Délibérations du comité sénatorial permanent des
Affaires sociales, des sciences et de la technologie

Fascicule 13 - Témoignages du 6 octobre 2010


OTTAWA, le mercredi 6 octobre 2010

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd'hui à 16 h 14 pour étudier la préparation du Canada en cas de pandémie.

L'honorable Art Eggleton (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bienvenue au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

[Traduction]

Aujourd'hui, nous continuons notre étude sur l'état de préparation du Canada en cas de pandémie, et plus précisément sur les vaccins, les antiviraux et les effets indésirables.

Au cours des trois prochaines heures, trois groupes de témoins comparaîtront. Nous entendrons des représentants de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada pendant la première heure, puis de Santé Canada et de l'Agence de la santé publique du Canada, et enfin, de différents établissements pharmaceutiques qui travaillent dans le domaine des vaccins et des antiviraux.

Nous accueillons trois témoins de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada : Tom Ring, sous-ministre adjoint à la Direction générale des approvisionnements, Henry Kreker, gestionnaire du Projet d'immunisation antigrippale, et Francine Brisebois, directrice principale de la Direction des produits commerciaux et de consommation.

[Français]

Tom Ring, sous-ministre adjoint, Direction générale des approvisionnements, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada : Monsieur le président, je suis très heureux d'être ici parmi vous aujourd'hui. Je vous remercie de me donner l'occasion de m'exprimer devant le comité sur le rôle de Travaux publics et services gouvernementaux dans l'achat de vaccins contre la grippe et des médicaments antiviraux dans le cadre de l'étude sur la préparation du Canada en cas de pandémie.

[Traduction]

Vous avez présenté mes collègues, mais j'aimerais souligner que M. Kreker participe au programme de vaccination depuis plus de 10 ans et qu'il est probablement considéré partout au pays comme un spécialiste dans l'acquisition de ces produits particuliers que sont les vaccins.

[Français]

Nous sommes ici pour répondre à vos questions au sujet de l'achat de vaccins contre la grippe et les médicaments antiviraux dans le cadre de la stratégie de préparation à une pandémie. Voici ce dont je vous parlerai aujourd'hui.

[Traduction]

J'aimerais vous donner un aperçu général du processus d'approvisionnement des vaccins et des antiviraux. J'aimerais faire un bref historique du Programme fédéral-provincial-territorial d'achat collectif de médicaments et de vaccins, décrire le processus d'approvisionnement propre à la grippe pandémique et aux vaccins annuels contre la grippe et parler de l'achat de médicaments antiviraux.

[Français]

Comme vous le savez déjà, Travaux publics et services gouvernementaux Canada agit en qualité d'organisme en services communs pour le compte du gouvernement du Canada.

[Traduction]

Nos activités sont principalement orientées vers la prestation de services dans le cadre des programmes offerts par les autres ministères, conseils et organismes du gouvernement du Canada.

Dans le cadre du processus d'achat, nos clients sont appelés à définir leurs exigences opérationnelles, y compris les caractéristiques essentielles des produits et services qu'ils désirent acheter.

Après avoir obtenu ces exigences, Travaux publics examine les sources d'approvisionnement possibles, recense les problèmes contractuels potentiels et détermine le processus d'achat à préconiser. Dans la réalisation de toutes ces étapes du processus, nous suivons les politiques et les règlements sur la passation de marchés du gouvernement du Canada, nous agissons dans le respect des principes d'équité, d'ouverture et de transparence, et nous faisons tout cela en veillant à optimiser l'argent des contribuables.

Le Programme fédéral-provincial-territorial d'achat collectif de médicaments et de vaccins a été mis sur pied en 1973 afin de permettre à tous les paliers de gouvernement de bénéficier des activités d'achat et de réaliser des économies d'échelle. Dans le cadre de son programme, TPSGC achète des vaccins antigrippaux pour le compte des provinces, des territoires et de six ministères fédéraux. Nous faisons ces achats sur la base des estimations fournies par chaque palier de gouvernement. Il revient à chaque province et territoire de définir les paramètres de leurs propres campagnes de vaccination.

En 1998, le Canada a entrepris l'établissement d'un plan national de préparation en cas de pandémie de grippe. En 2000, une demande de proposition a été diffusée afin d'inviter les producteurs de vaccins à soumissionner en vue de l'établissement d'une réserve nationale de vaccins contre la grippe pandémique. Seule une entreprise était disposée à se munir, au Canada, des installations nécessaires pour fabriquer des vaccins en quantités suffisantes pour vacciner toute la population canadienne en cas de pandémie de grippe.

À la suite de l'évaluation de la soumission obtenue, le Canada a attribué un contrat de 10 ans à l'entreprise Shire Biochem Inc. Le contrat garantissait également que le fournisseur répondrait à 50 p. 100 des besoins du Canada au chapitre de ses programmes de vaccination annuelle contre la grippe. Le reste des vaccins sont achetés par l'entremise de deux contrats distincts. Il s'agit de deux contrats de valeur égale attribués aux entreprises GlaxoSmithKline Inc. et à Sanofi Pasteur Ltd.

Les installations de fabrication au Canada appartiennent maintenant à ID Biomedical Corporation, qui est une filiale à 100 p. 100 de GlaxoSmithKline Inc.

[Français]

Dans le cadre des contrats actuels, le Canada paie un tarif annuel de disponibilité de vaccins contre la grippe pandémique ainsi qu'un prix par dose, payable à l'achat du vaccin contre la grippe pandémique. Le tarif de disponibilité du vaccin contre la grippe est versé à l'entrepreneur pour qu'il garde à sa disposition tout le matériel et tout le personnel nécessaires pour produire suffisamment de vaccins pour tous les Canadiens si une pandémie de grippe survenait.

[Traduction]

Le contrat actuel pour le vaccin a permis d'obtenir des produits de très haute qualité à des prix très concurrentiels. Il est important de noter que nous avons eu un accès prioritaire au vaccin antipandémique. Cela signifie que le fabricant doit exécuter les commandes du Canada d'abord avant de pouvoir distribuer ses vaccins à d'autres clients.

La nécessité de fabriquer le vaccin au pays et d'avoir un accès prioritaire n'a jamais été aussi bien démontrée que pendant l'éclosion de H1N1 l'an dernier. En fait, le Canada est l'un des deux pays qui avaient suffisamment de vaccins pour protéger tous ses citoyens en date du 15 décembre 2009. Les États-Unis n'étaient pas dans la même situation que le Canada, même si des contrats avaient été attribués à cinq fournisseurs différents. Le Mexique, qui a fait fabriquer ses vaccins à l'étranger, avait seulement 750 000 doses en mains, même si le premier cas de grippe H1N1 s'est déclaré dans ce pays. Le Canada a obtenu un des meilleurs taux de vaccination au monde.

Les trois contrats de fourniture du vaccin contre la grippe saisonnière ont également été très efficaces. Les fournisseurs du Canada ont livré à temps dans toutes les provinces et dans tous les territoires des produits très efficaces à un coût relativement faible.

Les trois contrats pour les vaccins contre la grippe H1N1 et la grippe saisonnière expirent à la fin mars 2011. Nous travaillons actuellement au processus d'attribution des nouveaux contrats. Étant donné que le lancement du processus d'attribution des nouveaux contrats est en cours, nous ne pouvons malheureusement pas discuter des résultats, puisque l'évaluation des soumissions n'est pas encore terminée.

Le Canada a acquis une vaste expérience au cours des dix dernières années, y compris pendant la pandémie de grippe H1N1 de l'année dernière. Notre expérience démontre, à l'instar de nombreuses études indépendantes sur l'évaluation des risques relatifs à la menace de fermeture des frontières et d'embargos pendant une pandémie, à quel point il est important de pouvoir compter sur un fournisseur principal au pays.

L'expérience tirée de la pandémie de grippe H1N1 a également permis de souligner que, même s'il est indispensable de compter sur la production de vaccins au pays, un contrat avec un fournisseur de réserve pourrait être une solution en cas de problème de production chez le fournisseur principal. Notre processus d'attribution des nouveaux contrats vise à éliminer ce risque en examinant la possibilité de procéder ainsi.

En combinaison avec les vaccins antigrippaux, les médicaments antiviraux sont un élément important de notre programme. La plupart des achats du gouvernement de médicaments antiviraux sont stockés dans deux réserves au Canada. La Réserve nationale de secours, détenue et financée par le gouvernement fédéral, permet de répondre rapidement à la demande pour aider les provinces et les territoires à gérer une pandémie d'influenza. La seconde est une réserve de médicaments antiviraux financée et administrée par les provinces et les territoires.

Lors de la pandémie de grippe H1N1 de 2009, les médicaments antiviraux ont joué un rôle très important afin de combattre la première vague d'influenza. Les réserves ont été précieuses pour combattre la grippe H1N1 et elles continueront d'être un élément clé de la stratégie de préparation en cas de pandémie.

[Français]

Pour terminer, nous considérons que le programme d'achat en vrac de médicaments et de vaccins a été une stratégie bien exécutée.

[Traduction]

Les membres des groupes à l'échelle fédérale, provinciale et territoriale coopèrent, et nous avons établi une solide relation de travail avec nos fournisseurs. Nous collaborons avec nos clients et nos fournisseurs pour améliorer notre solide programme de préparation en cas de pandémie au Canada. Nous répondrons avec plaisir à toutes les questions.

Le président : Une seule entreprise a manifesté son intérêt lors du premier processus d'attribution, mais vous vous êtes retrouvés avec trois entreprises. Je suppose qu'il n'est maintenant plus question de trois, mais bien de deux entreprises, puisque l'une d'entre elles a été acquise par une autre.

Comment cela s'est-il produit? Comment avez-vous pu passer d'une entreprise à trois entreprises?

M. Ring : Je vais clarifier les choses. En 2000, nous avons publié une demande de proposition pour la préparation en cas de pandémie et les vaccins contre la grippe pandémique. Un seul fournisseur a manifesté son intérêt : Shire BioChem. Nous avons donc conclu un contrat avec cette entreprise.

Le contrat garantissait également que l'entreprise fournirait en plus 50 p. 100 des vaccins annuels contre la grippe. Nous voulions ainsi nous assurer qu'elle disposerait d'une capacité de production suffisante au Canada. Si vous nous garantissez une réserve nationale de vaccins contre la grippe pandémique, nous vous assurons en retour que vous produirez 50 p. 100 des vaccins annuels contre la grippe.

L'autre 50 p. 100 faisait partie d'un processus à part, et il a été attribué à deux soumissionnaires. GlaxoSmithKline a obtenu 25 p. 100 et Sanofi Paster a obtenu l'autre 25 p. 100.

Le président : Que s'est-il passé en cours de route? Dans un premier temps, une seule entreprise a manifesté son intérêt, et dans un deuxième temps, vous êtes passés à d'autres soumissions. Vous leur avez garanti 50 p. 100.

M. Ring : Pour ce qui est de la pandémie.

Le président : De quelle façon les deux autres entreprises se sont avancées, étant donné qu'elles n'avaient pas manifesté leur intérêt au départ?

M. Ring : Elles n'étaient pas intéressées, car elles n'étaient pas capables de montrer qu'elles pouvaient produire le vaccin contre la grippe pandémique au pays. La condition en ce qui concerne le premier 50 p. 100, c'était que l'entreprise dispose de la capacité de production nécessaire. Nous cherchions une garantie que l'entreprise serait capable de produire le vaccin contre la grippe pandémique au Canada.

Le président : Vous n'aviez pas à demander cette garantie aux deux autres entreprises, n'est-ce pas?

M. Ring : Les soumissions des deux autres entreprises concernaient le vaccin annuel contre la grippe, et non le vaccin contre la grippe pandémique.

Le président : Nous avons beaucoup entendu parler de l'idée d'avoir un seul fournisseur. Si l'on se fie à un certain nombre de commentaires, ce n'est pas judicieux. Malgré que vous ayez trois fournisseurs, je suppose qu'un seul a le mandat de répondre à une pandémie.

M. Ring : C'est exact.

Le président : Quels sont les avantages et les inconvénients de n'avoir qu'un seul fournisseur? Il me semble que c'est risqué.

M. Ring : Il y a deux aspects dans ce débat. Tout d'abord, avoir au Canada un approvisionnement national garanti de vaccins contre la grippe pandémique s'est avéré très important. Durant la pandémie, d'autres pays n'avaient pas de fournisseur national et n'ont pas été capables d'obtenir tous les vaccins dont ils avaient besoin.

Il y a la question des embargos. En effet, certains pays interdiront l'exportation de vaccins pour garantir leur approvisionnement. Le Canada a une entente très favorable avec un fournisseur national.

Comme je l'ai dit dans ma déclaration préliminaire, puisque nous pourrions faire face à des problèmes avec le fournisseur principal, nous examinons la possibilité d'attribuer un contrat à un fournisseur de réserve. Nous examinons la possibilité de le faire et les coûts que cela engendrerait. Toutefois, ce fournisseur se trouverait vraisemblablement à l'étranger; ce qui poserait un risque : s'il devait y avoir une pandémie et que nous avions besoin de vaccins, nous risquerions de ne pas être capables de les obtenir.

Avoir un fournisseur de réserve donne une assurance supplémentaire, mais dans le cas particulier du Canada, le fournisseur de réserve se trouverait à l'étranger.

Le président : Il ne serait pas du tout possible que le fournisseur de réserve soit au Canada, n'est-ce pas?

M. Ring : Nous l'avons demandé. Lorsque nous avons lancé notre processus d'attribution de nouveaux contrats pour l'approvisionnement national, il n'y avait qu'une seule entreprise intéressée au Canada et c'était GlaxoSmithKline.

Le président : Parlez-vous du fournisseur actuel?

M. Ring : Je parle du processus d'attribution de nouveaux contrats actuel.

Henry Kreker, gestionnaire, Projet d'immunisation antigrippale, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada : Le Canada préférerait avoir plus d'un fournisseur au pays. C'est pourquoi, lorsque nous avons fait notre demande de proposition en 2000, les six ou sept plus grands fabricants étrangers auraient pu soumissionner. Ils avaient la possibilité de soumissionner, mais une seule entreprise a présenté une proposition pour produire les vaccins au pays.

Comme M. Ring l'a dit tout à l'heure, il est primordial d'avoir une capacité de production au Canada, car d'après plusieurs études, il y a un très grand risque que les entreprises à l'étranger ne soient pas capables de nous fournir les vaccins : les gouvernements des pays où se trouvent ces entreprises voudront répondre aux besoins de leur population avant de permettre l'exportation d'un vaccin qui peut sauver des vies.

Le président : Si l'on ne peut pas avoir un deuxième fournisseur au Canada même, est-il préférable d'avoir des fournisseurs de l'extérieur du pays en renfort?

M. Kreker : Ce pourrait être le cas, selon les coûts, évidemment. Quelles sont les chances que le Canada obtienne les vaccins, même si les fournisseurs ont signé un contrat? Leur permettra-t-on d'exporter le vaccin? C'est le problème auquel nous faisons face présentement. Quel montant devrons-nous verser d'avance en sachant que si une pandémie survient, il n'est pas garanti que nous recevrons le produit pour lequel nous avons payé? C'est le genre de questions que nous examinons.

Le président : Monsieur Ring, comme vous l'avez souligné dans votre déclaration préliminaire, il y avait suffisamment de vaccins pour tous les citoyens en date du 15 décembre. Bien des gens ont pensé que le temps avait été mal choisi; ils trouvaient qu'on s'y était pris plutôt tard. Le fait que 45 p. 100 des gens se sont fait vacciner nous amène à nous demander pourquoi le reste de la population ne l'a pas fait. Selon le rapport de Statistique Canada publié la semaine dernière, les gens ne l'ont pas fait parce qu'ils croyaient que ce n'était pas nécessaire. J'ai entendu dire qu'ils pensaient ainsi parce qu'entre autres, ils trouvaient qu'on s'y était pris plutôt tard.

Vous avez un fournisseur supposément fiable qui est censé vous donner la priorité, mais pourquoi a-t-on mis tellement de temps à intervenir?

M. Ring : C'est une excellente question. Dès le mois d'octobre, on a commencé progressivement à distribuer le vaccin contre la grippe pandémique, et d'autres témoins qui comparaîtront plus tard seront en mesure de répondre aux questions sur les programmes provinciaux et territoriaux de vaccination et sur la façon dont les vaccins ont été transportés et distribués.

Selon l'entente contractuelle que nous avons conclue avec le fournisseur, il devait fournir une quantité importante de vaccins dès le mois d'octobre. En réalité, très tôt, nous avons fait face à quelques problèmes concernant la production du vaccin. Ces problèmes se sont réglés rapidement. Lorsque je dis qu'en décembre, il y avait suffisamment de vaccins pour protéger tous les citoyens, en fait, nous dépassions les exigences établies par les différents organismes de la santé fédéraux, provinciaux et territoriaux. Nous pensons que les ententes contractuelles que nous avions prises répondaient aux besoins des Canadiens. Je crois que le Dr Butler-Jones a dit la même chose lorsqu'il a témoigné devant vous la semaine dernière.

Le sénateur Eaton : Comme vous le savez, nous sommes ici pour savoir comment nous pourrions mieux nous y prendre la prochaine fois. Je vis à Toronto. J'ai eu la chance de me faire vacciner très tôt à l'Hôpital St. Michael. À mon avis, bien des gens ont remis la vaccination à plus tard en raison des files d'attente; ils n'étaient jamais certains qu'ils se feraient vacciner. On pouvait attendre deux heures à l'hôtel de ville.

Une fois que les provinces obtiennent les vaccins, elles sont responsables de la planification, de la coordination et de la distribution des vaccins. Quelles leçons avons-nous apprises la dernière fois? Pourrions-nous faire des recommandations aux provinces? Certaines provinces ont procédé à la vaccination dans les écoles, dans les milieux de travail, ce qui me semble très efficace. Il semble qu'on ait géré la vaccination de façon chaotique à Toronto; on amenait les gens à se présenter pour ensuite les faire attendre en ligne pendant des heures. Est-ce vous qui êtes en mesure de nous dire les leçons que nous avons apprises et les améliorations qu'il faut apporter?

M. Ring : Nous sommes intéressés à tirer des leçons de notre expérience l'an dernier qui pourraient nous aider à améliorer notre responsabilité collective tant au fédéral qu'au provincial afin de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité des Canadiens.

Pour nous, le transport des produits que nous obtenons est un élément fondamental. Toutefois, en ce qui concerne les programmes de vaccination, il serait probablement préférable que vous posiez la question directement à des organismes provinciaux. Si ce sont les provinces qui mettaient les programmes de vaccination sur pied et qui les offraient, certains des représentants du domaine de la santé qui comparaîtront plus tard ce soir pourraient être en mesure de répondre à cette question.

Je demanderais à M. Kreker d'expliquer au comité le processus de transport depuis l'usine du fournisseur.

Le sénateur Eaton : Les provinces recevaient-elles les vaccins en même temps? Leur disait-on combien de vaccins elles recevraient et à quoi elles devaient s'attendre? Avez-vous des recommandations à faire pour la prochaine fois?

M. Kreker : Nous collaborons étroitement avec le fournisseur ainsi que toutes les provinces et tous les territoires pour déterminer la quantité de vaccins qu'il faut leur envoyer. Dans le cadre du contrat, le fournisseur s'est engagé à leur en fournir certaines quantités, qui ont été établies en 2001. On était censé en fournir environ deux millions par semaine, pour un total de huit millions par mois à partir de la mi-novembre, soit lorsque le contrat entrait en vigueur.

En raison de l'intérêt suscité et de l'importante demande, le calendrier a été quelque peu modifié en octobre 2009. Nous avons rencontré le fournisseur pour lui demander s'il était possible d'accélérer le processus, et la distribution a commencé vers la fin octobre plutôt qu'à la mi-novembre comme il était prévu au départ. Il devait distribuer le vaccin à un rythme que nous avions négocié, soit un peu plus rapidement que ce qu'exigeait le contrat initial. Au début du processus, le fournisseur a eu des difficultés mineures, mais comme M. Ring l'a dit, il les a résolues rapidement, tout est revenu à la normale, et nous avions suffisamment de vaccins pour tout le monde à partir de la mi-décembre.

En ce qui concerne le transport, chaque lot qui sort de la chaîne de production, qui compte habituellement 500 000 doses environ, est ensuite réparti entre les provinces. Le gouvernement fédéral et les provinces décident ensemble combien de doses chaque province recevra. Le fournisseur communique avec nous pour nous dire qu'un lot sort de la chaîne de production, qu'il y a 500 000 doses, et nous l'informons de la quantité que chaque province doit recevoir et des endroits exacts où les doses doivent être envoyées dans les provinces. Après avoir reçu sa part, la province est responsable de la distribution du vaccin et de la vaccination.

Le sénateur Eaton : Croyez-vous qu'en tant que ministère fédéral, vous devriez faire des recommandations sur la façon de gérer la vaccination s'il devait y avoir une autre pandémie? Le tout s'est déroulé de façon différente et chaotique dans chaque province. Une personne de Santé Canada est sûrement en train de faire le bilan de toute cette expérience. Bien entendu, les provinces ne sont pas obligées de suivre vos recommandations, mais des recommandations ne devraient-elles pas découler de cette expérience?

M. Ring : Je crois qu'une personne représentant Sécurité publique Canada a comparu devant vous, et je sais que ce ministère a entrepris un programme sur les leçons tirées de cette expérience. Sénateur, il faudrait que je vérifie les détails pour voir si ce type de recommandations figurent dans le rapport fédéral sur les leçons apprises durant la pandémie de grippe H1N1 —, car je ne voudrais pas vous induire en erreur.

Le sénateur Eaton : L'une des choses que j'ai apprises en siégeant aux comités, c'est que dans notre pays, nous fonctionnons en vase clos. Une province ne tend pas à se servir des pratiques exemplaires d'une autre comme exemple. C'est pourquoi je crois que c'est fondamental.

M. Ring : Je crois qu'on a très vite reconnu qu'il était important d'examiner tout ce qui aurait pu être mieux fait et d'émettre un rapport sur les leçons apprises, en ne perdant pas de vue que, comme le Dr Butler-Jones l'a dit, beaucoup de gens croient qu'on a bien répondu à la demande.

Le sénateur Eaton : Ce n'est pas ce que je suis en train de dire.

M. Ring : C'est important pour nous également, d'où notre évaluation de la possibilité d'attribuer un contrat à un fournisseur de réserve et du rapport coût-efficacité de cette option.

Le sénateur Merchant : Merci à nos intervenants.

Vous avez parlé d'optimiser l'argent des contribuables. Qui finance le vaccin? Est-ce le gouvernement fédéral, les provinces ou s'agit-il d'une responsabilité partagée entre les deux paliers de gouvernement?

M. Ring : Il s'agit d'une responsabilité partagée.

Le sénateur Merchant : S'agit-il d'un partage 50-50? Êtes-vous au courant?

M. Kreker : Le vaccin contre la grippe saisonnière, qui est le vaccin administré chaque année, est payé par les provinces et les territoires. L'achat du vaccin contre la grippe pandémique effectué l'an dernier s'est fait sur la base du partage des frais. Il s'agit d'un accord ponctuel entre le gouvernement fédéral et les provinces; le gouvernement fédéral a payé 60 p. 100 du coût du vaccin et les provinces en ont payé 40 p. 100.

Le sénateur Merchant : Vous avez dit que vous aviez suffisamment de vaccins contre la grippe pandémique pour tous les Canadiens. En même temps, nous savons que moins de 45 p. 100 des Canadiens se sont fait vacciner. Qu'avez-vous fait des doses non utilisées? Également, vous aviez stocké 55 millions de doses d'antiviraux dans des réserves. Que fait-on de ces vaccins et quelles normes d'efficacité sont utilisées au Canada pour les vaccins?

M. Ring : Je m'excuse, sénateur Merchant, mais il vous faudra poser ces deux questions à des représentants du domaine de la santé. En tant qu'acquéreurs, nous achetons le vaccin, il est fourni aux provinces, et c'est là que notre travail s'arrête.

Sénateur, vous avez posé une très bonne question. Je crois que des gens auront des réponses à vous donner au sujet des vaccins inutilisés. Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question.

[Français]

Le sénateur Champagne : Notre président a mentionné tout à l'heure, et cela a été répété, que nous étions tous un peu déçus que seulement 45 p. 100 des Canadiens se soient prévalus de ce qu'on leur offrait, à savoir d'être vaccinés contre cette grippe pandémique.

Notre gouvernement a quand même fait beaucoup de publicité pour inciter les gens à se faire vacciner. Au Québec, je pense que c'est sans doute la province où on a le mieux répondu. Je pense que le pourcentage de gens qui s'est fait vacciner est le plus important.

Les gens se rendaient — un peu comme le disait le sénateur Eaton — et faisaient de longues files, attendaient des heures et souvent, à un moment donné, on disait : « Ah! c'est fini pour aujourd'hui, retournez chez vous et revenez demain. » On nous donnait comme raison que le vaccin avait une durée de vie très courte. Pour ceux qui arrivaient dans la clinique, ils n'étaient valables que pendant un certain nombre d'heures. Après, on ne pouvait plus les injecter aux gens.

Est-ce vrai que ce que vous avez acheté n'avait qu'une très courte durée de vie? Est-ce qu'on n'en avait pas distribué suffisamment? Je veux bien croire que les gens de mon âge ont été repoussés très tard avant qu'on y ait droit. J'en viens aux gens qui ont fait la ligne pendant des heures et des heures pour se faire dire : « On doit fermer pour aujourd'hui parce que les vaccins ne seront plus bons, cela fait trop longtemps qu'on les a reçus. » Était-ce un prétexte ou la vérité? Voilà ce que je veux savoir.

M. Ring : Effectivement, ce n'est pas à moi qu'on doit poser ces questions.

Le sénateur Champagne : Cependant, c'est vous qui avez commandé le vaccin.

[Traduction]

Le vaccin a-t-il une courte durée de conservation?

M. Ring : Non, il n'a pas nécessairement une durée de conservation d'un jour ou deux. Le contrat prévoyait une longue durée de conservation. Je n'ai pas entendu dire qu'on a fermé des cliniques pour une question de durée de conservation, mais encore une fois, vous devriez poser la question à des professionnels de la santé. Le contrat précisait que la durée de conservation était de 18 mois, et non de 18 heures ou de plusieurs heures.

[Français]

Le sénateur Champagne : Vous me rassurez beaucoup, c'est bien ce qu'on nous a dit dans les bulletins de nouvelles, ce qu'on a dit dans les journaux. Ces gens ont été retournés chez eux parce que les vaccins qu'on avait n'auraient plus été valables. Il ne faut pas acheter les vaccins de cette catégorie. C'est vous qui les achetiez.

[Traduction]

Le sénateur Ogilvie : Je veux obtenir des précisions sur le processus général d'attribution de contrat.

Si je me fie au document que vous nous avez lu aujourd'hui, je veux savoir si j'ai bien compris : si nous devions examiner l'ancien contrat en ce moment, nous constaterions qu'un fournisseur produisait 100 p. 100 des vaccins contre la grippe pandémique, et que par suite de la reconfiguration de l'industrie, ce fournisseur s'est retrouvé à produire 75 p. 100 des vaccins annuels contre la grippe et qu'un autre fournisseur en produisait 25 p. 100, n'est-ce pas?

M. Ring : C'est exact.

Le sénateur Ogilvie : Je veux maintenant parler du processus actuel et de vos observations sur la demande de proposition actuelle. Avez-vous bien dit que nous examinons la possibilité de négocier avec une entreprise pour la production de 100 p. 100 des deux types de vaccins, soit le vaccin contre la grippe pandémique et le vaccin annuel contre la grippe?

M. Ring : Non. En août, nous avons fait afficher deux demandes de propositions au Service électronique d'appels d'offres du gouvernement. La première portait sur l'approvisionnement national en vaccins contre la grippe pandémique et en vaccins annuels contre la grippe, et la seconde portait seulement sur l'approvisionnement en vaccins annuels et un approvisionnement de réserve en vaccins contre la grippe pandémique. Ai-je répondu à votre question?

Le sénateur Ogilvie : Je crois vous avoir entendu dire, et c'est peut-être à ce moment-là que j'ai mal interprété vos propos, qu'une seule entreprise avait répondu à vos demandes de propositions.

M. Kreker : Comme M. Ring l'a dit, nous avons fait afficher deux demandes. L'une visait à attribuer un contrat à un fournisseur national de vaccins contre la grippe pandémique, qui allait être le fournisseur principal. Le fournisseur principal obtiendrait également une certaine partie du marché national du vaccin contre la grippe saisonnière. L'autre demande visait à attribuer un contrat à un fournisseur de réserve en cas de pandémie, mais il ne devait pas nécessairement être installé au Canada. Nous préférerions qu'il le soit, mais nous savons d'expérience que la construction de nouvelles installations au Canada coûterait probablement trop cher aux fabricants. Nous avons pris note des préoccupations des Canadiens, qui n'aiment pas qu'on mette tous nos œufs dans le même panier. Nous examinons la possibilité d'attribuer un contrat à un fournisseur de réserve pour les vaccins contre la grippe pandémique, même si ce fournisseur devait se trouver à l'étranger et qu'il y a un risque d'embargo si une grave épidémie devait exploser; le gouvernement pourrait décider de répondre aux besoins de ses citoyens avant de permettre l'exportation du vaccin.

Le sénateur Ogilvie : Je comprends toutes les complications qu'engendre l'attribution de contrat à un fournisseur étranger. Je croyais vous avoir entendu dire qu'une seule entreprise avait répondu à vos demandes de propositions. Je veux savoir ce que cela veut dire. J'ai compris que c'était le cas pour vos deux demandes de propositions.

M. Kreker : Nous n'avons pas reçu qu'une seule réponse, mais nous sommes en train de les évaluer. Nous ne pouvons pas vous donner de détails, mais nous n'avons pas reçu qu'une seule réponse.

Le sénateur Ogilvie : Vous en avez reçu plus qu'une pour les deux demandes de propositions?

M. Kreker : En tout, trois fournisseurs ont répondu pour les deux demandes de propositions.

Le sénateur Ogilvie : Merci. J'avais interprété le commentaire de façon complètement différente. C'est bon.

Si je prends en compte notre capacité nationale, je comprends ce que vous avez dit concernant la réponse aux demandes d'approvisionnement lors de la pandémie précédente. Je comprends mieux ce que vous avez dit au sujet de la réponse à vos demandes de propositions actuelles.

Du point de vue de la capacité canadienne, combien d'entreprises au pays auraient les installations nécessaires pour fabriquer 25 p. 100 de notre production annuelle de vaccins contre la grippe?

M. Kreker : À ma connaissance, un seul fournisseur au Canada fabrique le vaccin contre la grippe. N'oubliez pas que pour entrer dans cette catégorie, le vaccin au complet doit être fabriqué au pays, c'est-à-dire que les œufs doivent provenir du Canada, et cetera.

Actuellement, seulement un fournisseur au Canada produit tout ce qui est nécessaire pour lutter contre la grippe. Nous avons d'autres fabricants de vaccins qui pourraient se lancer dans la production du vaccin contre la grippe. S'ils décidaient de le faire, ils pourraient présenter une soumission et construire les installations nécessaires pour la fabrication du vaccin, ou transformer des installations qui sont déjà équipées pour fabriquer d'autres types de vaccins, y compris le remplissage et l'emballage. Ils n'ont cependant pas manifesté d'intérêt à soumissionner pour l'approvisionnement national.

Le sénateur Ogilvie : Je comprends. Revenons à votre évaluation des capacités canadiennes dans ce domaine. Je comprends bien les étapes de la production d'un vaccin. Je comprends aussi qu'un nombre limité de fournisseurs ont donné une réponse.

À votre avis, combien d'entreprises canadiennes pourraient, si elles décidaient de le faire, fabriquer 25 p. 100 du nombre de vaccins contre la grippe dont nous avons besoin chaque année?

M. Kreker : Vous savez probablement déjà que nous avons effectué une consultation auprès de l'industrie en mars dernier, avant de lancer les appels d'offres pour répondre aux exigences du Canada et des provinces. Six fournisseurs étaient présents à la consultation. Il existait un septième fournisseur qui a choisi de ne pas y assister. Selon moi, si n'importe lequel de ces sept fournisseurs avait décidé de construire les installations nécessaires au Canada, il aurait pu le faire.

Le sénateur Ogilvie : Merci. Et voilà. Je crois avoir obtenu la réponse que je cherchais.

M. Kreker : N'importe lequel des sept fournisseurs était en mesure de présenter une soumission pour répondre à la demande.

Le sénateur Callbeck : Merci pour vos exposés. Je me reporte maintenant à la page 6 du mémoire, au sujet des coûts. On y dit que dans le cadre du contrat actuel sur le vaccin contre la pandémie, le Canada paie un tarif annuel de disponibilité de vaccins contre la grippe pandémique. Quel est ce tarif?

M. Kreker : Le prix négocié avec chaque entreprise est un renseignement commercial confidentiel. Je ne peux pas dévoiler cette information sans avoir le consentement de la partie signataire du contrat.

M. Ring : Cette personne comparaîtra plus tard ce soir; vous pourrez lui demander.

Le sénateur Callbeck : Il y a un tarif de disponibilité ainsi qu'un prix par dose. Le mémoire précise que le Canada a payé un prix très concurrentiel pour ces doses.

M. Ring : En effet.

Le sénateur Callbeck : Pouvez-vous nous donner le coût total, avec le tarif de disponibilité, et le comparer à ce que paient d'autres pays?

M. Ring : M. Kreker vous donnera plus d'information à ce sujet. Il devra cependant s'arranger pour répondre à cette question sans dévoiler de renseignement commercial confidentiel.

Nous avons comparé le prix que nous payons avec celui que paient d'autres pays et nous pouvons vous assurer qu'il est très raisonnable.

M. Kreker : Dans le cadre de nos discussions avec l'industrie, qui incluaient les six fournisseurs qui ont assisté aux consultations de mars dernier, on nous a précisé que les prix que nous payons actuellement pour les vaccins saisonniers se comparent avec les prix payés par les pays du tiers monde, plutôt qu'avec ceux payés par les pays occidentaux riches. Les prix que nous avons payés pour les vaccins saisonniers étaient extrêmement bas comparés à ceux d'autres pays occidentaux développés.

Par exemple, nous avons payé moins de la moitié de ce qu'ont payé nos voisins du Sud, qui achètent pourtant 10 fois plus de vaccins que nous. Est-ce que cela vous rassure?

Le sénateur Callbeck : C'est parfait. À la page 4, vous parlez de la quantité commandée pour toutes les provinces. Cette quantité a été calculée d'après les estimations que chacune des provinces a envoyées. Combien de doses ont été commandées?

M. Kreker : Parlez-vous du vaccin pandémique?

Le sénateur Callbeck : Oui.

M. Kreker : Nous avons commandé 50,4 millions de doses de vaccin pandémique en août 2009.

Le sénateur Callbeck : Avez-vous dit 50 millions de doses?

M. Kreker : Oui, nous en avons commandé 50,4 millions.

Le sénateur Callbeck : C'est plus que la population du pays.

M. Kreker : Il s'agissait d'un vaccin tout à fait nouveau pour nous protéger d'un virus jusqu'alors inconnu. Un vaccin pandémique est un nouveau médicament, ce qui fait qu'au moment où nous l'avons commandé, nous ne savions pas encore si une ou deux doses devaient être administrées pour provoquer la réaction immunitaire attendue chez une personne. Nos collègues de Santé Canada pourront entrer dans les détails.

Au moment de commander les vaccins pour le Canada et les provinces, donc, on ne connaissait pas encore avec certitude le nombre de doses nécessaires pour protéger efficacement chaque citoyen. Deux doses par personne auraient pu être nécessaires, comme ce fut le cas pour la grippe aviaire dans les dernières années. Nous ne pouvions pas prendre le risque de commander seulement une dose par personne, juste au cas où il en aurait fallu deux. C'est pourquoi 50,4 millions de doses ont été commandées.

Le sénateur Callbeck : Quand a-t-on pu déterminer si une ou deux doses étaient nécessaires?

M. Kreker : Je crois que nos collègues, qui feront d'ailleurs partie du prochain groupe de témoins, pourront mieux répondre à cette question de détail.

Le sénateur Callbeck : Je ne sais pas si c'est à vous que je devrais poser ma prochaine question, qui porte sur l'emballage des vaccins, ou si je devrais attendre les autres témoins. Qui a décidé du format d'emballage?

Le Dr Donald E. Low, de l'hôpital Mount Sinai, a comparu devant le comité la semaine dernière. Il a parlé des problèmes que causait l'emballage du vaccin aux médecins qui devaient l'administrer. Chaque flacon contenait 10 doses, ce qui signifie qu'après en avoir mélangé le contenu, on devait administrer 10 vaccins dans les 24 heures, afin de ne pas avoir à jeter ce qui restait dans le flacon. De plus, le vaccin arrivait en paquets de 500 doses, ce qui obligeait le médecin à administrer au moins 500 vaccins. Qui a décidé tout cela?

M. Kreker : Le fabricant a décidé du format d'emballage en présumant que le vaccin était destiné aux cliniques de vaccination de masse. C'est pourquoi il a décidé d'emballer le vaccin en gros paquets plutôt qu'en petits. Mais comme nous avons pu le constater la saison dernière, l'hypothèse de départ était fausse. Nous sommes en train d'ajuster le nouveau processus d'appel d'offres afin de favoriser la production d'emballages plus petits qui conviendront mieux à ceux qui devront s'en servir.

Le sénateur Callbeck : Voilà une leçon que nous avons apprise.

Le président : Est-ce que cela signifie que des paquets plus petits seront envoyés aux médecins qui n'ont pas participé au programme parce que les emballages étaient trop volumineux? C'est ce que nous avons entendu.

M. Kreker : La taille des paquets sera déterminée en consultation avec les provinces et les territoires ainsi qu'avec des représentants de l'Agence de la santé publique du Canada. La capacité des fabricants sera aussi prise en compte. À titre de renseignement, le Canada compte pour moins de 2 p. 100 du marché mondial du vaccin. Les fabricants multinationaux expédient, produisent et fabriquent le vaccin en vue de le vendre partout dans le monde. La quantité de vaccins par emballage qui convient au Canada ne convient peut-être pas à d'autres pays. Si nous demandions une quantité précise de vaccins par emballage, le fabricant devrait installer une nouvelle ligne d'emballage. Si cette quantité ne convenait qu'au Canada, le vaccin serait alors plus cher. Puisque notre pays n'occupe que 2 p. 100 du marché, les fabricants ne voient pas l'utilité de changer leur méthode d'emballage. Les fournisseurs ont aussi reçu le même genre de plaintes des autorités d'autres pays, alors je suis sûr qu'ils seront en mesure d'étudier la question et de vous communiquer les arrangements pour l'avenir. Quant à nous, nous préférons des emballages plus petits.

Le sénateur Seidman : Monsieur Ring, à des fins de clarification, à la page 3, vous dites :

Dans le cadre du processus d'achat, nos clients sont appelés à définir leurs exigences opérationnelles, y compris les caractéristiques essentielles des produits et services qu'ils désirent acheter.

Pourriez-vous préciser cet énoncé, je vous prie?

M. Ring : En gros, ce n'est pas à nous de déterminer les besoins. Nos clients nous disent ce dont ils ont besoin, et nous l'obtenons pour eux. C'est tout ce que cela signifie. Par exemple, nous ne décidons pas de la quantité de vaccins à donner à un client. Nous ne prenons pas cette décision.

Le sénateur Seidman : Parlez-vous des provinces et des territoires?

M. Ring : Dans ce cas, oui, parce que nous achetons pour le compte de provinces et de territoires, ainsi que pour six ministères fédéraux — le MAECI, entre autres.

Le sénateur Seidman : Les provinces et les territoires sont responsables de la planification, de la coordination et de la prestation des programmes d'immunisation. Ces programmes varient d'une province à l'autre. Nous savons que la situation au Canada est unique; par exemple, les États-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni ont des systèmes centralisés.

Est-ce que cela vous a causé des difficultés en particulier? Que changeriez-vous si vous en aviez la possibilité?

M. Ring : Est-ce que vous me demandez si le fait de combiner les besoins de 13 provinces et territoires complique le processus d'approvisionnement?

Je vais répondre de façon générale et je vais ensuite demander à M. Kreker de donner plus de précisions par rapport à la situation de l'an dernier.

À priori, je dirais que non; nous n'avons qu'à regrouper les besoins, et sachez que le Programme fédéral-provincial- territorial d'achat collectif a pour but ultime de nous faire bénéficier d'économies d'échelle. Je pense que nous avons atteint cet objectif.

Monsieur Kreker, le fait de recevoir les besoins de 13 différentes administrations vous a-t-il occasionné des problèmes particuliers l'an dernier?

M. Kreker : À ma connaissance, il n'y a pas eu de problème de communication avec les provinces ni avec nos clients fédéraux. Nous exécutons ce programme depuis plus de 30 ans. Nous rencontrons régulièrement nos clients, toutes les provinces et tous les territoires, ainsi que les ministères fédéraux, et nous tenons des consultations téléphoniques avec eux, au besoin. Nous avons établi de très bonnes communications avec les provinces et les territoires, de même qu'avec les ministères fédéraux. Ce programme nous a permis de réaliser d'importantes économies, ce qui a été encore plus profitable pour les petites administrations. On a pu économiser sur le coût des produits et, parce que les activités d'achat étaient réunies en une seule, on a pu réduire les coûts administratifs. Comme je l'ai dit plus tôt, on a pu épargner grâce aux économies d'échelle.

De notre point de vue, nos clients nous disent de combien de vaccins ils ont besoin et nous leur fournissons la quantité demandée. Comme M. Ring l'a dit précédemment, en ce qui concerne les vaccins saisonniers, aucun incident ne s'est produit depuis que je participe au programme, soit depuis dix ans. Comme bon nombre d'entre vous s'en souviennent probablement, en 2004, des navires en provenance de Seattle accostaient à Vancouver chargés de gens qui tentaient d'obtenir le vaccin, étant donné que nos voisins du Sud n'avaient pas eu autant de chance. C'est d'ailleurs l'une des principales raisons pour lesquelles les États-Unis ont dépensé autant d'argent, soit des milliards de dollars, dans la mise en place d'une capacité de production nationale de vaccins. Les dépenses que le Canada a engagées jusqu'à présent sont minimes comparativement à celles des États-Unis.

Le sénateur Seidman : À la page 5, vous dites :

Les installations de fabrication du vaccin contre la grippe pandémique au Canada ont changé de propriétaires au cours des dix dernières années. L'usine appartient maintenant à ID Biomedical Corporation, qui est une filiale à 100 p. 100 de GlaxoSmithKline Inc.

Pourriez-vous nous donner plus de détails, s'il vous plaît?

M. Ring : Quand nous avons signé le contrat, l'usine appartenait à Shire BioChem, mais elle a changé de mains à deux reprises durant ces dix années. J'ignore qui était le propriétaire intermédiaire, mais je suis convaincu que M. Kreker le sait. Par la suite, ID Biomedical Corporation, qui est une filiale à 100 p. 100 de GlaxoSmithKline, a acheté l'usine.

Le sénateur Seidman : Est-ce que cela signifie que l'usine de fabrication canadienne avec laquelle nous faisons affaire pour le vaccin pandémique appartient à GSK?

M. Ring : Oui.

Le sénateur Seidman : Selon vous, quel rôle le Canada devrait-il jouer dans la fourniture des vaccins aux autres pays, tels que les pays en développement?

M. Ring : Il m'est difficile de me prononcer sur cette question. Nos collègues de Santé Canada seraient mieux placés pour vous répondre. Grosso modo, vous n'avez qu'à nous dire combien vous en voulez et ce que vous voulez en faire et nous, en tant que responsables de l'approvisionnement, nous vous l'obtiendrons.

Le sénateur Martin : D'après ce que vous avez dit dans votre déclaration et vos réponses, je tiens à vous féliciter pour votre excellent travail, qui était de veiller à ce que les Canadiens aient accès au vaccin. Vous en avez donné plus que le client en demandait.

Je viens de la Colombie-Britannique et je sais que le taux de vaccination dans ma province a été le plus faible. Le gouvernement s'est acquitté de sa tâche en fournissant le vaccin, n'empêche que j'ai des amis et de la famille qui, pour toutes sortes de raisons, ne se sont pas fait vacciner. Il y a une limite à ce que nous pouvons faire, mais il faudrait peut- être sensibiliser les gens et mieux se préparer à la prochaine pandémie.

Ma question porte sur le renforcement de notre capacité d'action. Même si votre rôle consiste à assurer l'approvisionnement, pourriez-vous nous dire comment on peut renforcer notre capacité d'action? J'imagine que le recours possible à un fournisseur étranger rendrait le processus plus concurrentiel.

Vous avez cité quelques leçons tirées, mais à la page 6, vous dites que nous pouvons apprendre de nos erreurs et de celles des autres. Avez-vous retenu des leçons des autres administrations qui pourraient avoir une incidence sur la façon dont vous réagirez à la prochaine pandémie?

M. Ring : Je vais essayer de répondre en deux volets, pour ce qui est des leçons tirées et du renforcement de notre capacité d'action. Mais tout d'abord, j'aimerais vous remercier pour votre compliment, et j'aimerais dire qu'on a un système en place pour que tout soit fait dans l'ordre. Il y a des employés dévoués tels que M. Kreker, qui se consacre à cette tâche depuis 10 ans. M. Kreker a travaillé jour et nuit pour que l'approvisionnement soit fait à temps et de façon adéquate. Tout le mérite revient aux gens comme M. Kreker, et je vous remercie en son nom.

Tout d'abord, une façon de renforcer la capacité d'action du Canada dans le processus d'approvisionnement, qu'il s'agisse de vaccins ou d'autres produits, c'est de fixer bien à l'avance les besoins à long terme. C'est ce que nous avons fait en particulier dans le cas des vaccins. Nous avons conclu un contrat de 10 ans, ce qui garantit la sécurité à long terme dont les compagnies privées ont besoin pour faire une analyse de rentabilisation adéquate et décider d'investir ou non dans le type d'installations nécessaires pour la fabrication des produits. C'est ce que nous avons appris.

Nous avons tiré des leçons à propos de la planification et de l'approvisionnement national garanti, c'est-à-dire de la nécessité d'avoir une source d'approvisionnement canadienne pour le vaccin pandémique. Tout cela montre que nous faisons notre possible pour encourager le renforcement de la capacité d'action au Canada.

À l'occasion de la journée de l'industrie tenue en mars dernier, comme on l'a déjà indiqué, nous avons rencontré les représentants de six entreprises. Ils ont compris nos besoins à long terme, de même que les risques et les avantages liés à ce genre de soumissions. Je dirais que le système que nous avons en place pour l'attribution de contrats d'approvisionnement garanti à long terme contribue à renforcer la capacité d'action de l'industrie.

Quant aux leçons tirées des autres administrations, c'est une bonne question à laquelle je n'ai pas de réponse. Encore une fois, pour ce qui est des leçons retenues à l'échelle du gouvernement, je ne dis pas — et je ne l'ai pas dit dans ma déclaration — que nous n'avons pas de leçons à tirer à Travaux publics, mais qu'il y a des leçons à tirer de façon plus générale sur la façon de nous préparer à une pandémie. Cela relève du domaine des professionnels de la santé. Il y a des organisations internationales qui échangent des pratiques exemplaires et s'assurent que les diverses administrations reçoivent l'information. Je crois que c'est ce qu'on fait actuellement.

Le sénateur Cordy : Nous avons effectivement beaucoup de chance de vivre au Canada et vous le réalisez sans doute davantage lorsque vous voyagez dans d'autres pays.

À Travaux publics, vous vous occupez strictement de l'approvisionnement; vous attribuez les contrats et les signez, puis vous fournissez le produit. Avez-vous distribué les vaccins directement aux provinces et aux territoires?

M. Ring : Je vais m'en remettre à M. Kreker pour cette question.

M. Kreker : Le Canada peut s'estimer chanceux d'avoir un fournisseur national de vaccins capable de combler les besoins de la population. Nous sommes l'un des rares pays dans le monde à avoir cette chance.

Nous étions un modèle en 2001, et les autres pays s'inspirent de nous aujourd'hui. À la suite de la pandémie de l'an dernier, le Mexique a décidé d'engager 125 millions de dollars, si je ne me trompe pas, pour construire des installations afin qu'un vaccin soit prêt avant janvier.

Pour répondre à votre question, madame le sénateur, nous avons pris des dispositions concernant la distribution des vaccins, de sorte que les lots de vaccins se sont rendus directement dans les provinces et les territoires qui les avaient demandés. Les provinces nous ont transmis leurs coordonnées et nous avons expédié les vaccins aux bons endroits.

Le sénateur Cordy : J'aimerais revenir à la question du sénateur Callbeck concernant les 50,4 millions de doses commandées. Qui a pris cette décision? Était-ce Travaux publics ou Santé Canada?

M. Kreker : La quantité de vaccins à commander a été déterminée conjointement par les provinces, les territoires et les ministères fédéraux.

Le sénateur Cordy : Avons-nous déboursé pour ces 50,4 millions de doses?

M. Kreker : C'était la commande initiale. Nous avons réduit la commande considérablement lorsque nous avons reçu l'information. Au bout du compte, la quantité réelle de vaccins que nous avons obtenue était de loin inférieure à 50,4 millions de doses.

Le sénateur Cordy : Statistique Canada nous dit que 41 p. 100 de la population s'était fait vacciner et, selon l'Agence de la santé publique du Canada, le taux de vaccination se situait à 45 p. 100. Par conséquent, même si on parlait de 50 p. 100 de la population — et je sais que ce n'était pas autant —, on n'aurait toujours pas besoin de 50,4 millions de doses. Trente-deux millions de doses auraient suffi, même en administrant deux doses du vaccin à chaque citoyen, mais il s'avère qu'une seule dose a suffi. L'idée qu'on ait commandé autant de doses pour la vaccination au Canada me rend un peu nerveuse.

M. Kreker : Nos collègues de Santé Canada seraient probablement mieux en mesure de répondre à cette question. Toutefois, comme je l'ai dit plus tôt, à l'époque, nous ne savions pas s'il fallait administrer une ou deux doses du vaccin.

Les professionnels de la santé pourront vous dire comment ils en sont arrivés à ce nombre. Par contre, même après avoir passé la commande, nous n'avons pas reçu les 50,4 millions de doses. La quantité réelle était beaucoup moindre.

Le sénateur Cordy : Combien de doses avons-nous payées?

M. Kreker : Je n'ai pas les chiffres exacts sous les yeux, mais je les communiquerai volontiers à la greffière.

Le président : Combien de doses avez-vous achetées?

M. Kreker : Je pense que c'est ce que m'a demandé Mme le sénateur. Nous avions commandé 50,4 millions de doses au départ, mais nous avons réduit cette quantité dès que nous avons reçu l'information.

Le président : Vous ignorez de combien de doses vous avez réduit la quantité?

M. Kreker : Une partie des vaccins a été achetée en vrac, et l'adjuvant était vendu séparément de l'antigène. Certains vaccins et adjuvants ont été entreposés pour un usage futur.

Le président : Vous nous transmettrez cette information plus tard.

M. Kreker : Absolument.

Le président : Nous n'avons plus de temps, alors j'aimerais vous remercier d'être venus témoigner et d'avoir expliqué votre rôle à titre de responsables de l'approvisionnement.

Notre prochain groupe de témoins réunit des représentants de Santé Canada et de l'Agence de la santé publique du Canada. Accueillons Meena Ballantyne, sous-ministre adjointe, Direction générale des produits de santé et des aliments, Santé Canada, et Elwyn Griffiths, directeur général, Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, Santé Canada. Ensuite, de l'Agence de la santé publique du Canada, nous allons entendre John Spika, directeur général, Centre de l'immunisation et des maladies respiratoires infectieuses, et la Dre Barbara Law, chef de Sécurité des vaccins, Centre de l'immunisation et des maladies respiratoires infectieuses.

Meena Ballantyne, sous-ministre adjointe, Direction générale des produits de santé et des aliments, Santé Canada : Je vous remercie, honorables sénateurs, de me donner l'occasion de vous parler de l'importance des vaccins et d'autres produits de santé dans notre lutte contre l'épidémie de grippe H1N1 en 2009-2010.

[Français]

Je suis accompagnée de mon collègue, le Dr Elwyn Griffith, le directeur général de la Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, qui vous parlera de l'aspect réglementaire.

[Traduction]

J'ai deux autres collègues dans l'assistance, soit la Dre Supriya Sharma, directrice générale de la Direction des produits thérapeutiques, qui s'occupait de la manipulation des antiviraux, des désinfectants et des masques, ainsi que le Dr Chris Turner, qui était chargé de surveiller les réactions indésirables de l'antiviral.

Pour mettre les choses en perspective, sachez que la Direction générale des produits de santé et des aliments est l'organisme qui réglemente les produits de santé. Nous attestons l'innocuité, la qualité et l'efficacité des vaccins, des antiviraux et de certains autres produits de santé comme ceux qui ont été utilisés durant la pandémie de l'an dernier. Nous évaluons s'ils sont sûrs, s'ils sont fabriqués selon les pratiques appropriées et s'ils produisent l'effet prévu avant leur distribution à la population canadienne.

Lors de la récente pandémie de l'an dernier, notre objectif était de favoriser l'accès à ces produits. Comme un des sénateurs l'a fait remarquer, nous avons l'air de travailler en vase clos, mais nous avons tous des rôles distincts mais étroitement liés.

La Direction générale des produits de santé et des aliments est responsable de l'autorisation de mise en marché des vaccins et des antiviraux. Cela signifie que des scientifiques de Santé Canada examinent les produits et peuvent en garantir l'innocuité, la qualité et l'efficacité. L'Agence de la santé publique du Canada, en collaboration avec les provinces et les territoires, ainsi qu'avec nos collègues de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, est responsable de l'approvisionnement et des directives d'utilisation. Nous déterminons quelles quantités sont nécessaires, puis de quelle façon et à quel moment les produits doivent être utilisés. Évidemment, ce sont les provinces et les territoires qui, au bout du compte, veillent à la fourniture des produits à la population, y compris à la mise en place de programmes d'immunisation ainsi qu'à la distribution et à la bonne utilisation du vaccin.

[Français]

La collaboration de toutes ces organisations a été essentielle pour garantir l'accès aux vaccins et antiviraux en question de la façon la plus rapide et la plus sûre possible tout au long de l'épidémie de l'an dernier.

[Traduction]

Aujourd'hui, mes collègues vous donneront les détails des leçons qu'ils ont tirées alors qu'ils assuraient un accès rapide à un vaccin anti-pandémique sûr et efficace et à d'autres produits de santé.

J'aimerais commencer en soulignant l'une de nos réussites, soit le processus d'approbation accéléré du vaccin contre la grippe pandémique H1N1. Il était essentiel que le vaccin soit évalué et autorisé avant que les autorités de santé publique puissent mettre en place leurs programmes d'immunisation.

Pour la première fois de notre histoire, nous avons été en mesure d'approuver un vaccin dès sa sortie de la chaîne de fabrication, sans rien négliger pour en assurer l'innocuité. Nous avons réussi cet exploit grâce à la planification minutieuse et à la collaboration avec nos homologues internationaux. Cela représente beaucoup de travail et de planification au préalable, et le Dr Griffiths vous entretiendra sur cette question.

Comme vous le savez, l'épidémie était une situation d'envergure mondiale qui a nécessité une intervention internationale. Grâce aux protocoles d'entente qui nous ont permis d'échanger de l'information avec des partenaires clés des États-Unis, de l'Australie et de l'Europe en matière de réglementation, nous avons pu, lors de nos évaluations, tenir compte de données d'essais cliniques réalisés à l'échelle mondiale dès qu'elles étaient disponibles. Nous avons ainsi pu être en mesure d'évaluer, en tant réel, si les avantages surpassaient les risques engendrés par ces produits — c'est-à-dire le rapport risques-avantages — ce que nous faisons toujours en tant qu'organisme de réglementation.

Mes collègues ici et à la direction ont travaillé sans relâche, jour et nuit, à échanger de l'information et des données avec le fabricant. Des membres de notre personnel se trouvaient à l'usine de GlaxoSmithKline, située à Sainte-Foy, à Québec; d'autres réalisaient des essais dans les laboratoires de Santé Canada; et nous consultions constamment nos collègues du monde entier.

Comme vous l'avez remarqué, l'expérience que nous avons acquise de l'épidémie de l'an dernier nous a permis d'améliorer nos mesures pour le futur. Nous continuons de mettre nos plans à jour et de cerner les secteurs à améliorer, en particulier dans la communication de nos décisions et de nos mesures d'urgence, lorsque le besoin d'information est le plus grand.

Il est intéressant de noter que mes homologues étrangers soulèvent certaines de ces questions, par exemple en ce qui concerne une plus grande transparence de nos décisions et une meilleure compréhension du rôle des responsables de la réglementation et des autorités de santé publique.

[Français]

Je vous remercie de m'avoir permis de souligner nos efforts exceptionnels dans notre lutte contre l'épidémie de H1N1.

[Traduction]

Elwyn Griffiths, directeur général, Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, Santé Canada : Je tiens à remercier le comité de m'avoir invité à prendre la parole cet après-midi. Il y a déjà presque un an aujourd'hui que Santé Canada a autorisé le vaccin Arepanrix H1N1 de GlaxoSmithKline. Il s'agissait d'une étape clé dans nos efforts pour protéger les Canadiens contre la grippe pandémique, en l'occurrence, le virus de la grippe H1N1.

Comme l'a souligné Mme Ballantyne, nous avons été en mesure d'examiner et d'approuver ce vaccin en un temps record sans compromettre la sécurité. Je vais vous expliquer comment nous y sommes parvenus et quels sont les défis que nous avons dû relever.

La mise au point et l'évaluation réglementaire des vaccins contre la grippe comportent des défis uniques. Ces défis sont amplifiés en situation de pandémie.

Les pandémies de grippe sont causées par de nouvelles souches du virus n'ayant jamais été détectées chez les humains. L'un des principaux défis tient au fait que la fabrication de vaccins ne peut commencer avant l'identification et l'isolement de la souche pandémique même. C'est une partie du problème. Une fois la fabrication du vaccin terminée, nous devons agir rapidement pour le faire administrer aux Canadiens afin de fournir la protection nécessaire au moment requis. C'est là qu'est le problème et nous nous en sommes rendu compte dès le début.

La capacité d'approuver si rapidement un vaccin sûr et efficace contre la grippe pandémique H1N1 pour les Canadiens est attribuable à deux facteurs clés : une planification préalable et une collaboration mondiale. En effet, depuis des années, Santé Canada et l'Agence de la santé publique du Canada se préparent de manière proactive à faire face à une pandémie. Ces travaux préparatoires se sont effectués tant à l'échelle nationale qu'internationale.

Entre 2006 et 2007, Santé Canada a organisé des ateliers de planification réglementaire en collaboration avec la Food and Drug Administration des États-Unis et l'Organisation mondiale de la Santé. Ces ateliers ont donné lieu à l'élaboration des directives de l'OMS sur la préparation réglementaire relative au vaccin contre la grippe pandémique et à la création d'un réseau mondial d'organismes de réglementation des vaccins contre la grippe. Ce réseau s'est révélé très précieux, étant donné que les organismes de réglementation du monde entier vivaient la même situation.

Sur le plan national, il y a eu une étroite collaboration avec le fabricant du vaccin sous contrat, GlaxoSmithKline. Au cours de la période précédant la pandémie, Santé Canada a évalué un vaccin potentiel ou un vaccin prototype, produit par GSK, pour prévenir une pandémie potentielle de grippe aviaire, le H5N1.

Cet exercice de simulation a permis à Santé Canada d'inspecter les installations de fabrication du vaccin et d'examiner les données relatives à sa qualité, à son innocuité et à son efficacité. Grâce à cette planification préalable, l'innocuité et l'efficacité de l'adjuvant ont également été évaluées au cours de la période précédant la pandémie par Santé Canada et les autres organismes de réglementation dans le monde. Encore une fois, j'insiste sur le fait qu'il s'agissait d'une activité mondiale.

Lorsque la souche pandémique H1N1 a fait surface, la fabrication du vaccin a débuté et le processus d'approbation réglementaire a été entamé. Nous avons examiné l'information à mesure qu'elle était disponible par l'entremise de ce que nous appelons une présentation ouverte. Normalement, lorsqu'un vaccin ou un produit fait son entrée, nous avons déjà reçu toutes les données. Dans ce cas, nous révisions les données au fur et à mesure.

Le vaccin contre le virus H1N1 a fait l'objet de la même surveillance rigoureuse pour la fabrication et la qualité que les autres vaccins. Un contrôle de la qualité et des essais de produits élaborés sont obligatoires à diverses étapes du processus de fabrication. Toutefois, en raison du caractère unique d'une situation de pandémie, les données sur l'innocuité et l'efficacité habituellement requises n'étaient pas toutes disponibles au moment de l'octroi de la licence. Cette situation s'est produite au Canada et dans toutes les autres administrations.

Des études et une surveillance supplémentaires se sont poursuivies après la commercialisation du vaccin afin de détecter tout effet indésirable possible. Pendant la pandémie, l'OMS a tenu des téléconférences aux deux semaines avec le réseau des organismes de réglementation des vaccins établi au préalable, et nous étions également en communication presque quotidienne avec les organismes de réglementation clés, comme la FDA des États-Unis et l'Agence européenne des médicaments. L'interaction internationale était exceptionnelle.

De façon plus importante, les organismes de réglementation ont pris l'engagement commun de transmettre les données cliniques et celles sur l'innocuité des vaccins contre le virus H1N1 en temps réel dès que celles-ci étaient disponibles. C'est inhabituel, et c'était nouveau. Cet engagement a permis aux pays de maximiser la quantité de données disponibles en vue d'appuyer l'approbation des vaccins.

Lorsque les programmes d'immunisation ont été lancés à l'échelle mondiale, Santé Canada et l'ASPC ont collaboré avec l'OMS et d'autres organismes de réglementation afin de surveiller de près l'innocuité et l'efficacité des vaccins contre le virus H1N1 et de communiquer en temps opportun tout effet indésirable possible découlant de la vaccination. Nous recevions toutes les données dès qu'elles étaient disponibles.

En conclusion, nous nous préparions à une pandémie depuis plusieurs années. Nous étions également dotés d'un plan de réglementation. Le fait de suivre le plan a permis de mettre au point le vaccin et de l'autoriser dans les cinq mois suivant l'identification de la souche pandémique sans compromettre la sécurité. Il s'agit d'une grande réalisation technique et réglementaire.

La planification préalable et la collaboration mondiale en vue de la mise au point et de la surveillance réglementaire d'un vaccin pandémique étaient essentielles afin de rendre les vaccins disponibles aux Canadiens à l'intérieur d'un délai aussi serré.

Nous poursuivons les efforts de collaboration internationale sur les questions réglementaires relatives aux vaccins. Par exemple, Santé Canada, la FDA des États-Unis et l'OMS ont organisé conjointement un atelier sur les leçons apprises des essais des vaccins contre le virus HlNl qui a eu lieu ici même, à Ottawa, en juillet 2010. L'atelier se centrait sur le recours à des méthodes d'essais alternatives qui pourraient accélérer encore plus la mise en disponibilité des vaccins antigrippaux. Des recherches supplémentaires sont nécessaires à ce chapitre.

Dr John Spika, directeur général, Centre de l'immunisation et des maladies respiratoires infectieuses, Agence de la santé publique du Canada : Je suis heureux d'être ici pour discuter de l'expérience canadienne lors de la pandémie de grippe H1N1 en ce qui a trait au vaccin, aux antiviraux et aux réactions indésirables. Je suis accompagné aujourd'hui de la Dre Barbara Law qui dirige notre groupe d'innocuité des vaccins.

[Français]

Avant de poursuivre, j'aimerais présenter quelques notions.

[Traduction]

Un vaccin sert à prévenir une maladie en stimulant la production d'anticorps contre un virus. Il s'agit de la première ligne de défense idéale contre l'infection. Comme vous l'avez entendu, le Canada a un contrat en place qui garantit un approvisionnement suffisant en vaccins pour que tous les Canadiens qui veulent ou qui doivent le recevoir pendant une pandémie puissent le faire.

Les antiviraux servent à traiter la maladie en entravant la réplication virale chez une personne déjà infectée. Le Canada a une réserve nationale d'antiviraux en cas de pandémie. Je sais que des questions ont été soulevées un peu plus tôt à ce sujet et j'espère pouvoir y répondre ultérieurement dans le cadre de cette séance.

Les vaccins et les antiviraux constituent des éléments importants de la réponse à une pandémie. La prévention de la maladie à l'aide d'immunisation constitue la pierre angulaire du Canada dans la lutte contre la grippe pandémique.

Tout au long de la pandémie, le gouvernement du Canada ainsi que les provinces et territoires étaient résolus à fournir un vaccin antigrippal à tous les Canadiens qui voulaient ou qui devaient se faire vacciner.

Comme vous l'avez déjà entendu, le vaccin a été offert au Canada plus tôt, en plus grandes quantités et à un meilleur prix que dans presque tous les autres pays. Au besoin, nous pouvons vous fournir plus de détails à ce sujet. Grâce à des années de planification avec tous nos partenaires ainsi qu'à la réponse des Canadiens, nous avons mené avec succès la plus importante campagne de vaccination de l'histoire du Canada. Ce n'est pas rien.

La collaboration est essentielle. L'immunisation est une responsabilité partagée. Le gouvernement fédéral favorise l'état de préparation du système de santé, assure le leadership à l'échelle nationale et réglemente l'approbation des vaccins. Les provinces et les territoires offrent des services de santé à la population pendant une pandémie et distribuent le vaccin par l'intermédiaire des autorités sanitaires locales. Bien sûr, il revient ensuite à chaque Canadien de faire l'effort nécessaire pour recevoir le vaccin.

Il est donc évident que l'obtention d'un vaccin constituait, en premier lieu, une étape clé de notre planification. Comme vous l'avez déjà entendu, après 2001, à la suite d'un appel de propositions, le contrat d'approvisionnement national en vaccins a été conclu avec l'entreprise qui appartient maintenant à GlaxoSmithKline. Ce contrat garantissait un nombre suffisant de vaccins pour tous les Canadiens qui voulaient ou qui devaient le recevoir.

[Français]

Cela a donné à l'administration la certitude et la sécurité qu'elle cherchait.

[Traduction]

Selon notre expérience, il valait mieux prévoir le coup que de s'y prendre à la dernière minute pour s'approvisionner en vaccins, de faire concurrence à d'autres pays ou d'avoir à faire face à la possibilité que l'importation de la marchandise soit bloquée aux douanes.

Le contrat, unique en son genre dans le monde entier, conférait une infrastructure et une capacité suffisantes pour la production de vaccins permettant la couverture vaccinale de 100 p. 100 de la population. En temps normal, l'homologation d'un nouveau vaccin prend des années. Mais grâce à la planification, le Canada a été en mesure de faire avancer les choses plus rapidement. Comme l'a expliqué le Dr Griffiths, le fabricant connaissait à l'avance les exigences qu'il fallait respecter en matière de données sur l'innocuité pour que son vaccin H1N1 soit homologué.

Sans brûler d'étapes — l'identification du virus en laboratoire, la préparation d'une souche de semence, les essais cliniques et l'homologation —, le Canada s'est muni d'un vaccin contre la grippe H1N1 en quelques mois seulement.

Notre commande originale de 50,4 millions de doses, annoncée en août 2009, se fondait sur les meilleures données scientifiques et épidémiologiques au Canada et à l'étranger à ce moment-là. Encore une fois, je serai heureux de répondre à vos questions sur la façon dont nous en sommes arrivés à ce chiffre.

En septembre 2009, nous avons publié les lignes directrices relatives à la distribution du vaccin. Nous comprenons très bien que, malgré nos capacités de production, il était impossible de vacciner tout le monde en même temps. Une fois le vaccin homologué en octobre 2009, pendant que d'autres pays s'affairaient à s'assurer un approvisionnement en vaccins, notre campagne de vaccination battait déjà son plein.

Jamais de leur histoire les provinces et les territoires n'avaient administré autant de vaccins par jour. Cent pour cent des communautés des Premières nations ont tenu des cliniques de vaccination. Partout au pays, des professionnels de la santé travaillaient d'arrache-pied pendant de longues heures pour administrer le vaccin dans des conditions de travail uniques et très difficiles. Il n'est donc pas surprenant que le taux de vaccination au Canada était parmi les plus élevés au monde. Quarante-cinq pour cent des Canadiens ont reçu le vaccin. Le taux de vaccination était encore plus élevé chez les enfants et chez les Autochtones vivant en réserve. Nous avons également mené des activités de surveillance à l'échelle nationale pour veiller à l'innocuité du vaccin.

[Français]

Par ailleurs, les antiviraux ont aidé à atténuer les symptômes chez les personnes déjà infectées.

[Traduction]

Le Canada avait conclu une entente pour que s'effectue la surveillance des prescriptions d'antiviraux et de l'utilisation de médicaments en vente libre. Des lignes directrices sur l'utilisation d'antiviraux, visant les groupes à risque, les professionnels de la santé et les personnes prenant soin d'un malade à la maison, étaient déjà affichées sur le site Web de l'Agence de la santé publique du Canada.

Pendant la deuxième vague de la pandémie, le nombre de patients devant être hospitalisés aux soins intensifs a diminué, et aucun décès n'a été signalé chez les femmes enceintes au cours de la deuxième vague, même si quatre décès ont été signalés chez ce groupe au cours de la première vague grippale, moins intense.

Un traitement précoce et agressif à l'aide d'antiviraux a sans doute eu un impact sur ces résultats. C'est grâce à des années de planification de mesures d'intervention d'urgence en santé publique que la pandémie a eu moins de répercussions au Canada. Cependant, maintenir l'équilibre n'a pas été chose facile. Il a fallu prendre des centaines de décisions difficiles à mesure que de nouvelles données scientifiques se présentaient. Par exemple, il y avait la question du vaccin avec ou sans adjuvant. Nous ne pouvions pas recommander le vaccin avec adjuvant chez les femmes enceintes avant d'avoir suffisamment de données en matière d'innocuité et d'efficacité. Voilà un exemple qui démontre que, malgré des années de planification, la réalité scientifique peut toujours changer, ce qui peut ralentir les travaux.

Aux fins de préparation, le gouvernement du Canada tentera d'établir un nouveau contrat à long terme en matière d'approvisionnement en vaccins qui tient compte des leçons retenues.

Honorables sénateurs, pendant la pandémie de grippe H1N1, nous avons tenu les Canadiens au courant de nos décisions tout au long du processus. L'administrateur en chef de la santé publique avait à sa disposition tous les renseignements nécessaires à la prise de décisions éclairées en réponse à toutes les questions relatives à la vaccination contre la grippe H1N1. Cette information, fondée sur les dernières données scientifiques, était communiquée en temps opportun à tous les homologues provinciaux et territoriaux qui avaient l'occasion de participer au processus décisionnel et d'appuyer les décisions définitives.

Nous ne cachions à personne les défis de portée mondiale auxquels nous faisions face. Nous avons travaillé de concert avec les provinces et les territoires pour offrir aux intervenants et au public des lignes directrices pertinentes et de l'information en temps opportun. Je crois que nos réalisations à cet égard ont placé le Canada sur une base solide pour l'avenir.

J'attends avec intérêt les constatations du comité relativement à ces efforts pour que l'on puisse en tenir compte dans notre planification.

Le président : Merci beaucoup.

En fin de compte, 45 p. 100 de la population a été immunisée. La principale raison pour laquelle des gens n'ont pas été immunisés, c'est qu'ils croyaient que ce n'était pas nécessaire. D'autres nous ont dit que, selon eux, le vaccin était arrivé un peu tard. Je sais que vous avez déployé beaucoup d'efforts pour rendre le vaccin accessible au public, mais c'est ce qui faisait les manchettes. C'était en première page des journaux au début de l'automne. Pourtant, il a fallu attendre jusqu'au 15 décembre avant d'avoir les vaccins. Je comprends que le processus a nécessité du temps, mais vous avez passé la commande au mois d'août, et il a fallu attendre jusqu'au 15 décembre avant d'avoir les vaccins. Les gens avaient le sentiment que le vaccin était arrivé trop tard. C'est peut-être une des raisons qui expliquent pourquoi les gens ne se sont pas fait immuniser.

J'aimerais connaître votre opinion à ce sujet et sur la façon de procéder la prochaine fois.

J'aimerais également connaître votre opinion sur le laps de temps qui s'est écoulé entre la commande et la livraison. Peu importe la date de livraison, il y a une période d'attente. Que ferez-vous et que pourrions-nous faire la prochaine fois pour réduire ce délai? Je crois comprendre selon vos commentaires qu'il faut déterminer la souche du virus, identifier le virus et procéder aux essais. Il ne saurait y avoir de compromis au chapitre de la sécurité. Je comprends cela. Mais pendant ce temps, des gens peuvent souffrir. Quel devrait être notre plan pour composer avec ce laps de temps?

Dr Spika : La production d'un vaccin contre la grippe est très complexe. Nous savions qu'à partir du moment où le fabricant du vaccin recevait la souche semence, il faudrait attendre 20 semaines avant de recevoir les premiers vaccins. Comme l'a souligné le Dr Griffiths, nous avons respecté cette échéance.

En ce qui concerne les retards en approvisionnement, il y a de nombreux problèmes liés à la technologie, et certains facteurs associés à la technologie de fabrication à partir d'œufs retardent le développement du vaccin. Oui, la technologie de la culture cellulaire pourrait réduire de quatre semaines le temps de fabrication du vaccin. Des méthodes encore plus nouvelles font leur apparition. Elles utilisent des technologies de l'ADN qui pourraient réduire elles aussi le temps d'attente.

Un de nos objectifs consiste à encourager les entreprises à accorder des licences d'utilisation pour les vaccins lorsqu'ils sont disponibles afin que nous puissions nous familiariser avec eux et en profiter, contrairement à ce qui s'est produit avec le vaccin contre la grippe H1N1, alors que le vaccin avec adjuvant était nouveau pour nous.

Le taux de vaccination de 45 p. 100, c'est excellent. Seule la Suède a fait mieux avec 70 p. 100. Pour la plupart des autres pays, ce taux se situait dans les 10 à 20 p. 100. Une autre chose dont nous ne semblons pas être conscients, c'est que pendant que les responsables de la santé publique fédéraux, provinciaux et territoriaux tentaient de composer et de communiquer un message commun, il y en avait beaucoup d'autres qui circulaient. Cette pandémie était la première de cette nouvelle ère de l'information. En 1918, il y avait les journaux, en 1957, la radio et en 1966, la télévision. Nous avions Internet, les téléphones cellulaires et toutes les autres formes de médias sociaux. À tout le moins, nous avons appris que la communication est une chose drôlement complexe. L'autre point important, c'est que nous n'avions pas beaucoup d'information sur la pandémie. Nous n'avions aucune donnée confirmée sur les répercussions de la maladie. Par exemple, au début du mois de novembre, lorsque nous avons lancé notre campagne de vaccination, l'OMS recueillait des données auprès de nombreux pays sur le nombre de décès associés au virus. Selon ces données, il y a 70 fois plus de décès dans le pays ayant enregistré le plus fort taux de mortalité que dans celui ayant connu le plus faible taux de mortalité. La plupart des pays qui présentaient les taux de mortalité les plus élevés se trouvaient dans l'hémisphère Sud où l'hiver était en cours. Le taux de mortalité au Mexique était cinq fois plus élevé que celui du Canada, tout comme celui de l'Argentine par rapport à celui des États-Unis. Après la première vague, l'Argentine présentait le taux de mortalité le plus élevé.

Le président : Docteur Spika, ma question porte sur le laps de temps entre la commande et la livraison du vaccin. Quel genre de plan devrions-nous adopter à ce sujet?

Dr Spika : Le plan était d'utiliser les antiviraux et de promouvoir des mesures de santé publique, comme dire aux gens comment tousser et leur rappeler de se laver les mains fréquemment.

Le président : C'est ce qui devrait être le plan à l'avenir.

Dr Spika : C'est cela.

M. Griffiths : J'ajouterais que les pandémies arrivent essentiellement en trois vagues. On ne sait jamais s'il s'agit de la première, de la deuxième ou de la troisième. La première vague constitue le début de la pandémie, et il n'y a aucun vaccin de disponible. La seule chose à faire, c'est de promouvoir des mesures de santé publique et d'utiliser les antiviraux, comme l'a précisé le Dr Spika. Le but est d'avoir un vaccin lorsque la deuxième vague arrive. Au Canada, la deuxième vague est arrivée fin octobre, début novembre. Parfois, il y a une troisième vague, ce qui ne s'est pas produit dans ce cas-ci. C'est imprévisible. Chaque souche se comporte différemment, et celle-ci était plus inhabituelle que ce que l'on avait connu auparavant. Il était difficile de prévoir comment elle allait réagir. C'est la principale raison qui explique ce laps de temps.

Vous avez parlé plus tôt des vaccins à base de cellules. Toutes ces nouvelles technologies sont à l'étude et seront analysées, c'est certain. Il y aura toujours un laps de temps entre la première et la deuxième vague d'une pandémie. Il serait peut-être utile de réduire ce délai de livraison, et il y a des gens qui se penchent sur la question.

[Français]

Le sénateur Champagne : Je voudrais mettre les choses au clair suite à une question posée à vos prédécesseurs, et ce, autant pour nous que pour les gens qui nous écoutent.

M. Ring me disait que le vaccin avait une vie de 18 mois. Toutefois, j'ai vu dans la province de Québec, un moment donné dans une journée, des gens se faire dire après avoir fait la file pendant des heures que malheureusement, la vaccination devait arrêter parce que les vaccins n'étaient plus bons.

Je crois qu'il serait bénéfique d'en expliquer les raisons puisqu'il y a vraiment deux possibilités qui nous sont offertes.

[Traduction]

Dr Spika : C'est une bonne question qui comprend plusieurs volets, car le vaccin que nous avons utilisé devait être reconstitué. Il fallait mélanger l'adjuvant et le virus avant de pouvoir les utiliser. La courte durée de vie dont vous parlez était celle du mélange, car celui-ci ne comprenait aucun agent de conservation. Si le vaccin n'était pas administré à l'intérieur d'un certain temps, il fallait jeter le flacon.

Le sénateur Champagne : La taille du flacon était importante : si le flacon était trop gros, les professionnels de la santé ne pouvaient pas administrer toutes les doses dans la même journée.

Dr Spika : C'est exact. Chaque boîte de vaccin comprenait 50 flacons de 10 doses chacun. Les doses non administrées à l'intérieur de 24 heures étaient jetées. Certains grands centres de vaccination préparaient de nombreuses seringues pour les citoyens. Ce n'est pas comme si on procédait au mélange dans un flacon, qu'on le jetait après avoir administré une seule dose pour ensuite en utiliser un autre. Étant donné la durée de vie du vaccin, certains centres pouvaient manquer de vaccins en raison de la durée de vie de celui-ci.

[Français]

Le sénateur Champagne : La situation est clarifiée, merci. J'aimerais aussi parler de ces antiviraux, qui se sont avérés extrêmement efficaces. On nous disait qu'ils devaient être utilisés dans les 48 heures après avoir été en contact avec le virus H1N1. Comment peut-on établir un diagnostic de grippe saisonnière ou de H1N1 en 48 heures? Est-il facile pour nos médecins d'arriver à poser un diagnostic à temps?

[Traduction]

Dr Spika : À l'époque, le virus de la grippe H1N1 était le seul à se propager. Il n'était pas nécessaire de le différencier des autres souches du virus de la grippe. C'était le virus respiratoire prédominant. Les femmes enceintes, les personnes massivement obèses et les autres personnes hautement à risque avaient de bonnes raisons pour se faire vacciner et nous les encouragions à le faire. Nous les encouragions à subir un test diagnostique et à commencer le traitement.

Comme l'a souligné la semaine dernière le Dr Butler-Jones, nous avons beaucoup appris de cet épisode. S'il faut administrer des antiviraux, nous recommandons habituellement de le faire dans les 48 heures suivant l'apparition des premiers symptômes. Cependant, nous nous sommes aperçus que ce délai pouvait être prolongé. Chez une personne atteinte, il était possible d'administrer les antiviraux trois, quatre voire cinq jours après l'apparition des premiers symptômes. Nous n'étions plus limités par le délai de 48 heures, car il s'applique à la grippe saisonnière.

[Français]

Le sénateur Champagne : Quand nous avons reçu le vaccin pour la H1N1, c'était très difficile d'obtenir le vaccin pour la grippe saisonnière. Retourner dans un centre de vaccination devenait extrêmement difficile.

J'ai eu une trachéotomie, donc je fais partie des gens qui ont des problèmes respiratoires. Quand j'ai dû partir à l'étranger, au mois de juillet, on m'a demandé si j'avais eu le vaccin de grippe saisonnière et j'ai dit : « On me l'a donné. C'est bon pendant combien de temps? »

[Traduction]

Est-ce que j'ai besoin de recevoir un autre vaccin?

Dr Spika : En ce qui a trait à votre situation personnelle, nous vous recommandons de vous faire vacciner de nouveau cette année contre la grippe saisonnière.

Le sénateur Champagne : Même si je l'ai déjà eu au mois de juillet?

Dr Spika : Oui.

Le président : Nous avons droit à des consultations médicales gratuites au comité.

Le sénateur Champagne : C'est Santé Canada qui me l'a administré.

M. Griffiths : Vous devriez recevoir un autre vaccin parce que les souches changent. Le vaccin de l'an dernier vous protégera contre un certain nombre de souches. Celles-ci seront différentes la saison prochaine. Donc, le vaccin de l'an dernier ne vous protégera pas contre les nouvelles souches. C'est pourquoi il faut toujours modifier les vaccins.

Le sénateur Eaton : J'aimerais tous vous féliciter. Non seulement vous avez fait un travail merveilleux avec ce vaccin, mais vous avez été si efficace, que je me demande combien de Canadiens croient qu'il y a eu une pandémie. Qu'est-ce qui définit une pandémie, et pourquoi le virus H1N1 a-t-il été considéré comme une pandémie?

Dr Spika : Au printemps 2009, l'OMS a légèrement modifié sa définition de ce qu'est une pandémie. Une pandémie est une souche nouvelle et unique du virus de la grippe qui se transmet efficacement d'une personne à une autre. Ensuite, la classification de la pandémie aux niveaux quatre, cinq et six dépend de l'étendue de sa propagation dans le monde. Dès que le virus se répand à l'intérieur de la région des Amériques, la pandémie atteint le niveau cinq, et lorsqu'il est bien répandu à l'intérieur de deux régions de l'OMS, elle est classée niveau six.

Le sénateur Eaton : J'ai reçu mon vaccin. J'ai écouté les publicités, et j'y ai cru. Et avec raison. Ne croyez-vous pas que beaucoup étaient sur leurs gardes, parce que peu de gens étaient malades et qu'il y avait peu de décès? Ils se disaient : « Mais de quoi parlent-ils? Pourquoi est-ce que je passe des heures assis dans un centre de vaccination? » Croyez-vous qu'il y avait un fossé entre ce que les Canadiens croyaient et ce que vous leur disiez?

Dr Spika : De façon générale, la pandémie a peut-être été mal perçue. Lorsqu'il atteint un certain niveau, le virus de la grippe se transmet très efficacement d'une personne à une autre, mais il ne tue pas toutes les personnes atteintes. Ce n'est pas comme le virus d'Ebola. Beaucoup contractent le virus, mais ne sont pas très incommodées, même lorsqu'il y a une pandémie.

Le sénateur Eaton : L'hiver, il y a le vaccin contre la grippe.

Dre Barbara Law, chef de Sécurité des vaccins, Centre de l'immunisation et des maladies respiratoires infectieuses, Agence de la santé publique du Canada : Une autre chose qui différencie le H1N1 du virus de la grippe saisonnière est le spectre de l'âge des gens atteints et la gravité de la maladie selon l'âge. Si vous demandez aux médecins des soins intensifs canadiens s'il y avait une pandémie, ils vous diront sans hésiter que oui.

Il y avait plus de jeunes hospitalisés. Plus de gens avaient besoin de soins intensifs, et plus de gens avaient besoin d'utiliser des ventilateurs pour de longues périodes. La demande pour les ventilateurs était si grande que, lors de la première vague au Manitoba, les autorités craignaient beaucoup d'en manquer. La plupart des malades étaient des jeunes, et un grand nombre d'entre eux jouissaient auparavant d'une bonne santé ou avaient une affection sous-jacente. C'était là la différence. Normalement lorsqu'il y a une pandémie, les gens ne sont pas habitués au virus, puisqu'il est nouveau. Donc, ce sont les jeunes adultes et les enfants en bonne santé qui sont atteints.

Le sénateur Eaton : La prochaine fois, allez-vous communiquer l'information différemment? Peut-être que les gens s'imaginaient l'époque au début du XXe siècle où des centaines de milliers de personnes mourraient de la grippe. Peut-être qu'ils n'arrivaient pas à concevoir qu'une telle situation était possible à notre époque. Il faudrait peut-être apprendre aux citoyens ce que signifie le mot « pandémie » pour qu'ils prennent une telle situation au sérieux.

M. Griffiths : J'ajouterais que les gens croyaient qu'il s'agissait d'une maladie bénigne. Là où la Dre Law voulait en venir, c'est que les jeunes étaient très vulnérables et qu'ils se sont retrouvés aux soins intensifs.

Le problème, c'est que le système de santé a été mis à rude épreuve. C'est très dispendieux de faire fonctionner les ventilateurs. Je suis convaincu qu'il y avait des hôpitaux surchargés de patients en ventilation assistée. Évidemment, en 1918, il n'y avait pas de ventilateurs. Le système de santé a radicalement changé depuis.

Le sénateur Cordy : Merci d'être venus témoigner. Il est important que vous nous transmettiez l'information. Il est extrêmement important d'analyser les leçons retenues, car j'imagine que vous vous préparez déjà en vue de la prochaine pandémie.

Travaillez-vous encore avec le réseau des organismes de réglementation des vaccins? Cette collaboration permet-elle aux fabricants de vaccins et autres produits pharmaceutiques de savoir plus rapidement si leur produit est approuvé? C'est tout à votre honneur que vous ayez réussi à approuver le vaccin sans compromettre sa sécurité.

La planification en cas de pandémie est-elle en voie de se faire à l'échelle mondiale?

Mme Ballantyne : Comme l'ont déjà expliqué le Dr Spika et M. Griffiths, le processus de fabrication d'un vaccin est très complexe lorsqu'il y a pandémie. Comme l'a souligné M. Griffiths, il n'y a aucun vaccin de disponible lors de la première vague, car le virus vient d'être identifié. D'abord, l'Organisation mondiale de la Santé doit identifier la souche, et les virus doivent être développés dans des laboratoires certifiés par l'OMS. Ensuite, les virus sont envoyés aux fabricants qui se mettent à produire le vaccin. L'organisme de réglementation, nous, travaille avant tout de concert avec les fabricants. La présentation ouverte se fait ensuite dès que les données sont disponibles.

Peu importe la planification que l'on fait — et nous l'effectuons le plus possible à l'avance —, il y a toujours un délai entre la livraison du vaccin et le moment où il peut être utilisé; cette souche du virus est notre seule source de données.

Lorsque nous disons que, dans le cadre du processus, nous examinons la sécurité, la qualité et l'efficacité, nous entendons avant tout par là que nous examinons la chimie, la fabrication et la chaîne de production. Nous analysons les résultats des études expérimentales sur animal et des recherches chez les humains. Nous voulons savoir si ce vaccin particulier, fabriqué à l'aide de cette plante particulière, a été testé chez les humains et, le cas échéant, quels ont été les résultats?

Ce n'est possible que pendant ce court laps de temps. Toutefois, comme l'a souligné M. Griffiths, dans la planification en cas de pandémie, nous avions un vaccin prototype, le H5N1, et nous avons fait beaucoup d'efforts pour inspecter les installations, préparer l'adjuvant et le mettre à l'essai — peu importe la souche, l'adjuvant aurait été utilisé. Nous avions des données sur les essais cliniques menés sur l'adjuvant, donc nous avons travaillé en étroite collaboration avec la communauté internationale.

Vous avez raison; la planification se fait maintenant à l'échelle mondiale. Santé Canada ou le gouvernement du Canada ne pourrait y arriver seul.

Nous travaillons avec tous nos homologues dans la recherche scientifique afin de raccourcir le délai et d'être mieux préparés.

Le sénateur Cordy : Dans vos communications avec vos partenaires mondiaux, assurez-vous encore le suivi des effets à long terme du vaccin?

Mme Ballantyne : Oui. L'Agence de la santé publique surveille de près les réactions indésirables à long terme des vaccins, et Santé Canada s'occupe des antiviraux. Nous travaillons avec la communauté internationale, et tous les pays participants surveillent eux aussi ces effets indésirables. Toutes ces informations seront regroupées en vue de la prochaine pandémie.

Dre Law : J'abonde dans le même sens que ma collègue. Au chapitre de la sécurité, la communication entre les pays a été sans précédent. Chaque semaine, nous étions en contact avec nos homologues provinciaux et territoriaux. Tous les intervenants du programme d'immunisation, que ce soit à l'échelle fédérale, provinciale ou territoriale, communiquaient leurs informations sur la sécurité des vaccins. Ils nous transmettaient leurs observations et leurs préoccupations, et nous, les informations que nous envoyaient chaque semaine la Chine, l'Australie, les États-Unis, la Suède et le Royaume-Uni.

L'OMS a joué le rôle de chef de file sur cette question, et c'est la preuve que les pays peuvent travailler ensemble pour étudier les effets à long terme ou les risques potentiels en matière de sécurité. Une des préoccupations était une forme de paralysie que l'on appelle le syndrome de Guillain-Barré, dont on a répertorié des cas lors de la pandémie de grippe porcine, en 1967. Ce ne fut pas le cas cette fois, à notre connaissance, mais il est préférable de pouvoir tester l'hypothèse et de vérifier s'il y avait un lien.

Le Canada et les États-Unis vont participer à une étude menée à l'échelle internationale par l'Organisation mondiale de la Santé. L'étude recueille des données minimales concernant tous les cas qui sont survenus au cours d'une certaine période, entre le début des campagnes de vaccination jusqu'à trois mois après la fin. Le but est de savoir si les personnes ont reçu un vaccin au cours des six semaines précédentes.

Cette méthode permet de prouver l'hypothèse selon laquelle il n'y a aucun lien. Je pense que c'est intéressant et nous espérons tirer profit de ces renseignements sur la scène internationale. Nous devons travailler ensemble, particulièrement en ce qui concerne les situations exceptionnelles.

Dr Griffiths : En ce qui concerne votre question au sujet de notre état de préparation, à savoir si l'organisme de réglementation fonctionne, sachez qu'il travaille fort ici et que nous travaillons ensemble.

Et il y a l'idée de constituer des réserves de vaccins. Il pourrait y avoir des réserves à l'échelle nationale ou internationale. Le problème, c'est que nous n'avons pas de boule de cristal pour nous indiquer ce qui pourrait survenir, mais selon toute vraisemblance, cela aurait pu très bien être le H5N1. IL s'agit d'un organisme très dangereux et virulent qui se propage en Asie du Sud-Est et en Égypte. S'il devenait hautement transmissible, ce serait problématique.

La constitution de réserves de vaccins est une possibilité — comme le vaccin contre le virus H5N1. Ce que nous envisageons, c'est savoir de quelle façon on peut surveiller la situation, entre autres.

Le sénateur Callbeck : Pour poursuivre dans la même veine, au sujet des organismes de réglementation, j'ai cru comprendre — d'après ce que vous dites, docteur Griffiths — qu'avant cette pandémie il n'y avait pas beaucoup de collaboration entre ces organismes à l'échelle mondiale?

Dr Griffiths : Pas à ce niveau, je ne crois pas, non. Pas pour le problème précis d'une pandémie. De quelle façon y sommes-nous parvenus? Tout le monde a collaboré. À l'Organisation mondiale de la Santé, il y a toujours eu un groupe de personnes qui s'intéressait à la grippe A, mais pas les organismes de réglementation. Il s'agit des personnes qui allaient fabriquer les vaccins.

Le sénateur Callbeck : En ce qui concerne la suite des choses, prévoyez-vous maintenant que la collaboration internationale restera à un niveau élevé?

Dr Griffiths : Oui.

Le sénateur Callbeck : Voilà qui est bien.

Docteur Spika, vous avez dit que les Canadiens avaient eu accès au vaccin plus tôt, en plus grande quantité et à meilleur coût, et que vous pouviez nous fournir davantage de renseignements.

Dr Spika : Oui, je peux vous donner quelques précisions. Au Canada, nous avons commencé notre programme de vaccination au cours de la semaine 43 de 2009. Le premier pays à commencer son programme de vaccination a été la Chine, au cours de la semaine 39. Nous avons été un des huit premiers pays à aller de l'avant. D'autres pays ont commencé au cours de la même semaine que nous, mais pour moi, cela démontre que nous allions de l'avant assez rapidement comparativement à d'autres pays.

De plus, tous nos vaccins ont été livrés aux environs du 20 décembre. À notre connaissance, un seul autre pays a été capable d'en faire autant, et c'est l'Australie. Nos vaccins étaient disponibles rapidement et 45 p. 100 de la population l'a reçu, soit le deuxième taux d'administration le plus élevé. Ce sont les points les plus importants.

En ce qui concerne le coût, je crois que nous devrions travailler avec Travaux publics pour savoir quels renseignements peuvent être rendus publics.

Le sénateur Callbeck : Vous avez entendu le témoignage des gens de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, à qui on a posé la question au sujet des 50 millions de doses. Qui a pris la décision de commander cette quantité? Ensuite, on nous a dit qu'elle avait été réduite. Qui a pris la décision de la réduire?

Dr Spika : Brièvement, puisque notre temps est limité, nous nous entendons tous pour dire que dans le cas des pandémies, jusqu'à deux doses par personne seraient nécessaires pour atteindre le niveau d'immunité désiré. C'est en fonction de ce critère que les médecins hygiénistes en chef des provinces et des territoires de même que l'Agence de la santé publique du Canada ont décidé que notre objectif, ce qu'on croyait nécessaire, était un taux d'administration de 75 p. 100 — un objectif raisonnable, à notre avis — et que nous aurions besoin de deux doses. Voilà qui explique les 50,4 millions de doses.

L'automne venu, comme vous l'avez entendu, à peu près au moment où nous avons commencé notre campagne de vaccination, il a été reconnu qu'en général une seule dose était nécessaire. En réalité, on pourrait dire que nous n'avions pas besoin de la moitié des 50,4 millions de doses, mais elles faisaient partie de notre bon processus de planification parce que nous fondions nos décisions sur les meilleurs renseignements disponibles.

Le sénateur Merchant : Le gouvernement avait planifié un pourcentage d'administration de 75 p. 100 et nous avons dit que dans l'ensemble, il se situait à 45 p. 100 environ. Vous arrive-t-il de rester éveillé la nuit à vous demander si vous auriez pu atteindre un pourcentage d'administration de 75 p. 100? Nous avons entendu dire que le système a été mis à rude épreuve. Si vous aviez à administrer tous ces vaccins, si la demande devenait très forte pour le vaccin et pour une deuxième dose, quelles leçons avez-vous retenues de ce qui s'est passé? Pouvons-nous atteindre l'objectif de 75 p. 100?

Dr Spika : Nous avons consulté les provinces et les territoires plusieurs fois pour connaître la quantité de vaccins que leurs réseaux de la santé pensaient être capables d'administrer. En effet, les provinces et les territoires participaient au processus de prise de décision. Une réunion de planification — à laquelle participeront les provinces et les territoires — est prévue au cours des deux ou trois prochaines semaines. Vous obtiendriez peut-être une meilleure réponse à cette question au cours de cette réunion, parce que ce sont eux qui administrent le vaccin.

Le sénateur Merchant : Qu'advient-il des vaccins ou des antiviraux inutilisés?

Dr Spika : En ce qui concerne les vaccins, la réponse est complexe. Les vaccins avec adjuvant posaient des problèmes de durée de conservation. Dans le cas des vaccins pour lesquels le virus avait perdu ses propriétés, nous entreposons toujours l'adjuvant de ces doses dans l'espoir que nous pourrons les utiliser. L'adjuvant représente environ sept huitièmes du coût du vaccin.

Les antiviraux ont une durée de conservation. L'an prochain, une grande partie des antiviraux vont expirer. Nous avons mis en place un processus FPT pour examiner notre stratégie antivirale, de façon à déterminer si nous avons vraiment besoin de cette quantité d'antiviraux, compte tenu du fait que des antiviraux étaient disponibles dans le commerce, de la quantité que nous avons utilisée, de tous ces facteurs. Au cours de la prochaine année financière, nous allons faire des recommandations en ce qui concerne le meilleur moyen de gérer la réserve d'antiviraux.

Le sénateur Seidman : Les Canadiens ont eu accès au vaccin contre le H1N1 plus tôt, en plus grande quantité et à un coût moindre que dans la plupart des autres pays. Docteur Spika, je crois que vous aviez commencé à parler du premier point, mais je ne suis pas certaine si vous avez parlé de la portion qui porte sur la plus grande quantité à un coût moindre que dans la plupart des autres pays.

Dr Spika : À mon avis, la première partie concernait le choix du moment et la mise en œuvre de notre campagne. Certains pays, comme la Chine, nous ont devancés, mais le nombre de vaccins qu'ils avaient était minime en comparaison avec leur population.

Même si les États-Unis ont commencé avant nous, ils avaient le vaccin nasal, qui n'était pas recommandé pour les femmes enceintes et les jeunes enfants. De plus, leur quantité était limitée. Ils ont commencé plus rapidement, mais notre taux d'administration était deux fois plus élevé que le leur.

Certains pays comme la Suède, la Belgique et l'Italie ont commencé une semaine avant nous. De toute évidence, à 70 p 100, le taux d'administration de la Suède était plus élevé, mais en ce qui concerne la rapidité, tous les vaccins que nous avions prévu utiliser ont été administrés avant le 20 décembre.

À part l'Australie, qui est située dans l'hémisphère Sud et qui n'avait pas le même échéancier, nous sommes le seul pays à avoir administré le vaccin aussi rapidement. Pour ce qui est du coût, je devrais vous diriger vers Travaux publics.

Le sénateur Seidman : Vous avez dit que vous avez publié des lignes directrices sur la séquence de l'administration du vaccin. À ce sujet, j'aimerais savoir si vous avez relevé des problèmes que vous pourriez régler en prévision de la prochaine pandémie.

Dr Spika : Pour vous donner une réponse brève, l'élaboration de ces lignes directrices sur la séquence de l'administration du vaccin est le résultat de la collaboration entre les provinces, les territoires et nous-mêmes. Nous avons déterminé les groupes les plus à risque pour déterminer la séquence de l'administration du vaccin. En ce qui concerne leur mise en œuvre sur le terrain, dans certains cas, il y a eu une modification de la séquence à l'échelle provinciale, pour ainsi dire, comme il a été mentionné la première séance. Une des provinces a décidé de mettre les enfants d'âge préscolaire en haut de la liste des priorités aussi.

Un des problèmes que nous avons eus, c'est que certaines provinces ont décidé qu'elles ne refuseraient personne qui se présentait pour se faire vacciner. Je pense que ce qu'on a appris, c'est qu'agir de cette façon a créé de nombreux problèmes : beaucoup de personnes ont voulu passer avant leur tour, les files d'attente s'allongeaient et encore plus de personnes étaient mécontentes. Cette situation nous a indiqué clairement que nous devrions respecter notre plan.

Le sénateur Seidman : Madame Ballantyne, à l'avant-dernière page de votre déclaration préliminaire, vous dites :

L'expérience que nous avons acquise de l'épidémie de l'an dernier nous a permis d'améliorer nos mesures pour le futur. Nous continuons de mettre nos plans à jour et de cerner les secteurs à améliorer, en particulier dans la communication de nos décisions et de nos mesures en cas d'urgence, lorsque le besoin d'information est à son paroxysme.

Pourriez-vous nous en parler brièvement? Qu'avez-vous découvert qui pourrait vous aider à améliorer la communication?

Mme Ballantyne : Nous avions entendu parler de l'autorisation de ce vaccin plus tôt et les gens n'avaient pas une bonne compréhension des étapes que nous devions suivre pour nous assurer que nous ne faisions aucun compromis en matière d'innocuité. Nous devions aussi nous occuper de la présentation ouverte avec le fabricant du produit au fur et à mesure que celui-ci sortait de la chaîne de production. Il était essentiel que nous expliquions le rôle de l'organisme de réglementation. À quel moment l'organisme de réglementation intervient-il? D'un côté, il y a le fournisseur, le fabricant, et de l'autre, il y a les services de santé publique des provinces et des territoires qui prennent des décisions sur le déroulement de la campagne de vaccination et le moment choisi pour le faire. À titre d'organisme de réglementation, nous ne nous occupons pas de ces choses.

Nous voulions nous assurer de l'innocuité du produit livré. Les bienfaits devaient l'emporter sur le risque. Comme vous l'avez mentionné, à ce moment-là, les médias exerçaient beaucoup de pression et se demandaient ce qui prenait tant de temps et pourquoi les rapports de l'organisme de réglementation n'étaient pas présentés assez rapidement. Nous estimions devoir prendre le temps nécessaire pour nous assurer que lorsque le produit allait être distribué, nous n'aurions pas à faire marche arrière en raison d'une question d'innocuité importante.

Nous avons dû l'expliquer à divers auditoires pour qu'ils comprennent sans équivoque que nous ne pouvions pas sauter d'étape parce que si nous le faisions, il pourrait y avoir des conséquences malheureuses.

Le président : Sur ces propos, nous avons terminé d'entendre ce groupe d'experts. Nous vous sommes reconnaissants d'être venus. Vos exposés nous ont permis d'en apprendre beaucoup sur ce que vous avez fait, sur les divers obstacles que vous avez affrontés pour pouvoir mettre tout cela en œuvre. Je pense que malgré le fait que nous avons posé des questions directes, nous sommes reconnaissants pour le travail que vous avez fait.

Le président : Nous allons maintenant entendre les témoignages de l'industrie pharmaceutique. De Roche Canada, nous accueillons Jim Hall, vice-président, Soins d'urgence, et Anne-Marie Hayes, gestionnaire des opérations, gouvernement, Soins d'urgence. De l'Association des pharmaciens du Canada, nous entendrons Jeff Poston, directeur exécutif, et Janet Cooper, directrice principale, Affaires professionnelles et relations avec les membres. De GlaxoSmithKline Canada, nous entendrons le témoignage de Paul Lucas, président et chef de la direction. De Rx Canada, nous accueillons Wendy Nelson, présidente et chef de la direction, et Jeff Aramini, épidémiologiste-conseil principal. Soyez les bienvenus.

Précédemment, au cours de la réunion, nous avons entendu les témoignages des responsables de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, de Santé Canada et de l'Agence de la santé publique du Canada. Nous allons maintenant entendre votre point de vue en ce qui concerne les vaccins.

Jim Hall, vice-président, Soins d'urgence, Roche Canada : Je suis vice-président des ventes et du marketing chez Roche Canada. Je vous remercie de m'avoir invité à comparaître devant le comité ce soir.

Au moment où nous sortons de la première pandémie mondiale du XXIe siècle, il est important d'examiner et d'évaluer les résultats obtenus dans le cadre de la réaction du pays devant cette situation. Dans cette optique, je félicite le comité d'avoir entrepris ces audiences et j'espère que l'expérience et les connaissances acquises sur place par Roche Canada vont aider le comité dans ses travaux.

À titre de fabricant du Tamiflu, un antiviral utilisé pour le traitement et la prévention de la grippe A, Roche Canada possède une grande expérience de collaboration avec les gouvernements du monde entier en ce qui concerne leur planification en cas de pandémie. Nous continuons à investir d'importantes sommes dans la recherche en matière d'essais cliniques et d'autres études scientifiques liées aux pandémies, y compris le travail effectué au Canada et dirigé par des spécialistes canadiens.

Pour toute pandémie, il y a un délai d'environ six mois entre l'émergence et l'identification d'une nouvelle source d'influenza et la disponibilité d'un vaccin, ce qui fait des antiviraux la première ligne de défense.

Cependant, l'utilisation des antiviraux ne se limite pas à la période qui précède l'introduction d'un vaccin. Les antiviraux sont un complément à une stratégie de vaccination parce qu'ils offrent une protection pendant la période requise pour vacciner une population entière, pendant la période de formation des anticorps, et pour les personnes pour qui la vaccination n'est pas envisageable. En regard de notre récente expérience — où les taux de vaccination étaient d'à peine 40 p. 100 dans certaines régions —, les antiviraux représentent une importante option thérapeutique.

L'efficacité du Tamiflu pendant la pandémie est bien documentée, tant d'un point de vue scientifique que des témoignages. Entre mai et décembre 2009, plus de 21 millions de doses de Tamiflu ont été prescrites à l'échelle mondiale, dont près de 500 000 au Canada. Aucun nouvel avertissement en matière d'innocuité n'a été émis. Nous savons que le traitement au Tamiflu a permis de réduire la gravité de la maladie, le temps d'hospitalisation, le nombre de patients admis aux soins intensifs et le nombre de décès. La semaine dernière, nous avons entendu le témoignage du Dr Butler-Jones selon lequel les antiviraux ont transformé le mode de traitement pendant la pandémie.

Roche Canada — une entreprise qui comprend la menace potentielle que représente une pandémie de grippe A pour la santé publique — travaille avec l'Organisation mondiale de la Santé et les gouvernements de partout dans le monde pour assurer un approvisionnement de Tamiflu. Bien que nous réalisions cet objectif de différentes façons, j'aimerais attirer votre attention sur notre politique qui consiste à accorder la priorité en matière d'approvisionnement aux gouvernements et aux hôpitaux lorsque l'OMS déclare qu'une pandémie atteint le stade quatre.

Quand la pandémie a atteint le stade quatre en avril 2009, Roche Canada a suspendu ses ventes dans le commerce et ses ventes au détail pour accorder la priorité aux gouvernements et aux hôpitaux. Nous avons contacté nos partenaires gouvernementaux et leur avons accordé le premier droit de refus pour tout le Tamiflu offert au Canada. Une fois ces besoins comblés, nous nous sommes employés à assurer un approvisionnement supplémentaire, au besoin, dans l'ensemble d'une chaîne d'approvisionnement à l'échelle mondiale.

Chez Roche Canada, nous sommes fiers de dire qu'en aucun temps, pendant la pandémie, nous n'avons manqué de Tamiflu. Bien que durant la seconde vague nous avions une quantité limitée de Tamiflu spécialement formulé pour les enfants, nous avons réglé le problème par la conversion de doses pour adultes en doses pédiatriques. Dès le début de la pandémie, Roche Canada a communiqué sur une base régulière avec les gouvernements, en particulier au sujet des solutions de rechange à l'inoculation des enfants, compte tenu du risque plus élevé qu'ils encourent. Nous avons réussi cela grâce à notre étroite collaboration avec l'Agence de la santé publique du Canada et de nombreux intervenants, dont l'Association des pharmaciens du Canada, pour nous assurer de disposer en tout temps des renseignements les plus récents sur les produits.

Dans le domaine scientifique, Roche Canada poursuit les essais cliniques pour répondre aux besoins médicaux non satisfaits, au bénéfice des patients à l'échelle mondiale. Par exemple, Roche Canada procède à des essais cliniques pour plus de la moitié des 14 priorités de l'OMS en matière de recherche antivirale, y compris les études qui concernent les patients gravement malades, les solutions de rechange en matière de livraison et les femmes enceintes. De plus, quatre des 43 recherches sur le Tamiflu entreprises par Roche Canada sont faites au Canada par des spécialistes canadiens.

Bien que la résistance n'ait pas été un problème important dans le cas de la pandémie de H1N1, Roche Canada prend la question au sérieux. Le Dr Butler-Jones a parlé du problème que nous aurions eu si le virus pandémique H1N1 avait été résistant aux antiviraux. Roche Canada reconnaît l'importance de demeurer vigilant. À cette fin, Roche Canada commandite une étude internationale sur la résistance dont le but est d'évaluer les effets, sur le plan clinique, d'une résistance naturelle et d'origine médicamenteuse aux médicaments antiviraux.

Ici, Roche Canada travaille avec l'Agence de la santé publique du Canada dans le cadre de son examen et de son étude de la réaction du Canada à la pandémie d'influenza de l'an dernier. Nous partageons des données, nous commandons des études économiques et des études de modélisation des répercussions sur la vie et nous nous employons à comprendre les besoins des gouvernements en cette ère postpandémique.

Pour ce qui est de la validation des résultats obtenus, il est évident que là où on avait préalablement créé des réserves d'antiviraux, les effets sur la santé ont été importants et positifs.

Pour ce qui est des recommandations, je vous en donnerai deux : premièrement, notre expérience pendant la pandémie de H1N1 a démontré qu'il est essentiel, si l'on veut que l'intervention soit une réussite, d'établir la communication entre Roche Canada et le gouvernement du Canada dès le début et de la maintenir tout au long de la crise. Les résultats étaient très bons, mais il y a toujours de la place pour l'amélioration.

Deuxièmement, il y a l'importance de la planification, sur laquelle nous n'insisterons jamais assez. En parler ne suffit pas, parce que la planification en cas de pandémie doit être financée adéquatement. En 2006, le gouvernement a annoncé qu'il consacrait un milliard de dollars — sur une période de cinq ans — pour faire en sorte que la réserve d'antiviraux et l'infrastructure d'intervention en cas d'urgence soient suffisantes pour intervenir en cas de pandémie. Non seulement cette mesure a-t-elle permis d'atteindre cet objectif, mais elle a aidé à faire du Canada un chef de file mondial de la planification en cas de pandémie. Comme ce programme se termine à la fin du mois de mars, nous demandons instamment au Sénat de recommander son renouvellement.

Encore une fois, je salue le travail du comité et j'espère que vous entendrez les témoignages d'un large éventail d'intervenants dans ce domaine. Nous attendons le rapport du comité avec impatience.

Chez Roche Canada, nous sommes extrêmement fiers du travail que nous avons fait pendant la récente pandémie et du rôle essentiel que notre produit a joué dans le traitement et la protection de la santé des Canadiens.

Je vous remercie. Je serai heureux de répondre aux questions.

Jeff Poston, directeur exécutif, Association des pharmaciens du Canada : Honorables sénateurs, je vous remercie de l'invitation à comparaître devant vous ce soir. Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent pas l'Association des pharmaciens du Canada, nous sommes un organisme bénévole national qui représente les pharmaciens canadiens. Les pharmaciens ont joué un rôle essentiel dans la lutte contre la pandémie de grippe H1N1. Mes propos d'aujourd'hui ont deux objectifs : faire de l'expérience de la pandémie de grippe H1N1 un exemple du rôle que les pharmaciens peuvent jouer dans la lutte contre une pandémie et vous renseigner sur les leçons apprises qui pourront nous aider à lutter contre les pandémies à venir. Je crois que les services des pharmaciens pourraient être mieux exploités à l'avenir.

En ce qui concerne le rôle des pharmaciens pendant la dernière pandémie, il faut savoir que les pharmaciens représentent, pour la plupart des Canadiens, le fournisseur de soins de santé de première ligne le plus accessible. On les retrouve dans les collectivités à la grandeur du Canada, ils sont très fiables et très respectés de leurs patients. Cela a été prouvé encore une fois pendant la pandémie H1N1 au Canada, période pendant laquelle les pharmaciens étaient souvent le premier contact des personnes touchées avec le réseau de la santé.

Une des choses que nous avons apprises, c'est que la communication entre le patient et le fournisseur de soins de santé est essentielle. En 2010, dans le cadre de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, on a demandé aux personnes qui n'avaient pas été vaccinées pourquoi elles ne l'avaient pas fait. Soixante-quatorze pour cent des personnes interrogées ont dit qu'elles pensaient que ce n'était pas nécessaire. De toute évidence, le facteur de la communication est un élément important de la gestion d'une pandémie. Nous croyons également que les pharmaciens ont un rôle crucial à jouer dans l'amélioration de la communication.

Les pharmaciens ont fourni des renseignements sur l'éclosion de la grippe H1N1 aux Canadiens et ont répondu aux questions des patients qui présentaient des symptômes. À cet égard, les pharmaciens — par la prévention des visites inutiles dans les cabinets des médecins ou les salles d'urgence — ont grandement diminué la pression exercée sur le réseau de soins primaires.

Les pharmaciens étaient également chargés de la distribution des antiviraux de la réserve nationale. Dans certaines provinces, ils ont été en mesure de renouveler les médicaments prescrits sans avoir recours à l'autorisation d'un médecin, ce qui a une fois de plus permis au consommateur d'avoir un meilleur accès au produit.

Dans certaines provinces, les pharmaciens ont été autorisés à prescrire des médicaments et à vacciner les patients. La Colombie-Britannique a autorisé quelque 400 pharmaciens à vacciner les habitants de la province. Près de 8 000 Britanno-Colombiens ont été vaccinés par les pharmaciens pendant la pandémie.

Je devrais aussi ajouter que tout au long de la pandémie, notre association a servi d'intermédiaire entre les différents services de santé publique et l'Agence de la santé publique du Canada ainsi que les pharmaciens de première ligne, entre autres. Janet Cooper — qui m'accompagne aujourd'hui — a dirigé ces efforts. Je tiens également à saisir cette occasion pour souligner le travail efficace que nous avons accompli avec Roche Canada et Santé Canada pour la distribution d'une forme orale du Tamiflu, en particulier pour les enfants.

Quelles leçons avons-nous apprises? Dans l'ensemble, nous pensons que la riposte à la pandémie de H1N1 a été bien coordonnée. Cependant, nous croyons que la communication entre les organismes de santé publique et les fournisseurs de soins de santé aurait pu être améliorée. À certains égards, il y a eu des problèmes. Pour plus d'efficacité, on aurait pu mieux utiliser les services des pharmaciens.

Nous recommandons que les mesures suivantes soient prises en considération. Nous avons constaté que les lignes directrices cliniques pancanadiennes prévues pour la prestation de services de pharmacie communautaire — et peut-être pour d'autres fournisseurs de première ligne — étaient limitées. Des directives cliniques élaborées expressément pour les pharmaciens communautaires et d'autres fournisseurs de première ligne seraient un outil utile qui permettrait aux pharmaciens de connaître les meilleures mesures à prendre en cas de pandémie potentielle et réelle.

Aussi, en ce qui concerne les mesures de protection, les pharmacies disposent de peu de renseignements sur les options possibles. Les mesures acceptables en milieu hospitalier, comme la fourniture de blouses et de masques, ne sont pas forcément nécessaires en milieu communautaire.

Notre troisième recommandation est la suivante : la distribution d'antiviraux et de vaccins doit se faire par l'intermédiaire des chaînes d'approvisionnement existantes bien établies. Dans ce domaine, la chaîne d'approvisionnement actuelle — fabricant-grossiste-pharmacie — fonctionne déjà bien et est efficace. Nous croyons que ces mêmes chaînes d'approvisionnement pourraient être utilisées de façon très efficace pendant une pandémie.

Nous croyons que le rôle des pharmaciens devrait être élargi. Pendant une pandémie, compte tenu de l'accessibilité des pharmaciens, on devrait leur confier plus de responsabilités. Celles-ci devraient inclure la prescription d'antiviraux ou d'autres mesures préventives, au besoin. Le fait que seulement 45 p. 100 des Canadiens ont été vaccinés est un aspect qui aurait pu être amélioré, à notre avis, si on avait délégué davantage de responsabilités aux pharmaciens.

Bien que nous considérions que la transmission de renseignements a été bonne, nous avons dû composer avec de nombreuses sources de renseignements concurrentes. Notre association doit passer en revue et déterminer quels renseignements seront les plus pertinents pour ses membres. Une approche mieux coordonnée en matière de communication des renseignements serait utile.

En ce qui concerne l'approvisionnement d'antiviraux et les listes de vaccination prioritaires, les pharmaciens, comme d'autres fournisseurs de soins de santé, sont souvent mal informés. Une stratégie nationale cohérente doit donc être mise en place.

En conclusion, comme la pandémie de grippe H1N1 l'a démontré, les pharmaciens peuvent jouer un rôle clé dans l'intervention en cas de pandémie. Cependant, nous considérons que les responsables de la santé publique peuvent — et doivent — adopter un certain nombre de mesures pour tirer profit du rôle que jouent les pharmaciens à titre de fournisseurs de soins de santé de première ligne. Nous invitons le comité du Sénat à enjoindre à la ministre et aux organismes de la santé publique à faire en sorte qu'à l'avenir, dans le cadre de la planification en cas de pandémie, les pharmaciens se voient conférer un rôle accru et que l'on veille à ce qu'ils reçoivent des renseignements clairs en temps opportun, ce qui bénéficiera davantage à leurs patients.

Paul Lucas, président et chef de la direction, GlaxoSmithKline Canada : Je vous remercie de me donner l'occasion de m'adresser au comité ce soir.

Tirer des leçons de l'intervention réussie du Canada relativement à la pandémie de grippe A (H1N1) et s'engager envers l'amélioration continue est un objectif que nous partageons avec le comité, les responsables fédéraux de la santé publique et leurs homologues de partout au pays.

GSK est le plus important employeur du secteur biopharmaceutique au Canada. Nous sommes la seule entreprise au Canada qui dispose d'un arsenal complet de prévention et de traitement contre la grippe, comprenant notamment des vaccins pandémiques et prépandémiques, des vaccins contre la grippe saisonnière et des antiviraux.

Nous figurons parmi les 15 principaux investisseurs en recherche-développement, exploitons des installations dans plusieurs provinces et employons plus de 2 700 personnes au pays.

GSK a fourni suffisamment de vaccins contre le virus de la grippe A (H1N1) pour protéger l'ensemble de la population canadienne avant la fin de 2009. Je suis fier de notre contribution, et à titre de partenaire notable, je juge qu'il est important pour GSK de suggérer des moyens pouvant contribuer à de futures réussites. À mon avis, nous pouvons renforcer davantage nos partenariats pour assurer une réponse encore plus opportune, sûre et efficace à une pandémie future.

Il est important de souligner que la réponse de 2009 à la pandémie de grippe A (H1N1) s'est avérée le plus important programme de vaccination unique de l'histoire du Canada. Les gouvernements, tant fédéral que provinciaux et territoriaux, ont réagi à cette pandémie avec un empressement hors du commun. Les facteurs ayant contribué à ce succès sont nombreux, et j'aimerais me concentrer ici sur trois aspects où GSK a joué un rôle déterminant.

Premièrement, GSK est le seul fabricant de vaccins antigrippaux au Canada et il a pu fournir un accès prioritaire à un approvisionnement fiable en vaccins contre la grippe A (H1Nl) pour l'ensemble de la population canadienne. Deuxièmement, le Canada a opté pour l'adjuvant innovateur de GSK, ce qui a permis un accès plus rapide ainsi qu'un potentiel accru de protection pour les Canadiens. Troisièmement, de solides partenariats dans la préparation à la pandémie ont été établis entre les différents paliers gouvernementaux du Canada et divers organismes de santé publique, professionnels de la santé et fabricants comme GSK et Roche. Ces partenariats avaient pour but d'assurer une réponse coordonnée à la pandémie.

Permettez-moi d'aborder ces facteurs de réussite dans l'ordre. En premier lieu, nous avons la chance au Canada de nous être dotés d'une expertise de calibre mondial dans la production de vaccins. Depuis l'acquisition de son centre de production de vaccins à Ste-Foy, au Québec, en 2005, GSK y a investi 200 millions de dollars. Cet investissement opportun a permis à GSK de fabriquer la totalité des vaccins dont a eu besoin le Canada pour contrer la menace du virus H1N1 et traiter plus de 50 millions d'œufs pour produire le vaccin contre cette grippe. Je précise que ces 50 millions d'œufs canadiens provenaient d'agriculteurs canadiens et que leur transport était assuré par des transporteurs canadiens. Un contrat d'accès prioritaire prévoyant l'utilisation de matières premières de provenance et de fabrication canadiennes se traduit par un approvisionnement fiable en vaccins contre la grippe pandémique pour les Canadiens.

L'Organisation mondiale de la Santé a déclaré l'état de pandémie le 11 juin 2009 et GSK a livré ses premiers lots de vaccins contre la grippe pandémique dans les quatre mois qui ont suivi. En conséquence, 45 p. 100 de la population canadienne, un taux impressionnant, a reçu le vaccin Arepanrix contre le virus H1N1, produit par GSK. À titre de comparaison, à la fin de 2009, seulement 20 p. 100 des Américains, 25 p. 100 des Australiens, 12 p. 100 des Japonais et 7 p. 100 des Britanniques avaient été vaccinés. Les États-Unis et le Japon comptaient chacun cinq fournisseurs du vaccin contre le virus H1N1 et la plupart des pays européens en avaient deux.

Ainsi, le Canada a affiché l'un des taux d'immunisation les plus élevés de la planète et nos gouvernements et organismes de santé publique méritent des éloges pour avoir réussi cet exploit. Le gouvernement a aussi négocié l'accès prioritaire auprès de son unique fournisseur, ce que n'ont pas su faire d'autres pays qui avaient accès à plusieurs fournisseurs, et même à des fournisseurs nationaux.

En deuxième lieu, GSK a entrepris dès les années 1990 de planifier la production pour l'éventualité d'une pandémie. Nous avons su tirer parti de nos vastes connaissances, fruit de nombreuses années de recherche, d'innovation et d'investissements, pour mettre au point un vaccin sûr et efficace contre le virus H1N1. Cet investissement précoce de plus de 2 milliards de livres sterling à l'échelle mondiale dans la technologie de production de vaccins contre la grippe nous a permis de réagir avec une efficacité sans précédent à la pandémie.

Le vaccin contre la grippe pandémique Arepanrix de GSK renferme notre adjuvant novateur. Les adjuvants, ajoutés aux vaccins, rehaussent la protection contre des agents pathogènes redoutables comme le virus H1N1. Par ailleurs, cette technologie permet d'employer de plus faibles doses d'antigènes et, ainsi, de produire une plus grande quantité de doses du vaccin.

Grâce à l'adoption d'une technologie d'adjuvant de pointe et la signature d'un contrat de première ligne, le Canada a pu mieux que tout autre pays s'assurer un approvisionnement fiable en vaccins contre le virus de la grippe H1N1. Ainsi le Canada a-t-il eu accès à plus de doses du vaccin par habitant que tout autre pays, toutes sources d'approvisionnement confondues, pendant toute la durée de la campagne d'immunisation.

[Français]

Le Canada a été le premier pays au monde à avoir suffisamment de vaccins contre la grippe pandémique pour immuniser la totalité de sa population.

[Traduction]

GSK a fourni suffisamment de doses du vaccin pour protéger tous les Canadiens avant la fin de 2009. C'était notre engagement, et nous l'avons tenu.

Enfin, des partenariats entre les gouvernements, les organismes de réglementation, les organismes de santé publique et l'industrie sont la clé d'une réponse rapide et innovatrice à une situation imprévisible comme la pandémie de grippe H1N1. Dans le cas de la pandémie H1N1, la recherche des bonnes solutions s'est faite dans un esprit de collaboration sans précédent, non seulement entre les élus et les fonctionnaires, mais aussi entre des conseillers scientifiques, des professionnels de la santé et d'autres fabricants.

Il importe de reconnaître nos succès collectifs dans la lutte contre la pandémie de grippe H1N1, mais il est encore plus important de faire une rétrospective sur les difficultés rencontrées et d'en tirer des leçons pour l'avenir. En notre qualité de partenaires dans la protection de la population canadienne contre de menaces futures pour la santé, il nous incombe de renforcer nos capacités.

GSK pourra, je pense, accroître sa contribution sur trois plans à l'avenir : premièrement, par sa capacité de production; deuxièmement, parce qu'elle pourra aider à améliorer les communications entre les secteurs privé et public à tous les stades des programmes de planification d'urgence au Canada; et troisièmement, parce qu'elle pourra accorder plus d'attention au soutien des efforts du gouvernement pour sensibiliser le public.

Comme je le disais, GSK a investi considérablement pour accroître la capacité de production de vaccins contre la grippe de ses installations de Ste-Foy. Lorsque la demande mondiale se fait urgente et que le public est soudainement plus sensibilisé à la menace, le processus de conditionnement de doses de vaccin peut devenir tout un défi sur le plan de l'approvisionnement. La pandémie de grippe H1N1 a amplifié ce défi pour l'ensemble des fabricants de vaccins.

GSK cherche à accroître ses capacités de production afin de pouvoir répondre efficacement à des hausses soudaines et marquées de la demande. Les gouvernements ont un rôle à jouer dans le renforcement de ces capacités en investissant dans des partenariats et utilisant ces capacités en période de demande accrue de vaccins contre la grippe saisonnière produits au pays. Deuxièmement, GSK doit participer de façon plus proactive à la planification et s'ouvrir au dialogue tout au long du processus.

Vous l'avez entendu jeudi dernier, un programme de planification d'urgence efficace est essentiel à la réussite de toute intervention. Cependant, la responsabilité de la planification d'urgence ne relève pas uniquement des gouvernements. Le secteur privé est un partenaire essentiel non seulement dans l'intervention d'urgence, mais aussi et surtout dans la planification d'urgence. Comme l'a mentionné M. Lavoie, un groupe d'experts du secteur privé prodigue des conseils en matière de préparation en cas de pandémie; et c'est une pratique que nous devons développer davantage.

Chaque année, au Canada, GSK mène un processus complexe pour assurer l'approvisionnement en vaccins contre la grippe saisonnière. Nous amorçons le travail dès février. Les interventions des gouvernements et des organismes de santé publique s'intensifient à la fin de septembre, lorsque les premiers lots de vaccins sont livrés. Mais ce n'est pas la façon de faire pour les pandémies. Les gouvernements, les organismes de santé publique, les Canadiens et les médias voulaient suivre GSK pas à pas dans le processus.

GSK est mieux préparée à amorcer le dialogue avec ses partenaires et les intervenants sur les complexités et les incertitudes que comporte l'ensemble du continuum, depuis la découverte jusqu'à la livraison.

Enfin, bien que le Canada ait affiché l'un des taux de vaccination contre la grippe H1N1 les plus élevés à l'échelle mondiale, nous pouvons et nous devons chercher à augmenter ce taux à l'avenir. Pour ce faire, nous devons collectivement aider les Canadiens à parfaire leurs connaissances sur les virus et les vaccins.

En réalité, à l'exception d'un approvisionnement sûr en eau potable, aucun traitement dans le monde n'est aussi efficace que l'immunisation pour réduire les taux de mortalité. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, les programmes d'immunisation préviennent trois millions de décès par année à l'échelle planétaire.

Malheureusement, au cours de la dernière pandémie, des données contradictoires ont circulé quant à la véritable virulence du virus de la grippe H1N1 et à l'innocuité du vaccin. De plus, comme vous avez pu le constater dans un rapport récent de Statistique Canada, la population ne reconnaissait pas clairement les avantages de l'immunisation.

Le gouvernement fédéral peut montrer la voie en menant une stratégie nationale d'immunisation qui renforce les capacités, accorde la priorité à l'éducation et contribue à réfuter des renseignements erronés comme ceux qui ont circulé l'automne dernier. De plus, en sa qualité de partenaire responsable, GSK pourra poursuivre ses efforts de sensibilisation à l'importance de l'immunisation — non seulement durant les pandémies, mais lors des saisons grippales annuelles.

GSK est un partenaire de longue date des gouvernements à l'échelle nationale et mondiale pour l'approvisionnement en médicaments et en vaccins d'importance vitale. Je tiens à souligner l'excellent travail qu'ont réalisé tous les intervenants et à féliciter les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux d'avoir eu la prévoyance de planifier dès 2001 en vue d'une telle situation et d'assurer un accès prioritaire à une source nationale d'approvisionnement en vaccins.

Je vous remercie d'avoir entrepris cette étude approfondie visant à reconnaître nos succès, à tirer des leçons de nos faiblesses et à consolider nos partenariats afin que nous puissions, ensemble, répondre efficacement aux besoins des Canadiens advenant une nouvelle pandémie.

Wendy Nelson, présidente et chef de la direction, Rx Canada : Je vous remercie d'offrir à Rx Canada l'occasion de témoigner devant vous ce soir.

Rx Canada a été le principal organisme chargé du Programme national de surveillance des antiviraux et des médicaments sans ordonnance pour l'Agence de santé publique du Canada lors de la récente pandémie de grippe H1N1. Le Dr Spika vous a mentionné ce projet.

Le projet a été lancé en mai 2009, quelques jours à peine après que l'éclosion de grippe ait fait les manchettes. Je suis accompagnée ce soir du Dr Jeff Aramini, l'épidémiologiste principal en santé publique attaché au projet. Il est le président et chef de la direction d'Intelligent Health Solutions, un partenaire de projet de Rx Canada.

J'aimerais consacrer quelques minutes à vous parler de Rx Canada et du rôle que peut jouer le secteur pharmaceutique dans la capacité d'intervention en cas de pandémie. M. Poston vous a parlé du rôle du pharmacien, et je voudrais vous expliquer le rôle de la pharmacie — de l'établissement ou de l'entité commerciale qu'est la pharmacie. Je vous donnerai aussi un exemple concret du rôle qu'ont joué les pharmacies lors de la récente pandémie de grippe H1N1.

Nous sommes ici ce soir pour vous convaincre de la nécessité de reconnaître ce système unique de surveillance pharmaceutique qui a vu le jour pendant la pandémie de grippe H1N1 comme un élément essentiel du système de surveillance des pandémies de l'Agence de santé publique du Canada, ainsi que de la nécessité de le financer en permanence. Je crois que le Dr Aramini et moi-même avons des arguments susceptibles de vous en convaincre dans les cinq prochaines minutes.

Il arrive qu'une crise engendre un joyau, un nouveau projet et des innovations, et c'est ce qu'a été ce projet.

Rx Canada est un organisme commandité par des pharmacies qui a pour vocation de munir les pharmaciens des outils, programmes et technologies utiles à l'offre de services de grande qualité à leur clientèle. C'est dans cette optique que Rx Canada a conçu une série de programmes fondés sur des preuves pour gérer les maladies chroniques et accroître l'observance thérapeutique. Ces programmes sont accessibles aux Canadiens par l'intermédiaire de leur pharmacien.

Rx Canada est aussi résolu à collaborer avec les gouvernements pour concevoir et mettre en œuvre des solutions pharmaceutiques nationales et provinciales. Je peux vous donner comme exemple le système national de rappel des médicaments que nous sommes en train de mettre au point en collaboration avec GS1 Canada et, bien entendu, ce projet-ci, qui est le thème de ma déclaration d'aujourd'hui.

Rx Canada travaille avec toutes les pharmacies du Canada. En ce moment, nous collaborons activement avec plus de 4 000 pharmacies du pays, tant des chaînes que des pharmacies indépendantes. Nous recevons plus de 70 p. 100 de toutes les ordonnances prescrites au Canada et en faisons le suivi. Les pharmacies participantes utilisent notre groupe de programmes fondés sur des preuves et un réseau informatisé, que nous appelons Rx Gateway. Les pharmacies ont ainsi accès à un système central — une base nationale de données en temps quasi réel sur les ordonnances et les médicaments en vente libre qui nous sert à fournir des services, dresser des rapports, évaluer des programmes et faire des recherches. Nous devons ce système unique à l'investissement et la coopération de l'industrie pharmaceutique. Il est utile, particulièrement en périodes de crise de santé publique.

Les systèmes de communication de données de Rx Canada et les pharmacies du pays ont dû agir très rapidement lors de l'épidémie récente de grippe H1N1. En moins d'une semaine après que l'Agence de santé publique du Canada y ait fait appel, Rx Canada a pu mobiliser plus de 2 500 pharmacies dans toutes les provinces pour nous approvisionner en données quotidiennes sur les ordonnances de médicaments antiviraux, comme Tamiflu et Relenza. Nous avons aussi reçu au jour le jour les données des ventes libres de médicaments pour le traitement précoce des symptômes de la grippe, comme les produits contre la toux et le rhume.

Ces données constituaient un échantillon statiquement important des pharmacies du pays qui étaient en activité. Rx Canada a aussi communiqué avec les pharmacies indépendantes des régions rurales et isolées et a mis en place les systèmes de collecte de données nécessaires pour assurer la représentation du plus grand nombre de collectivités possible. On a« anonymisé » et regroupé toutes les données pour protéger l'identité des patients et les renseignements propres aux pharmacies et aux chaînes pharmaceutiques.

C'est le tout premier système national de surveillance pharmaceutique du Canada, un système qu'un nombre croissant d'instances de santé publique du globe possèdent déjà, notamment aux États-Unis et en Europe.

Ces autres instances l'ont compris, les données en temps quasi réel sur les produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance peuvent les aider à déceler les épidémies plus tôt que ne le permettent les analyses en laboratoire commandées par les médecins dont les patients affichent des symptômes plus graves. Un système efficace de surveillance qui exploite les données sur les ventes libres de médicaments peut déceler les épidémies ou les tendances importantes en matière de santé des jours, voire des semaines avant que les analyses en laboratoire puissent les confirmer.

Dans le cas de l'épidémie de grippe H1N1, de trois à six semaines avant la deuxième vague de l'épidémie, nous avions décelé une hausse des ventes de médicaments sans ordonnance pour les troubles respiratoires — les produits contre la toux et le rhume. Pendant la deuxième vague, les ventes de ces produits ont atteint un sommet quelque trois semaines avant que les ordonnances de produits antiviraux n'en fassent autant, et elles ont commencé à diminuer pendant la campagne de vaccination. Dans un contexte d'épidémie, les instances de santé publique et les travailleurs de la santé peuvent mettre à profit ce temps précieux pour protéger le public et préparer une intervention appropriée.

À la lumière des données que recueillait le système national de Rx Canada pendant l'épidémie de grippe H1N1, des épidémiologistes chevronnés comme le Dr Aramini ont appliqué des algorithmes statistiques complexes pour produire des rapports quotidiens, hebdomadaires et mensuels à l'intention des instances de santé publique du Canada. Les rapports quotidiens donnaient à ces instances des renseignements qui leur permettaient de reconnaître les nouvelles grappes d'activité, d'observer les tendances en matière de santé dans les collectivités et de formuler des stratégies appropriées de gestion des épidémies. Les rapports hebdomadaires et mensuels renfermaient des renseignements plus sommaires aux niveaux provincial et national.

Je crois que vous avez tous reçu un exemplaire des rapports sommaires mensuels que nous avons fournis. Ces rapports ont été conçus en collaboration avec l'Agence de santé publique du Canada et renferment des tableaux, graphiques et données sommaires sur les tendances, qui permettent aux organismes de santé publique de juger d'un coup d'œil la situation dans leur province.

Nous avons créé récemment des rapports plus spécifiques sur les régions sanitaires, qui comportent des détails à un échelon très local et nous sommes en train de les évaluer. Nous avons aussi proposé à l'Agence de santé publique du Canada la production de rapports en ligne qui seraient accessibles instantanément dans tout le pays.

On a aussi produit des rapports spéciaux pendant la pandémie pour faire un suivi d'activités particulières, notamment lors des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2010. À un moment donné pendant l'épidémie, Rx Canada a utilisé exclusivement le système électronique avec lequel elle communique avec les pharmacies pour transmettre des renseignements essentiels sur l'approvisionnement en produits antiviraux — une version orale de Tamiflu pour usage pédiatrique — à plus de 10 000 pharmaciens, et ce, en moins de 24 heures. Le même système peut servir à diffuser sans délai au public des renseignements standardisés pendant les épidémies.

Rx Canada est en train de mettre au point une série de données d'assurance de la qualité des données historiques, que l'Agence de santé publique du Canada peut maintenant utiliser dans le cadre d'analyses rétrospectives et d'analyses comparatives avec d'autres sources de données pour décortiquer le déroulement de l'épidémie de grippe H1N1. Les représentants du gouvernement auront ainsi une vue d'ensemble dont ils pourront tirer des leçons pour planifier des interventions futures plus efficaces.

De façon générale, notre travail, pendant la pandémie de grippe H1N1 a été bien accueilli. Les services-conseils du gouvernement ont fait un examen et un sondage auprès des représentants territoriaux et provinciaux. Pas moins de 77 p. 100 d'entre eux étaient convaincus de l'utilité du maintien de ce type de système et appuyaient le projet. Fait tout aussi important, 94 p. 100 des répondants du milieu de la santé publique jugeaient le système de présentation de rapports rapide, 86 p. 100 le considéraient facile d'accès et 74 p. 100 l'estimaient convivial.

Le gouvernement fédéral a injecté environ 1,5 million de dollars dans la conception de ce système au cours des 18 mois derniers mois. C'est plus que ce qui était prévu quand nous avons proposé le système à l'Agence de santé publique du Canada en 2008. Cependant, dès les premières semaines et les premiers mois, il a fallu consacrer la plus grande partie de cette somme à l'exploitation immédiate du système de production de rapports et à la mobilisation du réseau national de pharmacies dans le cadre des activités liées à la grippe H1N1.

C'est sur une base facultative que l'infrastructure existante de gestion des données sur les médicaments de Rx Canada a servi et que, jusqu'à maintenant, les pharmacies du Canada ont fourni des données. On n'a encore rien investi dans le matériel ou les logiciels, notamment dans l'automatisation, pour réduire les coûts de fonctionnement et assurer l'efficacité du système à long terme.

Surtout, cet investissement a donné lieu à la création d'un système de production de rapports viable et évolutif. On peut rapidement enrichir le système pour faire un suivi non seulement des grippes, mais aussi d'autres types d'épidémies, comme le SRAS, les maladies d'origine hydrique comme celle qui a sévi à Walkerton, ou encore les épidémies d'origine environnementale, comme l'asthme causé par une piètre qualité de l'air.

Ce genre d'investissement financier est rentable à très court terme. D'après une analyse de rentabilisation que nous avons faite pour l'Agence de santé publique du Canada, si les rapports de surveillance des pharmacies étaient généralisés, automatisés et tenus à jour sur une base régionale, ce type de système national de surveillance fondé sur les pharmacies représenterait pour le public canadien une économie d'au moins 2,5 millions de dollars par année en coûts de services de santé qui seraient évités grâce à la détection précoce des épidémies.

En conclusion, l'exploitation du réseau technologique existant et du système de données sur les ordonnances a permis à Rx d'obtenir l'appui des pharmacies canadiennes à la création et à la mise en œuvre de ce tout premier système de surveillance. Nous l'avons maintenu pendant toute la pandémie de grippe H1N1 et nous sommes prêts à continuer de produire des rapports pendant la prochaine saison de grippe.

Ce programme de surveillance de la santé publique témoigne de la mesure dans laquelle les pharmacies des diverses collectivités peuvent contribuer à une intervention efficace en cas de pandémie à l'échelle du Canada. Nous recommandons à l'Agence de santé publique du Canada et à votre comité de maintenir ce système innovateur, de le reconnaître et de le financer en tant que composante essentielle et permanente du réseau de surveillance du Canada.

Je vous suis reconnaissante de m'accorder de votre temps. Je remercie toutes les pharmacies qui ont contribué à ce projet et les hauts fonctionnaires de l'Agence de santé publique du Canada pour leur vision, grâce à laquelle ce projet a pu progresser.

Le président : Monsieur Lucas, parlons du vaccin que vous avez produit. Pourriez-vous m'expliquer les obstacles auxquels s'est butée sa fabrication, et ce qu'il faudrait faire pour résoudre les problèmes qui se sont posés pendant cette période?

Il a été question de l'emballage et du fait qu'il semble être un facteur déterminant dans la décision des médecins de ne pas administrer le vaccin; il était livré en quantités beaucoup plus importantes que celles avec lesquelles les médecins pensaient pouvoir composer. Pouvez-vous donc nous expliquer cela?

Vous avez parlé de 50 millions d'œufs. Il y a des gens qui sont allergiques aux œufs. J'ai cru comprendre que la démarche du Royaume-Uni est quelque peu différente à cet égard. Peut-être pourriez-vous parler aussi de cet aspect?

M. Lucas : Je vous remercie. En ce qui concerne la fabrication, le processus aurait pu être expliqué plus efficacement dans les communications entre nous, le gouvernement et d'autres.

Le seul problème, en ce qui concerne le vaccin contre la grippe H1N1, c'est que le travail avec le virus était plutôt complexe. Il était difficile à formuler. Tous les fabricants ont eu le même problème et l'OMS l'a reconnu. Nous n'étions absolument pas les seuls dans cette situation. N'oublions pas que personne n'avait fabriqué ce vaccin auparavant. On ne peut jamais parfaitement réussir le produit du premier coup, quel que soit le processus de fabrication, l'industrie ou le produit. Les problèmes de production ne sont pas rares au premier essai, et celui-ci n'a pas fait exception. Je répète toutefois que ce n'est pas rare, en fabrication. C'était un virus plus difficile.

Nous avons aussi des problèmes quand nous fabriquons le vaccin contre la grippe saisonnière. Personne ne le sait jamais, cependant, parce que la commande est passée, nous fabriquons le vaccin, nous réglons tous les problèmes et nous livrons le vaccin en septembre. Personne n'est au courant des problèmes que nous devons régler en faisant le vaccin pour la première fois. Pour la grippe H1N1, nous travaillions en temps réel, alors le public l'a su et a dit « Vous avez des problèmes avec la fabrication ». Ce n'était rien vraiment d'exceptionnel.

Pensez au calendrier de production. Nous fabriquons généralement chaque année le vaccin contre la grippe saisonnière. Entre la réception de la cellule souche et le moment où le vaccin quitte nos laboratoires, il s'écoule environ sept mois. Pour le virus H1N1, il n'a fallu que quatre mois — un vaccin que nous n'avions jamais fabriqué auparavant. Je crois que nous avons laissé au comité un graphique du processus de fabrication.

Ce produit a été emballé dans ce que nous avons appelé des « boîtes à chaussures ». Les fioles contenaient chacune 10 doses, et chaque boîte contenait 50 fioles. C'est une norme mondiale. Tous nos clients ont reçu le même emballage dans le monde entier, pas seulement de cette usine, mais de l'autre aussi. La raison, c'est que cette méthode accélérait nettement le délai de livraison.

Là où il y avait des cliniques de vaccination de masse, au Canada, cela n'a posé aucun problème. Par contre, le problème a surgi quand on a voulu faire administrer le vaccin dans des cabinets de médecins. Tout dépendait du territoire de compétence et du mode de distribution.

Le président : C'est différent de la grippe saisonnière parce que le vaccin est administré par les médecins. Vous devez l'emballer autrement.

M. Lucas : Oui. Nous n'avons pas à composer avec des délais beaucoup plus courts. Il est clair que les plus grosses boîtes accélèrent le processus de production. Il faut toujours faire des compromis dans ce processus. On prend des mesures pour ralentir ou pour accélérer les choses. Dans le cas de la grippe H1N1, tout ce que nous avons fait visait à accélérer le processus. Nous avons raccourci nos délais de contrôle de la qualité. Nous les avons écourtés comparativement aux délais normaux, sans prendre de risques indus. Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour que le processus soit plus court et, ainsi, nous avons pu livrer le produit en quatre mois plutôt que sept. C'était urgent. J'espère que cela peut expliquer le problème de l'emballage.

Pour ce qui est de l'allergie aux œufs, j'essaie de me rappeler de quoi il s'agissait. Un très faible pourcentage de la population est allergique aux vaccins à base d'œufs. Je pense que le Royaume-Uni en a créé un qui est fait de culture cellulaire. Le problème, c'est que la grande majorité des vaccins contre la grippe sont faits avec des œufs et la culture cellulaire n'est pas une technologie très avancée, dans le domaine. On n'a pas tellement de choix, mais une petite partie de la population est touchée.

M. Poston : Si je peux ajouter quelque chose au sujet de l'emballage, j'ai trouvé que les deux fabricants qui sont ici ont agi superbement. Le fait intéressant, à propos de l'emballage, c'est que des hôpitaux ont détaché des techniciens en pharmacie dans des cliniques de certaines régions du pays, parce que ces vaccins devaient être reconstitués. C'était un autre facteur qui posait problème. Alors il y a eu plusieurs cas ainsi, de belles histoires de partenariat entre le monde des infirmiers et celui des pharmacies, pour assurer la fluidité des opérations dans les cliniques de vaccination de masse.

Le comité soulève néanmoins une question importante, et c'est quelque chose qui doit entrer en compte dans la planification des mesures de prévention de masse. Il est primordial que votre produit soit facile à administrer. Je pense que le compromis dont parlait M. Lucas est tout à fait courant. C'est une question de facilité d'administration en regard de la couverture de masse, et il y a toujours un compromis à faire.

C'est important pour l'Agence de santé publique du Canada et le travail qui se fait pour planifier l'intervention en cas de pandémie. C'était cette fois-ci une pandémie virale; ç'aurait pu être une pandémie bactérienne. Même dans les mesures de préparation aux situations d'urgence, c'est un aspect important de la planification de l'intervention.

M. Lucas : La seule différence par rapport à l'emballage du vaccin saisonnier, c'est le plus grand nombre de fioles. Les fioles sont les mêmes; chacune contient 10 doses.

Le sénateur Martin : Messieurs Hall et Lucas, vous avez tous deux parlé d'accès prioritaire, et il est rassurant de savoir que les Canadiens jouissent d'un accès prioritaire. Est-il garanti?

M. Hall : Selon notre politique, les gouvernements ont accès en priorité aux antiviraux, et à ce que je sache cela ne changera pas. Rien ne justifierait un changement. C'est notre politique, et elle a de bonnes raisons d'être.

Le problème, ce n'est pas l'accès prioritaire; celui-ci est largement assuré. Il s'agit plutôt de veiller à avoir assez d'antiviraux s'il survenait une pandémie. Le meilleur moyen de s'en assurer est par la constitution de stocks, et c'est ce que le gouvernement du Canada a décidé de faire, fort heureusement. Quand est survenue la dernière pandémie, il y avait assez d'antiviraux pour tous les Canadiens.

M. Lucas : Précisons que c'est un type différent d'accès prioritaire. C'est l'accès prioritaire pour les gouvernements du monde entier. Le Canada, avec le contrat qu'il avait conclu avec GSK, qui arrive à échéance à la fin de cette année, avait accès en priorité aux vaccins que nous produisions. Nous n'aurions pu les envoyer à personne d'autre tant que le Canada n'aurait pas été approvisionné.

C'est un énorme privilège pour le Canada. Je pense que c'est le facteur fondamental qui a fait que le Canada a pu obtenir autant de vaccins aussi rapidement.

Quant à savoir si cela continuera et si c'est garanti, tout dépendra du prochain processus d'approvisionnement, en application du nouveau contrat. Le Canada a de la chance en ce sens qu'il est l'un des très rares pays, voire l'unique pays de l'hémisphère Nord, à jouir d'un accès prioritaire. C'est le genre de choses qu'il faut préciser dans le contrat.

Le sénateur Martin : Vous avez tous fait des recommandations très précises et utiles. Le rôle du pharmacien est, je pense, un autre élément très important. À entendre certaines de vos recommandations, on comprend que les thèmes principaux tournent autour du partenariat, de l'éducation et de la planification. Avez-vous amorcé le processus visant à mieux intégrer les pharmaciens dans l'intervention, quand surviendra une autre pandémie?

M. Poston : La plupart des provinces du Canada sont en train d'adopter des lois qui investiront les pharmaciens d'une espèce de pouvoir de prescription. Ainsi certains obstacles juridiques sont éliminés.

Notre association a collaboré très étroitement avec l'Agence de santé publique du Canada à l'élaboration et au développement de ce plan. La suite des événements témoigne de l'importance de la planification.

Mme Cooper : Les membres du comité ne connaissent peut-être pas le rôle qu'ont joué les pharmaciens pendant la pandémie. Des patients allaient à la pharmacie porteurs de symptômes semblables à ceux de la grippe. Les pharmaciens évaluaient leurs symptômes et prodiguaient conseils et recommandations. Ils conseillaient aux patients de rentrer chez eux, de prendre des médicaments en vente libre ou de se rendre au service des urgences de l'hôpital local. Ils faisaient une évaluation de la gravité des symptômes. Ce rôle d'évaluation préliminaire qu'ont joué les pharmaciens de la collectivité a été d'une importance fondamentale, particulièrement pendant cette période. Les pharmaciens fournissaient des avis et recommandations au sujet des patients qui recevaient le vaccin.

Ils ont souvent été une espèce de source d'information, à qui on demandait de faire la lumière sur toute l'information troublante que diffusaient les médias. Est-ce que je devrais me faire vacciner? Et les antiviraux? Il y a eu des gens qui voulaient obtenir des ordonnances d'antiviraux, surtout durant la première vague, dans le but de les stocker. Les pharmaciens ont vu passer pas mal d'ordonnances d'antiviraux qui n'étaient probablement pas appropriées. C'était un rôle important, mais comme l'a dit M. Poston, nous continuons de travailler avec nos pharmacies partenaires et avec d'autres fournisseurs de soins de santé, de même qu'avec l'ASPC et Santé Canada.

Le sénateur Martin : Merci pour tout ce beau travail que vous avez fait.

Le sénateur Ogilvie : Monsieur Hall, où est produit votre Tamiflu pour le marché nord-américain?

M. Hall : Nous avons des installations partout dans le monde. Je ne suis pas libre de vous dire exactement où. Ce sont des renseignements commerciaux de nature délicate. Quoi qu'il en soit, nous avons des installations de production partout dans le monde, dans bien des pays, et nous avons de nombreux partenaires.

Le sénateur Ogilvie : Si c'est tout ce que vous pouvez dire, je trouve cela remarquable, mais je n'insisterai pas et je passerai à la question des 500 000 doses, la quantité de Tamiflu que vous avez fournie.

M. Hall : Il y a eu 21 millions d'ordonnances à l'échelle mondiale et, oui, 500 000 ont été remplies au Canada.

Le sénateur Ogilvie : Est-ce que ces 500 000 doses s'ajoutent au stock dont a parlé Santé Canada, que le ministère avait réparti en divers endroits, ou est-ce la quantité produite pour constituer ce stock?

M. Hall : Les 500 000 doses provenaient probablement en grande partie du stock réparti dans tout le pays, et on s'en est peut-être procuré une autre quantité par les voies régulières du marché au détail.

Le sénateur Ogilvie : Je vous remercie.

Monsieur Lucas, vous avez clairement dit que l'intégralité des vaccins que le Canada a reçus ont été produits au Canada.

M. Lucas : C'est juste.

Le sénateur Ogilvie : Avez-vous pu approvisionner aussi des marchés étrangers à partir du Canada?

M. Lucas : Oui, mais seulement après avoir approvisionné le Canada et répondu à ses besoins.

Le sénateur Ogilvie : Je vois. Je vous remercie.

À propos du vaccin avec adjuvant, le groupe précédent nous a dit que l'adjuvant peut être reformulé et réutilisé. Est- ce qu'il faut vous le retourner pour que vous le fassiez, ou est-ce que c'est Santé Canada ou une autre installation qui s'en charge?

M. Lucas : Pour le vaccin contre la grippe H1N1, un flacon contenait l'adjuvant et un autre, l'antigène, alors l'antigène n'est pas récupérable. Il reste l'adjuvant, qui est gardé en stock. S'il fallait fabriquer un vaccin contre le virus H5N1, on pourrait utiliser cet adjuvant avec l'antigène.

Le sénateur Ogilvie : Je vous remercie beaucoup. Si le groupe d'avant vous l'avait expliqué ainsi, je n'aurais pas eu à poser la question.

Madame Nelson, au sujet de Rx Canada et des pharmacies en général, j'ai été ravi d'apprendre les efforts que vous avez déployés de votre propre chef pour concevoir un système d'information automatisé, dont l'utilité ne fait pas de doute. Si vous pouvez le concevoir et, par quelque miracle, convaincre la profession médicale de l'utiliser pour les ordonnances, nous pourrions éviter 15 p. 100 des décès attribués actuellement à toutes sortes de maux des réseaux hospitaliers, sans parler des problèmes qui découlent de ce genre de situation, alors je vous demande de tenir bon. S'il y a quelque chose que nous puissions faire pour vous aider, n'hésitez pas à nous le dire.

Mme Nelson : Je vous remercie. Nous sommes tout à fait d'accord et nous vous sommes reconnaissants de votre soutien.

[Français]

Le sénateur Champagne : Monsieur Poston, vous sembliez un peu déçu de voir qu'au Canada, seulement 45 p. 100 des gens ont été vaccinés. Vous disiez qu'il devait y avoir eu un problème de communication quelque part. Je suis bien d'accord avec vous, parce qu'à la radio ou à la télévision, lorsqu'une émission d'affaire publique recevait un invité pour parler de l'importance, voire de la nécessité d'être vacciné, pour avoir l'air neutre, ils recevaient un autre invité qui était, lui, opposé aux vaccins.

C'est dans ces cas où je pense que les pharmaciens, que ce soit chez vous ou chez Rx, pourraient, si nous avions une autre pandémie — Dieu nous en garde ! — faire un travail encore plus important.

Nous nous questionnerons sûrement pour savoir si le système de distribution doit passer par chez vous. Mais les pharmacies, au lieu de faire des loteries quelconques, devraient afficher de grands panneaux démontrant l'importance de se faire vacciner. Vous vous demandez si vous devez vous faire vacciner? Venez nous en parler. Je pense que c'est ce que les pharmaciens auraient pu et pourraient faire, si le cas se représentait.

[Traduction]

M. Poston : Nous l'appuierions et, de fait, une bonne partie de nos messages aux pharmaciens portaient sur la nécessité d'encourager les patients à se faire vacciner et de leur expliquer pourquoi c'est important. Il est possible d'en faire encore plus sur ce plan.

Il y a une chose que nous avons constatée, et c'est que l'accessibilité au vaccin variait aussi. Il est certain que l'expérience de la Colombie-Britannique a mis en évidence l'utilité d'avoir des pharmaciens capables d'administrer les vaccins. Je pense que certaines cliniques d'immunisation de masse ont été très efficaces, mais si nous voulons faire mieux que 45 p. 100, il faut penser à mobiliser les médecins de famille, les pharmaciens communautaires, les gens qui composent au jour le jour avec la population.

Nous avons particulièrement veillé à ce que les patients à haut risque reçoivent le vaccin, et c'est là que les programmes du genre de ceux qu'offre Rx Canada peuvent servir d'exemple. Il fallait veiller à ce que la clientèle des pharmaciens qui souffre d'asthme chronique, de troubles respiratoires, comprenne l'importance de se faire vacciner. Ce sont tous de bons éléments, et il y a certainement des choses que nous encouragerions les pharmaciens à faire, et nous pourrions miser sur cela à l'avenir.

[Français]

Le sénateur Champagne : Il est bien évident que vous pouvez faire beaucoup de choses en ce sens, parce que les gens vont bien plus souvent à la pharmacie que chez le médecin ou qu'à l'urgence de l'hôpital.

Mon autre question s'adresse à M. Lucas. Plusieurs personnes nous ont fait part de leur inquiétude face au fait que le gouvernement n'avait qu'un seul fournisseur de vaccins. Pardonnez-moi ce mauvais jeu de mots, mais je vais dire que cela s'appelle « mettre tous ses œufs dans le même panier », et quand il y en a 50 millions, cela fait beaucoup d'œufs!

Vous disiez que vous vous estimiez vraiment bien placé; qu'est-ce qui se passerait si, pour une raison ou pour une autre, il devait y avoir un rappel de vaccins? On se retrouverait face à une situation où on ne pourrait plus en obtenir, parce que s'ils ne viennent que d'un endroit, et que cet endroit rencontrait des ennuis, ce serait vraiment problématique. Ce n'est pas que je veux vous enlever du travail, mais je veux me faire rassurer.

[Traduction]

M. Lucas : C'est une bonne question qui a été soulevée à plusieurs reprises. Le Canada a été assez bien placé pour jouir d'un accès prioritaire. La question, c'est de savoir qu'est-ce qui arriverait si... La vérité, c'est que si nous ne pouvions produire le vaccin, personne d'autre ne le pourrait non plus, parce que nous avons beaucoup d'expérience en la matière. L'important, c'est de pouvoir formuler le virus particulier, et le H1N1 a posé un peu plus de difficulté. Vous avez pu constater que sa formulation nous a posé quelque difficulté, mais il en a été de même pour tout le monde.

Dans le cas dont vous parlez, il n'est pas exagéré d'avoir une espèce de plan de rechange. Je sais que des témoins que vous avez entendus ont essayé de le faire, mais la question, c'est de savoir si on peut vraiment avoir un plan de rechange pour l'approvisionnement. C'est une affaire de coût, de disponibilité, d'accès et de gestion des risques. Si on peut avoir un approvisionnement de réserve d'une source en dehors du Canada, est-ce qu'on le recevra jamais, de toute façon? Si la frontière est fermée et tout le monde a du mal à produire les vaccins, le Canada ne les recevra probablement pas. Il faut gérer un risque, les coûts, et cetera.

Le sénateur Champagne : Je tenais à l'entendre directement de la source.

Le sénateur Cordy : Vos commentaires ont été des plus utiles.

Monsieur Lucas, je sais que ce n'est pas vous qui avez dit que ce devrait être 50,4 millions de doses. C'est le gouvernement qui en a décidé. Les témoins que nous avons déjà entendus nous ont dit que le nombre a fluctué au fil du temps. Quel a été le chiffre définitif? Combien de doses avons-nous fini par acheter?

M. Lucas : Je ne pourrai pas répondre à cette question.

Il y a eu beaucoup de fluctuations. Le nombre de 50,4 millions de doses m'a semblé raisonnable. Quelques ajustements ont été faits depuis ce temps-là, alors nous avons dispensé le gouvernement d'un certain nombre de doses. Nous avons résilié une partie de l'entente. Nous avons accordé des crédits pour une partie de l'antigène du vaccin, à cause du problème de durée de conservation.

Il est difficile de vous donner un chiffre exact sur la quantité d'antigène et d'adjuvant que nous avons réellement vendue. Il faudrait que je fasse un calcul. C'était nettement moins que 50,4 millions de doses.

Le sénateur Cordy : Vous avez tous parlé, je crois, de communication. Je pense qu'il faut réduire le cloisonnement des secteurs public et privé auquel M. Lucas a fait allusion. Je crois que M. Poston a parlé de messages contradictoires et de réception en temps opportun de messages clairs.

Comme l'a indiqué le sénateur Champagne, on nous a déjà dit qu'on était préoccupé par la communication durant la pandémie. Les gens lisaient une publicité du gouvernement fédéral sur une page de journal et une information contradictoire sur la page d'en face; les gens ne savaient simplement pas s'ils devaient se faire vacciner.

Allons-nous surmonter ce problème? Que pouvons-nous faire pour que la communication soit meilleure la prochaine fois? Pourtant, si le Dr Butler-Jones n'était pas à la télévision chaque soir, il l'était au moins un soir sur deux.

Monsieur Poston, vous avez parlé du rôle que jouent les pharmaciens. Je fais confiance à mon pharmacien de Cole Harbour. Il m'aide beaucoup lorsque je lui pose des questions. Lorsque nous avons mené une étude sur le système de soins de santé il y a quelques années, nous avons recommandé que les pharmaciens jouent un rôle encore plus grand pour soigner les patients. Cela commence à se produire, mais il a fallu un certain temps.

M. Poston : Nous recevions de l'information de l'Agence de la santé publique du Canada, de l'Organisation mondiale de la Santé, des gouvernements provinciaux et des autorités régionales de la santé. Si on y réfléchit, votre pharmacien de Cole Harbour recevait de l'information de l'ASPC, de l'OMS, du gouvernement de la Nouvelle-Écosse et des autorités régionales de la santé. Nous diffusions de l'information et les médias en diffusaient également. Il y avait un très grand nombre de sources d'information.

C'était une très bonne chose que le Dr Butler-Jones ait bénéficié d'une grande couverture médiatique. Je pense qu'il importe beaucoup que l'Agence de la santé publique du Canada ait une grande influence. Il faut sans doute augmenter les fonds et le soutien qu'on lui accorde pour qu'elle communique de l'information et qu'elle traite avec les médias.

Par ailleurs, l'agence a fait un assez bon travail pour ce qui est de coordonner les organisations concernées. Je pense qu'à un certain moment, elle tenait des téléconférences quotidiennes, mais c'était avant tout pour gérer tous les éléments d'information.

Je commencerais par examiner le rôle de l'Agence de la santé publique du Canada, mais pour dire comme M. Lucas, il faudrait que participe le secteur privé. L'entreprise de Mme Nelson est un bon exemple de participation importante du secteur privé dans la santé publique, et il faut que tout le monde poursuive les mêmes objectifs.

Mme Nelson : Il y a d'excellents pharmaciens en qui nous avons confiance et à qui nous demandons conseil pour notre santé, mais même les meilleurs pharmaciens ont besoin d'outils. Nous pouvons fournir des outils de communication aux pharmaciens. Je vais reprendre l'exemple que j'ai donné dans mon exposé.

L'Agence de la santé publique du Canada devait communiquer des informations essentielles concernant l'approvisionnement en antiviraux. En 24 heures, on avait approuvé le message à diffuser dans les pharmacies. Grâce à notre technologie, nous avons transmis le message dans 2 500 pharmacies et à tous les pharmaciens qui y délivraient des médicaments.

Nous devons tirer profit de ce genre de système et collaborer concernant l'information à communiquer pour ensuite demander aux pharmaciens de la transmettre à la population.

M. Lucas : C'est un grand défi et de nombreux facteurs entrent en compte. Je pense que le Dr Butler-Jones a été clair et cohérent. Mais les journalistes aiment connaître les points de vue discordants et cela a créé bien des problèmes. J'ai des réticences concernant le travail des médias à cet égard. Canada AM et tous les grands réseaux ont donné la parole à ceux qui contredisaient l'Agence de la santé publique du Canada. Cela a créé bon nombre de difficultés et je ne sais pas comment on peut régler ce problème dans une démocratie.

Le sénateur Cordy : Monsieur Poston, pourquoi avez-vous dit que nous devrions utiliser les chaînes d'approvisionnement actuelles si une pandémie se déclarait?

M. Poston : Dans certaines provinces, c'était une question de distribution des stocks nationaux, en particulier d'antiviraux. Dans certaines provinces, au lieu d'offrir les antiviraux dans les pharmacies locales, on se demandait si on devait envoyer les stocks dans certaines pharmacies seulement. Il y a eu beaucoup de débats et de discussions concernant la distribution.

La chaîne de distribution fonctionne bien. La plupart des pharmacies reçoivent au moins une livraison de leur grossiste tous les jours; certaines reçoivent jusqu'à trois livraisons tous les jours. La chaîne d'approvisionnement pour les produits pharmaceutiques au Canada est bien organisée; elle est très efficiente et très efficace. On consigne l'information et on effectue de la surveillance. Il y a un réseau d'approvisionnement réfrigéré qui permet de garder les produits à la bonne température tout au long de la chaîne d'approvisionnement. S'il faut rappeler un produit, c'est facile à faire, car les pharmaciens prennent en note les renseignements sur leurs stocks.

Il y a de nombreux avantages à se servir de la chaîne d'approvisionnement existante. Il est inutile de créer une chaîne d'approvisionnement indépendante si on est aux prises avec une pandémie ou une autre situation d'urgence.

Mme Nelson : Il est facile pour nous de compter ce qui passe dans la chaîne d'approvisionnement et d'en suivre la trace. Ce qui était plus difficile pour nous, c'était de gérer les stocks qu'il y avait dans les pharmacies. Grâce au système actuel, nous savons où les produits sont expédiés.

Le sénateur Seidman : Madame Nelson, je regarde votre rapport mensuel et je constate qu'à la figure 1, la relation entre les ordonnances d'antiviraux au Canada et les ventes de produits respiratoires sans ordonnance est frappante. Je vous remercie, car cela montre qu'il importe d'avoir de bonnes données pour prévoir les tendances lourdes qui se dégagent dans les circonstances extrêmes.

Vous dites ici qu'on n'a pas investi dans le matériel informatique ou les logiciels pour réduire les coûts de fonctionnement dans ce qui aurait dû être un outil très utile pour l'Agence de la santé publique du Canada. Vous dites que vous avez fait une recommandation à l'agence pour qu'elle reconnaisse que cet outil était une composante essentielle du système de surveillance en cas de pandémie et qu'elle y affecte les ressources en conséquence. L'agence a-t-elle réagi à votre recommandation?

Mme Nelson : En fait, non, mais nous sommes optimistes. Le contrat actuel se termine à la fin novembre. Nous prévoyons discuter de ce dont aura l'air le système.

Nous avons fait des propositions concernant l'automatisation du système. Le système n'était pas automatisé durant la crise du H1N1, en raison de la nature de notre contrat avec TPSGC; nous ne pouvions pas acheter de matériel informatique ni de logiciels. Cela dit, l'automatisation est essentielle pour traiter l'information dans les délais requis et réduire les coûts. Nous avons soumis des propositions et nous sommes optimistes. Nous vous sommes très reconnaissants de votre appui.

Le président : Notre réunion va se terminer là-dessus. Merci à tous d'avoir été là et de l'information fournie. Elle nous sera très utile pour progresser dans notre réflexion et tenter de donner au gouvernement un plan qui l'aidera à gérer la situation si nous sommes de nouveau aux prises avec une telle crise.

(La séance est levée.)