Délibérations du comité sénatorial permanent des
Affaires sociales, des sciences et de la technologie

Fascicule 9 - Témoignages du 9 juin 2010


OTTAWA, le mercredi 9 juin 2010

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd'hui à 16 h 18 pour étudier la question de l'accessibilité à l'éducation postsecondaire au Canada.

Le sénateur Art Eggleton (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bienvenue au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

[Traduction]

Nous poursuivons aujourd'hui notre étude de la question de l'accessibilité à l'éducation postsecondaire au Canada. Nous accueillons cinq témoins, dont quatre interviendront, le dernier étant là au cas où on aurait besoin de lui.

Louis Dumont est directeur du Projet SEUR à l'Université de Montréal. Professeur au département de pharmacologie de la Faculté de médecine de l'université, il est également fondateur et directeur du Projet SEUR, conçu pour faciliter les contacts entre élèves du secondaire et étudiants, professeurs, chercheurs et professionnels universitaires, afin de mieux aider les jeunes à comprendre combien il est important de faire des études.

Jean-Pierre Voyer est président et chef de la direction de la Société de recherche sociale appliquée, et ce depuis 2006. Avant cela, il a été le sous-ministre adjoint fédéral responsable du Projet de recherche sur les politiques, un organisme chargé de mener des projets de recherche sur des questions horizontales émergeantes dans les domaines économique, social et environnemental. D'autre part, entre 1998 et 2000, il a présidé le Comité de l'emploi, du travail et des affaires sociales de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Il est accompagné aujourd'hui de Heather Smith Fowler, associée principale de recherche de la Société de recherche sociale appliquée, qui travaille actuellement à deux grosses évaluations randomisées et à des programmes visant à améliorer l'accès à l'éducation postsecondaire pour les jeunes.

Norman Rowen est directeur de recherche et d'évaluation de Passeport pour ma réussite Canada, organisme dont le nom revient souvent dans notre comité. Il était directeur de la programmation de l'organisme pendant ses cinq premières années d'existence. Par le passé, il s'est occupé de développement communautaire, de littératie des adultes et, pendant 30 ans, de recherche, d'évaluation et d'analyse de politiques dans le domaine de l'éducation.

Scott Haldane est président et chef de la direction de YMCA Canada, où il a effectué une carrière de 33 ans, en commençant comme maître nageur et intervenant auprès des jeunes dans l'Ouest-de-l'Île de Montréal. Il a gravi les échelons jusqu'au poste de président et chef de la direction du YMCA du Grand Toronto.

Honorables sénateurs, à partir des antécédents et du travail actuel de nos témoins d'aujourd'hui, vous pouvez constater que nous avons un bon panel avec qui discuter de l'accès à l'éducation postsecondaire.

Nous allons commencer par Louis Dumont, directeur du Projet SEUR de l'Université de Montréal.

[Français]

Louis Dumont, directeur, Université de Montréal, Projet SEUR : Monsieur le président, je voudrais remercier le comité de l'invitation à participer aux discussions sur l'importance de l'éducation postsecondaire au Canada.

Je pense qu'on est tous convaincus autour de la table de l'importance de l'éducation postsecondaire. C'est important à la fois pour l'individu et pour la société. Pourquoi? Parce que cela améliore le bien-être de l'individu et, en même temps, un mieux-être de toutes les composantes de la société.

On peut adresser la problématique d'améliorer l'éducation postsecondaire ou la fréquentation postsecondaire des jeunes de plusieurs façons. Avec l'expérience que nous avons acquise au Projet SEUR, je pense qu'un des éléments fondamental de l'éducation postsecondaire est d'attirer les jeunes, pour qu'ils finissent leur secondaire et idéalement qu'ils poursuivent leur cursus scolaire. C'est probablement l'élément le plus important.

Pourquoi sommes-nous ici pour vous entretenir de ce sujet? C'est parce qu'on a une expérience au Projet SEUR et qu'au moins cinq étudiants travaillent au secrétariat du projet. Ce sont des centaines de laboratoires de l'université, des centres de recherche, ce sont des responsables d'entreprises qui se sont impliqués dans le développement d'activités pour intéresser et stimuler les jeunes afin qu'ils poursuivent leur cursus scolaire.

La nature du problème pour nous, c'est fondamentalement l'attraction vers les études postsecondaires. Pourquoi faut-il dire aux jeunes de poursuivre leurs études? Je pense que c'est fondamental. La société actuelle est basée sur les savoirs. Je constate comme universitaire que les connaissances évoluent à une vitesse phénoménale. Après dix ans, c'est presque toutes les connaissances qui sont renouvelées. Et j'imagine que les jeunes qui décrochent vont perdre cette attirance vers le développement des connaissances.

Il existe un autre élément du problème : je pense que l'université est au cœur de l'éducation postsecondaire. C'est elle qui attire les jeunes, qui les forme et, ensuite, qui les propulse vers les formations professionnelles, vers les entreprises, les services, afin qu'ils utilisent à bon escient tous les savoirs et le savoir-faire acquis à l'université. Donc l'université est au cœur de ce développement du savoir, de l'attraction des jeunes pour développer leurs compétences. C'est un lieu privilégié pour mener des actions positives afin de sensibiliser les jeunes. Les étudiants sont près des élèves du secondaire, ils ont une volonté d'interagir avec les jeunes. C'est un milieu qui est à l'interface entre les écoles secondaires, les cégeps qui sont l'équivalent des collèges anglais. Donc, l'interaction entre ce qu'il y a avant et ce qu'il y a après sur le marché du travail, c'est l'université qui est au cœur de ce développement. On est bien placés pour connaître ce que les jeunes veulent faire. Des études ont été publiées qui montrent que les jeunes veulent tous faire des études universitaires. C'est dans leur profil et pour différentes raisons. Il y a beaucoup de jeunes qui chutent et ne finissent pas leur secondaire.

Dans le mémoire qu'on a présenté, le taux de décrochage avant l'âge de 20 ans est d'à peu près 30 p. 100. C'est une perte énorme pour la société et pour l'individu lui-même.

Que faut-il faire pour améliorer l'éducation postsecondaire au Canada? Un des problèmes, ce n'est pas qu'il y a moins de jeunes qui entreprennent des études collégiales ou universitaires, c'est qu'il en faut davantage pour le développement des connaissances et les profils de formation. Il faut plus de jeunes qui entreprennent des études universitaires, plus de doctorants pour me remplacer dans une dizaine d'années. Les études montrent que dans dix ans, il y aura une sortie massive des professeurs et on ne pourra pas les remplacer avec le nombre de doctorats octroyés au Canada. Il faut accélérer le pas, l'input, on n'a pas le choix.

Il faut trouver des façons pour stimuler l'intérêt des étudiants, ce capital humain, pour des actions citoyennes; qu'ils sortent de leur formation encadrée, et quand ils sont dans une profession, qu'ils élargissent leur zone d'influence et donnent quelque chose en retour du privilège qu'ils ont d'être à l'université. C'est le message que l'on porte à l'université. Les centaines d'étudiants qui travaillent avec nous, qui représentent le Projet SEUR, interagissent avec les jeunes et servent de modèle de carrière, mais davantage de modèle de parcours.

Je suis certain que parmi vous, il y en a qui n'ont pas eu des parcours linéaires, qui ont interrompu leurs études, pour les reprendre un an ou deux plus tard. C'est ce qu'il faut dire aux jeunes : que les parcours peuvent être différents. Il importe de créer cet engouement pour les études universitaires, cette étincelle qui fera en sorte que le jeune s'intéressera à une profession et finir par profiter de l'éducation postsecondaire.

Un autre élément qui est important pour l'université, c'est qu'on est à l'interface entre les milieux primaires et secondaires et les entreprises. Et avec l'expérience du Projet SEUR, on peut créer des interactions extrêmement dynamiques entre les différents milieux. Ce n'est pas simple pour les intervenants des écoles secondaires d'interagir avec les entreprises, et vice versa, parce qu'il existe des intérêts opposés entre l'école secondaire et les entreprises. Il faut trouver des moyens pour arrimer ces deux milieux. C'est ce qu'on essaie de faire à l'heure actuelle avec les entreprises.

L'autre investissement qui est aussi important pour développer l'éducation postsecondaire au Canada, ce sont les investissements financiers. Il est mentionné dans le mémoire qu'il y a du financement du fédéral, du provincial, d'organismes locaux, et des projets il y en a une multitude pour intéresser les jeunes; il y a énormément de travail qui se fait pour stimuler les jeunes. Le problème c'est que les investissements, à mon avis, ne sont pas suffisants. Il faut qu'il y ait des fonds dédiés dans les universités à partir des pourcentages des frais indirects pour que l'on développe des programmes.

Quand on a développé le projet SEUR à l'Université de Montréal, les dirigeants de l'université ont dit : « ton projet est sympathique. » Pour des dirigeants d'université comme pour des dirigeants d'entreprises, interagir avec des jeunes du secondaire, ce sont des personnes qui vont fréquenter l'université sur un horizon de cinq ans.

L'effet n'est pas immédiat. On ne parle pas d'une croissance immédiate des effectifs étudiants dans les universités. Il faut toutefois aller de l'avant si nous voulons augmenter la fréquentation.

Autre élément important : les entreprises. On peut dire aux jeunes que l'université offre 60 programmes de formation dans 60 départements. Les jeunes peuvent choisir le programme qui leur convient. Ils arrivent à l'université, remplissent les documents appropriés, visitent les laboratoires et font des expériences. La question qu'ils nous poseront est la suivante : que fait un démographe dans la vie? Que fait un biologiste dans la vie? Si je vous posais ces questions, vous seriez embêtés de me répondre. Le jeune constate que la formation est intéressante. Toutefois, dans le quotidien, que font les diplômés universitaires?

Au cours des dix années d'intervention, nous avons constaté le problème suivant. Il faut stimuler l'intérêt des entreprises au-delà du simple intérêt ponctuel qui consiste à accueillir des jeunes en visite, après quoi ceux-ci quittent et personne n'effectue de suivi. Il est très difficile d'impliquer les entreprises, car leur horizon de rentabilité s'établit sur les 12 ou 24 mois qui suivent.

Il faut convaincre ces entreprises d'investir. Pour ce faire, un allègement fiscal pourrait être mis en place pour les inciter à faire des interventions qui seront profitables sur un horizon de cinq ou dix ans.

Il faut des investissements à long terme. Or, à l'heure actuelle, les subventions s'échelonnent sur un horizon maximal de trois ans. Notre expérience a révélé que, après trois ans, les projets développés sont ancrés dans le milieu et sont fonctionnels. Par conséquent, on nous dit qu'il faut trouver le support financier à d'autres niveaux.

Jean-Pierre Voyer, président et chef de la direction, Société de recherche sociale appliquée : Je tiens tout d'abord à remercier le comité de nous avoir invités à présenter un aperçu de nos travaux sur la question de l'accès aux études postsecondaires.

Vous avez déjà entendu beaucoup d'intervenants sur la question au cours des dernières semaines. Donc, je ne m'attarderai pas à poser un diagnostic. Je me concentrerai plutôt sur l'état de nos projets et les résultats de recherches. On vous a remis un document, dans les deux langues officielles, qui résume assez bien mes propos.

La Société de recherche sociale appliquée est un organisme de recherche sans but lucratif qui élabore, met à l'essai sur le terrain et évalue rigoureusement de nouveaux programmes. Nous avons des bureaux à Ottawa, Vancouver et Toronto, et nous agissons dans toutes les provinces canadiennes.

Notre mission est d'aider les décideurs politiques à recenser des politiques et des programmes efficaces, et de hausser les normes relatives à l'évaluation de ces projets. Nos activités sont essentiellement des projets de démonstration, appelés communément, dans le langage bureaucratique, des projets pilotes. Toutefois, nos activités vont plus loin, dans le sens que ces projets sont toujours évalués de façon rigoureuse. Nous évaluons également des programmes existants et faisons de l'économie expérimentale. Notre champ d'action s'étend au-delà des études postsecondaires à plusieurs questions d'ordre social.

Je souligne que nous sommes un organisme dédié à la recherche. Nous ne faisons pas la promotion des politiques et des programmes que nous évaluons. Les idées de programmes et d'interventions dont je vais vous parler sont choisies en collaboration avec les gouvernements ou les organismes qui nous ont subventionnés pour ces projets. Notre rôle est de les évaluer de façon objective.

Notre organisme mène actuellement quatre projets qui évaluent de nouvelles méthodes visant à favoriser l'accès aux études postsecondaires en accordant une attention toute particulière aux groupes sous-représentés. On parle des élèves issus de famille à faible revenu, des élèves de première génération, c'est-à-dire dont les parents n'ont pas fréquenté le cégep, l'université ou d'autres formes de collèges, et, entre autres, les élèves autochtones.

Les évaluations rigoureuses des impacts des programmes liés à l'éducation sont très rares au Canada — elles sont rares en général, mais beaucoup plus au Canada qu'aux États-Unis.

La façon de déterminer si un programme aura les effets désirés se fait par une étude et un modèle d'analyse rigoureux qui souvent doit se faire sur une base de comparaison. Pour vérifier si un programme fonctionne, il faut, idéalement, faire une assignation aléatoire des participants entre un groupe-contrôle et un groupe-programme et mesurer l'impact de la différence. En période de récession, l'inscription aux études postsecondaires a tendance à augmenter étant donné la chute du marché de l'emploi. Le phénomène est en partie cyclique. Il est difficile de mesurer les impacts d'un nouveau programme l'année où il est lancé. Il est donc important de se référer à une base de comparaison.

L'assignation aléatoire permet aussi de mesurer l'impact d'un programme sans se fier seulement aux personnes les plus motivées, car bien souvent ceux qui s'inscrivent dans les programmes spéciaux laissent une mauvaise impression quant aux effets globaux.

Le premier projet dont j'aimerais vous parler s'intitule « Un avenir à découvrir ». Nous avons publié récemment sa description dans un rapport préliminaire. L'objectif est d'augmenter le taux d'accès chez les élèves issus de familles à faible revenu, en particulier lorsque les parents ont effectué peu ou pas d'études postsecondaires. La barrière principale est le manque de connaissances des parents quant aux possibilités qu'offrent les études postsecondaires, les avantages économiques et les avantages sociaux. Plusieurs membres de ces groupes croient que les études postsecondaires ne sont pas abordables sur le plan financier.

Le projet consiste d'abord en un renforcement des programmes de planification de carrière au niveau du secondaire III, IV et V, ce qui comporte une multitude de volets y compris des ateliers impliquant des parents.

Ce programme comprend aussi une garantie anticipée de 8 000 $ à titre de bourse d'études pour les jeunes qui désirent poursuivre des études postsecondaires. Le montant représente 2 000 $ versés au compte par semestre d'études postsecondaires complétées.

Ce projet de démonstration d'envergure implique présentement plus de 5 000 élèves, dans 51 écoles, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick. Nous suivons ces élèves depuis déjà quelques années. Nous avons utilisé une méthodologie d'assignation aléatoire qui nous permet d'examiner l'impact sur les différents groupes linguistiques. Le Nouveau- Brunswick a deux systèmes scolaires, soit le système francophone et le système anglophone. Les systèmes d'éducation du Manitoba et du Nouveau-Brunswick diffèrent. De plus, les élèves proviennent de familles à revenu inférieur et de familles à revenu supérieur.

En ce moment, nous n'avons que des impacts intermédiaires à rapporter. Les impacts constatés sont plutôt modestes, même si les interventions semblent très importantes. On note chez les étudiants, une planification et une réflexion plus intensive à l'égard de l'avenir. On remarque une préférence en matière de choix de diplôme qui ont été modifiés en cours de route. L'intention d'obtenir un diplôme a augmenté. Les attitudes à l'égard de l'éducation postsecondaire sont plus favorables et les étudiants sont plus informés sur les coûts et les bénéfices.

Cependant, les impacts positifs que nous avons observés sont répartis différemment d'un groupe à l'autre. Quelquefois, ils sont négatifs pour certains groupes. Par conséquent, lorsqu'on examine la portée d'un programme de cette nature, il faut s'attendre à des effets très diversifiés selon les groupes d'individus qui participent.

Déjà, nous avons découvert des lacunes. Par exemple, certains de nos programmes de planification de carrière sur quatre ans sont offerts après les heures de classe. Plusieurs étudiants et parents décident alors de ne pas y participer. Pour certains de ces ateliers, le taux de participation s'élève à moins de 50 p. 100.

Également, il est très difficile de faire comprendre à des étudiants de deuxième et troisième secondaire qu'ils ont accès à cette bourse éventuelle. C'est loin dans leurs priorités. Plus tard, lorsqu'on leur demande s'ils en sont conscients, un assez grand nombre d'étudiants répondent qu'ils ne connaissent pas ce programme même s'ils ont été identifiés comme participants.

Le rapport final n'est pas disponible présentement. Nous examinerons l'effet final sur l'accès aux études postsecondaires et le rapport sera disponible en 2011.

Le deuxième projet est mené en Colombie-Britannique et a pour objectif d'augmenter le taux de participation des jeunes dotés d'un certain potentiel, mais qui présentent des caractéristiques qui laissent entendre qu'ils n'iront pas à l'université.

[Traduction]

Les obstacles décelés sont un rendement scolaire dans la moyenne et le manque de soutien précoce à l'école pour les inciter à entreprendre un programme d'études.

Il s'agit d'une version d'un programme américain très prisé, AVID, Advancement Via Individual Determination. Il se déroule actuellement dans plus de 4 500 écoles, essentiellement aux États-Unis et au Canada. On envisage de le mettre en œuvre de façon plus systématique au Canada. Il est très important que nous l'évaluions correctement parce que, bien qu'il existe depuis plusieurs années aux États-Unis, il n'a jamais fait l'objet d'une évaluation en bonne et due forme. C'est donc ce que nous faisons : la première évaluation à grande échelle du programme.

Il s'agit essentiellement d'une classe facultative dispensée à l'intérieur du calendrier scolaire régulier, avec un programme d'études axé sur des stratégies d'apprentissage et des habiletés d'études. Il comporte des séances dirigées par des élèves déjà au postsecondaire. Il fait également appel à des activités de motivation et à des sorties dans les universités, les collèges, et cetera, afin de familiariser les élèves avec l'environnement en question.

Nous comptons publier cet automne notre rapport d'étape, qui, je le répète, ne représente pas l'impact final. Le projet implique actuellement quelque 1 500 participants dans 21 écoles de la Colombie-Britannique. Nous comparons l'expérience des participants au programme à celle de groupes témoins prédéterminés dans des écoles ne participant pas au programme.

Nos constatations jusqu'ici nous amènent à penser que le programme a des répercussions positives. Les élèves ont commencé le programme en 9e année et quand ils sont rendus à la 11e année, ils ont tendance à s'inscrire à des cours plus exigeants, ce qui constitue un des prérequis du programme. Nous constatons également une réussite ultérieure dans certains de ces cours et dans certains examens provinciaux, ainsi qu'une baisse des départs dans les écoles offrant AVID. Il est encore un peu tôt pour se prononcer, mais je vous encourage à garder l'œil sur le programme.

Le troisième projet, Volonté d'emprunter en vue des ÉPS, n'est pas un projet de démonstration en soi, mais plutôt une expérience économique. Or les expériences de ce type sont rares au Canada, où on les dénombre sur les doigts de la main. Les questions auxquelles nous nous efforçons de répondre sont les suivantes : les élèves de groupes sous-représentés sont- ils plus sensibles aux coûts des ÉPS? Ou ont-ils une aversion pour les prêts? Nous partons du principe qu'il existe au Canada un excellent système d'aide financière qui permet à toute personne souhaitant étudier de le faire, en empruntant l'argent voulu pour y parvenir. Il est possible toutefois que certains types d'étudiants hésitent à contracter des dettes et se privent, de ce fait, du privilège de suivre des ÉPS.

Nous avons mené l'expérience avec quelque 1 200 élèves d'écoles secondaires et de cégeps au Québec, en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan. Ils représentaient divers groupes d'intérêt et groupes sociétaux, avec une prépondérance des groupes sous-représentés : Autochtones, élèves de familles à faible revenu ou de première génération, résidents de régions éloignées des endroits où on peut avoir accès à des ÉPS, entre autres. Sans vouloir m'attarder aux détails de la méthodologie, je dirai que nous donnons aux élèves des choix réels entre de l'argent liquide et de l'aide financière. Cela nous permet de déterminer leur sensibilité au coût de l'éducation.

Nous publierons nos conclusions finales dans un rapport à paraître dans un mois ou deux. Nous avons constaté que les élèves issus de familles à faible revenu où les parents ne sont pas allés plus loin que l'école secondaire, les Autochtones et les garçons semblaient être plus sensibles au prix et au changement de ce prix. Quand je parle de « prix », je parle du coût total des études. On décide de faire des ÉPS en pesant les avantages attendus, d'une part, et de l'autre, les coûts. L'augmentation ou la diminution des coûts par le biais de diverses politiques ou frais de scolarité a suscité différentes réactions. Le tableau montre que, dans un cas hypothétique, on attirerait beaucoup plus d'élèves de groupes sous-représentés si les coûts perçus étaient modifiés afin de mieux refléter les coûts réels.

Nous constatons qu'il est très probable que ces groupes obtiennent des notes inférieures, sous-estiment les avantages nets des ÉPS et ne tiennent pas compte des revenus futurs plus élevés. Ces caractéristiques expliquent en grande partie l'écart dans les taux de participation aux ÉPS. Ce n'est pas parce que l'on vient d'un milieu à faible revenu que l'on aura des notes inférieures. Toutefois, il y a une plus grande fréquence de ces caractéristiques, ce qui explique le plus faible taux de participation de ces sous-groupes. Par contre, même la prise en compte de ces caractéristiques n'explique pas entièrement la différence du taux de participation pour les étudiants autochtones. Pour ce groupe, entrent en jeu des causes inobservables que nous ne sommes pas en mesure de cerner clairement, malgré le grand nombre d'indicateurs réunis.

Nos études suggèrent que le gouvernement pourrait changer la façon dont est perçu le retour aux ÉPS. Les politiques d'information visant les questions d'identité — j'entends par là les pressions exercées par les pairs — pourraient accroître la participation. Environ 30 p. 100 des participants montrent des signes d'aversion pour les prêts et 10 p. 100 au moins des signes répétés. Cela nous amène à penser que des politiques ciblant le manque d'information et la faible littératie en matière financière seraient efficaces. Il serait bon aussi, pour les programmes d'aide aux étudiants, de dissocier les prêts et les bourses. Souvent, un étudiant doit obtenir un prêt s'il veut être admissible à une bourse.

Je vais conclure avec le dernier projet, qui est fascinant. Nous le lançons en Colombie-Britannique, avec un très grand nombre d'écoles et de participants. Nous allons essayer une approche qui a fait ses preuves dans d'autres circonstances. Nous aiderons les élèves à remplir leur demande d'admission à l'université, ainsi que leur demande d'aide financière, alors qu'ils sont encore au secondaire. Ils sauront alors qu'il leur est possible d'effectuer des ÉPS. Des expériences effectuées par H&R Block aux États-Unis montrent que cela a fait une différence énorme dans l'accès aux ÉPS pour de nombreuses familles à faible revenu.

Je vais m'arrêter ici. Si vous cherchez à déterminer le rôle du gouvernement fédéral dans l'éducation postsecondaire, je suggérerais celui qui est manifeste dans tous les domaines de la politique sociale : la participation à la construction d'infrastructures. Il faudrait donc veiller à ce qu'il y ait de bonnes données, de bonnes évaluations et beaucoup d'expériences, afin que les provinces puissent tirer parti des leçons apprises, investir et les mettre en œuvre.

Le président : Merci. Monsieur Rowen, je vous prie.

Norman Rowen, directeur de recherche et d'évaluation, Passeport pour ma réussite Canada : J'aimerais commencer par remercier les membres du comité ainsi que le président de m'avoir invité à m'adresser à vous aujourd'hui sur cette importante question. Je suis actuellement le directeur de la recherche et de l'évaluation à Passeport pour ma réussite Canada. Toutefois, ce qui est encore plus important, c'est qu'il y a 10 ans j'ai commencé à élaborer le processus du programme Passeport pour ma réussite au Centre de santé communautaire de Regent Park, qui se trouve dans une collectivité où il y a le plus ancien et le plus vaste projet de logement social au Canada et où deux secteurs de recensement comptent les plus faibles revenus familiaux du Grand Toronto. J'ai eu le privilège d'être le directeur du programme Passeport pour ma réussite pendant ces cinq premières années à Regent Park. Depuis 2006, j'ai travaillé à Passeport pour ma réussite Canada pour soutenir l'application du programme dans d'autres collectivités.

En 2007, des programmes ont vu le jour dans cinq autres collectivités : deux dans des collectivités à faible revenu ayant des défis semblables à Toronto, en Ontario — c'est-à-dire Lawrence Heights et Rexdale; une dans le secteur Pinecrest- Queensway d'Ottawa en Ontario; une à Verdun à Montréal; et une à Kitchener en Ontario. En 2009, des programmes ont vu le jour à Hamilton et à Scarborough en Ontario, et, en septembre 2010, trois nouveaux programmes seront mis en œuvre à Halifax en Nouvelle-Écosse, à Kingston en Ontario et à Winnipeg au Manitoba.

Passeport pour ma réussite Canada est un programme remarquable qui a une histoire probante. Le programme a vu le jour dans un environnement de violence et de désespoir : il y a eu neuf meurtres à Regent Park l'année où nous avons développé le programme; cette région comptait un taux de décrochage de 56 p. 100 et la collectivité était composée d'immigrants et de réfugiés confrontés à la pauvreté et à la peur. Malgré ce contexte très dur, il s'agissait tout de même d'une communauté qui promettait, pleine de gens avisés, débrouillards et résilients. Aujourd'hui, le programme à Regent Park en est à sa neuvième année. Et ce sont les résultats, les expériences et les leçons cumulés de cette initiative qui pourraient être importants pour vos délibérations aujourd'hui.

Le défi posé par l'accessibilité suggère que des raisons importantes sous-tendent que l'éducation postsecondaire est un enjeu d'importance qui mérite notre attention ainsi que la vôtre. D'abord, nous avons le besoin collectivement d'instruire une plus grande proportion de la population à des niveaux beaucoup plus élevés. De récentes analyses suggèrent que plus de 70 p. 100 des emplois au cours des 10 prochaines années nécessiteront une éducation postsecondaire et que moins de 8 p. 100 de ces postes seront accessibles à ceux qui n'auront pas un diplôme d'études secondaires. Selon le récent rapport publié par Services économiques TD, qui a été diffusé le mois dernier, « le système d'études postsecondaires du Canada jouera un rôle crucial dans l'amélioration du niveau de vie de notre nation. »

Deuxièmement, on place beaucoup d'attentes importantes sur l'éducation postsecondaire en tant que moteur de l'inclusion. Nous n'avons pas, toutefois, très bien réussi à veiller au succès des personnes qui sont traditionnellement sous-représentées. En effet, nous avons eu beaucoup moins de succès, et c'est devenu tout un défi que de faire suivre des études postsecondaires aux jeunes provenant de familles à faible revenu, des Premières nations et des groupes d'immigrants de la première génération, c'est-à-dire les personnes mentionnées par M. Voyer. Par exemple, le rapport des Services économiques TD cite des données de Statistique Canada montrant « un écart d'environ 20 points de pourcentage entre le taux de participation aux études postsecondaires et les quartiles de revenu le plus élevé et le plus bas. » Les enfants de familles qui gagnent plus de 100 000 $ annuellement, selon Statistique Canada, étaient deux fois plus nombreux à poursuivre des études postsecondaires que les enfants de familles dont le revenu annuel est de 25 000 $ ou moins.

Comment peut-on accroître le taux de participation pour les trois groupes que j'ai mentionnés, voilà la question sur laquelle on s'est penché lors de discussions récentes, notamment celles qui ont été organisées par la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire et, plus récemment, par les Services économiques TD. Tous les participants ont signalé des leçons semblables, notamment, le besoin de recenser les multiples obstacles à la participation et, par extension, le besoin d'outils de soutien exhaustifs. Dans son rapport de 2007, la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire a noté ce qui suit :

Des interventions précises conçues pour réduire un nombre restreint de barrières — en ciblant un type de barrière, comme l'aptitude aux études — auront une efficacité réduite parce qu'elles ignorent les autres sources de problèmes... Sans une approche exhaustive pour surmonter ces barrières, il est peu probable que le Canada atteindra un taux de réussite d'études postsecondaires requis pour s'orienter dans la voie de la réussite au XXIe siècle.

Pour faire face à ces défis, notamment, les multiples obstacles recensés par la collectivité, on a mis sur pied Passeport pour ma réussite Canada. J'aimerais me pencher brièvement sur trois questions : que fait Passeport pour ma réussite? Quels ont été les résultats? Et comment est-ce pertinent pour vos délibérations?

Je veux vous parler de notre expérience et de la raison pour laquelle nous croyons qu'il y a matière à optimisme et des leçons à tirer de notre expérience des 10 dernières années.

Comme certains d'entre vous le savent peut-être, Passeport pour ma réussite est un programme axé sur la collectivité qui offre toute une gamme d'outils de soutien pour les jeunes qui fréquentent l'école secondaire. Nous offrons quatre types de soutien : le soutien aux études, le soutien social, le soutien financier, y compris du soutien actuel ainsi qu'une bourse d'étude pour les études postsecondaires, et le soutien par des membres du personnel qui offrent des services de counselling, de défense des droits et de gestion de cas.

Lors du développement du programme, la collectivité nous a dit que pour avoir de l'effet le programme devait être ouvert à tous les étudiants qui s'inscrivent à l'école secondaire dans une zone géographique à faible revenu et qu'il doit offrir les principaux éléments pendant toutes leurs années d'étude à l'école secondaire jusqu'à ce qu'ils reçoivent leur diplôme. Au cours de chacune des neuf dernières années, 90 p. 100 des jeunes de la zone géographique admissible de Regent Park ont participé au programme, et le taux est d'environ 85 p. 100 dans d'autres collectivités.

Les résultats à ce jour ont été absolument spectaculaires. À Regent Park, parmi les cinq premières cohortes, c'est-à- dire les premières ayant commencé en neuvième année en 2001, nous avons pu réduire le taux de décrochage à l'école secondaire de 56 p. 100 à 11,7 p. 100. Dans le groupe de près de 600 étudiants ayant reçu leur diplôme en juin dernier, le taux de participation postsecondaire est passé de 20 p. 100 à plus de 80 p. 100, et 90 p. 100 de ces jeunes sont les premiers membres de leurs familles à poursuivre des études postsecondaires. Le programme a maintenant été repris dans sept collectivités à faible revenu; plus de 2 400 étudiants obtiennent des résultats similaires à ceux-ci.

Une étude réalisée par le Boston Consulting Group, qui s'est penché sur les investissements requis et les résultats obtenus, estime que le taux de rendement est d'environ 12,5 à 1 en dollars réels et que la valeur actualisée nette est de près de 50 000 $ pour chacun des étudiants inscrits dans le programme. Le fait que le programme Passeport présente une approche à long terme importante et efficace, a été confirmé récemment dans le rapport produit par McKinsey & Company pour le groupe de travail sur les décrocheurs au Québec qui a été présidé par Jacques Ménard, lequel a dit que le programme Passeport avait une des six meilleures approches. Les Services économiques TD ont également mentionné les avantages de notre méthode ainsi que les résultats que nous avons obtenus dans son rapport publié le mois dernier.

Les leçons importantes que nous avons tirées du fait d'accroître l'accès aux jeunes personnes des familles les plus pauvres portent sur les quatre défis que le programme Passeport a permis de surmonter : les finances, les études, l'état d'esprit et les relations.

D'abord, on a longtemps supposé que le coût était un des principaux obstacles qui empêchaient ces jeunes d'obtenir une éducation postsecondaire. Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour peaufiner notre méthode. L'analyse des Services économiques TD arrive à la même conclusion que nous, c'est-à-dire que les fonds doivent être concentrés sur ceux qui en ont le plus grand besoin.

L'inefficacité des solutions actuelles visant à soutenir les jeunes des familles à faible revenu a toutefois mené à des suggestions concernant des solutions de rechange comme la proposition sur « l'initiative des souscripteurs au Régime enregistré d'épargne-études caritatif », qui a été proposée par la fondation Oméga l'automne dernier et qui procurerait des avantages fiscaux à ceux qui font des dons à des organisations caritatives qui aideraient les familles à faible revenu à participer à un Régime enregistré d'épargne-études grâce à la mise sur pied d'un mécanisme central permettant d'affecter l'argent des donneurs dans un REEE de groupe. Passeport pour la réussite estime que c'est une solution qu'il vaut la peine de poursuivre.

En plus des obstacles financiers, il y a plusieurs autres défis également importants que Passeport pour la réussite a essayé de relever. Manifestement, le premier défi porte sur l'état de préparation aux études. Nous avons abordé ce problème au moyen des différents soutiens que nous offrons et les résultats témoignent de notre succès. D'autres ont dit que les défis portaient sur la motivation ou l'état d'esprit; c'est-à-dire que les jeunes provenant de familles à faible revenu ne sont pas motivés à poursuivre leurs études au collège ou à l'université. Nous avons relevé ce défi en mettant sur pied une culture d'attente très élevée assortie d'outils de soutien sérieux et en changeant la mentalité générale des membres de la collectivité pour qu'ils pensent en termes de réussite plutôt qu'en termes d'échec.

Certaines personnes ont suggéré que la disposition à suivre des études postsecondaires relève du soutien parental. Le programme Passeport est heureux de voir des parents qui aident à motiver leurs adolescents, mais en fait, notre expérience révèle, surtout dans les collectivités où peu de parents ont suivi des études postsecondaires, qu'une culture dans laquelle les pairs s'attendent à ce que les jeunes poursuivent leurs études postsecondaires constitue de loin le facteur le plus important. Le programme Passeport a aidé à créer cette attente et cet environnement.

Finalement, le facteur qui est probablement l'élément le plus important du succès des étudiants du programme Passeport, c'est la capacité de trouver le bon programme postsecondaire pour chacun des étudiants. C'est la connaissance des établissements et de chacun des étudiants qui fait en sorte que nos étudiants affichent un taux d'abandon d'études postsecondaires de moins de 5 p. 100.

C'est toute une gamme de relations qui rendent cette réalisation possible. J'ai peut-être mentionné trop souvent la phrase « axée sur la collectivité » comme étant une des caractéristiques centrales du programme Passeport. Il ne s'agit pas de dénigrer le bon travail réalisé par de nombreux établissements tant au niveau secondaire que postsecondaire. Mais, il s'agit plutôt de reconnaître la leçon importante que la collectivité constitue un lieu de confiance centrale dans la vie de ceux qui ont été sous-représentés pendant si longtemps. C'est en renforçant ces collectivités et leur capacité grâce à des programmes comme Passeport pour ma réussite que l'on obtient des résultats concrets et durables.

Une dernière leçon acquise d'abord à Regent Park et que l'on observe maintenant dans d'autres collectivités, c'est qu'il faut s'engager à long terme pour obtenir ces résultats. La collectivité nous l'avait dit il y a une dizaine d'années, et sa sagesse s'est avérée être un bon conseil. C'est la chose la plus importante qu'il faut retenir. Et il n'y a pas de solution miracle. Les résultats d'envergure et durables prennent du temps. Éliminer les préjugés, inciter les jeunes à avoir davantage d'ambition, fournir une gamme complète d'outils de soutien permettant d'obtenir de bons résultats et développer des relations qui sont si essentielles au succès, tous ces éléments et plus encore nécessitent beaucoup d'effort et de temps. Notre volonté de relever ces défis doit être aussi grande et être cohérente.

Merci de m'avoir donné la chance de vous adresser la parole. Je suis prêt à répondre aux questions que vous voudrez bien me poser.

Le président : Merci beaucoup, nous aurons très certainement des questions pour vous.

Finalement, nous recevons Scott Haldane, président et chef de la direction, du YMCA.

Scott Haldane, président et chef de la direction, YMCA du Canada : Bonjour. Je vous remercie également de me donner la possibilité de participer à cette discussion importante concernant l'accès aux études postsecondaires.

Certains seront peut-être surpris de nous voir parmi les témoins. Bien des gens ne pensent pas que le YMCA participe à ce secteur d'activité, mais nous avons une très longue histoire de participation tant dans le système d'éducation officiel que dans le système d'éducation non officiel, et nous sommes une organisation qui met l'accent sur le renforcement des fondations de la collectivité. Nous croyons que l'accès aux études postsecondaires est, en fait, un élément très important dans la construction de collectivités fortes.

Au cours des dernières années, nous avons mis l'accent sur le cadre des déterminants de la santé, et il est évident que lorsqu'on examine les déterminants de la santé que l'éducation est un des facteurs essentiels de la santé chez les enfants, les jeunes, les familles et la société dans son ensemble.

Dans le travail que nous avons mené en particulier pour accroître l'accès aux études postsecondaires, nous nous sommes penchés tant sur les obstacles financiers que sur les obstacles non financiers et je sais qu'en tant que membres du comité, vous en avez beaucoup entendu parler. L'accès financier constitue un des obstacles les plus évidents auxquels les jeunes doivent faire face et c'est pour cette raison que bien des stratégies ont tenté de régler ce problème.

Nous nous sommes rendu compte que les obstacles non financiers sont aussi importants que les obstacles financiers pour les jeunes. Il existe également des obstacles en matière d'information et de communication, c'est-à-dire que les jeunes et leurs parents ne reçoivent pas l'information dont ils ont besoin d'une manière qu'ils peuvent comprendre et dans laquelle ils se reconnaissent, et c'est particulièrement important pour les groupes les plus marginalisés de notre société. Nous travaillons avec les nouveaux arrivants et avec le gouvernement fédéral — par exemple, le YMCA du Grand Toronto travaille avec environ 50 p. 100 des nouveaux arrivants qui arrivent dans cette région, et nous les rencontrons dans les trois premiers mois de leur arrivée au Canada. Nous avons mis sur pied un vaste programme d'accueil, d'information et d'aiguillage pour les nouveaux arrivants. Nous savons qu'une grande part du défi qu'ils doivent relever lorsqu'ils arrivent ici, c'est de naviguer dans les méandres du système d'éducation postsecondaire canadien.

Cela concerne tous les étudiants de première génération dont aucun des membres de la famille n'a suivi d'études postsecondaires dans le passé. Je pense à ma propre situation. J'étais en mesure d'offrir à mes enfants beaucoup de soutien, y compris une visite à l'université, et j'ai pu les aider à remplir les formulaires et à préparer leur budget pour qu'ils sachent comment s'y prendre pour pouvoir faire des études. Je ne peux pas m'imaginer une situation où des parents n'ont pas cette expérience ou qui ne sont pas là pour voir ce que les jeunes sont en mesure de faire. Il est certain que mes enfants, qui viennent d'un milieu plus privilégié, ont eu cette possibilité grâce à nous.

Nous savons que le système d'éducation ne peut pas faire cela à lui seul . Divers besoins doivent également être comblés. Je vais vous en parler davantage parce que je veux vous expliquer le rôle particulier du YMCA et pourquoi des organisations comme la nôtre jouent un rôle essentiel à cet égard.

[Français]

Une étude menée en mars 2009, à Ekos Research, au nom de la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire a trouvé les principaux facteurs et obstacles qui ont empêché les étudiants de continuer leurs études après l'école secondaire. Ils étaient directement liés à leur perception négative de l'école, à leur opinion des études postsecondaires et à leur accès limité à des renseignements clés. Ils ont également mentionné divers obstacles extrinsèques, dont une formation inadéquate sur les études postsecondaires et le manque d'information des parents, lequel nuit à leur capacité d'aider leurs jeunes à planifier et à prendre des décisions relatives à ses projets d'études postsecondaires.

[Traduction]

J'aimerais mettre l'accent sur deux éléments clés en plus de ceux dont vous avez entendus parler. L'un porte sur l'importance de la coordination et de l'échange des pratiques exemplaires. Le simple fait de réunir quatre organismes ici pour vous adresser la parole — et nous avons fait pas mal de travail avec le programme Passeport pour ma réussite — peut être profitable puisque ce genre d'occasion ne nous est pas souvent offert. L'une des choses sur lesquelles nous avons travaillé, c'est le Partenariat canadien pour l'accès aux études postsecondaires qui a été élaboré en collaboration avec la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire — et je pense que cela vient tout juste de prendre fin —; nous avons effectué ce travail en réponse à un appel croissant de la collectivité pour avoir de l'information, à savoir qui peut poursuivre des études postsecondaires, comment et pourquoi. De nombreux organismes se penchent sur cette question et élaborent des pratiques exemplaires à cet égard, mais il n'y a aucun forum leur permettant de se rencontrer et d'échanger l'information.

Ce partenariat est conçu pour montrer la longue portée des organismes du secteur caritatif et à but non lucratif ainsi que la crédibilité de ces organismes dans les collectivités. Nous formons un important pont entre les jeunes sur le terrain dans leurs propres quartiers et les établissements postsecondaires. Il est difficile, en dépit des meilleures intentions du monde, pour les établissements postsecondaires d'aller dans les différentes collectivités et d'entrer véritablement en contact avec les jeunes.

Pour ce qui est du YMCA, chaque année nous travaillons avec environ 10 p. 100 d'enfants et de jeunes Canadiens. Nous travaillons avec eux dans leurs quartiers, dans leurs centres communautaires, dans les installations du YMCA et dans des écoles dans le cadre de nos programmes de garde d'enfants et dans nos divers camps. Nous sommes en constante communication avec eux afin de leur faire comprendre l'importance de l'éducation postsecondaire; de leur faire voir qu'ils peuvent effectivement avoir accès à cette occasion; de leur permettre de voir que c'est une possibilité dans leur propre avenir en les aidant, en tenant lieu de parents, à explorer ces possibilités et à remplir les formulaires; nous les aidons à se renseigner de sorte que c'est une façon efficace de lier les établissements postsecondaires aux activités des jeunes dans leurs collectivités.

Nous estimons que ce genre de partenariat est essentiel et que tous les secteurs ont un rôle à jouer pour trouver une solution. Le partenariat a été conçu — je vais vous en donner les détails dans un instant — pour établir un réseau d'experts en matière d'accessibilité qui échangent les résultats de la recherche et les pratiques prometteuses semblables à celles utilisées par le National College Access Network qui est la version américaine du Partenariat canadien d'accès aux études postsecondaires. Nous avons également travaillé avec le volet européen de cette organisation.

Nous essayons de créer un type de mécanisme, et nous nous penchons là-dessus, mais nous avons eu de la difficulté à financer cette initiative, et il s'agit d'une part importante du message que je veux vous livrer aujourd'hui.

Deuxièmement, nous savons qu'il y a des lacunes en matière de communication, d'information et de motivation des étudiants de première génération. Toutefois, il faut se demander qui est en bonne position pour combler ces lacunes. Le lien que j'ai mentionné plus tôt et qui consiste à avoir recours au réseau d'organismes sans but lucratif ou aux organismes qui jouent déjà un rôle important dans la vie des jeunes et de leur permettre d'ajouter ce volet comme partie intégrante du rôle qu'ils jouent déjà, est important.

Nous faisons ce travail par le biais de notre programme ON Y VA, appelé YOU CAN GO, qui permet à des travailleurs d'accès qui sont à l'emploi de centres, de camps et de centres de formation en emploi du YMCA d'aider les jeunes, les adultes qui leur sont proches et leurs parents à explorer des carrières et des emplois éventuels qui correspondent à leurs intérêts. Nous voulons aussi les amener à comprendre pourquoi les études postsecondaires peuvent leur être très profitables. De plus, nous cherchons à cerner les programmes d'études postsecondaires offerts dans divers collèges, universités et instituts techniques, de même que les programmes d'apprentissage qui les aiguilleraient vers la carrière qu'ils ont choisie. Enfin, nous voulons choisir les programmes et les écoles qui sont le plus à même de répondre à leurs besoins, de les aider à présenter leurs demandes d'inscription et de les appuyer dans leurs recherches d'aide financière.

Dans chaque ville et région — 12 se sont jointes aux programmes depuis un an et demi —, on crée des liens entre les programmes et les collèges, les universités et les instituts techniques, ainsi qu'avec des entreprises et des organismes communautaires locaux. Les programmes sont adaptés aux caractéristiques uniques et aux besoins particuliers de chaque collectivité.

En ce qui a trait à la participation aux programmes, depuis que le programme ON Y VA a été mis en place, il y a un an et demi, nous avons tenu des séances d'orientation individuelles avec 2 000 jeunes. Nous les avons aidés à préparer leurs demandes d'inscription et nous les avons conseillés dans l'élaboration d'un plan d'action personnel concernant leur carrière. Les deux tiers de ces jeunes étaient des nouveaux arrivants au Canada, et plus de 90 p. 100 étaient des étudiants de première génération, des jeunes qui étaient les premiers dans leur famille à fréquenter l'école.

Par ailleurs, nous avons attiré plus de 14 000 participants lors de séances de groupes et d'ateliers destinés aux jeunes, à leurs parents et à d'autres adultes. En l'espace d'un an et demi, dans 12 villes du Canada, nous avons aidé, en jouant le rôle de parents, 16 420 jeunes à se donner un plan d'action.

Comme je l'ai mentionné plus tôt, et comme la recherche le démontre, les jeunes Autochtones forment un groupe qui présente des défis particuliers en ce qui concerne cette vision et la planification de leur avenir. C'est notamment le cas dans l'Ouest — à Winnipeg, à Regina et à Prince George —, où une bonne part des participants, soit entre le quart et le tiers, sont des jeunes Autochtones.

Malheureusement, notre financement a pris fin en mars 2010, en même temps que la Fondation du millénaire. Nous collaborons actuellement avec Ressources humaines et Développement des compétences Canada, RHDCC, en vue d'obtenir du financement de base par le biais de la stratégie Avantage Canada. Nous faisons des progrès à cet égard. Nous manquerons cependant d'argent entre le moment où nous ne recevrons plus de capital de départ du Fondation du millénaire et celui où nous toucherons du financement de base du gouvernement fédéral.

Nous avons cependant formé différents partenariats. Ernst & Young LLP est notre principal partenaire du secteur privé. L'entreprise a financé le programme ON Y VA. Elle permet aussi à son personnel d'un océan à l'autre à agir à titre de mentors dans le cadre du programme. Ces bénévoles, jumelés à ceux du YMCA, servent de modèles qui aident les jeunes à planifier leur avenir.

Les centres YMCA de Toronto, de Vancouver, de Regina, de Québec et de Montréal ont trouvé d'autres modes de financement. Les sept autres sites du programme ont mis fin à leurs activités, temporairement du moins. Nous espérons pouvoir reprendre les activités lorsque le programme sera de retour.

Je pourrai vous parler davantage de nos besoins lors de la période de questions. Les deux points sur lesquels j'aimerais insister sont les suivants : la coordination dans le partage des pratiques exemplaires et le recours aux organismes communautaires pour faire participer les jeunes.

Le président : Merci à vous tous de vos exposés. Je crois que les initiatives communautaires sont prometteuses et nous y faisons fréquemment appel. Elles suscitent beaucoup d'enthousiasme. Votre travail a des effets tangibles dans la vie des gens. J'espère que nos recommandations vous aideront à poursuivre votre bon travail et à appuyer plus de Canadiens.

Je commencerai par une question, et je sauterai ensuite à la conclusion. Nous avons presque terminé l'audition des témoins et nous devrons très bientôt nous pencher sur la nature des recommandations.

Bien entendu, nous sommes un comité sénatorial et c'est sur le gouvernement fédéral que nous nous concentrons. Le gouvernement s'intéresse grandement à l'éducation postsecondaire. En effet, il offre du financement au titre du Programme canadien de prêts et bourses, il verse des paiements de transfert aux provinces et il finance la recherche. L'éducation secondaire est cependant la responsabilité des provinces. Comme l'a dit M. Dumont, nous devons stimuler l'intérêt des jeunes. Nous devons nous adresser à eux lorsqu'ils sont à l'école secondaire. Comment peut-on en convaincre un plus grand nombre d'aller étudier au niveau postsecondaire? De façon plus précise, qu'est-ce que le gouvernement fédéral peut faire pour aider plus de jeunes à fréquenter un établissement d'études postsecondaires?

À cet égard, M. Voyer a parlé de financement des infrastructures. Vous pourriez peut-être nous en dire plus long à ce sujet. Je vois avec plaisir que le budget a réservé 20 millions de dollars pour les activités de sensibilisation du programme Passeport pour ma réussite. Ce programme offre une pratique exemplaire qui peut être adoptée par des collectivités de partout au pays. Vous avez aussi parlé d'endroits où vous travaillez. J'espère que les lieux où vous offrirez votre programme se multiplieront, car vous avez obtenu un succès phénoménal à Regent Park, où le taux de décrochage est passé de 56 à 10 p. 100. Le comité s'est rendu à Regent Park pour discuter avec les élèves. Votre initiative est remarquable.

[Français]

M. Dumont : En fait, c'est déjà mentionné dans le mémoire qui contient certaines recommandations qui relèvent du gouvernement fédéral, c'est-à-dire que le gouvernement fédéral pourrait cibler des budgets de grands organismes de subvention à la recherche pour créer des budgets spécifiques destinés aux universités. De là, il pourrait orienter ces budgets sur le développement de mécanismes d'intervention pour attirer les jeunes du secondaire. Je pense qu'il est fondamental de stimuler l'intérêt des étudiants qui seront les dirigeants de nos institutions et de nos entreprises d'ici cinq à dix ans.

Le gouvernement fédéral pourrait également offrir des allégements fiscaux aux entreprises pour leur permettre de développer des programmes d'attraction des jeunes et des mécanismes d'interaction. C'est ce qui va faire en sorte que les jeunes vont s'éveiller à des formations, à des professions et à des besoins de l'entreprise.

Les interactions que nous avons menées nous montrent qu'au départ, les entreprises sont réfractaires à le faire parce que ce n'est pas dans leur intérêt immédiat. Mais s'il y a des allégements fiscaux, j'ai l'impression que les entreprises vont embarquer dans les programmes en sachant qu'il y a des partenaires qui travaillent ensemble avec le même objectif qui est de stimuler les jeunes.

[Traduction]

M. Voyer : Je reviens maintenant au dernier point que j'ai abordé, et qui a aussi été mentionné par M. Haldane.

J'aimerais parler des pratiques exemplaires. Tout au long de ma carrière dans la fonction publique, j'ai pu voir que l'un des outils politiques les plus efficaces, c'était la capacité de discuter avec les homologues provinciaux dans de nombreux domaines, et pas seulement en matière d'accès à l'éducation postsecondaire. Nous avons perdu cet outil petit à petit. Si on s'en servait de nouveau, les gens auraient davantage l'occasion d'apprendre l'un de l'autre.

Bien sûr, les provinces diront qu'elles n'ont pas l'argent nécessaire pour se lancer dans de telles initiatives. Dans le passé, toutefois, le gouvernement fédéral a offert du financement central. Cela peut se faire de différentes façons. Ottawa peut financer, en collaboration avec les provinces, des projets pilotes dont les résultats font l'objet de discussions entre représentants gouvernementaux.

Tom Courchene a dit qu'une fédération a l'avantage suivant : il y a toujours des expériences qui sont tentées à l'échelle du pays. C'est une bonne chose, en effet, mais nous devons trouver un moyen d'en parler.

L'information est un autre élément important. L'information est un bien public; par conséquent, elle n'appartient à personne. Si la majeure partie de l'information diffusée aux élèves et aux écoles provient du gouvernement fédéral, c'est parce que celui-ci dispose des modèles nécessaires pour calculer les pénuries dans les professions X ou Z et de fournir des renseignements de base à ce sujet. Les provinces, quant à elles, tirent leur information des prévisions nationales en matière d'économie et d'emploi. On n'a pas encore très conscience de ce problème. Il doit exister un mode de communication plus moderne que l'envoi de livres aux écoles. En cette ère de l'Internet, il y a sûrement un autre moyen.

Comme le président l'a mentionné, le gouvernement fédéral assure une bonne part de l'aide financière. Il faudrait rendre cette aide plus attrayante. En effet, certains élèves hésitent à demander un prêt parce qu'ils ont vu leurs camarades s'endetter et ne plus accepter d'emprunter de l'argent pour aller à l'école.

M. Rowen : J'aimerais aborder quelques-uns des points soulevés. Plusieurs choses peuvent être faites.

Je crois qu'il faut suivre les conseils que Don Drummond nous offre dans le dernier rapport de la TD, c'est-à-dire qu'il faut s'occuper d'abord des personnes qui ont les plus grands besoins. Depuis une vingtaine d'années, la proportion de l'aide financière qui va aux élèves ayant les plus grands besoins est en baisse. L'argent est de plus en plus versé en fonction du mérite qu'en fonction des besoins.

J'ai déjà parlé de la proposition de la fondation OMÉGA. Il y a plusieurs autres façons d'offrir d'abord des bourses, et plus tard des prêts. Je ne sais pas si la situation actuelle est le résultat de la méfiance à l'égard des prêts. Les familles et les communautés les plus pauvres n'ont jamais été en mesure de profiter des REEE ou des bons d'études canadiens. On ne peut pas dire aux résidents de Regent Park de mettre de côté quelques centaines de dollars par année pour chacun de leurs enfants; c'est une chose impossible à faire pour eux.

Je crois que le gouvernement fédéral a un rôle à jouer dans la mise en place de bourses et de mesures fiscales grâce auxquelles — comme c'est le cas du REEE de groupe proposé — les donateurs pourraient apporter leurs contributions aux jeunes qui ont besoin de soutien.

Par ailleurs, en ce qui concerne la question importante des données, il faudrait s'entendre sur un système de mesure commun. Même si le conseil des ministres s'était attaqué à ce dossier il y a bien des années, je ne crois pas qu'on s'entende sur la façon d'envisager le taux de décrochage et la participation aux études postsecondaires. Franchement, c'est un peu gênant. Comme la méthode de calcul varie d'une province et même d'un conseil scolaire à l'autre, il est très difficile d'analyser les données et de se concentrer sur les personnes qui ont les plus grands besoins. Il serait important d'assurer une plus grande uniformité, que ce soit par le biais d'une agence indépendante, de Statistique Canada ou d'une autre façon déterminée par le conseil des ministres.

J'aimerais maintenant parler d'un troisième sujet qui avait été soulevé il y a bien des années par le regretté Arthur Kruger, c'est-à-dire, la création d'une enveloppe servant à financer les pratiques exemplaires axées sur la communauté. DRHC, à l'époque, avait une enveloppe du genre il y a bien longtemps. Nous devons retourner à l'idée qui consiste à aider les communautés à devenir plus saines, plus responsables et plus en mesure de s'occuper des leurs.

Le financement devrait d'abord cibler les pratiques exemplaires. Les interventions ponctuelles ne fonctionnent pas. Les mesures financées doivent avoir une grande portée et s'échelonner sur le long terme. Elles doivent miser sur la responsabilité et avoir une base communautaire plutôt qu'institutionnelle.

Le gouvernement de l'Ontario a un budget — je ne peux pas faire de comparaison avec d'autres provinces à l'heure actuelle — d'environ 18 milliards de dollars de financement que se partagent le ministère de l'Éducation et le ministère de la Formation, des Collèges et des Universités. La part de ce montant qui va aux initiatives telles que Passeport pour ma réussite, c'est-à-dire aux initiatives communautaires, est ce que mon patron appelle une erreur d'arrondi. Nous parlons ici de quelques centièmes de un pour cent d'un budget de 18 milliards de dollars.

Le gouvernement du Manitoba contribuera à Passeport pour ma réussite à Winnipeg. J'espère que le gouvernement du Québec pourra bientôt financer de nouveaux programmes, en tout ou en partie.

Certains ont dit qu'une telle enveloppe exigeait de faire des recherches rigoureuses. Je crois que nous avons toujours réussi à présenter des preuves probantes. Le monde des affaires et le secteur privé ont toujours été plus que généreux envers Passeport pour ma réussite. L'allocation budgétaire, qui revêt une grande importance pour la mise en œuvre du programme dans d'autres localités, comme vous l'avez mentionné, monsieur le président, s'élève à 20 millions de dollars. Cela représente environ 20 p. 100 du budget pour les quatre prochaines années.

Au cours des 10 dernières années, le secteur privé a très bien appuyé Passeport pour ma réussite. Nous devons veiller au maintien de cet appui. En effet, il importe d'assurer la stabilité du financement des programmes qui s'avèrent des réussites. À cet égard, nous avons formé des partenariats avec des gouvernements provinciaux et nous comptons faire de même à l'échelle fédérale.

M. Haldane : Je comprends que, sur les plans politique, structurel et organisationnel, il faut tenir compte du partage des compétences. Cependant, du point de vue des résultats, les programmes du genre auront des effets dans toutes les administrations et dans différentes sphères de la société. Il me semble qu'il s'agit d'une question de prospérité, laquelle est une responsabilité fédérale, même si l'éducation relève des provinces.

De façon plus précise, j'estime que le gouvernement fédéral devrait investir dans une infrastructure nationale en éducation. Peu importe le point de vue politique, la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire nous a permis d'obtenir des renseignements et des résultats de recherche et de réunir les organismes intéressés. Je crois franchement qu'un organisme devrait poursuivre le travail de la fondation. Le Partenariat canadien pour l'accès aux études postsecondaires, une communauté en ligne qui permet d'échanger des pratiques exemplaires, accomplit un travail important. Nous estimons que le gouvernement fédéral devrait lui offrir du soutien.

Ma deuxième observation concerne le secteur sans but lucratif. Nous n'exerçons pas de champ de compétence particulier. La plupart des organismes nationaux sans but lucratif sont des fédérations. Passeport pour ma réussite est maintenant mis en œuvre à l'échelle nationale, et le gouvernement fédéral a l'occasion de soutenir des organismes de ce genre et de créer des ponts entre les établissements d'enseignement postsecondaire, qui sont de ressort provincial, et les communautés, qui ont des besoins. Je crois que ce soutien serait utile.

Par exemple, nous avons bénéficié de l'investissement fédéral dans les programmes de stages. Le YMCA offre depuis 15 ans le Programme de stages pour les jeunes dans le secteur public fédéral, qui s'adresse aux jeunes qui ont abandonné leurs études secondaires, qui ont terminé leurs études secondaires sans avoir l'intention d'étudier au niveau postsecondaire ou qui ont étudié un certain temps au niveau postsecondaire sans avoir la chance d'acquérir de l'expérience de travail. Ces jeunes peuvent alors suivre un stage dans un ministère fédéral. Des placements sont possibles dans toutes les circonscriptions du pays, même dans celles où le YMCA n'est pas présent.

Ce programme s'est avéré un très grand succès et il a donné naissance à un nouveau programme appelé Éco-stages jeunesse. Ce programme permet à des jeunes de travailler dans des organismes canadiens sans but lucratif qui se soucient de la protection de l'environnement. Il pourrait être possible de mettre en place un modèle semblable qui permettrait aux organismes sans but lucratif, plutôt qu'au gouvernement, de régler les questions liées aux champs de compétence.

De façon plus précise, nous avons parlé avec RHDCC d'un financement de base de 3 millions de dollars destiné au programme de stages postsecondaires. On pourrait alors améliorer l'infrastructure nationale tout en nous donnant la possibilité de demander du financement des provinces et du secteur privé, comme dans le cas de Passeport pour ma réussite. Les gouvernements de l'Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique ont manifesté leur intérêt, mais faute d'infrastructure nationale qui nous permette de recueillir du financement, il est très difficile de répondre à leurs besoins. Il existe pourtant divers moyens par lesquels le gouvernement fédéral pourrait intervenir directement, tout en respectant les compétences des provinces.

Le président : Merci beaucoup. Vous nous avez donné bien des idées.

Le sénateur Ogilvie : Merci à tous pour ces exposés très intéressants.

J'aimerais éclaircir un point et faire quelques observations.

Tout d'abord, monsieur Voyer, pouvez-vous m'aider à comprendre le tableau présenté dans votre document? J'ai du mal à saisir ce que dit le graphique en fonction de la conclusion que vous en tirez. Compte tenu du titre, pourriez-vous m'expliquer l'axe vertical et me dire pourquoi le graphique montre une courbe en cloche?

M. Voyer : Je n'aurais peut-être pas dû ajouter ce tableau à mon document, car il montre une courbe hypothétique. Si vous pensez à la proportion de chaque groupe de revenu, il s'agit, en fait, d'une courbe normale pour chaque groupe. Nous supposons que le prix et les catégories de faible revenu et de revenu élevé sont représentés par le tracé de la courbe. Le graphique montre une situation dans laquelle nous supposons que des gens à faible revenu réagissent davantage au prix. Cela illustre ce que nous cherchions dans le cadre de l'étude. Nous avons observé que les personnes à plus faible revenu réagissaient davantage au prix.

L'axe horizontal est celui du pays. Supposons, par exemple, qu'une personne prévoit 5 000 $ pour ses études postsecondaires. Étant donné les différences entre les catégories de faible revenu et de revenu élevé, on réalise les gains les plus importants en réduisant le prix que doivent payer les gens à plus faible revenu.

Le sénateur Ogilvie : Que représente l'axe vertical? S'agit-il d'une augmentation, d'une diminution ou d'une proportion?

M. Voyer : Il s'agit d'une proportion.

Le sénateur Ogilvie : Par conséquent, plus on monte le long de l'axe vertical, plus grande est la proportion d'élèves qui étudient au niveau postsecondaire. Est-ce le cas?

M. Voyer : Sur l'axe vertical, si vous aviez, par exemple, 40 p. 100 au sommet, alors, vous diriez qu'à 6 000 $, 40 p. 100 — je ne devrais pas dire 40 p. 100 — 100 p. 100 des participants sont représentés sur la courbe et sont répartis normalement.

Le sénateur Ogilvie : Je n'assisterai pas, suffit de dire que je n'y comprends rien. Une courbe comme celle-ci nous indiquerait que plus les frais de scolarité augmentent, plus d'étudiants s'intéressent aux études postsecondaires. Toutefois, la tendance s'arrête net à 8 000 $.

M. Voyer : Non, car le nombre de participants en dessous de la courbe est réduit au fur et à mesure qu'elle augmente. La densité est réduite, mais on peut en reparler tout à l'heure.

Le sénateur Ogilvie : Je ne comprends pas ce que vous êtes en train de me dire.

J'ai deux autres observations. Comme je l'ai dit, vous avez tous fait des commentaires très pertinents et décrit d'excellents programmes. Toutefois, quelque chose m'inquiète. Dès lors que vous parlez d'accès aux études postsecondaires, comme c'était le cas aujourd'hui, vous parlez des familles à faible revenu. Toutefois, nous sommes loin d'attirer 100 p. 100 des jeunes de familles de revenu moyen aux études postsecondaires. On nous dit qu'il faudrait peut-être permettre de transférer l'avantage fiscal, mais il me semble que nous ne devrions surtout pas faire quelque chose qui diminuerait les taux de succès d'une cohorte en particulier tout simplement parce que nous pensons que cela ne peut pas bénéficier autant à une cohorte à revenu plus faible. Bref, je m'inquiète des groupes que vous avez décrits aujourd'hui. Nous voulons augmenter le pourcentage de ces groupes, sans toutefois réduire ou être susceptible de réduire la proportion des jeunes d'autres groupes qui ont accès aux études postsecondaires. Pour ma part, je pense que les avantages fiscaux fondés sur le mérite, les bourses, et cetera., ont une réelle incidence sur les familles à revenu moyen. Nous ne devons surtout pas réduire le nombre d'étudiants de ce groupe qui vont poursuivre des études postsecondaires.

Je vous ai peut-être mal compris, mais il me semble que vous avez parlé de certains budgets provinciaux, de leur soutien financier aux études postsecondaires et d'erreurs d'arrondi. Il appert que le grand total des budgets provinciaux destinés aux études postsecondaires, qui ne sont qu'un volet de l'enveloppe destinée à l'éducation, se taille la part du lion de l'éducation totale. Vous ai-je mal compris?

M. Rowen : Peut-être que je me suis mal exprimé. Je ne parlais pas des montants consacrés à l'éducation postsecondaire et, en bout de ligne, destinés aux prêts étudiants. Notre programme d'aide financière aux étudiants est très important et ne cesse d'augmenter. Il est d'ailleurs très important qu'il continue d'augmenter.

En fait je parlais des erreurs d'arrondi en ce qui concerne les soutiens non institutionnels. En termes de soutien institutionnel, on trouve les collèges, les universités et les écoles secondaires. En ce qui concerne l'éducation, les montants qui sont réservés aux programmes communautaires, par exemple, sont négligeables. Pourtant, la recherche démontre que pour les personnes qui vivent les écarts parce qu'elles ont été sous-représentées, il est important que nous adoptions une approche institutionnelle.

Le programme Passeport pour ma réussite a noué des partenariats avec toutes les universités et tous les collèges où nous sommes présents. Nous avons des programmes à crédit double et les provinces ont commencé à financer ces programmes. Il existe de nombreux bons exemples d'initiatives institutionnelles qui ont connu du succès. Il semble qu'on ait besoin d'adopter des approches différentes pour les gens qui sont sous-représentés dans les établissements d'études supérieures, à savoir ceux qui sont les moins susceptibles de s'inscrire et de réussir. C'était vraiment à ce sujet.

Cette approche pourrait-elle nuire aux enfants des familles à revenu moyen? Je ne le crois pas. Les mesures comme la canalisation de financement vers les familles incapables de se prévaloir des programmes d'incitatifs fiscaux, comme les REER et les bons d'études, représentent un ajustement très important, peu coûteux et présentant un bon rendement sur l'investissement, comme l'a bien dit le Boston Consulting Group. Lorsque les jeunes décrochent, il y a toutes sortes de répercussions sur l'appareil judiciaire, le système de soins de santé, les services sociaux, les programmes d'assurance- emploi, et cetera. Ces coûts sont réels et même quantifiables. Nous devons déterminer l'investissement à long terme que nous devons faire pour réduire ces dépenses et ce, à l'avantage de tous. Les avantages peuvent être distribués sur l'ensemble de la société.

M. Haldane : Nous concentrer sur les jeunes de la première génération plutôt que les jeunes de familles pauvres nous permet d'inclure ces derniers ainsi que d'autres jeunes qui ont affronté d'autres obstacles. C'est une catégorie plus large.

Nous sommes une organisation qui sert tout le monde dans la communauté sans égard au revenu ou autres facteurs. Nous avons compris qu'en n'accordant pas la priorité aux personnes à faible revenu, nous risquons de faire abstraction du fait que l'accès à la santé et les résultats de santé sont très biaisés parmi les personnes pauvres ou affrontant d'autres défis, comme c'est le cas de nombreux nouveaux Canadiens.

Nous devons continuer de servir tous les jeunes et de leur fournir le soutien et l'encouragement dont ils ont besoin pour poursuivre des études postsecondaires. Toutefois, jusqu'ici, nos efforts ont surtout aidé les jeunes des familles à revenu moyen et élevé, ainsi que ceux des familles ayant toujours poursuivi ce genre d'éducation. Il est clair que certains groupes de personnes au Canada ont de la difficulté à accéder à ces études et nous devons mettre l'accent sur ces derniers.

[Français]

Le sénateur Champagne : Messieurs, bonjour et merci d'être venus nous voir. En vous écoutant, que vous soyez du projet SEUR, AVID, passeport, YMCA, programme ON Y VA, vous avez un but et c'est le marketing des études postsecondaires pour nos jeunes.

Je ne crois pas que ce soit strictement dans les milieux défavorisés ou dans une première génération d'universitaires dans une famille, mais l'intérêt du jeune pour poursuivre des études postsecondaires a besoin d'être attisé. Il faut attiser la curiosité. M. Dumont nous en a parlé, je trouve cela extraordinaire de dire aux jeunes : il y a toutes sortes de choses, il y a des carrières auxquelles vous ne pouvez même pas penser parce que vous ne savez pas qu'elles existent.

Je pense que c'est un point très important. Les parents qui ne sont pas nécessairement des universitaires ne le savent pas et ne peuvent donc pas suggérer de penser à quelque chose du genre : je vais t'amener voir quelque chose, cela va peut-être te donner des idées.

Vous nous parliez de 30 p. 100 de décrocheurs au Québec. J'ai vu une situation assez bizarre au Québec, vous le savez sans doute, dans nos écoles primaires, secondaires, au cégep où l'on change régulièrement les programmes, les systèmes d'enseignement. J'ai vu un jeune à un moment donné pour qui on a changé complètement la manière d'apprendre à lire et à écrire et qui, deux ans après, a dit : « Je n'ai plus de bulletin avec un tel chiffre, je ne sais plus où j'en suis. Je ne serai jamais assez bon pour faire un médecin, un avocat ou un pharmacien. » Vous parliez d'un de vos élèves, Monsieur Dumont. Je pense que le problème était là.

L'autre problème pour les jeunes qui ont une certaine idée, c'est le bel emploi d'été. Vous arrivez dans un bel emploi d'été qui, si vous êtes prêt à travailler sur un plateau de cinéma pendant 15 heures par jour pendant deux mois, vous donnera un salaire tellement important que cela vous fera dire : « Si je peux gagner ma vie comme cela, pourquoi j'irais à Ryerson en septembre? J'ai très bien gagné ma vie. »

Autant on a besoin de ces sommes d'argent pour faciliter le transfert entre la maison et l'université, autant on a besoin de l'expérience qu'on peut acquérir pendant un emploi d'été, cela peut aussi causer de l'incertitude.

Lors de vos rencontres avec les jeunes, est-ce que c'est le genre de situations que vous présentez pour les préparer à faire face à une chose comme celle-là? C'est bien beau de gagner 400 $ par semaine pendant deux mois, mais ce n'est pas une vie entière.

M. Voyer : Vous avez mentionné plusieurs choses. Il y a des études qui ont démontré que lorsqu'on augmente le salaire minimum, il peut y avoir des incidences négatives sur la rétention des jeunes garçons aux études. L'idée de faire un très bon salaire avec des études secondaires ou même sans un diplôme d'études secondaires est une croyance très répandue. C'est ce qui explique souvent la différence entre les garçons et les filles. Les garçons ont peut-être plus d'occasions d'avoir des emplois rémunérateurs dans le domaine de la construction ou dans le domaine de l'exploitation minière, par exemple. Ils se disent alors qu'ils peuvent faire un bon salaire. Ce qui apparaît un bon salaire à l'âge de 16 ans n'est pas nécessairement un bon salaire à l'âge de 40 ans.

Une grande partie de la solution serait d'informer et de changer la perception des jeunes très tôt par rapport aux bénéfices des études postsecondaires. Ce qui est moins un problème pour les enfants qui viennent de familles à revenus élevés parce qu'ils ont des modèles autour d'eux. Ils conçoivent très bien que cela prend des études postsecondaires pour soutenir le niveau de vie qu'ils connaissent.

Pour les jeunes de milieux moins favorisés, c'est moins évident. Les recherches démontrent clairement que dans les milieux moins favorisés, les perceptions quant aux coûts et aux bénéfices sont mal enlignées. L'une des interventions majeures — c'est ce que l'on fait avec le projet « Un avenir à découvrir » — consiste à informer et à impliquer les parents, pendant quatre ans, pour changer ces perceptions.

Le sénateur Champagne : Justement, les parents ne sont peut-être pas au courant de toutes les options proposées aux jeunes. Attirer la curiosité et l'intérêt, je pense que c'est peut-être la chose la plus importante si nous voulons leur vendre la vie d'universitaire — et ensuite de diplômé d'université — agréable et productive.

[Traduction]

M. Rowen : Sans entrer dans une discussion sur le cursus du Québec, car il change constamment, le programme de Verdun a affronté ce problème avec les enfants. Nous savons qu'il s'agit d'une communauté très difficile. Il s'agissait d'amener un changement de culture parmi les jeunes.

Nous avons également vu le problème dont vous avez parlé, celui des emplois d'été et des fonds, bien que pas nécessairement avec les emplois d'été; par exemple, les jeunes membres de gangs à Toronto peuvent gagner non pas des centaines mais plutôt des milliers de dollars, ce qui est très alléchant. La tentation d'avoir de l'argent en poche est évidemment forte.

Nous constatons qu'il faut changer la culture. L'ancienne présidente du Regent Park Community Health Centre, Carolyn Acker, parlait de créer un gang positif, un gang qui établirait la nouvelle norme du succès. Il ne s'agit pas de posséder une voiture de sport ou de s'habiller chic; il s'agit de créer une culture où la réussite est ouverte à tous.

Ces enfants ne sont pas bêtes; ils comprennent bien que cela signifie reporter à plus tard leur récompense. En revanche, lorsqu'ils voient la confiance des autres jeunes et d'autres intervenants, par exemple, le personnel, les bénévoles, les adultes, les mentors qui sont également issus du même milieu, alors ils peuvent se dire que si c'était possible pour ces adultes, c'est également possible pour eux. Ils se diront qu'ils ont aimé faire quelque chose de différent. L'autre côté de l'équation c'est de s'assurer que ces jeunes peuvent avoir accès à ces possibilités, comme les stages de M. Haldane, des programmes qui leur donnent le sentiment d'avoir réussi.

Il y a l'histoire merveilleuse de cette jeune femme qui avait grandi à Regent Park mais qui était originaire de l'Asie méridionale. Elle a réussi à suivre un stage dans le cadre d'un programme de mentorat offert par l'Université de Toronto. En rentrant chez elle un soir, elle était tout enthousiasmée d'annoncer qu'elle avait touché un cerveau. Eh bien, l'année dernière, elle a obtenu son diplôme de l'Université de Toronto et elle étudie actuellement la médecine. Il s'agit d'une jeune femme issue d'une famille où personne n'avait poursuivi des études postsecondaires; toutefois, elle a bénéficié du soutien de ses pairs et d'un programme comme le nôtre — il y a d'autres exemples — bref, des gens de son âge. J'avais coutume de dire à mes enfants que la seule raison d'avoir des amis adultes c'est de leur donner quelqu'un à qui parler autre que moi. Les enfants et les jeunes ont besoin d'avoir des adultes comme exemple.

Une étude de Développement des ressources humaines Canada d'il y a plusieurs années a abordé cette question de la présence constante d'adultes dans la vie des jeunes. Il faut qu'il y ait non pas une personne mais une grande variété d'adultes qui, ainsi que d'autres jeunes aux études, transmettent le même message : la nouvelle norme est de réussir de cette façon, non pas de l'ancienne façon qui leur a donné leur emploi d'été ou l'argent des gangs. Oui, c'est difficile, mais il faut que les jeunes passent par là pour pouvoir connaître le succès dans des cadres qu'ils croyaient ne pas être pour eux.

M. Haldane : J'ai mentionné tout à l'heure que cela permet d'établir une véritable connexion avec les jeunes où ils se trouvent. Les emplois d'été que vous décrivez en font partie.

Certains employeurs ont tendance à embaucher trop de jeunes. L'UCJG en fait partie, McDonald aussi. Je me demande comment on pourrait travailler avec ces employeurs de jeunes afin de créer une autre vision de ce que l'avenir leur réserve? Jene pense pas qu'on peut nécessairement laisser le soin aux entreprises de restauration rapide de le faire directement. En revanche, avec un peu d'aide, on pourrait y parvenir.

À Toronto, nous avons un programme intitulé le Toronto Sport Leadership Program . Destiné à des jeunes qui proviennent des quartiers les plus vulnérables, il leur fournit une formation afin qu'ils obtiennent une accréditation de sauveteur ou de moniteur de camp de vacances. Cela leur présente une solution de rechange et c'est un moyen d'établir un lien avec les jeunes lors de leur premier emploi afin de créer une vision de ce qui est possible et de ce à quoi ils devraient songer pour un emploi à long terme.

[Français]

M. Dumont : Pour répondre à votre question, deux éléments sont très importants. Je pense que c'est une question de culture. Chaque composante de la société doit s'impliquer dans ce changement de culture où les savoirs deviennent de plus en plus importants. Afin que le jeune ne soit pas abandonné, il faut aussi qu'il y ait une culture d'accompagnement. Ce ne sont pas des interventions ciblées et limitées dans le temps, mais c'est le geste répétitif des étudiants universitaires qui accompagnent le jeune pendant plusieurs années pour maintenir son intérêt pour le cursus scolaire et son développement. Je pense que c'est fondamental : le changement de culture et l'accompagnement à long terme.

[Traduction]

Le sénateur Callbeck : Merci d'être venus. Merci de vos exposés.

Monsieur Voyer, j'ai avec moi deux livres que vous avez fait circuler BC AVID Pilot Project et Future to Discover. Ont-ils été tous les deux complètement financés par la Fondation des bourses d'études canadiennes du millénaire?

M. Voyer : Oui.

Le sénateur Callbeck : Depuis quand circulent-ils?

Heather Smith Fowler, associée de recherche principale, Société de recherche sociale appliquée : Depuis 2004.

Le sénateur Callbeck : Qu'est-ce qui se passe maintenant que la fondation a fermé ses portes?

M. Voyer : Nous terminons les études. Certains fonds ont été mis de côté pour compléter les études. Nous sommes donc en train de finaliser les rapports.

Le sénateur Callbeck : Pendant combien de temps est-ce que vous allez pouvoir continuer de travailler avec ce financement?

M. Voyer : En fait, cela dépend des contrats. Nous devons terminer les choses grâce au financement disponible. La phase de mise en œuvre est d'habitude celle qui est la plus onéreuse et nous avons déjà payé ces frais. Il s'agit maintenant de terminer la recherche et c'est ce qui coûte le plus.

Le sénateur Callbeck : Vous avez parlé de programmes financiers pour les étudiants. Ai-je bien compris que vous avez dit qu'ils étaient adéquats?

M. Voyer : Au Canada, nous sommes dotés d'un régime d'aide financière accessible à tous. Quant à savoir si nous pouvons le changer pour le rendre plus généreux, cette question est sujette à un débat.

Je parlais du fait qu'une bonne initiative politique avait déjà été mise en place.

Le sénateur Callbeck : Vous avez indiqué qu'il faudrait structurer l'aide financière afin de le rendre plus attirant. Qu'entendez-vous par cela?

M. Voyer : De nouveau, il existe plusieurs systèmes au Canada. Je me rappelle, lorsque j'étais étudiant au Québec, et jusqu'à tout récemment, nous devions faire une demande de prêt pour recevoir une bourse. Si vous voulez être subventionné, alors il faut faire une demande de prêt. C'était une condition.

Je voulais suggérer que, dans le cas des gens qui ne voulaient pas de prêt, il serait intéressant de leur fournir un soutien disponible. Cette offre n'est pas adéquate pour la minorité d'étudiants qui n'ont pas envie de demander de prêt. Dans tous les groupes, il y a des gens qui sont réticents à demander des prêts, qu'il s'agisse de groupes à revenu élevé ou non.

Si vous avez une aversion à demander un prêt et que vous venez d'une famille bien nantie, cela risque de ne pas vous poser problème, car vos parents pourront payer pour vous. Mais, si vous provenez d'une famille moins bien nantie, cela pourrait poser problème.

Le sénateur Callbeck : Monsieur Dumont, vous avez parlé de mesures incitatives fiscales. Avez-vous des statistiques qui permettent de montrer qu'elles fonctionnent?

M. Dumont : Non. Nous ne disposons pas de preuves qui indiquent que de telles mesures fonctionnent. Le gouvernement provincial a fourni une aide financière aux entreprises afin qu'elles forment les gens. Je pense que, si on en fournissait pour les jeunes, cela fonctionnerait.

[Français]

Ce que j'ai dit dans le mémoire, c'est qu'il pourrait y avoir des projets pilotes pour cibler des types d'entreprises qui sont plus réfractaires à des interventions pour aider les jeunes, par exemple, des grandes entreprises du domaine pharmaceutique, du domaine de la pétrochimie. En fait, ce sont des entreprises qui hésitent à investir sur le long terme.

On pourrait développer un programme pilote de trois ou cinq ans et vérifier si l'incitatif fiscal va amener ces entreprises à devenir des partenaires dans des projets qui existent déjà. Si on leur demande de faire des projets, à mon avis, si on les laisse seuls, elles diront que ce n'est pas leur rôle de le faire. S'il y a un encadrement d'un milieu comme le nôtre ou d'autres qui sont capables de le faire, je pense que cela vaut la peine de démarrer des projets pilotes.

[Traduction]

Le sénateur Callbeck : Monsieur Rowen, vous avez parlé de Passeport pour ma réussite. Avez-vous dit que la communauté d'affaires fournit 80 p. 100 des fonds?

M. Rowen : Non, plutôt dans les environs de 60 p. 100. Jusqu'à maintenant, la province de l'Ontario a fourni un financement à hauteur de 20 p. 100, alors qu'il a dépassé les 30 p. 100 certaines années.

Pour les quatre prochaines années, nous prévoyons que la contribution du gouvernement fédéral — à condition que le budget soit adopté, et que nous puissions négocier un accord — sera d'environ 20 p. 100. Un montant additionnel de 20 à 25 p. 100 des fonds proviendra des gouvernements provinciaux, et le reste de sources privées — des entreprises, des fondations et des particuliers.

Le sénateur Callbeck : Passeport pour ma réussite est-elle une organisation communautaire?

M. Rowen : Oui.

Le sénateur Callbeck : Monsieur Haldane, vous avez parlé des obstacles non financiers. Vous avez dit que les jeunes et leurs parents ne reçoivent pas les renseignements dont ils ont besoin dans un format qu'ils comprennent et qui les interpelle. Que peut donc faire le gouvernement fédéral pour changer les choses? On nous le répète constamment. J'aimerais donc connaître votre point de vue.

M. Haldane : Je propose notamment que le gouvernement fédéral appuie les organisations bénévoles et de portée nationale pour qu'on ajoute cet élément aux programmes qu'ils offrent déjà. Nous sommes en contact permanent avec ces jeunes. Non seulement faut-il appuyer les efforts ciblés d'organisation tel que Passeport pour ma réussite, à laquelle je souscris puisque je considère que c'est un important investissement, mais il faut également faire passer ces messages et transmettre ces renseignements par l'entremise des liens déjà établis avec les jeunes. Il s'agit là d'une manière rentable de faire passer le message et d'appuyer les jeunes et leurs familles.

Souvent, les jeunes n'y pensent pas — ce n'est pas une priorité — ou écartent rapidement cette idée. Le gouvernement fédéral pourrait les aider en veillant à ce que quelqu'un en qui ils ont confiance dans leurs collectivités leur réaffirme la possibilité de poursuivre des études postsecondaires et les renseigne sur la façon d'y arriver.

M. Voyer : Voilà un élément clé. Cela ne s'applique pas seulement à ce domaine, mais également à la formation sur le marché du travail, par exemple. Le fait d'afficher les renseignements ne veut pas dire qu'ils sont utilisés. Le plus difficile, c'est de trouver des façons pour que les gens utilisent, comprennent et intègrent ces renseignements. On peut essayer une multitude d'options, comme l'entraide, les campagnes de marketing social et la transmission de renseignements dans un format attirant davantage les jeunes. Certaines initiatives nous permettent de mettre à l'essai de nouvelles approches.

Toutefois, je pense que nous devrions accélérer le processus, parce que c'est un problème clé. On dépense déjà beaucoup d'argent pour communiquer des renseignements qui ne sont pas utilisés comme on voudrait.

Le sénateur Merchant : Merci à tous de cette information.

Je pense que M. Dumont a dit que nous devions motiver les jeunes gens. J'ai l'impression que de nombreux jeunes ne savent tout simplement pas ce qu'ils veulent faire, même si leurs parents sont instruits. Il y a peut-être tout simplement trop de domaines, ce qui rend le choix difficile.

Par exemple, j'ai discuté avec deux prêtres en Saskatchewan il y a quelques semaines. Ils sont nés en Europe orientale. Ces deux messieurs se connaissaient dans leur communauté d'origine. Ils sont tous les deux partis de la maison sans intervention de leurs parents à l'âge de 14 ans parce qu'ils savaient qu'ils voulaient aller à Rome faire des études pour devenir prêtres. C'est déconcertant parce que la prêtrise n'attire pas tout le monde, mais, pour l'une ou l'autre raison, ils ont choisi d'emprunter cette voie. Ils m'ont dit ne pas comprendre pourquoi des jeunes dans la vingtaine et la trentaine disent aujourd'hui ne pas savoir ce qu'ils veulent faire. Ces deux hommes savaient qu'ils voulaient devenir prêtres. Ils ont réussi et ils sont venus au Canada.

Je connais des gens dont les parents sont instruits et qui poursuivent déjà des études postsecondaires, mais qui ne savent toujours pas ce qu'ils veulent faire. Mis à part l'aide financière et les mesures dont nous avons discuté, que pouvons-nous faire?

Je me souviens qu'il y a quelques années, on se plaignait que trop de gens choisissaient des disciplines pour leur satisfaction personnelle sans savoir qu'il n'y aurait pas d'emploi dans ces domaines à la fin de leurs études. Les gens étaient contrariés, parce qu'ils s'étaient investis personnellement et avaient déboursé beaucoup pour décrocher un diplôme ou un doctorat, pour s'apercevoir qu'au bout du compte, ils ne pouvaient pas trouver d'emploi parce que l'offre dépassait la demande.

Est-ce une bonne idée que d'essayer d'orienter les gens vers des domaines où ils pourront trouver de l'emploi? Il existe des débouchés aujourd'hui, en existera-t-il toujours lorsque ces gens obtiendront leur diplôme? Le monde d'aujourd'hui déconcerte les gens.

M. Rowen : Je crois que la confusion est grande, en effet, et que notre bilan est désastreux depuis des décennies en matière de prévision par emploi sur le marché du travail. Je me souviens l'avoir étudié dans le cadre de mes études supérieures il y a 40 ans.

Le problème qui se pose pour les gens dont vous avez parlé, c'est qu'ils ne peuvent pas s'imaginer dans une carrière. Quand on parle d'éducation postsecondaire, on parle du concept de validation, c'est-à-dire du fait qu'un étudiant, à l'école secondaire, au collège ou à l'université, doit pouvoir dire : « Je suis à ma place ».

Or, beaucoup d'enfants autochtones, de première génération ou issus de familles à faible revenu n'ont pas l'impression d'appartenir aux institutions que nous avons conçues. Cela s'applique également au marché du travail.

Pour revenir à ce que M. Haldane disait, Passeport a été élaboré au fil du temps. Or, il faut en faire davantage, et le faire mieux. Il faut travailler avec ces donateurs et ces entreprises qui nous fournissent du financement, pour être en mesure de faire connaître à ces enfants des emplois et des carrières dont ils n'auraient pas eu conscience autrement.

Les enfants de Regent Park, Lawrence Heights et Pinecrest-Queensway savent comment travailler au Tim Hortons, au MacDonald et au HMV, le magasin de disques du coin. Ils savent comment le faire. Toutefois, ils ne savent pas comment entrer chez Stikeman Elliott LLP, RBC Dexia Investment Services ou Ernest et Young LLP, ne savent comment saisir ces autres occasions qui ne se seraient pas présentées autrement. Il est question ici des marchés primaires du travail, plutôt que ce qu'on appelait les marchés secondaires.

Ces enfants doivent en faire l'expérience, surtout ceux qui vivent dans des quartiers où la pauvreté est généralisée. Ils n'ont jamais été en contact avec ce genre de profession, et ce n'est pas de leur faute, c'est que leurs parents et leurs proches n'évoluent pas dans ce genre d'environnement. Il faut donc élargir leurs horizons pour les aider.

M. Haldane : Quand mon fils a choisi de faire carrière dans le théâtre, j'en sais long sur la nécessité d'établir un équilibre entre les rêves et les débouchés. C'est ce que j'ai essayé de lui expliquer. Il s'en sort bien — il n'a pas encore eu besoin d'argent. En fait, il travaille pour la Soulpepper Theatre Company. En gros, il faut poursuivre ses rêves. Vous devez être passionnés, mais ne rejeter aucune avenue pour trouver un emploi.

L'UCJG est le plus important intervenant à offrir le programme Job Connect — ou Emploi Ontario, comme on l'appelle maintenant — en Ontario. Nous avons des bureaux partout dans la province où nous apportons aux jeunes l'appui nécessaire pour qu'ils puissent prendre les décisions dont nous parlons. La plupart des jeunes ont de la difficulté à accéder au marché du travail et à y rester.

Nous avons trouvé deux facteurs importants — et ça revient à ce que disait M. Rowen. Tout d'abord, il ne faut pas sous-estimer le modèle d'un adulte autre que les parents. Même si les parents sont toujours là, un autre modèle adulte peut créer un contact important. La recherche indique abondamment que c'est un facteur déterminant chez les jeunes qui réussissent.

Le deuxième élément, c'est le placement, soit la possibilité de faire un stage ou d'obtenir un emploi, par exemple un emploi subventionné ou un emploi d'été. La meilleure école qui soit, c'est un emploi qu'on déteste. Pour moi, c'était un emploi qui combinait des fonctions de barman et de concierge, dans un club de curling. Une expérience d'emploi négative permet d'apprendre beaucoup. Voilà les éléments dont nous avons constaté l'importance pour aider les jeunes. Ce n'est pas nouveau, pour cette génération. Les choses sont plus confuses et complexes qu'auparavant, mais beaucoup de jeunes ne savent pas ce qu'ils veulent faire avant la vingtaine ou la trentaine.

[Français]

M. Dumont : Votre question est importante. Je pense qu'il faut offrir le maximum d'opportunité pour les sensibiliser à différentes carrières. Je pense que le choix se fait au fil des années. Je pense qu'on ne peut pas demander à un élève de troisième ou cinquième secondaire de décider ce qu'il veut faire. On voit rarement des jeunes qui savent déjà qu'ils veulent être géologues. Notre travail est d'identifier le jeune qui veut être géologue et le mettre en lien avec une équipe de recherche pour que ce jeune développe son intérêt, le cultive et pense à une étape ultérieure où il voudra faire des études de niveau maîtrise ou doctorat dans ce domaine. Mais pour l'ensemble des jeunes, il faut ouvrir le maximum d'opportunités et les laisser poser des questions.

Quand on fait des analyses à la fin du camp d'été qu'on mène chaque année, ils nous disent souvent : « Je sais que je ne veux pas faire telle chose, l'université m'intéresse, mais il y a des choses que je mets de côté, et d'autres qui semblent m'intéresser un peu plus. » On essaie de les suivre pour les accrocher l'année suivante et leur dire : est-ce toujours valide cette idée? On se doit de laisser cela ouvert. L'idée d'avoir un travail le mieux rémunéré possible, ce n'est pas la préoccupation majeure du jeune. Ils veulent découvrir, s'ouvrir à différentes formations et ensuite, on espère qu'ils vont valider leur choix.

[Traduction]

Le sénateur Cordy : Je vous remercie d'être venus au comité et du travail que vous avez fait dans le domaine de l'enseignement postsecondaire. J'ai été enseignante et je trouve précieux le travail de promotion de l'instruction; je vous en remercie donc.

L'un de vous a affirmé que des étudiants ont des emplois dans la restauration rapide des emplois qui n'aident pas beaucoup. À Dartmouth, le propriétaire d'une franchise de Dairy Queen était assez extraordinaire. En effet, pour tous les étudiants qui travaillaient pour lui, et qui envisageaient des études postsecondaires, il mettait de côté une petite somme pour chaque heure de travail, et quand les étudiants commençaient leurs études postsecondaires, cette somme leur était remise. C'était épatant.

Je m'intéresse à Passeport pour ma réussite. Je suis aussi allée à Régent Park, et nous avons rencontré des participants au programme, de merveilleux jeunes hommes qui nous ont convaincus de l'utilité du programme. Je suis ravie qu'il soit lancé à Spryfield, à Halifax. J'ai été ravie de lire un article sur le programme récemment, dans le journal, un programme que je connais bien maintenant et qui est un succès.

Comme le disait le président, les programmes communautaires sont les plus efficaces, et nous avons dans nos collectivités d'extraordinaires bénévoles, qui font des choses épatantes.

Je vais poser mes deux questions d'un coup. La première se rapporte à Passeport pour ma réussite. Je sais qu'un entrepreneur de Halifax a fait un don considérable pour que le programme soit mis en œuvre dans notre ville. Comment une collectivité peut-elle obtenir que Passeport pour ma réussite s'installe chez elle?

Ma deuxième question se rapporte au travail auprès des familles. Il ne faut pas attendre qu'un élève soit en 11e ou 12e année pour lui parler d'études postsecondaires, il faut en parler tout au long de la scolarité. Pensons à des jeunes dont les parents n'ont pas fait d'études postsecondaires, pensons aux défis et aux craintes qu'ils peuvent avoir, de même que leurs parents, en songeant à l'endettement à contracter, et à ce que cela signifiera à la fin des études. Vous étiez quelques-uns à dire que les gens ignorent les avantages que peut apporter l'instruction.

L'un des facteurs de décrochage, c'est la pauvreté des familles et le manque de soutien au début de la scolarité, on le comprend bien. Vous avez aussi parlé d'emplois d'été. Quand on est d'une famille de la classe moyenne ou supérieure, il y a toujours moyen de parler à des amis propriétaires d'entreprises qui embauchent des étudiants, l'été. Ceux qui sont démunis n'ont pas l'avantage d'un tel réseau lorsqu'il s'agit d'obtenir un emploi d'été.

Comment travailler auprès des familles pour promouvoir assez tôt les études postsecondaires? Comment faire en sorte que Passeport pour ma réussite aide une collectivité donnée?

M. Rowen : Je vais d'abord répondre à la question sur Passeport pour ma réussite, puis les autres pourront en dire autant, sans doute, sur la question plus générale.

Passeport pour ma réussite Canada est une organisation qui n'offre pas des programmes. Elle soutient divers programmes communautaires. Chaque programme de Passeport pour ma réussite est offert par un organisme local. Les gens font confiance aux organismes locaux. Chebucto Communities Development Association, ou CCDA, à Spryfield, voulait profiter des avantages du programme. L'organisme nous en a parlé pendant un certain temps, comme le font toutes les collectivités. Que je sache, ça ne prend jamais moins de deux ans. Il y a une procédure pour présenter la demande. Il faut justifier les besoins pour la communauté, par exemple un taux de décrochage très élevé ou une faible inscription aux études postsecondaires. Il faut donner une définition géographique de la collectivité, pour une période de temps. Il faut prouver la capacité de l'organisme d'atteindre les objectifs et cela, au sein de la collectivité.

C'est donc un processus de mobilisation communautaire qui dure un an, environ. Ce processus tire à sa fin à Winnipeg, à Spryfield et à Kingston. Voilà en gros comment cela se passe. C'est l'organisme intégré à la communauté qui offrira le programme. Nous pouvons accorder une aide financière et un soutien au programme, de même que beaucoup de mentorat pour le personnel, sur une assez longue période.

Le sénateur Cordy : Vous êtes un guide et un partenaire utile, n'est-ce pas?

M. Rowen : Exactement. L'initiative vient toujours de l'organisme communautaire, c'est ce qui fonctionne le mieux.

D'autres témoins pourront parler du soutien qui est nécessaire pendant l'enfance en termes généraux, mais nous parlons de renforcer le capital social de la collectivité. Le capital humain est certes important aussi, mais nous permettons à une collectivité de soutenir les jeunes, pour qu'ils s'épanouissent sainement grâce à des programmes, pendant toute leur jeunesse.

Carolyn Acker disait qu'elle doutait qu'un programme Passeport pour ma réussite puisse exister dans une collectivité qui n'était pas mobilisée et qui ne l'avait pas prouvée en adoptant un programme pour la petite enfance. Il y a divers moments où on peut intervenir stratégiquement, et celui-là est important, de même que la transition entre l'école secondaire et le postsecondaire. On trouvait cela dans l'ancien Plan d'action nationale pour les enfants, mais il faut un large soutien de la communauté, dans lequel peut s'inscrire le programme Passeport pour ma réussite.

M. Haldane : L'UCJG est le plus grand prestataire de services de garderie à l'échelle du pays. Nous avons essayé d'intégrer cela au programme Apprendre en jouant des services de garde de l'UCJG. Dans le programme des services de garderie, nous intégrons des discussions sur l'accès aux études postsecondaires et nous travaillons auprès des parents, très tôt, pour qu'ils songent à cette possibilité.

Je ne sais pas si le comité connaît Martin Connell, un philanthrope torontois. Il a travaillé sur l'accès aux Régimes enregistrés d'épargne-études. Il y a un problème important lié aux demandes de REÉÉ. Certains organismes sollicitent les familles à faible revenu du voisinage et exigent des frais pour ce qui est offert gratuitement par les banques. Nous pensons qu'on ne commence jamais trop tôt ce genre de chose. Nous pouvons faire de nombreuses interventions dans la petite enfance, de manière que les familles réfléchissent à cette possibilité assez tôt. À la fin des études secondaires, il est difficile de faire en sorte que les familles intègrent cette idée à leur vision d'avenir.

[Français]

M. Dumont : Ce n'est pas un élément facile d'interagir avec les familles. Pour certains jeunes qui viennent dans les volets du projet, ils sont déjà intéressés par l'université. Quand ils viennent pour participer à des activités, les parents sont déjà interpellés, ils doivent donner leur accord. C'est le volet pour les jeunes qui sont déjà sensibilisés.

Il y a des parents qui nous appellent pour nous demander s'ils peuvent inscrire leur enfant à une des activités du projet. Quand on s'approche des familles dont les revenus sont moins élevés, où les parents ne sont pas scolarisés, il faut passer à travers les comités de parents dans les écoles secondaires où les volets que l'on mène, ciblés sur les populations de jeunes moins intéressés par l'université sont des décrocheurs potentiels. Les comités de parents sont informés de ce que nous offrons pour sensibiliser les jeunes.

Je suis bien conscient qu'on doit attirer des entreprises dans cette implication sociale de mobiliser les jeunes. Il faut interpeller les parents qui ne sont pas scolarisés. Ils ne sont pas faciles à approcher. Ils sont méfiants, ils nous voient comme des gens scolarisés. Et c'est davantage des parents dans les milieux scolaires qui vont faire le lien.

Une fois ce lien entretenu, je pense que cela va pouvoir rayonner dans plusieurs milieux, mais tout cela c'est une question de temps et de visibilité pour les organismes qui font du travail et c'est une question de réputation. Avec les années, on finit par percer à peu près toutes les résistances à différents niveaux. Je vois que pour les parents, on commence à être reconnu et ils font appel à nous sans nécessairement passer par les écoles.

[Traduction]

Le président : Je remercie les témoins pour leurs contributions aujourd'hui : vous avez fourni beaucoup d'information. Je vous souhaite bonne chance pour vos programmes et vos projets.

La séance est levée et nous reprendrons nos travaux à 10 h 30 demain.

(La séance est levée.)