Délibérations du Comité sénatorial permanent de
l'Énergie, de l'environnement et des ressources naturelles

Fascicule 9 - Témoignages (séance du matin)


VANCOUVER, le mardi 29 novembre 2011

Le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles se réunit aujourd'hui, à 8 h 5, pour étudier l'état actuel et futur du secteur de l'énergie du Canada (y compris les énergies de remplacement).

Le sénateur W. David Angus (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Bonjour tout le monde. Bienvenue à cette séance de Vancouver du Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles. Nous poursuivons notre étude nationale du secteur de l'énergie, qui est destinée à essayer d'élaborer une politique-cadre pour doter le Canada d'un système d'énergie durable, propre et verte, avec une convergence beaucoup plus efficiente des facteurs de l'intérieur et de l'extérieur de nos frontières qui exercent une pression exceptionnelle sur nos systèmes d'énergie actuels et mettent en danger notre prospérité nationale à long terme. De nombreux pays se mobilisent actuellement pour répondre à leur besoin d'approvisionnement énergétique sécuritaire tout en essayant de relever des défis environnementaux sans précédent résultant notamment du changement climatique et, bien sûr, de la croissance démographique. Notre planète vient juste de passer le cap des 7 milliards d'habitants et, si l'on en croit les projections, devrait atteindre les 9 milliards d'ici à 2050. Évidemment, la consommation d'énergie augmentera en parallèle. Comme le Canada est un gros producteur, consommateur et exportateur net d'énergie, nous avons tout intérêt à bien tirer parti des opportunités qui s'offriront à nous, tout en minimisant les risques. Nous avons aussi beaucoup à perdre si nous ne prenons pas de bonnes décisions. Il est donc urgent d'engager un débat national sur les questions d'énergie, ce que s'efforce de faire notre comité depuis près de trois ans en consultant les Canadiens de toutes les provinces. Nous arrivons à la fin de notre étude et espérons être en mesure de produire un rapport en juin 2012.

Cette semaine, nous tenons des consultations en Colombie-Britannique ainsi qu'en Alberta, à Edmonton et à Calgary. Permettez-moi de faire quelques annonces avant de souhaiter la bienvenue à notre invité, M. Graeme McLaren, du gouvernement de la Colombie-Britannique. Je crois comprendre que vous êtes le sous-ministre adjoint, Division du pétrole et du gaz, et nous avons eu le grand plaisir de passer un peu de temps avec vous hier soir, monsieur.

Je sais que vous rentrez tout juste d'un long voyage, et vous avez accepté de partager avec nous votre analyse des questions d'énergie, notamment de la situation du gaz naturel, qui semble être la préoccupation de tout le monde ces jours-ci. Nous avons hâte de vous entendre à ce sujet.

Vous avez été nommé sous-ministre adjoint, Division du pétrole et du gaz, au ministère provincial de l'Énergie, des Mines et des Ressources pétrolières, en juillet 2010. Cette division a pour fonction de stimuler l'investissement dans les ressources pétrolières et gazières classiques de la province, ainsi que dans le potentiel encore inexploité du gaz de schiste. Vous avez débuté votre carrière comme géologue prospecteur dans le secteur des mines et êtes entré au ministère de l'Énergie en 1985 comme géologue spécialisé dans l'utilisation des sols miniers. Vous avez été le chef de file du ministère sur ces questions pendant les années 1990, durant lesquelles vous avez eu l'occasion d'affiner vos compétences en consultation des parties prenantes et du public, ainsi qu'en recherche de consensus. En 2001, vous êtes entré au ministère de la Gestion des ressources durables comme chef de file des initiatives relatives aux mines, au pétrole et au gaz naturel, puis des questions de développement économique. En 2005, vous êtes retourné au ministère de l'Énergie et des Mines pendant un an comme directeur régional exécutif de la Division des mines et des minéraux.

Je crois comprendre que vous êtes né à Toronto, mais que vous habitez depuis de nombreuses années dans cette belle province qu'est la Colombie-Britannique. Vous avez une passion pour les voyages, ce qui vous permet évidemment de voir les choses importantes de la vie d'un point de vue très global. Vous détenez un baccalauréat en géologie de l'Université de Toronto, et une maîtrise en géologie économique de UBC. Entre 1999 et 2008, vous avez fait 11 voyages à Johannesburg, en Afrique du Sud. Vous êtes probablement très heureux de ne pas vous y trouver cette semaine avec la conférence sur l'environnement COP17, mais vous vous êtes rendu dans ce pays chaque année pour y donner un cours d'une semaine sur l'exploitation minière, la durabilité, la consultation du public et la négociation avec des parties prenantes diversifiées.

Graeme McLaren, sous-ministre adjoint, Division du pétrole et du gaz, ministère de l'Énergie et des Mines, gouvernement de la Colombie-Britannique : Monsieur le président, sénateurs et collaborateurs du Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles, c'est un plaisir pour moi de comparaître devant vous. Au nom du ministère de l'Énergie et des Mines de ma province, je suis heureux de pouvoir vous présenter un aperçu de la situation du gaz naturel en Colombie-Britannique. Permettez-moi de dire que c'est aussi un grand plaisir de voir ici le sénateur Neufeld, un très grand connaisseur du secteur du gaz naturel de la province. Je passe maintenant aux diapositives préparées à votre intention. Comme l'indique la deuxième, j'ai l'intention de vous donner un aperçu du secteur du gaz naturel dans la province en indiquant quels sont nos principaux bassins de gaz, et quelles sont les grandes tendances des marchés du gaz naturel en Colombie-Britannique et en Amérique du Nord. Je vais exposer aussi la vision et les priorités de la province en matière de projets d'exploitation du gaz naturel, et je parlerai aussi un peu de partenariats, de liens, et de la manière dont les gouvernements provincial et fédéral peuvent collaborer dans ce secteur. Je répondrai évidemment avec plaisir à vos questions pendant mon exposé ou après, pendant la période de discussion.

Je passe à la troisième diapositive. En guise d'introduction, je dirai simplement que la Colombie-Britannique est parfaitement consciente que le gaz naturel fait partie intégrante de l'avenir énergétique du Canada, et je vous indiquerai certaines des principales opportunités qui s'offrent actuellement à la province dans ce secteur. Après l'Alberta, la Colombie-Britannique est le deuxième producteur de gaz naturel au Canada, sa part de la production totale atteignant près de 20 p. 100. En 2010, la province en a produit environ 1,2 billion de pieds cubes, ou Tpi3.

Le président : Qui est le premier producteur au Canada?

M. McLaren : L'Alberta. Comme le montre le graphique, la production de gaz naturel a augmenté au cours des années pour faire de la Colombie-Britannique un acteur de plus en plus important des marchés d'énergie d'Amérique du Nord. Cette production actuelle de 1,2 Tpi3 constituera un point de référence pour les années à venir. Elle est largement supérieure aux besoins actuels de la province, ce qui fait que nous en exportons actuellement plus de 80 p. 100 dans les autres provinces canadiennes et aux États-Unis. De ce fait, nous sommes très bien reliés aux marchés nord- américains, et nous espérons le devenir aussi bien à l'avenir aux marchés asiatiques.

Une remarque importante : en Colombie-Britannique, la majeure partie du territoire appartient à la Couronne, ce qui veut dire que 90 p. 100 des droits de pétrole et de gaz naturel appartiennent à la province. L'industrie pétrolière et gazière est une source d'emploi importante. On estime qu'elle emploie actuellement 20 000 personnes, et le chiffre est encore plus élevé si l'on ajoute tous les emplois dérivés.

La quatrième diapositive montre que la quasi-totalité de l'activité concernant le gaz naturel se situe à l'extrémité nord-est de la province. Nous produisons du gaz naturel depuis près de 60 ans et, de 1952 à 2010, notre production cumulée totale a atteint 22,5 billions de pieds cubes. Il s'agissait essentiellement de gaz naturel classique. Les recettes provinciales sont un facteur essentiel, puisque le gaz naturel a fourni à la province des recettes de 1,35 milliard de dollars en 2009-2010. Ces recettes avaient atteint un pic de 2,6 milliards de dollars durant l'exercice 2005-2006. Le gaz naturel contribue de manière importante à l'économie provinciale.

Le président : S'agit-il de redevances et de ventes?

M. McLaren : Exactement. Il y a deux catégories de recettes provinciales. La première regroupe l'adjudication à prime des droits d'exploitation du pétrole et du gaz, et la deuxième, les redevances.

Le sénateur Neufeld : Permettez-moi de préciser qu'il ne s'agit pas de la vente du gaz lui-même.

Le président : Il s'agit de la vente des terres, et les producteurs ou amodiataires font la vente et paient des redevances là-dessus.

Le sénateur Neufeld : Oui.

M. McLaren : C'est une adjudication à prime quand nous vendons les droits, mais ces droits doivent être exercés pour pouvoir être conservés. S'ils ne le sont pas, ils retournent à la Couronne et nous pouvons les vendre à nouveau.

Le président : Donc, « adjudication à prime » est un terme de l'art, n'est-ce pas?

M. McLaren : C'est une expression qui désigne le fait que, si une entreprise est intéressée, elle estime la valeur future des ressources se trouvant dans le sous-sol et calcule combien elle est prête à verser comme prime pour acheter le terrain aujourd'hui. Nous procédons à des ventes mensuelles de terrains par appels d'offres sous enveloppes cachetées. C'est un processus très concurrentiel. L'entreprise doit calculer la prime qu'elle est prête à ajouter à son offre pour obtenir le terrain, et cette prime est versée directement dans les coffres de la province lors de chaque vente mensuelle.

Le président : Comme vous l'avez dit hier soir, c'est ce qui vous a mis la puce à l'oreille au sujet de Horn Valley; vous avez d'un seul coup commencé à recevoir des offres très élevées.

M. McLaren : Pour l'exercice budgétaire 2005-2006, les recettes totales de la province ont atteint 2,6 milliards de dollars. Il s'agissait essentiellement de ventes de terrains cette année-là.

Le sénateur Sibbeston : J'essaye de comprendre comment fonctionne le système. Quand une entreprise fait une offre, n'a-t-elle pas déjà commencé à faire des forages sur le terrain? Non? Donc, si elle ne gagne pas, elle n'a pas à déguerpir?

M. McLaren : Non. L'entreprise peut avoir entrepris certaines activités préliminaires pour évaluer la valeur du sous- sol, mais elle n'a pas le droit de commencer à forer avant d'avoir acheté le terrain. Elle envoie son offre dans une enveloppe cachetée, pour une date et une heure précises, puis une équipe de fonctionnaires ouvre toutes les enveloppes reçues. Si aucune des offres n'atteint ce que nous estimons être un montant raisonnable, nous ne sommes pas obligés de les accepter. Une fois que nous ouvrons les enveloppes et jugeons qu'il y a des offres raisonnables, nous déterminons le mieux-disant et lui accordons les droits. Il a alors une certaine période pour aller sur le terrain et commencer à faire des forages pour pouvoir conserver les droits.

Le sénateur Sibbeston : Une fois que l'entreprise a obtenu les droits, ceux-ci lui sont accordés pour un certain nombre d'années et pas seulement pour un mois, par exemple.

M. McLaren : Non. Comme l'entreprise devra faire un investissement important, nous lui accordons un certain nombre d'années pour pouvoir mobiliser ses ressources et son équipement afin de se mettre au travail.

Le sénateur Massicotte : Vous dites que l'entreprise n'est pas autorisée à faire des forages avant d'avoir gagné les droits, mais elle est certainement autorisée à faire des études sismiques ou géologiques pour pouvoir formuler son offre. Les soumissionnaires ont accès à une série d'études à l'avance, n'est-ce pas?

M. McLaren : Oui. Ils peuvent aller faire des relevés sismiques. Cela arrive parfois. Une entreprise peut être en train de faire des forages sur un terrain et constater que, selon elle, le bassin de pétrole et de gaz s'étend dans telle ou telle direction. Elle demandera alors que les terrains correspondants soient affichés à la vente, du fait de ses propres connaissances internes. Elle aura de ce fait un certain avantage dans l'appel d'offres.

Le sénateur Massicotte : Il n'y a pas de séries de données communes qui sont mises à la disposition de tout le monde? Chacun doit faire ses propres études pour évaluer le potentiel du sous-sol.

M. McLaren : Les données issues des forages restent confidentielles pendant un certain temps, puis elles deviennent publiques. Il y a donc une sorte de base de données publique. Les données géoscientifiques sont publiques, mais les entreprises font leurs propres études pour déterminer ce que les terrains peuvent valoir.

Le sénateur Neufeld : Dans le même ordre d'idées, ce n'est pas le gouvernement qui choisit les terrains qui sont offerts à la vente. Ce sont les entreprises qui demandent que tel ou tel terrain soit mis en vente. Certes, grâce aux études géologiques et autres, le ministère aura une bonne idée de ce que contient le sous-sol, mais c'est l'industrie qui dira qu'elle aimerait pouvoir acheter telle ou telle parcelle. Différentes entreprises peuvent demander des parcelles différentes.

Le sénateur Massicotte : Combien de temps faut-il pour leur donner une réponse, et combien de temps les nouveaux soumissionnaires ont-ils pour effectuer leurs études du terrain avant de faire une offre?

Le sénateur Neufeld : Vous devriez poser cette question à M. McLaren, mais je ne pense pas qu'elle soit pertinente. Si une entreprise demande au gouvernement de séparer certaines parcelles et que celui-ci estime qu'elles devraient l'être parce qu'il y a toute une série d'intérêts contraires, comme des terrains protégés ou des choses de ce genre signifiant que le gouvernement pourrait ne pas être en mesure de les mettre en vente, il les mettra simplement en vente.

Le sénateur Massicotte : Quel est le délai?

Le sénateur Neufeld : Je ne sais pas.

M. McLaren : C'est de l'ordre de plusieurs mois, mais je tiens aussi à souligner que, lorsqu'une entreprise demande qu'une parcelle soit mise en vente, nous menons aussi nos propres investigations, ce qui peut comprendre des discussions avec des Premières nations et l'émission d'un avis public afin de pouvoir dire, lorsque nous lançons un appel d'offres : « Voici les choses que vous devriez savoir au sujet de cette parcelle. » Il pourrait s'agir d'un terrain abritant une harde de caribous, ou d'un terrain englobant certains parcs, par exemple. Cela peut donc prendre plusieurs mois. Plusieurs mois peuvent s'écouler avant que la vente soit officiellement annoncée, afin de permettre aux autres entreprises d'effectuer leurs recherches, et aussi de tenir compte d'autres conditions ou situations particulières devant être prises en considération.

Le facteur déterminant est que cela constitue une source importante de recettes pour la province. Je reviens aux facteurs économiques en disant que le capital investi par l'industrie dans ce domaine en 2010 a atteint près de 7,1 milliards de dollars, ce qui est un gros facteur de stimulation de l'économie en général. Avec nos 60 années d'expérience, la Colombie-Britannique est aujourd'hui reconnue comme un chef de file national et mondial du point de vue de la réglementation des activités pétrolières et gazières. À l'heure actuelle, cette réglementation est assurée par la B.C. Oil and Gas Commission, qui est une sorte d'instance de réglementation à guichet unique chargée de superviser toutes les activités touchant le pétrole et le gaz naturel, ce qui comprend la prospection, la mise en valeur, la construction de pipelines et la remise en état des terrains.

La Colombie-Britannique a modernisé son dispositif réglementaire en octobre 2010 en adoptant la Oil and Gas Activities Act et les textes réglementaires correspondants. Ce que je veux dire, c'est que nous allons continuellement essayer d'améliorer notre dispositif de réglementation dans le but d'assurer continuellement une exploitation responsable du gaz naturel.

Je passe maintenant à la cinquième diapositive. Quelle est la situation du point de vue de la production de gaz? Nous constatons actuellement une transition progressive de l'exploitation des ressources gazières classiques vers l'exploitation de ressources non classiques, c'est-à-dire le gaz de schiste et le gaz de formations imperméables. On estime que le gaz de sources non classiques a pu représenter jusqu'à 40 p. 100 de la production de la province en 2009.

Le président : Pourriez-vous expliquer, pour ceux qui ne seraient pas au courant, ce que vous voulez dire par gaz de formations imperméables et gaz de schiste?

M. McLaren : Cela fait référence à la nature des réservoirs souterrains. Dans un réservoir conventionnel, la roche est poreuse, ce qui permet au gaz de circuler. Dans un réservoir de formation imperméable, la roche est moins poreuse et le gaz circule beaucoup moins facilement. Avec le gaz de schiste, la roche est encore moins poreuse parce qu'elle est beaucoup plus compacte.

On estime actuellement que les réserves totales de gaz en sous-sol dépassent 1 200 billions de pieds cubes. Il s'agit là de l'estimation du gaz présent dans le sous-sol du nord de la Colombie-Britannique, mais tout ne pourra pas être produit et commercialisé. À l'heure actuelle, selon des estimations prudentes, on pense pouvoir en exploiter plus de 100 billions de pieds cubes à terme. Si je rapporte ce chiffre à notre production actuelle de 1,2 billion de pieds cubes par an, cela représente plus de 100 années de production future. Certes, nous allons probablement accroître la production annuelle à l'avenir, ce qui veut dire qu'il n'y aura peut-être pas 100 années de production, mais il y en aura au moins plusieurs décennies. Voici ce qu'il faut retenir de tout cela : comme cette ressource n'a commencé à être exploitée qu'il y a à peu près cinq ans, grâce à la nouvelle technologie, les perspectives de croissance sont extraordinaires.

Le sénateur Neufeld : Vous avez dit environ 10 p. 100. Toutefois, selon mes discussions avec des représentants de l'industrie, je crois comprendre que 25 à 30 p. 100 sont tout à fait envisageables avec la technologie d'aujourd'hui. En outre, dans 10 ans, la technologie aura encore beaucoup changé. Vous parlez donc de 10 p. 100 alors que l'industrie parle de 25 à 30 p. 100. Pourquoi cette différence?

M. McLaren : J'ai dit que c'était une estimation très prudente. Ce n'est qu'une estimation. Vous avez absolument raison, cela pourrait être 15 p. 100, 25 p. 100 ou 30 p. 100. Nous n'exploitons le gaz de schiste que depuis cinq ans environ. Chaque fois qu'un nouveau puits est foré, l'industrie en apprend un peu plus sur la manière d'en extraire plus et d'accroître le taux de récupération. Vous avez parfaitement raison, sénateur Neufeld, de penser que nous verrons des taux de récupération plus élevés à l'avenir, bien plus élevés que celui que j'ai mentionné ici.

Le président : Pour que les choses soient bien claires, la proportion de cette production qui est destinée à la consommation locale est tout à fait minuscule, ce qui veut dire que c'est plus ou moins une vache à lait pour la province à long terme.

M. McLaren : C'est une manière de voir les choses, absolument. Ce sera certainement une source de recettes importante pour la province, comme je l'indiquerai dans quelques instants.

La sixième diapositive contient un peu d'information géographique. Quasiment toute l'activité en Colombie- Britannique est concentrée dans quatre principaux bassins de gaz naturel situés dans le coin nord-est de la province, comme vous le voyez sur cette carte : le bassin de Montney, en gris clair, le bassin de Horn River, en rose, le bassin de la Liard, en gris foncé, et l'enfoncement Cordova, en brun. Ce sont là les structures géologiques contenant des formations schisteuses produisant du gaz. Horn River, Cordova et Montney ont attiré de gros investissements ces dernières années, ce qui fait qu'on y trouve actuellement énormément d'activité d'évaluation et de production. Vous voyez sur cette diapositive un peu d'information sur chacun de ces bassins. Vous pouvez voir Horn River, où plus de 75 p. 100 des terrains ont déjà été concédés, ce qui fait que c'est un bassin très actif. Il est assez vaste. Et le GEP, c'est-à-dire le gaz en place, est actuellement estimé à 448 billions de pieds cubes. Évidemment, il y a une fourchette de probabilité à ce sujet, et je mentionne simplement que l'Office national de l'énergie et notre ministère ont collaboré à la publication en mai 2011 d'un rapport intitulé Potentiel ultime des ressources gazières non classiques du bassin de Horn River dans le nord-est de la Colombie-Britannique. C'était la première étude de ce genre au Canada parce que c'était la première fois qu'on avait suffisamment d'information sur un bassin pour en évaluer le potentiel gazier.

Le président : En avez-vous apporté un exemplaire pour nous?

M. McLaren : Je peux en laisser un, et je vous donnerai l'adresse du site Web.

Le président : C'est peut-être prématuré mais vous avez mentionné ces quatre bassins principaux. Comme vous le savez, nous avons eu le privilège hier soir de passer un peu de temps avec votre ministre, Rich Coleman, qui nous a dit que la mise en route de ces projets se heurte à un problème de chevauchement ou de duplication de l'activité réglementaire de la province — et vous avez dit que vous avez un dispositif de réglementation éclairé et très évolué —, car les fédéraux viennent ensuite y mettre leur nez et ralentissent tout. Il est peut-être trop tôt pour poser cette question.

M. McLaren : Un poil trop tôt. Je vais vous en parler, mais je dirais que les activités en aval, c'est-à-dire la prospection et la mise en valeur quand on fait des forages et qu'on aménage les pipelines de collecte, ne sont pas assujetties à une évaluation environnementale. C'est la commission du pétrole et du gaz qui s'en occupe. Ce sont des activités de moindre impact. Il n'y a donc pas de question de réglementation fédérale-provinciale à ce niveau. C'est plus au sujet des gros pipelines de transport et des usines de GNL qu'elle apparaît, et j'en parlerai dans un instant.

Vous avez un peu d'information sur la superficie de ces bassins. L'un des facteurs clés qui ressortent de ce rapport au sujet de la géologie de chaque bassin est qu'il n'y a pas qu'une seule couche de schiste dans chacun d'entre eux. Il y a des couches multiples, et elles sont assez épaisses, de l'ordre de 50 mètres, voire parfois de 200 à 300 mètres. Donc, si vous tenez compte de cette épaisseur et la rapportez à la superficie totale de ces bassins, vous voyez que le potentiel gazier est tout simplement énorme. Nous devenons vraiment un producteur mondial avec ça.

La septième diapositive est une carte des bassins schisteux d'Amérique du Nord, en orange. La mise en valeur du gaz de schiste explose littéralement en Amérique du Nord. Vous pouvez voir qu'une bonne partie de notre concurrence vient des États-Unis, et qu'il y a de gros bassins de gaz de schiste ici, dans le bassin de Marcellus. C'est la grande formation orange à droite de la carte, qui est centrée en Pennsylvanie, mais il y a aussi les bassins de Haynesville en Louisiane, de Fayetteville en Arkansas, de Barnett au Texas, et d'autres. Voyez les chiffres indiquant l'estimation du gaz en place. Si nous avons 1 200 Tpi3 dans le nord-est de la Colombie-Britannique, vous pouvez constater que nous sommes un acteur continental et même, dirais-je, mondial en gaz de schiste.

Passons maintenant à l'évolution des marchés et des prix, facteur crucial en Amérique du Nord. Cette explosion de l'extraction de gaz de schiste a provoqué une hausse importante des réserves et de l'offre de gaz en Amérique du Nord et, par conséquent, une transformation majeure du marché continental. Cette hausse de l'offre a eu un effet spectaculaire sur le prix. Le prix du gaz naturel du Henry Hub, la grande plaque tournante du commerce du gaz naturel aux États-Unis, est tombé de 13,50 $ par million de BTU en 2008 à 3 $ aujourd'hui. C'est une chute tout à fait dramatique en trois ans, résultant totalement de cette offre énorme. Cela a bien sûr une incidence profonde sur l'Ouest canadien, puisque les grands marchés du gaz naturel sont à l'est des États-Unis et que, comme le montre bien cette carte, les fournisseurs américains en sont beaucoup plus proches que nous en Colombie-Britannique.

Je passe à la huitième diapositive. Qu'est-ce que cela signifie pour la Colombie-Britannique? Comme je viens de le dire, nous sommes bien loin des grands marchés de l'est de l'Amérique du Nord, ce qui nous désavantage à cause de la distance et des frais de transport. Mettre ce gaz dans des pipelines pour l'acheminer à l'est de l'Amérique du Nord entraîne un coût qui élimine très, très rapidement la marge bénéficiaire avec un prix aussi bas. Quelle est donc la solution? Trouver de nouveaux marchés. Nous devons diversifier nos marchés, et la toute première solution est d'avoir accès à de nouveaux marchés pour exporter du gaz naturel liquéfié.

Le président : Vous voulez parler des marchés asiatiques?

M. McLaren : Les marchés asiatiques. Nous étudions aussi, pour diversifier le marché, la technologie de transformation du gaz en liquides, en carburant propre pour le transport. J'y reviendrai dans un instant. La principale raison à cet égard, comme le montre le graphique, est le prix d'importation du GNL. Sur le côté droit du graphique, les courbes rouge et verte représentent les prix asiatiques. La semaine dernière, le cours du GNL sur le marché Japon/ Corée s'approchait de 18 $ par million de BTU, mais la courbe mauve du bas représente le cours aux États-Unis, et par rapport à ces 18 $ en Asie, en Colombie-Britannique, où les prix sont normalement établis, on appelle ça station 2, c'est un carrefour du système de pipelines, le prix à la station 2 est actuellement de 3,25 $ environ. Autrement dit, ce que nous devons essayer de capter, c'est cette différence avec le prix asiatique. C'est absolument crucial si nous voulons diversifier nos marchés et commencer à vendre du gaz naturel liquéfié en Asie.

Le sénateur Massicotte : Selon les experts, cette différence va-t-elle se maintenir pendant les 10 ou 20 prochaines années?

M. McLaren : Vous entrez là dans le monde des prévisions économiques. On considère certainement que la demande va se maintenir en Asie et qu'elle ne va pas dépasser l'offre. La question est de savoir si le prix se maintiendra à 18 $. Quoi qu'il en soit, il restera certainement beaucoup plus élevé que celui de l'Amérique du Nord.

La neuvième diapositive montre que la mise en valeur du gaz de schiste offre un potentiel énorme pour l'avenir énergétique du Canada. J'ai déjà démontré que les réserves de gaz naturel de la Colombie-Britannique sont gigantesques et que la province est donc tout à fait bien placée pour produire et fournir du gaz pendant des décennies, si ce n'est pendant 100 ans. Nous en exportons déjà la majeure partie et nous avons suffisamment de gaz pour couvrir nos besoins intérieurs et pour approvisionner aussi l'Asie par l'exportation de gaz naturel liquéfié. Le tableau que vous voyez maintenant montre la demande projetée en Asie, ce qui est la courbe rouge, et l'offre projetée, et vous pouvez voir que la différence est considérable. Même notre usine actuelle de GNL à Kitimat est représentée ici en orange, et vous pouvez constater que, même si c'est un projet important pour nous, elle ne représente qu'une toute petite partie de cette demande asiatique. C'est crucial. Il y a là une occasion à saisir. Si nous pouvons accroître notre production, cela représentera pour la Colombie-Britannique plus d'emplois, plus de recettes provinciales, et plus d'investissement dans la province. Ce sera bon pour la Colombie-Britannique et bon pour le Canada.

Le président : Moins de taxes et plus d'immigration des pauvres provinces de l'Est.

M. McLaren : L'offre de main-d'œuvre est un élément critique dont je parlerai dans un instant. Pour revenir à ce que je disais, l'industrie commence à parler de projets qui dureront pendant des décennies. Les gens pourront aller s'établir dans ces collectivités. Les jeunes qui auront fait carrière dans cette industrie pourront prendre leur retraite dans ces collectivités. Voilà ce que cela commence à offrir sur le plan humain, c'est-à-dire que des jeunes peuvent commencer à aller s'établir dans des endroits comme Fort Nelson, Fort St. John, Dawson Creek, pour y travailler et y faire carrière, et qu'ils pourront y prendre leur retraite, grâce au gaz de schiste. C'est ça l'avenir.

La dixième diapositive présente certaines tendances du secteur. Ce graphique représente les puits forés en Colombie- Britannique. Vous voyez que le nombre de puits forés a baissé ces dernières années, en partie parce que chaque forage coûte plus cher à cause des nouvelles technologies de forage horizontal et de fracturation hydraulique, mais aussi parce que chacun produit plus de gaz, ce qui accroît notre production, comme je l'ai montré. Nous avons donc cette situation paradoxale d'une réduction du nombre de forages et d'une augmentation de la production. Il y a d'autres tendances à souligner. J'ai parlé des pressions compétitives en Amérique du Nord, qui engendrent des occasions à saisir sur les marchés asiatiques, avec le gaz naturel liquéfié. Je tiens aussi à dire clairement qu'il y a des tendances entourant les débats et les préoccupations sur le changement climatique et les émissions de GES, et qu'il y a des tendances en matière de réglementation, la Colombie-Britannique étant très clairement l'instance réglementaire, et que les investisseurs, notamment d'Asie, ont besoin de certitude réglementaire, et que la Colombie-Britannique peut certainement en tirer parti grâce à notre système.

La onzième diapositive, avec tout ce qui précède, commence à indiquer comment nous voyons l'avenir de la province. Je parle ici de la deuxième moitié de cette décennie. Nous voulons devenir une province extrêmement compétitive sur le plan de l'investissement. Nous avons besoin d'investissements pour obtenir la production qui nous permettra d'approvisionner ces nouveaux marchés. Et ce que nous prévoyons pour ces nouveaux marchés, pendant la deuxième moitié de la décennie, c'est que notre gaz naturel sera exporté sous forme de gaz naturel liquéfié pour répondre à une demande asiatique très ferme. Nous aimerions que le gaz naturel de la Colombie-Britannique devienne un carburant de transport. Nous espérons qu'il sera converti en diesel propre grâce aux technologies de conversion du gaz en liquides.

Si nous arrivons à faire ça, nous constaterons une hausse importante de la production de gaz naturel, ce qui entraînera une hausse importante des recettes provinciales et permettra au gouvernement de faire plus de bonnes choses avec ces recettes. Il y aura une augmentation de l'emploi et du développement des collectivités. Et je tiens à souligner aussi que, même si c'est en bas de la liste, ça ne veut pas dire que c'est un facteur accessoire : nous nous voyons comme un chef de file en gestion environnementale de l'exploitation du gaz naturel. Voilà notre vision de l'avenir pour la deuxième partie de cette décennie et pour les décennies suivantes.

Le sénateur Sibbeston : Y a-t-il des choses qui nous empêcheraient d'atteindre ces objectifs?

M. McLaren : Excellente question. Je peux peut-être vous répondre en passant aux diapositives suivantes. Si ça ne suffit pas, vous pourrez me poser la question à nouveau.

La douzième diapositive montre qu'un élément crucial pour la réalisation de cette vision est l'accès aux marchés asiatiques, et ce n'est qu'un exemple. Cela exigera des investissements très élevés dans des installations de GNL et dans l'infrastructure de pipelines. Je ne donne ici qu'un exemple concernant certains éléments clés de l'usine de GNL de Kitimat et du Pacific Trail Pipelines Project, parce que c'est le projet le plus avancé et que nous avons des informations à son sujet. Il exigera un investissement total de 5,5 milliards de dollars et l'on s'attend à ce qu'il entre en service en 2015. Je signale que les deux projets ont déjà été approuvés à la suite d'une évaluation environnementale provinciale et fédérale. Le processus a démarré il y a déjà plusieurs années et l'on en est actuellement à l'étape de l'octroi des permis. C'est le projet le plus avancé de la province. L'usine de GNL de Kitimat a obtenu un permis d'exportation de 20 ans après un examen exhaustif de l'Office national de l'énergie. On y a déjà consacré beaucoup de travail, de temps et d'argent, et il faudra encore beaucoup d'argent et de temps pour construire l'infrastructure qui permettra d'acheminer le gaz sur la côte pour l'exportation.

Il y a dans la région de Kitimat un deuxième projet, plus petit, appelé le Douglas Channel Energy Partnership, pour lequel on a aussi demandé un permis d'exportation à l'Office national de l'énergie. Si ce projet plus petit est approuvé, les premières expéditions de gaz naturel liquéfié de la Colombie-Britannique pourraient se faire en 2013-2014. J'ajoute que ces deux projets bénéficient d'un solide soutien des Premières nations locales et de partenariats avec elles. C'est un facteur de succès déterminant. D'autres projets sont en cours. On m'a téléphoné ce matin pour me dire qu'une autre grande entreprise ayant des actifs en Colombie-Britannique sortira aujourd'hui un communiqué de presse indiquant qu'elle a négocié un partenariat avec deux entreprises japonaises pour entreprendre l'étude de nouvelles possibilités d'exportation de gaz naturel liquéfié. Les choses avancent constamment. Beaucoup d'entreprises ayant des actifs en Colombie-Britannique se tournent vers l'Asie pour mettre sur pied des partenariats destinés à développer l'expertise technique et à exporter du GNL.

En ce qui concerne les autres éléments qui sont nécessaires, sénateur Sibbeston, je mentionnerai une réglementation efficiente de ces grands projets par la province et le gouvernement fédéral afin de réduire les délais d'octroi des permis et les processus d'approbation, de façon à donner de la certitude aux investisseurs tout en assurant la supervision voulue des activités. Le gouvernement fédéral peut agir sur les questions de voies d'eau côtières. Nous sommes sur la côte. C'est essentiellement une compétence fédérale. Il est important de veiller à ce que tout marche bien à cet égard, et aussi de prendre des mesures pour avoir la main-d'œuvre qu'exigeront tous ces projets. Nous aurons besoin d'un grand nombre d'employés hautement qualifiés pour construire ces pipelines et exploiter ces usines de GNL. Voilà donc quelques-uns des obstacles que nous devrons surmonter pour faire avancer ces choses.

Au sujet de la treizième diapositive, concernant les questions de main-d'œuvre, le gouvernement de la Colombie- Britannique a récemment annoncé une grande initiative intitulée « Le Canada commence ici : le plan d'emplois de la Colombie Britannique ». Vous pouvez voir cela sur le site web du gouvernement provincial. Ce plan identifie un certain nombre de secteurs offrant d'énormes possibilités de croissance, et le secteur du gaz naturel est clairement l'un de ceux qui auront le plus besoin de travailleurs à l'avenir. Cela exigera une bonne planification du marché du travail et aussi une bonne formation professionnelle des bonnes personnes aux bons endroits.

Je passe à la quatorzième diapositive. Pour atteindre les objectifs que je viens d'exposer, nous nous penchons actuellement sur un certain nombre de domaines prioritaires qui sont énumérés sur cette diapositive. Il s'agit notamment des emplois et de l'économie, ainsi que de la priorité aux familles. Vous pouvez voir qu'il y en a d'autres. Par souci de brièveté, je n'en mentionne que quelques-uns de manière plus détaillée.

La quinzième diapositive est consacrée au domaine des emplois et de l'économie, et nous mettons l'accent à ce sujet sur l'innovation et l'infrastructure. En ce qui concerne l'innovation, il s'agit des nouveaux marchés, du GNL, et de ce que nous pouvons faire pour appuyer la technologie de transformation du gaz en liquides et de transformation du gaz en carburant de transport.

En ce qui concerne l'infrastructure et l'accès à la côte, il s'agit de savoir comment établir le lien entre les installations en amont et les installations en aval. L'efficience réglementaire est cruciale à cet égard. Nous nous efforçons de rationaliser les procédures. Nous espérons pouvoir travailler avec vous pour rehausser l'efficience de la réglementation. Nous collaborons aussi avec l'Office national de l'énergie au sujet de ses propres procédures.

S'agissant de la seizième diapositive, j'insiste à nouveau sur le fait que la gestion de l'environnement et le changement climatique font partie de nos toutes premières préoccupations. Voici quelques-unes des questions en jeu. L'un des facteurs clés pour notre industrie est l'accès à l'eau pour la fracturation hydraulique, et l'identification de formations adéquates pour l'élimination des fluides de forage. On fait actuellement un travail considérable pour comprendre les sources d'approvisionnement en eau, potable et non potable, ainsi que les risques potentiels sur les nappes phréatiques. Lyn Anglin, de Geoscience BC, qui est présent dans cette salle, vous parlera tout à l'heure des études scientifiques en cours au sujet de l'eau. Nous déployons beaucoup d'efforts pour comprendre l'eau et pour assurer une bonne gestion de l'eau dans le contexte de cette industrie. Je précise en passant qu'il y a actuellement une innovation considérable pour réduire l'utilisation de l'eau, en recyclant l'eau de forage. Une autre innovation concerne l'exécution de forages de très grande profondeur pour extraire l'eau saline. L'eau extrêmement saline n'est pas potable et ne sert à rien d'autre. On creusera des puits très profonds, à très grand coût, pour faire remonter cette eau à la surface, la traiter, l'utiliser pour la fracturation et la renvoyer ensuite d'où elle vient. On fait beaucoup de choses sur ce front.

Troisièmement, je tiens à signaler une entente innovatrice vraiment intéressante. Une entreprise a passé une entente avec la municipalité de Dawson Creek pour financer la construction d'une usine de traitement des eaux, ce qui sera évidemment très utile pour la ville. L'eau grise issue du traitement sera fournie à l'entreprise qui pourra l'utiliser pour son processus de fracturation. Cela couvrira tous ses besoins en eau. L'industrie innove donc beaucoup pour essayer de réduire ses besoins en eau et pour réduire son impact sur l'eau.

Vous avez beaucoup entendu parler des fluides de fracturation. La Colombie-Britannique aura en janvier 2012 un registre en ligne obligatoire des contenus en fluides de fracturation, ce qui sera une première au Canada. Nous espérons que le reste du pays collaborera avec nous et nous emboîtera le pas. Nous adoptons un site Web des États-Unis appelé fracfocus. Il sera en état de marche en janvier. L'industrie est tout à fait d'accord avec nous à ce sujet et collabore au projet. Elle est très coopérative. À partir de janvier, toute entreprise qui effectuera un forage devra enregistrer sur ce site Web tous ses fluides de fracturation, et le site sera accessible au public. La transparence est extrêmement importante sur toutes ces questions.

Au-delà de l'eau, il y a aussi la question des habitats fauniques. Dans le nord-est de la Colombie-Britannique, en particulier, le caribou boréal est un sujet critique. Les espèces en péril sont importantes pour le gouvernement fédéral et pour la province. Nous faisons beaucoup de choses à ce sujet. Nous avons élaboré une stratégie sur le caribou boréal afin d'étudier attentivement son habitat de façon à voir comment nous pouvons autoriser les activités dont je parle. Nous avons des études sur l'habitat qui sont financées par l'industrie, ainsi que des études sur le rétablissement des habitats. Nous avons des procédures opérationnelles précises pour réduire l'impact sur le caribou et sur son habitat.

En ce qui concerne le changement climatique, nous faisons beaucoup de choses pour réduire les émissions. Nous travaillons avec notre secrétariat d'action sur le climat. Si nous parvenons à accroître notre production de gaz naturel, nous savons que cela augmentera les émissions. Toutefois, si nous parvenons à exporter ce gaz en Asie, et s'il remplace le charbon comme source d'énergie, nous pourrons réduire les émissions mondiales de 66 millions de tonnes par an, ce qui est beaucoup plus que l'augmentation des émissions résultant de l'accroissement de la production dans la province.

Le président : Comment avez-vous calculé ça? Est-ce parce que vous allez remplacer la consommation de combustibles fossiles sur ces marchés d'exportation?

M. McLaren : Si le gaz naturel de la Colombie-Britannique remplace le charbon comme source de production d'énergie, nous ferons économiser à la planète 66 millions de tonnes par an. C'est l'estimation actuelle à partir des estimations de production et de ce qu'on envisage d'exporter comme GNL en Asie. Nous avons là une occasion à saisir, mais nous devons adopter un point de vue global. Nous devons avoir une politique cohérente sur le changement climatique. Les investisseurs attendent ce genre de cohérence. C'est un autre domaine dans lequel nous pouvons collaborer.

Le président : Vous avez mentionné un secrétariat d'action sur le climat. Est-ce un secrétariat au sein de votre gouvernement?

M. McLaren : Il fait partie de notre ministère de l'Environnement et assume la responsabilité de nos politiques climatiques depuis plusieurs années. Nous collaborons étroitement avec lui. Nous avons créé un organisme appelé le Natural Gas Climate Action Working Group, dont je suis le coprésident avec l'un des vice-présidents de l'Association canadienne des producteurs pétroliers. Nous collaborons étroitement pour trouver des méthodes de réduction des émissions. Par exemple, amener l'électricité sur les champs gaziers afin qu'une usine de gaz, qui était auparavant propulsée par le gaz naturel, c'est-à-dire du gaz prélevé sur la production, ce qui produit des émissions, soit propulsée par l'électricité. Si l'on peut amener l'électricité sur place et faire fonctionner l'usine à l'électricité, il n'y a plus d'émissions. Ça se fait déjà.

On obtient aussi des gains d'efficience dans la production du gaz naturel. Si l'on utilise de la technologie moderne ou de l'équipement fonctionnant à l'électricité plutôt qu'au gaz, on réduit les émissions. Nous cherchons continuellement toutes ces petites choses qui peuvent réduire les émissions. Vous devez bien comprendre que nous allons accroître notre production, ce qui va accroître les émissions, et que notre souci est de nous attaquer sérieusement à ce problème. Une autre chose que nous examinons est la capture et la séquestration du carbone. Il y a au moins un grand projet près de Fort Nelson où l'on extrait le carbone du gaz naturel afin de le réinjecter en sous-sol dans un réservoir adéquat où il pourra être entreposé pour toujours. On étudie attentivement cette technologie. On fait des études à ce sujet. Nous déployons énormément d'efforts pour trouver le moyen de réduire nos émissions.

En résumé, j'aimerais vous présenter un bref aperçu des domaines dans lesquels je pense que les gouvernements fédéral et provincial pourraient collaborer. En ce qui concerne le développement du marché asiatique, il y a là une occasion énorme à saisir, comme je l'ai dit. L'une des choses cruciales est l'efficience réglementaire. Comme nous parlons ici de grands projets exigeant l'approbation des deux paliers de gouvernement, il est essentiel que la réglementation soit efficiente. Cela pourrait concerner une politique du gouvernement fédéral sur les voies d'eau côtières, ainsi que l'élaboration conjointe de stratégies de formation professionnelle pour faire en sorte que les Canadiens aient des emplois et, comme je l'ai dit, pour que les jeunes puissent faire carrière dans l'industrie et prendre leur retraite dans l'industrie. Il y a aussi les processus fédéraux d'examen réglementaire, l'Office national de l'énergie, l'Agence canadienne d'évaluation environnementale, ainsi qu'un élément que j'ai mentionné sur mon tableau, la Loi sur le développement commercial et industriel des Premières nations, la LDCIPN. Je l'ai mentionnée simplement parce que le projet de Kitimat se trouve sur une réserve indienne, c'est-à-dire sur des terres sous contrôle fédéral. C'est cette loi qui régit les projets réalisés sur ces terres. Nous collaborons avec le gouvernement fédéral afin que la B.C. Oil and Gas Commission puisse se charger de la réglementation sur ces terres. Il faudra effectuer certaines manœuvres délicates pour que cela soit possible en vertu de cette loi et de ses règlements. Si nous pouvons rationaliser les procédures et atteindre cet objectif, ce sera excellent.

Le sénateur McCoy : Pourriez-vous répéter le titre de cette loi?

M. McLaren : C'est la Loi sur le développement commercial et industriel des Premières nations, la LDCIPN. C'est un cas unique. C'est une situation assez particulière, puisque l'usine de GNL de Kitimat se trouve sur une réserve indienne à la demande de la Première nation Haisla. Ça fait partie de notre partenariat. Les questions de transport et de voies d'eau côtières, comme je l'ai déjà dit, relèvent essentiellement de la compétence fédérale, mais nous serions ravis de collaborer pour assurer la réalisation de nos projets. En ce qui concerne les politiques relatives au changement climatique, il est crucial pour les investisseurs qu'elles soient harmonisées, ce qui veut dire que nous devons collaborer pour appliquer une démarche cohérente.

Pour ce qui est de la formation professionnelle, les deux paliers de gouvernement ont un rôle à jouer pour assurer du travail aux Canadiens. En ce qui concerne le registre des fluides de fracturation, c'est déjà réglé. Nous aimerions cependant que tout le Canada se joigne à nous et utilise ce registre. Il est très convivial. Voilà donc quelques domaines dans lesquels nous pouvons certainement agir ensemble.

Je vous remercie beaucoup de m'avoir donné l'occasion de vous parler du secteur du gaz naturel de la Colombie- Britannique et je suis à votre disposition si vous avez d'autres questions.

Le sénateur Mitchell : On a beaucoup parlé des répercussions négatives des taxes sur le carbone. Lors de nos audiences, toutefois, quand je demande aux témoins, comme je le fais presque toujours, si nous avons besoin de tarifer le carbone et comment, ils me disent toujours oui, avec une taxe sur le carbone. Toutefois, ce qu'on dit souvent en contrepartie, c'est que cela nous rendra non compétitifs. Par contre, il semble y avoir toutes sortes d'activités et d'investissements en Colombie Britannique, où vous avez pourtant une taxe sur le carbone. Pouvez-vous donc me dire si celle-ci a réduit votre compétitivité?

M. McLaren : Elle a affecté notre compétitivité.

Le sénateur Mitchell : Négativement, positivement?

M. McLaren : Tout ce qui accroît les coûts a au moins une certaine incidence négative. Nous avons eu de longs débats avec l'industrie à ce sujet. Elle est certainement consciente de la nécessité de s'attaquer à ce problème et de fixer un prix du carbone, d'une certaine manière, que ce soit par un système d'échange commercial ou par une taxe. Je crois que le facteur important est l'ampleur de la taxe, c'est-à-dire le niveau qu'elle doit atteindre pour vous rendre moins compétitif que vos voisins. Par voisins, je veux parler de l'Alberta, avec qui nous sommes directement en concurrence, mais aussi du reste de l'Amérique du Nord, ainsi que de l'Australie, qui est notre principal concurrent sur les marchés asiatiques. Nous devons donc tenir compte non seulement de l'Amérique du Nord, mais aussi du reste du monde, et voir quand la taxe de la Colombie-Britannique aura atteint un niveau tel qu'elle commencera vraiment à nous nuire. Nous essayons continuellement de surveiller cela. Je ne saurais vous dire aujourd'hui si la taxe actuelle nous cause un tort considérable, mais je peux vous dire que nous sommes très attentifs à ce sujet. L'un de nos objectifs est d'assurer que la province reste compétitive du point de vue de l'investissement, et cette taxe en est un aspect crucial.

Le sénateur Mitchell : En même temps, c'est une source d'efficience. Vous avez dit par exemple que vous essayez d'électrifier la production de gaz naturel afin de réduire le carbone, et que cela pourrait même vous rendre plus efficient. En outre, pour ce qui est des deux concurrents que vous avez mentionnés, il y a de facto en Alberta une taxe sur le carbone de 15 $, et l'Australie vient tout juste d'en imposer une. Il y en a aussi une en Norvège, depuis 20 ans. J'aimerais donc savoir comment vous mesurez la compétitivité de votre taxe sur le carbone et sa simplification. Est-ce votre ministère des Finances qui s'en charge, ou votre ministère de l'Énergie? Publiez-vous des rapports de ce genre d'analyse?

M. McLaren : Ce dossier relève de notre secrétariat d'action sur le climat, qui ne travaille pas simplement avec nous, mais aussi avec tous les différents secteurs, comme le secteur du ciment, le secteur des mines, et c'est un dossier que nous suivons de près. De fait, nous effectuons en ce moment même une évaluation avec le secrétariat et avec l'industrie pour savoir comment élaborer un modèle économétrique qui nous permettrait d'analyser les divers niveaux de taxe dans le temps et d'évaluer leur incidence sur l'investissement. Cela nous amène dans le monde de la modélisation économétrique, un monde qui me dépasse complètement, je l'admets volontiers, mais quand j'écoute les économistes et les modélisateurs, je constate qu'on peut intégrer des hypothèses extrêmement différentes dans ces modèles, et c'est précisément ce que nous étudions actuellement.

Le sénateur Mitchell : Quand vous avez parlé du besoin de cohérence au niveau national, c'est à l'évidence un rôle que pourrait jouer le gouvernement fédéral. Avez-vous réfléchi à ce qu'il pourrait faire sur ce plan? Ce n'est pas une question tendancieuse, mais pensez-vous que nous devrions avoir une taxe sur le carbone dans tout le Canada, afin d'être cohérents? À quoi pensez-vous quand vous parlez de cohérence?

M. McLaren : Je pense au fait que tous les concurrents doivent être sur un pied d'égalité, et ce que j'espère vraiment, c'est que cela s'applique à toute l'Amérique du Nord, car 80 p. 100 de notre gaz naturel s'en va actuellement ailleurs en Amérique du Nord. Si tous les autres États et producteurs d'Amérique du Nord étaient sur un pied d'égalité, nous pourrions leur faire concurrence. Nous avons des défis particuliers à relever en Amérique du Nord du fait que nous sommes tellement éloignés des marchés, et c'est pourquoi nous réclamons simplement que tout le monde soit sur un pied d'égalité du point de vue de la concurrence, de façon à ne pas avoir de coûts supplémentaires, parce que le capital est tellement mobile. Je pense que l'Alberta s'en est rendu compte il y a quelques années quand elle a modifié son régime de redevances. Le capital a alors afflué en Colombie-Britannique. C'est en partie pourquoi nous avons eu tellement de ventes de terrains et pourquoi il y a eu tellement de forages il y a quelques années. C'était en partie parce que l'Alberta avait poussé les gens à quitter la province. Elle a depuis redressé la barre, et l'argent y afflue à nouveau, mais c'est simplement une preuve de la mobilité du capital. Si nous jouons avec la taxe sur le carbone, nous risquons de chasser très, très rapidement le capital de la province, et nous devons donc être extrêmement prudents à ce sujet.

Le sénateur Neufeld : Sur votre septième diapositive, vous montrez la taille des principaux champs gaziers des États- Unis, et le bassin de Marcellus est évidemment le plus vaste, avec une estimation de 1 500 billions de pieds cubes. C'est un très vaste secteur géographique sur la carte, mais, si l'on prend le nord-est de la Colombie Britannique, c'est un tout petit point sur la carte, alors qu'on estime que ses réserves dépassent peut-être 1 200 billions de pieds cubes, avez-vous dit. C'est un tout petit point. Pouvez-vous me dire qui dessine ces cartes et pourquoi on les dessine de cette manière? Est-ce pour attirer l'attention sur un secteur particulier? C'est ma première question. Je vous pose tout de suite la deuxième, parce que je sais que nous avons peu de temps et que je connais déjà très bien le sujet. À la page 12, il y a une carte. On s'est beaucoup demandé pourquoi les entreprises ciblent Kitimat, ce qui les oblige à emprunter le chenal marin de Douglas, au lieu d'aller à Prince Rupert, qui est beaucoup plus proche de l'océan. Il y a une raison à cela, et vous pourriez peut-être l'expliquer brièvement pour l'édification de notre groupe, étant bien entendu que de un à trois TGTB, des très gros transporteurs de brut, partent de l'Alaska pour descendre jusqu'à l'État de Washington en longeant la côte Ouest de la Colombie-Britannique. Peut-être pourriez-vous nous expliquer brièvement cette situation, et j'aimerais aussi connaître la taille du bassin de Marcellus.

M. McLaren : Les sources des cartes sont mentionnées sur les diapositives. Je ne connais pas la relation exacte, mais je vais tenter de répondre en me fondant sur ma première carrière de géologue. La taille du bassin de Marcellus est peut-être exacte sur la carte, mais, en Colombie-Britannique, nous avons deux ou trois couches différentes de schiste. Il faut penser en trois dimensions. Je suis géologue et je pense en trois dimensions. Nous avons des couches très, très épaisses en Colombie-Britannique. Certaines ont plus de 300 mètres d'épaisseur. Ça fait beaucoup de schiste.

Le sénateur Neufeld : C'est une bonne explication. Deuxièmement, la population est énorme dans cette région. Il serait difficile d'exploiter ne serait-ce que 10 p. 100 de cela à New York.

M. McLaren : C'est une excellente remarque. En ce qui concerne Kitimat et Prince Rupert, ce sont deux excellents ports en eau profonde, et ils possèdent des installations portuaires. Le sénateur Neufeld a dit qu'il faut emprunter un long fjord, le chenal marin de Douglas, pour atteindre Kitimat. Je ne suis pas un expert de la navigation, mais j'ai vu des cartes indiquant que le chenal est certainement assez large pour permettre le passage de gros navires dans les deux sens. Si vous songez à des questions de sécurité maritime, il n'y a pas de problème à faire monter et descendre des navires dans ce chenal. Le problème est plutôt de construire un pipeline jusqu'au port. Le Pacific Trail Pipeline, qui ira jusqu'à Kitimat, a déjà été approuvé par les organismes de réglementation. Ce qui est difficile, c'est de traverser les chaînons côtiers pour atteindre les ports. On doit faire passer un très gros tuyau en haut des collines, au-dessus de très hautes montagnes, puis redescendre dans les plaines. L'étape supplémentaire pour atteindre Prince Rupert ne représente qu'une chaîne de montagnes supplémentaire à franchir. Je ne sais pas si vous avez déjà emprunté cette route pour aller à Rupert, mais la descente des montagnes est très raide, on atteint une plaine, il y a une route, il y a un chemin de fer, et on arrive ensuite à la rivière Skeena qui fait deux ou trois kilomètres de large. Il y a donc des défis énormes à relever, ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas le faire. Il y a d'autres trajets. On pourrait aller un peu plus au nord puis redescendre au sud. Je vous rappelle que j'ai dit qu'il y a d'autres personnes qui s'intéressent au GNL. Je pourrais probablement vous citer jusqu'à huit projets de GNL différents en cours d'étude actuellement. Certains d'entre eux concernent Prince Rupert. Je n'ai pas vu exactement comment on envisage de construire un pipeline jusqu'à Prince Rupert, mais je sais qu'on étudie actuellement divers projets, qu'on effectue des études techniques poussées, et que les deux options sont probablement viables à long terme.

Le sénateur Brown : L'Alberta et la Colombie-Britannique connaissent très bien les pipelines. Elles en savent beaucoup à ce sujet. Votre plus gros moyen de transport de GNL sera la mer, à moins que je sois mathématiquement dans l'erreur. Nous avons étudié le transport de GNL par bateau. Je ne sais plus si ce sont des bateaux à double coque ou triple coque. Est-ce que ce seront des bateaux semblables aux très grands et lents navires pétroliers, et la Colombie- Britannique et l'Alberta devraient-elles s'intéresser à ce genre de transport maritime, parce que ce sera un moyen très important d'acheminer leur GNL sur les marchés?

M. McLaren : Vous abordez là un domaine que je connais beaucoup moins. Le transport maritime n'est pas ma spécialité. Je ne saurais vous dire quelle sera la taille des bateaux. Les navires de GNL sont différents des navires pétroliers, du point de vue du volume. Quand j'en discute avec les entreprises, elles parlent certainement d'employer la technologie maritime la plus moderne. J'ai vu des démonstrations de la taille des navires et de la largeur du chenal, et de la navigation dans le chenal. On peut faire tourner complètement un navire sur lui-même dans le chenal, si c'est nécessaire, avec des remorqueurs bien sûr. Quand le projet de Kitimat a été approuvé, les questions de transport maritime ont été traitées par Transports Canada, qui applique quelque chose qui s'appelle le processus termpol, T-E- R-M-P-O-L, et concerne le transbordement du produit sur les navires et leur départ des quais vers l'océan. Ce ministère s'occupe de toutes les questions de sécurité et de réglementation du transport maritime. Pour être tout à fait franc avec vous, je dirais que c'est à lui que vous devez vous adresser pour obtenir des détails.

Le sénateur Brown : Je voulais simplement savoir s'il y a un intérêt quelconque dans les provinces ou le gouvernement fédéral à avoir une partie de transport maritime lui-même. Ça doit être une grande partie du coût d'acheminement du GNL vers les marchés.

M. McLaren : À ce sujet, quand je parlais de la différence de prix entre l'Asie et la Colombie-Britannique, elle a pu vous paraître énorme, mais, quand vous commencez à ajouter le coût du pipeline pour l'acheminement du GNL, puis le coût du transport jusqu'en Asie, la différence de prix commence à rétrécir. Quelqu'un demandait si le prix de 18 $ allait se maintenir. Probablement pas. La question est de savoir quand la différence de prix ne sera plus assez intéressante pour que ça en vaille la peine. L'avantage que nous avons, en Colombie-Britannique, c'est que nous avons le trajet maritime le plus court vers l'Asie de tous nos concurrents dans le monde.

Le sénateur Brown : Oui, je sais. Pourriez-vous nous dire quel est le pourcentage de coût? Pourriez-vous comparer un pourcentage simplement des coûts entre le transport à New York ou de la Colombie-Britannique à nos autres marchés? Y a-t-il une mesure dans cette fourchette dont vous parlez? Pouvez-vous nous donner un pourcentage seulement des coûts du transport maritime lui-même?

M. McLaren : Très franchement, non.

Le sénateur Brown : Je n'avais pas l'intention de vous poser des questions auxquelles vous ne pourriez pas répondre. Je ne connais rien au transport de GNL et je voulais simplement m'informer un peu.

M. McLaren : Je pourrais vous donner un exemple de certains des coûts.

Le sénateur Banks : Toutes les prévisions tombent à l'eau, bien sûr, s'il arrive un incident en cours de route qui démolit les hypothèses sous-jacentes. Comme vous l'avez dit, il faut du capital patient pour construire ce genre d'installations et pour faire marcher ce genre de choses. Est-il raisonnable de supposer, en ce qui concerne vos projections d'exportation sur les marchés asiatiques, qu'on ne va pas découvrir, en Asie ou en Europe de l'Est, des bassins de gaz de schiste qu'on pourra transporter plus facilement et moins cher encore sur les marchés asiatiques? Si j'étais un investisseur, cela devrait-il me préoccuper?

M. McLaren : Je crois qu'un investisseur prudent en tiendrait certainement compte. Tous les investisseurs à qui nous avons parlé ne semblent pas s'en inquiéter. Ils savent qu'il y a d'autres bassins. Ils savent certainement qu'il y a des ressources importantes en Australie. Ils investissent d'ailleurs là-bas des capitaux gigantesques et essayent aussi de s'emparer de certains des marchés d'Asie.

Le sénateur Banks : Il s'agit là d'investissements à très long terme, et vous conviendrez certainement, au sujet du gaz de schiste, de son emplacement et de son extraction pratique et abordable, que la situation qui prévaut aujourd'hui par rapport à ce que nous savions il y a 20 ans, sans parler d'il y a 40 ans, est un univers différent?

M. McLaren : Oui.

Le sénateur Banks : Tout le monde va en tenir compte.

M. McLaren : C'est surtout l'ampleur de la demande, la taille du marché, qui est le facteur déterminant ici.

Le sénateur Banks : Tout le monde parle des emplois reliés aux pipelines. Je suis un terrien, comme le sénateur Brown et le sénateur Mitchell, et nous savons qu'il y a beaucoup d'emplois dans la construction d'un pipeline, mais nous avons aussi l'impression, ou j'ai en tout cas l'impression, qu'il ne faut pas grand-monde pour faire marcher un pipeline une fois qu'il est construit. Quels sont donc les emplois qui pourraient être créés à long terme en Colombie- Britannique et dans les collectivités dont vous avez parlé au sujet du pipeline?

M. McLaren : Ce sont de bonnes questions.

Il y aura environ 1 500 emplois pour construire le Pacific Trail Pipeline, par exemple. Vous avez parfaitement raison. Le long terme pour l'exploitation d'un pipeline est limité, et je suppose que c'est de l'ordre de quelques dizaines d'emplois pour inspecter et gérer le pipeline. Une usine de GNL, c'est encore une fois 1 500 emplois pendant les deux ou trois années de construction, mais 125 ou 150 emplois dans une ville comme Kitimat pour faire marcher l'usine, et ce sont des emplois très bien payés. Ça représentera une contribution importante à l'économie de Kitimat. Si vous commencez à avoir deux ou trois de ces usines localement, ce sera un très gros apport à Kitimat.

Le sénateur Banks : On a parlé de résistance des Premières nations au passage du pipeline, pas à l'exploitation du terminal de GNL lui-même qui, comme vous l'avez dit, serait construit là à l'invitation des Premières nations sur des terres leur appartenant. Mais il y a une certaine opposition des Premières nations, si nous avons bien compris, à la partie est à ouest du pipeline traversant la province. C'est faux?

M. McLaren : Il existe actuellement un appui solide et unifié à la construction de gazoducs dans la province.

Le sénateur Banks : Par opposition à des oléoducs?

M. McLaren : Par opposition au pétrole.

Le sénateur Massicotte : Je reviens à des questions précédentes. Vous avez aujourd'hui une taxe sur le carbone de 25 $ qui passera à 30 $ en janvier. D'après ce que j'ai lu, c'est une taxe au détail. Pourriez-vous nous la décrire? C'est ce que j'ai lu. Qui paye la taxe, et quelle en a été la conséquence du point de vue de l'allocation et de l'efficience énergétique? Autrement dit, pour votre taxe sur le carbone de 20 $ aujourd'hui, qui est taxé? Est-ce le consommateur? Le producteur?

M. McLaren : Actuellement, la taxe appliquée au secteur du pétrole et du gaz naturel touche les émissions quand on brûle du gaz. Dans une usine à gaz, quand on produit du gaz et qu'on utilise du gaz pour exploiter l'usine, en le brûlant, on paye 25 $ la tonne. C'est imputé au producteur.

Le sénateur Massicotte : Toujours au producteur, ce qui veut dire que le consommateur ne voit pas passer de taxe sur sa consommation régionale d'essence, par exemple. Il la voit par la hausse du coût de l'offre, mais ce n'est pas au niveau du détail.

M. McLaren : Exactement. Je vous rappelle que la province s'est engagée à ce que ce soit neutre sur le plan des recettes. Il y a d'autres aspects de l'économie où des subventions sont rendues aux gens à titre de rééquilibrage.

Le sénateur Massicotte : Considérant ce coût supplémentaire, y a-t-il eu un impact visuel sur l'allocation du capital ou sur le comportement des gens comme conséquence du fait que ce coût a augmenté? Les producteurs ont-ils fait quelque chose en conséquence? Les consommateurs ont-ils fait quelque chose en séquence?

M. McLaren : Pas à ma connaissance, et je crois vous avoir dit hier soir que je n'ai constaté aucune diminution de la circulation automobile parce que nous avons une taxe sur le carbone.

Le sénateur McCoy : Le sénateur Banks commençait à parler des marchés internationaux. On ne cesse de dire qu'il y a des occasions à saisir en Asie, mais on ne nous donne jamais, ou alors très rarement, d'information sur la situation géopolitique dans son ensemble. Peut-être pourrais-je vous poser la question de cette manière, pour faciliter notre séance de ce matin : pourriez-vous nous fournir une carte montrant par exemple les bassins de gaz naturel classique et non classique autour des marchés asiatiques, ce qui engloberait l'Amérique du Nord, l'Amérique latine, l'Australie et l'Asie, et montrant certains des concurrents là-bas?

M. McLaren : Veuillez m'excuser, je n'ai pas bien saisi.

Le sénateur McCoy : Je demande seulement une carte semblable à celle de la page 7 qui montrerait le Bassin du Pacifique.

M. McLaren : De tous les concurrents et tous les marchés finaux?

Le sénateur McCoy : J'aimerais voir les bassins de gaz qui ont été identifiés.

M. McLaren : Nous vous fournirons quelque chose qui sera quasiment une carte de l'offre et de la demande.

Le sénateur McCoy : Excellent. Cela nous sera utile, je pense, et je ne continue donc pas sur cette question.

Il y a eu des discussions entre le gouvernement fédéral, le gouvernement de la Colombie-Britannique et d'autres intérêts de la province, notamment les Premières nations côtières, je crois, sur une certaine forme d'entente concernant la protection des océans du Nord, si je me souviens bien du nom. J'ai lu il y a deux mois que le gouvernement fédéral s'était retiré de ces discussions. Si j'en crois votre réaction faciale, vous ne savez pas de quoi je parle.

M. McLaren : Je suis dans le même bateau que vous. Je me souviens de quelque chose et d'avoir lu quelque chose à ce sujet. Il y a un processus de planification offshore. Je devrais aller m'informer à ce sujet.

Le sénateur McCoy : Peut-être pourriez-vous communiquer à notre greffière le nom d'une personne qui pourrait nous en parler? Ce serait quelqu'un de la Colombie-Britannique que nous pourrions contacter pour en savoir un peu plus là-dessus.

M. McLaren : Je vais voir ce que je peux trouver.

Le président : Monsieur McLaren, vous avez une merveilleuse manière d'expliquer ces questions. Au nom de tous mes collègues présents ici et du Sénat du Canada, merci de nous avoir consacré votre temps et d'avoir préparé à notre intention cet excellent exposé. Nous attendrons avec beaucoup d'intérêt les documents que vous avez accepté de produire et nous aimerions aussi garder l'option de reprendre contact avec vous si nous avons besoin d'autres informations.

M. McLaren : Je suis très heureux d'avoir pu témoigner devant votre comité. C'était un plaisir de vous rencontrer tous.

Le président : Nos prochains témoins sont Ralph Torrie et Tyler Bryant, de Trottier Energy Futures Project. Bienvenue, messieurs.

M. Torrie a la réputation de combiner une pensée visionnaire à un esprit d'analyse rigoureux; il a contribué de manière originale et importante aux questions de développement durable. Il a été coordonnateur adjoint du groupe de recherche sur l'énergie de l'Université des Nations Unies et du Centre de recherches pour le développement international, et a ensuite créé et géré son propre cabinet de consultance. Il a conçu des méthodes et conventions qui sont maintenant utilisées dans le monde entier pour quantifier et analyser les gaz à effet de serre à l'échelle locale. M. Torrie est le coinventeur de logiciels de planification environnementale qui ont été traduits en plusieurs langues et sont utilisés par plus de 300 municipalités, entreprises et institutions sur cinq continents. Il s'intéresse depuis toujours aux questions d'énergie durable et a produit la première analyse d'un scénario à faible taux de carbone pour le Canada. Il a réuni et dirigé l'équipe qui a exécuté l'analyse de politiques stratégiques pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre de nombreux clients du secteur public tel que les États de la Californie, d'Hawaï, du Wisconsin et de l'Illinois, les gouvernements du Canada et de l'Ontario, la Western Climate Initiative, ainsi que diverses autorités locales dont le comté de San Bernardino et la municipalité de Toronto. M. Torrie s'est vu décerner le prix canadien Argent de l'environnement pour son travail sur les stratégies de réaction au changement climatique, et obtiendra sans aucun doute la médaille d'or de notre comité à la fin de son témoignage.

Tyler Bryant est un analyste des politiques énergétiques pour la Fondation David Suzuki, que nous connaissons tous très bien, dont l'intérêt principal est la transition vers un avenir énergétique propre. Cela comprend la modélisation de systèmes énergétiques et économiques, l'analyse de politiques, et la recherche sur des méthodes de mise en œuvre et l'établissement de relations avec les parties prenantes. Tyler est un fanatique des politiques publiques, ce qui est une bonne chose, mais aussi un praticien dont la formation était axée sur l'élaboration de changements réalistes, faisables et positifs pour la société canadienne. Son expérience a porté sur la compréhension des moteurs clés de notre économie de l'énergie, ainsi que sur l'évaluation des coûts et avantages des solutions climatiques. Il contribuera sans doute à dissiper le mythe que la Fondation Suzuki s'oppose à la réalisation de projets d'énergie.

Ralph Torrie, directeur général, Trottier Energy Futures Project : Merci, monsieur le président, membres du comité, de nous avoir invités à comparaître ce matin pour partager avec vous notre réflexion à cette étape du travail que nous effectuons pour le Trottier Energy Futures Project.

Permettez-moi de dire d'abord que nous ne comparaissons pas aujourd'hui en qualité de représentants officiels de l'Académie canadienne du génie, dont les représentants ont témoigné devant vous ces derniers mois, ou de la Fondation Suzuki. Les opinions que j'exprimerai ce matin sont strictement les miennes.

J'ai pensé vous dire d'abord quelques mots de ce projet. Je ne pense pas que vous en ayez beaucoup entendu parler durant vos déplacements dans le pays. Je vais vous dire comment nous interprétons notre mandat, puis vous donner une sorte d'avant-goût de certaines des choses que nous commençons à comprendre. Nous n'en sommes encore qu'au début, et j'espère que nous aurons l'occasion de revenir un jour pour vous donner des informations plus complètes sur le fruit de notre processus. Nous avons apporté de la documentation. Je ne vais pas vous la présenter pendant mon exposé, mais nous y ferons peut-être référence en cours de route, selon l'évolution de la discussion. Cette documentation est là pour illustrer certaines choses que nous aborderons peut-être pendant mon exposé ou pendant la discussion qui suivra. J'essaierai d'être relativement bref de façon à vous aider à repartir à temps, et aussi à laisser le plus de temps possible aux questions et à la discussion.

Le Trottier Energy Futures Project est une collaboration vraiment intéressante et originale entre l'Académie canadienne du génie et la Fondation David Suzuki. Dès le départ, vous pouvez voir que c'est quelque chose d'assez nouveau. En effet, il s'agit là de deux organisations, deux grandes organisations canadiennes, qui réfléchissent depuis toujours à l'avenir, si vous voulez, à partir de deux points de vue différents. Ce qui est original et potentiellement puissant dans cette collaboration, parmi les diverses discussions en cours sur l'avenir énergétique du Canada, c'est cette réflexion commune à partir de deux perspectives, le génie et l'écologie, représentées par les deux organisations partenaires. Ce qui m'intéresse à ce sujet, c'est que le genre de relations que nous avons avec la nature, le genre d'impact que nous avons sur l'environnement, et la manière dont nous gagnons notre argent dans notre économie sont foncièrement centrés sur le génie, au sens large. Nous sommes ce que nous construisons, pourrais-je dire, et tout ce que nous construisons passe par un processus de génie pour être conçu puis construit. On peut presque penser le génie comme une langue que nous parlons, et c'est la langue que nous employons pour communiquer avec le reste de la nature. Vous pourriez dire que ce projet consiste à réfléchir à ce que nous voulons dire avec cette langue. Les écologistes abordent les problèmes d'un point de vue qui a tendance à être intégré, en se penchant sur les connexions entre les types de questions et de priorités de développement économique, ce dont vous avez entendu parler pendant l'heure qui vient de s'écouler, avec les préoccupations que suscitent les répercussions environnementales et autres de ce développement économique, notamment en ce qui concerne le secteur de l'énergie et le changement climatique dans le cadre de ce projet particulier.

Le mandat formulé par la Fondation Suzuki et par l'Académie canadienne du génie pour ce projet, le Trottier Energy Futures Project, qui s'appelle d'ailleurs ainsi parce qu'il est financé par la Fondation de la famille Trottier, dirigée par Lorne Trottier, de Montréal, entrepreneur et fondateur de Matrox, est d'identifier de manière assez détaillée et de commencer à mettre en œuvre un avenir d'énergie durable à faible taux de carbone pour le Canada, faible taux de carbone voulant dire dans ce contexte que nous pouvons réduire nos émissions de 80 p. 100 d'ici au milieu du siècle. C'est d'emblée un mandat transformateur. C'est une autre chose qui n'est peut-être pas originale parmi les diverses conversations en cours dans ce pays sur notre avenir énergétique, mais elle se situe tout à fait au cœur de notre mandat. Nous n'envisageons pas cette profonde réduction de manière superficielle. Nous œuvrons réellement avec des ingénieurs et des écologistes qui travaillent ensemble et suspendent leur incrédulité à l'égard de cet avenir parce que, très franchement, quand vous dites aux gens qui s'intéressent aux questions d'énergie qu'il faudra réduire les émissions de 80 p. 100, ils se demandent généralement si vous êtes tombé sur la tête. Ce à quoi nous répondons qu'ils devraient simplement suspendre leur incrédulité et faire preuve d'imagination, de façon à essayer de mieux comprendre le système d'énergie pour voir s'il serait possible ou non d'avancer vers un tel avenir, et ce que cela exigerait. Voilà ce que nous essayons de faire.

Nous avons structuré le projet en phases. La première est essentiellement une phase de recherche durant laquelle nous essayons de recueillir certaines données fondamentales avant de passer à l'étape suivante. Cette phase du travail est presque terminée. Ensuite, nous passons à une phase beaucoup plus axée sur le processus, durant laquelle nous inviterons des Canadiens sélectionnés à participer à une sorte d'exercice d'élaboration d'un scénario fondé sur le mandat que je viens de décrire.

Jusqu'à présent, nous avons constaté que ce projet était extrêmement enrichissant dans la mesure où la mise en contact de ces deux perspectives différentes fait ressortir de nouvelles manières originales et intéressantes d'envisager le problème, comme nous l'espérions. Durant cette première phase de recherche que je viens de décrire, nous pouvons distinguer quatre ou cinq axes différents. Je vais vous les exposer brièvement.

Premièrement, nous effectuons une analyse rétrospective de l'énergie et des émissions au Canada au cours des 40 dernières années. Certains des graphiques que nous avons fournis vous montrent un peu ce que nous apprend cet exercice, mais l'objectif fondamental est de nous assurer, avant de commencer à réfléchir rigoureusement et quantitativement au cheminement que nous allons peut-être parcourir durant les 40 ou 50 prochaines années, que nous comprenons vraiment ce qui vient juste de se passer, parce qu'on fait certaines découvertes intéressantes et assez surprenantes quand on commence à prendre un peu de recul pour examiner ce par quoi nous venons de passer en particulier en ce qui concerne la contribution que les améliorations de la productivité énergétique ont apportée au Canada et à tous les pays de l'OCDE pour notre sécurité énergétique, facteur très important, mais souvent laissé de côté. De manière générale, en ce qui concerne les carburants et l'électricité, même si leur consommation continue d'augmenter, cette augmentation a ralenti par rapport à la croissance de l'économie. J'ai vu par exemple dans le rapport de l'an dernier de votre comité qu'on mentionne plusieurs fois la manière dont le PIB est le moteur de la demande de carburants et d'électricité. C'était vrai quand j'ai débuté dans les années 1970. C'était la théorie classique voulant qu'il ne pouvait y avoir de croissance du PIB qu'avec une croissance correspondante de la consommation de carburants et d'électricité. Entre la Seconde Guerre mondiale et 1971 ou 1972, à peu près, chaque fois que le PIB augmentait d'un point, la consommation de carburants et d'électricité augmentait aussi. Il est peut-être compréhensible que les gens aient fini par penser qu'il y avait là une sorte de relation irréductible. La constatation centrale que vous faites quand vous effectuez ce genre d'analyse rétrospective qui constitue le premier axe de notre recherche, c'est le découplage, tout à fait spectaculaire, qui s'est produit entre la croissance du PIB et la croissance de la consommation de carburants et d'électricité, à un point tel que nous avons cessé d'utiliser le PIB, par exemple, et que les utilités publiques ont cessé d'utiliser le PIB, comme base de prévision de la demande d'électricité en Ontario, il y a des années, car c'est inutile à cette fin.

Il y a derrière cette grande relation entre la croissance du PIB et la consommation de carburants et d'électricité des changements dynamiques énormes qui ralentissent généralement le taux de croissance des carburants et de l'électricité par rapport à toutes les autres contributions qui sont faites au sujet de la valeur et des services que nous obtenons de l'énergie. Nous pourrons revenir sur cette question durant la discussion, si vous voulez, mais elle est directement reliée à la question du sénateur Banks sur la patience du capital qui est nécessaire pour certains de ces grands projets d'approvisionnement, parce que les changements qui se manifestent dans cette relation, essentiellement du côté de la demande, mais aussi grâce à certaines des nouvelles technologies d'électricité du côté de l'offre, se produisent à un rythme beaucoup, beaucoup plus rapide que ce qui est nécessaire pour concevoir, faire approuver, construire et mettre en route un mégaprojet traditionnel d'énergie, ce qui peut prendre 10 ou 15 ans. En 15 ans, la technologie des appareils électroniques, la technologie même des édifices, beaucoup des technologies de consommation de carburants et d'électricité, vont passer par deux, trois ou quatre générations de technologie. Cela n'a rien de théorique. C'est la raison pour laquelle nos sociétés de distribution d'électricité et nos sociétés de pétrole et de gaz naturel se sont tellement fourvoyées dans les années 1970 dans leurs projections de la demande et des besoins d'investissement. Vous vous en souvenez peut-être. Nous avons largement surinvesti dans la production de pétrole et de gaz naturel parce que nous n'avons pas vu venir les changements, les technologies perturbatrices, comme on les appelle, du côté de la demande qui allaient modifier notre compréhension historique du niveau de croissance des carburants et de l'électricité qui accompagne la richesse et la prospérité. Je n'insiste pas sur ce point, mais c'est la raison pour laquelle il convient de se pencher très attentivement sur les 40 dernières années avant de commencer à formuler des scénarios pour les 40 prochaines, afin de bien saisir le genre de tendances et de facteurs qui sont susceptibles de changer à l'avenir et qui risquent d'annihiler nos politiques publiques et nos stratégies commerciales si nous n'en tenons pas compte.

Notre deuxième axe de recherche consiste fondamentalement à dresser un budget des sources d'énergie à faible taux de carbone au Canada. Si notre mandat est de concevoir un ou des scénarios sur un avenir à beaucoup plus faible taux de carbone dans ce pays, commençons par faire le point sur notre matière première. Nous sommes donc en train de calculer combien il pourrait y avoir de solaire en 2050, combien il pourrait y avoir d'éolien, combien il pourrait y avoir de bioénergie, combien d'hydroélectricité, combien de nucléaire et cetera. Nous n'avons pas fixé beaucoup de contraintes à cet exercice. Nous calculons simplement ce qu'est le potentiel technique, qui s'avère en réalité très, très vaste, et ce qui sera réellement une contrainte à l'horizon de 2050 a tendance à être simplement ce qui est vraiment faisable en termes de développement commercial et d'économie élémentaire de l'offre. En résumé, nous effectuons un exercice dans lequel nous essayons simplement de nous faire une idée de la quantité d'énergie avec laquelle nous devrions vivre si nous réduisions spectaculairement notre taux de carbone.

Le troisième axe de recherche consiste simplement à voir ce qui se fait ailleurs dans le monde pour répondre à une question comme celle-ci, pas seulement le défi du carbone, mais tous les autres changements très, très dynamiques qui se produisent dans les économies d'énergie du monde entier. À quoi ressembleront-elles en termes de type de système d'énergie que nous pourrions avoir en 2050 et, surtout, qui se demande à quoi pourrait ressembler un avenir énergétique à très faible taux de carbone.

La première chose qu'on constate quand on s'aventure dans cette voie est qu'il y a relativement peu d'analyses stratégiques quantitatives rigoureuses de ce genre de futur. Vous avez dit en me présentant que j'ai fait la première au Canada. C'était en fait la première ou la deuxième au monde. Aujourd'hui encore, il n'existe que deux douzaines d'études de cette nature qui ont été effectuées dans le monde, et probablement, selon nous, seulement huit ou neuf qui méritent d'être prises au sérieux. Nous faisons cela pour voir si les Anglais, les Français, les Allemands, les Australiens, les Finlandais et les Suédois se sont attaqués à la question à laquelle nous essayons de répondre ici, au Canada, qui est de voir s'il y a quelque part un scénario d'avenir durable avec beaucoup moins de carbone que les pays riches et industrialisés pourraient poursuivre, et comment on devrait s'y prendre. Nous découvrons certaines conclusions communes très intéressantes dans cette recherche sur les pratiques exemplaires dans ce domaine, et je vais vous présenter quelques-unes de ces constatations communes.

La première, qu'on retrouve pratiquement partout, est que ce travail est empreint d'un net optimisme technologique. On a l'impression, quand on fait les calculs, même s'il y a certaines exceptions, que la conclusion générale est que ce n'est pas la technologie ou l'absence de technologie qui fait obstacle. Nous savons comment construire des édifices à faible taux d'énergie, et même à taux zéro d'énergie. Nous savons construire des véhicules radicalement plus efficients que ceux d'aujourd'hui. Nous savons comment rehausser de plusieurs degrés de magnitude la productivité des carburants et de l'électricité. Certes, il y a encore certaines questions difficiles à résoudre, comme je l'ai dit, du point de vue technologique, et l'on ne doit certainement pas les sous-estimer, mais il est généralement vrai qu'il y a dans cette littérature un consensus sur le fait que la technologie ou l'absence de technologie n'est pas l'obstacle important.

Une autre constatation universelle qu'on trouve dans ces études et qui, j'en suis sûr, se retrouvera dans notre propre travail au Canada, est que la place de l'électricité va monter dans le secteur de l'utilisation finale. Les gens sont souvent surpris d'apprendre que le pourcentage de notre utilisation réelle d'énergie qui exige de l'électricité et pour lequel on n'a pas vraiment le choix, comme l'éclairage, l'électronique, l'électrochimie, les télécommunications et le traitement de l'information, n'est que de 12 p. 100 environ de notre utilisation totale d'énergie. On a différents moyens de le vérifier, mais une méthode facile, au Canada, consiste simplement à voir quel est le pourcentage de contribution de l'électricité à l'utilisation totale d'énergie en Alberta, où l'électricité n'est généralement pas utilisée pour quoi ce soit qui n'en a pas vraiment besoin. On constate ainsi que l'électricité représente typiquement 12 ou 14 p. 100 de la consommation totale d'énergie. Ce pourcentage commence à augmenter parce que l'électricité commence à s'implanter sur le marché du transport, où elle n'avait jamais occupé une place notable, et parce que certains de nos procédés industriels commencent à trouver le moyen d'utiliser l'électricité pour faire ce qu'ils font avec beaucoup moins de chaleur très élevée. Il y a en ce moment même une transition qui se fait dans la production industrielle en faveur de systèmes à plus forte intensité d'électricité, certes, mais à beaucoup moindre intensité d'énergie, à beaucoup moindre intensité de combustibles fossiles. C'est une tendance qui ressort de toutes ces études.

Une autre tendance typique de ces études est aussi qu'on essaye d'atteindre l'objectif, qui est de réduire les émissions de carbone et, dans notre cas, dans un contexte durable, en rehaussant l'efficience de l'usage des carburants et de l'électricité et en ayant ensuite recours le plus possible à des sources à taux de carbone moindre ou zéro. Nous aurons d'autres choses à dire à ce sujet à mesure que notre travail avance, mais nous constatons déjà que, quand on fait ça, on laisse de côté l'un des groupes de changements les plus puissants qui pourraient nous aider à instaurer un avenir énergétique plus durable. Je veux parler de toutes les choses qui se font en amont de la demande de carburants et d'électricité, les choses que nous n'avons pas vu venir dans les années 1970, puis à nouveau dans les années 1980 et qui nous ont amenés à surinvestir du côté de l'offre, ce qui continue.

Par exemple, s'agissant de l'amélioration de l'efficience énergétique que nous avons constatée au Canada, un tiers seulement provient d'une utilisation plus efficiente des carburants et de l'électricité d'un point de vue technique. Les deux tiers restants proviennent du type de changements structurels dont je parle. Nous passons progressivement de la fabrication aux services dans nos industries de transformation primaires comme l'acier, la chimie, la fonderie et le raffinage. Nous montons dans la courbe de la valeur ajoutée, pas vraiment pour économiser l'énergie, bien que cela soit un bonus, mais simplement pour survivre face à la concurrence du tiers monde. Le profil de valeur ajoutée des produits issus des industries primaires à forte intensité d'énergie en Amérique du Nord s'améliore. Cela a pour effet d'accroître le PIB par kilowatt-heure ou baril de pétrole. Nous constatons une saturation dans la génération du baby-boom d'après-guerre. Une fois que vous avez votre frigo, votre cuisinière, votre voiture et votre lave-vaisselle, il n'y a plus beaucoup d'autres choses qui consommeront de l'énergie dans votre maison, et si vous ajoutez cela à la tendance de cette génération à réduire son mode de vie, vous constatez une chute très spectaculaire de la croissance et de la demande de carburants et d'électricité dans le secteur domiciliaire. C'est une autre tendance qui ressort de ces études.

Cela a d'énormes conséquences sur le réseau d'électricité, dans tous les scénarios. Même si la centrale d'électricité reste l'épine dorsale du système à l'avenir, il y aura selon les études que nous examinons et les scénarios que nous envisageons une contribution spectaculairement accrue des sources d'énergie distribuée, chaleur et électricité combinées, éoliennes, panneaux solaires sur les toits, centrales d'électricité communautaires, gaz naturel à petite échelle, chauffage et électricité combinées, tout ce genre de choses. Les économies d'échelle et l'industrie de production de l'électricité ont été complètement renversées depuis ma jeunesse, quand plus gros était toujours moins cher. Aujourd'hui, nous constatons que les sources d'énergie distribuée, plus petites, sont tout à fait concurrentielles, pas seulement en soi, mais aussi grâce à la résilience accrue qu'elles apportent à la planification des investissements et à la flexibilité des aménagements.

Sans compter qu'on ne peut pas leur barrer la route. C'est une autre chose qui suscite des préoccupations au Canada, je pense. Nous vivons dans un pays où les carburants et l'électricité sont très bon marché, avec un secteur de production de pétrole et de gaz naturel axé sur l'exportation, et dont la croissance démographique proviendra à l'avenir de l'immigration, mais nous vivons aussi dans un monde où, dans beaucoup des autres pays riches, voire la plupart, les prix de l'énergie sont plus élevés, on n'a pas d'avantage à avoir une production excédentaire de pétrole et de gaz naturel, et il y a donc une pression considérable pour mettre au point des nouvelles technologies, à la fois du côté de la demande dans le secteur de l'énergie distribuée qui est plus étendu que chez nous, et c'est l'inconvénient de vivre dans un pays où l'énergie ne coûte pas cher. On risque de prendre du retard par rapport à ce qui se fait dans le monde de la technologie, à un point tel qu'on finit par être de plus en plus dépendant des Allemands, des Japonais et des autres pays qui se fixent comme priorité d'être à l'avant-garde dans les nouvelles technologies d'énergie. Certes, si vous voulez parler d'être une superpuissance énergétique, je n'ai rien contre, mais il faut bien comprendre que si nous nous écartons de l'orientation générale que prennent tous nos partenaires commerciaux dans le sens d'un accroissement de l'efficience et d'une utilisation accrue des ressources distribuées, nous courons le risque de nous fixer très bas dans la chaîne de valeur ajoutée du système d'énergie où les occasions d'accroissement de la valeur ajoutée sont gobées par les pays qui s'attaquent plus vigoureusement au changement climatique et qui considèrent la mise au point de ces nouvelles technologies non pas comme une menace, mais comme un bonus économique. Voilà certaines des tendances générales que nous constatons, mais je ne voudrais pas m'étendre sur ce sujet si cela nous empêche d'avoir suffisamment de temps pour la discussion.

Avec notre quatrième axe de recherche, nous créons certains scénarios préliminaires rapides de ce que pourrait être un Canada à très faible taux de carbone. Nous faisons cela avec un grand modèle du système d'énergie canadien, et nous le faisons avec ce que nous appelons des scénarios séminaux parce que nous essayons de nous faire une idée de la bonne combinaison d'efficience, d'amélioration, de sources de moindre carbone, et de changements dans cette troisième famille de facteurs dont je parlais il y a un instant, des combinaisons d'hypothèses dans chacun de ces domaines ou changements dans chacun de ces trois secteurs qui seraient nécessaires pour atteindre les objectifs que nous visons de très faibles taux de carbone.

Voilà donc les quatre axes de nos recherches. Les rapports et autres documents de diffusion de ce travail sortiront dans les premiers mois de 2012. Nous passerons alors, à partir de janvier, à la phase suivante du projet Trottier, fondée sur ce que ces recherches nous auront appris, fondée sur l'identification non seulement des suspects habituels, si je peux dire, qui se présentent toujours quand on veut tenir une réunion sur l'énergie ou sur l'énergie et le climat, c'est-à-dire les producteurs de denrées de base, les ONG environnementales et les ministères qui arbitrent tout ce processus, mais aussi les architectes, les urbanistes, les banquiers et les éducateurs qui, nos recherches nous le disent, ont déjà entrepris cette réflexion, si nous voulons trouver des solutions efficaces. Nous réunirons un groupe sélectionné de Canadiens de tous les différents milieux pour participer à un processus créatif d'élaboration de scénarios, dans lequel le personnel analytique du projet Trottier jouera le rôle de personnel de soutien, et où le travail réellement créatif de réflexion sur la manière dont l'avenir énergétique du Canada pourrait évoluer au cours des prochaines décennies sera fait par ce groupe de probablement 100 à 200 Canadiens invités, parce que nous les avons identifiés comme étant des gens qui ont le genre d'antécédents dont nous avons besoin et qui sont des penseurs et des leaders d'opinion dans leur discipline afin que leur influence s'étende bien au-delà de notre petit projet, parce que nous ne sommes en fin de compte qu'un petit projet assez modeste.

Cela vous donne une idée du genre de travail que nous faisons et que nous espérons continuer de faire. Je vérifie rapidement dans mes notes si j'ai fait un oubli catastrophique dans mon exposé, mais je pense que cela vous donne une idée de ce que nous faisons. Vous entendrez reparler de ce projet à mesure que ce travail que je viens de décrire commence à être publié et à être diffusé dans les mois à venir et que débute le processus que nous commençons maintenant à lancer pour élargir le débat.

J'en reste là, monsieur le président. Si vous avez des questions ou si vous souhaitez obtenir des précisions sur certains points, je suis à votre disposition.

Le président : Monsieur Bryant, avez-vous aussi un exposé à nous faire?

Tyler Bryant, analyste de politiques énergétiques, Trottier Energy Futures Project : Non. J'accompagne simplement M. Torrie au cas où certaines questions seraient un peu trop techniques.

Le président : Tout d'abord, monsieur, merci. Vous aviez déjà comparu devant nous en mars dernier avec le Sierra club, n'est-ce pas?

M. Torrie : J'étais venu alors en qualité de membre du conseil d'administration de la Sierra Club Foundation.

Le président : Il se trouve que je connais Lorne Trottier. C'est une personne très généreuse. Pourriez-vous nous donner une idée du financement que vous avez obtenu pour ce projet sur notre avenir énergétique, et sur le nombre de personnes qui participent à l'étude? Vous avez dit que c'est un petit projet assez modeste, mais j'ai l'impression qu'il a un énorme potentiel.

M. Torrie : Je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit de secret au sujet du don. Le projet a reçu une dotation de 2,5 millions de dollars, répartis sur plusieurs années. Nous sommes probablement au tiers de l'échéancier prévu. En ce qui concerne le nombre de participants, M. Bryant est en quelque sorte notre tête chercheuse. Nous avons un autre chercheur à temps plein, environ 80 p. 100 de mon temps. Nous avons deux ou trois chercheurs à contrat. C'est ce que je voulais dire quand je disais que c'est modeste.

Le président : Bien. C'est un centre de réflexion.

M. Torrie : Nous recevons aussi un peu de soutien de la Fondation David Suzuki, ici même, à Vancouver, ainsi que de l'Académie canadienne du génie, à Ottawa. Nous obtenons en fait plus que ce que pourrait indiquer le montant de la dotation, grâce à la contribution des organisations partenaires. Quand je compare le genre d'effort qui est consacré ne serait-ce qu'au volet de recherche de ce que nous faisons à ce qui se fait dans d'autres pays, j'ai presque honte. Les Américains viennent juste de publier un scénario sur un avenir à faible taux de carbone, il y a quelques semaines. C'est intitulé Reinventing Fire. Ça vient du Rocky Mountain Institute. Il y a 21 auteurs, deux années et, je pense, une soixantaine de collaborateurs. Il n'est pas rare de trouver derrière certaines des études des pratiques exemplaires que nous avons examinées des budgets de millions de dollars. Je ne constate aucun effort comparable au Canada en matière de réflexion stratégique et d'analyse de notre avenir énergétique. Je pense que c'est un vrai problème pour ce pays.

Le sénateur Mitchell : Je suis très intéressé par l'esprit de cette idée sur laquelle vous avez terminé, le sentiment que nous prenons aujourd'hui des décisions qui ne seront pas appliquées aujourd'hui. Elles seront appliquées dans un avenir très différent. Vous avez indiqué de manière très convaincante que nous avons fait de graves erreurs dans les années 1970 parce que nous ne comprenions pas ce qui se passait. Nous avons cru pouvoir défendre aux États-Unis la thèse du pétrole éthique, dans un exercice de relations publiques, pour faire accepter le pipeline Keystone. D'aucuns pensent que cette décision, ou non décision, ce report de la décision, résulte uniquement de la politique électorale en vue de 2012, alors que c'est peut-être un changement fondamental dans la manière dont les gens envisagent le changement climatique, envisagent le Canada. Nous avons vu la DQC, la directive sur la qualité du carburant, en Europe, nous avons vu ce qui s'est passé dans l'industrie de la forêt quand ce genre de chose a commencé à émerger et qu'il y a eu d'un seul coup la crise. Le problème est-il que nous ne comprenons pas que le monde est vraiment en train de changer et que cela aura une incidence énorme sur la manière dont les gens voient le Canada, sur la manière dont les gens voient non seulement nos produits d'énergie, mais aussi notre rôle dans le monde, notre influence, et cetera.?

M. Torrie : C'est une bonne question, et le commentaire qui la sous-tend, je pense, est tout à fait valide, c'est-à-dire que le monde est en train de changer très rapidement, non seulement dans le secteur de l'énergie, mais aussi dans tous les autres secteurs de l'activité économique qui déterminent ce qui se fait dans le secteur de l'énergie. On l'oublie souvent, et je pense que c'est Dwight Eisenhower qui avait dit que, quand on a un gros problème qu'on a du mal à résoudre, la solution est de le rendre encore plus gros, et c'est ce que nous constatons avec le travail de Trottier. Si l'on envisage les questions d'énergie d'un point de vue trop étroit, on ne prend pas conscience de ce qui va arriver, tout comme on n'en a pas pris conscience dans le passé. C'est pour cette raison que nous élargissons la portée de votre travail et essayons délibérément d'examiner les tendances qui émergent à l'échelle internationale.

En ce qui concerne quelque chose comme le pipeline Keystone, il a été sélectionné. Il a été ciblé. C'est devenu un symbole pour les gens qui ont exprimé leur opposition au pipeline. Mon avis personnel est que c'est parce qu'il symbolisait le fait qu'on allait dans la mauvaise voie, et non pas parce qu'il changerait beaucoup les choses d'une manière ou d'une autre. Tel est d'ailleurs le problème de la crise environnementale, en résumé, n'est-ce pas? Rien ne change vraiment grand-chose, mais tout est vraiment important. N'importe qui, et même le Canada, peut dire : « Qu'est-ce que ça peut faire, ce que nous faisons? Nous ne sommes que 2 p. 100. » Je viens d'une famille de neuf enfants. Je me serais fait très mal voir si j'avais employé cet argument à la maison. Pourquoi devrais-je faire quelque chose que les autres n'ont pas à faire? On n'avait pas intérêt à essayer de dire ça chez moi.

Outre cette sorte de perspective de valeur, le vrai risque qui se pose si l'on élude ou essaye d'éviter ces changements, c'est de rester à la traîne sur le plan technologique et économique. C'est d'ailleurs ce qui se profile à l'horizon. Pis encore, le danger n'est pas seulement de rester à la traîne, c'est aussi de passer à côté d'opportunités énormes si nous continuons à amplifier notre rôle dans le monde comme de simples coupeurs de bois, porteurs d'eau et porteurs de pétrole et de gaz. Nous passerons à côté de toutes les occasions qui se présenteront en dehors de cette tranche très mince du gâteau.

Prenez l'exemple de l'automobile. Tout permet de penser qu'elles vont devenir beaucoup plus légères. C'est inévitable. La majeure partie de l'énergie propulsant une automobile est là pour la propulser. L'automobile pèse 10 fois ce qu'elle devrait peser. Ce serait drôle si ce n'était pas si pathétique. Nous propulsons des machines de 4 000 à 5 000 tonnes pour déplacer une personne de 200 livres d'un point A à un point B. C'est vraiment drôle, quand on y pense. Ce qui se passe, avec la demande d'automobiles qui voient le jour en Asie et dans les économies émergentes, c'est qu'on est en train de les reconcevoir. La conception du futur reposera en grande mesure sur les besoins des économies asiatiques. Elles seront plus petites, plus légères, faites de fibre de carbone, et électriques. L'une des conséquences de ces changements technologiques est que, d'un seul coup, on n'aura plus nécessairement besoin de milliards de dollars pour construire une automobile. Il suffira de quelques centaines de millions, peut-être, parce que les carrosseries seront fabriquées avec de la fibre de carbone moulée. Au lieu d'avoir des milliers et des milliers de pièces, il n'y en aura que quelques douzaines qui s'imbriqueront les unes dans les autres. C'est d'ailleurs le type de changement qu'a connu l'ordinateur quand on est passé des gros ordinateurs centraux aux ordinateurs personnels.

On voit déjà apparaître ce genre d'opportunités commerciales à l'horizon. Elles sont le fruit du changement technologique dans le secteur de l'énergie, qui engendre une foule de nouvelles opportunités pour des acteurs qui ne s'occupaient pas auparavant de la production d'automobiles, pour ne prendre qu'un exemple. Voilà le genre de choses qui permettraient à la participation future du Canada à l'économie mondiale d'avoir une allure tout à fait différente si, non seulement nos gouvernements, mais aussi nos entreprises, relevaient le défi.

M. Bryant : Permettez-moi d'intervenir une seconde. L'automobile est un excellent exemple de cette troisième vague de changement qui apparaît maintenant, et le pipeline Keystone est essentiellement conçu pour répondre à la demande américaine de pétrole. Or, ce que nous constatons aux États-Unis depuis trois ans, c'est l'indication qu'on arrive peut- être au pic de l'automobile dans ce pays, pas au pic du pétrole. On constate que les gens conduisent moins. C'est une tendance très claire. Les gens achètent moins d'automobiles. On envisage d'accroître la capacité de pétrole aux États- Unis, d'y apporter de plus en plus de pétrole, sans peut-être réaliser qu'il y a un changement fondamental qui est en train de se produire, ce qui va nous amener à creuser des puits de pétrole pour des gens qui en ont de moins en moins besoin.

Le sénateur Mitchell : Sur cette note, et en parlant de changements fondamentaux, Jeffrey Rubin, l'économiste d'une de nos grandes banques, et quelqu'un qui a été très controversé et provocateur, a avancé l'idée que la crise de 2008 n'était peut-être pas seulement une crise d'hypothèques pourries. C'était peut-être aussi une crise provoquée par un pétrole à 150 $, qu'aucune économie ne pouvait supporter. Si vous souscrivez à un quelconque scénario de pic du pétrole, vous pouvez voir d'un seul coup apparaître ce genre de régulateur. Le prix du pétrole monte, et les économies s'effondrent parce que c'est un niveau insupportable. Pensez-vous que cela pourrait devenir une sorte de tendance poussant de plus en plus de gens vers ce qui semble peut-être très dispendieux aujourd'hui, l'éolien, le solaire, le thermique, le géothermique, toutes sortes d'énergies de remplacement qui finissent alors par devenir des sources d'énergie bon marché, moins dispendieuses, permettant aux économies de prospérer, plutôt que ce plafond sur lequel elles butent continuellement?

M. Torrie : Je pense que les prix du carburant et de l'électricité sont manifestement un facteur important, mais on peut les surestimer. Leur contribution relative à la majeure partie de ce que nous faisons est relativement petite. La contribution des carburants et de l'électricité au coût de possession et d'exploitation de cet hôtel n'est probablement que de quelques pour cent. Toutefois, ce qui se passe quand les prix du carburant et de l'énergie augmentent, bien sûr, c'est que les gens qui réfléchissent à ces choses-là commencent à changer la manière dont ils conçoivent les choses et commencent à changer la manière dont ils les pensent. C'est cela qui engendre des changements vraiment perturbateurs.

Comme je l'ai dit, le fait qu'il vous faille moins longtemps pour concevoir et construire un pipeline peut soudain avoir une incidence profonde sur votre demande. Ce n'est pas seulement que les choses chères deviennent moins chères, c'est que des occasions moins chères que nous avons laissé passer commencent à être adoptées.

L'une des caractéristiques du secteur de l'énergie est que d'autres avantages commencent à apparaître. Il n'y en a pas de meilleur exemple à mon avis que l'histoire des édifices verts. Quand je parle d'exemple, je veux parler d'exemple de la manière dont le prix est important, certes, mais aussi des autres avantages qu'on obtient quand on repense l'énergie. Nous avons essayé d'économiser l'énergie dans les immeubles, dans les années 1980, et nous avons réussi. Les gens sont tombés malades. Les gestionnaires d'immeubles ont été mécontents. Ce n'était pas une stratégie durable et, pour beaucoup, une stratégie très efficace. Nous avons simplement colmaté toutes les fuites. Ce n'était pas une démarche intégrée. Certes, nous avons économisé de l'énergie mais il y a eu d'autres conséquences négatives.

Vingt ans plus tard, voyez ce qui se fait maintenant avec les immeubles verts. Les gens font la queue pour y investir, pour les acheter, pour y travailler, pour les étudier, et cetera. Pourquoi? Parce qu'ils économisent de l'énergie? Non. Cela a peut-être été l'un des facteurs de déclenchement. Cela a clairement été l'un des facteurs poussant les concepteurs d'immeubles à repenser la manière dont ils faisaient les choses. En même temps, ce qu'ils ont constaté, c'est que cela débouchait sur de meilleurs immeubles. Je pense que nous devrions reproduire ce processus dans beaucoup des autres domaines où des crises s'annoncent sur le plan de l'énergie. Autrement dit, nous devons concevoir de meilleurs véhicules, pas seulement des véhicules consommant moins d'énergie. Les systèmes de production industriels doivent devenir plus rentables, pas seulement plus efficients sur le plan de l'énergie. Si nous pouvons entreprendre ce genre de réflexion, nous allons découvrir toutes sortes d'occasions qui n'attendent qu'à être découvertes.

J'ai rencontré il y a quelques semaines un promoteur d'Ottawa qui vient de terminer le rééquipement, au prix de 10 millions de dollars, d'un vieil immeuble du gouvernement de catégorie C, un immeuble d'une cinquantaine d'années, un immeuble de cinq étages, à peu près, valant peut-être une vingtaine de millions de dollars. C'était un gros projet. Il ne s'agissait pas seulement de rééquipement énergétique. Valeur actualisée des économies d'énergie par l'investissement de 10 millions de dollars, 7,5 millions. Pas mal. Augmentation de valeur de l'immeuble du fait de son passage de la catégorie C à la catégorie B, 7 millions supplémentaires. Pas mal. Valeur estimée du gain de productivité des gens travaillant dans l'immeuble, du fait d'une réduction de l'absentéisme et d'une hausse de la productivité des gens qui y travaillent, 32 millions de dollars.

C'est ça qui change tout. C'était une occasion qu'il suffisait de saisir. C'est simplement que le prix de l'énergie augmente et que réfléchir à l'énergie nous aide à découvrir ces occasions. Plus souvent qu'autrement, les technologies, comme je le disais au début de mon intervention, ne sont pas ce qui manque. Ce sont seulement les stratégies commerciales, les stratégies de financement et les stratégies logistiques nécessaires pour saisir les occasions. Or, elles peuvent être mises au point très rapidement.

Le sénateur Mitchell : L'autre technologie qui manque, c'est la technologie nécessaire pour convaincre les gens qu'il faut faire quelque chose au sujet du changement climatique et de l'environnement. L'autre occasion qu'on laisse passer à cet égard, je pense, c'est l'énergie distribuée, comme méthode de promotion du développement rural et de préservation de ces collectivités rurales que nous voyons s'étioler, et dont nous pleurons la disparition sur un plan sentimental, mais que nous pourrions faire renaître en remplaçant nos centrales énormes, énormes, par de l'énergie distribuée pour que les fermes et les petites collectivités puissent produire leur propre énergie et faire cet investissement et obtenir ce revenu dans leurs propres collectivités plutôt qu'à des milliers de kilomètres de distance.

M. Bryant : Cela correspond tout à fait à la recherche que nous faisons sur les budgets énergétiques. Essentiellement, dans les collectivités rurales et éloignées, les solutions d'énergie renouvelable qui sont disponibles sont quasiment illimitées. Nous avons au Canada environ 50 000 MW de capacité géothermique assistée, à l'échelle de tout le pays, pas seulement en Colombie-Britannique, ou au Yukon ou en Alberta. C'est dans tout le pays. À l'heure actuelle, ce n'est pas nécessairement à parité avec les autres sources d'énergie, mais vous pouvez imaginer les collectivités rurales venant juste d'obtenir leur site de production géothermique assistée globale. Cette technologie accroît actuellement l'approvisionnement énergétique dans des régions telles que l'Europe. Ce n'est qu'un exemple des choses qu'on pourrait aménager dans ces collectivités rurales.

Le sénateur Banks : Vous serez heureux d'apprendre que je vais faire gagner beaucoup de temps au comité en me contentant de faire une déclaration qui va probablement mettre M. Torrie dans l'embarras. Monsieur Torrie, vous avez déjà comparu plus d'une fois devant ce comité, je crois. Chaque fois, votre témoignage nous a abasourdis. Depuis mon arrivée au sein de ce comité, en 2000, je n'ai jamais vu quelqu'un qui pense autant en dehors des cadres établis que M. Torrie. D'ailleurs, si vous cherchez dans le dictionnaire la définition de « penser en dehors des cadres établis », vous trouverez la photo de M. Torrie. La thèse qu'il nous a présentée est celle qu'il nous avait déjà présentée au nom d'un autre organisme. C'est simplement qu'on peut faire toutes ces choses-là, que c'est vraiment facile, et que c'est tout à fait dans notre intérêt universel, à tous égards. La seule raison pour laquelle nous ne les faisons pas est l'immobilisme, l'inertie et l'habitude, parce qu'on n'en a jamais formulé correctement l'argumentaire économique. Permettez-moi de faire une analogie.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté et que nous avons dû faire face à l'urgence, lord Beaverbrook, en Angleterre, et M. Howe, chez nous, ont été chargés de concevoir des stratégies industrielles révolutionnaires que tout le monde pensait impossibles. « On ne peut pas faire ça en aussi peu de temps », disaient les Cassandre. Eh bien, ils l'ont fait. Si nous étions prêts à accepter aujourd'hui le fait que nous sommes confrontés au même genre d'urgence, ce sont des gens comme M. Torrie qui seraient les C.D. Howe et les lord Beaverbrook capables de régler cette situation en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, parce qu'ils pensent en dehors des cadres établis, qu'ils font fi des conventions et qu'ils savent faire usage des choses auxquelles nous avons déjà accès. Ce n'était pas une question, monsieur le président, et vous pouvez rayer mon nom de la liste.

Le sénateur McCoy : Je peux certainement réitérer ce que vient de dire le sénateur Banks, que j'approuve sans réserve. Permettez-moi de vous poser une question découlant précisément de ce qu'il vient juste de dire. Quels sont les motivateurs, et qu'est-ce qui va nous faire sortir de l'inertie? Je présume que c'est Reinventing Fire, d'Amory Lovins. Je présume que c'est une actualisation du quatrième facteur, n'est-ce pas? L'avez-vous lu?

M. Torrie : Oui. J'en suis aux dernières pages. Il est sorti il y a quelques semaines.

Le sénateur McCoy : Walt Patterson de Chatham House dit la même chose depuis 1971 et vous, vous-même, avez été membre de ce groupe illustre. Qu'allons-nous faire? Que devons-nous faire pour devenir une société de haute productivité et de haute performance, un chef de file mondial dans le secteur de l'énergie?

M. Torrie : Comme je l'ai dit au début, je ne peux exprimer qu'un avis personnel sur ces questions, mais l'une des opinions que je partage fermement avec Amory Lovins est exposée dans son dernier ouvrage, Reinventing Fire. Ce changement, s'il doit se produire, sera impulsé par le monde des affaires. Cela ne veut pas dire que les pouvoirs publics n'auront pas un rôle très important à y jouer. Ce sera cependant plutôt un rôle d'habilitation. On parle en effet ici d'une transformation tellement fondamentalement innovatrice et entrepreneuriale, qu'il semble peu probable que la transition puisse se faire sans la participation pleine et enthousiaste de la classe entrepreneuriale.

Je pense qu'elle est déjà en route. Je pense qu'il y a une vague d'innovation qui est déjà en train d'avancer. Je sais qu'elle existe. Je la vois. Et ce n'est pas non plus un seul problème, ce n'est pas 150 gros problèmes, c'est à peu près sept ou huit transitions différentes qui ont déjà commencé. C'est la transition dans la mobilité personnelle et l'automobile. C'est la transition dans le logement domiciliaire. C'est la transition dans les immeubles commerciaux. Je pense que nous allons arriver à un point de bascule. Voyez ce qui se passe actuellement avec les immeubles verts, par exemple. La transition avance tellement vite que le seul obstacle n'est probablement que le manque de personnes sachant réellement les concevoir et les construire. Voyez ce qui se passe dans le secteur du logement domiciliaire, où ça semble être exactement la même chose, à mon avis. Le problème est maintenant de trouver la main-d'œuvre qualifiée sachant rééquiper un immeuble en profondeur ou convertir une maison.

Vous pouvez voir que le rôle implicite du gouvernement commence à se définir dans des affirmations de cette nature. Nous sommes à l'aube d'une grave pénurie de main-d'œuvre pour faire ce travail. Nos collèges communautaires et techniques vont devoir très rapidement se réveiller, et il y aura définitivement un rôle pour le gouvernement là-dedans. Nous allons dresser la liste des diverses politiques publiques et des diverses options qui contribueraient à notre avis à accélérer la transition dont vous parlez. Vous trouverez beaucoup de ces choses-là dans l'ouvrage de Lovins. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire à ce sujet, mais je termine en disant ceci : l'une de ses observations intéressantes est qu'on n'a pas nécessairement besoin d'une stratégie d'énergie nationale intégrée, parce que beaucoup des mécanismes habilitants nécessaires pour accélérer la transition peuvent être mis en œuvre au niveau des États et des municipalités, et beaucoup le sont déjà.

J'ai travaillé pour des municipalités locales dans différents pays pendant une dizaine d'années dans les années 1990. J'ai été frappé de voir tout ce qui peut se faire une fois qu'une municipalité locale a décidé de s'attaquer à une question de cette nature pour habiliter les entreprises locales et l'activité économique locale. Ça nous ramène à ce que vous disiez, sénateur Mitchell, sur la stimulation du développement économique local. Prenez n'importe quelle petite ville du Canada et calculez combien d'argent en sort chaque année pour le carburant et l'électricité. Vous aurez un très, très gros chiffre. Dans ma collectivité rurale de l'Ontario, c'est 1 million de dollars par jour. Une somme de 1 million de dollars sort chaque jour de la collectivité. Certes, une partie reste au Canada, mais une bonne partie s'en va Dieu sait où pour faire venir du pétrole et du carburant. On commence alors à voir l'avantage qu'il y a à réinvestir cet argent dans la collectivité : ça crée de l'emploi, ça engendre des retombées économiques sur place. Il y a à l'évidence un lien entre la renaissance des économies des petites villes et le secteur de l'énergie. Cela a à voir avec la quantité d'argent qui sort actuellement de ces collectivités.

Le sénateur Brown : Je suis éberlué par vos études et par ce que vous en sortez. Vous parlez de croissance de la technologie et du fait qu'elle crée des emplois. Je ne vous conteste pas, mais il semble que quelque chose d'important s'est passé ces derniers mois dans notre monde. Il me semble que nous perdons beaucoup d'emplois. J'ai trouvé il y a une semaine ou deux un tableau sur l'économie de l'Union européenne. L'un de ces pays dépense 125 p. 100 de son PIB, ce qui veut dire qu'il consomme tout son argent et emprunte en plus 25 p. 100. Le Canada semble être tout en haut de la liste des pays financièrement les plus stables, à l'heure actuelle, avec 35 à 30 p. 100 du PIB. Les États-Unis sont à 62 p. 100.

Si je retourne un peu en arrière, j'ai eu ma première peur au sujet de la technologie il y a plus de 20 ans quand j'ai découvert d'un seul coup que mes comptes bancaires avaient été transférés de Calgary à Toronto. Mes parents et moi- même avions été clients de la même banque pendant une quarantaine d'années, mais, d'un seul coup, nos comptes se retrouvaient à Toronto. Quand j'ai demandé des explications, on m'a dit que la banque pouvait se passer de 500 employés à Calgary en transférant toute son activité bancaire à Toronto. J'ai immédiatement tout transféré dans une autre banque qui s'occupe toujours de moi à Calgary. On voit ça constamment.

J'ai eu des discussions avec des gens qui dirigeaient le centre de réflexion de l'Ouest, en Alberta, pour essayer de savoir où se trouveront les emplois de demain. Nous avons des gens qui servent des hamburgers, des serveuses qui débarrassent des tables, des gens qui enseignent le golf, et des choses de ce genre, mais je pense que cette technologie est une arme à double tranchant. Son expansion est incontestablement une arme à double tranchant. Par exemple, le premier téléphone cellulaire que j'aie jamais eu était énorme et coûtait 2 400 $, sans compter que j'entrais en collision avec les gens dans la rue chaque fois que je prenais un appel. Aujourd'hui, j'en ai un tout petit dans ma poche de chemise, qui me permet d'appeler n'importe qui en Amérique du Nord, sauf au Mexique. Songez à tous les gens qui répondaient au téléphone et qui faisaient les appels pour vous. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a moins d'emplois chaque fois que nous créons une nouvelle technologie.

Ce qui me fait peur, c'est qu'il y a maintenant à Calgary 1 million d'habitants. Dans ma jeunesse, on n'avait pas à craindre le vol ou quoi que ce soit d'autre. Aujourd'hui, beaucoup de gens sont sans emploi à Calgary, dont l'un des centres financiers du Canada. Ma propre maison a été cambriolée trois fois en quatre ans. J'y avais installé toute la technologie au monde pour la sécuriser, mais, quand j'en ai parlé à la police, on m'a dit : « Cher monsieur, vous n'êtes pas le seul. À 4 milles au nord de chez vous, quatre maisons viennent d'être cambriolées. » Cela devient pratiquement une épidémie, parce qu'il n'y a pas beaucoup de bons emplois.

Le président : Sénateur, je pense que nous avons saisi votre argument. Voulez-vous poser une question au témoin ou vouliez-vous simplement faire une déclaration?

Le sénateur Brown : Je veux savoir si la technologie donnera des emplois. Voilà ce que je veux savoir, si nous aurons des milliers et des milliers d'emplois plutôt que de moins en moins d'emplois.

M. Bryant : Je dirais qu'à notre époque d'intégration économique internationale de plus en plus profonde, le développement technologique va en réalité nous sauver au moment où nos emplois de fabrication sont transférés à l'étranger. Nous pouvons être les concepteurs. Nous pouvons être les innovateurs. Nous pouvons être les designers. Nous pouvons être les créateurs de ces technologies. C'est en devenant un innovateur technologique, surtout dans le domaine de l'énergie propre, que le Canada pourra émerger dans un monde à faible taux de carbone. À l'heure actuelle, nous nous fondons uniquement sur l'extraction des ressources comme principal moteur de notre économie. Le danger est que, si le monde se réveille et constate que nous avançons vers des carburants propres, alors, nos carburants sales, qui sont marginaux et qui coûtent cher, seront les premiers à disparaître. On pourra se procurer des carburants à bien meilleur prix ailleurs. Donc, je pense que si nous pouvons être les concepteurs et les créateurs de la technologie, cela stimulera en réalité la croissance de l'emploi chez nous et la résilience du marché du travail.

Le sénateur Brown : Je suis allé à l'usine de Dingolfing en Allemagne, qui produit certaines des meilleures automobiles au monde. Il y avait six chaînes de production. On y produit une BMW en moins d'une minute sur ces chaînes de production. J'ai visité toute l'usine avec un superviseur. Elle était robotisée à plus de 50 p. 100. Je n'ai rien à ajouter.

M. Torrie : Vous soulevez là un énorme sujet qui nous préoccupe tous, surtout ceux d'entre nous qui avons des enfants dans la vingtaine qui font face à ce tout nouveau problème de l'emploi.

Le sénateur McCoy : Et qui vivent toujours à la maison?

M. Torrie : Disons qu'ils essaient de trouver leurs marques. La vieille économie les a abandonnés, et la nouvelle n'est pas encore très bien définie, ce qui rend les choses difficiles. Je pense que c'est un très gros problème dans tous les pays de l'OCDE, actuellement. Je veux parler des conséquences sur l'emploi des changements qui se produisent.

Je ferai deux brèves remarques, monsieur le président. La première concerne les très bas prix des carburants et de l'électricité que nous avons eus au cours des années, et que nous avons d'ailleurs encore ici. Je sais que tout le monde pense que l'essence est très chère par rapport à ce qu'elle coûtait autrefois, mais la tendance à long terme est qu'elle va devenir encore plus chère. Toutefois, comme elle a été comparativement très bon marché, elle nous a permis de remplacer le travail par l'énergie. À mesure que son prix va augmenter, je pense qu'il y aura une certaine création d'emplois. Je ne saurais en donner de meilleur exemple que le secteur du logement domiciliaire. Nous allons être obligés de rénover des logements pour en rehausser l'efficience, et ça vaudra la peine de payer des gens pour faire ce travail. Il y aura des dizaines de milliers d'emplois qui seront créés, certains de simple manœuvre, d'autres de travailleur qualifié, et d'autres encore d'expert devant aller étudier les domiciles pour voir ce qu'il faudrait y faire. C'est un bon exemple de la manière dont certains des changements touchant le secteur de l'énergie engendreront des emplois à des niveaux assez élevés dans toute une gamme de secteurs.

Vous avez cependant aussi dans le secteur des projets à très forte intensité de capital, avec des niveaux élevés d'automatisation, où la création d'emplois par dollar investi est effectivement très faible. Cela crée le genre de chômage structurel dont vous parlez. C'est l'un des gros problèmes de notre époque. Je ne prétends pas avoir de solution facile ou rapide, mais je suis heureux qu'il ait été soulevé ici, ce matin, car il fait partie des préoccupations de quiconque réfléchit au genre de futur réaliste que nous pouvons envisager et à la manière dont nous pourrons y gagner notre vie.

Le sénateur Massicotte : Je comprends votre message. Quand on voit ce qui se passe avec le changement climatique, il est facile d'être découragé et de dire qu'on est complètement à côté de la plaque, même en tenant compte de ce qu'a dit le gouvernement au sujet d'une étude récente sur le secteur international de l'énergie. Pourtant, quand je vous écoute, j'ai le sentiment que, malgré ce que disent les experts, nous arriverons à trouver une solution grâce à la technologie. Vous nous donnez le sentiment d'être très optimiste en disant : « Ne vous inquiétez pas, le problème va se résoudre. En fait, gouvernement fédéral, nous n'avons pas besoin d'une stratégie nationale de l'énergie parce que le problème va être résolu par les différents paliers de gouvernement. » Est-ce là votre message? Sinon, êtes-vous en train de nous dire : « Nous convenons tous que des solutions existent, à condition que les gens soient prêts à payer »? Nous le savons bien, mais quel est le message que vous essayez de nous communiquer? Je perçois vraiment une note d'optimisme au sujet de la technologie. Allons-nous avoir un problème ou non?

M. Torrie : Si j'interprète bien la science du climat, nous allons avoir un problème au sens où le degré de changement climatique qui est déjà enchâssé dans le système est très élevé, et au sens où, même avec des efforts héroïques pour réduire les émissions mondialement, les choses ne peuvent qu'empirer avant de s'améliorer. Pour ceux d'entre nous qui œuvrent dans ce domaine, cela rend l'avenir beaucoup plus sombre qu'il ne l'était. Quand j'ai commencé à m'intéresser à ces questions, dans les années 1980, j'avais l'impression qu'on avait encore une chance de barrer la route au problème si on décidait d'agir immédiatement.

Le sénateur Massicotte : Nous fonçons dans le mur?

M. Torrie : Tête première.

Le sénateur Massicotte : Que recommandez-vous donc?

M. Torrie : Le problème est que, même si nous faisons toutes les choses dont nous parlons, tous ces changements technologiques, le climat va continuer à se détériorer. Vous n'allez pas réussir à convaincre les gens.

Le sénateur Massicotte : Que devrions-nous donc faire?

M. Torrie : Donnez-moi une minute. Je crois que ce que nous devrions faire, c'est mettre en avant tous les autres avantages qui pourraient découler des choses que nous devrions faire pour réduire nos émissions, parce que c'est ça qui va les convaincre. C'est ça qui va rendre ces changements possibles du point de vue commercial, et c'est ça qui va nous permettre de franchir les points de bascule dont parlait le sénateur McCoy dans sa question. On ne réussira pas à faire accepter ça simplement en disant que c'est pour éviter le changement climatique. Au point où nous en sommes, il est inévitable.

Le sénateur Massicotte : Que devrions-nous essayer de faire accepter? Je suppose que c'est le prix. Autrement dit, vous allez payer pour ce que vous contribuez. C'est ça, la solution?

M. Torrie : Je crois que le signal du prix doit être là, mais il ne sera pas suffisant en soi et dans la plupart des secteurs de l'économie, parce que la contribution issue des prix des carburants et de l'électricité est trop petite. Nous en avons déjà entendu la preuve aujourd'hui. Les gens ne changent pas leurs habitudes de conduite automobile.

Le sénateur Massicotte : Que devrions faire d'autre?

M. Torrie : Le financement est un goulot d'étranglement. Nous n'arrivons pas à attirer de capitaux dans ces nouvelles technologies aussi facilement que dans les technologies traditionnelles. Il va donc falloir des changements dans le secteur de la finance pour y remédier.

Le sénateur Massicotte : Pourquoi? Si les entrepreneurs peuvent gagner de l'argent et si c'est faisable, je suppose que les gens viendront investir pour gagner de l'argent.

M. Torrie : La solution est en partie extrêmement désagrégée. Si vous essayez de prêter 1 milliard de dollars, c'est plus difficile avec ces solutions-là que ça pourrait l'être si quelqu'un venait vous voir pour construire un pipeline ou une centrale électrique.

Le sénateur Massicotte : Mais si ce quelqu'un peut faire 20 p. 100 de profit, comme vous l'avez dit, en rénovant un immeuble, je soupçonne très fort que ce milliard de dollars sera très vite trouvé.

M. Torrie : L'une des pierres d'achoppement est l'existence d'incitatifs parcellaires. Le propriétaire ou le constructeur de l'immeuble ne sera pas responsable du coût du carburant ou de l'électricité. Il n'y aura pas nécessairement pour lui d'incitatif à dépenser un peu plus de capital au départ, même si le résultat est de rendre l'immeuble plus efficient sur le plan de l'énergie.

Le sénateur Massicotte : Je ne suis pas sûr de partager votre avis à ce sujet. Vous affirmez que la plupart des baux sont des baux nets. Par conséquent, ce coût est assumé par le locataire. J'ai été en affaires toute ma vie, et je le suis encore. Quand vous faites concurrence à tous les autres propriétaires d'immeubles pour attirer un locataire, celui-ci va examiner attentivement son coût brut de location. J'ai géré des immeubles avec peu de taxes, et d'autres avec beaucoup de taxes. Les clients sont intelligents. Ils savent calculer. Ils savent ce qu'est un coût d'occupation brut, comme on dit. Les clients sont intelligents et ils savent ce qu'ils devront payer. Il faut qu'il y ait une différence de prix. Les gouvernements ont-ils un rôle à jouer dans votre solution? Le gouvernement fédéral?

M. Torrie : Oui, il y a des choses que le gouvernement peut faire le long de la chaîne. J'hésite un peu à en dresser une liste maintenant. Je ne m'étais pas préparé à le faire aujourd'hui. J'ai cependant indiqué dès le départ que le gouvernement pourrait encourager ce genre de scénarios à faible taux d'émission que nous examinons et qui font l'objet de nos recherches. Je sais que la plupart des choses que peut faire le gouvernement ont à voir avec des technologies habilitantes, mais il peut aussi élaborer des codes et des normes dans certains secteurs. Il y a aussi à l'évidence une fonction de recherche et de développement dans certains domaines où le développement technologique est en retard. Il y a clairement quelque chose de plus que le gouvernement peut faire pour le franchissement de la vallée de la mort vers les nouvelles technologies et leur mise en œuvre complète. Il y a des problèmes de main-d'œuvre et de formation professionnelle au sujet desquels le gouvernement pourrait faire preuve de leadership. Il y a aussi un problème plus général d'ordre pédagogique, dans la mesure où nous avons besoin de modifier la manière dont nous formons nos ingénieurs, nos architectes et nos autres professionnels, puisqu'ils exercent une influence vraiment très profonde sur le système d'énergie que nous avons. Le gouvernement a aussi un rôle à jouer dans le secteur de l'éducation. C'est donc toute une mosaïque de choses.

Le président : Merci, monsieur Torrie. Nous lirons avec beaucoup d'intérêt les conclusions de votre recherche. J'espère que vous nous les ferez parvenir.

Chers collègues, nous allons maintenant accueillir Cam Matheson, de B.C. Hydro Regeneration.

Nous vous souhaitons la bienvenue parmi nous. Vous êtes vice-président d'Asset Investment Management, Transmission and Distribution. Nous sommes prêts à écouter ce que vous avez à nous dire. Comme vous le savez, l'un de vos anciens patrons est ici, en la personne de Richard Neufeld.

Vous nous avez fait parvenir une série de diapositives. Maintenant, vous avez la parole. Si vous avez des précisions à demander, n'hésitez pas, car j'ai peut-être oublié de vous dire quelque chose, vu que nous sommes obligés d'accélérer un peu nos délibérations.

Cam Matheson, vice-président, Gestion de l'actif, B.C. Hydro : Non, tout est parfait. Je vais tout simplement vous commenter les diapositives l'une après l'autre. Je suis très heureux d'avoir l'occasion de vous parler du réseau électrique de B.C. Hydro. À mon avis, c'est l'un des grands réseaux électriques du monde. Il répond admirablement bien aux besoins des habitants de la province, et je suis ravi de venir vous en parler, surtout à des gens qui n'y habitent pas.

Le président : Vous savez sans doute que lors d'un récent déplacement de notre comité, nous sommes allés visiter le nouveau centre de Langley. Nous avons été très impressionnés par ces installations ultrasophistiquées.

M. Matheson : Ce sont des installations magnifiques.

Je suis toujours ravi de parler du réseau électrique que nous avons dans notre province, dont la gestion nous pose des défis particuliers. Certes, l'avenir nous en réserve certainement d'autres, comme je vous l'expliquerai tout à l'heure, mais les opportunités sont extraordinaires, car la province jouit d'immenses ressources que nous devons exploiter judicieusement pour que les générations suivantes puissent en profiter pleinement. Encore une fois, je suis ravi d'être ici aujourd'hui.

L'un des grands défis qui se posent à nous est le fait que l'électricité est un produit que le consommateur moyen ne connaît pas bien. Il est vrai que l'électricité est en partie invisible, et pourtant, elle est absolument indispensable au mode de vie de notre société, en Colombie-Britannique comme dans le reste du Canada, même si les gens ne comprennent pas vraiment ce qu'il en coûte de la produire et d'où elle provient. Bien sûr, le sénateur Neufeld le sait, lui. La majeure partie de notre électricité est consommée dans le Lower Mainland de la Colombie-Britannique, mais elle provient essentiellement d'une région éloignée comme la vallée de la rivière de la Paix. C'est déjà pour nous, au départ, un gros problème. Avec la hausse du coût de l'énergie au niveau mondial, y compris celui de l'électricité, il faut que nous parvenions à faire mieux connaître ce produit à la population pour qu'elle le consomme de façon parcimonieuse, vu que c'est une ressource rare et, en fait, très coûteuse. En Colombie-Britannique, l'électricité a toujours été l'épine dorsale de notre économie et de notre développement économique, et elle doit le rester. Bien sûr, il y a d'autres formes d'énergie concurrentes et d'autres systèmes en Amérique du Nord et dans le monde entier.

Permettez-moi de vous dire quelques mots sur B.C. Hydro. C'est une société d'État qui appartient en exclusivité à la province de la Colombie-Britannique et qui est réglementée par la British Columbia Utilities Commission. Nous desservons environ 1,8 million d'usagers, dont à peu près le tiers sont des industries, comme les grandes usines de pâte à papier; le deuxième tiers est composé de nos clients commerciaux, c'est-à-dire les petites et grandes entreprises de tous les secteurs, ainsi que les universités et les hôpitaux; le troisième tiers est composé des usagers résidentiels. Quand je dis « un tiers, un tiers, un tiers », je parle de la part d'énergie que chacun de ces secteurs consomme par rapport à l'ensemble de notre production; je ne parle pas, bien sûr, du nombre d'usagers, car sur ce plan-là, ce sont les usagers résidentiels qui sont les plus nombreux.

À l'heure actuelle, notre société emploie environ 5 800 personnes, dont 3 400 dans les lignes de transport et de distribution. B.C. Hydro est très fière de sa rapidité d'intervention en cas de panne, et c'est surtout grâce à ceux qui sont capables de grimper au sommet des poteaux électriques, en pleine tempête, comme celle que nous avons connue la semaine dernière à Vancouver, et qui réussissent à rétablir le courant rapidement. Pour ce qui est de la production d'électricité, nous fonctionnons grosso modo comme Hydro Québec, puisque c'est un système de génération hydroélectrique, dont la production peut varier de 40 p. 100 d'une année à l'autre, selon les quantités d'eau disponibles.

Si vous allez à la page 4 de notre mémoire, vous voyez que la grande majorité des ressources se trouvent dans deux régions de la province qui sont très éloignées des lieux de consommation. Nos principales centrales se trouvent dans la région de la rivière de la Paix, au nord-est. Au sud-est de la province, principalement le long du fleuve Columbia, vous voyez qu'il y a un certain nombre de centrales et de stations d'entreposage importantes. Ces deux systèmes fluviaux représentent environ 80 p. 100 de notre capacité de production. Notre plus gros problème vient du fait que la majeure partie de la demande se situe dans le sud-ouest de la province, dans le Lower Mainland de la Colombie-Britannique. En tant que planificateur et opérateur, je sais combien il est difficile d'acheminer de l'électricité sur de très grandes distances et de traverser des régions montagneuses avant de pouvoir la distribuer à une région très circonscrite du Lower Mainland de la Colombie-Britannique. C'est un très gros obstacle, que nous devons surmonter en tenant compte des risques et des problèmes dus au fait que le lieu de production de la majeure partie de l'électricité est très éloigné du lieu de la demande.

Nous ne sommes pas la seule société d'hydroélectricité à avoir ce genre de problème, loin s'en faut, mais il faut reconnaître qu'en Colombie-Britannique, ce problème prend des dimensions assez extrêmes. Pour compenser, nous produisons aussi de l'électricité dans le Lower Mainland, dans une centrale thermique de Vancouver qui s'appelle Burrard Thermal. Notre société et le gouvernement provincial se demandent depuis des années que faire de Burrard Thermal parce que, premièrement, elle brûle du gaz naturel pour produire son électricité, et, deuxièmement, c'est une centrale vieille et inefficiente. Avec un système comme celui que nous avons, nous devons pouvoir compter sur un centre de distribution qui a une capacité robuste et fiable, afin d'éviter les problèmes qui risquent de se poser lorsque la majeure partie de l'électricité est produite à une distance très éloignée du lieu où elle est consommée. De façon générale, notre système comporte 31 centrales hydroélectriques. Nous avons trois centrales thermiques, dont Burrard Thermal. Nous avons à peu près 18 000 km de lignes de transport, 56 000 km de lignes de distribution, 300 sous-stations et environ 1 million de poteaux électriques. Voilà pour notre système.

Vous constaterez également sur cette carte qu'environ le tiers de la province n'est pas desservi par le réseau de transport. D'ici quelques années, cela va changer, car nous allons commencer à essayer d'alimenter de plus en plus de nouvelles installations industrielles, à savoir des installations pétrolières et gazières dans le nord-est, des mines partout dans la province, et les nouvelles installations de liquéfaction du gaz naturel, sur la côte au nord-ouest, près de Prince Rupert. L'extension du réseau électrique provincial vers le nord, où il est actuellement absent, va représenter un réel défi pour nous, si nous voulons que l'électricité continue de stimuler le développement économique comme elle l'a toujours fait.

Le président : Donc, c'est au nord-ouest, le long de la côte, vers Prince Rupert et Kitimat; ce sont ces régions qui sont pour vous les plus problématiques, à l'heure actuelle?

M. Matheson : En partie. Nous avons déjà un prolongement de la ligne de transport jusqu'à Prince Rupert et jusqu'à la côte Nord, mais si cette région connaît un fort taux de développement industriel, ça ne va pas être suffisant. Il va falloir renforcer notre capacité de transport.

Le président : Je me posais justement la question, car on parle de développements importants dans cette région.

M. Matheson : En effet. Certaines régions du nord-est, comme Fort Nelson, ne sont pas reliées au réseau, et comme les activités d'exploitation du gaz naturel s'y développent considérablement, notamment le long de la rivière Horn, il va falloir que la province décide si elle veut, oui ou non, que le réseau de transport soit prolongé jusqu'à ces installations industrielles.

Le président : C'est peut-être une question idiote, mais pourquoi déciderait-elle de ne pas le faire, puisqu'il y a un besoin?

M. Matheson : C'est une bonne question. Le choix revient toujours à la même chose : doit-on demander aux consommateurs actuels de payer un prolongement très coûteux du réseau d'électricité, ou doit-on laisser ces industriels produire leur propre énergie électrique à partir du gaz naturel? Bien souvent, c'est ça le choix. S'agissant du nord-est, il y a un tout petit raccordement avec la province de l'Alberta. Pendant des années, on s'est demandé s'il fallait renforcer ce raccordement et faire en sorte que le service, dans cette extrémité nord-est de la province, provienne de l'Alberta. À mon avis, ce n'est pas vraiment réaliste, et je ne pense pas que l'Alberta serait intéressée. Au final, soit l'industrie produira sa propre électricité, soit nous prolongerons le réseau électrique. Mais ce sera au gouvernement provincial de décider.

Passons maintenant à la page 6. Vous y voyez des photos, certaines anciennes, d'autres plus récentes. Je voulais vous montrer qu'en Colombie-Britannique, le parc de centrales que nous avons actuellement a commencé à se développer dans les années 1960. La planification a commencé dans les années 1950, et la construction, dans les années 1960. La construction a continué dans les années 1970 jusqu'au milieu des années 1980, lorsque la dernière centrale du nouveau réseau est entrée en service, en 1985, à Revelstoke.

L'un des défis qui se posent à nous, en plus de cette croissance industrielle dont je viens de parler, est le fait que notre parc actuel est composé de centrales qui sont en fin de vie, et qu'il y a des pièces importantes des réseaux de transport, de distribution et de production que nous avons entrepris de remplacer, ce qui nécessite des investissements importants. Donc, au moment où la Colombie-Britannique se réjouit d'accueillir de nouveaux investissements privés dans de nouvelles industries qui vont avoir besoin d'électricité, nous allons devoir remplacer ces pièces importantes qui sont aussi très coûteuses, ce qui risque de se traduire par des hausses de tarifs pour les consommateurs de la province. Les choix que nous ferons au cours des 10 prochaines années seront très importants pour l'ensemble de la province. La province va devoir prendre des décisions cruciales à ce niveau-là.

À la page 7, un graphique vous indique où ont été faits les principaux investissements. À partir de la fin des années 1950 jusqu'aux années 1980, on a beaucoup investi dans la construction de centrales. Ensuite, pendant une vingtaine d'années, comme le système enregistrait un excédent, peu d'investissements ont été faits, jusqu'à ce que cet excédent disparaisse, vers 2005. Et, d'un seul coup, il y a quelques années, les investissements sont repartis de plus belle, ce qui témoigne de la nécessité à la fois de prolonger le système et de remplacer des pièces importantes.

B.C. Hydro n'est pas la seule société d'hydroélectricité à se trouver dans cette situation. Dans toute l'Amérique du Nord, les réseaux électriques nécessitent des investissements pour que les infrastructures fonctionnent jusqu'au siècle prochain, et ces dépenses importantes exerceront inévitablement des pressions à la hausse sur les tarifs d'électricité. Bien sûr, il y a toute la question du changement climatique, et beaucoup de gouvernements, y compris la Colombie- Britannique, construisent actuellement des installations de production d'énergie propre et renouvelable pour faire face à la croissance de la demande d'électricité. Ces installations sont généralement très coûteuses. Comme leur production est intermittente, cela ajoute à nos difficultés.

Les réseaux électriques d'Amérique du Nord, dont nous faisons partie, font face à plusieurs problèmes. Comme je l'ai dit, cela résulte de la croissance de la demande dans de nouvelles régions, de la nécessité de réinvestir dans les installations existantes, et de la croissance de la production d'électricité intermittente, pour lutter contre le réchauffement climatique. La combinaison de tous ces éléments se traduit par des hausses de coûts pour l'ensemble des réseaux.

En Colombie-Britannique, cette croissance devrait se situer entre 25 et 40 p. 100 au cours des 20 prochaines années. Elle sera peut-être même supérieure, tout dépendant du développement de ces activités industrielles.

Je vais vous dire quelques mots des tarifs d'électricité, si vous me le permettez. C'est à la page 10. Vous voyez sur le graphique qu'à Vancouver et en Colombie-Britannique en général, nous avons les tarifs d'électricité les plus bas de toute l'Amérique du Nord. Nos gouvernements successifs ont toujours considéré cela, à juste titre d'ailleurs, comme un avantage concurrentiel, car cela attirait chez nous des industries qui consomment beaucoup d'électricité, comme les usines de pâte à papier. La question que nous devons maintenant nous poser est celle-ci : pouvons-nous conserver cet avantage concurrentiel, et, dans l'affirmative, quels compromis devons-nous faire pour y parvenir?

Passons maintenant à la diapositive no 11, où il est question de notre programme de modernisation du réseau électrique dans des zones urbaines comme Vancouver. De plus en plus, nous avons besoin d'enterrer les câbles. De plus, un grand nombre de nos grandes artères d'alimentation et de nos lignes de transport doivent être remplacées, car elles arrivent en fin de vie. Dans des villes comme Vancouver, où la densité démographique est de plus en plus forte, nous ne pouvons tout simplement pas nous approprier de larges emprises au sol pour faire passer les câbles en pleine ville. Il faut trouver d'autres solutions. C'est donc un autre défi. Nous avons plusieurs projets en cours. Dans deux grandes sous-stations du centre d'une Vancouver, la sous-station Murrin, dans le quartier chinois, et la sous-station Dal Grauer, sur la rue Burrard, d'importants travaux de modernisation sont en cours.

Tout comme les équipements des villes et les installations de production, le réseau de transport subit actuellement d'importants changements. Sans les énumérer tous, je vais vous donner quelques exemples. La ligne de transport qui va de l'intérieur vers le Lower Mainland permettra d'acheminer l'électricité des centrales éloignées vers notre centre de distribution situé dans le couloir Vancouver/Victoria, car, actuellement, nous n'avons que 4 lignes pour transporter toute cette électricité vers le Lower Mainland, ce qui représente un gros risque pour notre système; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons besoin de centrales comme celle de Burrard Thermal, en cas de capacité insuffisante. En plus de la ligne de transport qui va de l'intérieur vers le Lower Mainland, nous espérons pouvoir construire la ligne de transport du Nord-Ouest, afin d'alimenter le nord-ouest de la province, notamment les mines, les ressources renouvelables et les installations d'approvisionnement. Ce sont là deux exemples de nouvelles lignes de transport qui sont indispensables au fonctionnement adéquat de notre réseau électrique.

L'un des problèmes auxquels nous nous heurtons est la nécessité de trouver un terrain d'entente avec les Premières nations, car l'installation de ces lignes de transport les touche directement. Rien qu'à elle seule, la ligne de transport qui va de l'intérieur vers le Lower Mainland traverse je crois 50 ou 60 terres des Premières nations. Il est donc très difficile de mener à bien un projet de ce genre, surtout que, dans ce cas, le long du fleuve Fraser, la ligne traverse des terres que les Premières nations utilisent depuis toujours pour la chasse et la pêche.

Des changements importants sont aussi en cours en ce qui concerne le réseau de distribution. Nous sommes en train de remplacer tous les compteurs analogiques par des compteurs électroniques dits intelligents, et cela devrait se poursuivre toute l'année prochaine. Nous en avons déjà installé environ 350 000, sur les 1,8 million que nous prévoyons installer d'ici à la fin de l'année 2012.

Notre réseau de distribution subit donc des changements importants. La diapositive 14 vous donne un exemple d'un système électrique traditionnel, où l'électricité est générée dans une grosse centrale, que ce soit une centrale hydraulique, une usine de gaz naturel, ou, comme dans d'autres pays, une centrale au charbon ou une centrale nucléaire. Cette centrale très puissante envoie les électrons dans des lignes à haute tension pour acheminer l'électricité soit directement aux grandes industries, soit, après en avoir diminué progressivement la tension, à la porte du consommateur résidentiel, comme vous et moi. Ce transport d'électrons était à sens unique. Le réseau électrique était conçu de telle façon que l'énergie pouvait être distribuée à un nombre de plus en plus grand de petits consommateurs du secteur résidentiel. Comme je l'ai dit, ce transport se faisait essentiellement à sens unique. L'opérateur devait s'assurer que le système assurait la distribution optimale de ces électrons jusqu'à la porte des consommateurs.

Passons maintenant à la diapositive 15. Vous constatez que le réseau de distribution moderne devient beaucoup plus compliqué. C'est parce que nous pouvons maintenant raccorder de très petites quantités de production au réseau de distribution. Par exemple, les gens peuvent installer des panneaux solaires sur leur maison. Nous pouvons nous servir des compteurs intelligents pour détecter les pannes d'électricité et intervenir beaucoup plus rapidement sans avoir à nous rendre plusieurs fois sur le lieu de la panne : cela nous évite des dépenses inutiles et assure une plus grande fiabilité du service aux consommateurs. Le monde change rapidement. Les compteurs intelligents vont modifier radicalement nos contacts avec les clients, d'une façon qui n'aurait jamais été possible avec les compteurs analogiques.

Cela nous ramène à ce que je disais tout à l'heure, à savoir que l'électricité est invisible pour les consommateurs. Maintenant que nous avons des ordinateurs à la maison, que nous pouvons raccorder nos appareils à des écrans, les gens commencent à comprendre un peu mieux le produit qu'ils consomment.

Permettez-moi de vous dire quelques mots de la grosse difficulté à laquelle font face les sociétés productrices d'électricité du monde entier, notamment en Amérique du Nord. C'est le fait que l'électricité est un produit extrêmement volatil tout en étant coté en bourse partout dans le monde. Au niveau de la vente en gros, sa valeur change d'une minute à l'autre selon les pays et les marchés, qui peuvent représenter de très vastes territoires. En Colombie-Britannique, nous faisons partie du réseau occidental, le Western Interconnected Grid, qui couvre à peu près la moitié de l'Amérique du Nord, depuis la frontière entre le Mexique et la Californie jusqu'à la frontière entre la Colombie-Britannique et l'Alaska. Nous sommes tous interconnectés. L'électricité est un produit coté en bourse, dont la valeur change d'une minute à l'autre, parfois de beaucoup. Elle peut atteindre 500, 600, 700 et même 800 $ le mégawatt-heure et s'effondrer d'un seul coup. Au printemps dernier, nous avons acheté de l'énergie pour le système de B.C. Hydro, et non seulement le producteur nous a fourni de l'énergie, mais il nous a payés pour que nous acceptions une réduction de 30 $ le mégawatt-heure. Ça représente des fourchettes de prix considérables. C'est comme ça pour n'importe quel autre produit coté en bourse. Sa valeur dépend uniquement de l'offre et de la demande.

Malgré cela, au niveau des prix de détail, l'électricité se vend généralement selon un tarif établi dans l'ensemble de l'Amérique du Nord, si bien que le prix que le consommateur paie au détail n'a rien à voir avec les fluctuations de prix que subit ce produit en raison de l'offre et de la demande. À mon avis, il va falloir que ces choses-là finissent par se stabiliser. Cela ne peut pas continuer comme ça, surtout avec l'augmentation de la demande en produits énergétiques, pas seulement l'électricité, qu'on observe à l'échelle internationale, dans des pays comme la Chine et l'Inde, où les consommateurs ont de plus en plus de revenu disponible. La demande d'énergie va donc continuer à augmenter. Vous constaterez alors qu'on ne peut pas continuer d'avoir un tarif fixe au niveau du détail alors que, sur les places boursières, la valeur du produit subit des fluctuations considérables. Je pense que la solution sera d'offrir au consommateur la possibilité de mieux comprendre la nature du produit qu'il consomme et quand il le consomme.

J'ai sans doute parlé trop longtemps, mais je dois vous dire aussi quelques mots de Power Smart et des économies d'énergie, avant de répondre à vos questions.

En Colombie-Britannique, les économies d'énergie et l'efficience énergétique sont absolument indispensables si nous voulons répondre aux nouveaux besoins. Nous avons un excellent programme, bien présenté et bien ciblé, qui s'appelle Power Smart. La loi provinciale nous oblige à satisfaire au moins 66 p. 100 de tous les nouveaux besoins d'ici à 2020. Il faut donc prendre des mesures d'économie de l'énergie et d'autres initiatives de modulation de la consommation. Nous sommes résolus à atteindre cet objectif, grâce notamment à l'installation des compteurs intelligents. Je m'arrête là pour pouvoir répondre à vos questions.

Le sénateur Neufeld : Je ne voudrais pas que les gens pensent que les prix qui figurent sur la diapositive 10 ne s'appliquent qu'à l'enclave de Vancouver. C'est un taux forfaitaire qui s'applique à tous ceux qui sont raccordés au réseau provincial; et, en fait, ce tarif s'applique aussi aux usagers résidentiels de Fort Nelson, même si la ville n'est pas raccordée au réseau. Je crois que c'est la même chose dans tout le Canada.

Vous avez dit que votre société doit satisfaire 66 p. 100 des nouveaux besoins, et que vous comptez atteindre cet objectif par des mesures d'économie de l'énergie. Pourriez-vous nous donner plus de détails sur les mesures que vous comptez prendre, car c'est un objectif très élevé? Je crois que, quand j'ai commencé, c'était 50 p. 100 et maintenant, c'est 66 p. 100. Vous avez certainement trouvé de nouvelles solutions pour économiser l'énergie. L'énergie qui coûte le moins cher, c'est celle qu'on économise. Il faut donc économiser. B.C Hydro a su montrer l'exemple avec son programme Power Smart, car d'autres provinces lui ont emboîté le pas avec d'autres programmes de ce genre. Pourriez-vous nous donner plus d'explications pour que nous ayons une idée plus précise?

M. Matheson : C'est en effet un objectif très difficile à atteindre. Que je sache, aucun autre fournisseur d'électricité en Amérique du Nord n'est tenu de satisfaire au moins 66 p. 100 des nouveaux besoins. Leurs objectifs sont bien moins élevés que ça. Nous travaillons sur trois fronts différents. Le plus important, c'est celui des programmes que nous avons mis en place pour encourager les gens à remplacer les appareils qui consomment trop d'énergie.

Vous avez sans doute tous entendu parler des étiquettes Energy Star qu'on peut voir sur les réfrigérateurs et autres appareils ménagers vendus chez les détaillants. Il y a aussi le calfeutrage des fenêtres, qui permet de réduire la consommation d'énergie; ce sont des exemples de programmes que nous avons mis en place et qui constituent le volet le plus important de Power Smart.

Les codes et les normes sont un autre volet important. Là, il s'agit de travailler avec les gouvernements locaux et provincial pour qu'ils modifient les codes et les normes que doivent respecter ceux qui construisent des maisons et des immeubles. Ces codes et normes sont légiférés par l'assemblée législative provinciale ou adoptés par les municipalités sous la forme de règlements. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec ces paliers de gouvernement afin qu'ils prennent les mesures que nous jugeons nécessaires pour atteindre cet objectif de 66 p. 100.

Les tarifs d'électricité constituent le troisième volet. Nous savons que les consommateurs réagissent aux augmentations de tarifs. Une augmentation de tarif se traduit généralement par une diminution de la consommation. Pour l'instant, nous ne proposons pas d'augmenter délibérément les tarifs pour encourager les économies d'énergie, mais nous savons par contre que, comme les tarifs vont finir par augmenter, pour toutes les raisons que j'ai mentionnées tout à l'heure, les gens vont peu à peu se résoudre à faire des économies d'énergie en réaction à ces augmentations de tarifs. En Colombie-Britannique, c'est un peu plus difficile parce que nos tarifs sont au départ très bas, mais en Californie, par exemple, où les tarifs sont quatre fois plus élevés, les fournisseurs d'électricité ont des programmes beaucoup plus sophistiqués que nous parce que leurs consommateurs sont, déjà au départ, très sensibles au prix de l'électricité. C'est donc sur ces trois fronts que nous déployons nos efforts pour mener à bien notre programme Power Smart et atteindre l'objectif de 66 p. 100.

Le sénateur Neufeld : Quel pourcentage de l'électricité produite en Colombie-Britannique provient de sources propres, comme l'hydroélectricité ou l'énergie éolienne?

M. Matheson : À peu près 95 p. 100. Je crois que le sénateur Neufeld veut parler d'une autre loi provinciale qui a été adoptée en 2010, la Clean Energy Act, qui dispose que ça doit représenter au moins 93 p. 100 de toute l'énergie produite dans la province. Le système de B.C. Hydro représente actuellement à peu près 94 à 95 p. 100 de cette production d'énergie propre. C'est surtout parce que nous avons un vaste système hydroélectrique qui ne crée pas de gaz à effet de serre.

Le président : S'agissant des tarifs d'électricité, à la page 10, je constate que c'est au Québec, au Manitoba et en Colombie-Britannique que les tarifs sont les plus bas. Ce sont aussi les trois provinces qui ont des ressources hydroélectriques que les autres n'ont pas. Ce graphique montre bien que l'énergie hydroélectrique est une énergie propre et bon marché.

M. Matheson : En effet. À Seattle, la ville suivante sur la liste, l'énergie hydroélectrique est la principale source d'électricité.

Le président : Terre-Neuve n'est pas loin derrière.

M. Matheson : Oui. Je pense que c'est une très bonne question, qui mérite quelques explications. L'une des raisons pour lesquelles les systèmes hydroélectriques finissent par offrir des tarifs plus bas à leurs consommateurs est que, même si les coûts d'investissement sont très importants au départ pour construire les centrales, celles-ci durent très longtemps. Par exemple, une centrale thermique peut durer 25 ou 30 ans. Une centrale hydroélectrique peut durer jusqu'à 100 ans. Donc, une fois que les coûts d'immobilisation sont amortis, les coûts d'exploitation sont très bas.

Dans un système comme le nôtre, qui est amorti depuis longtemps, comme c'est le cas au Québec et au Manitoba, les coûts de fonctionnement sont très bas, ce qui se répercute sur les tarifs. Il y a une autre raison importante qui milite en faveur des systèmes hydroélectriques. S'ils sont bien conçus et bien calibrés, ils peuvent s'adapter aux différents marchés beaucoup mieux que n'importe quel autre système. Je veux dire par là qu'on peut entreposer l'eau dans un réservoir et ensuite, au moment voulu, produire de l'électricité instantanément. Ces deux caractéristiques permettent à une société hydroélectrique de s'adapter au marché, selon que le prix est favorable à l'acheteur ou au vendeur.

J'ai parlé tout à l'heure de la volatilité des prix de l'électricité, qui peuvent changer d'une minute à l'autre. Lorsque les prix s'envolent à cause d'une panne ou d'une forte augmentation de la demande aux États-Unis, par exemple, B.C. Hydro peut instantanément faire démarrer ses turbines et produire de l'électricité avec l'eau qui a été entreposée, afin de vendre cette électricité à un prix élevé sur ce marché-là. Inversement, lorsque les prix du marché s'effondrent, comme c'est le cas la nuit, lorsque tout le monde dort après avoir éteint ses lumières et baissé son thermostat, entre autres, les centrales thermiques sont obligées de brader leur énergie sur les marchés. Par contre, des sociétés comme B.C. Hydro et ses homologues au Québec et au Manitoba peuvent tout simplement fermer leurs turbines, entreposer l'eau dans le réservoir et acheter de l'énergie sur le marché, puisque les tarifs sont alors très bas. Nous disposons donc d'un important levier qui nous permet de profiter de la situation. C'est un avantage inestimable.

À mon avis, l'émergence de nouvelles sources d'énergie propre et intermittente, comme cela est en train de se produire partout aux États-Unis, je veux parler de l'énergie éolienne, de l'énergie solaire et des petites installations de production d'électricité, à mon avis, donc, cela va créer de nouvelles opportunités sur le marché, plutôt qu'en supprimer. Et il va falloir faire preuve d'une extrême prudence et continuer de calibrer nos systèmes hydroélectriques de façon à optimiser notre capacité d'entrer et de sortir de ces marchés. C'est comme ça qu'on réussira à maintenir des tarifs bas.

Le président : Où se trouve le barrage de Waneta? Je n'arrive pas à le trouver sur la carte.

M. Matheson : Il se trouve sur le fleuve Columbia, au sud-est de la province.

Le président : Près du canal de Kootenay?

M. Matheson : Oui. Il est situé sur une rivière qui s'appelle la rivière Pend-d'Oreille, laquelle est un affluent important du fleuve Columbia, juste au nord de la frontière canado-américaine.

Le sénateur Banks : Je ne sais pas si vous le savez, et je ne suis même pas sûr que le sénateur Neufeld le sache, mais il y a plus de 10 ans, notre comité a fait la promotion du programme Power Smart dans d'autres provinces comme le meilleur exemple à suivre pour répondre aux nouveaux besoins énergétiques. Vous avez un avantage que nous vous envions beaucoup dans d'autres régions du pays. Nous avons donc fait la promotion de ce concept, mais certains ont du mal à le comprendre parce qu'il consiste, de la part du fournisseur d'un produit, à encourager ses clients à diminuer leur consommation du produit. C'était une idée difficile à faire passer, mais finalement, elle est passée, surtout entre 1986 et 2006, comme vous l'avez fait remarquer. Est-ce que B.C. Hydro est un monopole?

M. Matheson : Oui, un monopole réglementé.

Le sénateur Banks : Je suppose que vous n'avez même pas besoin d'envisager la filière nucléaire étant donné que vous avez toutes ces options dans le nord de la province qui n'ont pas encore été exploitées. Ce qui est vraiment très intéressant, c'est ce que vous nous avez dit au sujet de l'entreposage de l'eau dans les réservoirs, qui vous permet en fait d'entreposer de l'électricité jusqu'à ce que vous en ayez besoin.

M. Matheson : C'est exact.

Le sénateur Banks : Vous avez parlé des difficultés que pose la construction de lignes de transport lorsqu'il faut traverser des terres des Premières nations. Il y a beaucoup de personnes qui n'aiment pas avoir des lignes à haute tension sur leur terrain, mais je suppose que la situation est encore plus délicate lorsque les terres appartiennent à des Premières nations. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

M. Matheson : Les Premières nations essayent de générer elles-mêmes leur développement économique afin de sortir leurs populations d'une situation souvent misérable. Elles veulent avoir leur part des bénéfices provenant de l'exploitation des ressources naturelles comme les mines, les systèmes d'électricité et les centrales de production. Elles s'emploient donc, à juste titre d'ailleurs, à obtenir leur juste part, surtout si elles doivent subir des impacts des aménagements proposés. Il y a toujours des impacts. On n'a rien sans rien. Qu'il s'agisse d'hydroélectricité, d'énergie éolienne ou d'un grand centre d'entreposage, il y a toujours des impacts, plus ou moins grands.

Le sénateur Banks : Pour ce qui est de la construction des lignes de transport qui doivent traverser des terres des Premières nations, est-ce que ça avance bien? Est-ce que la construction de ces lignes a commencé? Avez-vous des difficultés à négocier ce dont vous venez de parler, ou est-ce que tout va bien?

M. Matheson : Je pense que ça va bien. Il y a des problèmes, c'est sûr, et je pense que, de plus en plus, nous devons trouver des solutions novatrices. De nos jours, les Premières nations veulent souvent avoir un statut de partenaire. Dans le passé, ce n'est pas ainsi qu'on négociait avec elles, au Canada en tout cas. À mon avis, nous allons devoir faire preuve d'imagination et leur offrir des avantages à long terme qu'elles n'avaient pas dans le passé. Cela nous amène en terrain inconnu. À mon avis, ça progresse bien, vu les défis auxquels nous faisons face. En Colombie-Britannique, il y a beaucoup de traités en négociation avec des Premières nations. Elles ne veulent pas conclure quoi que ce soit qui leur lierait les mains pour des négociations de traités futurs. Cela complique un peu les choses, car ça ajoute un élément politique à tout ça.

Le sénateur Banks : La négociation de traités est un peu en retard en Colombie-Britannique, en comparaison d'autres provinces. J'aimerais savoir, plus particulièrement, s'il y a une ligne que vous ne pouvez pas construire, ou tout au moins pas à la cadence que vous voudriez, à cause de ce genre de difficultés?

M. Matheson : On pourrait dire ça des deux grandes lignes de transport, celle qui va de l'intérieur au Lower Mainland, et celle du Nord-Ouest. Je pense qu'on arrivera à les construire. C'est très important pour la population de la province. Pour l'instant, nous nous heurtons à des obstacles, et ça nous prendra peut-être plus de temps que nous ne pensions, car cela représente toute une série de négociations fort complexes avec de nombreuses Premières nations différentes.

Le sénateur McCoy : Ce qui m'intéresse, c'est le réseau moderne, ce que vous appelez un réseau intelligent. J'ai plusieurs questions à vous poser.

Premièrement, parlez-vous d'un réseau intelligent ou simplement de compteurs intelligents?

M. Matheson : Non, je parle du réseau. En fait, je préfère dire « réseau moderne », car je pense que les gens comprennent plus facilement quand on leur parle d'un réseau moderne plutôt que d'un réseau intelligent. De nos jours, il y a beaucoup de gadgets qu'on dit « intelligents ». Je préfère donc parler d'un réseau moderne. Cela revient à ce que je disais tout à l'heure, à propos de notre système d'électricité qui, pour la majeure partie, a été conçu pour transporter l'électricité dans un seul sens. Un réseau moderne va avoir la capacité de recevoir l'énergie que nous produisons déjà le long de la rivière de la Paix et du fleuve Columbia, et en plus, l'énergie excédentaire produite par toute une kyrielle de panneaux solaires, peut-être aussi par des éoliennes qui seront raccordées à l'autre extrémité du système, sur les lignes de distribution; je dis excédentaire parce que cette énergie sera absorbée par le réseau lorsqu'elle est excédentaire par rapport aux besoins de la maison à laquelle elle est raccordée, peut-être parce qu'il a fait très chaud pendant l'été et que les occupants de la maison n'ont pas besoin de toute cette énergie. Autrement dit, cette énergie excédentaire sera basculée dans le réseau. Il faudra donc que celui-ci soit capable de s'ajuster constamment à ces allers-retours d'électrons, car pour l'instant, les électrons se déplacent dans un seul sens.

Cela nous pose des difficultés supplémentaires sur le plan opérationnel, car nous allons devoir constamment équilibrer les voltages, comme nous le faisons pour un système ordinaire. Nous allons donc devoir rénover le réseau pour qu'il soit capable de le faire. C'est ce que je veux dire par modernisation du réseau. Il faut ajouter à cela la possibilité que les voitures électriques deviennent de gros consommateurs d'électricité. Il faudra alors prévoir de nouvelles infrastructures, du côté de la distribution. Tout cela fait partie de la modernisation du réseau.

Le sénateur McCoy : Il est clair pour moi, maintenant, que l'adjectif intelligent ne s'applique qu'aux nouveaux compteurs, et que, lorsqu'on parle de réseau intelligent, on parle plutôt de la configuration et de la dynamique des opérations. C'est bien ça?

M. Matheson : Oui. Il faut voir la chose de cette façon : le compteur intelligent est installé sur chaque maison et sur chaque établissement commercial, ce qui va nous permettre d'avoir un dialogue très différent avec le consommateur parce que nous allons pouvoir lui envoyer, à partir de nos opérations, des signaux électroniques sur le taux d'utilisation du système, les voltages, les pannes d'électricité, et cetera. Le consommateur pourra vérifier, en fonction des signaux différents que nous lui enverrons, si c'est le bon moment pour consommer de l'électricité, s'il y a des pannes, s'il y a des problèmes de capacité ou autres. À part ces compteurs individuels, le réseau est constitué des câbles qui transmettent ces signaux et nous permettent d'adapter nos opérations en conséquence. Ce sont donc deux choses différentes. Les compteurs intelligents ne sont qu'un élément d'un réseau moderne.

Le sénateur McCoy : Je comprends qu'il faille maintenir un équilibre dans tout système d'électricité. Ce que vous enlevez, il faut le remettre immédiatement.

M. Matheson : C'est exact.

Le sénateur McCoy : Si je comprends bien, il y a deux choses. Vous dites que vous avez besoin de savoir quand les petits fournisseurs d'électricité vont basculer leur production dans le système. Vous dites que le compteur intelligent vous permet de savoir à quel moment ils se raccordent au système. À ce moment-là, vous pouvez arrêter l'une de vos turbines pour cesser de produire de l'électricité. C'est bien ça? C'est la souplesse que vous avez?

M. Matheson : C'est exact. Je vais vous donner l'exemple d'une tempête de vent, comme nous en connaissons en cette période de l'année, lorsque, tout d'un coup, un arbre tombe sur une ligne de distribution et bloque une artère d'alimentation. À l'heure actuelle, croyez-le ou non, nous sommes obligés d'attendre que quelqu'un nous appelle pour nous prévenir avant d'envoyer une équipe. Avec des compteurs intelligents, nous saurons instantanément qu'une artère d'alimentation ne fonctionne plus et nous pourrons détacher immédiatement une équipe d'intervention, sans devoir attendre un coup de fil des consommateurs touchés par la panne. En fin de compte, cela nous permettra de rétablir le courant beaucoup plus rapidement, et, partant, d'améliorer la fiabilité de notre service auprès des consommateurs.

Le sénateur McCoy : D'après ce que j'ai entendu dire, en Californie, les compteurs résidentiels permettent au centre de contrôle du réseau de fermer, par exemple, ma climatisation. Je n'ai pas à le faire. C'est le centre de contrôle du système qui le fait. Il le fait pendant une courte période, et ma maison n'en souffre pas. Il le fait à tour de rôle. J'aimerais que vous me disiez si votre compteur intelligent comporte cette fonctionnalité ou si vous avez l'intention de lui ajouter.

M. Matheson : Je n'ai jamais entendu parler de ça, et j'ai du mal à imaginer que le centre de contrôle d'un réseau de la taille de l'État de la Californie puisse cibler le système de climatisation d'une résidence et le fermer. Ce qu'il peut faire, éventuellement, c'est limiter la quantité d'énergie acheminée par une artère d'alimentation ou une ligne de distribution pour desservir une collectivité donnée, mais il lui serait très difficile de fermer le système de climatisation d'une résidence en particulier. Nous n'avons pas l'intention d'ajouter ce genre de fonctionnalité à nos compteurs intelligents, et je ne suis d'ailleurs pas sûr que la technologie existe. En fait, je ne le pense pas.

Le sénateur McCoy : Peut-être qu'il s'agit aussi de climatiseurs intelligents. C'est pour ça que je vous ai posé cette question au sujet de votre technologie. Avez-vous déjà mis en place un barème tarifaire en fonction de l'heure d'utilisation?

M. Matheson : Non.

Le sénateur McCoy : Il y a une raison à ça?

M. Matheson : Oui. Tout dépend de ce que vous voulez dire. À l'heure actuelle, nous mettons en place un barème à plusieurs niveaux de prix, mais ils ne dépendent pas de l'heure d'utilisation. Quand on parle de l'heure d'utilisation, les gens pensent à une période de pointe de la demande, dans une journée donnée, pendant laquelle les tarifs augmentent. Cela se justifie par le principe de l'offre et de la demande, dont je parlais tout à l'heure. Dans notre société de consommation, nous y sommes habitués. Nous savons que si nous réservons une chambre d'hôtel pour le jour de l'an à Hawaï, nous paierons plus cher que si nous faisons la même chose en plein mois de juin. Nous savons parfaitement, dans notre société de consommation, que lorsque la demande augmente pour un produit, nous devons généralement payer ce produit plus cher. À mon avis, c'est un principe qui va finir par s'appliquer aux systèmes d'électricité.

En Colombie-Britannique, nous avons l'avantage d'avoir déjà une capacité suffisante pour répondre aux pics de demande, et des pics, nous en avons, croyez-moi. Contrairement à la Californie, ces pics se produisent pendant les mois d'hiver, en décembre, janvier et février, et ils peuvent atteindre des niveaux considérables. En tant que service public, nous devons nous poser la question suivante : faut-il donner au système une capacité supplémentaire suffisante pour répondre aux pics de demande? À l'heure actuelle, nous avons de la chance, car notre système peut répondre à cette demande supplémentaire. Il n'est donc pas nécessaire, pour le moment, que notre tarif soit fonction de l'heure d'utilisation, et nous n'avons pas l'intention de le faire, mais d'autres pays n'ont pas cette chance et seront peut-être obligés de mettre en place ce genre de tarifs, afin d'éviter de construire un système capable de satisfaire les pics de demande. Dans ces cas-là, ils préfèrent généralement offrir un incitatif au consommateur en haussant les tarifs pendant ces périodes de pointe.

C'est ce qui se passe déjà dans des États comme la Californie et New York. Nous avons beaucoup de chance au Canada d'avoir une capacité de production qui ne nous oblige pas, pour l'instant, à recourir à cette mesure.

Le sénateur Mitchell : Vous nous avez présenté deux possibilités : soit vous augmentez le tarif pour que les gens consomment moins pendant les périodes de pointe, soit vous acceptez l'énergie produite par de petits fournisseurs de la province. Vous parlez des électrons qui vont dans les deux sens. Est-ce que vous envisagez de fixer des tarifs de rachat garantis?

M. Matheson : Tout à fait, mais on ne peut pas fixer des tarifs de rachat simplement pour faire face à un pic de demande. Un tarif de rachat est une de façon de permettre aux petits producteurs de basculer leur production dans le réseau et de tester les ressources émergentes, par exemple. En Colombie-Britannique, il y en a beaucoup, notamment des producteurs d'énergie éolienne et d'énergie marémotrice. Ces producteurs n'ont pas encore atteint un volume de production commercial, mais un tarif de rachat garanti serait une façon de les encourager et aussi de faire des émules.

Le sénateur Mitchell : Si bien qu'un jour, on n'aura peut-être plus besoin de construire de grosses centrales?

M. Matheson : Bien sûr. N'oubliez pas, cependant, qu'il s'agit de ressources intermittentes. La petite ferme éolienne, la petite usine hydroélectrique, la petite usine d'énergie marémotrice, les panneaux solaires, ce sont tous des systèmes de production intermittents. Autrement dit, quand le soleil brille et que le vent souffle, ils produisent de l'électricité, mais quand ce n'est pas le cas, ils n'en produisent pas. Il faudra toujours compter sur de grosses installations capables de mobiliser les ressources nécessaires, et je veux parler des grosses centrales hydrauliques et des usines de gaz naturel, sans oublier le charbon qu'on utilise surtout aux États-Unis, pour assurer la distribution continue de l'énergie. Il est bien évident que les consommateurs, lorsqu'ils ont besoin d'électricité, c'est tout de suite. Ils ne veulent pas avoir à se demander si le vent souffle ou non. Ils veulent de l'électricité tout de suite.

Cette intermittence est donc une caractéristique fondamentale, qu'il ne faut pas perdre de vue. Il n'en reste pas moins que ces ressources présentent d'énormes avantages. Elles sont propres, les installations sont relativement limitées, leur empreinte de carbone est minime, tout au moins au niveau individuel. Reste à savoir si elles en ont une au niveau collectif. En revanche, ces ressources sont intermittentes par nature, ce qui est incompatible avec le mode de consommation du produit. Il faut donc avoir des usines de grande capacité pour pouvoir aplanir ces fluctuations.

Le sénateur Neufeld : Permettez-moi d'ajouter quelques mots là-dessus. Nous avons ces compteurs depuis longtemps, et nous avons aussi un tarif de rachat garanti depuis un certain temps, pour toute production inférieure à 10 mégawatts. Ce tarif de rachat garanti est assez compliqué, mais je sais qu'il existe pour toute production inférieure à 10 mégawatts.

Le président : J'aimerais vous remercier infiniment, monsieur, et, si vous me le permettez, vous demander une dernière précision. Nous avons la chance, comme vous le savez, d'avoir le sénateur Neufeld parmi nous depuis qu'il a déménagé à Ottawa, dans cette région défavorisée de l'est du pays. Vous vous présentez sous le nom de B.C. Hydro Regeneration. Je fais toujours attention aux mots. J'ai cru que c'était une nouvelle division de B.C. Hydro. Vous avez une nouvelle devise : « Il est temps d'investir dans notre système d'électricité », et vous avez tous ces nouveaux projets. Pourriez-vous nous donner des précisions?

M. Matheson : Cela veut dire que le réseau actuel, ou le parc existant, si vous voulez, qui a été construit au départ dans les années 1960, 1970 et 1980, doit être modernisé afin de pouvoir répondre aux besoins des habitants de la Colombie-Britannique pendant encore 50 ans.

Le président : C'est B.C. Hydro, une entreprise réglementée par la province, comme vous l'avez dit, qui a plusieurs divisions, comme celle des lignes de transport de l'électricité.

M. Matheson : « Regeneration » n'est pas une division, c'est « Generation » qui en est une. Regeneration est davantage une marque, disons.

Le président : Bien. C'est notre objectif, et vous le poursuivez activement. Félicitations. Merci beaucoup, monsieur.

Nous passons maintenant à notre dernier témoin de la matinée, mais certainement pas le moindre, puisqu'il s'agit de Douglas Bloom, le « duc de l'énergie ». Spectra s'est progressivement insérée dans notre conscience. C'est un énorme conglomérat d'entreprises qui étaient autrefois universellement connues.

Nous avons eu le plaisir de vous voir à Ottawa le mois dernier. Vous avez aussi comparu devant le comité l'an dernier, avec Brenda Kenny, au sujet de la Canadian Energy Pipeline Initiative.

M. Bloom est président de Spectra Energy Transmission West, responsable de quatre des divisions de l'entreprise dans l'Ouest : B.C. Pipeline, B.C. Field Services, Midstream, et Natural Gas Liquids. Avant d'occuper son poste actuel, Doug était président de Maritimes and Northeast Pipeline, un projet en participation de Spectra Energy, Emera Inc., et ExxonMobil.

À vous la parole, monsieur.

Douglas P. Bloom, président, Spectra Energy Transmission West : Monsieur le président, sénateurs, merci de me donner l'occasion de comparaître devant le comité. Je vous ai distribué quelques documents que je vais vous expliquer. Il y a quelques cartes. Comme nous sommes une société de pipelines, nous ne sortons jamais sans nos cartes. J'espère que mes remarques vous aideront à préparer votre rapport final destiné à améliorer la compréhension des questions relatives au secteur de l'énergie au Canada.

En guise d'introduction, Spectra Energy est l'un des plus grands systèmes de collecte, de traitement, de transport et de livraison de gaz naturel en Amérique du Nord. Nous sommes présents dans sept provinces. Nous avons une présence importante en Colombie-Britannique, en Ontario et dans les provinces de l'Atlantique, et avons 3 400 employés au Canada. Nous sommes implantés depuis longtemps au Canada. Nous avons plus de 50 ans d'histoire en Colombie-Britannique et nous célébrons en 2011 le centenaire de notre société Union Gas en Ontario.

Permettez-moi de dire quelques mots de notre engagement culturel envers la sécurité. Nos employés vivent et travaillent dans maintes collectivités canadiennes. Nous sommes totalement déterminés à assurer leur sécurité, ainsi que la sécurité du public. Nous exploitons et entretenons nos installations au moyen de procédures et de normes rigoureusement mises à l'épreuve, tout en respectant ou en excédant de stricts règlements. Quand il s'agit de sécurité, notre engagement indéfectible est de préserver une culture garantissant qu'il n'y aura chez nous aucune blessure ou maladie reliée au travail.

Pour vous donner une idée de nos efforts, nous avons achevé en 2010 un programme de 30 jours de remise en état de nos installations de Grizzly Valley en Colombie-Britannique sans aucune blessure ayant fait perdre du temps de travail et, en fait, sans aucun incident exigeant une intervention médicale, durant 170 000 heures-personnes de travail.

Pour appuyer ces efforts, nous demandons aux gouvernements provinciaux et fédéral de collaborer à la création d'un programme national « Appelez avant de creuser ! ». En effet, les dommages causés par des travaux d'excavation exécutés par des tierces parties continuent de causer des incidents de pipelines pouvant parfaitement être évités.

Étant donné l'empreinte géographique de Spectra Energy en Colombie-Britannique et notre profil d'investissements actuels et futurs dans la province, nous sommes très heureux d'être aujourd'hui à Vancouver pour vous parler de l'un des éléments clés de la chaîne de valeur du Canada en énergie, les pipelines.

Commençons par le nord-est de la province. Les pipelines et les installations de traitement de Spectra Energy en Colombie-Britannique constituent l'épine dorsale du secteur du gaz naturel dans la province. Nous relions l'industrie provinciale de prospection et de production du gaz naturel à des millions de consommateurs dépendant de cette forme d'énergie pour la fabrication, pour la production d'électricité ou pour le chauffage des maisons et des immeubles commerciaux.

Nous traitons et transportons 60 p. 100 du gaz naturel produit dans la province, et cette proportion va encore augmenter. Notre système couvre quasiment tous les besoins en gaz naturel de la province et 50 p. 100 de la demande des États de Washington, de l'Oregon et de l'Idaho, et il est relié au réseau de pipelines nord-américain.

En réponse à l'accroissement de l'offre de gaz naturel du bassin de Horn River et de Montney, Spectra Energy investit beaucoup pour l'avenir de la Colombie-Britannique. Nous agrandissons notre infrastructure pour pouvoir transporter ce gaz naturel non classique issu du schiste et des formations imperméables vers les marchés de l'Ouest canadien et d'ailleurs. À ce sujet, j'attire votre attention sur le premier des deux tableaux de votre documentation.

Dans le programme d'agrandissement en cours, nous comptons investir environ 1,5 milliard de dollars en Colombie- Britannique entre 2009 et 2012. Pour vous donner une idée de l'importance de l'Ouest canadien dans notre stratégie d'entreprise, ce programme d'expansion destiné à répondre à l'accroissement de la production se traduit par des emplois réels dans le nord-est de la province, ainsi que par des retombées économiques directes et indirectes dans l'ensemble du pays. Les retombées dépassent donc largement les seules collectivités du nord, de la Colombie- Britannique ou de l'Ouest canadien. Selon nos estimations, nos activités d'expansion régionales en cours se traduiront par 1 350 emplois directs dans la construction et l'inspection au cours des trois prochaines années, près de 2 millions d'heures-personnes de travail, et des emplois supplémentaires dans les nombreux services de génie, de design, de fabrication, de camionnage et de logistique qu'exige un projet de cette ampleur.

L'industrie du gaz naturel est un moteur économique crucial pour la province, et nous avons été encouragés d'entendre la première ministre Christy Clark mettre l'accent sur la nécessité de saisir les occasions économiques issues du gaz naturel dans l'intérêt des citoyens de la province. L'inclusion de l'industrie du gaz naturel dans le programme d'emploi de la province reflète les importants avantages existants et futurs qu'offre notre secteur.

Au-delà de la Colombie-Britannique, nous avons la ferme conviction que le secteur du gaz naturel jouera un rôle important dans la réalisation de notre objectif national de devenir une superpuissance énergétique, mais il y a beaucoup de travail à faire. La réalité incontournable est que notre meilleur marché d'exportation de l'énergie, les États-Unis, devient de plus en plus autosuffisant en ce qui concerne le gaz naturel. Entre 2006 et 2010, la production américaine de gaz de schiste a augmenté en moyenne de 48 p. 100 par an. Les États-Unis sont aujourd'hui le plus grand producteur de gaz naturel au monde et ont pour 100 ans de réserves. On s'attend par ailleurs à d'autres augmentations de la production de gaz de schiste, le Département de l'énergie des États-Unis prévoyant un triplement de la production totale entre 2009 et 2035.

À l'heure actuelle, les États-Unis sont le seul marché d'exportation de gaz naturel du Canada. Nous ne pouvons plus compter sur l'acheminement de tous nos excédents par les longs trajets traditionnels reliant l'Ouest canadien au reste de l'Amérique du Nord. Avec plus d'un siècle de réserves intérieures de gaz naturel autant au Canada qu'aux États-Unis, on s'attend à ce que les prix restent bas pendant longtemps. Par conséquent, si nous ne parvenons pas à accroître la demande au Canada même et à saisir des marchés outre-mer, nous n'aurons pas de croissance des activités de prospection et de production au Canada, alors que c'est une source importante de recettes publiques et de retombées économiques pour de nombreuses régions du pays.

Permettez-moi de faire une pause ici pour vous donner un bref compte rendu du voyage que j'ai récemment effectué en Asie pour rencontrer des représentants d'entreprises souhaitant importer du gaz naturel de la Colombie- Britannique. Lors de nos réunions avec des entreprises du Japon, de la Corée du Sud, de la Chine et de la Malaisie, nous avons perçu un intérêt réel à l'égard des possibilités d'importation de gaz naturel du Canada. Nous entrons cependant ici dans un sport mondialement compétitif, et nous avons déjà un handicap. En effet, des pays comme l'Australie ont établi des relations avec ces marchés depuis des décennies, et ont fait la preuve de leurs capacités. Les États-Unis, notre plus gros client, risquent de devenir notre plus gros concurrent. Le gouvernement américain a déjà approuvé des exportations à partir de plusieurs terminaux de GNL du Golfe du Mexique, et l'un de ces terminaux vient déjà d'annoncer deux ententes à long terme avec des acheteurs de GNL.

Les marchés asiatiques cherchent leurs prochaines sources stables à long terme de gaz naturel et j'estime que notre fenêtre d'opportunité à ce sujet ne restera pas ouverte pendant longtemps. Les retombées économiques découlant de l'exportation de GNL sur ces marchés seraient énormes. Un seul projet d'exportation de GNL peut engendrer 1 500 années-personnes d'emploi durant la construction, et ce n'est que la pointe de l'iceberg. Si nous ne trouvons pas d'autres marchés pour écouler la production massive de gaz naturel de la Colombie Britannique, nous ne réussirons pas à maintenir les milliers d'emplois existants et les millions de dollars de développement économique produits par le secteur du gaz naturel de la tête du puits jusqu'au bec du brûleur, sans parler de les accroître. J'ai aussi inclus dans la documentation une deuxième carte indiquant l'emplacement des bassins de gaz de la province ainsi que certains des points d'exportation mentionnés récemment dans la presse.

À mon avis, notre avenir est entre nos mains, mais l'industrie ne peut pas gagner toute seule. Comme nous le savons, les entreprises qui prévoient dépenser des milliards de dollars pour acheter nos produits voudront nous rencontrer face à face pour établir des relations de longue durée, comme il se doit. Ces pays ne possèdent pas l'abondance de ressources naturelles dont nous sommes bénis en Colombie-Britannique et au Canada. Ils dépendent des autres pays pour une part importante de leurs importations de nombreuses denrées, allant du gaz naturel aux produits agricoles. Ils doivent avoir l'assurance absolue que nous serons capables de tenir nos engagements.

Lorsque nous rencontrons les représentants de ces entreprises, ils s'attendent à ce que le gouvernement soit à nos côtés. Nos clients asiatiques ont besoin de savoir que nos gouvernements, de tous les paliers, appuient les investissements énormes qui seront effectués ici même, en Colombie-Britannique, pour leur fournir du gaz naturel.

Durant la mission de la première ministre Clark en Asie, la délégation du GNL, pilotée par la province et appuyée par le gouvernement fédéral, a bien démontré qu'il existe un partenariat entre l'industrie et les gouvernement provincial et fédéral pour tirer parti de cette occasion cruciale d'exporter du gaz naturel. Le ministre fédéral des ressources naturelles, Joe Oliver, l'a confirmé en déclarant que « le Canada est prêt à faire des affaires ».

Le président : Il est venu souper avec nous l'autre soir. Il a confirmé votre argument sur la concurrence et l'étroitesse de la fenêtre d'opportunité. Il a dit avoir eu le sentiment de n'être qu'un second violon, après le représentant australien, dans tous ces pays asiatiques. Il a clairement conclu que nous sommes en train d'essayer de faire du rattrapage là-bas.

M. Bloom : Les Australiens sont très présents en Asie. Ils y réalisent des projets de GNL depuis deux décennies, et ils en ont huit autres en cours. Ce seront des concurrents redoutables pour nous là-bas.

Le président : Je vous interromps à nouveau. Veuillez m'en excuser. Je lis peut-être mal cette carte que vous venez de mentionner, mais il me semble qu'une énorme partie de ce potentiel de gaz de schiste se trouve en mer.

M. Bloom : Il y a des dépôts de schiste au large des côtes. À l'heure actuelle, aucun n'a encore été exploité en Colombie-Britannique. Pour le moment, on se concentre sur plusieurs zones de gaz de schiste bien établies, dans le bassin de Horn River, le bassin de Montney, l'enfoncement Cordova, et le bassin de la Liard. Il y a tellement de ressources dans ces bassins qu'il faudra sans doute encore bien longtemps pour qu'on s'intéresse sérieusement aux bassins de haute mer.

Le président : Ils ont été identifiés?

M. Bloom : Oui, ils ont été identifiés. Nous partageons l'objectif du gouvernement fédéral de créer des emplois, de stimuler la croissance économique et de renforcer la position mondiale du Canada. Toutefois, il faut agir rapidement. Comme je l'ai dit, l'Australie est en avance lorsqu'il s'agit de répondre aux besoins d'énergie de la Chine, du Japon et des autres marchés asiatiques. Elle est un fournisseur fiable de ces marchés depuis plus de 20 ans, et vous pouvez être certains qu'elle ne cédera pas facilement sa place au Canada. L'Australie et les États-Unis auront bientôt un accord de libre-échange avec la Corée, autre marché potentiel important. Ce n'est pas le cas du Canada. Les autres fournisseurs internationaux, mais surtout l'Australie et les États-Unis, agissent rapidement pour avoir accès à ces marchés.

Agir rapidement et tirer parti de notre fenêtre d'opportunité exige que nous agissions immédiatement. Il y a beaucoup à faire. Il faut conclure des ententes commerciales, il faut octroyer des permis pour réaliser les projets, il faut construire des pipelines et des infrastructures. Le plus gros défi sur ce plan est le processus de réglementation des grands projets. Bien que nous soyons totalement favorables à l'application de normes environnementales rigoureuses, les processus d'évaluation environnementale sont trop dispendieux, trop longs et impliquent trop de chevauchement et de double emploi. Cela constitue le plus grand facteur de risque pour la planification des projets. C'est ce que nos partenaires potentiels d'Asie ne cessent de nous dire. Heureusement, il existe à ce sujet des solutions qui ne sont pas compliquées.

En 2008, la Colombie-Britannique a signé une entente avec l'Office national de l'énergie pour accepter l'évaluation environnementale fédérale des pipelines relevant de la compétence réglementaire fédérale, ce qui élimine le double emploi à ce chapitre. Il faut maintenant que le gouvernement fédéral modifie sa propre législation sur l'évaluation environnementale pour faire exactement la même chose, c'est-à-dire pour accepter l'évaluation provinciale des pipelines relevant de la compétence des provinces, de façon à éviter un dédoublement d'effort dispendieux et inutile. Cela constituerait à notre avis un pas en avant considérable vers l'instauration d'un vrai processus reposant sur le principe « un projet, une évaluation ».

Chez Spectra Energy, nous attendons avec enthousiasme l'étape suivante de croissance de l'infrastructure de collecte, de traitement et de transport par pipelines du gaz naturel de la Colombie-Britannique. Cette évolution a déjà commencé. Nous acheminons aujourd'hui de vastes quantités de nouveau gaz naturel non classique sur le marché nord-américain. L'étape suivante sera d'établir une nouvelle infrastructure de pipelines jusqu'à la côte Ouest, projet certes très ambitieux mais réalisable.

Toutefois, alors que nous nous tournons vers des possibilités d'exportation en Asie, assurons-nous de préserver notre relation commerciale harmonieuse avec nos voisins américains dans le secteur de l'énergie, et veillons à accroître notre utilisation de cette ressource interne à l'intérieur de nos propres frontières. D'aucuns estiment que la priorité singulière que nous accordons aux États-Unis comme marché d'exportation de notre gaz naturel a engendré chez nous un certain laxisme en matière de diversification des marchés. Alors que nous tournons notre attention vers les marchés asiatiques, veillons à rester extrêmement attentifs à nos marchés des États-Unis et à l'expansion de la demande de gaz naturel au Canada même.

Les énergies de remplacement sont essentielles et constitueront un volet important de nos approvisionnements globaux, mais la réalité est que le gaz naturel continuera de fournir une part importante de l'énergie pendant encore des générations, et constituera une solution de dépannage les jours où le vent ne souffle pas et où le soleil ne brille pas.

Nous devons absolument tirer avantage de ce carburant dont nous disposons aujourd'hui, qui est un carburant propre, abondant, intérieur, efficient et polyvalent. Cette étape importante sera un tremplin produisant des retombées économiques au niveau local, régional et national.

Alors que Spectra Energy continue d'investir dans l'infrastructure de l'Ouest du Canada pour livrer du gaz naturel sur nos marchés traditionnels et nouveaux, voici les recommandations que nous souhaitons adresser à votre comité.

La première est que le gouvernement démontre un engagement immédiat et réel envers l'élimination du double emploi et des chevauchements dans le processus de réglementation. Nous recommandons à cet égard que le gouvernement : (a) établisse des échéanciers fermes pour l'évaluation des grands projets; (b) instaure un processus de consultation unique et exhaustif avec les Premières nations; (c) applique vraiment le principe « un projet, une évaluation ». En particulier, le gouvernement fédéral devrait passer des ententes pour autoriser l'acceptation d'évaluations environnementales équivalentes. Il devrait modifier la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale pour autoriser l'acceptation des évaluations environnementales provinciales, en les considérant équivalentes aux siennes dans les cas ou catégories de cas idoines. Il existe déjà des précédents à cet égard, comme l'article 27 de la B.C. Environmental Assessment Act, ainsi que d'autres lois provinciales. Inclure une disposition mineure dans la loi fédérale enverrait aux marchés et aux partenaires d'Asie le signal fort que le monstre du double emploi et du chevauchement dans l'évaluation environnementale a finalement été vaincu. Cela aurait aussi un effet profondément positif sur la consultation des Premières nations, puisque les efforts et les ressources pourraient être consacrés à un seul processus de consultation à l'étape de l'évaluation environnementale.

La deuxième recommandation est que le gouvernement appuie le développement et la croissance de nouveaux marchés pour le gaz naturel, à la fois intérieurs et à l'importation. Comme je l'ai dit, nous ne pouvons plus nous fonder sur l'acheminement traditionnel de toutes nos ressources de gaz naturel sur de très longues distances à partir de l'Ouest canadien. Avec plus de 100 années de réserves intérieures de gaz naturel, on s'attend à ce que les prix de cette denrée restent modestes dans l'avenir prévisible. Cela représente plusieurs occasions à saisir : (a) assurer la production d'électricité fiable, efficiente et rentable à proximité des centres d'utilisation, tout en évitant d'effectuer des investissements dispendieux dans une infrastructure de transmission de haute tension; (b) « verdir » nos vastes flottes de transport « de point à point » et de « retour à la base » avec le gaz naturel dans les grands centres canadiens et dans les corridors transfrontaliers à densité élevée; (c) maintenir notre relation commerciale traditionnelle harmonieuse avec les États-Unis dans le secteur de l'énergie, et préserver et rehausser l'aptitude du Canada à attirer des investissements dans l'infrastructure d'énergie grâce à un régime fiscal concurrentiel; (d) développer de nouveaux marchés d'exportation du gaz naturel en Asie grâce à des partenariats entre tous les paliers de gouvernement et notre industrie du gaz naturel, de façon à assurer l'harmonisation réglementaire nécessaire pour tirer parti de l'occasion exceptionnelle que nous avons d'exporter du GNL.

J'espère que mes remarques vous seront utiles dans vos délibérations et je répondrai avec plaisir à vos questions.

Le président : Monsieur Bloom, vos paroles font certainement écho à ce que nous a dit le ministre Coleman hier soir en ce qui concerne sa priorité absolue, c'est-à-dire ce dédoublement de l'évaluation environnementale et la nécessité pour les gouvernements fédéral et provincial de passer des ententes. Vous nous avez donné un exemple spectaculaire de la manière dont cela peut se faire efficacement.

Le sénateur Mitchell : Monsieur Bloom, vous avez mentionné la nécessité d'agir immédiatement pour tirer parti des marchés potentiels de GNL. Qu'est-ce qui nous en empêche actuellement? Je sais qu'il y a du dédoublement d'activité dans les évaluations environnementales, mais, dans le cas d'un pipeline de GNL à partir de Kitimat, on ne perçoit pas de la part des groupes autochtones la même résistance que s'il s'agissait d'un pipeline pétrolier. Par conséquent, pourquoi l'industrie ne va-t-elle pas de l'avant? Vous êtes allé en Asie pour passer des ententes avec la Chine de façon à remplacer ses centrales au charbon par des centrales au GNL. Quel est l'obstacle?

M. Bloom : C'est une excellente question, sénateur. Nous avons encore besoin de changements législatifs chez nous. En vertu de diverses dispositions législatives fédérales, nous avons encore l'obligation d'exécuter des évaluations environnementales sous certaines conditions. Nous avons une exigence similaire au palier provincial. Donc, un projet ayant fait l'objet d'une évaluation provinciale pourrait fort bien être encore assujetti à une évaluation fédérale, et c'est ce dédoublement qu'il faut éliminer.

Le sénateur Mitchell : S'il l'était, ce serait le Nirvana du GNL. Les projets seraient réalisés.

M. Bloom : Nous pensons que ce serait très utile. Il est très révélateur qu'on nous ait posé des questions très précises à ce sujet lorsque nous étions en Chine. Je vais paraphraser l'une de ces questions portant sur le pétrole. Voici ce qu'on nous a dit : « Nous — l'entreprise chinoise faisant cette remarque — avons des discussions avec des sociétés pétrolières canadiennes pour l'exportation de pétrole du Canada en Chine depuis six ou sept ans. Où est le projet? Où est le pipeline? » Et ensuite : « Comment pouvez-vous être si sûr que vous pourrez exporter votre gaz naturel et que vous ne subirez pas le même genre de délai? » Il est très important, si nous voulons être concurrentiels, de trouver le moyen d'exécuter nos évaluations environnementales de manière plus efficiente. Certes, nous tenons au Canada à avoir un rendement environnemental de très haut niveau, et nous sommes très fiers de notre environnement. En revanche, il faut absolument que nous devenions aussi efficients que possible à ce chapitre si nous voulons avoir la moindre chance de pouvoir faire concurrence aux autres fournisseurs.

Le sénateur Mitchell : Évidemment, cette question d'évaluation environnementale tourne en grande mesure autour des pipelines vers l'Ouest pour vendre à la Chine. Nous avons visité les installations de Westport Transportation Ouiterday. Nous savons qu'il y a un marché potentiel énorme pour des véhicules au GNL, notamment des véhicules lourds qui produisent 30 p. 100 des émissions de GES dans notre secteur du transport. Que faudrait-il, en matière d'infrastructures à l'intérieur du Canada, pour livrer le genre de ressources de GNL dont nous avons besoin, c'est-à- dire des infrastructures pipelinières, et que pourrait faire le gouvernement pour catalyser toute l'opération ou la conversion au GNL des véhicules au diesel?

M. Bloom : Je pense que nous avons une très belle occasion à saisir avec des prix du gaz aussi bas aujourd'hui. Certes, on ne peut jamais rien prévoir, mais il semble que le gaz naturel va rester aussi abordable pendant très, très longtemps. Il y a donc plusieurs choses à faire pour en profiter.

Premièrement, nous devons mettre en place l'infrastructure qui permettra aux flottes de camions de retourner à leur base en utilisant du gaz naturel liquéfié. Les entreprises de distribution, les LDC, qui rendent un service public, ont là une occasion exceptionnelle à saisir. Grâce à leurs instances de réglementation, elles pourraient être incitées à investir pour construire des stations de ravitaillement en GNL dans certains emplacements favorables des grands centres urbains qui seraient accessibles à leurs flottes, ce qui contribuerait énormément à en assurer l'accessibilité.

Deuxièmement, les gouvernements pourraient envisager d'offrir une déduction pour amortissement accéléré à la conversion de certaines des flottes existantes. Convertir les véhicules coûte cher. C'est probablement plus cher qu'acheter un nouveau véhicule. Sans aller jusqu'à offrir des subventions directes, le gouvernement pourrait offrir l'amortissement accéléré des investissements, de façon à aider les entreprises à assumer leurs dépenses de conversion élevées. Je ne pense pas qu'il faudrait beaucoup pour y arriver. Beaucoup d'entreprises de camionnage cherchent toutes les occasions possibles de réduire leurs dépenses. Nous avons ici une occasion fantastique de gagner sur les deux tableaux, comme vous l'avez dit, c'est-à-dire de réduire les émissions de GES et aussi de cendres.

Le sénateur Banks : J'aimerais revenir sur la question du sénateur Mitchell parce que, partout où nous sommes allés au pays, à Montréal ou ailleurs, quiconque gère une flotte de camions nous a dit : « Nous serions ravis d'employer le gaz naturel. C'est plus efficient, pas seulement à l'achat, mais aussi parce que l'équipement dure plus longtemps avant qu'on soit obligé de le remplacer, puisqu'un moteur au gaz naturel dure beaucoup plus longtemps qu'un moteur à combustion fonctionnant aussi bien au diesel qu'à l'essence ». Je crois que le sénateur Massicotte avait posé cette question auparavant à des producteurs ou distributeurs d'essence.

Si je peux me permettre une comparaison odieuse, Shell et Esso, et les compagnies pétrolières, White Rose et Texaco et tous ces gens-là, n'ont pas demandé d'incitatifs au gouvernement, à ma connaissance, pour construire leurs stations- service afin de pouvoir vendre leur essence. Pourquoi votre industrie ne dit-elle pas : « Il nous faut construire cette infrastructure. Nous devons faire le saut et construire l'infrastructure afin d'avoir des stations-service de GNL pour le retour des camions à leur base et pour leurs longs trajets, ce qui incitera les camionneurs à acheter cet équipement »? Je conviens qu'une déduction pour amortissement accéléré serait une bonne idée pour permettre aux sociétés de camionnage de se procurer les camions nécessaires, et c'est une chose que le gouvernement pourrait leur accorder, mais c'est un peu le dilemme de l'œuf et de la poule : la première chose à faire ne serait-elle pas d'assurer l'accès à ce carburant? Pourquoi votre industrie ne le fait-elle pas?

M. Bloom : C'est une très bonne question, et c'est vraiment le dilemme de l'œuf et de la poule. Il y a 20 ans, notre industrie, notre société en particulier, a pris des initiatives assez audacieuses au sujet du gaz naturel comme carburant de véhicules. À l'époque, malheureusement, nous avons abordé ce marché un peu en ordre dispersé. Nous avons essayé de rendre le carburant aussi accessible au détail et au secteur domiciliaire qu'aux exploitants de flottes commerciales. Rétrospectivement, nous aurions dû adopter une démarche beaucoup mieux ciblée. Aujourd'hui, je pense que nous devons vraiment commencer par amorcer la pompe en mettant l'accent sur des utilisations précises, comme le retour des camions à leur base et l'utilisation des flottes de camions entre les grandes villes, comme Calgary et Edmonton, ou Vancouver et Victoria. Ce serait probablement la chose à faire pour lancer le mouvement.

Le sénateur Banks : Et ça serait assez bon marché, n'est-ce pas?

M. Bloom : Oui, assez bon marché si l'on se concentre d'abord sur les fruits les plus faciles à cueillir, c'est-à-dire les secteurs où les paramètres économiques sont les plus favorables pour la conversion des véhicules et pour l'utilisation du gaz naturel comme carburant de transport, ce qui serait un bon premier pas vers un usage accru. À partir de là, le gaz deviendrait probablement disponible dans des stations-service et ailleurs. Aujourd'hui, je ne pense pas que cela risque de se produire parce que nous n'avons tout simplement pas le bassin d'utilisateurs nécessaire pour justifier d'aménager comme il le faudrait les centres de distribution. Comme nous sommes ici en Colombie-Britannique, avec des sociétés comme Vedder Transport et Westport Innovations Technology, je commencerais par ces flottes commerciales et j'utiliserais les LDC pour rendre le produit disponible. Ensuite, avec le temps, nous verrions apparaître d'autres occasions sur le marché, et l'on n'aurait probablement pas besoin de subventions ou d'intervention gouvernementale, bien qu'il faudrait peut-être un peu d'aide au début pour franchir le premier obstacle.

Le sénateur Banks : Ma dernière question concerne les plans les mieux conçus des souris et des hommes. Comme vous l'avez dit, la capacité des États-Unis à couvrir leurs besoins en gaz naturel augmente de manière exponentielle, à un rythme que personne n'aurait pu prévoir il y a à peine 10 ans. La probabilité que nous continuerons à approvisionner ce marché de manière viable n'a pas seulement déjà diminué, on en voit déjà pratiquement la fin. Il nous faut donc d'autres marchés, comme exporter du GNL en Asie, mais cela prendra beaucoup de temps, je suppose. Le rythme accéléré auquel les États-Unis semblent capables de répondre à leurs propres besoins de gaz naturel, ce qui est un facteur très attrayant pour les Américains, nous mène à une transformation du marché dans un avenir très proche. Je ne sais pas si nous serons capables de construire des usines de GNL et de nous implanter sur ces marchés à un prix viable dans un avenir aussi proche. N'y a-t-il pas un risque que le délai entre le moment où nous cesserons d'être concurrentiels avec notre gaz aux États-Unis et le moment où nous serons capables d'établir des marchés viables en Asie soit bien plus long que nous le pensons? N'y a-t-il pas un risque de terrible chute des prix du gaz durant cette période, ce qui rendrait difficile l'obtention des capitaux nécessaires pour construire ces usines de GNL? N'y a-t-il pas un risque de spirale infernale?

M. Bloom : Ce risque existe, c'est certain. C'est un vrai danger. À mesure que notre seul marché d'exportation devient autosuffisant et commence à se sevrer des importations canadiennes, le scénario du pire pour l'industrie canadienne du gaz naturel serait que nous n'agissions pas assez rapidement pour pouvoir saisir les occasions qui s'offrent en Asie, ce qui nous les ferait perdre et déboucherait non seulement sur une très longue période d'effondrement des prix, mais aussi sur un effondrement des investissements dans le secteur. Pour l'heure, nous nous concentrons sur l'opportunité qui se présente. Nous devons certainement être conscients du risque, et c'est pourquoi il est indispensable que nous agissions rapidement de façon à développer de nouveaux marchés d'exportation, parce que la croissance de l'offre aux États-Unis, comme je l'ai dit dans ma déclaration liminaire, a été extrêmement rapide ces dernières années.

La révolution du gaz de schiste nous est tombée dessus très rapidement et a donc perturbé et chamboulé très rapidement le marché, ce qui veut dire que nous devons obligatoirement avancer très vite pour trouver de nouveaux marchés. Il y aura un certain délai dans la construction de l'infrastructure, probablement de plusieurs années, mais nous devons nous assurer que ce n'est pas plus que cela.

Le sénateur Massicotte : Dans le même ordre d'idées, vous avez bien souligné dans votre exposé l'importance énorme d'aller de l'avant. La situation est urgente, et vous craignez à l'évidence que vos concurrents internationaux ne s'emparent des marchés asiatiques si vous n'agissez pas assez vite. On nous a parlé plus tôt aujourd'hui de toutes ces questions des prix du gaz naturel et de ce que cela présage pour l'avenir. Évidemment, personne ne peut en être sûr, mais vous espérez certainement que les prix du gaz permettront à vos considérables investissements d'être rentables, je suppose, à un niveau supérieur au prix en Amérique du Nord. Si tel est le cas, pourquoi la situation est-elle si urgente? Que se passera-t-il dans les cinq ou 10 prochaines années, selon vous, pour que votre projet ne soit plus faisable s'il est un peu retardé?

M. Bloom : Le gros problème est qu'il y a beaucoup de sources d'approvisionnement concurrentielles, comme l'Australie. Ce qui est très frappant, c'est la rapidité avec laquelle ce pays développe son commerce de GNL, qui est déjà sur les rails. Aux États-Unis, et cela nous ramène à ce que disait le sénateur Banks, on prévoyait il y a 10 ans que l'Amérique du Nord aurait besoin d'importer du gaz naturel. De ce fait, cinq ou six terminaux d'importation ont été construits en Amérique du Nord, dont un sur la côte Est du Canada. Ce sont eux qui fournissent aujourd'hui l'infrastructure. Bien qu'ils ne soient pas immédiatement réutilisables pour l'exportation, ils contiennent déjà beaucoup des installations nécessaires, comme les citernes d'entreposage, les aménagements portuaires, les raccordements avec les pipelines, et cetera. Cela leur donne la possibilité de faire volte-face pour devenir des terminaux d'exportation. Il y a des sources concurrentielles de GNL sur terre en Russie, au Turkménistan, et d'autres régions d'Asie qui peuvent avoir accès à ces marchés. L'urgence vient du fait que nous risquons d'être évincés de ces marchés parce que ces autres fournisseurs auront réussi à s'y implanter plus rapidement que nous.

Le sénateur Massicotte : Donc, cette offre répondrait à la demande de l'Asie, selon vous, de manière satisfaisante pendant les 15 à 20 prochaines années. Si tel est le cas, cela semble indiquer que l'offre est excédentaire et que le prix va s'effondrer parce que c'est une denrée fixe. Vous avez une demande fixe. J'essaie simplement de voir quel est votre scénario.

M. Bloom : Le scénario est que, si nous ne saisissons pas les marchés et sommes incapables de signer des contrats de longue durée pour capter la croissance en Chine, en Corée, au Japon ou ailleurs, il y aura alors d'autres fournisseurs qui seront tout à fait prêts à approvisionner ces pays à long terme. A la différence du marché du gaz naturel en Amérique du Nord, qui est un marché à beaucoup plus court terme, avec des niveaux élevés de liquidité, beaucoup de points d'échange commercial, et des degrés énormes d'interconnexion dans un réseau de pipelines bien établi, le commerce du GNL n'est typiquement pas de cette nature. En règle générale, on a des réserves individuelles qui sont destinées à un terminal d'exportation de GNL et ensuite destinées à un commerce de GNL bilatéral. Le résultat est que l'on a de très gros blocs d'investissement qui prennent de très gros blocs du marché à n'importe quel moment. Si vous laissez passer ces occasions, vous restez sur la touche pendant pas mal de temps.

Le sénateur Massicotte : Serait-il possible qu'une société canadienne prenne votre place et atteigne ce marché plus rapidement?

M. Bloom : Prenne la place de Spectra? Oui, ce serait certainement possible. Nous avons une industrie du gaz naturel très développée au Canada. Il y a beaucoup de concurrents compétents qui désirent vivement faire la même chose.

Le sénateur Neufeld : En ce qui concerne les terminaux d'importation de GNL en Amérique du Nord, vous avez parlé du golfe du Mexique, et je vais donc m'en tenir à cette région. À l'heure actuelle, les terminaux d'importation du golfe du Mexique peuvent recevoir 11 milliards de pieds cubes par jour. Cette capacité existe aujourd'hui même. Il y a aussi des projets approuvés, mais pas encore en construction pour 7 milliards supplémentaires. Quand on examine les terminaux d'exportation à partir des États-Unis qui sont proposés, c'est 6,4 milliards. Tout ça se trouve sur le golfe du Mexique. C'est une quantité d'importation énorme. Or, tout le monde parle aujourd'hui d'exportation. Ne serait-il pas possible de transformer un peu ces installations? En Colombie-Britannique, il y a trois sites qui ont été proposés, dont Kitimat, mais celui-là n'est pas proposé, il est approuvé. C'est juste pour 2 milliards de pieds cubes par jour.

Tous ces chiffres me surprennent un peu quand je vois tout ce qui existe rien que sur le golfe du Mexique pour l'importation et pour les propositions d'exportation. Pourrait-on effectivement transformer ces terminaux? Je pense que cela s'ajoute à ce que vous avez dit. Nous devons veiller à agir aussi vite et aussi efficacement que possible de façon à pouvoir acheminer ce GNL sur les marchés, sinon nous risquons de nous les faire subtiliser par ces installations du golfe du Mexique. Ai-je raison?

M. Bloom : Oui. C'est notre grosse inquiétude actuellement, sénateur. L'importation de gaz naturel par ces terminaux qui ont été approuvés et construits sur le golfe du Mexique est très minime. À l'heure actuelle, on n'importe quasiment plus de gaz naturel par ces terminaux aux États-Unis. Toutefois, ils ont été construits, ils existent et ils ont une capacité de vaporisation et d'entreposage. Ils peuvent être transformés en terminaux d'exportation. Certes, cela exige beaucoup de capital, car il faut transformer complètement le processus, mais on peut alors livrer du gaz naturel au moyen du Interstate Pipeline Network qui va jusqu'à la porte de ces installations du golfe. Cela exigera de gros investissements, mais on a déjà l'entreposage, on a les installations terminales, on a beaucoup des choses qui sont nécessaires pour démarrer. Plusieurs autorisations d'exportation ont déjà été accordées par le Département de l'énergie des États-Unis. Pour les pays qui ont un accord de libre-échange avec les États-Unis, c'est automatique. Pour ceux qui ne font pas l'objet de restrictions aux échanges commerciaux avec les États-Unis, il y a un processus d'examen obligatoire par le département de l'Énergie, mais, comme nous l'avons vu, ces projets-là peuvent aussi être approuvés et le sont.

Le sénateur Neufeld : En ce qui concerne les approbations accordées pour Kitimat, y a-t-il déjà des ouvriers au travail, pour reprendre votre expression? Les travaux de construction ont-ils déjà commencé, pour ne pas perdre de temps? Ce projet a été approuvé il y a déjà pas mal de temps.

M. Bloom : Oui, c'est vrai, et il était très important que le permis d'exportation soit approuvé. Cela a envoyé un signal très fort au marché.

Le sénateur Banks : Quand l'a-t-il été?

M. Bloom : En septembre de cette année. Les représentants de KM LNG, Apache, EOG et Encana seraient mieux placés que moi pour vous en parler, mais je sais qu'on est déjà en train de déblayer le site à Kitimat et qu'on essaye de faire les travaux nécessaires en vue d'une entrée en service fin 2015 ou début 2016.

Le sénateur Brown : N'avons-nous pas encore un petit avantage avec le gaz naturel expédié aux États-Unis? En regardant la carte, j'ai vu que nous acheminons du gaz jusqu'à Chicago en passant par les États les moins peuplés. Il me semble que le gaz de schiste que les Américains voudraient produire se trouve sur la côte Est des États-Unis et dans les États du Sud. Si nos pipelines sont déjà complètement payés, ce qui est généralement le cas, je crois, et qu'ils sont amortis, nous ne devrions pas tellement paniquer dans l'immédiat au sujet de nos exportations de gaz aux États-Unis.

En outre, nous avons une station de GNL à Strathmore, en Alberta, juste à l'extérieur de Calgary. Westport nous a dit que nous pouvons aller jusqu'à 2 000 kilomètres. Cela m'a vraiment surpris. On fait déjà 1 200 milles aller-retour de Calgary à Edmonton avec des camions de GNL.

M. Bloom : En ce qui concerne des marchés comme ceux du Midwest et, nous l'espérons, considérant les intérêts de notre société, du nord-ouest des États-Unis, il y a des marchés que nous pensons pouvoir continuer à approvisionner en gaz naturel canadien et où nous pensons être encore concurrentiels par rapport au gaz de schiste local. Ce qui risque de se passer, cependant, c'est que du gaz de schiste soit importé au Canada à partir de bassins comme le bassin de Marcellus, en Pennsylvanie et dans l'État de New York, et le bassin d'Utica, en Ohio, qui sont très proches de régions comme l'Ontario. Autrement dit, il pourrait y avoir du gaz naturel montant vers le nord alors qu'il était auparavant transporté vers l'est des États-Unis. Il se peut que nous puissions donc encore faire certaines exportations vers les États-Unis, mais qu'il y ait aussi en même temps certaines importations canadiennes des États-Unis à mesure que l'industrie s'adapte à l'emplacement de ces nouveaux bassins de gaz de schiste.

Le sénateur Brown : Mais ça, c'est pour l'avenir, cependant. Ce n'est pas dans l'immédiat. Ça n'est pas déjà arrivé en Pennsylvanie. C'est le début, n'est-ce pas?

M. Bloom : Je sais qu'il y a un certain nombre de projets aux États-Unis, ou un certain nombre d'entreprises qui convoitent les marchés du Canada, et il est donc tout à fait possible que cela se produise dans un avenir proche.

Le président : Merci, monsieur Bloom. Cette discussion a été très intéressante. Votre déclaration liminaire était très complète et nous sera particulièrement utile. Nous aimerions rester en contact avec vous à mesure que les ouvriers se mettent au travail. Nous ferons tout notre possible pour vous aider avec ces processus d'approbation.

(La séance est levée.)