Délibérations du comité sénatorial permanent des
Pêches et des océans

Fascicule 10 - Témoignages du 5 juin 2008


PANGNIRTUNG, Nunavut, le jeudi 5 juin 2008

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd'hui, à 13 h 11, afin d'examiner, en vue d'en faire rapport, les questions relatives au cadre stratégique actuel, en évolution, du gouvernement fédéral pour la gestion des pêches et des océans du Canada. Sujet du jour: l'étude sur l'Arctique.

Le sénateur Bill Rompkey (président) occupe le fauteuil.

[Note de la rédaction : Une partie des témoignages est présentée par l'entremise d'un interprète en inuktitut.]

[Traduction]

Le président : Je vous souhaite la bienvenue à la séance du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans. Je m'appelle Bill Rompkey et je préside le comité. Je viens de la province de Terre-Neuve-et-Labrador. Je vous présente mes collègues : le sénateur Hubley, de l'Île-du-Prince-Édouard; le sénateur Cochrane, qui est la vice-présidente du comité, également de Terre-Neuve-et-Labrador — nous sommes les plus récents Terre-Neuviens à mettre pied au Nunavut; le sénateur Robichaud, du Nouveau-Brunswick, qui est un ancien ministre des Pêches et qui connaît bien le dossier; et le sénateur Willie Adams qui, comme je le répète souvent, n'a pas besoin d'être présenté tout simplement parce que c'est vrai.

Nous avons l'interprétation en anglais, en français et en inuktitut. Le canal 1 est pour l'anglais, le 2 pour le français et le 3 pour l'inuktitut; vous pouvez donc écouter dans la langue de votre choix.

Nous avons tenu des audiences sur essentiellement deux sujets distincts, mais connexes. Ce qui nous intéresse principalement, c'est la Garde côtière canadienne. À cause du réchauffement planétaire et de l'ouverture de l'Arctique, nous voulons savoir si la Garde côtière canadienne fait ce qui s'impose pour le Canada, s'il y a lieu de modifier sa mission et si elle dispose du matériel et du mandat nécessaires pour faire le travail.

Nous voulons également connaître l'impact du réchauffement planétaire et de l'ouverture des passages glaciers sur la vie des habitants locaux, pour le meilleur et pour le pire, et nous avons déjà entendu des témoignages à ce sujet. Beaucoup plus de navires de croisière passent par l'Arctique. Comment ce trafic influe-t-il sur la vie locale?

Essentiellement, nous nous concentrons sur la sécurité dans la région arctique et sur le rôle de la Garde côtière pour s'assurer que la sécurité se fait de manière appropriée. Nous voulons également nous assurer que les habitants de la région ont leur mot à dire relativement à cette sécurité, et que leur mode de vie est pris en considération dans le processus.

Nous savons également que la pêche est une question importante dans votre région. Tous les membres du comité viennent de circonscriptions de la côte Est dont l'activité principale est, d'une façon ou d'une autre, la pêche; cette industrie ne nous est donc pas étrangère. Nous savons que c'est important pour vous. Nous avons entendu des discussions sur les quotas et les nouvelles initiatives de coopération; nous avons entendu des témoignages sur l'infrastructure ou le manque d'infrastructure, devrais-je dire; et, aujourd'hui encore, nous avons hâte de connaître votre point de vue sur ces questions.

Nous sommes ici pour vous écouter et, à la lumière de ce que nous aurons entendu, nous préparerons un rapport et le publierons à une date ultérieure.

Nous souhaitons la bienvenue à l'honorable Peter Kilabuk, membre de l'Assemblée législative pour Pangnirtung et Président de l'Assemblée législative du Nunavut.

Monsieur le président, bienvenue. Nous n'avons pas encore visité l'assemblée législative. Nous espérons avoir le temps demain matin de la visiter parce que nous avons entendu dire que c'est un beau bâtiment, et nous voulons y jeter un coup d'œil.

Monsieur Kilabuk, vous avez la parole.

L'honorable Peter Kilabuk, membre de l'assemblée législative pour Pangnirtung, Président de l'Assemblée législative du Nunavut : Tout d'abord, je vous souhaite, à vous et à tout le monde autour de la table, y compris le personnel qui vous accompagne, la bienvenue dans ma belle communauté de Pangnirtung.

Je vais commencer en soulevant quelques questions que je juge importantes et dignes de mention. Je comprends et je sais qu'on soulèvera et qu'on a déjà soulevé de nombreuses autres questions.

Comme vous l'avez dit dans vos observations, la pêche et le développement de cette industrie sont essentiels pour Pangnirtung, et vous l'entendrez probablement de la bouche des témoins qui me suivront. Je vais commencer par le développement de la pêche et parler un peu de la répartition inéquitable des quotas, ce qui a une incidence négative sur le développement de notre secteur des pêches, la mise en valeur de nos ressources, le développement de nos capacités ainsi que notre participation à l'industrie croissante de la pêche.

Étant donné que Pangnirtung a développé sa propre industrie de la pêche affrétée et qu'elle soutient maintenant avec succès la concurrence sur le marché mondial malgré sa petite taille, la région est devenue tributaire des quotas de flétan noir, qui sont essentiels à sa réussite et à son avenir. Nous avons d'abord commencé localement avec la pêche hivernale sur glace, pour graduellement accroître notre participation aux pêches hauturières. Considérée maintenant comme un énorme succès au Nunavut puisque qu'on y trouve la seule usine de pêche d'homologation européenne, la région de Pangnirtung est un modèle enviable aux yeux de tous ceux qui participent aux pêches côtières et hauturières. Pangnirtung compte des partenaires aussi bien à l'échelle locale au Nunavut qu'à l'extérieur du Nunavut, et négocie ses propres contrats et transactions.

Je vais transmettre un message qui s'impose parce que j'appuie fermement les groupes qui s'adonnent à la pêche. Notre message au ministère des Pêches et des Océans, le MPO, c'est que nous voulons notre juste part des quotas de flétan noir dans nos eaux adjacentes. Nous voulons que les quotas soient répartis de façon équitable et qu'on nous reconnaisse comme des participants à part entière et des gardiens responsables de nos eaux adjacentes et de nos ressources.

Je vais vous donner une idée de certains des facteurs à l'origine de nos difficultés parce que le Nunavut n'obtient pas une partie ou la majeure partie des ressources qui lui reviennent de droit.

Je ne suis pas ici pour offenser qui que ce soit, monsieur le président, mais il faut le dire. Lorsque le MPO fait fi de la part du Nunavut dans les répartitions qui lui reviennent à juste titre dans ses propres eaux et dans les eaux adjacentes, et lorsque le MPO, par le biais du cabinet du ministre, donne les quotas à ses électeurs du Sud, c'est un coup très dur pour nous parce que nous savons qui sont ceux qui devraient en être les vrais bénéficiaires.

Comme vous l'avez probablement constaté durant votre court séjour, contrairement aux autres provinces et territoires, nous n'avons pas beaucoup d'autres possibilités économiques comme l'agriculture, l'exploitation minière, le bois d'œuvre, et cetera.

Pour aggraver les choses, monsieur le président, notre gouvernement territorial n'a aucun contrôle sur ses propres ressources, redevances ou recettes. Nous manquons de participation sur tous les fronts. Nos ressources sont plutôt contrôlées par des représentants du Sud, guidés par les intérêts des électeurs du Sud. Étant donné que les redevances et les bénéfices ne sont reconnus que par le gouvernement fédéral, il est devenu évident à nos yeux que chaque fois que de nouvelles possibilités se présentent au Nunavut et permettent à ses habitants de bénéficier de leurs ressources, pour une raison ou pour une autre — que l'on ignore — l'histoire montre que, selon la provenance du ministre responsable du MPO à ce moment, les ressources ont tendance à être réparties au profit des électeurs du ministre. Pour nous, cette pratique n'est pas juste, et elle a causé de véritables difficultés car nous voulons participer pleinement au développement de notre industrie de la pêche.

Avant de continuer, monsieur le président, pour des raisons techniques, j'aimerais savoir de combien de temps je dispose pour présenter quelques autres points.

Le président : Je suis sûr que nous avons le temps pour vous laisser le faire.

M. Kilabuk : Comme je l'ai dit, je suis sûr que d'autres témoins vous présenteront d'autres questions, donc je n'en dirai pas plus sur la question des pêches. J'espère que notre message pourra être transmis, à savoir que la pratique actuelle de la répartition des quotas de flétan noir n'est pas considérée équitable au Nunavut. À notre avis, nous ne recevons toujours pas les quotas qui nous reviennent selon le principe de contiguïté de nos eaux et de nos ressources.

Dans un autre ordre d'idées, monsieur le président, je sais que je risque d'ouvrir la boîte de Pandore, mais il y a quelques jours, j'ai appris à la radio que le ministre du MPO, en consultation avec le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut, le CGRFN — s'il reçoit l'appui du CGRFN —, envisage d'inclure le béluga de la baie Cumberland dans la portée de la Loi sur les espèces en péril.

Monsieur le président, en tant que membre de l'assemblée législative pour Pangnirtung, et ancien représentant du MPO, je crois fermement que les Inuits jusqu'à présent ont été accusés à tort d'être responsables de la quasi-extinction de nos baleines. Différents pays, y compris le Canada, se sont adonnés au commerce des baleines, de la fin des années 1800 jusqu'au début des années 1900. J'espère mettre les choses au clair en disant que je n'ai jamais participé à une étude sur le sujet, et je n'ai jamais entendu dire que le MPO faisait des efforts pour déterminer qui a été responsable de la quasi-extinction de nos stocks de bélugas à l'époque. Je suis heureux de vous dire que je fais confiance aux connaissances traditionnelles que l'on m'a transmises et selon lesquelles le nombre de baleines aurait considérablement augmenté depuis.

Lorsque j'ai entendu l'annonce à la radio, je me suis empressé de vérifier le site web du MPO et j'ai appris que les Inuits sont les responsables de la réduction du nombre de baleines. Je ne crois pas que ce soit le cas, monsieur le président. Ce sujet n'a jamais fait l'objet d'une étude, d'après l'information dont on nous a fait part, et je crois fermement que les gens que je représente ont été accusés à tort d'avoir chassé à outrance nos ressources marines. Je ne crois pas qu'on assiste aujourd'hui à une chasse excessive, monsieur le président. De plus, on ne nous a jamais informés du nombre de baleines que nous sommes censés avoir dans les stocks pour expliquer pourquoi on envisage de les inclure dans la portée de la Loi sur les espèces en péril.

Les quotas que nous avons aujourd'hui, c'est nous-mêmes qui nous nous les sommes imposés pour mettre à fin à nos chasses; à preuve, vous ne trouverez pas un seul agent d'exécution de la loi du MPO dans notre communauté. Nous appliquons nous-mêmes les lois qui nous ont été imposées. Voilà à quel point mes électeurs sont responsables depuis que les premiers quotas sont entrés en vigueur ici, à Pangnirtung. Toutefois, les personnes que je représente ne reçoivent aucune reconnaissance. Malheureusement, à l'heure actuelle, tout ce qu'elles reçoivent en échange, ce sont d'autres menaces de réduire les quotas ou, comme nous l'avons vu ces derniers jours, des menaces de les assujettir à la Loi sur les espèces en péril.

L'année dernière, plus précisément l'hiver dernier, à une assemblée publique générale, on nous a déclaré que les Inuit Quajimajatuqangit, IQ, c'est-à-dire les connaissances traditionnelles des Inuits, étaient exactes, et que le nombre de nos bélugas n'était pas aussi bas que ce qui avait été prévu par le MPO. Maintenant, nous apprenons que le ministère change son fusil d'épaule encore une fois. Il veut les inscrire dans la liste des espèces en péril, pour une raison quelconque. Comme vous pouvez probablement l'imaginer, il semble y avoir un écart entre les différents messages qui nous sont transmis. Voilà pourquoi nous aimerions aider à mettre les choses au clair.

Justice serait rendue si le MPO nommait les pays, dont le Canada, responsables d'avoir réduit considérablement le nombre parce que ce n'est qu'à ce moment-là que nous saurons ce que la population des bélugas est censée être et quels sont les pays et les participants vraiment responsables de leur diminution.

Nous nous considérons comme l'un de vos plus grands alliés. À titre d'exemple, comme je l'ai mentionné, nous appliquons vos lois nous-mêmes. Je fais beaucoup d'éloges à l'égard de mes électeurs parce que c'est quelque chose qu'on n'entend probablement pas assez.

En dernier lieu, je veux vous dire que les connaissances traditionnelles des Inuits ne sont toujours pas suffisamment mises à profit. Aujourd'hui, on retrouve beaucoup de connaissances traditionnelles chez les aînés. Ce savoir peut contribuer au travail nécessaire pour identifier les populations de bélugas et déterminer les responsables de la réduction massive d'une espèce jadis en santé et non menacée.

Je crois que c'est simple. On a accusé le mauvais groupe de personnes comme étant responsable de la diminution du nombre de nos baleines. Aujourd'hui, les pays qui ont presque épuisé notre population de baleines nous regardent, peut-être parfois en riant du Canada et des Inuits, lorsqu'on accuse les Inuits d'être irresponsables et de tuer leurs propres ressources alors qu'en fait, nous, les Inuits, sommes les gardiens de nos ressources, de nos terres et de nos eaux, tout en essayant de les préserver pour les générations à venir.

Je vais m'en tenir à cela.

Le sénateur Robichaud : Monsieur Kilabuk, lorsque nous sommes venus en février pour vous rencontrer et essayer de déterminer comment nous pourrions utiliser les trois langues — le français, l'anglais et l'inuktitut — au Sénat, à Ottawa, nous avons eu des réunions fructueuses avec vous et vos collègues.

[Français]

Le Comité du Réglement a présenté son rapport au Sénat et nous allons faire tous les efforts pour que l'interprétation soit disponible en anglais et en français, c'est-à-dire à partir de l'inuktitut, afin que les sénateurs Willie Adams et Charlie Watt puissent, dans certaines occasions, parler l'inuktitut au Sénat du Canada.

Je vous remercie pour votre coopération, parce que lorsque nous sommes venus, c'est ce qui a décidé les membres du comité d'agir ainsi.

[Traduction]

Vous dites que le nombre de bélugas ne diminue pas, mais d'autres personnes disent le contraire. Le trafic maritime dans la région aurait-il un effet là-dessus, surtout à cause de la mine qui était active à Nanisivik, dans la baie de l'Arctique? Le trafic a maintenant diminué, d'après ce que je crois comprendre, mais on nous a dit que la glace fond beaucoup plus rapidement que prévu, qu'on assistera à l'ouverture du passage du Nord-Ouest et qu'il y aura beaucoup plus de trafic maritime. Est-ce que cela vous préoccupe, à la lumière de vos observations sur les bélugas?

M. Kilabuk : Je n'ai pas assez d'informations ni de connaissances parce que je ne suis pas tombé sur beaucoup de résultats de recherche sur l'ouverture du passage du Nord-Ouest. Ayant vécu seulement dans la partie sud de Baffin, et dans le cadre de mes activités de chasse en tant que membre de la communauté, je ne suis pas du tout bien placé pour dire si cela me causerait une préoccupation immédiate; je suis au courant de la migration saisonnière de nos bélugas dans la région de la baie Cumberland et du fjord Clearwater, zone précise où les bélugas donnent naissance tous les ans. Pour cette raison, je ne suis pas du tout bien placé pour indiquer si le trafic accru ferait retentir, chez moi ou chez mes électeurs, un signal d'alarme à ce stade-ci, probablement parce que nous avons concentré nos efforts sur des questions beaucoup plus pertinentes pour notre communauté.

[Interprétation]

Le sénateur Adams : J'ai une question sur l'allocation des quotas dans la division 0B. On nous dit sans cesse : « Nous voulons appuyer les communautés inuites dans leurs efforts pour obtenir les quotas dans la division 0B. »

Nous vous avons appuyés relativement au quota de 1 900 tonnes, et on nous a dit la même chose qu'à vous. Nous avons fait du lobbying pour vous, mais en vain. En tant que sénateur inuit, je parle toujours pour les communautés inuites et j'essaie de représenter leurs préoccupations. Il est à espérer qu'on accordera, à l'avenir, au Nunavut les quotas en question et les nouveaux qui pourraient en découler.

Je vais passer maintenant à la question des bélugas. C'est la première fois que j'entends dire que les bélugas sont menacés. Nous n'en avons pas encore eu vent à Ottawa.

Il y a peut-être un an, des représentants du MPO ont comparu devant le comité. Nous leur avons demandé s'ils avaient des études sur les bélugas dans la baie d'Hudson, la baie Cumberland et la mer de Beaufort. Nous avons demandé combien d'études ils avaient réalisées sur les différents stocks. Leur réponse, si je me souviens, c'était que les nombres étaient les mêmes — ni plus, ni moins.

D'après les estimations du MPO, le nombre de bélugas dans la baie d'Hudson varie entre 25 000 et 28 000. Autour de Tuktoyaktuk et dans la mer de Beaufort, on en prévoyait 39 000. Quels sont les derniers chiffres du ministère? Quelles sont ses estimations actuelles sur les stocks? Je parle du MPO. Peut-être que le ministère subit des pressions de la part des Américains parce que ces derniers imposent un moratoire sur la chasse à l'ours polaire. Le MPO appuie-t-il uniquement les nouvelles politiques des Américains? Maintenant les bélugas seront menacés. Le ministère est-il influencé par les Américains?

Nous n'avons pas de quotas sur les bélugas dans les communautés de l'île de Baffin. Combien en évaluez-vous dans les eaux du Nunavut? Êtes-vous au courant du nombre estimatif actuel de bélugas dans votre région, ou avez-vous des renseignements là-dessus? Par exemple, observe-t-on une réduction de leur nombre? Y a-t-il des gens qui vérifient cette information?

M. Kilabuk : Pour ce qui est des stocks dans l'île de Baffin et du nombre de bélugas, je ne saurais le dire. À Pangnirtung, nous avons un quota, alors que d'autres communautés n'en ont pas. On nous a imposé un quota. Il est difficile de donner un nombre estimatif. À Pangnirtung, nous avons un quota de 35 à 40. Cet hiver, nous avons appris avec joie que les connaissances traditionnelles des Inuits se sont avérées exactes, à savoir que le nombre de bélugas était en train d'augmenter en réalité. Nous étions très heureux d'apprendre cette validation des connaissances traditionnelles des Inuits. Puis hier, j'apprends que les bélugas sont maintenant menacés et qu'on pourrait imposer des quotas. Les gens que je représente auront beaucoup de mal si on nous impose un quota maintenant.

Je ne peux pas vous dire exactement combien de bélugas on retrouve dans la région. Les chasseurs et les trappeurs viendront comparaître. Ils pourront vous donner une meilleure estimation que moi.

[Traduction]

Monsieur le président, j'ai oublié de vous faire part d'une idée relativement à ce que nous estimons être une répartition inéquitable des quotas de flétan noir dans nos eaux adjacentes s'il n'en tient qu'au ministre responsable de l'heure. Le gouvernement fédéral pourrait peut-être envisager d'établir ou d'élaborer un plan pluriannuel pour le développement des pêches et fixer certains pourcentages de ce que les pêcheurs du Nunavut recevront sur une base annuelle ou selon l'allocation des quotas. Si on augmente les quotas dans la division 0A ou la division 0B, alors je crois fermement qu'il faudra élaborer un plan concret qui détermine le pourcentage qui reviendra au Nunavut. S'il n'en tient qu'au ministre responsable de l'heure, c'est lui qui déterminera, à son entière discrétion, quels électeurs auront les quotas dans les provinces de l'Atlantique, comme c'est toujours le cas aujourd'hui. Comme vous l'avez probablement entendu, nous avons eu de beaux exemples l'hiver passé.

Le président : Je veux souligner ce que le sénateur Adams a dit. Je pense que je peux parler pour les membres du comité quand nous affirmons que nous croyons au principe de la contiguïté et que les stocks devraient revenir principalement aux gens qui vivent sur les côtes où se trouvent ces ressources. Nous trouvons votre proposition intéressante, et nous pourrons y réfléchir. Je crois que nous sommes tous d'accord pour dire que vous devriez bénéficier de cette ressource — c'est-à-dire les personnes qui disposent de cette ressource au large de leurs côtes. En fait, comme le sénateur Adams nous l'a rappelé, cette recommandation figure parmi celles que le comité sénatorial avait faites précédemment, et je ne sais pas si nous pouvons nous en accorder le mérite, mais nous sommes heureux de constater que c'est ce qui se passe. Nous espérons que le modèle progressera.

Le sénateur Hubley : Monsieur Kilabuk, ma question s'inscrit dans la lignée de celle du sénateur Adams. Si le CGRFN accorde son appui, le ministre des Pêches présentera-t-il une recherche ou une connaissance traditionnelle pour appuyer la déclaration selon laquelle le béluga de la baie Cumberland est une espèce en péril?

M. Kilabuk : Comme je l'ai indiqué tout à l'heure, les renseignements dont je dispose sont limités. À l'heure actuelle, le ministre du MPO cherche à obtenir l'appui du CGRFN. On a publiquement mentionné à la radio régionale que même si le ministre ne reçoit pas l'appui dont il a besoin de la part du CGRFN pour inscrire le béluga de la baie Cumberland dans la Loi sur les espèces en péril, il poussera ses efforts plus loin. Évidemment, d'après l'information limitée dont je dispose, le ministre actuel du MPO est satisfait de voir le béluga de la baie Cumberland inscrit à la liste des espèces en péril. Toutefois, comme je l'ai également évoqué tout à l'heure, l'année dernière, le même ministère nous a laissés croire que notre population de bélugas n'était pas aussi faible que ce qu'il pensait.

Le sénateur Hubley : Vous avez maintenant un quota de 35 à 40. Avez-vous eu du mal à atteindre ce quota?

M. Kilabuk : Non, pas du tout : en fait, ces temps-ci, le quota est atteint en 24 heures, sinon moins.

Le sénateur Hubley : J'ai une autre question sur la pollution et comment elle peut toucher non seulement les bélugas, mais aussi d'autres animaux. Y a-t-il des indications, du point de vue de vos gens ou du MPO, sur les polluants comme le mercure qui pourraient nuire aux bélugas ou à d'autres espèces marines?

M. Kilabuk : Au fil des ans, le MPO a entrepris des études pour examiner les contaminants ingurgités par les baleines. Je crois qu'on peut facilement obtenir ces études auprès du MPO. Je n'ai pas une bonne idée du niveau de contaminants que l'on a trouvé dans les tissus des baleines. Toutefois, pour élargir votre question, les gens qui chassent au bord de la baie Cumberland constatent beaucoup de débris qui pourraient avoir été jetés de navires ou de bateaux de pêche; nous observons beaucoup de filets de crevettes et de flotteurs le long du littoral, à l'autre bout de la baie Cumberland. On jette beaucoup d'ordures dans nos eaux et elles se retrouvent sur nos rives.

Le sénateur Cochrane : Merci, monsieur le Président, de votre comparution. Nous sommes également heureux d'avoir un auditoire aussi nombreux. Je crois que c'est signe de l'intérêt que porte la communauté envers les questions qui la touchent et envers d'autres qui ne sont pas bien reçues.

D'entrée de jeu, je tiens à préciser que je vous comprends parfaitement quand vous dites que les aînés n'ont pas l'occasion de donner des conseils. Nous avons entendu bon nombre de vos aînés durant notre voyage le long de la côte. Je crois personnellement qu'il faut consulter les aînés parce qu'ils représentent une source d'expériences, de connaissances et de conseils judicieux. À mon avis, vous devriez envisager cette option, et je suis reconnaissante envers les aînés qui sont ici. Leurs conseils doivent absolument être pris en considération.

Je veux vous poser des questions sur l'infrastructure. Dans bien des communautés que nous avons visitées, on nous a parlé de la nécessité d'avoir une infrastructure pour les ports, les brise-lames et les quais, et nous en avons fait le constat de nos propres yeux. J'aimerais connaître votre avis sur l'infrastructure locale. De quoi avez-vous besoin ici, et que représenterait un port pour votre communauté?

M. Kilabuk : Que représenterait un port pour ma communauté? Pour les pêcheurs, les chasseurs et tout le monde qui prend part à des activités semblables, c'est très important. J'ai dit dans ma conclusion que je vous suis reconnaissant, et je remercie le MPO et le gouvernement fédéral d'avoir annoncé le financement de 8 millions de dollars pour le brise- lames qui sera construit ici, à Pang. Nous sommes reconnaissants envers le gouvernement fédéral et le ministère responsable parce que c'est d'une grande importance pour la communauté. À l'heure actuelle, nos pêcheurs manquent d'accès pour décharger leurs prises. Dans le même ordre d'idées, ils ne sont pas en mesure de charger leurs navires dans le cadre de leurs activités de pêche parce que nos marées ici sont parmi les plus rapides de toute l'île de Baffin et les plus hautes dans la toute la région. Par conséquent, le brise-lames n'est accessible que la moitié de la journée en raison des marées, et la plupart du temps, il n'est pas accessible; il n'est accessible que pour un nombre limité d'heures chaque jour. Donc, le financement destiné au brise-lames sera très important pour notre communauté. J'ai également entendu dire, en tant que membre de l'Assemblée législative à Iqaluit, qu'il y a un manque criant d'installations sur tout le territoire.

Le président : Je tiens à souligner que nous avons, nous aussi, entendu ce message. Nous avons eu droit à une réunion intéressante hier soir, à Qikiqtarjuaq, sur la même question. Nous sommes étonnés de voir qu'il y a si peu en matière d'infrastructure au Nunavut. Nous venons tous de communautés de pêche où l'on trouve des quais et des brise- lames. Certains sont réparés, d'autres sont remplacés. Pourtant, il y a des communautés ici qui n'en ont pas encore. Nous sommes au courant de cette question, et nous estimons qu'elle a été très mal traitée, et nous en parlerons.

Monsieur Kilabuk, merci d'avoir comparu devant nous et de nous avoir fait part de vos réflexions et propositions. Nous vous remercions d'avoir été aussi franc avec nous et de nous avoir consacré votre temps.

J'invite maintenant le maire adjoint de Pangnirtung et Ron Mongeau, l'administrateur principal.

Bienvenue, monsieur le maire adjoint. Vous avez la parole.

[Interprétation]

Adamie Komoartok, maire adjoint, municipalité de Pangnirtung : À ma droite se trouve le secrétaire-trésorier. Nous représentons la municipalité, et nous sommes heureux que vous soyez ici pour nous parler et nous écouter. Les questions que nous aborderons sont importantes, surtout pour ce qui est du changement climatique à l'heure actuelle. Je suis heureux que vous soyez ici pour nous écouter. Je vais vous parler en anglais afin que nous puissions mieux nous comprendre.

[Traduction]

Les Inuits de l'île de Baffin font face à plusieurs défis de taille dans leurs démarches pour avoir un plus grand contrôle sur leur destinée économique. Les réalités physiques de cette région, notamment son isolement, sa population limitée et son climat rigoureux, empêchent largement le développement de l'agriculture commerciale et de l'industrie manufacturière. Par conséquent, nous avons concentré notre attention sur l'exploitation des ressources naturelles variées de la région. Autrefois, ces ressources ont créé quelques liens durables avec l'économie locale et ont généré peu d'emplois locaux à long terme. Cette situation a changé avec l'évolution de l'industrie de la pêche à Pangnirtung.

La pêche à Pangnirtung est une composante importante de l'économie de notre communauté. Outre le tourisme et l'industrie des arts et de l'artisanat, nous comptons sur la pêche pour assurer la croissance et créer des emplois et d'autres débouchés pour notre communauté. L'industrie de la pêche dans l'Arctique de l'Est est relativement jeune, mais grâce à la mise en place d'une infrastructure appropriée comme des navires et des usines de transformation du poisson, elle peut contribuer de façon importante à l'économie du Nunavut, particulièrement de Pangnirtung.

Comme vous le savez, dans son dernier budget, le gouvernement fédéral a octroyé 8 millions de dollars sur une période de deux ans pour la construction d'un port commercial dans notre communauté. Cet argent transformera notre industrie de la pêche en offrant une installation sécuritaire pour nos pêcheurs locaux ainsi qu'une occasion de transporter nos produits vers le marché à un prix beaucoup plus avantageux.

Toutefois, l'industrie de la pêche fait toujours face à des obstacles, comme en témoigne le récent transfert permanent du quota de 1 900 tonnes de flétan noir dans les eaux de l'île de Baffin, d'une société de pêche du Sud à une autre. Nous croyons fermement que les gens du Nunavut doivent contrôler les pêches sur leurs propres côtes.

Dans l'ensemble, les pêcheurs du Nunavut se sont vus attribuer un peu moins des deux tiers du poisson dans leurs eaux, alors que les provinces et les autres territoires au Canada jouissent d'une allocation de quotas d'au moins 80 p. 100 sur leurs côtes.

Le quota vaut environ 8 millions de dollars. Cela aurait permis une saison plus longue pour les Inuits qui travaillent pour la Baffin Fisheries Coalition, et beaucoup plus de travail pour les gens qui travaillent dans notre usine de transformation du poisson à Pangnirtung.

Nous devons entreprendre des recherches, mettre en valeur les ressources et créer l'infrastructure pour permettre à l'industrie de la pêche d'exploiter de nouveaux débouchés afin de développer des marchés supplémentaires pour les crevettes, les pétoncles, les palourdes, la morue et d'autres espèces. Nous devons trouver une solution au coût élevé du transport et des inspections, en plus de relever les défis liés à la concurrence avec les marchés bien établis du Sud.

La hausse rapide du prix du pétrole et du gaz poussera l'industrie de la pêche au Nunavut à examiner des sources d'énergie de remplacement comme l'énergie marémotrice, les microcentrales hydroélectriques, l'énergie éolienne et l'énergie solaire pour l'utiliser dans le secteur halieutique, portuaire et opérationnel.

Je souligne également que les prix payés aux pêcheurs d'omble chevalier dans l'Arctique sont restés les mêmes depuis bien des années. Nos pêcheurs locaux ne sont pas en mesure de garder le rythme des prix élevés, de l'inflation et des coûts accrus des exploitations.

Notre industrie de la pêche offre d'énormes possibilités, mais doit relever d'importants défis. La durabilité de l'industrie dépend d'une approche de collaboration entre tous les paliers de gouvernement. Cette approche permettra de nous assurer qu'un jour, notre pêche côtière sera exploitée et que les produits seront transformés uniquement par les gens du Nunavut.

Monsieur le président, j'aimerais aborder brièvement un autre mandat du comité : le changement climatique et son impact sur l'Arctique de l'Est.

Les anciennes calottes glacières sur l'île de Baffin, particulièrement celles dans les régions du Nord, ont commencé à fondre considérablement, et les recherches montrent que le XXe siècle fut l'une des périodes les plus chaudes de l'île depuis l'an 350 de notre ère. Le climat se réchauffe donc considérablement. La végétation qui a disparu avec la première couche de neige est en train de surgir, tout comme les surfaces rocheuses non perturbées. Les calottes glacières sur le plateau du Nord de l'île de Baffin ont rétréci de plus de 50 p. 100 au cours des 50 dernières années, et on s'attend à ce qu'elles disparaissent complètement vers le milieu du XXIe siècle.

Notre terre natale, l'Arctique, abrite les mammifères les plus particuliers du monde, plusieurs millions d'oiseaux permanents et migrateurs, une riche communauté vivant en bordure des glaces et une importante réserve mondiale de poisson. C'est un environnement unique sur le plan biologique et culturel.

L'environnement et la culture humaine de l'Arctique sont intimement liés. Les habitants de Pangnirtung maintiennent un lien solide avec l'environnement parce qu'ils tirent leur subsistance de la faune et des ressources naturelles, une pratique qui dure depuis de nombreux siècles.

Comme vous le savez, les scientifiques prédisent maintenant qu'on verra les premiers impacts du changement climatique d'origine humaine, et les plus graves, dans les régions polaires. L'Arctique est plus sensible au changement climatique que n'importe quel autre endroit au monde. Les caractéristiques géographiques particulières de l'Arctique aident à expliquer pourquoi cette région est si vulnérable. À cause des températures extrêmement basses, de la lumière du soleil limitée et des faibles précipitations, ainsi que d'une courte saison de croissance, l'Arctique est l'un des environnements les plus rigoureux de la planète.

La glace marine arctique, la couche de neige, la toundra et le pergélisol sont très sensibles aux variations subtiles de lumière, des températures superficielles et des précipitations. Les écosystèmes dans l'Arctique existent grâce à un équilibre délicat avec le climat régional et, par conséquent, ils sont plus sensibles aux changements que les écosystèmes des régions tempérées ou tropicales. Les communautés humaines en sont également touchées; leur survie dépend également de l'équilibre délicat avec le climat arctique. Les communautés sont donc tout aussi sensibles aux changements qui surviennent dans notre climat.

Monsieur le président, ces changements se produisent à Pangnirtung aujourd'hui. Nous observons des débâcles plus rapides, une prise de la glace plus tardive, des changements dans les habitudes des oiseaux migrateurs, des conditions imprévisibles de la glace marine, des changements dans les étendues d'eau libre entre les glaces et la présence d'animaux que l'on ne trouve normalement pas dans la région.

Si le changement climatique se poursuit, notre mode de vie qui repose sur une économie de subsistance sera également menacé. On assistera à la décongélation hâtive du pergélisol et à l'érosion de la terre. Ces conditions entraîneront des phénomènes météorologiques extrêmes et la hausse du niveau de la mer, sans compter de graves conséquences pour la santé humaine.

Nous avons tous entendu dernièrement que, d'après les prévisions des scientifiques, le passage du Nord-Ouest sera libre de glaces d'ici 20 ans. Les Inuits pourraient tirer des avantages d'une telle route de navigation, mais en réalité ils risquent de connaître des effets négatifs disproportionnels à cause de l'éventualité d'incidents environnementaux comme le déversement de pétrole, des répercussions sur la faune comme les changements dans la reproduction et les routes de migration, et une perturbation socioéconomique.

Nous ne pouvons arrêter le changement climatique. Nous devons donc développer notre capacité de faire face aux impacts prévus et de les gérer.

Comme nous le savons tous, les gens qui habitent ici depuis des siècles ont une réputation bien méritée de pouvoir s'adapter à l'environnement changeant, mais il y a des limites. Le changement climatique touche la culture, la santé et notre survie en tant que peuples autochtones. Je vous prie donc de garder cela à l'esprit quand vous ferez vos recommandations au Parlement.

Le sénateur Cochrane : Monsieur Komoartok, nous sommes heureux que vous soyez des nôtres.

J'aimerais en savoir plus sur le changement climatique dont vous avez parlé, et sur toutes les mutations que vous observez. Vous dites que vous en voyez énormément à l'heure actuelle. Le climat imprévisible et le dégel printanier hâtif que vous avez mentionnés, de même que les températures plus élevées que d'habitude ont tous un effet direct sur vos gens. Le gouvernement fédéral a-t-il pris des mesures pour vous aider sur ce front? Recevez-vous un appui du gouvernement du Canada pour aider à assumer les frais liés aux effets du changement climatique?

M. Komoartok : Pas vraiment : le changement climatique est, en quelque sorte, un phénomène tout nouveau ici aussi. Remarquez que nous en subissons les effets depuis 15 ou 20 ans. Nous avons observé des changements lents durant cette période. Toutefois, nous n'avons pas eu beaucoup d'aide de la part du gouvernement fédéral. Une jeune universitaire du Sud a entrepris l'étude de l'évolution des glaces. Elle est ici depuis environ un an, et elle fait des allers- retours à l'université, puis revient sur place pour parler aux aînés afin de savoir exactement comment le climat a évolué d'hier à aujourd'hui. Il y a donc un peu de recherches en cours, mais le gouvernement fédéral ne s'est pas rendu ici pour étudier ou pour voir ce qu'il peut faire de plus pour nous. Il ne nous a pas prêté main-forte.

Ron Mongeau, administrateur principal, municipalité de Pangnirtung : À ma connaissance, il n'y a aucun programme ou processus fédéral général pour s'attaquer au changement climatique dans l'Arctique. Nous travaillons individuellement avec certains ministères gouvernementaux. Par exemple, nous travaillons avec la Commission géologique du Canada. Nous avons installé une station de surveillance permanente du pergélisol qui commencera à fournir à notre communauté des renseignements sur ce qui se passe et sur le rythme auquel ces changements se produisent.

À mon avis, ce qui nous préoccupe, c'est que ces changements se produisent à l'heure actuelle. Ils existent depuis bien des années, et leur rythme s'est accéléré. À moins que nous puissions améliorer la capacité locale de régler ces problèmes, nous aurons de plus en plus de mal dans l'avenir. Nous avons besoin de l'aide du gouvernement, tant au niveau fédéral qu'au niveau territorial, pour développer la capacité des communautés du Nunavut de contrer ces changements. Les changements varieront d'une région à l'autre, et d'une communauté à l'autre. Chaque communauté au Nunavut doit avoir les ressources dont elle a besoin pour assurer son avenir.

Le sénateur Cochrane : Les habitants ou les diverses organisations communautaires ont-ils proposé des idées sur la façon de procéder? Avez-vous des idées?

M. Mongeau : On a eu des entretiens avec le conseil et avec d'autres organisations. Là encore, nous devons nous tourner vers les aînés; nous devons nous fier aux connaissances traditionnelles ainsi qu'aux données scientifiques pour qu'elles nous aident à atténuer les effets à mesure qu'ils se présenteront. Nous ne faisons qu'effleurer le problème lorsque nous parlons d'impacts potentiels. L'autre impact, évidemment, c'est que parallèlement à la fonte des glaces de l'Arctique, les ressources du Nunavut atteignent des proportions renversantes. Pour ce qui est des ressources potentielles du Nunavut, dans 15, 20 ou 30 ans, il se peut que le Nunavut supplante l'Alberta comme moteur économique du Canada. Les communautés seront-elles prêtes à faire face à ce genre de développement? Encore une fois, nous devons développer notre capacité aujourd'hui pour faire face aux changements qui surviendront dans cinq ou dix ans. L'existence du problème n'est même pas reconnue.

Le sénateur Robichaud : Dans votre exposé, vous avez dit que les Inuits pourraient tirer des avantages à cause de la croissance du trafic maritime, mais en réalité ils risquent de connaître des impacts négatifs disproportionnels à cause de l'éventualité d'incidents environnementaux comme les déversements de pétrole. À votre avis, la Garde côtière est-elle bien préparée pour faire face aux déversements de pétrole s'ils se produisent dans la région?

M. Komoartok : Je ne sais pas. Les représentants de la Garde côtière ne sont pas venus ici pour nous dire s'ils ont des plans concrets pour s'attaquer à un tel problème. Ils ne sont pas venus dans notre communauté pour parler de cette situation. Pour moi, ils doivent venir ici et me parler pour que je puisse vous donner une réponse.

Le sénateur Robichaud : Si c'est un sujet de préoccupation, envisagez-vous d'inviter la Garde côtière canadienne ici pour parler avec vous de ces questions?

M. Mongeau : Oui, évidemment, le conseil serait heureux d'avoir l'occasion de rencontrer les gens de la Garde côtière canadienne. La Garde côtière n'a pas une présence solide, en tout cas pas à Pangnirtung. À ma connaissance, ils ne sont jamais venus ici pour rencontrer la communauté.

Je crois que les impacts dont nous parlons, même s'ils concernent les zones plus septentrionales, sont potentiellement dévastateurs. Je ne suis pas sûr qu'une entité, que ce soit la Garde côtière ou une autre organisation, soit préparée à la possibilité d'un important déversement de pétrole dans le passage du Nord-Ouest. Je doute que nous disposions de la technologie nécessaire, si technologie il y a, pour faire face à un déversement de pétrole dans ces types d'eau. Nous savons qu'il y a de plus en plus de trafic et, à mesure que le passage du Nord-Ouest s'ouvrira, cet endroit gagnera en popularité dans le monde entier. Il y aura de l'activité. C'est inévitable. Nous le savons. C'est dans la nature humaine : les machines finissent toujours par se briser, et elles risquent de causer un déversement de pétrole. Nous savons que ce sera un incident tragique et difficile à contrôler.

Le sénateur Robichaud : On nous a dit, à notre première rencontre, ou peut-être quelqu'un d'autre nous l'a dit, que le nombre de navires de croisière dans la région a augmenté. Les navires de croisière peuvent s'échouer, n'est-ce pas? Et plus il y a de navires, plus il y a de risque que cela se produise. La Garde côtière pourrait venir et amorcer un dialogue avec vous dans le cas où un incident comme un déversement de pétrole se produirait.

M. Mongeau : Oui. D'un côté, le fait d'avoir autant de navires de croisière dans les parages stimule énormément le secteur touristique. Toutefois, encore une fois, nous ne disposons pas de l'infrastructure de base pour faire face à des incidents majeurs s'ils devaient se produire. Si un navire de croisière devait s'échouer à l'embouchure du fjord, nous aurions du mal à nous rendre sur place et à sauver des vies.

Un autre sujet de préoccupation, bien que peu vraisemblable mais fréquent, ce sont les maladies qui semblent se développer sur les navires de croisière. On entend des récits de navires de croisière qui sont dévastés. Si une telle situation devait se produire dans notre communauté, une fois de plus, nous n'aurions pas la capacité nécessaire — avec un centre de santé composé de quatre infirmières — de faire face à une grave épidémie.

Qu'il s'agisse des passagers, d'un navire qui s'échoue ou qui éprouve des difficultés dans la région, nous n'avons pas la capacité de régler ces problèmes. La Garde côtière n'a pas de présence dans les environs, je crois, pour pouvoir intervenir rapidement. Il y a des problèmes ici qu'il faut régler. Encore une fois, la solution se trouve dans le développement de la capacité communautaire pour être en mesure de s'attaquer à ces questions.

[Interprétation]

Le sénateur Adams : J'ai une question pour les chasseurs. Je vais la soulever de nouveau auprès de chasseurs, mais comme vous êtes le maire adjoint, je vais vous la poser en premier.

En ce qui concerne le changement climatique, je sais que les Inuits de votre communauté comptent sur la pêche légale, la pêche au flétan noir sous la glace, et qu'ils subissent les effets causés par le gel tardif et l'amincissement de la glace. Je me suis rendu à la zone de pêche au flétan noir. Les gens aiment vraiment être dehors, sur la glace, et c'est une activité économique sur laquelle ils peuvent compter. Toutefois, voilà que j'apprends que ces deux ou trois dernières années, ils ont perdu tout leur équipement lorsque la glace a fondu. Il faut dire que cet équipement est dispendieux. Lorsqu'ils ont perdu leur équipement et leurs engins de pêche au flétan noir, on leur a dit qu'il n'y avait aucune façon de garantir le matériel et d'indemniser ceux qui l'avaient perdu. Je crois que le but était de pêcher pour l'usine de transformation du poisson ici et de créer de l'emploi. Comme nous ne participions pas à la pêche dans la division 0A et la division 0B, nous voulions faire en sorte que les Inuits prennent part aux activités de pêche au flétan noir. Toutefois, ce n'est plus possible parce que la glace est trop mince à cause du changement climatique; on ne peut plus se rendre à cet endroit.

M. Komoartok : C'est vrai. Je comprends exactement ce que vous dites. Les gens adoraient pêcher le flétan noir. C'était une activité communautaire. C'était une initiative commerciale pour ceux qui devaient gagner leur pain. Mais nous ne pouvons pas le faire seuls. La pêche au flétan noir sous la glace nécessite un travail d'équipe. C'était un gros effort, et de nombreuses personnes ont prêté main-forte pour que cela se réalise. C'était à une époque où nous pouvions nous fier à la glace.

De nombreuses personnes s'adonnaient à la pêche au flétan noir sous la glace. Il y avait entre 100 et 150 pêcheurs actifs. Ils apportaient ensuite leurs prises à l'usine, ce qui créait de l'emploi, même si c'était restreint, pour les pêcheurs et l'usine. Cela semblait bien fonctionner. Toutefois, les eaux sont libres depuis si longtemps que la zone ne se congèle plus complètement. Les autres zones ne sont pas assez profondes pour pouvoir pêcher et la glace y est dangereuse. Nous devions donc nous rendre dans les eaux libres lorsqu'elles étaient gelées pour faire de la pêche en eau profonde, mais nous ne pouvons plus le faire maintenant. Une fois que la glace devient mince, nous ne sommes plus en mesure de pêcher. Bon nombre des pêcheurs ont dû abandonner cette pratique parce qu'ils ont perdu leur équipement. C'est une entreprise très dispendieuse, Ils ont besoin de matériel de camping et d'engins dispendieux pour la pêche. De nombreuses personnes ont perdu leur équipement à cause de l'imprévisibilité de la glace. Nous avions l'habitude de pêcher le flétan noir en hiver. Quelques personnes ont essayé de pêcher cet hiver, mais il n'y en a pas autant qu'avant.

Nous avons également essayé la pêche au flétan noir à partir de petits bateaux en été, mais le flétan noir se déplace. En été, cette espèce va ailleurs; donc, nous ne pouvons pas pêcher le flétan noir à partir d'un petit bateau, ni de le pêcher en hiver sous la glace. Ce que nous aimerions, c'est une augmentation de la pêche au flétan noir, d'une façon ou d'une autre, mais cela dépend de la glace.

[Traduction]

Le sénateur Hubley : J'ai été impressionnée par votre exposé, surtout quand vous avez dit que la pêche est la seule industrie régionale. C'est logique; ça marche pour votre communauté.

Nous avons eu le plaisir, je crois, de visiter ce matin l'usine de transformation du poisson. Cette usine a besoin d'importants éléments d'infrastructure, et chaque élément qui est mis en place semble accroître davantage les possibilités de l'industrie.

On a également proposé de pratiquer la pêche au flétan noir en été et d'explorer d'autres espèces. On a aussi parlé de la nécessité d'avoir des preuves scientifiques et de recevoir des fonds pour les activités de recherche et de développement liées à cette exploration.

D'après vous, en tant que représentant de l'administration locale, et conscient de l'importance de cette usine pour la communauté, comment envisagez-vous d'agrandir l'usine pour offrir plus de possibilités d'emploi et relever peut-être de front certains des défis posés par le changement climatique? Autrement dit, comment vous préparez-vous aux changements inévitables, et comment considérez-vous l'industrie de la pêche locale et l'usine de transformation du poisson — et je crois que vous êtes chanceux de l'avoir?

M. Komoartok : Nous sommes fiers de notre usine de transformation du poisson, et nous sommes heureux d'en avoir une. Nous sommes l'une des rares communautés dans le Nord à posséder une telle usine. Je crois que les témoins qui viendront après nous feront des exposés sur l'usine et l'allocation des quotas de flétan noir et expliqueront comment l'usine est en exploitation depuis de nombreuses années et comment elle a évolué au cours des cinq dernières années. Le prochain témoin parlera plus en détail de l'usine, je crois.

En même temps, notre communauté, comme c'est le cas pour la plupart des petites communautés du Nunavut, est basée considérablement sur les emplois gouvernementaux; le gouvernement du Nunavut et, particulièrement, Parcs Canada ont une présence ici aussi. Le seul véritable employeur privé, c'est l'usine de transformation du poisson, qui emploie un grand nombre de personnes, je dirais entre 20 et 50. Cette usine est un élément important de notre économie locale.

Cela dit, l'usine est exploitée seulement pendant cinq ou six mois par année, alors qu'elle pourrait l'être pendant neuf ou dix mois. Après quoi, il y a une petite période de relâche. Ce serait vraiment bénéfique pour l'économie locale si nous avions assez de poisson à transformer. Si nous avions notre quota de poisson, l'usine serait ouverte dix mois par année, mais ils n'arrêtent pas de nous dire que c'est leur poisson. On ne cesse de l'attribuer à quelqu'un d'autre. C'est donc leur problème. Nous n'avons pas grand-chose à dire là-dessus. On ne nous demande même pas si nous voulons tenter notre chance avec ce type de pêche. On ne le fait pas. Toutefois, c'est ainsi que ça se passe.

Nous devons nous battre pour chaque livre de flétan noir qui est envoyé à l'usine locale. Je sympathise avec les gens qui y travaillent. Ils ont fait tout en leur pouvoir pour essayer de pêcher le plus de poisson possible afin d'assurer un emploi local. Ils se battent jusque devant votre comité et devant le ministère des Pêches pour que cela soit reconnu.

La seule façon d'assurer notre subsistance en tant que petite communauté, c'est de développer et d'élargir les possibilités économiques actuelles. De plus, nous sommes ouverts à l'idée d'exploiter n'importe quelle autre ressource que nous pouvons trouver dans la baie Cumberland, parce que tout ce que nous pouvons transformer dans l'usine locale créera des emplois.

Comme on l'a mentionné, la pêche est une nouvelle activité ici; c'est donc un travail en cours de développement pour déterminer ce qu'on peut faire dans la baie Cumberland ainsi que le détroit Davis.

Le sénateur Robichaud : Vous avez dit, dans vos observations, qu'il faut entreprendre des études sur des marchés supplémentaires pour les crevettes, les pétoncles, les palourdes et la morue. Trouve-t-on des pétoncles et des palourdes dans la région?

M. Komoartok : Oui, nous avons des palourdes au large des côtes. Partout dans la région, on trouve pratiquement la même chose; il en va de même dans la communauté voisine. Il y a des palourdes au large des côtes. Nous avons des pétoncles à huit milles de l'embouchure du fjord. Nous n'avons qu'à les pêcher.

Le sénateur Robichaud : Y a-t-il quelqu'un qui fait de la pêche commerciale, ou ce poisson est-il seulement utilisé pour la consommation de la population locale.

M. Komoartok : Si quelqu'un a suffisamment d'argent pour investir dans un petit bateau pour commencer, c'est possible; toutefois, il faut un peu d'investissement avant de pouvoir se lancer. On a déjà fait de la pêche, et le poisson est toujours là. C'est juste une question d'organisation.

Le président : Nous vous remercions de nous accueillir dans votre belle communauté. Nous nous sommes tous réveillés ce matin en nous disant : « Wow! » Ensuite, nous avons rencontré M. Mongeau qui habite ici depuis plus de 20 ans; il m'a dit qu'il se réveillait tous les jours en s'exclamant de la même manière, puis prenait sa tasse de café. Je ne suis pas sûr de l'ordre. Peut-être que le café vient avant l'exclamation. C'est une belle communauté, et nous vous remercions de nous avoir accueillis parmi vous. Nous espérons pouvoir aider à améliorer, un tant soit peu, la vie ici sur le plan économique parce que nous comprenons vos possibilités, ainsi que vos problèmes.

Chers collègues, notre prochain témoin s'appelle Leopa Akpalialuk, de la Pangnirtung Hunters and Trappers Organization.

Bienvenue. Vous avez environ dix minutes pour votre exposé, après quoi nous vous poserons des questions. Vous pouvez commencer dans la langue de votre choix.

[Interprétation]

Leopa Akpalialuk, vice-président, Pangnirtung Hunters and Trappers Organization : Honorables sénateurs, je représente la Pangnirtung Hunters and Trappers Organization. Tout d'abord, nous avons besoin d'installations d'accostage. Il sera utile de construire le quai proposé dans notre communauté. Cela servira aux chasseurs, aux pêcheurs et aux navires qui entrent et qui sortent. Pour les pêcheurs, ils pourront décharger leurs prises. Ils pourront le faire au Canada au lieu de se rendre dans un pays étranger. Ils pourront décharger leurs prises de la division 0B. Quel est l'avantage? L'avantage, c'est que nous serons en mesure de décharger au Canada. Nous sommes heureux de la proposition de construire le quai de Pangnirtung.

Encore une fois, une de nos préoccupations, à titre de chasseurs et de pêcheurs à temps plein, c'est le coût élevé de la vie. Nous nous attendons à ce que le prix de l'essence augmente de nouveau. Cette hausse a des répercussions sur nous, en tant que chasseurs. J'aimerais que le gouvernement soit conscient du fait qu'à mesure que le coût de l'essence augmentera, nous aurons besoin de subventions ou d'allégements fiscaux pour pouvoir continuer nos activités et nourrir nos familles. Vous êtes probablement inquiets de la hausse du coût de l'essence dans vos communautés, mais ce n'est rien comparativement à ce que nous payons aujourd'hui.

Selon moi, le prix de l'essence va continuer d'augmenter. Nous, les gens du Nord, avons besoin d'un allègement fiscal ou d'un allègement de la taxe sur l'essence pour pouvoir continuer à assurer notre subsistance.

Je vais maintenant passer au dossier du béluga dans la baie Cumberland et des navires de croisière. Les baleines mettent bas à un endroit précis. Toutefois, les navires passent par là, perturbant ainsi les aires de mise bas. Si les navires de croisière traversent les aires de mise bas, ils nuiront au stock. Nous voulons que les navires de croisière se tiennent loin des aires de mise bas et des habitats naturels des bélugas. On observe déjà une perturbation dans ces lieux. Si les navires de croisière s'approchent de ces zones, s'ils les traversent, ils nuiront aux baleines, et nous ne voulons pas que cela se produise. J'insiste : nous ne voulons pas qu'ils s'approchent des aires de mise bas.

Je vais maintenant parler des ours. Avec la disparition prévue des glaces, nous savons que le changement climatique touche certaines régions plus que d'autres, surtout les baies. Les fjords gèlent plus rapidement. Les eaux libres dans des endroits où il n'y a pas d'îles prennent le plus de temps à geler et le moins de temps à fondre. Selon moi, tant que le climat ne se réchauffe pas trop, les fjords continueront de geler. Toutefois, ce que nous craignons, c'est que les eaux libres, c'est-à-dire les zones d'eau profonde, soient touchées.

Je reviens à la question de l'ours polaire. Les Américains veulent que l'ours polaire soit protégé parce que cette espèce risque d'être en péril. Nous, les Inuits, affirmons le contraire. Nous avons actuellement beaucoup trop d'ours polaires. Dans les années 1960, et même avant, lorsque je partais loin des communautés plusieurs années d'affilée pour faire de la chasse, j'apercevais parfois quelques ours polaires. Nous n'avons jamais craint d'être attaqués par des ours polaires parce qu'il n'y en avait pas assez. De nos jours, durant nos opérations de piégeage du renard, dès que nous attrapons des phoques pour les utiliser comme appâts, les ours polaires viennent immédiatement les chercher. Maintenant, des ours polaires se rendent jusque dans les communautés et perturbent les gens. Tout cela, parce que les Américains ont inscrit l'ours polaire sur la liste des espèces en péril.

Je vous le répète : on ne consulte pas les habitants d'ici au moment de prendre des décisions sur leur environnement et leur faune. Nous sommes exclus du processus de prise de décision et d'élaboration de règlements concernant notre faune et notre vie marine. On déclare d'emblée au monde entier qu'une espèce est en péril. Il y a des fonctionnaires et des chercheurs, assis confortablement dans leur bureau au sud, qui croient tout savoir et qui prennent toutes les décisions qui touchent notre vie et notre environnement.

Ils affirment que le nombre d'ours polaires est en train de diminuer, et que les ours polaires disparaîtront. Voici ce que j'ai à vous dire : si le changement climatique s'aggrave, l'ours polaire s'adaptera pour survivre. Au lieu d'utiliser la neige pour la mise bas et l'hibernation, il creusera son terrier tout simplement dans le sable. Les ours polaires savent comment s'adapter. Les ours noirs, quant à eux, ne viennent pas de l'Arctique. Eux aussi ont besoin de tanière, peut- être dans le sable ou les rochers. Les ours polaires s'adapteront.

Lorsque les Blancs disent que nous n'aurons plus d'hiver et que nous aurons un océan sans glace, nous avons également des craintes. Si nous n'avons pas de glace dans les fjords à longueur d'année, nous savons que les fjords et la base gèleront toujours parce qu'ils gèlent dans le froid. Les phoques continueront de se reproduire. Les baleines continueront de se reproduire. Je peux vous dire qu'en ce moment, nous avons beaucoup trop d'ours polaires. Leur nombre ne cesse d'augmenter. Les ours polaires vivent dans l'océan en été. Il nous est arrivé, à maintes reprises, d'apercevoir un objet blanc et, pensant que c'était un bloc de glace, de nous être déplacés pour le voir au milieu de l'océan seulement pour se rendre compte qu'il s'agissait d'un ours polaire en train de nager.

J'ai d'autres préoccupations. Lorsque vous dites que les connaissances des aînés sont importantes, oui, je suis d'accord avec vous. Nous ne donnons pas assez de crédibilité aux connaissances traditionnelles des aînés. Oui, nous devons consulter les aînés parce que nous ne manquons pas de détenteurs de connaissances traditionnelles. On prend de mauvaises décisions, des décisions qui ne sont pas éclairées, comme l'inclusion des ours polaires sur la liste des espèces en péril. Peut-être que si nous tenions compte du savoir traditionnel et l'intégrions à vos connaissances scientifiques, nous pourrions prendre de meilleures décisions.

Nous, les Inuits, conservons nos ressources. Ce n'est pas dans la coutume inuite de massacrer des espèces, et je parle des baleines à tête de taureau. Ce n'était pas les Inuits. De nos jours, c'est facile de blâmer les Inuits de l'extinction. Nous avons des quotas. Nous les avons toujours respectés. Nous pratiquons la conservation. Notre subsistance en dépend, et c'est ce qui assure notre survie. Bien entendu, nous utilisons le milieu biologique marin avec sagesse, et nous appliquons des stratégies de conservation. Ce sont les gens à qui on n'impose aucun quota partout dans le monde qui massacrent des espèces et causent leur extinction. Nous avons toujours respecté les quotas qui nous ont été imposés.

En ce qui concerne la zone 0B, le quota a été récemment transféré d'une société étrangère, ou d'une société du Sud, à une autre société du Sud. Ce quota aurait dû être attribué aux pêcheurs inuits. Au lieu de réfléchir et de consulter, vous continuez de nous exclure. Le ministre du MPO prend des décisions en oubliant que nous, les Inuits, vivons dans la région adjacente de la division 0A et que nous devrions avoir la priorité en matière d'allocation des quotas.

Dans l'avenir, je vous encourage fortement à consulter davantage les communautés adjacentes et les gens qui sont touchés par la perte des ressources dans leurs eaux. Nous ne sommes pas contents du récent transfert de quota à une société de pêche du Sud. Vous savez que les habitants de l'île de Baffin désiraient obtenir ce quota.

Je vais m'en tenir à cela, et je suis disposé à répondre à vos questions.

[Traduction]

Le sénateur Robichaud : Merci de vos observations intéressantes.

Vous avez dit que dans la baie Cumberland, il y a un endroit où les baleines se regroupent à une certaine période de l'année, et qu'on n'a pas interdit aux navires de croisière de s'y rendre. Les gens d'ici connaissent-ils bien cet endroit?

[Interprétation]

M. Akpalialuk : Nous connaissons l'aire de mise bas. C'est au fjord Clearwater. Il y aura beaucoup de gens dans la région du fjord Clearwater parce que c'est là que les baleines mettent bas en été. Nous nous tenons loin de la zone durant la saison de mise bas, et nous la surveillons.

[Traduction]

Le sénateur Robichaud : Au Nouveau-Brunswick, à la baie de Fundy, il y a un lieu où un certain type de baleine, à une certaine période en été, a tendance à se regrouper. Les baleines se rassemblent là-bas, et les navires ont été avisés de ne pas traverser cette zone pour la simple raison qu'ils pourraient blesser les baleines qui s'y trouvent. Avez-vous entrepris des démarches auprès du MPO ou de la Garde côtière canadienne à ce sujet, en proposant que la zone soit exclue du trafic maritime à cette période de l'année?

[Interprétation]

M. Akpalialuk : Un intérêt a été manifesté pour permettre aux navires de croisière de se rendre jusqu'au fjord Clearwater, mais nous avons refusé parce que cela perturberait les aires de mise bas. La communauté tenait absolument à ce que les navires de croisière se tiennent loin du fjord Clearwater parce que c'est une aire de mise bas qui doit être protégée. C'est hors de question, parce que les bélugas restent là-bas en été.

Le sénateur Adams : Merci de votre présence. J'étais censé manger du caribou congelé avec vous, mais je suis désolé de ne pas avoir pu me joindre à vous.

Vous avez des baleines dans vos eaux, et je sais que le MPO a imposé un quota.

M. Akpalialuk : Le MPO nous a dit qu'il allait nous imposer un quota parce que nous étions en train de provoquer l'extinction des baleines. Je ne vais même pas vous dire le quota auquel nous avons droit. Vous pouvez trouver l'information. Pangnirtung n'a jamais demandé de quota, mais on nous a dit que nous étions en train de provoquer l'extinction des baleines. C'est pourquoi le MPO nous a imposé un quota. Les chasseurs n'ont jamais eu besoin de quota parce qu'ils n'estimaient pas en avoir besoin. Même si on n'assistait pas à une extinction, le MPO nous a dit qu'il allait mettre en application le quota pendant un certain temps, puis le retirer peu de temps après. Maintenant, nous sommes pris avec un quota permanent dont nous ne pouvons pas nous débarrasser parce que si nous dépassons le quota, il y aura des poursuites judiciaires, comme ce fut le cas pour certaines personnes.

Le sénateur Adams : Quand Peter Kilabuk a comparu, il a dit, je crois, que les scientifiques du MPO avaient entrepris une étude dans la baie Cumberland il y a environ un an. Ils pensaient avoir dénombré 25 000 baleines dans la baie Cumberland. C'est le MPO qui a donné cette estimation. Le ministère vous a-t-il fait part de cette information.

M. Akpalialuk : Oui, des études sont actuellement menées par le MPO. Je ne pense pas que le ministère ait fait des relevés aériens l'année dernière, mais les aînés disent qu'il y a plus d'un stock, ou plus d'un groupe de baleines dans notre mer. D'autres baleines vont à un autre lieu de mise bas, au-delà de la baie Cumberland. Il y a plus d'une aire de mise bas. On les considère comme un stock, mais les aînés savent qu'il y a d'autres stocks qui ne se rendent jamais jusqu'au fjord. Ils vont ailleurs autour de la baie Cumberland. Il se peut qu'on les compte comme un seul stock. Nous l'ignorons.

Le sénateur Adams : Avez-vous des narvals?

M. Akpalialuk : Oui, nous en avons chaque année. Nous les apercevons toujours dans nos eaux. Lorsque je vivais dans un camp éloigné, loin de la communauté, au-delà de la baie Cumberland, nous apercevions différents types de mammifères. Il y avait beaucoup de phoques à un moment donné, et moins à un autre moment parce les espèces marines migrent vers des aires d'alimentation, ou peu importe. Il arrive parfois que nous ayons beaucoup de poissons, mais ils se déplacent ailleurs. Le milieu biologique marin n'est pas immobile. Nous savons que si les représentants du MPO venaient à une période où il n'y aurait pas de poisson, ils supposeraient immédiatement que nous avons provoqué l'extinction du stock et ils imposeraient un moratoire ou un quota parce qu'ils ne connaissent pas le mouvement des différentes espèces, ou n'en tiennent même pas compte. Nous savons tous que les espèces marines se déplacent. Elles n'ont pas de frontières. Elles ont leurs propres aires de mise bas et d'alimentation, et cela se fait tous les ans, au rythme des saisons.

Le sénateur Adams : En ce qui concerne le flétan noir dans vos eaux, certains de vos pêcheurs se livraient à la pêche sous la glace. Ont-ils attrapé des flétans noirs adultes?

M. Akpalialuk : Maintenant que nous n'avons plus les glaces pour continuer la pêche sous la glace en raison de la prise tardive et de la fonte précoce des glaces, je veux que vous pensiez à comment Pangnirtung peut mettre au point d'autres activités économiques étant donné que la pêche sous la glace du flétan noir, qui fonctionnait bien à l'époque, n'est plus viable en raison de l'état ou de l'absence des glaces. Peu de pêcheurs essaient encore de pêcher le flétan noir. Ils vont simplement dans les petits fonds parce qu'ils n'ont plus besoin d'aller en haute mer. Nous avons différents noms pour qualifier le flétan noir. Nous l'appelions autrefois le nataarnaq, mais maintenant nous l'appelons le qaliralik.

À l'heure actuelle, le coût de la vie augmente rapidement quand nous allons pêcher le flétan noir en vue de le vendre en raison du prix élevé de l'essence et de tout l'équipement et du matériel de chasse. Le prix qu'on nous paie la livre pour l'omble chevalier et d'autres poissons n'a pourtant jamais augmenté. On nous paie le même prix qu'il y a dix ou 20 ans. On aurait dû nous donner une hausse en fonction du coût de la vie de nos jours.

[Traduction]

Le sénateur Hubley : Pour votre Pangnirtung Hunters and Trappers Organization, quelle a été la perte économique engendrée par le moratoire sur la chasse déclaré par les États-Unis? Ce moratoire a-t-il eu des répercussions sur les chasseurs et les trappeurs personnellement, comme guides et autres choses de cette nature? Dans l'ensemble, quelle a été l'incidence sur la communauté?

[Interprétation]

M. Akpalialuk : Le moratoire a eu d'énormes répercussions sur notre communauté, surtout pour ce qui est des peaux de phoque qui nous rapportaient autrefois de l'argent. Une interdiction proposée de la vente des peaux ou des produits dérivés du phoque a des répercussions considérables sur la communauté et des répercussions négatives sur nous. Comme gouvernement, vous devriez savoir que les Inuits utilisent les peaux à des fins de subsistance, et qu'ils se serviraient de ce que leur rapporte la chasse pour l'essence et leur équipement. Ils utiliseraient l'argent provenant de la vente des peaux de phoque ou de l'artisanat qu'ils font à partir de ces peaux pour leur chasse et aussi pour leur survie, pour la nourriture. Nous chassons les animaux pour nourrir nos communautés. Je veux que vous le sachiez; je veux être clair que c'est ainsi que nous fonctionnons.

[Traduction]

Le sénateur Hubley : Est-ce la même chose pour l'ours polaire?

[Interprétation]

M. Akpalialuk : Oui, c'est exactement la même chose. Nous sommes aussi confrontés à de nombreuses difficultés en raison d'une interdiction proposée de la chasse à l'ours polaire. Ce nouveau règlement proposé aura d'énormes répercussions négatives sur nous. Les chasseurs d'ours polaire font habituellement un peu d'argent de la vente des peaux des ours qu'ils chassent. Ce règlement aura une incidence négative sur les chasseurs. Nous prévoyons des conséquences négatives pour eux.

[Traduction]

Le sénateur Cochrane : Monsieur Akpalialuk, je veux parler des navires de croisière. Nous avons entendu dire qu'on prévoit en accroître le nombre dans l'avenir. Vous avez dit qu'ils devraient rester à l'écart de la zone de mise bas, des mammifères, et cetera. Que voyez-vous pour les navires de croisière dans l'avenir? Représenteront-ils un avantage ou un inconvénient pour l'industrie?

[Interprétation]

M. Akpalialuk : Je vais vous raconter notre expérience à nous, les Inuits. Quand les navires de croisière viennent dans la communauté, cela nous aide car les arts et les objets d'artisanat se vendent. C'est une bonne chose en ce sens car les membres des communautés gagnent ainsi un peu d'argent. Une hausse du nombre de navires de croisière qui viennent dans les communautés aura aussi des répercussions négatives, surtout sur les mammifères marins, et plus particulièrement dans les zones de mise bas. Les répercussions négatives sont plus importantes sur les mammifères marins et l'environnement. Il y a plus d'inconvénients que d'avantages.

[Traduction]

Le sénateur Cochrane : Que suggérez-vous que nous fassions?

[Interprétation]

M. Akpalialuk : Les navires de croisière n'arrêteront pas, dans un premier temps, et leur nombre augmentera probablement en raison des changements climatiques. Vous le savez car vous avez déjà des questions sur les changements climatiques. Bien entendu, il y aura donc des navires de croisière qui sillonneront le Nord, et il y en a déjà qui viennent de partout dans le monde. Les gens s'intéressent au Nord pour explorer, visiter, et cetera.

Quand les brise-glace défont les glaces, celles-ci se dispersent partout et les banquises vont partout. Il y en a beaucoup dans les eaux libres une fois qu'ils ont brisé les glaces. Une fois qu'ils défont les glaces pluriannuelles, nous obtenons des eaux libres. Les eaux libres augmentent, ce qui a une incidence sur la formation et la prise des glaces.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup d'être parmi nous pour nous faire part de votre point de vue unique. Nous sommes reconnaissants d'entendre l'opinion d'une personne qui est en première ligne. Tout ce que vous avez dit a été consigné au compte rendu et nos attachés de recherche ont pris des notes. Vous pouvez être sûr que nous réfléchirons à cette information. Vous nous avez été d'une aide précieuse, et merci beaucoup d'être venu.

[Interprétation]

M. Akpalialuk : Merci de m'avoir invité à vous parler des préoccupations de nos communautés.

[Traduction]

Le président : Je cède maintenant la parole à Don Cunningham, directeur général de la Pangnirtung Fisheries. Il habitait autrefois dans la baie Mahone, en Nouvelle-Écosse, et il est maintenant heureux de vivre à Pangnirtung.

Nous avons passé du temps avec Don ce matin. Nous avons pu visiter l'usine et passer une demi-heure, trois quarts d'heure, à lui poser des questions précises, auxquelles il a répondu d'une manière détaillée et informée; nous avons donc beaucoup appris ce matin.

Vous pouvez peut-être faire une brève déclaration pour que nous puissions vous poser des questions que nous n'avons probablement pas posées ce matin. Pourriez-vous s'il vous plaît commencer par présenter les personnes qui vous accompagnent?

Don Cunningham, directeur général, Pangnirtung Fisheries : Bien sûr, et merci, monsieur le président et honorables sénateurs.

Le monsieur juste à ma gauche, que certains d'entre vous ont eu la chance de rencontrer ce matin, est Manasa Evic. Il est président du conseil d'administration de la Pangnirtung Fisheries. Le monsieur à côté de lui, c'est Joopa Gowdluapik, président du conseil d'administration de la Cumberland Sound Fisheries, qui est propriétaire de la Pangnirtung Fisheries à 49 p. 100. Je leur ai demandé de m'accompagner parce qu'ils pourront peut-être répondre à certaines de vos questions.

Vous avez eu l'occasion de nous rendre visite ce matin, et nous en sommes très heureux. C'était une bonne occasion d'entendre certaines de vos préoccupations et questions, et vous avez posé de bonnes questions.

Encore une fois, je veux en profiter pour vous souhaiter la bienvenue ici, à Pangnirtung, comme bon nombre d'entre vous l'ont fait, j'en suis sûr. J'ai trouvé la communauté accueillante. Tous ceux qui viennent ici se sentent les bienvenus.

Je veux donner quelques renseignements généraux sur la Pangnirtung Fisheries. Cette usine a été construite au début des années 1990 dans la communauté et y est toujours à l'heure actuelle. La Société de développement du Nunavut en est la propriétaire à 51 p. 100 et la Cumberland Sound Fisheries, une entreprise appartenant exclusivement aux Inuits de la communauté, l'est à 49 p. 100. Presque tous ses actionnaires vivent dans la communauté.

Comme je l'ai dit ce matin, nous transformons principalement le flétan noir, mais aussi l'omble chevalier. Nous transformons de grandes quantités de flétan noir, mais l'omble chevalier prend de plus en plus d'importance pour nous.

Comme certains des témoins l'ont mentionné, nous représentons une part considérable de l'économie de la région. Nous achetons tous les débarquements commerciaux locaux de flétan noir et d'omble chevalier. Ce sont les poissons qui sont attrapés par les pêcheurs locaux et qui sont débarqués ici à Pangnirtung, tant le flétan noir pêché sous la glace que l'omble chevalier pêché l'été et l'hiver.

L'autre poisson que nous achetons et transformons en grandes quantités est ce que nous appelons le flétan noir surgelé en mer. Il est capturé au moyen de chalutiers congélateurs industriels dans les eaux profondes du détroit de Davis, entre le Groenland et l'île de Baffin. Nous achetons de grandes quantités de ce poisson. C'est vraiment celui que nous achetons le plus. Les chalutiers utilisent principalement des quotas qu'ils se sont fixés eux-mêmes ou qu'ils ont obtenus de la Cumberland Sound Fisheries. Ils achètent des quotas et ils pêchent, et nous achetons ensuite une partie du poisson.

Nous embauchons généralement 30 personnes de la localité à notre usine pendant environ huit mois de l'année, pour transformer le flétan noir principalement, mais l'omble chevalier intervient d'une saison à l'autre. Comme je l'ai dit, nous achetons de 300 à 400 tonnes de flétan noir pêché en haute mer qui est débarqué ici à Pangnirtung. Nous achetons aussi près de 10 tonnes métriques d'omble chevalier et près de 40 tonnes de flétan noir chaque année. Là encore, comme quelques témoins l'ont indiqué, la quantité de poisson que nous débarquons ici dépend largement de l'état des glaces.

L'usine de transformation du poisson se rapproche de plus en plus chaque année de la rentabilité durable. Nous réalisons des profits une année, et nous accusons de légères pertes l'année suivante. Nous devons relever deux ou trois défis, et je suis certain que nous y parviendrons dans les années à venir.

Je veux aborder trois principaux points avec vous, et certains ont été évoqués par d'autres intervenants. Premièrement, il y a le quai et l'installation portuaire de Pangnirtung. Je crois que vous avez eu l'occasion de passer devant à pied ou en voiture, à tout le moins, et de voir ce que nous avons là maintenant. Comme vous le savez tous, huit millions de dollars ont récemment été approuvés dans le budget fédéral pour rénover le quai et les installations portuaires ici. C'est une bonne nouvelle.

Soit dit en passant, Alan Kathan, qui travaille pour le Programme des ports pour petits bateaux, est chargé du projet, et il m'a demandé de vous présenter ses excuses car il n'a pas pu être là en raison de son emploi du temps. Il aurait aimé être ici aujourd'hui pour aider à répondre aux questions. Je crois qu'il va venir dans la communauté dans les prochaines semaines avec d'autres employés pour parler des plans définitifs pour l'installation.

Je parle maintenant du point de vue de la Pangnirtung Fisheries. Nous voulons trois choses essentiellement. Nous voulons un port qui est accessible 24 heures sur 24, c'est-à-dire à tous les niveaux de marée. Nous avons besoin d'une aire d'accostage qui peut accueillir jusqu'à 75 petits bateaux, et probablement jusqu'à six gros bateaux, ce qui nous permettra, espérons-le, de développer la pêche dans la région. Nous voulons également qu'elle puisse accueillir les bateaux de 65 mètres qui pêchent en haute mer pour nous et débarquent le poisson ici au port. En ce moment, le poisson doit être transporté sur la côte dans de petits bateaux, une palette à la fois. Le quai doit être équipé d'un mât de charge électrique pour que nous puissions soulever au moins 25 livres de l'eau pour pouvoir décharger tous ces bateaux, sans exception.

Si nous avions un quai qui répond à ces conditions, ou un bassin et un quai qui répondent à ces conditions, nous n'aurions absolument aucun problème avec la Pangnirtung Fisheries. Toutefois, comme d'autres représentants de la communauté en particulier vous l'ont dit, ils aimeraient incorporer d'autres éléments à leur programme.

Le deuxième point est la question des quotas. Puisque plusieurs intervenants en ont déjà parlé, je ne vais pas m'y attarder trop longtemps. J'ai joint une lettre qu'a envoyée récemment le ministre de l'Environnement du Nunavut au ministre des Pêches et des Océans, Loyola Hearn, sur la question des quotas, et sur la plainte de la communauté, de tout le territoire du Nunavut, sur la façon qu'on nous traite actuellement pour ce qui est de l'allocation des quotas.

Je ne vais pas m'attarder sur ce point. Je vais simplement dire que nous avons un problème. Le territoire du Nunavut n'a pas autant de poissons au large de ses côtes que les communautés du Sud, et c'est réellement un problème pour nous. Le gouvernement fédéral a essentiellement dit au territoire d'acheter des bateaux, et il lui donnera un quota. Il a acheté des bateaux — les gros bateaux dont je parle maintenant —, mais il n'obtient pas suffisamment de quotas pour rendre les bateaux rentables, et il se trouve donc dans une impasse. Là encore, je suis certain qu'un témoin en parlera plus tard également.

Je ne vais pas m'attarder longtemps sur les quotas. Je vais simplement dire que nous en avons besoin de plus. L'usine de transformation du poisson en a besoin. Nous n'en avons pas, ce qui n'est pas l'idéal. Toutefois, nous avons la chance qu'un de nos propriétaires, la Cumberland Sound Fisheries, nous fournisse des quotas, que nous achetons et que nous utilisons en retour pour approvisionner l'usine. Nous avons la chance que nos deux propriétaires, dotés d'un esprit communautaire, essaient de veiller à ce que cette usine devienne non seulement rentable mais aussi un employeur sérieux dans la communauté, avec la population locale.

Troisièmement, je vais parler de ce que certains d'entre vous ont mentionné dans vos questions à d'autres intervenants, à savoir la pêche estivale du flétan noir. Vous avez entendu plusieurs personnes parler des difficultés que connaît la pêche hivernale du flétan noir, surtout à cause de l'état des glaces. Les pêcheurs ne peuvent pas atteindre les zones où ils pouvaient se rendre autrefois. En raison de la perte d'équipement, un grand nombre d'entre eux ne pêchent plus beaucoup. Seulement quelques âmes vaillantes qui soit n'ont pas perdu d'équipement, soit ont les moyens de s'en acheter d'autre, pêchent toujours. Toutefois, leur nombre baisse chaque année, ce qui nuit à l'usine de transformation car ils ne nous approvisionnent pas en poissons.

Ce que nous essayons de faire, et nous prévoyons commencer cet été, c'est de veiller à ce que la pêche estivale fonctionne aussi bien que la pêche hivernale autrefois. Pour ce faire, il nous faut un ou deux gros bateaux pour pêcher en eaux profondes. Les petits bateaux que notre communauté possède ne peuvent pas pêcher en mer, aux profondeurs où nous pensons que le flétan noir se trouve, où nous croyons qu'il se réfugie l'été. Il nous faut de plus gros bateaux, mais ce doit être des bateaux que les membres de la communauté ou les pêcheurs locaux peuvent acheter pour qu'ils puissent leur appartenir un jour et qu'ils puissent pêcher eux-mêmes. C'est l'objectif de l'usine de transformation du poisson. Nous ne voulons pas nous occuper de la pêche; nous voulons acheter du poisson aux pêcheurs. Comme nous sommes l'intermédiaire entre le marché et les pêcheurs, nous voulons qu'ils pêchent. Nous essayons de jouer un rôle de chef de file ici pour développer la pêche car peu de gens sont capables de le faire ou disposés à le faire. Nous sommes très chanceux car de nombreux groupes sont disposés à nous venir en aide. C'est ce que nous espérons.

Il ne fait aucun doute que ces pêches ont une énorme incidence sur la communauté. Ce quota de 500 tonnes qui est disponible — c'est le quota de la communauté — représente plus d'un million de dollars pour nous. C'est un million de dollars, ou le potentiel d'un million de dollars pour les pêcheurs locaux. Ce sont d'importantes retombées. Cela veut dire que l'usine peut être en exploitation trois mois de plus par année probablement. Les salaires sont versés aux membres de la population locale et, au bout du compte, nous vendons ce poisson en espérant réaliser un profit. Tout le monde est gagnant si nous exploitons cette usine. Toutefois, nous sommes confrontés à des défis. Comme je l'ai dit, nous devons trouver du financement pour acheter un bateau et nous devons ensuite trouver du poisson, car personne ne sait encore où ce poisson peut être. Nous avons quelques bonnes idées, et c'est là que les membres de la communauté me sont d'une aide précieuse. Bon nombre d'entre eux sont presque certains de savoir où le poisson se trouve, et nous tirerons donc parti d'un grand nombre de leurs connaissances et de leurs compétences pour nous aider à trouver le poisson. Nous bénéficions de quelques premières explorations qui ont été effectuées par le MPO et, je crois, de l'aide des personnes chargées du développement économique à l'extérieur du Nunavut. À la fin des années 1990, quelques grandes explorations ont été faites, et on a trouvé du poisson, mais les stocks n'étaient pas vastes. Nous voulons le faire pour pouvoir prouver que c'est économique.

Ce sont les trois points que je voulais présenter au comité. Je suis certain qu'il y en a beaucoup plus, et vous entendrez bien des commentaires de la part des membres de la communauté. Je veux vous remercier de m'avoir donné cette occasion, et j'espère que certaines de ces questions seront débattues au Parlement, comme la nouvelle Loi sur les pêches, dont vous serez saisis tôt ou tard. Nous sommes reconnaissants au comité de tout ce qu'il fait pour assurer que le territoire du Nunavut est protégé, surtout pour obtenir plus de quotas, et faire en sorte qu'ils ne sont pas tous alloués avant d'avoir eu la chance de les pêcher.

Voilà qui conclut mes observations. Je sais que mes deux amis ici, les présidents de nos conseils, seront heureux de répondre à vos questions.

Le président : Vous avez raison. La Loi sur les pêches sera déposée et nous aurons l'occasion de l'étudier tôt ou tard. Il nous est utile d'avoir des contacts dans différentes régions du pays, en particulier dans l'Arctique, pour que nous puissions obtenir de l'information utile.

Le sénateur Cochrane : Monsieur Cunningham, j'ai entendu ce que vous avez dit au sujet des huit millions qui ont été approuvés pour construire un quai et des installations portuaires. Le projet est dirigé par Alan Kathan, qui est le directeur régional du Programme des ports pour petits bateaux. Quelles discussions avez-vous eues avec lui concernant vos demandes, comme les trois points que vous avez mentionnés?

M. Cunningham : Je n'ai fait sa connaissance que récemment. J'ai reçu un appel d'un fonctionnaire de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada à Halifax. On avait confié au ministère la tâche de mettre la dernière main au plan, et il construira probablement le quai. Je pense que TPSGC s'en chargera. Quand il a appelé, il ne l'a pas dit en ces termes, mais j'ai eu l'impression qu'il parlait de quelque chose de différent de que ce j'avais envisagé. J'ai enfin obtenu le nom de M. Kathan et je lui ai téléphoné. C'était bien de discuter avec lui. Il appuie l'installation. Pour ce qui est de l'usine de transformation du poisson, je crois que ce qu'il propose conviendra. Remarquez que nous ne l'aurons pas avons trois ans environ mais nous finirons par l'avoir un jour. J'ai eu deux ou trois conversations avec lui et nous nous sommes envoyés quelques courriels, je crois. Il a dit qu'il viendra ici dans les prochaines semaines et que son équipe et lui veulent mettre la dernière main à ce qu'ils feront, s'assurer qu'ils sont sur la même longueur d'ondes que la communauté.

Pour votre gouverne, j'ai inclus un diagramme de ce qu'ils proposent en ce moment, ou de ce qui est sur la table. Il se trouve dans notre mémoire. C'est un dessin en couleurs à l'endos. C'est quelque chose qu'ils ont mis au point au terme de plusieurs consultations avec la communauté il y a deux ou trois ans. Ils suivent toujours ce plan, mais je crois qu'ils sont ouverts aux changements si la communauté a des opinions bien arrêtées concernant des révisions.

Le sénateur Cochrane : C'était ma prochaine question. Les membres de la communauté participeront-ils? Il ne sert à rien de construire un quai s'il ne répond pas aux besoins de la région, aux besoins de la population. Auront-ils voix au chapitre?

M. Cunningham : Oui, et ils l'ont déjà. Ils ont assisté à au moins deux consultations, je crois, ici dans la communauté au cours des deux ou trois dernières années. C'est à ce moment-là qu'ils ont mis au point les détails de ce plan.

Vous devez savoir que le Programme des ports pour petits bateaux veille aux intérêts de l'industrie de la pêche. Il ne s'occupe pas des ports commerciaux. Il a essayé de concevoir les plans de ce port pour répondre aux besoins de tous ceux qui l'utilisent. Pour le moment, il peut accueillir un navire allant jusqu'à 65 mètres. Le plan incorporerait automatiquement les petits navires qui nous intéressent, et les plus gros qui livrent nos prises. Il ne permettrait pas d'accueillir ce que nous appelons les navires de transport maritime, les navires de 400 pieds de longueur en provenance de Montréal qui transportent des automobiles, des véhicules, de la machinerie, et cetera. Ces navires ne pourraient pas entrer dans le port proposé par le Programme des ports pour petits bateaux.

Je présume que la communauté essaiera de discuter davantage de leur plan. Je crois que M. Kathan a déjà indiqué qu'il est ouvert à cette suggestion si des groupes veulent faire participer d'autres ministères fédéraux qui sont disposés à allouer des fonds. Ils sont très heureux de l'élargir. Mais la somme de huit millions de dollars ne permettra pas de construire une installation où les navires de 400 pieds pourront accoster.

Le sénateur Cochrane : C'est ce que je dis. Une fois que nous aménageons une installation ici, il faut qu'elle en vaille la peine, et la population doit pouvoir l'utiliser.

M. Cunningham : Oui, c'était ma préoccupation. J'étais inquiet qu'ils dépenseraient tout l'argent sur des consultations ou sur les personnes à Halifax chargées de dessiner un plan. C'était ce qui me préoccupait.

Le sénateur Cochrane : Sommes-nous tous d'accord?

Vous nous avez fait visiter votre usine et nous vous en sommes reconnaissants. Aux fins du compte rendu, parlez- nous de l'emploi au sein de votre usine. Nous nous penchons surtout sur l'emploi des résidants de la région. Qui embauchez-vous? Faut-il engager plus de gens, ou pouvez-vous en embaucher plus, et cetera?

Le président : Si l'un ou l'autre de vous trois veut intervenir à n'importe quel moment, n'hésitez pas à le faire.

M. Cunningham : J'imagine que je peux probablement répondre à cette question car je participe activement à l'embauche.

Nous engageons 30 personnes environ, jusqu'à 30 employés à plein temps, pendant les huit mois où nous transformons le flétan noir, et moins quand nous transformons l'omble chevalier et le flétan noir d'hiver car les volumes ne sont pas aussi importants, ou bien nous faisons travailler autant de personnes, mais elles ne travaillent pas tous les jours de la semaine. Toutefois, pour ce qui est du flétan noir d'hiver, nous en recevons de grandes quantités, ce qui permet de faire travailler jusqu'à 30 personnes cinq jours par semaine. Ces employés sont tous des membres de la communauté. Il n'y a que deux employés à l'usine qui ne viennent pas de Pangnirtung, le gestionnaire de la production et moi-même.

Je ne sais pas si je l'ai mentionné ce matin, mais mon but — et j'espère qu'il se réalisera de mon vivant aussi —, c'est qu'un membre de la communauté prenne ma place. Mon but consiste à faire gravir les échelons à certaines personnes qui feront mon travail un jour.

Le sénateur Cochrane : Voyez-vous une possibilité d'employer plus de résidants de la localité?

M. Cunningham : Oui, je crois que je l'ai mentionné ce matin aussi. Nous devrions embaucher de 15 à 20 employés de plus à l'usine pour qu'elle soit exploitée le plus efficacement possible. C'est comme dans n'importe quelle chaîne de production; s'il manque un élément, toute la chaîne ne fonctionne pas. Nous avons besoin d'un plus grand nombre d'employés. Oui, nous nous heurtons à des difficultés, surtout pour recruter des jeunes, hommes et femmes. Toutefois, nous avons quelques idées. Le ministère de l'Éducation gère le financement du soutien du revenu ici dans la communauté. J'ai eu des discussions avec des représentants du ministère, et nous avons tous des idées sur lesquelles nous voulons nous pencher au cours des prochains mois, comme des salons de l'emploi, un programme de petits- déjeuners pour tout le monde à l'usine peut-être, ou une garderie. Peu importe ce qui fonctionnera pour attirer les employés et les maintenir en poste par après. Je crois que c'est une question importante que nous devons régler.

[Interprétation]

Le sénateur Adams : Nous n'en avons peut-être pas parlé, mais quand vous faites des plans, vous devez satisfaire vos actionnaires. Vous devez répondre aux besoins réels et prévus de l'usine.

Quand vous avez parlé des usines de transformation du poisson, quand vous préparez vos plans de travail, songez- vous au marché? Comment cela vous se répercute-t-il sur vous étant donné que vous n'êtes qu'un actionnaire à 49 p. 100? Le fait d'être actionnaire à 49 p. 100 a-t-il une incidence sur les sommes versées à la communauté? Il se trouve que le propriétaire à 51 p. 100, en l'occurrence le gouvernement du Nunavut, fait plus d'argent. Comment cette propriété se répercute-t-elle sur vous comme entreprise? Pouvez-vous imaginer qu'un jour vous serez le propriétaire à part entière et que vous achèterez les 51 p. 100 du gouvernement du Nunavut? Est-ce dans votre plan stratégique?

Joopa Gowdluapik, président du conseil d'administration, Cumberland Sound Fisheries : Comme nous sommes actionnaires à 49 p. 100, notre part dans la Cumberland Sound Fisheries n'a aucune incidence sur nous à l'heure actuelle. Nous travaillons bien avec la Société de développement du Nunavut, l'actionnaire à 51 p. 100. Nous ne nous inquiétons pas de faire des profits. Notre problème, et ce que nous nous efforçons de faire, c'est de maintenir l'usine à flot et en exploitation. Si nous cherchions à réaliser des profits, nous serions millionnaires. La coopérative, les chasseurs et les trappeurs seraient millionnaires si notre seul but était de faire de l'argent. Toutefois, nous voulons créer de l'emploi. Il s'agit d'une initiative socioéconomique, et non pas à but lucratif. Si les actionnaires représentent 49 p. 100, bien que nous ne soyons qu'actionnaires à 49 p. 100, cela n'a aucune incidence sur nous. Dans l'avenir, nous espérons que l'entreprise nous appartiendra à part entière, mais pour l'instant nous ne sommes pas actifs et opérationnels à plein temps.

Nous sommes maintenant inquiets au sujet de la nouvelle politique d'allocation qui entrera en vigueur. Nous cherchons à déterminer comment nous pouvons profiter de cette nouvelle allocation des quotas si nous recevons un quota en vertu de la nouvelle politique. Nous pouvons bel et bien augmenter les 49 p. 100. Nous attendons la nouvelle politique d'allocation en ce moment.

En 2009, quand la nouvelle politique entrera en vigueur, cela aura une incidence sur nous, si bien que nous devons l'étudier et déterminer comment nous pouvons en profiter.

J'espère que j'ai bien répondu à votre question, sénateur Adams.

Le sénateur Adams : Quand nous avons visité l'usine de transformation du poisson, on nous a dit qu'à mesure que les gros bateaux deviendront plus disponibles, le flétan noir et d'autres poissons risquent de devenir plus accessibles et de créer plus d'emplois dans l'usine parce que la Société de développement du Nunavut possède 51 p. 100 des parts de l'entreprise à l'heure actuelle. Croyez-vous que l'actionnaire à 51 p. 100 et l'actionnaire à 49 p. 100 prépareront ensemble un plan stratégique?

M. Gowdluapik : Je ne peux pas vous dire pour l'instant comment nous préparerons notre plan stratégique. Les membres de la Société de développement du Nunavut se rencontrent à Rankin Inlet aujourd'hui. Pour ce qui est de savoir comment ils en arriveront à une proposition dans le cadre de notre partenariat, nous l'ignorons. Nous ne savons pas ce que nos autres partenaires prévoient faire. Ils ont peut-être leurs propres idées.

[Traduction]

Le sénateur Hubley : Nous avons appris une foule de choses en visitant l'usine de transformation du poisson ce matin, mais il y a deux points qui nous sont restés à l'esprit. Le premier, c'est que vous avez besoin d'une meilleure infrastructure au port. Un quai doit être construit.

Le deuxième, c'est que le transport maritime est un mode de vie dans votre communauté. C'est absolument essentiel. Pour le rendre plus efficient et efficace, je vois le besoin, quand on envisage la construction d'un quai, qu'il tienne compte de cette réalité également. Je crois que cet argument peut être présenté d'un point de vue social, mais aussi économique. Je vous exhorterais à explorer d'autres sources de financement pour que lorsque vous construirez votre quai, il répondra aux besoins de votre communauté. Pouvez-vous commenter rapidement là-dessus?

M. Cunningham : Ce serait ma priorité, car il est logique que si nous versons huit millions de dollars, cinq, six, sept ou huit millions supplémentaires nous permettraient peut-être d'avoir exactement le quai que nous voulons. C'est logique de tout faire d'un seul coup plutôt que de construire la moitié maintenant et l'autre moitié dans dix ans. Il y a beaucoup à dire en faveur de cet argument.

Je suppose que mon problème, c'est que je peux seulement parler du point de vue de l'industrie de la pêche, mais je suis certain que c'est l'une des questions que la petite localité de Pangnirtung et que d'autres parties intéressées ici exploreront avec M. Kathan quand il viendra en juin. Je crois que le document que j'ai joint à l'exposé est le premier que bien des gens voient comme étant le plan définitif.

Je crois que bien des gens s'attendaient à ce que nous puissions obtenir un quai se rendant aux abords des eaux profondes, et un quai avec enrochement allant jusque-là; une sorte de prolongement de ce que nous avons actuellement. Toutefois, d'après ce que je comprends de ce qu'a dit M. Kathan, le plan consiste à améliorer ce que nous avons ici, soit de creuser le canal pour permettre aux navires de 65 mètres de s'amarrer, de se tourner et de décharger. C'est bien pour l'usine de transformation du poisson, mais cela ne fait rien pour les navires de transport maritime et peut-être quelques-uns des navires de croisière.

Vous avez tout à fait raison; c'est le moment opportun de le faire. Pendant que le processus est enclenché, nous pouvons peut-être persuader le ministère des Transports de participer, et lui faire part que nous voulons un quai commercial ici.

Le sénateur Hubley : Je vous encourage à le faire, car je crois que votre situation dans le Nord est exceptionnelle. Le Programme des ports pour petits bateaux convient très bien à l'Île-du-Prince-Édouard, car c'est exactement ce qu'il nous faut. Il répond aux besoins du secteur de la pêche dans nos communautés, mais nous n'avons pas besoin d'une capacité de transport maritime. Je ne crois pas qu'une approche universelle fonctionne bien ici dans le Nord, et je pense que le gouvernement doit comprendre qu'il y a des problèmes qui peuvent être réglés et que nous devrions régler ensemble.

M. Cunningham : Je pense que Manasa Evic aimerait peut-être répondre. Soit dit en passant, Manasa est notre ancien maire; il connaît très bien les besoins de la communauté.

[Interprétation]

Manasa Evic, président du conseil d'administration, Pangnirtung Fisheries : J'ai été maire pendant deux ans, durant lesquels j'ai travaillé fort pour l'usine de transformation du poisson. Parce que nous vivons à Pangnirtung, nous sommes chez nous ici. Nous avons des vents violents à l'automne, ce qui nous empêche de chasser. C'est dangereux pour le transport maritime ou le déchargement des petits bateaux. Je savais que nous avions besoin d'un port sûr quand nous avons commencé à pêcher le flétan noir. J'aimerais que le port puisse répondre à tous les besoins de la communauté : des navires de transport maritime, des petits navires et des bateaux de pêche. La seule façon d'avoir un vrai port qui nous convienne, c'est d'avoir un port polyvalent. Les résidants de Pangnirtung seraient ravis d'avoir un port parce que nous chassons, nous dépendons du transport maritime et nous aimerions avoir de plus gros bateaux de pêche.

L'an dernier, j'étais heureux quand on a annoncé un fonds de 8 millions de dollars pour le port. J'étais extrêmement ravi.

[Traduction]

Le président : Je veux en savoir plus sur la Cumberland Sound Fisheries. Vous pouvez peut-être m'en dire un peu plus sur l'entreprise, ses actionnaires et la façon dont toute la communauté en profite? La structure m'intéresse.

[Interprétation]

M. Gowdluapik : Je ne risque pas de répondre comme il se doit, mais je vais essayer. Je suis le président de l'entreprise qui est actionnaire à 49 p. 100. Parce que je suis actionnaire et président, je ne suis pas là sur une base opérationnelle quotidienne.

La Cumberland Sound Fisheries existait depuis 20 ans avant mon arrivée au sein de l'entreprise. Je travaille dans l'industrie de la pêche depuis dix ans. Je me considère comme un membre assez nouveau. Le temps a passé rapidement parce que nous avons été occupés.

En 1985 ou 1986, avant de nous lancer dans la pêche au flétan noir sous la glace, nous avons invité les gens à devenir membres et actionnaires. Chaque adhésion coûtait 10 $. S'ils achetaient dix parts, ils pouvaient devenir membre. Nous étions 48 membres au début. La coopérative s'est jointe à nous en tant qu'actionnaire de même que la Pangnirtung Hunters and Trappers Association. Il y a deux autres entités, la coopérative et la Pangnirtung Hunters and Trappers Association. Nous sommes une société par actions à responsabilité limitée et nous limitons l'adhésion à 50 membres, selon les conseils de nos avocats.

J'espère que j'ai répondu à votre question. Si vous n'avez pas d'autres questions, je veux faire une déclaration sur la pêche à la crevette.

[Traduction]

Le président : Non, j'étais intéressé. Cette structure me semble créative et très axée sur la communauté. Je vous en félicite. Nous vous écoutons.

[Interprétation]

M. Gowdluapik : Puisque nous parlons de la pêche, nous avons d'autres quotas. La Cumberland Sound Fisheries a aussi un quota de crevette de 1 200 tonnes métriques, mais nous ne pêchons pas la crevette parce que ce n'est pas viable pour nous. La Baffin Fisheries Coalition pêche notre quota. Elle fait du bon travail pour pêcher le flétan noir pour nous, mais pour ce qui est de la pêche à la crevette, c'est impossible car son prix est trop bas. C'est un quota important, mais c'est vraiment une perte. Je crois que 1 000 tonnes, c'est trop. Si nous le payions, le droit de permis serait plus élevé que la part de la vente de la crevette qui nous reviendrait. Étant donné que le prix est si bas, la pêche à la crevette n'en vaut pas la peine pour le moment. J'aimerais que le droit de permis soit supprimé ou réduit pour que ce soit possible, pour que les résidants de Pangnirtung puissent gagner de l'argent s'ils pêchaient la crevette. Le droit de permis est trop cher et devrait être réduit.

[Traduction]

Le président : Je ne pense pas que nous ayons entendu cela auparavant, et j'espère que nous pouvons en prendre note et voir ce qui peut être fait. Vous n'avez jamais pêché le quota de crevette, n'est-ce pas? Parce que le long de la côte, dans les divisions 2J, 3K et 3L, un certain nombre d'entreprises de pêche à la crevette pêchent des quotas comme le vôtre, d'autres pêchent en haute mer, d'autres sont des entreprises de débarquement, et cetera. Je comprends la situation concernant le prix, mais les prix changent tôt ou tard, et ce peut être une pêche lucrative. J'espère donc que quelque chose peut être fait pour vous amener à pêcher la crevette.

[Interprétation]

Le sénateur Adams : Vous avez un quota de crevette. Savez-vous combien la crevette vaut la tonne à l'heure actuelle?

M. Gowdluapik : Pouvez-vous répéter la question?

Le sénateur Adams : Lorsque vous avez reçu le quota de crevette, quel était le prix la tonne quand on vous l'a alloué? Vous avez eu le quota pour dix ans. De combien a-t-il baissé la tonne?

M. Gowdluapik : Quand je suis arrivé à la Cumberland Sound Fisheries, on semblait pêcher la crevette seulement et tout le monde se livrait à la pêche à la crevette. En peu de temps, en l'espace d'un mois, les pêcheurs pouvaient gagner beaucoup d'argent. Le prix de la crevette était élevé et très bon. Toutefois, quand nous avons plus tard commencé à pêcher le flétan noir, ce poisson n'était pas populaire à l'époque. C'est maintenant l'inverse. Le prix du flétan noir a augmenté et celui de la crevette a baissé. Étant donné que le prix de la crevette est si bas, et en raison des zones où nous devons pêcher, les zones 1, 2, 0B et 0A, nous ne savons pas s'il y a des crevettes en quantités suffisantes dans ces zones pour que ça en vaille le déplacement. De plus, le droit de permis est trop cher, trop élevé. Par conséquent, je ne peux pas vous dire combien vaut la tonne de crevettes à l'heure actuelle. Il est cependant impossible de pêcher la crevette dans les divisions 0A ou 0B, et le droit de permis est cher.

[Traduction]

Le sénateur Robichaud : Vous dites que vous n'avez pas pêché la crevette. Pendant combien de temps pouvez-vous conserver ce quota si vous ne le pêchez pas?

[Interprétation]

M. Gowdluapik : Merci, sénateur Robichaud. Je vous ai rencontré quand j'ai comparu devant le Sénat il y a longtemps.

Je ne peux pas répondre à la question. Nous ne pêchions pas au moment où le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut nous a alloué le quota de crevette. Le CGRFN a été généreux avec nous et nous l'a accordé. Je ne sais pas de quelle façon la nouvelle politique d'allocation, quand elle entrera en vigueur, changera notre situation dans la zone 1. Nous n'avons ce quota que depuis cinq ans, et celui de la zone 2, depuis huit ou dix ans peut-être, je ne me rappelle pas. Nous avions déjà ces quotas quand je suis arrivé dans l'entreprise il y a dix ans. Je crois que le CGRFN, qui alloue ces quotas, peut vous dire quand nous les avons obtenus et pourquoi il nous les a octroyés.

[Traduction]

Le sénateur Robichaud : Les installations portuaires qu'on prévoit d'aménager vous donneront l'infrastructure pour accueillir des bateaux d'un certain tirant d'eau, et un canal sera dragué jusqu'aux eaux profondes. J'ai entendu ce matin qu'il y a du gravier là-bas. Vous avez des vents et des courants violents, ce qui veut dire que vous devrez draguer le canal de temps à autre. C'est la même chose le long de la côte du Nouveau-Brunswick. Ce n'est pas du gravier, mais du sable. S'il y a une tempête, le canal se remplit et il faut faire venir la drague au coût de 100 000 $ ou de 200 000 $.

Cette sorte de situation serait éliminée si le quai se rendait jusqu'aux eaux profondes, n'est-ce pas?

M. Cunningham : Vous avez tout à fait raison. C'est ma préoccupation. Je pense qu'il serait préférable que l'argent dépensé pour le dragage soit utilisé pour la construction d'un quai avec enrochement qui se rendrait jusqu'aux eaux profondes, car un port dragué serait difficile à entretenir. C'est encore pire ici parce qu'on peut seulement faire venir une drague à certaines périodes de l'année, et ce serait coûteux par la suite.

Je souhaiterais qu'on prolonge le quai existant. Cette structure est bonne et solide. Elle pourrait être un peu plus large peut-être, mais elle est bonne, solide. Si le quai était prolongé jusqu'aux eaux profondes, nous pourrions accueillir tous les navires que nous voudrions. À mon avis, il est plus rentable de construire tout le quai que d'essayer de creuser ce canal.

Le sénateur Robichaud : On a mentionné qu'il y avait d'autres ressources, comme des myes et des pétoncles. Avez- vous envisagé de chercher d'autres ressources et de les transformer à votre usine?

M. Cunningham : Certainement, nous voulons nous pencher là-dessus. Comme vous le savez sans doute, pour les myes et les pétoncles, il y a certains risques pour la santé qui requièrent un laboratoire pour vérifier s'il y a contamination. Bien entendu, puisque nous n'avons pas de laboratoire dans la région, il faudrait probablement aller à Toronto ou à Winnipeg. C'est un problème.

Toutefois, il y a des pétoncles, car j'en ai vus, mais ils sont généralement de la taille de ce qu'ils appellent dans le Sud des pétoncles de baie. Ils sont petits. La chair est à peu près de la taille du pouce. Ils ne sont pas gros. Il faudrait peut- être même contourner le règlement pour ce qui est de la taille des pétoncles. Comme vous le savez, il y a un compte de chairs minimal pour les pétoncles.

Le sénateur Robichaud : La livre.

M. Cunningham : C'est exact. Il s'agit du nombre de chairs la livre, à moins de recevoir une exemption spéciale pour contourner le règlement. Ils me font penser aux pétoncles de culture dans le Sud, où la coquille atteint cette grosseur-là à peu près et on les sert dans les restaurants comme des moules presque, dans la coquille. Ils me font penser à cela. Toutefois, ce sont de bons pétoncles, et il semble y en avoir un assez grand nombre. Je ne sais pas trop comment ils sont pêchés maintenant. Il y a quelques dragues ici que les gens ont déjà utilisées. C'est l'une des raisons pour lesquelles je veux un bateau un peu plus gros qui pourrait servir à diverses fins, pour chercher d'autres espèces de poissons et fruits de mer. Telle est l'utilité d'avoir notre propre bateau, à mon avis.

[Interprétation]

M. Evic : Quand nous avons parlé du moment où nous allons à la pêche aux myes, nous attendons la marée basse et nous cherchons les myes le long de la rive. Les myes sont petites. Je ne pense pas qu'il serait possible de compter sur les myes comme autre produit parce qu'elles sont assez petites et nous dépendons de la marée basse une ou deux fois par mois pour les pêcher.

[Traduction]

Le président : Je tiens à vous remercier tous d'être venus aujourd'hui. Vous nous avez été d'une aide précieuse. Nous en avons appris plus sur des renseignements qui nous ont été fournis ce matin, mais nous avons découvert de nouvelles choses cet après-midi.

Nous sommes impressionnés par l'administration, l'infrastructure et l'organisation de l'usine. Nous vous en félicitons et nous vous souhaitons du succès. Si nous pouvons faire quoi que ce soit, nous le ferons. Bien entendu, nous ne sommes pas le gouvernement; nous sommes le Sénat. Nous ne pouvons pas prendre de décisions, mais nous pouvons encourager les gens à prendre les bonnes décisions, et nous le ferons.

Chers collègues, nous accueillons maintenant Johnny Mike, de la Baffin Fisheries Coalition.

Johnny, vous pouvez faire un exposé d'une dizaine de minutes ou plus, si vous avez besoin de plus de temps, et nous passerons ensuite aux questions. Nous vous écoutons.

[Interprétation]

Johnny Mike, directeur, Baffin Fisheries Coalition : Monsieur le président, honorables sénateurs, mesdames et messieurs, bienvenue au Nunavut, et plus particulièrement dans ma ville natale, à Pangnirtung. Je m'appelle Johnny Mike. Je suis le directeur de la Baffin Fisheries Coalition, la BFC, et le président de la Niqitaq Fisheries Limited, une filiale en propriété exclusive de la BFC reconnue comme entreprise inuite.

Malheureusement, le président de la BFC, Jacopie Maniapik, et son PDG, Jerry Ward, sont en déplacement et ne peuvent pas être parmi nous aujourd'hui.

Au nom de la BFC, je tiens à remercier le comité de nous donner l'occasion de présenter un exposé sur le rôle de la BFC dans le développement du secteur de la pêche au Nunavut.

Mon exposé aujourd'hui portera surtout sur les quatre éléments suivants : premièrement, l'historique et la structure d'organisation de la BFC et de sa filiale, la Niqitaq Fisheries Limited; deuxièmement, les résultats obtenus par la BFC depuis sa création en 2001; troisièmement, l'attribution des ressources halieutiques dans les eaux adjacentes du Nunavut et la marginalisation constante de nos ressources halieutiques par rapport à celles des entreprises du Sud; et quatrièmement, les enjeux et les priorités du développement futur de la pêche au Nunavut.

Pour ce qui est de son historique et de sa structure d'organisation, la BFC est une entreprise sans but lucratif qui a été créée en 2001. Il s'agit d'une coalition qui regroupe neuf entreprises appartenant à des Inuits. Son rôle principal est de développer le secteur de la pêche hauturière du flétan noir et d'en maximiser les avantages pour les Nunavummiut. La BFC a donné au Nunavut la masse critique nécessaire pour acheter et exploiter ses propres bateaux de pêche. En 2003, la BFC a mis sur pied la Niqitaq Fisheries Limited, une filiale en propriété exclusive qui possède et exploite des bateaux de pêche. L'annexe 1 de notre mémoire explique plus en détail notre structure d'organisation.

Les objectifs de la coalition sont les suivants : la pêche d'exploration, le développement de nouvelles pêches côtières et de pêches émergentes — si possible —, le développement de la pêche hauturière, le recrutement et la formation pour les postes existants et nouveaux dans le secteur de la pêche hauturière, l'investissement dans les bateaux de pêche du Nunavut — qui a été fructueux —, les démarches en vue de faire augmenter la part du Nunavut dans l'attribution des ressources halieutiques de ses eaux adjacentes, l'encouragement de la recherche scientifique, l'administration de l'initiative, y compris la préparation d'appels d'offres, surtout pour la pêche.

Grâce à la mobilisation de nos efforts par l'entremise de la coalition, je veux signaler que nous avons très bien réussi à atteindre nos objectifs globaux définis dans nos plans d'entreprise, et je vais vous expliquer avec plus de précisions certains de ces résultats.

Pour ce qui est des résultats obtenus par la coalition depuis sa formation, nous avons achevé et mis en œuvre un plan d'entreprise à long terme qui trace la voie d'un développement ordonné de la pêche hauturière au flétan noir dans la division 0A, et du succès que nous avons connu jusqu'à présent.

Nous avons réussi à faire passer nos prises de flétan noir dans la division 0A de 2 600 tonnes en 2001 à 5 200 en 2007. Dans l'ensemble, l'industrie prend pas moins de 6 500 tonnes de flétan noir dans la division 0A. Les quotas ont été augmentés.

Nous avons diversifié nos modes de pêche. En 2007, tout le poisson a été pris par chalutier. En 2007, les engins fixes représentaient 50 p. 100 et les engins mobiles, 50 p. 100.

Il est important que j'explique comment les revenus provenant des activités de pêche de la BFC ont profité à l'ensemble du Nunavut.

En ce qui concerne l'acquisition de navires, nous avons près de deux millions de dollars en capitaux propres pour les deux grands chalutiers congélateurs. Pour la pêche d'exploration, un investissement direct de 820 000 $ a permis de mobiliser plus de quatre millions de dollars pour des travaux d'exploration et des projets, notamment pour des recherches du flétan noir dans la division 0A. Par suite de ces recherches, l'allocation du flétan noir est passée de 3 500 tonnes en 2001 à 6 500 tonnes à l'heure actuelle.

Comme les témoins précédents l'ont dit, nous travaillons avec la Cumberland Sound Fisheries. Avec son quota, la BFC a débarqué près de 2 000 tonnes de flétan noir à l'usine de Pangnirtung depuis 2001 à un coût direct de 3,5 millions de dollars pour la BFC. Par conséquent, la production globale et l'emploi ont augmenté à l'usine.

Nous avons participé à l'organisation et à la mise en œuvre de plans de formation dans le secteur de la pêche. Je suis heureux de vous faire part qu'un montant de 860 000 $ a été dépensé pour des programmes de formation. L'argent provenant de la pêche dans la division 0A a été consacré à la formation, ce qui a permis de mobiliser cinq millions de dollars supplémentaires pour l'ensemble des programmes de formation dans le secteur de la pêche. Depuis 2002, il y a eu environ 21 cours de formation et quelque 229 Inuits y ont participé. Comme le taux de réussite a été de 71 p. 100, le maintien en poste du personnel est bon. Nous passons maintenant à l'étape suivante de la formation, grâce au Nunavut Fishery Training Consortium. Il s'agit maintenant de faire progresser des Inuits qui travaillent comme ouvriers à l'usine vers des postes plus techniques et plus axés sur la gestion.

Le comité a entendu le témoignage des représentants de la Hunters and Trappers Association et de la Baffin Sound Fisheries. Puisque nous travaillons en étroite collaboration avec les membres participant au partage des revenus entre Pangnirtung et Kimmirut-Lake Harbour, ce qui comprend les deux derniers témoins, le partage des revenus s'est élevé à 2,4 millions de dollars, qui ont été remis aux communautés. Parce que les chasseurs et les trappeurs à Pangnirtung sont membres, ils ont pu faire l'acquisition d'un bateau grâce au partage des revenus, qui est notre manière de venir en aide aux communautés.

Pour ce qui est des efforts en matière de lobbying et de défense des intérêts, on vous a parlé des quotas et de la façon qu'ils devraient être alloués au Nunavut. Nous exerçons des pressions pour ce qui est de l'allocation des quotas depuis très longtemps. Des efforts en matière de lobbying étaient nécessaires, surtout dans la division 0B. Nous avons fait un lobbying intense pour défendre les intérêts des Inuits dans les réunions de l'industrie et auprès du MPO.

Je veux maintenant parler de l'injustice des allocations passées et actuelles des ressources halieutiques dans les eaux adjacentes du Nunavut. La part des ressources des eaux adjacentes qui revient au Nunavut est passée de 19 p. 100 en 2001 à 45 p. 100 de nos jours. Nous devons continuer à mener un lobbying intense jusqu'à ce que nous ayons la même part de nos ressources halieutiques que nos voisins du Sud dans leurs eaux adjacentes, c'est-à-dire entre 80 et 100 p. 100, surtout dans la division 0B. J'ai joint une analyse détaillée de la part des ressources des eaux adjacentes qui revient au Nunavut pour que vous puissiez l'étudier.

Monsieur le président et membres du comité, pourquoi cette situation est-elle survenue? D'autres territoires ou provinces n'accepteraient pas qu'une part aussi importante des ressources de leurs eaux adjacentes aille à d'autres. Imaginez le tollé si 66 p. 100 du crabe et des crevettes de Terre-Neuve étaient accordés à la Nouvelle-Écosse ou si 66 p. 100 du homard de l'Île-du-Prince-Édouard étaient attribués à Terre-Neuve. Pourquoi cette situation se poursuit-elle au Nunavut? C'est ce qui se passe en ce moment. Nous avons seulement 27 p. 100 du quota dans la division 0B. Une telle part ne serait jamais allouée dans les eaux adjacentes de Terre-Neuve-et-Labrador, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse.

Je voudrais aussi vous signaler plusieurs décisions récentes du ministre des Pêches et des Océans qui font toujours peu de cas du Nunavut et de sa lutte pour obtenir un traitement équitable en matière d'exploitation des ressources halieutiques de ses eaux adjacentes. Nous savons que le ministre continue de faire fi des intérêts et des ressources du Nunavut. Il ne s'en soucie pas. Nous nous sommes battus pour être traités équitablement dans le développement de la pêche dans les eaux adjacentes du Nunavut.

La première décision a été l'approbation ministérielle autorisant Seafreeze à transférer de façon permanente 1 900 tonnes de son allocation de flétan noir dans la division 0B. Le Nunavut n'a même pas été consulté à ce sujet. Si le quota avait été alloué au Nunavut, on nous aurait dit que nous devons acquérir notre propre bateau, offrir de la formation et avoir une usine de transformation du poisson. Le ministère regroupe toutes ces conditions pour approuver un petit quota.

Pour Seafreeze, on lui a donné le quota sans aucune condition. C'est exactement ainsi que ça se passe. Je sais qu'on nous traite différemment. Le Nunavut n'a pas été consulté. Le ministre a raté une occasion de réparer en partie l'injustice des allocations antérieures de ressources dans les eaux adjacentes du Nunavut, et d'accroître l'ensemble des allocations octroyées au Nunavut. Au lieu, ces ressources ont été accordées surtout à Clearwater Foods, en Nouvelle- Écosse.

La deuxième décision a été l'approbation du ministre d'appliquer les allocations d'entreprise à l'égard des allocations de 600 tonnes pour les engins mobiles dans la division 0B. Même si le Nunavut a maintenant sa propre capacité de pêche, pas un seul kilo de ces 600 tonnes n'a été accordé aux entreprises du Nunavut. Là encore, tout a été donné à des entités du Sud.

Si nous cherchons une nouvelle allocation, on nous a dit de consacrer 500 000 $ à la formation. Nous devons maintenir le financement pour la formation à ce montant.

Malgré les recommandations du Groupe indépendant sur les critères d'accès, GICA, formulées en 2002, et même si le ministre a accepté les recommandations le 8 novembre 2002, la marginalisation des ressources des eaux adjacentes du Nunavut se poursuit en ce qui concerne les entreprises du Nunavut. On n'a pas donné suite aux recommandations du GICA.

Revenons maintenant aux priorités et aux enjeux futurs. Le rendement de la pêche hauturière demeurera un catalyseur pour le développement de la pêche au Nunavut, comme il est dit dans nos objectifs déjà énoncés.

Monsieur le président, membres du comité, mesdames et messieurs, le Nunavut doit prendre la mainmise sur l'exploitation des pêches adjacentes, mais pour ce faire, il faut le traiter équitablement et lui donner les moyens de faire en sorte que son industrie soit rentable, respectueuse de l'environnement, durable et axée sur la conservation. Nous accomplissons des progrès lentement, mais sûrement.

Pour ces raisons, nous formulons les recommandations suivantes. Bien que nous soyons reconnaissants de l'annonce de l'infrastructure maritime à Pangnirtung, qui n'a que beaucoup trop tardé, nous exhortons le gouvernement fédéral à honorer beaucoup plus rapidement son engagement à doter six autres localités de la région de Baffin d'installations maritimes. Elles sont essentielles au développement de la pêche côtière.

Nous recommandons que le ministre des Pêches et des Océans mette en œuvre les recommandations du Groupe indépendant sur les critères d'accès en ce qui concerne l'allocation des ressources halieutiques dans les eaux adjacentes du Nunavut. Toute augmentation future de l'allocation dans ces eaux doit aller au Nunavut jusqu'à ce qu'il possède le même pourcentage des allocations que celui qui revient à ses voisins du Sud, tels que Terre-Neuve-et-Labrador, dans leurs eaux adjacentes. En outre, le ministre doit mettre en place une politique qui fera en sorte qu'à l'avenir, les entreprises du Nunavut aient le droit de premier refus pour acheter à des taux concurrentiels toute allocation transférée ou vendue dans les eaux adjacentes du Nunavut.

Le gouvernement fédéral doit s'engager à faire des recherches scientifiques annuelles sur le flétan noir et la crevette dans le Nord, et tenir les promesses qu'il a faites dans le passé.

D'autres témoins ont fait des déclarations plus tôt. Je travaille avec ces représentants depuis longtemps, et d'autres personnes derrière moi ont collaboré activement. J'ai aussi été président. Une fois que je sais que les gens sont capables de faire leur travail eux-mêmes, je passe habituellement à autre chose.

Il a été question de la crevette, du flétan noir et de crustacés, mais nous n'avons pas le même système qu'à Terre- Neuve-et-Labrador. Nous ne chassons pas excessivement. Nous les avons avertis que nous sommes prêts à changer les quotas si le nombre de l'un ou l'autre de ces animaux ou poissons baisse.

Des questions sur la pêche ont été posées. Il y a eu une question sur la pêche à la crevette, par exemple. Nous écoutons nos aînés qui sont bien informés à ce sujet. Ils ont fait la même chose pour la pêche ou la chasse d'autres mammifères. Nous n'essayons pas de réduire le nombre d'une seule espèce de mammifères marins.

Je vais terminer mon exposé car je ne crois pas que j'aurai de nouveau l'occasion de m'adresser à vous. La pêche et la chasse ont toujours fait partie du mode de vie traditionnel des Inuits.

[Traduction]

Pour ce qui est du MPO, il a échoué. Je crois qu'il a échoué. Mais pas nous et nous n'échouerons jamais.

[Interprétation]

En ce qui concerne le flétan et la crevette, ça arrivera de nouveau. Ça se reproduira. Il y a des quotas de crevette.

[Traduction]

Il faut lubrifier une roue qui grince. C'est ce qu'on dit, n'est-ce pas? Nous avions une roue qui grinçait et tout le monde l'a remarquée. Le MPO a donc décidé de nous donner un quota de crevette pour les divisions 1 et 2. Il nous a accordé un énorme quota qui n'a jamais été censé être pêché.

Le sénateur Robichaud : Pourquoi dites-vous cela?

M. Mike : Le quota ne vaut rien. Personne ne le pêchera. Personne ne veut perdre sa chemise. Il n'y a pas d'argent à faire là. Pour les divisions 4, 5 et 6, c'est différent et lucratif car on peut s'y rendre en un jour. On n'a pas besoin de trois jours pour y aller et de trois jours pour revenir.

[Interprétation]

Nous consacrerons plus d'argent à la formation pour que les membres de nos communautés soient aptes à travailler dans le secteur de la pêche. Nous continuerons à financer le développement de la pêche. Le flétan noir est actuellement le poisson qui se vend le plus cher.

Pour terminer, je veux parler de la chasse et de la pêche. Elles ont toujours fait partie du mode de vie traditionnel des Inuits, mais la commercialisation de la pêche côtière est quelque chose de relativement nouveau pour nous. En nous engageant dans cette pêche commerciale, nous nous apercevons que des facteurs échappent à notre contrôle, comme la fluctuation du dollar canadien et la hausse du prix du pétrole, qui peuvent avoir des conséquences majeures sur la rentabilité de l'entreprise.

Pensons à l'époque de la chasse à la baleine boréale. Les résidants de Pangnirtung ont participé à la chasse commerciale de la baleine boréale. Nous nous tournons maintenant vers une nouvelle pêche, en l'occurrence la pêche au flétan noir.

Pour conclure, nous savons que nous ne pouvons pas avoir la mainmise sur un grand nombre de facteurs dans le secteur de la pêche, comme la fluctuation du dollar canadien et la hausse du prix du pétrole. Ces facteurs sont indépendants de notre volonté. Le dollar canadien est élevé en ce moment et nous en sommes ravis, mais il fluctue.

Nous sommes heureux que des quotas nous aient été alloués dans les divisions 0A ou 0B parce que le gouvernement fédéral ne verse pas un sou dans ces zones quand nous avons des prises. C'est de l'argent neuf. C'est une nouvelle économie.

[Traduction]

C'est de l'argent frais, neuf. Ce n'est pas une contribution du gouvernement. Toutes les ressources renouvelables qui sont commercialisées représentent de l'argent neuf pour le Nunavut. Comment le ministre peut-il continuer à céder des ressources, créant un système d'aide sociale encore plus important dans l'ensemble de l'Arctique?

Des études sociales et économiques ont été réalisées sur les Inuits, leur situation socioéconomique, leurs problèmes de logement et leur taux de chômage. Des millions de dollars ont été investis dans une étude qui révèle que nous sommes pauvres à presque tous les égards, sur les plans social et économique. Comment le ministre peut-il céder nos droits sur les eaux du Nunavut quand un si grand nombre d'études sur les Inuits montrent que notre situation est précaire?

Monsieur le président, pour conclure mon exposé, ce qu'il faut retenir, c'est que nous voulons un secteur de la pêche qui est administré par les Inuits, qui offre des emplois convenables aux membres de nos communautés.

[Interprétation]

Nous voulons de l'emploi. Nous voulons du développement économique. Nous voulons l'autonomie et l'autodétermination. Nous voulons que nos ressources nous soient allouées. Ne l'oubliez pas. Nous voulons aussi un secteur de la pêche respectueux de l'environnement et durable à long terme.

Pour terminer, je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de m'adresser à vous. L'objectif pour la pêche dans nos eaux adjacentes doit être de maximiser les avantages pour les Inuits du Nunavut.

Le sénateur Adams : Merci, Johnny Mike. Votre exposé était excellent.

Nous étions censés être ici mardi, mais nous sommes allés à Resolute Bay en fin de compte à cause du temps. Toutefois, je crois comprendre que le comité permanent des affaires autochtones de la Chambre des communes a pu venir. Avez-vous pu comparaître devant le comité pour lui parler de vos problèmes? Avez-vous pu faire part de vos préoccupations aux membres du comité quand ils étaient ici?

M. Mike : J'ai dîné avec eux. Ils ont visité l'usine de transformation du poisson et nous avons dîné. Je leur ai transmis le même message que je vous ai transmis aujourd'hui. J'ai parlé au président et à Nancy Karetak-Lindell, la députée du Nunavut. Je leur ai présenté le même exposé qu'à vous essentiellement. Ils recevront en français et en anglais le même exemplaire que votre comité a reçu en inuktitut.

Le sénateur Adams : Ma prochaine question porte sur les sommes que vous avez consacrées aux études. Depuis que je suis sénateur, le MPO bénéficie d'un budget annuel d'environ 200 millions de dollars pour l'ensemble du Canada. Cela étant dit, vous avez dépensé environ 800 000 $, alors que vous auriez pu en recevoir 4 millions, moins la formation. Dans quelle mesure le MPO vous a-t-il aidés financièrement?

M. Mike : Nous entretenons une bonne relation avec le MPO lorsqu'il est question de financer les études. Nunavut Tunngavik Incorporated, NTI, et le gouvernement du Nunavut nous ont également appuyés en nous octroyant des fonds. Jusqu'à maintenant, nous avons dépensé 4 millions de dollars pour effectuer des études, et nous avons pu obtenir une aide financière du MPO, de NTI et du gouvernement du Nunavut. Nous apportons également notre contribution. En effet, les fonds que nous recevons ne suffisent pas à couvrir toutes nos dépenses. La division 0A a pris de l'expansion. Conformément au règlement, si la BFC et d'autres membres contribuent financièrement à des études, alors le quota est alloué à des résidants du Nunavut. La recherche sur les quotas dans la division 0A a été menée par le Nunavut, et nous l'avons financée. En 2001 et 2002, le MPO a procédé à certaines études sur l'allocation des quotas dans les divisions 0A et 0B.

Le sénateur Adams : Vous a-t-il consulté lorsque vous avez fondé votre société? Vous a-t-il invité à participer, à contribuer aux études?

M. Mike : C'était un processus complexe. Le président de Cumberland Sound Fisheries a parlé de la nouvelle politique d'allocation et de sa mise en œuvre. Le MPO ne détermine pas seul la répartition et l'accroissement des quotas dans la division 0A, puisque nous nous entendons entre partenaires. Lorsque nous avons créé la BFC, nous avons convenu que, puisque nous étions une coalition, il faudrait accroître notre quota : plus de membres, plus de quota. Voilà pourquoi nous avons décidé de former une coalition. Cela ne profite pas qu'à une seule communauté, mais bien à six.

J'envie Seafreeze. L'entreprise gagne probablement beaucoup d'argent qui de droit devrait revenir aux résidants du Nunavut. Ça ne nous inquiète pas trop. Lorsque nous recevons du quota, nous essayons de le partager également entre nos membres, et nous faisons de même avec les recettes découlant du quota et des prises. L'inuksuk est pour nous un symbole. Le Nunavut aimerait obtenir plus de quota.

Le sénateur Adams : On parle des eaux arctiques et du détroit de Davis parce que c'est adjacent à votre communauté et au Groenland. Après que nous ayons signé l'accord sur les revendications territoriales, j'ai demandé à NTI quelles seraient les répercussions de cette contiguïté sur les Canadiens, étant donné que ces eaux sont également adjacentes au Groenland. Au cours des négociations sur les revendications territoriales, on a parlé d'une limite de 100 milles, jusqu'à laquelle devraient s'étendre les eaux contiguës. C'est à peine à 200 milles du Groenland. Puisque vous pêchez dans la division 0A, au-delà des eaux adjacentes, qu'en pensez-vous? En quoi la contiguïté vous préoccupe-t-elle? Nous avons posé des questions aux représentants du MPO, de la Garde côtière canadienne et de Transports Canada à Ottawa au sujet de la limite des 100 milles et des restrictions lorsqu'il est question de contigüité. On nous a répondu qu'il était question de six à neuf heures, ce qui représente apparemment une limite de 12 milles à partir des côtes. Qu'en pensez- vous?

M. Mike : Lorsque je participe à des réunions sur les pêches, j'entends parler de cette limite, on en discute. Cet hiver, lors de la conférence sur les crevettes qui s'est tenue à Terre-Neuve-et-Labrador, je me suis dit qu'on s'entendrait peut- être sur la question des frontières, mais nous nous posons tous des questions sur les limites de 12 ou 100 milles.

Niqitaq a deux bateaux, deux navires. Je devrais être le premier pirate inuit à transgresser les frontières. Je crois qu'on pourrait le faire. D'autres pays le font. Je sais que le gouvernement ne serait pas d'accord. On n'en parle pas beaucoup. Cependant, lorsque nous avons l'occasion de discuter des quotas, nous en profitons. Nous avons essayé de nous conformer aux règlements qui nous ont été imposés concernant le Groenland et le Nord du Canada. On nous a dit que les limites des divisions 0A et 0B étaient plus près du Groenland. Je crois que l'Organisation des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest, l'OPANO, est maintenant responsable de la gestion de cette zone.

Nous n'avons pas été mêlés à ces questions politiques. Toutefois, j'envie les Inuits du Groenland qui peuvent venir pêcher dans la division 0A. Je crois que le quota du Groenland s'élève à 11 000; le nôtre, à 6 000. Dans la division 0B, je pense qu'il détient également un quota plus important.

Quant à la limite en milles, vous avez raison, et ça pénalise les Nunavummiut. Le Groenland est avantagé en raison de sa situation géographique et de la frontière.

[Traduction]

Le sénateur Cochrane : Vous avez dit que vous disposiez de combien de navires, déjà?

M. Mike : À la BFC?

Le sénateur Cochrane : Oui.

M. Mike : La BFC en a deux à elle seule. L'autre membre de la coalition, la Qikiqtaaluk Corporation, la QC, possède un bateau-usine. Elle en a un, donc ça fait trois.

Le sénateur Cochrane : Appartiennent-ils tous à des intérêts canadiens?

M. Mike : Oui, et ils sont tous immatriculés au Nunavut.

Le sénateur Cochrane : Est-ce que les travailleurs sur ces navires sont inuits? S'agit-il de gens de la région?

M. Mike : Pardon?

Le sénateur Cochrane : Les gens qui travaillent sur ces navires, vivent-ils dans la communauté? Sont-ils Inuits?

M. Mike : Oui; comme je l'ai souligné dans ma déclaration, on donne de la formation aux Inuits pour qu'ils travaillent dans le secteur de la transformation. Nous voulons améliorer notre programme et mettre davantage l'accent sur les postes de techniciens et de gestionnaires à bord des navires.

Le sénateur Cochrane : La BFC est une société sans but lucratif, n'est-ce pas?

M. Mike : Tout à fait.

Le sénateur Cochrane : Cependant, elle comprend également une composante à but lucratif, est-ce exact?

M. Mike : Oui.

Le sénateur Cochrane : Donc il y a deux parties, l'une sans but lucratif, et l'autre à but lucratif?

M. Mike : Voilà.

Le sénateur Cochrane : Je n'arrive pas à comprendre, je suis désolée.

Pourriez-vous nous décrire la structure? Comment se peut-il que ce soit en même temps à but lucratif et sans but lucratif? Expliquez-moi.

M. Mike : Je ferai de mon mieux pour répondre à votre question, qui est tout à fait pertinente.

La BFC a reçu le statut de société parce qu'il s'agit d'une coalition regroupant Pangnirtung Fisheries et les chasseurs et trappeurs de la communauté, ce qui fait trois entités. Il existe différents statuts de membre.

Pour protéger les intérêts des membres de la BFC, nous avons décidé de créer une organisation à but lucratif, appelée Niqitaq Fisheries Limited. C'est elle qui protège nos intérêts parce qu'elle gère les deux navires. Il s'agit d'un organisme à but lucratif semblable à une société d'État. La structure est différente, mais l'objectif général est de protéger les intérêts de la BFC, d'une certaine façon.

Le sénateur Cochrane : Examinons les recettes, dans ce cas. L'entreprise principale, la BFC, réalise des profits, et en même temps, elle n'en fait pas. Expliquez-moi.

M. Mike : Niqitaq s'occupe de distribuer les recettes à la BFC. Celle-ci décide de leur utilisation, et verse donc 600 000 $ en dividendes par année à ses membres.

Le sénateur Cochrane : Aux membres de la BFC?

M. Mike : Oui.

Le sénateur Cochrane : Au total, combien sont-ils?

M. Mike : Neuf.

Le sénateur Cochrane : Est-ce que les profits sont répartis entre ces neufs membres?

M. Mike : Oui; ce ne sont pas des profits, mais plutôt des dividendes.

Le sénateur Cochrane : À combien s'élèvent les dividendes que reçoivent ces neuf membres?

M. Mike : Au total, à 600 000 $.

Le sénateur Cochrane : Est-ce que c'est par an?

M. Mike : Oui.

Le sénateur Cochrane : Est-ce le même montant chaque année?

M. Mike : Oui, parce que nous avons signé un protocole d'entente de partenariat visant à mettre de l'argent de côté pour le programme de formation et l'acquisition d'un navire d'exploration, entre autres. C'est un exemple de ce que les membres ont décidé de faire. Le représentant de l'organisation de Pangnirtung qui a dit plus tôt avoir acheté un bateau pour la communauté l'a fait grâce à ces dividendes. Pensez-y un peu. Dans la division 0B, 1 900 tonnes prennent le chemin du Sud. Je ne sais pas à quoi elles servent, mais si nous y avions accès, ça reviendrait à la communauté. Acheter un bateau pour la collectivité est une idée toute simple que nous pouvons concrétiser grâce à nos profits. Plus on a d'argent, plus on peut en redonner à la communauté. Voilà.

Le sénateur Cochrane : Est-ce que le total pourrait s'élever à plus de 600 000 $?

M. Mike : Oui, si on avait plus de quotas.

Le sénateur Cochrane : Parlez-moi de l'autre navire.

M. Mike : Celui de la QC?

Le sénateur Cochrane : Oui.

M. Mike : Il appartient à la Qikiqtaaluk Corporation, qui est une filiale à but lucratif de la Qikiqtani Inuit Association.

Le sénateur Cochrane : À qui vont les profits?

M. Mike : Je n'en ai aucune idée, parce qu'une société distincte gère le bateau. Les recettes ne sont pas remises à la BFC ni à Niqitaq.

Le sénateur Robichaud : Dans votre tableau, on voit que toutes les organisations appartiennent à des Inuits. Donc, quoi qu'il advienne, l'argent reste dans les communautés inuites, n'est-ce pas?

M. Mike : Oui.

Sachez également que les gens du Nunavut, surtout des Inuits, ont décidé d'avoir un gouvernement. À mon avis, c'est un gouvernement inuit.

Le sénateur Hubley : Grâce à 820 000 $ en investissements directs, vous avez pu obtenir plus de 4 millions de dollars pour effectuer de la recherche et un projet. Pourriez-vous nous dire qui ont été vos partenaires dans le cadre de ce dernier?

M. Mike : Je crois en avoir déjà parlé. Il s'agit de Nunavut Tunngavik Incorporated, du gouvernement du Nunavut, du ministère des Pêches et des Océans et de la BFC. Il arrive qu'on obtienne d'autres ressources, par exemple de la Kakivak Association. En outre, on reçoit également du financement du Nunavut Fisheries Training Consortium s'il est question de formation ou de perfectionnement des compétences des Inuits.

Le sénateur Hubley : Le projet a porté fruit puisque vous avez pu accroître considérablement vos quotas dans la division 0A.

J'ai une autre question au sujet du partage des recettes entre les membres, ce qui représente 2,4 millions de dollars remis aux collectivités. Est-ce que ce montant est versé à des particuliers, aux membres de l'organisation ou à la communauté, pour qu'elle finance des projets?

M. Mike : Il n'est pas remis à des particuliers, mais plutôt aux membres, qui en font ce qu'ils veulent.

Le président : Monsieur Mike, merci beaucoup d'être venu et de nous avoir autant aidés. Nous vous sommes reconnaissants de votre contribution.

M. Mike : Monsieur le président, j'aurais quelque chose pour vous. Voici des exemplaires de l'édition du Nunatsiaq News de la semaine dernière, où on peut voir une photo de mes collègues et moi-même. Le ministre du MPO ne m'a pas demandé de les autographier, mais je l'ai tout de même fait. J'en ai un pour vous et un pour lui.

Le président : Merci beaucoup.

Sénateurs, nous allons maintenant passer à la partie publique de notre séance. Un certain nombre de gens voudraient nous présenter des exposés.

Nous vous demandons de vous limiter à trois ou cinq minutes, afin que nous puissions entendre tout le monde.

J'invite d'abord Levi Evic à prendre la parole, s'il vous plaît.

[Interprétation]

Levi Evic, à titre personnel : Je serai bref. Votre présence ici à Pangnirtung est très importante pour nous.

Je suis également pêcheur. Je représente mes confrères. Depuis mon tout jeune âge, je pêche en eau salée, sur la glace et dans les lacs. J'ai toujours été pêcheur.

J'ai deux remarques à faire concernant l'appui à accorder aux pêcheurs de la collectivité. Je sais qu'ils ont besoin d'aide parce qu'ils doivent surmonter de nombreux obstacles. J'ai mené ma propre étude sur l'omble chevalier dans les lacs, parce que je veux également bien représenter la collectivité.

Le ministre m'a aussi alloué des quotas, assortis de conditions. Voilà pourquoi je tiens à vous faire mieux comprendre la culture inuite, puisque je parle également au nom de ce peuple.

Je travaille à cette étude depuis huit ans, mais on a très mal évalué nos besoins financiers. Je reçois un financement minimal. Ce n'est jamais suffisant pour faire un bon travail, ni pour terminer mes études. J'aimerais faire des pêches le moteur économique de ma communauté. Puisque vous vous intéressez à ce secteur d'activité, sachez que c'est un des domaines dans lesquels on peut trouver de l'emploi. Je ne parle pas anglais, mais je suis toujours prêt à travailler. Je suis un chasseur traditionnel. Nous pouvons mener nos propres études. Je travaille avec les Inuits, et parfois un représentant du MPO collabore avec nous et participe à nos recherches.

Lorsqu'il est question de quotas, on peut encore en troquer, en voler ou en donner à l'usine de transformation du poisson pour créer des emplois.

On alloue des quotas aux chasseurs, à l'association des chasseurs et des trappeurs. Toutefois, je travaille à mon étude depuis huit ans. Certaines années j'obtiens des fonds, d'autres pas. Ce manque de fiabilité retarde mon étude. Nous devons terminer nos recherches en cinq ans, mais si on nous impose un échéancier, il faut garantir un financement. Si j'avais un quota, je m'en servirais pour ma recherche. Une fois celle-ci terminée, je transférerais le contingent à la communauté, et les pêcheurs pourraient en profiter.

Les jeunes peuvent apprendre rapidement les techniques de recherche. Ce que je fais est intéressant, mais nous recevons trop peu de financement. Ce n'est jamais suffisant. Parce que cette recherche est effectuée par des Inuits pour des Inuits, on ne nous accorde pas beaucoup de crédibilité, étant donné que nous n'avons pas tous les diplômes des scientifiques ou des chercheurs.

Les représentants du ministère des Pêches et des Océans à Winnipeg évaluent ma recherche. Ceux à Iqaluit font de même, et je collabore avec eux. Bien que j'aie une autorisation, je reçois trop peu de financement. On pourrait créer de l'emploi et terminer l'étude en deux fois moins de temps si nous avions des fonds suffisants.

En ce qui concerne la pêche au flétan noir sur la glace, il y a de nombreuses années que je n'ai pas participé à cette activité parce que la glace était trop mince et c'était dangereux. Je comprends parfaitement le travail que nous avons effectué en matière de pêche sur la glace en hiver. C'est une technique que je connais bien.

[Traduction]

Le président : Je suis désolé, mais je vais devoir vous demander de conclure, parce que d'autres voudraient également prendre la parole. Merci beaucoup d'avoir témoigné.

[Interprétation]

Le sénateur Adams : Merci d'effectuer vos propres recherches. Par le passé, les chercheurs n'ont jamais fait participer les Inuits ni tiré profit du savoir traditionnel.

Vous dites que les fonds qu'on vous octroie pour vos études ne sont jamais suffisants. Le MPO et l'Office de commercialisation du poisson d'eau douce à Winnipeg procédaient autrefois à un dénombrement et un relevé aux embouchures des rivières ou dans les lacs. Je sais qu'il en coûtera moins pour effectuer vos recherches parce que vous ne dépendez pas d'hélicoptères ni d'équipement à la fine pointe de la technologie. Vous vous déplacez sur votre propre territoire.

M. Evic : Comme le peu de financement que je reçois ne me permet jamais d'engager des employés, je dois tout faire. Nous n'avons pas de budget de fonctionnement pour acheter des bateaux et des motoneiges, pour nous déplacer. On nous dit de vendre nos prises pour compenser nos coûts opérationnels. Ce n'est pas couvert.

Le sénateur Adams : Lorsque vous faites vos propres dénombrements et relevés, envoyez-vous les résultats à l'organisation responsable du poisson d'eau douce à Winnipeg?

M. Evic : Oui, nous analysons différents lacs, puis nous dressons un sommaire. C'est la seule façon de faire. Lorsqu'on a déterminé combien de poissons les lacs contiennent, on peut distribuer les quotas.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup. J'invite maintenant Eric Joamie et Gita Laidler à témoigner.

Gita Laidler, à titre personnel : Je serai brève. Je me sens privilégiée d'avoir l'occasion de participer à cette séance et d'être invitée par Eric Joamie à prendre la parole ici avec lui.

Nous voudrions revenir sur un commentaire qui a été fait au sujet du projet sur la glace de mer, entrepris à Pangnirtung il y a maintenant cinq ans. Eric et moi y travaillons depuis le début. Je suis actuellement à l'Université Carleton.

Dans le cadre de ce projet, nous voulions mieux connaître l'état de la glace de mer. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les aînés et les chasseurs, qui sont les experts en la matière. Nous essayons d'adopter le point de vue des Inuits pour bien saisir l'importance de la glace de mer et son utilité par le passé, mais surtout aujourd'hui. Nous voulons comprendre les changements observés dans l'état de la glace de mer et les répercussions de ceux-ci sur les collectivités.

Je voulais vous parler de ce projet. On pourra vous orienter vers d'autres ressources si vous désirez en apprendre davantage sur ses résultats. Nous faisons notre possible pour consigner l'expertise inuite et la transmettre fidèlement. C'est pourquoi, à la lumière de ce que nous avons entendu aujourd'hui, nous aurions quelques points à soulever.

Eric voudrait formuler certaines recommandations du point de vue de la communauté.

[Interprétation]

Eric Joamie, à titre personnel : Je viens de Pangnirtung, et j'y habite. Je travaille avec cette jeune femme depuis un certain temps déjà. Nous rassemblons auprès des aînés des données sur l'évolution de l'état des glaces. Nous avons étudié les changements qui se sont opérés au fil des années grâce au savoir ancestral et à notre collaboration avec les aînés. Nous avons consigné leurs connaissances dans le cadre de cette étude.

Nous avons également essayé de trouver des façons de mettre nos observations à profit pour instruire la population, surtout les jeunes, et particulièrement en ce qui concerne notre langue. Il est essentiel que nous la préservions, et c'est pourquoi nous travaillons de concert avec un groupe responsable de l'enseignement dans la collectivité. Nous vous ferons part de nos idées cet après-midi.

On a déjà abordé certaines de ces questions. Nous n'avons pas vraiment de solutions, même si on a beaucoup parlé de l'état des glaces. Ce problème, qui a fait l'objet de nombreuses discussions, ne disparaîtra pas.

On a beaucoup entendu parler des changements climatiques, et il est évident qu'ils auront des répercussions, surtout sur les chasseurs. Ceux-ci seront grandement touchés, puisqu'ils devront changer leurs habitudes de chasse et leur alimentation. Étant donné que de nombreuses questions délicates restent sans réponse, nous aimerions savoir comment le gouvernement du Canada peut contribuer à financer nos études. On sait, par exemple, que s'il commence à limiter la chasse aux baleines et aux phoques annelés, ça deviendra extrêmement difficile. On a constaté que l'imposition de quotas mène en général à l'interdiction de la chasse.

Nous voudrions des fonds à consacrer à la formation. Nous aimerions que le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien nous appuie financièrement et nous permette d'étudier les activités des brise-glace et de la Garde côtière canadienne. Puisque celle-ci sait comment naviguer dans nos eaux, nous aimerions collaborer avec elle pour observer l'évolution de l'état des glaces. Si la Garde côtière s'associait à nous dans le cadre de cette étude, il serait beaucoup plus facile pour les chasseurs d'établir des liens avec elle à long terme.

Pour effectuer nos recherches, nous avons utilisé une liaison par satellite, notre ordinateur et d'autre matériel. Les bateaux de la Garde côtière sont bien équipés, et nous pourrions avoir accès à toute cette technologie. Je crois que ce serait avantageux pour les résidants du Nunavut, surtout les chasseurs, si la Garde côtière mettait à notre disposition sa technologie et son expérience, ne serait-ce, par exemple, qu'en nous prêtant son équipement deux jours par semaine pour effectuer de la surveillance.

La température est maintenant imprévisible, et le mouvement des glaces change rapidement. Il nous faut surveiller les glaces, ce qui ne profiterait pas uniquement à notre communauté, mais à toutes celles du Nunavut. Si le MPO contribuait, ça nous aiderait.

Le gouvernement fédéral du Canada ne cesse de répéter que le Nord lui appartient. C'est une question de souveraineté. Je crois qu'il devrait donc débloquer plus de fonds et accroître la surveillance dans l'Arctique.

Je termine là-dessus, parce que je dois prendre l'avion pour me rendre à Iqaluit.

Le sénateur Adams : Les chercheurs collaborent avec les gouvernements et les consultent, mais ils oublient souvent que certains résidants possèdent les connaissances nécessaires et devraient participer. Vous tentez d'obtenir des fonds, et on vous envoie des chercheurs du Sud. Ils ont beaucoup de matériel et en ont besoin pour faire leur travail. Cependant, souvenons-nous que nous avons accès à des ressources dans nos communautés — les aînés. Ils détiennent le savoir traditionnel. Est-ce que vous y faites appel dans le cadre de vos recherches?

M. Joamie : Nous ne nous sommes basés que sur le savoir ancestral inuit. Nous n'avons pas fait appel aux technologies ni aux chercheurs occidentaux. Nous n'avons eu recours à aucune technologie. Nous utilisons les connaissances traditionnelles, qui découlent de mon observation des aînés et de mes expériences avec eux. Nous essayons d'intégrer une perspective ancestrale à la vie d'aujourd'hui. Nous ne nous fions qu'au savoir traditionnel inuit.

Je sais que ce serait profitable d'allier la technologie moderne au savoir traditionnel, mais on ne nous a offert qu'un appareil photo et un compas. C'est la seule assistance technique qu'on nous ait fournie. Les universités Trent et Carleton nous ont aidés, mais elles ne peuvent pas contribuer financièrement à nos projets autant que nous le désirerions.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup. J'invite maintenant Davidee Anankak à prendre la parole.

J'aimerais vous rappeler qu'avant de partir d'Ottawa, nous nous étions mis d'accord pour limiter les présentations à cinq minutes et ne pas poser de questions, afin d'entendre le plus de témoins possible. Je vous demanderais de bien vouloir vous en tenir à ce qui a été convenu.

[Interprétation]

Davidee Anankak : Vous êtes ici pour consulter les gens. Je ne vais pas présenter mon exposé à la hâte.

Je suis venu parce que je m'inquiète pour les pêches, et ça ne fait que commencer. J'ai un fils qui travaille à bord d'un navire de pêche. Je dois le forcer à y aller parce qu'il n'aime pas cela. Dans un espace restreint, de nombreux problèmes interpersonnels peuvent surgir. Les Inuits qui doivent travailler avec des non-Inuits peuvent faire l'objet d'une certaine discrimination, ou être traités différemment. Beaucoup d'ouvriers à bord des navires de pêche démissionnent pour cette raison. J'ai demandé à mon fils si son employeur offrait de la formation sur le travail d'équipe et les règles assurant la protection et le traitement équitable de tous. Il m'a dit que non.

Je crois que c'est lié à leur difficulté à trouver un emploi. Lorsqu'ils y parviennent, ils sont traités différemment, surtout dans les bateaux. On devrait obliger les pêcheurs qui y travaillent ou qui en sont propriétaires à assurer la justice et l'équité en milieu de travail, parce que les Inuits sont trop nombreux à quitter leur emploi dans les entreprises et les navires de pêche.

C'est tout ce que j'avais à dire. Il faut tenir les administrations des navires responsables et veiller à ce qu'elles mettent en œuvre des pratiques d'emploi équitables et non discriminatoires.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup. Je laisse la parole à Noah Metiq.

[Interprétation]

Noah Metiq, à titre personnel : Je suis un pêcheur de Pangnirtung. Lorsque les glaces étaient en bonne condition, nous allions à la pêche au flétan noir. Toutefois, étant donné l'état actuel des glaces, on ne sait jamais jusqu'à quand il est sûr de s'y aventurer.

Nous disposons d'un gros engin de pêche coûteux. À de nombreuses reprises, nous avons perdu notre équipement, et donc de l'argent. Mes cabanes de pêche et tout mon matériel ont été retrouvés en mer près de Resolution Island. J'ai demandé au gouvernement du Nunavut de me dédommager, mais les fonds versés ne couvraient pas les coûts réels; c'était insuffisant pour que je puisse racheter du matériel. Parce que l'état des glaces change et que nous n'avons pas de capital à l'avance, il est difficile d'être pêcheur. Nous avons perdu de l'équipement.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup. C'est au tour de Jamesie Mike.

[Interprétation]

Jamesie Mike, à titre personnel : Je suis un aîné de Pangnirtung. J'ai 80 ans. Je vous remercie d'être venus ici. La collectivité trouve impressionnant qu'il n'y ait pas de conflit et que les gens expriment plutôt leurs inquiétudes.

Je tiens à réitérer ce qu'on vous a dit plus tôt. Lorsqu'il a été question de pêcher le flétan noir, personne n'a parlé des Groenlandais qui sont venus les premiers nous enseigner comment le faire. En effet, il y a de nombreuses années, deux d'entre eux nous ont montré la technique. J'ai hébergé l'un d'eux. Je les ai remerciés. C'était avant que les Canadiens ne commencent à pêcher le flétan noir. Les Inuits du Groenland nous ont enseigné leur méthode.

En 1984, deux Groenlandais sont venus. Ce sont nous, les chasseurs et trappeurs, qui avions demandé à ce qu'ils nous montrent comment pêcher ce poisson. Le gouvernement les a fait venir ici, alors je les remercie tous les deux énormément, puisqu'ils ont été les premiers à enseigner la pêche au flétan noir. C'était une initiative des chasseurs et trappeurs, parce que nous constations la nécessité d'exploiter cette ressource. Nous avons demandé de l'aide, et personne n'était mieux placé pour nous enseigner cet art que les experts de notre propre peuple, venus d'un autre pays. Nous devons leur témoigner toute notre gratitude.

Je vois que vous êtes ici parce que vous êtes réellement inquiets, et que vous désirez connaître nos préoccupations. Je comprends et je vous remercie. Je vais terminer là-dessus, parce que je crois que mes cinq minutes sont écoulées.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup.

Sénateurs, voilà qui met fin à nos audiences. Avant de conclure, je voudrais remercier de nombreuses personnes.

Premièrement, merci à la municipalité de nous avoir accueillis, et à son personnel d'avoir pris si bien soin de nous.

Je tiens aussi à remercier de leur contribution et de leurs idées tous ceux qui ont témoigné aujourd'hui.

Nous sommes en déplacement depuis maintenant une semaine, alors je tiens à remercier également tous les autres témoins que nous avons entendus, même s'ils ne sont pas avec nous aujourd'hui.

Je suis aussi reconnaissant envers notre propre personnel, qui a dû faire face à des conditions difficiles, surtout étant donné la température. Nous avons fait notre voyage à rebours. Nous espérions en effet venir à Pangnirtung d'abord, mais nous nous y retrouvons en dernier. Toutefois, certains disent qu'il faut garder le meilleur pour la fin, alors les choses ont bien tourné.

Pour que nous atteignions nos objectifs, les membres de notre personnel ont dû faire de nombreux changements; ils se sont montrés efficaces et compétents. Nous n'aurions pas pu si bien nous organiser ni faire notre travail s'ils n'avaient pas effectué toutes ces démarches. Nous leur témoignons publiquement notre profonde reconnaissance pour tout ce qu'ils ont fait.

Je remercie également notre attaché de recherche et notre expert-conseil pour leur contribution et leur aide. Sans eux, nous n'y serions pas arrivés, parce qu'ils nous ont permis de maintenir le cap, nous ont rappelé ce qui avait été dit et nous ont aidés à formuler notre pensée.

Je présente également mes remerciements aux responsables de la logistique, ceux à Iqaluit comme ceux qui nous accompagnent. Je sais que vous faites de longues journées de travail. Je sais aussi que vous avez dû apporter de nombreux changements et supporter beaucoup de stress, mais vous avez réussi haut la main.

Je désire également remercier les interprètes. C'est la première fois, à ma connaissance, qu'un comité du Sénat, ou que tout comité parlementaire, d'ailleurs, tient des audiences à Pangnirtung en inuktitut, avec interprétation. Des comités sont déjà venus ici, mais je ne crois pas qu'ils aient tenu des audiences officielles avec interprétation en inuktitut. Ça s'est produit à Iqaluit, mais jamais ici, à ce que je sache.

Le sénateur Robichaud : Il y a eu interprétation en français également.

Le président : Oui.

Comme le sénateur Robichaud l'a dit plus tôt, nous avons décidé d'utiliser l'inuktitut dans l'enceinte du Sénat. Je crois que personne d'autre au Canada ne le fait, sauf le gouvernement du Nunavut. Nous espérons que cette pratique se répandra. La proposition a été acceptée par le Sénat et renvoyée à un comité, qui en fera l'examen et nous présentera ses conclusions. Je suis convaincu que l'idée sera adoptée et que l'inuktitut deviendra une langue de travail au Sénat, au besoin, de façon à ce que les sénateurs Adams et Watt, par exemple, puissent utiliser leur propre langue au Parlement, qu'ils puissent s'exprimer clairement et être compris de tous.

Je remercie les techniciens qui ont travaillé si fort pour que tout fonctionne, parce que sans eux, nous n'y serions pas arrivés non plus.

Qui ai-je oublié? L'équipe des communications et les médias. Je ne les ai pas encore remerciés, mais c'est qu'ils n'ont pas encore publié leurs articles. Je vais attendre de lire ces derniers avant de leur témoigner ma reconnaissance.

Le sénateur Robichaud : N'oublions pas le hameau.

Le président : J'ai déjà parlé de Pangnirtung, de l'accueil qui nous y a été réservé et des audiences que nous avons pu tenir dans cette collectivité. Je vous remercie tous énormément.

Nous allons retourner à Ottawa pour réfléchir à ce que nous avons entendu et rédiger un rapport. J'espère que ceux qui ont témoigné verront leurs propos reflétés dans ce dernier.

Nous allons présenter des recommandations au gouvernement. Conformément aux règlements, ce dernier doit répondre dans les 100 jours suivants. Il est possible qu'il ne soit pas d'accord avec nous; c'est parfois le cas. Il se peut aussi que nous n'aimions pas sa réponse, mais nous pourrons alors nous en servir pour revenir à la charge.

Merci beaucoup à vous tous. Voilà donc la fin de nos audiences.

La séance est levée.