Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Énergie, de l'environnement et des ressources naturelles

Fascicule 14 - Témoignages du 3 décembre 2009


OTTAWA, le jeudi 3 décembre 2009

Le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles se réunit aujourd'hui, à 8 h 5, pour examiner l'état actuel et futur du secteur de l'énergie au Canada (y compris des énergies de remplacement) et en faire rapport.

Le sénateur Grant Mitchell (vice-président) occupe le fauteuil.

Le vice-président : Bonjour. Je souhaite la bienvenue à tous ceux qui se trouvent dans la salle de réunion du comité et à ceux qui regardent à la télévision cette réunion du Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles. Je suis le sénateur Grant Mitchell; je représente l'Alberta et je suis le vice-président du comité. Je préside la réunion d'aujourd'hui en l'absence du président, le sénateur Angus, du Québec.

Avant que nous ne commencions, je vais faire un tour de table pour présenter tous ceux qui participent à la réunion. Voici Marc LeBlanc et Sam Banks, analystes à la Bibliothèque du Parlement, dont les travaux de recherche et les connaissances sont d'un soutien indispensable pour notre travail; le sénateur Pana Merchant, de la Saskatchewan, Lynn Gordon, greffière du comité, qui fonctionne particulièrement bien sous sa férule; le sénateur Judith Seidman, du Québec, dont la nomination est relativement récente, le sénateur Daniel Lang, du Yukon; et le sénateur Bert Brown, de l'Alberta

Le 4 juin 2009, notre comité a demandé l'autorisation du Sénat d'examiner l'état actuel et futur du secteur de l'énergie au Canada (y compris les énergies de remplacement) et d'en faire rapport, autorisation qui lui a été accordée. Nous allons également présenter nos observations sur l'impact des changements climatiques sur notre secteur de l'énergie et sur la configuration énergétique de l'avenir. Nous en sommes au tout début de l'étude. C'est la septième fois que nous nous réunissons à ce sujet.

Je suis heureux de présenter un autre excellent témoin, qui joint les rangs de ceux qui ont déjà participé à notre étude. Il s'agit du professeur Robert Evans. Il est professeur de génie mécanique à la faculté de Sciences appliquées de l'Université de la Colombie-Britannique. Il est un ancien directeur et membre actuel du Centre de recherche sur l'énergie propre de l'Université de la Colombie-Britannique. Il occupe le poste de professeur en recherche sur l'énergie propre Methanex.

Le professeur Evans donne des cours à des étudiants de premier et de deuxième cycles en thermodynamique appliquée, en transfert thermique et en conversion de l'énergie. Il effectue des recherches sur les systèmes de conversion de l'énergie, les moteurs à combustion interne et les turbomachines. Le professeur Evans a été le premier directeur du Centre de recherche sur l'énergie propre de l'Université de Colombie-Britannique, un des principaux centres de recherche sur les technologies d'énergie propre visant à assurer l'approvisionnement énergétique plus durable pour la C.-B., le Canada et le reste du monde, tout en réduisant l'impact environnemental de la consommation énergétique.

Le professeur Evans s'intéresse tout particulièrement au lien entre la technologie de l'énergie et la politique énergétique. C'est la mise en application idéale pour l'étude que nous menons présentement. Il est l'auteur du livre primé Fueling Our Future : an Introduction to Sustainable Energy, publié par les Presses de l'Université de Cambridge.

Je vais maintenant demander au professeur Evans de présenter son exposé. Les membres du comité pourront ensuite poser des questions.

Robert Evans, professeur, génie mécanique, Université de la Colombie-Britannique : Bonjour, honorables sénateurs. C'est un privilège et un plaisir pour moi d'être parmi vous ce matin. J'aimerais féliciter le comité d'avoir entrepris cette étude. Il s'agit d'une étude très ambitieuse et très importante qui permettra au Canada de se pencher sur son secteur énergétique dans son entier. Je suivrai avec intérêt les progrès que vous ferez au cours des deux prochaines années que vous consacrerez à cette tâche.

J'ai un exposé à vous présenter, dont vous avez une copie sur support papier. Vous m'excuserez; il y a beaucoup de diapositives. Je vais survoler bon nombre d'entre elles rapidement. S'il y a des questions, nous pourrons arrêter, et je me ferai un plaisir d'y répondre au fur et à mesure, ou encore à la toute fin. Je suis désolé de ce fond d'écran bleu vif, c'est l'une des couleurs de l'Université de la Colombie-Britannique.

Le sénateur Lang : Il n'y a rien de mal avec le bleu.

M. Evans : Je suis content de vous l'entendre dire. Je vais présenter mon exposé plutôt rapidement, mais si je vais trop vite, arrêtez-moi et nous pourrons discuter.

Il y a quatre façons de lutter contre les changements climatiques, à mon avis. Ce sera une discussion d'assez haut niveau, où nous examinerons les notions élémentaires, sans trop approfondir les nombreux détails.

Juste avant notre réunion, je causais avec le sénateur Mitchell, et je lui disais que je pense qu'il est vraiment très important que le grand public prenne un peu de recul et comprenne les notions élémentaires de la consommation d'énergie, de la manière dont nous la consommons et de sa provenance. Trop souvent, nous donnons une foule de détails sans prendre de recul pour regarder la vue d'ensemble; je vais donc passer la plus grande partie de mon exposé à vous parler de ces idées qui forment la vue d'ensemble.

Je vais parler un peu du problème des changements climatiques. Même si je ne suis pas un scientifique en climatologie ni un spécialiste de la modélisation climatique, je ferai de mon mieux pour répondre à vos questions, s'il y en a. Je vais également parler un peu de ce que j'estime être le problème, ainsi que des quatre manières pour lutter contre les changements climatiques; nous parlerons plus précisément des aspects techniques. Je vais présenter la notion de chaîne de conversion de l'énergie, une notion technique importante et simple à comprendre qui explique le contexte de la manière dont nous consommons l'énergie et des changements que nous pourrions y apporter.

Enfin, je passerai la plus grande partie de mon temps à parler du dernier point c'est-à-dire des obstacles à surmonter et de la manière dont nous pourrions passer à un système énergétique plus durable.

Les deux principaux problèmes sont le réchauffement climatique et les ressources énergétiques. Nos combustibles fossiles, qui composent 80 p. 100 de la demande énergétique canadienne — en réalité, 80 p. 100 de la demande mondiale — s'épuisent. Il s'agit de ressources non renouvelables et, au bout du compte, elles s'épuiseront. Il s'agit d'un enjeu à long terme.

Le dernier élément sur cette diapositive est important, et peut-être qu'il n'est pas aussi bien compris qu'il devrait l'être. C'est que les gens adorent consommer de l'énergie comme ils le font maintenant, sans avoir à s'en préoccuper — comme de brancher la prise de leur ordinateur sans avoir à se préoccuper de la provenance de cette énergie. Ils aiment embarquer dans leur voiture et se rendre là où ils veulent aller sans avoir à y penser. Cela aussi, c'est un véritable problème.

Les deux prochaines diapositives sont des diagrammes illustrant les émissions de CO2 de nos voisins du Sud. La barre rouge est la cible de Kyoto que les États-Unis auraient eu à respecter s'ils avaient signé l'accord, soit 7 p. 100 en deçà des niveaux de 1990. Les niveaux sur le diagramme vont de 1990 à 2007. Il y a eu une augmentation continue de l'émission de CO2, caractérisée par des fluctuations mineures, en fonction de l'économie, de la demande énergétique et de la météo.

Ici, au Canada, nous avons parfois l'impression que nous faisons mieux. Regardons donc le diagramme canadien. Pour l'essentiel, si l'on divise par 10, on obtient le même diagramme. Vous constatez l'augmentation continuelle des émissions de CO2, alors il n'y a pas de quoi se vanter dans ce domaine.

La cible de Kyoto que nous nous sommes engagés à atteindre par notre signature de l'accord est de 6 p. 100 en deçà des niveaux de 1990 au cours des prochaines années. Vous pouvez constater que nous n'allons pas atteindre cette cible. Ce sera un défi d'abaisser les émissions de CO2.

De mon point de vue, il n'y a que quatre façons de réduire l'apport de CO2 qui provient de la consommation de combustibles fossiles pour 80 p. 100 de nos besoins énergétiques. La première chose à faire consiste à consommer moins d'énergie. Il s'agit là en grande partie de changements touchant notre mode de vie. Par exemple, plutôt que de conduire leur voiture, les gens peuvent marcher, prendre leur bicyclette ou le transport en commun. Ils peuvent baisser le thermostat de leur résidence. Il s'agit tout simplement que chaque personne consomme moins d'énergie. Cela peut sembler simpliste, mais il est parfois difficile de convaincre des gens — plus particulièrement des millions de gens — de changer les habitudes d'une vie.

Le deuxième aspect important consiste à consommer de l'énergie de manière plus efficace. Notre consommation actuelle d'énergie entraîne énormément de gaspillage, et nous pourrions augmenter l'efficacité de notre consommation. Cela s'appelle souvent « la solution la plus accessible ». Ce n'est sans doute pas l'aspect le plus excitant pour un ingénieur qui travaille dans ce domaine, mais c'est sans doute là que l'on obtient le meilleur rendement sur l'investissement — en augmentant l'efficacité énergétique, comme, par exemple, en surveillant la consommation d'énergie des édifices.

Nous avons la capacité de capter et de stocker du CO2. Je sais que des sénateurs de l'Alberta se trouvent parmi nous. Il s'agit d'un sujet qui soulève les passions dans cette province, ainsi que dans d'autres régions du monde qui produisent des combustibles fossiles. J'en parlerai un peu plus, mais je ne suis pas un expert de ce domaine.

À mon avis, le défi qu'il nous faut relever, si l'on examine par exemple notre consommation de pétrole, c'est que le tiers de la consommation énergétique canadienne prend la forme de pétrole. Pour l'essentiel, tout ce pétrole sert dans des applications de transport, et on ne serait pas en mesure de capter et de stocker le CO2 émis par des véhicules en mouvement. Une très grosse partie du CO2 disponible ne se prête pas au captage et au stockage.

Le gaz naturel compte pour un autre tiers de notre consommation énergétique totale au Canada. La majeure partie de ce gaz sert à chauffer des bâtiments comme celui dans lequel nous nous trouvons ainsi que des résidences individuelles partout au pays. Encore une fois, vous n'arriverez pas à capter et à stocker le CO2 émis dans ces applications.

Cela nous laisse avec une consommation relativement petite de combustibles fossiles dans de grosses centrales stationnaires, par exemple, ainsi que le CO2 émis par des usines de traitement — par des raffineries de pétrole, des usines de traitement du pétrole et autres usines du genre. Une énorme proportion des combustibles fossiles, la très grande majorité, ne se prêtent tout simplement pas au captage et au stockage du CO2.

Le dernier aspect, que je compte approfondir, c'est le fait que nous pouvons délaisser les combustibles fossiles pour nous tourner vers deux autres sources d'énergie. Il n'y a que trois sources d'énergie qui existent : les combustibles fossiles, l'énergie renouvelable et l'énergie nucléaire. Tout ce que nous faisons provient de l'une de ces trois sources. Par conséquent, notre approche consiste à délaisser les combustibles fossiles pour nous tourner vers les énergies renouvelables et le nucléaire.

Ce qui m'amène à vous parler de la chaîne de conversion de l'énergie présentée sur les deux prochaines diapositives. La diapositive 9 est la seule diapositive technique que je vais vous présenter; je suis convaincu que vous serez heureux d'apprendre que c'est la seule mention que je ferai de la thermodynamique dans mon exposé.

Le public comprend mal la notion de consommation d'énergie. Ce qu'il faut savoir, c'est que l'énergie ne disparaît pas. Il y a une quantité fixe d'énergie, et nous sommes constamment en train de la convertir d'une forme à l'autre pour répondre à nos besoins. Par exemple, nous prenons l'énergie chimique emmagasinée dans un combustible fossile, brûlons ce combustible pour rompre le lien carbone-hydrogène afin d'extraire cette énergie. Cela produit un travail mécanique qui permettra, par exemple, de mettre un véhicule en mouvement; l'énergie qui reste prend la forme de chaleur à très basse température. Nous ne pouvons pas utiliser cette chaleur parce qu'elle ne contient pas suffisamment d'énergie.

La diapositive 10 peut vous sembler un peu complexe, mais il s'agit d'une notion très simple. J'aime me servir de cette image pour illustrer la consommation d'énergie ainsi que la manière dont nous passons de la source primaire d'énergie jusqu'à nos besoins énergétiques et les domaines dans lesquels nous utilisons l'énergie à la toute fin. Si nous regardons le bloc qui se trouve dans le coin supérieur gauche, ce sont les sources d'énergie primaires. Encore une fois, il n'y en a que trois : les combustibles fossiles, l'énergie nucléaire et l'énergie renouvelable.

Tout ce que nous faisons se trouve dans le bloc situé dans le soin inférieur droit. C'est là que nous avons besoin d'énergie — pour assurer le transport, fournir du carburant à nos industries et chauffer et éclairer les édifices commerciaux et résidentiels. Pour tout ce que nous faisons dans ce bloc du coin inférieur droit, au départ, l'énergie doit venir de l'une des trois sources indiquées dans le coin supérieur gauche.

Vous pouvez suivre la chaîne pour voir ce qui se produit quand nous effectuons les étapes de conversion. Si nous commençons aux sources d'énergie, il nous faut d'abord passer par une étape de traitement. Je me servirai du pétrole comme exemple. À la toute fin, nous nous en servons pour mettre un véhicule en mouvement. Le pétrole est traité dans une raffinerie et est transformé en un vecteur énergétique.

Présentement, nous n'utilisons que trois vecteurs énergétiques. Après l'étape du traitement, le pétrole est transformé en essence ou en diesel, par exemple. C'est l'un des vecteurs énergétiques, soit des produits pétroliers raffinés. Les deux autres vecteurs que nous utilisons sont le gaz naturel, qu'il faut traiter un petit peu pour en retirer le soufre et les impuretés, et l'électricité.

Il y a un point d'interrogation à côté de l'hydrogène, parce qu'il fait souvent l'actualité depuis de nombreuses années. Je vais passer un peu de temps à en parler et à tenter de vous expliquer pourquoi l'hydrogène ne deviendra pas un vecteur énergétique important à l'avenir.

À partir de ces trois vecteurs énergétiques, nous voulons souvent stocker l'énergie. Le réservoir à essence de votre voiture stocke l'essence, puis vous prenez cette énergie stockée et passez par une toute dernière étape de conversion. Le moteur de votre voiture convertit l'énergie chimique emmagasinée dans cette essence en travail mécanique, et vous fournit un transport. C'est une notion très utile. Ce diagramme permet d'illustrer n'importe quelle utilisation de l'énergie.

Chaque fois que vous passez par l'une de ces étapes de conversion, il y a une pénalité sur le plan de l'efficacité. À chaque étape de cette chaîne, il y a une perte d'énergie disponible. Si nous commençons avec 100 unités d'énergie de pétrole brut pour mettre votre voiture en mouvement, au moment où votre voiture avance effectivement sur la route, vous n'en utilisez qu'environ 20 p. 100. Le reste de cette énergie se perd sous forme de chaleur résiduelle.

La diapositive 11 est complexe. Vous l'aurez sans doute constaté. Je n'ai pas l'intention d'en parler, à moins que vous n'ayez des questions. Elle a été préparée par Ressources naturelles Canada, RNCan. Si vous êtes ingénieur, voilà un bel instantané de l'économie en fonction de l'énergie au pays. Cela a commencé par les États-Unis, qui ont préparé un diagramme semblable. Du côté gauche, on trouve les sources primaires, et du côté droit, les utilisations finales que nous faisons de l'énergie, et vous suivez la chaîne de conversion de l'énergie en passant de gauche à droite.

Vous voyez 80 p. 100. La largeur des traits est proportionnelle à la quantité de cette source d'énergie. Plus le trait est large, plus l'énergie qui provient de cette source est importante. Par exemple, vous pouvez constater que nous sommes d'importants exportateurs d'uranium et de pétrole.

Si vous regardez complètement à droite, vous constaterez qu'il y a de l'énergie utile, puis de l'énergie perdue. La petite quantité d'énergie utile est ce que nous finissons par consommer en conduisant nos voitures et en chauffant nos édifices; l'énergie perdue représente les pertes attribuables aux pénalités sur le plan de l'efficacité dont je parlais.

Si 80 p. 100 de notre énergie provient actuellement des combustibles fossiles, comment pourrions-nous les délaisser pour nous tourner vers quelque chose qui serait plus durable? Je n'aborderai que deux aspects, mais je me ferai un plaisir de répondre à toute question sur d'autres. Je parlerai un peu de l'énergie renouvelable puis nous parlerons plus en détail de la fameuse solution de transport durable.

Je ne passerai pas trop de temps sur les sources d'énergie renouvelable de la prochaine diapositive. En voici une liste, qui n'est pas classée selon un ordre particulier, même si je viens de la Colombie-Britannique, où l'énergie hydroélectrique est très importante, comme c'est le cas au Manitoba et au Québec. Le potentiel d'expansion de l'énergie hydroélectrique est énorme, si c'est ce que nous voulons faire. Vous trouvez également les autres principales sources d'énergie renouvelable, caractérisées par divers niveaux d'acceptation économique.

Je ne passerai pas de temps à vous parler des images. Elles font tout simplement partie du diaporama. Par exemple, le barrage hydroélectrique que vous voyez est celui de Revelstoke, en Colombie-Britannique. Si vous tournez la page, vous verrez une photo d'un parc d'éoliennes extracôtiers au large de Copenhague, où se tiendra la réunion du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, ou le quinzième congrès des Nations Unies sur les changements climatiques, COP15, la semaine prochaine. Je présume que les délégués pourront regarder au large et voir ce parc d'éoliennes.

Plusieurs des diapositives montrent des installations d'énergie solaire américaines. Les États-Unis sont souvent critiqués pour leur manque d'action sur les changements climatiques, mais ils ont dépensé des sommes considérables d'argent pour faire la démonstration de certaines de ces sources d'énergie renouvelable.

Par exemple, la première diapositive montre une station solaire photovoltaïque de 4,6 mégawatts située dans le désert de l'Arizona. Les deux prochaines diapositives montrent une autre manière de produire de l'électricité à partir de l'énergie solaire au moyen de thermoprocessus scolaires, où l'énergie du soleil est concentrée en un seul point et est utilisée pour faire bouillir de l'eau ou un autre liquide pour produire de l'électricité. Nous pourrons y revenir si vous avez des questions.

La diapositive 20, intitulée « Intermittence », décrit le principal problème qui caractérise la plupart des ressources renouvelables, c'est-à-dire qu'elles sont intermittentes. En termes simples, le vent ne souffle pas tout le temps, et le soleil ne brille pas tout le temps. Cela pose un véritable problème. Pour tenter de surmonter cette difficulté, il nous faut de l'énergie d'appoint. Cependant, construire de grandes installations juste pour produire de l'énergie quand le vent ne souffle pas est particulièrement onéreux. L'idéal, ce serait de stocker l'énergie. Le stockage d'électricité est difficile. Je parlerai davantage des batteries dans quelques minutes.

Au Canada, nous devrions être très fiers de posséder un vaste stockage d'énergie, essentiellement du stockage d'électricité. C'est ce que montre la diapositive 21; c'est ce que j'appelle les plus grosses batteries au monde. Le Canada compte deux des trois plus grosses batteries au monde. Par « batteries », je parle tout simplement d'eau stockée derrière un barrage hydroélectrique, qui sert alors de stockage d'énergie. Je ne suis pas certain que l'on comprend bien au Canada que le stockage d'énergie est probablement l'un des aspects les plus importants d'une centrale hydroélectrique plutôt que la capacité de production. Les deux sont importants, mais le stockage est un avantage phénoménal.

En Colombie-Britannique, nous avons le lac Williston, le plus gros lac de la province. C'est un lac artificiel. La taille du lac Manicouagan, au Québec, est presque le double de celle du lac Williston. La taille renvoie tout simplement à la quantité d'eau stockée derrière ce barrage en kilomètres cubiques. Ce sont de très gros plans d'eau.

La beauté de la chose, c'est que si vous voulez incorporer l'énergie éolienne à votre système et que vous avez cette quantité de stockage, par exemple, quand le vent souffle, vous pouvez fermer les turbines hydroélectriques, et l'énergie est alors stockée dans l'eau retenue par le barrage. Quand le vent cesse de souffler, vous pouvez activer les turbines. Nous disposons de ce type de capacité de stockage, et cela signifie que nous pourrions intégrer bien davantage les sources d'énergie renouvelable intermittentes là où nous avons une grande capacité hydroélectrique.

Je vais maintenant parler des solutions de transport durable. Ce n'est qu'une seule utilisation de l'énergie, bien sûr, mais elle est d'une grande importance. Presque tout le pétrole que nous utilisons sert au transport, qu'il s'agisse du transport aérien ou routier. C'est là que nous pouvons faire de véritables progrès pour délaisser les combustibles fossiles, si c'est effectivement le chemin que nous voulons prendre. Le problème du transport est en réalité un problème énergétique. Il s'appuie presque entièrement sur les combustibles fossiles et, comme je l'ai mentionné plus tôt, il ne sera pas possible de capter et de stocker le CO2 émis par les véhicules en mouvement.

Les prochaines diapositives, qui utilisent l'approche de la chaîne de conversion d'énergie, montrent qu'il nous faut probablement un nouveau vecteur énergétique pour le transport. Si nous utilisons l'essence et le diesel, tout le carbone émis par le véhicule se retrouve sous forme de CO2, et il n'y a rien que nous pouvons faire pour tenter de le capter de manière rentable.

Je m'excuse de la petite bande dessinée au bas de la page. Je l'utilise dans mon diaporama public pour montrer où nous en sommes à ce jour. Je suis désolé s'il y a des représentants de l'industrie pétrolière parmi nous. Je sais que cela ne représente pas la réalité d'une raffinerie de pétrole et la manière dont elle fonctionne, mais c'est la plus jolie diapositive que j'ai pu trouver. Le véhicule que vous voyez à droite n'est pas le dernier VUS produit par Ford, mais si vous pensez à certains des véhicules que nous retrouvons sur nos routes de nos jours, il n'en est pas si loin. Voici où nous en sommes, et nous devons nous rendre ailleurs.

La prochaine diapositive présente une proposition. Elle est générique, mais elle commence par une source d'énergie renouvelable, pas par des combustibles fossiles. J'ai choisi de vous montrer l'énergie électrique photovoltaïque. Si l'on prend par exemple la proposition des partisans de l'économie fondée sur l'hydrogène, il s'agit de prendre cette électricité et de la convertir en hydrogène grâce à l'électrolyse de l'eau. C'est la prochaine étape. Ensuite, on prend l'hydrogène et on le stocke. Il peut être comprimé ou liquéfié et ensuite stocké. Ensuite, on l'installe dans un véhicule à piles à combustible et on transforme l'hydrogène de nouveau en électricité.

Ce qu'il faut retenir ici, c'est que dans cette partie de la chaîne de conversion de l'énergie, la chaîne commence par de l'électricité, à titre de vecteur énergétique; elle est convertie en un deuxième vecteur énergétique, soit l'hydrogène; ensuite, on convertit l'hydrogène de nouveau sous forme du premier vecteur énergétique. C'est un processus complexe, et il y a une pénalité sur le plan de l'efficacité à chaque point de jonction de la chaîne. J'y reviendrai dans une minute.

La prochaine diapositive montre comment nous pourrions peut-être arriver au même résultat, mais différemment. Les diapositives montrent une batterie électrique. C'est la même situation. L'électricité sert de vecteur énergétique primaire et c'est l'électricité qui servira à mouvoir le véhicule; entre les deux, elle est stockée dans une batterie, tout simplement installée dans un véhicule électrique.

Les deux prochaines diapositives comparent ces deux façons de faire. Sur la diapositive 29, on retrouve ce que j'appelle la pile à hydrogène. Toute l'économie fondée sur l'hydrogène, à tout le moins pour les véhicules, s'appuie sur le fait que l'électricité sert à la fois d'intrant et d'extrant, mais que l'hydrogène sert de vecteur intermédiaire. C'est exactement la même chose que d'avoir une simple batterie électrique.

Mais pourquoi ne pas utiliser une batterie électrique? Ça semble beaucoup plus simple. Le problème, c'est que les batteries ne sont pas une très bonne manière de stocker l'énergie. Leur densité énergétique est très faible.

Si vous passez à la diapositive 30, vous trouverez une comparaison de ces deux approches sur le plan énergétique. Il s'agit de l'efficacité « intrant, extrant »; autrement dit, de l'efficacité qui découle du fait de prendre le premier vecteur entrant, soit l'électricité, et du vecteur sortant, l'électricité grâce auquel le véhicule pourra se mettre en mouvement. Si vous utilisez la pile à combustible à hydrogène, l'efficacité actuelle de ce processus s'élève à environ 65 p. 100. Il y a un compresseur pour stocker l'hydrogène dont l'efficacité pourrait être de 90 p. 100, et la pile à combustible est caractérisée par une efficacité de 50 p. 100. Pour établir l'efficacité qui consiste à stocker l'électricité dans la pile et à l'extraire ensuite, il faut multiplier ces deux efficacités, ce qui donne environ 33 p. 100, soit le tiers. Autrement dit, pour mouvoir votre véhicule, vous n'obtenez que le tiers de l'électricité que vous avez stockée à l'origine dans la pile.

Si vous examinez du côté droit du tableau, vous constaterez que l'efficacité de la batterie est d'environ 90 p. 100. Une batterie est une manière efficace de stocker l'électricité. Si vous regardez du côté gauche du tableau, du côté de la chaîne de conversion de l'hydrogène, il vous faudrait environ trois fois la quantité d'énergie primaire en entrée que celle dont vous auriez besoin si vous utilisiez tout simplement une batterie.

Passons à la prochaine diapositive. Dans un tel contexte, un véhicule électrique à batterie semble vraiment très intéressant. Le problème, c'est que les batteries ne stockent pas l'énergie de manière efficace, ce qui rend ces véhicules peu autonomes. Les batteries sont lourdes, et l'autonomie du véhicule est limitée. Ces véhicules ont des applications relativement limitées — des voiturettes de golf. Je pense que nous verrons davantage de véhicules électriques pour des déplacements sur de courtes distances comme faire des courses en ville et ainsi de suite. Cependant, pour la plupart des personnes qui veulent s'asseoir dans leur voiture, se rendre au travail et peut-être aller faire un tour à la campagne pendant la fin de semaine ou rendre visite à de la famille, un véhicule à batterie ne fera pas l'affaire. L'autonomie de ce type de véhicule est trop limitée.

La prochaine génération est le véhicule hybride rechargeable. Je suis certain que vous en avez entendu parler, et je pense qu'ils s'en viennent. Ce sont des véhicules électriques à batterie, mais qui sont également munis d'un moteur et d'une génératrice; quand il n'y a pas suffisamment d'énergie dans la batterie, le moteur prend la relève de manière intégrée pour vous permettre de vous rendre où vous voulez.

Sur cette diapositive, encore une fois, voici quelques résultats tirés d'études. Je citerai les résultats tirés des nombreuses études menées sur ce concept par le Electric Power Research Institute, EPRI, aux États-Unis. À la dernière ligne de la diapositive, il est indiqué que le VHR — véhicule hybride rechargeable — a une autonomie de 60, c'est-à-dire qu'il peut parcourir 60 milles ou 100 kilomètres grâce à la seule énergie électrique. Avec l'énergie stockée dans la batterie, vous auriez une autonomie de 100 kilomètres; le reste du temps, vous utiliseriez de l'essence. De la sorte, dans un cycle de conduite normale, vous obtiendrez une réduction de 85 p. 100 des émissions de CO2 pour ce type de véhicule. Les émissions ne sont pas nulles, mais c'est une réduction énorme et un progrès considérable.

Nous allons voir ces voitures. Je suis certain que vous avez vu la publicité que General Motors fait pour la Volt; l'entreprise annonce qu'elle sera en production en 2010. GM a parcouru un long chemin avec cette technologie. D'autres fabricants automobiles y travaillent également.

La prochaine diapositive est particulièrement importante pour le Canada. Par le passé, certaines personnes ont dit que les gens ne voudraient pas recharger leurs voitures. Qu'ils n'aimeraient pas les véhicules électriques ou rechargeables parce qu'il faut brancher la voiture tous les soirs pour recharger la batterie. Je n'ai jamais compris cet argument. Ce n'est pas si compliqué. Regardez les tarifs d'électricité au Canada, à tout le moins en Colombie-Britannique, et je pense que c'est la même chose dans le reste du pays.

Petit calcul rapide sur le coin de la table : si nous utilisons l'électricité, mon tarif résidentiel s'élève à six ou sept cents par kilowatt-heure. C'est l'équivalent en énergie de 60 cents par litre d'essence. Si vous consommez l'électricité de la même manière que vous consommez de l'essence, le coût équivalent d'électricité s'élève à 60 cents par litre. Cependant, la transmission électrique de la voiture électrique est environ quatre fois plus efficace que celle d'une voiture à essence parce que cette batterie rend 90 p. 100 de l'énergie que vous y injectez, de sorte que le coût réel pour conduire la voiture serait de 15 cents par litres. Quand monsieur tout le monde comprend qu'il peut remplir son réservoir à essence pour 15 cents plutôt que 1,10 $ ou un 1,20 $ le litre, soit le prix de l'essence dans l'Ouest, pas besoin de réfléchir longtemps. Il va adorer ces véhicules. Ce calcul n'inclut pas les taxes ni les taxes sur le carburant et les autres choses, mais on pourrait facilement doubler le prix avec les taxes et ce serait toujours considérablement moins cher que le coût de l'essence. Est-ce que les gens voudront recharger leur voiture? Je pense qu'une fois que le coût de cette solution est compris, oui, les gens accepteront très bien ces contraintes.

Les fournisseurs d'électricité tirent d'importants avantages du nivellement de la charge. La notion de nivellement de la charge renvoie à la période de pointe des fournisseurs d'électricité. Au moment où les gens se lèvent et vont travailler, il y a une période de pointe de la demande en électricité, et c'est la même chose au moment où ils rentrent à la maison en soirée et préparent le souper. Les fournisseurs d'électricité doivent fournir de l'équipement pour répondre à toute cette demande. Il y a relativement peu d'électricité utilisée en plein milieu de la nuit, il y a donc une période creuse de la demande à ce moment-là. Les fournisseurs d'électricité aimeraient bien avoir une demande répartie également tout au long de la journée, ce qui leur permet d'utiliser leur équipement de manière plus rentable.

En réalité, pour la plupart des gens, ces véhicules hybrides rechargeables seront branchés surtout pendant la nuit, de sorte que la demande en électricité nocturne augmentera, ce qui permettra aux fournisseurs d'électricité de faire un bien meilleur usage de leur capacité de production d'électricité. Je sais que les fournisseurs d'électricité se montrent très réceptifs. Il y a quelques années, j'ai donné une conférence semblable en Californie, et l'un des responsables de la réglementation du système de fourniture d'électricité de la Californie a affirmé être impatient de voir les véhicules hybrides rechargeables arriver sur le marché. Leurs fournisseurs d'électricité adoreront la capacité de nivellement de la charge que cela leur offrira.

Plus particulièrement au Canada, grâce à l'électricité durable, nous avons davantage de solutions, au moins les deux premières, l'énergie hydroélectrique et l'énergie éolienne. Nous n'allons probablement pas utiliser l'énergie solaire autant que les États-Unis et les pays du Moyen-Orient. Nous avons une certaine capacité géothermique. Cependant, grâce à l'élargissement de notre système de transport électrique à grande vitesse, par exemple, les métros, le StyTrain de Vancouver et les trolleybus électriques — encore une fois à Vancouver —, nous pouvons faire passer notre système vers l'électricité. Sur la prochaine diapositive, vous voyez la voiture rechargeable hydroélectrique, soit la GM Volt rendue par un artiste. Nous pouvons délaisser les combustibles carbones pour nous tourner beaucoup plus vers l'électricité en tant que principal vecteur énergétique pour le transport. Il y a également la chaleur électrique à l'aide de pompes de chaleur, et cette technologie constitue une manière efficace d'utiliser l'électricité; cette approche est environ trois fois plus efficace que les plinthes électriques pour chauffer des bâtiments. Nous devrions l'utiliser davantage. Le Canada peut devenir une vitrine pour ce que j'appelle la nouvelle « économie de l'électricité ». À mon avis, l'électricité deviendra un vecteur énergétique beaucoup plus important, comparativement aux produits pétroliers raffinés, par exemple.

Monsieur le président, j'ai beaucoup parlé. Il me reste encore quelques diapositives sur des prévisions concernant la consommation énergétique mondiale.

Le vice-président : Nous avons jusqu'à 10 heures. Vous êtes notre seul témoin. Votre exposé est en vedette, et nous n'aimerions pas vous interrompre.

M. Evans : Il y a un certain temps, j'ai examiné l'approvisionnement énergétique mondial. Au moment où j'ai rédigé le petit livre que vous avez eu l'amabilité de mentionner, je me suis appuyé sur la consommation énergétique mondiale. Je suis ingénieur, pas économiste ni prévisionniste, mais je me demandais à quoi ressemblerait notre approvisionnement énergétique dans 100 ans. J'ai deux scénarios. Encore une fois, je ne suis pas économiste, et il s'agit d'un calcul fait sur le coin de la table pour avoir une idée de là où nous allons.

La première diapositive porte sur le scénario du charbon épuré. Cela ne s'applique sans doute pas tant au Canada. Environ 11 p. 100 de notre approvisionnement énergétique provient de la combustion du charbon. Cette proportion est beaucoup plus élevée dans le reste du monde. Je pense que le premier ministre se trouve en Chine aujourd'hui, si l'on se fie aux nouvelles, et, là-bas, ils construisent et ouvrent une nouvelle centrale au charbon toutes les deux semaines. Voilà où nous pourrions faire du captage et du stockage du carbone. Si nous étions en mesure de faire cela, à quoi rassemblerait notre avenir sur le plan énergétique?

Ces diapositives montrent la consommation d'énergie de 1980 à 2100, et les données jusqu'à l'an 2000 sont des données réelles. En examinant le graphique de haut en bas, nous avons les énergies renouvelables, l'énergie nucléaire, puis les trois combustibles fossiles — le charbon, le gaz naturel et le pétrole. J'ai tout simplement fait un diagramme des données réelles jusqu'à l'an 2000, telles que mesurées par l'Agence internationale de l'énergie, AIE. Ensuite, j'ai fait des prévisions simples, à la manière d'un ingénieur, sur le coin de la table, pour déterminer dans quelle direction nous allions peut-être.

La demande énergétique totale mondiale augmente à un taux de croissance composée d'environ 2 p. 100 par année. La première partie du graphique représente ce taux de croissance de 2 p. 100. Comme nous pouvons sûrement faire mieux que ça, je l'ai diminué un peu vers la fin du siècle. `Vous constatez que, même avec cette réduction, la consommation énergétique mondiale double à la fin du siècle actuel, sur une période de 100 ans.

En passant, j'aime bien les unités de mesure. Les unités ne sont peut-être pas importantes, mais je vous dis quand même qu'il s'agit de gigatonnes d'équivalents pétroliers. C'est toute l'énergie que nous consommons convertie en son équivalent de tonnes de pétrole. J'aime ces unités, parce que, en l'an 2000, le point de repère est de 10 gigatonnes, un beau chiffre rond. Selon ma prévision, voici ce qui arriverait : avec ce taux de croissance, nous aurions 25 gigatonnes à la fin du siècle.

Dans cette prévision, la consommation de charbon a considérablement crû, et cela s'appuie sur l'hypothèse que nous serons en mesure de faire quelque chose d'utile avec les émissions de CO2. Il y a une augmentation des énergies renouvelables, et une petite augmentation de l'énergie nucléaire. Le gaz naturel est resté relativement constant dans ce scénario. Ce que je dis à l'aide de ce scénario, c'est que nos ressources économiques et pétrolières seront à peu près épuisées d'ici la fin de cette période de 100 ans. Encore une fois, il s'agit non pas de prévisions ou de projections, mais simplement de scénarios possibles.

La deuxième approche s'appuie sur l'idée selon laquelle le captage et le stockage du carbone ne seraient pas rentables, ou si nous nous inquiétons de la quantité de temps qu'il restera sous terre, ou si nous n'avons pas suffisamment de lieux de stockage. Nous pourrions alors nous appuyer davantage sur des sources d'énergie nucléaire et d'énergie renouvelable.

Par conséquent, le prochain scénario est un scénario d'énergie nucléaire et d'énergie renouvelable où je montre une expansion importante de l'énergie renouvelable — on peut supposer que la majeure partie de cette énergie servira à générer de l'électricité — et une expansion importante de l'énergie nucléaire. C'est ce que nous observons présentement dans le monde, plus particulièrement en Europe, où de nombreux pays se tournent vers l'énergie nucléaire. La consommation de charbon reste relativement constante parce que la Chine continuera à brûler du charbon encore longtemps. J'ai conservé les scénarios pour le gaz naturel et le pétrole au même niveau que dans le scénario précédent.

Encore une fois, je vous rappelle qu'il ne s'agit pas de prévisions ni de projections. Il s'agit tout simplement d'un exercice de scénarios possibles.

Ce qui m'amène à la dernière diapositive. J'ai dressé une liste de ce que j'estime être les priorités pour le Canada, plus ou moins dans l'ordre où je les classerais moi-même. Selon la transcription d'un précédent témoignage, le témoin a été prié de dire ce qu'il ferait s'il était premier ministre. Voici ma liste des sept choses que je ferais si on me nommait premier ministre demain; ne vous inquiétez pas, cela ne se produira pas.

Accroître l'efficacité énergétique constitue la solution la plus accessible. Cela demande beaucoup d'efforts et n'a rien de tellement glorieux. Il nous faut passer à l'économie de l'électricité. L'électricité deviendra un vecteur énergétique beaucoup plus important pour le transport ainsi que pour d'autres usages.

Nous avons la possibilité d'élargir encore beaucoup l'hydroélectricité. En Colombie-Britannique seulement, nous avons la possibilité de doubler notre capacité hydroélectrique actuelle sans causer de tort aux rivières à poissons de la province. Les problèmes environnementaux seront toujours un facteur, et les gens seront toujours nombreux à s'élever contre toutes sortes d'aménagements, mais la capacité physique est présente pour permettre de doubler la production. Je suis certain que c'est également le cas au Manitoba ainsi qu'au Québec. Au Canada, l'une des véritables forces est notre potentiel hydroélectrique.

Nous devrions également donner de l'expansion à d'autres énergies renouvelables. J'en ai dressé une liste, sans ordre particulier. Nous devrions accroître l'énergie nucléaire. Cela pose problème, mais une bonne partie du reste du monde industrialisé le fait. J'ai étudié au R.-U., et mon premier employeur a été le fournisseur d'électricité britannique. Après avoir cessé de construire des centrales nucléaires depuis le début des années 80, le Royaume-Uni a affirmé qu'il construira au moins dix nouvelles centrales nucléaires. La France a toujours été le chef de file de l'énergie nucléaire. Plus de 80 p. 100 de son électricité provient de sources nucléaires, et le pays continue d'en créer de nouvelles.

Nous devrions faire de la recherche sur le captage et le stockage du carbone. Il y aura des applications pour cela. Il y a encore beaucoup d'incertitude, mais je ne suis pas un expert dans ce domaine.

Enfin, et cela ne devrait peut-être pas se trouver au dernier rang, il faut encourager les gens à adopter un mode de vie moins énergivore. C'est un domaine dans lequel les ingénieurs ne sont pas doués. Nous devons motiver les personnes à réduire leur consommation d'énergie. Cela pourrait occuper le premier rang et devrait être partie intégrante de l'accroissement de l'efficacité énergétique.

Je vous remercie de m'avoir écouté. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.

Le vice-président : Merci. Votre exposé était très clair.

L'un de nos objectifs est d'aider les Canadiens à comprendre les enjeux de la consommation et de l'approvisionnement énergétiques, et cetera. Ces enjeux sont souvent considérés comme étant très complexes. Nous cherchons à simplifier cette complexité, et votre exposé prouve que c'est possible.

Depuis que nous avons commencé la réunion, deux autres sénateurs se sont joints à nous. Accueillons le sénateur Sibbeston, des Territoires du Nord-Ouest, et le sénateur Kenny, de l'Ontario. Je leur souhaite la bienvenue.

Le sénateur Brown : Merci de votre exposé, c'était fascinant.

Ma question porte sur l'électrolyse. Vous avez dit que, grâce à l'électrolyse de l'eau, nous pourrions obtenir une efficacité énergétique de 34 p. 100. Est-ce exact?

M. Evans : Cela correspond à l'hydrogène que nous pourrions obtenir de toute la chaîne de production de l'électricité. En elle-même, l'électrolyse servant simplement à produire de l'hydrogène a une efficacité d'environ 65 p. 100. Autrement dit, 65 p. 100 de l'énergie de cette électricité prend la forme d'hydrogène, que vous pouvez brûler ou stocker dans une pile à combustible. Si vous utilisez une pile à combustible, celle-ci a une efficacité énergétique de 50 p. 100; vous devez donc multiplier ces deux efficacités ensemble. Au bout du compte, l'efficacité énergétique de l'énergie entrant et de l'énergie sortant du véhicule est d'environ 33 p. 100.

Le sénateur Sibbeston : Je sais que le carbone émis par la consommation de combustibles fossiles se mesure en tonnes. Mon petit cerveau a bien du mal à s'imaginer à quoi ressemble une tonne de carbone. S'agit-il d'une notion théorique? Avez-vous déjà vu une tonne de carbone?

M. Evans : Non, je n'ai pas vu une tonne de carbone; vous pensez sans doute à du CO2. Ce n'est pas une notion théorique, cela existe. La façon la plus simple de l'envisager est de prendre le gaz naturel, notre combustible fossile le plus simple. Il est composé à 95 p. 100 de méthane, une molécule simple, CH4. Si vous brûlez le CH4, tout le carbone se combine avec l'oxygène que nous utilisons pour le brûler et se transforme en CO2. Si vous avez suffisamment de gaz naturel, cela pèserait effectivement une tonne. La combustion de cette tonne de gaz naturel produit presque trois tonnes de CO2. Nous consommons des tonnes par millions.

Même si le carbone se trouve sous forme gazeuse, il a une masse, il pèse quelque chose. C'est un fait physique, point à la ligne. Je sais que c'est difficile de conceptualiser ces notions. Si vous aviez un contenant sous pression déposé sur une balance et que vous y pompiez du gaz, vous pourriez mesurer le poids du gaz sur la balance. Le carbone a effectivement une masse.

Le sénateur Kenny : La véritable question consiste à savoir ce qui est le plus lourd : une tonne de plumes ou une tonne de CO2?

Le vice-président : Comme toujours, un commentaire éclairé n'attend pas l'autre.

Le sénateur Seidman : C'était un exposé passionnant, surtout pour moi, nouvellement arrivée dans le comité.

Plus tôt cette semaine, deux témoins ont clairement dit qu'il n'y aura pas d'autres énergies renouvelables propres pouvant se substituer aux combustibles fossiles qui puissent être réellement utilisées, même d'ici 2020. Ils ont affirmé qu'il est très probable qu'une grande partie de ce dont nous avons besoin dans le domaine de la technologie des énergies propres n'a même pas encore été mise au point.

Je viens du Québec, et je m'intéresse tout particulièrement à l'avenir de l'hydroélectricité. Pourriez-vous nous faire des commentaires sur les nouvelles technologies, sur les voies d'avenir et sur les défis que pose l'hydroélectricité? Vous avez parlé de nivellement de la charge, de réseaux de distribution d'énergie intelligents, des difficultés que nous impose le climat canadien et des pannes que nous subissons fréquemment.

M. Evans : Je vais commencer par la dernière partie, c'est-à-dire les défis associés à la production de davantage d'énergie renouvelable. En Colombie-Britannique, au Manitoba, au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador, nous avons la chance d'avoir un important potentiel de développement d'hydroélectricité. Le développement de l'énergie sous n'importe quelle forme au pays est lié à de nombreux enjeux politiques. C'est l'une des difficultés. C'est très long avant que de nouvelles ressources ne deviennent actives.

Je ferai valoir qu'il n'est pas nécessaire d'élaborer de nouvelles technologies; l'hydroélectricité est une technologie bien connue. C'est l'obtention de l'approbation pour construire des centrales et aller de l'avant qui prend beaucoup de temps.

La technologie permettant de se servir de cette électricité pour remplacer les combustibles fossiles s'en vient. La première forme que prendra cette technologie, ce sont les véhicules hybrides rechargeables. Il ne fait aucun doute qu'il faudra un certain temps pour que les véhicules hybrides rechargeables prennent leur place sur le marché. D'ici 2020, il y aura des changements, mais ils ne seront pas énormes. J'espère que nous verrons des changements considérables d'ici 2050, par contre. Si nous prenons cette voie vers l'économie de l'électricité à cette date, nous constaterons un remplacement important des combustibles fossiles par l'électricité. Il nous faudra alors mettre au point ces sources d'énergie renouvelables.

Il pourrait s'agir d'hydroélectricité, d'énergie éolienne, d'énergie solaire ou de géothermie; nous disposons de beaucoup de sources potentielles. Partout dans le monde, nous constaterons également un important élargissement de l'énergie nucléaire. Il faudra probablement au moins 10 ans pour obtenir l'approbation puis la construction d'une nouvelle centrale nucléaire, de sorte qu'il n'y aura pas de changements énormes d'ici 2020. Ce n'est pas si éloigné.

J'ai raté la première partie de la question.

Le sénateur Seidman : Vous avez répondu à une bonne partie de la question. Vous avez dit que les technologies existent, que nous n'avons pas besoin d'importants investissements en R-D pour élaborer de nouvelles technologies pour remplacer les combustibles fossiles.

M. Evans : Je vous dirais oui et non. Il faut faire de la recherche fondamentale; en tant que chercheur universitaire, c'est ce que je fais dans mon laboratoire. Tous les jours, je fais de petites choses pour accroître l'efficacité avec laquelle nous consommons l'essence dans les moteurs. Les moteurs seront là encore longtemps. Malgré l'orientation générale de mon exposé, nous continuerons à brûler des combustibles fossiles encore longtemps, de sorte que nous devons le faire de façon plus efficace. La recherche que je mène tous les jours consiste à faire en sorte que les moteurs consomment ces combustibles de manière plus efficace.

La technologie d'électrification du système de transport grâce aux véhicules rechargeables approche. Nous en sommes encore aux balbutiements; nous n'avons pas encore commercialisé cette technologie. Une grande partie de ce travail est effectué par les fabricants d'automobiles, qui travaillent tous là-dessus. La seule inconnue, c'est l'efficacité des batteries. Les voitures hybrides existantes créent des précédents fantastiques. Par exemple, la Toyoto Prius, la plus illustre voiture hybride conventionnelle, a connu un succès bien plus important que ce que Toyota avait escompté. Les batteries ont été beaucoup plus fiables. La plupart des taxis à Vancouver sont des taxis Prius. C'est une application pas mal exigeante pour un véhicule hybride. J'ai parlé à deux ou trois chauffeurs de taxi, et ils sont très heureux de leur véhicule.

La prochaine étape consiste à augmenter un peu la taille de la batterie et à permettre de la charger en la branchant la nuit. La technologie existe, mais il y a une certaine part d'incertitude quant à la pénétration du marché qu'elle pourrait faire.

Je pense que vos témoins de l'Alberta parlaient surtout du captage et du stockage du carbone. Je suis peut-être moins porté sur cette technologie parce qu'elle ne s'appliquera pas aux sources mobiles, et c'est là que la majeure partie de notre pétrole est consommé. Il y a encore beaucoup d'incertitude autour de cette application.

Le captage du CO2 est bien établi; il s'agit d'une technologie de génie chimique conventionnelle. C'est une technologie qui devient coûteuse au moment de manipuler d'importants volumes de gaz. Vous pouvez vous imaginer le volume de nombreuses tonnes d'un gaz; il faut des pièces d'équipement très grosses et très chères. Cependant, c'est une technologie connue.

À mes yeux, les inconnues — et je ne suis d'aucune façon un spécialiste en la matière —, ce sont l'emplacement des dépôts, la question de savoir s'ils suffiront à la tâche et si le CO2 y restera emprisonné le temps qu'il faut. Nous devons approfondir vraiment les recherches sur la question avant de pouvoir dire que c'est un procédé viable à une échelle conséquente.

Ça se fait en ce moment même. Le CO2 sert depuis longtemps à la récupération assistée des hydrocarbures : on inonde un champ de pétrole de CO2 pour accélérer la marche du pétrole vers le puits. Il y en a une partie qui remonte à la surface avec le pétrole. Par exemple, on en stocke en Norvège, là où il y a des champs de gaz extracôtiers. On stocke le CO2 sous terre.

En ce moment même, on piège et on stocke du carbone en Saskatchewan — c'est un des programmes pilotes phares de l'AIE. Par contre, ça se fait à une échelle relativement petite; le projet en est à ses premiers jours d'existence. Nous devons contrôler la stabilité de ce stockage.

Le sénateur Seidman : Je vais revenir à la question de l'électricité, car vous manifestez un tel intérêt pour cette question-là, vous y attachez une grande importance.

J'aimerais mieux comprendre les défis entourant les charges pour le réseau et la tendance qu'a notre population à consommer de l'énergie en même temps; puis, il y a les difficultés météorologiques que nous connaissons, bien entendu.

M. Evans : Cela faisait partie de votre question. Pour ce qui est de la charge que doit supporter le réseau, si nous donnons ainsi de l'expansion à l'économie de l'électricité, il nous faudra renforcer notre réseau. Il nous faudra construire davantage d'installations de transport d'électricité, par exemple. C'est toujours un problème. Par contre, nos réseaux sont relativement fiables, même si nous devons composer avec des difficultés météorologiques extrêmes, et nous pourrions donner de l'expansion au réseau.

L'autre question est celle de l'usage de l'électricité pour alimenter les voitures, l'électricité étant nettement plus efficace que les combustibles fossiles. La charge supplémentaire avec laquelle doivent alors composer les services publics n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire. Si on prenait tous les combustibles fossiles actuellement utilisés, soit 80 p. 100 de ce que nous utilisons, et qu'on le transfère au réseau d'électricité, ce serait énorme; par contre, l'électricité est quatre fois plus efficace que l'essence.

Le Royaume-Uni a réalisé une étude pour déterminer l'effet qu'aurait sur son réseau un taux de pénétration de 10 p. 100 des véhicules électriques. C'est un taux de pénétration important; il faudra du temps encore avant que nous en arrivions là. La conclusion, c'est que le réseau existant au Royaume-Uni pourrait le supporter. Je n'ai pas de statistiques pour le Canada, mais je soupçonne que c'est la même chose. Tout de même, à long terme, il faudrait étendre et renforcer quelque peu les lignes de transport de l'électricité.

Le sénateur Merchant : Je sais que vous n'êtes pas là pour débattre de la question du climat, mais vous avez dit, dans votre exposé, que vous vouliez engager individuellement les gens dans la démarche. Je crois que vous nous avez montré le rôle important que chacun d'entre nous peut jouer pour que nous y arrivions, pour nous sevrer des combustibles fossiles.

Je ne me souviens pas des chiffres précis, mais je crois avoir entendu parler hier de sondages qui ont été effectués, selon lesquels la question des changements climatiques ou du réchauffement de la planète ne saisit pas vraiment les gens. Je ne sais pas lequel est lequel. Je sais que nous ne cherchons pas à savoir ici si le phénomène se produit bel et bien ou non, mais les mots, eux, changent sans cesse.

Lorsqu'il est question des changements climatiques, je ne sais pas très bien si c'est toujours de la même chose qu'il est question dans les différents exposés qui sont présentés. Est-ce un synonyme de réchauffement de la planète? Les changements climatiques, à mes yeux, n'équivalent pas au réchauffement de la planète. Je ne suis pas sûre que la plupart des Canadiens croient qu'il se passe quelque chose sur ce plan et qu'il faut modifier des choses.

Selon l'exposé que vous avez présenté ce matin, il faut mobiliser tout le monde. La thèse que vous défendez, c'est que les gens seront motivés à changer lorsqu'ils verront la valeur du changement en argent.

Il y a quelques années de cela, ici au comité, nous avons étudié le Défi d'une tonne. Par cette campagne-là, nous mettions les Canadiens au défi de modifier leurs habitudes. Il y avait de la publicité là-dessus à la télévision. Le gouvernement avait mis en place un programme d'envergure où il parlait aux Canadiens des petits changements qu'ils pouvaient apporter à leur vie, par exemple utiliser l'électricité en dehors des heures de pointe pour la consommation d'électricité ou choisir l'eau froide plutôt que l'eau chaude pour faire sa lessive — certaines des choses dont vous avez parlé ce matin. C'étaient des changements qui étaient à la portée de tous. Quel effet cela a-t-il eu sur les gens?

M. Evans : J'évoque parfois le Défi d'une tonne pour parler de la chose, peut-être, que le gouvernement a faite pour convaincre les gens de modifier leurs habitudes. Je ne saurais vous dire à quel point la campagne a été efficace ni même si elle a eu quelque efficacité que ce soit. Je soupçonne qu'elle n'a pas été terriblement efficace quand il s'agit de modifier les habitudes des gens.

Pour des exemples, je me tourne vers les jeunes. Aujourd'hui, mes enfants ont atteint l'âge adulte, et j'ai des petits-enfants. Je me rappelle en particulier du fait que, à l'époque où le recyclage commençait, ma fille était adolescente. Comme je suis vieux jeu, cela m'énervait un peu. Je voulais mettre mon journal dans les ordures comme je l'avais toujours fait. Ma fille adolescente s'est toutefois occupée de mon éducation.

Je crois que ce sont les jeunes qui ont mené cette révolution et, maintenant, c'est une révolution du recyclage. Je suis dans le peloton de tête des recycleurs. C'est l'exemple que j'évoque pour dire que, là où des jeunes tiennent à ce que les choses changent, ils prennent les rênes de l'affaire. Nous allons être témoins de changements importants qui seront le fait des jeunes : ils utiliseront l'énergie de manière plus responsable et consommeront moins d'énergie par personne. Cependant, certains des changements dont nous parlons s'échelonneront sur des centaines d'années.

Si vous sondez les jeunes, vous constaterez que, selon eux, les changements climatiques s'amènent et qu'ils sont au moins en partie le fait de l'homme et qu'il nous faut apporter certains changements. Je crois qu'ils vont entreprendre d'apporter certains de ces changements. Ce ne sera pas si important pour les gens de mon âge : nous n'allons pas utiliser cette énergie-là encore longtemps. Comme toujours, ce seront les jeunes qui seront les fers de lance de la révolution.

Le sénateur Merchant : C'est ce que nous espérons tous, que nous allons tous changer lentement et que, peut-être, les jeunes se feront les fers de lance de cette révolution-là.

Il faut aussi se demander si ces changements produiront un effet positif net. J'ai entendu différents points de vue sur le recyclage. Le recyclage permet d'éviter que des bouteilles et des papiers se trouvent dans la rue et sur les routes; de ce point de vue-là, c'est bon pour l'environnement. Cependant, parfois, l'énergie nécessaire au recyclage des matériaux fait que le bilan net n'est pas positif. Il existe de bonnes raisons de recycler, mais s'il est question d'économie d'énergie, il arrive que le résultat ne soit pas tout à fait celui que nous attendions. Est-ce vrai?

M. Evans : Je crois que c'est vrai. Il faut voir la chaîne de conversion de l'énergie dans son intégralité. Mon activité ici, du côté de la demande, a-t-elle un effet en amont, du côté de la source d'énergie primaire? C'est une analyse qu'on peut faire pour chaque cas. Il faut faire une analyse du cycle de vie qui tienne compte du recyclage et de l'utilisation de l'énergie à la fois; déterminer ce que représentera le changement ou l'amélioration par rapport au cycle de vie entier, si nous modifions nos habitudes. C'est une analyse complexe, mais qui doit se faire.

Le sénateur Merchant : En ce moment, croyez-vous que le contribuable, que celui qui paie la note devrait payer le prix réel de l'énergie en question?

M. Evans : Chacun ne remarque probablement pas vraiment la différence qu'il y a, que ce soit un paiement au fisc ou encore un paiement plus important à la station d'essence ou aux services publics. Il voit seulement les coûts accrus. Je ne suis pas économiste, mais je crois que miser sur le prix fonctionne. Le prix est un signal important, et les gens en prennent bel et bien note.

Si je comprends bien — encore une fois, je ne suis pas économiste —, la demande d'énergie est inélastique, comme le disent les économistes. Autrement dit, nous tenons vraiment à prendre la voiture pour nous rendre ici et là. Si le prix de l'essence augmente, les gens grognent. Je grogne, mais je fais quand même le plein, et la plupart des gens font de même. S'ils doivent le faire, ils font les sacrifices à un autre poste budgétaire pour continuer à prendre la voiture pour se déplacer. C'est un problème.

Il y a maintenant une petite taxe sur le carbone qui est prélevée en Colombie-Britannique. Cela fait grogner les gens. Tout de même, c'est un très petit montant, que les gens tolèrent. Je ne suis pas sûr que la taxe sur le carbone ait vraiment incité encore les gens à modifier leurs habitudes.

Le sénateur Merchant : Tout de même, dans la mesure où vous payez la note, si le prix de l'affaire vous est rappelé tous les jours ou toutes les semaines, la chose reste à l'avant-plan dans votre esprit, alors que si vous réglez la facture fiscale à la fin de l'année, c'est comme repousser à plus tard.

M. Evans : Oui. Si l'on opte pour le véhicule électrique, le signal de prix est inversé. Le prix est nettement inférieur à celui des combustibles fossiles. Je crois que cela conduira les gens à adopter cette option-là, à condition que les véhicules présentent la même efficacité et qu'ils se conduisent comme un véhicule classique; et je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas. La personne moyenne montera dans un tel véhicule sans remarquer vraiment si la source d'énergie est l'électricité, parce que le véhicule a été branché pendant la nuit, ou le moteur lui-même, pour l'autonomie plus grande qu'il faut au véhicule.

Le sénateur Kenny : Avant d'entamer la partie sérieuse de l'affaire, j'aimerais savoir ce que fait M. Evans pour convaincre ses enfants de mettre les boîtes bleues au chemin.

M. Evans : Je suis désolé de vous dire qu'ils ont quitté la maison, si bien que c'est moi qui dois maintenant mettre les boîtes bleues au chemin.

Le sénateur Kenny : Vous venez de dire qu'ils montraient le chemin.

M. Evans : Ils l'ont bien montré; ils m'ont inculqué l'habitude, de sorte que je le fais maintenant moi-même.

Le sénateur Kenny : Y a-t-il une nouvelle centrale nucléaire qui ait obtenu son permis en Amérique du Nord au cours des 25 dernières années?

M. Evans : Je ne suis pas spécialiste. Pour les 25 dernières années, je ne sais pas très bien.

Le sénateur Kenny : La dernière centrale nucléaire est celle de Seabrook, et il n'y en a pas eu depuis.

M. Evans : Il n'y en a pas eu depuis longtemps, certainement pas au Canada.

Le sénateur Kenny : Nous étudions le succès qu'il y a en France à cet égard. La France compte 80, 90 réacteurs. Nous n'en construisons pas chez nous. Nous en avons peur. Est-ce réaliste d'en parler en Amérique du Nord?

M. Evans : Quant à moi, je crois que nous devrions en parler. Je dis toujours que rien n'est vraiment gratuit, qu'il n'y a pas de solution miracle; il y a toujours un prix à payer, pour tout. La question consiste à savoir si la construction d'une centrale nucléaire, par exemple, suppose plus de risques et de frais que la construction d'une centrale au charbon, en comptant les émissions de carbone et autres émissions attribuables à la centrale en question.

Le sénateur Kenny : Je suis d'accord avec vous. Il y a à Seabrook, dans le New Hampshire, une centrale où il suffirait que quelqu'un tourne la clé pour que les choses démarrent. Cependant, il y a le problème psychologique qui se présente, c'est-à-dire que les Canadiens et les Américains ne veulent pas de cette option-là depuis qu'il y a eu l'incident à Three Mile Island, en Pennsylvanie.

M. Evans : Je crois que vous avez raison; tout est question de perception. La France a adopté une attitude très différente. Plus de 80 p. 100 de son énergie provient du nucléaire. Autant que je sache, personne ne manifeste dans les rues de Paris. C'est bien accepté là-bas. La majeure partie de l'Europe se tourne vers cette source d'énergie-là. Les Allemands fermaient jadis leurs centrales, mais, maintenant, ils ont suspendu la décision prise dans ce sens et vont probablement en construire davantage.

Le sénateur Kenny : Il y a dans chaque cuisine un compteur qui vous dit si le combustible que vous achetez est plus cher ou moins cher.

M. Evans : Je n'en ai pas parlé, mais les compteurs intelligents seront très importants et très utiles. C'est une nouvelle technologie qui est disponible. Cela coûtera cher de refaire chaque maison en conséquence, mais c'est une chose importante.

Le sénateur Kenny : Ma prochaine question porte sur l'électricité. Le plaisir de se promener en taxi à Vancouver tient à la possibilité de surveiller le tableau de bord pour voir quand on passe de l'électricité à l'essence et inversement. C'est ce qui est le plus amusant.

Il faut quand même savoir s'il s'agit d'une électricité propre. Comment en arriver au meilleur coût-efficacité possible si la personne produisant l'électricité le fait de façon sale et que vous, vous croyez être un bon citoyen en prenant un taxi qui fonctionne à l'électricité la plupart du temps? Je sais que vous savez où je veux en venir.

M. Evans : Je le sais. Le taxi que vous prenez à Vancouver fonctionne grâce à une énergie propre, verte. C'est de l'énergie hydroélectrique. Plus de 90 p. 100 de notre électricité provient de centrales hydroélectriques en Colombie-Britannique. En tant que consommateur, vous n'avez aucune prise là-dessus. Si vous êtes albertain, une part importante proviendra probablement du charbon, par exemple. Là où il est question d'électricité, il appartient à ceux qui construisent la centrale d'énergie et qui étendent le réseau de le faire de la façon la plus verte possible. Il pourrait s'agir de charbon ou de piégeage du carbone.

Le sénateur Kenny : Quelle compensation demanderiez-vous aux gens qui produisent de l'électricité de façon malpropre, au moyen du charbon, puis alimentent le réseau avec cette électricité en donnant aux gens l'impression que le réseau est propre? Faut-il imposer une surtaxe aux personnes qui, essentiellement, produisent un combustible propre de façon malpropre?

M. Evans : Oui. Une façon de régler le problème consiste à appliquer une taxe sur le carbone. Les gens qui produisent de l'électricité au moyen du charbon auraient à assumer une importante taxe sur le carbone.

Le sénateur Kenny : Chaque fois que vous dites « taxe sur le carbone », je vois mon ami ici qui en a des frissons; il n'aime pas l'idée.

M. Evans : Une taxe sur le carbone ou un système de plafonds et d'échange. Encore une fois, je ne suis pas économiste. Les économistes sont au courant de ces choses-là. J'ai déjà demandé à un économiste quelle serait vraiment la différence, étant donné que les deux formules auraient le même impact. Si nous prélevons une importante taxe sur le carbone, cela va inciter les gens à changer leurs habitudes. Si j'ai bien compris, nous ne savons pas vraiment quel sera le résultat ni quel effet cela aura. Cependant, si nous plafonnons rigoureusement les émissions, si nous les réglementons en disant : vous ne devez pas émettre plus de telle quantité; si vous le faites, vous allez devoir acheter les crédits de quelqu'un d'autre, à ce moment, nous obtenons tout à fait la réduction qu'il nous faut.

Le sénateur Kenny : Sinon, la voiture s'arrête.

M. Evans : Oui. Tout de même, c'est un système complexe qui repose sur une importante bureaucratie, ce qui peut être considéré comme plus ou moins bon.

Le sénateur Kenny : Nous aimons les bureaucraties ici.

M. Evans : La taxe sur le carbone me semble représenter une approche beaucoup plus simple. Si j'étais premier ministre, j'adopterais une taxe sur le carbone. Si vous brûliez du charbon ou de l'essence, vous devriez payer une taxe.

Le sénateur Kenny : Je meurs d'envie de vous entendre dire cela à Calgary.

Pour finir, c'est une question stratégique que je voulais vous signaler; elle a trait au fait que le Canada est un exportateur net d'énergie. En réalité, le pays est divisé en deux; l'est du Canada importe, l'ouest du Canada exporte.

Selon vous, quelle est l'approche différente de l'énergie que nous devrions adopter, en songeant au fait que tout le monde à l'est de Sarnia importe et que tout le monde à l'ouest de Sarnia bénéficie de la sécurité que procure l'autosuffisance?

M. Evans : Parlez-vous du pétrole en particulier?

Le sénateur Kenny : Je parle du pétrole, mais toutes les formes d'énergie sont incluses. De fait, l'importation se fait toujours dans l'est du Canada. Malheureusement, le pétrole qui est produit dans l'est du Canada descend vers le sud, le long du Golfe pour être raffiné. C'est qu'il est trop cireux.

M. Evans : Il faut adopter une approche continentale. Ce sont de grands enjeux; nous ne pouvons être trop insulaires. Il nous faut une approche globale. Nous ne pouvons adopter ici des mesures sans les coordonner avec nos amis du Sud. Le fait que nous importions d'un côté en exportant de l'autre ne me dérange pas. L'approche de réduction de l'empreinte de carbone que nous adoptons devrait être mondiale, sinon continentale.

Le sénateur Kenny : D'un point de vue économique, c'est bien. Certes, le cadre nord-américain a un sens. Tout de même, si vous exportez vers le Moyen-Orient depuis le Canada ou l'Amérique du Sud, ce n'est pas un pétrole qui est très sûr, les conditions mondiales étant ce qu'elles sont. Un de nos objectifs consiste à être suffisamment prévoyant pour trouver la façon d'exporter cette forme d'énergie vers ces endroits-là au pays, à une époque où le transport n'est pas une chose facile.

M. Evans : Oui. Ce n'est vraiment pas mon domaine d'expertise. Ce sont des questions qu'il faut poser aux économistes plutôt qu'aux ingénieurs. J'espère que, au fil du temps, nous allons réduire notre demande, notre demande de pétrole en particulier, en privilégiant l'électricité, et nous sommes tout à fait avantagés au pays en ce qui concerne la production de cette électricité-là. Voilà un enjeu.

Pour ce qui est de la sécurité de l'approvisionnement, s'il y a vraiment une diminution de la demande mondiale de pétrole, notre production sera suffisante au Canada. Il nous faut l'infrastructure nécessaire pour transporter le produit d'un bout à l'autre du pays et disposer peut-être d'un plus grand nombre de pipelines, si nous croyons que c'est important. Or, cela est coûteux, mais ça peut se faire.

Le sénateur Kenny : Nous posons la question aux ingénieurs parce que les économistes nous disent : « D'une part, il y a ceci, mais, d'autre part, il y a cela. » Les ingénieurs répondent simplement à la question.

M. Evans : Je fais de mon mieux pour parler du côté technique des choses; le côté économique, je ne m'y connais pas tant.

Le sénateur Lang : Je tiens à remercier le témoin d'être venu nous présenter un message clair et concis. Je crois que la plupart de nos auditeurs comprennent tout à fait votre point de départ et la destination que vous croyez que nous devrions nous donner.

M. Evans : Merci.

Le sénateur Lang : Il est bien d'entendre un tel exposé.

Nous avons effectué un voyage d'étude à Washington il y a de cela plusieurs semaines. C'est un voyage qui s'est révélé très intéressant pour nous tous. Les participants ont tous beaucoup appris. Ce que j'ai fini par comprendre, et je crois que cela importe pour quiconque nous écoute, c'est que, avec toute l'énergie que nous produisons, nous comptons pour 77 p. 100 de l'énergie importée aux États-Unis, en comptant l'électricité, l'uranium, le gaz naturel et le pétrole.

Je veux corriger une chose pour le compte rendu : à titre de renseignements pour mon bon ami, le sénateur Kenny, à l'est de Sarnia, comme il le sait, il y a un volume énorme d'électricité qui est exporté vers les États-Unis par le Québec et le Labrador, pour la côte est. De fait, à titre de rectificatif, disons que l'Alberta adopte une position intéressante. Quand ses représentants se rendent aux États-Unis — pour que les Américains comprennent à quel point ils dépendent de nous —, ils disent que c'est le pétrole albertain qui illumine Broadway. C'est évocateur pour les gens là-bas.

Pendant votre exposé, et voici une question plutôt technique, vous avez parlé du véhicule hybride et vous avez parlé de l'utilisation de batteries qui présentent une efficacité de 90 p. 100. La dimension qui n'a pas été prise en considération, selon moi, c'est l'énergie nécessaire à la production des batteries en question. À ma connaissance, cela est important, et c'est coûteux. Ai-je raison de le dire?

M. Evans : Oui. Encore une fois, je ne suis pas spécialiste en la matière. Je ne suis certainement pas spécialiste des batteries. Il faut se pencher sur le cycle de vie énergétique. Il est très rare que la batterie de la Prius, par exemple, ait à être remplacée. Une fois qu'elle est faite, elle alimente le véhicule pendant de nombreuses années. C'est l'espoir que l'on a à propos des nouvelles batteries aussi. Il faut voir le cycle de vie complet en ce qui concerne l'utilisation de l'énergie. Jusqu'à maintenant, c'est très positif dans le cas des véhicules à batterie. Il faut quand même de l'énergie et des matériaux pour produire une batterie.

Le sénateur Lang : Je le souligne parce qu'il importe pour nous de mettre en relation tous les coûts que ça suppose. Je ne suis certainement pas contre l'idée. Cela paraît fondé.

L'autre dimension dont nous parlons, c'est le coût par litre assumé par chaque consommateur, car les gens qui branchent leur véhicule paient beaucoup moins cher que ceux qui s'approvisionnent au poste d'essence. À propos de la question des coûts, pour l'avenir, du volume et de l'augmentation de la population, et aussi de la nécessité d'aménager de nouveaux mégaprojets pour produire l'électricité en question, disons que la plupart des gens, lorsqu'ils se branchent, n'ont aucune idée d'où provient l'électricité. Pour faire suite à cela, comme vous le dites, il nous faudra des centrales nucléaires ou des centrales de plus grande taille, dont les coûts seront importants et qui comporteront des coûts à long terme, échelonnés sur un cycle de vie. Le coût par litre sera nettement plus élevé. Ai-je raison de le dire?

M. Evans : Très certainement, oui; le prix augmentera. Historiquement, nous avons eu droit à des prix faibles pour l'électricité au Canada. Il faut prendre pour référence le coût marginal de production de l'électricité. Même à de tels tarifs, soit l'équivalent de 15 cents le litre, on peut doubler le prix de l'électricité sans changer le fait qu'il demeure avantageux pour le consommateur d'utiliser un véhicule électrique. Oui, il y aura des coûts à assumer, et les coûts de l'électricité augmenteront, de même que ceux des réseaux de transport de l'électricité. Rien n'est gratuit. Si nous étudions une forme d'énergie, nous devons payer le prix. Présumément, les gens n'achèteront pas tant de pétrole, par exemple.

Permettez-moi de chipoter un peu sur l'exemple qui a été donné du pétrole qui illumine Broadway. Je ne crois pas que ce soit vraiment le cas. Il y a du pétrole qui est livré là, mais je ne crois pas que quiconque brûle du pétrole pour générer de l'électricité. Voilà une autre question.

Le sénateur Lang : Je vous relate seulement ce que le représentant de l'Alberta nous a dit. C'est lui qui m'a dit ça.

Le vice-président : Ne nous acharnons pas sur l'Alberta.

M. Evans : Le pétrole servirait à produire de l'essence et du diesel.

Le sénateur Lang : Si vous le permettez, pour approfondir la question du piégeage du carbone, je dirai que cela m'inquiète : nous semblons croire beaucoup à l'innovation future et à l'évolution des techniques. Vous avez affiché une certaine réserve quant à l'aboutissement de cette affaire. Avez-vous idée du délai qui se rapporte à une décision éventuelle, à savoir si cela est viable?

M. Evans : Je ne peux répondre à cela; je ne suis pas spécialiste en la matière. Cela se fait. Jusqu'à maintenant, c'est viable en Saskatchewan, mais c'est à très faible échelle. L'ennui, c'est qu'il faut stocker le carbone pendant des milliers d'années, idéalement, et nous ne sommes pas certains de ce qu'il en est. Selon les cas, le dépôt sera plus ou moins sécuritaire. Vous allez pouvoir poser la question à des géologues pour essayer de vous faire une idée.

La difficulté que j'y vois, c'est qu'il y a de l'incertitude de ce côté-là, mais pour la plupart des usages que nous en faisons, le combustible fossile ne se prête pas au piégeage du carbone. Par exemple, le pétrole sert à des applications mobiles, mais nous n'allons pas pouvoir piéger le carbone et le stocker dans ce cas-là. C'est une proportion relativement faible de l'usage que nous faisons des combustibles fossiles, l'usage stationnaire, par exemple dans une usine, où il sera possible de piéger et de stocker le carbone.

Le sénateur Lang : Je veux revenir à la question du gaz naturel. J'ai remarqué que vous avez insisté sur le charbon sans vraiment parler du rôle accru que pourrait jouer le gaz naturel dans la production d'électricité au pays, plus peut-être que ce n'est le cas en temps normal. J'aurais cru qu'il serait plus avantageux, d'un point de vue environnemental, de recourir au gaz naturel et de se fier moins au charbon.

M. Evans : C'est plus avantageux d'un point de vue environnemental. Le ratio carbone/hydrogène est nettement plus intéressant dans le cas du gaz naturel, de sorte que les émissions de CO2 sont moindres. Par le passé, le gaz naturel a été considéré comme un combustible de grande valeur, et le charbon, comme un combustible de faible valeur. Les entreprises parlent du ratio réserves/production. Le sol renferme l'équivalent de 40 années de réserve de pétrole au taux de consommation d'aujourd'hui. Nous avons l'équivalent d'environ 70, 80 années de gaz naturel en réserve, 200 années, en charbon. Personne ne se soucie trop de l'idée de prospecter pour trouver davantage de charbon. Par contre, dans le cas du pétrole et même du gaz naturel, les gens affirment que ce sont des combustibles de grande valeur et que nous devrions les réserver au chauffage des maisons et aux procédés industriels. L'arrivée du gaz de schiste fait que ce souci-là est peut-être un peu moins grand. Nous disposons d'énormes sources éventuelles de gaz naturel. C'est ce qui fait que le prix du gaz naturel demeure faible. Je suis sûr que les bonnes gens d'Alberta n'en sont pas très heureux, comme c'est le cas aussi à certains endroits en Colombie-Britannique. Je crois que le gaz naturel va servir davantage à produire de l'électricité. S'il remplace le charbon, ce sera une bonne chose.

Le vice-président : Sénateur Kenny, avez-vous une question supplémentaire à poser ou souhaitez-vous figurer au deuxième tour?

Le sénateur Kenny : J'ai quelques questions à poser au sénateur Lang. Je voudrais savoir quel pipeline va de l'Alberta à New York. J'aimerais bien qu'il m'éclaire.

Le vice-président : Sénateur Kenny, ce n'est pas entre nous que le débat a lieu.

Le sénateur Kenny : Il a dit qu'il me corrigeait. S'il ne m'avait pas nommé, je ne dirais rien, mais il m'a quand même nommé. Ayant siégé pendant 20 ans à notre comité et ayant travaillé dans le domaine de l'énergie, je voudrais simplement savoir quel est le pipeline qui relie l'Alberta et New York. Il n'a pas de réponse à donner.

Le vice-président : Je vais intervenir. J'ai une question à poser avant le deuxième tour.

Le sénateur Kenny : J'ai une deuxième question à poser, monsieur le président. Si le sénateur Lang avait lu l'un quelconque des rapports de l'Organisation de coopération et de développement économiques, l'OCDE, sur la situation de l'énergie au Canada, qui sont publiés tous les ans, il aurait constaté que le Canada est divisé en deux moitiés. Je lui en recommande la lecture. C'est un grave problème.

Le vice-président : C'est un des problèmes que nous cherchons à régler. C'est un sujet dont nous allons discuter, étant donné que nous exportons d'un côté du pays et que nous exportons de l'autre, ce qui pose un problème.

À la décharge du sénateur Lang, il défendait les intérêts de l'Alberta, et je l'en remercie beaucoup. Autre point pour le président du Comité de la défense, le sénateur Kenny : le pétrole albertain est à l'origine du combustible qui est utilisé dans les avions de combat au Minnesota. Nous alimentons les avions de combat américains, ce qui devrait vous rassurer.

Monsieur Evans, nous vous gardons depuis un bon moment. Si vous avez encore de l'énergie — le jeu de mot est voulu — j'espère que nous allons pouvoir continuer.

M. Evans : Je suis à votre disposition.

Le vice-président : Vous avez parlé de la question de l'énergie nucléaire avec le sénateur Kenny et de la peur que les gens ont. J'en viens à penser que nous abordons avec complaisance la question des changements climatiques et de leurs conséquences. Je parle de la question que le sénateur Merchant a soulevée. Nous devrions probablement avoir peur, mais ce n'est pas le cas. Cela nous amène à une question de plus large portée, soit que l'absence de compréhension des gouvernements nuit à leur volonté politique d'agir. Si les gens comprenaient vraiment la question, nous aurions toute latitude pour demander aux gens ce qu'il faut faire.

M. David Schindler est un scientifique remarquable de renommée internationale — un spécialiste de l'eau de l'Alberta, à l'origine — qui a obtenu un important prix scientifique. Vous le connaissez probablement. Il a affirmé que nous n'en faisons tout simplement pas assez. Nous ne comprenons pas les conséquences du phénomène. Essentiellement, il s'agit de l'ensemble des mesures gouvernementales, de ce que le gouvernement doit faire, en fin de compte.

J'ai deux questions à poser qui découlent de cette première question. Premièrement, à titre de chercheur, le gouvernement devra intervenir de certaines façons. Il devra probablement réglementer et fixer des limites, mais aussi encourager la recherche. Quelle serait la meilleure façon pour le gouvernement, selon vous, d'appuyer les efforts des chercheurs spécialisés dans les énergies de substitution et d'efficacité énergétique, comme vous?

M. Evans : À titre de chercheur, j'accueille toujours favorablement un accroissement des subventions. Le besoin est tout à fait réel à cet égard. En toute franchise, notre gouvernement fédéral a débloqué d'importants fonds. Par exemple, la Fondation canadienne pour l'innovation a attribué des fonds à notre nouveau laboratoire de recherche sur les énergies propres à l'UBC. Voilà qui est merveilleux et qui a été très bien accueilli. Souvent, les dépenses d'investissement constituent une très bonne source de financement. Des chercheurs individuels n'ont pas accès au niveau de financement que nous aimerions voir.

Il est relativement facile d'obtenir des fonds pour la construction d'installations. Il est plus difficile d'obtenir des fonds de fonctionnement. Nos amis aux États-Unis et dans la majeure partie de l'Europe ont plus facilement accès à des fonds de fonctionnement pour la recherche, qui permettent de verser un salaire aux étudiants des cycles supérieurs ou d'assumer les frais permanents de la recherche, par exemple. Pour accélérer une partie des recherches qui se font au Canada, je me tournerais vers cette source-là.

Le vice-président : Ce serait donc les chercheurs et puis l'investissement.

M. Evans : Par exemple, majorer le budget du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, le CRSNG, permettrait de mieux prendre en charge les coûts de fonctionnement de la recherche.

Le vice-président : Croyez-vous que c'est l'impératif territorial qui est à l'origine de cette séparation? Par exemple, les provinces peuvent être considérées comme étant responsables devant les chercheurs, alors que les dépenses d'investissements relèveraient davantage du gouvernement fédéral.

M. Evans : Je n'y vois pas de grand problème. Pour l'essentiel, les coûts permanents de recherche à l'université sont pris en charge grâce au financement fédéral du CRSNG et, maintenant, le financement d'immobilisations provient de groupes comme la Fondation canadienne pour l'innovation. Le financement du Sustainable Development Research Centre représente des sommes d'argent importantes pour l'industrie aussi bien que pour le monde universitaire. Je ne crois pas qu'il y ait eu de conflit entre le gouvernement fédéral et les provinces quant au financement.

Nous serions heureux d'obtenir un financement accru de la recherche de la part des provinces aussi bien que du gouvernement fédéral, mais nous sommes réalistes.

Le vice-président : Vous avez mentionné les recherches qui se font sur les piles, et d'autres y ont fait allusion. Ce sont des éléments essentiels de plusieurs formes d'énergie de substitution. Si nous pouvions vraiment stocker l'électricité, nous pourrions utiliser nettement mieux la capacité de l'énergie éolienne et solaire et franchir de plus longues distances en voiture. Il y a eu des progrès à ce chapitre. Pouvez-vous faire le point sur l'évolution de la technologie des piles? Avons-nous atteint une limite ou encore voyez-vous des percées à l'horizon?

M. Evans : En disant d'abord que je ne suis pas spécialiste des piles — je suis thermodynamicien, ingénieur mécanicien —, je crois savoir qu'il y a dans ce domaine des progrès constants et relativement lents.

Les batteries utilisées dans la Prius actuelle sont des hybrides nickel-métal. Les piles lithium-ion représentent l'étape suivante. Tout le monde a en poche un petit appareil alimenté par une pile lithium-ion, j'en suis sûr, et quand il arrive chez lui, il utilise un ordinateur portable qui est alimenté de la même façon. C'est une pile dont l'utilisation à petite échelle est très réussie. Le hic, c'est de reproduire l'idée à plus grande échelle. On regroupe actuellement des milliers de petites piles d'ordinateur portable pour créer de grandes unités destinées aux véhicules. L'étape suivante consistera à grossir encore la batterie ainsi créée pour qu'elle puisse s'utiliser dans un véhicule.

Il y a eu une évolution considérable de la technologie depuis la pile cadmium-nickel qui nous servait dans les lampes de poche jusqu'à la pile hybride nickel-métal. Chaque étape permet d'accroître la densité énergétique et la capacité de charge. La pile lithium-ion est le maillon suivant de cette chaîne-là. Je ne sais pas s'il y a quelque chose plus loin à l'avant. Il y en a sûrement. Les gens parlent aussi de piles à polymère. Il n'y aura pas de percée extraordinaire à mon avis. Par exemple, nous ne saurions multiplier par dix la densité énergétique. Ce sont des progrès constants qui se font dans le domaine et, le passage aux piles lithium-ion s'est révélé significatif.

Le sénateur Sibbeston : Vous n'avez pas parlé des biocarburants. Est-ce parce qu'ils ne jouent pas un rôle important au point où nous en sommes?

M. Evans : Ça faisait partie des sujets que je voulais aborder. Si je ne l'ai pas mentionné dans mon exposé, c'est qu'il faudrait que je parle pendant deux heures pour tout dire.

Les biocarburants sont importants. La place qu'ils occupent est encore relativement modeste. Il y a eu un problème aux États-Unis, en particulier, où on a produit de l'éthanol à partir de céréales, ce qui n'est tout simplement pas raisonnable si on prend en considération le cycle de vie énergétique. L'éthanol cellulosique est supérieur à l'éthanol produit à partir de céréales du point de vue de la chaîne de conversion de l'énergie. Il y a des recherches intéressantes qui se font là-dessus au Canada.

Nous faisons actuellement un usage important des biocarburants, d'une façon que bien des gens ne comprennent pas. Je suis sûr que la plupart d'entre vous ont déjà visité ou vu une usine de pâte de bois. Les biocarburants y constituent la plus importante source d'énergie. On fait brûler sur place dans des chaudières tous les déchets qui restent une fois la fibre extraite du bois, pour générer l'électricité et la chaleur nécessaires au procédé.

Nous utilisons les déchets dits combustibles, renouvelables, en grandes quantités. Mondialement, 15 p. 100 environ de l'énergie provient des énergies renouvelables et déchets combustibles. On ne produit pas d'éthanol pour les véhicules à moteur comme les gens le pensent souvent; on brûle les sous-produits de biomasse de la façon que j'ai décrite pour produire l'électricité et la chaleur nécessaires aux procédés industriels. Nous sommes donc importants déjà à cet égard tant du côté des joueurs de l'industrie que de celui des consommateurs.

Le sénateur Brown : Nous semblons être d'accord avec bon nombre des témoins accueillis pour dire qu'il ne sera pas possible de se défaire des combustibles fossiles pendant une génération ou deux tout au moins, quoi que nous puissions faire de toutes ces énergies renouvelables. Pourquoi n'entendons-nous pas beaucoup parler de recherches sur l'épuration dans les centrales au charbon? Les États-Unis disposent apparemment de plus de charbon que de toutes les autres sources d'énergie réunies sur leur territoire.

Nous exportons suffisamment de gaz naturel. Nous en exportons aux États-Unis par un oléoduc qui passe par Chicago; le gaz naturel compte pour 85 p. 100 de l'augmentation annuelle là-bas. Tôt ou tard, cela deviendra problématique. Ils sont allés chercher très récemment au Texas 10 p. 100 de leur augmentation en gaz naturel sous forme de gaz de schiste et ils cherchent encore du gaz de schiste du côté du Colorado.

Pourquoi n'essayons-nous pas de réduire les émissions attribuables aux grandes sources d'énergie que nous employons en ce moment? Si nous utilisons le pétrole et le charbon, pourquoi ne nous concentrons-nous pas vraiment sur le piégeage ou sur la réduction des émissions provenant des usines en question, où qu'elles se trouvent?

M. Evans : Cela nous ramène à la question du piégeage et du stockage du carbone. La technologie existe. Il existe une technique nouvelle qui permet d'améliorer le procédé, mais elle sert à piéger le carbone. Comme cela suppose de traiter des gaz de combustion en grandes quantités, la technique est très coûteuse. Il faut extraire le CO2 des gaz de combustion, mais où le mettre ensuite? C'est la question du stockage qui se pose. Voilà les questions qui se posent vraiment — les inconnues entourant le stockage et le coût du gros matériel nécessaire pour extraire le CO2.

Le sénateur Brown : J'ai lu quelque part que les océans peuvent absorber 50 fois plus de carbone que la forêt boréale et le reste des plantes vertes de la planète, comme puits de carbone. Il semble probable qu'on se tourne vers les océans, tôt ou tard. En Colombie-Britannique, je crois qu'on injecte en ce moment même du CO2 dans l'eau de mer.

M. Evans : Je ne savais pas que ça allait dans l'eau de mer. Les gens parlent des aquifères salins, les aquifères souterrains en mer. J'imagine qu'on se concentre sur eux parce qu'ils ne sauraient servir autrement aux gens; on peut donc y injecter du CO2.

On peut stocker une grande quantité de CO2 dans l'eau. Pendant longtemps, les Japonais ont essayé de stocker CO2 dans l'océan. Ils stockaient dans l'océan le CO2 extrait des déchets d'une centrale au charbon. L'acidification possible de l'océan à grande échelle qui en résulterait soulève de nombreuses préoccupations environnementales. Bien des gens seraient mécontents si cela se faisait.

Quoi qu'il en soit, ces aquifères salins, dont on dispose, je crois, en Alberta, représentent un lieu de stockage possible. Ça peut se faire, mais, encore une fois, ce sont les inconnues entourant le piégeage et le stockage du carbone qui entrent en ligne de compte. Pendant combien de temps le CO2 demeurera-t-il dans ces aquifères? Par ailleurs, la question du coût est très importante.

Le sénateur Brown : J'ai posé cette question-là au témoin que nous avons accueilli l'autre jour. Dans le sud de l'Alberta, nous semblons trouver du gaz qui s'est infiltré naturellement dans les aquifères — pas du gaz que nous aurions injecté nous-mêmes, mais un gaz qui est déjà là, du méthane et du SO2. On en retrouve dans les puits d'eau dans toute la partie sud de l'Alberta.

Si nous commençons à injecter des quantités énormes de CO2 dans la terre, peu importe la profondeur, selon moi, s'il y a des fissures dans la roche et qu'on ne peut tout sceller jusqu'en bas, le gaz va remonter.

M. Evans : Voilà l'inconnue, l'incertitude qui est liée à cela. C'est la raison pour laquelle cette idée-là me laisse sceptique, comme vous l'avez probablement deviné.

Le sénateur Kenny : Nous avons eu une discussion intéressante. Il me vient à l'esprit que l'un des plus grands défis qu'il faut relever en rapport avec l'éthanol, par exemple, c'est que nous avons créé une industrie de l'éthanol en encourageant les cultivateurs à se lancer dans ce domaine et, maintenant, il y a un puissant lobby agricole qui ne veut pas qu'on élimine la chose. Tout de même, nous avons tous fini par comprendre que le fait de cultiver du maïs pour produire de l'éthanol ne représente pas l'idée la plus lumineuse qui soit.

Il en va de même des peurs que nous nourrissons à propos de l'énergie nucléaire. Face à bon nombre des solutions énergétiques qui se présentent, ce serait presque des psychologues ou des communicateurs qu'il faudrait convoquer comme témoins, pour voir comment on pourrait aborder ces questions-là de meilleure façon auprès du public.

Je soupçonne que toutes les personnes présentes ici sont d'avis que l'énergie nucléaire est notre choix à long terme — ce n'est peut-être pas tout le monde, mais la plupart le pensent probablement. Néanmoins, nous le savons tous, si nous essayons de nous engager dans cette voie au Canada, nous ne réussirons pas au cours des dix prochaines années. Ça ne se fera tout simplement pas.

Il en va de même de la force que nous avons fini par édifier grâce à l'éthanol. Le lobby agricole le fait valoir, c'est vraiment devenu une source de revenu importante. Cela a été créé par des gens qui ont dit que c'était un combustible plus écologique — mais ce n'est pas le cas.

Comment inverser cette tendance? Je crois qu'il vaudrait la peine d'en discuter. Je ne sais pas si le témoin voudrait formuler des observations sur la psychologie de l'énergie.

M. Evans : Probablement pas. J'ai dit que je n'étais pas économiste; je suis encore moins psychologue; je ne vais donc pas en parler.

Le sénateur Kenny : Tout de même, vous jouez un peu dans ce domaine-là.

M. Evans : La psychologie est toujours importante. Je ferai à propos du rôle de l'État, tel que je le vois, un commentaire qui est peut-être naïf. Souvent, nous nous retrouvons en difficulté lorsque le gouvernement tient pour acquis qu'il sait laquelle des technologies serait la meilleure; il adopte donc des orientations en vue de promouvoir une technologie particulière. À mon avis, les gouvernements ne sont pas très habiles quand il s'agit de miser sur le bon coureur.

Selon moi, le gouvernement devrait donner le ton de l'affaire de manière générale — nous voulons qu'il y ait seulement telle quantité d'émissions de carbone — et laisser au marché le soin de trouver les meilleures technologies. De nombreux exemples existent. Il y a distorsion lorsque le gouvernement décide, par exemple, qu'il nous faut de l'éthanol. Puis, il y a un lobby agricole qui entre en scène; une fois cela établi, il devient difficile d'arrêter le mouvement et de faire cesser la production en question.

À mes yeux, le rôle du gouvernement consisterait à adopter une approche globale, à fixer les exigences, puis à laisser le marché se dépêtrer.

Le sénateur Kenny : On devrait nous dire les effets qui sont recherchés.

M. Evans : Oui, et puis nous allons alors aller de l'avant. Si nous décidons que c'est l'énergie nucléaire qui est privilégiée, les autorités voudront réglementer le domaine et comprendre cette forme d'énergie-là, mais ce ne sont pas elles qui diront : oui, ce sera l'énergie nucléaire et puis, non, ce ne sera pas le piégeage et le stockage du carbone, par exemple.

Le sénateur Lang : J'aimerais revenir à une chose que vous avez dite, qui touche le gouvernement et tous les témoins, soit qu'il s'agit de réduire les émissions de carbone de 20 p. 100 d'ici 2020.

Je ne sais pas si vous êtes en mesure de me le dire, mais j'aimerais avoir une idée de ce que représente la cible de 20 p. 100, par exemple, pour une famille de quatre personnes qui essaie d'assurer sa subsistance et, en même temps, qui essaie de s'acquitter de ses responsabilités environnementales.

Qu'est-ce que cela veut dire pour la personne lorsque vous dites qu'il y aura une cible de 20 p. 100 et qu'il y a des projets immédiatement accessibles pour répondre à l'objectif d'accroissement de l'efficacité énergétique?

M. Evans : Atteindre ces cibles est très difficile. Avec la meilleure volonté qui soit, nous avons adhéré au protocole de Kyoto et nous nous retrouvons avec la cible de 6 p. 100 par rapport à 1990. On constate les progrès qui ont été faits — il n'y a rien qui s'est fait, essentiellement, malgré toute la bonne volonté qu'il y avait. C'est un défi qu'il est extrêmement difficile à relever. Les gens aiment bien utiliser l'énergie comme ils l'utilisent en ce moment.

Les cibles me posent vraiment des difficultés. Ce n'est pas que je crois qu'il faille les éliminer, car il faut viser quelque chose. Tout de même, parfois, il est plutôt facile de proposer telle ou telle cible.

Encore une fois, je ne devrais pas avoir une attitude négative à propos du gouvernement, mais il est facile pour les politiciens de fixer une cible pour 2050. Il y a les cibles selon lesquelles nous allons réduire les émissions de 80 p. 100 d'ici 2050 ou 2070. C'est très bien, mais quel est le plan qui permettra d'y arriver?

C'est ce à quoi je m'attache. Les mesures que nous pouvons adopter sont limitées, et si nous souhaitons vraiment y arriver, il vaudrait mieux commencer dès maintenant. Plus les cibles en question sont loin et plus elles sont importantes, plus il sera difficile de les atteindre. Nous devrions bel et bien avoir des cibles; nous devrions savoir qu'il est possible que nous n'y arrivions pas, mais nous devrions faire de notre mieux pour réduire les émissions.

Le sénateur Lang : Votre priorité, pour le Canada, consiste à croître l'efficacité énergétique. Regardons ce principe. Selon vous, en respectant ce principe-là, pouvons-nous atteindre la cible de réduction de 20 p. 100 des émissions de carbone?

M. Evans : Je ne suis pas sûr que la seule efficacité énergétique nous permette d'atteindre la cible de 20 p. 100 dans l'ensemble, même s'il s'agit d'un élément important. C'est coûteux, et ça prend du temps. S'il s'agit d'accroître l'efficacité énergétique des bâtiments, par exemple, il faut des programmes énormes, étant donné qu'il y a au pays un si grand nombre de bâtiments et de maisons.

Je travaille dans ce domaine depuis les années 1970. J'ai travaillé pour le gouvernement provincial, pour le ministère du sénateur Neufeld, où je m'occupais des programmes relatifs aux techniques de conservation de l'énergie. Certains d'entre vous s'en souviennent peut-être, il y a eu dans les années 1970 une crise de l'énergie. L'efficacité énergétique était très à la mode, et nous voulions accroître l'efficacité énergétique des bâtiments, ce qui est admirable comme but. Il n'y a pas grand-chose qui a changé depuis.

La relation propriétaire-locataire était parmi les grands enjeux. J'encouragerais le gouvernement à s'attaquer à cette question-là. Nous avons le même problème tout à fait aujourd'hui. J'ai loué un appartement dans un immeuble. C'est moi qui règle la facture d'électricité. Le propriétaire n'est pas du tout motivé à réaménager l'immeuble ou à installer une chaudière plus efficace, et je ne peux le faire moi-même, en tant que locataire. C'est une séparation nette qui est très antiproductive. Je n'ai pas de baguette magique, mais si nous pouvions régler ce problème-là, ça nous rapprocherait beaucoup plus de certaines des cibles à court terme qui sont fixées. Je pourrais vous dire : c'est tout un défi que de mettre cela en place.

Le sénateur Lang : Je n'arrive toujours pas à obtenir une réponse à ma question. Je devrais peut-être la poser à un économiste. Qu'est-ce que ces 20 p. 100 représentent vraiment pour l'économie et pour la famille de quatre, pour ce qui est des coûts?

M. Evans : Ce sera coûteux — indubitablement — et ça perturbera peut-être l'économie. Je crois qu'on peut atteindre la cible des 20 p. 100 en pratiquant l'efficacité énergétique, en privilégiant l'économie de l'électricité, en donnant de l'expansion à l'hydroélectricité et peut-être à l'énergie nucléaire. Nous ne pouvons faire tout cela d'ici 2020. Nous avons peut-être tout juste le temps de construire une centrale nucléaire d'ici 2020.

Le sénateur Lang : Il me semble que vous êtes en train de dire que les gouvernements — parce que ce sont essentiellement les gouvernements provinciaux, de concert avec le gouvernement fédéral — devraient décider de donner de l'expansion à l'hydroélectricité et de construire des centrales nucléaires, et c'est ce qui nous permettra de satisfaire à nos responsabilités environnementales et de nous sevrer des combustibles fossiles auxquels nous sommes actuellement accoutumés.

Si nous prenions cette décision-là aujourd'hui, nous saurions quelle approche adopter, en procédant à la planification voulue, puis nous pourrions satisfaire aux obligations dont nous disons qu'elles devraient être les nôtres. Qu'est-ce que vous pensez de cela?

M. Evans : C'est tout à fait juste. Moi qui suis ingénieur, si j'étais à la tête du pays, nous aurions un plan : il nous faut tant d'énergie nucléaire et tant d'hydroélectricité; ça va coûter tant, et allons donc de l'avant.

Je sais que la politique ne fonctionne pas de cette façon-là, mais c'est l'approche de l'ingénieur. Ça pourrait se faire, mais il y a des questions politiques importantes qui entrent en ligne de compte, de même que les préoccupations des gens et les groupes d'intérêts, qui font que c'est difficile. Idéalement, nous aurions ce type de plan.

Le sénateur Lang : Pour parler encore du même sujet, à titre de renseignements pour les autres membres du comité, la Grande-Bretagne a chargé un organisme indépendant et apolitique d'étudier sa responsabilité en matière d'énergie, et elle va construire 10 centrales nucléaires durant les quelques années à venir. Elle a réduit le processus de planification réglementaire au strict minimum de façon à satisfaire à ses obligations. Sinon, il n'y aura pas assez d'énergie pour alimenter le pays. C'est peut-être une idée que le gouvernement devrait envisager, pour que des décisions puissent être prises.

M. Evans : C'est juste. Il y a longtemps que la Grande-Bretagne n'a pas construit une centrale d'énergie. Elle a construit des centrales au gaz naturel relativement petites et peu coûteuses. La Grande-Bretagne a déjà épuisé la majeure partie du gaz naturel qu'elle possède dans la mer du Nord et, maintenant, elle importe le gaz naturel de Russie. Est-ce une source vraiment sûre? Je crois que la question est là. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne se tourne vers le nucléaire.

Le vice-président : Merci à tous les sénateurs. Votre participation a été stimulante, et l'exposé de M. Evans a été tout aussi stimulant, sinon plus.

Je tiens à vous remercier, monsieur Evans, au nom des membres du comité et au nom des spectateurs qui ont écouté la séance et qui l'écouteront à l'avenir. C'est à cela tout à fait que nous aspirons. Présenter les enjeux de manière claire et précise, et accessible à tous. Vous vous en êtes exceptionnellement bien tiré.

M. Evans : Merci beaucoup de ces gentils commentaires. J'ai apprécié notre interaction. Je vais suivre vos délibérations avec intérêt au cours des quelques années à venir. Si je peux vous aider de quelque façon que ce soit, à l'avenir, je serai heureux de le faire.

Le vice-président : Il se peut que nous devions simplement vous convoquer de nouveau. Merci.

(La séance est levée.)