Délibérations du comité sénatorial permanent des
Droits de la personne

Fascicule 20 - Témoignages


SASKATOON, le mercredi 21 novembre 2012

Le Comité sénatorial permanent des droits de la personne se réunit aujourd'hui, à 9 h 7, pour étudier des questions concernant les droits de la personne des membres des Premières nations qui vivent à l'extérieur des réserves, une attention particulière étant portée au cadre stratégique fédéral actuel.

Le sénateur Mobina S.B. Jaffer (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Je voudrais remercier l'Indian and Metis Friendship Centre de nous avoir permis d'utiliser ses locaux et de nous réserver un si bon accueil aujourd'hui.

Je m'appelle Mobina Jaffer, et je suis la présidente du comité. Je vais demander aux membres du comité de se présenter.

Le sénateur Brazeau : Le sénateur Patrick Brazeau, du Québec.

Le sénateur Dyck : Le sénateur Lillian Dyck, de Saskatoon, membre de la Première nation Gordon.

Le sénateur Hubley : Le sénateur Elizabeth Hubley, de l'Île-du-Prince-Édouard.

Le sénateur Harb : Mac Harb, de l'Ontario.

La présidente : Nous sommes ici aujourd'hui pour vous écouter et apprendre. J'espère que nous écouterons davantage que nous ne vous poserons de questions.

Je vais donner la parole au vice-président, le sénateur Brazeau, qui va faire une déclaration de bienvenue.

Le sénateur Brazeau : Honorables sénateurs, cette séance du Comité sénatorial permanent des droits de la personne est la 26e de la 41e législature.

Je voudrais d'abord reconnaître que nous sommes dans le territoire du Traité 6 traditionnellement occupé par les Cris, les Saulteaux, les Assiniboines et les Dakotas.

Le comité se réjouit d'être à Saskatoon aujourd'hui. Merci pour votre chaleureux accueil. Je remercie également l'aîné pour la cérémonie de purification et la prière d'ouverture.

Même si nous sommes à Saskatoon, je voudrais rendre hommage à un de mes amis qui nous a malheureusement quittés il y a quelques jours, Jim Sinclair, qui était un ardent champion des peuples autochtones, au sein du Conseil autochtone du Canada et du Congrès des peuples autochtones. Je désire simplement lui rendre hommage.

Nous sommes ici parce que le Sénat nous a confié pour mandat d'étudier les questions concernant les droits de la personne au Canada et ailleurs dans le monde.

[Français]

Le comité a été mis sur pied par le Sénat pour constituer un forum de discussion sur les droits de la personne, tant au niveau fédéral que provincial, et pour surveiller et garantir l'égalité de traitements des membres des minorités.

Au fil des ans, il a déposé des rapports concernant notamment les Canadiens, le conseil des droits de l'homme des Nations Unies, les enfants, les biens immobiliers matrimoniaux dans les réserves et l'équité en matière d'emploi au sein de la fonction supplique.

[Traduction]

En mars 2012, le Comité sénatorial permanent des droits de la personne a reçu l'autorisation d'étudier les questions concernant les droits de la personne des membres des Premières nations qui vivent à l'extérieur des réserves, une attention particulière étant portée au cadre stratégique fédéral actuel, et d'en faire rapport.

En particulier, le comité va étudier les droits ayant trait à la résidence, à l'accès aux droits, à la participation au processus de prises de décision dans la communauté, à la transférabilité des droits ainsi qu'aux recours existants.

Selon les données du recensement de 2006, les Autochtones représentent environ 3,8 p. 100 de la population canadienne. Dans les années 1940, pratiquement tous les Autochtones vivaient dans les réserves en milieu rural. Ce n'est toutefois plus le cas. En fait, en 2006, 54 p. 100 des Autochtones vivaient dans des villes à l'extérieur des réserves et ce chiffre continue d'augmenter aujourd'hui.

Comme le nombre d'Autochtones et de membres des Premières nations habitant à l'extérieur des réserves va croissant, il faut de plus en plus s'assurer que tous les membres des Premières nations, qu'ils habitent dans les réserves ou à l'extérieur, ont accès aux mêmes droits de la personne et aux mêmes protections.

Je souhaite la bienvenue à notre premier témoin de la Federation of Saskatchewan Indian Nations, le chef adjoint Simon Bird.

Le Chef adjoint Simon Bird, Federation of Saskatchewan Indian Nations : Bonjour. Je m'appelle Simon Bird et je suis le quatrième chef adjoint de la Federation of Saskatchewan Indian Nations, qui représente 74 Premières nations de la Saskatchewan.

La fédération s'est engagée à honorer l'esprit et l'intention des traités ainsi qu'à promouvoir et protéger la mise en œuvre des traités qui ont été conclus avec les Premières nations il y a plus d'un siècle.

Cela dit, je désire seulement souhaiter la bienvenue aux sénateurs et aux membres de l'auditoire dans le territoire du Traité 6 et je vous remercie de prendre le temps de nous écouter. J'espère que ce sera bénéfique pour tout le monde, non seulement ceux qui vivent dans les territoires des Premières nations visées par le traité, mais aussi ceux qui vivent en milieu urbain.

Je crois savoir que le Comité sénatorial permanent des droits de la personne doit soumettre son rapport final au sujet des questions concernant les droits de la personne des membres des Premières nations qui vivent à l'extérieur des réserves d'ici le 28 février 2013 et publier ses conclusions 30 jours plus tard. Je sais aussi que vous étudiez l'accès aux droits et la transférabilité des droits, entre autres questions.

Cela dit, je tiens également à remercier nos aînés pour la cérémonie de purification. Nous voulons faire en sorte de commencer sur le bon pied.

[M. Bird parle dans sa langue maternelle.]

Je tiens aussi à remercier notre Créateur de nous donner l'occasion de nous rencontrer afin que nous puissions travailler dans l'intérêt des générations futures.

Tous les peuples de la Saskatchewan sont des peuples signataires d'un traité, qu'ils fassent partie des Premières nations ou non. Ce qui constitue maintenant la Saskatchewan est situé dans les territoires des Traités 2, 4, 6, 8 et 10. Les traités sont sacro-saints pour les Premières nations. Comme je l'ai expliqué, il y a deux jours, au Comité permanent des affaires autochtones et du développement du Grand Nord de la Chambre des communes, les traités ont été conclus entre deux nations et surtout, avec notre Créateur pour témoin. Aucun gouvernement ni aucune personne n'a le pouvoir de rompre ces traités, car ils sont sacro-saints. La Cour suprême du Canada a reconnu qu'ils étaient sacro- saints et ils doivent être considérés comme tels. Toute violation de principes fondamentaux comme l'honneur, la confiance, le respect, la justice, la paix, l'amitié, le partage et la bonne foi viole le caractère sacro-saint des traités.

Au moment où les traités ont été négociés, les Premières nations touchées manquaient de nourriture. Les colons qui arrivaient menaçaient notre paix et notre sécurité. Un objectif commun semble avoir été d'assurer leur sécurité et leur protection.

Au cours de votre étude, je suis certain que vous réunirez des statistiques démontrant que la situation est la même aujourd'hui. En février 2012, le chef Perry Bellegard a déclaré au Comité pour l'élimination de la discrimination raciale des Nations Unies que même si le Canada se classe au sixième rang de l'Indice de développement des Nations Unies, lorsqu'on applique les statistiques relatives aux Premières nations à ce même indice, les peuples autochtones du Canada y occupent la 63e place. De toute évidence, il y a un fossé socioéconomique énorme entre les peuples des Premières nations du Canada et le reste de la société canadienne.

Nous devons y remédier en participant directement et pleinement avec les gouvernements et l'industrie à la mise en valeur des ressources afin que nous puissions tous en bénéficier et voir le fossé socioéconomique se combler.

Les Premières nations visées par les traités doivent participer directement à l'établissement d'accords officiels de partage des revenus des ressources. L'argent tiré des ressources pourrait remédier à la pauvreté et améliorer les conditions comparables à celles du tiers monde dans lesquelles une bonne partie de notre population continue de vivre dans ses territoires et communautés situés dans les réserves et hors réserve, y compris dans les villes.

Les Premières nations sont, en tant que peuples autochtones, des peuples distincts et pas seulement des minorités. Par conséquent, il est plus important de considérer la protection des droits inhérents et issus des traités comme un principe constitutionnel distinct. La protection, la sécurité et le bien-être des peuples autochtones ont été mentionnés dans les instruments constitutionnels du Canada, depuis la Proclamation royale de 1763 jusqu'à l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.

L'article 43 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones porte que : les droits reconnus dans la présente déclaration constituent les normes minimales nécessaires à la survie, à la dignité et au bien- être des peuples autochtones du monde. La déclaration affirme également, à l'article 7, le droit des peuples autochtones à la sécurité collective et personnelle. Lorsqu'on lit l'article 7 en tenant compte des autres dispositions, la déclaration affirme leur droit à la sécurité environnementale, à la sécurité alimentaire, à la sécurité humaine et à la sécurité territoriale.

Les processus existants ne sont pas suffisants pour assurer la mise en œuvre pleine et entière des Traités 2, 4, 6, 8 et 10 de façon à garantir les droits des peuples des Premières nations, leur sécurité et leur bien-être.

Le principe de la transférabilité se retrouve dans toutes les lois et politiques, au Canada. Par exemple, le principe de la transférabilité est inscrit dans la Loi canadienne sur la santé. Les gouvernements du Canada peuvent appliquer le principe de la transférabilité à l'égard des droits issus des traités.

Au cours de vos audiences et de votre étude, je suis certain que d'autres témoins vous parleront du profil statistique des membres des Premières nations vivant en milieu urbain et je vous exhorte à tenir compte de ces témoignages valides, fiables et pertinents dans votre analyse. Nous savons que 50 p. 100 ou plus des membres de notre peuple résident en milieu urbain. Nous savons que les gens quittent leur réserve à cause de la pénurie de logements adéquats et de la violence familiale. On a financé très peu de logements hors réserve pour les Premières nations ces dernières années par rapport aux besoins. Nous savons qu'un bon nombre de sans-abri vivant dans les territoires de la Saskatchewan visés par un traité sont issus des Premières nations. Nous savons aussi que le niveau d'instruction est plus bas que celui du reste de la population canadienne. Le pourcentage d'enfants pris en charge par l'État est plus élevé et cela en partie à cause de la pénurie de logements. L'incidence du VIH et du sida est particulièrement élevée en Saskatchewan.

Les membres des Premières nations gardent des liens solides avec leurs communautés et les territoires visés par les traités. Même s'ils résident dans les centres urbains, leurs déplacements, les liens qu'ils maintiennent avec leurs communautés et tout ce que cela signifie pourraient faire l'objet d'une étude plus approfondie.

Nos droits individuels et collectifs à la sécurité et au bien-être que nous promettaient les traités ne sont pas respectés. Nous sommes tous des peuples signataires d'un traité, mais nous n'en avons pas tiré les mêmes avantages. Encore une fois, les Canadiens se classent au sixième rang tandis que les peuples des Premières nations se classent au 63e rang.

En octobre 2007, tous nos conseils tribaux — le Prince Albert Grand Council, le Saskatoon Tribal Council, le Touchwood Agency Tribal Council, le File Hills Qu'Appelle Tribal Council, le Yorkton Tribal Council, l'Agency Chiefs Tribal Council, le Battleford Agency Tribal Council, le Meadow Lake Tribal Council et le Southeast Tribal Council Number 4 — ont conclu un protocole d'entente de relations intergouvernementales pour la prestation de services en milieu urbain. Ici, nos conseils tribaux ont accepté de travailler ensemble pour fournir des services aux membres des Premières nations qui vivent en ville. Même s'il y a des exemples de services offerts à ces personnes par les conseils tribaux, il y a encore de grosses lacunes dans la prestation de services aux Autochtones vivant en milieu urbain, suivant le principe de la transférabilité des droits issus des traités, comme en témoignent la vie quotidienne des personnes de notre peuple et les statistiques que vous allez compiler. Compte tenu de cette situation, la Federation of Saskatchewan Indian Nations recommande que le Canada agisse conformément aux Traités 2, 4, 6, 8 et 10 et à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et qu'il préserve l'honneur de la Couronne en participant de bonne foi à des négociations concernant la mise en œuvre des traités, y compris des processus menant à des ententes de partage des revenus et des ressources, sans recourir à une action en justice.

Le Canada et les provinces doivent faire en sorte que les droits collectifs et individuels des peuples autochtones à la sécurité et au bien-être soient reconnus comme des droits transférables. Le Canada et les provinces doivent veiller à ce que les normes et les lois internationales soient respectées pour la mise en œuvre des droits inhérents issus des traités, notamment en ce qui concerne la pénurie de logements adéquats, l'éducation, le bien-être de l'enfance, la violence faite aux femmes et la santé, par exemple.

Encore une fois, la pauvreté a le même visage hors réserve et dans les réserves.

Le sénateur Dyck : Je voudrais vraiment vous remercier de votre exposé, chef adjoint Bird. Je sais que vous avez travaillé toute votre vie dans le domaine de l'éducation. Vous avez été, je crois, directeur d'une école et maintenant vous êtes devenu un dirigeant politique.

Vous nous avez donné un excellent aperçu de certaines des incidences des traités, de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, et cetera. Vous avez parlé d'un certain nombre d'accords politiques avec divers conseils tribaux de la province visant à faire en sorte que les membres des Premières nations vivant en milieu urbain obtiennent des services.

Je me demande si vous pourriez nous en parler un peu plus. Par exemple, nous savons que la prestation des services de santé pose souvent des problèmes. Entre qui les ententes ont-elles été conclues? S'agit-il du Saskatoon Tribal Council, du gouvernement provincial et du gouvernement fédéral? Cet accord a-t-il été utile pour que les personnes qui vivent dans les villes obtiennent de meilleurs services?

M. Bird : Je ne connais pas en détail tous les accords conclus par chaque conseil tribal et la municipalité. Je sais que les services fournis par les conseils tribaux sont en grande demande et que les Premières nations se sont prévalues des accords en place.

Je peux vous citer l'exemple de Regina dont un de nos chefs m'a parlé. Un des changements intéressants a été la croissance rapide des organismes sans but lucratif qui fournissent des services dans les villes. Notre chef a mentionné que ces services n'avaient pas été mis sur pied pour les membres des Premières nations. C'est pourquoi il y a eu un protocole d'entente, parce que les Premières nations voulaient la certitude que ces organismes répondraient aux besoins des personnes venant des réserves ou de leur bande des Premières nations ainsi que les personnes vivant en milieu urbain.

Le sénateur Dyck : Vous avez mentionné un certain nombre de problèmes au niveau du logement, de l'éducation, du bien-être de l'enfance, et cetera, mais une des questions qui ont été soulevées au Comité des peuples autochtones dont je fais partie concerne les membres des Premières nations vivant hors réserve — et j'entre dans cette catégorie. À votre avis, y a-t-il une bonne communication entre la population des réserves et celle qui vit hors réserve?

Par exemple, lorsqu'il y a des élections, les gens qui vivent hors réserve connaissent-ils leurs droits en ce qui concerne l'exercice de leur droit de vote? Lorsque des décisions importantes sont prises, en sont-ils informés? Par exemple, vous avez parlé de la mise en valeur des ressources. Sont-ils au courant de ce qui se passe afin de pouvoir exprimer leur point de vue au conseil de bande et au chef pour qu'il en soit tenu compte? Diriez-vous que le système est satisfaisant dans l'ensemble?

M. Bird : Environ 74 Premières nations sont présentes à Saskatoon. Je peux vous dire qu'en tant que membre de la Nation crie Peter Ballantyne, j'ai accès à l'un des conseillers de bande chargés d'une région urbaine et que je suis informé de ce qui passe chez moi.

La présidente : Je tiens également à mentionner que vous avez renoncé à des rendez-vous à Ottawa pour venir ici et nous apprécions donc vivement votre présence parmi nous aujourd'hui.

À en juger par votre déclaration et le genre de travail que vous faites, vous êtes bien renseigné sur l'accès aux services dans les réserves. À votre avis, ces services se comparent-ils aux services à la disposition des membres des Premières nations qui vivent hors réserve? Y a-t-il un décalage important? Quelle est la différence?

M. Bird : Désolé, mais je vais devoir répéter votre question pour m'assurer d'avoir bien compris. Hors réserve et dans les réserves, les services sont-ils comparables?

La présidente : Oui.

M. Bird : Pourriez-vous me donner un exemple du genre de services dont vous parlez?

La présidente : Par exemple, l'éducation assurée dans les réserves et l'éducation offerte aux personnes vivant hors réserve, la santé dans les réserves et hors réserve.

M. Bird : Je vais d'abord parler de l'éducation étant donné que c'est mon portefeuille et que j'ai des antécédents dans ce domaine.

À l'heure actuelle, le système d'éducation des Premières nations est gravement sous-financé et comme vous pouvez vous y attendre, cela se reflète sur la comparabilité. Ce n'est pas la même chose. J'ai toujours dit, et je le maintiens, quand je parle à notre peuple, surtout dans nos propres écoles, que personne d'autre ne travaille plus fort pour nous que notre propre peuple. Je l'ai toujours constaté. Je suis convaincu que la norme est différente en ce qui concerne la comparabilité étant donné que les deux systèmes n'ont pas les mêmes ressources. C'est le vérificateur général qui a dit, je crois, que nos écoles étaient gravement sous-financées.

En ce qui concerne la santé, tout comme un grand nombre de régions rurales n'ont pas toujours des médecins dans leur voisinage immédiat, les Premières nations connaissent les mêmes problèmes. Je crois que le coffret de remèdes prévu dans le Traité 6 était une des garanties que nous aurions accès aux soins de santé et pourtant, en 2012, nos droits issus des traités n'ont pas encore été entièrement respectés. C'est plutôt devenu un programme qui se préoccupe toujours du financement, pourrait-on dire. Lorsque vous concluez un accord, vous vous attendez à ce que cet accord soit respecté aussi longtemps que le soleil brille, que les rivières coulent et que l'herbe pousse.

Le sénateur Dyck : À propos de l'éducation, qu'en est-il de l'enseignement des langues? Vous êtes sans doute l'une des rares personnes qui parlent leur propre langue. La qualité de l'enseignement des langues est-elle suffisante? L'enseignement des langues dans la réserve et hors réserve est-il comparable? Y a-t-il une lacune sur ce plan? Dans quelle situation sommes- nous en ce qui concerne la préservation des langues des Premières nations?

M. Bird : D'après mon expérience, l'enseignement des langues est vraiment à la merci des ressources disponibles et je sais que certains des membres de nos Premières nations qui vivent hors réserve en milieu urbain ont peut-être obtenu de la commission scolaire locale qu'elle investisse dans l'enseignement des langues et les protocoles culturels, comme nous l'avons toujours demandé.

Dans la réserve, l'enseignement de la langue dépend de la créativité de l'école ou de la Première nation ou encore des ressources disponibles, mais je sais que c'est une grande priorité. Nos aînés ont toujours dit que les droits issus des traités concernant l'éducation auraient dû inclure l'enseignement et la préservation de la langue et de la culture. À l'heure actuelle, nous n'avons pas de ressources suffisantes pour l'éducation comme telle et ne parlons même pas des langues et de la culture.

La présidente : Avant de poser ma deuxième question, hier, nous avons participé, à Winnipeg, à un pow-wow en l'honneur des enfants. En tant que grand-mère, j'étais très fière de voir les petits enfants danser fièrement les danses traditionnelles, porter les costumes avec une grande fierté. C'est une chose que nous n'oublierons jamais.

La Cour suprême a reconnu, dans certaines de ses décisions importantes concernant les Premières nations, que la décision de quitter une réserve n'est pas une décision d'abandonner sa culture et hier, nous en avons vu l'illustration. Je voudrais que vous nous parliez de la façon dont les gens des Premières nations de chez vous maintiennent leurs liens culturels, et que vous nous disiez si c'est grâce aux contacts avec leurs réserves ou en établissant des communautés des Premières nations dans les villes ou les régions rurales, ou si c'est un ensemble des deux?

M. Bird : D'après mon expérience, les gens des Premières nations sont unis par les choses qu'ils ont en commun. Je suis allé à l'université et je ne suis jamais surpris de voir les gens des Premières nations s'asseoir ensemble et se regrouper par nom de famille ou liens familiaux, Première nation ou territoire visé par un traité, bande ou conseil tribal et c'est la même chose pour ceux qui vivent dans les centres urbains.

Plus vous connaissez votre culture, plus vous y intéressez et ce sont les institutions ou les installations de ce genre qui permettent de se rencontrer. C'est pourquoi un bon nombre de gens des Premières nations qui n'ont peut-être pas des liens solides avec leur propre culture se rendent dans ces endroits pour rechercher les enseignements qui les intéressent.

Par exemple, les membres des Premières nations n'ont pas tous les antécédents familiaux voulus pour participer à une cérémonie de purification ou au pow-wow dont vous avez parlé. Il s'agit donc plutôt d'une quête et d'une démarche personnelles. Chaque personne doit faire son propre chemin ou retourner chez elle pour se familiariser avec sa langue, les membres de sa famille et sa culture.

Le sénateur Hubley : Je voudrais d'abord vous remercier de votre exposé de ce matin, chef adjoint Bird, ainsi que pour le chaleureux accueil qui nous a été réservé ici, à Saskatoon.

Je vais maintenant revenir sur le sujet de la transférabilité des droits et des lacunes que nous constatons actuellement. En 2006, Statistique Canada a indiqué que l'examen des enjeux sociaux sur le plan de la santé, de l'éducation et du logement a révélé un décalage entre les Autochtones vivant dans les réserves et hors réserve. Un écart a également été constaté entre ces deux groupes et le reste de la population canadienne.

Je ne sais pas si c'est en raison de la possibilité d'accéder plus facilement aux services en milieu urbain ou non, mais je me demande si vous avez des opinions à cet égard?

M. Bird : Vous me demandez si l'écart entre les services disponibles hors réserve et dans les réserves a quoi que ce soit à voir avec la disponibilité...

Le sénateur Hubley : La disponibilité des services est un facteur. En réalité, il est peut-être plus facile en milieu urbain d'avoir accès à plus de services. Est-ce la raison? Nous constatons une différence entre l'accessibilité aux services dans les réserves et hors réserve et d'ailleurs, d'après les statistiques, ceux qui vivent à l'extérieur de la réserve, dans certains secteurs, sont mieux lotis que ceux qui vivent dans les réserves, mais n'obtiennent quand même pas le niveau de services auxquels s'attendent les Canadiens.

M. Bird : Je vais prendre l'exemple de l'éducation. Chacun sait que l'éducation est sous-financée. Je pense avoir déjà répondu à votre question dans ma réponse au sénateur Dyck et au sénateur Jaffer. Si vous n'avez pas de ressources adéquates dans la réserve et si vous en avez un peu plus hors réserve, il est évident qu'il y aura une différence.

Le sénateur Hubley : Oui. Je me demandais si c'était le cas.

Au chapitre de la santé, voulez-vous aussi nous parler de la disponibilité des soins médicaux dans les réserves et hors réserve et je pense que cela nous amène à la grande question de la transférabilité des droits. Où sont les lacunes sur ce plan-là? Pourquoi ne sommes-nous pas capables de fournir des services de santé, d'éducation et de logement adéquats aux peuples autochtones, autant dans les réserves que hors réserve?

M. Bird : C'est, je crois, parce que nous ne sommes pas suffisamment financés dans les réserves.

Le sénateur Hubley : C'est une question de financement?

M. Bird : Oui. Si vous examinez les traités, ils prévoient une garantie en échange du territoire que nous avons partagé et de la paix que nous avons préservée. Bien entendu, une des parties à ces traités ne tient pas ses engagements.

Le sénateur Hubley : Pourriez-vous nous parler de la Loi sur les Indiens?

M. Bird : À quel propos?

Le sénateur Hubley : Nous entendons dire, de temps à autre, que la Loi sur les Indiens n'est peut-être pas le meilleur instrument pour amener deux nations à s'aider et se respecter mutuellement. Je me demande si à votre avis, la Loi sur les Indiens est l'instrument dont vous avez besoin pour faire respecter vos droits dans notre pays ou s'il faut qu'elle soit révisée et peut-être réécrite ou réexaminée par les deux nations?

M. Bird : La Loi sur les Indiens a certainement été un sujet controversé ces derniers temps. Je me souviens que votre premier ministre a dit qu'il n'y toucherait pas, que ce serait comme arracher un gros arbre qui laisserait un gros trou dans le sol. Pourtant, un de vos députés se promène partout en disant qu'il faut la modifier unilatéralement.

J'ai une histoire que je raconte à mes étudiants lorsque je leur parle des traités. Si vous examinez une vieille image représentant les deux messieurs qui se serrent la main, vous verrez une massue sur le sol et l'homme des Premières nations qui serre la main de l'autre avec sa main gauche sur le côté. En face de lui, vous avez le représentant de la Reine qui tend sa main droite, mais vous ne voyez pas sa main gauche. Certains de nos aînés vous diront qu'il cachait la Loi sur les Indiens derrière son dos.

Vous avez posé une question au sujet de la Loi sur les Indiens. Nous ne l'avions pas demandée. Elle nous a été imposée en 1876. Quand les Premières nations commencent tout juste à s'en sortir, vous ne pouvez pas supprimer cette loi unilatéralement. Vous ne savez pas quelles répercussions ou changements radicaux cela aura pour chaque Première nation. Nous essayons de nous en sortir. Nous sommes une nation. Nous avons conclu cette entente basée sur un traité de nation à nation.

D'autre part, en tant que chef adjoint, je ne peux pas faire de recommandations pour changer ceci ou cela au nom de nos 74 nations, car nos aînés signataires du traité ont toujours dit que c'était une relation de nation à nation. Je vais en rester là.

Le sénateur Brazeau : Ma première question portera précisément sur le droit de vote.

Comme vous le savez, il y a différentes façons dont les peuples des Premières nations peuvent choisir ou élire leurs dirigeants. L'une d'elle est en vertu de l'article 74 de la Loi sur les Indiens. Comme vous le savez sans doute, un jugement que la Cour suprême a rendu en 1999 a conféré aux membres de la bande vivant hors réserve le droit de voter pour leurs dirigeants.

Néanmoins, il y a aussi certaines communautés des Premières nations qui choisissent ou élisent leurs dirigeants selon ce qu'elles appellent la coutume. Certaines de ces coutumes sont écrites, d'autres ne le sont pas, certaines sont conformes à la Charte tandis que d'autres n'y sont pas conformes.

En quelques mots, je dirais que plus de 50 p. 100 des communautés des Premières nations du Canada tiennent leurs élections selon la coutume, ce qui veut dire qu'elles peuvent priver du droit de vote les membres de la bande qui vivent hors de la réserve.

Compte tenu de ce petit préambule, combien de bandes votent selon la coutume en Saskatchewan? Vous avez mentionné que vous avez le droit de voter et que vous êtes informé, et c'est une excellente chose, mais le fait est qu'un grand nombre de membres des Premières nations qui vivent hors réserve ne peuvent pas voter. Ils n'ont pas accès aux mêmes programmes et services que leurs frères et sœurs qui vivent dans la réserve.

Je mentionnerai simplement en passant qu'en ce qui concerne également l'enseignement postsecondaire, un grand nombre de gens des Premières nations qui vivent hors réserve n'y ont pas accès à cause des décisions discrétionnaires prises par leurs dirigeants.

Pour en revenir aux élections, avez-vous des données à ce sujet sous la main? Dans le cas contraire, très bien, mais je voudrais savoir ce que fait la fédération pour les membres des Premières nations qui ne peuvent pas voter ici, en Saskatchewan, et peut-être à l'égard des communautés des Premières nations qui font de la discrimination contre leur propre peuple en les empêchant de voter, pour que ces personnes aient voix au chapitre?

M. Bird : Est-ce une question ou une déclaration?

Le sénateur Brazeau : Les deux.

M. Bird : Comme vous connaissez toutes les réponses, pourquoi nous posez-vous ces questions? Vous venez du Québec, n'est-ce pas? En Saskatchewan, nous ne dictons à aucune des 74 Premières nations comment élire et choisir leurs dirigeants. Cela les regarde. Elles ont le droit inhérent et issu des traités d'en décider. Elles ont un corps électoral et la population a ce pouvoir. Le peuple a cette souveraineté. Ce sont les dirigeants qui parlent au nom du peuple.

Comme je l'ai dit, en tant que chef adjoint, je travaille pour les membres de nos 74 Premières nations. Ce n'est pas imposé par les dirigeants. C'est le peuple qui a ces pouvoirs et j'exerce seulement les pouvoirs qui me sont conférés en tant que porte-parole.

Le sénateur Brazeau : Je vous en remercie. Je le comprends parfaitement. Je comprends très bien d'ailleurs la hiérarchie des différentes organisations, mais bien entendu, vous êtes le porte-parole des chefs de la Saskatchewan.

Je me trompe peut-être, mais si j'ai compris votre réponse, si une communauté des Premières nations décide d'établir son propre système électoral, son système de coutume et qu'elle exclut des gens parce qu'ils vivent hors réserve, vous venez de dire qu'elle a le droit de le faire?

M. Bird : Non, je n'ai pas dit cela.

Le sénateur Brazeau : Pourriez-vous être plus précis, s'il vous plaît?

M. Bird : Vous m'avez demandé combien de bandes de la Saskatchewan appliquent le droit coutumier. Je ne peux pas vous fournir ce renseignement.

Je pense que vous abordez le même sujet que celui dont nous avons parlé lundi. Votre gouvernement conservateur veut apporter des changements, dans son épais projet de loi omnibus au sujet de la Loi sur les Indiens. Il y a certains articles portant sur la cession des terres.

J'ai entendu le Comité permanent des affaires autochtones et du développement du Grand Nord dire qu'il voulait trouver un raccourci pour faire voter les Premières nations à propos de ce qu'elles veulent faire de leurs terres. Vous voulez vous contenter d'une petite majorité des personnes présentes. Par exemple, disons qu'il y a ici 75 personnes. Si la moitié d'entre elles votent pour céder la moitié de Saskatoon alors qu'il y a plus de 75 personnes à l'extérieur de la salle, qui vivent à Saskatoon et qui ont leur mot à dire au sujet de leur avenir, ce n'est pas un vote équitable.

Il faut que la plupart des gens y participent. Cela fait plus d'un an et demi que je communique avec les dirigeants de nos Premières nations et je sais qu'aucun d'eux ne vous dira jamais qu'une partie de ses membres est plus importante qu'une autre.

Le sénateur Brazeau : Je ne veux pas m'étendre sur ce sujet. D'après ce que vous avez dit, nous parlons d'une question entièrement différente. Ce n'est pas un sujet que le comité examine pour le moment, mais j'en reviens au droit de vote.

Comme vous l'avez mentionné, vous êtes le porte-parole des chefs de la province. Il y a des communautés des Premières nations qui refusent d'accorder le droit de vote à certaines personnes et je parle seulement ici du droit de vote. Je ne parle pas l'ensemble des enjeux, car nous en aurions pour des mois et des mois.

Vous êtes un chef adjoint. Vous connaissez beaucoup de gens dans la province. Vous avez sans doute entendu parler de personnes qui ne peuvent pas voter à cause de la coutume, parce qu'elles vivent hors réserve. En tant que porte- parole des chefs, pourriez-vous nous expliquer ce que vous feriez? Resteriez-vous silencieux? Iriez-vous dire aux chefs qu'il n'est pas souhaitable de faire de la discrimination contre leurs propres membres ou qu'ils ont le droit d'agir ainsi?

J'essaie de comprendre. Si nous sommes ici, c'est pour aborder ces questions vraiment fondamentales, car à mon avis, en tant que membre d'une Première nation, je trouve inconcevable et totalement discriminatoire que moi même et bien d'autres personnes vivant hors réserve ne puissions pas voter parfois pour cette raison.

Je voudrais savoir ce que nos dirigeants font pour remédier à la situation. Pour être parfaitement honnête et direct et pour être franc à ce sujet, si certaines de ces communautés des Premières nations accordaient le droit de vote à leurs membres qui vivent hors réserve, étant donné que la majeure partie de la communauté vit hors réserve, cela pourrait peut-être influencer et changer l'administration de la réserve. Que faites-vous à ce sujet?

M. Bird : Vous me demandez si des membres des Premières nations sont privés du droit de vote. Personne n'est jamais venu me dire : « Les dirigeants de ma bande m'ont empêché de voter. »

Le sénateur Brazeau : Donc, personne ici, en Saskatchewan, aucun membre vivant hors réserve ne vous a jamais dit qu'il ne pouvait pas voter aux élections de sa bande. C'est bien ce que vous dites?

M. Bird : C'est exact.

Le sénateur Brazeau : Merci.

Le sénateur Dyck : Toujours à propos des élections tenues par les Premières nations qui suivent la coutume, je ne suis même pas certaine que la FSIN sache quelles sont ces Premières nations. J'ai posé moi-même la question aux fonctionnaires du ministère et je n'ai pas non plus obtenu de réponse. Il est important de le savoir et je ne suis d'ailleurs pas certaine que votre organisme ait cette liste. À votre connaissance, avez-vous cette liste?

M. Bird : Non, nous ne l'avons pas.

Le sénateur Dyck : Par conséquent, je ne suis pas sûre qu'il soit juste de poser cette question, car lorsque je l'ai posée au ministère, il ne m'a pas vraiment fourni de réponse directe.

Je me réjouis de vous entendre dire que vous n'avez pas entendu parler de membres des Premières nations vivant hors réserve qui ne peuvent pas voter. Les renseignements que vous avez semblent aller dans le sens opposé et il serait intéressant que vous nous les communiquiez si vous disposez de renseignements allant dans le sens contraire.

Je suppose que c'est plus une observation qu'une question.

Je sais qu'il y a des élections qui sont tenues selon la coutume ici, en Saskatchewan. J'ai été contactée par une ou deux personnes et ce n'était pas à propos du fait que ceux qui vivent hors de la réserve n'ont pas le droit de voter.

Vous avez parlé de la mise en valeur des ressources. Quelle est notre position à cet égard du point de vue du traité, et les avantages qui seraient tirés de l'exploitation des ressources devraient-ils être distribués à la fois aux personnes vivant dans les réserves et hors réserve? Disons, dans mon cas, qu'on envisage de développer l'énergie éolienne et d'exploiter la potasse. En tant que membre de la bande vivant hors réserve, devrais-je en bénéficier? Devrais-je en bénéficier au même titre que les autres?

Le sénateur Brazeau : Sénateur Dyck, vous avez posé une question supplémentaire, mais vous êtes passée à la mise en valeur des ressources alors que le sénateur Harb voudrait poser une question.

Le sénateur Dyck : Excusez-moi.

Le sénateur Harb : Merci. Je vais céder mon tour au sénateur afin qu'elle puisse poursuivre sa ligne de pensée.

Le sénateur Dyck : En ce qui concerne l'exploitation des ressources, pensez-vous que les membres de la bande qui vivent dans la réserve et hors réserve devraient en bénéficier autant les uns que les autres?

M. Bird : Nous avons des Premières nations qui, actuellement ou par le passé, ont mis tous les avantages tirés de la mise en valeur des ressources dans leurs territoires traditionnels à la disposition de leurs membres vivant dans les réserves ou hors réserve. En ce qui me concerne, ma Première nation et certaines des Premières nations avec qui j'ai travaillé m'en ont fait profiter.

Je sais qu'un grand nombre de nos membres vivant en milieu urbain retournent dans leur Première nation chaque année pour... Je ne sais pas quel genre d'avantages je pourrais vous citer, mais il y a certainement des avantages qui ne sont pas réservés aux membres des Premières nations vivant dans la réserve.

Un autre bon exemple est celui des établissements de jeu. Pour le moment, ils sont surtout situés hors des réserves, mais les revenus sont distribués dans la réserve, hors réserve et aussi aux gens qui ne font pas partie des Premières nations par l'entremise des sociétés de développement communautaires.

Quand vous parlez du partage du revenu des ressources, nous le faisons déjà, mais ce qu'on nous refuse, ce sont les ressources naturelles que l'on continue d'extraire de nos territoires et les Premières nations ne peuvent pas s'assurer d'en bénéficier.

Le sénateur Harb : Merci beaucoup pour votre exposé. Vous avez parlé un peu de l'Indice de développement humain des Nations Unies et vous avez mentionné qu'en ce qui concerne les Premières nations, le Canada se classe au 63e rang dans le monde. Est-ce si vous associez les Premières nations et le reste du Canada ou si vous évaluez les Premières nations séparément?

M. Bird : C'est quand vous incluez les statistiques concernant les peuples autochtones du Canada.

Le sénateur Harb : On peut donc en conclure que si nous appliquions l'Indice de développement humain uniquement aux Premières nations et aux Autochtones, la situation serait beaucoup plus grave. Est-ce votre position?

M. Bird : D'après ce que j'ai compris, oui.

Le sénateur Harb : Cela place donc les conditions de vie des Premières nations au même niveau que celles de certains des pays les moins développés d'Afrique, par exemple, ou même à un niveau encore plus bas dans certains cas?

M. Bird : Je reconnais qu'un grand nombre de nos Premières nations de la Saskatchewan et du Canada vivent dans des conditions comparables à celles du tiers monde.

Le sénateur Harb : Vous dites cela parce que, par exemple, le taux de chômage chez les jeunes dépasse 50 p. 100, 45 p. 100 des logements dans les réserves sont insalubres et la situation qui règne dans les Premières nations sur le plan des maladies, du diabète et des autres problèmes de santé est bien pire que dans les pays les moins développés?

M. Bird : Oui, ces statistiques sont des critères importants pour l'Indice de développement humain des Nations unies.

Le sénateur Harb : Estimez-vous que les conditions de vie exécrables qui règnent dans les réserves contribuent largement à la migration de membres des Premières nations hors des réserves?

M. Bird : Je pense que c'est un facteur, mais le principal problème que nous avons dans les réserves, c'est le manque de ressources. J'ai parlé de l'éducation. Le logement pose un autre problème.

Le gouvernement fédéral vient de réduire le financement du logement au moment où l'APN tenait ses élections. Il y a un manque de ressources dans les réserves, mais ne nous leurrons pas. Il y a le même manque de ressources à moins de 10 coins de rue d'ici. Vous trouverez là-bas des quartiers défavorisés.

Quand le gouvernement fédéral parle de sa nouvelle politique étrangère et de la priorité qu'il accorde au développement économique sans même mentionner les droits de la personne, par exemple, vous pouvez comprendre pourquoi les choses en sont arrivées là.

Le sénateur Harb : Deux de nos témoins d'avant-hier ont parlé d'une « négligence supervisée » à propos du gouvernement fédéral. Êtes-vous d'accord?

M. Bird : Pouvez-vous préciser votre question?

Le sénateur Harb : Le gouvernement fédéral a la responsabilité du logement, de la santé et de l'éducation pour les gens qui vivent dans les réserves, mais quand nous regardons les résultats, ils ne sont pas bons du tout. Par conséquent, même si vous dépendez du gouvernement fédéral dans les réserves, le gouvernement ne semble pas faire un bon travail, pour une raison ou une autre, pour ce qui est de prendre soin des gens qui vivent dans la réserve. Le gouvernement fédéral fait donc preuve d'une négligence supervisée.

M. Bird : Prenez Attawapiskat, par exemple. Quand cette Première nation a dit qu'elle avait besoin de logements, qu'a fait votre gouvernement fédéral? Il a confié la gestion à un tiers en disant : « Comme vous négligez les services que nous essayons de vous fournir, nous allons confier cela à un de nos agents et vous souffrirez encore plus. » Cette façon d'assumer ses responsabilités de fiduciaire constitue certainement de la négligence. Ce n'est certainement pas investir dans les populations autochtones du Canada.

Le sénateur Harb : Vous avez parlé du droit à la transférabilité, comme nous le faisons pour les soins de santé. Si je vis en Ontario et que je me rends dans une autre province, comme visiteur ou pour une raison quelconque, la Loi sur la santé m'autorise à recevoir des soins de santé.

Si une personne membre d'une Première nation quitte la réserve, ses droits s'arrêtent à la frontière de la réserve et c'est le gouvernement provincial qui prend la relève. Par conséquent, vous êtes assujetti à la réglementation de la province et la province vous fournit des services de santé, d'éducation, et cetera.

Vous dites que vous voulez un mécanisme afin qu'il y ait des normes pour les gens qui quittent la réserve. Comment voudriez-vous que cette norme soit établie? Faut-il que ce soit en partenariat avec la province ou est-ce le gouvernement fédéral, ou la Première nation qui décidera, ou les trois instances décideront-elles ensemble?

M. Bird : Merci pour cette question. Je dois bien préciser que c'est votre interprétation de la transférabilité des droits issus des traités. Les droits issus des traités, tels qu'ils ont été interprétés, négociés et compris par nos aînés quand les traités ont été conclus, et encore aujourd'hui, ont toujours été censés être transférables. Les signataires des traités n'ont jamais convenu que s'ils quittaient la réserve, leurs droits issus de ces traités diminueraient ou seraient éteints et qu'une entité, comme la province, qui n'existait même pas à l'époque, prendrait la relève.

L'interprétation des traités doit être très précise. Quant à la façon dont je procéderais, j'investirais dans les Premières nations afin d'assurer un meilleur avenir, tant pour les Premières nations que pour le reste de la population de la province et du pays.

Le sénateur Brazeau : Je vais poser une dernière brève question. Selon les propres chiffres du gouvernement fédéral, chaque fois qu'il consacre 8 $ aux réserves, il ne dépense que 1 $ hors réserve. Les statistiques montrent également que les personnes qui vivent hors réserve s'en tirent mieux que leurs homologues vivant dans la réserve, même s'il y a encore un écart entre les non-Autochtones et les Autochtones et les Premières nations qui vivent hors réserve. Le ratio est de huit à un et c'est peut-être une autre question qui doit faire l'objet d'une autre étude, mais étant donné que les membres des Premières nations sont plus nombreux à vivre hors réserve que dans les réserves et que nous parlons des droits de la personne et de l'accès aux programmes et aux services ainsi que du droit à la mobilité, croyez-vous que les gens des Premières nations qui choisissent de vivre hors réserve ou qui sont expulsés de la réserve pour une raison quelconque devraient avoir les mêmes droits, le même accès aux programmes et aux avantages que ceux qui vivent dans la réserve. Et croyez-vous qu'ils devraient avoir le même accès aux ressources que ceux qui vivent dans la réserve?

M. Bird : Cela nous ramène à la transférabilité des droits issus des traités et je dirais que cette transférabilité doit outrepasser les frontières de la Première nation, de la réserve.

Le sénateur Brazeau : Ce que je veux dire c'est que, par exemple, si le financement que la réserve reçoit par habitant permet à une personne qui vit dans la réserve d'obtenir 15 000 $ pour tout couvrir, le membre d'une Première nation qui vit hors de la réserve devrait-il également recevoir le même montant?

M. Bird : Si le gouvernement fédéral finançait suffisamment nos droits issus des traités, chaque personne vivant hors de la réserve bénéficierait des mêmes 8 $ dépensés dans la réserve parce qu'il n'y aurait pas de différence de compétence.

Le sénateur Brazeau : Merci.

J'ajouterais simplement qu'en tant que personne des Premières nations, je ne pense pas qu'un gouvernement doive financer des droits. Je pense que les droits devraient être exercés, mais c'est peut-être un autre sujet.

Bien entendu, nous pourrions en discuter encore longtemps, ce qui est toujours sain et toujours nécessaire. Je tiens à vous remercier. C'était un plaisir de vous rencontrer et je suis sûr que nous nous rencontrerons à nouveau. Je suis certain que le comité vous entendra de nouveau à l'avenir, mais je vais céder la parole au sénateur Dyck qui prononcera le mot de la fin.

M. Bird : Si vous êtes d'accord, je voudrais ajouter quelques mots.

En tant que personne d'une Première nation du Québec, vous avez le droit d'être sénateur, de travailler pour le gouvernement fédéral. Vous avez aussi le droit de revenir aider votre peuple, peut-être comme dirigeant, peut-être comme enseignant. Je ne vous dis pas ce que vous devez faire et comment le faire et vous n'avez pas le droit non plus de me dire comment faire et quelles sont mes priorités. J'exerce mon droit de veiller à faire respecter le droit à l'éducation et aux soins de santé que nous confèrent les traités. Notre situation socioéconomique doit être améliorée.

Merci beaucoup.

Le sénateur Dyck : Je tiens particulièrement à remercier le chef adjoint Simon Bird pour son témoignage de ce matin et pour avoir répondu à toutes les questions et observations. Nous avons eu une discussion animée et comme l'a mentionné le sénateur Brazeau, je suis sûre qu'elle se poursuivra. Je vous remercie d'avoir pris la peine de venir ici, car je sais que, comme bien des gens, vous êtes très occupé et que vous revenez tout juste d'Ottawa.

Je voudrais également remercier l'aîné qui a prononcé la prière de ce matin, car je crois qu'elle a aidé à lancer la discussion. Merci.

La présidente : Nos témoins suivants sont les représentants de Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan et nous allons commencer par Gwen Bear.

Gwen Bear, directrice exécutive, Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan : Je voudrais tout d'abord remercier madame la présidente et les membres du Comité sénatorial permanent des droits de la personne. Je tiens à vous souhaiter chaleureusement la bienvenue à Saskatoon, en Saskatchewan, et à vous remercier de reconnaître le territoire du Traité 6 où nous nous rencontrons aujourd'hui.

Je m'appelle Gwen Bear. Je suis une Crie de la Première nation Muskoday et la directrice exécutive de Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan. C'est la première fois que je témoigne officiellement devant votre comité en tant que directrice exécutive de l'AFCS et je remercie le comité de son invitation à prendre la parole au nom d'Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan.

Je voudrais d'abord vous parler un peu de ce que nous sommes. L'AFC a été fondé par des Autochtones vivant en milieu urbain qui désiraient une structure provinciale de coordination et de représentation. Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan est un organisme sans but lucratif qui remplit les fonctions d'organisme administratif pour les 11 centres d'amitié de notre province.

Nous sommes dirigés par un conseil d'administration bénévole composé de représentants des quatre coins de la Saskatchewan. Le mandat de l'AFCS est le suivant :

Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan a pour mission de promouvoir, de défendre et de représenter les centres d'amitié membres aux niveaux provincial et national selon les instructions des centres, tout en respectant leur autonomie, en échangeant des connaissances, des ressources et des idées de façon à fournir un forum pour aider nos centres à s'acquitter de leur mandat. Cela doit être fait en respectant nos aînés, en aidant les Autochtones grâce à l'amitié, l'harmonie, un service de qualité, l'intégrité culturelle, la sensibilisation culturelle et le partage.

L'AFCS administre les programmes suivants : l'Aboriginal Friendship Centres Program, l'AFCP, qui représente notre financement de base, le programme Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone ainsi que le programme Jeunesse Canada au travail.

Cette année, tous les programmes ont été transférés de Patrimoine canadien à Affaires autochtones et Développement du Nord Canada. Tous ces programmes ne font aucune distinction entre les personnes vivant dans les réserves et hors réserve, les Inuits, les Métis, les Indiens inscrits ou non inscrits. Ils ne tiennent pas compte du statut des Autochtones et ils sont là pour aider ces derniers à faire la transition.

Pour terminer, il y a la Stratégie pour les Autochtones vivant en milieu urbain : l'AFSC a été approuvé, cette année, comme l'organisme responsable de la Stratégie pour les Autochtones vivant en milieu urbain de Regina et également de celle de Saskatoon. Nous estimons que ce rôle nous convient parfaitement étant donné que nous constituons une stratégie pour les Autochtones qui vivent en milieu urbain.

Nos 11 centres d'amitié offrent un éventail de services à plus de 64 000 membres des Premières nations, selon le décompte de l'année dernière, aux Inuits et Métis de la Saskatchewan et aux Indiens non inscrits. Ils mobilisent plus de 200 bénévoles. Ils fournissent un emploi durable à plus de 200 personnes et rejoignent plus de 5 000 adolescents dans le cadre des programmes pour la jeunesse. Chaque centre d'amitié autochtone est devenu, au cœur de la sphère urbaine, un incubateur d'initiatives, un endroit privilégié pour exprimer les besoins et les revendications des membres des Premières nations vivant hors réserve, des Métis, des Inuits et des Indiens non inscrits.

Les centres offrent des services spécialisés et correspondant à notre culture que les communautés n'offrent pas et qui, au cœur d'un milieu urbain non autochtone, cherchent à promouvoir la dignité et l'identité culturelle autochtones, quelle que soit la nation d'origine.

Les centres d'amitié offrent des programmes et des services aux Autochtones vivant en milieu urbain pour leur donner accès au logement, aux soins de santé, aux services sociaux, à l'emploi et aux possibilités de formation, à des programmes de santé prénatale, au programme d'aide préscolaire, aux programmes pour les adolescents, aux cliniques du diabète et aux programmes de prévention de la toxicomanie et de l'alcoolisme. Ils offrent également des programmes culturels et des programmes de loisirs aux familles.

Les programmes des centres d'amitié sont guidés par les besoins de leur communauté. Les programmes sont adaptés et établis de façon à répondre aux besoins de chaque communauté. Par conséquent, chaque centre offre une gamme différente de programmes et de services qui peut différer d'un centre à l'autre.

J'ai deux exemples à vous citer. Après une série de suicides à l'Île-à-la-Crosse, la communauté, la province et un centre d'amitié d'Île-à-la-Crosse ont mis leurs ressources en commun pour construire un centre pour la jeunesse. Ce centre est un endroit où les adolescents se sentent chez eux et la cérémonie d'inauguration a eu lieu en octobre, l'année dernière.

The Battlefords Friendship Center : compte tenu de l'augmentation de la demande de services aux sans-abri, le centre d'amitié de The Battlefords a assisté à un accroissement massif de sa clientèle qui utilise son foyer pour les sans- abri et qui est passée de 379 à 567 personnes.

J'ai la liste de certaines des priorités du mouvement des centres d'amitié de la Saskatchewan. Salaires : nos salaires ne sont pas au même niveau que ceux des secteurs privé ou public. Les faibles niveaux de rémunération dissuadent un engagement actif et engendrent un sentiment d'aliénation en dévalorisant les gens. Malgré ces difficultés, les centres d'amitié sont fiers d'avoir réussi à garder des directeurs exécutifs et des employés depuis plus de 35 ans.

Notre capacité d'agir dans nos principaux champs d'action est très limitée. Les centres d'amitié ont de la difficulté à intervenir dans les principaux domaines comme la santé, la justice, l'éducation et l'emploi. Le fait d'avoir à se concurrencer pour avoir accès à un financement limité ne facilite pas les choses et ne favorise pas un partage des connaissances et une coopération entre les organismes. Malgré nos problèmes de financement, nous avons quand même un taux de succès impressionnant et de bons résultats.

L'approche proactive par opposition à l'approche réactive : disposant d'un budget de fonctionnement très limité, l'AFCN et les centres d'amitié membres doivent constamment réagir aux situations qui se présentent au lieu d'adopter une approche proactive sur le plan de la planification, de la recherche, de la collaboration et de l'élaboration des programmes. Cela a amené les centres d'amitié à faire preuve de résilience.

Recherche axée sur la communauté : notre monde est complexe et dynamique. Il exige des recherches continues et un soutien communautaire pour que nous puissions communiquer efficacement au sujet des problèmes et des priorités relatives aux dimensions socioéconomiques de la politique et des droits autochtones. Un manque de données relatives à la situation particulière des Autochtones peut conduire à une généralisation abusive et entraîner une fausse perception des problèmes autochtones. Le projet de subvention de partenariat du Réseau de savoirs sur les Autochtones vivant en milieu urbain qui a été approuvé par le Conseil de recherches en sciences humaines par l'entremise de l'ANCA visait à faire de la recherche communautaire pour aider à combler cette lacune.

Programmes essentiels : les programmes de nos centres d'amitié manquent d'uniformité et c'est notamment le cas du programme parallèle d'études secondaires et d'emploi. L'écart entre le financement des étudiants vivant dans la réserve ou hors réserve et la population générale paralyse la croissance des étudiants autochtones qui s'efforcent de devenir des leaders et des citoyens. Il est crucial de donner la priorité à l'éducation pour notre nation qui désire avoir des citoyens informés qui contribuent au tissu collectif de la société canadienne.

Un autre programme essentiel concerne la toxicomanie. Dans notre province, ces services sont très limités et il n'y a pas de programmes de longue durée ou de services spécialisés en fonction du sexe ou de l'âge. C'est là que les centres d'amitié peuvent vraiment jouer un rôle positif si on leur en fournit l'occasion.

Le programme d'assistance parajudiciaire n'est pas offert par tous les centres d'amitié de la Saskatchewan et devrait également être mieux intégré. Une assistance juridique juste et précise et l'accès gratuit aux services juridiques diminueraient la surreprésentation des Autochtones dans le système carcéral qui contribue à empêcher les Autochtones de s'intégrer dans la collectivité économique et sociale canadienne où les obstacles administratifs et juridiques creusent le fossé entre les groupes autochtones et non autochtones.

Marginalisation : bien que les buts et objectifs de chacun de nos centres d'amitié soient louables, nous avons besoin d'une participation plus importante des groupes non autochtones pour mettre en lumière et résoudre de façon proactive les problèmes auxquels notre communauté est confrontée.

Financement minime à court terme : nous manquons de financement pour investir dans des immobilisations à long terme. Un grand nombre de centres d'amitié paient un loyer pour disposer de l'espace supplémentaire qu'exigent leurs programmes au lieu de rembourser un prêt hypothécaire.

Améliorations des immobilisations : quatre-vingt pour cent de nos centres d'amitié de la Saskatchewan sont propriétaires de leurs locaux. Les centres d'amitié ont besoin d'espace pour prendre de l'expansion. Nos nouveaux centres d'amitié ont besoin de capitaux de démarrage.

Tels sont certains des problèmes auxquels sont confrontés les centres d'amitié de la province.

Nous sommes très honorés d'être reconnus aujourd'hui par le comité sénatorial et nous demandons au comité de recommander au gouvernement du Canada de faire une meilleure utilisation des structures de services existantes des centres d'amitié; qu'il envisage la recapitalisation de l'infrastructure existante pour soutenir la communauté urbaine en pleine croissance; qu'il invite les gouvernements provinciaux à nous accorder un financement équivalent au financement de base des centres d'amitié et de s'engager envers la population que nous servons; que le gouvernement renforce ses relations de travail avec l'ANCA, notre bureau national et qu'il mette en œuvre les autres programmes et stratégies de façon plus efficace. Mais surtout, nous estimons que la Stratégie pour les Autochtones vivant en milieu urbain devrait être gérée par l'entremise de l'ANCA et de ses homologues provinciaux; que le programme Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone devrait être offert par l'entremise de la structure des centres d'amitié pour être efficace auprès des jeunes. À l'heure actuelle, le gouvernement offre la moitié de ce programme et pas de façon fiable.

La population autochtone vivant en milieu urbain est très jeune. Plus de la moitié des Autochtones vivent dans des centres urbains et ce phénomène s'accentue. Les centres d'amitié constituent un des premiers points de contact pour de nombreux Autochtones. En travaillant avec les autres organismes autochtones ainsi que nos gouvernements fédéral et provinciaux, nous pouvons fournir aux membres des Premières nations vivant hors réserve, aux Métis, Inuits et Indiens non inscrits les services dont ils ont besoin.

L'AFCS trouve très encourageant que le gouvernement reconnaisse les centres d'amitié et le rôle très important qu'ils jouent pour l'avenir de la population autochtone.

Je vous remercie tous de votre attention et j'ai hâte de poursuivre le dialogue sur les problèmes qui touchent la vie de la population autochtone visant en milieu urbain au Canada.

La présidente : Avant d'entendre M. Mintram, je voudrais reconnaître que nous sommes dans le territoire traditionnel de la Nation métisse de la Saskatchewan et dire, au nom du comité, que j'apprécie vivement d'être ici.

Merci, madame Bear, pour votre exposé.

William Mintram, directeur adjoint par intérim, Saskatoon Indian and Metis Friendship Centre : Bonjour et, encore une fois, merci de nous avoir fait l'honneur de nous inviter à venir témoigner ici aujourd'hui.

Le Saskatoon Indian and Metis Friendship Centre a fait ses débuts en 1968 et nous occupons les locaux où nous sommes aujourd'hui depuis 1974. Nous sommes un organisme apolitique, autonome, charitable et sans but lucratif. Nos activités gravitent autour de notre énoncé de mission, laquelle consiste à améliorer la qualité de vie des Autochtones dans la ville de Saskatoon. Le personnel du SIMFC est au service de notre communauté et fait des efforts pour que les Autochtones de notre communauté se sentent chez eux, soutenus et mobilisés.

À l'heure actuelle, Saskatoon a une population d'environ 236 600 habitants. C'est pour 2012. Néanmoins, les derniers chiffres que nous avons pour la population autochtone sont ceux du recensement de 2006 qui font état de 19 820 Autochtones. Ce nombre a augmenté et continue de croître.

Pour répondre aux besoins d'une communauté de cette taille, il faut que les organismes autochtones comme SIMFC travaillent en collaboration avec d'autres organismes. Nous sommes fiers de travailler avec la municipalité de Saskatoon, STC et divers autres organismes de la communauté pour constituer des réseaux et partager des ressources dans l'intérêt de la communauté.

Lorsque les personnes des Premières nations quittent leur réserve ou un milieu rural pour venir à Saskatoon, le SIMFC est souvent la première ressource communautaire à laquelle elles s'adressent pour trouver un logement, un emploi ou pour avoir accès aux services sociaux. Lorsque ces personnes cherchent à se prévaloir de programmes qui peuvent leur apporter l'aide dont elles ont besoin pour garder des liens avec leur communauté, elles participent aussi à nos programmes culturels, à des événements qui créent des liens solides et renforcent le sens de la communauté à Saskatoon.

Chaque jour, des centaines de personnes franchissent nos portes pour obtenir les services suivants : nos services généraux qui comprennent notre hall d'accueil et notre gymnase que nous mettons à la disposition de la communauté de Saskatoon. Nous sommes un centre communautaire. Nous offrons des services de photocopie et de télécopie. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour aider les gens, les réunir et les faire participer à notre communauté. Nous avons notre service des programmes qui organise des événements et des programmes orientés vers la famille, les aînés et les enfants, y compris des activités à l'occasion de la Journée nationale des Autochtones, un pavillon indien-métis pour la Folkfest, un dîner des aînés à Pâques, à l'Action de grâce et à Noël, un programme d'été pour les enfants, les fêtes d'enfants et d'autres programmes orientés vers la communauté.

Suite à une lacune qui a été constatée dans notre communauté, le manque d'accès à des repas, le soir, pour les sans- abri, nous avons un service de repas cinq soirs par semaine à l'intention de ces personnes.

Nous avons un service de la jeunesse qui offre aux adolescents des programmes éducatifs, récréatifs et culturels accessibles et gratuits. Nous organisons chaque année à leur intention une danse en rond, une compétition de gigue, une célébration de la culture, une soirée en l'honneur des diplômés autochtones et une démonstration de nos programmes. Les programmes du soir pour adolescents comprennent un centre pour la jeunesse, des cours d'emperlage, on leur apprend à fabriquer des ornements traditionnels, à giguer, à jouer du piano ou de la guitare, à tisser des ceintures, à chanter et danser pour les pow-wow et à jouer au volley-ball. Nous organisons beaucoup d'activités pour les jeunes au centre.

Nous avons des intervenants en prévention de la violence familiale pour soutenir et écouter les clients, les sensibiliser aux effets négatifs de la violence familiale et conjugale et nous travaillons avec le tribunal de la violence conjugale de Saskatoon pour le traitement des délinquants et des victimes. Ces intervenants assurent également une orientation, des ateliers, une représentation, des visites à domicile et à l'hôpital pour les clients réguliers ou occasionnels.

Les responsabilités de nos intervenants en soutien familial sont de deux types. Ils travaillent avec les personnes qui sont envoyées par les services sociaux ainsi que les clients qui se présentent spontanément parce qu'ils ont besoin d'aide sur divers plans, par exemple, pour des problèmes de pauvreté, d'itinérance, d'alcoolisme, de toxicomanie et d'adaptation à une autre culture.

L'aide peut consister simplement à leur permettre de prendre une douche, d'obtenir du shampoing et ce genre d'articles ou de faire un appel téléphonique interurbain ou encore à les renvoyer vers des services sociaux ou d'autres services communautaires ou réseaux de notre ville.

Notre Programme d'emploi des jeunes est un programme de réinsertion qui offre aux jeunes une formation, l'acquisition de compétences et des possibilités d'emploi pour leur permettre de travailler dans notre communauté afin de dédommager les victimes de leurs actes criminels.

Nous avons aussi nos intervenants en santé communautaire. Ce programme apporte aux anciens élèves des pensionnats et à leurs familles un soutien psychologique avant, pendant et après leur audience dans le cadre du Processus d'évaluation indépendant. En offrant ce service, nous mettons également des aînés et du personnel à la disposition des victimes pour les soutenir.

Pour illustrer ce que nous faisons dans notre centre, je voudrais seulement vous citer le cas d'une famille qui est revenue nous demander de l'aide. Une grand-mère, son mari et leur fils avaient des problèmes médicaux. Leur fils avait des enfants et essayait de s'occuper d'eux avec ses parents, mais ils ne savaient pas comment faire.

Ils sont venus au centre où ils ont rencontré les intervenants en violence familiale et ont reçu de l'aide pour trouver un logement avec six chambres. Ensuite, la grand-mère a participé à notre cours de fabrication d'ornements, elle a appris les rudiments de la couture et a pu créer un costume pour son petit-fils qui est venu au cours de chant et de danse pow-wow. Le petit-fils a pu en apprendre plus au sujet de sa culture et de son identité et utiliser le costume confectionné par sa grand-mère pour aller danser dans différents pow-wow au cours de l'année dernière.

C'est un exemple d'une personne qui a demandé un service et qui a pu non seulement recevoir l'aide qu'elle recherchait, mais qui a pu nouer des liens au sein de la communauté. Ces clients ont rencontré des gens qui voulaient les soutenir et les aider à créer des liens et une communauté plus forte. Cela fait partie de la raison d'être de Saskatoon Metis Friendship Centre et des centres d'amitié.

La présidente : Nous allons maintenant passer au Indian and Metis Friendship Centre of Prince Albert. Monsieur Sayese, je dois vous dire que je suis souvent allée à Prince Albert et que c'est une de mes villes favorites.

George Sayese, président, Indian and Metis Friendship Centre of Prince Albert : Madame la présidente, je voudrais vous remercier de m'avoir invité à témoigner au nom des centres d'amitié de la Saskatchewan et de mon centre de Prince Albert.

Je suis Métis et fier de l'être. Je fais partie de la section 269, à Prince Albert. Je fais également partie de la Nation métisse de Saskatchewan et je voudrais vous remercier d'avoir reconnu que les terres sur lesquelles nous sommes sont aussi métisses.

Je voudrais vous donner un aperçu général de l'Indian Metis Friendship Centre of Prince Albert. L'IMFCPA offre des services et de l'aide dans le domaine du logement, de la communication, de l'emploi et des programmes sociaux depuis 1963, dans la ville de Prince Albert. La ville de Prince Albert est une porte d'entrée vers le Nord. Nous avons une population d'environ 35 129 habitants qui a augmenté de 2,9 p. 100 depuis le dernier recensement. Beaucoup de gens de passage et de familles qui arrivent dans notre communauté utilisent nos services. Une bonne partie de cette population est constituée de membres des Premières nations vivant hors réserve.

Nous offrons des services dans le cadre de programmes communautaires très importants comme le Programme d'assistance parajudiciaire autochtone, le Programme de solution de rechange à l'amende, le Programme de soutien en santé pour les anciens élèves des pensionnats indiens et le programme de Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone à titre d'agent W6. Nous avons également un intervenant en bien-être familial et un intervenant en service à la famille. Nous travaillons avec un groupe diversifié et nos portes sont ouvertes à tous. Nous travaillons en collaboration étroite avec la municipalité de Prince Albert pour combler les lacunes dans les services offerts aux personnes souffrant de troubles de santé mentale, de toxicomanie et de problèmes sociaux.

L'Indian Metis Friendship Centre of Prince Albert est membre en règle de l'Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan et de l'Association nationale des centres d'amitié. Notre directeur général siège au Citizen's Advisory Board for the Homelessness Partnership Strategy ainsi qu'au Prince Albert Social Infrastructure Committee anciennement le Race Relations Committee. Les membres de notre conseil d'administration travaillent en collaboration avec les agences de logement et les autres organismes autochtones en tant que membres du conseil ou employés.

La Ville de Prince Albert a la possibilité de travailler auprès de la population des Premières nations incarcérée dans un de nos sept établissements correctionnels et de s'attaquer aux problèmes que connaissent un grand nombre d'Autochtones incarcérés dans notre communauté.

Nous continuons d'organiser des programmes culturels et des services pour les personnes des Premières nations qui viennent s'installer dans notre communauté. Nous avons été les premiers à organiser les célébrations de la Journée nationale des Autochtones dans notre communauté et nous continuons d'être les hôtes de cette réunion communautaire importante. Nous avons accueilli dans notre centre la commission régionale Témoignages et réconciliation en février et mars 2012. Nous offrons une atmosphère accueillante et un personnel compétent et dévoué. Nous rejoignons et aidons environ 200 à 225 personnes par jour dans le cadre de nos divers programmes et services.

Nous continuons de constater un certain nombre de problèmes chez les personnes qui vivent hors réserve et qui vont s'établir en milieu urbain. Le logement, le niveau d'instruction et l'accès à l'éducation, l'emploi et la pauvreté sont les principaux obstacles qui se dressent devant les personnes qui quittent leur réserve pour notre communauté urbaine. De plus, l'intégration linguistique reste problématique pour notre population d'aînés. La scolarité des adolescents, les taux de diplomation et l'augmentation alarmante de la toxicomanie et des troubles de santé mentale sont d'autres problèmes qui touchent un grand nombre des personnes qui quittent la réserve.

Nous avons aussi remarqué que nombreux sont ceux qui ne reçoivent aucune aide de leur réserve parce qu'ils ignorent quels sont leurs droits en tant que membres de la bande vivant hors réserve. À l'heure actuelle, nous aidons ces personnes à faire valoir leurs droits en remplissant des formulaires, en faisant des appels téléphoniques et en fournissant des services d'information.

D'autres organismes tribaux de services aux Autochtones vivant en milieu urbain apportent un solide appui à leurs membres bien qu'un certain nombre de ces derniers aient de la difficulté à obtenir des renseignements. Nous travaillons quotidiennement avec des clients de réserves et de communautés comme celles de Black Lake, Cumberland House, Fond-du-Lac, Hatchet Lake, James Smith, Lac La Ronge, Montreal Lake, Peter Ballantyne, Shoal Lake, Red Earth, Sturgeon Lake, Wahpeton ainsi que beaucoup d'autres clients qui ne sont pas représentés sur cette liste.

Nous continuons de travailler avec plusieurs autres réserves progressistes en organisant des élections hors réserve, en ouvrant nos portes aux bandes pour qu'elles distribuent de l'aide à leurs membres sous la forme d'argent et de cadeaux pour Noël, en organisant des assemblées générales et en aidant les membres des bandes en crise à trouver de l'aide auprès de leur réserve. Plusieurs des bandes avec lesquelles nous travaillons ne sont pas affiliées à l'organisation tribale urbaine locale, le PAGC. Nous avons organisé des événements en partenariat avec le PAGC. Un excellent exemple a été pendant la crise du H1N1. Le PAGC a choisi notre centre comme l'endroit idéal pour rejoindre ses membres vivant en milieu urbain afin de les informer.

Un grand nombre des communautés du Nord n'ont pas les services de santé adéquats dont leurs membres ont besoin. Par conséquent, leurs membres se rendent souvent à Prince Albert pour recevoir des soins. Même s'ils peuvent obtenir une aide financière de leur bande, ils ont de nombreux autres besoins qui ne sont pas satisfaits. Par exemple, un grand nombre des aînés qui utilisent nos services se sentent très isolés de leur famille et de leurs amis. Pour y remédier, nous avons mis sur pied une structure animée par les membres et en échange d'une cotisation annuelle de 2 $, nous offrons un soutien culturel, des thés pour les aînés et des sorties.

Encore une fois, l'adhésion à notre organisme permet aux gens d'avoir davantage le sentiment de participer au processus décisionnel et de ressentir de la fierté à être affiliés à notre organisme.

Je tiens à souligner que nous n'avons pas de critères d'adhésion bien que pour voter à notre assemblée générale annuelle, il faut être d'origine autochtone.

Notre centre est fier d'accueillir une initiative pour les jeunes par l'entremise du programme fédéral Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone. Dans le cadre de ce programme, nous travaillons auprès des jeunes les plus en difficulté de notre ville pour les aider à faire des choix de vie plus sains.

D'autre part, plusieurs de nos clients qui obtiennent de l'aide de leur bande doivent aller chercher leurs chèques dans leur réserve. Cela leur cause une multitude de problèmes. Souvent, ils n'ont aucun moyen de se rendre dans la plupart de ces communautés du Nord, sauf en faisant de l'auto-stop ou en attendant que quelqu'un puisse les y amener. Une fois qu'ils arrivent chez eux, ils n'ont aucun moyen de revenir en ville. Nous croyons que nous pourrions remédier à cette situation en leur fournissant une adresse urbaine et en étant un fournisseur de services pour ceux qui utilisent déjà nos services. Pour un grand nombre de personnes en difficulté, c'est un obstacle qui s'ajoute à ceux auxquels elles sont déjà confrontées.

Cela fait 49 ans que nous sommes établis dans notre communauté. Nous sommes un organisme sans but lucratif, en règle et qui gère bien ses finances. Nous comprenons bien nos responsabilités sociales. Nous avons un conseil d'administration solide et nous continuons à renforcer notre planification stratégique et les connaissances de notre conseil.

Nous sommes situés au centre-ville de Prince Albert et nous consolidons régulièrement nos partenariats. Chaque jour, nos 18 employés à temps plein s'efforcent de répondre aux besoins de nos clients. Ce qui compte le plus pour eux est ce qui compte le plus pour nous, que ce soit l'aide dont ils ont besoin pour remplir leurs formulaires de prestations fiscales pour enfant ou de déclaration d'impôt sur le revenu, ou une aide sur le plan de la violence familiale, du logement, des problèmes de la jeunesse et d'autres problèmes sociaux, y compris les banques d'alimentation. Nous rendons toujours nos services de façon respectueuse et avec empathie.

Pour conclure, nous demandons l'aide du comité sénatorial pour que soit reconnu le rôle que nous jouons en tant qu'organisme responsable, bien établi et important culturellement. Nous vous demandons de tenir compte de notre importance historique en tant qu'organisme établi pour aider les Autochtones vivant en région rurale et hors réserve en leur fournissant des services et en facilitant leur transition du milieu rural au milieu urbain. Nous vous demandons de tenir compte de notre responsabilité financière et de notre engagement envers le bien-être de tous les Autochtones de notre communauté.

Du fait de cette reconnaissance, nous demandons au Sénat de recommander au gouvernement du Canada de faire une meilleure utilisation de la structure des services existants des centres d'amitié, d'envisager une recapitalisation de l'infrastructure actuelle de façon à soutenir la croissance de la communauté urbaine. Nous suggérons également au Sénat d'inviter les gouvernements provinciaux à accorder un financement de base équivalent aux centres d'amitié et de s'engager envers la population qu'ils servent.

Avec respect et gratitude, je vous remercie infiniment.

La présidente : Monsieur Sayese, pourriez-vous nous parler un peu plus de votre travail concernant la tenue d'élections pour les personnes vivant hors réserve. Est-ce un modèle que nous pourrions appliquer ailleurs?

M. Sayese : Appliquer ailleurs, dans d'autres organismes de services?

La présidente : Également dans d'autres régions du pays.

M. Sayese : Je crois que oui. Nous ne nous occupons pas vraiment des élections que tiennent les réserves. Nous leur fournissons un endroit pour leurs bureaux de scrutin, mais je crois que c'est une idée qui marcherait.

La présidente : Si j'ai bien compris, vous fournissez les locaux, mais vous ne vous occupez pas de savoir qui peut voter ou qui a le droit de voter.

M. Sayese : Non.

La présidente : Vous fournissez seulement les locaux?

M. Sayese : Les bandes qui louent nos locaux s'occupent entièrement du vote, mais quand le vote a lieu dans un centre d'amitié autochtone, les Autochtones sont davantage portés à venir voter.

Le sénateur Dyck : Votre centre d'amitié offre-t-il le même service pour les élections provinciales ou fédérales?

M. Sayese : Non.

La présidente : Nous passons maintenant à Mme Brown, qui représente le Kikinahk Friendship Centre.

Kayle Brown, membre du conseil, Kikinahk Friendship Centre : Merci beaucoup. Ce rapport a été préparé par mon directeur exécutif, Ron Woytowich, à La Ronge. Une bonne partie de ce qu'il contient répète ce que mes collègues et amis ont déjà dit, car nous sommes des centres d'amitié et je vais donc en résumer une partie.

Le Kikinahk Friendship Centre a pour valeurs le respect, la confiance, la compassion et le leadership. Notre mission est de promouvoir le développement individuel et communautaire, de rehausser l'identité culturelle autochtone et de favoriser une compréhension mutuelle entre Autochtones et non-Autochtones grâce à une équipe désireuse de faire de son mieux.

Je vous laisse lire vous-mêmes notre vision et nos objectifs stratégiques.

Notre centre d'amitié est une société sans but lucratif enregistrée en Saskatchewan qui fournit régulièrement au ministère qui supervise l'Information Services Corporation of Saskatchewan des états financiers vérifiés et les autres renseignements requis.

En 2012, Kikinahk a célébré son 35e anniversaire. Sous l'influence de notre constitution, le centre vise à promouvoir notre désir de favoriser une vie saine et l'harmonie entre les races. Les membres de notre conseil d'administration représentent une grande diversité de groupes ethniques et de professions et sont représentatifs de nos communautés. Il y a à la fois des femmes et des hommes, des Autochtones et des non-Autochtones et un poste réservé à un jeune de notre communauté âgé de 18 à 25 ans.

Notre directeur exécutif est Ron Woytowich qui travaille depuis 18 ans au Kikinahk Friendship Centre et qui a d'abord été notre administrateur financier avant de devenir notre directeur exécutif en 1996. Cette loyauté se retrouve dans de nombreux centres, car beaucoup de gens y restent pendant longtemps parce que c'est un grand honneur. En tant que jeune, c'est un grand honneur pour moi d'être ici étant donné tout ce que j'ai appris et les programmes que nous offrons, vous pouvez comprendre pourquoi les gens éprouvent cette loyauté et veulent rester.

Kikinahk est la plaque tournante de l'activité sociale à La Ronge. Les gens se sentent à l'aise dans notre centre et ils y viennent pour diverses raisons, que ce soit pour obtenir des conseils ou de l'aide ou participer à des activités. Ces raisons comprennent également : une atmosphère professionnelle et non bureaucratique, contrairement à l'impression que l'on éprouve parfois dans des centres de services gouvernementaux; un centre regroupant tous les services offerts dans leur propre langue par des professionnels autochtones dont un bon nombre détiennent un ou plusieurs certificats ou diplômes universitaires; un centre prêt à aider toute personne, quel que soit son statut, grâce à ses programmes, et un centre totalement apolitique.

Comme je l'ai déjà mentionné, le paragraphe suivant mentionne certaines communautés dont les membres vivant hors réserve bénéficient de nos programmes et je ne vais pas répéter cela. Pour gagner du temps, je vais également laisser de côté le paragraphe suivant. Je pense que l'essentiel est notre programmation qui figure à la page 5.

Voici une liste des programmes quotidiens qu'offre Kikinahk. Le Programme d'aide préscolaire aux Autochtones. Ce programme est financé par l'Agence de la santé publique du Canada et offre une éducation préscolaire à 42 enfants autochtones résidant hors réserve dans la communauté de La Ronge. De plus, la division scolaire Northern Lights a acheté 18 places supplémentaires et fourni un enseignant à plein temps pour qu'au total 60 enfants puissent participer à ce programme.

Besoins spéciaux préscolaire : La division scolaire Northern Lights fournit une assistance à plein temps et du matériel didactique pour permettre que les enfants ayant des besoins spéciaux âgés de 3 et 4 ans puissent participer au Programme d'aide préscolaire aux Autochtones. Normalement, un ou deux enfants en bénéficient chaque année.

Programme après l'école : ce programme est autofinancé avec un peu d'aide pour la nourriture du programme d'amélioration de la nutrition du ministère de l'Éducation de la Saskatchewan et notre câblodiffuseur et fournisseur de service internet Access Communications. En moyenne, 24 enfants viennent au centre chaque jour après l'école pour participer à un programme culturel ou artistique, manger un goûter et, certains jours, participer à des activités au gymnase, le tout étant animé par deux étudiants de 12e année à temps partiel.

Programme canadien de nutrition prénatale : ce programme financé par l'Agence de la santé publique du Canada apporte une aide très importante de la grossesse jusqu'à ce que l'enfant ait six mois à 60 mères en moyenne par année.

PCAA (financement de base) : le financement est assuré par l'Association nationale des centres d'amitié dans le cadre d'une entente de financement conclue avec Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, anciennement Patrimoine canadien et ce financement nous aide à payer nos frais d'administration.

Programme de sensibilisation au diabète et de prévention : le financement de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (la DGSPNI) sert à payer un coordinateur à plein temps chargé de sensibiliser la communauté au diabète et de travailler avec les personnes et les familles à un programme de prévention incluant des ateliers, des cours de cuisine, des pratiques traditionnelles, la cueillette de baies, et cetera, ainsi que la promotion d'un mode de vie actif. Plus d'une centaine de personnes participent régulièrement à diverses activités.

Mesures extrajudiciaires : ce programme, qui est financé par le ministère des Services correctionnels de la province, se divise en trois éléments. Chaque année, une soixantaine d'adolescents participent à ce programme relié à la justice. En ce qui concerne l'indemnisation, notre objectif annuel est de 12 jeunes que nous aidons à trouver un emploi intéressant pour qu'ils puissent respecter l'ordonnance d'indemnisation du tribunal. Nous utilisons l'outil éducatif Stop Lift pour chaque jeune accusé de vol à l'étalage dans un de nos magasins de La Ronge, Air Ronge ou dans les commerces au voisinage immédiat de La Ronge.

Il y a ensuite le Programme de services à la famille. Ce programme, qui est financé par le ministère des Services sociaux, s'occupe chaque année d'environ 250 personnes auxquelles il apporte de l'aide pour accéder aux divers programmes d'aide gouvernementale ou pour surmonter certains obstacles sociaux dans leur vie.

The Hub : Kikinahk est un partenaire responsable de la nouvelle initiative intitulée The Hub qui travaille de concert avec les différents organismes des réserves et hors réserve pour mieux fournir des services, y compris en assurant une surveillance intensive des personnes qui ont maille à partir avec la justice ou qui ont été laissées de côté et ont besoin d'une aide sur le plan social, juridique ou médical.

Kids First North, financé par la division scolaire Northern Lights, est un programme de visiteurs à domicile qui travaillent de façon intensive auprès des familles ayant un niveau de risque très élevé — le niveau de risque est établi par les organismes de santé et les services sociaux — et qui ont besoin d'un soutien et d'une éducation intensive. Notre objectif est un minimum de 24 familles.

Northern Human Services Partnership : ce programme financé par le ministère de la Santé travaille de façon intensive au niveau inter-agences pour étudier et élaborer des pratiques exemplaires afin de soutenir l'action sociale, les programmes de santé et de logement ainsi que d'autres initiatives dans nos communautés du Nord.

Connexion compétences : Service Canada a fourni régulièrement des fonds à notre centre pour développer les compétences d'un certain nombre de jeunes de notre communauté pour subir une entrevue et établir un plan de travail et pour leur dispenser une formation professionnelle. Notre objectif est de six jeunes par années.

Can Sask : le ministère de l'Économie...

La présidente : Madame Brown, avant que vous ne poursuiviez, vous nous avez remis un excellent mémoire dont nous avons des exemplaires. Je vous demanderais respectueusement d'en mentionner seulement les faits saillants, car nous avons beaucoup de questions à poser et il faut que nous ayons le temps d'avoir un bon dialogue.

Mme Brown : Pour conclure, les programmes sont là. Il y a quelques autres programmes pour les jeunes et les parents adolescents, le CCJA et Youth Outreach. Nous avons aussi dans notre centre une cuisine qui nous permet d'organiser certains événements communautaires, par exemple des événements spéciaux. Nous travaillons en collaboration étroite avec tous les autres organismes.

Je tiens seulement à répéter que chaque centre répond à des besoins particuliers de la communauté et que les problèmes existants dans la communauté reflètent donc les programmes que nous offrons dans notre centre d'amitié.

La présidente : Nous passons maintenant à M. Rose qui s'est ajouté à la liste de témoins, mais nous sommes ravis de l'accueillir ici.

Dylan Rose, coordonnateur régional, Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone, Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan : Je voudrais d'abord vous remercier de me permettre de témoigner à la dernière minute et je remercie mes collègues, les membres de la communauté qui sont dans l'auditoire ainsi que le comité sénatorial d'être ici aujourd'hui pour ces réunions vraiment importantes.

Je m'appelle Dylan Rose. Je suis le coordonnateur régional de la province du programme Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone. Je suis également un membre de la Première nation Red Pheasant vivant hors réserve. Je vous présente cet exposé au nom de Dave Bighead, qui est le directeur exécutif du Newo Yotina Regina Friendship Centre.

Je vais commencer par un aperçu général qui sera suivi de quelques réflexions faisant suite à l'assemblée générale annuelle, après quoi je conclurai.

Le NYFC a commencé ses activités à Regina, une ville d'environ 200 000 habitants, en avril 2010. Il est passé d'une cinquantaine de membres au cours de la première année de son programme à plus de 300 cette année. Il offre divers programmes comme le programme SHAPE pour les jeunes, des cours de danse pow-wow, des cours d'éducation parentale, un programme de guérison intelligent, une éducation financière, et SEEK, un programme parascolaire pour les filles âgées de 11 à 14 ans, ainsi qu'un cours de couture.

NYFC est actuellement en pourparlers avec le conseil scolaire catholique de Regina pour participer à la création d'une garderie principalement destinée aux Autochtones, ce dont la communauté a grand besoin. NYFC a établi plusieurs partenariats depuis deux ans et demi avec des organismes communautaires bien connus et bien établis qui l'ont soutenu tout au long de son développement.

NYFC est membre des Aboriginal Friendship Centres of Saskatchewan ainsi que de l'Association nationale des centres d'amitié. Il dessert entre 60 et 120 personnes quotidiennement, aussi bien des Autochtones que des non- Autochtones.

Suite aux décisions prises à son assemblée générale annuelle, au dialogue et à l'interaction quotidienne avec ses clients, les conclusions de NYFC sont les suivantes : un grand nombre des Autochtones vivant en milieu urbain hors réserve vivent dans des conditions comparables à celles du tiers monde. Plusieurs de ses clients restent dans le centre de l'ouverture à la fermeture parce qu'ils n'ont pas d'autre domicile et doivent dormir régulièrement à l'extérieur.

Les possibilités d'éducation et de formation sont limitées pour nos membres autochtones, car plusieurs obstacles les empêchent de poursuivre ces objectifs, par exemple sur le plan du logement, du transport et des services de garderie abordables. Un grand nombre de ses clients n'ont pas de compte en banque ou de possibilité de crédit. L'éducation financière n'est pas offerte dans la communauté à l'extérieur du centre.

Un grand nombre des clients du centre n'ont pas les compétences indispensables dans la vie quotidienne et sont donc exposés à la toxicomanie, à la criminalité, à mal s'occuper de leurs enfants et à d'autres comportements nuisibles. Le soutien des aînés de la communauté n'est un facteur que parce qu'il manque. Certains organismes emploient des aînés pour qu'ils soient présents au centre; néanmoins, la communauté estime qu'il faudrait faire plus sur ce plan. Le manque d'identité au sein de la population autochtone pourrait faire basculer notre communauté. Nous avons besoin des aînés pour assurer la préservation de notre langue, de notre culture et de nos traditions au sein de notre population autochtone.

Les gangs sont de plus en plus présents tant dans notre communauté que dans les Premières nations avoisinantes. Les gangs ont commencé à recruter des enfants plus jeunes que jamais et ont beaucoup de succès en raison du manque de soutien familial. La forte présence de gangs dans les communautés correspond directement au taux d'incarcération élevé des Autochtones dans les établissements carcéraux fédéraux et provinciaux.

Parmi les facteurs qui ont conduit les Autochtones vivant en milieu urbain à quitter leurs Premières nations respectives pour aller vivre dans la communauté de Regina sont le manque de possibilités d'emploi. Plusieurs études ont, en effet, montré que le taux de chômage au sein des Premières nations de la Saskatchewan est de 90 p. 100 et plus.

Le manque de possibilités d'éducation : les diplômés du secondaire qui vivent dans la réserve ne peuvent pas obtenir un financement pour faire des études postsecondaires parce que le Programme de soutien aux étudiants de niveau postsecondaire du gouvernement fédéral est sous-financé.

Les relations malsaines au sein des familles : c'est fréquent dans les Premières nations, de même que dans la communauté de Regina. Le Newo Yotina Friendship Centre a essayé à plusieurs reprises d'obtenir un financement pour établir des programmes de bien-être familial qui s'attaqueraient à ce très grave problème. Il s'est heurté à un refus de la part des gouvernements fédéral et provincial. Ce genre de programme est absolument nécessaire.

La toxicomanie : l'isolement, le chômage, la pression des pairs et l'ennui sont autant de facteurs qui contribuent à la toxicomanie et à l'alcoolisme et ces facteurs sont davantage présents dans les réserves que hors réserve. Le désespoir : c'est très réel et très dangereux pour les peuples des Premières nations des réserves de même que ceux de la communauté de Regina. Nos taux de suicide élevés le confirment.

Il y a dans notre communauté de nombreux services qui cherchent à résoudre les problèmes susmentionnés; cependant, ils continuent de voir, jour après jour, les mêmes personnes franchir leurs portes avec les mêmes problèmes. Les services offerts dans leur communauté ne sont pas suffisamment complets pour retenir les clients ou assurer leur suivi pendant un, deux ou six mois. Les clients sont ballottés d'un programme à l'autre, on leur raconte toujours la même histoire et les répétitions inutiles posent un sérieux problème.

David Bighead est père d'un adolescent de 16 ans et il est convaincu que le changement commence avec les parents. Si votre enfant grandit en voyant ses parents boire ou prendre de la drogue, s'insulter ou être victime de violence physique ou sexuelle, s'il a un ou des parents qui n'ont jamais travaillé, jamais témoigné d'affection et jamais insisté sur l'éducation, il a peu de chance de sortir de ce cercle vicieux.

Les pouvoirs publics doivent, à tous les niveaux, investir davantage dans des programmes et des services qui mettent davantage l'accent sur le bien-être des familles autochtones vivant hors réserve. Il est possible de changer les choses en donnant à la prochaine génération d'Autochtones la possibilité de vivre avec la même qualité de vie que ses homologues non autochtones.

La présidente : Monsieur Rose, nous savons tous que la population autochtone est une population assez jeune qui est en pleine croissance et que les difficultés de la jeunesse revêtent une importance particulière dans la communauté. Pouvez-vous nous parler de certaines stratégies que vous avez trouvées efficaces pour intéresser les jeunes Autochtones aux enjeux sociaux, culturels et politiques et est-ce que le soutien par les pairs est également important pour les jeunes Autochtones?

M. Rose : Il est certain que le soutien des pairs est très important. Nous avons besoin de solides exemples à suivre dans notre communauté pour l'émulation de nos jeunes.

Pour ce qui est de la première partie de votre question, de quel genre de structures et de programmes parlez-vous?

La présidente : Quelles sont les choses que vous avez trouvées efficaces dans les programmes que vous avez mis en œuvre?

M. Rose : En commençant par le plus important, un des principaux facteurs est un financement continu qui n'est pas coupé ou réduit.

La présidente : Voulez-vous dire un financement durable?

M. Rose : Un financement durable, désolé. C'est le principal. Si le financement des programmes pour les jeunes qui sont censés être mis en place partout dans la province est bloqué et que nous devons mettre du personnel à pied et recommencer à zéro, cela ne contribue pas à la continuité, les gens partent et trouvent d'autres choses à faire. Il faut que nous puissions maintenir la continuité des programmes pour la jeunesse. La situation est différente d'un centre d'amitié à l'autre. Elle dépend de la communauté et de ses besoins. Un financement cohérent est la chose la plus importante pour nous permettre de garder notre personnel et de continuer à offrir des programmes qui donnent les bons résultats que nous constatons dans les centres d'amitié de toute la province.

La présidente : Rêvons un instant. Si vous aviez un financement durable, quels sont les programmes dont vous avez constaté l'efficacité si le financement est là?

M. Rose : Il y en a de différents types. Par exemple, à Regina, il y a un programme d'éducation financière qui est vraiment important pour les gens qui n'ont pas les compétences bancaires de base à l'égard du crédit et ce genre de choses. La Loche a un programme de canotage qui enseigne aux enfants le travail d'équipe et les modes de vie traditionnels. Étant donné qu'une des priorités du gouvernement est de faire participer les jeunes Autochtones pleinement à l'économie canadienne, ce genre de programme est important. C'est difficile à exprimer par des mots, mais ce sont des facteurs extrêmement importants pour amener les jeunes Autochtones à participer pleinement à l'économie canadienne.

La présidente : Je m'adresse à vous tous en disant qu'une des choses que nous avons remarquées à Winnipeg est que les fournisseurs de services ou les centres d'amitié ne demandent pas aux gens qui se présentent à leurs portes de leur présenter une carte attestant de leur statut pour savoir s'ils sont des Indiens inscrits ou non inscrits, des Métis ou des Inuits. C'est une personne qui a besoin d'aide et ils lui apportent de l'aide. D'après vos propos, vous êtes au service des gens qui ont besoin d'aide et vous ne vous occupez pas de leur statut. Pourtant, les programmes fédéraux tiennent compte du fait que vous êtes un Indien inscrit ou non inscrit, et cetera. Pourriez-vous nous dire ce que vous en pensez?

Mme Bear : Je vais faire une observation à ce sujet. Une des raisons pour lesquelles je travaille dans cet organisme, c'est parce qu'il est sans statut et apolitique. Je crois que les dirigeants politiques doivent faire leur travail et que les fournisseurs de services devraient faire le leur.

Quand j'étais un peu plus jeune, j'étais une Indienne non inscrite. Je m'étais mariée en dehors de la réserve. J'étais assez jeune et je me sentais à l'aise dans un endroit comme celui-ci. C'était vraiment le seul endroit où je me sentais chez moi, car je n'étais plus une Indienne inscrite et après avoir regagné mon statut, j'ai dû penser à mes enfants qui n'avaient aucun sentiment d'appartenance parce qu'ils n'avaient pas été élevés dans ma réserve.

Par conséquent, ces centres sont un foyer pour beaucoup de gens, pour nos frères métis, pour nos Indiens non inscrits, pour les gens qui arrivent ici d'autres provinces et dont un bon nombre n'ont pas de services à leur disposition. Nos centres d'amitié offrent des services essentiels aux personnes itinérantes. Des gens viennent également d'autres provinces pour aller à l'école ici. C'est un endroit où tous peuvent se sentir chez eux.

La présidente : Quelqu'un d'autre?

M. Rose : Comme chacun sait, nous sommes un organisme qui ne tient pas compte du statut des gens tandis que certains des programmes de financement fédéraux exigent ou aimeraient que ce soit les Indiens inscrits ou non inscrits, les Métis et les Inuits qui aient accès à nos services. Aucun centre d'amitié de la province ne ferme ses portes aux non- Autochtones qui veulent participer à ces programmes. Ils sont ouverts à tous.

M. Sayese : Comme vous le savez, nous relevons du Programme des Autochtones, mais les centres d'amitié de tout le Canada ont constaté qu'il était nécessaire d'ouvrir leurs portes à tous. Une personne en crise a besoin d'aide et nous avons évolué depuis le moment où nous avons ouvert nos portes pour la première fois. Nous avons dû évoluer. Notre organisme ne pouvait tout simplement pas tourner le dos aux gens à cause de leur race ou de leur couleur. Comme je l'ai dit, nos centres sont ouverts à tous les citoyens du Canada.

Le sénateur Brazeau : Bonjour à tous. Je vous remercie pour vos exposés.

Si nous menons cette étude, c'est en partie parce qu'au Canada il y a des personnes qui vivent dans les réserves, d'autres qui vivent hors réserve et qui sont traitées différemment; pas toujours, pas partout, mais dans de nombreuses régions du pays.

Plus tôt, cette semaine, nous avons entendu le témoignage d'un centre d'amitié de Winnipeg et nous avons parlé avec d'autres représentants des organismes qui fournissent des services. Ils ont mentionné que, bien souvent, quand les gens quittent la réserve et essaient d'obtenir des services des différents organismes, ils ne peuvent pas exercer les mêmes droits que les personnes qui vivent dans la réserve. Ils n'ont pas accès aux mêmes programmes et services sur le plan du vote, des soins de santé, du logement ou de l'ensemble des programmes et services.

Les représentants du centre d'amitié de Winnipeg ont également mentionné qu'étant donné que les gens des Premières nations vivent majoritairement hors réserve dans la plupart des communautés, le financement fédéral devrait peut-être les suivre là où ils vont.

Bien entendu, c'est plutôt un sujet tabou et même si nous ne voulons pas enlever quoi que ce soit à qui que ce soit, telle est la réalité dans laquelle nous vivons. Que pensez-vous du financement disponible actuellement et croyez-vous qu'il devrait suivre les gens là où ils vont?

Si vous prenez le ratio de huit à un selon lequel pour chaque dollar dépensé hors réserve, on en dépense huit dans les réserves, deux questions se posent : pourquoi les gens s'en sortent-ils mieux hors réserve avec moins d'argent et pourquoi les gens s'en sortent moins bien dans les réserves avec plus d'argent. En tant que centre d'amitié et compte tenu du bon travail que vous faites et des services que vous fournissez, que pensez-vous de cette situation?

Mme Bear : En tant que membre d'une première nation qui a quitté la réserve et qui n'a pas bénéficié de ces services dans la réserve, j'ai eu beaucoup de difficulté quand j'étais plus jeune. Néanmoins, maintenant, quand je vois nos centres d'amitié, les gens qui viennent s'installer en ville, je voudrais que les centres d'amitié puissent offrir plus de programmes, parce que nous pouvons le faire de façon plus efficace. Par exemple, la Stratégie pour les Autochtones en milieu urbain et le programme Connexions culturelles pour la jeunesse qu'offrent les centres d'amitié sont partiellement administrés par le gouvernement. Si les centres d'amitié recevaient directement une plus grande partie de ce financement, les programmes seraient fournis de façon plus efficace. Nous travaillons directement avec les communautés alors que le gouvernement en est assez loin. Je veux parler de l'ensemble de nos centres d'amitié.

Il y a aussi le programme de la Stratégie pour les Autochtones vivant en milieu urbain. Comme c'est une stratégie globale, une bonne proportion de l'argent consacré à ce programme est répartie entre tellement d'organismes que les résultats ne sont peut-être pas aussi efficaces qu'ils pourraient l'être.

Pour ce qui est des 8 $ dépensés dans les réserves contre 1 $ en ville, je pense qu'il faut maintenir cette mesure et qu'il faudrait augmenter le financement des programmes urbains étant donné qu'il y a plus d'Autochtones qui vivent en ville.

M. Sayese : Je ne veux pas me prononcer sur ce genre de questions, simplement parce que nous devons travailler en Saskatchewan et que nous essayons d'établir des partenariats avec la Nation métisse. Nous essayons de renforcer nos partenariats avec la FSIN. Je ne sais pas si nous sommes considérés comme un important organisme autochtone en Saskatchewan, mais nous travaillons dans ce sens et c'est pourquoi je ne peux pas vous répondre.

M. Rose : Sénateur Brazeau, vous parlez des endroits où vont les gens. Je suis membre d'une bande vivant hors réserve qui vit et travaille à Saskatoon, mais cela ne veut pas dire que je n'ai pas de nombreux membres de ma famille qui vivent encore dans la réserve et que je ne retourne pas là-bas. Je fais l'aller-retour entre la réserve et la ville assez souvent.

Notre principal lien est avec la terre. Nous sommes des Autochtones du Canada et si quelqu'un disait qu'il faut effectivement donner plus d'argent aux Autochtones vivant en milieu urbain qu'à ceux qui vivent dans la réserve, la seule chose qui m'intéresse est de savoir si le sous-financement va continuer.

La présidente : Le gouvernement fédéral donne 1 $ aux gens qui vivent hors réserve, mais vous n'obtenez pas d'aide des gouvernements provincial et municipal.

Mme Bear : Un bon nombre de centres d'amitié obtiennent de l'argent de la province, mais pas tous et nous n'avons pas accès à d'autres fonds venant d'organismes provinciaux comme les autres associations provinciales-territoriales du Canada. Nous sommes sans doute les organismes provinciaux les plus sous-financés et cela ne veut pas dire que les centres d'amitié ne sont pas financés par certains programmes.

Le sénateur Brazeau : Je mentionne souvent la proportion de huit à un, car c'est le chiffre du gouvernement fédéral. Bien entendu, je ne suis pas ici pour discuter du sous-financement. Dans certains cas, le sous-financement est réel et dans d'autres cas, c'est discutable. S'il y a un sous-financement et si les 8 $ accordés aux communautés des réserves ne donnent pas les résultats que nous voudrions tous voir tandis que l'unique dollar accordé hors réserve donne des meilleurs résultats, cela amène à se poser la question suivante : quelles relations de travail avez-vous avec les gouvernements provinciaux? Le fait est, aussi, que le gouvernement fédéral transfère beaucoup d'argent aux provinces pour qu'elles en fassent bénéficier tous leurs citoyens grâce à divers programmes sociaux et des programmes dans le domaine des soins de santé, de l'éducation et autres. Quel niveau de relations de travail avez-vous avec le gouvernement provincial pour le forcer à consacrer aux Autochtones l'argent qu'il reçoit?

Mme Bear : Nous commençons à travailler avec le gouvernement provincial. Je sais que c'est ce que nous devons faire. Pour le moment, il ne prête pas beaucoup attention à nous, mais nous nous efforçons d'améliorer les choses. Nous avons des relations de travail avec notre gouvernement provincial. Nous avons récemment formulé quelques propositions dans le domaine de l'éducation, par exemple. Nous avons besoin de programmes d'alphabétisation de niveaux un et deux dans nos centres d'amitié et le gouvernement envisage un partenariat avec nous sur ce plan-là. C'est donc positif.

Il y a d'autres domaines culturels. La plupart des centres d'amitié reçoivent un financement culturel de SaskCulture. Si nous avions davantage de relations de travail avec le gouvernement pour pouvoir administrer ces fonds par l'entremise de notre association provinciale, ce serait un bien meilleur moyen d'utiliser cet argent.

Nous commençons à travailler avec notre gouvernement provincial et nous espérons ne pas tarder à recevoir un financement de base. C'est une des choses que nous avons demandées. Nous avons besoin, par exemple, d'un financement d'immobilisations pour nos centres d'amitié qui sont vieux et tombent en ruine. Ils ont besoin de réparations. C'est un gros problème et chaque centre d'amitié de la province demande un financement de base.

Les centres d'amitié qui ne sont pas propriétaires de leurs locaux ne reçoivent pas de fonds d'immobilisation. L'argent qu'ils obtiennent est principalement destiné au financement des programmes et aucune partie de cet argent ne peut servir à acheter des bâtiments.

M. Mintram : En ce qui concerne le Saskatoon Metis Friendship Centre, nous recevons une partie de notre financement du ministère des Services sociaux pour notre programme de travailleurs familiaux. Nous recevons aussi, comme Gwen l'a mentionné, de l'argent de SaskCulture provenant de son Metis Cultural Development Fund, de l'Aboriginal Arts and Cultural Leadership Grant, de la Capacity Building Grant et divers autres fonds de financement qu'il met à la disposition de tout organisme qui remplit ses critères et pas seulement les centres d'amitié.

Nous présentons aussi des demandes à des fondations de Saskatoon comme la Saskatoon Community Foundation. Nous présentons des demandes de subventions à la municipalité de Saskatoon dans le cadre de son financement collaboratif et nous recevons donc de l'argent de sociétés, de fondations, et du gouvernement aux niveaux municipal, provincial et fédéral. Tout cela est peut-être en rapport avec le dollar dont vous parlez étant donné que nous avons accès à diverses autres sources de financement mis à la disposition de programmes comme le nôtre, mais pas exclusivement pour les Autochtones.

Le sénateur Brazeau : J'aurais une dernière brève observation à ce sujet. Le gouvernement fédéral dit qu'il est responsable des personnes vivant dans les réserves tandis que les gouvernements provinciaux doivent assumer la responsabilité de ceux qui vivent hors réserve. Le gouvernement provincial répond qu'il s'agit d'Autochtones et que c'est donc au gouvernement fédéral de s'en occuper. Nous ne devrions accepter aucun de ces points de vue. Nous devrions toujours exiger des comptes des deux niveaux de gouvernement.

Le sénateur Dyck : Merci pour vos témoignages de ce matin. Vous nous avez brossé un très bon tableau de ce que les centres d'amitié font dans la province. Il semble que vos programmes pourraient être qualifiés de plus complets que ceux du gouvernement qui sont généralement cloisonnés et pas toujours accueillants ou efficaces.

Je voudrais revenir sur la question du financement. Madame Brown, je crois, a fourni une très bonne liste de tous les programmes existants. Il est évident que vous recevez un financement dans le cadre de divers programmes ou du ministère des Services sociaux. Je vais en citer un ou deux. Le Programme d'aide préscolaire est le programme de l'Agence de la santé publique. Vous obtenez de l'argent de la DGSPNI. Vous en obtenez aussi de la division scolaire Northern Lights, et cetera.

Quand vous décidez des programmes à offrir, comment les choisissez-vous? Cela dépend-il de l'argent disponible ou des besoins de la communauté?

Mme Brown : Je pense que c'est les deux, mais personnellement, je pense que cela dépend des besoins de la communauté. Nous essayons d'offrir les programmes qui servent le mieux les intérêts de notre communauté.

Mme Bear : J'aime vraiment les questions qui ont été posées. Pour ce qui est de celle-là, souvent, les centres d'amitié doivent se concurrencer pour obtenir les fonds disponibles.

Il arrive parfois qu'il n'y ait pas d'argent pour répondre à certains des besoins de la communauté et c'est ce que j'ai constaté dans tous les centres. Certains des centres les plus importants sont sur le point d'exploser parce qu'ils n'ont pas suffisamment de programmes pour répondre aux besoins.

Je crois que la réponse peut être oui ou non. Oui, nous fournissons des services pour répondre aux besoins de la communauté, mais je ne crois pas qu'il y ait suffisamment d'argent pour répondre aux besoins de chacune des communautés. Il y a un gros manque d'argent.

Le sénateur Dyck : Certains témoins ont donné une liste de bénéficiaires d'un programme et il m'a semblé que c'était très peu par rapport au nombre de gens qui pourraient se trouver dans la communauté. Par exemple, je pense que vous aviez 60 enfants participant au Programme d'aide préscolaire alors qu'il doit y en avoir une centaine dans votre communauté. Avez-vous suffisamment d'argent pour répondre aux besoins de ces enfants? Je pense que vous avez parlé de 24 enfants qui participent au programme après l'école. Il doit certainement y en avoir des centaines. Y a-t-il une grave pénurie de fonds pour répondre aux besoins des gens, et surtout des enfants?

Mme Brown : Je ne sais pas exactement comment répondre à cela, car ce n'est pas moi qui ai préparé ce rapport. Je ne connais pas tous les chiffres. Par exemple, la Division scolaire Northern Lights désire s'associer avec nous, investir de l'argent dans ce programme pour que nous y travaillions ensemble et le besoin est certainement là. Les chiffres sont peut-être plus élevés. Je n'en suis pas sûre.

Le sénateur Dyck : J'aimerais savoir si les autres désirent en parler. Vous répondez au besoin de tellement de gens. Le financement dont vous disposez vous suffit-il pour aider le nombre de gens qui se présentent chez vous?

M. Mintram : Je crois que le financement que nous recevons n'est pas toujours suffisant. Nous désirons vivement répondre aux besoins de la communauté de notre mieux et nous essayons de gérer l'argent qui nous est donné de façon à pouvoir rejoindre et aider le plus de gens possible. Si nous disposions de plus de ressources et si nous pouvions élargir ce genre de programmes, effectivement, je dirais qu'il y a une demande plus importante à laquelle nous ne répondons pas toujours.

Par exemple, en ce qui concerne les programmes récréatifs, nous avons notre soirée en l'honneur des diplômés autochtones à laquelle une cinquantaine de diplômés de Saskatoon ont participé, il y a deux ans. L'année dernière, 101 diplômés y ont pris part. La demande existe toujours, mais le montant d'argent nécessaire devient plus important au fur et à mesure que le nombre de participants augmente. Avec ce que nous obtenons, nous essayons de faire de notre mieux et de rejoindre le maximum de gens, mais nous ne répondons pas toujours à la totalité de la demande.

Le sénateur Dyck : Pourrais-je poser une autre question?

La présidente : Nous avons dépassé le temps prévu, mais nous allons devoir décider, sous réserve de ce que vous direz, de rester plus longtemps, parce que nous apprenons beaucoup et nous voulons continuer.

Le sénateur Dyck : Je vais revenir sur la question du financement de 8 $ dans les réserves et de 1 $ hors réserve. Je ne sais pas exactement comment on est arrivé à ce chiffre.

Monsieur Sayese, vous avez mentionné que certains de vos clients doivent retourner dans leur bande pour aller chercher leurs chèques, ce qui veut dire qu'ils obtiennent de l'argent de leur réserve.

À votre connaissance, la bande doit-elle payer pour les membres de la bande vivant hors réserve qui ont besoin de prestations de santé ou d'éducation? Autrement dit, même si ces personnes ne reçoivent pas directement l'argent, elles sont toujours financées par leur bande. Si un étudiant fait des études postsecondaires, il est toujours financé par la bande, n'est-ce pas?

M. Sayese : Je ne connais pas la réponse à cette question. C'est ce que j'ai vu dans nos centres d'amitié. Certains itinérants sont retournés dans leur bande pour aller chercher leur chèque d'aide sociale et sont revenus à Prince Albert. Voilà ce que je voulais dire.

Pour ce qui est des droits qu'ils ont hors réserve, par exemple en ce qui concerne les soins de santé, je crois qu'ils continuent d'en bénéficier pendant qu'ils sont à Prince Albert. Pour ce qui est de l'éducation, je crois que c'est administré par l'entremise du Grand conseil de Prince Albert. Le PAGC a des structures en place pour aider certains membres de la bande, tandis que d'autres ignorent leurs droits, ne savent pas qu'ils peuvent s'adresser au PAGC pour demander à recevoir leur argent par son intermédiaire.

Je ne sais pas si cela répond vraiment à votre question.

Le sénateur Dyck : J'ai une carte de statut que je peux utiliser partout où je vais. Avant, elle me permettait de ne pas payer la TPS en Saskatchewan, mais ce n'est plus le cas. Néanmoins, je peux l'utiliser en Ontario. Je peux acheter quelque chose à La Baie, en Ontario, et on ne me fera pas payer la TPS si je montre cette carte.

M. Mintram : Pour revenir sur le sujet de l'éducation, ma femme est actuellement financée par sa bande à Nelson House, dans le nord du Manitoba. Je sais que le financement varie selon l'enveloppe disponible, le nombre d'étudiants qu'on choisit de financer. Certaines bandes ont pour politique de financer les étudiants qui vivent dans la réserve avant ceux qui vivent hors réserve, mais la politique peut varier. Certaines bandes accordent un financement à tous les membres de la bande. Cela dépend de la façon dont chaque nation est gérée. Toutefois, ce financement est disponible et peut jouer un rôle important dans la vie des étudiants qui vivent dans les centres urbains.

Le sénateur Dyck : Nous savons tous qu'en général la population autochtone est jeune et en pleine croissance et qu'environ la moitié est âgée de moins de 25 ans. Les centres d'amitié servent une population qui doit avoir un contingent de jeunes très important. J'ai oublié qui parmi vous a mentionné les problèmes de dépendance, mais vous constatez une augmentation de l'incidence de l'alcoolisme et de la toxicomanie.

Si vous avez une importante population de jeunes, en quoi cela se répercute-t-il sur vos programmes? Pouvez-vous avoir accès à d'autres sources de financement. Voyez-vous la nécessité d'augmenter les programmes d'alphabétisation ou d'aide préscolaire ou les programmes contre la toxicomanie pour prévenir l'augmentation des taux d'incarcération?

Mme Bear : Je peux vous parler de la toxicomanie. Il y a un taux élevé de dépendance à la drogue ou l'alcool, non seulement dans les réserves, mais aussi hors réserve. Souvent, les gens quittent la réserve — et je peux parler pour ma propre réserve de Muskoday — pour aller travailler ou étudier et beaucoup de gens partent parce qu'ils sont dans une fâcheuse situation attribuable à la dépendance, à la violence, à toutes sortes de problèmes au sein de leur foyer.

Ces personnes, celles qui ont le plus de problèmes, viennent dans les centres d'amitié. C'est leur premier arrêt. Ce sont les gens que nous voyons le plus et il y a beaucoup d'enfants, beaucoup d'adolescents qui ont beaucoup de problèmes.

Oui, nous avons besoin de plus d'argent pour nos programmes à l'intention des jeunes. Pour le moment, pratiquement chaque centre offre le programme Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone. C'est de l'argent qui vient du gouvernement fédéral et nous nous en servons pour les jeunes.

Ce programme a été gelé puis dégelé, restructuré et cela a causé beaucoup d'incertitude, surtout pendant l'été. C'est à ce moment-là que le programme était le plus nécessaire, mais beaucoup de centres d'amitié n'ont pas pu l'offrir parce qu'ils n'avaient pas d'argent, parce que tout était bloqué, parce que le programme était en cours de restructuration. Si les centres d'amitié pouvaient recevoir l'argent de ce programme et même un financement de base, ce serait une excellente chose.

Le sénateur Dyck : Vous recommandez que cet argent soit mis à votre disposition de façon plus permanente.

Mme Bear : Absolument. Chaque centre d'amitié se sert de ce programme et je connais beaucoup d'autres communautés qui pourraient s'en servir s'il y avait davantage de fonds disponibles. Je sais que nous n'en administrons que la moitié. L'ANCA n'administre que la moitié de ce programme et je sais que le gouvernement fédéral administre l'autre moitié. Je ne connais pas ses critères et je ne sais pas non plus ce qu'il fait de cet argent, mais je sais que les centres d'amitié sont les piliers du travail auprès de la jeunesse et qu'ils sont très efficaces.

Mme Brown : Je voudrais seulement dire quelque chose au sujet du potentiel de notre centre d'amitié. Il offre de nombreux programmes à l'égard de la dépendance, des gangs, des connexions culturelles et de la culture des jeunes Autochtones. Il est très important de garder les jeunes sur la bonne voie, de promouvoir leur identité et de les éloigner de l'alcool et de la drogue.

Ce sont des domaines dans lesquels nous pouvons intervenir. Une chose pour laquelle nous n'avons pas vraiment d'argent et qui pose un problème est le logement. C'est très problématique. Les gens des réserves viennent à La Ronge pour faire des études. Nous avons NORTEP/NORPAC qui est un institut universitaire. Nous avons beaucoup de gens et une pénurie de logements. C'est un domaine dans lequel nous avons besoin de financement et nous avons beaucoup de potentiel pour la création de partenariats, par exemple, au sein de la communauté.

Le sénateur Hubley : Je voudrais aborder la question de la mobilité. On a l'impression, je pense, que les membres des Premières nations qui vivent hors réserve ont tendance à déménager plus souvent au sein de la communauté, mais aussi entre les communautés de la même ville. Avez-vous des programmes spéciaux pour faire face à ce genre de situation? Cela veut-il dire qu'en raison de cette mobilité il y a beaucoup de va-et-vient en ce qui concerne la participation à vos programmes?

M. Sayese : Je travaille avec PA Community Housing, à Prince Albert et je constate que les Autochtones ont tendance à déménager, comme le faisaient nos ancêtres, quand le moment est venu. Certains d'entre eux migrent. Ils viennent du Grand Nord; ils obtiennent un logement grâce à notre aide, ils restent en ville pendant l'hiver, mais quand le printemps arrive, ils retournent dans le Nord. Cela fait partie de notre culture. Nous allons là où nous pouvons gagner notre subsistance. Nous allons là où nous trouvons de quoi vivre.

En ce qui concerne nos programmes, effectivement, nous les modifions lorsque nous voyons que c'est nécessaire. Quand les besoins changent, nous les étudions et nous nous y adaptons. Nous adaptons ensuite le financement pour qu'il réponde aux besoins. Je ne sais pas si cela répond à votre question.

Le sénateur Hubley : Cela y répond.

Vos centres d'amitié répondent-ils davantage aux besoins des femmes que des hommes ou davantage des adolescents du sexe masculin que du sexe féminin? Y a-t-il d'importantes différences dans la composition démographique de votre clientèle?

M. Sayese : Je dirais que notre centre dessert probablement 60 p. 100 de femmes et 40 p. 100 d'hommes. Dans l'ensemble du Canada, 90 p. 100 de femmes travaillent pour le mouvement des centres d'amitié. Je crois que les femmes composent 80 p. 100 de leurs conseils d'administration.

Comme je l'ai dit, les chiffres sont un peu plus similaires dans mon centre d'amitié, car nous sommes en milieu urbain et les personnes des deux sexes ont des besoins pour lesquelles elles s'adressent à notre centre. Je ne suis pas certain de la situation dans les centres du Nord, mais Mme Bear peut peut-être répondre à cela.

Mme Bear : Nous n'avons pas préparé ces statistiques. Nous pourrions sans doute le faire, mais la plupart de nos chiffres portent sur les jeunes. J'ai dit tout à l'heure qu'environ 5 000 jeunes participent au programme Connexions culturelles pour la jeunesse autochtone, mais ce n'est qu'un chiffre approximatif. Selon le rapport annuel du centre, 48 000 personnes ont fait appel à ces services au cours d'une année. Personne ne note si c'est un homme ou une femme qui franchit le seuil, mais pour le programme de santé prénatale, par exemple, nous pouvons le savoir. Néanmoins, je n'ai pas préparé de statistiques pour notre province et je vous demande de bien vouloir m'en excuser.

Le sénateur Dyck : On m'a confié l'honneur de vous remercier tous pour vos témoignages de ce matin. Ils étaient très intéressants et très approfondis. Vous avez très bien répondu à toutes nos questions. Merci et nous espérons avoir de nouveau l'occasion de vous rencontrer à l'avenir.

La présidente : Sénateurs, les témoins suivants comparaissent à titre personnel.

Vous pourrez venir prendre place à la table quand j'annoncerai votre nom. Vous disposez de trois minutes. Les sénateurs ne vont pas vous poser des questions, mais nous voulons vous entendre.

Je vais commencer par Jessica Gordon.

Jessica Gordon, à titre personnel : Je m'appelle Jessica Gordon. Je viens du territoire du Traité 4. Je suis ici à titre personnel.

Les droits des peuples autochtones existaient avant les lois coloniales et ont été reconnus par les Nations Unies. En tant qu'Autochtones, nous estimons qu'il faut des consultations de nation à nation et un consentement préalable libre et éclairé au sujet des lois qui touchent nos droits élémentaires.

Nous subissons les effets de l'itinérance, du manque d'eau potable, des logements surpeuplés dans les réserves et hors réserve. Nos enfants sont arrêtés et incarcérés, nos femmes sont assassinées ou disparaissent, nos jeunes n'ont pas accès à l'éducation et nous connaissons le chômage. Nous perdons notre langue et notre identité.

Notre accès à nos droits est limité parce que nous ne sommes pas informés et consultés au sujet des lois et des politiques. Mon peuple vit dans des conditions qui ne répondent pas à leurs droits humains fondamentaux.

On ne nous a pas laissé participer à des pourparlers de nation à nation au sujet de lois comme le projet de loi C-45 et le projet de loi C-428. Ces projets de loi vont violer et compromettre davantage nos droits humains fondamentaux et nos droits inhérents issus de traités. Je m'oppose à ces deux projets de loi.

Contrairement aux principes démocratiques, on ne nous a pas laissé donner notre consentement préalable libre et éclairé au sujet de nombreuses questions qui nous touchent directement. Les projets de loi et mesures législatives ou politiques de ce genre sont contraires aux modalités des traités et des promesses faites de nation à nation.

Je suis ici pour exprimer mes préoccupations, en tant que membre d'une Première nation, au sujet de nos droits humains fondamentaux et du fait que nos droits inhérents issus de traités sont non seulement compromis, mais violés.

Je voudrais dire aussi que les membres des Premières nations qui vivent dans les réserves ou hors réserve ne font qu'un. Aucune frontière imaginaire ou loi ne pourra jamais affirmer le contraire. Je crois que toute consultation du député Rob Clarke ou d'autres députés en faveur d'un de ces projets de loi constitue une violation de nos droits.

Les territoires et le peuple des Premières nations sont menacés. Les politiques imposées par le gouvernement nous empêchent déjà de nous prévaloir de nos droits humains fondamentaux. Notre culture et notre langue sont reliées à la terre. Nous sommes à un moment critique où des décisions pourraient être prises sous l'influence de difficultés excessives et je crois donc que toute entente ou loi qui serait adoptée violerait directement ces droits.

La discrimination systématique dont les Premières nations font l'objet résulte de ce que fait le gouvernement, par exemple, en tenant des audiences comme celle-ci sans donner à nos Premières nations un préavis suffisant pour leur permettre d'y participer pleinement ou de s'y préparer.

Les politiques de racisme et d'oppression en cours ont un but. Elles servent à justifier une relation inégale qui permet au gouvernement de placer plus facilement nos terres et nos ressources sous sa coupe. C'est illégal. Les traités n'ont pas été respectés et cela veut dire que nous avons un gouvernement illégitime. Ces politiques et ces lois enfreignent les lois autochtones régissant la façon dont nous vivons en harmonie avec la terre, des lois plus anciennes que le gouvernement colonial. Merci.

La présidente : Nous allons maintenant entendre Jaqueline Anaquod.

Jaqueline Anaquod, à titre personnel : Je m'appelle Jaqueline Anaquod. Je suis ici en tant qu'étudiante. Je fréquente l'Université des Premières nations du Canada. Je suis ici de mon propre chef. Je suis en troisième année d'études de la santé. Je travaille également à l'université. Je suis l'assistante de la salle de médecine. Nous avons une salle de médecine traditionnelle qui organise des ateliers à l'intention des écoles, des groupes et des particuliers. Nos aînés et nos hommes médecine y travaillent.

Je voudrais parler des transferts de fonds des gouvernements provincial et fédéral. La province investit de l'argent pour réduire les temps d'attente. Il semble que ce soit sa priorité pour cette année. En réfléchissant à ce que cela représente pour les Autochtones, j'ai conclu que ces efforts ne signifient rien pour nous. Nous attendons de toute façon à cause du racisme, à cause de services injustes.

Les gens de notre peuple ne veulent pas s'adresser aux services de santé, parce qu'ils ne sont pas traités comme les autres. Nos systèmes de soins de santé n'ont aucune considération pour la culture ou les sensibilités. Je n'appellerais même pas cela un système de soins de santé. Un système travaille ensemble. Je ne vois pas notre système de soins de santé travailler ensemble.

Par exemple, quelqu'un qui vit avec le VIH et qui a également une dépendance et du diabète doit consulter différents médecins pour chaque trouble. Aucun de ces médecins ne communique avec les autres.

L'accès à des soins de santé holistiques : Un modèle comme celui du All Nations Healing Hospital que nous avons à Fort Qu'Appelle est unique en son genre. Nous avons des aînés et des hommes médecine qui y travaillent et lorsque vous y allez, pour obtenir les remèdes qui vous sont prescrits, vous pouvez soit aller dans une pharmacie, soit aller au service des soins holistiques. Nous pensons qu'il faudrait davantage de services de ce genre.

Même si vous avez un hôpital à chaque coin de rue, cela n'améliorera pas la santé des Autochtones. Je pense qu'il faut consacrer plus d'argent aux services de prévention. Quand je parle de services de prévention, je veux parler de la prévention holistique traditionnelle, par exemple, un meilleur accès aux aînés, un meilleur accès aux cérémonies.

Une bonne partie de l'enseignement de nos langues et de nos enseignements sacrés sont dispensés dans nos huttes, mais souvent, nous n'avons pas accès à ces huttes en ville parce que nous manquons d'espace.

Il y a autre chose. À Regina, un gros problème que nous avons est que nous n'avons pas de locaux, comme nous en avions avant dans l'ancien centre d'amitié, pour organiser des funérailles, des réunions ou des danses en rond. Nous avons du mal à trouver un endroit où nous pouvons nous réunir. Souvent, le transport pose un gros problème. Il est difficile de sortir de la réserve pour participer aux funérailles d'un des nôtres.

Vous avez demandé comment nous préservons notre culture dans un milieu urbain. Personnellement, je suis étudiante à l'Université des Premières nations du Canada et je suppose que c'est grâce à la tradition, à l'innovation et au leadership. J'ai accès quotidiennement aux aînés, aux médecines, aux cérémonies — nous avons des cérémonies du calumet — mais ce n'est pas tout le monde qui peut en faire autant.

Comme je l'ai dit, je travaille dans la salle de médecine et la demande est si forte actuellement que je ne peux pas y répondre. Beaucoup d'écoles, de groupes et de gens veulent venir apprendre ces savoirs, mais l'université n'a pas suffisamment d'argent pour m'employer plus de 30 heures par mois et je dois donc renvoyer les gens sans pouvoir les satisfaire.

J'ai une dernière observation qui s'adresse au sénateur Brazeau. Vous avez participé récemment à un match de boxe et j'ai parié 20 $ sur vous. J'ai pensé à notre peuple qui vit ici aujourd'hui, dans ce milieu urbain et qui doit se battre pour vivre, surtout les familles monoparentales. Nous nous battons pour avoir de quoi manger. Je me bats pour payer mon loyer chaque mois. Les gens se battent pour leurs enfants. Nos hommes, nos frères se battent pour avoir des emplois et des chances égales. Il se passe beaucoup de choses. Je me suis demandé sur qui je parierais si l'on envoyait un de nos Autochtones avec vous dans le ring. Je parierais sur celui qui se bat pour sa vie.

C'est tout ce que j'ai à dire. Merci.

La présidente : C'est maintenant au tour de Kevin Daniels, de l'Aboriginal Affairs Coalition of Saskatchewan.

Kevin Daniels, à titre personnel : Merci, honorables sénateurs. C'est un grand honneur de comparaître devant vous une fois de plus. La dernière fois que j'ai comparu devant les sénateurs, c'était, je crois, dans la Chambre rouge, à l'occasion de la deuxième présentation d'excuses aux victimes des pensionnats, il y a deux ans, et nous savons tous, je pense, ce qui s'est passé là-bas.

Encore une fois, c'est un honneur d'être ici pour vous présenter un aperçu historique des souffrances que vivent les Indiens hors réserve dans notre pays, et particulièrement en Saskatchewan.

J'ai été un Indien non inscrit pendant ma jeunesse. La Loi sur les Indiens est sans doute la loi la plus lourde qui nous ait été imposée. La Loi sur les Indiens a enlevé à mes parents leurs droits d'Indiens. Nous avons été privés de nos droits et nous avons été forcés de vivre dans les bas-côtés.

Au début des années 1960, il était très, très difficile de vivre dans les bas-côtés. Nous n'avions rien. Aujourd'hui encore, j'ai vu des Indiens aux prises avec les différents organismes sociaux existants et nous n'avons toujours rien.

Quand nous avons grandi, nous avons été forcés de quitter les bas-côtés pour aller nous installer dans des villes où nous avons continuellement fait l'expérience du racisme. La Loi sur les Indiens est raciste et comme nous ne pouvions pas vivre dans des petites villes ou dans des réserves, nous avons dû affronter ce racisme.

Nous sommes encore confrontés au racisme lorsque nous nous installons dans les centres urbains. Nous avons assisté à la croissance et au développement de nombreux organismes comme les centres d'amitié. Les centres d'amitié comptaient sans doute parmi les principaux groupes qui existaient dans les villes dans les années 1970, mais ils ont fini par se corrompre. Pendant longtemps, nous n'avons eu aucun centre d'amitié, aucun service.

J'ai eu beaucoup de chance de faire partie de l'Association of Metis and Non-Status Indians of Saskatchewan. Nous étions dirigés par l'un des dirigeants autochtones du Canada, Jim Sinclair, qui a pu mettre en place des programmes dans le domaine du logement, du développement économique et de l'emploi. Il a apporté de nombreux emplois à notre peuple et nous; avons pu mener une vie confortable à la fin des années 1970 et au début des années 1980 jusqu'à ce que les gouvernements commencent à changer, à ce que la démographie commence à changer et à ce que les droits des Indiens non inscrits, surtout les Indiens visés par l'article 31, commencent à changer.

Nous en sommes encore au début de notre lutte pour la liberté et surtout, pour le droit à la terre et à l'autodétermination. Nous continuons de nous battre pour ces droits après toutes ces années. Nous sommes sans terres dans notre pays. Sans base économique, nous ne pouvons pas bâtir notre propre économie.

Nous sommes fatigués de tendre la main, non seulement au gouvernement, mais à nos propres dirigeants. Je suis un peu triste de voir que nos dirigeants ne sont pas là. Quand j'ai dit à l'un d'entre eux que j'étais un ancien dirigeant national du Congrès des peuples autochtones, il s'est éloigné de moi et c'est le genre de traitement auquel nous devons faire face après nous être battus toutes ces années pour les droits des Indiens, les droits issus des traités et les droits des Métis.

Nous nous sommes battus en première ligne. Nous avons érigé des barrages. Nous nous sommes battus pour que notre peuple soit inscrit dans la Constitution canadienne et c'est ainsi qu'on nous traite aujourd'hui.

Ici, en Saskatchewan, il y a un protocole d'entente qui reconnaît seulement deux organismes, la Federation of Saskatchewan Indian Nations et la Métis Nation et j'ai le plus grand respect pour ces deux organisations, mais malheureusement, elles ne nous laissent pas participer à leur processus.

Ma bande est celle de Kawacatoose dont ma mère avait été exclue. Elle a regagné son statut ultérieurement et a pu obtenir certains services et elle est reconnue comme une aînée dans cette réserve. La bande s'adresse à nous lorsqu'il y a des référendums, des votes ou une entente importante à conclure, par exemple sur les droits fonciers issus des traités. On se sert de nous comme électeurs pour faire approuver ces accords, mais une fois qu'ils sont approuvés, on n'a plus besoin de nous et nous ne bénéficions plus de notre soutien aux revendications, par exemple sur les droits fonciers issus des traités. Nous n'avons jamais touché un seul sou en tant qu'Indiens vivant hors réserve.

La présidente : Monsieur Daniels, malheureusement, votre temps est écoulé.

M. Daniels : Merci beaucoup.

La présidente : C'est maintenant au tour de M. Kim Beaudin, de l'Aboriginal Affairs Coalition of Saskatchewan.

Kim Beaudin, à titre personnel : Je m'appelle Kim Beaudin. Je suis le président de l'Aboriginal Affairs Coalition of Saskatchewan. Nous sommes un organisme provincial-territorial affilié au Congrès des peuples autochtones, à Ottawa.

Il est regrettable que je dispose seulement de trois minutes, mais je vais aborder une ou deux questions.

En ce qui concerne les droits de la personne, je voudrais parler du projet de loi C-31 et un peu du projet de loi C-3 et de ses répercussions sur les Métis. Par exemple, je viens de recevoir une carte de statut résultant du projet de loi C-3 et je remarque que cela a eu des conséquences pour beaucoup de Métis un peu partout au Canada.

L'autre question concerne le financement et le ratio de 8 $ à 1 $. Je tiens à m'assurer que le comité n'ignore pas que les PTO de Colombie-Britannique, du Manitoba, de l'Alberta, de la Saskatchewan et de l'Ontario n'obtiennent actuellement aucun financement du gouvernement fédéral et des Affaires autochtones à Ottawa.

Nous sommes un organisme de défense et de promotion des droits. C'est un organisme politique. Nous nous intéressons à un certain nombre d'enjeux concernant la province. Par exemple, nous avons parlé de l'article 10 de la Charte des droits et libertés. Nous avons constaté que beaucoup de gens, qu'ils appartiennent aux Premières nations, à la nation métisse ou autres, ne comprennent pas les conséquences que les droits de la personne ont pour eux personnellement. Je constate qu'ils se font rouler par le système. Nous l'avons également constaté à propos d'autres questions comme la santé mentale, la violence et le problème des gangs.

Un rapport inquiétant publié il y a environ un mois faisait état d'une augmentation de 90 p. 100 du taux d'incarcération des femmes autochtones alors qu'elles ne représentent que 4 p. 100 de la population. Je trouve cela inquiétant.

L'autre problème qui se pose à l'égard des Métis et des Premières nations est celui du chômage. Le taux de chômage en Saskatchewan est de 21,4 p. 100 pour les Premières nations et de 10 p. 100 pour les Métis. Ce sont des chiffres inquiétants quand on voit qu'en Saskatchewan le taux de chômage est d'un peu moins de 5 p. 100. Pourtant, le gouvernement va dans les autres pays essayer de convaincre des gens de venir travailler ici. Ce sont là certaines des questions dont nous discutons.

Que se passe-t-il dans le domaine du logement? Payer un loyer est hors de question. Nous ne songeons même pas à acheter une maison parce que c'est au-dessus de nos moyens.

Nous avons eu récemment des élections à Saskatoon et nous avons parlé de questions autochtones, mais aucune proposition n'a été faite à l'égard des problèmes en milieu urbain et je pourrais probablement dire que la situation est la même à Regina que dans toute autre ville. Ce sont de sérieux problèmes.

Kevin Daniels a mentionné notre accord bilatéral avec le gouvernement provincial. Une des choses qui m'inquiètent, c'est que le financement accordé, qui a beaucoup diminué, se retrouve dans les coffres de la province. Il ne rejoint pas les membres de notre communauté.

J'ai pas mal résumé tout ce que j'avais à dire pendant mes trois minutes, alors je vous remercie.

La présidente : Il y a une question que nous voudrions poser aux centres d'amitié. Nous avons seulement besoin de deux ou trois minutes. À Winnipeg, le comité a demandé à un groupe de centres d'amitié comment ils comptaient faire face à l'évolution démographique de la population autochtone. Cette population connaît une croissance rapide et elle est très jeune. À votre avis, va-t-il falloir modifier le rôle des centres d'amitié compte tenu des changements dans la population autochtone et si c'est le cas, comment?

Mme Bear : C'est une bonne question. Pourriez-vous la répéter? Désolée, je voudrais seulement rassembler mes idées.

La présidente : Si vous avez besoin d'y réfléchir, vous pouvez nous envoyer quelque chose par écrit. Notre comité a demandé à un groupe de centres d'amitié de Winnipeg comment ils comptaient répondre à l'évolution démographique de la population autochtone. Cette population connaît une croissance très rapide et elle est très jeune. À votre avis, le rôle des centres d'amitié va-t-il devoir changer pour tenir compte des changements au sein de la population autochtone, et si c'est le cas, comment?

Mme Bear : C'est un sujet de discussion que nous avons eu avec les autres associations provinciales-territoriales du pays. Je pense qu'en tant qu'association provinciale-territoriale, nous allons travailler avec nos homologues des autres provinces et territoires.

Comme nous avons une structure très particulière et que nous sommes tous unis d'un bout à l'autre du pays, nous voulons discuter des changements, de la façon de répondre aux besoins des gens. J'ai mentionné tout à l'heure que les centres d'amitié de la Saskatchewan ont atteint les limites de leur capacité. Nous participons à des discussions, par exemple au Québec, sur l'économie sociale.

Un grand nombre d'associations provinciales-territoriales s'autofinancent et commencent à compter sur leurs propres ressources et c'est une chose que nous allons examiner.

Nous voulons le soutien des autres organismes de la province. Une autre façon de procéder est de travailler ensemble. Je crois vraiment que la solution est de travailler ensemble. Notre grand chef l'a mentionné, je crois. De cette façon, nous pouvons faire appel aux compétences que possède l'Ontario ou celles que possède la Colombie- Britannique. C'est ce que nous voulons faire en Saskatchewan.

Nous allons prochainement établir un plan stratégique d'une durée de 20 ans avec le directeur exécutif de l'Ontario qui est en poste depuis 35 ans et dont tous les programmes ont été une réussite. Son association fait des recherches. Elle réussit à disposer de plus de 5 millions de dollars en revenus propres et c'est donc dans cette direction que nous voulons aller pour pouvoir faire face à la situation dans notre province. Il y a beaucoup de gens qui arrivent et nous ne pouvons pas tout faire. Nous pouvons faire des petites choses, mais pas vraiment bien. Nous faisons de notre mieux avec ce que nous avons et je pense que nous faisons un merveilleux travail.

M. Mintram : Au centre d'amitié de Saskatoon, nous en sommes au point où nos services fonctionnent au maximum de leur capacité. Nous ne pouvons pas accueillir du personnel supplémentaire. Certains soirs, nous offrons sept programmes en même temps dans un espace très limité. Nous devons envisager d'augmenter la superficie de nos locaux, d'augmenter nos immobilisations de façon à pouvoir offrir davantage de programmes et de services pour répondre aux demandes de la communauté.

M. Sayese : Nos centres de la Saskatchewan vont devoir renforcer leurs efforts, établir quelle est leur clientèle et ses besoins et travailler en partenariat avec la FSIN, nos conseils tribaux locaux et nos sections métisses. Nous devons unir nos forces pour que les centres d'amitié continuent à jouer un rôle de premier plan en fournissant des services et des programmes de qualité à la population autochtone qui quitte les réserves.

Avec les sept prisons de Prince Albert, nous sommes dans une situation très particulière. Quand les détenus sont transférés à Prince Albert, leurs familles les accompagnent. Lorsqu'ils sortent de prison, ils ont tendance à rester à Prince Albert et nous avons donc une explosion de population dont le recensement n'a pas tenu compte. Néanmoins, nous établissons quels sont les besoins par l'entremise de nos partenaires de la communauté, par exemple en ce qui concerne le grand nombre de gangs, les adolescents sans abri à Prince Albert, l'alcoolisme et la toxicomanie. Nous cherchons activement à convaincre d'autres organismes de s'associer avec nous pour combattre ces problèmes sociaux. Les centres d'amitié auront un rôle essentiel à jouer.

La présidente : Monsieur Rose?

M. Rose : Je n'ai rien à dire.

La présidente : Merci de nous avoir accueillis.

Le sénateur Brazeau : Au nom de tout le comité, nous tenons à remercier le Indian and Metis Friendship Centre, de Saskatoon, de nous avoir accueillis. C'était un plaisir. Nous avons eu d'excellentes discussions. Nous aurions pu continuer ainsi toute la journée ou pendant deux jours, mais nous devons malheureusement travailler avec ce que nous avons.

Cela dit, rien n'empêche une personne ou un organisme de nous envoyer ses réflexions ou ses recommandations au sujet des mesures à prendre pour aller de l'avant et nous pourrons formuler des recommandations au gouvernement dans notre rapport final. C'est le grand intérêt de ce comité. Il est ouvert. Chacun peut se faire entendre s'il le désire.

C'est seulement le début d'un dialogue. Cela ne réglera pas tout, mais c'est très stimulant pour moi en tant que membre des Premières nations et pour mes collègues autour de cette table, car cela n'a pas été fait très souvent dans l'histoire de notre pays. C'est un début et espérons que ce ne sera pas la fin.

Encore une fois, meegwetch à vous tous pour nous avoir accueillis.

(La séance est levée.)