Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 5 - Témoignages du 13 mai 2010


OTTAWA, le jeudi 13 mai 2010

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui, à 8 h 7, pour étudier l'état actuel et les perspectives d'avenir du secteur forestier au Canada.

Le sénateur Percy Mockler (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Comme nous avons le quorum, je déclare la séance ouverte.

Je souhaite la bienvenue aux témoins à cette réunion du Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts, qui étudie présentement le secteur forestier.

[Français]

J'aimerais profiter de l'occasion pour vous remercier, monsieur Thériault, d'avoir accepté notre invitation à comparaître. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que votre présentation valorisera le rapport final.

[Traduction]

Messieurs Samson et Sherman, merci d'avoir accepté notre invitation. Il ne fait aucun doute que votre exposé de qualité nous aidera à améliorer le rapport final. Les discussions nous permettront de faire des recommandations au gouvernement pour promouvoir et soutenir l'industrie.

Je suis le sénateur Percy Mockler, du Nouveau-Brunswick, président du comité.

[Français]

Je demanderais à chaque membre du comité de se présenter.

[Traduction]

Le sénateur Mercer : Je suis le sénateur Terry Mercer, de la Nouvelle-Écosse.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Je suis le sénateur Fernand Robichaud du Nouveau-Brunswick.

[Traduction]

Le sénateur Fairbairn : Je suis Joyce Fairbairn, de l'Alberta.

Le sénateur Mahovlich : Je suis Frank Mahovlich, de l'Ontario.

Le sénateur Plett : Je suis Don Plett, du Manitoba. J'ai parié sur Pittsburgh, hier.

Le sénateur Fairbairn : Vous devriez avoir honte!

Le sénateur Ogilvie : Je suis Kevin Ogilvie, de la Nouvelle-Écosse. Je vais me déplacer de deux sièges vers ma gauche.

Le sénateur Eaton : Je suis Nicole Eaton, de l'Ontario, et une grande partisane des Canadiens.

Le sénateur Rivard : Je suis Michel Rivard, du Québec.

Le président : Le comité poursuit son étude sur l'état actuel et les perspectives d'avenir du secteur forestier au Canada et s'intéresse plus particulièrement à la biomasse. Nous accueillons aujourd'hui les représentants de trois groupes : Roger Samson, directeur exécutif, Resource Efficient Agricultural Production; Adam Sherman, directeur du programme, Biomass Energy Resource Center; et Philippe Thériault, directeur général, Pioneer Biomass Group.

Philippe Thériault, directeur général, Pioneer Biomass Group : Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du comité, bonjour. Je travaille dans la foresterie et je suis le directeur général de Pioneer Biomass Group, une entreprise établie à Williams Lake, en Colombie-Britannique.

Il s'agit d'une entreprise familiale. Au nom de ses propriétaires, monsieur Bryan Reid père, André et David Chevigny, Marcel Therrien, Brian Hansen et moi-même, j'aimerais remercier le Sénat de nous avoir lancé l'invitation. Nous sommes très honorés de donner notre point de vue sur la biomasse.

Pioneer Group est une des plus grandes entreprises indépendantes de gestion de bois d'œuvre en Colombie- Britannique. Notre approche à l'égard de la biomasse tient compte de tous les aspects, de la forêt jusqu'à l'utilisateur final. Nous ne possédons pas d'usine de pâte. Nous nous occupons de la récolte sur le terrain. Grâce aux faits saillants de notre exposé, nous espérons vous montrer certains défis que nous avons relevés et une partie du potentiel que nous avons constaté ces deux dernières années.

Pioneer Group est un groupe d'entreprises familiales. Nous sommes tous entrepreneurs. Les entreprises sont assez diversifiées, mais elles se concentrent toutes sur la foresterie à valeur ajoutée. Nous ne possédons pas de scierie. Il y a deux ans, nous ne possédions pas d'usine de pâte non plus. Je ne sais pas si c'est un bien ou un mal, mais nous détenons maintenant des actions de Harmac Pacific, une entreprise située à Nanaimo, en Colombie-Britannique.

Durant environ 30 ans, nous avons construit des maisons de très haute qualité faites de thuyas géants. Certains de nos produits sont vendus partout dans le monde. Alors qu'au départ ils ne faisaient que construire des cabanes en bois rond, les frères se sont ensuite spécialisés dans le transport, la coupe et la gestion du bois d'œuvre et l'aménagement du territoire, et maintenant dans l'industrie de la pâte et de la biomasse. Notre groupe d'entreprises récolte chaque année plus de 750 000 mètres cubes de bois. Nous aimons penser que nous sommes une petite entreprise, mais la taille de notre groupe est un peu trop grande pour dire cela.

Le groupe possède également 15 millions de mètres cubes de bois, un peu partout en Colombie-Britannique. Tout ce bois est acheté sur le marché ouvert, où nous répondons à des appels d'offres. Nous sommes notamment un des plus grands acheteurs du programme de vente de produits forestiers mis en place par le gouvernement de la Colombie- Britannique, dans lequel se tiennent des enchères publiques où on vend le bois disponible. Chaque année, nous achetons 500 000 mètres cubes de bois dans le cadre de ce programme. S'il n'en tenait qu'à des entreprises comme la nôtre, je ne pense pas que nous aurions beaucoup de problèmes à l'égard de l'accord sur le bois d'œuvre.

Pioneer Group a été constitué en société pour compléter nos activités de gestion du bois et d'exploitation forestière. Je répète qu'en 2008, nous avons acheté un nombre important d'actions de Harmac Pacific, située à Nanaimo, en Colombie-Britannique.

Pour que vous compreniez la situation en Colombie-Britannique, j'aimerais vous parler du dendroctone du pin argenté, un sujet dont vous avez déjà entendu parler, j'en suis sûr. Le territoire touché par cet insecte est plus grand que le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse réunies. Il est question de millions d'hectares de forêt morte, rien de moins. Il y a 80 p. 100 des arbres qui sont morts, même s'ils tiennent toujours debout. Cela représente environ un milliard de mètres cubes de bois, une quantité très importante. Le bois est de très mauvaise qualité et il ne sera disponible qu'à court terme. Dans 15 ans, il n'y en aura plus. Il faut donc couper le bois maintenant.

L'épicentre de l'épidémie est Williams Lake, ma ville natale. Ainsi, nous sommes les plus durement touchés. Ce tout petit insecte, de la taille de la pointe d'un crayon, a mis le secteur forestier sens dessus dessous. Il y a quatre scieries et une usine de contreplaqué à Williams Lake. Ces scieries sont ce qui se fait de mieux. Nous sommes passés d'une ressource renouvelable de très grande qualité à des surplus à court terme de bois de très mauvaise qualité. Comme il sèche, fendille et terni, le bois a désormais une valeur très faible.

De plus, les coûts liés à la coupe du bois ont explosé. Les revenus des exploitants forestiers ont chuté radicalement. Le tiers du bois est empilé sur le bord du chemin pour être brûlé, car il ne peut pas être utilisé dans les scieries.

Il n'y a pas d'usine de pâte aux alentours de Williams Lake, ce qui ne fait qu'empirer les choses. Si le bois n'est pas de qualité suffisante pour être transformé dans les scieries, on le laisse essentiellement dans la forêt pour le brûler. En fait, le bois utilisé dans les scieries est aussi de mauvaise qualité, c'est pourquoi on a de la difficulté à le transformer.

De surcroît, nous avons connu la pire crise financière de l'histoire récente. Il s'agit d'une vraie catastrophe pour bien des entreprises de la Colombie-Britannique. Comme partout où l'économie dépend du secteur forestier, des scieries ont dû fermer leurs portes dans la province. À la fin de 2009, la plupart des scieries ont complètement cessé leurs activités. Comme il n'y a pas de secteur de la pâte à Williams Lake, que devons-nous faire avec le bois?

Nous avons la chance de compter sur une des plus importantes centrales alimentées à la biomasse en Amérique du Nord, qui appartient à Capital Power. La matière qui sert à produire l'énergie vient avant tout des scieries. L'écorce retirée par les écorceuses suffisait à alimenter la centrale. La centrale a été construite il y a environ 10 ans pour remplacer tous les fours wigwam de la vallée. Cependant, que va-t-on faire maintenant si on n'a pas d'écorce pour produire l'énergie?

Durant ce temps, le secteur de la granule de bois a fait son apparition en Colombie-Britannique. Nos usines de granules de bois sont parmi les plus importantes. L'usine de Williams Lake produit environ 300 000 tonnes par année. Comme les centrales électriques et les usines de granules de bois allaient manquer de bois, on nous a demandé si nous pouvions aider le secteur, puisque nous sommes un des plus importants exploitants forestiers en ville.

Concernant nos activités d'exploitation forestière, nous avons bien sûr dû mettre des gens à pied à cause de la fermeture des scieries. Nous avons plus de 120 employés. Nous avons examiné les possibilités. Le propriétaire, David, est tout un entrepreneur et il n'a pas peur de prendre des risques. Il a étudié la situation et a décidé d'offrir de l'aide à la centrale et à l'usine de granules de bois.

Les changements ont été effectués en quelques semaines. On ne parle pas de six mois ou d'un an de planification; tout s'est bel et bien passé en quelques semaines. Sans tarder, nous avons acheté d'un distributeur local deux défibreurs de bois qui n'ont rien de vraiment particulier. Nous avons modifié les machines pour les amener dans la forêt, où se trouve la fibre. Le bois était sur le bord du chemin, prêt à être brûlé. Nous avons aussi engagé des entrepreneurs qui n'avaient pas d'expérience dans la forêt, mais qui avaient entre autres réalisé des contrats pour la milice. Nous avons envoyé tous ces gens travailler dans les bois. Nous avons formé nos opérateurs pour qu'ils fassent fonctionner les machines. Nous avons mis à contribution notre équipement d'exploitation forestière. De plus, nos camionneurs qui s'occupaient des billots ont pu garder leur emploi en transportant des copeaux de bois.

Au cours de cette période, nous avons livré quotidiennement environ 120 chargements, soit 8 000 mètres cubes de bois par jour, ce qui est énorme. Nous avons fait cela sept jours sur sept seulement pour répondre à la demande des centrales et des usines de granules de bois.

Au beau milieu de la crise financière, nous avons fait un investissement initial plus de trois millions de dollars. Je me rappelle que nous avons demandé des prêts aux banques. Les responsables ont demandé quel était notre secteur d'activité. Lorsque nous avons répondu la foresterie, ils ont dit qu'ils aimeraient bien faire affaire avec nous, mais que personne ne veut le faire.

Heureusement, notre député, l'honorable Dick Harris, nous a mis en contact avec les gens du Northern Development Initiative Trust. Cette fiducie est gérée par Janine North, de Prince George. Un travail colossal a été accompli. Nous avons vraiment bien investi notre argent.

Nous avons travaillé avec les responsables du fonds. Une fois de plus, tout s'est passé très vite. Nous avons déterminé notre stratégie et obtenu environ 1 million de dollars en prêts à faible taux d'intérêt grâce à cette initiative. Nous avons ajouté notre propre investissement et réussi à maintenir environ 50 emplois bien payés à Williams Lake, dont le salaire moyen est de 50 000 ou 60 000 $ par année. Ils aident à soutenir des familles. Nous avons demandé à des gens qui avaient dû se réorienter à cause de la crise de travailler dans le secteur de la biomasse. Notre démarche a connu un grand succès, car ces personnes avaient déjà travaillé dans l'industrie forestière.

Il faut toutefois plus de mesures de développement et de soutien pour les entreprises locales. Dans le contexte économique actuel, les entrepreneurs comme nous ont besoin de ce genre d'aide. La création d'emplois a un effet considérable.

Lorsque nous avons acheté de l'équipement, nous avons négocié des contrats avec les gens des centrales et des usines de pâte. Ces contrats sont toujours en vigueur. Notre premier projet consiste à trouver ce qui revient le moins cher. Nous avons commencé à nous pencher sur la question des déchets de l'exploitation forestière laissés sur les lieux de la coupe.

Dans le petit secteur de Williams Lake, on parle de centaines de milliers de mètres cubes de déchets forestiers laissés sur place qui sont brûlés chaque année. La quantité de déchets augmente en raison du dendroctone du pin argenté. Comme le bois est de mauvaise qualité, on le laisse dans la forêt pour le brûler. La biomasse qu'on trouve sur le bord du chemin peut être utile, parce qu'elle est très sèche. Parfois, le bois reste là pendant un an. Puisqu'il est sec, le bois est de bonne qualité pour servir comme biomasse. En revanche, il est de piètre qualité pour les scieries.

Nous avons commencé à utiliser les déchets produits par nos activités. C'était tout naturel pour nous. Nous voyons les produits de la biomasse comme un complément à nos activités d'exploitation forestière. Après avoir coupé les arbres, nous employons les défibreurs pour remplir les camions de copeaux et pour tout nettoyer.

Nous avons mis de l'équipement à l'essai et modifié nos activités pour qu'elles soient rentables. En effet, ce secteur n'était pas profitable au départ. Nous avons dépensé des centaines de milliers de dollars pour essayer de comprendre comment il fallait travailler. C'est un processus normal. Notre exploitation est désormais viable.

Il y a de nombreux défis. Par exemple, comment devons-nous traiter avec les autres détenteurs de permis? Quand les gens savent que nous exploitons la biomasse, ils nous disent vouloir leur part du gâteau. Bien des négociations restent à venir. Nous voyons néanmoins la situation comme une occasion à saisir.

Nous avons essayé différentes approches, comme récolter du bois seulement pour la biomasse, ce qui est coûteux. Si on récupère les déchets forestiers, on ne tient pas compte des coûts de la coupe, du débardage et de la transformation du bois. En vendant les billots de sciage à un bon prix, on compense les coûts liés à la biomasse récupérée. Toutefois, si on récolte le bois seulement pour la biomasse, on doit alors ajouter la coupe, le débardage et la transformation du bois aux coûts de l'activité, ce qui est plutôt dispendieux. D'après notre expérience, les coûts sont trop élevés. Les centrales et les usines de pâte ne peuvent pas les absorber. Il s'agit néanmoins d'un problème que nous devons surmonter. Si les billots de sciage n'ont pas de valeur, nous devons trouver un moyen de tirer profit de la forêt à nouveau. Nous devons résoudre ce problème.

Nous voulons que la forêt redevienne productive. Les arbres morts coupés augmentent considérablement les risques d'incendie. Je ne sais pas si vous l'avez vu aux nouvelles, mais certains des feux les plus importants au Canada se sont produits dans la région de Cariboo Chilcotin, à Williams Lake, parce que tous les arbres étaient morts. Il suffit d'un éclair pour brûler des milliers d'hectares de forêt. Il est important de trouver un moyen de rétablir la productivité des ressources forestières.

La biomasse offre un potentiel intéressant du point de vue de l'exploitation forestière et de la gestion du bois. La récolte de la biomasse crée des emplois très payants. On parle de salaires entre 25 et 30 $ l'heure, ce qui est suffisant pour faire vivre une famille et avoir un bon niveau de vie. Comme les compétences nécessaires pour travailler dans le domaine sont les mêmes que celles exigées dans l'exploitation forestière, la transition est facile à faire. En un mois, les ouvriers forestiers pouvaient travailler de façon autonome. S'il est bien structuré, le marché de la biomasse peut utiliser tout le bois de mauvaise qualité. Toutefois, s'il n'y a pas de marché, le bois sera laissé dans la forêt.

C'est là un très bon moyen de rendre productives les forêts qui présentent des problèmes, par exemple celles dont les arbres sont malades ou morts. La coupe des arbres implique des responsabilités en matière de sylviculture. C'est pourquoi il faut reboiser la forêt et faire en sorte qu'elle soit productive à nouveau.Tout cela entraîne une hausse des dépenses en capital dans la sylviculture. L'effet peut être positif. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a adopté des mesures concernant les crédits de carbone. Une forêt en santé absorbe le CO2. Plus vite on redonne vie à la forêt, le mieux ce sera.

Toute action comporte des risques. Le plus grand risque pour nous se trouve dans le marché de la biomasse, qui en est toujours à ses débuts. Si on exclut les centrales électriques, les usines de pâte, et cetera, on constate que le marché n'est pas assez mûr pour l'instant. En Colombie-Britannique, nous avons une période de 10 à 20 ans de conjoncture favorable, ce qui est bien peu pour investir dans les technologies complexes. Nous pouvons décider d'investir dans la bio-huile ou ce genre de choses. Cependant, comme il faut du temps pour mettre la technologie au point, il se peut que nous n'arrivions pas à le faire. En effet, les arbres vont tomber au sol et pourrir et ils ne serviront plus à rien. Nous devons faire vite.

Nous courons aussi un risque en traitant avec les nombreux entrepreneurs qui veulent nous vendre de nouvelles technologies et qui nous présentent de nouvelles occasions d'affaires. Il est difficile pour un petit entrepreneur de distinguer le vrai du faux. Or, Michael Kerr, du Conseil national de recherches, à Prince George, nous aide à ce chapitre grâce à des fonds fédéraux. Nous lui donnons le nom des entreprises qui veulent nous vendre un nouveau type de granules de bois, de bio-huile ou de biodiésel. M. Kerr nous présente ensuite un rapport qui donne l'heure juste. Nous souhaitons qu'il y ait plus d'aide de ce genre. Les choses pour nous sont difficiles, car nous n'avons pas beaucoup de personnel. Nous examinons les occasions qui se présentent, parce que nous ne voulons pas manquer le bateau. Mais il reste que ce n'est pas facile. Nous passons beaucoup de temps à chercher qui fait quoi. Nous voulons qu'il y ait davantage de programmes incitatifs, en particulier dans le domaine de la récolte du bois. Nous déboursons des sommes importantes pour essayer de comprendre le système. Malheureusement, il y a peu de soutien offert à l'heure actuelle, ce qui fait que nous devons nous-mêmes assumer cette dépense.

D'après notre expérience en Colombie-Britannique, la tendance veut que les scieries fonctionnent de plus en plus selon les besoins du marché. On ne les soutiendra plus comme auparavant — quand on ne fermait jamais leurs portes. Les scieries connaîtront des périodes d'activité et des périodes creuses, qui auront des conséquences sur les centrales et les usines de granules de bois. Elles auront besoin d'une autre source de fibres. Nous nous plaisons à penser que nous pourrons la leur offrir. Le gouvernement provincial devra trouver un marché pour le bois de mauvaise qualité. Quelle que soit leur façon de voir les choses, les responsables devront s'occuper de la question. Nous pensons que la biomasse constitue un moyen de régler le problème.

La production d'énergie à partir de la biomasse crée aussi des emplois très payants. Le travail forestier est exigeant en main-d'œuvre. Il faut investir pour créer des emplois si on veut être rentable. J'ai déjà dit que les gouvernements provinciaux et fédéral doivent élaborer des programmes incitatifs pour que nous restions concurrentiels. Aux États- Unis, on pense à ces choses. Il y a des programmes de subventions pour les cultures de biomasse; au Canada, nous n'en sommes pas rendus là. Nous devons aussi penser à mettre en œuvre des programmes — pas seulement relatifs aux arbres, mais aussi aux autres sources d'énergie, comme celles dont s'occupe notre confrère M. Samson.

En résumé, nous croyons que le secteur traditionnel de l'exploitation forestière et des scieries est en déclin en raison de la piètre qualité du bois et de l'augmentation des coûts de la coupe. La récolte de la biomasse peut servir de complément aux activités d'exploitation forestière. Nous souhaitons même que le secteur de la biomasse en vienne à payer sa juste part du bois, ce qui pourrait aussi aider les scieries à réduire le coût global de récolte par hectare. On maximise les retombées par hectare si on utilise tous les produits de la forêt. Nous utilisons tout, même les branches et les cimes.

Le travail est exigeant en main-d'œuvre. Néanmoins, on peut facilement former les ouvriers forestiers à récolter la biomasse. Je crois qu'à long terme, on créera d'autres marchés pour la biomasse forestière. Actuellement, nous tenons des discussions sur un autre type de granules de bois avec les responsables de certaines entreprises aux États-Unis. Nous ne parlons pas des granules de bois traditionnelles, mais de celles qui ressemblent à du charbon. Ces granules pourraient être entreposées à l'extérieur, ce qui constitue un progrès. Nous croyons que l'industrie de la biomasse est là pour de bon.

Nous avons l'impression que les projets reçoivent une forte approbation dans les milieux politiques. Les gouvernements provinciaux et fédéral semblent soutenir l'utilisation de la biomasse. Nous espérons que cela va se poursuivre.

Présentement, la Colombie-Britannique dispose des plus importantes ressources forestières au monde. Cependant, ces ressources ne seront disponibles que pour les 15 à 20 prochaines années. C'est pourquoi nous devons en profiter le plus possible.

Roger Samson, directeur exécutif, Ressource Efficient Agricultural Production (REAP) : Je vous remercie beaucoup, monsieur le président. Merci également au comité de nous avoir invités aujourd'hui.

Les gens de REAP Canada sont heureux de participer à l'étude sur l'état actuel et les perspectives d'avenir du secteur forestier au Canada. Depuis 1991, REAP est un chef de file en ce qui concerne les aspects liés à la science, au développement et aux politiques de la production et de l'utilisation de la bioénergie durable. Nous travaillons au Canada, ailleurs en Amérique du Nord et dans certains pays en développement.

Toute l'industrie des produits du bois traverse présentement une période de transition semblable à celle qu'a connue l'agriculture il y a 10 000 ans. Pour soutenir la production mondiale de bois industriel, une transition rapide s'effectue des arbres qui poussent dans les forêts naturelles au bois cultivé dans les plantations tropicales et subtropicales. En 2010, les plantations représentent environ 35 p. 100 de l'offre mondiale de bois rond. Elles dépasseront sans doute les 50 p. 100. En effet, l'ère de la culture de la fibre est arrivée. Il est maintenant plus facile et plus abordable de cultiver cette matière que d'aller la chercher en forêt pour répondre aux besoins de la société en produits de la fibre à prix modique, comme la pâte et le papier.

Le secteur forestier au Canada n'a effectivement plus d'avantage comparatif en tant que premier fournisseur de biens bon marché comme la pâte et le papier. L'essor de la culture de la fibre dans les milieux tropicaux et subtropicaux est la principale cause de la crise actuelle dans l'industrie des produits forestiers, et ce, devant l'important problème de gestion des organismes nuisibles sur la côte ouest. La crise économique a également accéléré la débâcle de notre secteur. À bien des égards, le secteur forestier au Canada est sur le point de connaître un déclin prolongé, à l'image de celui du secteur de l'agriculture au fil des 20 dernières années.

Comme dans l'agriculture, on a une capacité de production excédentaire dans l'industrie mondiale des produits du bois. Le développement continu de la culture de la fibre a rendu la production de cette matière de plus en plus efficiente et économique.

Pour revitaliser le secteur des produits forestiers, nous pouvons tirer des leçons de l'approche adoptée dans le secteur de l'agriculture afin d'augmenter la demande. Dans l'agriculture, on a déjoué le sort de façon étonnante en diversifiant les activités pour répondre aux besoins des marchés de la bioénergie, au lieu de s'en tenir aux traditionnels marchés de l'alimentation. Dans le secteur des produits forestiers, il faut faire la même chose. Une politique progressiste sur la bioénergie forestière donnera un second souffle à l'emploi dans les régions forestières du pays et contribuera en particulier à réduire sensiblement la dépendance de l'est du Canada à l'égard des importations de mazout et de charbon.

Comment pouvons-nous développer le secteur de la bioénergie forestière de manière durable et élaborer pour lui une stratégie de prospérité à long terme? Dans les faits, nous devons réussir sur deux plans. Premièrement, nous assurer un approvisionnement durable en biomasse; deuxièmement, convertir cette biomasse en produits énergétiques utiles, de manière efficiente du point de vue économique et énergétique.

Pour favoriser la durabilité de la bioénergie, nous devons établir une stratégie qui maintient et améliore la santé des sols forestiers et la biodiversité de nos forêts. Nous devons réduire l'érosion des sols et l'envasement dû au ruissellement, et maintenir et améliorer la séquestration du carbone dans les sols forestiers. Nous devons utiliser judicieusement les résidus forestiers qui sont recouvrés pour les applications énergétiques de la biomasse. Des subventions excessives au secteur de la bioénergie encourageront des pratiques forestières non durables, tout comme les prix excessifs des produits de base dans le secteur agricole encouragent des pratiques agricoles non durables.

En ce qui concerne la conversion de la bioénergie, nous devons comprendre comment utiliser au mieux les résidus de bois pour fournir aux consommateurs de l'énergie qui remplacera les carburants fossiles. Nous devons reconnaître que les résidus du bois sont maintenant une ressource énergétique de faible qualité et très dispersée, par rapport aux carburants fossiles. Un grand principe de l'utilisation de l'énergie durable est que la qualité de l'énergie doit correspondre à l'utilisation finale. Oui, nous pouvons convertir des arbres en carburants liquides, mais la quantité d'énergie ainsi obtenue et le montant des subventions, l'argent des contribuables, pour développer cette utilisation finale montrent que c'est la stratégie la moins viable financièrement et sous le rapport de la production d'énergie par le secteur forestier.

Dans un cycle complet de la filière de l'éthanol cellulosique, on ne recouvre qu'environ 50 p. 100 de l'énergie. Par contre, l'utilisation directe de la biomasse ligneuse pour la production de chaleur seule et de chaleur et d'électricité combinées permet de recouvrer de 75 à 85 p. 100 de l'énergie de remplacement des combustibles fossiles. Dans une centrale à la biomasse ou une centrale de cocombustion de la biomasse et du charbon, l'efficience de la conversion est de 25 à 30 p. 100.

Nous pouvons comparer le Canada à des pays qui lui ressemblent, comme la Suède, pour voir comment réussir à développer le secteur de la bioénergie forestière. Avec ses 8 millions d'habitants et par son climat, la Suède se compare au Québec. En 2008, elle avait une capacité installée d'environ 20 000 poêles à granulés, 120 000 granuleurs ménagers et 4 000 granuleurs de taille moyenne. La consommation annuelle de granulés de bois était de 1,85 million de tonnes, soit 230 kilogrammes par habitant.

Que peut faire le gouvernement pour promouvoir le secteur? La meilleure solution consiste à appuyer l'accroissement de la demande d'énergie de la biomasse, au lieu d'appuyer directement des hausses de l'offre, notamment par des subventions à la construction de nouvelles usines de transformation. À l'heure actuelle, les gouvernements provinciaux et fédéral subventionnent la construction d'usines de granulés, alors que les usines existantes ne fonctionnement qu'aux deux tiers de leur capacité à l'échelle nationale.

Ensuite, le gouvernement peut appuyer les politiques qui régissent plus efficacement l'industrie, en élaborant des normes minimales d'efficience et en préconisant l'emploi d'appareils modernes de combustion de la biomasse qui émettent peu de particules. Dans les régions urbaines, les chaudières à granulés peuvent avoir des émissions de particules équivalentes à celles des chaudières au mazout.

Le gouvernement fédéral et les provinces peuvent aussi, par des incitations, faciliter l'adoption d'appareils de combustion de la biomasse par les utilisateurs finaux, afin de stimuler la consommation. Il pourrait s'agir de programmes de partage des coûts sur les achats de chaudières et de poêles destinés à des installations industrielles, commerciales et résidentielles, par exemple par un crédit de 25 p. 100.

Le gouvernement fédéral pourrait créer une version modeste du programme américain d'aide aux cultures de biomasse, le Biomass Crop Assistance Program, ou BCAP. En vertu de ce programme, on verse aux installations qui se convertissent à la bioénergie jusqu'à 45 $ la tonne de biomasse ligneuse utilisée pour produire de la bioénergie sur une période de deux ans.

Dans le contexte canadien, cela pourrait s'appliquer aux combustibles densifiés, réputés émettre moins de particules que la biomasse non conditionnée. Cela aiderait à protéger les fabricants canadiens de granulés contre les importations à bon marché des États-Unis et accélérerait l'utilisation de combustibles densifiés, en accord avec la politique fédérale de qualité de l'air.

Un programme canadien d'aide à la biomasse qui appuierait utilement le secteur des combustibles densifiés accorderait 20 $ la tonne sur quatre ans. Cela stimulerait grandement l'utilisation de la biomasse dans les applications énergétiques reliées au chauffage.

Le gouvernement fédéral pourrait aussi rétablir l'incitatif de 1 cent le kilowattheure en faveur de la production d'énergies renouvelables au Canada. Il appuierait ainsi la valorisation de la biomasse pour la production d'électricité.

Enfin, tous les paliers de gouvernement et toutes les municipalités pourraient travailler ensemble à la conversion de leurs immeubles (établissements correctionnels, écoles, hôpitaux, et cetera.) au chauffage à la biomasse afin de développer le marché. Le Vermont, par exemple, a maintenant converti 41 écoles au chauffage à la biomasse. Je remercie M. Sherman de me communiquer les chiffres actualisés.

Bref, le secteur agricole a nettement profité des interventions fédérales visant à stimuler la demande en raison de la capacité de production excédentaire. Il est maintenant temps que le gouvernement fédéral joue un rôle de leadership pour développer les applications de la chaleur et de l'électricité dans le secteur forestier. Son meilleur rôle, qui nuirait le moins aux acteurs de l'industrie de la bioénergie au Canada, consisterait à créer de modestes encouragements pour l'utilisation de la biomasse et les producteurs de combustibles densifiés et d'électricité renouvelable.

Adam Sherman, directeur de programme, Biomass Energy Resource Center (MERC) : Merci, monsieur le président et mesdames et messieurs les membres du comité. Je suis honoré d'avoir été invité à vous donner mon point de vue sur les réalisations de notre organisation aux États-Unis. Tout le monde devrait avoir un exemplaire de mon exposé qui servira de canevas à mes observations.

Je vous présenterai un point de vue américain et une justification de l'énergie du bois ciblant le thermique et l'échelle communautaire comme moyen de stimuler et de développer l'industrie des produits forestiers. Je parlerai également de notre travail aux États-Unis.

Le Biomass Energy Resource Center est une organisation sans but lucratif qui a son siège au Vermont. Nous sommes très actifs dans cet État, mais nous travaillons également à des projets et à des programmes visant à employer les ressources de la biomasse à l'échelle locale pour des projets ciblant le thermique partout aux États-Unis. Nous sommes une organisation indépendante, sans parti pris, qui agit comme centre de documentation et fournisseur de services techniques aux organismes de l'État et au secteur privé.

Les États-Unis exercent une forte demande sur l'énergie. Voici un graphique montrant la courbe en J ou exponentielle de notre consommation d'énergie au cours des 150 dernières années. Chaque fois que nous trouvons et valorisons une nouvelle source d'énergie, nous retroussons la courbe vers le haut. En cumulant les sources d'énergie, nous ne vivons pas plus modestement. Ces 150 années d'énergie abondante et bon marché ont stimulé notre économie. En même temps, la grande majorité des strates et des coins ne représentent pas seulement des combustibles fossiles dans le graphique, mais on trouve également, un coin de plus en plus épais, qui figure la part des combustibles fossiles importés.

Nous nous trouvons dans une situation assez désespérée. Aux États-Unis, le tiers de l'énergie est consommée sous forme d'électricité, un autre tiers sous forme de carburant et le dernier tiers sous forme thermique, pour le chauffage et la climatisation des immeubles et la production de chaleur industrielle.

La diapo suivante, un peu plus lisible, présente la grille d'utilisation des diverses formes d'énergie. Si on examine toutes les énergies renouvelables (le solaire, l'éolien, le géothermique, l'hydroélectricité et la biomasse), on voit que certaines formes ne peuvent produire que de l'électricité ou de la chaleur. D'autre part, toutes les cases en regard de la biomasse sont cochées pour le chauffage, l'électricité, les gaz combustibles et les liquides combustibles.

La polyvalence énergétique de la biomasse nous oblige à élaborer des mesures et des incitations qui misent sur cette polyvalence. Cependant, il faut aussi retenir, comme M. Samson l'a mentionné, l'efficacité globale ou le rendement énergétique de l'investissement dans l'énergie. L'énergie thermique est, de loin, la technique la plus disponible dans l'industrie. C'est également la plus efficiente, celle dont le rendement est le plus élevé eu égard à l'investissement dans l'utilisation de cette ressource.

Notre gouvernement national consacre des milliards de dollars à l'obtention d'éthanol cellulosique par la transformation de diverses formes de biomasse en carburants liquides. Les progrès sont très lents, et cette quête s'est révélée pleine d'embûches.

Pendant que nous dépensons tout cet argent à essayer de résoudre le problème de cette transformation, une filière a été négligée, injustement traitée même, par nos incitations stratégiques. C'est la filière thermique, ce paria parmi les énergies renouvelables.

Nos forêts recèlent une multitude de ressources, d'agréments et de valeurs, qui vont de l'air pur à l'énergie en passant par l'eau, le stockage et la séquestration du carbone, l'habitat faunique, la biodiversité, les loisirs, les valeurs esthétiques, la fibre pour les produits ligneux traditionnels. Aux États-Unis — représentés ici sur la carte — les forêts les plus vastes se trouvent dans l'Est, dans les États des Grands Lacs tels que le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota ainsi que dans la région du Pacific Northwest.

Notre organisation sillonne le pays, partout où on trouve la ressource ligneuse et où, également, il y a une charge thermique. Nous sommes très occupés dans le Nord-Est, assez occupés dans les États des Grands Lacs, où le climat est représentatif des hautes latitudes et où il y a une demande de chauffage, mais où, également, on trouve des ressources ligneuses. Enfin, nous sommes occupés dans diverses localités dispersées des Rocheuses et du Pacific Northwest.

À la page suivante, une diapo montre l'efficacité de la transformation de la biomasse en énergie par diverses techniques industrielles commercialisées. À l'extrême droite, on trouve les centrales de 50 et de 20 mégawatts, représentées par des colonnes de couleur foncée. Le graphique montre la production d'électricité de ces centrales et l'efficacité de la transformation d'une tonne de bois possédant une valeur énergétique donnée ainsi que la proportion de cette énergie effectivement capturée et transformée sous une forme utilisable. Il n'est pas tenu compte des pertes en aval pendant le transport de cette électricité jusqu'à son arrivée dans une installation et sa transformation, par exemple, en lumière dans des appareils d'éclairage.

La véritable utilisation efficace de l'énergie de la biomasse se trouve dans le chauffage, grâce à ces techniques entièrement commercialisées. Les colonnes en couleur plus claire, qui se situent entre les valeurs de 75 à 80 p. 100 d'énergie, correspondent à des usages thermiques.

Passons maintenant aux graphiques des coûts comparatifs des combustibles de chauffage. J'aimerais simplement mentionner que, si on considère la situation dans son ensemble — les mesures sont en unités anglo-saxonnes des États- Unis, les calculs risquent de ne pas être justes —, les copeaux de bois, le bois de corde et les granulés sont des combustibles énormément moins chers, après combustion, en dollars par millions de BTU, que le mazout et le propane. Dans la colonne de l'extrême gauche, on constate que le prix du gaz naturel n'a fait que diminuer au cours des 12 derniers mois. Pour les combustibles ligneux, la concurrence avec le gaz naturel est beaucoup plus rude. Dans le cas d'installations de chauffage au mazout ou au propane, ces différences de prix sont le véritable facteur de la récupération de l'investissement dans un système de chauffage au bois (copeaux ou granulés).

Je passe maintenant à la diapo suivante, sur l'expérience au Vermont, c'est-à-dire près de 30 ans d'utilisation de copeaux et de granulés de bois, dans une certaine mesure, comme combustibles de chauffage. C'est l'État où mon organisation a son siège, mais nous essayons de repiquer ces programmes et ces projets ainsi que ce modèle d'utilisation locale de ces ressources ailleurs au pays.

Les deux centrales thermiques au bois du Vermont — une de 50 mégawatts et l'autre de 20 — ont été construites dans les années 1980. L'État a financé modestement l'installation de ces systèmes dans plus de 41 écoles publiques, mais le véritable moteur de cette conversion a été les économies que procure ce combustible par rapport au mazout.

En 2006, aux États-Unis, lorsque le prix du pétrole a dépassé 5 $ le gallon et 150 $ le baril, il y a eu un grand mouvement de conversion. Dix ou quinze écoles sont venues s'ajouter à celles qui étaient déjà converties, plusieurs collèges se sont récemment dotés de systèmes de chauffage aux copeaux de bois, en grande partie grâce au déblocage de fonds pour le partage des frais. Cependant, je dirais que le principal facteur des cinq dernières années a été l'inquiétude accrue des utilisateurs de mazout, relativement à la sécurité des prix et à la sécurité énergétique. Un flux important des dollars consacrés au pétrole et au propane sort de notre État et de notre région. L'argent consacré à l'achat de combustible ligneux reste dans les économies rurales, où il circule plutôt que d'être exporté pour de bon.

L'objectif le plus facile d'une initiative ciblant le thermique, comme celle à laquelle nous avons travaillé aux États-Unis, est constitué des grosses installations (hôpitaux, collèges, établissements correctionnels) chauffées au mazout et au propane, parfois au gaz naturel, et il consiste à remplacer ces combustibles par un combustible renouvelable d'origine locale. Ce choix fait un grand bien à l'économie locale et il contribue à créer des emplois locaux. Il permet d'abaisser l'empreinte carbone de ces installations grâce à l'utilisation d'une source de combustible presque neutre plutôt que d'introduire du nouveau carbone dans l'atmosphère. Les dollars dépensés restent dans l'économie locale et ils constituent une aide efficace à l'industrie des produits forestiers, qui est mal en point, et ils en prolongent la durée de vie. C'est que, à l'instar de la vôtre au Canada, notre industrie des produits forestiers éprouve des difficultés. La plus grande efficacité des utilisations thermiques se traduit, effectivement, par une volonté plus grande, que nous avons constatée, de payer plus cher le combustible ligneux, ce qui, le long de la chaîne logistique, redonne davantage aux bûcherons, aux forestiers et aux propriétaires fonciers. Les propriétaires fonciers d'une forte majorité des États du Nord-Est dépendent de la valeur du bois sur pied pour continuer à payer leurs taxes foncières et à exploiter leurs forêts.

Le sénateur Mercer : Merci à tous de vos exposés qui ont été fascinants. Dans la poursuite de notre étude, nous continuons d'en apprendre davantage, et je me sens de plus en plus ennuyé par le fait que nous ne semblons pas en faire suffisamment.

D'abord, monsieur Thériault, vous avez parlé des coûts d'équipement des râpeurs de bois, et cetera, dont vous avez besoin. Vous avez parlé de 3 millions de dollars pour commencer. La vitesse assez grande avec laquelle vous prenez ce genre de décision me fascine. Bien qu'ils prennent des risques, les entrepreneurs, normalement, n'aiment pas en prendre rapidement, parce qu'ils essaient de le réduire au minimum. Vous avez dit que vous aviez fait un emprunt de 1 million de dollars à faible taux d'intérêt. Était-ce en vertu d'un programme fédéral ou provincial?

M. Thériault : Je crois que c'était fédéral, mais par le truchement de la Northern Development Initiative. C'était de l'argent consacré à la lutte contre le dendroctone du pin ponderosa. Je suis assez sûr que c'était de l'argent fédéral.

Le sénateur Mercer : Vous avez dit que votre député était impliqué; c'est l'objet des programmes fédéraux.

Vous avez aussi parlé de sylviculture et de votre participation au processus. Y a-t-il pour vous une incitation à pratiquer de la bonne sylviculture et, le cas échéant, d'où vient cet incitatif? S'il n'y en a pas, qui supporte les coûts des semis que vous utilisez?

M. Thériault : Actuellement, en Colombie-Britannique, c'est nous qui payons.

Le sénateur Mercer : Vous?

M. Thériault : Oui. Techniquement, nous devrions faire suffisamment d'argent avec la fibre, que ce soit des billes de sciage, du bois de pâte ou de la biomasse, pour payer les semis qui seront plantés.

Le sénateur Mercer : Vous avez parlé d'un nouveau type de granulé. Il y a deux jours, un témoin du Québec nous a apporté un échantillon de granulés torréfiés. Nous avons pu voir la différence entre ces granulés, qui semblent la voie de l'avenir, bien que leur fabrication exige plus d'énergie, et les autres. C'est un produit plus polyvalent, que l'on peut garder à l'extérieur, de sorte que l'entreposage pose beaucoup moins de difficultés que celui des autres granulés. Le sénateur Plett a essayé de les dissoudre, et l'expérience a été plus difficile.

M. Thériault : C'est vrai. Actuellement, nos avoirs, les ressources forestières que nous possédons font que beaucoup de sociétés veulent se joindre à nous. Nous sommes en pourparlers avec une société possédant des brevets, aux États- Unis, pour une nouvelle technique de fabrication de granulés.

Elle emploie une méthode différente, qui nous plaît vraiment et qui, nous l'espérons, aura du succès. Grâce à sa méthode, elle aura accès aux gros producteurs d'électricité d'Europe, qui utilisent le charbon et qui se demandent quoi utiliser avec. Ils n'essaient pas de vendre un produit, mais ils cherchent à savoir quoi utiliser dans leurs centrales et qui fonctionnerait sans à-coups dans leurs systèmes.

À tort, beaucoup pensent que les granulés homogènes sont de qualité inférieure. De fait, c'est le contraire. Ces énormes centrales en utilisent des tonnes et des tonnes.

La société avec qui nous faisons affaire espère mettre en exploitation des centrales aux États-Unis, cette année, et elle cherche à faire un investissement important au Canada également. J'espère que nous nous entendrons cet été. Comme je l'ai dit, nous fonctionnons un peu à grande vitesse, le pied au plancher, parce que la période favorable est si courte.

Quant aux échantillons qu'elle nous a montrés, elle les a laissés un an dans l'eau, sans qu'ils se dissolvent. Dans un verre d'eau, un granulé densifié se transforme en pâte en moins de cinq minutes.

Le sénateur Plett : Cela prend 25 minutes.

Le sénateur Mercer : C'est en minutes du Manitoba.

M. Thériault : Le produit est prometteur. Comme je l'ai dit dans mon exposé, la difficulté, c'est que nous ne sommes ni chimistes ni chercheurs, mais entrepreneurs. Comment distinguer le vrai du faux dans les boniments de ceux qui prétendent avoir la technique faite pour notre fibre?

La construction d'une usine exigerait un investissement de 50 à 70 millions de dollars. C'est beaucoup. Maintenant, nous parlons de risque plus élevé. Nous ne parlons plus de 3 ni de 5 millions de dollars pour acheter de l'équipement. Nous investissons encore davantage dans cette entreprise. C'est difficile. Sans groupes tels que le Conseil national de recherche, la tâche serait impossible à de petits entrepreneurs comme nous. S'il vous plaît, continuez d'appuyer ce genre de programmes, parce qu'ils en valent vraiment la peine.

Le sénateur Mercer : Monsieur Samson, j'éprouve un sentiment mélangé. Je vous ai bien entendu quand vous avez parlé avec inquiétude de l'argent qui sort du pays pour se procurer du pétrole. Comme nous sommes votre premier fournisseur de pétrole et de gaz, nous tenons à le rester, bien que je sois fasciné par les efforts déployés, notamment par l'État du Vermont.

Dans votre schéma de la page 5, celui où l'on compare les coûts de la chaleur, vous avez parlé de gaz naturel, de mazout, de propane, de granulés de bois, de bois en corde et de copeaux, le charbon, l'un des principaux sujets d'étude du comité, brille par son absence. Si le bois a un concurrent, c'est bien le charbon. Pourtant, la cocombustion du bois et du charbon offre une solution à la maîtrise des gaz à effet de serre.

M. Sherman : En effet, la diapo s'attache aux combustibles de chauffage. Aux États-Unis, nous n'utilisons pas beaucoup le charbon pour le chauffage. Nous l'utilisons généralement pour la production d'électricité. Vu le manque d'efficacité du procédé et le désir d'utiliser les ressources forestières le plus efficacement possible, nous avons exclu le charbon du graphique, parce que nous ne préconisons pas son utilisation comme combustible de chauffage.

Le sénateur Mercer : Nous avons ici une brochure supplémentaire intitulée Vermont Fuels for Schools : A Renewable Energy Use Initiative. C'est un document fascinant. Il y est question de 41 écoles publiques.

M. Sherman : C'est exact.

Le sénateur Mercer : À combien se chiffrent les économies par école? Évidemment, je sais qu'elles ne seront pas identiques pour chacune d'elles.

M. Sherman : Pour une école secondaire régionale typique qui accueille 1 000 élèves, où les coûts d'équipement, la superficie et les économies de combustible sont typiques, les économies se sont chiffrées à 100 000 $ en moyenne à peu près, par année, par rapport au mazout no 2. Une telle économie, quand le budget de l'école est serré, peut équivaloir aux salaires de deux enseignants, ce qui permet de faire beaucoup de choses.

Le sénateur Mercer : C'est exactement le type de mesures dont nous avons besoin. Nous continuons de parler de dollars, et cetera, mais quand il est question d'écoles et d'hôpitaux, la question est de savoir combien on peut économiser pour affecter plus d'enseignants et d'infirmières à leurs tâches.

C'est un programme fascinant, et j'en parlerai avec le ministre de l'Éducation de ma province.

Vous avez parlé de prisons. Votre système est-il utilisé dans les prisons du Vermont?

M. Sherman : Oui.

Le sénateur Mercer : Je discerne la possibilité de comprimer le coût de fonctionnement des prisons, mais je vois également l'occasion de donner du travail aux prisonniers pour les tenir occupés. Oisiveté est mère de tous les vices. Y a-t-il eu des économies dans le coût de fonctionnement du système de prisons ainsi que dans la gestion des prisonniers?

M. Sherman : Oui. Au Vermont, une prison chauffe au bois de corde, et son système est alimenté à la main, ce qui est à peine croyable.

Le sénateur Mercer : Cela tiendra les prisonniers occupés.

Le sénateur Plett : Je pense qu'ils devraient fabriquer les granulés à la main.

M. Sherman : Dans les prisons, la plupart des installations nouvelles seront à alimentation automatique des copeaux ou des granulés, peut-être parce que ce n'est pas une bonne idée que de permettre aux prisonniers d'alimenter un foyer, où ils peuvent jeter n'importe quoi.

Les économies sont considérables. Plusieurs établissements des États-Unis utilisent des copeaux. Une installation récente, à Carson City, au Nevada, une très grosse prison, possède un système de cogénération de chaleur et d'électricité alimenté en copeaux, qui utilise les résidus des coupes d'éclaircies, pratiquées dans les forêts pour prévenir les incendies de friches catastrophiques dans cette partie du pays. Ces résidus remplacent le gaz naturel.

Le sénateur Ogilvie : Le comité a entendu de très bons exposés, mais ce que j'ai entendu aujourd'hui m'enthousiasme particulièrement.

Monsieur Thériault, j'admire votre véritable attitude d'entrepreneur face aux problèmes. Puissions-nous la répandre plus largement au Canada. Vous parlez de l'appui du gouvernement dans les domaines où il a un véritable rôle à jouer, par opposition au simple fait de distribuer de l'argent à des entreprises inefficaces. L'idée d'entendre parler d'un entrepreneur qui prend un risque dans un domaine de forte concurrence est particulièrement bonne à entendre.

Monsieur Samson, vous avez employé une terminologie que, jusqu'à maintenant, je pensais être le seul à employer. Je me suis informé au sujet de ces termes, y compris de « chasseur-cueilleur » auprès de représentants de différentes organisations forestières. Je me suis informé sur les espèces élites et la fibre. Votre exposé m'a vraiment beaucoup plu. Il montre la voie à suivre. La forêt est une vaste ressource, qu'il faut envisager dans sa totalité. L'avenir nous réserve davantage d'applications.

Monsieur Sherman, encore une fois, il était agréable d'entendre un témoin parler de l'enthousiasme excessif pour la transformation de la cellulose en éthanol. Bien que je comprenne bien les processus chimiques en cause, je n'ai pas compris, dès le départ, l'exposition des facteurs économiques. J'espère que nous commençons à être plus réalistes et moins béatement enthousiastes.

J'ai tout compris de vos propos et j'en sais un bout sur le contexte. Une chose me préoccupe, que nous voyons actuellement au Canada et, certainement, en Nouvelle-Écosse. C'est l'idée de récolter les matières dont vous avez parlé, en particulier, monsieur Thériault; le bois des arbres malades, les résidus de bois de la coupe forestière légitime et les matières ligneuses de très faible valeur qui, naturellement, sont présentes, qui sont naturellement détruites par les incendies. Nous assistons à une levée organisée de boucliers de ceux qui préconisent de laisser ces résidus sur place, dans la forêt, pour fournir des éléments nutritifs renouvelables à la forêt.

Tout au long de leur existence, les forêts ont dû se renouveler, et le feu était le seul moyen de le faire. Elles se renouvellent naturellement, grâce à la foudre, par exemple. Plutôt que d'être dévastateurs, les incendies assuraient le renouvellement de la masse terrestre forestière. Aujourd'hui, nous devrions pouvoir procéder d'une manière plus logique, pour cultiver les ressources et comprendre l'action des éléments nutritifs.

Comment, au Canada, parviendrons-nous à traverser ce qui, c'est à espérer, n'est qu'une passade et comment ferons-nous comprendre au public que l'emploi des matières que vous avez décrites profite, de fait, aux forêts renouvelables, si on s'y prend convenablement, plutôt que de l'empêcher à tout prix, de crainte de détruire la forêt naturelle?

Pouvez-vous nous faire part de vos lumières sur ce sujet?

M. Thériault : En Colombie-Britannique, nous sommes fiers de nos mouvements écologistes importants. Nous sommes pour l'écologie et pour l'environnement. Nous avons de nombreux parcs.

Quand nous avons commencé cette récupération, les gens ont d'abord pensé que, à l'aide de râteaux géants, nous ramassions tout ce qui se trouvait dans la forêt. Nous n'utilisons pas cette méthode. Notre activité se déroule dans le cours normal de la coupe forestière. Pendant la coupe, il y a toujours de grosses branches qui se brisent et qui sont laissées sur le sol. Nous n'emportons pas sur le bord de la route tous les résidus d'une opération normale de coupe, que nous entasserions et que, de toute manière, on brûlerait. Il n'est pas rentable de râteler la forêt.

Beaucoup de mes bons amis m'ont dit que si nous prenions tous les gros débris ligneux et les emportions, conformément à la terminologie en vogue en Colombie-Britannique, il ne resterait rien pour le sol. Je les ai invités à venir inspecter notre travail. Après quelques visites, ils ont compris que nous n'emportons que ce qui est normalement brûlé. J'ai des photos d'énormes bûchers sur le bord de la route. À la première neige, nous nous rendons sur place avec des véhicules tout-terrain et allumons les feux. C'est quelque chose à voir. De toute manière, ce sera gaspillé.

Désormais, ce n'est plus le cas. On brûle ces matières dans un milieu propice, et les gens l'apprécient. C'est la perception du public, mais il est facile de convaincre le public que c'est une bonne chose, si on n'exagère pas.

Nous avons entendu dire que lorsque les forêts sont dévastées par les dendroctones, on devrait laisser les arbres morts tomber d'eux-mêmes. Dans les années 1980, le dendroctone du pin ponderosa a infesté les forêts, et les arbres se sont abattus. La foudre cause des incendies gigantesques, dont l'extinction coûte des millions de dollars. Qui paie pour la sylviculture? Personne, parce que, en vertu du système en vigueur, celui qui coupe le bois doit acquitter des frais de sylviculture. Si personne ne récolte le bois et n'en tire de revenus, d'où vient l'argent? Il vient des contribuables. Si, après une coupe de récupération, on vend les billes 40 $ le mètre, 5 $ vont à la sylviculture, comme c'est l'usage. La coupe de récupération est une bonne chose pour la forêt; c'est l'échelle à laquelle on la pratique qui doit nous préoccuper.

M. Samson : Je suis un scientifique de l'agriculture et un sélectionneur de végétaux. Je suis agronome. Je comprends donc assez bien les sols, tant sous les tropiques qu'au Canada. Nous pouvons prélever des quantités considérables de matières dans certains sols et, dans d'autres, nous ne devrions rien prendre. Chaque emplacement constitue un cas d'espèce. Nous ne devrions pas penser que si, à répétition, nous prélevions l'énergie de l'écosystème forestier et que nous la brûlions, le système se maintiendra, ce qui est faux. Ma famille possède des terrains boisés dans le nord du Nouveau-Brunswick, et je peux vous assurer que la coupe à outrance dans la région n'est pas durable. Sur ses podzols, on ne peut simplement pas prélever de quantités considérables de biomasse pendant une courte révolution sous peine de réduire la productivité primaire de la forêt.

La chose la plus durable que nous puissions faire est d'utiliser des révolutions plus longues pour nos forêts, de fabriquer des produits en bois massif et d'utiliser les résidus pour en tirer l'énergie. Ainsi, nous pouvons vraiment réduire au minimum l'extraction outrancière, comme la récupération de la biomasse dans la couverture morte. Cela causera des problèmes d'envasement des cours d'eau, que, dans des endroits comme la Colombie-Britannique et le Canada atlantique, les pêcheurs n'apprécient pas.

Je crois fermement que, en général, l'énergie tirée de la biomasse est une bonne chose et j'essaie de convaincre les écologistes. Cependant, si nous exagérons ou si nous gérons la forêt de façon non durable, nous causons du tort. Le gouvernement canadien doit collaborer avec les provinces et les utilisateurs finaux à l'élaboration d'une politique forestière axée sur la bioénergie durable.

M. Sherman : Je fais miens les commentaires de M. Samson et je précise que la récupération des résidus n'est possible que dans des types de sols forestiers de stations très particulières. Aux États-Unis, la tendance est à laisser sur place, pour ne pas les brûler, les parties de l'arbre (l'extrémité supérieure ligneuse des branches, le feuillage) beaucoup plus riches en cendres, en minéraux et en éléments nutritifs indispensables à la croissance, qui sont le siège de la photosynthèse. En effet, leur brûlage provoque la formation de scories, de salissures et de la corrosion à l'intérieur des systèmes de combustion, ce qui cause des problèmes mécaniques de fonctionnement dus principalement à la formation de gros mâchefers et de verre sur les grilles.

À un certain moment, des gens cherchaient vraiment à obtenir, par ratissage du sol forestier, les matières de la moindre qualité qui avaient la valeur écologique la plus grande. À mesure que naissent des techniques nouvelles et les marchés pour les accueillir, on privilégie de plus en plus les tiges de moindre qualité, les matières possédant le diamètre le plus petit, les aiguilles, les ramilles, les branches et la matière que l'on devrait laisser derrière soi. Aux États-Unis assurément, l'énergie des copeaux et des granulés est simplement venue occuper le créneau abandonné par le déclin rapide du marché du bois destiné aux pâtes et papiers.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Monsieur Thériault, pour l'utilisation de la biomasse, est-ce que vous êtes passé directement aux granules plutôt que de passer par les copeaux?

M. Thériault : Non, on a découvert que pour les granules, c'est un peu plus compliqué. Le bois a besoin d'être de meilleure qualité, comme M. Sherman l'a dit. Les granules ne prennent pas beaucoup d'écorces. S'il y a des aiguilles de pin, cela ne fonctionne pas bien. En fait, la plus grande partie de notre travail est effectuée avec les copeaux. Le broyeur n'est pas un ciseau qui coupe le bois. Le bois est éclaté et cela fait des copeaux. Puisque chez nous, à Williams Lake, le plan est déjà établi, le mieux à faire présentement est de l'électricité, c'est-à-dire brûler les copeaux pour chauffer les chaudières et faire de l'électricité.

Les usines sont surtout centrées sur l'utilisation des sciures de bois et des plantules de bois qui viennent des usines. Elles ne sont pas vraiment organisées pour accepter le bois qui vient de la forêt. Ces usines utilisent une fibre tellement petite comparativement à ce qu'on produit dans le bois, cela prend plus de temps et plus d'argent pour que ces usines puissent utiliser le bois qui vient directement des forêts. Elles n'ont pas de salles de bois, même pas de cour à bois. Il est donc difficile d'amener des billots pour le moulin à copeaux, comparativement à une installation qui est équipée pour manipuler ce bois.

[Traduction]

Le sénateur Robichaud : Monsieur Sherman, à quel point a-t-il été difficile de convaincre les écoles d'adopter le chauffage aux copeaux de bois. Nous avons entendu dire que la technique, les chaudières et l'entreposage sont les principaux obstacles à la conversion.

M. Sherman : Je dirais que, dans les premières années, la tâche a été très difficile. Le nouveau et le différent font peur, les choses familières rassurent. Les premiers systèmes construits ont bien fonctionné pendant plusieurs années. Quand je vante la conversion devant des commissaires scolaires et une collectivité, je fais mon métier. Les louanges d'une autre collectivité qui utilise le système depuis cinq ans sont beaucoup plus convaincantes si le directeur administratif, le principal de l'école et les employés d'entretien se félicitent tous d'avoir pris la meilleure décision possible.

En réalité, ce qui est difficile, c'est de réaliser les 5 ou 10 premiers projets dans une région. Il faut ensuite dépasser cette masse critique. Il est facile de convaincre d'autres collectivités d'adopter ce modèle quand leurs responsables le voient en action et qu'ils parlent à leurs homologues qui l'ont déjà adopté.

Le sénateur Robichaud : A-t-on encouragé la première conversion, par un projet de démonstration, par exemple, pour que les gens puissent voir, la plupart du temps?

M. Sherman : Il y a deux objectifs principaux. Le premier est l'appui en matière de coûts d'équipement, c'est-à-dire l'investissement dans le matériel, en quelque sorte. Par l'entremise du ministère de l'Éducation du Vermont, l'État a créé des fonds. Un modèle semblable a existé dans d'autres États, mais je ne citerai que le Vermont en exemple.

L'État a payé 50 p. 100 et même, à un certain moment, jusqu'à 90 p. 100 des coûts d'équipement. La municipalité devait fournir elle-même ou par des obligations municipales un plus petit pourcentage. Cela augmentait la rentabilité de l'opération et faisait paraître beaucoup mieux les choses. Je dirais, sans hésiter, que le taux de 90 p. 100 était excessif. Il n'était pas vraiment nécessaire d'aller si loin. Au taux de 50 p. 100, le projet aurait quand même été de l'avant, et les gens y auraient quand même adhéré.

En ce qui concerne l'autre élément lié aux fonds publics, une modeste somme d'argent a été consacrée à financer un organisme comme le nôtre afin de fournir de l'information crédible à ces décideurs, mais également pour organiser des visites guidées afin que les gens puissent venir voir ces installations. S'il y a trois collectivités qui envisagent la possibilité d'installer un système à base de copeaux de bois, nous allons noliser un autobus et faire un voyage d'une heure pour aller visiter des installations. Nous organisons ce genre d'événement. C'est un autre élément déterminant.

Le dernier élément, c'est de faire l'étude de préfaisabilité et de faisabilité économiques et techniques de manière que vous ne serez pas simplement en train de financer un projet qui n'est pas bien adapté. Vous voulez vous assurer que chacun de ces projets constitue un bon investissement des deniers publics. Nous faisons une analyse des coûts sur un cycle de vie de 30 ans dans laquelle nous comparons le nouveau système au système actuel de chauffage aux combustibles fossiles pour déterminer lequel des deux procurera les plus grandes économies au cours de cette période de temps.

Le sénateur Robichaud : Quelle a été l'importance de l'utilisation de la matière locale, de la création d'emplois, pour obtenir cette matière? Quelle était l'importance de cela, plutôt que simplement les économies réalisées par l'administration?

M. Sherman : J'aimerais pouvoir dire qu'elle a été énorme, mais je ne serais pas tout à fait honnête en disant cela. Dans la plupart des collectivités, tous les avantages en matière de développement économique rural, environnemental et communautaire, font que les gens sont heureux de prendre cette décision, mais souvent, ce n'est pas le véritable moteur. C'est le rendement de l'investissement qui est le moteur de la majorité de ces systèmes. Toutefois, si vous pouvez en profiter pour inclure tous les avantages additionnels qui sont difficiles à incorporer dans l'analyse économique en tant que facteurs externes, alors, c'est la cerise sur le gâteau.

Le sénateur Eaton : Monsieur Thériault, votre région de Williams Lake a été dévastée par l'infestation du dendroctone du pin ponderosa. Une fois que vous avez abattu ces arbres, pouvez-vous reboiser immédiatement ou y a- t-il une période de décontamination? Pouvez-vous reboiser immédiatement sans problème, c'est-à-dire, le dendroctone du pin n'a pas survécu dans les débris au sol?

M. Thériault : Non. Une fois que les arbres sont morts, le dendroctone a disparu. Ils tuent un arbre et ensuite, ils meurent. Nous pourrions reboiser immédiatement. Notre politique, c'est de récolter au cours de l'année qui suit. Nous plantons le printemps suivant.

Le sénateur Eaton : Est-ce que vous plantez les mêmes essences d'arbres, ou un mélange d'arbres, ou est-ce que vous changez ce que vous plantez?

M. Thériault : Nous essayons de reproduire ce qu'il y avait auparavant. Dans la plupart des cas, si c'était du pin à 100 p. 100, nous planterions 100 p. 100 de pins. Dans les cas où il y aurait 30 p. 100 d'épinettes, nous inclurions 30 p. 100 d'épinettes dans le mélange, pour garder la même structure forestière qu'avant.

Le sénateur Eaton : Monsieur Samson, lorsque vous parlez de faire pousser des arbres dans des plantations pour la récolte, à quels arbres pensez-vous pour notre climat? Est-ce que vous pensez à des arbres comme le saule, au sujet duquel je sais que l'on fait des expériences en ce moment, pour la production de biomasse?

M. Samson : Je n'essaie pas de promouvoir l'idée que nous allons supplanter les Brésiliens ou les Chiliens pour ce qui est de faire de la foresterie de plantation. Si vous avez le pin de Monterey au Chili, ou l'eucalyptus au Brésil, les sélectionneurs là-bas sélectionnent des arbres de meilleure qualité ayant une fibre améliorée. Les coûts de récolte et le milieu de croissance sont en train de détruire notre potentiel pour devenir économiquement viable dans l'industrie des pâtes et papiers. Je vous dirais que les industries traditionnelles fondées sur la fibre à bon marché sont des industries dont nous devrions nous retirer progressivement pour rechercher de nouvelles occasions.

Nous pouvons regarder du côté du secteur agricole. L'industrie du bovin dans l'Est du Canada est une industrie en déclin. Nous ne devrions pas investir d'argent dans les producteurs de bovins de l'est du Canada pour les garder en affaires, parce qu'ils n'ont pas d'avenir. Nous devons faire une transition. Avec l'industrie des pâtes et papiers d'aujourd'hui, une occasion de transition que nous avons essayé d'amener était de faire pousser des herbes agricoles comme le panic raide et le barbon de Gérard pour les mélanger à des résidus de bois afin de produire un produit de pâtes et papiers à faible coût. Nous avons reçu une certaine aide de la part de Ressources naturelles Canada pour ce travail. Cela pourrait être une occasion, mais ces copeaux de bois d'eucalyptus constituent un produit très bon marché.

Le sénateur Eaton : Je ne parle pas des pâtes et papiers; je parle des biocombustibles.

M. Samson : Dans le cas des biocombustibles, si vous regardez les données économiques, le secteur agricole avec notre panic raide, nous avons été les premiers à faire du travail au Canada en 1991 pour comparer les arbres à croissance rapide et des herbes à croissance rapide. En termes de gigajoules, nous pouvions produire un granule d'herbe qui coûtait 40 p. 100 de moins qu'un granule de bois. Une bonne partie de la population du Canada vit dans des zones agricoles, par exemple, à Winnipeg, Calgary, Edmonton et Toronto. Les zones forestières ne sont pas si densément peuplées que cela. C'est pourquoi je propose au comité d'examiner l'idée des combustibles densifiés comme une façon d'accélérer le développement des résidus forestiers pour utilisation par la population en général.

À Williams Lake, il est évident que vous devez sortir ce produit sous une forme autre que les copeaux de bois parce qu'il y en a tellement, que vous devez le densifier et l'envoyer à l'extérieur du pays. Le problème qu'ont les producteurs de granules, c'est qu'il n'y a pas d'encouragement dans le système canadien pour l'utilisation du produit, alors, il est expédié en Europe. Nous avons alors des valeurs décroissantes en termes de crédit de carbone et un euro décroissant. Par conséquent, l'exportation n'est plus une entreprise viable. Nous avons une surcapacité de production dans l'industrie de la granulation et nous avons un gouvernement qui appuie la création de nouvelles usines plutôt que de fournir des incitatifs pour développer cette industrie. Le Vermont a aidé à faire croître l'utilisation. C'est de cette façon qu'il faut aller de l'avant.

Le sénateur Eaton : Ce qui veut dire, construire des infrastructures de chauffage et encourager les nouveaux développements pour l'utilisation du poêle à bois pour usage domestique, par exemple?

M. Samson : Oui, les poêles et les chaudières à granules. J'ai suggéré que nous ayons des incitatifs pour les combustibles densifiés pour aider le marché du chauffage. Pour les utilisateurs à petite échelle, comment aidez-vous les utilisateurs de chaleur? Vous pouvez leur donner une forme de compensation pour l'acquisition d'équipements, ce qui serait bien, mais il serait bien également qu'ils aient un incitatif de l'ordre de 20 $ la tonne pour vendre leurs produits. Cela leur donnerait une subvention modeste pour faire concurrence à la subvention américaine qui est, à l'heure actuelle, de 40 $ la tonne.

L'autre élément serait les applications liées à la production d'électricité, c'est-à-dire, si on ramenait l'incitatif d'un cent le kilowattheure. Avant, le gouvernement fédéral avait un incitatif de 25 p. 100 pour compenser les biens d'équipement pour l'industrie des biocombustibles. L'incitatif a été retiré parce qu'un consultant quelconque a rédigé un rapport indiquant que cela était trop rentable. Nous ne voyons pas un développement accéléré de l'industrie. Nous avons vu un effondrement du prix du gaz naturel. Nous avons besoin d'aide par l'intermédiaire d'une compensation pour les biens d'équipement dans le secteur de la biomasse.

Le sénateur Eaton : J'ai passé une journée à l'Université de Guelph. On semble faire des expériences à la suite desquelles on va encourager les agriculteurs à avoir un panier mixte, c'est-à-dire qu'ils vont faire pousser des saules comme haies entre les champs.

M. Samson : Nous appuyons les avantages environnementaux des concepts d'agri-foresterie au Canada. Cependant, si vous faites une analyse de ce que les agriculteurs veulent planter, la dernière chose au monde qu'ils veulent planter, ce sont des arbres sur une terre agricole. Ce sont les chercheurs qui ont ce projet et qui font la promotion de ce concept.

Le sénateur Eaton : Non, mais vous pouvez récolter le saule après trois ans. Il reste dans le sol pendant 20 ans et vous pouvez continuer de le récolter tous les ans.

M. Samson : Si vous examinez les études socioéconomiques qui ont été réalisées sur les choix que font les agriculteurs, c'est leur dernier choix. En fait, c'est un cycle de récolte de quatre ans. Vous avez un investissement initial de plus de 2 500 à 3 000 $ l'hectare. Vous devez attendre quatre ans et vous n'avez pas d'autres marchés pour le produit. Dans le cas d'une culture comme le panic raide, l'investissement initial ne représente que le cinquième de cela et vous avez un cycle de récolte annuel. Effectivement, vous pouvez faire une coupe à blanc écologique chaque année. La biomasse herbacée est beaucoup plus efficace pour ce qui est de capter l'énergie solaire et utilise moins d'eau en tant que batterie solaire. Je considère la plantation d'arbres à des fins énergétiques au Canada comme un projet de recherche permanent.

Le sénateur Eaton : Je suis désolé de ne pas avoir les connaissances scientifiques pour débattre avec vous, mais un professeur qui fait toutes ses recherches le ferait. Je pense que le panic raide produit plus de cendres. Il y a des désavantages à cela.

M. Samson : Je ne dis pas que c'est la panacée, mais les agriculteurs préfèrent cela à faire pousser des arbres.

Le sénateur Eaton : Nous examinons toutes les questions. Que recommanderiez-vous pour ce rapport? Que pourrions-nous faire pour que la biomasse, les granules de bois, soit plus largement utilisée? Pourquoi ne chercherions- nous pas à en faire une utilisation domestique dans les développements domiciliaires, comme le font la Suède et la Norvège?

M. Samson : Les granules canadiens sont présents dans la plupart des nouvelles constructions en Allemagne aujourd'hui pour le chauffage.

Le sénateur Eaton : Pourquoi ne le faisons-nous pas ici?

M. Samson : Le gouvernement fédéral doit faire preuve de plus de leadership. Nous comprenons que le Canada profite de cette grande prospérité à cause du secteur des combustibles fossiles, mais nous devons prendre conscience que, globalement, nous devons aider toutes les régions du Canada. Des régions, en particulier l'est du Canada, doivent payer plus cher pour les combustibles fossiles et nous n'avons pas grand-chose dans la région. Nous avons des problèmes d'emploi dans le secteur forestier et dans le secteur agricole. Cela pourrait être une occasion de prospérité lorsqu'on examine la question globalement. Il n'est pas nécessaire de voir cela comme une concurrence au secteur des combustibles fossiles.

Le sénateur Eaton : Cela peut être utilisé comme un argument environnemental.

M. Samson : Oui. Il y a des avantages sociaux, environnementaux et économiques lorsque ce concept est appliqué de manière efficace. Il me fera plaisir de travailler avec le gouvernement fédéral pour élaborer une analyse de politiques plus efficace de cette question pour faire quelque chose de plus détaillé.

M. Sherman : En Europe, les combustibles fossiles coûtent cher et ils subventionnent les énergies renouvelables. Au Canada, en comparaison, l'électricité et les combustibles fossiles coûtent moins cher. Vous avez les ressources disponibles. Il est tout simplement sensé que la ressource soit expédiée en Europe. En gros, c'est la réponse très simple.

Le sénateur Mahovlich : Vous avez parlé du coût de l'électricité. Je peux vous assurer que ma facture d'électricité pour chauffer mon chalet est plus élevée que celle que je dois payer pour ma maison à Toronto. Mon chalet est situé dans le nord et même si je brûle du bois, ma facture d'électricité est astronomique. Je pense que la raison pour laquelle ces granules de bois ne brûlent pas partout au Canada, c'est parce que les entreprises d'électricité font beaucoup d'argent. Un homme a pris sa retraite l'an dernier avec 3 ou 4 millions de dollars. Elles font tellement d'argent. Vous aurez beaucoup de difficulté à faire entrer ces granules dans nos maisons.

En ce qui concerne le risque, y a-t-il des risques liés à cette biomasse? Où est le risque pour le public, pour le contribuable? Les Américains paieront beaucoup de taxes pour nettoyer le pétrole dans le Golfe du Mexique. Où est le risque dans le cas de la biomasse? Partout en Amérique, ces forêts doivent être gérées de manière appropriée et je pense que le gouvernement doit examiner cette question de très près. Cependant, il n'y a pas de risque, n'est-ce pas?

M. Sherman : Le public veut s'assurer que le développement dans le domaine de l'énergie de la biomasse, les applications et l'industrie, se fasse de la bonne manière et à cette fin, il faut travailler sur trois fronts. Nous avons besoin d'une politique qui l'oriente dans la bonne direction. Une telle politique doit traiter des émissions atmosphériques, parce que lorsque vous brûlez quoi que ce soit, vous émettez toute une série de polluants dans l'atmosphère. La biomasse ne fait pas exception à la règle. Les matières particulaires constituent probablement la principale question prioritaire où la biomasse peut faire concurrence et imiter le profil des émissions des systèmes fondés sur les combustibles fossiles si vous utilisez des chaudières à haute efficacité et des technologies de réduction en fin de processus, comme des dépoussiéreurs à sacs filtrants, des dépoussiéreurs électriques et des cyclones. L'autre front, c'est la gestion et la durabilité des forêts en ce qui concerne la capacité limite régionale de ces paniers de produits étant donné la multitude de leurs autres fonctions, y compris la production de produits de bois d'oeuvre dimensionnels. Le dernier front, c'est la fiabilité globale de l'infrastructure en place pour obtenir cela. Si je construis une centrale énergétique, je peux installer un pipeline et je peux savoir, plus ou moins, que j'obtiendrai du gaz naturel pour mon installation pour les 20 prochaines années. Où est le pipeline virtuel pour les bûcherons et les camionneurs et pour extraire cette matière de la forêt? Ce sont les trois principaux domaines qui font intervenir un risque. Les secteurs public et privé veulent s'assurer que tous ces éléments sont en place.

Le sénateur Mahovlich : Monsieur Thériault, nous avons à l'heure actuelle, en Colombie-Britannique, une catastrophe avec le dendroctone du pin. Il y a beaucoup de travail à faire avec ces arbres qui pourrissent. Le gouvernement ne devrait-il pas stocker ce bois, le transformer en granules et, peut-être, les stocker pour utilisation ultérieure?

M. Thériault : Je ne pense pas que nous puissions le faire suffisamment rapidement. C'est aussi simple que cela.

Le sénateur Mahovlich : Est-il trop tard?

M. Thériault : Il est trop tard, la région est très vaste. Il y aura du gaspillage, c'est certain. Nous faisons ce que nous pouvons pour récupérer autant de bois que nous pouvons le faire.

Le sénateur Mahovlich : Pourrions-nous exporter ce bois? Si nous regardons du côté de l'Allemagne et de la France, je suis certain qu'ils n'ont pas les forêts que nous avons.

M. Thériault : Non. Il ne fait aucun doute que les grandes entreprises, comme Pinnacle Pellets, exportent la plus grande partie de leurs stocks en Europe en vrac. Elles remplissent des bateaux à ras bord à Vancouver et à Prince Rupert qu'elles expédient en Europe. Elles font ce qu'elles peuvent. À l'heure actuelle, compte tenu des quantités astronomiques que nous avons, je ne pense pas que nous puissions y arriver.

Le sénateur Mahovlich : Il n'y a pas de demande pour ce bois.

M. Thériault : Je ne pense pas que nous serons en mesure de l'utiliser en totalité.

Le sénateur Plett : Je me ferai l'écho de ce que le sénateur Ogilvie a dit au sujet des exposés. Vous avez réussi à me convaincre vraiment jusqu'à ce que M. Samson dise que nous ne devrions plus aider les éleveurs de bovins dans l'Est.

M. Samson : .J'étais un éleveur de bétail.

Le sénateur Mercer : Cela n'aide pas à rendre votre accueil plus chaleureux ici.

Le sénateur Plett : Je ne suis pas certain que nous devrions subventionner une industrie par rapport à une autre. Tout le monde veut de l'aide et nous devons déterminer pourquoi nous donnons des subventions. Est-ce pour créer des emplois? Si c'est le cas, il y a des répercussions sur les impôts et tout le reste. Toutefois, dans votre industrie — et cela a été dit avec raison —, nous n'avons pas en ce moment d'utilisation pour les copeaux de bois au Canada, mais nous les exportons. Le sénateur Mahovlich vient juste de demander pourquoi nous n'exportons pas davantage de nos granules de bois. Si nous voulons créer des emplois, cela créerait également des emplois. Si c'est là ce que nous essayons de faire, nous n'avons pas besoin de brûler les granules de bois ici même au Canada.

Permettez-moi de vous dire que je suis probablement aussi favorable, ou même plus favorable, à l'utilisation de la biomasse pour produire des combustibles que n'importe qui d'autre. Je l'ai dit ici à maintes reprises. J'ai passé toute ma vie dans le domaine du chauffage et nous avons installé différentes installations de chauffage utilisant différents combustibles.

Un des problèmes que nous avons constatés dans le passé, c'est l'incertitude de l'approvisionnement en biomasse dont nous avons besoin. Nous installons des systèmes mixtes, des générateurs d'air chaud mixtes bois-électricité. Juste au cas où nous n'aurions pas suffisamment de bois, nous pouvons toujours nous tourner vers l'électricité. Alors, nous nous rendons compte que le fait d'aller chercher le bois et de le mettre dans le poêle demande beaucoup de temps, alors, nous faisons tout simplement une croix sur la partie bois et nous utilisons uniquement la partie électricité.

Au Manitoba, nous avons eu de nombreux programmes gouvernementaux, et notre entreprise en a profité, où Manitoba Hydro donnait une somme d'argent si quelqu'un se convertissait à l'énergie géothermique ou utilisait un système mixte bois-électricité, et ainsi de suite. Tous ces programmes ont semblé prendre leur envol, puis ensuite, on les a réduits.

Vous avez dit, et avec raison, monsieur Sherman, qu'il doit y avoir une période de recouvrement. Je ne suis pas certain si un grand nombre de ces systèmes de biomasse ont des périodes de recouvrement.

J'ai un système de chauffage géothermique à la maison. Je crois que si on ne peut pas le payer en l'espace de cinq ans, cela ne vaut pas la peine de l'installer. Je ne pense pas pouvoir payer un système de chauffage géothermique, lorsque je l'ai installé à mon coût, dans mon foyer, encore moins si je devais le vendre à quelqu'un à un prix de détail. Il y a un problème, et c'est pourquoi nous avons besoin de subventions.

L'une de mes questions est liée à l'approvisionnement à long terme. Il y a quelques jours, un témoin a laissé entendre qu'une des raisons qui expliquent pourquoi les gens ont de la difficulté à obtenir du capital pour améliorer leur entreprise, c'est parce que les banques s'inquiètent de la rupture de l'approvisionnement. Vous avez dit que nous avons une courte période de temps pour faire cela. J'aimerais que vous répondiez à deux questions.

Premièrement, vous avez dit que la forêt nous était accessible, mais dans votre exposé, vous avez fait allusion à un approvisionnement de 15 à 20 ans. J'aimerais que vous nous parliez de cette observation.

De même, y a-t-il un approvisionnement constant et est-ce que cet approvisionnement est constant partout au Canada ou seulement dans certaines parties du Canada?

M. Thériault : En un sens, il est régionalisé. Je parle d'un approvisionnement d'environ 15, 20 ans en Colombie- Britannique, simplement parce que les arbres sont morts. Avant cette épidémie, notre approvisionnement était durable. Les arbres poussaient. Ils ne poussent plus maintenant.

Nous avons un énorme surplus à l'heure actuelle. Nous ne savons pas quoi en faire. Comme je l'ai dit, nous n'arriverons pas à tout l'utiliser. C'est malheureux.

Globalement, l'immensité de nos forêts à elle seule rend l'approvisionnement durable, je crois. Il y aura toujours du bois qui poussera. Nous l'utilisons comme sous-produit, et non comme produit primaire. Tant et aussi longtemps que les scieries seront actives, il y aura un approvisionnement. Nous utilisons les résidus.

En ce qui concerne les résidus, nous n'utilisons pas les branches et tout cela. Lorsque ces arbres arrivent au bord du chemin, toutes les branches sont brisées et ont été laissées derrière, au sol. Nous utilisons essentiellement le bois. Ai-je répondu à votre question?

Le sénateur Plett : Non, je ne le pense pas. Vous dites que nous avons 15 à 20 ans, et vous l'avez encore confirmé, mais vous avez dit que l'approvisionnement était durable. Y a-t-il une incohérence dans cette observation?

M. Thériault : C'est certainement le cas, dans notre marché régional, parce que nous sommes au centre de toute cette affaire. C'est une histoire très différente dans le cas de la zone côtière de la Colombie-Britannique ou de l'île de Vancouver. Ces forêts sont gérées en fonction de la durabilité.

Dans notre cas, nous parlons de récupérer du bois à la suite d'une catastrophe. Ce n'est jamais durable lorsqu'on fait de la récupération à la suite d'une catastrophe. C'est pourquoi il est difficile de dire, pour l'intérieur de la Colombie- Britannique, je vais dépenser 400 millions de dollars pour construire une centrale électrique avec une période de recouvrement de 20 ans alors que mon approvisionnement en bois n'est censé durer que 20 ans. C'est prendre un risque énorme.

En ce qui concerne les usines de granulation, nous pourrions les bâtir et les déplacer. Après 10 ans, vous pourriez dire : « Nous avons exploité entièrement ce marché, partons et allons dans la prochaine ville et continuons. » Ces usines sont mobiles, mais pas les centrales électriques.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique a invité BC Hydro à lancer un appel d'offres pour de l'énergie. Il y a eu la première phase et notre entreprise y a participé. Nous avons examiné l'approvisionnement en bois dans la province. Nous avons constaté qu'il y avait un surplus à court terme, mais il était très difficile de justifier l'investissement de l'argent nécessaire pour faire de la production d'électricité à l'échelle industrielle à partir de la biomasse simplement parce que l'approvisionnement en bois va diminuer avec la disparition du pin.

Il y a des régions au Canada, si vous regardez la côte Est, l'Ontario et le Québec et tout cela, où il n'y a pas de problème avec les insectes, et je pense que cela pourrait être durable.

Le sénateur Plett : Cela n'est pas très réconfortant.

M. Thériault : C'est vrai. Le risque est énorme. Dans notre cas, nous avons un surplus à l'heure actuelle. Cependant, lorsque vous faites votre dossier d'analyse, vous avez avantage à le faire sur une courte période de temps, parce que cela ne durera pas très longtemps.

Le sénateur Plett : Est-ce la raison pour laquelle les banques ont peur de ce type d'activité?

M. Thériault : Non, je pense que les banques ont tout simplement peur de la foresterie en général. C'est la même chose si vous êtes exploitant d'une scierie ou si vous êtes dans l'industrie de la pâte.

Lorsque nous avons acheté un intérêt dans Harmac Pacific à Nanaimo, aucune banque n'a voulu nous prêter de l'argent, alors, nous avons dû investir notre propre argent et aller voir des investisseurs privés. Les prix de la pâte sont à la hausse et les banques ont communiqué avec nous pour investir. Nous avons décliné leur offre. Nous leur avons répondu que nous étions désolés, mais qu'elles avaient raté le bateau. Au début, les banques fuyaient tout ce qui était lié à la foresterie.

M. Sherman : Aux États-Unis, un des principaux obstacles à l'obtention d'un financement pour les plus gros projets liés à la biomasse est le manque de solvabilité dans la chaîne d'approvisionnement actuelle. Lorsqu'une grande institution financière dit qu'elle veut investir 100 millions de dollars dans une usine — qu'il s'agisse d'une centrale électrique, d'une usine de granulation, ou de quoi que ce soit d'autre —, l'approvisionnement vient souvent d'un grand nombre de fournisseurs différents qui contribuent tous à alimenter cette installation particulière. Un grand nombre de ces bûcherons ont contracté une hypothèque de deuxième rang sur leur maison pour financer leur débusqueuse, leur déchiqueteuse d'arbres entiers et tout leur équipement.

Il n'y a pas cette entité unique comparable à Exxon ou un autre fournisseur de charbon ou de gaz naturel ou une entité multinationale intégrée verticalement dont les coffres sont suffisamment bien garnis pour avoir un recours quelconque si cette installation ne recevait pas son combustible.

Je pense que l'industrie financière est habituée de financer des projets liés aux combustibles fossiles et qu'elle n'est pas habituée de financer des projets liés à la biomasse où vous n'avez pas cette solvabilité et cet approvisionnement.

Le sénateur Plett : Je comprends cela, cependant, j'ai été un petit entrepreneur pendant de nombreuses années. J'ai eu des prêts hypothécaires de deuxième et troisième rang sur ma maison à quelques reprises au cours de ma vie et je n'ai jamais obtenu la charité ou des subventions du gouvernement. Quelqu'un qui contracte une hypothèque de deuxième rang sur sa maison pour faire quelque chose dans lequel il croit n'aurait pas besoin de me convaincre de quoi que ce soit.

Ce n'est pas mon rôle ici de donner des réponses ou de débattre. Toutefois, j'appuie l'aide gouvernementale. Ne vous méprenez pas, mais je pense qu'à un moment donné, il faut que ce soit durable. Jusqu'ici, le chauffage au moyen de la biomasse, que ce soit les granules de bois, les copeaux de bois — ou hier, je lisais un exposé sur l'utilisation des sites d'enfouissement. À mes yeux, c'est quelque chose de merveilleux sauf que, évidemment, le coût de ces usines est si élevé que nous devons déterminer si elles sont faisables.

À un moment donné, l'usine doit être en mesure de voler de ses propres ailes. Je pense que le gouvernement devrait investir. Le gouvernement devrait travailler avec ce concept, mais à un moment donné, elle doit fonctionner par elle- même. J'ai accès au gaz naturel et, évidemment, dans de nombreuses parties du pays, ce n'est pas le cas; alors, je peux comprendre une partie des dilemmes. Cependant, là où le gaz naturel est accessible, je ne peux jamais voir cela comme si cela allait me faire économiser beaucoup d'argent.

M. Samson : Nous faisons une analyse économique de l'occasion offerte par le combustible densifié. Le coût du combustible densifié se situe entre 8 et 12 $ le gigajoule. Le coût de l'huile de chauffage pour un propriétaire se situe entre 15 et 20 $ le gigajoule.

Il y a des occasions du point de vue stratégique. Le Québec est en train d'augmenter ses tarifs d'électricité. Il n'y a aucune raison que 60 p. 100 des foyers du Québec soient chauffés à l'électricité comme source d'énergie principale alors qu'ils pourraient être chauffés au moyen d'une énergie de qualité inhérente inférieure pour pouvoir exporter cette énergie en Ontario dans le cadre de cette grande fédération appelée le Canada.

Nous avons cette situation, dont j'ai parlé plus tôt, où le producteur de bovins de l'est du Canada n'est pas compétitif parce que l'agriculteur du Manitoba peut produire du foin et de la paille pour 50 à 60 $ la tonne tandis que pour l'agriculteur du Québec et de l'Ontario, il en coûte 100 $ la tonne. Alors, nous utilisons les services du CN et nous importons par chemin de fer.

Le sénateur Plett : Maintenant, vous me dites que vous voulez que l'argent vienne au Manitoba. Voilà quelque chose que j'appuie.

Le sénateur Mercer : Je n'ai entendu personne dire une telle chose.

M. Samson : L'industrie des pâtes et papiers canadienne est en train de perdre sa compétitivité face au Brésil et au Chili, alors, nous devons trouver un moyen de transition pour utiliser cette terre à une valeur plus élevée. Qu'il s'agisse des éleveurs de bovins ou des producteurs forestiers dans l'est du Canada, nous devons trouver la meilleure valeur. Nous devons le faire ensemble et réfléchir ensemble et ne pas subventionner quelque chose qui est une industrie en déclin. Nous devons dire : « Très bien, les ordinateurs sont en train de prendre le marché. Nous ne pouvons plus subventionner des fabricants de machines à écrire ».

Nous devons avoir une vision de ce qui s'en vient. Nous devons analyser la situation mondiale et prendre conscience que nous ne vivons pas dans le monde d'il y a 60 ans où le boeuf provenait de l'éleveur local dans le nord du Nouveau- Brunswick. La situation a changé, et l'industrie des produits forestiers a changé, comme j'ai essayé de vous le montrer. Nous sommes en train de perdre notre compétitivité dans nos industries traditionnelles et nous devons réaliser une transition sous peine de vivre les mêmes difficultés que l'agriculture a vécues au cours des 20 dernières années.

Le sénateur Fairbairn : Ce fut une matinée extrêmement intéressante. Il y a quatre ans, nous avons décidé de parcourir l'ensemble du pays, pour nous rendre dans chaque province et territoire afin de tenir des audiences libres, pour entendre tout ce que les gens de notre grand pays avaient à dire.

L'endroit où nous avons choisi d'aller était Williams Lake. Je viens de l'Alberta, alors, il y a une certaine amitié ici au sujet de ce qui est arrivé à ce moment-là lorsque vos dendroctones franchissaient la frontière...

M. Thériault : Les Rocheuses, oui.

Le sénateur Fairbairn : ... dans la partie nord de l'Alberta.

Ce que vous travaillez très fort à réaliser est merveilleux. Nous sommes arrivés à Williams Lake par avion. Je ne pense pas qu'un seul mot ait été prononcé alors que nous regardions par la fenêtre cet énorme amoncellement de rose qui s'étendait partout. Nous avions tous lu à propos de cette histoire et tout le reste, mais voir cela dans toute son immensité n'était pas tant bouleversant, mais cela nous a certainement fait beaucoup réfléchir.

Nous avons eu une réunion à l'école en ville. Nous n'avons pas vu les personnes qui travaillaient dans cette industrie parce qu'elles étaient trop occupées pour prendre le temps de venir nous voir. Nous avons eu des gens qui faisaient l'élevage du bétail et le reste.

Ensuite, nous avons reçu un appel de Quesnel. Il y avait un endroit à Quesnel qui prenait toutes ces choses roses sur le sol, parce qu'il s'agissait d'une entreprise de meubles. Ces gens transformaient cette matière en toutes sortes de meubles. C'était du très bon travail. Ils ont eu la gentillesse de nous remettre à chacun un cadeau au moment de notre départ, que j'ai toujours d'ailleurs. La dernière fois que j'ai essayé d'appeler ces gens, j'ai appris que l'entreprise avait fermé ses portes.

C'est un sujet extrêmement difficile, mais il y a également des choses que vous avez tous très bien faites. Pouvez-vous nous donner une idée de ce qui arrive dans les plus petites collectivités, en ces temps difficiles où vous faites de votre mieux? Je sais que ce n'est pas merveilleux là où se trouvent tous ces arbres, mais dans les plus petites localités, où les gens essayaient désespérément de s'accommoder de la situation; ils ne pouvaient pas fuir la situation, mais ils voulaient trouver une façon d'utiliser le bois.

Pouvez-vous nous dire quelque chose à ce sujet? Je ne pense pas que ce dont vous parlez aujourd'hui soit entièrement négatif. C'est plutôt le contraire, compte tenu du travail acharné que vous faites. Je vous en remercie.

M. Thériault : À court terme, il y aura des occasions. Le bois est là. Lorsque vous avez visité Williams Lake il y a quatre ans, les gens étaient optimistes. Les scieries fonctionnaient à pleine capacité. Les scieries de la Colombie- Britannique peuvent faire concurrence à n'importe quelle scierie dans le monde. Ce sont des scieries haut de gamme. Jusqu'à il y a trois ou quatre ans, de grandes entreprises comme West Fraser Timber investissaient dans ces superscieries. Canfor et d'autres en faisaient autant. Toutes ces scieries sont d'un très haut niveau.

Nous n'avons jamais vu le problème. Nous pensions que tout fonctionnait. Les insectes étaient là, mais à court terme, c'est une occasion. C'était jusqu'à l'an dernier, lorsque tout s'est arrêté. Les gens dans ces petites collectivités ont pris conscience de la précarité de leur situation. C'était juste sous nos yeux.

Si vous prenez l'avion ou l'hélicoptère, vous le voyiez. Toutefois, les gens ont choisi de ne pas le voir. Ils croyaient que cette économie particulière existerait toujours; la forêt est tellement grande que vous ne pouvez pas manquer de bois. Depuis la crise de l'an dernier, les gens consacrent beaucoup d'efforts à trouver des solutions de rechange.

Il est certain qu'il y a des défis. Au cours des quatre dernières années, la région a probablement vu la construction d'une grande usine de pâte. Il s'agit d'une usine d'une capacité de 500 000 tonnes par année. Si les scieries ne fonctionnent pas et ne produisent pas le bran de scie nécessaire, alors, votre modèle économique s'effondre.

C'est la même chose avec une centrale électrique. Ce que M. Samson a dit au sujet de l'électricité est tellement vrai. À presque tous les égards, vous ne pouvez pas concurrencer l'hydroélectricité. Vous pouvez avoir de grands projets pour soutenir ces villes, des centrales électriques et tout le reste, mais si vous les construisez et essayez de vendre sur le réseau hydroélectrique, vous ne pouvez tout simplement pas concurrencer sans une décision sociale et sans une volonté politique de faire des changements. Le gouvernement doit dire à BC Hydro qu'elle devra payer quelques cents de plus le kilowattheure pour soutenir cette entreprise. Si le gouvernement ne prend pas certaines mesures, le projet ne lèvera jamais. Nous avons besoin d'un certain soutien de cette façon. Il s'agit d'une décision sociale. Ou bien nous regardons la situation ou disons qu'il n'y a rien à faire et restons impuissants, ou bien nous demandons comment nous pouvons aider.

Il y a des occasions. Nous sommes là pour faire de l'argent. Nous avons transformé cette biomasse en une entreprise rentable en ce moment même, avec une aide minimale, alors, nous le faisons avec notre propre argent. Nous avons tout hypothéqué au maximum et avons essayé de le faire.

[Français]

Le sénateur Rivard : Monsieur Thériault, dans votre présentation vous avez effleuré le sujet de la cogénération en disant qu'elle était un débouché pour la biomasse. Vous avez mentionné ce qui se produit dans votre province. Vous expliquez qu'au Québec, lorsqu'une entreprise produit de l'électricité par cogénération, cette électricité doit servir pour l'entreprise même, comme dans le cas d'une papetière, et les surplus doivent être vendus à Hydro-Québec.

Il y a un an ou deux, le gouvernement a permis à une usine de faire de la cogénération. Toutefois, vu que le coût de revente d'électricité était trop élevé, cette usine a fermé. Or, Hydro-Québec, à cause du contrat, a dû payer des sommes faramineuses en pénalités.

En Colombie-Britannique, dans le domaine de la biomasse, y a-t-il un marché pour la cogénération? Dans l'affirmative, cette activité est-elle soumise aux mêmes règlements voulant que, selon le plan de cogénération, c'est l'entreprise qui doit consommer l'électricité qu'elle produit, et les surplus sont vendus à la compagnie d'électricité de la Colombie-Britannique? Est-ce que la biomasse serait une avenue intéressante pour d'autres projets de cogénération?

M. Thériault : Je vais essayer tenter de répondre brièvement. À Williams Lake, l'usine de génération vend l'électricité directement à la BC Hydro; elle ne l'utilise pas localement.

Cette usine fut construite pour remplacer les brûleurs de copeaux de bois. Auparavant, on entreposait les copeaux de bois ou on les brûlait. Une entente fut sans doute conclue avec BC Hydro pour prendre le coût du bois en considération. Tous les projets proposés en Colombie-Britannique présentement concernent des usines de pâtes et papier.

La BC Utility Commission fixe le prix payé pour l'électricité vendu par ces usines. Il est impossible d'entrer en compétition avec l'hydro-électricité. Cette option est donc la moins dispendieuse.

Jusqu'au jour où la BC Utility Commission déterminera que le coût au kilowatt relié à la biomasse est viable, nous demeurons en attente.

Le sénateur Rivard : Ce n'est donc pas pour demain qu'on verra des débouchés de votre biomasse pour des projets de cogénération?

M. Thériault : Nous avons la chance d'avoir un débouché grâce à l'usine existante.

Toutefois, dans d'autres villes comme Cornell, Vanderhoof et Prince George, les usines sont inexistantes et il faudrait les construire. Sauf les usines de pâtes et papiers comme vous dites, il n'y a pas d'usine qui sont construites purement à ces fins.

Le sénateur Rivard : J'aurais un commentaire pour les usines du Vermont. Y a-t-il des usines de cogénération dans votre État?

[Traduction]

M. Sherman : Au Vermont, il y a deux centrales électriques indépendantes. Au New Hampshire, il y en a six; dans le Maine, on en retrouve plus de 10, et il en reste une poignée éparpillée un peu partout dans le reste du pays. Il s'agit de centrales indépendantes pour la production d'électricité en réseau d'une puissance de 10 à 60 mégawatts. Les contrats d'achat d'électricité varient grandement. Dans les années 1980, un contrat PERPA assurait une bonification pour l'électricité provenant de la biomasse. Un grand nombre de ces contrats arriveront bientôt à échéance.

À l'heure actuelle, le marché de la production d'électricité est surtout mu par certains crédits d'impôts fédéraux aux producteurs et par le marché du crédit pour les énergies renouvelables en vertu duquel ils reçoivent un prix supérieur par mégawatt-heure produit dans le cadre des normes relatives aux portefeuilles d'énergies renouvelables des États individuels. Voilà le moteur de politique qui fait en sorte que ces centrales soient réalisables.

En même temps, il y a un désavantage additionnel pour la production d'électricité pure par rapport à la cogénération, parce qu'ils jettent par la fenêtre la totalité de l'énergie thermique produite, qui s'élève à environ 75 p. 100. Le but est d'encourager la production combinée de chaleur et d'électricité où l'énergie thermique qui est normalement rejetée par une centrale électrique est captée et utilisée d'une manière quelconque. Agencer la demande et la charge d'électricité pour qu'elles coïncident avec la charge thermique qui se trouve dans le voisinage et que l'on peut livrer de manière rentable, plutôt que de simplement la gaspiller, est plus facile à dire qu'à faire.

Le président : Nous vous remercions de votre présence ici ce matin. Vos exposés ont certainement été très instructifs.

[Français]

Je remercie M. Thériault, du Nouveau-Brunswick, qui gère une entreprise comme celle-là. Je n'ai aucun doute qu'avec le leadership que vous venez de nous démontrer ce matin, vous allez très bien réussir.

[Traduction]

Messieurs Samson et Sherman, merci encore une fois. J'espère que nous pourrons correspondre avec vous pour obtenir plus d'informations. À titre de président, je peux dire que nous pourrions vous inviter de nouveau.

(La séance est levée.)