Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 9 - Témoignages du 28 octobre 2010


OTTAWA, le jeudi 28 octobre 2010

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui, à 8 heures, pour étudier l'état actuel et les perspectives d'avenir du secteur forestier au Canada.

Le sénateur Percy Mockler (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Je déclare la séance ouverte. Du Canada, nous souhaitons le bonjour à la Finlande.

Pasi Puttonen, directeur de la recherche, Metla — Institut finlandais de recherche forestière : Mes plus cordiales salutations de la Finlande, honorables sénateurs.

Le président : Nous vous souhaitons la bienvenue à cette réunion du Comité sénatorial de l'agriculture et des forêts.

Je suis le sénateur Percy Mockler, du Nouveau-Brunswick, au Canada. Je suis le président du comité. Le comité poursuit son étude sur l'état actuel et les perspectives d'avenir du secteur forestier au Canada et se penche, plus particulièrement, sur la recherche, le développement et l'innovation dans le secteur forestier.

Notre réunion se déroulera en deux temps. Nous entendrons d'abord un premier témoin par vidéoconférence, pendant la première heure; ce sera le professeur de la Finlande. L'autre témoin comparaîtra ensuite, par vidéoconférence également; il sera avec nous pendant la deuxième heure.

J'ai l'honneur, ce matin, d'inviter les membres du comité à entendre, d'abord, M. Pasi Puttonen, directeur de la recherche de Metla, l'Institut finlandais de recherche sur la forêt. Il comparaît depuis Vantaa, en Finlande. Nous nous trouvons nous-mêmes à Ottawa, au Canada. Avant d'inviter le témoin à nous présenter son exposé, je vais d'abord demander aux sénateurs du comité de se présenter.

Le sénateur Mercer : Bonjour, je suis Terry Mercer, de la Nouvelle-Écosse.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Bonjour. Je suis Fernand Robichaud de la province du Nouveau-Brunswick.

[Traduction]

Le sénateur Fairbairn : Sénateur Joyce Fairbairn, de l'Alberta.

Le sénateur Mahovlich : Sénateur Frank Mahovlich, de l'Ontario.

Le sénateur MacDonald : Sénateur Michael MacDonald, de la Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Ogilvie : Sénateur Kelvin Ogilvie, de la Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Eaton : Sénateur Nicky Eaton, de l'Ontario.

Le président : Monsieur Puttonen, nous sommes honorés que vous ayez accepté notre invitation et nous vous remercions de comparaître par vidéoconférence. Je vous invite maintenant à présenter votre exposé. Une période de questions et de réponses d'une heure suivra ensuite. La parole est à vous; nous vous écoutons.

M. Puttonen : Je vous remercie beaucoup de m'avoir invité. Je suis heureux de constater que notre connexion transatlantique fonctionne bien jusqu'à présent. Espérons qu'elle ne nous laissera pas tomber au cours de la prochaine heure. Merci également d'avoir demandé aux sénateurs de se présenter.

Je vais maintenant passer à un exposé qui devrait s'afficher quelque part sur votre écran. Est-ce que vous le voyez?

Le président : Oui.

M. Puttonen : Très bien.

Cet exposé compte pas mal de diapositives mais je ne vais pas m'attarder à chacune d'elles aujourd'hui; c'est de l'information générale à votre intention. Je vais traiter de quelques points importants concernant le dossier de la technologie et de l'innovation dans le domaine de la recherche en Finlande.

Cet exposé ne concerne pas que l'Institut de recherche sur les forêts. Nous avons un réseau qui regroupe des programmes et des organisations de toute sorte. Je vais vous parler de la manière dont la Finlande s'est organisée pour ce qui est des technologies de recherche et de l'innovation; je vais vous décrire la nature des liens qui existent entre les organisations de financement, les instituts de recherche, l'industrie et l'Union européenne, qui ont tous un rôle à jouer dans notre système.

Je vais d'abord examiner le système d'innovation de la Finlande. Ensuite, j'aborderai quelques éléments clés propres au secteur forestier de la Finlande, soit la manière dont nous avons organisé la recherche-développement et l'innovation dans le domaine de la foresterie, la coordination de tout cela par notre institut, Metla, et, finalement, la portée de nos échanges avec le Canada dans ce domaine.

Voici un aperçu simplifié du système des sciences et de la technologie en Finlande. Une caractéristique clé de ce système est le fait que, depuis au moins 20 ans, nous disposons d'un conseil de recherche et d'innovation qui relève directement du gouvernement. Le premier ministre est le président de ce conseil, ce qui place le dossier de la recherche et de l'innovation dans une position très avantageuse.

Les opérations sont ensuite exécutées par deux ministères de premier plan. Le ministère de l'Éducation joue un rôle majeur, car c'est lui qui attribue les fonds dans le domaine de l'éducation et de la recherche. L'autre ministère clé est le ministère de l'Emploi et de l'Économie, car c'est ce ministère qui gère les fonds accordés à l'industrie pour l'avancement du développement et de la recherche. Bien entendu, d'autres ministères sont également concernés. Par exemple, à l'Institut de recherche sur les forêts, nous relevons du ministère des Forêts et de l'Agriculture.

Il y a également, parmi les éléments clés du système finlandais, ce que nous appelons les instituts de recherche sectorielle, qui relèvent de différents ministères. C'est le cas de l'institut pour lequel je travaille qui, comme je l'ai déjà dit, relève du ministère de l'Agriculture et des Forêts. Nous avons 20 instituts de recherche sectorielle différents. Depuis quelques temps, ces instituts font l'objet de débats animés. Certains prétendent qu'ils doivent demeurer indépendants, d'autres, qu'ils doivent fusionner les uns avec les autres, ou avec les universités. Il y a de vives discussions à ce sujet.

Quoi qu'il en soit, les instituts de recherche sectorielle se sont, jusqu'à présent, principalement occupés de l'aspect appliqué des sciences et de la technologie, tandis que la recherche fondamentale a plutôt été l'apanage des universités. Le financement des universités provient essentiellement de l'Académie de Finlande, qui est l'équivalent du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie.

Nous avons un autre organisme de financement important, qui s'appelle Tekes. C'est cet organisme qui gère le gros des fonds affectés au développement de l'industrie. Nous avons enfin deux ou trois autres organismes de financement importants. C'est un résumé de la situation; nous avons un conseil de recherche et d'innovation de haut niveau, et les instituts sectoriels sont des éléments clés du système, tout comme les universités.

Une caractéristique particulière de notre système est que, malgré le fait que la Finlande est un petit pays de 5 millions d'habitants, nous avons 20 universités, 30 écoles polytechniques et les 20 instituts sectoriels dont j'ai parlé. Nous accordons une importance assez substantielle à l'enseignement supérieur et à la recherche.

En ce qui concerne notre politique actuelle en matière de technologie, il va de soi que son objectif est d'accroître la compétitivité de l'industrie finlandaise. Au cours des dernières années, les fonds alloués à la R-D équivalent à 3,5 ou à 3,6 p. 100 du produit national brut de la Finlande, et l'objectif est d'augmenter encore davantage cette proportion. Voilà ce que nous faisons, côté financement, pour améliorer notre compétitivité.

Nous avons par ailleurs — et c'est une composante clé de notre système — ce que nous appelons des centres stratégiques pour la science, la technologie et l'innovation. Ces centres ont été mis sur pied au cours des deux ou trois dernières années. Il s'agit essentiellement de partenariats public-privé, des PPP, qui ont pour objectif de renouveler les pôles industriels, de définir de nouvelles bases pour la croissance et d'augmenter l'assiette fiscale. Je vais en parler davantage quand je ferai la description de Metla. Nous avons six centres d'innovation en sciences et technologie, y compris le Forestcluster Ltd, dont je parlerai davantage lorsque nous examinerons les prochaines diapositives.

Notre politique d'innovation dans le domaine de la technologie ne se limite pas à la recherche et à l'innovation; il faut y donner plus d'ampleur de manière à ce qu'elle englobe les compétences en affaires et en gestion. La politique actuelle met l'accent sur les compétences en gestion ainsi que sur les innovations dans le domaine des services, parce qu'une grande partie de notre produit national provient déjà du secteur des services.

Cette diapositive-ci illustre les investissements en R-D de la Finlande comparativement à ceux d'autres pays, principalement européens. La Suède arrive en tête, avec près de 4 p. 100 de son PIB qui va à la R-D. Ce chiffre s'établit à environ 3,5 p. 100 pour la Finlande, et nous travaillons actuellement à augmenter ce pourcentage. Viennent ensuite le Japon, la Suisse et les autres pays. Il s'agit d'investissements assez élevés, mais ces pays estiment que ces investissements en valent la peine.

Voici maintenant quelques chiffres importants concernant le secteur forestier. D'abord, les emplois se répartissent entre le secteur forestier, c'est-à-dire la foresterie, la partie qui concerne les forêts, et l'industrie en tant que telle. De nos jours, cela représente environ 3,5 p. 100 de l'emploi, et la production transnationale se chiffre aux alentours de 6 p. 100 —, ce qui demeure néanmoins une proportion très importante de la valeur des exportations, soit environ 20 p. 100 des exportations annuelles. Au cours des 30 dernières années, ce chiffre a diminué de près de 50 p. 100, mais cela représente toujours une partie substantielle de l'économie de la Finlande et une partie importante de notre production industrielle. Ces chiffres se comparent à ceux de l'Ontario ou de la Colombie-Britannique.

Bien que cela représente une proportion notable du PNB, les employés qui travaillent dans ce secteur ne sont pas si nombreux que cela. Le secteur de la foresterie, qui comprend l'exploitation forestière, la sylviculture et les travaux de ce genre, compte aujourd'hui moins de 30 000 employés. C'est un secteur qui est plutôt mécanisé et qui a été passablement rationalisé.

En fait, nous avons un étrange problème qui s'annonce. Nous n'avons pas suffisamment de travailleurs pour exécuter les travaux de foresterie, alors nous envisageons d'autres solutions, qu'il s'agisse de l'embauche d'employés en provenance de pays voisins, ou d'une mécanisation encore plus poussée dans ce domaine. L'industrie forestière, les pâtes et papiers et l'industrie mécanique emploient environ 60 000 personnes. Cela s'explique par une chaîne de production passablement rationalisée dans le secteur de la foresterie et dans celui des industries forestières.

Un autre aspect important de la foresterie, en Finlande, est le rôle joué par les propriétaires de ces forêts privées non industrielles. Ces propriétaires possèdent environ 60 p. 100 des terres, une proportion encore plus grande des arbres, et une proportion encore plus importante du volume annuel de croissance des arbres. Cette situation a mené à la création d'organisations de différents types, qui servent les intérêts des propriétaires de forêts privées non industrielles, ainsi que de différentes sortes d'associations forestières et d'organisations de transfert des technologies. Quand on parle de la politique forestière en Finlande, il faut se rappeler qu'il y a environ un million de personnes qui appuient ou qui contestent les décisions prises dans le domaine de la foresterie.

La ligne noire que vous apercevez sur cette diapositive indique que les forêts prennent de l'expansion, et la ligne rouge représente le bûcheronnage ou le décroissement. La croissance des forêts est supérieure à l'abattage, alors notre système est plutôt durable.

Quant à la politique sur les forêts, elle est une des composantes du système d'innovation. Nous avons des programmes nationaux en foresterie qui consistent en la mise en œuvre de la politique sur les forêts, surtout à l'échelle nationale, mais la politique inclut également une composante internationale, qui fait partie des discussions sur les politiques scientifiques.

Le programme vise également, entre autres, la création d'emplois et la santé de la forêt. Dans le contexte actuel, les tâches à exécuter au cours des prochaines années en matière de recherche, de développement d'innovation y sont assez bien détaillées. C'est ainsi que le gouvernement établit le plan de match en foresterie. Il s'agit d'un énoncé stratégique national. Je vous parlerai plus en détail de ce qui se passe au sein de l'industrie dans un instant, mais je tenais à vous donner le point de vue gouvernemental sur la gestion de la foresterie à l'échelle nationale. Dans ce contexte, comme nous sommes une composante de l'appareil gouvernemental, notre institut est chargé d'une grande partie des travaux de recherche, de développement et d'innovation exigés par le programme.

De son côté, comme nous savons tous, et comme vous savez sûrement au Canada, l'industrie vit une période de grands changements et elle subit de fortes pressions. C'est la même chose en Scandinavie. La demande est forte pour soutenir la croissance en Asie, où les grandes entreprises telles que UPM-Kymmene de la Finlande ou Sotra Enso de la Finlande et de la Suède font des investissements. On investit beaucoup en Asie, mais on investit également en Amérique latine.

Les changements provoqués par Internet et l'arrivée du livre électronique constituent un autre élément important. Tous ces éléments sont un signe qu'un renouvellement est nécessaire, et en Finlande, ce renouvellement passe par les regroupements stratégiques dans le cadre desquels l'industrie forestière a créé Forestcluster Ltd.

L'industrie forestière est l'instigatrice du plan stratégique national en foresterie. Ce plan met l'accent sur l'établissement d'un réseau entre tous les intervenants en recherche et en innovation, ce qui explique la participation de notre institut de recherche à ce regroupement. Ce regroupement a été constitué en une entreprise privée, ce qui signifie que nous avons dû acheter des actions de cette entreprise avec l'argent de l'État. Cependant, on considère que cette dépense s'inscrit dans la chaîne de valeur en ce qui concerne la collecte de nouvelles données et qu'il est possible, voire souhaitable, que nous participions à ce regroupement. Le gouvernement ne se contente pas de l'appuyer, il lui offre du financement. L'industrie en paie une certaine partie, soit environ la moitié, et le gouvernement fournit l'autre moitié par le truchement de divers organismes de financement. On peut donc dire que le gouvernement souhaite également ce regroupement. Les efforts ne viennent pas que de l'industrie.

Le regroupement a des objectifs très ambitieux pour les 20 prochaines années. Un de ces objectifs consiste à doubler la valeur des produits et services de Forestcluster Ltd. La barre est haute, et la moitié de cette valeur serait créée par de tout nouveaux produits. C'est pour cette raison qu'on accorde beaucoup d'importance aux fonctions recherche, développement et innovation au sein du regroupement. Nous voulons également que la part du bois finlandais augmente. Cela signifie, en fait, qu'il faut aider les propriétaires privés forestiers non industriels, et pour ce faire, un meilleur financement sera nécessaire.

L'Union européenne est un autre participant. Elle dispose de nombreuses plateformes technologiques, soit environ une vingtaine dans des domaines tels que l'acier, les mines et les pêches. La foresterie fait partie de ces plateformes technologiques qui cherchent à obtenir un financement du programme-cadre de l'Union européenne.

En ce moment, le septième programme-cadre est opérationnel, le huitième est rendu à l'étape de la planification, et toutes les plateformes technologiques tentent d'inscrire leur programme à cet organisme de financement.

Il y a quelques années, en Europe, on a créé une plateforme sectorielle sur la foresterie. Cette plateforme contient un plan de recherche. Le programme finlandais fait partie du programme européen. Notre institut, Metla, participe au programme de l'entreprise finlandaise Finnish Forestcluster Ltd.

Metla participe actuellement à une discussion stratégique sur l'avenir de notre secteur d'activités. Nous avons ajouté récemment la bioéconomie à notre mission afin que Metla assure le bien-être et l'avenir d'une société bioéconomique. Le terme bioéconomie est à la mode et il s'agit d'un mot mal défini, qui a toutefois fait son apparition dans plusieurs documents stratégiques. Ainsi, nous avons besoin de définir la signification exacte du terme. En ce qui concerne la foresterie, nous considérons que ce terme signifie une ressource renouvelable qui pourra se transformer en de nombreux types de produits et services. La bioéconomie est cruciale.

Notre institut est d'assez grande envergure. Nous recevons environ 51 millions d'euros par année en financement, ce qui ferait de nous le principal institut du genre en Europe. Le meilleur siège n'est pas celui du plus gros, mais à l'échelle de l'Europe, nous sommes un assez gros joueur.

Pour organiser le travail, nous faisons appel à des fonctions reposant sur les processus. Nos principales fonctions sont la production, l'acquisition et la mise en application de résultats de recherche, ce qui comprend le transfert des technologies, au sujet duquel je donnerai plus de détails dans les diapositives suivantes.

Nous offrons d'autres services publics parce que nous appartenons au gouvernement. Nous offrons des services que le gouvernement considère importants, tels que l'inventaire national des forêts, les programmes d'hybridation, l'évaluation de la santé des forêts, l'évaluation des gaz à effet de serre et la production de rapports destinés aux Nations unies, à l'Union européenne et au Protocole de Kyoto.

La majeure partie du travail se situe dans les processus de recherche, de production et d'acquisition, qui se produisent d'un client à l'autre. Nous discutons plus que jamais avec des clients potentiels qui ont besoin d'être informés. Nous élaborons nos programmes et nos projets en discutant avec les clients. Nous collaborons avec eux tout au long de la chaîne de recherche jusqu'à ce que les biens, les services et les produits soient livrés. Nous concentrons nos efforts d'un client à l'autre. En axant notre travail sur les clients, nous avons procédé à des changements culturels rendus nécessaires, même s'il était compliqué d'apporter ces changements au sein de notre institut.

Comment sommes-nous préparés pour l'avenir? La diapositive montre nos domaines de recherche et l'ordre de priorité que nous avons établi. L'entrepreneuriat axé sur la forêt et la manière dont il permet aux gens de gagner leur vie constitue notre priorité. Viennent au second rang la forêt et la société, qui incluent la politique sur les forêts et les impacts sociaux. Ensuite, on trouve les pratiques de foresterie durable, ce qui inclut les aspects environnementaux. Enfin, il y a l'information que nous cueillons par l'entremise de tous ces programmes ainsi que les services que nous pouvons offrir grâce à cette information.

Nous nous concentrons surtout sur l'entrepreneuriat, qui soutient l'aspect bioéconomique et le plan stratégique de l'industrie. Il appuie également le programme stratégique du gouvernement en matière de foresterie.

Sur cette diapositive, on peut voir le processus de recherche simplifié. Au centre, vous trouverez une classification relative des types de biens et de services que nous offrons. Il y a les publications traditionnelles avec comité de lecture, mais il y a également de nombreuses autres publications vouées au transfert de technologies. Nous offrons de nombreux produits pour différents types de clients, surtout dans le domaine de la foresterie. Nous ne travaillons pas encore beaucoup dans le domaine de l'industrie forestière. Les produits et services sont axés sur la forêt. Le tourisme et les loisirs sont considérés comme des usages croissants de la forêt. Nous offrons un certain nombre de services experts, tels que des programmes de modélisation pour différents usages ou des spécialistes qui travaillent sur des projets d'aide au développement pour l'inventaire des forêts. Nous sommes également une composante du système d'éducation. Nous offrons des postes de professeurs conjointement avec les universités. Ils transmettent leur savoir à la prochaine génération de chercheurs forestiers. Nous travaillons avec nos clients en leur offrant des produits sur mesure pour eux.

La prochaine diapositive est une image en entonnoir des objectifs stratégiques, où la bioéconomie concentre maintenant ses énergies sur les domaines où l'entrepreneuriat est la clé de voûte. Nous devons avoir des connaissances de base dans ces domaines prioritaires. Nous devons maîtriser cette expertise de base si nous voulons que l'institut soit considéré comme fiable. Ensuite, on retrouve les programmes et les projets de recherche. Lorsque j'ai montré cette image aux autres scientifiques, ils ont remarqué qu'ils étaient en bas de l'entonnoir, au tout petit point noir.

Du côté de l'industrie, et du gouvernement, on met l'accent sur différentes alliances avec des joueurs clés. En ce qui concerne le Centre stratégique pour la science, la technologie et l'innovation, Forestcluster Ltd est un nouvel allié de taille. Un autre regroupement est en formation à partir du regroupement de l'énergie et de l'environnement, et nous en ferons également partie.

Nous avons formé des alliances avec d'autres instituts de recherche. On a adopté des lois pour nous inciter à collaborer étroitement avec les autres instituts et organismes de recherche, à accroître la collaboration horizontale et les effets sur le plan social, à améliorer la productivité et à veiller à une compétitivité accrue à l'échelle internationale.

Quels sont nos liens avec le Canada? À l'échelle gouvernementale, il existe un protocole d'entente entre le Canada et la Finlande, qui a été mis à jour il y a quelques années, je pense que c'était en 2007.

Il y a eu récemment de nouvelles initiatives avec des organismes canadiens. Au Canada, nous avons maintenant des liens formels avec FPInnovations. Il existe des programmes conjoints en bioénergie, financés en partie par l'Union européenne.

Le principal intérêt de Metla, de FPInnovations au Canada et de Forestcluster Ltd en Finlande réside dans les nouveaux bioproduits à base de bois. Il faut du temps pour concevoir et élaborer ces produits et un effort commun est nécessaire. Même si la finlandaise Forestcluster Ltd considère FPInnovations comme un concurrent dans ce domaine, nous discutons en vue de mettre nos efforts en commun. Il existe quelques autres réseaux de collaboration au sein de l'Union européenne. Notre institut cherche à améliorer la collaboration dans le domaine des produits en bois massif. Bien entendu, nous collaborons avec les scientifiques universitaires et Ressources naturelles Canada, RNCan. Dans l'ensemble, nous pouvons encore améliorer la collaboration entre le Canada et la Finlande dans le domaine des nouveaux bioproduits. Metla est ouverte à toute collaboration avec les organismes canadiens.

Si l'on part du fait qu'il s'agit ici d'un réseau de haut niveau, et que la Finlande est membre de l'Union européenne, on en arrive à plusieurs conclusions qui appellent l'intégration et la collaboration. L'existence de solides réseaux scientifiques parle d'elle-même — les programmes-cadres de l'UE que j'ai décrits en quelques mots en sont un élément essentiel. Vous savez bien sûr que ces programmes-cadres font essentiellement concurrence à la science et à la technologie de l'Amérique du Nord, et que leur but est d'essayer de se hisser au moins au même niveau que l'Amérique du Nord dans les années à venir. On observe une espèce de concurrence entre les deux continents. Tous ces programmes de l'UE sont tournés vers des grandes priorités de quelques pays d'Asie, ainsi que d'Amérique du Sud.

Nous avons établi des centres d'excellence nationaux et stratégiques pour la recherche, le développement et l'innovation. La politique de notre gouvernement sur le programme forestier national explique ce que le gouvernement attend du domaine forestier. Nous avons aussi quelques autres programmes de recherche sur les nouveaux moyens de réduire les coûts de production, au moyen de la chaîne de valeurs, entre la forêt et les produits forestiers. Non seulement des coûts plus bas et des produits plus utiles rehaussent la valeur des produits actuels, mais ils entraînent aussi la création de nouveaux produits fabriqués à partir du bois et de la biomasse ligneuse.

Metla s'est efforcé de s'intégrer à ce réseau et de s'occuper de la recherche, du développement et de l'innovation. Nous avons cherché à modifier notre stratégie de manière à appuyer ces objectifs, à réorienter la recherche vers l'entrepreneuriat forestier et à mettre l'accent sur la relation avec les clients, sans pour autant cesser d'offrir une solide expertise stratégique en science à l'interne ni de trouver de nouveaux partenaires étrangers.

J'ai des liens Internet où l'on trouve de plus amples renseignements sur les sujets dont je viens de parler — les politiques sur les sciences forestières, les modes de financement des sciences, les systèmes de politiques forestières en Finlande, Forestcluster Ltd et la plateforme technologique du secteur forestier européen, qui remanie aussi sa stratégie.

Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de comparaître.

Le président : Monsieur Puttonen, je vous remercie infiniment de cet exposé intéressant, éclairant et instructif. Passons maintenant aux questions.

Le sénateur Eaton : Nous étudions la chaîne de l'exploitation forestière, de la récolte au stade du développement et de la recherche. Des difficultés marquent la transition entre la recherche et le marché, qui est le dernier maillon. Avez- vous connu cette même difficulté, ou y avez-vous trouvé une solution?

M. Puttonen : Nous avons eu le même problème parce que ça exige des scientifiques qu'ils modifient leur culture de travail. Un scientifique de l'école classique ne cherche pas à obtenir des produits commercialisables. Nos organisations ont presque toutes essayé de renforcer notre approche aux droits de propriété intellectuelle, les DPI. On obtiendra ainsi une explication claire de ce qui est réalisable avec les résultats de ces nouvelles recherches, et des moyens de les appliquer à certaines parties de la chaîne des valeurs. C'est un élément essentiel. La Finlande et l'UE tout entière sont préoccupées par le fait que ces résultats ne parviennent pas jusqu'aux marchés. C'est complètement à l'opposé de ce qui est généralement observé en Amérique du Nord. Une étude statistique du nombre de produits de DPI provenant de la recherche en Amérique du Nord par rapport à ceux qui découlent de la recherche dans l'UE — ou, en l'occurrence, la Finlande — montre que le problème est le même. Nous n'avons pas de réponse précise, mais nous devons modifier graduellement notre mode de collaboration avec les scientifiques, ainsi qu'accorder plus d'importance à la relation avec les clients.

L'argent aide toujours, cela va de soi. Différentes sources de financement sont consacrées aux efforts de mise en marché des idées, de sorte que les scientifiques ne les voient pas comme faisant partie de leurs fonds de recherche. Il existe un fonds spécial pour faire passer les idées par le processus de DPI.

Le sénateur Eaton : Nous éprouvons la même difficulté à passer du stade du capital de risque à celui du marché. Nous avons entendu beaucoup de témoignages de nos experts des codes du bâtiment. A certains égards, les modifications touchant l'utilisation de produits du bois dans les codes du bâtiment au Canada s'appliqueraient uniquement aux constructions de cinq à sept étages. Au-delà, les architectes et les fabricants seraient obligés de prouver que l'utilisation de produits du bois est viable, parce que les codes du bâtiment ne suivent pas les progrès de la recherche. Observez-vous la même chose en Finlande? Est-ce que vos codes du bâtiment sont aussi restrictifs que ceux du Canada?

M. Puttonen : Notre code du bâtiment est plus restrictif encore que celui de bien des provinces canadiennes.

Jusqu'ici, ce code ne le permet que pour les bâtiments de deux ou trois étages. Nous avons nous aussi essayé de changer ce critère pour augmenter l'utilisation du bois. Nous devons faire des efforts en ce sens parce qu'à titre de membre de l'UE, une proportion donnée de l'énergie de la Finlande doit être renouvelable d'ici 2020. Nous devons en même temps réduire les émissions de gaz à effet de serre.

On considère que le bois est une solution, mais ici encore le code du bâtiment s'est révélé un obstacle. Il a été modifié, et on a de plus en plus d'éléments pour prouver qu'il est possible d'assurer la sécurité-incendie d'une construction en bois. La Suède, notre chère voisine, a modifié son code du bâtiment il y a 10 ou 15 ans de cela, et elle construit maintenant des bâtiments de 7 à 10 étages sans rencontrer de problème. Nous sommes aux prises avec la même difficulté, mais c'est aujourd'hui que les circonstances sont propices au changement du code.

Le problème n'est pas simplement le code ou le bois, bien sûr, mais aussi la concurrence avec le secteur de l'acier, du béton et de l'aluminium. Ce secteur cherche à influer sur le code du bâtiment, même si le bois est en lui-même une bonne chose. C'est donc aussi une question de concurrence entre les industries.

Le sénateur Eaton : On dirait que nous partageons beaucoup des mêmes difficultés.

M. Puttonen : Je suis tout à fait d'accord.

Le sénateur Mercer : Merci beaucoup, monsieur, de cet exposé des plus intéressants.

À qui appartient la recherche issue de ces projets, notamment des projets publics-privés? La question concerne bien sûr la mise en application et les profits potentiels.

M. Puttonen : La propriété est divisée. Pour la recherche universitaire, le scientifique détient les droits de propriété intellectuelle. Dans le cas d'un institut gouvernemental comme le nôtre, c'est cet organisme, ou plus fondamentalement le gouvernement, qui détient les droits. L'institut peut les vendre, détenir les brevets, et ainsi de suite. Pour sa part, Forestcluster Ltd est propriétaire du travail réalisé avec son argent. L'industrie forestière est propriétaire des innovations. C'est la réponse simple.

Le sénateur Mercer : J'ai trouvé intéressant d'apprendre que vous souffrez d'une pénurie de travailleurs et que vous devez donc soit chercher des travailleurs, soit innover ou adopter une technologie de pointe. Comme vous êtes membre de l'UE, des habitants d'autres pays de l'UE peuvent aller travailler en Finlande. Est-ce votre source principale de nouveaux travailleurs? Dans l'affirmative, sont-ils déjà formés ou devez-vous assurer leur formation à leur arrivée en Finlande?

M. Puttonen : La plupart des travailleurs proviennent de l'Estonie, quelques-uns de Russie, et d'autres de l'ancien bloc communiste. Nous sommes malheureusement obligés de les former parce que nos emplois sont assez spécialisés et nécessitent l'utilisation d'un équipement fortement automatisé. La formation est une solution, mais il semble que l'automatisation soit plus indiquée, du moins pour une bonne partie de la sylviculture.

Le sénateur Mercer : C'est la première fois que vous employez le mot sylviculture et que vous parlez directement de reboisement. Pouvez-vous nous dire où en est la sylviculture en Finlande?

M. Puttonen : Si j'ai évité de prononcer le mot, c'est que je suis le président du département de sylviculture à l'université et que je n'ai pas voulu m'étendre sur ma propre discipline. Merci de la question.

Une bonne partie de la sylviculture est effectuée à la suite de l'exploitation forestière : la plantation ou la régénération naturelle, le désherbage et l'éclaircissage. La sylviculture comporte plusieurs étapes. Nous essayons d'en garder les coûts au plus bas et d'assurer la rentabilité de chaque travail d'éclaircissage. Les deux dernières années, nous avons été obligés d'augmenter l'énergie renouvelable; nous avons donc procédé à un éclaircissage précoce, qui produit du bois à usage énergétique. Ce type de bois a une valeur raisonnable qui compense les coûts de traitement. Notre sylviculture est plus intensive que celle de bon nombre des provinces canadiennes, et elle prévoit des éclaircissages et des traitements tout au long du cycle de croissance.

Le sénateur Mercer : Vous avez donné une description intéressante du programme stratégique de foresterie nationale. Comment a-t-il été créé? Qui l'a présidé? A-t-il un échéancier? Le renouvelez-vous à échéance fixe, ou est-il en constante évolution?

M. Puttonen : C'est le fruit d'un processus dirigé par le ministère de l'Agriculture et des Forêts, auquel ont participé au moins 40 organisations, et qui a été ensuite débattu dans les 13 régions de la Finlande. Ce processus a une durée normale de 10 ans, mais les changements survenus au cours des 2 ou 3 dernières années nous ont obligés à le mettre à jour plus tôt. Le programme vient d'être renouvelé il y a quelques semaines. Disons qu'il dure normalement 10 ans, mais qu'on le met à jour au besoin. C'est une méthode lente, parfaitement à l'image des processus participatifs canadiens.

Le sénateur Robichaud : J'ai vu dans votre exposé que votre but est de faire grimper de 25 p. 100 la consommation intérieure. Comment comptez-vous y arriver? En construisant des bâtiments, en trouvant de nouvelles utilisations au bois, en exploitant la biomasse ou en tirant parti de n'importe quel autre usage du bois?

M. Puttonen : Un problème de commerce international se cache derrière ce 25 p. 100 — en un mot, la politique russe sur l'exportation du bois. Depuis que la Russie a imposé une taxe ou un prélèvement sur le bois exporté en Finlande, l'importation de bois brut depuis la Russie a cessé d'être profitable. Il y a deux ou trois ans, quelque 20 p. 100 de la consommation annuelle de bois provenaient de la Russie ou des pays avoisinants. Mais à cause de l'imposition d'une taxe élevée, il faut désormais acheter ce bois sur le marché de Venise. Ça explique en partie ces 25 p. 100.

Nous cherchons à élargir son utilisation dans le bâtiment, mais aussi à multiplier son emploi comme source énergétique. La Finlande coupe plus ou moins 50 millions de mètres cubes de bois par année à des fins industrielles. Nous projetons de consacrer 15 millions de mètres cubes exclusivement à l'énergie, c'est-à-dire pour les faire brûler. Mais il faut bien trouver ces 15 millions. Ils proviennent de notre territoire, puisqu'il s'agit des branches et des souches du bois abattu. Voilà qui explique l'augmentation.

Cette politique revient à dire que nous devons augmenter la consommation de bois pour atteindre les objectifs de l'UE en matière d'utilisation des ressources naturelles et des exigences énergétiques.

C'est donc en partie une question de commerce international, mais en partie aussi l'action de la Finlande dans le secteur énergétique.

Le sénateur Robichaud : L'industrie et les instituts de recherche se heurtent-ils à des difficultés de recrutement et de maintien en poste de jeunes scientifiques, chercheurs et entrepreneurs dans l'industrie forestière?

M. Puttonen : De nos jours, cette difficulté provient du simple fait que les jeunes ont vu l'industrie décliner au cours des deux ou trois dernières années. J'ai dit plus haut qu'on a peine à trouver des travailleurs forestiers. Cette difficulté se ressent tout d'abord dans le travail en forêt, chez les techniciens forestiers, c'est-à-dire que les gens ne sont pas disposés à suivre une formation de conducteur d'abatteuse ou d'un autre appareil. La difficulté est moindre pour les chercheurs. On peut les recruter dans d'autres disciplines forestières, surtout de nos jours, parce que les problèmes ne sont plus si étroitement rattachés à la foresterie. Les questions sont de nature plus économique ou sociétale, et le plus souvent, l'expertise ne provient pas des universités spécialisées en foresterie, mais de l'extérieur.

La difficulté est réelle. Nous avons essayé durant l'année écoulée d'engager des économistes à des fins précises, mais sans succès, parce que d'autres domaines leur semblent plus intéressants ou plus lucratifs que la foresterie. Les difficultés sont telles qu'on se demande comment le savoir-faire et l'expertise se transmettront.

Le président : Comme on nous a donné pour mandat d'encourager les produits à valeur ajoutée, j'ai écouté attentivement vos propos sur la bioéconomie.

Ma question fait suite à celle du sénateur Eaton. Certains pays se sont dotés de codes du bâtiment écologiques, mais d'autres — comme le Canada — s'en sont abstenus. J'aimerais en savoir davantage sur l'utilisation qui est faite de l'analyse et des évaluations du cycle de vie. Qu'en est-il des codes du bâtiment écologiques en Finlande ou dans l'UE? Quand ils existent, entraînent-ils une plus grande utilisation de produits de bois?

M. Puttonen : Les choses bougent beaucoup en Finlande également, pour se conformer aux règlements de l'UE. Les analyses et les évaluations du cycle de vie ne sont pas encore obligatoires, mais elles servent à examiner l'utilisation du bois dans les bâtiments. Jusqu'ici, tous les résultats sont plutôt favorables si on les marie à d'autres solutions écologiques, comme le chauffage géothermique des maisons ou l'énergie solaire. La notion de bâtiments écologiques jouit d'un grand soutien. On ne peut trop se fier à l'énergie solaire ici dans le Nord, c'est vrai, mais le recours à l'énergie géothermique pour le chauffage local ou de district est largement étudié.

Une caractéristique du code du bâtiment propre à la Finlande est que beaucoup de cantons ou de banlieues possèdent un système de chauffage central. Il ne s'agit pas d'unités de chauffage individuelles dans les maisons, mais de système centralisé de chauffage. C'est une méthode très efficace pour distribuer et fournir l'énergie.

Le président : Merci, monsieur. Vous avez bien dit que 60 p. 100 des terres forestières de votre pays sont des lots boisés qui appartiennent à des propriétaires privés?

M. Puttonen : C'est exact.

Le président : Quel pourcentage du reboisement des terres privées est effectué par voie de plantation ou de régénération naturelle?

M. Puttonen : Les deux tiers se font par plantation et ensemencement, et les 30 p. 100 restants, par régénération naturelle. Comme la différence entre le nord et le sud est très marquée en Finlande, on fait appel à la régénération naturelle dans le Nord, où le sol est moins fertile.

Le président : Pour finir, quel pourcentage des semis finlandais sont modifiés génétiquement?

M. Puttonen : Aucun semis n'est génétiquement modifié, monsieur le président. C'est interdit dans l'UE. Nous n'en avons tout simplement pas.

Nous avons réalisé cet été la première expérience de modification génétique d'un organisme — une pomme de terre — en Finlande. Mais l'UE est très conservatrice sur cette question, tout autant que sur la foresterie. Ces techniques ou technologies sont utilisées dans la recherche, cela va de soi, mais elles ne visent pas à produire des semis génétiquement modifiés.

Le président : Monsieur, la greffière nous informe que vous êtes déjà venu au Canada. Nous vous invitons à revenir nous voir pour nous entretenir de ce sujet. Vos observations et votre exposé ont été des plus éclairants, et le Sénat vous adresse ses remerciements sincères pour votre participation.

M. Puttonen : Merci beaucoup, monsieur le président. J'ai vécu au Canada, en Colombie-Britannique, pendant près de 10 ans. Je suis donc très heureux d'avoir eu l'occasion de vous parler.

Le président : Nous nous déplaçons maintenant du Canada à la Norvège. C'est le matin ici, mais c'est l'après-midi en Norvège.

Honorables sénateurs, je vous présente nos deux témoins de la Norvège : Jørn Brunsell, directeur général du Norsk Treteknisk Institutt, ou Institut norvégien de technologie du bois, et Jostein Baardsen, ancien directeur général du Norsk Treteknisk Institutt. Les témoins comparaissent devant nous par vidéoconférence depuis Oslo, en Norvège.

Le président : J'invite MM. Baardsen et Brunsell à se présenter, puis l'un ou l'autre pourra ensuite enchaîner le premier exposé. Je vous remercie une fois de plus d'avoir répondu à notre invitation.

Jørn Brunsell, directeur général, Norsk Treteknisk Institutt (Institut norvégien de technologie du bois) : Je m'appelle Jørn Brunsell et je suis le directeur général du Norsk Treteknisk Institutt, ou l'Institut norvégien de technologie du bois. Comme j'en suis directeur depuis janvier seulement, j'ai demandé à M. Baardsen, l'ancien directeur, de donner l'exposé d'aujourd'hui.

Jostein Baardsen, ancien directeur général, Norsk Treteknisk Institutt (Institut norvégien de technologie du bois) : Je m'appelle Jostein Baardsen et j'ai été le directeur général de l'institut pendant 17 ans, jusqu'à janvier dernier.

Si vous le voulez bien, je vais vous présenter notre institut et nos activités.

Le président : Allez-y, après quoi les sénateurs vous poseront des questions.

M. Baardsen : L'Institut norvégien de technologie du bois est le centre de recherche et de développement, R-D, de l'industrie du bois norvégienne. Nous sommes un centre de recherche privé, qui a été créé en 1949. Nous comptons 38 employés, et notre budget annuel est d'environ 37 millions de couronnes norvégiennes, ce qui représente environ 6,2 millions de dollars américains.

Les 145 entreprises membres représentent tous les secteurs de la chaîne de valeur; ce sont surtout des scieries, mais aussi des fabricants de bois lamellé collé — le lamellé-collé, comme on dit —, des fabricants de fermes de toit, l'industrie du travail du bois, l'industrie de la préservation du bois et des fournisseurs de machines et d'équipement.

Nos activités sont financées par des projets de R-D, des contrats avec l'industrie, des contrats d'homologation et d'autres revenus, comme les loyers tirés de certains biens immobiliers. La partie en jaune de la diapositive correspond aux cotisations des membres, qui ne représentent qu'environ 10 p. 100 du budget. Pour le reste, c'est à nous de trouver d'autres sources de revenus.

Nos activités changent d'une année à l'autre, mais l'an dernier, les contrats d'homologation et les essais en ont représenté 35 p. 100; le travail à contrat pour l'industrie, 26 p. 100; et la R-D, 38 p. 100. Chaque secteur d'activité compte donc à peu près pour le tiers, grosso modo.

En 2009, environ 21 p. 100 de tous les contrats et projets venaient de l'étranger, notamment de la Suède, de la Finlande et de l'Autriche. La majeure partie de ces revenus concernait des travaux d'homologation, dont je pourrai vous parler plus longuement tout à l'heure.

En tant qu'association, nous menons également un grand nombre d'activités autofinancées, pour lesquelles nous ne recevons pas de revenus. C'est donc à nous de trouver le financement nécessaire. Les activités principales se trouvent au bas de la diapositive. Avec le développement des compétences, la diffusion des connaissances est l'activité à laquelle nous consacrons la majeure partie de nos ressources. C'est une activité que nous devons financer nous-mêmes, et, comme vous pouvez le constater, elle coûte 14,2 millions de dollars, alors que les revenus que nous tirons des cotisations des membres ne représentent que 3,5 millions de dollars. Nous avons réussi à financer cette activité et même à en tirer des profits.

Nos principales activités sont les projets de R-D, la diffusion des connaissances, le travail à contrat, les contrats d'homologation et de contrôle de la qualité, et la vérification des propriétés et de la qualité des produits. Nos laboratoires sont accrédités. Nous faisons aussi beaucoup de normalisation, à l'échelle nationale et internationale, c'est-à-dire de l'Europe. Nous participons également activement aux réseaux internationaux.

S'agissant de nos compétences, nous sommes à l'avant-garde dans trois domaines : l'encollage, le séchage et le classement du bois.

Nous avons plusieurs laboratoires, dont un pour les essais mécaniques, où nous testons des sciages porteurs, des poutres en lamellé-collé, des éléments en bois massif — c'est-à-dire les sciages stratifiés croisés —, des joints par entures multiples, des produits de bois d'ingénierie, des dispositifs d'assemblage mécanique, des joints de colle, et cetera.

Nous avons un autre laboratoire pour les analyses chimiques, où nous analysons des agents de préservation, des formaldéhydes, des produits ignifuges, des lasures, et cetera. Nous avons un autre laboratoire spécialisé dans le séchage à l'étuve, où nous essayons de mettre au point des processus de séchage optimal, pour divers produits et essences utilisés par l'industrie. Un autre laboratoire est spécialisé dans les colles, et on y teste différentes colles. Nous avons beaucoup de fabricants de colle étrangers parmi nos clients.

Un autre laboratoire, spécialisé dans les traitements de surface, mesure leur résistance aux intempéries, fait des contrôles colorimétriques, et mesure leur lustre et leur résistance au frottement. Nous testons les peintures, les teintures, les vernis à bois et les vernis à plancher. Nous avons même des installations juste à l'extérieur d'Oslo où nous testons le bois enduit et le bois imprégné. Nous avons aussi un laboratoire spécialisé dans l'anatomie du bois.

Nous faisons beaucoup de vérification de la qualité, à l'aide d'essais conformes aux normes approuvées, qui peuvent être des normes européennes, des normes britanniques, des normes allemandes ou autres. Nous sommes le seul laboratoire d'Europe à avoir le titre d'organe d'homologation, selon les normes agricoles japonaises. Beaucoup de clients étrangers s'adressent à nous pour ce genre d'homologation. Nous faisons des vérifications pour les Pays-Bas, conformément à ses exigences, ainsi que pour l'Allemagne. Il existe aussi un processus spécial d'homologation en Europe, qu'on appelle le marquage CE et que notre institut est également habilité à faire.

J'ai parlé du marché japonais. En fait, 82 p. 100 des importations totales de lamellé-collé au Japon ont été homologuées par notre institut. Comme l'indique la diapositive, il y a eu une augmentation par rapport à l'an dernier.

Nous avons beaucoup de processus de contrôle de la qualité. Je ne vais pas tous les énumérer, mais il y a par exemple le contrôle du lamellé-collé, l'approbation technique des matériaux de construction, et un contrôle de séchage spécial selon des normes d'hygiène. L'industrie doit démontrer que les sciages ont été traités pour éviter les micro-organismes. Nous avons également un processus de classement par contraintes mécaniques et un processus pour le bois traité contre la carie.

Notre institut s'emploie également à trouver de nouveaux débouchés sur les marchés pour l'industrie. Les ponts en bois en sont un exemple. Nous savons tous que les ponts en bois existent depuis longtemps, mais il s'agit ici de ponts en bois modernes, capables de résister à une forte circulation automobile.

Dans le coin supérieur gauche de la diapositive, vous avez une photo du plus grand pont en bois du monde, qui se trouve en Norvège. La photo à droite est inspirée de Léonard de Vinci. C'est un pont piétonnier, qui enjambe une artère principale.

Le pont de la photo du centre est principalement destiné au trafic militaire. Ce pont peut résister à une charge de 110 tonnes métriques et est destiné aux chars d'assaut. Il n'y a pratiquement aucune limite aux constructions que vous pouvez réaliser avec du bois.

C'est un secteur où la Norvège a toujours été à l'avant-garde, parmi les pays nordiques. Nous avons entrepris un programme de recherche nordique au début des années 1990, qui a eu beaucoup de succès.

L'autre secteur qui nous intéresse particulièrement concerne les nouvelles méthodes de construction. Par exemple, nous avons travaillé avec des unités en bois massif, du bois en stratifié croisé. Je ne sais pas si vous connaissez cette technique, mais ça marche très bien en Norvège et dans d'autres pays européens, comme l'Autriche, l'Allemagne et la Suède.

Cette technique permet à l'industrie de construire des immeubles de plusieurs étages, résidentiels ou non résidentiels. C'est un matériau qui résiste très bien en cas d'incendie et qui fait concurrence au béton. Avec ce type de bois, le poids d'une structure n'est que le cinquième de son équivalent en béton. Cela permet donc de construire des bâtiments comptant plus d'étages que ceux faits avec des structures en ciment, lorsque les fondations sont faibles. Nous pensons que ce matériau est très prometteur.

Nous étudions les possibilités de constructions urbaines en bois et l'utilisation du bois dans les immeubles modernes. Voici un quartier de Trondheim qui a complètement brûlé, et on y a construit un grand immeuble commercial en bois. Comme vous voyez, il est grand.

Au bas de la diapositive, vous voyez des photos du nouvel opéra d'Oslo, qui a été conçu par Snøhetta, un célèbre cabinet d'architectes de la Norvège. L'opéra lui-même n'est pas construit en bois, mais il y a beaucoup de bois à l'intérieur. Cela nous a donné l'occasion d'avoir un gros contrat pour la vérification de la qualité des produits.

Bien sûr, avec les façades en bois, il y a toute la question de la vérification de la durabilité et de la longévité.

Enfin, j'aimerais vous donner une idée de la façon dont notre institut travaille avec d'autres organisations. Il y a en Norvège cinq organisations axées sur les besoins de l'industrie qui poursuivent, en étroite collaboration, des objectifs communs, mais qui ont chacune des rôles et des activités différents. L'une d'entre elles est l'association des scieries. Notre institut est le centre de R-D pour l'industrie du bois. Ensuite, il y a TreFokus, ce qui veut dire « gros plan sur le bois », qui s'occupe de l'information sur les produits du bois. Nous avons aussi un collège technique qui se spécialise dans l'enseignement des techniques du bois, pour l'industrie du bois. Notre institut en est l'un des fondateurs. Le TreSenteret, qui signifie centre du bois, joue un rôle de liaison entre l'industrie et l'université technique de Trondheim. Nous avons beaucoup investi dans les programmes d'études de cette université pour ce qui est du bois et de la construction en bois. Notre objectif commun est de faire passer la consommation de bois en Norvège à 0,75 mètre cube par habitant.

Cela met fin à mon exposé.

Le président : Merci, monsieur Baardsen. Votre exposé était très précis et correspondait tout à fait au mandat dont notre comité a été saisi. Nous allons maintenant passer aux questions.

Le sénateur Eaton : C'était absolument fascinant, et j'ai l'impression que vous êtes bien en avance sur nous à certains égards.

Nous avons des problèmes avec notre code du bâtiment. J'ai constaté, sur l'une de vos diapositives, que vous faites beaucoup d'essais sur les nouveaux produits, que ce soit des poutres en lamellé-collé ou d'autres innovations. Comment faites-vous avec votre code du bâtiment? Est-ce vous qui le rédigez? Ceux qui le rédigent sont-ils conservateurs ou bien collaborent-il avec vous? Comment ça marche?

M. Brunsell : Je vais essayer de vous répondre. Les instituts de recherche, et pas seulement le nôtre, participent activement à l'élaboration du code du bâtiment. En Norvège, il y a un organisme officiel qui est responsable de la rédaction du code du bâtiment, et les codes sont axés sur la performance. Nous donnons des conseils aux rédacteurs du code du bâtiment, mais nous donnons également des conseils à l'industrie afin qu'elle trouve des solutions pour se conformer au code. C'est de cette façon que nous contribuons à la rédaction du code du bâtiment.

Le sénateur Eaton : Lorsqu'un architecte vous soumet un nouveau plan digne d'intérêt, est-ce qu'il doit utiliser des matériaux dont la conformité au code du bâtiment a déjà été vérifiée, ou bien est-ce que vous décidez de tester certaines de ses théories pour ensuite les proposer aux rédacteurs du code du bâtiment?

M. Brunsell : Nous ne parlons peut-être pas tout à fait de la même chose. Moi je parle des règlements de construction.

M. Baardsen : Ce sont les règlements de construction établis par les autorités.

M. Brunsell : Oui, les règlements de construction établis par les autorités norvégiennes. Si ce n'est pas de cela que vous parlez, je ne suis pas sûr de bien comprendre.

Le sénateur Eaton : Au Canada, lorsqu'un architecte veut, par exemple, construire un immeuble de six ou sept étages, et que le code du bâtiment, provincial ou national, ne contient aucune norme là-dessus ou n'a jamais eu à s'appliquer à un immeuble en bois de six étages, l'architecte doit alors faire des prouesses incroyables pour démontrer qu'un immeuble de six étages est tout à fait viable, même si ça ne s'est jamais fait auparavant. Dans un cas semblable, prenez-vous les devants, ou bien êtes-vous derrière les architectes pour les aider?

M. Brunsell : Bien souvent nous prenons les devants. Parfois les architectes ont d'excellentes idées. Quand ils viennent nous voir, c'est pour que nous trouvions des solutions techniques qui sont conformes au code du bâtiment de la Norvège. Donc, comme vous dites, nous aidons l'architecte.

Le sénateur Eaton : La diffusion de l'information a-t-elle abouti à une sorte de programme « Le bois d'abord »? Avez-vous adopté des lois, en Norvège, pour encourager l'utilisation du bois, ou bien avez-vous tout simplement pris l'habitude d'utiliser davantage de bois que de ciment ou d'acier? À moins que vous utilisiez les trois matériaux en proportion égale?

M. Baardsen : Aucune loi ne nous oblige à utiliser du bois, mais le gouvernement nous encourage à le faire, notamment pour des raisons d'impact sur le climat et sur l'environnement. Le gouvernement nous encourage donc à le faire, et des programmes ont été mis sur pied dans cette optique.

Le sénateur Eaton : Quel genre de programme avez-vous?

M. Baardsen : Par exemple, l'organisation Innovation Norvège a un programme qui aide financièrement les entreprises à utiliser le bois de façon novatrice. Les entreprises peuvent recevoir une aide du gouvernement équivalant à 50 ou 60 p. 100, sous réserve des règles de la Communauté européenne en matière de subventions. Cela peut varier d'un projet à l'autre. En tant qu'institut de R-D, nous sommes souvent engagés par les entreprises pour faire ce travail. C'est un exemple.

Notre conseil national de recherches a également un programme de R-D. C'est un programme qui combine la ressource naturelle et le commerce, et qui s'adresse au secteur forestier et à l'industrie du bois.

Le sénateur Mahovlich : Félicitations, messieurs, pour la qualité de vos exposés. Il y a quelques années, je suis allé en Norvège, notamment à Tromsø.

En 1974, je suis allé en Suède avec MODO Hockey, dans une ville qui s'appelle Örnsköldsvik, où il y a des usines de pâtes et papiers. Beaucoup de villes du Canada, surtout dans le Nord de l'Ontario, ont connu des temps très difficiles. Plusieurs papeteries ont fermé leurs portes, et les autres ont de graves difficultés en cette époque incertaine, ce qui ressemble beaucoup à votre situation.

Comment s'en sortent les villes de Suède et de Norvège qui dépendent d'usines de pâtes et papiers? Réussissent-elles à s'adapter?

M. Baardsen : Je vais essayer de vous répondre même si je ne connais pas très bien l'industrie des pâtes et papiers. En Norvège, il y a une très grosse entreprise qui s'appelle Norske Skog, ce qui veut dire forêts norvégiennes, et qui est l'un des plus gros producteurs de papier journal. Elle a beaucoup souffert de la situation économique des dernières années. Je crois que ça s'est un peu amélioré, mais le problème demeure. Je pense que la capacité de production était excessive dans certaines branches de l'industrie des pâtes et papiers, et nous savons bien sûr qu'il y a eu aussi des problèmes en Finlande, en Suède et dans d'autres pays.

L'industrie des pâtes de bois mécaniques est par contre en plein essor. Certes, elle a connu un ralentissement pendant la crise financière, mais nous avons eu de la chance en Norvège car nous n'avons pas trop été touchés. Aujourd'hui, je crois que l'industrie des pâtes de bois mécaniques peut s'attendre à bien faire dans un proche avenir.

Le sénateur Mahovlich : J'ai vu que vous avez construit un opéra en bois. Avez-vous déjà construit des arénas de hockey en bois? C'est ce que nous avons fait à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver de Vancouver, et ça a été un véritable succès. Tout le monde était très impressionné.

M. Baardsen : Permettez-moi de vous corriger, mais l'opéra lui-même n'est pas construit en bois, c'est simplement pour l'intérieur de l'immeuble qu'on a utilisé beaucoup de bois. Je crois que nous avons aussi chez nous des arénas de hockey qui sont construites en bois.

À l'occasion des Jeux olympiques qui se sont déroulés en Norvège en 1994, nous avons justement construit plusieurs grands arénas sportifs en bois. L'un des plus célèbres est le Bateau viking, comme on l'appelle. Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais la forme de l'aréna ressemble en effet à un bateau viking renversé. Beaucoup de records du monde de patinage ont été battus sur cette patinoire.

Nous avons aussi des patinoires extérieures à Lillehammer et à Hamar, à 100 et à 200 km respectivement au nord d'Oslo.

Le président : Je dois vous dire, chers témoins, que lorsque l'honorable sénateur Mahovlich pose des questions au sujet du hockey ou des arénas, c'est parce qu'il a été l'une de nos grandes vedettes du hockey dans les années 1960 et 1970, avec les Canadiens de Montréal et les Maple Leafs de Toronto.

Le sénateur Ogilvie : Vous venez de parler d'une structure qui a la forme d'un bateau viking renversé. En fait, un des premiers architectes de la Nouvelle-Écosse a construit un aréna de hockey à l'Université Acadia en s'inspirant justement de la forme d'un bateau renversé, car il se trouve que ce type de structure est particulièrement résistant. Je disais cela en passant.

L'utilisation que vous faites du bois pour la construction de ponts, dont les structures doivent être très résistantes, m'impressionne beaucoup, et vous utilisez manifestement des techniques de pointe. Un sénateur vous a posé tout à l'heure une question au sujet des approbations et des règlements à respecter lorsque le bois est utilisé comme matériau principal. Manifestement, vous avez su adapter les règlements à la construction de ce genre de structure.

Pouvez-vous me confirmer qu'il y a bien un immeuble de 17 étages qui a été construit, ou qui est en cours de construction, dans une ville de Norvège?

M. Brunsell : Oui, c'est exact, vous en avez vu les plans, mais nous ne savons pas encore s'il sera construit. L'immeuble s'appelle Maison Barents, et on prévoit le construire dans la ville norvégienne de Kirkenes. Nous avons beau essayer, nous ne pensons pas qu'il sera possible d'utiliser le bois comme principal matériau de construction pour un immeuble aussi haut. Si nous réussissons à régler les problèmes techniques qui se posent aujourd'hui avec 18 ou 20 étages, nous pourrons certainement construire des immeubles de 6, 8 ou 10 étages en utilisant le bois comme principal matériau de construction.

M. Baardsen : Notre centre a été consulté quant à la possibilité de construire cet immeuble de 17 ou même 20 étages. Nous en avons conclu que cela est tout à fait faisable, sans que cela ne pose de gros problèmes.

Le sénateur Ogilvie : Je vous remercie de relativiser les choses. Donc, l'immeuble en est à l'étape de la conception. Si on regarde les obstacles que vous devez surmonter, je suppose que les matériaux et les processus que vous utilisez doivent être conformes aux normes et qu'ils doivent être approuvés. J'aimerais cependant savoir si l'utilisation du bois pour une structure de cette taille suscite de l'opposition, par exemple de la part des fabricants de matériaux concurrents? Les industries de l'acier et du béton suivent-elles la situation en manifestant de l'intérêt ou, au contraire, de l'agressivité?

M. Baardsen : Elles sont inquiètes. Nous ne faisons pas face à une opposition organisée, mais l'industrie du béton, en particulier, s'inquiète de nous voir entrer dans leur chasse gardée, en quelque sorte — pour ce qui est, par exemple, des ponts en bois. Traditionnellement, on misait sur le béton et l'acier pour bâtir ces structures. C'est la même chose pour les immeubles de plusieurs étages. Je suppose que l'industrie du bois est perçue comme une menace.

Le sénateur Ogilvie : Pour terminer, j'aimerais revenir sur l'immeuble en projet. Pensez-vous qu'il recevra l'approbation finale et, si oui, d'ici combien de temps?

M. Brunsell : Il y a de bonnes chances que ce projet reçoive l'approbation finale. En fait, le problème n'est pas là. Le vrai problème est de savoir comment on pourra louer un immeuble aussi grand dans cette petite ville. C'est ça qui est le plus problématique.

Le sénateur Ogilvie : On en revient donc à une question de rentabilité.

M. Brunsell : En effet. Techniquement, je ne pense pas qu'il y ait de problème.

Le sénateur Mercer : Merci, messieurs, de nous avoir présenté des exposés très intéressants. J'aimerais vous poser quelques questions sur la recherche et le développement. À qui appartient la recherche? À l'institut ou aux partenaires qui participent à la recherche? Quel cheminement suivez-vous pour aller de la conception de la recherche jusqu'à l'application et à la commercialisation des résultats?

M. Baardsen : La propriété de la recherche varie selon le type de projet de R-D. En principe, nous menons trois types de projets en Norvège. Il y a d'abord les projets d'innovation, qui sont financés à au moins 50 p. 100 par l'industrie qui en fait la demande. Dans ce cas-là, l'industrie est propriétaire des résultats de la recherche. Deuxièmement, il y a les projets d'acquisition de connaissances, qui implique la participation de l'utilisateur. Dans ce cas, l'industrie doit offrir un cofinancement de 20 p. 100 comptant. Seuls des centres de R-D peuvent demander ce genre de projet, et la propriété des résultats est répartie entre le centre de recherche et l'industrie. Troisièmement, il y a les projets de recherche. Seuls des centres de R-D peuvent en faire la demande. La totalité du financement provient alors du secteur public, et les résultats appartiennent au centre.

Le sénateur Mercer : J'aimerais maintenant vous poser une question sur la sylviculture. Vous n'avez pas beaucoup parlé de sylviculture et de reforestation. Comment vous y prenez-vous en Norvège?

M. Brunsell : Pourriez-vous répéter votre question, s'il vous plaît?

Le sénateur Mercer : Dans votre déclaration, vous n'avez pas parlé de reforestation ni de sylviculture. Comment vous y prenez-vous en Norvège?

M. Baardsen : Notre institut ne s'occupe pas de foresterie. Nous avons l'Institut norvégien des forêts et des paysages, à l'extérieur d'Oslo, qui fait essentiellement de la R-D dans le domaine des forêts, des sols, des terrains et des paysages. C'est cet institut qui s'occupe des secteurs que vous avez mentionnés. Nous, nous nous intéressons aux sciages, mais absolument pas à la foresterie.

Le sénateur Mercer : Merci. Vous avez beaucoup parlé d'homologation dans votre déclaration, et j'aimerais que vous nous en expliquiez le processus.

M. Baardsen : Il y a plusieurs types d'homologation. L'homologation consiste à s'assurer que les caractéristiques d'un produit répondent à certaines exigences. C'est ça le principe. L'homologation se fait en fonction de normes. Je suis sûr que votre procédure d'homologation est, pour sa part, fondée sur des normes canadiennes ou américaines. Pour les produits du bois, nous avons des procédures d'homologation adaptées aux normes européennes, et d'autres qui sont adaptées aux normes norvégiennes.

J'ai parlé tout à l'heure de procédures d'homologation adaptées aux normes japonaises, car cela représente une bonne partie de nos activités. Nous faisons donc l'homologation d'un produit en fonction de certaines normes.

Le sénateur Robichaud : J'ai été très impressionné par les photos que vous nous avez montrées de ces ponts avec des superstructures en bois. Dans la province où j'habite, les routes passaient souvent sur des ponts en bois pour enjamber les rivières. De nos jours, tous ces ponts en bois sont remplacés par des structures en béton.

Avez-vous pris des mesures spéciales pour l'utilisation du bois dans ces projets? S'agissait-il de projets pilotes? Le gouvernement offrait-il des incitatifs pour encourager l'utilisation du bois pour ces structures? Ces projets étaient-ils rentables?

M. Baardsen : Bien sûr, ils doivent être compétitifs sur le plan économique. Le succès des ponts en bois en Norvège et en Suède est le résultat de notre programme de R-D nordique à long terme, qui a duré une dizaine d'années. Les responsables de la voirie norvégienne ont participé à des projets dans le cadre de ce programme, et ça a d'ailleurs été un facteur clé de notre succès, car ils ont contribué aux recherches et aux essais tout au long du projet. Ils sont même devenus très enthousiastes en ce qui concerne les ponts en bois, et ce sont d'excellents ambassadeurs des ponts en bois, mais dans chaque cas, il faut faire face à la concurrence du béton et de l'acier.

Le sénateur Robichaud : Quelle est la durée de vie d'un pont en bois? Est-ce vraiment compétitif?

M. Baardsen : Quel que soit le matériau utilisé pour construire un pont, la Norvège exige une durée de vie d'au moins 100 ans. Nous étions donc obligés de nous y conformer.

Le sénateur Robichaud : Je suppose que vous avez utilisé du bois spécialement traité ou des colles spéciales pour les structures?

M. Baardsen : Oui, vous avez tout à fait raison. Pour garantir cette durée de vie, nous traitons le bois avec un agent de préservation, l'ACC, arséniate de cuivre chromaté, ou la créosote.

Le sénateur Robichaud : C'est ce qu'on faisait avant, non?

M. Baardsen : En effet. Maintenant, il faut trouver d'autres techniques pour garantir une durée de vie suffisante. En principe, on peut protéger le bois avec un genre de gaine, également en bois, qu'on remplace au besoin, mais la structure reste intacte.

Nous avons également un nouvel agent de préservation, qui s'appelle Kebony. En fait, je crois que c'est une invention canadienne, qui consiste à utiliser des produits dérivés du sucre pour rendre le bois plus résistant. Ce produit est actuellement utilisé par l'industrie norvégienne, et c'est également celui que nous utilisons dans un projet que nous avons entrepris pour les responsables de la voirie, afin de garantir la durée de vie des ponts en bois et de respecter les exigences environnementales.

Le sénateur Fairbairn : Parmi toutes les choses dont vous avez parlé, il y en a une qui m'a fait sursauter, c'est lorsque vous avez parlé des Japonais. Pourriez-vous nous expliquer exactement les relations que vous entretenez avec eux?

M. Baardsen : Le marché japonais est intéressant. Jadis, on y construisait à peu près 1,5 million de nouveaux logements chaque année, dont la moitié — environ 750 000 — étaient fabriqués en bois. Bien sûr, la construction est un secteur qui a beaucoup ralenti au Japon. À l'heure actuelle, on y construit moins de un million de nouveaux logements par an. Malgré tout, la proportion de logements en bois augmente, et ça reste un marché très intéressant.

Toujours au Japon, ils utilisent beaucoup le lamellé-collé pour la construction domiciliaire. On nous a demandé d'homologuer le lamellé-collé européen par rapport aux normes japonaises, car c'est une procédure incontournable. Autrement dit, vous ne pouvez pas utiliser de lamellé-collé si vous n'avez pas l'homologation JAS. Pour nous, c'est un secteur d'activité très prospère, mais qui n'a pas de clients norvégiens, seulement des clients étrangers. Comme je l'ai dit, nous sommes le seul laboratoire autorisé en Europe.

Le président : Vous avez dit que vous vouliez faire passer la consommation de bois à 0,75 mètre cube. À combien se chiffre la consommation actuelle, par habitant?

M. Baardsen : Si je me souviens bien, le dernier chiffre que j'ai vu était de 0,66 mètre cube par habitant.

Le président : Notre mandat comprend également l'utilisation du bois dans la construction non résidentielle. Aux États-Unis, par exemple, la Californie et d'autres États ont adopté un code vert du bâtiment.

À votre avis, que se passerait-il si on se servait de l'évaluation du cycle de vie? Je sais que d'autres pays envisagent d'adopter cette méthode, conformément au code ou aux normes de l'industrie.

Au Canada, nous n'avons pas pour le moment de code vert du bâtiment. Qu'en est-il en Norvège et en Europe? Qu'avez-vous à dire à ce sujet?

M. Brunsell : Les codes verts du bâtiment qui ont été adoptés en Europe concernent surtout la consommation énergétique des bâtiments. Pour l'essentiel, ces codes fixent des maxima à la déperdition de chaleur dans chaque bâtiment.

En Norvège et dans les pays européens, on construit beaucoup de maisons passives. Par exemple, en Norvège, il faut que les murs aient une épaisseur de 400 mm, avec l'isolation à l'intérieur. Il est clair que, dans ce cas, on ne peut pas utiliser une planche de deux par quatre seulement. Nous devons donc aider l'industrie du bois à trouver une solution à ce problème — par exemple, un mur à double paroi, une poutre en I ou quelque chose du genre — afin que ce type de construction éconergétique puisse se faire. Voilà pour la première question.

Pour ce qui est maintenant de l'évaluation du cycle de vie, le code du bâtiment de la Norvège ne contient pas de normes à ce sujet, mais je pense qu'il en sera bientôt question.

M. Baardsen : Nous venons d'entreprendre un important projet de R-D en Norvège, qui s'appelle « le bois et le climat ». Ce projet consiste à faire l'inventaire des impacts du climat sur les différentes essences que nous produisons en Norvège, et sur la valeur ajoutée. C'est donc une sorte d'inventaire climatique et d'inventaire économique. On part du principe qu'il y a une corrélation positive entre ces deux inventaires.

Le président : Messieurs Brunsell et Baardsen, je vous remercie infiniment de vos exposés et de vos commentaires. Votre témoignage a été très intéressant et très instructif pour notre comité. Nous vous enverrons une invitation à venir nous voir au Canada, et nous irons vous voir chez vous. Au nom du Sénat du Canada et de notre pays, je vous remercie infiniment.

M. Baardsen : Je vous remercie de nous avoir fait participer à cette petite conférence. Nous vous invitons nous aussi à venir en Norvège, afin que vous puissiez voir vous-mêmes ce que nous y réalisons et ce que nous y construisons. Nous serons ravis de venir vous voir au Canada.

Le président : Le plaisir est réciproque. Merci beaucoup.

Honorables sénateurs, la séance est levée.

(La séance est levée.)