Délibérations du Comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 5 - Témoignages du 15 novembre 2011


OTTAWA, le mardi 15 novembre 2011

Le Comité sénatorial permanent de l'Agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui, à 17 h 16, pour examiner, pour en faire rapport, les efforts de recherche et d'innovation dans le secteur agricole. (Sujet : L'innovation dans le système agricole et agroalimentaire de la perspective des producteurs agricoles.)

Le sénateur Percy Mockler (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Honorables sénateurs, bienvenue au Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts.

[Traduction]

Je demanderais aux sénateurs de se présenter à tour de rôle. En ce qui me concerne, je suis Percy Mockler, sénateur du Nouveau-Brunswick et président du comité.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Je suis Fernand Robichaud, de Saint-Louis-de-Kent, au Nouveau-Brunswick.

[Traduction]

Le sénateur Mahovlich : Je suis le sénateur Mahovlich et je représente l'Ontario.

Le sénateur Ogilvie : Je suis le sénateur Kelvin Ogilvie et je viens de la Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Eaton : Je suis le sénateur Nicole Eaton, de l'Ontario.

[Français]

Le sénateur Rivard : Michel Rivard, les Laurentides, Québec.

Le président : Merci. Nous continuons l'étude sur les efforts de recherche et d'innovation dans le secteur agricole.

[Traduction]

Aujourd'hui, nous allons nous concentrer sur l'innovation dans le système agricole et agroalimentaire de la perspective des producteurs agricoles.

[Français]

Je n'ai aucun doute que vous avez pris connaissance de l'ordre de renvoi du comité sénatorial qui se résume à trois objectifs : le développement de nouveaux marchés domestiques et internationaux, le renforcement du développement durable de l'agriculture et l'amélioration de la diversité et de la sécurité alimentaire.

[Traduction]

Aujourd'hui, honorables sénateurs, nous avons la chance de recevoir des témoins qui nous feront part de leur vision et de leur expérience et qui formuleront des recommandations au comité.

[Français]

Nous remercions les témoins d'avoir accepté notre invitation.

Honorables sénateurs, nous recevons aujourd'hui, de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, Mme Anne-Marie Granger Godbout, directrice générale, Marché, ainsi que Mme Geneviève Béland, directrice de l'innovation et du développement.

[Traduction]

Tout d'abord, M. Rod Scarlett, directeur exécutif du Conseil canadien du miel, a accepté de se joindre à nous aujourd'hui. Nous vous remercions et nous sommes impatients d'entendre vos recommandations.

[Français]

Et je m'en voudrais de ne pas présenter le dernier témoin, mais certainement pas le moindre, M. Yvon Poitras, directeur général de l'Association acéricole du Nouveau-Brunswick. Monsieur Poitras, on a remarqué que vos producteurs et vous êtes des leaders de l'industrie canadienne dans le monde, avec vos recettes des délices à l'érable et votre sirop d'érable au goût de tout le monde. On vous en félicite.

Le sénateur Eaton : On ne les a pas eues, les recettes.

Le président : Vous n'avez pas eu le livre de recettes? Bien, on va vous le distribuer. On va s'assurer que chaque sénateur reçoive un livre de recettes, en français et en anglais.

[Traduction]

C'est M. Rod Scarlett, du Conseil canadien du miel, qui prendra la parole en premier, et il sera suivi de M. Poitras et de Mmes Granger Godbout et Béland.

Rod Scarlett, directeur exécutif, Conseil canadien du miel : Tout d'abord, je tiens à remercier les membres du comité de me donner cette occasion de m'exprimer cet après-midi.

Le Conseil canadien du miel est une organisation nationale qui représente tous les apiculteurs, de la Colombie- Britannique jusqu'aux Maritimes. En 2010, le Canada comptait 7 284 apiculteurs, qui géraient 617 264 ruches. Agriculture et Agroalimentaire Canada a évalué les retombées économiques directes et indirectes de notre secteur à près de 2,7 milliards de dollars. Les industries de l'apiculture, du miel et de la pollinisation jouent un rôle important et croissant au Canada et partout dans le monde. L'intérêt marqué du monde entier pour la santé des abeilles a attiré l'attention du grand public sur notre industrie.

J'aimerais vous exposer brièvement quelques faits importants au sujet de l'industrie du miel. Le Canada est le 11e plus gros producteur de miel au monde, et sa production totale a été évaluée à 73,3 millions de livres en 2010. Les provinces des Prairies produisent environ 80 p. 100 du miel canadien et gèrent près de 70 p. 100 des colonies. Le Manitoba détient le quart des petites entreprises apicoles, alors que l'Alberta possède presque la moitié des grandes entreprises dans ce secteur. En revanche, 31 p. 100 des éleveurs d'abeilles amateurs se trouvent en Colombie-Britannique, 23 p. 100 au Québec et 18 p. 100 en Ontario.

Les maladies de l'abeille menacent aujourd'hui l'industrie apicole canadienne. Le taux normal de mortalité hivernale s'est longtemps situé autour de 15 p. 100, mais ce pourcentage a doublé au cours des dernières années.

L'apiculture a toujours été considérée comme une industrie ayant peu d'impact économique. En vérité, le miel et les produits de la ruche représentent respectivement moins de 0,5 et 1 p. 100 des recettes monétaires provenant de l'élevage au Canada. N'empêche que les éléments secondaires sont très importants. En 2009, la valeur totale de la production de miel s'élevait à 126,3 millions de dollars, soit 21,1 millions de dollars de plus qu'en 2008. Nous commençons tout juste à réaliser toute l'incidence de la pollinisation et son importance dans le domaine de la production alimentaire.

Le nombre d'apiculteurs a diminué de moitié ces 30 dernières années, alors que le nombre de ruches est demeuré stable. Vingt pour cent des apiculteurs possèdent 80 p. 100 des ruches d'abeilles, et 60 p. 100 des ruches servent à polliniser au moins une culture.

Le Conseil canadien du miel a établi quatre priorités dans le cadre de sa planification à long terme. Parmi ses priorités, mentionnons la santé des ruches, pour un secteur de l'élevage bien portant; l'accès au marché et la part du marché, pour une demande accrue entraînant de meilleurs prix; la salubrité des aliments, pour des produits de qualité supérieure qui inspirent confiance aux consommateurs; ainsi que la main-d'œuvre et la relève, pour des travailleurs qualifiés au sein de l'industrie aujourd'hui et demain. Je pense que ces priorités s'alignent très bien sur le mandat du comité. Je commencerais par développer de nouveaux marchés au pays et à l'étranger.

Le CCM suit très attentivement l'évolution de la situation dans l'Union européenne, à la suite d'une décision récente de la Cour européenne de justice selon laquelle seul le miel contenant du pollen issu d'OGM autorisés ou approuvés peut être commercialisé, pourvu qu'il soit étiqueté en conséquence. On a discuté avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, AAC, pour s'assurer que le Canada et le miel canadien est bien représenté dans le cadre de ses discussions. L'UE n'a pas encore fait connaître son interprétation définitive de cette décision. Nous sommes très impatients de savoir quelle sera l'incidence sur le secteur apicole canadien. Il est encore trop tôt pour se prononcer, mais les conséquences risquent d'être énormes pour l'apiculture et la production de miel au Canada, en ce sens que cela pourrait changer radicalement nos marchés du miel et l'établissement des prix. Non seulement nous perdons notre troisième plus important marché, c'est-à-dire, l'UE, mais nous nous trouvons également à livrer concurrence aux autres pays qui ont des OGM comme l'Argentine et le Brésil sur nos marchés traditionnels et notre plus grand marché, les États-Unis, avec qui nos échanges commerciaux se chiffrent à 42 millions de dollars. Il s'agit d'une situation très troublante et compliquée pour notre industrie, et je serais heureux de vous en dire davantage à ce sujet durant la période de questions.

Divers producteurs et coopératives tentent d'ouvrir de nouveaux débouchés au Japon et en Chine. Une question qui a contrarié le Conseil canadien du miel, c'est la façon dont nous définissons le miel et son incidence sur les apiculteurs. Dans bien des cas, ce qui est étiqueté comme du miel pourrait être une combinaison d'ingrédients qui goûte le miel, mais qui n'en présente pas les caractéristiques. Ce phénomène découle d'une piètre réglementation, d'une absence fondamentale de volonté de la part des grandes entreprises à identifier le miel comme une denrée unique et, surtout, d'un manque de pression concertée de l'industrie pour arriver à ses fins.

Le CCM fournit également de l'information et fait la promotion de ses produits à l'échelle nationale. Plus tôt cette année, Santé Canada a lancé une campagne de sensibilisation visant à prévenir le botulisme infantile et il a recommandé de ne pas donner de miel à des enfants âgés de moins d'un an. Bien que l'intention de cette campagne ne nous pose aucun problème, nous estimons que Santé Canada aurait dû d'abord en informer l'industrie et, surtout, rassurer le public en précisant que le miel ne présente aucun danger pour les personnes âgées de plus d'un an. Il est difficile d'évaluer tout l'impact que cette campagne a eu sur les ventes au pays.

Enfin, nous participons au projet de promotion de l'image de marque du Canada et nous explorons d'autres options pour de futures ventes nationales et internationales.

En ce qui concerne la viabilité agricole, sachez que notre industrie a une incidence directe sur 60 p. 100 des aliments que nous consommons. Par conséquent, une population durable et saine d'abeilles est essentielle pour la stabilité du secteur agricole au Canada. Comme je l'ai indiqué précédemment, le taux de mortalité hivernale s'est accru de façon substantielle depuis 2006. Cela s'explique en partie par l'apparition d'un parasite, l'acarien varroa, une infection par une microsporidie, Nosema, des facteurs environnementaux et le manque d'options de traitement.

En janvier, le Conseil canadien du miel tiendra un symposium sur la gestion des risques pour les abeilles au cours duquel l'industrie se penchera sur la production nationale et sa politique d'importation. En raison des importantes pertes subies, les apiculteurs doivent absolument avoir accès à des abeilles en santé en temps opportun. Nous devons développer une forte production nationale, mais nous ne pouvons pas dépendre d'une seule source. À l'heure actuelle, nous comptons beaucoup sur les importations pour assurer la croissance de l'industrie et, par conséquent, il est fondamental d'établir, en collaboration avec l'Agence canadienne d'inspection des aliments, des protocoles garantissant l'importation d'abeilles en santé.

En outre, il faut mener davantage de recherches sur la santé des abeilles et élaborer des traitements efficaces et abordables. Nous entretenons actuellement une très bonne relation de travail avec l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, mais nous devons demeurer à l'avant-garde dans le développement des traitements en raison de la résistance qui s'est accrue.

La pénurie de travailleurs canadiens fait en sorte que les entreprises apicoles n'ont d'autre choix que d'embaucher des travailleurs étrangers. Par conséquent, Service Canada a mis sur pied un projet pilote visant les travailleurs agricoles. Cette mesure s'est révélée utile, mais il reste du chemin à faire pour s'assurer que les apiculteurs peuvent recruter des travailleurs en temps opportun. Parallèlement, le Collège régional de Grande Prairie, dans le nord de l'Alberta, a récemment annoncé la création d'un programme de certification en apiculture, ce qui aidera énormément les apiculteurs à obtenir une aide qualifiée.

En vue d'améliorer la diversité et la salubrité des aliments, le CCM, en collaboration avec l'ACIA et AAC, achève actuellement un manuel de procédures en matière de salubrité des aliments à l'intention des apiculteurs. De plus, nous travaillons à l'élaboration d'un plan de biosécurité relative à l'élevage des abeilles. Grâce à ce travail, le Canada est reconnu comme un chef de file pour ce qui est de la salubrité du miel.

Notre industrie est notamment confrontée à un manque de ressources, principalement sur le plan de la main-d'œuvre. Nous sommes d'avis qu'il faut mettre en place un programme de surveillance à l'échelle nationale plutôt que de confier cette responsabilité aux provinces. Comme l'ACIA n'a pas les ressources ni l'expertise nécessaires à cette fin, les provinces ont donc été obligées d'intervenir, chacune à leur manière. Par conséquent, nous insistons sur la nécessité d'un effort coordonné de tous les intervenants pour garantir la santé de nos abeilles, ce qui permettra d'assurer davantage la salubrité des aliments canadiens.

Enfin, si on ne soutient pas adéquatement l'industrie de l'apiculture, on risque d'être confronté à une pénurie d'abeilles en augmentant les denrées tributaires de la pollinisation.

Merci de votre attention. C'est avec plaisir que nous répondrons à vos questions à la fin.

Le président : Merci, monsieur Scarlett. J'inviterais maintenant M. Poitras à faire son exposé. Après l'exposé de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, les sénateurs vous poseront des questions.

[Français]

Yvon Poitras, directeur général, Association acéricole du Nouveau-Brunswick : Bonjour, monsieur le président, madame et messieurs les sénateurs. Le bureau de l'Association acéricole du Nouveau-Brunswick existe depuis six ans. Avant, nous n'avions qu'un conseil où quelques personnes se rencontraient pour discuter une fois par année.

Il y a six ans, une agence fédérale est venue me demander d'ouvrir un bureau et de mettre sur pied une association acéricole au Nouveau-Brunswick.

Cette agence nous a dit à ce moment-là qu'on avait trouvé au Nouveau-Brunswick une industrie dormante, qui n'était pas considérée comme une industrie.

Depuis ce temps, le Nouveau-Brunswick se classe troisième producteur acéricole au monde, après le Québec et le Vermont, suivi de l'Ontario et de l'État de New York. Nous produisons entre quatre et cinq millions de livres, ou 1,8 million de kilogrammes de sirop par année que nous considérons de haute qualité. Nous nous enorgueillissons de dire que nous avons, au Nouveau-Brunswick, le plus gros producteur singulier de sirop d'érable au monde, qui possède au- delà de 178 000 entailles. Nous avons le plus gros producteur organique au monde, avec au-delà de 110 000 entailles. Nous rapportons entre 10 et 15 millions par année de revenus à la province, selon dame nature et la production de l'année.

Après six ans d'existence, le bureau compte maintenant 125 membres, répartis aux quatre coins de la province, et 80 p. 100 de la production se fait dans le nord de la province.

L'association divise ses activités en trois : les activités d'opération, les activités de marketing provincial et de marketing international. Nous ne prétendons pas être aussi gros que nos collègues du Québec ou du Vermont, mais nous avons une production semblable, quoiqu'à plus petite échelle. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos collègues du Québec sur certains dossiers, sur lesquels je reviendrai plus tard.

Du point de vue opérationnel, nous avons l'instruction de nos membres. Nous aidons nos membres, depuis cinq ans, à faire de l'expansion à l'intérieur et nous essayons maintenant de les aider à faire de l'expansion à l'extérieur pour essayer d'accaparer plus de territoires. Cela devient un problème avec le temps, parce que notre gouvernement provincial ne voit pas notre expansion du même œil. C'est à ce moment qu'on doit faire du lobbying.

En ce qui concerne le marketing régional, nous faisons surtout des promotions pour rappeler aux gens que oui, nous avons du sirop d'érable, mais que le sirop d'érable, ce n'est pas seulement pour les crêpes, on fait d'autres choses, entre autre des livres de recettes. Et je m'assurerai que les sénateurs obtiennent une copie de ce livre de recettes. Nous avons fait un livre de recettes au Nouveau-Brunswick et nous en avons également un en France.

Le côté international intéressera probablement plus les sénateurs. Nous n'avons pas les fonds et les capacités de certains de nos collègues pour faire du marché international. Par contre, nous travaillons, entre autres, sur un dossier qui s'appelle la Table de concertation canadienne sur le sirop d'érable, présidée par la fédération du Québec. Les quatre provinces productrices du Canada — le Québec, le Nouveau-Brunswick, l'Ontario et la Nouvelle-Écosse — siègent à cette table. Les décisions prises sur la recherche et le développement du sirop d'érable s'appliquant au Canada sont prises à cette table. Nous faisons partie de ces discussions et nous prenons part aux décisions.

De plus, en tant que vice-président de l'Institut international du sirop d'érable, j'ai d'autres dossiers qui pourraient vous intéresser. Par exemple, en ce moment, Santé Canada et l'agence canadienne viennent de recevoir une demande d'acceptation de nouveaux grades, des standards que nous établissons, standards qui seront similaires au Canada et aux États-Unis. Jusqu'à aujourd'hui, vous aviez au Canada et aux États-Unis différents grades pour le sirop d'érable, mais depuis sept ans, l'institut travaille afin que les grades soient égaux dans les deux pays. Les gouvernements américain et canadien ont maintenant le document. On leur a fait une copie et on leur a demandé que ce document soit adopté dans les deux pays par les deux agences concernées. J'espère que ce document vous parviendra. J'en ai déjà envoyé un exemplaire au bureau du sénateur Mockler pour m'assurer qu'en tant que président du comité, il en ait une copie. Mais le document a surtout été distribué au ministère de la Santé et à celui de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire.

Tout cela explique très brièvement, parce qu'on m'a dit que je ne disposais pas de beaucoup de temps, ce qu'on fait au Nouveau-Brunswick depuis six ans. Nous sommes jeunes et nous sommes petits, si on nous compare à certains de nos voisins. Mais nous travaillons avec ce que nous avons. Nous essayons, surtout au niveau de la recherche et du développement, de travailler avec la table de concertation. Nous faisons également partie non seulement de l'institut international, mais également du conseil nord-américain, une autre entité où on fait de la recherche sur le sirop d'érable. Cette recherche est très importante pour l'avenir. Il y a de la recherche très intéressante qui se fait pour la santé des gens. Des communiqués sont émis régulièrement, et je suis certain que vous entendrez parler du dernier document qui concerne un produit pour la santé du foie développé avec la sève de l'érable. Nous avons un médecin à Montréal qui étudie certaines molécules qui pourraient servir de médicaments pour le cœur. Ces recherches se font grâce à la coopération entre le gouvernement fédéral et la table canadienne de concertation. Nous encourageons beaucoup ce travail parce que nous ne sommes pas assez gros pour le faire seul, mais en tant que table de concertation, cela se fait très bien.

Sur ces mots, il me fera plaisir de répondre à vos questions, et je vous remercie encore de votre invitation.

Le président : Merci beaucoup, monsieur Poitras. On va maintenant demander à Mme Béland et à Mme Granger Godbout de faire leurs présentations.

Anne-Marie Granger Godbout, directrice générale, Marché, Fédération des producteurs acéricoles du Québec : Bonjour, monsieur le président, la Fédération des producteurs acéricoles du Québec vous remercie chaleureusement de lui permettre de partager avec vous son expérience et sa vision de l'innovation en agriculture. Je vais commencer la présentation, Mme Béland en fera une partie, et je terminerai.

La Fédération des producteurs acéricoles du Québec a été créée en 1966, en vertu de la Loi sur les syndicats professionnels, pour défendre les intérêts des quelque 13 500 acériculteurs du Québec. Ces producteurs exploitent près de 7 400 entreprises acéricoles. Ces gens sont regroupés par régions et sont représentés par 11 syndicats régionaux, tous affiliés à la fédération.

Ces entreprises de toutes les tailles et de toutes les régions ont choisi de se regrouper pour prendre en main leur production et mieux vivre de leur métier. Le Québec produit environ 91 p. 100 de la production canadienne, et environ 80 p. 100 du sirop d'érable produit au Canada est exporté.

En 1989, en vertu de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles et alimentaires, les producteurs ont demandé à la fédération de gérer un plan conjoint, afin de prendre en charge et d'organiser les conditions de production et de mise en marché de leurs produits. Ils ont demandé à la fédération d'être efficace, rigoureuse et visionnaire. Ils s'attendent à ce qu'elle soit rassembleuse et favorise la concertation des visions différentes.

En plus de générer 300 millions de dollars de chiffre d'affaires, plus de 734 millions de dollars en termes de PIB et 12 000 employés en équivalent de temps plein, les acériculteurs du Québec investissent annuellement près de 7 millions de dollars dans le financement de projets et d'activités au bénéfice de toute la filière acéricole canadienne. Ceci favorise une mise en marché efficace et ordonnée du produit, et ces montants sont générés à partir des contributions au plan conjoint.

Je vais maintenant céder la parole à Mme Béland pour la partie sur l'érable, une plateforme technico-commerciale.

Geneviève Béland, directrice de l'innovation et du développement, Fédération des producteurs acéricoles du Québec : On s'est aperçu, depuis quelques années, que l'érable, c'est beaucoup plus que du sirop d'érable. Ce n'est pas seulement pour les crêpes non plus.

Depuis 2005, plus précisément, la Fédération des producteurs acéricoles, au nom de l'Industrie canadienne de l'érable — en étroite collaboration avec le Comité consultatif de l'industrie canadienne de l'érable ou la table de concertation dont M. Poitras fait partie — a développé une expertise de pointe en innovation et en valorisation de l'érable.

Certains résultats permettent déjà d'entrevoir de nouvelles applications et le développement de nouveaux marchés pour répondre aux nouvelles tendances industrielles, naturelles et fonctionnelles des produits alimentaires et non alimentaires. D'autres doivent faire l'objet de démonstrations scientifiques crédibles afin de soutenir encore davantage l'innovation dans des secteurs non traditionnels pour l'érable.

À titre d'exemples, la FPAQ a réussi à générer différents types d'extraits dont l'extrait d'érable sans sucre, appelé plus communément le MSx, pour Maple Syrup Extract. Le MSx est un concentré de molécules bioactives de l'érable qui pourrait être commercialisé dans des secteurs cosmétiques, de produits de santé naturels, pharmaceutiques ou biotechnologiques. Le sirop d'érable avec des défauts de saveur ou jugé impropre à la consommation humaine notamment, pourrait ainsi devenir un produit intéressant, car il possède les propriétés technico-économiques et commerciales à valeur ajoutée recherchées. Des recherches sur les effets physiologiques de ce nouveau produit sont nécessaires pour en actualiser le potentiel. Il est à noter que l'Italie est à investir dans ce même axe technologique avec son produit national, l'huile d'olive.

Aussi, l'industrie de l'eau de coco est en pleine expansion et des investissements massifs soutiennent la demande. D'ailleurs, la multinationale PepsiCo inc. prévoit des investissements importants aux Philippines, où on estime que 324 millions d'arbres peuvent être mis en production. L'eau d'érable pasteurisée et stérilisée offre un potentiel équivalent. Elle est une réponse directe aux grandes tendances de marché : naturelle, simple, authentique, au goût frais et agréable, aux propriétés nutritives et fonctionnelles. Elle est pratique, en plus d'être un ingrédient qui permet de créer des innovations originales et uniques en vue de satisfaire les besoins d'expériences sensorielles.

D'importants marchés potentiels sont à découvrir et à développer, et les industries sont constamment à l'affût de nouveaux intrants. Le sirop d'érable, l'eau d'érable et tous les autres produits extraits de l'érable, incluant les rejets de production, sont susceptibles de posséder les propriétés technico-économiques et commerciales recherchées.

Les avantages compétitifs de l'érable sont intéressants, tant pour l'industrie des ingrédients alimentaires que des boissons fonctionnelles et des ingrédients cosmétiques. Investir dans ces avenues permettra à l'érable de maintenir et de développer son positionnement dans le secteur alimentaire du XXIe siècle et à s'étendre à des applications non alimentaires à valeur ajoutée. L'Inde et l'Australie sont à investir dans ce type de technologies qui, dorénavant, transgressent les silos scientifiques pour combiner en un seul thème l'agriculture, la nutrition et la pharmaceutique.

Les producteurs acéricoles du Québec l'ont compris et le gouvernement canadien l'a reconnu. Ils investissent dans une vision à long terme pour assurer la pérennité du secteur. La stratégie Nouvelle génération de l'érable 2020, qui a été développée en concertation avec l'industrie canadienne de l'érable et le comité consultatif, permet d'appuyer la croissance du marché de l'érable au bénéfice de l'industrie canadienne de l'érable, et ce, sur trois bases : le développement des connaissances, des technologies et des produits novateurs potentiels, l'adaptation et la création des techniques de production selon les besoins du marché en vue d'assurer la livraison des produits à valeur ajoutée et, le développement des marchés sur la base des connaissances acquises en recherche.

L'ensemble de cette démarche coordonnée jette les bases de la compétitivité de l'érable du Canada à travers le monde.

La vision et le leadership des acériculteurs du Québec et leur effet d'entraînement a permis, en fait, de déployer une force au sein de la fédération, de développer une mise en marché collective et de créer une dynamique de créativité et de développement accéléré des entreprises. Les retombées en région sont les piliers de l'innovation acéricole. Les investissements collectifs des acériculteurs québécois en recherche précompétitive et en innovation sont majeurs. L'approche individuelle n'aurait jamais pu créer un levier aussi puissant. Ce leadership a un effet d'entraînement évident.

Par exemple, l'intérêt de la communauté scientifique mondiale se tourne de plus en plus vers l'érable. Désormais, il n'est plus rare que les chercheurs d'ici ou d'ailleurs investissent dans la recherche sur les bienfaits des produits de l'érable. Ce faisant, la connaissance sur l'érable et sa visibilité s'accroissent. On assiste à l'émergence d'une expertise cruciale pour le développement de nouvelles applications commerciales et de nouvelles opportunités pour l'industrie acéricole.

Aussi, les premières initiatives de recherche stimulent la créativité chez les transformateurs. À mesure que se précise la connaissance de la composition des produits de l'érable et de ses bénéfices santé, on voit apparaître une multitude de produits innovateurs tels que les flocons de sucre d'érable, les boissons alcoolisées à base d'érable, les tisanes, les vinaigres d'érable, et cetera. La cuisine moléculaire, une révolution dans le monde gastronomique à laquelle s'est intéressée la fédération, a permis à un transformateur de créer d'extraordinaires « perles d'érable », véritable caviar d'érable.

Pour que le système d'innovation stimule l'innovation, il faut absolument miser sur des « têtes d'affiche » et des « relais d'information » crédibles et influents. C'est pour cette raison que la fédération a choisi de s'associer aux plus grands experts dans leur domaine et ce, même s'il a fallu les trouver aux quatre coins du monde, tels que le Dr Navindra Seeram, professeur à l'Université du Rhode Island, le Dr Keiko Abe, professeur émérite à l'Université de Tokyo, M. Christophe Morel, chocolatier de renommée mondiale et ambassadeur de l'érable, et M. Joseph Viola, chef de renommée mondiale et ambassadeur de l'érable. Ce ne sont que quelques exemples d'une très longue liste.

Cette stratégie s'avère gagnante, du moins en font foi les exportations et l'accroissement des ventes.

Le système d'innovation du secteur de l'érable, créé à l'initiative de la fédération, prévoit le développement d'une stratégie de portefeuille de propriété intellectuelle permettant de favoriser les investissements en innovation, un modèle assez unique dans le secteur agroalimentaire basé sur celui de la biotechnologie. Il est à noter que ce système est réellement tourné au profit de l'ensemble de la filière acéricole canadienne, puisque les accords de licence sont offerts sur la base de l'exclusivité de l'utilisation des produits de l'érable du Canada.

Mme Granger Godbout : La qualité, l'authenticité et la traçabilité sont et seront nos atouts. L'érable est un produit phare étroitement lié à l'identité canadienne. Les produits de l'érable sont un symbole identitaire et culturel fort du Canada, reconnus à l'étranger. Ils sont de tradition régionale et leur qualité est éprouvée par un savoir-faire ancestral. Le premier usage de la feuille d'érable comme symbole identitaire du Canada anglais remonterait à 1848. Dans une publication littéraire de Toronto, The Maple Leaf la présentait comme l'emblème choisi pour représenter les deux Canada. Cent ans plus tard, la feuille d'érable sera officiellement consacrée unique symbole de la fédération canadienne.

En développant la notoriété des produits de l'érable, c'est la notoriété de tous les produits canadiens qui est rehaussée. Investir dans l'érable est d'autant plus important pour l'économie que sa notoriété et le dynamisme de ses entreprises influencera la perception de qualité de l'ensemble des produits du Canada à l'étranger.

L'érable s'inscrit parfaitement dans toutes les grandes tendances mondiales. L'érable répond aux caractéristiques fondamentales des aliments de première qualité par : sa saveur unique et l'expérience gastronomique qu'il offre; son mode de fabrication artisanale, en quantité limité; sa composition simple (un seul ingrédient) et naturelle; son caractère sain et bon pour la santé; sa personnalité « locale » ou « ethnique », selon la provenance ou l'origine du consommateur; et cetera.

La qualité des produits de l'érable canadien est reconnue indéniable, puisque la grande majorité du sirop d'érable en vrac, celui du Québec, fait l'objet d'une inspection et d'un classement systématique. En effet, l'agence de vente pour le sirop d'érable en vrac du Québec, administrée par la fédération, prévoit le classement et l'inspection de 100 p. 100 des quelque 200 000 barils de sirop d'érable produits annuellement. Cette vérification de la qualité est assurée par un laboratoire externe et encadrée par la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche du Québec.

De plus, cette centralisation des ventes permet la traçabilité parfaite de tout le sirop, depuis l'érablière jusqu'au premier acheteur. À titre de comparaison, aux États-Unis il y a 15 États producteurs de sirop d'érable et donc 15 réglementations différentes. L'inspection n'est ni systématique, ni obligatoire.

Le Canada a la capacité de maintenir son positionnement mondial et son avantage compétitif par ses efforts pour qualifier le produit, optimiser ses procédés de production et créer une valeur ajoutée du produit, tout en garantissant des normes de qualité de classe mondiale.

L'élément suivant va peut-être recouper les préoccupations que M. Scarlett exprimait tout à l'heure concernant la protection de la dénomination des produits, la pureté des produits. S'il existe une réglementation canadienne et québécoise qui protège un peu l'appellation des produits d'érable pur, ce n'est malheureusement pas le cas dans la majorité des 52 pays où est exporté le sirop d'érable.

Il est essentiel que le Canada, en collaboration avec les États-Unis, se donne les moyens de protéger l'appellation des produits de l'érable afin d'éviter que des produits substituts ou contrefaits nuisent à la réputation des produits authentiques. Ainsi, dans le cadre d'ententes commerciales, multinationales ou de toute autre initiative qui dépasse les frontières, cette préoccupation devrait être une priorité. Il y va de la pérennité et des retombées des efforts d'innovation déployés dans l'érable.

Aux États-Unis par exemple, le sirop d'érable fait partie des cinq produits alimentaires les plus contrefaits et tout porte à croire qu'il en est probablement ainsi ailleurs dans le monde. Certains fabricants diluent le produit ou le remplacent par des substituts moins coûteux. Les États-Unis sont sensibles à ce problème, puisque les sénateurs Patrick Leahy du Vermont et Susan Collins du Maine ont introduit au Sénat américain un projet de loi, soit le Maple Agriculture Protection and Law Enforcement ou le MAPLE Act qui, s'il est adopté, punira les falsificateurs de sirop d'érable et leur imposera une peine pouvant atteindre cinq ans d'emprisonnement.

De son côté, le Canada devrait démontrer, par le biais de norme claires et de pénalités très dissuasives, l'importance de préserver la notoriété du produit le plus étroitement lié à l'identité canadienne. Dans ce contexte, il est également essentiel de développer de nouvelles technologies pour détecter le sirop falsifié. Ces méthodes de détection doivent être efficaces, fiables, économiques et conviviales.

La fédération investit depuis plusieurs années pour développer une telle méthode. Ce travail d'innovation se fait en collaboration avec des chercheurs d'Agriculture et Agroalimentaire Canada et avec le Centre ACER et bénéficie notamment de l'appui financier du gouvernement du Québec.

Cette méthode sur le point d'être déployée à grande échelle constituera un atout majeur pour sécuriser les marchés et distinguer le produit de l'érable qui est soumis à des contrôles de qualité rigoureux. Concernant la compétitivité et la distinction des produits de l'érable, les produits de l'érable du Canada font face à deux types de concurrence, la première étant la compétition des autres agents sucrants et la seconde étant la compétition des produits de l'érable des États-Unis.

Les produits de l'érable se positionnent avantageusement par rapport aux autres agents sucrants par leur caractère naturel et leurs bienfaits sur la santé. Cette position avantageuse pour l'érable présente un grand défi. L'innovation dans l'érable est le seul moyen permettant de maintenir cet avantage compétitif fondé sur la naturalité du produit.

Concernant la compétitivité des entreprises acéricoles, l'innovation dans un marché de plus en plus exigeant et diversifié sera l'une des clés de la compétitivité de la chaîne des valeurs acéricoles canadiennes. Au Canada, la production acéricole est loin d'avoir épuisé son potentiel. Son développement repose à la fois sur l'exploitation de nouvelles entailles et sur l'amélioration de la productivité des entailles existantes.

En effet, l'étude des peuplements forestiers du sud-est du Canada démontre que le nombre d'entailles en production pourrait tripler pour répondre à la demande des marchés. De plus, on estime que la productivité moyenne des entailles au Québec avoisine les deux livres et demie l'entaille. Sachant que plusieurs entreprises arrivent à produire le double, il y a assurément place à l'amélioration de la productivité des érablières existantes.

Enfin, les plus récentes études sur les changements climatiques incitent à croire dans que dans les régions plus au sud, comme par exemple, plusieurs États américains, la saison propice à la récolte risque de raccourcir. Toutefois, le développement de la production doit absolument se faire de manière pérenne. Pour y parvenir, la recherche appliquée permettant d'évaluer l'impact des nouvelles technologies de production sur la qualité des produits et sur la santé des écosystèmes doit absolument se faire en continu.

De même, le transfert technologique et la formation des entrepreneurs doivent permettre à l'industrie de s'adapter aux besoins du marché, tout en assurant le développement durable de la ressource. En effet, les innovations et les connaissances sur le produit vont nécessiter un ajustement des équipements en vue d'optimiser les composés actifs de l'érable et accroître l'efficacité énergétique du procédé, ce qui permettra d'augmenter la compétitivité tout en réduisant l'empreinte écologique.

Les investissements et la valeur ajoutée générée influenceront la capacité d'adaptation de l'industrie. Il faudra adapter et créer des techniques de production selon les besoins du marché en vue d'assurer la livraison des produits à valeur ajoutée.

En somme, pour que l'industrie de l'érable atteigne son plein potentiel, il faudra investir davantage. À l'image des entreprises haute technologie, l'érable est à la croisée des chemins. Or, le secteur de l'industrie de l'érable canadienne est majoritairement formé de petites et moyennes entreprises qui, individuellement, n'ont pas les moyens d'investir en recherche précompétitive et franchir toutes les étapes permettant de bénéficier des innovations potentielles.

Plus que jamais, l'approche collective et le partenariat avec le gouvernement s'imposent comme une réponse moderne et efficace pour saisir les opportunités de marché et générer des retombées positives pour l'ensemble de la société canadienne.

Le président : Je dois prendre la responsabilité de vous dire qu'on doit maintenant passer à la période des questions.

Mme Granger Godbout : Je ne pensais pas me rendre jusqu'à la fin. Me permettez-vous de présenter la conclusion?

Le président : Est-ce que vous pourriez passer directement à la conclusion?

Mme Granger Godbout : Tout à fait.

Le président : Je sais que des sénateurs veulent vous poser des questions.

Mme Granger Godbout : En fait, je vais raccourcir un peu la conclusion et faire vite.

Bref, pour réaliser son plein potentiel et générer plus de retombées sur l'ensemble de l'économie canadienne, le secteur de l'érable aura besoin d'être appuyé dans ses démarches d'innovation.

Concrètement, pour stimuler l'innovation, l'État devrait soutenir davantage la recherche précompétitive et l'arrimage des résultats à la promotion générique, deux champs d'intervention cruciaux dans lesquels les entreprises investissent difficilement puisque les retombées sont trop éloignées de leur bénéfice à court terme.

Deuxièmement, l'État devrait accompagner les entreprises de production et de transformation dans l'adaptation de leurs méthodes de production pour répondre aux besoins du marché. De manière générale, il devrait également favoriser les démarches d'innovation collectives et cohérentes.

On doit permettre le décloisonnement des domaines de recherche et la contribution des plus grands experts, même si on doit aller les chercher à l'extérieur des frontières, et de manière plus particulière, miser sur les produits-phare comme les produits de l'érable pour contribuer au rayonnement de l'ensemble des produits canadiens. Enfin, il faut absolument prendre les moyens pour protéger la dénomination des produits de l'érable par de la réglementation forte, des ententes commerciales, des normes, des contrôles de qualité et éviter que des produits falsifiés ou de mauvaise qualité nuisent à la notoriété des produits de l'érable purs et anéantissent les efforts d'innovation et de promotion.

Le président : Mesdames Granger Godbout et Béland, messieurs Poitras et Scarlet, merci de votre présentation. Nous passons maintenant aux questions avec le sénateur Rivard.

Le sénateur Rivard : J'avais noté une question avant de vous entendre parce que j'aurais aimé que vous me donniez des exemples d'innovation. Je dois dire que vous avez amplement répondu à ma question. Dans mon esprit, l'innovation se limitait au sirop, à la tire et au sucre mou ou dur et je me rends compte que je suis en retard de 20 ans.

Je me souviens qu'il y a plus de 10 ans, votre industrie était en crise. Je me souviens d'avoir vu, le long de l'autoroute 20, des millions de gallons de sirop d'érable entreposés.

Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui votre production suffit à la demande de consommation et d'exportation? Comment s'est opéré le miracle?

Mme Granger Godbout : Si je peux me permettre, je dirais que les miracles n'existent pas. Les producteurs ont fait preuve d'énormément de courage et ont pris de grandes décisions. En 2002, on a mis en place une agence de vente centralisée. Plus tard, en 2003 et en 2004, on a instauré des contingents de production, ce qui a freiné la croissance quelque peu débridée de la production.

Le regroupement des ventes par l'agence a permis de canaliser et créer des leviers pour développer les marchés. Le tout, en synergie, a permis à la fois d'augmenter les marchés et de contrôler la croissance de la production pour arriver à stabiliser les conditions.

Vous parliez des surplus de sirop d'il y a 10 ans à Saint-Louis-de-Blandford. J'ai le plaisir de vous annoncer qu'il reste du sirop à Saint-Louis-de-Blandford, ce qui est une bonne nouvelle. En 2005, l'inventaire comptait l'équivalent d'une récolte complète. Deux ans plus tard, le développement des marchés et les conditions climatiques, facteur qui fait également partie de la réalité de la production, ont fait en sorte qu'il ne restait plus d'inventaire. L'année 2008-2009 a été très difficile. Les inventaires ont été complètement vidés. Cette situation a beaucoup préoccupé les promoteurs, de sorte que des primes ont dû être payées et le prix a un peu flambé. Le prix est négocié collectivement.

La flambée des prix, à cause de la pénurie de sirop, est un problème que personne ne veut revivre. Pour développer à long terme, il faut de la stabilité et de la sécurité d'approvisionnement. On parle aujourd'hui d'une réserve stratégique.

Nous avons demandé des études actuarielles, et celles-ci nous ont donné des cibles. On estime que 40 millions livres est une cible acceptable pour contrôler les risques de rupture de stocks.

Depuis trois ans, des réserves s'accumulent, ce qui est bon. Nous sommes rendus à 37 millions de livres. Les entreprises qui veulent développer jouissent donc d'une sécurité grâce aux approvisionnements. Aucune variation de prix ne viendra déstabiliser le marché. Pour les transformateurs, les acheteurs, les exportateurs, les producteurs, tout le monde, même les fournisseurs d'intrants qui vendent de la tubulure ou des équipements, la stabilité du secteur est une condition fondamentale au développement. Ces décisions, pour l'organisation des producteurs, n'ont vraiment pas été faciles.

Le sénateur Rivard : Combien d'années le sirop d'érable conservé en barils peut-il garder sa qualité et demeurer comestible?

Mme Granger Godbout : Je discutais ce matin avec des gens qui me disaient qu'à l'Université Laval, au pavillon Vachon, pendant des rénovations, on a trouvé des conserves de sirop d'érable qui dataient de plus de 50 ans. L'équipe du laboratoire d'inspection du sirop d'érable en a ouvert quelques-unes pour se rendre compte que, même après 50 ans, si l'emballage est bien fait et que les contenants sont hermétiques, le sirop était encore très bon.

Le sénateur Rivard : C'est comme le vin.

Le sénateur Robichaud : J'ai l'eau à la bouche parce que j'aime bien le sirop. J'aime aussi le miel. Ma première question ou commentaire s'adresse à M. Scarlett. Au Nouveau-Brunswick, particulièrement dans ma région, plusieurs producteurs de bleuets dépendent énormément des abeilles pour assurer leur production. Ce que vous avez mentionné qui affecte les abeilles pose-t-il un problème pour la capacité à fournir les producteurs en abeilles?

[Traduction]

M. Scarlett : Chose certaine, nous devons avoir des populations d'abeilles en santé et reconnaître l'importance de la pollinisation dans l'industrie du bleuet au Nouveau-Brunswick et en Colombie-Britannique.

Le sénateur Robichaud : En Nouvelle-Écosse également.

M. Scarlett : Oui, et le canola génétiquement modifié dans les Prairies aussi. La pollinisation occupe une place de plus en plus grande au sein de notre industrie. Dans le secteur agricole, on n'a pas commencé à réaliser à quel point les abeilles jouent un rôle important dans le processus de pollinisation. Nous faisons face à des menaces au chapitre de la santé, c'est pourquoi nous élaborons des plans de biosécurité relative à l'élevage des abeilles et essayons de mettre en place des pratiques exemplaires de gestion pour les apiculteurs. Les menaces sont toujours présentes. Certains d'entre vous ont peut-être entendu parler du syndrome d'effondrement des colonies, qui a touché les États-Unis et d'autres pays. Le Canada n'a pas été aussi durement touché parce qu'il a pris certaines mesures pour y remédier. Nous devons continuer de travailler fort car la menace est toujours là. Si on n'a pas des colonies d'abeilles en santé, ce sont les industries du bleuet, du canola et d'autres qui s'en trouveront compromises.

Le sénateur Robichaud : Êtes-vous satisfait des efforts de recherche qui ont été faits à cet égard?

M. Scarlett : Chose certaine, des recherches sont en cours. On ne peut pas blâmer la recherche qui se fait ici au Canada par rapport à ce que nous vivons. Nous éprouvons entre autres des difficultés avec l'ACIA. Au cours des cinq dernières années, nous avons dû miser davantage sur les abeilles importées pour effectuer notre travail. Il est donc important que nous importions des abeilles de bonne qualité et en santé. Toutefois, l'ACIA n'est pas en mesure de gérer cet aspect. Pour y arriver, elle doit absolument accroître ses ressources. Tous les secteurs de l'agriculture se heurtent à ce problème. Le comité devrait mettre l'accent sur ce besoin de ressources, qui est essentiel pour nos importations, nos exportations et nos échanges commerciaux.

Le sénateur Robichaud : Nous en prenons bonne note, monsieur Scarlett.

[Français]

Monsieur Poitras, mesdames Béland et Granger Godbout, vous parlez beaucoup des bienfaits de l'érable. Parlez- m'en un peu plus, car j'aimerais en manger un peu plus.

Mme Béland : Il existe plusieurs bonnes raisons de manger des produits de l'érable. Au départ, les premières recherches ont révélé que les produits de l'érable contenaient environ cinq minéraux et vitamines, dont le zinc, la riboflavine, le calcium, le potassium et le manganèse, en quantités très intéressantes. On parle de quantités qui représentent parfois 100 p. 100 de la valeur quotidienne recommandée pour certaines vitamines et minéraux.

Ces données nous ont mis la puce à l'oreille et on est allé plus loin. On a ensuite découvert, au fil des ans, une quantité importante de polyphénols. À ce jour, on a trouvé 55 polyphénols, dont cinq sont propres à l'érable et n'ont jamais été identifiés dans la nature avant ces recherches. Selon les recherches actuelles, ces polyphénols semblent avoir des propriétés très intéressantes anti-cancéreuses, antidiabétiques et anti-inflammatoires. On ne parle pas de prendre trois gallons de sirop d'érable pour bénéficier de ces propriétés. Toutefois, dans le choix d'un agent sucrant, il peut être préférable de choisir les produits de l'érable pour la cuisine ou l'achat d'un aliment transformé sucré.

Des recherches récentes en nutrigénomique ont révélé que les produits de l'érable chez les animaux favoriseraient la santé du foie. Le foie est un organe méconnu, mais il est à l'origine de plusieurs maladies. Certains diabètes débutent avec le foie.

Cette année, nous gérons, à la fédération, 17 projets de recherche. Depuis 2007, nous en avons fait une quarantaine. Je ferai donc abstraction de l'ensemble de nos découvertes.

En gros, les résultats nous mènent à conclure que les produits de l'érable peuvent, sous leur forme extraite, avoir des implications précises, entre autres, pour le diabète. Différentes molécules ont été identifiées, dont l'ABA. Différents mécanismes ont été relevés.

C'est une voie très prometteuse. Naturellement, il y a des relations publiques qui se font, comme ce fut le cas pour le bleuet et le canola. Cela nous a permis de générer des couvertures de presse mondiales. La dernière en titre, la plus grande qui a été faite, date d'avril de cette année. On a eu une couverture mondiale d'un demi-milliard d'impressions dans le monde juste avec les nouvelles qu'on a générées. Alors les recherches faites permettent à la fois d'accroître les ventes de sirop à très court terme et aussi d'identifier des pistes d'application à très haute valeur ajoutée, entre autres, dans le secteur des produits de santé naturels par les extraits.

Finalement, l'extrait d'érable est une poudre sans sucre et sans eau, si je peux résumer très rapidement. C'est ce qu'on a trouvé.

Le sénateur Robichaud : J'ai une dernière question. Y a-t-il suffisamment d'efforts qui sont faits pour informer le corps médical, les pharmaciens et autres, des bénéfices que l'on pourrait retirer du produit, un supplément assez complet qui ferait en sorte qu'on n'aurait pas à se retrouver avec un paquet de pilules dans les mains?

Mme Béland : Pour l'érable, des recherches additionnelles doivent être faites afin de confirmer chez les animaux et éventuellement les humains ces bénéfices même avec des extraits d'érable. On est vraiment sur une très bonne lancée.

On a protégé ces applications par brevet pour le bénéfice de la compétitivité de l'industrie canadienne de l'érable, et pour maintenir cet avantage, il faut continuer à investir pour mieux comprendre et, avant d'arriver chez un médecin et un pharmacien, avoir des preuves supplémentaires, preuves pour lesquelles nous travaillons très fort pour obtenir leur réalisation au plan financier ou autre.

M. Poitras : La recherche sur le sirop d'érable se fait de trois façons. Il y a le Conseil nord-américain, l'Institut international et la Table canadienne de concertation.

Quand on parle du Conseil nord-américain, on parle de la recherche qui se fait sur le terrain, sur l'arbre, ses bourgeons, l'équipement et autres. Lorsqu'on parle de l'Institut international, dont je suis le vice-président, il s'agit de recherches très spécifiques faites sur un sujet, par exemple, les nouveaux grades que nous avons établis et qu'on vient de remettre au gouvernement. Sa vocation est de protéger l'intégrité du sirop d'érable. S'il y a des falsificateurs, l'institut peut faire quelque chose, d'ailleurs, il y a quelqu'un en cour.

Lorsqu'on parle d'une recherche scientifique pour l'innovation, l'avenir de notre sirop, tant du point de vue de la santé que de son aspect commercial, c'est la Table de concertation canadienne qui fait la différence dans le monde. C'est là où la recherche se fait, que les demandes sont faites et où, avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, on peut faire le travail nécessaire pour cette recherche scientifique qui nous aidera pour la santé des gens.

Cela n'existe pas aux États-Unis, cela existe seulement au Canada. Et cela se fait à l'intérieur de la Table de concertation canadienne. Je crois qu'il est très important qu'on différencie cela lorsqu'on parle de recherche. Lorsqu'on parle de la table de concertation canadienne, c'est là où la recherche scientifique se fait. Il faut continuer à faire ce travail, parce qu'il y a énormément de choses qu'on peut faire avec la sève de l'érable, autre que du sirop d'érable.

Le sénateur Robichaud : Merci.

[Traduction]

Le sénateur Plett : Je vous remercie d'être des nôtres aujourd'hui. Tout comme mon collègue, le sénateur Robichaud, cette discussion m'a donné faim. Je ne sais pas ce que je préfèrerais en ce moment : des crêpes au sirop d'érable, des rôties avec du miel ou encore un petit verre d'alcool à base de sirop d'érable. Quoi qu'il en soit, dans peu de temps, nous pourrons tous nous mettre cela sous la dent.

Je suis originaire du Manitoba. Étant donné qu'on n'y produit pas beaucoup de sirop d'érable, je vais plutôt adresser mes questions à M. Scarlett. Il y a d'importantes colonies d'abeilles au Manitoba. En fait, il y en a beaucoup tout près de chez moi. Cependant, la seule expérience que j'ai eue avec les abeilles, c'est lorsqu'elles m'ont piqué, et sachez que ce n'est pas très agréable.

J'aimerais parler des grandes fluctuations que connaît la production de miel. Nos notes, préparées par la Bibliothèque du Parlement, ne correspondent pas exactement aux vôtres, mais je ne doute pas de l'exactitude de vos statistiques. En 2002, selon nos notes, la valeur de la production du miel se chiffrait à 160 millions de dollars. Cette valeur a diminué à 63 millions de dollars en 2005 pour atteindre 126 millions de dollars en 2009 et 100 millions de dollars en 2008. Les fluctuations sont énormes. Pourriez-vous nous donner quelques explications à ce sujet?

M. Scarlett : Absolument. Tout d'abord, il y a les pertes subies pendant l'hiver et la capacité de se relever. Si, par exemple, l'Alberta perdait 30 p. 100 de ses ruches, cela aurait une importante incidence sur la quantité de miel produit au pays. Il en est de même pour les provinces du Manitoba et de la Saskatchewan, qui possèdent un grand nombre d'entreprises apicoles. Si les pertes hivernales sont lourdes dans une région donnée, cela a de grandes répercussions partout au pays.

Nous avons également observé des variations dans les prix du miel. L'Argentine a maintenant une grosse production. Il y a également un faux miel, fabriqué en Chine, qui vient de faire son arrivée sur le marché. En fait, il y a un effort concerté aux États-Unis pour empêcher l'importation du faux miel chinois. Ce sont donc des facteurs qui influent sur le prix et la quantité du miel.

Le sénateur Plett : Avons-nous suffisamment d'abeilles pour approvisionner le Japon et la Chine en miel? J'apprécie énormément vos efforts, mais avons-nous réellement la capacité d'accroître notre production?

Vous avez indiqué plus tôt que vous seriez heureux de nous en dire davantage au sujet des problèmes avec l'Union européenne. Quand prendra-t-on une décision? Quelle sera l'incidence sur nos échanges commerciaux avec les États- Unis de l'ordre de 42 millions de dollars? Sommes-nous en mesure de composer avec la situation?

M. Scarlett : L'industrie peut prendre de l'expansion. Elle pourrait facilement doubler. Il suffit d'avoir accès à des abeilles en santé élevées au pays ou à l'étranger, et ce, en temps opportun.

La situation au Québec et en Ontario est différente de celle des Prairies et de d'Okanagan. Dans l'Est, le printemps et les récoltes ne surviennent pas en même temps. Nous avons besoin des abeilles au bon moment pour polliniser les cultures et ensuite produire le miel. Il y a un petit décalage. Au Canada, les apiculteurs sont également confrontés à un manque d'abeilles, de reines et d'ouvrières. La reproduction des abeilles est plus difficile en raison du climat hivernal. C'est problématique, mais nous avons l'espace, les terres et les plantes nécessaires pour accueillir toutes les abeilles que nous voulons.

Le sénateur Plett : C'est donc un gros « si ». Si nous devons conclure des accords avec des pays comme le Japon et la Chine, nous devons être capables de leur fournir des garanties. Il faut que nous puissions livrer la marchandise en temps opportun.

M. Scarlett : Les cinq dernières années ont été très éprouvantes pour le secteur de l'apiculture au Canada en raison des pertes subies durant l'hiver. Les apiculteurs ont eu beaucoup de difficultés à refaire ces stocks à l'interne ou par des importations. L'ACIA a évidemment facilité l'importation d'abeilles, mais si nous continuons de subir ces pertes durant l'hiver et que nous n'arrivons pas à régler certains problèmes de santé dont j'ai parlé, la situation pourrait devenir problématique. Il faudrait peut-être élargir nos horizons. Nous avons récemment conclu des ententes avec le Chili pour l'importation d'abeilles. Le problème, c'est qu'il faut importer les abeilles durant la saison où nous en avons besoin. Il faut trouver quelqu'un qui peut en exporter au moment où nous devons en importer, et peu de pays répondent à ce critère.

Le sénateur Plett : Concernant les problèmes avec l'Union européenne, attendez-vous une décision bientôt? Vous n'avez pas besoin de donner d'explication.

M. Scarlett : L'Union européenne ne prend pas de décision rapidement.

Le sénateur Plett : Très bien. J'ai une dernière question, si vous me le permettez. Lorsque mes fils étaient jeunes, mon épouse leur donnait régulièrement du miel, même avant l'âge d'un an. Est-ce que Santé Canada a changé d'avis à ce sujet ou le ministère maintient-il toujours qu'il ne faut pas donner de miel aux enfants de moins d'un an?

M. Scarlett : C'est une question de santé liée au botulisme du miel. Si vous donnez du miel à des enfants de moins d'un an, ils pourraient contracter le botulisme.

Le sénateur Plett : Quel type d'alcool produit-on à partir du sirop d'érable? Est-ce bon pour mon foie également?

Mme Béland : En fait, il existe un certain nombre de producteurs d'alcools d'érable. J'en connais quelques-uns au Québec. Je crois qu'il y en a aussi dans d'autres provinces. On trouve une sorte de vin mousseux, quelques apéritifs et un genre de Baileys à l'érable, qui attire beaucoup d'attention ici au Québec et partout dans le monde.

Le sénateur Plett : J'ai hâte d'y goûter.

M. Poitras : Il s'agit de prendre un verre de scotch ou un rye et d'y ajouter une cuillerée de sirop d'érable; c'est ce que vous obtenez.

Le sénateur Mahovlich : J'aimerais aborder le problème des abeilles. Combien de types d'abeilles avons-nous au Canada? Est-ce que ce sont des abeilles de grande qualité?

M. Scarlett : Naturellement?

Le sénateur Mahovlich : Oui, naturellement.

M. Scarlett : Je ne peux pas vous dire le nombre exact, mais il y en a plus d'une centaine.

Le sénateur Mahovlich : Une centaine d'espèces d'abeilles différentes.

M. Scarlett : Des centaines, mais nous ne savons pas exactement.

Le sénateur Mahovlich : À Timmins, nous avons l'abeille du bleuet. C'est une bonne espèce, mais nous ne savons pas.

M. Scarlett : Je ne connais pas le nombre total d'espèces d'abeilles. Nous nous occupons d'une abeille mellifère européenne. C'est ce qu'utilise l'industrie de l'apiculture. Il ne s'agit pas d'une abeille indigène; elle est importée.

Le sénateur Mahovlich : Nous importons cette abeille mellifère.

M. Scarlett : Oui.

Le sénateur Mahovlich : L'abeille du Chili est-elle une abeille de qualité?

M. Scarlett : Oui.

Le sénateur Mahovlich : Qu'en est-il de l'abeille africaine?

M. Scarlett : Nous travaillons avec l'ACIA sur le plan de la biosécurité. L'agence effectue des tests génétiques de toutes les abeilles importées de la Californie pour ce qui est des abeilles africanisées.

Le sénateur Mahovlich : Je suis allé dans des restaurants qui servent du sirop artificiel. Êtes-vous en concurrence avec ces fabricants, ou est-ce là un problème? Beaucoup de restaurants de qualité servent du sirop artificiel.

M. Poitras : La plupart le font. Le problème, c'est que beaucoup de restaurants ne veulent pas de sirop d'érable parce qu'il est trop cher. Habituellement, le sirop d'érable est reconnu pour être un produit haut de gamme, mais de plus en plus de restaurants, surtout au Québec, achètent et offrent du sirop d'érable. Il y a des restaurants au Nouveau- Brunswick qui commencent à augmenter un peu les prix pour pouvoir offrir du sirop d'érable. C'est une éducation à faire. De plus en plus de gens demandent le produit authentique.

Le sénateur Mahovlich : J'aimerais bien verser un peu de sirop dans mon café au lieu de mettre du sucre. Mon épouse n'est pas vraiment d'accord. Est-ce beaucoup plus coûteux?

Le sénateur Plett : Vous en avez les moyens, sénateur.

Le sénateur Mahovlich : À mon âge, je crois qu'il est temps.

[Français]

Mme Béland : Oui, effectivement, c'est un problème au Québec. Mais je dirais aussi que c'est un problème international. En plus, surtout chez les gens qui connaissent peu le sirop d'érable, ils croient consommer du vrai sirop d'érable. On a certains indicateurs — en fait on a réalisé des sondages aux États-Unis — qui nous ont permis d'arriver à la conclusion que 50 p. 100 des consommateurs américains, des gens qui consomment du sirop d'érable, croient consommer du sirop d'érable mais, en fait, ils ne consomment pas du sirop d'érable. Ils consomment du « sirop de poteau », comme on l'appelle au Québec et croient consommer de l'érable. Il y a toute une éducation majeure à faire.

Maintenant, au Québec, et peut-être ailleurs au Canada, le fait que certains restaurants affichent « sirop d'érable » et ne servent pas du sirop d'érable nous oblige à investir, même chez nous, pour créer cette éducation de goût. Donc, c'est effectivement un problème.

Mme Granger Godbout : J'aurais voulu simplement ajouter qu'un des défis qui se rajoutent à cette situation est qu'il n'existe pas vraiment de définition de sirop d'érable. J'entendais M. Scarlett parler tantôt de la définition du miel; on comprend que, et je donne un exemple, dans le Codex Alimentarius, il y a une définition du miel. Il y a une base sur laquelle on peut se battre et se défendre. Pour le sirop d'érable, il n'en existe pas.

[Traduction]

Le sénateur Mahovlich : Lorsqu'on entaillait les arbres, on accrochait un seau à un chalumeau. Est-ce encore la façon de faire? J'ai un chalet dans le Nord, où je vois de longues perches blanches suspendues aux arbres. Est-ce nouveau?

M. Poitras : Les seaux sont toujours utilisés, mais les longs trucs blancs sont nouveaux. Certaines personnes entaillent les arbres selon l'ancienne méthode, mais en utilisant de nouveaux chalumeaux en plastique et de types différents. Si vous avez 178 000 entailles, vous n'avez pas le temps d'utiliser des seaux, alors vous utilisez des tubulures. Un producteur qui a de 50 à 100 entailles peut utiliser des seaux. C'est l'ancienne façon de faire, et il n'y a rien de mal à cela.

[Français]

Le sénateur Robichaud : Vous ne pouvez pas empêcher les restaurateurs d'annoncer du sirop d'érable même si ce qu'ils servent n'est pas du sirop d'érable?

Mme Granger Godbout : En fait, il existe ce que l'on appelle une « poigne » : à ce moment-là cela devient de la publicité trompeuse. S'ils annoncent un produit et qu'ils offrent autre chose, il y a un problème et il existe dans les dispositions réglementaires un certain contrôle. Maintenant, s'ils choisissent d'offrir un sirop mélangé avec d'autres agents sucrant, c'est leur choix d'entreprise d'offrir un sirop qui est peut-être moins intéressant.

Le sénateur Eaton : Je voulais citer un exemple qui remonte à plusieurs années, mais peut-être que vous êtes trop jeune pour vous en rappeler.

[Traduction]

Vous n'êtes certainement pas trop jeunes, sénateurs, pour vous rappeler l'époque où la Californie voulait donner la désignation « champagne » à son vin blanc mousseux. Les producteurs de champagne français ont contesté cette initiative et, si je me souviens bien, ils ont eu gain de cause. Le vin mousseux de la Californie ne peut pas être désigné comme étant du champagne.

[Français]

J'arrive justement de la Normandie, en France, et lors d'un petit déjeuner, j'ai vu une petite bouteille de sirop d'érable sur la table. J'ai posé des questions pour savoir si c'était du vrai sirop d'érable et, contrairement à ce qu'on m'a dit, ce n'en était pas.

Pourquoi n'intentez-vous pas des poursuites judiciaires afin de règlementer la composition du vrai sirop d'érable, comme les producteurs de champagne l'ont fait il y a plusieurs années avec les gens de la Californie?

Mme Béland : C'est une très bonne intervention; c'est une chose sur laquelle la fédération doit effectivement se pencher. Pour l'industrie canadienne et les États-Unis, c'est excessivement préoccupant. Éventuellement, la Chine va peut-être se mettre à fabriquer du faux sirop avec de l'eau, du colorant et du sucre et vendre le produit sur les marchés internationaux.

Un des mandats de la fédération, de manière solidaire avec l'industrie, c'est de pouvoir enregistrer le sirop d'érable soit dans le Codex, soit à l'OMC, mais pour ce faire, il faut un certain soutien ou un certain engagement gouvernemental, entre autres, à respecter la dénomination.

Le sénateur Eaton : Un projet de loi comme celui qui est présentement devant le Sénat aux États-Unis vous aiderait- il ou pas? Ou serait-il une distraction?

Mme Granger Godbout : L'intention est tout à fait pertinente, maintenant la question, c'est de se demander quel contrôle ils vont exercer, quelle vérification ils devront faire. S'ils font une vérification tous les deux ans, cela n'a pas nécessairement le même impact. Je dirais que la façon de travailler qu'on privilégie, c'est davantage l'inspection de tous les barils et la classification. Je disais tout à l'heure qu'il y a une méthode de détection qui est vraiment sur le point d'être déployée.

Le sénateur Eaton : Oui, mais cela ne règle pas votre problème. Si vous exportez 80 p. 100 du sirop d'érable, il y a quand même des gens en Europe ou en Asie qui appellent les choses « maple sirup, maple flavor. »

Mme Granger Godbout : Vous avez tout à fait raison. Cela va régler le problème dans le marché intérieur; à l'extérieur, on a un tout autre problème qui pourra se régler notamment avec des ententes commerciales.

Le sénateur Eaton : Et si vous pouvez enregistrer votre marque comme l'ont fait les producteurs de champagne?

Mme Granger Godbout : Il y a énormément de travail pertinent à faire là-dessus. C'est peut-être une montagne, mais elle vaut la peine d'être gravie.

Le sénateur Eaton : Si on peut vous appuyer dans notre rapport, on le fera.

Mme Granger Godbout : Parfait.

[Traduction]

Monsieur Scarlett, j'étais en Europe la semaine dernière. Les journaux parlaient abondamment de ce que l'Union européenne voulait faire avec le miel. J'ai bien ri en prenant mon petit déjeuner lorsque j'ai lu qu'il faudra inscrire sur l'étiquette le mot « pollen ». Le miel est-il autre chose que du pollen? Les Européens ne sont-ils pas en train de demander l'assurance que le miel qui se trouve dans le bocal n'a pas été contaminé par des cultures avoisinantes qui seraient génétiquement modifiées? Par exemple, les abeilles mellifères ne pourraient se trouver près d'une culture de canola. Je pense tout particulièrement au Nord de l'Alberta.

M. Scarlett : La décision du tribunal concernait la présence de pollen génétiquement modifié dans le miel.

Le sénateur Eaton : Comment peut-on savoir cela?

M. Scarlett : Des tests sont effectués. Le tribunal a rendu sa décision après qu'un apiculteur allemand a analysé son propre miel. Il se trouvait en Bavière à côté d'un champ où l'on cultivait du maïs ou une autre culture génétiquement modifiée. En fait, à l'heure actuelle, ce n'est qu'en Allemagne qu'on effectue des tests pour le dépistage de produits génétiquement modifiés.

Le sénateur Eaton : Croyez-vous que cette mesure fermera la porte au miel canadien?

M. Scarlett : C'est déjà fait.

Le sénateur Eaton : L'Europe protège-t-elle ses apiculteurs de cette façon? Est-ce là un prétexte pour ériger un mur ou une barrière non tarifaire?

M. Scarlett : Ce n'est pas partout en Europe, puisqu'il y a des pays au sein de l'Union européenne qui produisent des cultures génétiquement modifiées. Nous sommes pris dans le ressac créé par l'Allemagne, qui est certainement le chef de file pour ce qui est d'empêcher les produits génétiquement modifiés d'entrer dans la chaîne alimentaire. Les pays d'Europe n'ont pas tous la même position, mais l'Allemagne est le pays qui mène la charge.

Le sénateur Eaton : Pouvez-vous faire quelque chose? Le secteur de l'acériculture craint-il qu'ils changent d'idée et disent : « Les arbres ne peuvent pas être contaminés par des OGM »? L'étiquetage ne vous préoccupe pas?

M. Poitras : Non. Je voulais terminer ce que vous disiez au sujet de la loi dont nous parlons et vous informer également que lorsque l'Institut international du sirop d'érable découvre qu'un sirop défectueux a été manipulé, ou qu'il en est informé, nous avons la capacité de le tester. Nous avons un laboratoire à Chicago, et c'est tout ce qu'il fait. Si nous découvrons que le produit n'est pas authentique, une poursuite peut être intentée. Nous travaillons présentement avec un centre de recherche canadien pour faire la même chose. Le problème, c'est que si vous exportez un baril de sirop d'érable, vous ne savez pas ce qu'ils vont en faire à l'autre bout.

Le sénateur Eaton : Pourquoi ne pouvez-vous pas faire la même chose que les producteurs de champagne français? Autrement dit, ce qui porte le nom de sirop d'érable doit être du sirop d'érable. Vous pourriez déterminer le contenu du sirop d'érable. Je sais qu'il existe différentes catégories, puisque j'ai déjà produit du sirop d'érable. Je sais qu'il y a différentes teneurs en sucre. N'y a-t-il pas moyen d'obtenir votre marque?

M. Poitras : Peut-être bien, mais il faut une loi pour cela. Nous n'en avons pas.

Le sénateur Eaton : Vous avez de la chance puisque vous êtes ici devant un comité du Sénat.

M. Poitras : C'est ce que je dis. La loi dont vous parlez serait très utile.

Le sénateur Eaton : Vous devriez envoyer un document au sénateur Mockler et nous pourrions tous discuter de la façon dont nous pourrions vous aider en proposant une loi.

Monsieur Scarlett, pouvons-nous faire quelque chose pour vous dans ce rapport?

M. Scarlett : Compte tenu du fait qu'il s'agit d'une décision judiciaire rendue dans l'Union européenne... Je crois que certaines négociations sont en cours en ce qui concerne le libre-échange avec l'Union européenne. Toutefois, j'ai comme l'impression que cette entente ne visera pas les aliments génétiquement modifiés.

Le sénateur Eaton : La possibilité que nous obtenions un siège au sein du partenariat transpacifique vous réjouit-elle davantage?

M. Scarlett : Oui. Les négociations avec l'Europe ont toujours été extrêmement difficiles, et elles avancent lentement. Chaque fois que nous pouvons faire accepter aux pays européens les pratiques agricoles plus progressistes du Canada et de l'Amérique du Nord, c'est bénéfique pour notre industrie.

Le sénateur Duffy : Monsieur Scarlett, nous parlons du commerce international du miel et des abeilles mellifères. Pourquoi y a-t-il un panneau à la frontière entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick disant que les abeilles du Nouveau-Brunswick ne sont pas autorisées en Nouvelle-Écosse? Avons-nous des barrières interprovinciales qui empêchent le commerce des produits du miel et des abeilles?

M. Scarlett : Oui. Chaque province a ses propres lois définissant le traitement des abeilles.

Le sénateur Duffy : Il y a, dans le comté de Cumberland, l'entreprise familiale Bragg qui possède une immense exploitation de bleuets, qui s'appelle Oxford Frozen Foods, je crois. On me dit que l'entreprise a beaucoup de difficultés à obtenir suffisamment d'abeilles pour polliniser ses cultures de bleuets, qui s'étendent sur des acres et des acres. Quelqu'un m'a dit que c'est à cause de cette loi. Pouvez-vous m'expliquer l'origine de cette loi?

J'aimerais ensuite vous poser des questions sur les abeilles mellifères de l'Île-du-Prince-Édouard. Je dois faire une publicité dans une minute.

M. Scarlett : Comme je l'ai mentionné, chaque province traite ses...

Le sénateur Duffy : Est-ce que cette mesure remonte à une époque révolue où il y avait différents problèmes sanitaires régionaux?

M. Scarlett : Oui, d'une certaine façon. Ce n'est pas bien différent de la façon dont le bétail était traité par les provinces il n'y a pas très longtemps. Il n'y avait pas beaucoup d'échanges interprovinciaux de bétail. Je suis certain que d'autres produits ont été traités de la même façon.

Vous devez vous rappeler que les abeilles sont considérées comme des animaux vivants et que nous sommes en agriculture, qui est de compétence conjointe. Vous avez raison de dire qu'il y a eu des précédents où des transferts n'étaient pas autorisés.

Le sénateur Duffy : Votre industrie serait-elle plus efficace si certaines barrières interprovinciales étaient éliminées et que nous avions une norme nationale, si le gouvernement n'intervenait pas?

M. Scarlett : Certains apiculteurs croient que oui, d'autres non. Cette question ne fait pas l'unanimité au sein de l'industrie.

Le sénateur Duffy : Je suis certain que vous êtes au courant des exploitations apicoles de l'Île-du-Prince-Édouard. À mes yeux, c'est la voie de l'avenir. Bien des gens croient que nous nous dirigeons vers un avenir bien sombre, compte tenu de la conjoncture économique actuelle. Or, une petite entreprise de l'Île-du-Prince-Édouard, Honibe, a remporté des prix internationaux. Est-ce un cas unique, ou croyez-vous que cet exploit peut se reproduire dans des régions rurales partout au pays?

M. Scarlett : Je crois certainement qu'il y a de nombreuses possibilités de succès, non seulement dans le secteur de l'apiculture, mais aussi dans d'autres industries agricoles.

Le sénateur Duffy : Le produit Honibe est utilisé dans des suppléments nutritionnels. Beaucoup de gens croient que tout ce qui a trait au miel n'est pas nécessairement bon pour la santé, et c'est la même chose pour le sirop d'érable. Toutefois, vous me dites que lorsqu'il est utilisé correctement et de manière avisée, c'est un bon produit.

M. Scarlett : Je ne voulais pas insister sur tous les bienfaits pour la santé que le sirop d'érable peut avoir, mais je crois que vous pourriez trouver une liste équivalente pour le miel.

Le sénateur Duffy : Monsieur Scarlett, nous parlons de l'Europe et de tous les problèmes financiers que l'Europe connaît. Peut-on penser que la situation financière internationale amènera certains pays à baisser leurs barrières, ou est-ce que ce sera en fait plus difficile, en ce sens que les pays seront plus protectionnistes en raison des difficultés économiques mondiales?

M. Scarlett : Nous avons discuté de cette question. L'Allemagne est l'un des plus grands importateurs de miel du monde. Ses stocks vont s'épuiser, et elle devra trouver quelque chose ou changer les règles. On croit de plus en plus que l'Union européenne devra par conséquent revoir sa position sur les aliments génétiquement modifiés. Encore une fois, ce virage ne se fera peut-être pas du jour au lendemain, mais avec les tensions économiques internes et les pénuries, cette situation créera un environnement qui pourrait être bénéfique.

[Français]

Mme Granger Godbout : Si je peux me permettre, comme le sénateur Eaton l'a suggéré, puisqu'on est devant un comité de sénateurs, on parlait de la falsification du sirop d'érable tout à l'heure. Je me permets d'exprimer une préoccupation. Une modification réglementaire a été apportée tout récemment dans la Gazette du Canada du 12 octobre, si je ne me trompe pas, au règlement sur les produits de l'érable, c'est-à-dire que la définition de falsification ou de produits falsifiés a été complètement retirée du règlement. Je vous dirais que spontanément, on ne s'expliquait pas pourquoi cette définition a été retirée. On nous a expliqué que c'était dans un simple souci d'allègement réglementaire et que cette définition a été retirée dans d'autres règlements équivalents. Je vous signale simplement que le signal que cela lance à l'industrie peut être perçu d'une drôle de façon.

De notre point de vue, quand on a vu que la définition de falsification avait été retirée, ce qu'on a interprété, à tort peut-être, le signal qu'on a reçu, c'est que ce n'était plus visé par la réglementation, qu'il n'y avait plus de règle qui s'appliquait. Cela a été un moment préoccupant. Je vous le soumets, parce que de notre point de vue, cela nous a vraiment préoccupés.

Mme Béland : Pour ajouter au sujet de la dénomination des produits de l'érable, le sirop d'érable 100 p. 100 étant du vrai sirop, dans les autres pays, c'est une chose sur laquelle la Fédération se penche à peu près depuis deux ans. Si on peut exprimer une de nos préoccupations par rapport à cela, c'est naturellement quand on prend le gouvernement canadien dans son ensemble, surtout par rapport à l'Union européenne. Certaines dénominations ici ne sont pas nécessairement respectées. Ce sont, on le sait, des irritants pour l'Union européenne, que ce soit le prosciutto ou certains aliments qui ont une AOC et avec qui ici, on prend une certaine liberté. Devant cet état de fait, c'est certain qu'on a initié ce travail de longue haleine, qui demande une démarche très constructive dans le temps. En même temps, sincèrement, dans l'éventualité où cette règlementation existante soit appliquée, quel sera le levier réel qu'on aura compte tenu qu'au Canada, on ne respecte pas l'AOC de certains produits européens. C'est simplement une préoccupation que nous avons.

Le sénateur Eaton : Je crois que cela ne devrait pas vous arrêter. Aussi, cela nous aiderait beaucoup si vous pouviez nous suggérer en quelques pages ce qu'on pourrait mettre dans notre rapport au sujet de la vérification ou d'enregistrer une marque disant « sirop d'érable fait au Canada ».

Le président : Sénateur Robichaud, une question supplémentaire?

Le sénateur Robichaud : Oui. Lorsqu'on a enlevé la définition de falsification du règlement, cela a été fait sans consultation avec les producteurs? Est-ce que vous aimeriez que cette définition revienne dans le règlement? Cela pourrait faire l'objet d'une de nos recommandations, si c'était désiré.

Mme Granger Godbout : En fait, si cette définition doit revenir dans sa forme originale, à ce moment-ci, j'ai de la difficulté à répondre, mais tout à fait. Que dans le règlement sur les produits de l'érable, il y ait des dispositions qui permettent de contrôler, d'interdire, de réagir aussi, de dissuader la falsification du sirop d'érable, ce serait tout à fait un endroit approprié.

Le sénateur Robichaud : J'écoutais un épisode de l'émission La semaine verte qui avait déjà été diffusée à Radio- Canada, où on parlait des érablières. À un moment donné, on parlait du dépérissement des érables. Est-ce que c'est encore un problème? Est-ce que c'est réglé? Est-ce qu'on est suffisamment au courant pour contrôler? Peut-être que parce que les pluies acides ont été réduites que ce n'est plus un problème?

M. Poitras : Au Nouveau-Brunswick, nous avons étudié la situation par l'entremise du Service canadien des forêts ou du ministère des Ressources naturelles. On nous faisait toute cette histoire que le changement climatique allait détruire nos érables, et cetera. On a même un jeune scientiste qui, dans ses documents de graduation, s'est plu à nous faire des peurs.

Ce qu'on a reçu comme information de ces deux paliers, c'est que pour l'instant, ils ne voient aucun problème et que les problèmes du passé n'existent plus. Ils nous rassurent qu'ils veulent continuer à faire de l'observation régulièrement pour s'assurer que rien ne se produise. Dans le moment, on est en sécurité.

Mme Granger Godbout : Pour renchérir, effectivement, c'est un problème dont on entend beaucoup moins parler. Les écosystèmes des érablières ont une capacité extraordinaire d'adaptation. Il y a quand même énormément de travail et de projets de recherche qui se font sur la dynamique de l'écosystème, ce qui fait qu'on voit apparaître beaucoup plus de connaissance sur l'aménagement des érablières, le chaulage des érablières, l'importance de faire un diagnostic de l'écosystème dans son ensemble. C'est une science qui est en développement.

Pour ce qui est du dépérissement comme tel, sans être un problème qui est écarté complètement, cela fait partie de la dynamique de gérer un écosystème.

Le sénateur Robichaud : J'ai des érables dans ma cour qui sont tous tachés d'un champignon noir. Est-ce que cela affecte aussi les érables à sucre? Parce qu'il y a certains érables sur lesquels on ne voit pas de tâches alors que sur d'autres, c'est rendu un fléau, les feuilles se froissent et s'assèchent. Est-ce qu'il y a des recherches à ce sujet? Cela pourrait-il devenir un problème majeur?

M. Poitras : Il y a une réponse sérieuse et une réponse comique. Que je sache, puis c'est encore pareil, chez nous, nous n'avons pas un centre de recherche qui est disponible comme à Saint-Hyacinthe, mais c'est un centre de recherche canadien, et qui est très bon d'ailleurs. Lorsque la question a été posée chez nous, les jeunes qui travaillent pour moi me disent que certains érables auront ce problème, mais que nos érables au Nouveau-Brunswick, dans notre cas, n'ont pas de maladies. Je ne sais pas quelle sorte d'érable vous avez. Je peux toujours vous envoyer un jeune pour regarder votre érable pour voir si votre arbre est malade ou pas, mais de temps à autre, un érable peut être malade, c'est certain.

Le sénateur Robichaud : Ce sont tous les érables du coin. J'en vois ici sur la colline qui sont tachés de la même façon.

Mme Granger Godbout : Je ne suis pas ingénieur forestier, mais moi aussi j'ai des érables qui ont des taches sur leurs feuilles. Je suis allée voir mon président, qui est producteur acéricole, avec une feuille. Je lui ai demandé quel était le problème. Il m'a répondu que cela dépendait des types d'érable et que souvent les érables utilisés en aménagement paysagé n'étaient pas du même type et étaient peut-être plus sensibles.

C'est comme les individus de la ville qui sont plus sensibles. C'était la note moins sérieuse.

Le sénateur Robichaud : Une chance qu'ils ont laissé la ville pour venir à la campagne.

[Traduction]

Le sénateur Eaton : Monsieur Scarlett, lorsque nous avons produit notre dernier rapport sur le secteur forestier, nous avons appris que l'industrie de l'acier et du béton allait dans les écoles d'architecture et de génie pour leur montrer de nouvelles façons d'utiliser ses produits, une chose que l'industrie forestière ne faisait pas.

Vous parlez de l'avenir et vous dites qu'il est difficile d'attirer des travailleurs dans le secteur. Allez-vous dans les collèges d'agriculture ou les écoles de métiers? Ce qui semble être une vie de dur labeur représente aussi un très bon mode de vie si vous voulez vous installer sur une terre. Faites-vous ce genre de chose pour promouvoir votre secteur?

M. Scarlett : Évidemment, un certain travail est fait à l'Université de Guelph, qui comporte une excellente section d'apiculture, ainsi qu'à Laval et à l'Université du Manitoba. Comme je l'ai mentionné, le collège régional de Grande Prairie a remis un programme sur pied. Un certain travail est réalisé. Toutefois, on n'en fait pas autant pour la formation des travailleurs. Ce que nous cherchons, ce sont des travailleurs.

Le sénateur Eaton : Une question rapide pour vous tous : Faites-vous la promotion de vos produits? Je sais que c'est toujours une question d'argent, mais comme les Canadiens se préoccupent du diabète et de l'embonpoint, allez-vous dans les supermarchés et les foires commerciales pour dire aux gens combien votre produit est bon? Voit-on à la télévision des messages publicitaires disant combien le miel ou le sirop d'érable est bon pour la santé des enfants si on l'ajoute au gruau chaque matin? Ce genre de promotion est-il fait dans les écoles? Allez-vous dans les écoles pour dire aux enfants qu'il vaut mieux consommer du sirop d'érable et du miel que du sucre? Les Canadiens n'excellent pas en marketing.

M. Scarlett : Nous avons des trousses éducatives sur notre site Web à l'intention des enseignants. Par ailleurs, la publicité à la télévision est trop coûteuse pour le secteur.

M. Poitras : Au Nouveau-Brunswick, nous le faisons. J'ai laissé une copie de chaque document à votre intention. Nous avons mené une campagne à la télévision au cours des deux dernières années. Tant que nous aurons l'argent, nous continuerons.

Nous avons présentement parmi les livres — et c'est nouveau, ce sera probablement publié en janvier — un livre d'histoire à l'intention des enfants d'âge préscolaire, parce que nous avons un sondage qui montre clairement qu'il sera ramené à la maison. Les autres sont jetés, mais celui-ci reviendra à la maison. Il est en cours de rédaction et sera publié en janvier. C'est le dernier projet auquel nous avons travaillé.

Pour ce qui est des livres de recettes, nous en avons un en France. Vous avez ici celui du Nouveau-Brunswick.

Le sénateur Eaton : Sont-ils distribués gratuitement dans les supermarchés?

M. Poitras : Ceux-ci sont vendus. Les autres sont distribués gratuitement, et le livre pour enfants sera vendu.

Le sénateur Eaton : Faites-vous ce genre de chose, monsieur Scarlett?

M. Scarlett : Un peu, mais probablement pas autant.

M. Poitras : Nous faisons cela, mais nous n'avons rien fait si on compare avec le Québec.

[Français]

Le sénateur Eaton : Et vous faites la même chose, mesdames?

Mme Béland : C'était vraiment l'objet de l'innovation ici, donc nous avons vraiment focalisé nos efforts d'information sur l'innovation. En fait, pour nous, l'innovation et la promotion sont intimement liées.

Le sénateur Eaton : C'est pour cela que je vous pose la question.

Mme Béland : Nous avons tout un programme. On est très chanceux, que ce soit ici ou ailleurs dans le monde : les produits de l'érable profitent de la sympathie de la presse. Comme on n'a pas nécessairement beaucoup de sous, on utilise cette sympathie à notre avantage. Par exemple, comme je le disais tantôt, on a des projets de recherche, et dès lors qu'on est capable d'identifier les éléments qui peuvent se retrouver dans un communiqué de presse, on l'envoie. C'est une stratégie qu'on utilise depuis environ cinq ans.

C'est la raison pour laquelle d'ailleurs il est très important d'avoir un réseau international, des chercheurs ici qui sont très solides et des chercheurs à l'international. Que ce soit aux États-Unis ou au Japon, nos principaux marchés, la presse va diffuser l'information des chercheurs qui viennent de chez eux. C'est pour cela qu'on a créé un système d'innovation qui regroupe ces chercheurs sur les marchés sur lesquels on fait de la promotion générique. On envoie des étudiants de chez nous pour apprendre chez eux. C'est une parenthèse.

C'est une vaste opération qu'on fait, et comme je le disais tantôt, la dernière nouvelle en titre, au mois d'avril, a été vue par 500 millions de personnes dans le monde. C'est une belle manière pour nous.

Une autre méthode que nous utilisons essentiellement au Japon, grâce au programme Agrimarketing d'Agriculture Canada, et aussi au Québec où il s'agit des fonds propres de la fédération, on investit dans les campagnes de publicité chez les enfants, dans les normes réglementaires bien entendu. On diffuse environ un million de copies au Québec, trois ou quatre fois par année, des livrets de recettes, parce que, même chez nous, au Québec, les gens, c'est les crêpes; de moins en moins, mais c'est beaucoup les crêpes.

Donc, on investit dans des séminaires pour les chefs, on a la Route de l'érable.

Il nous faudrait une autre rencontre.

Le président : Honorables sénateurs, je n'ai aucun doute qu'on aurait d'autres questions.

[Traduction]

Je demande aux témoins, qui suivront notre étude sur l'agriculture, de ne pas hésiter à nous faire part de leurs commentaires ou de leurs recommandations, comme certains sénateurs l'ont mentionné.

Pour conclure, disons aux gens qui nous écoutent sur le Web que le Canada compte plus de 7 000 apiculteurs et qu'il est le plus important producteur de sirop du monde.

[Français]

Le président : Le Québec est sans doute le leader et on vous en félicite.

Monsieur Poitras, au Nouveau-Brunswick, vous avez le plus gros producteur de sirop d'érable, en plus d'avoir le plus gros producteur de sirop d'érable biologique, si le rapport que vous venez de nous présenter est exact, comme vous l'avez dit.

[Traduction]

Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.

(La séance est levée.)