Délibérations du Comité sénatorial permanent de la
Sécurité nationale et de la défense

Fascicule 5 - Témoignages du 31 mai 2010


OTTAWA, le lundi 31 mai 2010

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense se réunit aujourd'hui, à 16 heures, pour étudier et faire rapport sur les politiques de sécurité nationale et de défense du Canada (sujet : l'état des Forces canadiennes).

Le sénateur Pamela Wallin (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Mesdames et messieurs, bienvenue à cette séance du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Nous allons, au cours de ces trois heures, nous entretenir avec les chefs des trois éléments de nos Forces — l'armée, la marine et la Force aérienne — qui vont nous donner un aperçu de l'état des Forces canadiennes. Dans ces trois armes, la cadence des opérations, comme on dit, a été très forte.

Nous allons commencer par le lieutenant-général Andrew Leslie, chef d'état-major de l'Armée de terre, accompagné aujourd'hui de l'adjudant-chef Wayne Ford. Le général assumera en juin ses nouvelles fonctions de chef, Transformation. Il a entamé sa carrière militaire en s'enrôlant comme réserviste dans le 30e Régiment d'artillerie de campagne. En 1981, il a été muté dans la Force régulière. Il sert d'abord en Allemagne, au premier Régiment, Royal Canadian Horse Artillery, qu'il finira par commander, comme l'avait fait son père.

Le lieutenant-général Leslie a servi en Allemagne, à Chypre, dans l'ex-Yougoslavie, au Manitoba et au Québec, et a été nommé, en 1997, commandant du 1er Groupe-brigade mécanisé du Canada. En 1999, il est promu brigadier- général. Le lieutenant-général Leslie commande la Force opérationnelle à Kaboul et a été commandant adjoint de la Force internationale d'assistance à la sécurité, une mission de l'OTAN en Afghanistan. Il est ensuite nommé assistant du chef d'état-major de l'Armée de terre et il est, en juin 2006, promu à son grade actuel et nommé chef d'état-major de l'Armée de terre.

Ses responsabilités, en tant que chef, Transformation, comprennent la structure de commandement militaire, les budgets fédéraux annuels et l'acquisition de nouveaux équipements pour l'armée, la marine et la Force aérienne.

Voici donc, à grands traits, le portrait de notre prochain témoin. Je suppose, général, que vous allez nous présenter un exposé.

Lieutenant-général Andrew Leslie, chef d'état-major de l'Armée de terre, Défense nationale : En effet.

[Français]

Bonjour, madame la présidente et distingués membres du comité. C'est un grand plaisir d'être de retour devant le comité et d'avoir la chance de répondre à vos questions touchant l'armée.

[Traduction]

Avant de commencer, qu'il me soit permis d'exprimer mes profondes condoléances aux familles des morts et des blessés, qu'ils soient soldats, marins, aviateurs, qu'ils appartiennent aux Affaires étrangères ou à l'ACDI, qu'ils soient journalistes ou membres d'organismes non gouvernementaux en service commandé.

[Français]

Grâce à l'engagement et au dévouement de nos militaires de la force régulière et de la réserve, de notre personnel civil et de nos Rangers, l'Armée de terre a accomplit un travail impressionnant et reflétant l'excellence qui est reconnue par la population canadienne ainsi que par nos alliés. L'Armée de terre a apporté une contribution extraordinaire aux réussites opérationnelles des forces canadiennes au pays et à l'étranger, en plus d'assurer un niveau très élevé d'instruction individuelle et collective. En raison de la cadence des opérations, les tirs d'ennemi et le terrain brusque en Afghanistan, nous avons vu la détérioration de l'état de nos véhicules et de notre équipement. Toutefois, et en dépit de ces pressions, l'Armée de terre en tant qu'institution arrivera à maintenir ses engagements opérationnels futurs, malgré plusieurs années d'opération à cadence élevée axées sur l'Afghanistan.

Les plus grandes leçons retenues, qui ont été confirmées par notre expérience en Afghanistan, sont les suivantes : l'Armée de terre doit conserver un ensemble de capacités équilibrées fondées sur l'équipe interarmées. Nous devons être capables de nous adapter à des conditions locales très compliquées et rapidement changeantes; notre commandement et contrôle doivent être étudiés afin d'assurer la souplesse à tous les niveaux; nous devons être réactifs sur le plan tactique dans des zones d'opérations très dispersées; et nous devons être conscients de la tension entre la justification d'une action et la façon de la mener.

Au cours des dernières années, dans le cadre de nos combats contre un ennemi sans pitié, nous avons été forcés d'apprendre et de réapprendre à tenir compte de la nature critique et de l'inestimable valeur de l'intégration au niveau de l'unité, du commandement décentralisé et de la capacité d'adaptation. Il est clair que l'Armée de terre, qui a été déployée en Afghanistan suite au 11 septembre 2001, ne sera pas la même Armée de terre qui reviendra au Canada en 2011. Nous avons maintenant une des meilleures armées équipées, entraînées et respectées du monde et c'est grâce à votre appui et à celui de tous les Canadiens et Canadiennes.

La mission de l'Armée de terre est de mettre sur pied des forces terrestres polyvalentes et efficaces au combat afin d'atteindre les objectifs de défense du Canada. Pour remplir ce mandat, l'organisation devra continuer à se développer et à réorienter sa structure, ses processus et ses capacités en fonction des nouveaux besoins de défense postérieurs à la suite de la fin de la mission en Afghanistan. Cette réorientation constitue donc un élément central pour l'atteinte de la mission fondamentale de l'Armée de terre. Cette dernière doit notamment passer d'un mode de fonctionnement où toutes les activités de mise sur pied des forces sont axées sur une seule ligne d'opération à un mode de fonctionnement tenant compte des exigences de la Stratégie de défense Le Canada d'abord, qui vise à soutenir les six missions fondamentales des forces canadiennes dans le cadre d'un effort global de réorganisation des Forces armées canadiennes au terme de la mission en Afghanistan. Pour ce faire, il faut mettre en place deux processus clés : la récupération et la reconstitution.

La récupération englobe le rapatriement complexe et interorganisationnel des véhicules, de l'équipement et du matériel du théâtre afghan vers le Canada, conformément à la structure de mise sur pied des forces postmissions. La reconstitution correspond à un processus de rationalisation holistique dans le cadre duquel les fonctions et les capacités fondamentales sont examinées et analysées pour déterminer les ressources critiques et établir une base de référence à leur appui, et pour assurer l'efficacité et l'efficience des programmes.

La réponse du ministère à ces énoncés des besoins et son appui ont donné les résultats suivants et sont bien impressionnants : nous avons un financement stable, en dépit de mises au point internes rendues nécessaires pour appuyer le financement des acquisitions de l'approvisionnement de niveau national; nous avons été témoins de l'appui à l'intégration et à la mise en service des équipements des luttes contre les dispositifs explosifs de circonstance, des véhicules aériens sans pilote, des Chinooks, des systèmes dotés d'un blindage amélioré et des systèmes de surveillance perfectionnés; nous avons augmenté le nombre de membres de la force régulière et de la réserve, les employés civils et les Rangers, qui font partie de l'Armée de terre, l'affectation de nombreux réservistes aux opérations et à des postes d'importance critique ici, au Canada, ainsi que l'emploi de notre personnel civil, qui offre la continuité et la profondeur requises pour assurer le succès de la mission de l'Armée de terre; l'appui au projet de la famille de véhicules de combat terrestre et l'apport de modification essentielle à nos véhicules blindés légers à l'appui des besoins de l'Armée de terre dans un avenir rapproché; un système d'instruction de l'Armée de terre qui appuie le développement d'une organisation renforçant les efforts de préparation de notre Armée de terre et faisant en sorte que nos forces sont en mesure d'être déployées même lorsque que les circonstances opérationnelles sont des plus difficiles tout en sachant qu'elles maîtrisent les connaissances, les compétences et les habilités essentielles pour vaincre, que ce soit en Afghanistan, aux Jeux olympiques ou en Haïti.

Dernièrement, le projet du quartier général interarmées progresse en ce qui à trait à sa mise sur pied des capacités opérationnelles initiales de commandement et de contrôle, qui sera situé à Kingston.

Dans l'année qui vient, l'Armée de terre concentrera ses efforts sur la consolidation, qui suivra la fin des opérations en Afghanistan, avec comme objectif d'instituer une nouvelle organisation des états de préparation; de rationaliser nos structures en réponse au nouvel environnement stratégique. En ce qui a trait à la consolidation constituant son cadre obligatoire, l'Armée de terre devra tenir compte de trois thèmes : la réorientation, l'état de préparation et les ressources. Je vous ai déjà parlé des deux premiers, alors je vais vous parler des ressources.

Il est clair que le budget de l'Armée de terre a connu une augmentation depuis quelques années et c'est excellent. Notre défi est d'ajuster l'entraînement de l'armée, l'équipement, les ressources humaines et l'infrastructure afin de trouver un équilibre entre les demandes et les attentes à notre égard.

En résumé, notre Armée de terre est extrêmement occupée. Nos jeunes soldats ont accompli des exploits extraordinaires, parfois au coût de leur vie. Nous recevons le nouvel équipement à un rythme sans précédent; notre entraînement se déroule à merveille; notre courbe de financement général se déroule à merveille et nous accomplissons le travail requis.

Madame la présidente, je voudrais vous exprimer ma fierté et ma profonde gratitude d'avoir eu l'occasion de travailler avec ces hommes et femmes dévoués qui servent leur armée. Ils font grandement honneur à notre pays. Je suis convaincu qu'ils peuvent compter sur le comité pour leur assurer un soutien continu.

[Traduction]

La présidente : Je vous remercie. Je suis certaine que les familles vous savent gré des sentiments que vous venez d'exprimer et je tiens à ce qu'elles sachent qu'en cela, elles ont également le soutien de notre comité.

Nous avons aujourd'hui à parcourir un champ très vaste et plusieurs intervenants sont inscrits. Nous allons donc commencer, comme nous avons coutume de le faire, en donnant la parole à notre vice-président, le sénateur Dallaire. Essayons de nous en tenir à des questions brèves et précises.

[Français]

Le sénateur Dallaire : Je suis ravi de vous voir ici et de pouvoir vous poser quelques questions. Votre présentation démontre un optimisme ou un niveau de satisfaction assez remarquable. Néanmoins, le scénario budgétaire, depuis 2009-2010, est à la baisse ou du moins est demeuré au niveau anticipé.

Dans quelle mesure pourrez-vous maintenir le niveau de compétence opérationnelle des unités dans les années à venir, compte tenu du grand nombre d'anciens combattants et de la mission en Afghanistan qui se terminera prochainement, du point de vue des ressources, de l'entretien, des munitions, des fonds pour la réserve, pour l'entraînement et le perfectionnement? Est-ce que vous anticipez une stagnation ou une régression qui aurait pour conséquence de rediriger vers la droite certaines acquisitions de matériels à cause de fonds non disponibles dans les prochaines années?

Lgén Leslie : Sénateur, je vous remercie de votre question. Premièrement, parlons du budget. En ce qui a trait au salaire des membres des forces régulières, les sommes dirigées aujourd'hui vers les forces terrestres s'élèvent à 3,9 milliards de dollars. Ce montant représente une augmentation de quelque 1,6 milliard de dollars, soit 43 p. 100 par rapport à 2005-2006.

[Traduction]

Le budget de l'armée a, à nouveau, augmenté cette année de dizaines de millions de dollars. En ce qui concerne les crédits nécessaires à l'achat de munitions, à la formation et aux pièces de rechange, il est clair que tout cela s'inscrit, au ministère de la Défense, dans un processus de consultation, mais en ce qui concerne l'achat de nouveaux véhicules, la situation s'améliore. Un groupe de responsables a, ici à Ottawa, introduit un certain nombre de mesures novatrices. Nos taux d'emploi des munitions dépendent manifestement de l'état des hostilités et il nous faut aussi, bien sûr, préparer nos soldats, tant ceux des Forces régulières que ceux des réserves, aux complexités qui les attendent outre-mer. Cela explique notre forte consommation de munitions, mais nos stocks demeurent relativement abondants.

En ce qui concerne la formation, les efforts que l'armée a consacrés à la fois à ses missions à l'intérieur du pays, les principales, tant en matière de soutien au G8, au G20 que dans le cadre des récents Jeux olympiques et puis, bien sûr, à la grande mission qui lui incombe en Afghanistan, exigent une formation particulière. Ceux qui se préparent à servir outre-mer, soit dans les Forces régulières, soit en tant que membre des réserves — nous devons en effet énormément aux réservistes qui se sont en si grand nombre portés volontaires —, vont, ce n'est pas trop dire, bénéficier d'une formation qui est la meilleure du monde.

Je suis très satisfait de l'état de nos forces armées. Personne, certes, n'échappe aux pressions et cela est vrai d'une armée qui, depuis de nombreuses années, est mise à forte contribution, mais nos effectifs ont augmenté et nos budgets aussi.

Le sénateur Dallaire : Dans le cadre de votre budget quinquennal, étant donné la baisse de régime de nos opérations en Afghanistan, pensez-vous qu'il sera nécessaire de réduire l'efficacité opérationnelle de nos forces? Si c'est le cas, quelles seront vos capacités de déploiement dans la période qui suit notre mission en Afghanistan?

Lgén Leslie : Nous pourrions, dans l'immédiat, déployer, quelle que soit la tâche que le gouvernement du Canada souhaitera nous confier, un groupe de bataillon léger, composé de membres des Forces régulières et de réservistes, et doté de moyens de protection relativement légers. Comme vous le savez, nous venons de terminer en Haïti une mission de cet ordre. Dans l'hypothèse où les règles d'engagement auraient imposé des moyens de protection plus robustes, nous en avions les moyens, bien que modestes.

Ce que les Canadiens ont investi dans leur armée, a permis d'obtenir une armée de calibre international dont l'état de préparation et de réactivité est le plus élevé depuis 10 ans — et même, je dirais depuis 30 ans. Nous sommes fin prêts.

Le sénateur Dallaire : Et votre budget va vous permettre de le rester?

Lgén Leslie : Oui, je le pense. Une partie de ce budget est spécifiquement affectée par le gouvernement du Canada à notre mission en Afghanistan. Il est clair que lorsque cette mission prendra fin en 2011, ces crédits ne seront plus à notre disposition. Une partie de cet argent sert à réparer des équipements uniquement destinés à l'Afghanistan. Cela dit, je ne suis pas en mesure de préciser les montants exacts, ni surtout les montants éventuels.

Le sénateur Meighen : Soyez le bienvenu. Général, c'est un plaisir de vous revoir. J'aurais quelques questions précises à vous poser au sujet de ce que vous avez déclaré lors d'une comparution précédente.

Si j'ai bonne mémoire, lors de votre dernière comparution, vous nous avez fait part de certaines inquiétudes concernant les difficultés que vous éprouviez à l'époque en matière de recrutement et de conservation de diverses catégories de spécialistes. Ce problème n'est pas propre à l'armée; la marine et la Force aérienne en ont, en effet, elles aussi fait état. Avez-vous des progrès à nous signaler à cet égard? Je sais que le secteur civil de notre économie recherche lui aussi ces personnels hautement qualifiés et qu'il est difficile de les conserver, dans la mesure surtout où ils peuvent, encore jeunes, quitter les forces armées assurés d'une assez bonne pension de retraite et tripler leur rémunération.

Lgén Leslie : Je peux dire, au sujet du recrutement qu'au cours des quatre ou cinq dernières années, les effectifs de nos Forces régulières ont augmenté d'environ 3 075 personnes. Je comptabilise en effet chaque membre de nos Forces régulières. En pourcentage, la plus forte augmentation a été enregistrée au cours des 12 à 18 derniers mois. Il y a des bataillons d'infanterie qui dépassent aujourd'hui leur niveau de dotation et qui ont dû pour cela imposer certains contrôles. Pour ceux qui souhaitent rejoindre les rangs de l'infanterie, le fer de lance de l'armée canadienne — honneur aux jeunes hommes et aux jeunes femmes qui optent pour cette arme —, l'attente peut être considérable. Dans l'infanterie, nos effectifs sont légèrement en surnombre. En ce qui concerne les spécialisations, en matière de techniciens de véhicules, les effectifs atteignent actuellement 90 p. 100 des nombres prévus et nos écoles sont pleines de ces jeunes Canadiens qui ont choisi d'effectuer une carrière spécialisée dans l'armée.

Il faut à peu près deux ans pour transformer un soldat en technicien propre à servir sur le champ de bataille. Dans l'intervalle, le gouvernement du Canada entend, d'ici la fin du mois de mai, conclure des contrats civils pour la remise en état des équipements à cinq des principales bases de l'armée. Cela permettra de libérer des techniciens militaires qui pourront alors être affectés soit à des tâches de formation, soit à un rôle de soutien.

C'est pour moi une excellente nouvelle. Je précise que, d'une manière générale, votre armée atteint actuellement 99 p. 100 de ses objectifs de recrutement, situation qui est sans précédent. Le mérite en revient à ceux qui sont parvenus à dégager les crédits nécessaires ainsi qu'aux nouvelles idées et aux initiatives qui se sont manifestées au sein du groupe de recrutement des Forces canadiennes.

Le sénateur Meighen : Tout cela est effectivement très encourageant et représente un changement radical par rapport à ce qui se passait il y a quelques années lorsque même les demandes d'engagement prenaient tellement longtemps à traiter que les jeunes hommes et les jeunes femmes se décourageaient tant les Forces canadiennes tardaient à leur répondre et à les inscrire sur les listes.

J'aimerais maintenant vous poser une question touchant, de manière plus précise, le matériel militaire. J'ai constaté, et je pense ne pas me tromper, qu'en Afghanistan, le taux d'usure des équipements est extrêmement élevé. Cela étant, même avec les meilleurs mécaniciens du monde, une bonne partie de ce matériel ne pourra probablement pas être récupéré. En outre, est-il sage de dépenser de l'argent pour ramener cet équipement, quel que soit l'état dans lequel il se trouve, une fois notre mission terminée. Cela poserait d'ailleurs un certain nombre de difficultés. Ainsi, par exemple, peut-on rapatrier les chars par avion, ou faut-il les transporter par bateau? Vaut-il la peine de les ramener ici? Je ne connais pas le nombre de Léopard 2, par rapport au nombre de Léopard 1. J'imagine que nous tiendrons tout de même à ramener coûte que coûte tous les Léopard 2.

Lgén Leslie : Vos soldats ont fait de véritables prouesses avec le matériel dont vous les avez équipés. Les investissements consentis ont permis d'assurer à nos soldats chargés de ces opérations dangereuses un meilleur état de préparation et un plus haut niveau de protection. Cela, d'ailleurs, est vrai non seulement des soldats, mais également des agents des Affaires étrangères, des diplomates, des représentants de l'ACDI, au transport desquels ces équipements servent également. Le matériel a été mis à dure épreuve et des centaines de véhicules ont été endommagés au cours de combats. Une grande partie de cet équipement a pu être réparée par nos excellents spécialistes en poste à Kandahar ainsi que par des contractuels civils envoyés du Canada, et cantonnés à la base.

Il nous faut rapatrier cet équipement. Divers sous-programmes qui s'inscrivent dans le cadre du programme général des Forces canadiennes permettent de suppléer les énormes besoins en main-d'oeuvre qu'exige la préparation de ces équipements en vue des tâches que le gouvernement souhaitera nous confier à l'avenir. Permettez-moi, à titre d'exemple, de vous dire quelques mots du véhicule blindé léger.

Le VBL pèse dans sa conception initiale, de 40 000 à 45 000 livres. L'argent du contribuable a permis d'ajouter à cela en dessous et sur les côtés, 10 000 livres de blindage. Or, ce blindage a une incidence sur la durabilité du véhicule, puisqu'il l'alourdit. Les projets de modernisation du VBL, de plus d'un milliard de dollars au total, débuteront en 2012. Le VBL est une invention canadienne. Nos amis américains et nos alliés ont acheté par milliers ces merveilleux engins. Nous entendons renforcer le VBL, le rendre plus rapide et plus résistant afin de le rendre plus surviable dans l'intérêt des soldats et soldates qui l'utilisent. En ramenant au Canada tous ces VBL, et en en confiant la remise en état à des entreprises canadiennes, on évitera à l'armée une lourde tâche de plus. Je précise que General Dynamics Land System, responsable de la conception du VBL, emploie, dans les diverses provinces du Canada, environ 400 sous-traitants. Dans le seul secteur de l'automobile, la remise en état de ces véhicules entraînera la création de milliers d'emplois.

C'est au gouvernement canadien qu'il appartiendra, le moment venu, de décider s'il y a lieu ou non de laisser là-bas certains de nos équipements. J'estime, pour ma part, qu'on aurait tort d'y laisser nos engins les plus modernes, car on ne peut pas prévoir quels seront nos besoins dans 10 ou 15 ans. Je dis cela car, pour les achats de matériel militaire, l'armée réfléchit à long terme. Les nouveaux équipements mis en service l'année dernière devraient, avec quelques mises à niveau, nous servir pendant 20 ou 30 ans. Les Léopard 2, que vous avez mentionnés tout à l'heure, sont, de tous nos véhicules, ceux qui sont les mieux protégés. Ils servent à l'appui des mouvements d'infanterie, à accrocher l'adversaire dans des conditions de protection maximum.

En ce qui concerne les autres types d'équipement, c'est au gouvernement du Canada de décider de ce qui sera rapatrié. Les diverses solutions n'ont pas encore été explicitées, mais il faut prendre en compte les conséquences de deuxième et de troisième ordre. En effet, si nous mettons à la disposition des Afghans des équipements relativement perfectionnés, que nous leur laissons en partant, qui en assurera l'entretien? Qui a les connaissances que cela suppose? Qui protégera les personnes chargées d'en assurer la maintenance? Combien entend-on dépenser pour cela?

Le sénateur Meighen : Qui protégera l'équipement?

Lgén Leslie : C'est bien la question.

Le sénateur Meighen : On ne voudrait pas que cet équipement tombe aux mains de nos adversaires.

Lgén Leslie : En effet. J'ajoute qu'en ce qui concerne certains systèmes d'armement, qui ne sont pas d'origine purement canadienne, mais qui comprennent des composants étrangers, il faudrait, pour les laisser sur place, obtenir l'accord des gouvernements détenteurs des licences de fabrication. Je pourrais multiplier les exemples des difficultés que cela peut poser.

La présidente : C'est dire, donc, que, d'après vous, nous sommes en mesure de ramener les équipements qu'il conviendrait de ramener.

Lgén Leslie : C'est exact, madame la présidente. Nous aurons six mois pour ramener des dizaines de milliers de tonnes d'équipement militaire. Comme vous pouvez l'imaginer, il s'agira d'une opération complexe comprenant de très nombreux éléments. La tâche est d'autant plus compliquée qu'elle suppose les moyens de transport nécessaires. Je suis certain que cela se fera souvent par avion, car c'est par avion que la plupart de nos équipements lourds ont été expédiés en Afghanistan. Permettez-moi, en passant, de vous exprimer notre gratitude pour les C-17, les C-130J et les Chinooks. Je précise, en ce qui concerne ce dernier appareil, que vu ses coûts de fonctionnement, il ne serait pas rationnel de le faire voler d'Afghanistan au Canada. À un certain point, sans doute vaudrait-il mieux le charger à bord d'un bateau qui pourra le transporter de manière moins coûteuse.

Le sénateur Lang : J'ai été ravi de vous entendre évoquer en de tels termes l'état de notre armée et aussi de ce que vous avez dit au sujet de la situation de nos forces militaires. Dans ma région, le Yukon, on apprécie beaucoup tout ce que fait l'armée. Un plus grand nombre de Canadiens devraient pouvoir entendre ce que vous avez, vous et d'autres spécialistes de ces questions, à dire de la situation, car cela nous donne un précieux aperçu de l'état de nos forces armées. Cela ne fait d'ailleurs que confirmer la conviction à laquelle j'étais parvenu, c'est-à-dire que nous n'avons rien à envier aux autres pays.

Le processus d'approbation des projets est un exercice bureaucratique tout à fait considérable auquel sont soumis tous les achats importants de matériel. Où en sont les efforts du sous-ministre adjoint (Infrastructure et Environnement) en vue de rationaliser ce processus? Cela donne-t-il de bons résultats? Il est clair que vous avez consacré de gros efforts à la question.

Lgén Leslie : Les efforts en ce sens ont été intenses au cours des 12 à 14 derniers mois. Permettez-moi de vous citer un exemple qui permet d'expliquer les progrès enregistrés et aussi de situer les responsabilités au niveau de certains problèmes qui ont entraîné des retards et suscité une certaine frustration. Normalement, l'équipe de commandement, telle que celle que je forme avec le sergent-major de l'armée, peut s'attendre à servir deux ou trois ans dans un poste donné. Prenons l'exemple d'un bataillon caserné sur une base où il faut construire un nouveau bâtiment. L'équipe de commandement précise les besoins. La proposition remonte la chaîne de commandement; on en détermine les coûts; puis on commence à réunir la documentation nécessaire. Le projet remonte petit à petit la liste des priorités et, bientôt, deux années ont passé. Le bataillon est muté, et la nouvelle équipe de commandement de la base opte pour un bâtiment légèrement différent, pour de bonnes raisons d'ailleurs, que l'on peut très bien comprendre. Les modifications demandées introduisent dans le processus une ondulation. La deuxième équipe de commandement sera-t-elle même mutée avant que le bâtiment ne soit construit, l'ondulation, ayant, en effet, tout retardé.

Le sénateur Lang : Et cinq années ont passé.

Lgén Leslie : C'est cela. J'ajoute qu'après deux équipes de commandement, le nouveau bâtiment n'est toujours pas construit. C'est alors qu'une troisième équipe de commandement entre en fonction qui propose autre chose.

Le processus est actuellement engagé au ministère de la Défense nationale et au sein des Forces canadiennes. Le sous-ministre adjoint (Infrastructure et Environnement) Scott Stevenson et son équipe travaillent de concert avec le sous-ministre, le vice-chef d'état major de la Défense et le chef d'état-major de la Défense afin de centraliser les projets menés par les divers services, qui faisaient bien leur travail d'ailleurs, et imposer un certain degré de normalisation pour tenter de réduire la paperasserie et accélérer le mouvement.

Au niveau des mises en chantier de nouvelles infrastructures, cela donne d'ores et déjà de bons résultats. Il est clair que certains retards subsistent, mais ceux-ci sont moins nombreux qu'auparavant. Au cours des 12 à 14 derniers mois, on a réussi à atténuer les lenteurs bureaucratiques et à dresser au sein du MDN/FC, une liste des priorités sur lesquelles on n'a plus à revenir.

Le sénateur Banks : Il est rare que nous ayons l'honneur et le privilège d'accueillir un membre d'une famille militaire aussi distinguée que ne l'est la vôtre dans ses deux branches.

Puis-je vous poser une question au sujet des fonctions que vous allez bientôt assumer? Ainsi que la présidente l'a dit au début de la séance, vous allez être en charge de la réorganisation. Vous avez eu l'occasion de nous dire que, le quartier général doit être réorganisé, réduit, modifié et rendu plus efficace. Pourriez-vous nous dire comment vous envisagez cela, et comment vous entendez y parvenir?

Lgén Leslie : Je précise que, par ma faute, mes attributions en tant que chef, Transformation n'ont pas encore été précisées. Mon attention est concentrée, à la manière d'un laser et mon sergent-major de l'armée, au service duquel je suis, d'ailleurs, me rappelle sans cesse que je dois maintenir ce degré de concentration si nous voulons, à nous deux, parvenir à diriger votre armée. Cela étant, je n'ai pas encore eu l'occasion de présenter au chef d'état-major de la Défense un projet d'énoncé de mes attributions afin que nous puissions tracer la voie à suivre.

La deuxième précision qui s'impose est qu'il s'agit d'un travail d'équipe. L'essentiel de ma tâche sera d'offrir au chef d'état-major de la Défense, au sous-ministre et au ministre de la Défense nationale, aide et conseils, et d'exécuter les tâches qui me seront confiées.

Je considère un peu le quartier général et les établissements analogues comme faisait partie des « frais généraux », si vous me permettez l'expression. J'estime qu'en ce qui concerne l'armée, il va falloir dans le contexte de l'après- Afghanistan, nous pencher très sérieusement sur la question de nos frais généraux et tenter de réinvestir dans les forces de campagne et dans les moyens mis à leur disposition. Naturellement, l'armée est le principal composant des Forces canadiennes. Il n'est donc pas surprenant que nous ayons de gros besoins de personnel. Notre tâche consiste essentiellement à équiper nos soldats et non à manier nous-mêmes le matériel.

Il devrait donc être possible de remettre en campagne, des soldats qui jusqu'ici occupaient des emplois statiques, qui se sont, naturellement, multipliés au cours des quatre ou cinq dernières années alors que, bien sûr, nous étions particulièrement occupés par ce qui se passe en Afghanistan et ailleurs. Nous n'avons pas encore d'idée arrêtée sur ce qu'il convient de faire à cet égard, sur le nombre de personnes concernées et sur les économies que cela devrait nous permettre de faire, et je m'empresse d'ajouter que l'accent ne sera pas nécessairement mis sur d'éventuelles économies, mais plutôt sur l'affectation des personnels ayant toutes les capacités nécessaires, non pas dans des postes de gestion, mais, disons, à l'extrémité pointue des Forces canadiennes.

Le sénateur Banks : Ce que vous nous avez dit aujourd'hui des forces disponibles est une très bonne nouvelle. Nous avions, en effet, à une certaine époque entendu dire qu'il y avait des blocages dans la filière formation, étant donné que ceux qui s'y connaissaient en matière d'instruction avaient dû être dépêchés sur le terrain des opérations. Si l'on est obligé d'envoyer en Afghanistan ou ailleurs, ceux dont on a besoin pour assurer la formation des recrues, il est clair que le processus s'enraie.

Est-ce à dire que le problème a été réglé? À supposer qu'il subsiste, dans la mesure où nous allons, comme le sénateur Dallaire l'a dit, nous retirer d'Afghanistan, cela va-t-il permettre de trouver une solution?

Lgén Leslie : Il y aura toujours une certaine tension entre les efforts en vue de donner aux commandants de zone, de brigade, de bataillon et de régiment tout ce qu'ils pensent nécessaire pour mener à bien leur mission, et ce que l'armée et mon équipe estiment être les tâches prioritaires.

Je parlais tout à l'heure des centaines de véhicules qui ont été endommagés en Afghanistan, soit par l'ennemi, soit à cause d'un accident. Ce genre de chose revêt pour nous une importance prioritaire. On contacte la Force aérienne — je salue en passant nos aviateurs — et on s'arrange pour qu'un C-17 soit en attente à Trenton où attend le véhicule. On expédie immédiatement par avion un véhicule de rechange, car c'est, effectivement, une priorité opérationnelle. Ce véhicule est prélevé sur le parc destiné à l'entraînement. Lorsque les véhicules en service outre-mer sont en réparation, il faut bien maintenir le rythme, même si cela veut dire qu'il faut pour cela ponctionner les moyens affectés jusque-là à la formation. La solution a été annoncée par le ministre MacKay — nous étions, moi et le sergent-major de l'armée, à Gagetown lorsque le ministre a annoncé le projet d'acquisition de plus de cinq milliards de dollars de matériel militaire. Il s'agit de quatre nouveaux parcs de véhicules qui ne seront pas soumis aux conditions très dures imposées à nos équipements en Afghanistan. Cela va permettre d'augmenter le nombre de véhicules affectés à la formation ici au Canada et, en plus, nous aider à reconstituer notre base de soutien en vue de nouveaux déploiements à l'étranger.

Pour l'armée, cela représente un grand changement de situation au niveau de notre parc de véhicules et de leur taux d'immobilisation. Nous planifions actuellement les dizaines et dizaines de milliers d'heures de travail qu'exige le soutien technique des véhicules et nous savons qu'en ce qui concerne le VBL, dont j'ai parlé tout à l'heure, nous n'aurons plus guère à nous préoccuper du problème, car leur remise en état va être effectuée à l'usine. La mise en service du véhicule blindé tactique de patrouille va nous permettre de nous défaire d'un bon nombre d'autres types de véhicules dont l'utilité n'est plus assurée.

Le sénateur Banks : On avait, par le passé, relevé certaines insuffisances au niveau des réserves, notamment sur le plan des véhicules et autres équipements, car il est souhaitable que la formation puisse être assurée sur le type de matériel employé sur le théâtre des opérations. Le programme que vous venez d'évoquer va-t-il permettre de pallier cette insuffisance?

Lgén Leslie : Pas dans l'immédiat, car il va falloir un certain temps pour reconstituer notre parc de véhicules. Cela dépendra aussi de la complexité du matériel en question. Ainsi, par exemple, en ce qui concerne les mitrailleuses semi- lourdes, le taux d'usure outre-mer est très élevé. Les combats sont durs. Il nous a fallu prélever sur les stocks de mitrailleuses de nos unités régulières et de nos unités de réserve ici au Canada, et cela, en attendant que nous puissions obtenir de nouveaux canons de mitrailleuse ou de nouveaux systèmes d'armes. Cela réduit, bien sûr, la quantité de matériel pouvant servir à la formation. Cela a suscité des frustrations, car des cours avaient été prévus à partir de telle ou telle date, alors que, le jour venu, on a constaté que certains instructeurs ou certains systèmes d'armes avaient dû être envoyés outre-mer.

En matière de formation, le concept que nous avons retenu est celui de formation adaptée aux besoins. L'idée que nous allons devoir livrer un dur combat jusqu'en 2011 commence à faire son chemin au sein du système militaire. Après 2011, cependant, on ne devra plus s'attendre à ce que tous les soldats reçoivent une formation aussi intense qu'actuellement, étant donné qu'il ne s'agirait plus alors d'une formation adaptée aux besoins. Cela va exiger que les esprits s'adaptent

Le sénateur Manning : Je tiens à souhaiter la bienvenue à nos invités et, au nom de la population du Canada, à vous remercier de ce que vous faites, vous et vos soldats.

Je sais qu'il y a de nombreuses leçons à tirer de l'Afghanistan, et ceux qui servent là-bas sont particulièrement bien placés pour le savoir. Pourriez-vous nous dire quelque chose des enseignements que l'armée a tirés de sa mission en Afghanistan? Vous nous avez parlé du volet équipement. Pourriez-vous nous dire également quelque chose de ce que vous avez appris là-bas, des choses dont sans cela vous n'auriez pas eu connaissance.

Lgén Leslie : Je vais, dans un premier temps, essayer, de manière sans doute un peu décousue, de répondre à votre question, mais je vais demander, après cela, au sergent-major de l'armée de vous expliquer, comme il sait si bien le faire, ce qui s'y passe vraiment.

D'après moi, nous tentons d'inculquer à nos soldats une formation de base. Ce qui est important c'est comment se comporter sous le feu de l'ennemi, le drill de combat, la perception de la situation et les aptitudes à la survie. On redécouvre des choses élémentaires.

Le programme à l'intention des tireurs est un aspect essentiel de la formation. Nous enseignons, à nos jeunes soldats, le maniement des systèmes d'armes, comment se représenter correctement les lieux où ils se trouvent et le niveau de perception qu'il convient d'entretenir dans un contexte complexe.

Dans un ordre un peu différent d'idées, nous avons confirmé l'importance du groupement interarmes, que nous avons si souvent au cours de notre histoire eu l'occasion de saisir. En effet, aucune arme n'est plus importante que les autres, mais notre raison d'être est de soutenir l'action de nos jeunes fantassins. C'est la qualité et la valeur de chaque élément, l'artillerie, les blindés, les communications, le renseignement, les spécialistes de la médecine, du génie de combat. C'est cela qui crée cette merveilleuse synergie qui nous permet de faire ce que nous avons à faire.

Il y a, aussi, l'importance de réfléchir à l'évolution de la doctrine militaire et de diffuser rapidement les résultats de cette réflexion aux soldats engagés sur le théâtre des opérations. Notre manuel d'opérations anti-insurrectionnelles date d'un an, mais déjà nous le révisons. Je ne veux pas dire par cela qu'il soit dépassé, mais de nouvelles idées sont apparues.

Certaines autres questions de doctrine, concernant la manière d'assurer la formation de nos soldats, ont changé radicalement. Nous ne voulons pas cependant perdre le caractère immédiat et incisif des enseignements que nous avons tirés et nous tentons d'inculquer à nos formateurs, ici au Canada, les leçons parfois tragiques que nous avons apprises outre-mer.

Il y a aussi toute l'importance du renseignement, c'est-à-dire de savoir, dans la mesure bien sûr où cela est possible, qui sont nos amis, comment reconnaître ceux qui ne le sont pas et comment leur faire face. L'engagement dans l'armée confirme et renforce nos valeurs nationales de base. Il y a l'entraide, il y a le souci d'oeuvrer de concert avec les populations locales et de les protéger. Cela dit, lorsque c'est nécessaire, il faut affronter l'ennemi et l'anéantir.

Nous consacrons un temps et des efforts considérables au combat de nuit. Nous voulons que nos soldats soient correctement équipés pour ce genre de combat et nous tentons de leur assurer la formation nécessaire. Tant sur le plan technologique que sur le plan psychologique, nos soldats jouissent pendant la nuit d'un énorme avantage et nous tenons à retenir les leçons que nous en avons tirées.

Il y a également, à un autre niveau, l'idée de coopération d'action conjointe, d'une action menée en collaboration avec divers organismes oeuvrant dans le domaine public, en travaillant auprès des forces locales, en s'adaptant à d'autres cultures.

Et puis, il y a aussi la langue et je reconnais, à cet égard, qu'en tant que commandant de l'armée, je n'ai pas fait les efforts que j'aurais dû faire lorsque, il y a quatre ans, j'ai été nommé à ce poste. J'aurais dû m'attacher davantage à m'initier aux dialectes locaux, à apprendre le pachtou. Nous engageons, certes, des centaines d'interprètes afghans, mais il aurait fallu consacrer davantage de temps et d'efforts à la formation linguistique de nos soldats. L'inconvénient de cela est, bien sûr, que cela allonge les délais de formation.

Adjudant-Chef Wayne Ford, sergent-major de l'armée, Défense nationale : Permettez-moi de baisser d'un cran et d'ajouter quelques observations du point de vue du soldat. Une des principales leçons que nous avons tirées de notre mission en Afghanistan est l'importance essentielle du commandement exercé par les sous-officiers supérieurs et les commandants de peloton subalternes. En effet, en Afghanistan, la guerre se fait au niveau du peloton et de la section. Il faut, à ce niveau-là, de grandes qualités de commandement.

Il a fallu, en outre, nous-mêmes nous adapter et apprendre à nos soldats à s'adapter aux nouvelles conditions de combat. Nous leur avons donc donné une formation de combat accélérée. En Afghanistan, nos soldats sont parfois obligés d'aller assez longtemps sans dormir, sans manger, et sans divers autres objets de première nécessité ou de choses auxquelles on est habitué. Le conditionnement aux exigences du théâtre des opérations contribue beaucoup aux succès de nos soldats.

Il nous faut en outre entretenir divers types de savoir-faire, et le commandant de l'armée en a dit un mot tout à l'heure — la neutralisation des explosifs et des munitions, les opérations de renseignement, par exemple. Il s'agit là de compétences que nous possédions à une certaine époque, mais que nous avons eu tendance à négliger, estimant qu'elles n'étaient peut-être pas après tout très utiles. Nous avons retenu la leçon. Ces choses-là nous sont nécessaires et il nous faut entretenir nos compétences en ces divers domaines.

Un mot rapide maintenant au sujet de la formation. Il nous faut entretenir un niveau de formation qui nous permette de rapidement monter en puissance en réponse aux besoins opérationnels, c'est-à-dire que nous ne devons pas négliger nos moyens de formation, car, alors, les délais de préparation sont trop longs. Il nous faut, en effet, être en tout temps en état de disponibilité opérationnelle.

Le sénateur Manning : Il est à espérer que les leçons qui ont pu être tirées nous permettront effectivement de nous maintenir en état de préparation.

Vous avez évoqué un certain nombre de progrès en matière de recrutement, où les choses semblent actuellement bien se passer, et aussi en ce qui concerne le nouveau matériel dont vous avez été doté et dont vous espérez bientôt être équipés. Maintenant que votre mission en Afghanistan arrive à son terme, quel est, d'après vous, le plus grand défi auquel va devoir faire face l'armée canadienne?

Lgén Leslie : Il y a quelques semaines, je me suis rendu, avec le sergent-major de l'armée, à Valcartier où nous nous sommes entretenus avec les membres du groupement tactique qui va bientôt être déployé autour d'un noyau constitué du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment.

[Français]

Ce sont des gens et des soldats superbes. Ils sont très fiers de leur métier et d'avoir été choisis pour aller en Afghanistan. Comme d'habitude, des centaines de volontaires se sont avancés, en plus de l'établissement.

[Traduction]

Le nombre de volontaires dépasse en fait nos besoins. Nous n'avons aucune difficulté à entretenir l'enthousiasme et l'énergie des troupes jusqu'au terme de la mission en Afghanistan. Les jeunes Canadiens et Canadiennes veulent servir sous les drapeaux.

Il est fréquent que l'on nous pose, au sergent-major de l'armée et à moi, des questions concernant la cadence des opérations. Ces questions peuvent avoir divers sens étant donné que certains, quelques-uns seulement ont, au cours des cinq ou six dernières années, été envoyés à l'étranger trois ou quatre fois. La grande majorité de ceux qui s'engagent aujourd'hui dans l'armée entendent servir en Haïti, ou dans le cadre des Jeux olympiques, du G8 ou du G20, ou en Afghanistan. Notre armée, tant les Forces régulières que les réserves, est aujourd'hui beaucoup plus jeune qu'avant. Voilà une première chose.

Il y a ensuite le fait que j'ai demandé à des milliers de réservistes de servir à plein temps à un moment où les effectifs de l'armée régulière ne suffisaient pas à la tâche. Or, nous avons pallié ces insuffisances et le tableau d'effectifs se situe actuellement à 99 p. 100. Ces réservistes à plein temps — je salue leur travail et leur dévouement — font de l'excellent travail. Alors que notre mission en Afghanistan arrive à son terme, le sergent-major de l'armée et moi-même allons devoir leur faire comprendre que si les réservistes ont effectivement fait du très bon travail, nous n'allons pas pouvoir, après la mission en Afghanistan, en conserver un aussi grand nombre à plein temps. Ils ont été, en effet, engagés pour une période donnée — un, deux ou trois ans. Nos réserves ont été en partie mobilisées et elles ont fait de l'excellent travail.

J'entends maintenant en revenir au modèle de la classe A, c'est-à-dire les réservistes à temps partiel. Je souhaite en augmenter le nombre. Pour y parvenir, compte tenu des limitations budgétaires qui s'imposent à nous comme elles s'imposent à tous, nous allons devoir étudier de près nos frais administratifs généraux et les crédits affectés aux opérations en Afghanistan. Dans la période de l'après-Afghanistan, nous n'aurons pas besoin d'un aussi grand nombre de réservistes à plein temps.

Le sénateur Segal : Général Leslie, je souhaite à mon tour vous dire combien nous apprécions votre action et celle du sergent-major de l'armée, ainsi que les efforts de nos soldats que vous représentez avec éclat et aux intérêts desquels vous êtes tant attachés. Vous avez rendu de grands services à notre pays non seulement en Afghanistan mais également, de manière beaucoup moins visible, à l'occasion des Jeux olympiques et ailleurs.

Cela dit, je souhaiterais obtenir quelques précisions sur deux points. Le premier concerne les réserves. Je vous sais gré d'avoir salué l'action des réservistes et la manière dont ils ont répondu à vos besoins. Cela vaut pour les chefs d'état-major des autres armes et de leurs réservistes respectifs. Je vous remercie aussi de la réponse que vous avez apportée à la question du sénateur Manning.

Je tiens cependant à vous faire part d'une préoccupation. Et je vous demande de me dire si elle est exagérée, non fondée ou inspirée par une mauvaise compréhension de la situation. Nous avons sollicité les unités de réservistes et nous leur avons demandé de travailler en Afghanistan auprès et au sein d'unités des Forces régulières. Je pense pouvoir dire que les réservistes se sont conduits de manière exemplaire. En Afghanistan, intégrés aux Forces régulières, ils sont exposés aux mêmes risques, touchent la même solde et, hélas, subissent, en proportion, les mêmes pertes.

Et puis le gouvernement au pouvoir ou le Parlement décide de mettre un terme à notre mission, décision à laquelle tout le monde semble souscrire. Or, et je dis ça avec tristesse — car il m'est permis de m'exprimer sur ce point, bien que ce ne soit pas votre cas —, de nombreux réservistes qui ont participé pleinement à ces opérations de combat vont, essentiellement, être radiés des cadres.

Je comprends fort bien les contraintes financières et les réalités budgétaires qui dictent une telle décision, mais je m'inquiète à l'idée que ces considérations financières vont peut-être entraîner une baisse du niveau de nos unités de réserve, tant sur le plan des effectifs, que sur le plan des journées, nuits ou fins de semaine de formation qui leur sont nécessaires pour maintenir leur état de préparation, état qui constitue justement la raison d'être des réserves. Je sais que ce n'est pas là votre objectif, mais ce qui m'inquiète c'est que, malgré les bonnes intentions, c'est parfois ce qui se produit.

Ce qui m'inquiète aussi, ce sont ceux qui cherchent actuellement à rejoindre les forces armées pour des raisons n'ayant rien à voir avec l'Afghanistan sont ceux-là même qui s'engagent dans les réserves pour servir leur pays, conscients de l'importance des réserves en tant que contingent d'appui aux Forces régulières là où celles-ci sont appelées à servir. C'est peut-être un problème essentiellement politique, mais je me demande ce qui va se produire si nous décidons de ne plus participer à des missions de combat et si, dans le cadre de nos activités de planification et de transformation militaires, nous jugeons ne plus avoir besoin des moyens que nous avons mis en oeuvre en Afghanistan. Selon vous, les réservistes ne subiront plus l'entraînement intensif dont ils ont fait l'objet ces dernières années, car cela ne sera plus nécessaire en raison de l'évolution de nos besoins.

Mon collègue, le sénateur Banks, interjette le mot « peut-être ». J'espère que vous avez raison. Rien ne me rendrait plus heureux que de savoir qu'effectivement la nécessité des opérations de combat, telles que celles qui ont été menées en Afghanistan, a tout simplement disparu. Pourtant, la lecture des journaux ne parvient pas à me convaincre que, dorénavant, nos forces armées n'interviendront plus à l'avenir que dans le contexte d'opérations telles que celles qui ont été menées en Bosnie ou en Haïti et que nous n'avons plus, par conséquent, besoin d'entretenir les capacités de combat exemplaires engagées en Afghanistan. Vos sources de renseignements sont peut-être différentes des miennes.

Pourriez-vous me donner votre avis à cet égard, et nous dire également quelque chose des plans que vous avez sans nul doute dressés en vue de maintenir nos réserves et de faire en sorte qu'elles continuent à bénéficier des moyens de formation nécessaires pour soutenir comme elles sont censées le faire l'action de nos Forces régulières et dont l'existence même est un élément essentiel de la présence militaire dans nos communautés. Les militaires ne sont en effet pas suffisamment présents dans nos communautés, et plus la population les considère comme une partie intégrante de la vie de tous les jours, plus notre sentiment d'appartenance citoyenne est, à divers égards, renforcé.

Certains volets de cette question vont peut-être vous paraître injustes. N'hésitez pas alors à les écarter, mais je vous demande de me répondre sur les autres points.

Lgén Leslie : Notre rôle consiste, essentiellement, à nous préparer au pire. C'est pour cela que nous avons une armée. Mais nous ne sommes pas nécessairement une force de dernier recours. Nous ferons, avec enthousiasme et compétence, ce que le gouvernement nous dit de faire. Certaines de nos missions à l'avenir seront peut-être des missions de combat, alors que certaines autres ne le seront pas.

Il est difficile de prévoir si, une fois arrivés sur place, nous allons effectivement devoir nous battre. C'est pour cela que je suis entièrement d'accord avec vous lorsque vous dites qu'il nous faut assurer à nos jeunes soldats une formation qui leur permette de remporter le combat avec d'assez bonnes chances de revenir sains et saufs.

Cela dépend, en effet, des aptitudes au combat, dans la pire des hypothèses. Nous avons, par le passé, constaté que certaines missions de maintien de la paix dégénéraient rapidement alors qu'au départ, on envisageait une opération classique de bérets bleus. Un certain niveau d'entraînement au combat est donc essentiel. Je parle là d'une formation de niveau 5, correspondant à la formation d'une équipe de combat dans le cadre d'un groupement tactique ou d'une brigade.

Permettez-moi maintenant de passer à la question des réserves. Vous avez parlé tout à l'heure des capacités et du nombre insuffisant de chefs dans certaines unités de réserve. J'ai devant moi un tableau qui indique que les réserves comprennent quelque 1 100 capitaines qui y font de l'excellent travail. Sans les réserves, l'armée n'aurait pas eu les moyens de faire ce qu'elle a fait ces derniers temps. Nous n'y serions pas parvenus. Je salue leurs exploits.

De ces 1 100 capitaines de réserve, de 40 à 50 p. 100 servent actuellement à plein temps, conformément à ce que je leur ai, en tant que commandant de l'armée, demandé de faire ces quatre dernières années. Bon nombre d'entre eux ne servent plus dans leur bataillon ou régiment de réserve; ils assurent actuellement des missions de formation dans nos divers établissements, donnent des cours, sont en poste au quartier général ou se trouvent dans une zone d'opérations.

Il est clair que l'on commence à constater une certaine carence à la tête des unités de réserve. Nos opérations ont également entraîné, dans ces unités, un certain déséquilibre des moyens leur permettant d'assurer eux-mêmes une formation de base. Comment corriger cela?

Vous disiez tout à l'heure que nos réservistes ont servi de manière exemplaire à l'étranger et qu'ils se sont habitués à un certain niveau de formation et d'équipement qu'ils ne retrouveront pas à leur retour au Canada. Je comprends fort bien. Cela s'inscrit dans le contexte d'une formation en fonction des besoins. Il est fréquent que le matériel hautement spécialisé employé dans le cadre de missions telles que celle que nous menons en Afghanistan soit en nombre limité. J'ajoute en cela qu'en raison des dommages subis sur le champ de bataille, ces équipements doivent continuellement être remplacés.

Comment vous répondre sur ce point? Je cherche une analogie. Il est clair que les membres d'une unité de réserve à laquelle on n'a pas fait appel ou à qui on n'a pas demandé de volontaires — en effet, contrairement aux membres des Forces régulières, il y a des réservistes qui se portent plusieurs fois volontaires — en vue d'une mission, n'obtiendront pas, dans le contexte de l'après-Afghanistan, la formation justement destinée à les préparer à une mission précise. C'est un fait. Ils obtiendront une formation de base, comparable à celle de leurs homologues des Forces régulières. Dans le cadre du système de gestion de l'état de disponibilité opérationnelle, les réservistes vont progressivement atteindre le niveau de formation 5 assuré à diverses bases. C'est la seule solution si nous souhaitons effectivement augmenter les effectifs de la classe A de réservistes qui est le réservoir de ces jeunes réservistes, hommes et femmes, qui se sont en si grand nombre portés volontaires pour des missions à l'étranger.

Je précise tout de suite que même après la fin de notre mission en Afghanistan, nous compterons dans nos rangs des milliers de réservistes à temps plein.

En ce qui concerne ceux des réservistes qui, ayant servi en Afghanistan, souhaitent continuer à plein temps, je leur écris, avec l'aide du sergent-major de l'armée, une lettre offrant de les muter dans les Forces régulières. Je précise bien que ceux qui souhaitent s'engager dans les Forces régulières, recevront immédiatement une affectation, car il est fort probable, en effet, qu'ils ne réintègrent pas leur unité de réserve d'origine. Ce sont les chefs que nous affecterons, car nous continuons à en manquer. Il faut, en effet, du temps pour produire des capitaines ayant une certaine ancienneté, des majors et des sergents-majors. La situation actuelle est l'inverse de ce qu'elle était il y a 10 ans. Aujourd'hui, nous demandons aux réserves d'envoyer leurs chefs afin qu'ils rejoignent les Forces régulières.

Mercredi soir, je dois d'ailleurs assister ici à Ottawa à une cérémonie de passation de commandement. Après une mission à l'étranger, un lieutenant-colonel de réserve aux compétences reconnues a décidé de s'engager dans les Forces régulières. Il va donc quitter les réserves et intégrer l'armée.

Le sénateur Segal : En tant que major?

Lgén Leslie : Oui, en tant que major, avec toutes les compétences se rattachant à ce grade. Son salaire devrait être à peu près équivalent, ou du moins je l'espère.

La présidente : Il nous reste environ deux minutes, et le sénateur Pépin a une question à vous poser.

[Français]

Le sénateur Pépin : Il y a un an, vous avez parlé de la nécessité de prévoir une pause opérationnelle. Plus récemment, votre nom est apparu dans les médias lorsqu'il était question d'envoyer les Forces canadiennes au Congo. Les Forces canadiennes devraient-elles être déployées ailleurs ou ont-elles besoin d'une pause opérationnelle?

Lgén Leslie : Madame le sénateur, les Forces canadiennes se sont énormément transformées depuis les 12 à 14 derniers mois, beaucoup de jeunes Canadiens ont joint nos rangs. Ils s'entraînent de façon superbe pour devenir de très bons soldats.

Aussi — et on vous en remercie — nous avons reçu des milliards de dollars qui serviront à équiper l'Armée de terre. La majorité de nos équipements lourds, les Leopard, les chars d'assaut, sont déployés. Si on veut redéployer dans de telles missions, il y a toujours un besoin. On a requis une période d'administration et de maintenance à ce sujet.

[Traduction]

En fonction de vos instructions, nous sommes à même d'envoyer un bataillon. Nous sommes prêts, comme nous avons pu le voir en Haïti.

[Français]

Le sénateur Pépin : Au sujet des familles des militaires, à titre d'état-major de l'Armée de terre, avez-vous pris des initiatives pour concrétiser l'importance que vous accordez au soutien des familles des militaires qui sont sous votre responsabilité? Quels sont les principaux défis des familles des membres des forces terrestres? Comment, à titre de leader, faites-vous face à ces défis?

[Traduction]

Lgén Leslie : La famille est ce qu'il y a de plus important. C'est notre source; c'est elle qui nous soutient, qui nous donne l'amour et l'encouragement qui nous sont essentiels; c'est elle que nous retrouvons une fois la mission accomplie.

[Français]

Les Forces canadiennes, sous le leadership du général Natynczyk, se concentrent sur nos familles. Des dizaines, peut-être des centaines d'initiatives ont été lancées en consultation avec les familles et les groupes de soutien des familles, dans toutes nos régions.

Ce n'est pas seulement la force terrestre. Il y a aussi le général Semianiw et son équipe, qui ont fait un travail remarquable pour développer un sens de la famille. Il joue un rôle critique dans toutes nos affaires.

[Traduction]

Nous avons fait d'énormes progrès sur ces divers plans. Cela dit, beaucoup reste à faire. Le général Natynczyk et le major-général Semianiw se feront un plaisir d'évoquer avec vous la question.

La présidente : Je tiens à vous remercier, lieutenant-général Leslie, chef d'état-major de l'Armée de terre, qui, en juin, assumera ses nouvelles fonctions de chef, Transformation. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de vous en reparler à une date ultérieure. Nous tenons également à remercier l'adjudant-chef Wayne Ford.

Dans le cadre de notre second groupe de témoins, nous avons le plaisir d'accueillir le vice-amiral Dean McFadden, chef d'état-major de la Force maritime. Nous accueillons également le commodore J.E.T.P. Ellis, directeur général, Développement de la Force maritime, spécialiste des acquisitions de matériel militaire, et Robert Cleroux, premier maître du Commandement. Soyez tous les deux les bienvenus.

Le vice-amiral McFadden a rejoint la Flotte canadienne du Pacifique en 1978. Spécialiste de la navigation, il sert à bord de navires de patrouille et de destroyers d'escorte. Puis il est instructeur de navigation au Centre d'entraînement des officiers de marine. Il est ensuite nommé outre-mer, dans le cadre de l'OTAN. C'est lui qui a dirigé le groupe opérationnel interarmées chargé des secours après l'ouragan Katrina.

En 2005, il prend le commandement de la Flotte canadienne de l'Atlantique. Il est promu au grade de contre-amiral en juillet 2006, et prend le commandement des Forces maritimes de l'Atlantique et de la toute nouvelle Force opérationnelle interarmées de l'Atlantique. Il a été promu au grade de vice-amiral en 2008 et nommé commandant du Commandement Canada. Il a assumé ses présentes fonctions en juin 2009. On ne saurait énumérer toutes les tâches qu'il a accomplies tant on l'a tenu occupé.

Amiral, soyez le bienvenu. Vous avez la parole.

[Français]

Vice-amiral Dean McFadden, chef d'état-major de la Force maritime, Défense nationale : Merci, madame la présidente et distingués membres du comité. L'objectif de ma présence ici aujourd'hui est d'examiner la position de la marine canadienne dans le cadre de l'année de son centenaire. Je le ferai en expliquant brièvement la raison d'être de la marine, et en discutant de ses navires et de ses effectifs.

[Traduction]

Vous êtes au courant des missions qui nous ont été, cette année, confiées en matière de lutte contre la piraterie, contre le terrorisme et, dans une certaine mesure aussi, contre le trafic des stupéfiants. Nous avons également participé à l'intervention rapide en Haïti et aux mesures prises dans le cadre des Jeux olympiques. Je vais maintenant, si vous le voulez bien, aborder certaines des questions qui retiennent particulièrement votre attention au sujet de nos plates- formes et de nos personnels.

D'abord, les sous-marins de la classe Victoria. Le Cornerbrook effectue actuellement des missions dans l'océan Atlantique et ses performances nous donnent d'excellentes raisons d'avoir confiance en tous les bâtiments de cette classe. Le Victoria sera opérationnel en 2011 et c'est alors qu'il fera, pour l'ensemble des bâtiments de cette classe, preuve de ses capacités de tir de torpilles lourdes. Le Windsor deviendra opérationnel en 2012. Le Chicoutimi a déjà été remis au Washington Marine Group pour la première des huit longues périodes en cale sèche qu'effectueront d'ici à 2023 tous les bâtiments de cette classe dans le cadre du contrat de soutien en service des navires de la classe Victoria.

Les travaux commandés dans le cadre de la Stratégie de défense Le Canada d'abord sont en bonne voie. La première frégate, le NCSM Halifax, a déjà été retirée de la flotte de l'Atlantique en vue des travaux de prolongation de la durée de vie de ses équipements et leur modernisation. Elle sera suivie, l'année prochaine, par le Calgary, la première frégate à être provisoirement retirée de la flotte du Pacifique. Les travaux commandés dans le cadre des trois principaux projets relevant de la stratégie Le Canada d'abord — le Navire de soutien interarmées, le Navire de patrouille extracôtiers/de l'Arctique et les nouveaux bâtiments de combat de surface du Canada vont bon train, le projet en étant à divers stades de son développement. Je suis très enthousiaste quant aux résultats de ces divers projets dans le contexte d'une stratégie durable de construction maritime à long terme.

Mais la construction d'une nouvelle flotte n'a pas uniquement pour but de doter notre marine des équipements dont elle a besoin, même si cela est essentiel. Il s'agit, en effet, d'investir dans l'avenir du pays car, d'après moi, au XXIe siècle, les océans vont, à l'échelle mondiale, prendre une importance qu'ils n'ont pas eue jusqu'ici, ainsi qu'on peut déjà le constater dans nos régions de l'Extrême-Arctique. C'est pourquoi il nous faut rebâtir et rénover une flotte qui a été fortement sollicitée et qui a, certes, fait des prouesses, mais qui, inévitablement, prend de l'âge.

La Stratégie de défense Le Canada d'abord n'est pas une simple déclaration d'intention. C'est, en effet, un véritable projet maritime qui envisage une flotte capable d'être entretenue en haute mer dans les diverses régions du globe, avec tous les armements nécessaires et les moyens d'affirmer, dans trois océans, notre souveraineté et d'assurer notre défense et notre sécurité face à des menaces de divers ordres.

[Français]

Le Canada d'abord, l'énoncé de défense stratégique décrit la flotte en termes de qualité et de quantité et qui affecte les ressources aussi longtemps que nécessaire afin de concrétiser cette flotte. En somme, elle est comme une feuille de route pour l'avenir.

[Traduction]

Pour parvenir, cependant, à cette flotte très performante, aux mains d'officiers et de marins en nombre suffisant et ayant toutes les qualités requises dans une profession particulièrement exigeante, il va falloir, au cours des prochaines années, des efforts considérables alors même que nous prenons les décisions nous permettant de gérer les risques auxquels nous devons actuellement faire face. C'est en cela que consiste mon travail.

Je n'entends pas par « risques », les menaces qui pèseraient sur les Canadiens, mais le fait, plutôt, qu'alors même que nous nous modernisons ou que nous remplaçons à peu près tous nos bâtiments de surface, il nous faut en même temps continuer à assurer la formation nécessaire, sans interrompre nos opérations et, malgré un moindre nombre de plates- formes, être, en mesure de parer à toute éventualité.

Le début des travaux de modernisation et de prolongation de la durée de vie de la frégate Halifax marque le début d'une importante période de transition qui ne fera que s'accélérer pendant mon quart, mais dont l'achèvement incombera à mes successeurs qui, en même temps, vont devoir s'accommoder de certaines brèches dans notre dispositif puisque plusieurs classes de bâtiments vont être retirées du service avant même que nous soient livrés leurs remplaçants.

Nous avons déjà eu à faire face à ce genre de situation — dans les années 1990, au cours du plus récent de ce que j'appelle l'écho d'une alternance de forte expansion et de récession. Nous avons remplacé les contre-torpilleurs par des frégates de la classe Halifax; nous avons modernisé les contre-torpilleurs de la classe Iroquois pour leur donner leur actuelle configuration de plates-formes de commandement; et nous avons renforcé nos moyens de défense côtière, en mettant en service les bâtiments de la classe Kingston. C'est dire que nous avons une idée très précise de ce que nous devons faire pour parvenir à la flotte envisagée dans le cadre de la stratégie Le Canada d'abord et nous avons élaboré un plan qui nous permettra d'y arriver.

D'abord, nous allons concentrer nos efforts sur la formation des effectifs de la flotte afin d'optimaliser l'emploi des plates-formes disponibles et l'utilisation des jours de mer pour perfectionner nos personnels. Cela s'applique aussi bien au matelot de troisième classe, qu'au commandant de la flotte. En effet, mesdames et messieurs les sénateurs, les personnels de la marine sont notre atout le plus précieux. Sans eux, rien n'est possible.

Je pense pouvoir, en toute modestie, dire que la marine canadienne est très généralement reconnue comme une des meilleures du monde, relativement au nombre de ses bâtiments et de ses effectifs. Cela m'amène à la seconde partie de notre plan. Pour arriver à poursuivre avec succès les opérations actuelles, nous allons devoir veiller de plus près encore à notre état de préparation et aligner nos ressources, y compris nos moyens financiers, sur les résultats opérationnels que nous souhaitons obtenir et entretenir, notamment, la capacité de déploiement rapide d'un groupe opérationnel naval prêt à toute éventualité et permettant d'assurer la défense de notre souveraineté dans nos zones maritimes.

Le troisième volet de notre plan est de faire en sorte que notre marine, en tant qu'institution, soit dotée, dans le cadre de la Stratégie de défense Le Canada d'abord, des moyens nécessaires pour assurer son succès à l'avenir, alors même que nous nous préparons, en tant qu'organisation de combat, à exploiter à fond les capacités de notre future flotte. Afin de parvenir, au sein de cette institution, à un équilibre entre les défis qui nous sont actuellement posés, et les défis que nous allons être amenés à relever à l'avenir, nous nous sommes penchés de près sur nos structures en vue de leur optimalisation afin de pouvoir en même temps reconstituer notre flotte et former les équipages dont elle a besoin.

À brève échéance, la question des équipages restreint sans nul doute notre liberté d'action. Il nous manque en effet des officiers et des matelots, particulièrement dans les grades intermédiaires et supérieurs, dont les aptitudes et le savoir-faire sont recherchés non seulement dans les forces armées, mais également par le secteur privé. L'année dernière, nous avons atteint nos objectifs en matière de recrutement. Cela a marqué un rétablissement de la situation après plusieurs années successives de baisse, alors même que les Forces canadiennes, dans leur ensemble, augmentaient leurs effectifs. Si nous avons pu y parvenir, c'est uniquement en raison des efforts constants de tout le ministère et j'en profite pour saluer tous ceux qui y ont participé. J'ai donc des raisons de me montrer, à certains égards, optimiste car ces efforts vont être maintenus. Il va nous falloir une bonne partie des deux prochaines années pour reconstituer nos effectifs navals dans les divers métiers de la mer. Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher nos efforts de recrutement.

[Français]

Comme vous le savez, notre marine célèbre cette année son premier centenaire de service au Canada. Et dans un pays aussi jeune que le nôtre, le centenaire de toute institution nationale constitue un événement important.

[Traduction]

Nous sommes très fiers de ce qu'ont fait nos prédécesseurs en temps de paix comme en temps de guerre pour aider le Canada à occuper une place honorable dont le concert des nations. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve, mais je sais que la Stratégie de défense Le Canada d'abord m'offre une précieuse occasion de léguer à nos successeurs une marine supérieure à celle dont nous avons nous-mêmes hérité. C'est essentiellement là notre tâche. Je vous remercie. C'est très volontiers maintenant que je répondrai à vos questions.

La présidente : Merci, vice-amiral McFadden. Je suis ravie de votre optimisme et heureuse de constater que tout se passe correctement. Les membres du comité ont tous des questions à vous poser et nous allons commencer, comme toujours, par notre vice-président.

Le sénateur Dallaire : Amiral, l'entrée en service des nouveaux C-17 soulage-t-elle la marine, en renforçant les capacités de transport stratégique de l'armée?

Vam McFadden : Cela a-t-il pour effet de réduire notre rôle? Non, mais il nous faut faire en sorte que l'ensemble des Forces canadiennes dispose de moyens de transport stratégique dans le cadre d'une force interarmées intégrée capable d'obtenir les résultats voulus. Il ne fait aucun doute que les C-17 renforcent en cela sensiblement nos moyens. Je précise que ces appareils ne peuvent pas assurer le transport de charges lourdes, mais il ne fait aucun doute qu'à l'heure actuelle 90 p. 100 des choses qui doivent être transportées d'un pays à un autre sont expédiées par voie maritime. C'est le moyen le plus efficace. Les navires ont une capacité de chargement beaucoup plus importante. Les C-17 renforcent manifestement nos capacités de projection rapide sur de longues distances, mais ce n'est pas la seule chose qui compte en matière de déploiement et de maintien de nos troupes en campagne.

Le sénateur Dallaire : Est-ce à dire que nous avons les moyens d'effectuer des déploiements rapides, mais, en raison de l'insuffisance de nos moyens de transport maritime stratégiques, pas nécessairement ceux d'appuyer ce déploiement? Y a-t-il un certain déséquilibre au niveau de nos moyens de transport?

Vam McFadden : Je souhaiterais en effet, sénateur, pouvoir renforcer nos moyens de transport stratégique. Il nous faudrait pour cela un programme de renouvellement de la flotte. J'ai dressé un plan à cet effet, mais encore faut-il le mettre en oeuvre.

Le sénateur Dallaire : Je ne souhaite pas aborder la question de la Réserve navale et des problèmes qui se posent au niveau des équipages des bâtiments de la classe Kingston en raison d'effectifs insuffisants. D'après vous, cependant, la conception des unités navales et les besoins de la marine devraient-ils contribuer à une synergie avec le secteur des constructions navales au Canada afin de soutenir cette industrie?

Vam McFadden : Tout à fait. J'ai exprimé tout à l'heure l'enthousiasme que m'inspire l'idée d'une stratégie canadienne en matière de constructions navales qui opterait pour un processus de construction fondamentalement différent. J'ai fait allusion à cette alternance de forte expansion et de récession. Nous avons, au Canada, une tradition à cet égard et c'est à cela que nous devons, par exemple, les bâtiments de la classe Halifax. Je suis sans doute partial, mais ces frégates demeurent parmi les meilleures au monde, certaines d'entre elles ayant maintenant 15 ou 20 ans. À sa sortie des chantiers navals, c'était sans aucun doute la meilleure frégate au monde. Nous en avons construit 12 dans des délais assez rapprochés, ce qui fait que 15 à 20 ans plus tard, elles atteignent toutes à peu près en même temps un certain âge. C'est ce que j'appelle l'écho de cette période d'expansion. Elles vont toutes devoir être retirées du service dans un délai encore une fois assez rapproché afin de subir des travaux de modernisation et de prolongation de la durée de vie qui leur permettra de demeurer en service encore 15 ou 20 ans.

Je suis tout à fait favorable à la tenue d'un exercice de réflexion approfondi sur ce dossier. En effet, cela nous offre une occasion qui n'est peut-être pas unique, mais qui ne se présente pas souvent. Une fois peut-être à chaque génération. La Stratégie de défense Le Canada d'abord prévoit, sur 20 ans, des dizaines de milliards de dollars pour la construction de quelque 25 bâtiments de la marine, et plusieurs autres pour la Garde côtière. C'est en effet tout un programme. Ce carnet de commandes ouvre la voie, entre le gouvernement et les constructeurs, à des pourparlers qui ne visent pas uniquement un projet précis, tel que les bâtiments de la classe Halifax, le Navire de soutien interarmées, le Navire de patrouille extracôtiers/de l'Arctique, ou les bâtiments de combat de surface du Canada. Il ouvre en effet la voie à des discussions qui concernent le développement ici au Canada d'une capacité stratégique de constructions navales avec toutes les activités connexes que cela suppose. J'en suis tout à fait partisan.

Le sénateur Dallaire : Avons-nous les moyens, ou devrions-nous acquérir les moyens de construire des sous-marins à propulsion nucléaire?

Vam McFadden : Les sous-marins à propulsion nucléaire ne sont pas prévus dans la Stratégie de défense Le Canada d'abord. Il s'agit, précisons-le, de bâtiments extrêmement coûteux. C'est ce que nous avons constaté la dernière fois que nous avons envisagé de lancer un tel programme. Pour s'embarquer dans un tel projet, il nous faudrait d'abord réviser, de manière fondamentale, l'affectation des crédits de défense dans l'ensemble du pays. Le Canada aurait-il les moyens de construire de tels bâtiments? Je suis peut-être trop optimiste, mais je considère que si nous souhaitions le faire, nous y parviendrions. Cela exigerait cependant un énorme effort financier.

Le sénateur Segal : Ma question ne concerne pas la marine canadienne. Cela va peut-être vous gêner, mais j'aimerais vous attirer dans d'autres eaux, dans des eaux cependant dans lesquelles notre pays a des intérêts.

En ce qui concerne la montée en puissance des forces chinoises, la marine de l'Armée populaire de libération a fait, ces derniers temps, des efforts considérables. Nos amis russes ont également entrepris de renforcer leur présence militaire dans l'Arctique, de prendre pied en Méditerranée et de se constituer de nouvelles bases dans des pays tels que la Syrie et l'Ukraine. Tout cela donne à penser que la mission générale confiée à notre marine, de concert avec nos alliés, va devenir à tout le moins plus complexe, même si l'on fait abstraction des conflits, politiques ou autres, susceptibles de naître.

Si un gouvernement vous disait qu'il estime que les effectifs des Forces canadiennes sont actuellement insuffisants et que la taille de notre marine, notamment, est insuffisante et qu'il conviendrait, d'ici le 150e anniversaire de nos forces armées, c'est-à-dire d'ici 2017, de porter ses effectifs à 150 000 personnes, soit une augmentation de presque 40 p. 100 par rapport à leur état actuel, et que l'on vous disait que les crédits budgétaires pour ce faire seraient dégagés pour l'acquisition des nouvelles plates-formes, seriez-vous en mesure, compte tenu de la structure de commandement, de répondre : « Oui, capitaine »?

Vam McFadden : De 1939 à 1943, notre marine s'est développée de manière exponentielle, beaucoup plus rapidement qu'il ne semblait possible. Nous étions en guerre et la nation tout entière a participé à l'effort. Pouvons-nous envisager une augmentation de 40 p. 100 en 50 ans? Sans nul doute.

Je voudrais, si vous me le permettez, modifier quelque peu les paramètres de votre question. Ce qui nous concerne, ce n'est pas simplement le développement de la marine de l'Armée populaire de libération, ou l'augmentation des moyens militaires déployés par la Russie dans l'Arctique et d'autres régions du monde. J'ai déjà dit, et je crois profondément que les enjeux maritimes vont prendre une importance croissante parmi les problèmes que nous allons devoir régler au XXIe siècle. Je n'hésite pas à dire qu'au XXIe siècle notre pays aura de plus en plus besoin de recourir à sa marine. Si l'on me demandait si je pense que la marine va devoir, au XXIe siècle, accroître ses effectifs par rapport à ce qu'ils sont actuellement, je répondrais que oui.

Les Canadiens comprennent viscéralement les intérêts qu'a notre pays dans nos régions de l'Extrême-Arctique, mais l'Arctique est en fait une sorte de métaphore de tout ce qui va se produire au XXIe siècle alors que nous intégrons les changements que le régime juridique des océans a subis au cours des 30 ou 40 dernières années, changements beaucoup plus profonds que ceux qui s'étaient produits ce qui s'était passé au cours des 400 ans précédents. La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer reconnaît aux états côtiers une zone économique exclusive, et les compétences s'y rattachant s'étendent à des zones de plus en plus grandes au large des côtes. Les espaces maritimes relevant des compétences des états côtiers sont de plus en plus vastes et revêtent pour l'humanité une importance croissante.

La majeure partie de la population de la terre tire ses protéines des ressources halieutiques. Outre la valeur monétaire de ces ressources, il ne faut pas perdre de vue que de plus en plus de monde se déplace des régions intérieures vers les côtes et qu'en raison de ces mouvements de population et du nombre croissant de personnes qui dépendent des régions littorales, celles-ci sont soumises à des pressions de plus en plus fortes. Les populations entendent avoir accès à ces ressources, et aussi à des ressources énergétiques. Ces dernières ne sont peut-être pas tout à fait aussi vitales que les ressources alimentaires, mais elles revêtent tout de même, pour le développement national, une importance fondamentale. Les divers États souhaitent donc étendre à une bonne partie de ces ressources leurs compétences nationales. Dans certains cas, les efforts en vue de soumettre ces zones à une réglementation nationale, entraîneront des différends entre pays voisins. Cela vaut pour le Canada.

Je pense constater dans l'Arctique la mise en place progressive de moyens permettant de régler ces différends. Le dialogue entre les États de l'Arctique est possible, bien que l'Union soviétique et les autres États de la région aient été des adversaires idéologiques. J'ai vu les Norvégiens et les Russes s'entendre au sujet d'une frontière maritime sur lesquelles ils s'étaient opposés pendant 40 ans, les deux États invoquant la convention des Nations Unies et leurs avocats présentant leurs arguments respectifs en vue d'un accord bilatéral.

Il n'existe pas beaucoup de régions dans le monde où les pressions ne sont pas plus fortes encore que dans nos régions de l'Arctique. Imaginez ce type de scénario en Asie du Sud-Est, près des îles Spratly qui recèlent, pense-t-on, d'importantes réserves gazières et pétrolières et où cinq pays revendiquent le même espace maritime. Il faudra bien, là, et dans d'autres régions où persistent d'anciennes rancunes, parvenir à un règlement.

Je ne dis pas que les États vont se livrer une guerre à outrance pour la possession de ces ressources, mais il ne fait aucun doute que les ressources font l'objet de pressions croissantes. Cela ne vaut pas seulement pour les espaces maritimes, à l'égard desquels nous revendiquons une compétence nationale. Les Canadiens ont assisté à plusieurs différends auxquels le Canada a été partie. Mais je pense que, compte tenu des pressions qui se manifestent dans d'autres régions du monde, et où interviennent non seulement d'anciennes rancunes, mais également l'action d'États en déliquescence qui n'ont pas eux-mêmes les moyens d'exercer leurs compétences — force est de constater que dans l'environnement maritime fait l'objet d'une exploitation à outrance —, les océans seront soumis à des pressions croissantes et le Canada devra non seulement veiller à ses propres espaces maritimes, mais également intervenir ailleurs, car il est dans son intérêt de voir un certain ordre régner sur les océans. Donc, oui, effectivement, nous devrons au XXIe siècle développer davantage notre marine.

Le sénateur Manning : Je tiens à vous remercier des services que vous rendez à notre pays, vous et l'ensemble des personnels de la marine.

Ce que vous avez dit au sujet du XXIe siècle m'intéresse beaucoup, et je suis d'accord avec vous à cet égard. Cela m'amène à la question du recrutement. Je suis ravi de vous entendre dire que, l'année dernière, vous avez, en matière de recrutement, atteint vos objectifs. Le chef d'état-major de l'Armée de terre avait tout de suite avant dit la même chose en ce qui concerne l'armée. Les effectifs actuels correspondent presque à 100 p. 100 aux effectifs théoriques.

Comment les choses se présentent-elles pour l'année qui vient? Avez-vous de nouvelles idées ou de nouveaux projets en vue d'augmenter les effectifs de la marine? Je sais que l'exercice financier vient juste de commencer, mais vous pourriez peut-être nous dire quelque chose de ce qu'on prévoit.

Vam McFadden : Nous avons pris un bon départ. Rien n'est plus important pour nous que le recrutement et la conservation des effectifs. Je ne pense pas que les gens soient vraiment au courant des chiffres que je vous ai cités tout à l'heure, ou savent que nous avions accusé une chute des effectifs. Je rappelle, à titre de comparaison, que les effectifs des Forces régulières de la marine canadienne s'élèvent à 8 500 membres. Cela étant, une baisse même faible, peut avoir de sensibles incidences.

Depuis le milieu de la dernière décennie, nous nous étions fixé un objectif de recrutement de 800 ou 700 nouvelles recrues que nous ne parvenions pas à atteindre. L'écart n'était pas très important, mais si notre objectif était de 800 nouvelles recrues, nous en obtenions 700. L'année suivante nous nous sommes fixé un objectif de 700 nouvelles recrues et nous en avons obtenu 600. La situation s'aggravait chaque année. La seule solution était de, chaque année, combler un peu plus le déficit.

Ces deux dernières années, nous ne nous sommes pas fixé un objectif de 700 ou 800 nouvelles recrues, mais de 1 100 et de 1 200 respectivement. L'année dernière, pour la première fois, nous avons dépassé notre objectif. Si je suis optimiste, c'est parce que je sais que nous avons commencé à combler notre déficit. Il suffit maintenant de persévérer.

Quelles initiatives avons-nous lancées? Je n'ai pas hésité à saisir l'occasion du centenaire pour familiariser les Canadiens avec leur marine, qu'ils ne connaissent pas suffisamment. Cela nous a donné l'occasion d'en parler et d'expliquer aux Canadiens ce qu'est leur marine et ce qu'elle fait. Cela nous a également donné l'occasion d'expliquer à nos propres marins, qui sont aussi nos meilleurs agents de recrutement, que la mission de la marine n'a rien de facultatif, qu'elle est essentielle à la défense et à la sécurité de notre pays et que cela sera encore plus vrai à l'avenir.

Il ne fait aucun doute que ce centenaire nous a offert une belle occasion. Il me paraît tout à fait indiqué de commémorer la marine. C'est, selon moi, une bonne chose que de reconnaître ses origines, mais cela nous offre également une occasion à ne pas manquer d'expliquer aux Canadiens ce qu'ils ont et pourquoi il leur faut l'entretenir. Non seulement doivent-ils être attachés à leur marine, mais encore devraient-ils encourager leurs fils et leurs filles à s'y engager.

Une grande partie de nos efforts ont été consacrés aux relations communautaires. Lorsqu'un marin revient au Canada après avoir servi dans une région éloignée du monde, je l'encourage à se rendre dans l'école secondaire où il a fait ses études. Pour raconter ce qu'il a fait. Cela crée des liens personnels. Les commandants de bâtiments de la marine prennent, eux aussi, la parole à diverses occasions pour expliquer ce qu'ils font et pourquoi ils le font. Nous envoyons aussi certains de nos bâtiments dans la région des Grands Lacs. Une des difficultés que nous posait le mode de recrutement en vigueur dans les Forces canadiennes était que la marine passait un peu inaperçue. Lorsque vous vous rendez dans un centre de recrutement, et que vous rencontrez un sergent qui revient d'une troisième période de service en Afghanistan, vous ne pouvez pas manquer d'être impressionné. Il m'a donc fallu trouver moyen d'affecter des marins à ces centres de recrutement afin qu'ils puissent, eux aussi, expliquer ce que fait la marine.

Il y a aussi le problème du ressourcement qu'il convient d'évoquer, et puis il y a des choix à faire afin d'assumer, malgré les contraintes budgétaires permanentes, les coûts de l'envoi d'un bâtiment dans la région des Grands Lacs pour établir des liens avec une région très éloignée de nos côtes. Il est fréquent que les gens de cette région ne sachent pas qu'ils sont reliés à la côte par des voies navigables. Les gens le constatent, cependant, après avoir vu un de nos bâtiments dans le port de Toronto.

Nous avons également financé cinq autobus de recrutement qui parcourent le pays au nom de la marine. Le général Leslie m'a dit que ce n'est que depuis que nous avons envoyé un de nos autobus aux portes de la base de Petawawa, que celle-ci dispose d'un service de transports en commun. Nous avons envoyé un de ces autobus à Petawawa, parce que s'il y a des hommes et des femmes qui décident de ne pas rester dans l'armée, j'aimerais les persuader de changer d'uniforme. Il nous faut, en effet, renforcer nos effectifs.

Mais nous ne pouvons pas nous contenter de cela. Il nous faut en effet recruter un certain type d'individu. La marine est une organisation qui repose sur des techniques très avancées. Nous avons donc développé des liens avec l'Association des collèges communautaires du Canada. Cette association regroupe quelque 40 collèges et cégeps. Nous avons souvent subventionné des programmes éducatifs. Nous avons subventionné 350 places dans ces divers collèges, et 200 des intéressés vont s'engager dans la marine. Les Forces canadiennes offrent, en outre, des primes de recrutement à des individus spécialisés dans 25 métiers, dont 10 dans la marine.

Nous étudions la question, mais, ce qui est tout aussi important, c'est que nous nous donnons les moyens d'accélérer le recrutement.

La présidente : Permettez-moi de vous interrompre un moment, car le sénateur Meighen avait une question complémentaire à poser.

Le sénateur Meighen : Vous avez déjà, en partie, répondu à une question supplémentaire que j'entendais vous poser au sujet de vos efforts en vue de recruter des spécialistes de divers métiers. Cela vous posait depuis longtemps des difficultés dans la mesure, où selon certains du moins, cela ne facilitait pas les manoeuvres.

Qu'en est-il de la conservation des personnels spécialisés? Quelle est, à cet égard, la situation, ou bien comment entendez-vous vous y prendre pour qu'ils décident de rester dans la marine?

J'ai toujours admiré l'emploi que la marine sait faire de ses réservistes. Les bâtiments de la classe Kingston en fournissent un bon exemple. Quelle est la place des réservistes dans vos projets d'avenir? L'armement de bâtiments de la classe Kingston par des réservistes a-t-il été un succès?

Vam McFadden : Permettez-moi de vous répondre en premier sur la question de la conservation des effectifs. J'ai toujours pensé qu'un de nos grands défauts était de ne pas vraiment savoir comment faire comprendre à nos marins combien ils sont importants, non seulement aux yeux de la marine, mais de leurs concitoyens. Ce n'est pas là quelque chose qu'il est nécessaire de dire aux soldats. Ça fait 10 ans qu'il n'est plus nécessaire de dire cela aux soldats. Les marins passent beaucoup de temps en mer. Ils ne sont guère sous l'oeil du public, ou sous l'objectif des appareils photos. Le service en mer est un effort qui s'inscrit dans la durée. Il n'y a pas de position ennemie à enlever. Il n'y a pas d'instants de gloire. On a pu le constater lors de la bataille de l'Atlantique engagée en 1939 et où l'on a persévéré jusqu'à la fin de la guerre. C'est un engagement de chaque instant.

Pour améliorer le taux de conservation des effectifs, il fallait donc parvenir à faire comprendre aux gens l'essentielle nécessité de ce que fait la marine. Cela dit, si des considérations immédiates priment trop par rapport aux objectifs à horizon de cinq ou 10 ans, on risque de pousser les exigences au-delà de ce qu'il est possible d'assurer durablement. C'est toute la question de l'état de préparation. Il faut, en effet, non seulement veiller à l'immédiat, mais assurer l'avenir.

Les hommes et les femmes de la marine canadienne ont été mis à dure épreuve. Ils ont su surmonter les difficultés, mais il nous faut aussi assurer la continuité de nos opérations. Les réservistes de la marine ont été particulièrement sollicités.

Je dirais que, dans la marine, beaucoup de choses se font différemment et l'une de ces choses est la manière dont nous employons les réservistes. Le général Leslie a pris la parole devant vous, et pourra dire si je me trompe sur ce point. Selon la mission dont il est chargé, et la formation qui lui est donnée, il n'existe guère de différence entre un fantassin qui fait partie des Forces régulières, et un réserviste. Je sors là de mon domaine, et le général entendra peut-être me corriger. Dans l'armée, donc, un réserviste peut occuper la place d'un membre des Forces régulières.

Or, ce genre de substitution n'est pas possible entre les Forces régulières de la marine et les réserves. Nous avons choisi de confier à la Réserve navale une mission qui lui est propre. Il y a 20 ans, cela lui a donné une véritable raison d'être. Nous avons en effet confié à la Réserve navale, une grande partie des responsabilités en matière de sécurité du territoire national. Nous leur avons donné les moyens de mener à bien cette mission, en l'occurrence les forces de défense côtière. Mais cette mission ne se limitait pas uniquement à cela, car elle comprend également la sécurité portuaire et les plongeurs chargés de l'inspection des ports. Cela exige des compétences extrêmement spécialisées et c'est pourquoi les réservistes et les membres des Forces régulières ne sont pas interchangeables.

Le fait d'avoir multiplié les missions confiées à des bâtiments de la classe Kingston a augmenté les pressions sur ceux et celles qui se sont à nouveau portés volontaires. Ils ont été tellement sollicités, ont passé tellement de temps en mer, que nous sommes dans une certaine mesure victimes de notre propre succès, car bon nombre de réservistes ont décidé de s'engager dans les Forces régulières pour avoir un peu de répit.

Le sénateur Manning : Je m'intéresse au contrat concernant le Navire de soutien interarmées. Vous nous avez dit tout à l'heure que ces divers projets avancent bien, franchissant les diverses étapes de développement. Pourriez-vous nous dire ce qu'il en est du contrat de construction d'un Navire de soutien interarmées?

Vam McFadden : Les pourparlers sont actuellement en cours concernant la stratégie de construction navale. Je souhaiterais que ce navire soit effectivement conçu dans le cadre de cette stratégie, et c'est pour cela que je souhaite la voir adopter. Nous avons instauré, entre le gouvernement et le secteur de la construction navale, des liens stratégiques et le Navire de soutien interarmées s'inscrirait dans le cadre de ce programme.

Vous serez, je pense, d'accord pour dire que ce programme avait été défini de manière satisfaisante. Il a été annulé en 2008, les offres des deux entreprises en lice n'étant pas retenues en raison de leur coût. Dans l'intervalle, cependant, nous ne sommes pas demeurés inactifs, mais avons continué à affiner le projet en vue de pourparlers avec les entreprises concernées. Il reste à décider si ce projet doit être mené de manière indépendante ou s'il doit se situer dans le cadre d'une stratégie de construction navale. Nous sommes disposés à nous ranger à brève échéance à l'une ou l'autre de ces deux solutions. Ma préférence va cependant à la première.

Le sénateur Banks : Je prends la suite. Cela n'était pas prévu, mais la question qu'a soulevée le sénateur Manning me paraît importante. Plusieurs sources vous permettraient d'acquérir un Navire de soutien interarmées prêt, si l'on peut dire, à prendre la mer. Il s'agit de bâtiments qui ont fait leurs preuves. Cela coûterait beaucoup moins cher et prendrait beaucoup moins de temps que la solution que vous venez d'évoquer et qui consiste, au préalable, à adopter en matière de constructions navales, une stratégie à long terme.

En ce qui concerne les besoins immédiats de la marine, notre comité s'était naguère déclaré en faveur de l'achat de navires prêts à prendre la mer. Le sénateur Meighen souhaitera peut-être me corriger sur ce point, mais je pense pouvoir dire que nous avons changé d'avis depuis. Nous avons les côtes les plus longues du monde et, cela étant, on ne saurait mettre en cause la nécessité d'une marine dotée de tous les moyens nécessaires.

Étant donné les besoins de la Garde côtière en matière de nouveaux bâtiments et de remise en état de certains de ses navires, et des besoins analogues de la marine, il semble en effet préférable d'adopter, pour les constructions navales, une stratégie nationale à long terme. Les constructeurs de navires ont affirmé que si l'on n'adopte pas ce domaine, une stratégie à long terme, ils refuseront de relancer l'activité d'un chantier naval et d'engager des milliers d'ouvriers si c'est pour s'entendre dire, quelques semaines plus tard, qu'avec l'achèvement du dernier des 12 navires prévus, il n'y aura plus de travail.

Le Navire de soutien interarmées revêt une importance essentielle au niveau de nos capacités de transport maritime compte tenu des besoins qui se manifesteront à l'avenir en raison des conflits susceptibles d'éclater. C'est une question que je devrais poser au commodore Ellis. Pour quelle solution opteriez-vous, si vous aviez le choix entre l'acquisition, disons dans les deux ans, d'un navire de soutien interarmées et l'éventuelle construction d'un bâtiment du même type à une date ultérieure, dans un avenir qui demeure imprécis?

Vam McFadden : Permettez-moi de répondre et le commodore Ellis souhaitera peut-être ajouter à cela ses observations.

Dans une stratégie nationale de construction navale, l'important ce n'est pas, selon moi, le processus engagé, mais le résultat obtenu. Nous ne pouvons guère nous permettre d'attendre plus longtemps la mise en chantier de ces navires.

Vous avez tort, me semble-t-il, en ce qui concerne la possibilité d'acquérir un navire standard prêt à prendre la mer. Les marines des différents pays ont mis en service divers types de bâtiments, mais je tiens à préciser que votre marine évolue dans un environnement maritime qui est parmi les plus rudes au monde. Or, nous entendons naviguer dans des eaux encore plus difficiles et plus froides, et à des distances qui, ne serait-ce que dans nos propres zones maritimes, sont beaucoup plus grandes que celles où sont appelées à évoluer d'autres marines nationales, et cela demeure vrai même lorsque nous n'avons pas à naviguer dans un océan de glaces.

J'ai étudié de nombreux types de navires. Ce n'est pas dire que nous soyons vraiment confrontés à des problèmes différents de ceux auxquels doivent faire face d'autres marines nationales susceptibles d'être envoyées, elles aussi, dans n'importe quelle région du monde, mais les choix seraient plus aisés si nous souhaitions simplement naviguer dans les basses latitudes où les conditions sont moins rigoureuses. Je ne souhaite pas mettre en service un navire qui ne serait capable de naviguer que dans le golfe Persique.

Le sénateur Banks : Voulez-vous un navire de soutien interarmées qui soit capable de naviguer dans les glaces?

Vam McFadden : Non, je veux qu'il soit capable d'évoluer par des températures extrêmement basses. La question ne se pose pas seulement au niveau des glaces, mais aussi lorsque la température atteint un ou deux degrés et que les navires doivent être climatisés. De nombreux navires, en effet, sont conçus pour évoluer dans des milieux maritimes beaucoup plus doux que ceux qu'affrontent en permanence les unités de votre marine. En février, les conditions dans l'Atlantique Nord et les Grands Bancs de Terre-Neuve sont extrêmement dures. Il est, par conséquent, inexact de dire qu'il y a un fournisseur chez qui on pourrait se procurer un bateau standard prêt à prendre la mer. Les bâtiments de notre marine doivent posséder des qualités tout à fait particulières afin de pouvoir naviguer là où il nous faut opérer.

Le sénateur Banks : Mais, sans vouloir épiloguer, ne pourrait-on pas envisager, par exemple, la version américaine de certains bâtiments — il en existe plusieurs — et les adapter aux besoins précis dont vous venez de nous parler, au lieu de tout reprendre dès le début?

Vam McFadden : Les Américains emploient des ravitailleurs qui ne relèvent pas directement de leur marine de guerre. Leur marine a les moyens de construire un pétrolier-ravitailleur de soutien logistique aux opérations amphibies et l'Iwo Jima, par exemple, est capable de participer à des attaques amphibies, c'est-à-dire d'aborder sur une plage pour contrer une menace que l'on veut supprimer. Ce genre d'opération ne fait pas partie de la Stratégie de défense Le Canada d'abord. Il nous faudrait, pour acquérir de tels moyens amphibies, revoir fondamentalement notre doctrine maritime.

L'important pour nous est le soutien opérationnel. Afin de pouvoir demeurer en station pendant de longues périodes, il nous faut pouvoir assurer le ravitaillement en carburant et le soutien logistique. C'est ce qu'on entend par soutien opérationnel en mer.

La présidente : Avant de passer à une autre question, voulez-vous que le commodore Ellis ajoute quelque chose à ce que vous venez de nous dire?

Vam McFadden : Oui, tout à fait.

La solution n'est pas aussi simple que le donnerait à penser l'idée d'acquérir un bâtiment standard. Je rappelle que l'important n'est pas la procédure employée, mais bien le résultat final. Nous allons devoir aller de l'avant. Ces navires ont déjà 40 ans.

Commodore J.E.T.P. Ellis, CD, directeur général, Développement de la Force maritime, Défense nationale : Je n'ai pas grand-chose à ajouter à cela. Vous avez déjà approfondi la question. Je tiens tout de même à préciser que nous opérons dans un environnement très particulier, mais, où que nous opérions, il nous faut traverser nos zones maritimes pour y arriver même s'il s'agit d'eaux internationales. Il faut tenir compte aussi de la réglementation canadienne en matière environnementale. Il existe donc tout un ensemble de considérations qui font que, même dans l'hypothèse où nous acquerrions un bâtiment standard, il y aurait toutes sortes de modifications à y apporter.

Il est clair que, dans le cadre de nos études, nous nous penchons sérieusement sur ce qui se fait ailleurs. Les divers chantiers navals nous présentent des dossiers et nous offrent leurs équipements et cela nous permet de nous tenir au courant de ce qui se fait ailleurs.

Ce serait formidable si les choses étaient aussi simples que cela, mais après quatre ans dans ce domaine — je ne suis pas, en effet, spécialiste des achats militaires, mais plutôt des besoins en matériel militaire — force est de constater que les choses ne sont pas aussi simples que cela.

Le sénateur Banks : Ma question était fondée sur des renseignements inexacts concernant les offres faites par certains chantiers navals et je m'en excuse.

Vam McFadden : Cela ne veut pas dire que nous écartons systématiquement les équipements militaires déjà disponibles. Il nous faut, en effet, rester au courant de ce qui se fait ailleurs, mais j'insiste bien sur le fait qu'on ne peut pas tout simplement faire le tour des salles d'exposition et acheter ce dont on a besoin.

[Français]

Le sénateur Pépin : Je sais que nous avons investi dans nos forces navales ces dernières années. Je sais également que le chef du personnel militaire est responsable de ce qui touche les familles. De ces sommes investies dans nos forces navales, quelle somme est allée aux familles et sous qu'elle forme? Cela a-t-il amélioré leur qualité de vie?

Vam McFadden : Je ne connais pas les sommes distribuées à la marine. Comme le général Leslie, l'a dit, c'est certainement une initiative très importante pour le chef d'état-major de la Défense nationale.

[Traduction]

Le soutien à la famille revêt pour nous une importance extrême. La famille fait partie des grands choix de l'existence et nous ne l'envisageons pas uniquement dans l'optique des déploiements. Il est bien évident que les marins partent en mer et sont obligés pour cela de quitter leur famille, même si la séparation n'est pas permanente. Cela fait partie intégrante du service dans la marine. Notre lieu de formation, ce n'est pas notre port d'attache, mais la mer. C'est là que nous nous entraînons. Je dois dire qu'à chaque fois que je partais en mer, ma femme ne se souciait guère de ce que je partais faire. Elle savait simplement que le bateau avait quitté le port et elle tenait à savoir à quelle date il reviendrait.

Je vais demander au premier maître de vous en dire un peu plus à ce sujet. Dans la marine, nous avons toujours accordé une grande importance aux mesures de soutien aux familles des militaires. Lorsque, il y a 15 ans, on pensait qu'on manquerait peut-être des ressources nécessaires pour conserver les centres familiaux de ressources pour la communauté militaire, la marine n'y a jamais renoncé. Nous comprenons en effet que les mesures de soutien doivent avoir un caractère permanent et c'est pour cela que nous avons consacré une part notable de nos ressources et de nos efforts à l'entretien des liens familiaux. Ainsi, par exemple, lorsqu'un navire part pour le golfe, toutes les familles sont invitées avant son départ au centre de ressources pour les familles des militaires. On leur parle de la mission et on leur explique comment cela va se passer. Nous avons maintenant les moyens techniques d'informer directement les familles. Au centre de ressources pour les familles des militaires, le commandant explique tout cela aux familles qui s'y rendent. Nous comprenons l'impact que peuvent avoir au fil des ans les longues périodes de séparation.

D'une certaine manière, les incidences de ces séparations ne sont pas les mêmes pour les marins que pour les soldats de l'Armée de terre. Nous avons vu que les opérations terrestres entraînent parfois chez les individus des troubles de stress post-traumatique que nous comprenons de mieux en mieux. Les stress provenant de longs séjours en mer sont différents. Lors de l'incendie à bord du Chicoutimi, nous avons pu constater les genres de stress auxquels nous sommes exposés. Il nous a naturellement fallu chercher à les comprendre et nous donner pour cela les ressources nécessaires. Le premier hôpital qui, au Canada, ait eu recours à une approche multidisciplinaire de ce genre de problèmes de santé mentale était l'hôpital de la base des Forces canadiennes de Halifax, qui n'est pas un hôpital purement militaire. Une grande partie de cela provient de ce que nous avons appris lors de l'incendie à bord du Chicoutimi.

Nous consacrons des efforts tout à fait considérables à notre système divisionnaire. Dans une certaine mesure, nos marins pensent que nous nous intéressons peut-être de trop près à leur vie personnelle, mais il appartient aux jeunes officiers, aux premiers maîtres et aux maîtres de service de chercher à comprendre les besoins de leurs marins. Dans un monde où les gens entendent préserver leur vie privée, il faut parfois un certain temps pour parvenir à faire comprendre à nos recrues pourquoi nous nous intéressons à leurs versements hypothécaires et à l'éducation de leurs enfants. Il s'agit de parvenir à un équilibre dans le cadre de ce que nous appelons le système divisionnaire.

[Français]

Robert Cleroux, premier maître du Commandement : Je célèbre cette année 25 ans de mariage et j'ai passé 16 ans en mer. L'importance de la famille nous touche intimement, en particulier à cause de notre expérience.

Le Centre de soutien pour les familles des militaires sur les deux côtes est très efficace. Le général Semianiw, dans sa présentation, indiquait qu'il savait comment prendre soin des familles. Je suis fier que la marine ait toujours bien pris soin des familles et de ses membres.

[Traduction]

Le sénateur Mitchell : Il est très encourageant de vous entendre tous les trois. Nous ne pouvons manquer de remarquer l'enthousiasme que vos tâches vous inspirent.

Je voudrais maintenant, amiral, vous demander de poursuivre au sujet de l'avenir de la marine. Je souhaiterais, en effet, approfondir la question. Vous avez piqué mon intérêt en évoquant la nécessité de soumettre les océans à réglementation. Quelles seraient les incidences de cela au niveau du matériel, des stratégies et des tactiques de la marine? S'agirait-il, essentiellement, d'effectuer des patrouilles? Dans ce cas-là, de quel genre de bâtiments auriez-vous besoin et figurent-ils sur la liste des navires que vous évoquiez tout à l'heure?

Vam McFadden : Je précise d'emblée que l'océan fait déjà l'objet de diverses réglementations. Le problème provient du fait, que l'on risque de voir s'installer dans de nombreuses régions le désordre et l'inégalité. J'entends par cela tant la piraterie que le trafic des êtres humains. Cela se produit de plus en plus. Il est difficile de savoir ce qui se passe sur les mers. À une certaine époque, tout le monde comprenait qu'il était dans l'intérêt de chacun de voir l'ordre régner sur les espaces maritimes. Or, cette idée est actuellement mise à mal. Le genre de forces maritimes nécessaires pour assurer l'ordre dans les espaces océaniques est ce que notre doctrine maritime appelle une marine de contrôle des mers. Cela ne veut pas nécessairement dire que l'on cherche à en exclure, mais que l'on est en mesure d'exercer une surveillance et, par conséquent, de savoir ce qui s'y passe. Il s'agit là d'une nécessité absolue en ce qui concerne les zones maritimes relevant de vos compétences. Or, les zones maritimes sur lesquelles le Canada revendique une compétence territoriale équivalent à 75 p. 100 de la surface de notre territoire terrestre. Personne ignore que le Canada a un très vaste territoire, eh bien, il revendique une compétence territoriale sur des espaces maritimes correspondant à 75 p. 100 de sa masse terrestre.

Si l'on souhaite pouvoir réglementer ce qui se passe sur les océans, il faut commencer par se donner les moyens de surveiller ce qui se passe dans sa propre arrière-cour. Dans les zones relevant de notre compétence, c'est nous qui légiférons. Les insuffisances de la réglementation entraînent des conséquences. Qui décidera des mesures à mettre en place avant l'octroi d'un permis? Qui décidera d'instaurer un régime de permis? Qui décidera des zones où l'exploitation sera autorisée et des zones où elle sera interdite? Voilà ce que j'entends par la réglementation des mers. Cela devient de plus en plus important étant donné que l'environnement est de plus en plus sollicité en raison d'une exploitation croissante des ressources — tant des ressources biologiques des zones côtières que des ressources des eaux peu profondes qui recouvrent le plateau continental. En effet, les ressources sont rares en haute mer. Aux termes de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, jusqu'à une distance de 200 milles marins, les ressources relèvent des compétences de l'état côtier. Un État peut revendiquer le contrôle exclusif des fonds marins jusqu'à 200 milles marins de ses côtes, et dans cette zone c'est lui qui décide de l'octroi des permis de forage. Nous avons déjà instauré un cadre réglementaire qui va cependant devoir être affiné afin de préciser la ligne de démarcation entre les diverses zones. La plupart des dossiers seront réglés par des avocats qui auront ainsi l'occasion de s'enrichir, mais certaines questions se régleront entre États.

Le sénateur Mitchell : Autre que les avocats, qui sont ceux qui se penchent actuellement sur ces questions? Cela relève-t-il du ministère de la Défense? Où cela se fait-il?

Vam McFadden : Les pourparlers se déroulent, non pas entre marines, mais entre gouvernements. Nous contribuons aux pourparlers concernant, par exemple, la lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden et la Corne de l'Afrique, car opère actuellement dans cette zone, mais pas nécessairement dans le cadre d'une alliance ou d'une coalition, un ensemble de moyens maritimes qui visent à coup sûr un objectif commun. Nous sommes en contact avec des gens qui comprennent l'importance de cette action. L'OTAN et les divers pays de l'Union européenne y sont représentés. Des groupes opérationnels navals chinois, russes et indiens opèrent également dans cette zone. Il leur faut tout de même, dans une certaine mesure, coordonner leur action en vue de régler un problème qui est commun à tous. Un océan libre de toute réglementation n'est dans l'intérêt de personne. Ainsi, par exemple, la piraterie affecte le prix des marchandises vendues à Toronto, même si les effets en cela ne sont pas encore très importants.

Existe-t-il des zones où nous accepterions de voir s'installer l'anarchie au point où nous ne pourrions plus nous- mêmes y circuler? Une telle décision serait à déconseiller sur le plan stratégique et de nombreux autres pays commencent à s'en rendre compte. Pour faire respecter une réglementation, il faut pouvoir intervenir sur place.

Le sénateur Lang : J'attire votre attention sur les régions du Nord, car je souhaiterais obtenir une mise à jour sur un certain nombre de points. Prévoyez-vous encore d'achever, d'ici 2014, la construction des installations portuaires de Nanisivik?

Vam McFadden : Des contrats ont été signés dans deux volets de ce projet et les travaux ont déjà commencé. Les quatre premiers marchés d'étude, d'un montant d'un peu moins d'un million de dollars pour la phase un ont été attribués à une compagnie de North Vancouver. Le marché d'étude constitue un premier pas avant le début de la construction.

Nous allons en outre bâtir cet été des installations provisoires et nous avons déjà entamé le nettoyage des sites. Les lieux ne sont effectivement pas d'une propreté absolue. Ils avaient déjà fait l'objet de certaines utilisations. Une partie du marché d'étude prévoit la remise en état avant que le gouvernement n'en assume la responsabilité. Les opérations de nettoyage devraient débuter cet été. Les travaux de construction devraient commencer d'ici 2012, après l'achèvement de la phase de conception. L'idée est que, progressivement, au cours de 2012, 2013 et 2014, on parviendra à y envoyer un premier navire, l'objectif étant d'achever les travaux d'ici 2015.

Le sénateur Lang : En ce qui concerne le Navire de patrouille extracôtiers/de l'Arctique, je crois savoir que les contrats devraient être signés au mois d'août. Est-ce exact? Pense-t-on pouvoir prendre livraison en 2014 des premiers exemplaires des six à huit navires prévus?

Vam McFadden : Je ne sais pas quand le contrat sera accordé, et cela nous ramène à la question des importants pourparlers qui ont actuellement lieu au sujet d'une stratégie nationale de construction navale. Il ne fait aucun doute que le Navire de patrouille extracôtiers/de l'Arctique ferait partie, avec d'autres projets, de ce grand programme de construction navale, mais nous en sommes encore à la phase de la conception, même si cette conception est déjà très avancée. En ce qui nous concerne, nous sommes disposés à accorder le contrat à une entreprise, soit dans le cadre d'une stratégie nationale de construction navale soit en l'absence d'une telle stratégie.

Le sénateur Lang : La conception de ces navires est-elle achevée?

Vam McFadden : Il me faudrait, pour pouvoir vous répondre affirmativement, obtenir l'autorisation de responsables gouvernementaux, mais je peux dire que nous en sommes aux dernières étapes de la réalisation.

Le sénateur Lang : C'est dire que ça avance.

Vam McFadden : En effet.

La présidente : Pourriez-vous, pour conclure, nous dire quelques mots d'un discours que vous avez prononcé et à l'occasion duquel vous avez évoqué deux concepts; celui voulant que les mers ne puissent être soumises à la souveraineté d'aucun État et que le principe applicable est celui de la liberté des mers, et l'idée, tout aussi valable selon vous, voulant que les mers puissent effectivement être soumises à la souveraineté d'un État dans la mesure où il a les moyens d'y appliquer des mesures de contrôle. Puis-je vous demander cela?

Vam McFadden : Il s'agit effectivement de parvenir à un certain équilibre entre la liberté des mers et les empiétements progressifs de certains États. Je n'entends donner au mot empiétement aucune connotation péjorative, mais c'est un fait que le contrôle des États sur les espaces océaniques s'étend de plus en plus au-delà des côtes.

Un des grands défis stratégiques du XXIe siècle sera, justement, la réalisation de cet équilibre. Est-ce possible? C'est nécessaire. Le Canada, qui a signé la convention des Nations Unies, revendique une zone économique exclusive de 200 milles marins. D'énormes travaux de recherche sont actuellement menés dans l'Arctique, car le droit de la mer permet aux États de revendiquer une compétence territoriale non plus sur les ressources biologiques qui se trouvent dans la colonne d'eau, mais sur le plateau continental dans son prolongement au-delà de 200 milles marins. Autant de questions qui vont devoir être réglées. La plupart le seront, dans le cadre de négociations, de débats juridiques et de pourparlers diplomatiques. Au XXIe siècle, cependant, certaines de ces questions ne parviendront pas à être réglées de cette manière.

La présidente : Je remercie, au nom du comité, le vice-amiral Dean McFadden, chef d'état-major de la force maritime. Je tiens également à remercier Robert Cleroux, premier maître du Commandement, et le commodore J.E.T.P. Ellis.

Je vous souhaite un joyeux 100e anniversaire. Vous avez mené, auprès des membres du comité, un vaillant effort de recrutement. Je vous remercie d'avoir répondu à notre invitation.

Comme nous l'avons indiqué plus tôt, le comité se penche actuellement sur l'état des trois éléments qui constituent les Forces canadiennes. Nous avons entendu les témoignages des chefs d'état-major de deux des trois armes, l'Armée de terre et la Force maritime et nous allons maintenant entendre le représentant de la Force aérienne.

J'ai le plaisir de vous présenter le lieutenant-général André Deschamps, chef d'état-major de la Force aérienne. Il vole aujourd'hui en solo. Le lieutenant-général Deschamps s'est enrôlé dans les Forces canadiennes en 1977. Après avoir obtenu, en 1978, ses ailes de pilote, il a été pilote de chasse, puis exercé les fonctions de pilote tactique à bord d'avions de transport et a aussi, naturellement, été pilote instructeur. Il a servi dans trois des cinq commandements de la Force aérienne et a eu le privilège de commander le 2e Escadron du système aéroporté de détection lointaine de l'OTAN, un des escadrons opérationnels AWACS de l'OTAN et a occupé de nombreuses autres fonctions, commandant notamment l'élément de soutien du théâtre en Afghanistan. Avant d'être nommé chef d'état-major de la Force aérienne, il a exercé les fonctions de chef d'état-major adjoint de la Force aérienne. Il a été nommé au poste qu'il occupe actuellement en octobre 2009.

[Français]

Lieutenant-général André Deschamps, chef d'état-major de la Force aérienne, Défense nationale : Madame la présidente, membres du comité, je vous remercie de m'avoir invité à parler de la Force aérienne du Canada et de la Stratégie de défense Le Canada d'abord. La Stratégie de défense Le Canada d'abord a été très bien accueillie par la Force aérienne, car elle fournit une stabilité nous permettant de continuer à moderniser et à bâtir la Force aérienne de l'avenir.

[Traduction]

En tant que commandant du Commandement aérien, je me concentre sur trois principaux domaines de préoccupation. Le premier est le succès des opérations par l'appui aux six missions fondamentales des Forces canadiennes. Le fondement de la réussite des opérations réside dans un état de préparation solide que nous avons d'ailleurs clairement confirmé dans le premier trimestre de cette année.

L'Afghanistan a été et continue d'être un domaine prioritaire. Notre équipement et notre personnel continuent de produire des effets à fort impact sur le théâtre des opérations, tant pour les Canadiens que pour les commandants alliés.

Au début de 2010, nous avons fourni un appui solide à l'ensemble des opérations de secours du gouvernement en Haïti, et soutenu avec succès les Jeux olympiques. Et nous sommes bien préparés pour les sommets du G8 et du G20 le mois prochain.

[Français]

Durant cette période d'activité sans précédent, nous avons continué d'effectuer les opérations quotidiennes au Canada, en Amérique du Nord et à l'étranger.

Ma deuxième priorité est l'intégration de nos nouvelles flottes, dont l'acquisition a été confirmée dans la SDCA pour bon nombre d'entre elles. Nos Globemasters ont été un immense multiplicateur de force depuis que nous les avons reçus en 2007.

[Traduction]

La livraison de nos nouveaux CC-130J Hercules commencera au début juin.

L'hélicoptère maritime Cyclone mène actuellement des essais en mer à bord du NCSM Montréal à Halifax, et nous sommes satisfaits des résultats jusqu'à présent. Nous nous attendons à être en mesure d'accepter le premier appareil pour les Forces canadiennes à l'automne.

Les Chinooks de modèle F seront un atout précieux pour les Forces canadiennes, et nous sommes enthousiastes à l'idée de commencer la transition vers cette plate-forme dans le délai imparti de 2013.

[Français]

Nous attendons également avec impatience les ressources annoncées dans le cadre de la SDCA, dont : chasseurs de prochaine génération; nouveau véhicule aérien sans pilote, que nous acquerrons grâce à l'opération HESTIA; avions de recherche et sauvetage; et un avion de patrouille maritime qui remplacera l'Aurora.

[Traduction]

Ma troisième priorité est le personnel, un autre pilier de la stratégie de défense. Au printemps 2010, la Force aérienne avait environ 13 000 postes de la Force régulière et 3 200 postes de la Force de réserve en vigueur pour répondre à nos obligations de défense.

Quelque 1 000 postes doivent toujours être comblés par des membres de la Force régulière ou de la Réserve considérés formés et opérationnels, mais la Force aérienne prend des mesures immédiates pour remédier à ces pénuries et se doter d'un effectif équilibré et durable.

Les écarts sont en grande partie attribuables à deux facteurs — le vieillissement démographique et les délais liés à notre système de formation.

[Français]

Nous améliorons constamment notre système d'instruction afin qu'il soit le plus efficient et efficace possible. Nous utilisons la technologie, par exemple la simulation, les environnements synthétiques et l'apprentissage en ligne, à notre plus grand avantage

En ce qui a trait au recrutement et au maintien de l'effectif, le problème n'est pas d'attirer les gens dans les Forces aériennes, mais de les garder une fois qu'ils ont atteint un certain nombre d'années de service.

Comme pour tous les employeurs, notre plus grand défi demeure le maintien de l'effectif. Nous faisons face au vieillissement de la population canadienne et cela a des répercussions préoccupantes sur le recrutement à venir.

[Traduction]

Toutefois, si l'on se fie aux tendances actuelles, nous nous attendons à combler les manques dans la plupart des occupations d'ici à 2013-2014 et nous prévoyons pouvoir qualifier de satisfaisant l'ensemble de nos occupations militaires d'ici à 2015. J'entends par satisfaisant, un écart qui ne dépasse pas 5 p. 100 par rapport à notre effectif.

Comme le reste des Forces canadiennes, nous avons un manque important de personnel doté d'un niveau d'expérience intermédiaire. Ainsi, nous nous concentrons sur l'amélioration de la carrière de notre personnel et sur les encouragements à rester dans les Forces. Cela comprend le remaniement de plusieurs occupations afin de garantir l'optimisation des structures de carrière; la formation, l'expérience et les tâches sont alignées; les possibilités d'avancement sont améliorées. Nous continuons à travailler à l'amélioration du soutien apporté aux familles des militaires.

[Français]

Maintenant, que nous réserve l'avenir? Évidemment, nous devons demeurer efficients et pleinement aptes au combat dans le futur. Nous nous assurons que nos nouvelles flottes sont rapidement intégrées et que notre personnel est bien entraîné et prêt à affronter tous les aspects de l'environnement de sécurité nationale et internationale.

Nous mettons en place des stratégies d'atténuation afin de nous adapter au contexte de réduction budgétaire nécessaire cette année. Cependant, je m'assurerai que nous appuyons pleinement les engagements essentiels et de hautes priorités.

[Traduction]

Enfin, mais non pas moins important, l'Arctique continuera de façonner ce que nous faisons sur la scène nationale. Nous avons toujours eu une présence dans le Nord du Canada et nous sommes à élaborer un plan d'action de l'Arctique afin de renforcer encore davantage notre contribution au Nord et à la sécurité du Nord.

Tout cela pour dire que nous, dans la Force aérienne, vivons une époque extraordinaire. Nous avons de nombreux défis et possibilités qui nous attendent et je suis convaincu que — avec un investissement et un soutien continus — nous continuerons d'assurer le niveau élevé de services qu'en sont venus à attendre de nous les Canadiens et les Canadiennes.

[Français]

Le sénateur Dallaire : Général Deschamps, les Hollandais ont déployé des F16 avec leurs troupes en Afghanistan. L'aviation a-t-elle énoncé une raison spécifique disant pourquoi nous n'avons pas fourni nos F18 en soutien à nos troupes en Afghanistan?

Lgén Deschamps : Si on recule d'une année ou deux, il y avait eu des discussions; certes, nos F18 étaient prêts à y aller. Le besoin en théâtre n'était pas vraiment pour la chasse, mais pour le transport tactique. Le besoin n'était pas vraiment d'avoir des avions de chasse additionnels, mais il y avait une grande demande pour des hélicoptères et avions de transport telle que les Hercules.

C'est ce que l'OTAN nous demandait, même si nos F18 étaient prêts à y aller. Ce n'est pas parce que nous n'étions pas capables d'y aller, mais c'était parce que ce n'était pas ce qu'ils cherchaient. Ils recherchaient vraiment un appui tactique plus précis.

Le sénateur Dallaire : Tout de même, les Hollandais ont pris la décision qu'ils voulaient avoir leurs avions. Est-ce que les hélicoptères, tant pour l'armée que pour la marine, font partie du Capital Program de l'aviation géré par le Air Requirement Staff, ou est-ce que cela revient à l'armée et à la marine?

Lgén Deschamps : Tous nos programmes qui ont rapport à l'aviation canadienne passent par mon département. Nos clients, nos partenaires, c'est clair pour l'aviation, par exemple les hélicoptères, c'est l'armée; pour le support à la marine, c'est le chef de la défense maritime. On fait l'agencement des besoins avec eux, mais c'est nous qui gérons les programmes d'acquisitions et d'opérations.

Le sénateur Dallaire : Pour la gestion des sommes allouées à ces projets, est-ce inclus dans votre enveloppe d'acquisition de capital?

Lgén Deschamps : C'est dans un plan d'investissement, le plan du département.

Le sénateur Dallaire : Vous avez tout de même établi les priorités de l'aviation.

Lgén Deschamps : Oui.

Le sénateur Dallaire : Est-ce que les Chinooks vont être mis de côté à cause des compressions ou bien vont-ils rester où ils sont?

Lgén Deschamps : Le programme mis en place par le gouvernement protège les fonds d'acquisition pour capital. Les pressions sont plus du côté des budgets d'opérations journalières. Pour l'achat des gros projets de capitaux, ils sont présentement protégés à l'intérieur du plan d'investissement. On est assuré que l'argent pour les Chinooks est disponible.

Le sénateur Dallaire : Voyez-vous le besoin de déployer Hercules et Chinooks dans le Grand Nord en rotation d'une façon permanente?

Lgén Deschamps : C'est une des choses que je veux mettre en place justement, à savoir augmenter la capacité d'opération de tous mes avions dans l'Arctique. Le Hercules a tout le temps opéré; il est capable d'opérer sur toute l'année. D'autres avions ont plus de défis, surtout en hiver à cause de l'environnement très difficile. Les hélicoptères peuvent opérer, mais de façon limitée, à cause du givrage et d'autres problèmes qui vont limiter leur capacité d'opération. Mais avec les nouveaux hélicoptères, surtout le Cyclone, et le Chinook Foxtrot, cela va nous donner plus de flexibilité dans l'Arctique, ce qu'on n'avait pas auparavant avec nos plus petits hélicoptères.

Le sénateur Dallaire : Est-ce que cela va permettre d'en déployer en permanence, en rotation?

Lgén Deschamps : On va être capable de se déployer au Canada. La fréquence dépendra des opérations planifiées et du support aux autres départements. On va être prêt. La question de fréquence sera à déterminer avec les commandants opérationnels.

[Traduction]

Le sénateur Lang : Dans vos remarques d'ouverture, vous avez parlé d'un plan d'action de l'Arctique et des responsabilités qui vous incombent dans le Nord du Canada. J'aimerais aussi aborder la question de la recherche et sauvetage, afin de faire le point sur ce qu'il en est dans les trois territoires du Nord, la péninsule d'Ungava, le Nord du Québec et le Labrador — ce que nous appelons le Nord. Ce territoire représente la moitié de la masse terrestre du Canada. Vous n'ignorez pas que le littoral de cette région est plus long que les côtes atlantique et pacifique.

La desserte de cette région du Canada représente une tâche énorme, compte tenu notamment du développement qui va s'y produire au cours du XXIe siècle. Or, les activités de recherche et sauvetage constituent un élément essentiel de cette desserte.

Je crois savoir qu'en matière de recherche et sauvetage, les appareils actuellement en service, seront bientôt obsolètes et que vous envisagez de les remplacer au coût de quelque 3 milliards de dollars. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

Lgén Deschamps : Les missions de recherche et sauvetage posent effectivement de sérieuses difficultés. La zone concernée est la plus étendue au monde. Elle couvre quelque 15 millions de kilomètres carrés. De telles distances sont véritablement stratégiques.

Pour mener de telles missions au Canada, nous disposons de diverses plates-formes : des hélicoptères, dérivés du Cormorant, à partir de diverses bases installées dans diverses régions du territoire, et des Griffons, à Trenton notamment. Sur la côte du Pacifique, nous avons les appareils Buffalo et, dans les autres régions du Canada, des C-130 Hercules. Voilà les appareils dont nous disposons actuellement. Ils sont maintenus dans divers états de préparation afin de répondre aux besoins.

Les appareils à voilure fixe sont généralement les premiers à réagir à une alerte, car ils sont plus rapides et peuvent parcourir de plus grandes distances. Ce sont eux qui assurent le volet recherche et sauvetage, étant donné que le personnel spécialisé peut se rendre immédiatement sur les lieux de l'accident. Au besoin, on utilise des hélicoptères pour évacuer les personnes qui se trouvent dans des endroits inaccessibles. C'est généralement comme cela qu'on procède. Les appareils à voilure fixe partent en premier, car ce sont les plus rapides. Ils se rendent immédiatement sur les lieux en y acheminant des spécialistes du sauvetage aéromaritime avec leurs équipements. Les personnes sont alors évacuées soit par voie terrestre, soit par bateau. Nous pouvons aussi passer un contrat avec des hélicoptères civils qui se trouveraient plus proches des lieux.

Nous employons tous les moyens disponibles. Nous avons conclu de solides partenariats avec la Garde côtière canadienne. Étant donné que nous participons à des opérations de sauvetage air-mer, la Force aérienne gère en commun avec la Garde côtière un centre de sauvetage. Nous avons en outre établi auprès des autorités locales de vastes réseaux qui couvrent les provinces et territoires.

Nous savons quelles sont les ressources auxquelles nous pouvons faire immédiatement appel pour accroître nos moyens de sauvetage. Nous sommes en train de mettre en place, dans le Nord, un accord permettant de formaliser le dispositif que nous avons dans le Sud, une organisation dénommée l'ACRSA, l'Association civile de recherche et de sauvetage aériens. Ce sont des bénévoles qui bénéficient cependant d'un financement de la Force aérienne leur permettant de défrayer leurs coûts directs. Ils utilisent pour cela leurs propres avions. Ils effectuent des recherches pour notre compte. Nous assurons leur formation et la surveillance de leurs opérations et, eux, en retour, nous donnent accès à un large réseau de bénévoles qui, sur l'ensemble du territoire national, compte environ 400 avions et 3 000 bénévoles. Nous assumons leurs coûts de formation et de fonctionnement.

Les difficultés sont plus grandes dans le Nord, car on trouve, dans l'Arctique, moins de propriétaires privés d'avion. La plupart sont en effet des exploitants aériens commerciaux. Nous avons récemment, à Whitehorse, engagé des pourparlers avec eux afin de voir dans quelle mesure ils pourraient participer à un organisme bénévole tel que l'ACRSA. Tout semble indiquer qu'ils sont disposés à y participer dans les mêmes conditions et, par conséquent, nous assumerions leurs coûts de formation et de fonctionnement. J'y vois en cela une excellente chose, car ces exploitants connaissent bien l'Arctique et auraient un effet multiplicateur de nos moyens actuels.

Nous stockons également du matériel dans des caches installées dans divers aéroports de l'Arctique. Cela nous permet de dépêcher dans les meilleurs délais des équipements de survie.

Nous avons pris diverses mesures afin d'accroître la souplesse de nos opérations dans l'Arctique, travaillant en collaboration avec ceux qui ont une bonne connaissance de la région, et, en fonction des besoins, faisant appel aux moyens disponibles dans le Sud. En cas de catastrophe, nous pouvons mettre en oeuvre de vastes moyens. En cas de catastrophe aérienne, nous sommes à même de larguer à partir d'un C-130 une panoplie de sauvetage et de survie comprenant des abris et des moyens de transport pour 300 personnes. Cela nous permet d'intervenir dans l'hypothèse où un aéronef atterrit en catastrophe dans l'Arctique.

Selon l'ampleur de l'accident, nous avons tout un éventail de moyens que nous pouvons mettre en oeuvre.

Nous révisons en permanence notre dispositif afin de nous assurer qu'il est adapté aux besoins. Divers incidents nous ont permis de constater qu'il y avait lieu de renforcer nos moyens. Nous avons examiné la manière dont nous avons réagi à plusieurs incidents, et nous nous sommes interrogés sur l'adéquation des ressources mises en oeuvre et la qualité de nos interventions. Nous jugeons que les moyens que nous mettons en oeuvre sont efficaces. Ils répondent aux normes de service, compte tenu des densités respectives de la population de l'Extrême-Arctique et du Sud. Les moyens mis en oeuvre demeurent raisonnablement équilibrés. Cela va-t-il changer à l'avenir? C'est possible, et il nous faudra alors adapter notre dispositif en fonction des besoins.

Nous procédons actuellement à une étude pour confirmer la validité de ce que nous avons fait en 2003 et 2005. Nous avons effectué des études sur le climat et l'implantation des bases afin de voir où celles-ci devraient être installées pour contribuer au mieux aux opérations de recherche et sauvetage au Canada. Nous avons beaucoup discuté de l'implantation de nos bases sur la côte atlantique. On nous a demandé de procéder à une nouvelle validation de notre étude la plus récente afin de vérifier si les données météorologiques et la position graphique des incidents n'auraient pas changé au point où il nous faudrait revoir l'implantation de nos bases. Nous réexaminons constamment nos procédures pour assurer la validité de nos opérations et leur adéquation par rapport à ce qui se fait ailleurs en matière de recherche et sauvetage.

Le sénateur Lang : On a cité le chiffre d'environ 3 milliards de dollars pour le remplacement du matériel et l'entretien d'une flotte déjà ancienne. Je crois savoir que certains pays, tels que l'Australie, ont déjà privatisé leurs dispositifs de recherche et sauvetage. J'imagine qu'en ce domaine les tâches incombant à l'Australie sont au moins aussi vastes que les nôtres, sinon plus vastes.

Sommes-nous ouverts à de nouvelles solutions telles que des partenariats avec le secteur privé, afin de pouvoir, avec les crédits disponibles, en faire encore davantage et améliorer le dispositif actuel?

J'ajoute que, dans le Nord, les délais d'intervention peuvent être très longs, selon le lieu de l'incident. Je suis certain que vous êtes au courant de cela. Je pense d'ailleurs que, comme vous l'avez dit vous-même, la circulation va, dans ces régions, progressivement augmenter et il est inévitable qu'une catastrophe se produise un jour. Qu'en pensez-vous?

Lgén Deschamps : Permettez-moi de répondre sur la question de la privatisation. À l'heure actuelle, les opérations de recherche et sauvetage relèvent de la défense et je ne suis pas en mesure de dire dans quel sens s'orientera la réflexion du gouvernement à cet égard. Cette mission est actuellement confiée à la défense. Cela dit, nous avons conclu avec le secteur privé des accords de soutien à nos flottes. Ce sont, par exemple, des civils qui assurent la maintenance de notre flotte de Cormorants. Pour l'essentiel, la formation est assurée dans le cadre de contrats conclus avec Bombardier et Allied Wings.

Nous avons donc conclu des partenariats avec le secteur privé, bien que nos opérations de recherche et sauvetage conservent un caractère militaire. Je ne suis pas certain que ce domaine puisse être entièrement confié à des civils. Nous n'avons pas étudié la question sous cet angle, étant donné que cela ne fait pas partie de notre mission. Certains peuvent penser que cela coûterait moins cher, mais j'estime pour ma part que ce n'est probablement pas le cas étant donné la hausse des coûts que l'on constate invariablement dans le cadre de mesures contractuelles. Une telle solution pourrait finir par coûter très cher étant donné les risques contre lesquels il leur faudrait se prémunir, car ils demeureraient responsables envers nous. Des difficultés se poseraient inévitablement.

Les autorités de Grande-Bretagne ont envisagé une telle solution étant donné qu'elles ne disposent pas, pour les opérations de recherche et sauvetage, d'appareils à voilure fixe. Elles disposent simplement d'hélicoptères pour le sauvetage dans les zones côtières et leur aire d'intervention est beaucoup plus réduite que la nôtre. Je peux dire, à titre de comparaison, que si leur territoire correspond à un coin de cette table, le nôtre se compare à la pièce tout entière.

Il y a des pays ou des régions où une telle solution pourrait être applicable compte tenu de la géographie et des résultats voulus. En ce qui concerne le Canada, je ne pense pas qu'une telle solution puisse être retenue.

Notre dispositif actuel fonctionne correctement et je pense pouvoir dire, d'une manière générale, qu'il n'est pas si coûteux que cela malgré le coût élevé du matériel qu'il nous faut remplacer. Mais, j'estime qu'il s'agit d'une dépense raisonnable. Compte tenu du savoir-faire que nous avons accumulé au cours des 63 dernières années, je ne vois guère qui serait mieux placé que nous pour effectuer de telles opérations.

La présidente : Le sénateur Dallaire a une question complémentaire à poser.

Le sénateur Dallaire : Vous êtes commandant de la Force aérienne et disposez à ce titre d'une enveloppe budgétaire pour les acquisitions d'équipement, dont les aéronefs de recherche et sauvetage. Vous arrive-t-il parfois d'avoir à choisir entre le renforcement de vos moyens de combat et vos moyens de recherche et sauvetage? Êtes-vous parfois obligés de choisir, ou est-ce que les crédits affectés à la recherche et sauvetage sont indépendants de vos autres projets d'investissement?

Lgén Deschamps : Dans le cadre de notre plan d'investissement, une enveloppe budgétaire distincte concerne chaque programme d'immobilisations. L'acquisition du nouveau matériel est donc protégée. Cela dit, il faut attendre longtemps le déblocage des crédits et l'inflation grignote le fonds de capital, qui n'est pas indexé. En raison de l'inflation, tout retard au niveau d'un programme d'acquisition entraîne une baisse du pouvoir d'achat.

En général, les crédits destinés aux programmes importants sont sauvegardés. Le problème se pose plutôt au niveau des marchés publics en matière de maintenance et de réparation du matériel en cours d'exercice. C'est là, plutôt qu'au niveau des acquisitions, qu'il y a des choix à faire lorsque la demande excède l'offre.

Les tensions ne se manifestent pas lors des achats de matériel, mais plutôt au niveau de leur fonctionnement en raison de l'augmentation des coûts. Nous avons mis en place un programme d'approvisionnement qui permet d'assurer l'équilibre entre les diverses flottes compte tenu des contraintes budgétaires.

Le sénateur Lang : Le remplacement des appareils de recherche et sauvetage va-t-il effectivement coûter 3 milliards de dollars?

Lgén Deschamps : Je ne suis pas autorisé à discuter du chiffre exact, mais je peux tout de même dire que le budget d'acquisition est inférieur à cela.

Le sénateur Lang : Pourquoi n'êtes-vous pas en mesure d'en parler?

Lgén Deschamps : Ces chiffres relèvent des conseils au gouvernement. J'ajoute que le fait de préciser le montant des crédits dont nous disposons nous créerait des difficultés au niveau des soumissions faites par les entreprises. Lorsque vous envisagez d'acheter une maison, par exemple, vous ne dites pas au vendeur exactement combien vous accepteriez de dépenser. Il nous appartient de veiller en cela aux intérêts de l'administration.

Le sénateur Dallaire : Ce chiffre de trois milliards de dollars comprend non seulement l'achat du matériel, mais également la gestion de son cycle de vie.

Lgén Deschamps : C'est exact. Le budget d'acquisition comporte deux volets. Il y a l'achat, et puis il y a la maintenance au cours des 20 années suivant l'acquisition. Les deux volets sont en général du même montant. Le total comprend donc l'achat et 20 ans de maintenance. L'achat compte pour environ la moitié des crédits affectés à un programme donné.

Le sénateur Banks : J'aimerais revenir à une réponse que vous avez donnée à la première et deuxième question qu'a posées le sénateur Dallaire. Vous avez, en effet, répondu que sur le plan budgétaire, ce n'est pas l'achat de matériel qui vous pose de problème, mais plutôt son fonctionnement. J'imagine que vous parliez là des coûts de maintenance, c'est- à-dire ce qu'on appelle dans la marine les frais de navigation. Avez-vous les ressources, les personnels et un budget carburant suffisants pour les vols d'entraînement et les opérations?

Lgén Deschamps : Cela nous ramène à la question des procédures. Les crédits nécessaires sont protégés dans le cadre du programme d'immobilisations. L'engagement des crédits peut poser des difficultés si nous ne parvenons pas à passer un contrat. Cela s'est déjà produit dans le passé. Une fois le matériel acquis, nous le mettons en service.

Il y a donc deux aspects de la question. Le premier est le volet équipement, donc les réparations et la remise en état. Cela relève normalement du sous-ministre adjoint (Matériels). Et puis, il y a aussi les coûts de fonctionnement, ce que nous appelons le contingent annuel d'heures de vol ou le taux annuel d'utilisation. Le nombre d'heures de vol que nous pouvons accomplir à l'appui de nos collègues est la partie essentielle de notre activité.

Le sénateur Banks : C'est de cela que je voulais parler.

Lgén Deschamps : Les deux sommes sont liées. Je peux avoir assez d'argent pour acheter du carburant, mais si la maintenance des flottes n'est pas assurée, le carburant ne sert à rien en raison du nombre insuffisant d'avions. C'est pourquoi il nous faut oeuvrer constamment de concert avec nos partenaires qui s'occupent des acquisitions afin d'assurer un équilibre convenable entre les moyens disponibles et les missions que les Forces canadiennes doivent assurer pour le compte du gouvernement.

Il y a donc un perpétuel débat au sujet du nécessaire équilibre entre ce qui est souhaitable, ce qui est possible et ce qui est essentiel. Nous y sommes parvenus au cours du dernier exercice financier. La répartition des crédits permet aux deux côtés de l'équation de livrer au moins les éléments essentiels sur lesquels on s'est entendu. En général, il faut plusieurs mois pour parvenir à intégrer tous les éléments d'une équation complexe.

Le sénateur Banks : En ce qui concerne les effectifs, dans vos remarques d'ouverture, vous nous avez dit que quelque 1 000 postes doivent toujours être comblés par les membres de la Force régulière et de la Réserve considérés formés et opérationnels. Vous entendiez par cela 1 000 postes des Forces régulières et 1 000 postes des Forces de réserve?

Lgén Deschamps : C'est exact.

Le sénateur Banks : Cela fait donc 2 000 postes au total. Dans la Force aérienne, les réservistes jouent un rôle essentiellement différent de celui des réserves des autres armes.

Et puis, vous avez ajouté — et il s'agit là de quelque chose que l'on entend dire depuis de nombreuses années — que le problème n'est pas d'attirer les gens dans la Force aérienne, mais de les garder une fois qu'ils ont atteint un certain nombre d'années de service. Il faut beaucoup de temps et d'argent pour former un technicien en électronique compétent. Or, muté à Cold Lake, en Alberta, il peut, se voir offrir par une compagnie pétrolière le double de sa solde. Comment faire?

Lgén Deschamps : Le problème ne se pose pas actuellement, étant donné l'état de l'économie. Le nombre des départs est relativement faible.

Le sénateur Banks : Vous profitez donc de cette période de basse conjoncture.

Lgén Deschamps : En période de vaches grasses, nous avons, il est vrai, davantage à nous battre. C'est un phénomène cyclique qui dure depuis des décennies. En période de pleine prospérité, nous avons davantage de mal. Il y a 20 ans l'écart salarial était sensible entre la solde des militaires et les salaires du secteur privé. Nous ne luttions pas à armes égales.

Le comité chargé d'étudier la question a, à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, recommandé la prise des mesures permettant de combler l'écart et cela a fait une grande différence. La rémunération n'est plus un sujet de dispute. Il est rare que quelqu'un dise aujourd'hui : « Je ne touche pas assez. » Ce n'est généralement pas pour cela que les gens décident de quitter les forces. Il est vrai qu'avant, ils partaient parfois pour se chercher un emploi mieux rémunéré.

Or, aujourd'hui, il arrive que s'engagent comme soldats des personnes qui ont, par exemple, quatre enfants. Ils s'engagent dans les forces avec toute l'expérience qu'ils ont acquise jusque-là. D'une manière générale, la solde des divers grades est satisfaisante. La rémunération ne pose plus guère de problème.

Souvent, c'est pour des raisons essentiellement familiales que les gens quittent les forces. Les déménagements fréquents sont souvent invoqués à cet égard, surtout par ceux qui sont dans les forces depuis 20 ou 25 ans. Arrive un jour où la famille décide qu'elle en a assez de déménager constamment, ou parfois c'est pour des raisons en rapport avec l'emploi du conjoint. C'est alors qu'un membre des forces peut choisir de quitter, car il aura droit à une pension de retraite. Certains quittent, car ils souhaitent avoir une existence plus stable. Nous nous penchons sur la question et cherchons divers moyens de parvenir à conserver les compétences à certaines époques charnières dans la carrière de nos membres.

Il n'y a pas de panacée. Certaines solutions sont utiles. Les autres témoins ont évoqué les diverses difficultés qu'il nous faut résoudre. Les forces armées doivent par exemple s'entendre avec les provinces en matière de soins médicaux, de garde de jour, d'enseignement et d'emploi. Tout cela complique en effet la vie de nos militaires. Nous avons fait des progrès sur tous ces points, mais il n'y a pas de solution qui satisfasse tout le monde. Dans certaines provinces, les choses se passent mieux que dans d'autres. Les départs sont plus nombreux lorsque les gens ne sont pas satisfaits des solutions qui leur sont offertes.

La stabilité de la vie familiale peut, elle aussi, poser des difficultés. Mon prédécesseur avait l'habitude de dire que nous recrutons des individus, mais que ce sont les familles qu'il nous faut parvenir à conserver. Il est difficile de retenir les familles lorsqu'on ne parvient pas à répondre à leurs attentes. Il arrive, en effet, un point où l'on ne peut pas en faire davantage.

Le sénateur Banks : Il y a des choses qui ne changeront jamais.

La présidente : Pourriez-vous nous en dire un peu plus à cet égard. Je suis certaine que le sénateur Pépin aura des questions à vous poser au sujet des familles et des mesures qu'il convient de prendre à leur égard.

Cela pose-t-il effectivement un problème au niveau de la conservation du personnel? S'il est vrai que vous recrutez des individus, pour les conserver il faut tenir compte de la famille et cet aspect-là de la question n'est pas vraiment au coeur de la mission militaire.

Lgén Deschamps : Les forces armées s'intéressent profondément à la structure familiale.

La présidente : Mais ce n'est pas la famille qui pilote les avions.

Lgén Deschamps : Le tout est de parvenir à un équilibre. Il est vrai que les programmes sociaux coûtent cher. Dans ce domaine, nous faisons ce que nous pouvons dans le cadre de la mission qui nous est confiée par le gouvernement. Étant donné que les provinces et les territoires sont compétents en matière de soins de santé, d'enseignement et de garde de jour, nous devons nous entendre avec eux. Cela n'est pas toujours facile, car, dans chaque domaine, il nous faut parvenir à un accord afin, justement, de maintenir l'équilibre. Nous y réussissons mieux dans certains domaines que dans d'autres, et c'est pour cela que parfois les gens demeurent insatisfaits. Ils constatent que telle ou telle base bénéficie de bons programmes, car la base est parvenue à forger un partenariat avec les municipalités environnantes ou avec la province. Dans d'autres provinces, peut-être parce qu'ils se sentent plus isolés ou moins bien pourvus, ils manifesteront une certaine insatisfaction.

[Français]

Le sénateur Pépin : Je suis très contente de voir que, dans vos priorités, il y a l'amélioration du soutien apporté aux familles de militaires. À titre de chef des Forces aériennes, quelles sont les initiatives que vous avez prises pour concrétiser l'importance que vous accordez au soutien à des familles de militaires qui sont sous votre responsabilité? Également, quels sont selon vous les défis des familles de militaires et comment, à titre de leader, faites-vous pour y faire face?

Lgén Deschamps : On s'est donné un niveau d'ambition assez élevé pour répondre aux besoins des familles dans tous les domaines que j'ai mentionnés : éducation, santé et autres. Nous voyons du progrès. Chaque escadre a trouvé le moyen d'avancer dans plusieurs domaines. Bagotville est un bon exemple où l'on a trouvé un partenariat avec la municipalité pour des services à l'enfance et aussi des services médicaux. Ils ont trouvé une solution qui fonctionne pour la communauté.

On en a trouvé d'autres qui fonctionnent à Trenton. On essaye de trouver une solution à North Bay; cela ne marchait pas tout à fait aussi bien parce que ce n'est pas le même milieu économique et le soutien social n'est pas tout à fait au même niveau.

On a du succès dans certaines régions et on est encore face à un défi pour d'autres. Le défi pour nous est : que peut- on apporter si on ne peut pas trouver une solution du côté municipal ou provincial? Qu'est-ce qu'on a le droit de faire? C'est là qu'il faut faire attention pour ne pas empiéter sur la juridiction des autorités provinciales. Il y a également l'argent public qu'on a le droit de dépenser pour des choses déjà couvertes du côté du social qui est non public ou provincial.

Alors, il y a tout le temps une marge de manœuvre dont il faut être conscient. On pousse aussi loin qu'on le peut pour essayer de donner un service qui va répondre aux besoins, mais parfois on doit se restreindre parce qu'il y a une réalité à respecter et que, passé une certaine ligne, on entre dans la compétence provinciale et on aurait un problème légal à dépenser de l'argent au-delà de ce qui est acceptable.

On n'a pas trouvé l'équilibre idéal encore. On a du succès à certains endroits et moins à d'autres, mais on y travaille. Cela avance, mais lentement. Le Québec est avantagé au niveau des garderies, car ce n'est pas cher; en Ontario c'est cher. Les gens qui se déplacent du Québec vers l'Ontario ne sont pas contents. Quand ils arrivent à Trenton, cela coûte 40 $ et plus par enfant par jour, pas 7 $.

Le sénateur Pépin : Sur la base, est-ce que vous avez une petite garderie?

Lgén Deschamps : Oui, on a des garderies.

Le sénateur Pépin : Mais il faut aller à l'extérieur, car ce n'est pas suffisant.

Lgén Deschamps : C'est de juridiction provinciale. Il faut faire du partenariat avec les municipalités et le gouvernement provincial pour se conformer à des standards. L'union, le salaire, toutes ces choses relèvent du provincial et c'est là qu'on rencontre des difficultés. Pour les personnes qui se déplacent d'une base comme Bagotville ou Valcartier vers l'Ontario ou l'Alberta, cela coûte beaucoup plus cher. Et il n'y a rien qu'on puisse faire pour abaisser les coûts, car on est lié au plan provincial.

C'est ce qui fait que parfois des gens ne veulent pas se déplacer. Ils voient les coûts et si on a une grande famille, cela devient très dispendieux.

Le sénateur Pépin : En ce qui concerne l'assurance-maladie, est-ce que les choses s'améliorent? Lorsque les personnes se déplacent d'une province à l'autre, il y a encore des difficultés selon d'où elles viennent. Je sais qu'on exerçait des pressions pour que le gouvernement essaie de faciliter les choses pour les familles des militaires.

Lgén Deschamps : Je ne sais pas si tout a été réglé. Le général Semianiw qui s'occupe des besoins des militaires s'efforce depuis longtemps de trouver des solutions. Encore une fois, il faut gérer cela avec les provinces et cela prend du temps. Il y a du progrès dans certains cas; dans d'autres ce n'est pas aussi avancé qu'on le voudrait. C'est une des choses qui causent des frictions. Les déplacements sont un bouleversement pour les familles et lorsqu'il y a des problèmes financiers qui s'ajoutent à cela, ce n'est pas idéal. Les gens ne sont pas vraiment encouragés à se déplacer lorsqu'ils voient les défis à affronter en arrivant.

On essaie de réduire cela. Pour les coûts de déplacement, l'argent qui est donné est généreux. On a éliminé beaucoup des frictions qui existaient il y a quelques années, mais il reste des points à améliorer. Celui-ci en est un. L'attente aux services médicaux, c'est le gros point sur lequel les familles sont vraiment mécontentes. Elles peuvent attendre deux ou trois ans. Comme elles se déplacent tous les trois ou quatre ans, elles n'arrivent jamais en haut de la liste. Ce sont des régions où l'on s'efforce de trouver des solutions locales. Je dirais que, dans l'aviation, la moitié de nos escadres ont trouvé des solutions où l'on a des cliniques médicales sur les bases, associées avec la municipalité. Il y a accès immédiat pour les familles à travers ces relations.

Le sénateur Pépin : Cela a aidé.

Lgén Deschamps : Cela a aidé beaucoup, mais il y a encore du travail à faire.

Le sénateur Pépin : Il y a une grosse amélioration.

[Traduction]

Le sénateur Manning : Bienvenue. Je tiens moi aussi à vous remercier des services que vous rendez à notre pays.

Vous avez évoqué certaines des difficultés auxquelles vous devez faire face en matière de recrutement et de maintien de l'effectif, dont des pénuries et des délais liés à votre système de formation. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à cet égard?

Lgén Deschamps : En matière d'effectif militaire, il y a, disons, trois composantes qui forment une sorte de triangle. La première est celle des effectifs. On entend par cela le nombre de postes que le ministère est autorisé à pourvoir. Je suis autorisé à recruter un certain nombre de personnes. Puis, il y a la dotation en personnel, c'est-à-dire l'affectation des personnes recrutées. Et, troisièmement, il y a les effectifs qualifiés en activité, c'est-à-dire le nombre de personnes ayant les qualités requises pour exécuter une tâche donnée. Les trois éléments de ce processus sont donc : le nombre de personnes que je suis autorisé à recruter et à instruire, ça c'est l'effectif; puis le nombre de personnes qui touchent une solde de militaire; et, ensuite, le nombre de ces personnes ayant les qualités nécessaires pour faire leur travail. Or, en général, numériquement, ces trois éléments ne se recoupent pas exactement.

Mon tableau d'effectifs prévoit un peu moins de 13 000 personnes. Or, en fait 13 800 personnes portent actuellement l'uniforme, mais bon nombre d'entre elles sont en instance d'instruction. Soit elles n'ont pas encore entamé leurs cours, soit elles sont en période de formation. D'autres sont en congé de maladie. C'est dire qu'il existe diverses situations administratives. Tous ne sont pas actuellement en activité.

La situation paraît satisfaisante. Mon tableau d'effectifs est plus que complet, mais les effectifs qualifiés en activité ne comptent qu'environ 11 500 personnes. Je parle là de gens pleinement qualifiés et capables de faire leur travail sans surveillance immédiate. La différence entre ce nombre-là et celui du tableau d'effectifs nous donne le nombre de personnes dont nous devons assurer la formation.

Nous avons constaté, l'année dernière, une grande amélioration, mais le nombre de nos pilotes demeure insuffisant. Nous manquons également de personnes dans certaines occupations. En ce qui concerne les techniciens, nous avons pu, au cours des deux ou trois dernières années, accélérer le processus de formation, que nous avons d'ailleurs entièrement révisé. Autrefois, il nous fallait, en raison de la durée des cours et de la période d'apprentissage, trois ans et demi à quatre ans pour former un technicien capable d'assurer la maintenance d'un avion sans avoir à être constamment surveillé. Cette même formation prend maintenant deux ans et demi, car nous avons entièrement changé nos méthodes d'instruction et nous avons maintenant recours à la simulation et l'automatisation. C'est une véritable performance.

Nous avons augmenté de 50 p. 100 le nombre de personnes à qui nous pouvons assurer une formation, et ces personnes atteignent maintenant les compétences nécessaires 40 p. 100 plus vite qu'avant. C'est une véritable réussite. En matière de formation, nous n'avons pas éliminé tout l'arriéré, mais le système actuel donne de très bons résultats. Nous avons également constaté une amélioration dans d'autres occupations où l'on souhaitait attirer des candidats.

Il faut tenir compte, bien sûr, du nombre d'instructeurs que je peux employer. Je disais tout à l'heure que mes trois priorités sont le soutien des opérations, la transition vers de nouvelles flottes aériennes et le maintien en puissance de la Force aérienne, c'est-à-dire le maintien de nos effectifs. Or, en réponse à ma priorité première, il m'a fallu ponctionner les deux autres, car nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer dans les missions dont nous sommes actuellement investis. Il nous a donc fallu garnir, autant que faire se peut, à 100 p. 100, les unités opérationnelles chargées de missions de grande importance, tout en assurant la transition vers nos nouveaux moyens. Il m'a fallu affecter davantage de personnes à cette transition tout en maintenant à un bon niveau opérationnel les catégories plus anciennes afin d'assurer l'intérim et parvenir à mettre en service les nouvelles flottes sans rien perdre de nos moyens d'action. Ces personnels supplémentaires, j'ai dû les trouver quelque part. Il nous a donc fallu prendre quelques risques et réduire un peu nos efforts en matière de formation, car nous devions accorder la priorité des priorités aux deux premières missions.

Je pense qu'après l'achèvement de la mission en Afghanistan, nous pourrons revoir quelque peu nos priorités. Les opérations reprendront un rythme plus habituel et je pourrai donc retirer des unités opérationnelles un certain nombre de personnes qui seront réaffectées soit à la formation soit à la mise en service des nouveaux moyens.

Il me reste un an avant de pouvoir braconner sur les terres des unités opérationnelles pour commencer à rembourser la dette institutionnelle que je dois à la formation. En attendant, nous avons par divers moyens compensé cet écart en ayant recours dans de nombreux domaines à des contractuels civils pour compléter très utilement nos moyens de formation.

Le sénateur Manning : J'ai, plus tôt, posé la même question à un de vos collègues. Pourriez-vous nous dire quelles sont, du point de vue de la Force aérienne, certaines des leçons que vous avez pu tirer de la mission afghane et qui se révéleraient utiles à l'avenir?

Lgén Deschamps : La Force aérienne participe aux opérations en Afghanistan depuis 2001 ou un peu après. Elle y assure, notamment des missions de transport tactique. La grande leçon de l'Afghanistan a été pour nous l'intégration de nos opérations au niveau tactique à l'action de l'armée. Il s'agit de quelque chose de très complexe, mais nous sommes parvenus à réunir en un tout cohérent l'ensemble des moyens que nous avions mis en oeuvre sur ce théâtre d'opérations et le relier directement aux besoins de l'armée. Nous savions, à une certaine époque, comment faire cela, mais il semble que nous l'ayons oublié, sans doute au cours des 10 dernières années. Nous manquions de pratique.

Il nous a donc fallu réapprendre comment faire certaines choses, telles que l'appui aérien rapproché, le contrôle aérien tactique — c'est-à-dire les gens qui, sur le terrain, demandent à l'aviation d'intervenir au-dessus d'un lieu précis pour ouvrir le feu contre un adversaire combattu par nos troupes terrestres. Nous avions perdu ces compétences car, pendant de nombreuses années, nous ne les avions pas mises en pratique.

Il nous a donc fallu réapprendre des choses que nous avions sues, mais que nous avions oubliées. C'est une leçon qui coûte cher, à la fois en temps et en erreurs commises. Nous avons, je pense, atteint en cela un certain niveau de maturité. Nous savons maintenant assez bien comment cela se fait et j'espère que nous allons pouvoir formaliser ces connaissances afin de ne plus jamais les perdre.

C'est d'ailleurs toute l'importance de nos centres de doctrine d'emploi des forces. La Force aérienne, la Force maritime et l'armée en ont chacune un. Nous allons tâcher de préserver ce que nous avons appris en Afghanistan et l'enseigner. Quelle sera la structure de nos forces dans les années qui viennent, quelles sortes d'opérations allons-nous à l'avenir être appelés à mener à l'étranger? Si nous souhaitons maintenir l'état de préparation que nous avons actuellement atteint, il y a un certain nombre de mesures que nous allons devoir prendre ici.

La présidente : Lesquelles? La formation que vous avez assurée, le savoir-faire que vous avez acquis et même les objectifs de recrutement que vous avez atteints au sein de la Force aérienne sont tous liés à notre mission en Afghanistan.

Lgén Deschamps : C'est exact. Certaines des choses que nous faisons actuellement en Afghanistan ne peuvent d'ailleurs pas être faites ici. Ainsi, par exemple, nous avons un programme d'acquisition de véhicules aériens sans pilote, mais il va y avoir un délai entre le moment où nous quittons l'Afghanistan et cessons d'utiliser ce type de véhicule, et le moment où nous acquerrons nos propres engins de ce type. Il va y avoir un intervalle chronologique.

Nous examinons actuellement les moyens d'entretenir nos compétences en ce domaine afin de ne pas avoir, dans quatre ou cinq ans, lorsque nous acquerrons nos propres véhicules de ce type, à réapprendre comment les utiliser. Nous cherchons donc les moyens de formaliser ces connaissances afin de ne pas perdre ce que nous savons. Il y aura également un écart chronologique entre notre départ d'Afghanistan et le moment où nous acquerrons nos propres Chinooks, mais cela ne pose aucun problème, car nous ne risquons pas de perdre les connaissances que nous avons acquises en Afghanistan.

Allons-nous avoir besoin, à l'avenir, des moyens, des effectifs et des compétences que nous avons mis en oeuvre en Afghanistan? Si oui, il va nous falloir adapter en conséquence nos moyens et nos modes de formation, et la structure de nos forces afin d'être en mesure à l'avenir de refaire ce que nous avons fait en Afghanistan sans avoir à attendre trois ou quatre ans pour atteindre le niveau auquel nous nous trouvons actuellement.

La présidente : Comment assurer cela? Nous ne pouvions pas, il est clair, prédire ce qui s'est passé en Haïti ou l'utilisation d'avions pour anéantir les tours le 11 septembre, ou que nous serions appelés à intervenir en Afghanistan. Comment assurer la formation nécessaire, dresser les plans et mettre en place une nouvelle structure alors qu'on ne sait pas quelle sera la mission qu'on sera appelé à accomplir? Il est impossible de le savoir.

Lgén Deschamps : En réponse à une menace inconnue, l'essentiel est la souplesse à la fois au niveau des structures institutionnelles et des moyens tactiques. Il s'agit donc de choisir les matériels et de former les effectifs de manière à ce qu'ils puissent s'adapter aux circonstances imprévues.

Voici un exemple. Avant que le comité se rende en Afghanistan et décide qu'il nous faudrait des hélicoptères tactiques de type Chinook, nous ne disposions pas au Canada de ce type d'appareil. Nous n'en avions pas eu depuis 1993; mais pourtant, en huit mois nous avons pu, non seulement, mettre ce type d'appareil en service, mais également former les équipages qui allaient les piloter.

Si nous y sommes parvenus, c'est parce que mes prédécesseurs avaient eu la grande prévoyance d'investir l'argent et l'effort nécessaires dans nos moyens de formation. Notre système de formation des techniciens et des équipages compte parmi le meilleur au monde. Si nous formons de gens très agiles, capables de s'adapter rapidement à des circonstances imprévues, c'est parce que nous avons beaucoup investi dans les moyens de formation.

Il en va de même pour l'armée. L'argent consacré à la formation n'est jamais de l'argent gaspillé parce que c'est comme cela qu'on forme des gens agiles et qu'on donne aux institutions la souplesse nécessaire.

Il s'agit ensuite de réunir ces divers éléments en une structure cohérente. Nous avons étudié les modèles, nous savons à quoi nous attendre. Dans la mesure où nous pouvons mobiliser nos moyens relativement vite et constituer des unités douées d'agilité tactique, nous pourrons, je pense, faire face à l'imprévu. Si, cependant, la formation laisse à désirer, et qu'il nous manque des éléments importants — le matériel, par exemple, qui donne la souplesse nécessaire —, eh bien la montée en puissance sera difficile.

À l'heure actuelle, nous sommes parvenus à équilibrer ces divers éléments. Il s'agit maintenant de conserver et d'entretenir à la fois les coûteux moyens de formation que nous avons mis en oeuvre, et l'état de préparation des personnels et du matériel en assurant la formation nécessaire pour entretenir cette agilité dont je viens de parler. La question est de savoir et de décider du niveau qu'on entend maintenir.

[Français]

Le sénateur Meighen : J'aurais deux petites questions à vous poser et une troisième peut-être un peu plus générale.

[Traduction]

En ce qui concerne la réintégration d'anciens pilotes, je crois me souvenir, car j'ai le privilège de siéger depuis plusieurs années au sein de ce comité, que l'une des difficultés qui se posaient était d'ordre bureaucratique. Les formalités administratives étaient quelque chose de redoutable pour quelqu'un qui avait fait partie de la Force aérienne, qui, dans une période de forte conjoncture économique, avait cédé aux offres de l'aviation civile, puis décidé de réintégrer la Force aérienne. C'était à l'époque extrêmement difficile. Peut-on dire, si tant est que j'ai correctement décrit quelle était la situation à l'époque, qu'on a progressé depuis?

Lgén Deschamps : Je peux vous répondre que oui. Nous avons su profiter d'une conjoncture un peu moins bonne. En 2008-2009, nous avons accueilli 12 « réengagés », que nous avons sollicités de notre propre chef. Cette année, nous en avons 24. Nous en attendons un plus grand nombre encore l'année prochaine.

Nous avons quelqu'un qui ne fait que ça. Il contacte ceux qui nous ont quittés pour une compagnie aérienne. De temps à autre, il les appelle pour leur demander comment ça va. Nous leur faisons savoir que s'ils sont prêts à revenir, nous sommes disposés à les accueillir.

Il y a également de nombreux pilotes de ligne dans la Réserve de la Force aérienne. Il leur est possible de passer très rapidement de la Réserve à la Force régulière. Nous parvenons à maintenir un certain équilibre au niveau de ceux qui souhaitent revenir après 15 ans d'absence. En général, nous les affectons à des tâches essentielles telles que la formation, où leur expérience nous est précieuse et où ils sont heureux de travailler.

Nous accueillons également beaucoup de pilotes issus de pays du Commonwealth, tels que la Grande-Bretagne et l'Australie. La Grande-Bretagne a restructuré ses forces aériennes, ce qui nous a donné l'occasion de recruter certains de leurs aviateurs. Nous n'avons aucune difficulté à recruter des pilotes, mais il s'agit de conserver ceux qui ont 20 années d'expérience.

Le sénateur Meighen : Nous parlions tout à l'heure de recherche et sauvetage. Pourriez-vous nous dire ce qu'il en est des apparemment interminables problèmes avec le Cormorant et la fissuration de son rotor de queue?

Lgén Deschamps : Les choses se présentent bien. Il y a trois ou quatre ans, les fissures nous posaient effectivement de sérieux problèmes. Nous avons, de concert avec le fabricant, consacré beaucoup d'efforts à la recherche d'un moyen d'atténuer le problème en attendant de parvenir à une solution définitive.

Cela a donné de bons résultats. Nous avons remplacé tous les éléments défectueux et mis en place d'excellents systèmes de contrôle. Depuis, nous n'avons plus constaté de fissures.

Cela dit, nous restons en cela à d'anciennes technologies. Mais nous étudions actuellement un rotor de queue articulé d'une conception entièrement nouvelle. Ce modèle est actuellement à l'essai et le problème va donc trouver une solution définitive. La situation est actuellement parfaitement contrôlable et la solution provisoire ne pose aucune difficulté.

Le sénateur Meighen : L'hélicoptère est-il encore soumis à une limitation de vitesse et d'altitude?

Lgén Deschamps : Nous avons supprimé certaines de ces restrictions. Les appareils peuvent maintenant rester quatre heures en vol. Auparavant, il leur fallait atterrir toutes les deux heures afin de vérifier s'il n'y avait pas de fissures. Ils peuvent maintenant rester en vol jusqu'à quatre heures, ce qui correspond presque à leur maximum de temps de vol. Nous continuons à leur imposer certaines restrictions afin d'éviter les fissures. Ils ne peuvent toujours pas pousser à fond leurs performances, mais dans l'année qui vient, l'installation de nouveaux éléments réglera ça.

Le sénateur Meighen : Maintenant qu'elle tire à sa fin, quels sont les enseignements que vous pouvez retirer de votre mission en Afghanistan?

Lgén Deschamps : Ainsi que je le disais tout à l'heure, nous voulons continuer à assurer une formation adaptée. Nous voulons donner à nos gens les compétences nécessaires. Nous avons, à cet égard, appris un certain nombre de choses. Par exemple, dans les années 1990, lorsque nous avons restructuré nos forces et réduit nos effectifs, nous avons fusionné un certain nombre de métiers techniques, qui de 12 sont passés à quatre. Nous avions, auparavant, des techniciens d'armement aérien qui s'occupaient des armes et des munitions chargées à bord des aéronefs. Ce métier a été englobé dans une catégorie touche à tout. En Afghanistan, ces techniciens sont appelés à désamorcer des engins explosifs improvisés. Il est clair que cela ne peut pas être une activité à temps partiel, car il faut savoir s'y prendre. Cela a exigé de ces techniciens une adaptation difficile puisque auparavant, ils s'occupaient d'armes de manière accessoire et qu'en Afghanistan ils ont été principalement chargés de désamorcer des EEI. Il s'agit là d'une spécialisation dont les Forces canadiennes ont besoin. Nous avons donc eu à nous pencher sur la formation nécessaire. Nous avons révisé notre manière de faire et fait de ce travail une nouvelle spécialité. Nous avons pu, en effet constater, en Afghanistan, les conséquences d'un manque de compétences en ce domaine. Au niveau des métiers, il va peut-être nous falloir désormais accorder moins d'importance à l'efficience et plus à l'efficacité afin d'être prêts à affronter les situations qui exigent de tels spécialistes. Il y a à cela un coût, mais je pense que ce serait prudent. Cela confirme d'ailleurs certaines des questions que nous nous posions en matière de formation à la disponibilité opérationnelle.

Sur ce plan, nous allons aligner nos moyens de formation sur ceux de l'armée. Nous parlons le même langage, nous comprenons leur milieu opérationnel et ils comprennent le nôtre. Cela a posé, dans le passé, des difficultés, car nous n'avions pas l'argent nécessaire pour assurer une formation collective. On était forcé de se débrouiller. L'amélioration que nous avons pu apporter à cet égard est une excellente chose.

Nous connaissons mieux maintenant les performances des divers types de matériel et les équipements qui résistent mal à certaines conditions.

Il y a de nombreuses leçons à tirer de tout cela. Chaque jour, il y a quelque chose de nouveau, car les talibans ne sont jamais à court d'idées. Il nous faut donc nous adapter aux surprises qu'ils nous réservent. Ils trouvent de nouveaux moyens de contrer nos attaques aériennes et nous devons donc à notre tour nous adapter à leurs nouvelles tactiques.

La présidente : Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet? Quelles sont les nouvelles tactiques qu'ils emploient contre vous? Et pour revenir à quelque chose dont on a parlé tout à l'heure, pourriez-vous nous décrire ce que vous faites en matière de formation à la fois des forces alliées et des forces afghanes?

Lgén Deschamps : En ce qui concerne la Force aérienne ou les Forces canadiennes?

La présidente : La Force aérienne.

Lgén Deschamps : Notre Force aérienne ne travaille pas directement avec les Forces aériennes afghanes. Il s'agit là de quelque chose qui relève de l'important dispositif américain à Kaboul. Nous avons, certes, des gens en poste au sein de l'aviation afghane, mais rien de très important. Nous contribuons de manière accessoire à des opérations de soutien dans le cadre de la force d'intervention et certains de nos membres sont en poste au quartier général, mais il n'existe, entre les deux forces aériennes, aucun programme spécifique de coopération.

La présidente : Il semble, cependant, y avoir pas mal d'activités de caractère informel. Je pense, par exemple, aux techniciens américains qui, au terrain d'aviation, viennent s'initier à la réparation des hélicoptères.

Lgén Deschamps : Oui, tout à fait. Les équipages des divers pays alliés s'échangent volontiers leurs connaissances. Ils se parlent des incidents qui ont pu se produire afin d'éviter les surprises lors d'un prochain vol. Il y a, au terrain d'aviation, un réseau très actif d'analyse après action où les équipages des divers pays s'échangent des renseignements. On n'entretient pas le secret. Ils parlent de tout afin d'éviter les éventuelles surprises. Il y a, en Afghanistan, des contractuels civils qui assurent des missions d'aviation au même titre que nos propres équipages et nous faisons tout pour assurer leur sécurité. Ils n'ont pas accès aux renseignements classifiés, mais nos officiers de liaison veillent à la sécurité des missions qui leur sont confiées. Il existe tout un réseau de personnes qui restent en contact afin d'éviter les mauvaises surprises.

La présidente : Les Talibans emploient-ils des armes surface-air?

Lgén Deschamps : On ne les voit pas beaucoup employer des armes sophistiquées, mais ils se servent intelligemment d'armes conventionnelles telles que les mitrailleuses lourdes. Ils tendent des pièges afin d'attirer nos appareils pour les attaquer. Ils savent de mieux en mieux se servir des moyens du bord, mais il leur suffit parfois simplement de modifier leur manière de faire et d'agir de manière imprévisible. C'est comme cela qu'ils cherchent à nous contrer. Nous avons anticipé ces nouvelles manières de faire et l'on pourra probablement les voir à l'oeuvre à Kandahar dans quelque temps étant donné qu'ils parviennent de mieux en mieux à trouver le moyen d'attirer nos appareils. Les talibans font tout pour descendre un hélicoptère car, pour eux, c'est vraiment quelque chose.

La présidente : En avons-nous perdus?

Lgén Deschamps : Non. Des appareils ont effectivement été descendus, mais pas un des nôtres.

Le sénateur Dallaire : Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, combien de CF-18 vont pouvoir être mis en service après leur modernisation? Allons-nous devoir procéder à de nouveaux exercices RV financés par le centre pour assurer une meilleure coordination des tirs afin de nous éviter, comme vous le disiez tout à l'heure, la courbe d'apprentissage? Allons-nous conserver l'ADATS, le système d'arme antiaérien et antichar?

Lgén Deschamps : L'ADATS est un système employé par l'armée. Il vous faudra demander au général Leslie ce qu'il entend en faire.

Le sénateur Dallaire : La base de Cold Lake en est équipée.

Lgén Deschamps : Oui, c'est là qu'a lieu la formation. Nous participons ensemble à des exercices, mais je ne sais pas très bien ce que l'armée envisage actuellement de faire de l'ADATS.

Nous disposons de 80 CF-18 modifiés, bien que nous en ayons perdu un. Nous avons également 79 appareils de version R2. Le programme de modernisation a débuté en 2002, et s'est achevé cette année dans les usines de L3. C'est un programme qui s'est échelonné sur huit ans, les diverses mises à niveau ayant permis d'aligner nos appareils sur les normes les plus perfectionnées. Ces chasseurs sont interopérables, c'est-à-dire qu'ils sont en mesure de participer, avec les forces d'autres pays de la coalition, à des opérations n'importe où au monde. Leur système de détection est à la fine pointe de la technologie. Ces appareils pourront rester en service jusqu'à la fin de la présente décennie. Ils auront alors plus de 30 ans et il faudra bien, à un certain point, en remplacer la cellule. Leur système aéroélectronique de quatrième génération est très performant, mais ne sera plus considéré comme tel après 2020 puisque entreront alors en service des systèmes de cinquième génération, un saut technologique qui appelle un successeur au F-18. Compte tenu des travaux de modernisation, ce chasseur peut demeurer en service jusqu'à la fin de la présente décennie et participer à des opérations n'importe où dans le monde.

La présidente : Est-ce que nous contribuons, dans le cadre de NORAD, à la modernisation du système aéroporté d'alerte et de contrôle? Y contribuons-nous de manière directe? Y sommes-nous tenus dans le cadre de l'OTAN?

Lgén Deschamps : Nous participons au système aéroporté d'alerte et de contrôle de l'OTAN et les équipages canadiens volent à bord d'appareils AWAC américains. En ce qui concerne le système aéroporté d'alerte et de contrôle de l'OTAN, nous assumons une part des coûts d'acquisition et de fonctionnement de la plate-forme. Nous contribuons et nous participons à ce système dans le cadre de l'OTAN, mais en ce qui concerne le système américain, nous ne faisons, aux termes d'un accord conclu avec eux, que prendre part à leurs vols. Il s'agit donc d'un arrangement légèrement différent. Dans le premier cas, nous contribuons en tant qu'État membre de l'OTAN, et dans le deuxième à titre de partenaire dans la défense de l'Amérique du Nord.

Le sénateur Dallaire : Nous commandons de telles escadrilles.

Lgén Deschamps : Oui, en Europe.

La présidente : Nous ne contribuons donc pas à la modernisation de ce système?

Lgén Deschamps : Les Américains ont prévu pour cela leur propre programme.

La présidente : Je vous remercie. Nous sommes à court de temps. Nous vous savons gré d'avoir répondu à l'invitation du comité. Voilà qui conclut notre étude de l'état des trois armes des Forces canadiennes. Merci à mes collègues sénateurs et à nos trois chefs d'état-major.

La séance est levée et nous allons poursuivre à huis clos uniquement avec les membres du comité. Je demande donc à ceux qui ne sont pas directement concernés de nous quitter. Je vous remercie. La séance publique est levée.

(La séance se poursuit à huis clos.)