C'était une première importante tant pour l'OTAN que pour le Canada, en ce sens que l'alliance ne s'était jamais éloignée aussi loin de ses eaux opérationnelles.

Le mois dernier, le NCSM Charlottetown est rentré au pays à la suite d'un déploiement dans le golfe Persique avec le groupe d'attaque de porte-avions Harry S. Truman. Le Charlottetown était le 20e navire de combat à être déployé dans la région depuis le 11 septembre 2001 pour participer à la guerre mondiale contre le terrorisme. Le Charlottetown a participé à la gamme complète des opérations, qui visaient à renforcer la sécurité maritime et à faire la promotion de nos intérêts, en contribuant à l'exploitation du renseignement jusque dans le Sud de l'Afghanistan, ainsi qu'en effectuant des opérations antidrogue, antipiratage, de protection des routes maritimes et d'appui aux forces navales alliées qui fournissent la puissance aérienne dans le Sud de l'Afghanistan. Pour les Forces canadiennes, c'est véritablement un seul théâtre.

Le gouvernement a remplacé le Charlottetown par le Groupe opérationnel du Canada, qui effectuait ainsi son premier déploiement régulier prévu.

Les trois navires du groupe opérationnel, qui proviennent des deux côtes canadiennes, sont sous le commandement du commodore Bob Davidson. Le groupe opérationnel est constitué de l'Iroquois, de la côte Est, du Calgary, une frégate de la côte Ouest, et du Protecteur, le ravitailleur de la côte Ouest.

Le groupe opérationnel, qui a traversé le canal de Suez la semaine dernière, fait partie d'une coalition internationale de 14 navires de six pays qui sont tous sous le commandement du commodore Davidson dans les eaux allant de la mer Rouge au golfe d'Oman. Il a reçu ce commandement d'un contre-amiral français, la semaine dernière, alors que l'Iroquois faisait escale à Aqaba.

À peine quelques heures après, le Calgary, qui était dans le golfe d'Aden, a exécuté une opération antipiratage après avoir reçu l'appel de détresse d'un gros porte-conteneurs commercial. On en a parlé un peu dans les journaux. Le navire a réussi à faire reculer les pirates jusque dans les eaux territoriales de la Somalie.

Sur l'autre côte complètement, nos deux frégates, les NCSM Ottawa et Regina, sont dans le Pacifique occidental, où ils ont récemment participé à des exercices avec les Forces navales des États-Unis et avec la Force navale d'autodéfense du Japon. Ils ont aussi fait escale à de nombreux ports afin d'appuyer nos efforts diplomatiques à l'étranger, notamment à Singapour afin d'appuyer la participation du ministre à un symposium international sur la sécurité.

La composante diplomatique étant terminée, les deux navires et le commandant du groupe opérationnel qui les mène se dirigent maintenant vers Hawaii pour participer à l'exercice maritime le plus important au monde, l'exercice Rim of the Pacific 2008 ou RIMPAC 2008, organisé par les Forces navales américaines.

Enfin, chers sénateurs, une centaine d'hommes et de femmes participent actuellement à des opérations terrestres internationales, dont environ 75 en Afghanistan et un nombre semblable qui se prépare en vue de la prochaine rotation, en exécutant des fonctions de soutien général et d'état-major, en travaillant avec l'Équipe de reconstruction provinciale à Kandahar, ainsi qu'en faisant une partie du travail que font nos plongeurs-démineurs dans leur lutte contre les dispositifs explosifs de circonstance.

Nous faisons beaucoup d'autres tâches qui ont une incidence quotidienne sur notre sécurité, et, dans certains domaines, nous élargissons nos efforts.

Permettez-moi maintenant de parler de la récente annonce du gouvernement.

Quand le premier ministre a présenté la Stratégie de défense Le Canada d'abord, il a dit : « Si vous voulez être pris au sérieux dans le monde, vous devez avoir la capacité d'agir, c'est aussi simple que cela. » C'est un message que les marins comprennent facilement.

En plus des autres annonces qu'il a faites au cours de la dernière année, le gouvernement s'est maintenant engagé à renouveler l'ensemble des Forces maritimes du Canada d'ici vingt ans et plus : en investissant dans la capacité de l'industrie à fournir du soutien en service à long terme aux quatre sous-marins de la classe Victoria; en modernisant les douze navires de la classe Halifax, l'avenir de notre flotte, pour que ces « bêtes de somme » demeurent aussi aptes au combat durant la deuxième moitié de leur durée de vie qu'elles l'ont été durant la première moitié; en mettant en service les hélicoptères maritimes Cyclone dont seront dotés les navires de la classe Halifax — ensemble, ces aéronefs et les frégates modernisées de la classe Halifax constitueront des équipes parmi les plus avancées sur le plan tactique de toutes les forces navales au monde; en modernisant la flotte d'aéronefs Aurora et en prévoyant son remplacement ultérieur; en nous dotant de nouvelles capacités en vue des opérations au Canada et à l'étranger en nous procurant de six à huit navires de patrouille extracôtiers de l'Arctique et trois navires de soutien interarmées; et, enfin, en nous procurant 15 bâtiments de guerre de surface, en vue, d'abord, de remplacer les destroyers de la classe Iroquois qui dirigent le groupe opérationnel du Canada, et en vue, à la longue, de remplacer les navires de la classe Halifax une fois qu'ils auront atteint la fin de leur durée de vie en service dans les années 2020 et au-delà.

Il est utile de prendre un instant pour réfléchir à ce que ce programme de renouvellement de la flotte signifie pour la marine. Avec ce programme, le gouvernement a défini ce à quoi ressemblera la marine canadienne d'ici les cinquante prochaines années. La signature de certains contrats correspondra à ce que mon homologue britannique qualifie de « décisions de 50 ans ».

Nous sommes littéralement au seuil du programme de modernisation et de remplacement le plus intensif de l'histoire de la marine. On le lancera dans environ deux ans, quand débutera le carénage du premier des navires de la classe Halifax.

À part le renouvellement ou le remplacement des capacités énumérées tout à l'heure, la stratégie de défense Le Canada d'abord visera à en arriver à une flotte de combat qui soit bien équilibrée et capable d'intervenir à un moment déterminé par le gouvernement, tout en ayant la capacité d'agir en toute indépendance et souveraineté dans des eaux contestées, de contrôler ce qui se passe en mer et d'influencer les événements à terre. Les forces qui en résulteront pourront maintenir deux axes d'intervention simultanément, l'un au Canada et l'autre à l'étranger, et elles seront structurées de sorte à pouvoir protéger la souveraineté canadienne au pays, défendre les atterrages continentaux et contribuer au maintien de la sécurité maritime et internationale.

Certes, le programme de renouvellement est important, mais ce qui est peut-être encore plus important, c'est que le gouvernement y a rattaché un cadre de planification de 20 ans, reconnaissant qu'une approche stable à long terme en matière de financement de la défense est particulièrement cruciale pour des acquisitions navales, facilement l'une des entreprises du secteur public les plus complexes et les plus vastes.

Comme il a été souligné lors de l'annonce de la Stratégie de défense Le Canada d'abord, la stratégie permettra à l'industrie de s'adapter en vue de répondre à nos besoins. En effet, elle pourra planifier ses activités de façon stratégique et cohérente en fonction des besoins clairement définis du gouvernement. Oui, l'industrie pourra s'aligner efficacement sur la stratégie.

La mise en place de la flotte de demain passera notamment par la construction de navires, mais ce n'est pas simplement une question de construction navale et de profilage d'acier. Les navires de guerre modernes figurent parmi les plates-formes et les machines les plus complexes au monde. Pour les construire, il faudra faire appel à l'ensemble des secteurs de haute technologie et des secteurs industriels de la défense du pays.

Le service naval a vu le jour il y a plus de 98 ans, dans des circonstances modestes, mais ses succès continus sont une source de fierté pour nos marins, qu'ils soient en mer ou à terre. Je vois notre avenir d'un bon œil, même si je sais très bien que les défis de taille devant nous nous obligeront à travailler dur pour concrétiser les priorités du gouvernement.

Merci beaucoup. Je répondrai à vos questions avec plaisir.

Le président : Amiral, ils sont une source de fierté non seulement pour les marins, mais pour toute la population canadienne. Je vous félicite de votre exposé.

Le sénateur Moore : Vos commentaires sur la Stratégie de défense Le Canada d'abord étaient intéressants. Si j'ai bien compris, la stratégie sera dotée d'un budget de 45 à 50 milliards de dollars. Je ne savais pas qu'elle prévoyait la modernisation des sous-marins à demi-vie, des navires pour l'Arctique, des navires de soutien interarmées, le remplacement des hélicoptères Sea King, ainsi que les Chinooks neufs et usagés. Qu'en est-il de ces appareils? Sont-ils visés par le budget? Où voyez-vous le renouvellement dans tout ça? Je ne pense pas que le budget en tienne compte.

Vam Robertson : Vous avez raison. J'ai fait un résumé des annonces antérieures et de l'annonce de la stratégie de défense Le Canada d'abord qui, en les combinant, nous donne cette liste. Les navires de soutien interarmées, les navires de patrouille extracôtiers de l'Arctique et le projet des hélicoptères maritimes, tous annoncés antérieurement, ont été pris en compte dans la planification budgétaire effectuée par le vice-chef d'état-major de la Défense en préparation de l'annonce et de sa comparution devant ce comité la semaine dernière.

Le sénateur Moore : Pensez-vous que vous aurez les fonds? Pensez-vous que tout cela se réalisera tel que prévu? Il s'agit d'un montant d'argent considérable.

Vam Robertson : Il s'agit d'un montant énorme. Le cas de la Marine est un peu particulier, car certains programmes dépasseront largement la période de 20 ans. Certains de nos navires, dont le Protecteur et l'Iroquois, sont en service depuis plus de 35 ans. Certains des navires qui remplaceront les frégates de la classe Halifax seront mis en service dans les années 2030, et je pense qu'ils pourront facilement servir jusqu'aux années 2070, pour vous donner une idée de l'échéancier.

Le sénateur Moore : La durée de vie de ces navires.

Vam Robertson : C'est exact.

Le sénateur Moore : Si toutes ces activités se déroulaient selon les plans, les secteurs de la construction navale, de la réparation des navires et de la maintenance seraient très occupés. Pensez-vous que nous avons au Canada la capacité nécessaire pour effectuer ce travail?

Vam Robertson : Actuellement, l'industrie a une certaine capacité et elle peut créer une capacité en réponse à la demande du gouvernement — les annonces du gouvernement suivies des demandes de propositions, des concours et des contrats.

L'industrie de la construction navale semble empressée de participer à ce plan. L'industrie nous dit qu'elle s'attend à avoir la capacité nécessaire pour entreprendre ce projet.

Le sénateur Moore : Je sais que cela ne relève pas de votre commandement, mais il y a aussi la question de la Garde côtière canadienne et des navires qui lui ont été promis. Compte tenu de tous ces projets de construction, pensez-vous que nos chantiers navals peuvent répondre à la demande?

Vam Robertson : Ce que vous avez dit au début est vrai : ce n'est pas mon domaine d'expertise.

Le sénateur Moore : Non, cela relève du ministère des Pêches et des Océans, ce qui est plutôt étrange.

Vam Robertson : Au-delà de la demande de la Garde côtière canadienne et des traversiers, la construction navale en général est une question qui intéresse particulièrement le sous-ministre adjoint (Matériel), Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, et le ministère de l'Industrie. Un groupe interministériel se penche sur la question générale de la construction navale. L'industrie canadienne a réussi à répondre à ce genre de demande auparavant, alors il semble raisonnable de dire qu'elle pourra répondre à des exigences bien définies du gouvernement.

Le sénateur Moore : Quand nous avons fait construire les frégates de la classe Halifax, nous avions le chantier naval de Saint John, mais ce dernier est maintenant fermé. Je pense au nombre de chantiers navals dans la région de l'Atlantique, au Québec et sur la côte Ouest. Vous croyez que nous avons la capacité nécessaire pour mener à bien ces projets, est-ce correct?

Vam Robertson : La question n'est pas tant de savoir quelles sont mes certitudes, mais plutôt que l'industrie a indiqué qu'elle veut répondre à cette demande.

Le sénateur Moore : Le lieutenant-général Natynczyk a témoigné devant ce comité la semaine dernière. Il est maintenant le chef d'état-major de la Défense. Nous lui avons posé des questions relatives au financement. Quelqu'un lui a demandé s'il avait tenu compte du carburant des aéronefs, des navires, des chars d'assaut, et ainsi de suite. Il a répondu qu'il en avait tenu compte.

Aujourd'hui, dans les médias, on parle de notre marine. On dit que nous avons en tout 34 navires sur les deux côtes. Je ne sais pas si cette information est exacte. Tout cela pour dire qu'apparemment, notre capacité budgétaire ne nous a permis de fournir du carburant aux navires des deux côtes que pour un total de 81 jours en mer au cours de la dernière année.

Je ne sais pas si c'est vrai, je ne sais pas si 81 jours est plus ou moins que la normale. Je ne sais pas si on parle de journées de 24 heures ou de 8 heures. Je ne sais pas quelles sont les prévisions budgétaires ou ce que vous avez inclus dans votre liste de souhaits, étant donné que le prix du carburant a grimpé considérablement en peu de temps.

J'aimerais savoir ce que vous pensez de cette situation. Premièrement, en ce qui concerne les 81 jours, avez-vous pu envoyer vos navires en mer? Vous avez mentionné divers exercices — qui sont tous louables — mais vouliez-vous en faire davantage? Étiez-vous restreint par un manque de fonds pour payer le carburant, dont le prix a augmenté?

Vam Robertson : La somme qui a été affectée aux forces navales au cours des deux dernières années a augmenté chaque année.

J'ai indiqué, il y a plus de deux ans, qu'en augmentant modestement l'investissement dans les opérations et la maintenance, nous obtiendrions davantage de résultats de la Marine. Ce commentaire a entraîné une réponse, de la part du vice-chef, à la demande de fonds, au cours des deux dernières années. Le programme que nous exécutons aujourd'hui en est le résultat, et c'est le maximum que peut faire la Marine. Des navires comme l'Iroquois, le Protecteur et le Calgary sont déployés et passeront de 180 à 190 jours en mer.

Le sénateur Moore : Ils doivent aller là-bas en plus de faire leur travail.

Vam Robertson : C'est dans le cadre de ce déploiement seulement. Ils auront travaillé avant d'être déployés. Ils ont passé du temps en mer avant cela et, deux ou trois mois après leur retour de ce déploiement, ils retourneront en mer. Il y a d'autres navires, comme les deux que j'ai mentionnés, dans les eaux de l'Asie du Sud-Est. Ils ont passé beaucoup plus de 100 jours en mer cette année, et la situation est similaire sur la côte Est.

La question du carburant en tant que dépense importante se résume aux navires qui en consomme beaucoup, soit les frégates, les destroyers et les ravitailleurs. La consommation des navires de défense côtière et des sous-marins ne représente qu'une fraction de la consommation totale de carburant. En fait, les sous-marins sont probablement de loin les plates-formes les plus économiques.

Les principaux navires de guerre, soit les frégates, les destroyers et les deux ravitailleurs, ont plus ou moins atteint le nombre maximal de jours en mer. Le nombre est certainement suffisant pour pouvoir maintenir les compétences professionnelles, qu'il est important de transmettre d'année en année.

Je ne sais pas d'où le journaliste a tiré ces faits, mais j'ai reçu des fonds.

Le sénateur Moore : Étiez-vous au courant de l'article avant que je vous en parle?

Vam Robertson : Oui, j'étais au courant. J'ai reçu plus qu'assez de ressources — en argent — pour être en mesure de faire acquérir de l'expérience à la flotte, de contribuer et d'avoir un impact à l'étranger. Il y a deux facteurs importants. L'un est d'aller quelque part et d'y réaliser quelque chose d'important et d'utile. L'autre est de s'assurer que les marins ont l'expérience nécessaire pour monter dans les rangs et qu'ils sont qualifiés, de sorte que nous ayons une institution professionnelle et autosuffisante.

Je suis préoccupé par l'échéancier de la modernisation des frégates de la classe Halifax, qui nous mène à 2012 ou 2013. À mesure que les frégates seront retirées de la circulation pour être modernisées, la capacité de notre flotte sera affaiblie. Je veux faire acquérir autant d'expérience que possible à la flotte au cours des deux ou trois prochaines années sans atteindre un point où les marins diront : « C'est assez. » Il y a une limite au temps de service en mer qu'on peut demander d'une personne avant que sa famille commence à lui chercher un autre métier. Il y a un certain équilibre à atteindre.

Le sénateur Moore : Parlons un peu de la modernisation des frégates de la classe Halifax, la modernisation à mi-vie.

Quand pouvons-nous nous attendre à une annonce et au début des travaux sur le premier navire? Le comité discute de cette modernisation depuis maintenant deux ou trois ans. Vous l'avez mentionnée lors de votre dernière visite, je crois.

Vam Robertson : En effet, la demande de propositions était en vigueur. Elle comporte deux volets. Le premier comprend les travaux de radoub habituels. Ce contrat a déjà été attribué à des chantiers navals sur les deux côtes.

Le second volet est la modernisation des navires. C'est-à-dire, le remplacement de certains radars et du système de commande et de contrôle. Ce travail a fait l'objet d'un appel d'offres pendant plusieurs mois, et nous recevons des soumissions de l'industrie. Ce processus permettra de faire une annonce dans les prochains mois. Le dossier est entre les mains du sous-ministre adjoint (Matériel), Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, Dan Ross. Nous devrions être en mesure de faire une annonce dans les prochains mois, et les travaux devraient débuter en 2010.

Le sénateur Banks : Heureux de vous revoir, amiral. Vous avez mentionné que le commodore Davidson a des fonctions que vous avez déjà assumées, je crois. Vous étiez le commandant de la flotte de l'Atlantique de l'OTAN, si je ne souviens bien, est-ce correct? Est-il dans le golfe?

Vam Robertson : Il est dans le golfe, comme moi auparavant. Il couvre un secteur beaucoup plus vaste. Je m'occupais du golfe d'Oman et du détroit d'Hormuz. Il s'occupe maintenant de cette région jusqu'à la mer Rouge.

Le sénateur Banks : En ce qui concerne la flotte actuelle, nos destroyers ont-ils la capacité de commander une flotte de 14 ou 15 navires?

Vam Robertson : Oui.

Le sénateur Banks : Je suppose que nous ne réparerons ou ne moderniserons pas nos destroyers pendant un bon bout de temps. Vous parlez du renouvellement de la flotte et de nouveaux navires et, je suppose, d'un nouveau concept. Y aura-t-il une période où nous n'aurons pas de capacité de commandement, ou modifierez-vous certaines frégates de la classe Halifax afin qu'elles fonctionnent comme des navires de commandement?

Vam Robertson : Les frégates de la classe Halifax ont actuellement une capacité modeste pour assumer une telle fonction.

Le sénateur Banks : Elles ne seraient pas capables d'accomplir ce que vous avez fait ou ce que le commodore fait actuellement?

Vam Robertson : Il serait assez difficile de leur faire faire ce que le commodore accomplit actuellement, même pendant une courte période, et sans leur fournir les capacités que possèdent les navires de la classe Iroquois, en particulier la capacité de défense aérienne.

Le sénateur Banks : Serons-nous dépourvus de cette capacité pendant une certaine période?

Vam Robertson : Les frégates de la classe Halifax auront une capacité modeste de commande et de contrôle, et les seules modifications que nous prévoyons visent de petits changements qui permettront de recevoir davantage de personnes.

Le fait d'avoir un commodore à son bord signifie l'ajout d'un effectif de 30 à 35 personnes pour permettre au commodore d'accomplir la mission. Les frégates ne peuvent pas recevoir un tel effectif sans que le navire ne se retrouve plein à craquer.

Vous avez raison, aucune modification du système d'armes des navires de la classe Halifax n'a été prévu pour leur permettre d'embarquer une capacité de défense aérienne. Ce n'est simplement pas prévu. Nous tenterons de passer le plus rapidement possible au bâtiment de combat de surface, dont il est question dans la stratégie de la Défense Le Canada d'abord.

Selon l'expérience de nos alliés, les programmes de construction navale complexes ont un échéancier de huit à dix ans.

Le sénateur Banks : Je suppose que les destroyers ne dureront pas aussi longtemps.

Vam Robertson : Ils dureront presque aussi longtemps. Les activités de l'Iroquois indiquent qu'il est encore un navire de guerre efficace en raison de sa modernisation au début des années 1990. Cependant, après 36 ans de service, on estime qu'il prend de l'âge. Après 40 ans de service, on se posera ouvertement des questions à propos de l'obsolescence de certains équipements, et nous nous pencherons sur ces questions.

Le but est de maintenir cette capacité jusqu'à ce que nous procédions au transfert traditionnel, par lequel un navire est désarmé, et son équipage reçoit l'instruction relative au prochain navire, puis part en mer. Il y aura un intervalle, et la question est la suivante : jusqu'à quel point pouvons-nous réduire cet intervalle? Nous devons faire avancer les programmes de construction et concentrer nos efforts sur les prochains navires, en particulier sur le chef de file de la nouvelle classe de navires, pour les mettre à l'eau dès que possible.

Le sénateur Banks : Leur concept est-il déjà établi?

Vam Robertson : Non. Cela dit, c'est peut-être la mauvaise réponse à donner. On ne conçoit pas un navire de guerre à partir de zéro. On examine plutôt les normes de l'industrie dans le monde entier. On choisit une plate-forme existante et on commence le travail de conception à partir de cette plate-forme. On peut retracer les origines des navires depuis les navires actuels. Le concept d'un navire de remplacement sera vraisemblablement fondé sur le concept d'un navire qui existe actuellement.

Le sénateur Banks : Quand pensez-vous recevoir les nouveaux hélicoptères, qui permettront de commencer les travaux sur les frégates?

Vam Robertson : Je n'ai pas les détails les plus récents à ce sujet. Le lieutenant-général Watt aura la réponse exacte à cette question. Je vais arrêter là et le laisser répondre.

Le sénateur Banks : Quel est le nom de l'hélicoptère?

Vam Robertson : C'est le CH-148 Cyclone.

Le président : Durant votre témoignage, vice-amiral Robertson, vous avez dit que les derniers navires de la classe Halifax demeureraient en service jusqu'aux années 2030. Quel âge auront alors les navires?

Vam Robertson : L'Ottawa est la dernière des douze frégates. Le navire a été mis en service en 1996-1997. Il aura 35 ans en 2032, ce qui est un peu tôt pour le désarmer.

Le président : Vous attendez-vous à ce que les frégates soient toutes identiques ou à ce qu'elles évoluent à mesure qu'elles sont construites?

Vam Robertson : Parlez-vous des navires de remplacement?

Le président : Oui.

Vam Robertson : Je m'attends à ce que les systèmes d'armes soient différents, selon le rôle du navire. Les navires de commande et de contrôle auront une capacité de défense aérienne et une capacité de commande et de contrôle, et ainsi de suite.

Le président : Comme c'est le cas pour les destroyers actuellement?

Vam Robertson : Exactement. Les navires qui remplaceront les frégates auront des capacités plus modestes, ce qui convient aux frégates. Je m'attends à ce qu'il y ait une évolution de la capacité avec le temps, mais cela dépend si ces navires seront construits rapidement en groupe pour reconstituer la flotte ou s'ils sont construits sur une longue période, ce qui a l'avantage d'offrir une certaine stabilité pour l'industrie de la construction navale. Sur une longue période, il est normal de construire en groupe, de la même façon qu'ont été construits les navires à vapeur dans les années 1950 et 1960. Ils étaient habituellement construits en groupes de quatre à six, et chaque groupe avait des capacités légèrement différentes.

Le sénateur Mitchell : Vice-amiral Robertson, ma première question porte sur la modernisation de la flotte, en particulier sur le projet de remplacement des destroyers. Il pourrait y avoir une période durant laquelle les destroyers actuels ne seront plus opérationnels et les nouveaux ne seront pas encore en service. Y aura-t-il un intervalle? Quelle sera la gravité de cet intervalle? Prévoyez-vous des mesures d'atténuation pour aborder ce problème?

Vam Robertson : Le but est de ne pas avoir d'intervalle, mais plutôt un transfert. Le génie naval est une science que je ne contrôle pas. Il y a toujours une possibilité que des navires d'un certain âge nous réservent des surprises, une fois qu'ils ont atteint 40 ans. Par exemple, le Protecteur, qui a été déployé au Moyen-Orient, a été mis en service il y a 38 ans. Il aura 39 ans quand il reviendra de son déploiement actuel. Nous nous retrouverons alors dans une situation au- delà de notre expérience antérieure. En théorie, nous pourrions toujours avoir des surprises. Nous avons bien réussi à maintenir ces ravitailleurs, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de surprises. Le but, dans le cas des destroyers, est de les garder en service afin de pouvoir procéder au transfert un moment donné. Nous visons à réduire au minimum l'intervalle de cette façon.

En ce qui concerne les mesures d'atténuation, les frégates de la classe Halifax auront des capacités de commande et de contrôle modestes, mais elles nous permettront de mener des opérations complètes au Canada et des opérations plus modestes à l'étranger. Il n'y a pas de mesure d'atténuation en ce qui concerne la capacité de défense aérienne de ces navires.

Le sénateur Mitchell : La nécessité de moderniser la flotte crée un énorme besoin de personnel. Quelles sont vos projections en matière d'effectifs? Il ne sera certainement pas facile de trouver tout le personnel qu'il vous faut, ça c'est sûr. Quelles sont vos considérations à cet égard?

Vam Robertson : Il y a deux aspects à la question. Premièrement, où en sommes-nous actuellement au plan de nos personnels marins? La Marine est en léger sous-effectif et nous aimerions avoir plus de matelots. Nous avons en effet des difficultés de recrutement dans certains métiers, en particulier dans les professions techniques très en demande au Canada depuis les quatre ou cinq dernières années. Nous commençons à connaître des problèmes de sous-effectif dans ces domaines. C'est pourquoi la cadence des opérations que nous menons cette année est à la limite de ce que nous pouvons assurer. Nos marins sont désireux d'aller en mer et si nous ne leur proposons pas de missions navales suffisamment intéressantes, ils quitteront la Marine. C'est eux qui prennent la décision.

Nous devons nous efforcer d'intéresser et de recruter du personnel pour les Forces canadiennes. C'est pourquoi nous avons récemment entrepris une campagne de publicité et que nous enverrons une frégate dans la région des Grands Lacs au cours de l'été. Cette mission sera une vitrine de la Marine dans le couloir entre Québec et Hamilton. Ce sera l'occasion de montrer nos bâtiments et d'intéresser des gens qui ont des compétences en forte demande. Nous devons aller auprès des gens pour recruter et non pas attendre qu'ils viennent vers nous.

Deuxièmement, de quels types de personnels aura besoin la Marine de demain? Cela pose problème en ce que, à l'heure actuelle, nous en sommes à notre effectif le plus bas depuis la guerre de Corée. Les exercices de dégraissage des années 1990 ont réduit nos effectifs et la capacité de notre quartier général à un niveau qui nous a permis d'être opérationnel sur le court terme, mais qui ne nous a pas laissé beaucoup de capacité pour le plus long terme. Cette capacité restreinte ne sera pas sans poser de difficulté lorsqu'il s'agira de constituer des équipes pour réaliser les projets annoncés par le gouvernement.

Les choses ne fonctionnent plus de la même façon qu'au moment où l'on a acheté les frégates de la classe Halifax, il y a vingt ans. Les équipes de projet n'ont pas besoin d'être aussi nombreuses qu'à cette époque. L'expérience de la Marine et de la Garde côtière américaine dans deux projets particuliers, concernant la construction de navires hauturiers pour la Garde côtière et de bâtiments de combat littoral pour la Marine américaine, montre que si l'on n'investit pas dans le développement des compétences nécessaires, militaires ou gouvernementales, pour gérer ces projets, et que si nous n'avons pas assez de personnel et qu'on pense pouvoir compter que l'industrie pourra prendre le relais, on risque d'être déçu. Il faut que le gouvernement et l'industrie fassent équipe, et chacune des deux parties doit pouvoir faire sa juste part.

Il ne sera pas facile de trouver le nombre de personnes dont aura besoin le Groupe des matériels pour gérer les équipes de projets, et je devrai travailler sur cela au cours des deux prochaines années. Cela impliquera une restructuration de certaines de nos activités avec notre personnel maritime et avec nos services de la Marine. J'aurai également besoin de l'assistance du vice-amiral pour que certaines compétences soient mises à disposition concernant ce projet d'investissement.

Le sénateur Mitchell : Ce qui m'amène à ma prochaine question. Je vais poser la question du sénateur Nancy Ruth, mais cet aspect du problème m'intéresse aussi. Je remarque qu'au moins deux des officiers qui vous accompagnent sont des femmes. C'est très positif et cela témoigne d'une tendance qui selon moi est importante pour le milieu militaire en général. Premièrement, quel est le pourcentage de femmes dans les effectifs de personnel marin? Deuxièmement, avez- vous un programme de recrutement spécifique qui pourrait rendre la Marine plus attractive comme choix de carrière pour les femmes? Troisièmement, dans un certain sens, vous êtes une courroie de transmission, et vous êtes responsable du développement et de la formation de votre personnel de Marine. Est-ce que vous traitez, dans les cours de formation que vous leur donnez, de la résolution 1325 des Nations Unies, qui porte sur le rôle des femmes dans les situations de conflit et en dehors des situations de conflit?

Vam Robertson : Je n'ai pas les dernières statistiques sur nos effectifs féminins. Je crois que c'est de l'ordre de 18 ou 19 p. 100, mais il faudrait que je vérifie. Je n'ai pas les chiffres en main. Ce qui m'inquiète, c'est que le pourcentage a diminué au cours des trois ou quatre dernières années, en raison notamment des faibles effectifs recrutés depuis quatre ans. Ce n'est pas bon signe, selon moi. Nous essayons de recruter les meilleurs éléments possible.

La plupart de nos publicités de recrutement sont illustrées par des images représentant des gens de tous les milieux et de tous les profils. Lorsque le général Leslie et moi avons visionné les dernières publicités de la campagne, j'ai demandé où étaient les femmes. Et le général Leslie a demandé où étaient les femmes en situation de commandement. Comme il l'a fait remarquer, il y a des femmes chefs de quart à la passerelle, il y a une femme commandante en second (XO) sur la côte Est et nous avons déjà eu un navire de défense côtière qui était commandé par une femme. Je crois qu'une partie du problème, dans le cas du film qu'on nous a montré, était que la séquence avait été filmée en mer, dans les eaux froides au large de la Nouvelle-Écosse, où tout le monde était en parka, bonnet enfoncé sur les yeux, de sorte qu'il était difficile de distinguer les femmes des hommes.

Mais il est certain que c'est une question qui me préoccupe. La Marine a besoin de s'améliorer sur ce point — et elle a besoin d'améliorer sa performance concernant le recrutement de personnels francophones. Car les effectifs ont baissé là aussi depuis quatre ans et j'aimerais que nous fassions mieux.

En ce qui concerne la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, il faut savoir que le contexte particulier de la vie en mer fait que nos interactions se limitent essentiellement à des personnels marins. Ainsi, dans la région du Golfe, les bâtiments que nous abordons sont le plus souvent des boutres qui cabotent le long des côtes, et dont les équipages sont exclusivement masculins. En fait, lorsque l'on rencontre des bateaux de pirates, qui viennent pour la plupart des côtes de Somalie, il n'y a que des hommes à bord. Je ne suis pas sûr que la résolution 1325 soit très pertinente pour nous dans ce contexte-là.

Les contacts que nous avons avec la population civile concernent surtout des situations de trafic de clandestins et d'exode de réfugiés, comme cela se voit dans le golfe d'Aden, entre la Somalie et le Yémen, et il s'agit plutôt d'opérations de recherche et sauvetage et de secourisme où tout le monde est traité exactement de la même façon.

Le sénateur Mitchell : Merci de votre réponse. Il est certain que le CEMD pourrait être quelqu'un de la Marine et que cela pourrait avoir une profonde influence sur la culture des divers secteurs des Forces canadiennes pour ce qui est de la gestion, sur le terrain, des problèmes d'interactions individuelles qui relèvent de la résolution 1325. Il me semble que si une telle influence s'étendait à l'ensemble de la culture militaire, et notamment à la Marine, cela ne pourrait être que bénéfique. Nous avons rencontré, en Afghanistan, des personnels navals qui ne sont peut-être pas sur la ligne de front mais qui pourraient être amenés à participer à ce type d'intervention. C'est quelque chose que j'encourage, et je suis content que vous y soyez attentif.

Ma troisième et dernière question concerne le changement climatique. Récemment, nous sommes allés dans le Nord avec le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles. Et bien, si quelqu'un doute encore de la réalité du changement climatique, il n'a qu'à aller passer vingt-quatre heures dans le Nord pour être fixé. Le phénomène a en l'occurrence mis en exergue le problème de la souveraineté territoriale, du fait notamment que la banquise fond beaucoup plus vite que ne l'avaient prévu les projections les plus optimistes. Pouvez-vous nous dire comment vous calculez, dans vos plans de développement, les pressions auxquelles seront confrontées les opérations de patrouille des côtes arctiques et comment vous concevez le rôle de la Marine dans la promotion de la souveraineté territoriale? À votre avis, est-ce un domaine où vous serez appelés à jouer un rôle de plus en plus important ou est-ce plutôt un domaine qui relève de la Garde côtière, et cetera?

Vam Robertson : Notre rôle dans l'Arctique devient de plus en plus important, bien que nous soyons plus ou moins présents dans la région depuis les années 1970, si mes renseignements sont bons. Bien sûr, dans les années 1950-1960, nous avions le NCSM Labrador. Cela remonte à une autre époque. Mais au cours de ma carrière, la Marine est allée périodiquement dans l'Arctique; et nous avons encore une expédition annuelle à Nanook, comme ce fut le cas l'été dernier lorsque nous y avons envoyé une frégate et un sous-marin de défense côtière. Les deux bâtiments ont travaillé avec les navires de la Garde côtière en Arctique. Ces opérations ont lieu depuis déjà quelques années, et se poursuivront au cours des années à venir.

Ce qui sera différent, bien sûr, c'est l'acquisition au cours des dix prochaines années de nouveaux navires de patrouille extracôtiers afin d'améliorer notre capacité de surveillance dans les eaux arctiques. Dans l'intérim, l'important pour la Marine est de pouvoir être présent dans la région afin de renforcer la souveraineté territoriale canadienne alors que d'autres bâtiments étrangers pourraient faire une incursion dans les parages. C'est pourquoi les navires de la patrouille extracôtière arctique doivent être étudiés avec intelligence, en sorte que nous ayons la capacité nécessaire pour être présent dans la région lorsque d'autres bâtiments étrangers pourraient s'y trouver, mais pas au point de compromettre l'intégrité de la flotte. Ces bâtiments deviennent de plus en plus apparentés aux brise-glace, ce qui est très bien, quoique cela ait moins d'utilité pour les missions dans les régions comme les Grands Bancs et les îles de la Reine-Charlotte.

Le tout est de trouver la solution optimale. C'est un défi technique auquel travaille actuellement une firme d'ingénieurs. La solution optimale est celle qui permet au bâtiment d'avoir une bonne tenue en mer et une bonne vitesse de croisière tout en ayant une résistance à la glace suffisante pour pouvoir travailler en Arctique jusqu'aux marges de la saison de navigation.

Le sénateur Meighen : Bienvenue parmi nous, vice-amiral. J'aimerais que vous nous parliez de vos pénuries de personnel, pas tant des compétences qui vous font défaut pour les projets d'équipement, d'études techniques, et cetera. mais des pénuries de personnels plus traditionnelles. On nous a dit que l'armée manquait cruellement de cadres intermédiaires et de sous-officiers ainsi que de personnels de formation. La Marine a-t-elle le même problème?

À l'occasion d'autres audiences, certains témoins nous ont dit que vous aviez de la difficulté non seulement à recruter, mais à conserver vos compétences dans les professions et les métiers spécialisés.

Et puisqu'il est question de pénurie, est-ce que l'envolée des prix du carburant risque de nuire à votre capacité de naviguer? Votre capacité de naviguer doit sûrement conditionner vos activités d'entraînement et la bonne marche de vos activités opérationnelles.

Vam Robertson : Nous avons des problèmes semblables à ceux qu'éprouvent tous les éléments des Forces canadiennes, et d'autres problèmes qui sont différents. Le problème général est que le programme de compression des effectifs qui a été mené dans les années 1990 s'est déroulé sur une courte période et a porté sur une cohorte spécifique. Il en est résulté une distorsion de la courbe d'âge optimale des Forces canadiennes. La cohorte où l'effectif est le moins nombreux est celle des gens qui arrivent à la retraite et qui pourront bientôt toucher leur pension. C'est eux qui ont le pouvoir de décision.

À l'heure actuelle, la Marine est en sous-effectif de 400 personnes, soit l'équivalent d'environ deux équipages de navire, quoique ce soit peut-être une manière inexacte de représenter la chose. Le recrutement du secteur des opérations techniques n'a pas été aussi fructueux que nous l'avions espéré. Nous devons faire mieux dans ce créneau particulier pour contribuer davantage à l'effort de recrutement dans son ensemble. Le problème se pose au moment même où un groupe déjà relativement peu nombreux arrive près de la barre des 20 ans de service ouvrant droit à pension à jouissance immédiate. Cette situation pourrait poser un problème, mais il est difficile d'en mesurer l'impact parce que nous arrivons assez bien à conserver nos effectifs. De fait, la stabilité de notre effectif fait l'envie des autres forces armées occidentales, quoiqu'il s'en faudrait de peu que la balance bascule.

Nous constatons déjà une légère augmentation du taux d'attrition. Mon état-major, l'état-major des Forces canadiennes et le chef du personnel militaire essaient de comprendre ce que cette tendance peut signifier. Faut-il comprendre que les gens prennent la décision de carrière que l'on prend logiquement après 20 ans de service, ou y a-t-il une autre signification à cette légère hausse du taux d'attrition?

Les gens des deux commandements côtiers nous demandent, à nous du commandement central, de recruter les quelques personnels ultra qualifiés dont on a besoin pour certains métiers spécialisés. Ces recrues ont besoin d'être formées, mais nous pouvons nous en occuper. De cette façon nous arriverons à combler plus de 90 p. 100 des besoins plutôt que d'être en deçà de la barre des 90 p. 100 comme c'est le cas pour quelques secteurs d'activités. Dans certains métiers, il suffit de recruter quelques dizaine de personnes par an pour que cela fasse toute la différence.

On peut réussir à recruter 7 000 ou 8 000 personnes dans les Forces canadiennes, mais si l'on ne peut pas trouver les quelques dizaines de compétences dont on a besoin dans certains créneaux clés, les nouveaux effectifs iront dans la mauvaise direction et à un moment donné on ne pourra pas envoyer nos bâtiments en mer. Mais on n'en est pas encore là. Dans mes notes d'introduction, je fais référence à cette situation pour parler du nombre de bâtiments que nous pouvons envoyer en mer. C'est ce qui me motive à essayer de trouver une solution à notre problème de recrutement national.

Le sénateur Meighen : Vous avez parlé d'embaucher X milliers de personnes pour les divers secteurs des Forces canadiennes. Or, l'expérience passée nous a appris qu'il était difficile d'assurer la cadence de traitement qu'implique un tel volume d'embauche, que les recrues peuvent se décourager et qu'on manque de formateurs pour les entraîner. Il semblerait que ce genre d'exercice ne soit pas efficace et que, quand bien même on leur présenterait X milliers de recrues sur un plateau d'argent, les Forces canadiennes n'auraient pas la capacité nécessaire pour gérer un tel volume.

Dans votre secteur, voyez-vous une amélioration à cet égard? Si l'on prend les dizaines de recrues dont vous avez besoin dans certains métiers ultra spécialisés, pouvez-vous leur proposer des conditions attractives, par exemple des bonifications salariales, pour les inciter à s'engager? Êtes-vous en mesure de leur proposer des incitatifs vraiment intéressants, sans aller jusqu'à une croisière en Arctique?

Vam Robertson : Il se trouve que je suis un client du système de recrutement des Forces canadiennes. Il y a environ deux semaines, j'étais invité à St-Jean comme officier de revue pour un défilé de remise des diplômes. J'y ai appris qu'on avait là un système efficace, capable de traiter un nombre croissant de nouvelles recrues. Depuis quelque temps, la Marine administre une petite école de recrutement pour former des réservistes. Paradoxalement, cette école se trouve à Borden. Le recrutement qui se fait par ce moyen nous permet d'augmenter légèrement notre capacité.

Nous avons seulement besoin de recruter annuellement entre 700 et 800 nouveaux personnels marins, et d'après ce que j'ai pu constater, le système des Forces canadiennes est capable d'assurer mes besoins, dans la combinaison de profils qu'il me faut, par le centre de recrutement général, et c'est là que nous devons axer nos efforts.

Vous avez parlé de moyens incitatifs, et il est possible que nos campagnes de recrutement n'expliquent pas assez bien tous les avantages qu'offre un emploi dans les Forces canadiennes.

Il faut que j'examine ce que l'on pourrait faire en termes de moyens incitatifs pour fidéliser notre personnel; pas nécessairement pour résoudre notre problème d'attrition, mais pour conserver certains effectifs qui normalement pourraient décider de quitter les forces. Il faut que nous nous penchions là-dessus.

Pour ce qui est du carburant, ce poste de coût représente entre 6 et 8 p. 100 du budget total des dépenses d'exploitation et de maintenance de la Marine. Le vice-chef d'état major nous a un peu aidés au cours des récentes années à absorber la hausse du prix du carburant.

Le sénateur Meighen : Est-ce au cours des dernières semaines?

Vam Robertson : Une hausse de 10 p. 100 du coût du carburant entraînera une augmentation de 1 p. 100 de la demande dans mon budget; il faut trouver quelque part des moyens d'y répondre.

Le sénateur Meighen : Cela vous pose-t-il des problèmes?

Vam Robertson : C'est quelque chose que nous surveillerons, mais nos ressources sont suffisantes cette année.

Le sénateur Meighen : Voulez-vous que j'arrête maintenant, monsieur le président?

Le président : Oui, parce que l'amiral doit recruter du personnel dans un moment et que je ne veux pas que cela soit enregistré.

Je présente mes excuses aux sénateurs Day, Zimmer, Moore et Banks, qui avaient tous d'autres questions à poser, mais en toute justice pour le vice-amiral, nous avons commencé en retard et il nous avait prévenu de son engagement avant cette réunion.

Amiral, cela signifie que vous devrez revenir plus tôt que vous l'auriez souhaité, mais nous vous remercions d'être venu aujourd'hui et d'avoir fourni au comité beaucoup de renseignements que nous trouvons utiles. Nous vous souhaitons bonne chance pour remédier au problème de recrutement que vous prévoyez. Nous espérons que vous aurez une meilleure occasion d'exposer les mérites de nos sous-marins à l'avenir.

Chers collègues, je vous présente maintenant le lieutenant-général W. Angus Watt, chef d'état-major de la Force aérienne.

Le lieutenant-général Watt s'est enrôlé en 1972. Il a piloté l'hélicoptère Sea King au sein de l'escadron 443, à Shearwater, en Nouvelle-Écosse; il a formé des pilotes d'hélicoptère à la base des Forces canadiennes, à Portage la Prairie et, plus tard, il a commandé l'escadron d'hélicoptères maritimes 423. Il a également occupé des postes d'état- major au siège de l'OTAN, à Bruxelles, et un certain nombre de postes à Ottawa, à Winnipeg, et au quartier général du NORAD, à Colorado Spring.

Le lieutenant-général Watt a commandé la Force opérationnelle interarmées de l'Asie du Sud-Ouest dans le cadre de l'opération Apollo, en 2002, et il a servi comme commandant adjoint (Air) — plus souvent appelé directeur de vol — de la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan en 2006. Il a été nommé à son poste actuel de chef d'état-major de la Force aérienne en 2007.

Lieutenant-général Watt, je crois comprendre que vous avez une brève déclaration à faire. Vous avez la parole.

Lieutenant-général W. Angus Watt, chef d'état-major de la Force aérienne, Défense nationale : Je remercie le président et les membres du Comité de m'avoir invité à parler de la Force aérienne du Canada. Je sais que vous avez pris le temps de vous familiariser avec les Forces canadiennes et leur contribution à la sécurité économique, environnementale et matérielle du Canada.

Je sais que vous avez rencontré un bon nombre des hommes et des femmes de talent qui servent dans la Force aérienne du Canada, aussi bien dans nos escadres ici au Canada qu'en mission outre-mer. Je vous suis reconnaissant du fait que vous sensibilisez la population à la raison d'être des Forces canadiennes.

En ma qualité de chef d'état-major de la Force aérienne et de commandant de la Force aérienne du Canada, je suis responsable de la mise sur pied de capacités aérospatiales. Cela revient à dire que je dois fournir la bonne combinaison d'équipement et des effectifs dûment formés aux commandements de niveau opérationnel, principalement le Commandement Canada pour les opérations en Amérique du Nord et le Commandement de la Force expéditionnaire du Canada, ou CESCOM, pour les opérations internationales. La gamme des capacités de soutien que la Force aérienne procure à ces commandements est extrêmement vaste.

[Français]

Nous répondons aux besoins de la population canadienne en assurant une assistance immédiate 24 heures sur 24. Grâce à nos opérations de recherche et de sauvetage, nous avons répondu à plus de 9 000 appels en 2007. Nous avons d'ailleurs tout récemment participé à l'opération d'évacuation des habitants de Kashechewan et de Fort Albany, menacés d'inondation, à l'aide de cinq hélicoptères Griffon, d'un Cormorant, d'un Sea King et de deux appareils Hercules. Nous maintenons la surveillance et le contrôle de l'espace aérien canadien, le deuxième pays au monde de par sa superficie. Nous menons des patrouilles aériennes de souveraineté en zones arctiques maritimes ainsi que nos zones économiques.

Le personnel de la force aérienne apporte également une immense contribution aux opérations des forces canadiennes partout dans le monde, comme par exemple tout dernièrement l'opération de transport de matériel de première nécessité aux victimes du cyclone au Myanmar.

[Traduction]

Les membres de la Force aérienne sont présents dans pratiquement tous les théâtres d'opérations — ils assurent la surveillance et le transport aériens en Afghanistan, fournissent du personnel à l'élément de soutien du théâtre, appuient la Force opérationnelle interarmées à Kandahar, tant à l'aérodrome qu'à l'extérieur de la zone de sécurité dans les bases d'opérations avancées, ils secondent l'Équipe provinciale de reconstruction et ils servent ailleurs en Afghanistan et dans le monde.

Comme vous pouvez l'imaginer, je suis extrêmement fier de l'excellent travail que font nos équipes chevronnées chaque jour, aussi bien au Canada que dans des endroits dangereux dans le monde entier. Ce sont nos effectifs qui nous permettent d'offrir la vaste gamme de services qui sont en si forte demande.

[Français]

Pour l'avenir rapproché et à moyen terme, nous chercherons et continuerons de chercher à renouveler nos capacités. Nous avions entrepris un niveau sans précédent de réfection de nos flottes d'aéronefs, et nous continuerons de préciser les capacités requises.

Le dernier des quatre nouveaux appareils CC177 de transport stratégique est arrivé au Canada en mai. Un marché vient d'être conclu en vue de l'acquisition de 17 appareils C-130J Hercules, qui remplaceront les plus anciens de la flotte vieillissante des Hercules. Nous travaillons à fournir à nos troupes en Afghanistan des possibilités d'un hélicoptère tactique moyen/lourd.

Parmi les autres investissements prévus, mentionnons l'escadre expéditionnaire de la force aérienne, que l'on établira à Bagotville, l'aéronef de surveillance polyvalent, un nouvel avion de recherche et de sauvetage et une prochaine génération de chasseurs. Cette revitalisation est essentielle car en 1985, l'âge moyen de nos aéronefs était de 17 ans; en 1995, il se situait à 21 ans. L'âge moyen de nos appareils atteint maintenant 26 ans.

Je m'assure du fonctionnement sécuritaire de toutes mes flottes ainsi que de leur efficacité. Ces efforts de recapitalisation aideront toutefois à réduire la moyenne d'âge des aéronefs et à en accroître la disponibilité et la capacité.

[Traduction]

Cette recapitalisation pose des défis de taille. Pour que les efforts de transformation soient coordonnés et évoluent dans le sens d'une vision stratégique unique, je vise en général à établir, pour le Canada, une force aérienne qui soit agile et apte au combat, et dotée d'une portée et d'une puissance essentielle aux opérations intégrées des Forces canadiennes au Canada et à l'étranger.

Selon ma vision, la Force aérienne de l'avenir sera une organisation apprenante, axée sur les effets, réseautée, capable d'interopérabilité, expéditionnaire au Canada et à l'étranger, apte au combat, et collaborera avec les Canadiens.

Pour réaliser et mettre en œuvre cette vision, je compte réunir les effectifs, les capacités et les fonctions des aéronefs sous la forme de lignes d'opération stratégiques, qui sont des outils d'application de la puissance aérospatiale. Les neuf lignes d'opération comprendront probablement la formation initiale du personnel, l'utilisation de la Force aérospatiale, la gestion et le contrôle de l'environnement aérospatial, la démonstration aérienne, le soutien expéditionnaire aérien, l'aéromobilité, la recherche et le sauvetage à l'échelle nationale, le renseignement, la surveillance, la reconnaissance et le contrôle, de même que des hélicoptères tactiques.

Ces neuf lignes d'opération constituent l'outil principal de notre planification fondée sur les capacités. En énonçant cette vision de l'avenir et en structurant ainsi les capacités, la Force aérienne pourra convertir ses intentions stratégiques en des objectifs clairs.

J'ai mentionné que la recapitalisation des flottes d'aéronefs pose des défis de taille. Le principal problème qui touche tous les aspects des opérations et de la planification de la Force aérienne est lié au personnel. À l'heure actuelle, je dispose d'environ 11 670 militaires de la force régulière, formés et qualifiés, et de 2 300 réservistes. Cependant, je suis aux prises avec une pénurie d'effectifs, de longs délais d'instruction et un profil démographique défavorable.

J'ai à relever trois défis : il me faut attirer des candidats, les former, et il me faut absolument les conserver.

[Français]

Un objectif important de la force aérienne est d'établir les conditions qui feront de nous un employeur de préférence pour les Canadiens et les Canadiennes. Je continue de soutenir les efforts du chef du personnel militaire visant à attirer et à recruter des candidats potentiels. Nous travaillons à optimiser chaque niveau d'instruction; nous faisons appel aux établissements de formation civile et nous établissons un programme complet de communication axé sur l'excellente renommée de la force aérienne, sur le milieu stimulant de l'aérospatial et sur les nombreux avantages de se joindre à l'équipe de la force aérienne.

La formation de personnel pour les forces aérospatiales est particulièrement complexe du fait que ces professions exigent un niveau élevé d'habileté et de connaissances techniques, qui impliquent de longues périodes d'instruction et un entraînement régulier et constant. L'acquisition d'habiletés commence par la formation de base et se poursuit durant la formation professionnelle et les deux premières affectations opérationnelles. Ainsi, les aviateurs acquièrent des compétences plus approfondies qu'ils peuvent ensuite transmettre à leurs subordonnés.

Pour la santé à long terme de la force aérienne, il faut augmenter la production des écoles de formation. À l'heure actuelle, elle est limitée par la capacité d'accueil des unités d'instruction et par la capacité des escadrons de la force aérienne d'absorber les recrues nouvellement formées. Je mets toutefois des initiatives en place qui amélioreront la situation.

Nous examinons, par ailleurs, la structure professionnelle de la force aérienne pour nous assurer qu'elle répondra à nos besoins d'aujourd'hui et de demain.

[Traduction]

La formation de nos techniciens prenait beaucoup de temps. Nous avons déjà réduit la durée des cours et nous nous efforçons de la réduire encore. Nos écoles techniques ont incorporé l'instruction axée sur le rendement. Nous investissons dans les technologies d'instruction et les techniques de simulation et, dans la mesure du possible, nous utilisons des aéronefs retirés du service pour former les techniciens.

Cependant, les techniciens en aéronautique ne sont pas le seul groupe professionnel en demande. Il est aussi indispensable de former des pilotes. Le groupe professionnel des pilotes accuse actuellement un déficit de 13 p. 100 par rapport à son niveau préférentiel de dotation, et ce déficit s'accroît.

Des mesures sont prises afin de combler la pénurie de pilotes, y compris augmenter la capacité de production des cours élémentaires et la capacité d'absorption des unités opérationnelles. Parmi ces initiatives, mentionnons la modification des contrats relatifs à l'entraînement de base et à l'entraînement élémentaire au pilotage, l'adoption de nouvelles méthodes d'instruction, l'amélioration des outils de sélection pour réduire l'attrition et le recours à un plus grand nombre de simulateurs.

Une fois que nous avons formé ces recrues, il nous faut absolument les retenir dans la Force aérienne. Selon nous, l'attrition sera d'environ 8 p. 100 cette année, et j'ai un groupe important de militaires qui font leur entrée dans l'ensemble des services où nous prévoyons une attrition élevée. Pour lutter contre cette perte, nous veillons à établir les conditions qui feront de nous un employeur de choix pour les Canadiens pour deux raisons : nous inciterons des candidats à joindre nos rangs et nous réussirons à les retenir. En ce moment, ma principale préoccupation est de trouver des moyens de conserver nos membres actuels. Dans plusieurs groupes professionnels, il y a une pénurie de personnel comptant entre 12 et 16 ans de service. Ce qui est difficile, c'est que je ne peux pas remplacer directement ces gens par des civils. Je ne peux pas embaucher directement des personnes à ce niveau d'expérience dans les forces, et cette expérience est indispensable à la tenue d'opérations sûres et efficaces. Au bout du compte, la conservation de ces effectifs est cruciale, et je suis en train d'élaborer une stratégie relative au personnel pour établir et mettre en œuvre des mesures visant à favoriser la conservation des effectifs.

[Français]

Le maintien et la création des capacités aérospatiales demeureront prioritaires pour la force aérienne. Ces efforts permettront de réaliser la vision d'avenir des Forces canadiennes. Je ne sous-estime toutefois pas les défis qu'il nous reste à surmonter. Nous avons besoin de doter les postes voulus, au moment voulu, de suffisamment d'effectifs dotés des habiletés requises.

Relever ces défis garantira au Canada une force aérienne expéditionnaire capable de livrer les effets requis et pourra continuer d'apporter une contribution appréciable aux besoins de défense du Canada au XXIe siècle.

[Traduction]

Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du comité, je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.

Le président : Merci beaucoup, général. Votre exposé était très complet.

[Français]

Le sénateur Day : Lieutenant-général, merci pour votre présentation qui était franche et détaillée et qui va certainement nous aider dans nos délibérations.

[Traduction]

Vous avez mentionné de nombreux défis et d'importants projets de recapitalisation. Comment cela se présente-t-il? Le ministère de la Défense nationale dispose d'un budget général. Êtes-vous en concurrence avec vos deux autres collègues qui recrutent du personnel pour ce qui est de déterminer combien reçoivent la Force aérienne, la Marine et l'Armée de terre? Ce processus a-t-il lieu annuellement?

Lgén Watt : Comme le général Natynczyk l'a décrit lorsqu'il est venu ici pour expliquer le processus annuel d'affectations des ressources au sein du ministère, il existe un processus qui dure environ un an et qui comporte différentes étapes au cours desquelles le vice-chef d'état-major procède à une première distribution des ressources à tous les chefs militaires. Nous avons ainsi l'occasion de faire valoir notre apport et nos diverses capacités et d'indiquer nos besoins. Le chef d'état-major de la Défense, son vice-chef et le sous-ministre répondent alors aux demandes formulées. Nous recevons des allocations à partir desquelles nous établissons un plan que nous réalisons par la suite.

Le sénateur Day : Ce processus se déroule environ un an avant la présentation du budget?

Lgén Watt : Il faut compter environ un an pour ce processus cyclique que nous relançons tous les ans.

Le sénateur Day : Inclut-il les volets opérations et acquisitions d'immobilisations?

Lgén Watt : Oui, le processus comprend les deux volets.

Le sénateur Day : De grands projets de recapitalisation sont en cours dans la Force aérienne, et vous en avez mentionné quelques-uns tout à l'heure. Serait-il utile que vous disiez, en ce qui concerne les principaux projets de recapitalisation, si ce sont des vœux pieux, s'ils ont été annoncés, si l'argent nécessaire est disponible ou si des contrats ont été accordés? Où en sommes-nous dans le processus? Par exemple, lorsqu'il est question des hélicoptères maritimes, s'agit-il du Cyclone?

Lgén Watt : Oui, monsieur le sénateur.

Le sénateur Day : Où en sommes-nous avec le Cyclone?

Lgén Watt : Pour répondre à votre première question, je pourrais consacrer une heure à passer en revue tous les projets d'immobilisations, mais si vous voulez, je peux les décrire un par un en commençant par le Cyclone.

Le sénateur Day : Je sais que vous avez de nombreux projets, et c'est l'un de vos principaux défis. Je pourrais peut- être mentionner quelques-uns de ceux qui ont été soulevés lors de nos discussions.

Lgén Watt : Le Cyclone vise à remplacer le Sea King. Nous sommes liés par contrat à Sikorsky en ce qui concerne le Cyclone. Nous sommes aux prises avec des problèmes que nous tentons de résoudre avec la société. La livraison de l'aéronef risque d'être quelque peu retardée, mais j'ai confiance que ce sera un aéronef hautement performant qui répondra à tous les besoins des Forces canadiennes et qui remplacera adéquatement le Sea King grâce à sa plate-forme véritablement adaptée au XXIe siècle.

Le sénateur Day : Quand l'aéronef sera-t-il prêt si vous tenez compte du retard?

Lgén Watt : Nous sommes actuellement engagés dans des négociations délicates avec la société. Nous ne savons pas encore quelle sera l'ampleur du retard. Selon les premières indications, on pourrait parler d'un retard de quelques mois à quelques années, ce qui est acceptable à mon avis et me permettra sans problème de faire en sorte que le Sea King demeure pleinement opérationnel.

Le sénateur Day : Dans l'éventualité d'un retard de 12 mois, quand vous attendez-vous à recevoir la première livraison?

Lgén Watt : Je ne suppose aucun retard pour l'instant, monsieur le sénateur, car nous sommes toujours en négociations avec la société. La livraison était initialement prévue pour décembre de cette année et elle a été reportée à janvier 2009. C'est à partir de cette date que nous calculerons tout retard.

Le sénateur Day : Voilà qui est utile à savoir.

Nous avons entendu aujourd'hui le chef d'état-major de la Force maritime présenter le point de vue de la Marine. Il a indiqué que des travaux de carénage de demi-vie seront bientôt effectués sur la frégate qui transporte le Sea King. Nous avons déjà eu des discussions dans le passé sur la nécessité de reconstruire le hangar des frégates en vue de remplacements possibles. Ces travaux de réfection devront-ils être réalisés pour le Cyclone?

Lgén Watt : Oui. Il faudra modifier les frégates. Par exemple, nous utilisons un système d'appontage appelé Beartrap, qui sert à fixer au pont le Sea King pour l'empêcher de tomber. Pour le Cyclone, ce système a été modifié, mais demeure semblable. Comme l'hélicoptère est plus lourd, il faut renforcer un peu la plate-forme d'appontage. La taille et les dimensions de l'hélicoptère sont différentes de celles du Sea King, d'où la nécessité de modifier le hangar.

En raison de cette modification, nous devons coordonner l'arrivée progressive des hélicoptères Cyclone avec la transformation des navires pour que les deux se produisent environ au même moment. Une fois qu'un navire est adapté pour recevoir un Cyclone, il ne l'est plus pour un Sea King : c'est irréversible.

Le sénateur Day : Nous comptons actuellement deux avions-cargos C-17, si je ne m'abuse?

Lgén Watt : Nous avons reçu les quatre, monsieur le sénateur.

Le sénateur Day : D'accord. Croyez-vous que ces aéronefs diminueront la dépendance à l'égard du camp Mirage, si un tel camp existe et si nous pouvons en parler?

Lgén Watt : On est en train de comparer des pommes et des oranges. Le C-17 nous assure un transport stratégique et une mobilité que nous n'avons jamais eus auparavant. Il a déjà commencé à transformer nos pratiques de mobilité aérienne au sein des Forces canadiennes. Techniquement, nous ne sommes même pas rendus à la première étape de la capacité de fonctionnement, qui aura lieu le mois prochain.

Pour ce qui est du rôle du camp Mirage, c'est une base d'étape. Avec le C-17, nous pourrions la survoler, mais il est utile d'avoir une base d'étape dans la région pour rassembler nos gens, les préparer, leur permettre de récupérer pour qu'ils soient prêts à intervenir. Le camp Mirage sert à d'autres fins qui, selon moi, auront leur utilité pendant un certain temps.

Le sénateur Day : Les C-17 sont basés à Trenton, en Ontario?

Lgén Watt : Oui, les quatre y sont.

Le sénateur Day : La formation va bon train en ce qui concerne la préparation des équipages?

Lgén Watt : Nous avons obtenu un niveau de collaboration exceptionnel de la part de nos collègues des Forces aériennes américaines. Nous avons accru notre capacité en moins de temps que tout autre exploitant de C-17 dans le monde. Nous avons pris possession de notre premier aéronef en août dernier, soit il y a moins d'un an. Nous ne sommes même pas encore rendus à la première étape de la capacité de fonctionnement et nous avons déjà transporté plus de 2 millions de livres de fret et plus de 3 000 passagers. L'aéronef continue de permettre un niveau de disponibilité sans précédent partout dans le monde.

Le sénateur Day : Pouvez-vous me parler des autres aéronefs que vous prévoyez acquérir? Lesquels n'ont pas encore fait l'objet d'un contrat? Par exemple, où en est le processus d'achat des C-130, des Chinooks et des avions de recherche et de sauvetage? Je m'intéresse aux aéronefs que nous espérons avoir dans l'avenir.

Lgén Watt : On en est à cette étape pour la majorité. Un contrat a maintenant été signé pour le Cyclone et le C-130J, et pour le moment, aucun contrat n'a été signé pour l'acquisition d'autres aéronefs. Par contre, ils en sont tous à diverses étapes précédant la signature d'un contrat.

Je peux vous donner des exemples si vous voulez. Par exemple, nous avons un projet que nommons pour le moment « avion multimission canadien » qui devrait remplacer le modèle Aurora. Les avions Aurora sont formidables. Ils ont bénéficié d'un programme complet de modernisation, mais le cycle de vie de l'équipement structurel tire à sa fin. Nous avons investi dans la structure de ces avions et dans l'équipement de mission pour en assurer l'utilité et l'efficacité opérationnelle jusqu'à la fin de la prochaine décennie.

Le processus d'acquisition d'un nouvel avion prend à peu près tout ce temps, c'est pourquoi nous avons lancé un projet pour remplacer le modèle Aurora. Nous sommes maintenant sur le point de définir les fonctionnalités obligatoires, c'est-à-dire l'ensemble des caractéristiques dont l'appareil devrait être doté à notre avis. Nous préciserons la liste des fonctionnalités à l'automne. Dans un ou deux ans, nous utiliserons cette liste, qui aura alors été approuvée par le gouvernement, et demanderons aux fabricants s'ils peuvent nous fournir un produit qui soit doté de ces fonctionnalités. Nous en sommes à cette étape avec le remplacement des avions Aurora.

Le sénateur Day : Ce ne serait pas livré avant 2020.

Lgén Watt : Oui, on prévoit mettre au rancart les avions Aurora vers 2020. La date semble reculée, mais cela prend du temps avant qu'un aéronef de surveillance très perfectionné n'entre en service opérationnel au XXIe siècle.

Le sénateur Day : À moins qu'avec l'aide d'amis, nous ne puissions manœuvrer pour échapper à la file d'attente, comme dans le cas du modèle C-17. Généralement, est-ce qu'il faut tant d'années pour remplacer un aéronef?

Lgén Watt : Cela dépend du modèle. S'il s'agit d'un aéronef commercial et standard, comme le C-17, alors on peut l'avoir rapidement. Par contre, de la signature du contrat jusqu'à la livraison de la première unité, il s'écoule toujours au minimum 36 mois. Et ce délai ne vaut que pour l'achat d'un modèle de base. Dans le cas des appareils de surveillance, il faut plus de temps, en raison de l'équipement complexe installé à l'arrière, comme des capteurs, des logiciels et du matériel de commandement et de contrôle.

Le sénateur Day : Nous avons besoin d'hélicoptères en Afghanistan. On en entend parler fréquemment dans les médias, et d'autres témoins l'ont aussi mentionné. Où en sommes-nous avec les hélicoptères?

Lgén Watt : Deux projets sont réalisés parallèlement pour les Chinooks. Comme l'a indiqué le ministre McKay, premièrement, on cherche à acquérir une petite flotte de six Chinooks de modèle Delta dans le cadre d'un programme de ventes de matériel militaire à l'étranger. C'est un moyen rapide d'acheter des avions. Nous avons l'intention de les faire piloter par des équipes qualifiées en Afghanistan à temps pour respecter l'échéance du rapport Manley, soit le 1er février 2009.

Le sénateur Day : Avez-vous parlé d'« acquisition militaire »?

Lgén Watt : Oui. Il s'agit d'un programme de ventes de matériel militaire qui nous permet d'acheter des aéronefs directement de l'armée américaine.

Le sénateur Day : Donc, nous l'achèterions d'un pays qui n'en n'a plus besoin.

Lgén Watt : C'est un programme spécial américain qui permet d'acquérir du matériel militaire rapidement, car il fait partie de leur inventaire actuel. Nous voudrions que ces hélicoptères entrent en service à la fin de l'année, de façon à ce que nous puissions être enfin dotés d'une flotte canadienne de Chinook d'ici le 1er février 2009.

Le sénateur Day : S'agit-il d'un hélicoptère de transport moyen?

Lgén Watt : Le Chinook est équipé de rotors en tandem, ce qui lui donne une formidable capacité de transport. C'est probablement le meilleur hélicoptère de transport moyen au monde. Parallèlement, l'autre projet porte sur l'acquisition d'hélicoptères de transport moyen à lourd. Nous désirons acheter notre propre flotte d'hélicoptères Foxtrot, un nouveau modèle. Les 16 appareils serviraient aux missions canadiennes au pays comme à l'étranger pendant les trente prochaines années. Comme la plupart des projets d'acquisition d'aéronefs, trois années séparent la date de signature du contrat de la date de réception des appareils. Nous en sommes encore aux négociations précédant la signature du contrat avec Boeing. Nous n'avons encore rien signé, et nous ne voulions pas attendre pendant trois ans, alors que nos soldats remplissent une mission difficile en Afghanistan, d'où la raison d'être du projet parallèle : nous pourrons acquérir six modèles Delta dès maintenant, puis les modèles Foxtrot sur une plus longue échéance.

Le sénateur Day : Y a-t-il un programme en place pour armer nos hélicoptères Griffon en vue de les mettre en service dans le cadre de la mission?

Lgén Watt : Le projet Ingress a été mis en place pour respecter une exigence opérationnelle urgente qui consiste à installer un inclinomètre de surveillance électro-optique — dispositif permettant de repérer quelqu'un à 15 kilomètres — et quelques mitrailleuses à cadence accélérée. Cet équipement serait utilisé partout où c'est nécessaire. Je ne vois pas vraiment l'utilité des mitrailleuses au Canada, mais il serait pertinent de disposer d'un hélicoptère muni d'un inclinomètre de surveillance dans des occasions comme les Jeux olympiques de 2010. Dans le cadre du projet, on prévoit que les hélicoptères Griffon seront mis en service à la fin de l'année 2008. Pour l'instant, le projet avance bien. Nous avons l'option d'utiliser ce modèle en Afghanistan ou durant d'autres opérations en sol canadien.

Le sénateur Day : Vous participez aussi à bien d'autres projets. Manifestement, lieutenant-général Watt, vous consacrez beaucoup d'efforts au remplacement de l'équipement, et c'est encourageant pour nous. Est-ce que toutes les personnes qui travaillent à ces projets sont sous vos ordres ou est-ce qu'elles relèvent du SMA (Mat)? Vous déclarez être en sous-effectif, et que le fait d'affecter du personnel à ces projets ne ferait qu'empirer les choses.

Lgén Watt : Oui, c'est difficile. La Force aérienne connaît le plus grand renouvellement de cette génération. Dans pratiquement tous les domaines, il y a une forme de renouvellement ou de remplacement. Les hommes et les femmes qui servent dans la Force aérienne sont énormément motivés par cette modernisation. Lorsque je leur demande de faire des sacrifices et de travailler des heures prolongées pour améliorer la capacité, ils se montrent à la hauteur.

Pour répondre à votre question, je m'occupe de définir les besoins, qui sont ensuite transmis au SMA (Mat) en vue de l'acquisition. Ce n'est pas moi qui achète, je ne fais que définir les besoins. Mon personnel responsable des besoins se donne beaucoup de mal pour rassembler la documentation à l'appui des projets et, sur approbation du gouvernement, le tout est ensuite remis au SMA (Mat), qui s'occupe de passer des marchés et d'acquérir le matériel.

Le président : Le sénateur Meighen avait une question de plus sur les hélicoptères.

Le sénateur Meighen : Le comité s'intéresse depuis quelques temps à l'état des hélicoptères de recherche et de sauvetage Cormorant et au problème à long terme que présentent les craques dans le rotor de queue. Ces craques en limitent la vitesse, l'altitude ou la durée de vol. Vous connaissez sûrement la solution à ce problème. Où en sommes- nous sur ce point?

Lgén Watt : Nous sommes en meilleure posture qu'avant, mais nous ne sommes pas là où nous voudrions être. Nous avons eu des difficultés avec le rotor de queue. Lorsqu'on achète un nouveau modèle à la fine pointe de la technologie et qu'on est l'un des premiers principaux clients, il arrive qu'on hérite des problèmes de rodage.

Le sénateur Meighen : Nous sommes aux prises avec ces problèmes depuis des années.

Lgén Watt : Le Cormorant est le meilleur modèle d'hélicoptère de recherche et de sauvetage au monde. Il nous a rendu de fiers services dans ce genre d'opérations. Le problème, c'est la difficulté de maintenir les appareils en état de fonctionnement et de disponibilité. Il y a des craques dans le moyeu du rotor de queue, ce qui a forcé l'atterrissage, l'arrêt, puis l'inspection des hélicoptères, limitant ainsi le temps de vol. Nous avons pris diverses mesures sur le plan technique, mais cela n'a pas réglé le problème. La seule façon de le résoudre consisterait à reconcevoir le modèle, ce que le fabricant tarde à faire. Entre-temps, nous avons trouvé comme solution de rechange d'inspecter les appareils de manière à garder notre marge de manœuvre sur le plan opérationnel malgré le problème.

Le sénateur Meigen : Est-ce que le fabricant s'est engagé à reconcevoir le modèle?

Lgén Watt : Il s'y est engagé, mais c'est plus long que je l'espérais. J'ai exprimé mon insatisfaction à l'égard d'Augusta-Westland, l'entreprise en question. L'autre grand problème réside dans l'approvisionnement en pièces, car nous lui avons accordé ce contrat. La qualité du service offert par l'entreprise ne nous permet pas de maintenir notre flotte d'aéronefs en état de disponibilité. Les responsables d'Augusta-Westland sont au courant du problème. Ils m'ont dit qu'ils le régleraient en redéfinissant leur processus. Ils ont avancé qu'en novembre 2008, la situation devrait s'être améliorée dans une marge de 10 p. 100, et qu'en novembre 2009, il y aurait un autre bond de 10 p. 100. Cela fait au total 20 p. 100 d'amélioration dans l'approvisionnement en pièces. Je suis capable d'évaluer leur rendement. J'ai donc accepté leur offre en leur disant que je m'attendais à constater une amélioration à chaque mesure en novembre 2008 et novembre 2009.

Le sénateur Moore : Cette mesure sera effectuée par rapport à quel pourcentage correspondant aux lacunes constatées actuellement?

Lgén Watt : Nous avons accordé le contrat pour ce modèle d'hélicoptère en ciblant un taux de disponibilité de 70 p. 100. La taille de la flotte est définie en fonction de ce ratio. À l'heure actuelle, le taux de disponibilité est d'environ 50 p. 100. On devrait pouvoir en tirer plus de cet hélicoptère, mais pour ce faire, il nous faut un meilleur approvisionnement en pièces. L'entreprise a promis de repenser ses méthodes et de nous fournir un service d'approvisionnement en pièces qui permette de faire passer le taux de disponibilité des appareils à un niveau correspondant à nos besoins.

Le sénateur Day : Je cède la parole à d'autres collègues, car il y a un bon nombre de points que nous pouvons aborder, comme l'a dit le lieutenant-général Watt. Pour terminer, j'aimerais vous demander d'expliquer un point que vous avez mentionné dans votre mot d'ouverture. Vous avez dit qu'il faudrait accroître l'effectif des pilotes de 13 p. 100 pour répondre aux besoins. Ce chiffre est à la fois intéressant et alarmant. Est-ce dû à l'augmentation du nombre d'aéronefs? Est-ce dû au fait que les efforts de conservation du personnel ne donnent pas les résultats escomptés? Est-ce dû à un problème avec le programme de formation des pilotes civils?

Lgén Watt : Nous accusons un déficit de 13 p. 100 par rapport au niveau préférentiel de dotation, ce qui correspond à environ 1 500 pilotes. Donc, il nous faudrait environ 250 pilotes de plus. Cette pénurie dure depuis presque dix ans.

C'est un problème de longue date dans la Force aérienne qui remonte en partie aux années 1990, lorsqu'il y a eu une baisse rapide de l'effectif. Les compagnies aériennes étaient en période de recrutement et nous avons perdu plus de pilotes que nous ne pouvions en former.

Le sénateur Day : Les pilotes étaient payés pour quitter les forces armées.

Lgén Watt : Oui, c'était le cas.

Le sénateur Day : Je me rappelle bien.

Lgén Watt : Cela ne venait pas de moi.

Le sénateur Day : Aujourd'hui, nous essayons de nous remettre de cette décision.

Lgén Watt : Oui, au cours des dernières années, l'Entraînement en vol de l'OTAN au Canada a connu les difficultés habituellement rencontrées aux premières étapes d'implantation, mais le programme est maintenant stable et commence à porter fruit. Je fais des pieds et des mains pour en accroître la capacité. À l'heure actuelle, nous perdons par attrition environ 100 à 105 pilotes par année. Le programme Entraînement en vol de l'OTAN a permis de former de 80 à 85 nouveaux pilotes au cours des dernières années. Je m'en suis sorti en recrutant de nouveau ces pilotes à leur retraite. Je cherche à faire passer, d'ici un ou deux ans, le nombre de pilotes nouvellement diplômés par année à 105 — ce qui correspond à l'objectif établi — et éventuellement, à 120, ou même 140. Je me bats sur tous les fronts pour augmenter la cadence, de façon à se doter d'un effectif adéquat et à remédier à la pénurie de pilotes.

Le sénateur Banks : Merci lieutenant-général de votre témoignage. C'est un plaisir de vous revoir. Je veux revenir un instant sur l'approvisionnement et vous demander des explications au sujet d'une plate-forme aérienne dont le sénateur Day a probablement voulu vous parler même s'il ne l'a pas fait. Il s'agit des avions de recherche et de sauvetage à voilure fixe pour le Nord. Où en êtes-vous?

Lgén Watt : Actuellement, les opérations de recherche et de sauvetage nécessitant un appareil à voilure fixe sont réalisées avec des modèles Hercules ou des Buffalo.

Le sénateur Banks : Vous allez cesser d'utiliser les Buffalo?

Lgén Watt : Non, pas de sitôt. Nous maintiendrons en service les appareils Buffalo aussi longtemps que nous en aurons besoin, jusqu'à ce que nous puissions les remplacer.

Le sénateur Banks : Vous pensez les remplacer par quoi?

Lgén Watt : Nous n'avons pas encore choisi. Nous en sommes à définir les spécifications qui constitueront de solides critères pour le modèle de remplacement. Ces critères doivent ensuite être approuvés par le gouvernement avant d'être énoncés dans un processus d'appel d'offres.

Le sénateur Banks : Est-ce que vos spécifications portent sur l'endroit où la porte doit s'ouvrir à l'arrière par exemple?

Lgén Watt : Un ensemble de spécifications portent sur la vitesse, la portée, la charge utile, la déployabilité, la visibilité à partir du poste de pilotage, et cetera. En se dotant d'appareils de recherche et de sauvetage à voilure fixe, nous voulons offrir aux Canadiens le même type de service qu'en ce moment avec notre parc composé de Buffalo et de Hercules.

Le sénateur Banks : Nous avons entendu parler du besoin de visibilité dans les avions servant aux opérations de recherche et de sauvetage. Il semble que l'on envisage de choisir des appareils qui, apparemment, ne sont pas aussi efficaces en situation de recherche et de sauvetage. En avez-vous entendu parler?

Lgén Watt : La visibilité à partir du poste de pilotage est un critère clé. C'est montagneux dans l'Ouest canadien, en particulier dans la région où on pilote les Buffalo. On en vient à être obligé de faire voler ces appareils à basse altitude par mauvais temps. Il faut être capable de les manœuvrer et d'avoir une bonne visibilité dans le poste de pilotage. Par conséquent, dans un tournant, l'appareil ne se pilote pas comme un avion de passagers où le champ de vision s'arrête à l'avant. Le pilote doit être en mesure de voir au-dessus pour distinguer les montagnes à côté de l'appareil. Nous n'avons pas encore déterminé quel modèle nous achèterons. Lorsque les spécifications seront définies, nous inviterons les fabricants à se faire concurrence pour décrocher le contrat. Je peux vous assurer que les spécifications tiennent comptent du besoin de visibilité à partir du poste de pilotage.

Le sénateur Banks : Pouvez-vous changer quelque chose au chargement à l'extrémité arrière? Les deux modèles permettent actuellement un chargement à l'extrémité arrière.

Lgén Watt : Oui.

Le sénateur Banks : Est-ce une exigence?

Lgén Watt : Oui, pour plusieurs raisons. Il faut installer 3 000 kilos d'équipement de recherche et de sauvetage sur la voilure fixe de l'avion, et beaucoup de matériel doit être chargé rapidement. Nous avons mis dans les spécifications les palettes de chargement normalisées de l'OTAN, et ces palettes ne passent pas par une porte.

Le sénateur Banks : Cette réponse me satisfait, merci. Vous avez parlé de patrouilles aériennes en Arctique... Quelle flotte utilisez-vous, et quelle est la fréquence des patrouilles?

Lgén Watt : Pratiquement tous les aéronefs de la Force aérienne finissent pendant l'année par être pilotés en Arctique. Je pense que vous faites allusion à des appareils plus spécialisés.

Généralement, le principal appareil de surveillance utilisé en Arctique est le modèle Aurora. En 2007, il a été utilisé dans 53 missions, dont 20 à partir de Greenword et 33 de Comox. En tout et pour tout, c'est environ 300 heures de surveillance dans le Nord. Nous avons aussi d'autres avions : les Twin Otters sont constamment utilisés, sans compter le modèle Hercules ainsi que des F-18 et des C-17. On y trouve beaucoup d'appareils. Nous manifestons activement notre présence dans le Nord avec nos patrouilles de protection de la souveraineté.

Le sénateur Banks : Dans un tout autre ordre d'idées, j'aimerais que vous me fassiez part de vos commentaires sur une opinion personnelle. À ma connaissance, vous pouvez me corriger si je me trompe, le Canada est le seul pays d'importance dont les Forces armées — l'Armée, la Marine et la Force aérienne — à toutes fins pratiques, font partie d'un ministère. Je ne veux pas dire qu'elles relèvent d'un ministère, mais bien qu'elles font partie intégrante d'un ministère, comme le sont nos Forces armées. Est-ce que je me trompe? Quelle a été votre réaction à la suite du commentaire à l'effet que cette intégration serait une mauvaise idée?

Lgén Watt : Je crois que cette question n'est pas du ressort du chef d'état-major de la Force aérienne. Les questions organisationnelles sont bien au-delà de mes responsabilités.

Le sénateur Banks : Vous faites preuve de modestie.

Lgén Watt : Les Forces canadiennes sont une entité qui fait partie du ministère de la Défense nationale. Je suis sous les ordres du général Hillier, le CEMD. Il est mon commandant et il rend des comptes au gouvernement par l'entremise du ministre de la Défense.

Le sénateur Banks : Je comprends. Connaissez-vous d'autres pays dont les Forces armées font partie d'un ministère?

Lgén Watt : Le département de la Défense des États-Unis a une entente et une relation du même genre avec ses forces militaires.

Le sénateur Banks : Il y a quelques différences.

Vous avez mentionné la réduction de la période de formation. Nous avons pu le voir de nos propres yeux. Nous avons vu les gens à Cold Lake. Par exemple, ils offrent de la formation à des techniciens en électronique afin qu'ils atteignent un certain niveau de compétence; et quelqu'un tente de les embaucher en leur offrant le double de leur salaire actuel. Vous parlez de réduire la durée de la formation; est-ce possible de le faire sans en sacrifier la qualité et de veiller à ce que les travailleurs possèdent toutes les qualifications requises?

Lgén Watt : Il y a quelques années, nous avons lancé un projet appelé le programme de Renouvellement de l'instruction des techniciens d'aéronefs. Il a permis d'atteindre les objectifs fixés, soit offrir une meilleure formation en moins de temps. Les coûts sont la pierre angulaire de ce type de projet. C'est dispendieux. Nous avons tiré partie des nouvelles technologies et de la formation assistée par ordinateur. De plus, nous avons retenu les services de fournisseurs de services pour l'instruction du personnel, au lieu de remplacer les gens à tour de rôle. Nous avons redéfini la formation des techniciens à un point tel que, lorsque les jeunes arrivent à l'aire de trafic, les aptitudes de base qu'ils ont acquises en cour de formation leur permettent de signer leur première inspection. Auparavant, ils devaient effectuer quelques années de formation en cours d'emploi, FCE, avant d'en faire autant. C'est très motivant pour les techniciens, car ils peuvent réparer des aéronefs dès le début.

Cela n'a pas été facile. Nous avons dû surmonter des difficultés et y consacrer bon nombre de ressources, mais cela en a valu la peine. Conséquemment, le nombre de technicien a connu une remontée.

Le président : J'aimerais préciser quelques questions posées par le sénateur Banks : il semble que le projet d'aéronefs de recherche et de sauvetage à voilure fixe est au stade de la définition.

Lgén Watt : Non, nous sommes encore au stade conceptuel, à la prédéfinition.

Le président : Je crois comprendre que cette plate-forme a été approuvée trois fois par le Cabinet de deux gouvernements différents. Est-ce le cas?

Lgén Watt : Nous n'avons pas encore tous les détails. Le gouvernement a pris un engagement en ce qui concerne les aéronefs de recherche et de sauvetage à voilure fixe; on fait référence au projet dans la stratégie de défense intitulée Le Canada d'abord. Nous n'avons toutefois pas obtenu l'agrément du Cabinet des ministres concernant la prochaine étape du projet. Naturellement, nous avons l'intention de le présenter le projet au Cabinet dès qu'il sera prêt.

Le président : La situation était-elle la même avec le gouvernement précédent?

Lgén Watt : Le projet n'a jamais obtenu l'agrément du Cabinet.

Le président : Pourquoi le projet traîne-t-il? N'est-il pas inhabituel qu'un projet soit présenté au Cabinet à trois reprises?

Lgén Watt : Il ne s'est pas rendu au Cabinet. Nous n'avons pas présenté le projet au Cabinet. Nous n'avons jamais pu faire concorder le climat concurrentiel et les caractéristiques de l'aéronef.

Le président : J'ai été étonné du nombre de patrouilles de souveraineté. Combien avez-vous dit qu'il y en avait?

Lgén Watt : Cinquante-trois.

Le président : Combien y en a-t-il eu l'an dernier?

Lgén Watt : Cinquante-trois, c'est le nombre de patrouilles pour l'année civile 2007.

Le président : Les membres du Comité n'avaient entendu parler que d'une ou deux patrouilles de souveraineté au cours des cinq dernières années.

Lgén Watt : Oui, je crois que la confusion provient du fait que les déploiements spéciaux d'Aurora dans l'Arctique, à Yellowknife ou Iqaluit, sont plutôt rares. En d'autres mots, l'aéronef est utilisé à des fins de patrouille pendant une semaine ou deux. Le nombre de patrouilles est faible et continuera de l'être.

L'Aurora est un aéronef extrêmement polyvalent. Les données que j'ai fournies correspondent aux opérations aériennes qui ont eu lieu dans le Nord au cours de l'année civile 2007, y compris les missions spéciales et les missions d'entraînement; toute mission nous permettant d'être sur les lieux. C'est en plein ce que nous visons avec l'Aurora. Chaque fois que nous survolons la région à bord d'un aéronef Aurora, nous sommes à la recherche de tout ce qui est inhabituel.

Le président : Si je vous ai bien compris, vous nous avez présenté les données d'ensemble. Celles qui nous ont été présentées auparavant ne sont pas représentatives de la présence des aéronefs Aurora dans le Nord?

Lgén Watt : Exactement.

Le sénateur Zimmer : Je vous remercie de votre exposé et de votre présence parmi nous aujourd'hui. J'aimerais faire référence au dernier commentaire du sénateur Day.

À l'heure actuelle, vous devez attirer, former et conserver du personnel. Il y a quelques années, vous dites avoir offert des indemnités forfaitaires à des pilotes. Pourquoi? Aviez-vous trop de pilotes à l'époque?

Lgén Watt : Vers le milieu des années 1990, nous avons rapidement réduit la capacité des Forces canadiennes. Le Programme de réduction des forces, PRF, avait alors été mis sur pied. Il visait certaines occupations jugées excessivement dotées selon les besoins révisés des Forces canadiennes à la suite de la réduction des effectifs.

À l'époque, les pilotes étaient trop nombreux en raison de la compression des effectifs de la Force aérienne. Selon les règles en vigueur, les pilotes faisaient partie du Programme de réduction des forces et se sont vus octroyer des primes de départ.

Nous avons offerts des compensations monétaires aux gens pour qu'ils quittent les forces et nous avons rapidement dépassé notre objectif. Nous l'avons largement dépassé et ne nous en sommes jamais remis.

Le sénateur Zimmer : De tous les secteurs des Forces canadiennes, la Force aérienne est mon préféré. J'ai un faible pour les pilotes. Ils ont dû se recycler en pilotes de jets privés, entre autres. Existe-il des problèmes de conservation des pilotes à l'heure actuelle?

Lgén Watt : Nous sommes sur la bonne voie maintenant, mais la partie n'est pas gagnée. La situation actuelle diffère de celle des années 1990. Les traitements et les avantages sociaux sont largement supérieurs. Les Forces canadiennes dans leur ensemble ont du mal à rivaliser avec les entreprises civiles, qui embauchent les membres des Forces.

En ce moment, dans la plupart des secteurs des Forces canadiennes, les gens sont plutôt satisfaits des traitements et des avantages sociaux. Le coût du logement pose encore quelques problèmes dans certaines régions canadiennes; autrement, nous nous tirons très bien d'affaires. Nous sommes compétitifs au point de vue du traitement et de ce que j'appelle la qualité de la profession. Nous offrons des carrières passionnantes, exigeantes et présentant un haut niveau de satisfaction personnelle comme nulle part ailleurs. De plus, les nouvelles capacités sont particulièrement bien reçues par les membres de la Force aérienne. Rien de plus excitant pour un pilote qu'un nouvel aéronef dans l'aire de trafic. Bien qu'il s'agisse d'une nouvelle capacité, pour moi, c'est un outil de conservation des effectifs.

Je ne m'arrête pas là. Lors de la réunion du Conseil des Forces armées, tenue la semaine dernière, j'ai passé deux heures à discuter de la conservation des effectifs. Par souci de précision, et contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, la conservation des effectifs n'est pas synonyme de prime. Il s'agit plutôt d'une vaste gamme de programmes et d'initiatives visant à atténuer les pressions qu'impose la vie militaire aux membres et à leur famille. À notre avis, si nous pouvons atténuer certaines de ces pressions, les membres seront plus enclins à demeurer en poste; les traitements et les avantages sociaux sont excellents, le travail est excitant, et il existe de nouvelles capacités ainsi qu'un sentiment d'avoir une mission à accomplir.

Le sénateur Zimmer : C'est une bonne stratégie.

Au cours des dernières années, les missions des Forces canadiennes sont passées de la dissuasion pendant la guerre froide et des missions de maintien de la paix conventionnelles aux opérations de coalition, et, d'une menace mesurable, d'un côté, à la reconstruction d'une nation, de l'autre. La structure de la Force aérienne peut-elle appuyer ces types de missions en cette période de transition?

Lgén Watt : La Force aérienne est en période de transition de la guerre froide au XXIe siècle. Dans bien des cas, les capacités acquises sont notre héritage, car leur modification prend beaucoup de temps.

Cela dit, nous les adaptons rapidement. Par exemple, l'aéronef Aurora, avait été acheté à l'apogée de la guerre froide pour suivre les sous-marins soviétiques. Il a été remis en état et doté d'appareils de surveillance du XXIe siècle en vue d'effectuer d'autres types de missions. Le système d'imagerie électro-optique permet de surveiller les terres. L'aéronef est devenu une véritable plate-forme moderne. Son remplaçant sera à la fine pointe de la technologie.

Il en est de même pour le passage des hélicoptères Sea King aux hélicoptères Cyclone. Le Sea King est un autre bon exemple. Le Canada l'a acheté dans les années 1960. Je suis un pilote de Sea King, je connais donc bien ces appareils. Cette plate-forme a beaucoup évolué, non seulement au point de vue de l'équipement, mais aussi des capacités et des missions effectuées. Tant et si bien que les pilotes des années 1960 ne les reconnaîtraient plus.

Nous continuons d'adapter nos capacités actuelles et nous attendons avec impatience de les remplacer par de véritables capacités du XXIe siècle.

Le sénateur Zimmer : Au sujet de l'Afghanistan, je crois comprendre que la flotte de CC-130 est exploitée à pleine capacité. En quoi notre engagement envers le camp Mirage affecte-t-il la conduite des opérations nationales?

Lgén Watt : Il y a toujours un équilibre délicat à respecter avec l'aérotransport. La demande d'aérotransport excède toujours l'offre. C'est une question de priorités concurrentielles que nous tentons de concilier avec soin. La mission canadienne à Mirage est prioritaire, car elle revêt une importance cruciale pour le Canada. De plus, il y a peu d'aéronefs de remplacement à cet endroit. Ailleurs dans le monde, s'il est impossible de retenir les services d'un CC-130, on peut toujours obtenir un autre moyen de transport.

Le sénateur Zimmer : Quelles répercussions, le cas échéant, la mission en Afghanistan a-t-elle eu sur votre niveau de financement et le déroulement des opérations aériennes? Environ combien de membres de la Force aérienne compte une rotation en Afghanistan? Au fur et à mesure que l'engagement du gouvernement du Canada en Afghanistan prend de l'ampleur, j'imagine que vous devez revoir vos budgets.

Lgén Watt : La mission en Afghanistan, telle que décrite par le général Natynczyk au cours de son témoignage devant le comité, n'a eu aucune incidence sur le financement de base de la Force aérienne. Le financement est encore plus que suffisant, et les dépenses supplémentaires liées à la mission sont souvent remboursées dans le cadre du processus habituel de planification des activités.

Quant au nombre de personnes, environ 350 membres de la Force aérienne participent à chacune des rotations. J'estime que ce nombre doublera d'ici la fin de l'année, à mesure que nous développerons de nouvelles capacités en Afghanistan. Ce sera un défi de taille pour la Force aérienne; un défi que mes membres sont impatients d'accepter et qu'ils sont tout à fait aptes à relever.

Le sénateur Banks : Ces nouvelles capacités sont-elles des hélicoptères?

Lgén Watt : C'est exact. Pour l'instant, la seule intention manifestée clairement par le gouvernement concerne les Chinooks. Il devra prendre d'autres décisions, qu'il annoncera en temps et lieu.

Le sénateur Zimmer : Je crois que vous occupez le meilleur emploi au monde, celui de pilote. Je vous envie. Je vous souhaite bonne chance dans tout ce que vous entreprendrez.

Le président : J'aimerais clarifier une des questions du sénateur Zimmer. Vous avez parlé de la remise en état de l'aéronef Aurora et de la liste de ses capacités au-dessus du sol. Cela signifie-t-il que son rôle pourrait avoir une valeur ajoutée dans un endroit comme l'Afghanistan?

Lgén Watt : L'Aurora peut être utilisé n'importe où au monde, au besoin. Sa capacité se développe rapidement. On peut l'utiliser en Afghanistan, au Canada et en Amérique du Sud. Il y a deux aspects à prendre en considération : ce dont le commandant de la mission a besoin relativement à un aéronef de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (RSR), et ce que le gouvernement estime être la combinaison appropriée des capacités à déployer.

Le président : Cet aéronef ne sert plus principalement à la protection du littoral?

Lgén Watt : Nous modernisons l'Aurora pour qu'il possède une gamme complète de capacités adaptées au XXIe siècle.

Le sénateur Tkachuk : Vous avez abordé certaines questions auxquelles vous attachez de l'importance en ce qui concerne le recrutement et le maintien d'un nombre suffisant de recrues. Vous avez partiellement répondu, mais pour être plus précis, est-ce une question d'argent? Manquons-nous de ressources pour former les recrues ou manquons- nous de jeunes au pays pour pourvoir ces emplois?

Lgén Watt : C'est une question complexe. En général, l'argent n'est pas un problème. Le problème est en partie causé par la capacité de notre système d'instruction, qui, comme je l'ai déjà dit, possède de nouveaux programmes qui en sont à leur phase préliminaire. Ceux-ci commencent maintenant à bien fonctionner, ce qui fait augmenter la capacité. Le problème est aussi causé en partie par les changements démographiques dans notre société. Nous sommes en concurrence pour recruter les jeunes de 17 à 24 ans, ce groupe de la distribution démographique canadienne qui diminue sans cesse et auquel nous nous adressons en premier lieu.

Nous réussissons assez bien à attirer des gens dans la force aérienne. C'est un domaine axé sur la haute technologie qui reste attrayant pour les jeunes Canadiens. Les gens s'y intéressent. Comme l'a dit le sénateur, une carrière dans l'aviation est très prisée par les Canadiens, et nous n'avons pas de difficulté à attirer des candidats. Le défi que je dois maintenant relever consiste à m'assurer qu'une fois en uniforme, ces recrues reçoivent les cours nécessaires. Nous éprouvons des difficultés à organiser l'instruction de manière à ce qu'après avoir terminé un cours, les recrues n'attendent pas longtemps avant de suivre le suivant. C'est une question de coordination et d'optimisation de la série de cours que doivent suivre nos militaires. Nous travaillons fort pour améliorer la situation.

Le sénateur Tkachuk : La situation du recrutement a-t-elle été une surprise pour l'armée? Le problème démographique est présent depuis une dizaine d'années. À l'époque, les gens anticipaient les difficultés qui les attendaient dix ans plus tard. L'armée ou le ministère de la Défense nationale ont-ils, à un certain moment, élaboré un plan pour réagir à ce problème une fois qu'il se poserait? Il est difficile de recruter des immigrants dans les forces.

Lgén Watt : C'est exactement la question qu'il faut poser au chef du personnel militaire, responsable du recrutement. Et je n'essaie pas de l'éviter.

En réalité, les Forces canadiennes ont été en mode de survie pendant un bon moment. Cette période est terminée. Il a fallu un peu de temps pour modifier l'état d'esprit. Nous sommes passés de 5 000 recrues acceptées chaque année dans les Forces canadiennes, il y a plusieurs années, à près de 8 000 au cours de la dernière année. Nous avons beaucoup augmenté nos activités de recrutement. Nous tentons aussi de recruter des membres des minorités pour montrer au reste du monde que les Forces canadiennes sont vraiment représentatives de notre pays.

Le sénateur Tkachuk : Quelles sont les conséquences du prix du carburant aviation sur votre budget? Touchent-elles l'instruction, les heures de fonctionnement et ainsi de suite?

Lgén Watt : Comme tous les Canadiens, nous regardons le prix de l'essence à la pompe avec une certaine inquiétude. Les prix augmentent. Il y a environ cinq ans, le carburant aviation nous coûtait 93 millions de dollars par année. L'an dernier, il nous en a coûté 137 millions. Cette année, le carburant aviation nous coûtera probablement un peu plus de 150 millions de dollars. Certains facteurs d'atténuation me permettent de poursuivre les activités. Chaque année, lorsque ces pressions se font sentir, je vais voir le vice-chef. Je lui montre la somme qu'il m'a accordée pour le carburant aviation et combien celui-ci m'a réellement coûté, et lui demande de me rembourser la différence. Jusqu'ici, tout va bien : il m'a toujours remboursé la différence.

Le sénateur Tkachuk : Vous n'avez pas dû retenir d'aéronef au sol?

Lgén Watt : Je n'ai pas eu à le faire. À la fin de l'année, il nous reste habituellement un peu d'argent. Au lieu de le perdre, nous le dépensons en remplissant les réservoirs de carburant aviation dans toute la Force aérienne. À la fin de l'année financière, les réservoirs sont pleins à ras bord, ce qui amortit aussi le choc causé par les fluctuations du prix pendant l'année.

Le sénateur Mitchell : Général, ma première question fait suite à la celle des projets d'immobilisations. Pouvez-vous, s'il vous plaît, nous parler de votre projet de chasseur? Je crois que le Canada fait partie d'un projet conjoint de conception de chasseur auquel participent aussi d'autres pays, entre autres les États-Unis. Croyez-vous qu'un chasseur sera conçu à l'issue de ce projet? Quelles sont nos exigences à l'égard de cet appareil? Comme vous l'avez dit, nous sommes au XXIe siècle et l'époque de la guerre froide est révolue, peut-être.

Lgén Watt : Nous avons environ cinq questions ici.

Pour commencer, nous avons en ce moment le CF-18. Cette technologie est merveilleuse. Cet appareil a fait l'objet d'une modernisation à mi-vie par la société Boeing. Il possède maintenant de nouveaux viseurs de casque, de nouvelles armes équipées d'un GPS, de nouveaux appareils de communication, un nouveau radar, une nouvelle nacelle de désignation d'objectif et de nouvelles armes. Il est en bon état. C'est un bon chasseur de quatrième génération. Par contre, sa durée de vie structurale se terminera dans une dizaine d'années. Une fois la durée de vie structurale terminée, des réparations coûteuses seront nécessaires. Dans dix ans, nous devrons remplacer cet avion.

Nous avons entamé le projet du chasseur de nouvelle génération, qui a pour but de remplacer le CF-18 d'ici 2017 à 2020. Nous en sommes aussi au début de l'étape de conception initiale, comme c'est le cas pour d'autres projets, qui consiste à établir nos exigences fondamentales en matière de performance et de capacité pour l'aéronef. Nous commençons à établir ces exigences; ces renseignements n'ont pas encore été divulgués à l'extérieur du ministère. Grâce à cet aéronef, nous serons en mesure de faire respecter les interdictions et d'utiliser la force aérospatiale là où il faut pour atteindre les objectifs du Canada au pays et à l'étranger.

En ce qui a trait à votre question sur ce qu'on appelle l'avion d'attaque interarmées, nous avons un protocole d'entente à cet égard, mais ce protocole a maintenant pour objet la coopération à des fins industrielles. Il ne nous oblige pas à acheter l'aéronef. Il permet aux industries canadiennes d'avoir accès au programme et d'entrer en compétition pour obtenir une partie des travaux, qui sont immenses dans le cadre de ce programme.

En fin de compte, lorsque nous aurons établi les spécifications que nous recherchons pour cet aéronef et que nous les présenterons aux divers fabricants, un des compétiteurs sera le programme de l'avion d'attaque interarmées, mais il pourra y en avoir d'autres. S'il y en a plus d'un, le programme entrera en concurrence et nous choisirons la meilleure option pour le Canada.

Le sénateur Mitchell : À propos de chasseurs, j'ai eu la chance, au milieu des années 1990, de me rendre à Cold Lake. J'ai été reçu par la base, où j'ai pu essayer le simulateur. Cette expérience n'a pas été particulièrement mémorable, mais ce qui l'a été, c'est de l'avoir fait après l'examen d'une pilote de chasseur dans ce simulateur. Elle en est sortie et est passée à côté de moi. Je n'oublierai jamais l'intensité de l'expression sur son visage. Apparemment, un de ses moteurs s'était détaché au moment où elle atterrissait. Je me suis souvent demandé ce qui était advenu de sa carrière militaire.

Je crois que l'armée a fait beaucoup de progrès en ce qui concerne l'intégration des femmes. J'ai remarqué qu'une officière vous accompagne aujourd'hui. Elle n'appartient pas à la Force aérienne, par contre.

Compte tenu, entre autres, des pressions sur le plan du personnel, quel est le pourcentage de femmes dans votre effectif? Est-il possible d'attirer davantage de femmes dans cette carrière? Prenez-vous des mesures à cet effet?

Lgén Watt : La Force aérienne compte 18 p. 100 de femmes, un des pourcentages les plus élevés dans la force régulière des Forces canadiennes. De plus, 28 p. 100 des réservistes sont des femmes. Les femmes se trouvent à tous les niveaux et occupent tous les types d'emplois : pilotes, agentes d'entretien et ingénieures. Nous avons le brigadier- général Christine Whitecross, commandante de la Force opérationnelle interarmées (Nord). Elle était ingénieure en construction dans la Force aérienne. Nous avons le lieutenant-colonel Tammy Harris, commandante d'escadre à Gander, en Nouvelle-Écosse, autre excellente officière. À tous les niveaux de la Force aérienne, nous accueillons les femmes et leur permettons de réussir.

Nous avons pris d'autres mesures. Par exemple, nous avions ce que nous appelons des normes anthropométriques qui établissaient, pour l'équipage d'aéronefs, la longueur des membres du corps nécessaire pour se trouver dans le poste de pilotage. Les normes que nous utilisions dataient des années 1940. Il y a environ quatre ans, nous avons lancé un programme moderne pour établir de véritables normes anthropométriques, qui représentent exactement ce qu'il faut dans le poste de pilotage, et non des normes qui datent de la Seconde Guerre mondiale. Nous avons créé un système de réputation mondiale qui a redéfini ces normes et permis à davantage de femmes, qui sont généralement un peu plus petites, de remplir les conditions requises pour faire partie de l'équipage d'aéronefs.

Le président : Général, au nom du comité, je tiens à dire que nous avons beaucoup appris pendant cette période en votre compagnie. Nous vous sommes reconnaissants de votre franchise, de l'aisance avec laquelle vous avez répondu à nos questions et de l'aide que vous nous avez apportée dans cette étude. Nous vous remercions du temps que vous nous avez accordé et de la préparation que vous avez consacrée à votre témoignage.

Aux membres du public qui nous regardent, vous pouvez poser vos questions ou transmettre vos commentaires en visitant notre site web à www.sen-sec.ca. Vous y trouverez les témoignages, les rapports publiés par le Comité et la confirmation de l'horaire des audiences. Autrement, vous pouvez communiquer avec le greffier du comité en téléphonant au 1-800-267-7362 pour obtenir de plus amples renseignements sur la manière de contacter les membres.

La séance se poursuit à huis clos.