Délibérations du comité sénatorial permanent des
Pêches et des océans

Fascicule 6 - Témoignages du 26 octobre 2010


OTTAWA, le mardi 26 octobre 2010

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd'hui, à 17 h 10, pour étudier des questions relatives au cadre stratégique actuel et en évolution, du gouvernement fédéral pour la gestion des pêches et des océans du Canada (Sujet : Les phares canadiens).

Le sénateur Dennis Glen Patterson (vice-président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le vice-président : Bonsoir, mesdames et messieurs.

[Traduction]

La séance est ouverte. Bonjour, soyez les bienvenus au Comité sénatorial permanent des pêches et des océans. Je m'appelle Dennis Patterson. Je suis du Nunavut et je suis le vice-président du comité. Avant de leur présenter les témoins, j'invite les membres du comité à se présenter.

Le sénateur Hubley : Je suis le sénateur Elizabeth Hubley, de l'Île-du-Prince-Édouard.

[Français]

Le sénateur Losier-Cool : Bonsoir. Je suis le sénateur Rose-Marie Losier-Cool, du Nouveau-Brunswick.

[Traduction]

Le sénateur MacDonald : Je suis le sénateur Michael MacDonald, de la Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Cochrane : Je suis le sénateur Ethel Cochrane, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur Raine : Je suis le sénateur Nancy Greene Raine, de la Colombie-Britannique.

Le sénateur Poirier : Je suis le sénateur Rose-May Poirier, du Nouveau-Brunswick.

Le sénateur Nancy Ruth : Je suis le sénateur Nancy Ruth, de la belle baie Georgienne, en Ontario, et j'écoute vos prévisions météo presque quotidiennement pendant deux mois de l'année.

Le vice-président : Je rappelle aux membres du comité que nous tiendrons une brève réunion à huis clos après la réunion publique, pour discuter de nos projets de déplacement en novembre ainsi que d'autres points.

Dans le cadre de notre étude des phares canadiens, nous sommes heureux d'accueillir les représentants d'Environnement Canada, soit Dave Wartman, directeur de la Surveillance atmosphérique, Service météorologique du Canada, et Michael Crowe, directeur de la Division de l'intégration stratégique, Service météorologique du Canada.

Le comité vous remercie d'avoir accepté son invitation à comparaître, et nous sommes impatients d'entendre ce que vous avez à nous dire au sujet des phares. Monsieur Wartman, s'il vous plaît, présentez-nous votre déclaration préliminaire, après quoi nous passerons aux questions des sénateurs.

Dave Wartman, directeur, Surveillance atmosphérique, Service météorologique du Canada, Environnement Canada : Je remercie le comité de nous offrir cette occasion de dire quelques mots sur les phares pourvus en personnel et les bulletins météorologiques. Je crois que vous avez notre présentation en main. Je vais m'en inspirer pour ma déclaration préliminaire.

Je veux dire quelques mots au sujet de la deuxième diapositive, du mandat d'Environnement Canada. Ce mandat englobe la responsabilité de la météorologie au Canada. Le rôle principal du Service météorologique est d'alerter les Canadiens en cas de phénomènes météorologiques menaçants, qu'il s'agisse de tornades, de tempêtes de neige, de vents violents dans les zones maritimes ou d'ouragans sur la côte Est. À cette fin, nous menons des activités scientifiques et de surveillance météorologique. Nous faisons aussi des prévisions atmosphériques à différentes échelles, de quelques minutes à quelques jours et à quelques mois, pour les tornades, les tempêtes de neige et les prévisions saisonnières.

Nous offrons aussi divers produits et services, dont des observations météorologiques ainsi que des prévisions et des avertissements à divers groupes d'intérêt — le milieu marin, le public, la qualité de l'air, et cetera. Au Canada, Environnement Canada n'a pas de mandat exclusif en matière de météorologie. D'autres organismes et ministères fédéraux assument aussi des responsabilités législatives. NAV CANADA a la responsabilité des services météorologiques pour l'aviation civile au Canada, Transports Canada assure la réglementation aux termes de la Loi sur l'aéronautique, et le ministère de la Défense nationale est responsable des services météorologiques de l'aviation militaire.

Sur la troisième diapositive, il est question d'observations et de prévisions météorologiques. Environnement Canada exploite un certain nombre de réseaux d'observation ou collabore à l'exploitation de tels réseaux. Ces réseaux sont le cœur, l'élément principal des réseaux de surveillance météorologique nationale du Canada. Ces réseaux fondamentaux traitent les observations horaires d'environ 600 stations météorologiques automatisées dans tout le pays. Nous avons quelque 77 bouées, 54 stations d'observation automatisées à bord de navire et plus de 230 observations d'aéroport fournies par NAV CANADA; nous utilisons aussi les images satellites et les réseaux radars. Nous utilisons ces données pour préparer nos prévisions et nos avertissements météorologiques. Ces réseaux de base sont essentiels.

Les prévisions et les avertissements sont produits par modélisation informatique à partir des observations fournies. Le météorologiste du centre de prévision des intempéries examine les données et les images satellites et radars et, en s'appuyant largement sur les modèles informatiques, il établit des prévisions et des avertissements météorologiques. Outre les observations de base, Environnement Canada utilise aussi des centaines d'autres éléments de données météorologiques qui proviennent de diverses sources — des organismes provinciaux, l'industrie, les agriculteurs et les marins. Le météorologiste intègre ces autres éléments de données météorologiques et les observations fournies par les gardiens de phare.

Passons à la diapositive suivante. Les stations météorologiques horaires automatisées font partie de notre réseau d'observation météorologique principal. Elles existent depuis 15 ou 20 ans et elles ont évolué. Nous avons maintenant confiance en leur fiabilité. Les observations de ces stations météorologiques automatisées sont essentielles à l'établissement de nos prévisions et de nos avertissements.

Les rapports météorologiques des gardiens de phare, lorsqu'ils sont disponibles, fournissent aux prévisionnistes de la marine des renseignements complémentaires. Ils ne sont pas essentiels pour établir les prévisions et les avertissements météorologiques. Je ne dis pas que ces observations météorologiques supplémentaires ne sont pas utiles, parce qu'elles nous sont certainement précieuses. Par exemple, en conjonction avec d'autres données, elles peuvent nous aider à vérifier les prévisions et amener le prévisionniste à modifier sa prévision, mais leur valeur est quelque peu limitée. Les observations météorologiques des gardiens de phare sont complémentaires, elles ne sont pas fondamentales, et ce, pour diverses raisons. Premièrement, les phares ne sont pas dotés de toute la gamme des instruments. Sur la côte du Pacifique, par exemple, au moins un tiers des phares pourvus en personnel se contentent d'estimer la vitesse et la direction du vent. Cela n'est pas aussi précis et ne se fait pas à la même fréquence. Les observations météorologiques des phares sont transmises toutes les trois heures, uniquement pendant la journée, alors que nos stations météorologiques automatisées et d'autres éléments de notre réseau d'observation fonctionnent 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et transmettent de l'information et des données sur une base horaire.

La diapositive suivante montre ce que contiennent les rapports météorologiques complémentaires des gardiens de phare. Je précise que seuls les gardiens de phare de la Colombie-Britannique fournissent des observations météorologiques à Environnement Canada. Ils sont 27 dans la province. Toutes les trois heures, pendant la journée, ils transmettent des données sur la vitesse et la direction du vent, l'état du ciel, la visibilité, le type de précipitation et l'état de la mer.

Dix-sept de ces 27 phares pourvus en personnel fournissent aussi de l'information météorologique complémentaire pour l'aviation à NAV CANADA. Cette information est destinée aux exploitants d'hydravions et d'hélicoptères et concerne la température, le point de rosée — c'est une mesure d'humidité — et la hauteur et la densité estimatives des nuages bas.

Parmi les 27 phares pourvus en personnel en Colombie-Britannique, deux produisent toutes les six heures des observations météorologiques principales qui sont diffusées à l'échelle internationale.

En outre, 23 des 27 phares pourvus en personnel fournissent des observations sur la température et les précipitations deux fois par jour, pour le volet climatique. Ces 23 phares font parties d'un réseau coopératif canadien d'observation du climat. Il y a quelque 650 emplacements au pays où des observations similaires sur la température et les précipitations sont relevées deux fois par jour.

La diapositive suivante est une annexe qui contient quelques cartes, puisqu'une image vaut mille mots. La première carte montre les stations de surveillance météorologique de la côte sud de la Colombie-Britannique. Je suis certain que vous reconnaissez l'île de Vancouver. Les triangles sont tous des postes d'observation météorologique de la Garde côtière. Les triangles verts représentent les 27 phares pourvus en personnel où des gardiens transmettent des rapports météorologiques. Les triangles noirs — et dans bien des cas ils se trouvent à l'intérieur de triangles verts — correspondent aux 17 stations qui fournissent des données météorologiques pour l'aviation. Les triangles bleus représentent les cinq stations météorologiques automatisées de la Garde côtière canadienne.

Les carrés rouges dénotent une partie du réseau des bouées. Vous pouvez voir qu'ils sont tous sur l'eau. Les cercles sont les stations météorologiques automatisées d'Environnement Canada et de NAV CANADA. Les cercles rouges correspondent aux stations d'Environnement Canada. Ma vision des couleurs n'est sans doute pas très bonne, car il me semble que les cercles sont verts ou bleus, mais de toute façon les autres cercles correspondent aux stations météorologiques automatisées et pourvues en personnel de NAV CANADA.

La diapositive suivante présente les mêmes éléments avec la même légende, mais pour la côte nord de la Colombie- Britannique. Par exemple, vous voyez une bouée au large de la côte sud des îles de la Reine-Charlotte. Il y a aussi une station météorologique automatisée au cap St. James, à l'extrémité sud des îles de la Reine-Charlotte. Vous pouvez voir quelques triangles verts au large de la côte nord des îles de la Reine-Charlotte. C'est le phare de Langara Island, l'un des phares de la Garde côtière canadienne dont le gardien fournit des observations météorologiques. Il y a aussi un cercle rouge à cet endroit : nous avons coimplanté là-bas une station d'observation météorologique automatisée.

J'espère que ces diapositives vous ont appris quelque chose et je termine ici ma déclaration préliminaire, monsieur le président.

Le vice-président : Merci, monsieur Wartman. Vous avez dit que certaines données aidaient à vérifier les prévisions. Pouvez-vous m'expliquer un peu cela, s'il vous plaît?

M. Wartman : Une prévision est une prévision. Si nous prévoyons de la neige ici, à Ottawa, et que l'observation météo dit de la pluie, c'est une façon de vérifier la prévision, de la valider.

Le vice-président : Merci. Je souhaite la bienvenue au sénateur Manning, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur Nancy Ruth : Pourquoi êtes-vous présents seulement en Colombie-Britannique et pas sur la côte atlantique?

M. Wartman : Sur la côte atlantique, il n'y a pas de phare pourvu en personnel qui fournisse des observations météorologiques à Environnement Canada.

Le sénateur Nancy Ruth : Depuis combien de temps est-ce que les choses sont ainsi? Dix ans, 15 ans?

M. Wartman : Cela fait un certain temps, madame le sénateur. Je ne peux pas vous donner de date précise, mais cela fait longtemps, je crois. Nous pourrions vous trouver ce renseignement.

Le sénateur Nancy Ruth : Puisque les stations sont automatisées sur la côte Est, est-ce que cela donne de bons résultats selon vous? Est-ce que les marins ou les aviateurs se sont plaints? Est-ce que l'on s'en tire bien avec ces données automatisées?

M. Wartman : Je peux parler uniquement en mon nom. Je n'ai pas eu connaissance de plaintes présentées par des marins ou des aviateurs. Nous pourrions trouver s'il y en a eu, mais moi je n'en ai jamais entendu parler.

Le vice-président : Pendant que le sénateur formule sa prochaine question... Il y a des phares pourvus en personnel à Terre-Neuve-et-Labrador. Vous dites que, pour une raison quelconque, vous ne recevez pas d'observations météorologiques des phares pourvus en personnel de la côte Est. C'est bien cela?

M. Wartman : C'est cela. Nous ne recevons pas d'observations météorologiques des phares pourvus en personnel de la côte Est ni d'ailleurs au pays.

Le sénateur Nancy Ruth : Si vous n'aviez pas ces 17, ces 27 ou ces deux... tous ces chiffres que vous mentionnez, tous ces phares qui produisent des rapports, est-ce que cela ferait une différence pour vous?

M. Wartman : Vous voulez savoir quelle différence cela ferait?

Le sénateur Nancy Ruth : Comment compenseriez-vous la différence, quelles stratégies pourriez-vous mettre en œuvre pour obtenir l'information qu'ils vous fournissent, s'ils n'existaient pas?

M. Wartman : Ce ne sont pas des données essentielles pour établir les prévisions et les avertissements. Est-ce qu'elles sont utiles? Oui. Nous recueillons quotidiennement des centaines de données météorologiques complémentaires auprès d'un certain nombre de sources. Si nous n'avions pas les observations météorologiques des phares pourvus en personnel de la côte Ouest, nous devrions certainement examiner notre réseau pour repérer les lacunes et déterminer les besoins, mais cela n'aurait pas d'effet sérieux sur notre capacité d'établir des prévisions et des avertissements météorologiques.

Le sénateur Nancy Ruth : Cela n'aurait pas beaucoup d'effet sur votre capacité d'obtenir ces données si elles venaient d'une source automatisée? Je peux déduire cela?

M. Wartman : Je comprends mal votre question.

Le sénateur Nancy Ruth : Les phares ne vous fournissent pas de données critiques pour votre formation. Ils ne sont pas essentiels. Par contre, vous recueillez des centaines d'éléments de données de diverses sources. Si les données provenant des phares n'étaient pas disponibles par téléphone ou par courriel — quelle que soit la façon dont elles vous sont transmises électroniquement —, est-ce que vous croyez que vous pourriez compléter votre système de façon automatisée pour obtenir les mêmes données?

M. Wartman : Oui. Si nous n'avions pas les phares pourvus en personnel, nous chercherions à repérer les carences, nous voudrions certainement définir les besoins et nous envisagerions d'utiliser des stations météorologiques automatisées. Nous avons pleinement confiance en elles, elles se sont avérées fiables.

Le sénateur Nancy Ruth : Si j'ai bien compris, certains gardiens de phare touchent une rémunération. Ils sont payés par Environnement Canada. Il existe une relation entre le ministère des Pêches et Environnement Canada, un contrat entre les deux ministères, pour que les gardiens de phare assurent ces services. Pourriez-vous nous dire quel montant d'argent est prévu au contrat?

M. Wartman : Je crois que c'est dans la convention collective des gardiens de phare. Je crois que c'est de là que cela vient. Nous ne payons pas les gardiens de phare pour leurs observations climatiques. La Garde côtière paie les gardiens de phare pour les autres observations et, il y a quelques années encore, nous remboursions la Garde côtière, mais pas depuis un an ou deux.

Le sénateur Nancy Ruth : Pourriez-vous me dire à combien s'élevaient ces remboursements?

Michael Crowe, directeur, Division de l'intégration stratégique, Service météorologique du Canada, Environnement Canada : Je dirais 200 $ par emplacement, ce qui donne un total d'environ 5 000 $ par année. C'était minime.

Le vice-président : Pour en revenir rapidement à une question que j'ai posée, vous ne recevez pas d'observations météorologiques des phares pourvus en personnel de la côte Est. Pouvez-vous m'expliquer pourquoi il y en a sur la côte Ouest mais pas sur la côte Est? Comment cela se fait-il?

M. Crowe : Selon moi, c'est une situation historique, en quelque sorte, et c'est peut-être pour cette raison que je ne sais pas exactement quoi vous répondre. Dans une large mesure, sur la côte Ouest en particulier, je crois que c'est le milieu de l'aviation qui, par l'entremise des processus de NAV CANADA visant à déterminer où l'on avait besoin d'observations météorologiques, a établi que celles-là étaient nécessaires. Sur la côte Est, ce n'était pas le cas. Je ne suis pas vraiment certain de ce que j'avance et je serais tout à fait disposé à vérifier le contexte historique. Selon moi, c'est en raison de l'aviation que nous sommes encore présents sur la côte Ouest mais pas tellement sur la côte Est.

Le vice-président : Merci, monsieur Crowe. Nous avons l'intention de convoquer NAV CANADA un peu plus tard, alors cela pourra être précisé.

[Français]

Le sénateur Losier-Cool : J'aimerais savoir quelle est la formation des gardiens de phare, la différence des compétences exigées entre un gardien de phare et un météorologue. Quelles sont les compétences exigées pour être gardien de phare?

[Traduction]

M. Wartman : Je ne peux pas vous dire ce qu'il faut savoir pour devenir gardien de phare. Je peux vous dire quelle formation les gardiens de phare reçoivent pour les observations météorologiques. Ils suivent un cours d'environ une journée. Nous offrons un cours par année, et la Garde côtière y envoie les gardiens de phare. Ils y reçoivent une formation sur la façon de faire des relevés météorologiques et d'utiliser les instruments. Les météorologistes de nos centres de prévision des intempéries ont des diplômes universitaires et ils suivent en plus un cours d'un an dispensé par Environnement Canada. Pour ce qui est des observations et des prévisions, les gardiens de phare et les météorologistes ont des formations très différentes.

[Français]

Le sénateur Losier-Cool : Alors s'il y a un poste de gardien de phare à être comblé, quelles sont les exigences pour combler ce poste?

[Traduction]

M. Wartman : Les gardiens de phare sont recrutés par la Garde côtière canadienne, qui est leur employeur. Ils ne travaillent pas pour Environnement Canada. Je ne sais pas exactement quels sont les titres et qualités demandés.

M. Crowe : Au sujet de la formation, bon nombre des 230 stations d'aéroport sont des stations pourvues en personnel. La formation pour les observations de l'aviation est, selon moi, passablement plus rigoureuse que la journée de formation élémentaire des gardiens de phare pour les observations complémentaires.

Le sénateur Poy : Merci beaucoup de votre exposé. Vous dites que l'information météorologique est complémentaire et que vous ne comptez pas vraiment sur les gardiens de phare. Est-ce que vous diriez, alors, qu'ils ne sont pas vraiment nécessaires?

M. Wartman : Je dirais qu'ils ne sont pas essentiels. J'imagine que cela signifie aussi que nous n'avons pas absolument besoin d'eux pour établir nos prévisions et nos avertissements.

Le sénateur Poy : Pourtant, les gardiens de phare, vous le dites, touchent 200 $ par emplacement. Je ne sais pas ce que vous entendez par là. Est-ce que cela signifie chaque fois que le gardien produit un rapport?

M. Crowe : C'est un montant annuel.

Le sénateur Poy : Je me demandais si c'était toutes les trois heures.

M. Wartman : Non. C'est une somme minime.

Le sénateur Poy : Je voulais en être certaine.

S'ils acceptent faire ce travail, ils touchent 200 $ par année. C'est laissé à leur entière discrétion, et ils suivent un cours d'une journée à votre ministère. Je ne sais pas ce qu'on peut apprendre en une journée pour pouvoir faire des prévisions météorologiques.

Si les gardiens de phare ne sont pas nécessaires, et de toute évidence vous n'avez pas besoin d'eux sur la côte atlantique, alors ils ne sont pas vraiment nécessaires. Est-ce que vous en venez à cette conclusion?

M. Wartman : Oui. Ils ne sont pas essentiels. Ils ne sont pas absolument nécessaires. Comprenons-nous bien : je ne dis pas qu'ils ne sont pas utiles, parce qu'ils le sont.

Le sénateur Poy : Je comprends.

M. Wartman : Nous utilisons toutes sortes d'éléments d'information météorologique. Je vois les choses ainsi : si demain nous ne recevons pas d'observations météorologiques complémentaires des gardiens de phare, cela n'aura pas d'effet sensible sur notre capacité d'établir des prévisions et des avertissements météorologiques.

Le sénateur Poy : Par le passé, les gardiens de phare de la côte atlantique n'ont jamais assuré ce service — c'est bien cela?

M. Wartman : Pas ces dernières années. Il y a un long passé dans ce domaine. Je ne connais pas bien l'histoire de la côte Est et je ne sais pas à quand cela remonte ou si, de fait, il y a vraiment eu des phares pourvus en personnel qui communiquaient des observations météorologiques.

M. Crowe : Je n'en suis pas certain non plus. S'il y en a eu, c'était il y a très longtemps. Nous sommes tous deux météorologistes et nous avons tous deux travaillé dans des bureaux et établi des prévisions météorologiques. Cela me fait mal au cœur de dire que nous n'avons pas besoin de certaines observations, parce que toutes les données sont utiles, mais ce dont nous avons vraiment besoin ce sont les données de base.

Le sénateur Poy : Ils ne travaillent que pendant la journée, mais vous avez besoin de rapports 24 heures sur 24 pour assurer la précision?

M. Wartman : C'est exact. Il est bon également d'avoir des rapports horaires, c'est-à-dire toutes les heures plutôt que toutes les trois heures. Pour cela, nous comptons sur les stations météorologiques automatisées — et en outre, dans le secteur maritime, sur les 16 bouées de la côte Ouest et sur les stations d'observation automatisée à bord de navires. Il y en a sur 54 navires au pays, dont environ 13 sur la côte Ouest, et bon nombre appartiennent à la Garde côtière. Nous y avons installé tout l'éventail des instruments météorologiques. L'avantage, c'est que les navires se déplacent, alors nous recevons des observations météorologiques de divers points dans les secteurs maritimes.

Le sénateur Poy : Il y en a aussi sur la côte atlantique, n'est-ce pas?

M. Wartman : Des bouées et des navires? Oui.

Le sénateur Poirier : Merci de votre exposé.

Nous avons rencontré différents groupes, et jusqu'à aujourd'hui on nous a toujours dit que la côte de la Colombie- Britannique était un cas unique et qu'on y trouvait des régions particulièrement isolées. Certains croient que les phares doivent être pourvus en personnel. Ils disent que c'est nécessaire pour que nos marins disposent des prévisions météorologiques dont ils ont besoin, au moment où ils en ont besoin, pour des raisons de sécurité.

Si les phares relevaient d'Environnement Canada plutôt que du MPO, le ministère des Pêches et des Océans, est-ce que vous continueriez à retirer du personnel de ces phares ou est-ce que vous auriez l'impression qu'il est essentiel d'en maintenir en poste?

M. Wartman : Je ne sais pas si je peux vraiment répondre à cela. Je peux vous dire que dans quatre des phares pourvus en personnel où nous relevons des observations météorologiques sur la côte du Pacifique, nous avons installé des stations météorologiques automatisées parce que nous avons établi que ces emplacements étaient essentiels. Nous avons automatisé les stations météorologiques et les phares pourvus en personnel. Nous accordons la priorité à ces stations parce qu'elles se trouvent dans des endroits clés.

Je ne peux pas répondre à la question et vous dire si, dans l'hypothèse où les phares relevaient d'Environnement Canada, nous déciderions de garder le personnel. Ce ne serait pas à moi d'en décider.

Le sénateur Poirier : Ma deuxième question est la suivante : si, demain matin, tous les phares pourvus en personnel devaient disparaître, pensez-vous que les marins auraient d'aussi bonnes prévisions météorologiques pour leur sécurité que ce qu'ils ont aujourd'hui, avec les phares pourvus en personnel le long de la côte de la Colombie-Britannique?

M. Crowe : Je crois que oui, sauf pour ce que M. Wartman a déjà dit. Si cela se produisait, il nous faudrait réévaluer la situation. Je crois que vous l'avez mentionné, s'il y avait des carences, nous voudrions les combler.

Le sénateur Poirier : Avec un système automatisé?

M. Crowe : Oui.

M. Wartman : À l'heure actuelle, nous examinons l'ensemble de nos réseaux de surveillance au Canada, les réseaux de surveillance météorologique, pour déterminer, parallèlement à ce que j'ai déjà désigné comme essentiel, ce qui est complémentaire et ce qui vient d'autres organisations. Nous cherchons des moyens de recueillir encore plus de données complémentaires et de les intégrer, pas parce qu'elles sont essentielles, mais pour qu'elles soient accessibles. Comme l'a dit M. Crowe, nous devrions réévaluer la situation, définir les carences et les besoins, puis prendre des décisions en conséquence.

Le sénateur Poirier : Toutes ces stations automatisées qui fournissent des prévisions météorologiques continueraient de fournir uniquement des prévisions. Même lorsqu'elles se trouvent dans des zones éloignées, elles ne permettraient pas de porter secours à une personne en détresse. Disons qu'un phare se trouve dans une région éloignée est qu'il est pourvu en personnel, si quelqu'un lance un appel de détresse dans le secteur, l'aide est à portée de la main. Cette possibilité disparaîtra si tous les phares sont automatisés. Est-ce que c'est cela que vous vouliez dire?

M. Wartman : Dans les stations météorologiques automatisées, il n'y a pas de présence humaine. Nous ne les considérons que du point de vue de la météo. Pour les autres besoins, il faudrait que d'autres organisations se penchent sur la question.

Le sénateur Poirier : Merci.

Le sénateur Cochrane : La Garde côtière a informé le comité qu'elle collaborait avec Environnement Canada et NAV CANADA pour mettre des solutions en place avant de retirer le personnel des phares qui participent à la collecte d'information météorologique automatisée.

Quand la Garde côtière est-elle entrée en communication avec Environnement Canada pour proposer de retirer les gardiens de phare?

M. Wartman : Je crois que le retrait du personnel dans les phares a commencé à l'époque où la question s'est présentée pour la première fois, il y a de nombreuses années. C'était avant mon temps. Je ne sais pas quand les réunions régionales ont eu lieu. Cela remonte à 10 ou 15 ans.

Le sénateur MacDonald : Il y a plus longtemps que cela.

M. Crowe : Je me souviens certainement de la dernière ronde, c'était il y a environ 10 ans; mais cela a pu commencer bien avant.

M. Wartman : Le personnel du Service météorologique du Canada en Colombie-Britannique collabore quotidiennement avec la Garde côtière dans divers dossiers, et notamment dans celui-là.

Le sénateur Cochrane : Il y a des gardiens de phare dans certaines régions du pays qui sont particulièrement dangereuses sur le plan de la météo, et cetera. En Colombie-Britannique, les gardiens de phare sont là en permanence. Ils peuvent savoir si quelqu'un est en difficulté dans ces eaux. Est-ce que la Garde côtière peut rejoindre ces gens aussi rapidement que les gardiens de phare peuvent le faire?

M. Wartman : Je ne peux pas parler au nom de la Garde côtière, et je ne suis pas certain que les gardiens de phare puissent rejoindre les gens, alors je ne sais pas vraiment comment répondre à cette question. Je n'essaie pas d'éviter la question, j'ignore simplement la réponse parce que cela relève de la Garde côtière.

M. Crowe : Nous pouvons imaginer des cas où un gardien de phare pourrait rejoindre quelqu'un, mais ce qui se passera lorsqu'ils ne seront plus là, je ne le sais pas vraiment; peut-être que le secteur opérationnel de la Garde côtière le saurait.

Le sénateur Cochrane : Est-ce que ces stations météorologiques automatisées sont fiables?

M. Wartman : Nous avons constaté une amélioration de leur fiabilité au cours des 10 ou 15 dernières années. En ce qui concerne la vitesse et la direction du vent relevées dans les stations météorologiques automatisées sur la côte du Pacifique, les données nous parviennent plus de 95 p. 100 du temps. La fiabilité de ces stations météorologiques automatisées est de 95 p. 100 et plus, c'est la proportion du temps où elles sont disponibles et utilisées.

Nous visitons les stations une fois par année pour les inspecter, et nous effectuons des visites imprévues pour les réparations. Nous avons constaté au fil des ans qu'il est de moins en moins nécessaire de faire des réparations. Nous considérons que 95 p. 100 et plus, c'est plutôt bien en terme de fiabilité.

Le sénateur Cochrane : Avez-vous une idée de la fréquence des pannes pour les phares?

M. Wartman : Les feux ou les données?

Le sénateur Cochrane : Les données.

M. Wartman : Les données sont disponibles 95 p. 100 du temps ou plus. Oui, il y a eu des pannes pour les bouées aussi, et nous essayons de les réparer assez rapidement.

Le sénateur Cochrane : Qu'entendez-vous par « assez rapidement »?

M. Wartman : La norme pour un anémomètre, selon le niveau d'urgence, parce que certaines stations sont plus essentielles que d'autres, est de deux ou trois jours. C'est toujours fonction de l'éloignement et de la météo, qui peut entraver les efforts.

Le sénateur Cochrane : Est-ce que les techniciens sont transportés en hélicoptère?

M. Wartman : En Colombie-Britannique, nous utilisons l'hélicoptère pour la majorité des emplacements.

Le vice-président : Pour donner suite à la question du sénateur Cochrane, c'est vous qui effectuez la maintenance du matériel météorologique? Ce n'est pas la Garde côtière?

M. Wartman : Nous visitons les stations météorologiques automatisées une ou deux fois par année. Nous vérifions les instruments et l'équipement dans les phares pourvus en personnel une fois par année, pour l'inspection et la maintenance.

Le vice-président : Est-ce qu'Environnement Canada collabore actuellement avec la Garde côtière et le MPO pour trouver des solutions viables en cas de retrait du personnel? Est-ce que vous tenez des discussions à ce sujet?

M. Wartman : Oui, nous en discutons.

Le sénateur Hubley : Quelle est la tendance dans les milieux de la pêche et du transport maritime? Les pêcheurs ont toujours compté sur les phares et les gardiens de phare pour obtenir de l'information sur la météo et les situations qu'ils devraient connaître. Est-ce que cela a beaucoup changé?

M. Wartman : Cela dépend de la pêche...

Le sénateur Hubley : ... pour les pêcheurs, le fait de pouvoir parler plutôt que de recevoir des rapports par radio.

M. Wartman : Les communications ont beaucoup évolué depuis 20 ou 25 ans. Maintenant que la Garde côtière diffuse en continu l'information et les prévisions météorologiques, les choses sont beaucoup plus faciles, l'information est plus accessible. Je ne peux pas commenter directement, parce que je n'ai pas discuté avec des pêcheurs pour savoir s'ils sont moins tributaires des phares. J'imagine que oui.

Le sénateur Hubley : On a dit que l'importance des rapports météorologiques était limitée et qu'ils étaient complémentaires au travail de votre réseau de base. Vous avez dit que les phares étaient équipés d'un minimum d'instruments. Est-ce que ces instruments sont là depuis longtemps? Est-ce qu'ils ont des capacités qui font que les phares demeurent importants pour communiquer l'état de la météo?

M. Wartman : Des appareils comme les anémomètres, pour mesurer la vitesse et la direction du vent, sont essentiels en termes de rapports météorologiques. Aux fins du SMC, le Service météorologique du Canada, la pression barométrique est également importante. C'est pourquoi nous avons ces instruments en places dans nos principaux emplacements. Une de nos priorités est de veiller à ce que notre réseau d'observation de base ait tous les instruments voulus pour mesurer ces variables plutôt que de les estimer.

Le sénateur Raine : J'ai beaucoup de questions à vous poser, je vous demande d'être patients.

Pouvez-vous me dire à quoi ressemble une station météorologique automatisée? Comment et où est-elle montée? Est-ce qu'elle est montée dans un endroit sauvage et éloigné ou dans une région habitée?

M. Crowe : À quoi ressemble-t-elle? Je dirais que c'est un ensemble d'instruments disposés selon le terrain et l'emplacement. Les instruments peuvent être un peu éparpillés ou ils peuvent être réunis dans une tour. Il y a des capteurs qui mesurent suivant des normes assez strictes la température, l'humidité, la vitesse et la direction du vent, la pression atmosphérique, la fréquence et l'importance des précipitations. Je crois que c'est tout.

Le sénateur Raine : Ce n'est pas une machine, mais un ensemble d'appareils entourés d'une clôture?

M. Crowe : Précisément, avec un enregistreur de données, si vous voulez, auxquelles ils sont tous reliés et qui transmet le rapport météo consolidé.

M. Wartman : J'ajouterais en outre que le choix de l'emplacement pour les instruments, l'endroit ils se trouvent, est important. Pour qu'un anémomètre puisse mesurer le vent, par exemple, il ne doit pas être placé contre un bâtiment. Vous voulez mesurer la vitesse véritable du vent. L'emplacement et la disposition des divers instruments relativement les uns aux autres, c'est une science en soi. Nous collaborons à l'échelle internationale pour déterminer les meilleures configurations.

Je vais faire de la publicité au site web d'Environnement Canada, meteo.gc.ca. Vous pouvez y voir des images des stations météorologiques automatisées. De fait, vous pouvez voir les phares, sur la côte du Pacifique.

Le sénateur Raine : Voilà pour les stations météorologiques. Elles sont généralement à terre. Et à quoi ressemblent les bouées? Sont-elles fiables? Qu'est-ce qui détermine leur capacité de vous transmettre de l'information?

M. Wartman : Les bouées sont à la merci des fausses lames ou des grosses vagues, qui peuvent abîmer les systèmes de communications. Les statistiques pour les bouées dans tout le Canada sont de 90 p. 100 et plus. Il y a des pannes ou des creux, en termes de fiabilité, vers le milieu et la fin du printemps, juste après l'hiver, quand les tempêtes sont plus fréquentes. Sur la côte atlantique, chaque ouragan en abîme une ou deux. Leur fiabilité est fort bonne. Les instruments sont très perfectionnés. Nous avons en tout 77 bouées au pays. Cela comprend des bouées amarrées, sur la côte Ouest et la côte Est, ainsi que dans les lacs intérieurs, les Grands Lacs, et quelques bouées dérivantes.

Le sénateur Raine : Combien coûte une station météo automatisée, et combien coûte une bouée?

M. Wartman : Pour les stations météorologiques automatisées, pour acheter les instruments et les câbles, cela va chercher dans les 50 000 $. Pour les monter, c'est selon l'endroit et l'éloignement. Cela peut aller jusqu'à 100 000 $ pour l'installation, parce qu'il faut planifier, établir la logistique pour se rendre dans des lieux éloignés.

Je n'ai pas de chiffres en ce qui concerne les bouées, mais je dirais que c'est sans doute d'un ordre différent, supérieur. C'est fonction du type de bouée, mais les bouées coûtent beaucoup plus cher. Je n'ai pas de chiffres exacts à vous présenter.

Le sénateur Raine : Est-ce que ce serait 200 000 $ et plus?

M. Wartman : Plus.

Le sénateur Raine : Est-ce que c'est 500 000 $?

M. Wartman : Je n'ai pas ce renseignement, mais nous pouvons l'obtenir facilement, si vous le désirez.

Le sénateur Raine : J'ai remarqué qu'entre la pointe nord de l'île de Vancouver et la partie la plus au nord de la côte, il y a trois bouées et à peine quelques stations météorologiques automatisées. C'est un grand segment de la côte centrale où la majorité des observations météorologiques doivent provenir des gardiens de phare. J'ai aussi de l'information indiquant qu'il y a de longues périodes où l'on ne reçoit pas de données ni d'observations des bouées. Est-ce que toutes les données qui viennent des bouées sont enregistrées?

M. Wartman : Oui, les données transmises par les bouées sont enregistrées.

Le sénateur Raine : Je n'ai pas de données enregistrées pour la bouée de South Hecate Strait entre le 19 mars et le 14 mai 2009, et pour North Nomad, rien en avril 2010. Presque toutes les bouées semblent victimes de longues pannes. Pour West Moresby, il n'y a pas de données du 19 janvier au 5 mai 2008. Tout cela m'inquiète. Si les stations fixes que sont les phares disparaissent, nous risquons de perdre quelque chose de précieux.

Est-ce qu'il y a une stratégie, par exemple installer des stations météorologiques automatisées dans les phares qui ne vous fournissent pas de rapports météorologiques automatisés 24 heures sur 24, sachant qu'elles sont dans un endroit précis, qu'elles sont là, qu'il y a un bâtiment, qu'il y a une aire de manœuvre pour les hélicoptères, et cetera.?

M. Wartman : De fait, dans certains phares de la Colombie-Britannique qui ont été automatisés nous avons installé des stations météorologiques automatisées, et nous en coimplantons aussi dans les quatre phares pourvus en personnel.

Le sénateur Raine : C'est ce que je veux savoir.

M. Wartman : Nous examinons les carences et les besoins et nous définissons des solutions optimales. Est-ce que cela est possible? D'après ce que nous savons des lacunes et des besoins, c'est certainement quelque chose que nous envisagerions.

Le sénateur Raine : Pour les prévisions, quelle est la différence entre les rapports horaires et les rapports aux trois heures pendant la journée, en termes de validité des données? Est-ce que cela affecte la qualité des prévisions? Je sais que c'est bon d'avoir des données toutes les heures.

M. Wartman : La météo sur la côte de la Colombie-Britannique est un peu comme celle de Terre-Neuve et du Canada atlantique en termes d'instabilité. Une prévision ne tient pas compte d'une seule observation, mais bien d'une série d'observations réalisées au même endroit. Nous étudions les tendances, les images satellites et radars, qui arrivent elles aussi plus fréquemment qu'une fois l'heure, et nous dressons un tableau conceptuel de la situation. L'aspect horaire est important pour la prévision, pour comprendre les tendances et rapprocher les autres éléments d'information.

M. Crowe : Pour ce qui est de l'évolution technologique, nous avons mentionné les satellites à deux ou trois reprises. Quand je travaillais dans un bureau de prévisions, nous commencions à peine à recevoir des données satellites et à comprendre ce que c'était et comment les utiliser. Le nombre de satellites lancés aujourd'hui et les divers types de données offertes aux prévisionnistes viennent compléter notre image. Nous avons maintenant accès aux données de RADARSAT, un satellite canadien, et nous précisons notre compréhension des vents côtiers grâce à l'imagerie RADARSAT.

Dans notre métier, nous cherchons toujours de nouvelles solutions technologiques. Il faut du temps pour apprendre à s'en servir, mais ensuite elles sont très utiles. Cela ne vaut pas pour RADARSAT, mais dans le cas de certains satellites météo traditionnels c'est presque comme s'il y avait toujours un œil qui surveille. Cela accroît la qualité des prévisions.

Le sénateur Raine : Pour l'aviation, les yeux et les oreilles au sol font une grande différence, c'est certain. Je ne crois pas que les stations météorologiques automatisées puissent mesurer avec précision le brouillard, par exemple. Vous pouvez prédire que l'humidité provoquera du brouillard.

M. Crowe : Pour l'aviation, il y a une station automatisée beaucoup plus perfectionnée qui ne mesure pas seulement les paramètres dont nous avons parlé, qui sont ceux du réseau de base d'Environnement Canada. Les stations automatisées de NAV CANADA mesurent aussi la visibilité ainsi que la nébulosité et la hauteur des nuages, et ces paramètres sont importants pour l'aviation.

Le sénateur Raine : Merci.

Le vice-président : Je suis curieux. Est-ce qu'un système automatisé peut donner de l'information sur ce que vous appelez dans votre exposé l'état de la mer, le degré d'agitation? C'est pour les hydravions. Pouvez-vous le mesurer?

M. Wartman : Les stations automatisées ne relèvent pas l'état de la mer. Les bouées le font, tout comme notre programme de navires automatisés bénévoles. Les navires de la Garde côtière envoient aussi des observations manuelles en plus des observations automatisées, et ils signalent fréquemment la hauteur des vagues pour indiquer l'état de la mer. Non, une station automatisée sur terre ne peut pas mesurer l'état de la mer.

Le sénateur MacDonald : Merci d'être venus. J'ai deux ou trois petites questions, des précisions. En termes de responsabilité finale, j'imagine qu'Environnement Canada est responsable de la collecte et de la diffusion de toutes les données environnementales?

M. Wartman : Nous avons ce mandat pour la météorologie.

Le sénateur MacDonald : Les stations automatisées de la Garde côtière fournissent de l'information à Environnement Canada, n'est-ce pas?

M. Wartman : Oui.

Le sénateur MacDonald : Je regarde la carte, certaines réponses sont plutôt évidentes. Les stations terrestres relèvent toutes d'Environnement Canada. Les phares dotés de stations automatisées relèvent de la Garde côtière. Vous avez mentionné que vous en faites l'entretien une fois par année?

M. Wartman : Oui.

Le sénateur MacDonald : Pourquoi relèvent-ils encore de la Garde côtière? Est-ce qu'ils relèvent vraiment de la Garde côtière ou est-ce qu'ils se trouvent simplement sur ces stations?

M. Wartman : Ils sont la propriété de la Garde côtière.

Le sénateur MacDonald : Mais la responsabilité finale revient encore à Environnement Canada?

M. Wartman : Sauf pour les cinq stations automatisées de la Garde côtière, c'est Environnement Canada qui a fourni l'équipement météorologique.

Le sénateur MacDonald : Je remarque qu'Environnement Canada a des réseaux de bouées amarrées autour de l'île de Vancouver. Pourriez-vous nous les expliquer? Est-ce que c'est compliqué?

M. Wartman : Les bouées sont amarrées. Elles sont fixées au fond de l'océan. Elles sont de deux tailles distinctes : trois mètres et six mètres de diamètre.

Le sénateur MacDonald : Ce sont des bouées à espar?

M. Wartman : Ce sont des bouées DISCUS.

Le sénateur MacDonald : Une bouée à espar c'est une bouée étroite, oblongue.

M. Crowe : Par espar, vous entendez une sorte de superstructure?

Le sénateur MacDonald : Oui.

M. Crowe : Je crois que c'est le cas pour les grandes.

M. Wartman : Celles de six mètres le seraient.

Le sénateur MacDonald : Quelles sortes de données recueillent-elles que les autres stations, les stations automatisées, ne peuvent par vous fournir?

M. Wartman : Ce n'est pas tant des données différentes que l'emplacement. La vitesse et la direction du vent sur l'eau et sur la terre peuvent être très différentes. Comme je l'ai dit au sénateur Patterson, les bouées peuvent aussi indiquer l'état de la mer, contrairement aux stations terrestres. C'est la pression, la température, l'humidité, la hauteur des vagues, la vitesse et la direction du vent.

Le sénateur MacDonald : La Garde côtière les remet en place si elles sont déplacées?

M. Wartman : Oui. Nous travaillons avec la Garde côtière et nous comptons sur elle pour le déploiement des bouées et pour nous y emmener. Pour une bouée de six mètres de diamètre, il faut généralement un navire d'une certaine taille pour pouvoir l'embarquer, faire la maintenance et la remettre à l'eau.

Le sénateur MacDonald : Qui est responsable des budgets? Environnement Canada?

M. Wartman : Les deux. Nous comptons sur la collaboration de la Garde côtière.

Le sénateur MacDonald : Qui paie et installe le matériel?

M. Wartman : L'équipement est fourni par Environnement Canada.

Le sénateur MacDonald : Vous avez répondu à toutes mes questions. Je m'interrogeais au sujet la répartition des responsabilités.

Le sénateur Raine : Si une bouée ne transmet pas de données, vous savez immédiatement que quelque chose ne va pas?

M. Wartman : Oui.

Le sénateur Raine : Pourquoi faut-il tant de temps pour recueillir les données, par exemple, du 19 mars au 14 mai? Est-ce que c'était une période de tempête?

M. Wartman : C'est généralement une période où nous avons des pannes, à la fin de l'hiver. Il nous faut un navire de la Garde côtière pour aller jusqu'à la bouée. Il nous faut un navire d'une taille donnée, selon le type de bouée. Nous avons parfois besoin de pièces de rechange. Nous savons seulement que la bouée est en panne, alors quand nous arrivons sur place, nous découvrons parfois qu'il nous faut quelque chose que nous n'avons pas ou qu'il faut envoyer la bouée chez le fournisseur, AXYS Technologies, sur la côte Ouest. Parfois, il faut du temps dans le cas des bouées, simplement parce qu'il est difficile de s'y rendre et qu'il nous faut un navire d'une certaine taille.

M. Crowe : La Garde côtière nous aide, elle déploie les bouées et nous aide à les entretenir, mais elle n'est pas toujours en mesure de nous y amener le jour même de la panne. Nous devons nous ajuster à son programme pour pouvoir nous rendre jusqu'à la bouée.

Le sénateur Raine : Dans les stations météorologiques automatisées, est-ce que vous avez le même problème, est-ce que vous perdez des données en raison de dommages dus aux tempêtes et à la glace?

M. Wartman : Est-ce qu'il y a des pannes? Oui. Elles ne sont pas parfaites. En général, nous pouvons les réparer beaucoup plus rapidement. Normalement, il faut utiliser un hélicoptère, mais c'est quand même beaucoup plus accessible que d'essayer de trouver un navire de la Garde côtière et un équipage pour nous amener dans le détroit de Hecate ou au large des îles de la Reine-Charlotte.

Le sénateur Raine : Les bouées North, South et Middle Nomad sont très loin au large, n'est-ce pas?

M. Wartman : Je ne sais pas à quelle distance elles se trouvent.

Le sénateur Raine : Elles ne sont pas sur la carte, d'après ce que je vois.

M. Wartman : Je dois ajouter que nous avons aussi des bouées dérivantes. Nous les mettons à l'eau et elles dérivent dans le Pacifique et transmettent de l'information de l'endroit où elles sont. Il y a toute une série de bouées sur la côte Ouest, parce qu'évidemment, il n'y a rien devant, pas de terres. C'est toujours le problème avec la côte Ouest. Vous voulez des observations de contrôle prises au milieu du Pacifique ou du moins assez loin dans le Pacifique. Elles doivent être à 300 ou 400 milles, sinon plus.

M. Crowe : Oui.

Le vice-président : Je crois qu'en plus de ses travaux de météorologie, Environnement Canada fait de la recherche dans des domaines comme le changement climatique. Un témoin nous a dit qu'au fil des ans, un certain nombre de gardiens de phare avaient officieusement accepté des fonctions qui s'ajoutent à leurs fonctions normales, et entre autres un soutien à des programmes scientifiques, le prélèvement d'échantillons d'eau, la mesure de la température, de la salinité, des gaz à effet de serre, la surveillance de la hauteur des tsunamis, et les observations de mammifères marins. Outre la température, est-ce que vous savez si les gardiens de phare mènent d'autres activités de surveillance pour Environnement Canada?

M. Wartman : Comme je l'ai dit, dans le cadre du réseau de coopération canadien sur le climat ils relèvent des données sur la température et les précipitations, mais c'est du domaine de la météorologie. J'ignore quelles autres activités ils mènent pour appuyer Environnement Canada. Nous pouvons le trouver pour vous, si vous voulez, mais je n'ai pas cette information.

Le vice-président : Nous aimerions que vous nous fournissiez de l'information à ce sujet. Vous avez aussi offert de nous transmettre des données au sujet du coût des bouées, je crois.

M. Wartman : Oui.

Le vice-président : Nous vous en serions reconnaissants.

Le sénateur Cochrane : Si nous fermons ces phares, quel sera l'impact sur la Garde côtière et Environnement Canada en termes de budgets?

M. Wartman : Je ne peux pas parler pour la Garde côtière. Dans le cas d'Environnement Canada, nous avons examiné ce que seraient les carences et les besoins pour pouvoir combler ces carences le cas échéant, si les phares pourvus en personnel étaient automatisés et s'il n'y avait plus de rapports météorologiques. Actuellement, nous visitons chacun des 27 emplacements une fois l'an. Je crois que ce n'est pas un montant important.

M. Crowe : Je suis d'accord.

M. Wartman : Tout ce que nous faisons, c'est cette unique visite annuelle, et à l'occasion quelques visites imprévues pour la maintenance.

Le vice-président : Si mes collègues n'ont plus de questions, je remercie M. Wartman et M. Crowe d'avoir répondu à nos questions et de nous avoir offert de nous transmettre d'autres renseignements.

Sur ce, je lève la séance. Nous allons nous arrêter un instant, puis nous reprendrons à huis clos.

(La séance se poursuit à huis clos.)