Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Affaires étrangères et du commerce international

Fascicule 2 - Témoignages du 5 octobre 2011


OTTAWA, le mercredi 5 octobre 2011

Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international se réunit aujourd'hui, à 16 h 15, afin d'examiner, pour en faire rapport, les faits nouveaux en matière de politique et d'économie au Brésil et les répercussions sur les politiques et intérêts du Canada dans la région, et d'autres sujets connexes.

Le sénateur A. Raynell Andreychuk (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Honorables sénateurs, notre temps est limité. Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international est ici pour poursuivre son étude des faits nouveaux en matière de politique et d'économie au Brésil et les répercussions sur les politiques et intérêts du Canada dans la région.

Avant que je cède la parole à notre premier groupe de l'après-midi, je dois vous aviser que, si nous souhaitons que notre étude continue d'être télévisée, nous devrons tenir la séance de demain dans la salle 9 de l'édifice Victoria. On nous a recommandé de continuer à présenter l'audience à la télévision, ce pour quoi la séance prévue pour 10 h 30 — seulement celle-là — se tiendra dans la salle 9 de l'édifice Victoria. Je vous le signale parce que, si vous êtes comme moi, vous arriverez ici à la hâte à 10 h 29 et découvrirez alors que la réunion a lieu ailleurs.

Nous sommes ravis d'avoir parmi nous aujourd'hui des représentants de la Chambre de commerce Canada-Brésil. La Chambre de commerce a pour mission d'assurer la liaison entre le Brésil et le Canada et de représenter le secteur privé en mettant en valeur les divers débouchés que s'offrent les deux pays. Son objectif est de fournir un accès à des ressources ainsi que des possibilités de réseautage à toute personne qui fait ou qui est intéressée à faire des échanges commerciaux au Canada ou au Brésil.

Cet après-midi, M. Eric Bonnor, président, et M. Eduardo Klurfan, vice-président, prendront la parole. J'ajouterai que M. Bonnor est aussi vice-président directeur de Brookfield Asset Management, et M. Klurfan, vice-président, Financement du commerce international de la Banque Scotia.

Vous êtes exactement le type de témoins que nous attendions. On nous avait donné des renseignements sur le contexte et les antécédents, mais vous êtes les mieux placés pour nous parler des possibilités qui s'offrent au Canada et au Brésil.

Selon notre processus habituel, il revient à vous de choisir qui prendra la parole en premier. Je vous prierais de vous en tenir à l'essentiel durant vos interventions afin que nous puissions passer ensuite à une période de questions et de réponses. Notre temps est limité, car nous devons retourner à la Chambre à 17 h 30 pour un vote. À 17 h 15, quand la cloche sonnera, nous devrons malheureusement mettre fin à la séance. Nous espérons pouvoir tout accomplir en une heure.

Messieurs, la parole est à vous.

Eric Bonnor, président, Chambre de commerce Brésil-Canada : Merci beaucoup de l'invitation. Nous sommes très heureux d'avoir été invités à venir faire état des préoccupations de nos membres à l'égard du commerce ainsi que d'autres questions touchant le Brésil et le Canada.

Comme on nous a déjà présentés, je ne m'attarderai pas sur le rôle de la CCBC, la Chambre de commerce Brésil- Canada; mais, à titre d'information, sachez que nos membres comptent de grandes multinationales brésiliennes, comme Vale Inco, Gerdau et Votorantim, et des entreprises canadiennes comme Brookfield, RIM, presque toutes les banques canadiennes — y compris la Banque Scotia — et bien des fournisseurs de services canadiens, y compris Heenan Blaikie, Goodman's et de grands investisseurs institutionnels comme le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l'Ontario — le RREO — et l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada.

Nous avons un conseil très actif comprenant 15 administrateurs, y compris des membres honoraires du Brésil tels que l'ambassadeur du Brésil, le consul général et un député. Comme la Chambre de commerce compte plus de 120 membres, on peut dire que la représentation y est très forte, y compris pour les petites et moyennes entreprises. Notre objectif est de devenir le principal maître à penser du milieu des affaires canadien ainsi que des intérêts commerciaux et universitaires brésiliens, et ce, en exerçant des activités dans les deux pays.

On nous a demandé de faire connaître le point de vue de nos membres aux fins de la présente étude du Sénat et d'aider le comité à répondre aux questions concernant l'orientation future des relations canado-brésiliennes et des politiques connexes. Bien que nombre des questions qui ont été posées touchent des enjeux globaux, par exemple la façon dont nos institutions mondiales devraient être restructurées pour refléter la taille et l'importance de pays tels que le Brésil, nous limiterons généralement nos commentaires et nos opinions aux enjeux commerciaux qui sont importants pour nos membres.

Notre intervention s'articulera autour de quatre catégories. La première concerne les problèmes d'ordre fiscal; la deuxième, les obstacles au commerce et aux investissements; la troisième, les problèmes structurels et organisationnels; et la quatrième, les obstacles au commerce et aux échanges internationaux.

Tout d'abord, pour ce qui est de la question fiscale, le premier problème concerne la double imposition et le fait que les autorités fiscales brésiliennes ont rendu en 2000 une décision normative selon laquelle tout revenu gagné par une société étrangère pour la prestation de services à une entreprise brésilienne ne peut être considéré comme un profit. En pareil cas, le gouvernement du Brésil prélève un impôt sur les services offerts, puis l'entreprise canadienne ou étrangère doit payer l'impôt dans son pays d'appartenance. À cet égard, nous aimerions qu'un dialogue soit entrepris avec les autorités fiscales brésiliennes afin qu'elles modifient leur interprétation de l'article 7 de la convention fiscale bilatérale.

Le deuxième problème d'ordre fiscal concerne la PI et les restrictions relatives aux déductions fiscales. Pour des sociétés étrangères qui accordent une licence de PI à une partie non associée au Brésil, les déductions fiscales sont assujetties à une limite si les paiements de redevance excèdent 5 p. 100 des ventes nettes. S'il s'agit d'une partie apparentée, une déduction fiscale s'applique, mais il y a aussi une interdiction de paiement. La situation pose donc d'importants problèmes si vous êtes un étranger dans l'entreprise et que votre licence de PI est liée à une partie associée ou non. Selon nous, il s'agit aussi d'un problème qui doit être réglé en amorçant un dialogue avec les autorités fiscales brésiliennes.

Le troisième problème concerne la complexité globale de la structure et du système fiscal brésilien. Bon nombre de nos membres, y compris de petites et moyennes entreprises, éprouvent évidemment des difficultés à ce chapitre à cause des obstacles linguistiques. Le portugais n'est pas une langue comprise ou parlée par la majorité des Canadiens. Pour cette raison, il est difficile de s'établir au Brésil. À cela s'ajoute la complexité du régime fiscal brésilien. Ensemble, ces facteurs font en sorte qu'il est extrêmement ardu pour les entreprises canadiennes de s'implanter au Brésil.

Enfin, le dernier problème de cette catégorie a trait au taux d'imposition des sociétés au Brésil. À 34 p. 100, ce taux est le deuxième en importance en Amérique latine.

En ce qui concerne les obstacles au commerce et aux investissements, il y a cinq problèmes que j'aimerais soulever. Le premier concerne la récente initiative d'achat de produits fabriqués au Brésil; elle fait augmenter le coût des importations et encourage l'achat de biens produits sur place. Cette initiative, initialement liée à l'exigence de Petrobras selon laquelle 50 p. 100 du contenu doit être d'origine brésilienne, a maintenant été élargie aux droits à l'importation d'automobiles et de pièces d'autos, et, dans certains cas, le pourcentage est passé à 30 p. 100 ou plus.

Le deuxième problème concerne la taxe sur les capitaux étrangers. Il s'agit d'une taxe de 6 p. 100 — appelée la taxe IOF — sur les capitaux étrangers entrants et, à cause d'elle, il est difficile pour les investisseurs d'obtenir un rendement satisfaisant au Brésil parce qu'ils doivent s'acquitter à l'avance de cette taxe lorsqu'ils envoient du capital au Brésil.

Le troisième problème concerne les investissements visant le développement de gisements de gaz naturel et de pétrole, y compris ceux qui se trouvent sous une couche de sel. Récemment, le gouvernement du Brésil a déclaré que, dans ce secteur, il était seulement possible d'être un associé minoritaire dans le cadre d'une coentreprise avec Petrobras.

Le quatrième problème concerne les restrictions foncières. On veut rétablir une loi limitant le nombre de terres rurales que les étrangers peuvent acheter et posséder. Brookfield est un important propriétaire foncier au Brésil; nous possédons des terres là-bas depuis un certain temps. La situation n'est pas un problème pour nous, mais elle l'est pour de nombreuses organisations. Le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l'Ontario a tenté de passer un marché de 400 millions de dollars lié au bois d'oeuvre, mais il n'a pas pu le conclure à cause de cette restriction sur la propriété foncière. Bien que la loi n'ait pas encore pris effet — elle est en cours d'examen —, c'est un problème qui a ni plus ni moins mis fin aux investissements directs étrangers dans ce secteur, qu'il s'agisse d'agriculture ou de bois d'oeuvre.

Enfin, la dernière forme d'obstacles au commerce et aux investissements consiste en des propositions de réformes des lois et des règlements touchant l'industrie minière qui risquent d'accroître les coûts liés aux investissements et aux activités de sociétés étrangères au Brésil. Cette augmentation est liée à des coûts environnementaux, mais nous sommes d'avis qu'elle constitue un grand obstacle aux investissements au Brésil parce qu'elle accroît considérablement les charges d'exploitation des entreprises. Tout comme les restrictions sur la propriété foncière dont j'ai parlé plus tôt, ces réformes sont aussi à l'étude à l'heure actuelle et n'ont pas encore pris effet. Elles vont probablement se faire plus lentement que ces restrictions, mais elles représentent tout de même un problème. Nous avons de nombreux membres qui oeuvrent dans le secteur minier et qui sont préoccupés par les frais additionnels et les hausses de leurs charges d'exploitation qu'ils devront peut-être assumer.

Les prochains points que j'aimerais soulever sont les problèmes structurels et organisationnels. Il y a deux points clés à retenir. Premièrement, le Brésil n'adhère pas à l'Accord sur les technologies de l'information de l'OMC, ce qui entraîne des droits de douane plus élevés. Deuxièmement, le Brésil n'adhère pas aux normes mondiales, ou, plus précisément, le Canada et le Brésil n'ont conclu aucun accord sur les brevets. Les brevets enregistrés au Canada ne sont donc pas reconnus au Brésil, ce qui pose problème. Nombre de nos membres cherchent à obtenir un certain redressement à cet égard.

Le dernier problème que j'aimerais mentionner concerne les obstacles au commerce et aux échanges ainsi qu'à la libre circulation des personnes. Nombre d'entre vous savent, j'en suis sûr, que les exigences relatives aux visas brésiliens entraînent des coûts très élevés, dans la mesure où elles restreignent les allées et venues des personnes. Je sais qu'il y a eu beaucoup de discussions et que les choses progressent — nous sommes en train d'ouvrir au Brésil de nouveaux bureaux commerciaux qui faciliteront l'obtention du visa pour les Brésiliens —, mais, au bout du compte, le visa demeure obligatoire. Les visas constitueront toujours un obstacle à la circulation des personnes. Lorsqu'il n'y en a pas, elles peuvent circuler librement.

Enfin, le processus brésilien de dédouanement des biens importés est très décentralisé. Il serait utile de trouver un moyen d'inciter le gouvernement brésilien à envisager la centralisation de ce processus. Comme il est très décentralisé, on ne sait jamais quels sont les droits de douane à acquitter pour un produit importé, puisqu'ils ne sont pas les mêmes d'un État à un autre. Il y a beaucoup de variabilité d'un État à un autre du pays, tout dépendant du lieu d'importation des biens. Les problèmes sont le manque de clarté et le fait que toute personne qui souhaite entraver le processus d'importation d'un produit peut s'interposer et entreprendre une quelconque action afin d'interdire cette importation.

Pour conclure, de nombreuses initiatives ont récemment été annoncées, notamment dans la foulée du voyage au Brésil du ministre du Commerce international, Ed Fast, en juin, et de celui du premier ministre en août. Nous devrions examiner les accords et les protocoles d'entente ratifiés lors de ces voyages et essayer de faire progresser nos priorités, en particulier au chapitre de la science et de la technologie, de l'innovation, de l'exploration pétrolière en haute mer, des nouvelles technologies et de l'infrastructure.

Je sais qu'un certain nombre de protocoles d'entente ont été signés, par exemple en vue d'une coopération sur les pratiques exemplaires relativement aux Jeux olympiques, et que le Brésil souhaite que le Canada l'aide à implanter de telles pratiques au chapitre de l'infrastructure et d'autres domaines où il accuse un retard par rapport à son calendrier.

À cet égard, la Chambre s'est efforcée de fournir un forum pour les diverses parties. En septembre, nous avons organisé un colloque sur le développement durable. En octobre, dans quelques semaines, l'ancien dirigeant de la banque centrale viendra prononcer une allocution concernant l'infrastructure. Nous tiendrons aussi un séminaire qui réunira divers experts.

Le type d'activités que nous encourageons et auxquelles nous souhaitons que nos membres participent consiste à fournir une tribune afin que les gens puissent mieux comprendre comment faire affaire et investir au Brésil.

Sur ce, je vous remercie.

Eduardo Klurfan, vice-président, Chambre de commerce Brésil-Canada : Merci beaucoup de me donner l'occasion de m'exprimer devant le comité permanent. En préparant mes commentaires et en lisant les transcriptions des témoignages précédents ces derniers jours en vue de mon exposé, j'ai décidé de couper des parties de mon texte afin d'éviter les répétitions. J'ai constaté que vous avez eu l'occasion d'entendre des témoins de grande stature.

J'aimerais exprimer certaines opinions qui me sont venues à la lumière de mes 30 ans d'expérience sur le plan du commerce avec le Brésil, période durant laquelle j'ai toujours travaillé pour des institutions financières dans les secteurs du commerce, du financement du commerce et de la finance. J'ai également vécu au Brésil durant huit ans, lorsque j'ai ouvert le bureau de représentation de la Banque Scotia en 1999.

Je dois dire que le Brésil a parcouru beaucoup de chemin. Après la chute du gouvernement militaire, le pays a vraiment commencé à prospérer. La démocratie lui a fait un grand bien. Ce processus lui a donné l'occasion de réformer ses structures et son gouvernement et de prospérer en tant qu'économie mondiale de premier plan.

Le Brésil et le Canada ont eu des relations tendues par le passé, mais ces événements n'ont jamais laissé de cicatrices profondes. Je vivais au Brésil lorsqu'ont eu lieu les embargos sur la viande, et je m'y trouvais également au coeur du litige concernant l'aéronautique. Je dirais que toutes ces tensions sont oubliées; elles ont disparu. La relation est solide. Grâce à Brookfield, présent au Brésil depuis plus de 110 ans, le Canada a toujours été un modèle dans ce pays.

De nombreux représentants gouvernementaux brésiliens ont fait des études postdoctorales au Canada. J'ai assisté à l'exposé de la présidente Rousseff lorsqu'elle était ministre des Mines et de l'Énergie. Elle ne tarissait pas d'éloges pour ce qui est de son expérience avec Hydro-Québec et de la technologie que la société a su fournir au chapitre de la génération d'hydroélectricité, qui est très importante pour le Brésil. Même à ce niveau-là, le Canada jouit d'une image forte et amicale au Brésil.

On l'a bien vu lors de la récente visite du premier ministre Harper. Le Brésil a accueilli le Canada à bras ouverts, exprimant son accord à de nombreux égards et se montrant enthousiaste à l'idée de nouer de nouvelles relations plus solides.

Cela dit, pour revenir sur un point que j'ai vu dans une transcription, je dirais que le Brésil et le Canada ne sont pas vraiment des économies qui se font concurrence. Il s'agit de deux économies de très grande taille. L'économie du Brésil est en croissance, et le pays espère obtenir un siège permanent aux Nations Unies et devenir un acteur de premier plan dans les marchés, mais son économie et celle du Canada demeurent complémentaires.

Les deux économies sont axées sur les ressources, mais il est question de ressources différentes. En ce qui concerne l'agriculture, les problèmes éprouvés par le Brésil ou le Mercosur relativement à l'Union européenne ou même à la négociation d'une entente avec les États-Unis ont toujours concerné l'agriculture, mais celles du Canada et du Brésil ne se font pas concurrence. Nous produisons du blé; ils produisent du soya. Nous produisons une grande quantité de l'engrais dont a besoin le Brésil. Ils produisent du jus d'orange; pas nous. Ils ont une grande production de volailles, mais nous leur en achetons également.

Les deux économies sont complémentaires. Nous disposons de technologies dont ils ont besoin. Et — pour revenir à l'aéronautique — Embraer achète beaucoup de pièces du Canada, et nous achetons leurs avions. Il faut toujours savoir faire la différence entre un litige opposant des entreprises et un litige opposant les pays. Le litige dans le secteur de l'aéronautique opposait des entreprises, pas des pays.

Cependant, la structure du Brésil continue d'évoluer. Elle n'a pas tout à fait franchi le stade d'économie émergente, contrairement à ce que nous voulons croire. Il existe encore des problèmes structurels. M. Bonnor a parlé d'un problème soulevé par nos membres : la complexité du régime fiscal. Aux dernières nouvelles, il y avait probablement 57 taxes applicables au Brésil.

Il suffit de penser à certains commentaires qui ont été faits concernant le salaire minimum au Brésil et les répercussions qu'il a sur l'économie du pays : le régime de pensions du Brésil est indexé sur le salaire minimum, et chaque hausse du salaire minimum par le gouvernement coûte beaucoup d'argent au Trésor public parce que le gouvernement doit également hausser toutes les pensions.

Par ailleurs, les lois sur le travail sont plutôt complexes au Brésil. Il y a longtemps qu'une réforme du droit du travail s'impose. Ces lois ont été établies en réaction à de nombreuses années durant lesquelles les travailleurs avaient besoin de protection. À présent, les travailleurs sont surprotégés, et le pays est doté de lois rigides avec lesquelles les investisseurs étrangers ont de la difficulté à composer.

Les comptes publics sont encore très engorgés. Le pays accuse un déficit considérable, et le gouvernement doit prendre des mesures en vue de mieux gérer la situation.

Sur le plan de la structure, le Brésil n'est pas une économie qui peut rivaliser directement avec le Canada, car, à de nombreux égards, nous sommes bien plus avancés. Quand nous faisons de tels commentaires et que nos membres font état de problèmes de nature très technique, c'est parce que nous cherchons à améliorer les relations entre les deux pays. Nous cherchons à améliorer les relations au chapitre des investissements, du commerce et de la coopération. Cela exige beaucoup de travail de la part des deux pays, pour le secteur privé comme pour le secteur public.

Nous croyons que la relation entre les deux pays se renforcera quand les investisseurs et les exportateurs canadiens s'apercevront qu'il n'y a pas que les États-Unis qui présentent de l'intérêt. À mon avis, cela est en train de se produire. Le Brésil pourrait devenir un partenaire important pour le Canada et les entreprises canadiennes. À la Chambre, notre objectif est de démystifier le Brésil pour les Canadiens et de leur permettre d'avoir une meilleure compréhension de ce pays. Notre chambre de commerce associée à São Paulo, que j'ai eu l'honneur de diriger durant quatre ans quand je vivais là-bas, a l'objectif inverse : tâcher de faire connaître le Canada aux Brésiliens.

Je vais m'arrêter ici. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.

La présidente : Merci de vos observations préliminaires.

Le sénateur Finley : Vous avez répondu à de nombreuses questions que nous avons posées ou que nous comptions poser.

Une chose qui m'intrigue un peu — qui m'inquiète, je dirais — a trait à la visite de Robert Wood, de l'Economist Intelligence Unit, la semaine dernière. Je l'ai interrogé à cette occasion sur une récente tendance en matière de protectionnisme qui a été décrite par le magazine The Economist comme une « mentalité d'assiégés ». M. Wood a répondu :

Je pense que l'on verra davantage de mesures protectionnistes du genre, qui, dans une certaine mesure, préoccuperont et feront sourciller les investisseurs étrangers.

Il s'agit non pas seulement du fait que des mesures protectionnistes sont prises, mais aussi de la vitesse à laquelle elles sont prises. Si je ne m'abuse, dans le cas des voitures importées, on nous a donné un préavis d'environ une journée.

À votre avis, comment les entreprises canadiennes — les vôtres, par exemple — réagiront et s'adapteront à cette tendance protectionniste? Croyez-vous qu'elles représentent réellement une menace pour les entreprises canadiennes qui souhaitent faire affaire avec le Brésil?

M. Klurfan : Par le passé, le Brésil gérait sa politique externe en fonction des entreprises. Il a toujours eu recours au protectionnisme afin de permettre à l'économie et aux entreprises locales d'évoluer et de prospérer. Cette approche a créé des entreprises non efficientes offrant des produits dépassés. C'est seulement lorsque ce protectionnisme a commencé à s'atténuer que les entreprises brésiliennes ont été appelées à concurrencer les autres. « Concurrencer », ça veut dire se moderniser afin de devenir plus efficient et d'adopter de nouvelles technologies. Cette évolution s'est bel et bien produite.

Il est dans la culture brésilienne que le gouvernement prenne des mesures protectionnistes pour favoriser les entreprises du pays afin que les travailleurs ne perdent pas leur emploi. Il y a un aspect social là-dedans. Les entreprises ne réduisent pas leurs revenus. Le protectionnisme fait partie de l'ADN de ce pays; c'est un fait.

À ce jour, je n'ai pas remarqué — et j'ignore si c'est le cas de M. Bonnor — de conséquences pour les entreprises canadiennes, car je crois qu'une grande partie de ces mesures protectionnistes ne les ont pas touchées. Toutefois, il existe des cas isolés. Vous avez mentionné l'industrie automobile. Il y a des années, le gouvernement a haussé la taxe à l'importation de voitures du jour au lendemain, la faisant passer de 40 à 70 p. 100. En quelques heures, le prix des voitures brésiliennes a augmenté du même pourcentage. On peut voir pourquoi le gouvernement mise sur le protectionnisme et comment cette mentalité d'entreprise était enracinée dans le gouvernement. Nous continuerons à voir de telles situations se produire, mais de façon sporadique. Elles se feront probablement de plus en plus rares au fil du temps.

Le sénateur Finley : Selon vous, s'agit-il d'un phénomène cyclique?

M. Klurfan : Oui, il est cyclique. Prenons l'industrie automobile. Le Brésil est probablement le plus grand producteur de voitures au monde, comptant environ 14 fabricants. Nous n'avons pas cela au Canada. Le Brésil produit plus de deux millions de voitures par année; et ce chiffre est probablement en deçà de la réalité. La plupart des voitures produites sont de très petite dimension.

Ce sont probablement les mêmes entreprises qui sont touchées par les mesures relatives aux importations. Toyota, Honda, Ford, Chrysler, GM, Volkswagen, Mercedes Benz et Volvo exercent toutes des activités là-bas. Il est possible qu'une partie de leurs importations consiste en leurs propres produits parce que, comme elles y produisent de petites voitures, elles doivent importer les plus grosses; il n'y en a pas assez. Elles pourraient être également touchées par ces mesures, mais elles préfèrent protéger la production locale.

Le sénateur Finley : Ce n'est pas vraiment cette industrie en particulier qui me préoccupe. Comme vous l'avez dit, le protectionnisme fait partie de l'ADN du gouvernement. En tant que gouvernement ou pays qui essaie de commercer avec le Brésil ainsi que d'encourager et de faciliter des investissements d'entreprises canadiennes là-bas... M. Bonnor a mentionné que le Brésil affichait un des plus hauts taux d'imposition des sociétés de toute l'Amérique latine. Je crois que Forbes les a récemment classés au 23e rang des pays où investir, le Canada ayant été classé premier.

Croyez-vous que ce taux d'imposition élevé sera maintenu, ou est-ce que le gouvernement du Brésil s'efforce de le réduire?

M. Klurfan : D'aucuns sont d'avis que le régime fiscal doit être réformé et que le secteur public doit réduire ses coûts. Cependant, il y a des tensions continues entre les aspects social et économique. Ce gouvernement — qui est la continuation du gouvernement précédent — avait une approche plutôt sociale et axée sur les travailleurs et continuera à jouer avec les mesures protectionnistes, ou les impôts, tant que le pays maintiendra un niveau d'emploi suffisant. Ce terme, pour le Brésil, désigne le nombre de personnes qui franchissent le seuil de la pauvreté pour accéder à la classe moyenne.

On verra de telles mesures, mais, selon moi, elles se feront de plus en plus rares au fil du temps. Cela découle du niveau de croissance et de maturité que le pays est en voie d'atteindre. Il n'aura pas le choix. Les gens sont très conscients du fait que les finances du pays doivent être assainies. Le niveau d'emprunt du pays est élevé à cause de cela, mais, il s'agit d'emprunts intérieurs et non internationaux, remarquez. La dette publique est très élevée parce que la population finance les dépenses de ce gouvernement.

M. Bonnor : À cela s'ajoute le fait qu'il faut garder un oeil sur les devises. Le real brésilien s'est apprécié de façon spectaculaire par rapport à d'autres devises, particulièrement le dollar américain. Cette réaction vise donc en partie à permettre aux producteurs brésiliens de rivaliser encore mieux avec les producteurs étrangers.

La situation sera probablement temporaire, car, ne l'oublions pas, il y a une grave pénurie de main-d'oeuvre hautement qualifiée au Brésil de nos jours. Le pays a besoin de gens formés. Il doit se doter d'une énorme infrastructure dans le cadre du PAC, des Jeux olympiques et de la Coupe du monde. Il doit construire des voies ferrées et des ports. Tout doit être bâti rapidement. Or, le pays n'a pas les travailleurs qualifiés pour le faire.

Je pense que nous verrons des réactions du genre se produire, mais elles concerneront des secteurs plutôt restreints. Nous avons vu récemment des baisses de taxes sur la main-d'oeuvre dans des secteurs comme les meubles, les textiles et les logiciels, lesquels constituent une certaine forme de tarif. Ces secteurs sont plus concurrentiels parce qu'ils sont moins taxés que d'autres secteurs et d'autres producteurs.

Le gouvernement est sur la corde raide, car il sait qu'il doit faire tout cela. Il sait aussi que certains producteurs du pays sont en mauvaise posture. Comme vous l'avez vu, la devise est récemment passée de 1,85 $US à 1,90 $US. La situation s'est donc améliorée.

Le sénateur Finley : J'ai d'autres questions, madame la présidente.

La présidente : Ce sera pour la deuxième ronde.

Le sénateur Wallin : Compte tenu de ce que vous avez dit dans vos tout derniers commentaires, je poserai les deux questions d'une traite, et vous pourrez faire des commentaires.

Le Canada est-il réellement bien placé pour être le partenaire du Brésil ou pour répondre à ses besoins à l'heure actuelle, alors que ce pays doit combler son retard relativement aux Jeux olympiques et à son infrastructure, ou est-ce que le Brésil peut tout aussi bien aller demander l'aide des États-Unis ou de la Chine, entre autres, pour se faire? Y a-t-il quelque chose qui nous distingue des autres?

Sans vouloir vous placer en situation de conflit d'intérêts, j'aimerais mentionner que le premier ministre fait des visites là-bas. Ed Fast s'y rend, et notre ministère des Affaires étrangères considère le Brésil comme une priorité. Cela signifie que nous y accorderons une attention particulière. Il y a ensuite le forum commercial Canada-Brésil, coprésidé par Rick Waugh.

Est-ce que ce mécanisme fonctionne réellement? Comme nous devons formuler des recommandations au terme du processus, nous cherchons à obtenir des réponses concrètes. Faites ceci pour régler cela, et nous pourrons aller de l'avant. Vous pouvez tous deux tenter de répondre à cette question.

M. Bonnor : En ce qui concerne la première question, qui consiste à déterminer ce qui nous distingue des autres pour ce qui est d'intervenir à titre de partenaire éventuel du Brésil, particulièrement dans le cadre des Jeux olympiques et de grands événements sportifs, les Jeux olympiques à Vancouver constituent un excellent exemple. Nous avons des gens formidables qui ont contribué à l'événement. Ils sont disposés à agir, et les gouvernements aussi. Les deux chefs de gouvernement ont récemment conclu un accord en vue de la prestation d'un tel soutien.

Les circonstances ne sont jamais les mêmes. Puisque les Jeux olympiques à Vancouver ont eu lieu tout récemment, cela nous permet de mettre en relief notre savoir-faire auprès du Brésil et de lui fournir de l'aide.

Quant à votre question sur le forum à l'intention des PDG, voulez-vous savoir ce qu'ils espèrent accomplir?

Le sénateur Wallin : À quoi consacrons-nous notre énergie? Lorsqu'il est question de recommandations à faire, les gouvernements accordent une attention particulière à cette question. Le premier ministre a déjà fait une visite là-bas, et il y retournera. Le personnel des affaires étrangères et du commerce international prête une attention toute spéciale à la question; nos déclarations en font foi. Maintenant, il y a ce forum. Quel est le meilleur moyen de faire avancer les choses?

M. Klurfan : Je pense qu'il faut travailler sur plusieurs plans. Le mieux serait d'avoir une approche coordonnée. Le forum à l'intention des PDG est crucial, car il permettra vraiment de cerner le moment où les choses se mettront en branle. Il réunira précisément les entreprises qui doivent influencer les gouvernements pour ce qui est des gestes à poser en vue de favoriser la coopération, les investissements et le commerce entre les deux pays.

La Chambre de commerce a participé à l'élaboration initiale de ce forum, conjointement avec l'actuel ministre des Relations étrangères, l'ambassadeur Patriota, du Brésil. Il avait la gouverne du projet lorsqu'il était secrétaire général aux affaires étrangères. Il a reçu l'appui du secteur privé. Le PDG de la Banque Scotia, M. Waugh, est certainement très enthousiaste. Lundi dernier, nous avons accru notre présence au Brésil par l'acquisition d'une nouvelle banque. On peut dire que le Brésil occupe une place importante dans les activités de la Banque Scotia de nos jours. Nous nous en réjouissons. Nous sommes l'une des banques canadiennes les plus actives au Brésil. À mon humble avis, le secteur privé y joue un rôle très important.

M. Bonnor : Une importante distinction à faire est que Murilo Ferreira a été nommé coprésident pour le Brésil. Jamais encore une personne à l'échelon des PDG n'avait assuré la coprésidence d'un tel forum. Ils tiennent d'autres forums avec les États-Unis et d'autres pays. Cela démontre que les Brésiliens sont intéressés par l'idée d'utiliser cette tribune pour améliorer les relations, cerner les problèmes et chercher des façons de les régler.

Le fait de réunir un petit nombre de PDG est une excellente façon de préciser et d'orienter la réflexion. Ces personnes ont généralement une grande capacité de régler des problèmes. Cette initiative sera, espérons-le, un excellent moyen de recenser les problèmes et d'en faire état au gouvernement.

Le sénateur Wallin : C'était très éclairant.

Le sénateur Segal : J'ai une question à plusieurs volets. Je m'inquiète du fait que, à un certain niveau, il y a des forums de PDG, des visites du premier ministre et de la présidente, mais que, sur le terrain, on taxe les capitaux entrants. J'ignore si cela signifie qu'il y a aussi une taxe sur les profits rapatriés. Personne ne serait mieux placé pour savoir cela que Brazilian Light and Traction et ses compagnies remplaçantes, alors je serais curieux d'avoir votre point de vue sur la question.

Est-ce qu'on applique les mêmes règles aux coentreprises? Est-ce qu'on utilise le régime fiscal pour encourager une compagnie canadienne à exercer des activités par le truchement de coentreprises plutôt qu'à titre de simples investisseurs étrangers? Est-ce que les restrictions et les problèmes relatifs à la propriété foncière concernent aussi les terres acquises à des fins de développement? C'est une question à laquelle M. Bonnor devrait être très bien placé pour répondre.

J'estime que c'est le Canada qui est à l'origine du problème des visas. C'est nous qui avons insisté pour que nos amis brésiliens obtiennent un visa avant de venir au pays. Je me demande si la Chambre de commerce pense que nous exigeons cela parce que nous craignons que des gens immigrent illégalement ou prétendent venir au pays à titre de touristes alors que, secrètement, ils veulent y rester parce qu'ils souhaitent devenir chauffeurs de taxi quelque part. Y a- t-il quelque chose qui nous échappe au sujet de cette économie?

Enfin, devrait-on songer à se donner clairement pour objectif d'essayer de faire avancer les choses en vue de ratifier une nouvelle convention fiscale cohérente qui appuierait les objectifs économiques et fiscaux des deux gouvernements, en plus de financer et d'encourager le commerce?

M. Bonnor : Ce sont toutes d'excellentes questions. Je vais y répondre une par une. En ce qui concerne les taxes sur le rapatriement des profits, le Brésil a mis sur pied des structures plutôt favorables. Généralement, les retenues fiscales sur les gains en capitaux pour ce type d'investissements sont de 15 p. 100. Je dirais que, à cet égard, le Brésil est donc plutôt concurrentiel par rapport à d'autres pays. Bien sûr, nous avons investi beaucoup de temps et d'argent pour en arriver à ce constat, et ce type de structure a été mis en place en 2006 par l'adoption de lois au Brésil et continue à jouir d'une protection. La taxe IOF de 6 p. 100 que j'ai mentionnée plus tôt se chiffre à 2 p. 100 pour les investissements réalisés au moyen de ce type de structure. Elle est donc moins onéreuse, et je pense que le gouvernement du Brésil reconnaît que le pays a besoin d'IDE, particulièrement d'investissements à long terme. Il essaie de réduire les capitaux flottants et d'accroître les coûts liés aux placements à court terme.

Puisque nous parlons des mesures d'imposition touchant les investisseurs, je dirais que cela répond à votre question concernant le rapatriement des profits ou les investissements au Brésil.

En ce qui concerne le problème foncier et la question de savoir si les restrictions s'appliquent aux terres destinées au développement, je crois comprendre qu'elles s'appliquent aux terres rurales. Elles ne s'appliquent pas aux biens immobiliers dans les villes. Elles ne s'appliquent pas aux Canadiens qui cherchent à investir dans l'immobilier au Brésil.

Le sénateur Segal : Donc, nos lois à l'Île-du-Prince-Édouard touchant la propriété foncière entraîneraient plus de coûts que les leurs?

M. Bonnor : Probablement. Il est certain que d'autres administrations sont dotées de lois entraînant plus de coûts que les coûts normaux au Brésil.

Pour ce qui est de l'obligation d'avoir un visa, vous avez tout à fait raison. C'est nous qui l'avons imposée, alors les Brésiliens ont fait de même, disant que si nous y renonçons, ils y renonceront aussi. C'est aussi simple que cela.

Enfin, en ce qui concerne la question de savoir si des démarches sont entreprises afin que les deux pays ratifient une convention fiscale cohérente, j'espère bien que c'est le cas. Ce serait merveilleux de pouvoir concentrer nos efforts sur cette catégorie de problèmes, car il y en a beaucoup et ils nuisent à bien des égards aux investissements et au commerce.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Au début de votre présentation, vous avez énuméré des entraves ou des difficultés à faire affaire avec le Brésil. Pour les entreprises canadiennes, est-ce que c'est plus intéressant de faire affaire avec d'autres pays d'Amérique du Sud que le Brésil?

[Traduction]

M. Bonnor : Je ne peux pas m'exprimer au nom de la Chambre, mais certainement au nom de Brookfield. Il y a d'autres pays en Amérique latine qui offrent d'excellentes possibilités commerciales. Prenons par exemple le Chili. Le Chili est doté d'institutions, de lois et de règlements très transparents, et il est très attrayant pour les personnes qui souhaitent investir des capitaux dans l'infrastructure et d'autres secteurs de son économie.

La Colombie et le Pérou sont deux autres pays relativement intéressants pour les investisseurs, et ce, pour plusieurs raisons. Au bout du compte, il faut prendre en considération le fait que le Brésil possède un énorme potentiel de croissance. Sa démographie est très attrayante, et cette tendance est susceptible de se maintenir durant 30 à 40 ans. En matière de production énergétique et agricole, c'est un véritable géant.

Au final, certaines régions de l'Amérique latine présentent certains attraits pour les investissements, mais bon nombre de points militent en faveur du Brésil. Malgré les problèmes d'ordre fiscal et le reste, c'est un véritable aimant pour les capitaux, du moins aujourd'hui.

J'espère avoir répondu à votre question.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Oui, tout à fait.

Monsieur Klurfan, voulez-vous ajouter quelque chose?

[Traduction]

M. Klurfan : Je suis d'accord avec M. Bonnor. De nombreuses économies là-bas sont excellentes. À la Banque Scotia, nous exerçons des activités dans nombre d'entre elles. Cependant, la taille du Brésil, son potentiel et la croissance qu'il affiche sont attrayants, et le pays continue à progresser dans l'économie mondiale. En outre, le Brésil et le Canada entretiennent depuis longtemps d'excellentes relations, et je pense que cet aspect joue un rôle crucial dans l'implantation continue d'entreprises au Brésil. Je crois que, dans un avenir prochain, nous verrons que nous pouvons travailler ensemble en vue de régler chacun des problèmes que nous avons soulevés.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Vous avez dit que le Brésil avait grandement besoin de main-d'œuvre professionnelle qualifiée. Ils ont des besoins en infrastructures pour la construction des routes et des ports. Aussi, on a réussi à en arriver à une entente pour la question des Jeux olympiques.

Vous avez aussi mentionné qu'Hydro-Québec avait beaucoup à faire pour aider le Brésil dans son développement hydroélectrique. Est-ce que nous avons de la compétition? Et si oui, d'où vient la compétition lorsqu'il s'agit des infrastructures dont le Brésil a besoin?

[Traduction]

M. Bonnor : Puis-je vous demander ce que vous voulez savoir, au juste?

Le sénateur Robichaud : Qui sont nos concurrents?

M. Bonnor : Pour ces entreprises? Pour construire une infrastructure?

Le sénateur Robichaud : Oui.

M. Bonnor : De nos jours, il y a un marché mondial. Il y a 10 ans, le gouvernement espagnol a pris des mesures incitatives très attrayantes afin que les entreprises de construction espagnoles fassent des investissements à l'étranger. Ce régime a permis à de nombreuses entreprises espagnoles d'investir dans l'infrastructure, les ports et les routes à péage, entre autres, de pays comme le Brésil. De nos jours, ce régime n'existe plus, alors ils n'ont plus cet avantage. Cela dépend du moment auquel vous pensez. Parlez-vous d'aujourd'hui?

Le sénateur Robichaud : Je parle d'aujourd'hui. Nous ne pouvons pas changer le passé, n'est-ce pas?

M. Bonnor : Certaines entreprises ont joui d'avantages qui leur ont permis de s'implanter et de mener des opérations à l'échelon local. C'est un avantage en soi, surtout lorsqu'il est question d'un pays comme le Brésil, dont la langue et la culture sont différentes des nôtres.

M. Klurfan : Il faut savoir qu'en raison du ralentissement économique, des entreprises européennes se sont dotées d'une capacité qui n'a pas été mise à profit. Elles cherchent de nouveaux marchés pour la mettre à profit, surtout les entreprises de construction espagnoles, qui tentent désespérément de le faire. L'industrie de la construction en Espagne s'est presque arrêtée net. Certaines de ces entreprises cherchent à décrocher des contrats dans le cadre de projets d'infrastructure et de ponts au Canada parce qu'elles doivent trouver de nouvelles sources de travail. Cela dit, j'estime que le Canada est doté d'un savoir-faire et de technologies sans pareil dont a besoin le Brésil.

Je ne suis pas certain qu'Hydro-Québec appuie ceci, mais je sais que, par le passé, un échange de technologies a permis au Brésil de faire l'essai de certaines technologies de pointe d'Hydro-Québec. Le président de l'époque avait alors louangé les technologies et le savoir-faire d'Hydro-Québec.

M. Bonnor : Près de chez moi, au Québec, il y a SNC-Lavalin, une organisation formidable qui est reconnue mondialement. Elle a la capacité de faire face à la concurrence. Je suis fortement d'avis qu'elle s'implantera là-bas à un moment ou à un autre.

Le sénateur Robichaud : Vous êtes d'avis qu'elle s'implantera là-bas à un moment ou à un autre. N'est-elle pas déjà là-bas?

M. Bonnor : Elle est présente au Brésil, mais je ne pense pas qu'elle y exerce des activités d'envergure à l'heure actuelle.

M. Klurfan : Nous ne connaissons pas la nature de toutes les négociations récentes, mais je pense que cela viendra bientôt, car les Jeux Olympiques et la Coupe du monde de soccer approchent. Les échéances ont par ailleurs été reportées au Brésil.

M. Bonnor : Pour reprendre vos propos concernant les domaines où nous sommes concurrentiels, les Canadiens sont les meneurs pour ce qui est des PPP, soit les partenariats public-privé. Les provinces de l'Ontario, de la Colombie- Britannique, de l'Alberta et du Québec ont toutes d'excellents programmes. Ces quatre provinces sont dotées de programmes permettant de faire des investissements au moyen d'un processus de partenariat public-privé. Le reste du monde observe ce qui se passe ici. D'autres pays, y compris l'Australie et le Royaume-Uni, disposent de programmes semblables. Notre voisin du sud, les États-Unis, ne compte aucun processus du genre. Il fait un pas en avant et un pas en arrière. Il lance un appel d'offres pour une route à péage, puis le retire. Il y a beaucoup d'incertitude aux États-Unis jusqu'à ce qu'ils décident qu'ils ont vraiment besoin d'investir dans leur infrastructure. Ils ne disposent pas d'un processus qui fonctionne, mais le Canada, si. Nous pouvons faire valoir notre expertise auprès des Brésiliens et leur dire : « Voici comment on procède. »

En ce qui concerne le processus et le financement, notre capacité, notre expérience et notre savoir-faire sont excellents, et nous devrions mettre à profit ces atouts afin d'investir dans des pays comme le Brésil.

[Français]

Le sénateur Fortin-Duplessis : J'aimerais dire aux témoins que leurs déclarations sont très intéressantes. J'ai trouvé que les réponses aux questions de mes collègues étaient très significatives. Je vais essayer d'être brève puisque ma présidente me le demande. J'aurai deux questions.

D'abord, il y a un problème d'inflation au Brésil. Et pour juguler l'inflation, hormis la hausse continue des taux d'intérêts par la Banque centrale, une des premières décisions que la nouvelle présidente Dilma Rousseff a prise a été de mettre en place un plan d'austérité de 31 milliards de dollars.

Pensez-vous que cet objectif d'avoir des taux d'intérêt plus bas sera atteint?

[Traduction]

M. Bonnor : Si je comprends bien votre question, vous vous demandez si Mme Rousseff sera en mesure de contrer l'inflation, surtout en ce qui a trait au plan d'austérité de 30 milliards de dollars qui a récemment été mis en place? Divers facteurs entrent en jeu.

Récemment, à Calgary, j'ai assisté à une conférence, un séminaire d'analystes financiers agréés sur la gestion de patrimoine. Une consultante des États-Unis a dit que la situation là-bas était périlleuse. Leur problème est le manque de main-d'œuvre. Ils ont beaucoup d'investissements à faire, et les produits agricoles ainsi que les produits de base coûtent relativement cher. On se demande s'ils pourront utiliser efficacement les capitaux entrants.

Comme leurs structures sont mal organisées pour ce qui est de déployer ces capitaux à l'échelle du pays, il y a beaucoup de fuites. À cause de la confusion qui règne dans les marchés financiers en raison de ce qui se passe en Europe, ils y voient une occasion de diminuer l'inflation. Ils cherchent à réduire les taux d'intérêt, mais cela reste à voir. Je pense que bien des gens sont préoccupés par cette question. Je pense que, de l'avis de nombreux investisseurs et analystes, l'inflation est susceptible de s'accroître en raison des gestes qu'ils posent. De nombreux facteurs entrent en jeu. Il est difficile de prédire où cela mènera.

M. Klurfan : Depuis le gouvernement de Fernando Cardoso et l'adoption de la loi sur la discipline budgétaire, la politique du Brésil est que l'inflation doit être gérée par la banque centrale au moyen des taux d'intérêt. Cela a donné lieu à un grand désaccord entre le parti travailliste et les partis du centre droit durant les années Lula. On réclamait des mesures plus populistes, soit une réduction des taux d'intérêt afin que les consommateurs puissent dépenser davantage. Le gouvernement a dû composer avec cette philosophie. M. Meirelles, président de la banque centrale, avait fermement insisté pour que l'inflation continue d'être gérée au moyen des taux d'intérêt. Les taux d'intérêt sont élevés afin de réduire l'inflation, car la consommation est une partie importante de l'économie brésilienne et une composante du PIB ainsi qu'un facteur d'inflation.

M. Bonnor : La réduction des taux d'intérêt qui a récemment eu lieu aurait l'effet inverse, et l'inflation est susceptible d'augmenter. À mon avis, ils espèrent que le monde sera tellement distrait par autre chose qu'ils ne subiront pas la pression qu'ils auraient subie dans un autre contexte, si tout allait bien. Nous verrons probablement cela se jouer au cours des six prochains mois, et c'est une question que je poserai probablement à Henrique au cours des prochaines semaines, lorsqu'il viendra à Toronto.

[Français]

Le sénateur Fortin-Duplessis : Ma deuxième question est la suivante : nous savons que le taux de croissance du Brésil a été révisé à la baisse. Le ministre brésilien des finances a avancé un taux de croissance de 4 p. 100, mais selon les analystes de la banque Morgan Stanley, le pays ne pourra pas excéder 3,5 p. 100. Or, l'année dernière, le taux de croissance du Brésil avait atteint 7,5 p. 100.

Parallèlement, les taux de croissance de l'Inde et de la Chine devraient atteindre respectivement 7,4 p. 100 et 8,7 p. 100.

Quelle analyse faites-vous de ces taux? Est-ce que 3,5 p. 100 vous semble un taux suffisant pour la réalisation des projets qu'envisage la nouvelle présidente?

[Traduction]

La présidente : Dans quelques minutes, la cloche sonnera — et ce n'est pas ma décision; c'est celle du Sénat —, et nous devrons nous interrompre. Peut-être que, pendant que vous réfléchissez à votre réponse, le sénateur De Bané pourrait vous poser sa question. Vous disposerez ensuite du temps qu'il reste pour répondre aux deux questions.

Le sénateur De Bané : Comme le temps nous presse, je vais vous poser une question.

Avec votre aide et celle de nombreux autres témoins, le comité mène son étude. Je peux vous fournir un résumé des propos tenus par les nombreux experts que j'ai moi-même entendus. Le Brésil souhaite renforcer ses relations avec le Canada et souhaite qu'il le conseille à plusieurs égards. À ce chapitre, le fait que le Brésil a invariablement nommé des ambassadeurs talentueux et dotés d'une grande expertise au Canada est notable. Tel est son souhait, et il considère le Canada comme un point de départ pour évaluer le marché américain.

Il y a ensuite une très longue liste d'obstacles au renforcement des relations avec le Brésil. Il est notamment question du manque de couverture médiatique concernant le Canada au Brésil, du caractère lacunaire des initiatives antérieures, d'antécédents défavorables en matière de mise en oeuvre et de notre présence plus forte en Colombie, au Pérou et au Chili, entre autres.

Il y a un grand nombre d'obstacles à surmonter, mais le Brésil est néanmoins un pays que nous devrions traiter davantage d'égal à égal et avec lequel nous devrions faire affaire, et ce, pour le bien des deux pays. Voilà essentiellement ce qu'il en est. Êtes-vous d'accord avec cette évaluation? Je vous en fournis un condensé.

La présidente : Il serait utile que vous répondiez par oui ou non à la question.

Le sénateur De Bané : En gros, nous ne devrions pas considérer le Brésil comme un pays en développement, mais le traiter d'égal à égal et créer des coentreprises avec lui. Serait-ce la bonne approche?

M. Klurfan : Je vais répondre à la première question.

Au cours des 30 dernières années, le PIB du Brésil s'est accru en moyenne de 2,3 p. 100 par année. C'est une croissance très lente. Il a accru sa croissance aux niveaux que nous avons vus, et nous traversons actuellement une crise mondiale — ou, du moins, une crise des pays du Nord — qui a relativement peu touché le Brésil, mais il s'agit d'un pays commerçant qui dépend donc des autres économies. Il ressentira les effets de cette crise, et sa croissance ralentira.

La Chine est dans la même situation. Son taux de croissance n'est plus de 10 p. 100, mais de 8 p. 100. C'est pareil pour l'Inde. La croissance ralentira un peu, mais, pour le Brésil, ce pourrait être une bonne chose malgré tout parce qu'il faut que l'infrastructure soit en place pour absorber cette croissance. La puissance installée des usines est en train d'atteindre sa limite, et le pays doit faire des investissements additionnels en vue de gérer et de maintenir cette croissance. En ce moment, ce n'est peut-être pas une mauvaise chose que l'économie ralentisse un peu; les projets d'infrastructure compenseront ce ralentissement, et je m'attends à voir au Brésil une autre période de croissance supérieure à 4 p. 100.

Je ne suis pas économiste, alors je n'ai pas à dire « d'une part ceci, d'autre part cela ».

Le sénateur De Bané : J'aimerais maintenant que vous répondiez à ma question, car votre réponse ne s'y rapportait pas.

La présidente : Sénateur, il y avait deux questions. On a d'abord répondu à celle de M. Fortin-Duplessis. Je crois comprendre que M. Bonnor répondra à la vôtre.

M. Bonnor : Je dirais que oui, je suis d'accord avec votre affirmation. Je dirais que la Chambre serait également d'accord, et que nous avons aujourd'hui l'occasion de renforcer une relation qui stagnait depuis 10 ou 15 ans et qui commence à s'améliorer. Nous devons en tirer profit et faire exactement ce que vous dites. Nous devons leur fournir l'aide dont ils ont besoin. Nous devons aussi leur dire que nous avons également des problèmes à régler et faire avancer les choses. Je pense que les deux parties sont disposées à faire en sorte que cela se produise.

La présidente : Monsieur Bonnor, monsieur Klurfan, merci d'être venus. Vous êtes certainement entrés dans le vif du sujet de notre étude, soit les gestes concrets à poser pour approfondir la relation.

Il est malheureux que nous devions nous interrompre parce que les sénateurs doivent aller voter à la Chambre. C'est obligatoire. Nous espérons que nous aurons l'occasion de nous pencher sur l'évolution de la situation avec vous et, comme vous nous avez aidés, que notre étude vous aidera dans votre travail et contribuera au renforcement des relations bilatérales. Merci d'être venus.

M. Klurfan : Merci. La Chambre de commerce est ravie d'avoir pu vous aider à cet égard.

(La séance est levée.)