LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE LA SÉCURITÉ NATIONALE ET DE LA DÉFENSE

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le lundi 23 avril 2012

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense se réunit aujourd’hui à 16 heures pour étudier et faire rapport au sujet des politiques, des pratiques, des circonstances et des capacités du Canada en matière de sécurité nationale et de défense.

Le sénateur Roméo Antonius Dallaire (vice-président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le vice-président: Chers collègues, mesdames et messieurs, nous ouvrons la session. Nous allons avoir trois séances qui pourront avoir une durée d’une heure. Notre étude porte toujours sur l'évolution des Forces canadiennes dans leur capacité de se préparer et de répondre aux besoins de sécurité du Canada. C'est un projet qui englobe beaucoup.

 Avant le dépôt du budget, nous avons reçu les officiers supérieurs qui commandent les trois services qui sont les forces génératrices de troupes et ils nous ont donné leur perspective.

Maintenant nous entrons dans la phase de rencontrer ceux qui utilisent les troupes et qui ont les responsabilités de commandement dans l'emploi des troupes tant au Canada qu’outre-mer.

On va commencer avec le lieutenant général Semianiw, Walter pour les intimes. Sa carrière l'a amené outre-mer. Vous pouvez voir par ses médailles les campagnes dans lesquelles il a été impliqué. J’aimerais porter votre attention sur l’une d’elles, celle d’il y a trois ans alors qu’il était chef du personnel militaire où il a amené des réformes massives sur les soins des individus, la solde médicale, le souci des leurs besoins et de leur famille. Ces réformes sont encore en vigueur et ont permis aux Forces canadiennes de maintenir un moral élevé. On vous en félicite.

Vous êtes ici en tant que commandant du commandement du Canada et nous voudrions entendre votre présentation initiale. Après cela il y aura une période des questions. Mon général, s'il vous plaît.

Lieutenant-général Walter Semianiw, commandant du Commandement Canada, Défense nationale: Merci mon général, je m’excuse, monsieur le président. Je vous remercie également de m'avoir donné l'occasion de m'adresser au comité aujourd'hui. Si vous me le permettez, je commencerai par parler brièvement des responsabilités de Commandement au Canada.

Au Canada, en Amérique du Nord et dans l’hémisphère occidental, le mandat de Commandement Canada est d’assurer la défense contre les menaces et les dangers et sur demande de soutenir les autorités civiles pour améliorer la sécurité et la stabilité de la population canadienne, et ce, n'importe quand et n'importe où au pays.

[Traduction]

Comme vous le savez, les Forces canadiennes sont gouvernées par la stratégie de défense Le Canada d’abord (SDCD). Le Commandement Canada est responsable de quatre des six missions de la SDCD: les opérations quotidiennes nationales et continentales; le soutien dans le cadre d’un évènement important au Canada; la réponse à une attaque terroriste; et l’appui aux autorités civiles en cas de crise au Canada, par exemple, en cas de catastrophe naturelle.

En 2010 seulement, le Commandement Canada a dû accomplir trois de ces quatre missions simultanément grâce à notre préparation qui nous permet de toujours répondre présent lorsque les Canadiens ont besoin de nous. Nous avons aidé la GRC dans la mise en place des mesures de sécurité nécessaires pour les Jeux olympiques d'hiver de Vancouver; nous avons contribué à la remise en état des infrastructures endommagées par l’ouragan Igor à Terre-Neuve-et-Labrador; et nous avons mené nos opérations quotidiennes, y compris les patrouilles visant la souveraineté maritime.

Notre mandat prévoit également la supervision des opérations courantes et de contingence au Canada et en Amérique du Nord. Dans le cadre de ces activités, le Commandement Canada est chargé des patrouilles de surveillance et de souveraineté, des opérations de recherche et sauvetage aériennes et maritimes, de l’aide aux autorités civiles en cas de catastrophe ou d’autres urgences et, lorsqu’on y est autorisé, du soutien aux organismes de maintien de l’ordre. En résumé, le Commandement Canada est responsable de la défense du pays et lorsqu’il est question de la défense du Canada, nul n’a droit à l’échec. Il n’y a pas de compromis possible; nous devons être efficaces.

En outre, le Commandement Canada est responsable des relations bilatérales avec ses équivalents au sud de la frontière, soit le United States Northern Command et le United States Southern Command. De plus, nous collaborons étroitement avec le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), l’organisation bilatérale régie par un traité canado-américain et chargée de surveiller et de défendre l’espace aérien nord-américain.

Nous travaillons quotidiennement avec ces organisations. De plus, la tenue d'exercices conjoints, les échanges de personnel et les diverses rencontres, tant au niveau stratégique qu’opérationnel, nous permettent de consolider sans cesse la relation entre les deux forces militaires.

[Français]

Les états-majors nationaux et régionaux du Commandement Canada comptent plus de 300 membres et sont soutenus par les milliers de membres de la marine, de l'armée, de l'aviation et des forces d'opérations spéciales qui sont prêts à être déployés où et quand on a besoin d'eux. En cas de crise grave, tous les membres des Forces canadiennes sont disponibles pour Commandement Canada.

[Traduction]

Les ressources les plus essentielles sous mon commandement opérationnel sont les six Forces opérationnelles interarmées régionales (FOIR). Les FOIR ont toutes des responsabilités régionales relativement aux opérations menées au pays et collaborent étroitement avec les autorités provinciales et territoriales. Les FOIR transmettent au Commandement Canada leur perception de la situation régionale ainsi que leur point de vue spécialisé sur l’éventail complet d’activités opérationnelles en matière de sécurité et de défense.

Les commandants des six FOIR sont chargés de la planification et des opérations militaires dans leur zone géographique de responsabilité. En cas d’urgence, les commandants des FOIR peuvent attribuer des tâches à toutes les ressources des Forces canadiennes dans leur région (Pacifique, Ouest, Centre, Est, Atlantique et Nord). En tout temps, les Forces canadiennes ont quelque 10 000 membres sur le qui-vive, ce qui permet à mon commandement d’être prêt à défendre la souveraineté canadienne, à venir en aide aux Canadiens dans le besoin ou à aider nos voisins du Sud. Pour mettre en perspective la portée de nos activités intérieures, disons que notre théâtre national d'opérations couvre près de 10 millions de kilomètres carrés, ce qui équivaut à deux fois la taille de l’Europe.

Tout au long de sa courte histoire, le Commandement Canada a néanmoins été en mesure de produire des résultats stratégiques positifs au moyen de chacune de ses opérations.

[Français]

En conclusion, les réussites de Commandement Canada seraient impossibles sans les membres des Forces canadiennes qui sont toujours prêts, partout au pays, à soutenir nos partenaires civils et à aider les Canadiens dans le besoin. Monsieur le président, mon général, merci.

Le vice-président: Merci mon général. Je vous remercie du survol que vous nous avez donné et d’avoir été succinct. Nous allons maintenant procéder à la période des questions. Sur ma liste j’ai les sénateurs Lang, Nolin, Stewart-Olson et Robichaud.

[Traduction]

Le sénateur Lang: Merci. Je veux d’abord remercier notre témoin. Je veux également vous transmettre les regrets du sénateur Wallin qui n’a pu être des nôtres aujourd’hui pour des raisons familiales

J’aimerais commencer par une question d’ordre général. Elle concerne le processus de planification et de mise en oeuvre du plan d'action pour la réduction du déficit amorcé il y a près d’un an par l’ensemble de nos forces militaires, surtout dans le contexte des décisions prises relativement à l’Afghanistan et de la transformation de nos opérations militaires. Peut-être pourriez-vous nous dire en quoi ce plan d’action pour la réduction du déficit mine votre capacité de remplir le mandat qui vous a été confié, en nous donnant des précisions sur la réorganisation qu’exige ce plan d'action sans perdre de vue les obligations que vous avez à remplir.

[Français]

Lgen Semianiw: Je vous remercie de la question.

 [Traduction]

Je réponds aux deux volets de votre question. Au cours de l’année écoulée, le Commandement Canada a fait l’objet de mesures dans le cadre du plan d’action pour la réduction du déficit. Nous avons envisagé les réductions que nous pouvions effectuer tout en nous assurant de conserver nos capacités fondamentales qui sont au coeur de nos activités et de notre mandat.

Si j’examine les résultats des mesures que nous avons prises et leurs répercussions éventuelles sur le Commandement Canada, je vous répondrai brièvement que ces répercussions seront restreintes, voire inexistantes, quant à notre capacité de mener à bien notre mission stratégique au Canada ou à l’étranger. Tout d’abord, les opérations de recherche et sauvetage constituent notre premier mandat. Ces opérations ont été épargnées par l’examen stratégique et par le plan d’action pour la réduction du déficit. Il n’y aura donc aucun effet sur nos ressources, notre matériel et notre effectif. Ensuite, s’il survenait une crise au Canada au cours des prochaines années, je pourrai toujours, pour y répondre, disposer du même matériel et du même nombre de membres de la Marine, de l’Armée et de l’Aviation.

En bref, je n’entrevois aucune répercussion sur notre mission stratégique au Canada, une mission indispensable que nous sommes tenus de mener à bien.

La deuxième partie de votre question portait sur la réorganisation. Nous envisageons divers modèles qui déboucheraient sur une meilleure efficience tout en nous permettant de conserver nos capacités d’intervenir stratégiquement au Canada, capacités qui ne sauraient être sacrifiées parce qu’elles font partie des attentes et des exigences des Canadiens. Nous devons maintenir ces capacités.

Nous envisageons donc divers modèles. Le ministre et le chef d’état-major de la Défense pourront, au moment opportun, annoncer les modalités de notre restructuration. Cependant, nous devons convenir que plusieurs changements seront nécessaires sur les plans stratégique, opérationnel et tactique. Nous modifierons la façon de mener nos opérations, de mettre en oeuvre le changement culturel et de procéder à la restructuration.

Nous nous penchons sur plusieurs modèles pour mettre en oeuvre tous ces changements. Cependant, nous devrons, à un moment donné, déterminer ceux qui nous permettront non seulement d’être plus efficients, mais également d’avoir une organisation plus souple et plus efficace.

Le sénateur Lang: Je voudrais obtenir un peu plus de détails sur les changements que vous envisagez et l’efficience que vous visez, compte tenu des obligations que vous avez évoquées et que vous serez toujours tenus de respecter.

Je voudrais maintenant aborder la défense aérospatiale et les satellites. Nous comptons sur RADARSAT-1. Il y a également RADARSAT-2, et on envisage la possibilité de déployer PolarSat dans l’Arctique. Je représente le Nord et le Yukon. Cette question nous touche donc directement, de toute évidence.

Quelle place la mise à niveau de nos satellites occupe-t-elle dans votre planification? Qu’en est-il sur le plan de l’efficience? Il ne fait aucun doute que, si PolarSat est déployé, vos capacités de télécommunications seront naturellement améliorées. En fait, les télécommunications sont presque impossibles sans PolarSat. Quelles seront les répercussions du déploiement de RADARSAT-2 et de PolarSat sur les exigences imposées à l’Aviation, qui doit effectuer de la reconnaissance et mener d’autres missions à l’aide de satellites?

Lgén Semianiw: C’est une excellente question. Nous nous penchons sur cet aspect quotidiennement au Commandement Canada car notre organisation met beaucoup l’accent sur la « fonction de détection ». Comme le premier ministre l’a signalé l’an dernier à Resolute, le Canada ne compte pas suffisamment de militaires, ni de citoyens d’ailleurs, pour assurer une présence dans le Nord afin d’y assurer le contrôle de l’ensemble du territoire. Par conséquent, nous devons tout d’abord savoir ce qui s’y passe pour exécuter cette fonction de détection. Nous devons par la suite être en mesure de déterminer les effectifs qui interviendront et de les transporter sur place, où ils pourront servir les Canadiens dans le Nord.

Les satellites constituent un moyen indispensable nous permettant de mener à bien ce genre de mission. Nous ne misons pas uniquement sur les satellites, mais plutôt sur une approche multidimensionnelle mettant en commun notamment les satellites, les UAV et d’autres aéronefs aux fins de la détection.

En ce qui concerne les satellites, vous avez tout à fait raison. Nous utilisons RADARSAT. Le Commandement Canada est sur la liste de priorités des utilisateurs éventuels. À l’heure actuelle, nous nous en servons principalement pour contrôler le passage du Nord-Ouest, de façon à savoir ce qui se passe dans le Nord et le long de ses côtes. Vous avez signalé à juste titre la mission Constellation RADARSAT, la MCR, c’est-à-dire que nous passerons, espérons-le, de deux à cinq satellites dans le Nord, ce qui nous donnera plus rapidement de meilleures données en temps réel.

C’est l’orientation que nous devons prendre, parce que, de concert avec les UAV, les aéronefs de surveillance dans le Nord et les Rangers, les satellites sont de toute évidence essentiels à notre mission dans le Nord. Ces divers éléments font partie intégrante de notre structure dans le Nord.

Quoi qu’il en soit, les satellites sont un élément essentiel à la mission qui nous attend. Nous les utilisons et nous continuerons à le faire davantage à l’avenir à des fins de détection, et non pas simplement pour prédire la météo ou communiquer. Ce sont là trois fonctions nécessaires. Les satellites de télécommunications et de météorologie sont importants, car il ne s’agit pas uniquement de détecter ce qui est au sol.

Le sénateur Lang: Je dois en convenir, l’utilisation générale de nos satellites — non réservée à nos forces armées uniquement — jouera un rôle important dans le développement du Nord, les satellites nous procurant instantanément des données que nous pouvons mettre à profit.

Je voudrais aborder une autre question. Vous avez parlé des opérations de recherche et sauvetage. Cela pose de toute évidence un grave problème à l’échelle du Canada. Nous devons déterminer l’orientation que prendront ces opérations. Presque tous les ans, on s’interroge sur les opérations de recherche et sauvetage et sur leurs objectifs à long terme. En novembre, vous avez évoqué la réunion du Conseil de l’Arctique qui s’est tenue à Whitehorse ainsi que la coopération envisagée entre huit pays nordiques — je crois — en matière de recherche et sauvetage. Tous ces pays disposent de flottes restreintes pour surveiller leurs grands espaces respectifs.

Ces pays sont-ils sur le point de conclure une entente de collaboration afin de satisfaire aux exigences respectives qui leur sont imposées?

Lgén Semianiw: Si vous me permettez de revenir sur la question du Nord pour mettre les choses au point, je vous citerai ce que m’a confié un des habitants du Nord que j’ai rencontrés. Ses propos en disent long. Dans le Nord, une empreinte dure 40 ans, ce qui est très différent de ce qui se passe dans le Sud. Comme on me l’a expliqué, il faut donc envisager les choses très exhaustivement avant de prendre des mesures dans le Nord, parce que celles-ci ont des répercussions durables. Il faut, par conséquent, réfléchir avant d’agir. C’est ce que nous faisons, non seulement en ce qui concerne les satellites, mais également en ce qui a trait à l’ensemble des activités des Forces canadiennes dans le Nord.

En ce qui concerne les activités de recherche et sauvetage, nous avons créé un document qui précise les endroits où des situations de recherche et sauvetage peuvent survenir. Je pourrais vous en fournir une copie, si vous le voulez. On y indique les endroits où se produisent les situations de recherche et sauvetage, ainsi que le nombre d’appels que nous recevons. Des milliers d’appels ne débouchent pas toujours sur une mission de recherche et sauvetage, car la situation change avant que l’on puisse déployer une de nos équipes.

Nous analysons ces données afin de déterminer où affecter nos équipes. On remarque que la plupart des activités de recherche et sauvetage se concentrent principalement sur la côte Ouest et la côte Est. Il y en a très peu dans le Nord. Donc, nos ressources ont été affectées en conséquence. Il y a également quelques équipes dans le Canada central.

Nous savons qu’à l’avenir, il faudra conclure des partenariats public-privé dans le Nord. C’est essentiel. Par exemple, il y a 60 terrains d’aviation dans le Nord capables d’accueillir un Hercule et n’appartenant pas aux Forces canadiennes. Il y en a 17 ou 18 qui peuvent accueillir un C-17. Donc, plutôt que de bâtir nos propres installations, pourquoi ne pas utiliser celles-là? Il faut établir de tels partenariats, tant dans le Nord que dans le Sud du pays.

Dans le cas des provinces et territoires situés plus au sud, nous travaillons avec le Secrétariat national de recherche et de sauvetage pour coordonner la participation de nos partenaires municipaux, provinciaux, territoriaux et fédéraux, car les activités de recherche et sauvetage au sol relèvent des provinces et des territoires. Ils ont leurs propres organisations de gestion des urgences pour répondre aux demandes. Les Forces canadiennes répondent aux demandes de recherche et sauvetage aériens et maritimes au nom du ministre de la Défense nationale, M. Peter McKay, et les organisations de gestion d’urgences des provinces et des territoires répondent aux demandes de recherche et sauvetage au sol. C’est la raison pour laquelle nous devons les intégrer à nos activités, chose qui se fait de plus en plus.

Au cours des derniers jours, on a annoncé l’ajout de 8 millions de dollars, si je ne m’abuse, pour établir ces partenariats avec les autorités locales, provinciales et territoriales.

Le vice-président: Les Rangers atterrissent dans le Nord pour mener des opérations de recherche et sauvetage. Ces équipes relèveront-elles alors des territoires?

Lgén Semianiw: Si la mission de recherche et sauvetage correspond au mandat des Rangers, ils seront envoyés sur place. Ils ne disposent pas du même matériel que les équipes des Forces canadiennes, donc , leur mandat est différent. Si la mission correspond à celui-ci, et la plupart du temps, c’est le cas, ils se joindront aux équipes de recherche et sauvetage des territoires pour mener les opérations, y compris les activités au sol.

Le vice-président: Merci.

[Français]

Le sénateur Nolin: Bonjour, mon général. Cela nous fait plaisir que vous ayez accepté notre invitation. Vous avez mentionné rapidement le recours aux drônes dans votre arsenal.

 [Traduction]

J’aimerais savoir quelle utilisation votre commandement fait des drones, des UAV.

Lgén Semianiw: Selon nous, les drones joueront un rôle intégral dans les missions pour nous aider à comprendre ce qui se déroule sur le terrain et dans les airs, notamment du point de vue de l’efficacité et de l’efficience. Par exemple, l’été dernier, dans le cadre de l’opération NANOOK qui se déroulait dans le Nord, nous avons utilisé un drone tactique opérationnel. Nous lui avons fait effectuer de nombreuses tâches, comme survoler les eaux pour y déceler la présence d’icebergs pour la Garde côtière, mission qu’il a réussie, et pour y effectuer d’autres observations. Nous avons démontré leur capacité à fonctionner par temps froid. Ce n’était pas l’hiver, mais il faisait froid. Les Forces canadiennes sont conscientes de leur utilité et vont les utiliser à cette fin au pays.

Nous avons besoin de ces appareils et nous les ajouterons à notre flotte. Je tiens toutefois à informer le comité que l’utilisation de drones, notamment dans les régions urbaines, est régie par des lois strictes en matière de sécurité, et est susceptible de causer des problèmes de contrôle de l’espace aérien. Il faut donc respecter ces lois. Mais, dans le Nord, là où les espaces sont ouverts et découverts, ils deviennent nos yeux et nos oreilles.

Le sénateur Nolin: Dois-je comprendre que les drones n’ont été utilisés que dans le cadre d’exercices menés dans le Nord canadien?

Lgén Semianiw: Le Commandement Canada a utilisé un drone pour la première fois l’été dernier, à Resolute, dans l’Arctique. C’est probablement la deuxième collectivité la plus au nord dans le monde après Grise Fiord. Nous avons choisi cet endroit, car on y retrouve les conditions les plus difficiles pour le matériel. Cette année, nous voulons mener des essais un peu plus complexes. Nous irons plus au sud, dans la région d’Inuvik et de Churchill. Nous devrons alors respecter les diverses lois applicables et nous soumettre au contrôle de l’espace aérien. On ne peut pas faire voler des drones n’importe où. Il y a d’autres appareils dans le ciel. Mais, nous les mettrons à l’essai afin d’évaluer leur capacité. Il ne fait aucun doute qu’ils nous ont été utiles dans le Nord, mais bien entendu, tout dépend du type de drone utilisé. Certains sont conçus pour voler à haute altitude, d’autres à moyenne altitude, mais ils restent des UAV, et ils doivent faire partie de notre matériel pour que l’on puisse comprendre et savoir ce qui se passe sur le terrain.

Le sénateur Nolin: Si j’ai bien compris, ils sont utilisés principalement pour des activités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Avez-vous l’intention de les armer?

Lgén Semianiw: Pour le moment, ce sont des outils de RSR. Je n’ai participé à aucune discussion où la possibilité de les armer a été abordée. Ils ne servent qu’à des activités de RSR. N’oubliez pas que seules les forces de l’ordre ont le pouvoir d’utiliser une force létale sur le territoire canadien. Nous pourrions nous servir des drones pour épauler les policiers dans leur travail, et c’est une possibilité qu’il faut envisager avec eux. Mais nous ne pouvons pas utiliser de drones armés en Amérique du Nord.

Le sénateur Nolin: En parlant de l’Amérique du Nord, vos homologues américains utilisent-ils des drones armés sur notre continent?

Lgén Semianiw: Il faudrait leur poser la question.

Le sénateur Nolin: Nous ne sommes pas un tribunal. Le ouï-dire n’est pas un problème ici. Avez-vous cette information?

Lgén Semianiw: Il faudrait poser la question soit au commandant du NORAD, soit au commandant de la US Air Force. Ce que je peux dire, c’est que je n’ai rien vu ni rien entendu concernant l’utilisation de drones armés sur le territoire nord-américain.

Le sénateur Nolin: Lorsque vous discutez avec vos homologues américains des activités futures de vos commandements respectifs, l’utilisation de drones armés est-elle envisagée comme une possibilité ou une option?

Lgén Semianiw: Non. L’utilisation de drones armés ne fait pas partie de nos discussions. Encore une fois, ils sont utilisés pour des activités de RSR, pour être nos yeux et nos oreilles dans le ciel. Les interventions au sol relèvent de la police, et non de l’armée.

Le sénateur Stewart Olsen: J’en apprends beaucoup. J’aimerais revenir à la question des activités au pays et de l’intégration des régions, notamment vos FOIR. Si vous deviez réagir à une situation sur le territoire canadien, comment la demande vous serait-elle acheminée et quel serait le processus utilisé pour déterminer s’il s’agit d’une opération régionale?

Lgén Semianiw: Pour répondre à votre question, je vais vous donner quelques exemples de situations survenues récemment auxquelles nous avons participé, soit les inondations au Québec et au Manitoba.

D’abord, il faut comprendre que le gouvernement fédéral ainsi que les ministères et organismes fédéraux ne peuvent intervenir dans les provinces et les territoires que si ces derniers en font la demande. C’est essentiel. On doit avoir leur permission avant d’intervenir.

Sur le plan de la marche à suivre, les premiers ministres du Québec et du Manitoba ont communiqué avec le premier ministre du Canada, entre autres, pour demander l’aide du gouvernement fédéral afin de gérer la situation dans leurs provinces respectives.

Les ministres provinciaux de la Sécurité publique ont ensuite communiqué avec leur homologue fédéral. Dans le cadre des opérations intérieures, il s’agit maintenant d’une étape essentielle, car le ministère fédéral de la Sécurité publique est responsable de la coordination des effectifs fédéraux provenant des ministères et organismes et de leur intégration aux équipes provinciales.

Le ministre et le ministère fédéraux de la Sécurité publique ont des représentants dans chaque province ou territoire. Ça, c’est nouveau. Ceux-ci sont responsables de la coordination des activités avec l’organisation provinciale ou territoriale de gestion des urgences correspondante.

À ce moment, tous les responsables et les ministres se parlent et une demande officielle écrite est en voie d’être faite. Si le temps presse, la demande se fait de vive voix, et la lettre suit. Nous n’attendons pas la fin des procédures administratives pour intervenir. Je ne dis pas que celles-ci nous empêchent d’intervenir, mais elles peuvent être longues. La demande écrite est acheminée au ministère fédéral de la Sécurité publique qui détermine quelle aide apporter et communique avec le ministère correspondant.

Je sais que ça peut sembler linéaire comme processus, mais c’est la façon de faire actuelle. Nous cernons les situations de crise avant de recevoir des demandes. Je reviendrai sur la situation du Québec à ce sujet.

La demande est envoyée au ministre MacKay qui l’étudie et confirme, par écrit, que le ministère apportera son aide à la province ou au territoire en question. Ensuite, par l’entremise du chef d’état-major de la Défense, le Commandement Canada se voit conférer le pouvoir d’intervenir. À ce moment-là, nous avons déjà planifié les activités. Nous demeurons en contact pendant toute l’année avec nos partenaires provinciaux. Je peux vous dire que, en ce moment, nous surveillons la situation à Saint-Jean-sur-Richelieu afin d’être prêts à intervenir en cas d’inondations. Je pourrais vous fournir une mise à jour dans ce dossier, si vous le désirez. Dans le cas des inondations survenues au Manitoba, les responsables provinciaux ont communiqué avec le ministère fédéral de la Sécurité publique qui lui nous a contactés. Le 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry se trouvait à quelques heures du lieu des inondations. Il a donc été immédiatement déployé afin d’épauler les équipes locales sous la responsabilité des autorités provinciales.

Au cours des dernières années, le Québec a créé sa propre organisation de gestion des urgences. La situation est donc très différente de ce qu’elle était lors de la crise du verglas. À cette époque, on travaillait directement avec les maires et responsables municipaux. Nous les avions contactés une semaine avant la crise pour leur dire que nous étions prêts à les aider. Ils nous ont dit, à ce moment, qu’ils n’avaient pas besoin d’aide, alors nous ne sommes pas intervenus.

Nous étions sur place huit heures après en avoir reçu la demande. Nous avons déployé les militaires et les diverses capacités où l’organisme provincial de gestion des urgences en avait besoin. Cet organisme nous a indiqué au quotidien dans quelles zones nous devions apporter du soutien. C’était très différent de la crise du verglas. Comme au Manitoba, la coordination efficace effectuée par le gouvernement provincial était plus centralisée qu’auparavant.

C’est facile d’entamer des opérations au pays, mais c’est difficile d’y mettre fin. Nous en avons tous tiré un certain nombre de leçons. Je dirais que nous devons commencer à aider les Canadiens dans les 24 premières heures. C’est durant ce temps qu’il faut mettre à profit la stratégie sur le terrain. Nous l’avons fait dans les deux cas. Nous avons accompli nos tâches pour la province, qui a ensuite demandé aux entrepreneurs civils de continuer le travail.

Sur le plan de la gestion des urgences, le mandat des Forces canadiennes consiste à sauver des vies. Ce n’est pas de protéger les propriétés. Après la crise et à la demande du gouvernement provincial, nous nous retirons, puis nous redéployons nos troupes en vue des prochaines activités. C’est le processus que nous suivons.

Si la crise laisse très peu à l’administration, tout se fait par téléphone. Nous tenons des conférences téléphoniques et nous nous déployons sur-le-champ.

Concernant la dernière partie de votre question, les Forces opérationnelles interarmées régionales, les FOIR, sont situées à Halifax, Montréal, Toronto, Edmonton, Victoria pour la côte Ouest et Vancouver et Yellowknife pour le Nord. Elles tissent des liens d’heure en heure, au fil des jours et des semaines. Nous savons tous que nos relations au travail et à la maison se fondent sur la confiance et le respect. Nous nouons des relations et nous savons qui appeler pour lancer des opérations rapidement et facilement et soutenir les Canadiens sans délai.

L’an dernier, c’était la première fois pour le Commandement Canada que toutes les FOIR participaient à une opération majeure au pays. Partout dans le monde, les catastrophes naturelles se produisent plus souvent qu’avant. Il faut en prendre conscience et se préparer; nous sommes prêts.

Le sénateur Stewart Olsen: Selon vos propos, je pense qu’il s’agit d’une évolution. Par exemple, le gouvernement du Québec a appris à cause de l’inondation qu’il avait besoin d’un organisme central pour gérer les urgences.

Je constate souvent dans les comités que les excellents témoins comme vous ont des idées pour mieux intégrer les communications et les opérations. Vous pourriez nous soumettre des suggestions pour améliorer la suite de notre étude. Travaillons ensemble pour faciliter la tâche. Merci beaucoup de vos commentaires et de vos suggestions éventuelles.

Le vice-président: Attawapiskat est de compétence fédérale. Vous aurait-il été possible de réagir en moins de 24 heures, et qui vous aurait appelés?

Lgén Semianiw: Oui, nous aurions pu le faire. Le ministre aurait demandé directement au chef d’état-major de la Défense de déployer des capacités à Attawapiskat. Nous suivons de près toutes les situations qui surviennent au Canada.

L’état-major du Commandement Canada tient une séance d’information tous les matins à 9 heures. Ça peut vous surprendre, mais nous examinons la météo partout au pays. Des spécialistes nous renseignent sur les risques de catastrophe. Nous parlons des situations qui se produisent partout au Canada, des éruptions volcaniques ou des moyens de communication importants, comme les ondes décimétriques. Nous étudions tous les phénomènes, comme ce qui s’est passé à Attawapiskat, simplement pour être prêts si on demande notre aide. Le ministre aurait présenté une demande au chef d’état-major de la Défense, qui aurait informé le Commandement Canada.

[Français]

Le sénateur Robichaud: En ce qui concerne Attawapiskat, personne ne vous a contacté?

[Traduction]

Lgén Semianiw: Non, mais nous suivions les choses de très près. Si je me souviens bien, c’est un ministère autre que la Défense nationale qui a répondu aux demandes pour Attawapiskat.

Le sénateur Plett: Je viens du Manitoba, et nous vous remercions beaucoup du travail effectué là-bas. Heureusement, nous n’aurons pas besoin de vos services ce printemps. Il fait 22 degrés et le niveau de la rivière est bas.

Vous avez dit que vous travailliez pour la province. Nous avons appris dans le budget récent que les inondations ont coûté 300 millions de dollars. Le gouvernement provincial vous paie-t-il lorsque vous travaillez pour lui, ou les fonds viennent-ils tous du fédéral? Vous ne le savez peut-être pas.

Lgén Semianiw: Il faudrait demander aux responsables du ministère comment fonctionne le recouvrement des coûts. Chaque cas est différent. Vous devriez sans doute poser la question au sous-ministre adjoint des Finances et des services du ministère, qui est mieux placé pour vous répondre.

Le sénateur Day: Général, il pourrait nous être utile de connaître la différence entre votre rôle durant les opérations et celui joué par les forces terrestre, maritime et aérienne durant la formation. D’après ce que je comprends de votre exposé, vous devez employer ces forces et le corps expéditionnaire pour les divers types d’opérations auxquelles vous participez et que vous supervisez et commandez.

Ma question porte non seulement sur les crises, mais aussi sur les autres types d’activités, comme celles dans le Nord. On dirait un exercice d’entraînement, mais il a été question d’une opération sous votre commandement. Pouvez-vous nous donner des précisions?

Lgén Semianiw: Il y a environ six ans, il a été décidé de réorganiser les Forces canadiennes en fonction des responsables de la mise sur pied des forces et des utilisateurs des forces. À l’heure actuelle, la Marine royale canadienne, l’Armée, l’Aviation royale canadienne, les forces spéciales et d’autres fournissent les capacités aux utilisateurs. Le lieutenant-général Beare, qui se trouve derrière moi, s’occupe du corps expéditionnaire et il est le principal utilisateur. Il va témoigner durant l’heure suivante sur notre façon de planifier les opérations à l’étranger, au Canada, aux États-Unis, au Mexique et dans le Sud.

La réorganisation permet aux commandants des éléments terrestre, maritime et aérien et des forces spéciales de veiller à l’état de préparation des militaires et de l’équipement. Le lieutenant-général Beare et moi recevons les troupes nécessaires concernant les opérations planifiées ou les crises. Nous établissons le type de forces dont nous avons besoin après avoir examiné le problème.

Nous devons fournir une force interarmées. Les forces interarmées composées des éléments terrestre, naval et aérien ou des forces spéciales donnent des résultats plus durables que ceux d’un seul élément. Les forces s’occupent de la formation, et nous fournissons des forces interarmées pour les opérations. Le lieutenant-général Beare pourra vous en parler.

L’effet est encore plus durable si nous collaborons avec d’autres partenaires fédéraux et étrangers. Nos exercices d’entraînement et nos simulations sur maquette, comme l’exercice de table sur la recherche et sauvetage mené dans le Nord par le Conseil de l’Arctique, garantissent notre état de préparation. Les responsables de la mise sur pied nous fournissent les forces. Lorsque nous avons fini de les utiliser, nous les envoyons aux éléments terrestre, maritime et aérien ou au commandement des forces spéciales pour maintenir l’état de préparation.

Je n’ai jamais été confronté à un dilemme. Nous avons toujours eu assez de militaires pour le corps expéditionnaire et le Commandement Canada. Nos efforts simultanés aux Jeux olympiques et en Afghanistan constituent un bon exemple. La tâche était colossale, mais les Forces canadiennes ont fait le travail. L’an dernier, près de 3 000 militaires luttaient contre les inondations et les feux de forêt au Canada. Nous ne sommes pas aux prises avec un dilemme et nous fonctionnons très bien ainsi. Nos capacités répondent aux besoins à l’étranger et au pays.

Le sénateur Day: Ce que vous appelez une opération dans le Nord pour qu’elle relève de votre commandement était en fait un exercice d’entraînement interarmées. Les exercices d’entraînement et de préparation deviennent-ils des opérations lorsqu’ils comportent une force interarmées?

Lgén Semianiw: Non, nous avons choisi de parler d’opérations pour les exercices NANOOK, NUNAKPUT et NUNALIVUT réalisés dans le Nord. Je vous invite à essayer de les prononcer. Ces trois mots autochtones se rapportent aux objectifs de ces opérations. Compte tenu de l’importance que les Canadiens, les Forces canadiennes et la Défense nationale accordent au Nord, nous avons mis l’accent sur ces exercices en parlant d’opérations, même s’il s’agit bel et bien d’exercices d’entraînement. Nous pouvons tenir des exercices d’entraînement interarmées, mais nous avons décidé cette fois-ci de les appeler opérations NANOOK, NUNAKPUT et NUNALIVUT pour maximiser les retombées. Notre stratégie a fonctionné, car on a accordé davantage d’attention à ces opérations. Bien des Canadiens connaissent l’opération NANOOK. Les médias en ont souvent parlé ainsi que de l’excellent travail des militaires.

Le sénateur Day: Je ne m’oppose pas à votre choix. Par contre, j’ai du mal à comprendre la différence entre les responsables de la mise sur pied des forces et les utilisateurs.

Je veux en savoir un peu plus sur la relation entre les forces terrestre, maritime et aérienne pour assurer l’état de préparation en vue des crises anticipées. Les militaires que vous voulez déployer ne sont peut-être pas formés pour satisfaire aux besoins dans certaines régions. Quel genre de relation avez-vous, et quel est le rôle de la réserve à cet égard?

Lgén Semianiw: En ce qui concerne l’imprécision, comme je le dis à mes gens, si vous voulez être efficaces au niveau stratégique, vous devez être en mesure d’exploiter les zones grises. Ce n’est peut-être pas exactement ceci ou cela, mais cela fonctionne extrêmement bien; les gens en comprennent les limites. Dans le cas de l’opération NANOOK ou des autres opérations, le Commandement Canada organise cet entraînement. La Marine, l’Armée de terre, l’Aviation royale et les forces spéciales assistent à nos rencontres de planification et fournissent des troupes pour les exercices d’entraînement futurs. Nous planifions en ce sens. Cela fonctionne extrêmement bien, même si cela semble un peu flou de dire qu’il s’agit d’opérations. Dans l’ensemble, les exercices d’entraînement relèvent de divers services. Dans le cas d’un exercice interarmées, les commandants opérationnels, comme le lieutenant-général Beare et moi-même, jouent un plus grand rôle. Ils ont un plus grand effet sur ce qui devrait se dérouler.

Dans bien des cas, nous le faisons par l’entremise du processus des leçons retenues; nous avons des équipes qui regardent le déroulement des opérations. À la fin des opérations ou de l’entraînement, nous nous rencontrons pour analyser le déroulement et ce qui aurait pu être fait autrement, non pas en ce qui concerne la gestion de l’exercice, mais bien en ce qui concerne son déroulement. Ensuite, nous essayons d’appliquer ces leçons au sein de la Marine, de l’Armée de terre, de l’Aviation royale et des forces spéciales pour modifier ce qui doit l’être, que ce soit les gens, l’équipement, le processus ou l’entraînement lui-même.

Un bon exemple serait les Jeux olympiques et le G8 et le G20. À la suite de ces deux évènements, nous avons organisé une rencontre à grand déploiement sur les leçons retenues qui regroupait des représentants locaux, municipaux et provinciaux. Nous les avons réunis à Ottawa. Nous appelons ces réunions des « événements de sécurité spéciaux ». Nous avons donc examiné les bons coups relatifs au déroulement de ces deux événements de sécurité spéciaux et ce qui aurait pu être mieux fait. Enfin, nous avons fait part des conclusions à la Marine, à l’Armée de terre, à l’Aviation royale et aux forces spéciales. Nous leur avons dit: « Voici ce à quoi il faut nous attendre dans l’avenir. Cela se reproduira; nous serons de nouveau aux prises avec d’autres activités du genre. » Nous avons un mot à dire dans la façon dont ces divisions s’organisent, s’équipent et s’entraînent en fonction de l’avenir. Nous avons « un » mot à dire, mais ce sont elles qui ont le dernier « mot », étant donné qu’elles contrôlent le développement de leurs forces.

Le sénateur Day: Cela comprendrait l’évaluation des forces de réserve qui peuvent être nécessaires et les situations dans lesquelles un réserviste peut être en mesure de réaliser un meilleur travail qu’un membre de la Force régulière.

Lgén Semianiw: Exactement. Voilà en partie pourquoi nous avons créé des compagnies de la Réserve de l’Armée de terre que nous avons dispersées partout au Canada. Elles ont été utilisées au Manitoba. Nous y avons en fait dépêché des réservistes, parce que nous avions compris qu’il serait plus efficace d’avoir des Manitobains en uniforme qui aident d’autres Manitobains. Nous avons usé de la même stratégie dans le cadre des opérations à la suite du passage d’Igor. Nous avions dépêché des Terre-Neuviens sur le terrain pour aider les gens autant que faire se peut. Nous avons pris la décision réfléchie de nous assurer à l’avenir d’avoir autant de réservistes sur le terrain qu’il est possible d’en avoir, parce que nous savons que c’est plus efficace d’avoir des Manitobains ou des Québécois sur place qui aident des Manitobains et des Québécois.

Le sénateur Day: Vous êtes en train de nous dire que le commandant des opérations s’entretient avec les entraîneurs de l’Armée de la terre, de la Marine, de l’Aviation royale ou des forces spéciales pour leur dire: « À l’avenir, nous aimerions peut-être avoir certains éléments. Pourriez-vous vous assurer de les inclure dans vos entraînements? »

Lgén Semianiw: C’est ce que nous faisons actuellement pour ce qui est du Nord canadien. Nous disons aux chefs d’état-major: « Voici ce dont nous avons besoin dans le Nord canadien — les capacités, du point de vue de l’entraînement, qu’il faut développer. » Nous le constatons actuellement avec l’Armée de terre et l’Aviation royale, à mesure qu’elles se rendent dans le Nord canadien pour procéder à d’autres exercices d’entraînement. Elles participeront ensuite à une opération interarmées avec les commandants opérationnels en sol canadien ou à l’étranger.

Le vice-président: L’opération NANOOK était un exercice d’entraînement, mais il s’agissait aussi d’une opération qui se voulait une manifestation de la présence du Canada dans le Nord canadien. Dans ce contexte, qui de votre commandement ou des trois chefs d’état-major a payé les frais relatifs à cet exercice?

Lgén Semianiw: Le Commandement Canada a payé ces frais. Nous avions déjà prévu ces frais dans le budget. L’opération NANOOK de l’année dernière a été la plus grande. Nous avons donc eu besoin de fonds supplémentaires pour réaliser cet exercice interarmées à Resolute qui mettait l’accent sur les exercices de recherche et sauvetage. Nous avions prévu de mettre en pratique notre nouveau plan de recherche et sauvetage, que nous avions élaboré en septembre. Tout le monde était prêt, puis un accident tragique est survenu à Resolute. Nous étions là; nous avons effectué une sortie et nous avons été en mesure d’aider à sauver trois vies.

Le vice-président: Bien joué.

[Français]

Le sénateur Robichaud: J'ai beaucoup de respect pour les membres de la garde côtière. Le fils de mon voisin était pilote d'hélicoptère et il avait souvent à sortir dans des missions assez périlleuses. Ces gens mettent leur vie en jeu chaque fois qu'ils sortent, dans toutes sortes de conditions météorologiques difficiles. Il y a eu un incident à Terre-Neuve-et-Labrador où on avait fait appel à vos services pour un petit garçon et — corrigez-moi si je fais erreur — il semble qu’un hélicoptère Cormorant n'a pas été capable de se rendre sur les lieux alors qu'un hélicoptère d'une compagnie privée a pu faire un peu de recherche. Qu'est-il arrivé lors de cet incident particulier?

Lgén Semianiw: Merci pour la question.

[Traduction]

Premièrement, les opérations de recherche et sauvetage au sol ne relèvent pas des Forces canadiennes. C’est la province qui s’en occupe, soit Terre-Neuve-et-Labrador dans le cas présent.

[Français]

Ça, c’est un premier fait et c’est très important de savoir cela.

[Traduction]

Ensuite, je vais revenir sur un accident similaire qui est survenu dans l’Ouest canadien, mais avant je tiens à dire que toutes les provinces organisent leur propre transport aérien et leurs propres opérations de recherche et sauvetage. Ces opérations ne sont pas liées aux Forces canadiennes. Vous constaterez que la province a depuis longtemps un protocole d’entente avec Universal Helicopters Newfoundland Limited. Ce n’est pas parce que nous avons dit aux autorités que nous ne pouvions pas nous y rendre qu’elles ont dû faire appel aux services d’une entreprise civile. Il s’agit d’un organisme civil qui a le mandat d’offrir un tel soutien en raison de ses obligations envers le gouvernement terre-neuvien. C’est seulement lorsque les organismes civils ne peuvent offrir ce soutien que les autorités font appel aux services des Forces canadiennes et aux protocoles de recherche et sauvetage au sol.

L’organisation de gestion des urgences de la province a d’abord appelé son organisme — Universal Helicopters — qui a dépêché un hélicoptère. Les autorités nous ont ensuite appelés, mais nous ne pouvions pas leur envoyer l’hélicoptère à ce moment. Universal a répondu à l’appel, parce que l’entreprise fait partie du cadre opérationnel de recherche et sauvetage au sol de Terre-Neuve-et-Labrador. Ce n’est pas le cas des Forces canadiennes.

Examinons ce qui s’est récemment passé en Alberta. Un hélicoptère s’est écrasé, le pilote est mort, et un certain nombre de touristes britanniques se trouvaient à bord de l’appareil. Je ne sais pas si vous vous rappelez en avoir entendu parler dans les journaux. La province n’a pas fait appel au service de recherche et sauvetage du MDN, parce que les provinces et les territoires ont leurs propres organismes auxquels les autorités font appel pour mener des opérations aériennes et terrestres de recherche et sauvetage. Si ces organismes ne peuvent les aider, les autorités peuvent faire appel aux Forces canadiennes pour mener des opérations de recherche et sauvetage au sol.

Il a été rapporté que le jeune garçon à Makkovik a été porté disparu le dimanche. Les Forces canadiennes ont reçu un appel tôt lundi matin. À ce moment, nous ne pouvions apporter notre soutien, et nous avons continué de faire ce que nous faisions. Nous savions également que l’appareil d’Universal Helicopters se trouvait sur place. Nous avons reçu un jour et demi plus tard un deuxième appel de l’équipe terrestre de recherche et sauvetage de Makkovik. Ce n’était pas à la fin du processus. Il s’était écoulé une journée et demie, et nous étions alors prêts à apporter notre soutien.

Le sénateur Robichaud: Pourquoi n’étiez-vous pas en mesure de le faire dès le premier appel des autorités?

Lgén Semianiw: La décision a été prise, parce qu’il n’y avait qu’un seul hélicoptère Cormorant. Autrement, nous aurions monopolisé le seul hélicoptère qui couvre l’ensemble de la région. Il a été décidé qu’il serait peut-être mieux de garder cet hélicoptère à la base dans l’éventualité où une autre situation d’urgence survienne. Les membres de l’équipe de recherche et sauvetage au sol nous ont dit au téléphone que le jeune garçon était porté disparu et qu’ils avaient un hélicoptère sur place ou qu’un hélicoptère civil viendrait les appuyer.

En fin de compte, l’hélicoptère était là dans l’éventualité où il faille répondre à une situation d’urgence qui pourrait survenir et qui nécessiterait des opérations de recherche et sauvetage en mer.

Le sénateur Robichaud: Une vie était en danger. Je ne comprends pas pourquoi vous avez cloué l’hélicoptère au sol dans l’éventualité où une autre situation d’urgence survienne, alors qu’une telle situation se déroulait.

Lgén Semianiw: En examinant les journaux de bord, comme un certain nombre de gens l’ont fait, on remarque que la décision a été prise par les commandants au sol, étant donné le cas et la situation. Nous recevons régulièrement de tels appels un peu partout au Canada. Dans certains cas, nous ne pouvons pas aider les autorités. Personne ne peut prévoir ce qui se passera. Personne ne peut lire l’avenir dans sa boule de cristal. Les gens croyaient, en se fondant sur les appels téléphoniques — et j’ai examiné les journaux de bord —, qu’un jeune garçon était porté disparu, que des gens le cherchaient et qu’un hélicoptère civil serait sur place pour aider aux opérations. Les autorités nous ont appelés le lundi matin près de 15 ou 16 heures après la disparition. Les autorités ne nous ont pas appelés le dimanche. Le deuxième appel a été fait une journée et demie plus tard, à un moment où le sentiment d’urgence auquel vous faites allusion était palpable. Nous avons été en mesure de dépêcher des hélicoptères sur place pour aider aux opérations.

[Français]

Le sénateur Robichaud: Parlons de l'établissement de bases des Forces canadiennes dans le Nord du Canada. La marine s’est penchée sur ce point. On a fait des annonces, il y a quelques années, à cet effet, en parlant d’une communauté peu peuplée et dont le nom m’échappe. Vous avez, à Iqaluit, certaines populations qui n'ont presqu’aucun quai de déchargement pour desservir la communauté.

Lorsqu’il est question de vous établir dans le Nord, considérez-vous les besoins des communautés locales? Vous pourriez faire d'une pierre deux coups en tenant compte de leurs besoins.

[Traduction]

Lgén Semianiw: C’est un bon point. C’est pourquoi si vous vous tournez vers l’avenir vous constaterez que tout ce que nous faisons dans le Nord canadien revient à travailler avec les gens de la région pour nous assurer qu’ils ont un mot à dire sur ce qui se passe.

Je crois que vous faites référence à Nanisivik; c’est là où le port en eau profonde est construit. Vous devriez poser la question au chef d'état-major de la Marine royale canadienne; c’est lui qui s’occupe de cette question. Cette annonce a été faite il y a des années. Grâce aux opérations, nous savons qu’il faut un port en eau profonde dans le Nord canadien. Il a été décidé pour un certain nombre de raisons que vous devrez lui demander que le meilleur endroit pour installer un tel port serait à Nanisivik.

[Français]

Le sénateur Robichaud: Pour travailler avec la population, il faudrait que vous vous établissiez près des communautés existantes, par exemple, s’agissant des Rangers au service de la population. Ces populations sont la preuve qu’on a toujours habité le Nord. La présence de ces populations appuie la question de notre souveraineté dans le Nord.

Lgén Semianiw: Oui, c'est vrai.

[Traduction]

La souveraineté s’exprime de bien des façons différentes. Nous pouvons le faire par l’entremise de la gouvernance et de l’établissement de collectivités dans le Nord canadien; nous pouvons également déployer des Rangers dans la région. Ensuite, nous y arrivons par les opérations militaires qui se déroulent dans le Nord canadien. Cela se reflète aussi en choisissant le bon endroit pour être en mesure de faire ce qu’il faut faire. Voilà pourquoi nous avons choisi la région de Nanisivik.

[Français]

Le sénateur Dawson: J’aimerais tout d’abord me joindre à mes collègues pour vous féliciter pour votre travail à Saint-Jean-sur-Richelieu, l’an dernier, qui fut tout à fait exceptionnel. Malheureusement, compte tenu de la température au Manitoba, on ne sait pas encore si on pourra compter sur vos services encore une fois cette année. Ce fut un grand succès. Le seul problème se situe peut-être au niveau des communications. Les gens s'attendaient à ce que vous fassiez le ménage après les événements. Ce sujet a fait l’objet de beaucoup de critiques. Vous aviez tout à fait raison en disant que ce n'est pas là votre mandat, et cela ne doit jamais l'être. Toutefois, en termes de communications, il faudra s’assurer, dans de telles crises, d’informer les gens que votre mandat est bien la sécurité des personnes et la survie, et non de fournir de la main d’œuvre à bon marché pour subvenir aux besoins municipaux et régionaux.

Ma deuxième question ira un peu dans le sens de celle du sénateur Nolin et concerne les drones. Encore une fois, comme le sénateur Robichaud l’a soulevé, dans l’esprit de faire d’une pierre deux coups, les drones ne pourraient-ils pas être testés pour assurer le contrôle frontalier entre le Canada et les États-Unis?

À mon avis, le problème n’est pas réel. Toutefois, puisque les Américains prétendent qu'une difficulté existe à la frontière entre le Canada et les États-Unis, ne pourrait-on pas les rassurer en participant à un service conjoint, peut-être à titre expérimental, pour voir si des drones pourraient être utilisés pour vérifier si le problème se pose?

[Traduction]

Lgén Semianiw: En ce qui concerne les opérations qui se sont déroulées à Saint-Jean-sur-Richelieu, nous examinons étroitement le tout. La situation est actuellement bonne. Je vous rappelle que le problème est non seulement l’eau, mais aussi les vagues. Ce sont les vagues sur le lac Champlain qui ont été en grande partie à l’origine de la crise. Vous avez raison de dire que l’important est de nous assurer que le message est compris. Nous avons expliqué très clairement aux autorités provinciales dès le début que nous n’étions pas là pour nettoyer la région. Les Forces canadiennes ne se veulent pas une main-d’oeuvre bon marché. Il y a deux ou trois problèmes. Premièrement, si nous nous occupons du nettoyage, nous finirons par entrer en concurrence avec les entreprises locales qui offrent de tels services et qui méritent d’effectuer un tel travail. L’accent a été mis sur la sécurité des gens. Nous sommes restés longtemps, mais nous avions un plan d’action pour arriver en force. Nous sommes débarqués en nombre et rapidement pour nous assurer de limiter les pertes humaines, et il n’y en avait aucune à l’époque.

En ce qui concerne le Québec, vous avez raison. Nous devons nous assurer de communiquer avec la province et veiller à ce qu’elle fasse passer le message que nous sommes ici pour sauver des vies. Nous plierons bagage une fois que le travail sera accompli. Après tout, les Forces canadiennes ne constituent pas une main-d’oeuvre à bon marché. Les militaires feront ce qu’on leur demande de faire; la question ne se pose même pas. Au bout du compte, ils revêtent encore plus de valeur à nos yeux.

Pour ce qui est des drones, ils peuvent servir à assurer le contrôle. C’est faisable selon les principes de contrôle: on peut les utiliser à cette fin. On fournit un contrôle aux gens sur le terrain, particulièrement en ce qui a trait aux frontières. D’après notre expérience, les drones nous permettent de voir ce qui se passe pour être en mesure d’envoyer des forces là où cela s’avère nécessaire. À cet égard, il s’agit d’un excellent outil. Un certain nombre de pays s’en sont déjà servis. Comme je l’ai dit, l’année dernière, nous avons mis à l’essai des véhicules aériens sans pilote dans le Nord. Encore une fois, il est trop tôt pour dire dans quelles autres régions du pays nous pourrions les utiliser.

Le vice-président: Si vous le voulez bien, nous allons passer à la deuxième série de questions.

Le sénateur Lang: J’aimerais revenir à la question du Nord et donner suite à certaines des observations que vous avez faites en novembre 2011 lors de votre comparution devant le Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes. Vous aviez alors parlé de l’éventualité de mettre sur pied une infrastructure dans le Nord et d’envoyer des militaires là-bas. Permettez-moi de vous citer:

Grâce à cela, depuis un certain nombre d’années, nous avons mis sur pied un détachement à Whitehorse et un détachement à Iqaluit pour nouer des relations encore plus étroites.

Puis vous ajoutez ceci:

[…] nous allions bâtir un centre d’entraînement dans l’Arctique à Resolute […].

Pourriez-vous faire le point sur les détachements à Whitehorse et à Yellowknife et nous dire si vous appuyez l’organisation d’unités de réservistes dans ces régions? Ensuite, j’aimerais que vous nous fassiez un petit bilan de la situation à Resolute et que vous nous disiez où vous en êtes avec le centre d’entraînement dans l’Arctique.

Lgén Semianiw: En ce qui concerne les détachements à Iqaluit et à Whitehorse, nous les avons mis en place pour quelques raisons, et surtout pour nous assurer de nouer des relations étroites et solides avec les partenaires territoriaux au Yukon et au Nunavut. Ces détachements relèvent du commandant de la Force opérationnelle interarmées du Nord, située à Yellowknife; ils sont placés sous son commandement. Les détachements sur le terrain assurent des communications en temps réel. Ils veillent à établir une relation et un dialogue entre les militaires dans le Nord et les gouvernements territoriaux et à assurer notre déploiement lorsqu’on a besoin de nous. Ils sont bien en place.

Quant au centre d’entraînement dans l’Arctique, il fonctionnera à plein régime l’été prochain, et c’est une des raisons pour lesquelles nous ne retournerons pas à Resolute pour mener l’opération NANOOK. Nous irons plus au sud afin que ces détachements puissent terminer leurs activités à Resolute. Nous avons utilisé le centre d’entraînement dans l’Arctique l’année dernière. Il s’agit d’une installation ultramoderne qui sert de plateforme de commandement et de contrôle, qui comprend des unités d’hébergement et qui assure l’approvisionnement en carburant — bref, on y trouve tout ce dont on a besoin pour appuyer les militaires sur le terrain. Nous sommes heureux d’apprendre de la bouche des gens qui travaillent à la mise en oeuvre du projet que le centre atteindra sa pleine capacité opérationnelle l’été prochain. Rendu là, le centre sera de plus en plus utilisé par la Marine, l’Armée, l’Aviation et d’autres forces militaires dans le cadre leurs programmes d’entraînement.

Le sénateur Lang: Pourriez-vous répondre à la question concernant l’organisation d’unités de réservistes à Iqaluit, à Whitehorse ou à Yellowknife?

Lgén Semianiw: J’étais à Yellowknife il n’y a pas si longtemps et je me suis justement renseigné à ce sujet. Dans certains cas, on compte jusqu’à 32 militaires en instruction. Il y a en fait de quoi s’en réjouir. On voulait intégrer cette unité, dans la mesure du possible, à une compagnie, mais elle fait partie du Loyal Edmonton Regiment; elle y est rattachée. Il s’agit là d’une autre compagnie, signe que le recrutement se déroule très bien. Des exercices militaires ont lieu tous les mois, parallèlement à l’entraînement. Ce dossier avance comme prévu.

Le sénateur Lang: À Whitehorse? Je regrette de devoir insister, mais pourriez-vous nous dire également quelques mots sur la possibilité d’organiser une unité de réservistes là-bas?

Lgén Semianiw: Je n’ai pas entendu parler de l’éventualité d’établir une unité de réservistes à Whitehorse ou à Iqaluit.

Le vice-président: Nous avons dépassé le temps alloué. Avez-vous une certaine influence sur l’acquisition de biens d’équipement dont vous avez besoin pour accomplir votre travail, et quelle est votre principale lacune à l’heure actuelle?

Lgén Semianiw: C’est une question directe à laquelle je vais répondre en 10 secondes. En tant qu’employeur de force, je ne joue aucun rôle dans les grands projets d’acquisition ni dans les décisions relatives au remplacement de l’équipement et aux exigences connexes. Toutefois, au cours des prochaines années, l’employeur de force aura une plus grande possibilité de se prononcer sur cet aspect parce que c’est une question de gros bon sens. Pour ce qui est des exigences à l’avenir, le lieutenant-général Beare et moi menons un processus axé sur les leçons tirées qui nous permet de retransmettre ces leçons à la Marine, à l’Armée, à l’Aviation et aux forces spéciales; nous avons donc notre mot à dire pour ce qui est de déterminer et d’aider à déterminer en quoi pourraient et devraient consister certaines de ces exigences. L’acquisition de biens d’équipement est une question qui s’adresse aux chefs de service, que vous avez d’ailleurs déjà reçus ici.

Le vice-président: Vous avez répondu à ma question. Merci beaucoup.

[Français]

Honorables sénateurs, si vous me le permettez, nous allons continuer avec notre prochain témoin, le lieutenant-général Beare, un artilleur, un officier qui a aussi servi outre-mer, en Afghanistan et dans d'autres opérations. Il est présentement responsable de toutes les opérations outre-mer. Dans ce contexte, grâce à son énorme expérience, il pourra répondre à nos questions sur le sujet. Avez-vous quelques commentaires au préalable?

Lieutenant-général Stuart Beare, commandant du Commandement de la force expéditionnaire du Canada, Défense nationale: Si vous me le permettez. Monsieur le président, je suis content d'être parmi vous cet après-midi.

[Traduction]

Je suis heureux de m’adresser de nouveau à vous aujourd’hui pour faire le point sur les opérations et vous faire connaître mon point de vue, en tant que commandant du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada, ou COMFEC, au sujet de l’avenir des opérations des Forces canadiennes.

Au nom du chef d’état-major de la Défense, le COMFEC a pour mandat d’anticiper et de mener toute la gamme des opérations possibles dans le monde, en collaboration avec des partenaires nationaux et étrangers afin de protéger les intérêts du Canada.

[Français]

Tout d’abord, je parlerai de la partie du mandat du COMFEC qui concerne les opérations à mener. Les Forces canadiennes mènent des opérations partout dans le monde et le COMFEC est le commandement opérationnel qui planifie, commande et soutient toutes les opérations menées ailleurs qu’en Amérique du Nord.

À l'heure actuelle, 1 300 membres des Forces canadiennes sont affectés à 17 missions à l'étranger. Nous disposons de forces opérationnelles partout sur la planète, soit Haïti, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne, en Europe, en Asie et en mer. Nous travaillons au sein de l'ONU et de l'OTAN et dans le cadre d'opérations coalisées.

[Traduction]

Ces opérations ont toutes une chose en commun: le fait que les Forces canadiennes travaillent aux côtés de partenaires et d’alliés afin de mener des missions complexes dans le cadre de toute la gamme des opérations possibles. Permettez-moi de vous donner quelques exemples.

Dans le Soudan du Sud, 15 membres des Forces canadiennes sont actuellement affectés à la mission de l’ONU et travaillent aux côtés de 5 400 policiers et militaires provenant de 64 pays. Ils s’efforcent de rétablir paix et stabilité dans ce pays miné par les conflits depuis des décennies. Plus près d’ici, cinq membres des Forces canadiennes sont affectés à la mission de l’ONU en Haïti, où ils travaillent aux côtés de 1 100 policiers et militaires en provenance de 56 pays.

Enfin, en Afghanistan, 908 membres des Forces canadiennes sont affectés à la mission de formation de l’OTAN en Afghanistan, où ils travaillent avec quelque 3 000 militaires et policiers provenant de 38 pays alliés et partenaires, avec 110 000 membres de la Force internationale d’assistance à la sécurité et avec 336 000 membres des forces de sécurité de l’Afghanistan, à savoir l’Armée nationale afghane et la Police nationale afghane, dont le nombre ne cesse d’augmenter, le tout dans le but d’instaurer une paix et une sécurité durables dans cette région.

Que ce soit en petit ou en grand nombre, les militaires canadiens participent à des missions partout dans le monde aux côtés de leurs partenaires, et leur travail a des effets directs et significatifs autant sur terre qu’en mer et dans les airs.

[Français]

Lorsqu’il s’agit de mener des opérations, le COMFEC participe à toutes les étapes. Durant la phase préalable au déploiement, le COMFEC établit les conditions nécessaires à la réussite de la mission. Cela suppose de bien connaître la zone qui pose problème, les objectifs stratégiques du Canada quant au déploiement ainsi que les intérêts et priorités des alliés et de nos adversaires. Une fois l'opération lancée, le COMFEC donne directement des directives à notre personnel sur le théâtre et assure son soutien administratif et opérationnel pour lui permettre de se concentrer sur la tâche à accomplir.

Nous assurons également le soutien stratégique et veillons à ce que les dirigeants des Forces canadiennes et du ministère de la Défense nationale comprennent bien les missions et le contexte dans lequel les militaires opèrent.

Finalement, nous avons la responsabilité de ramener nos effectifs au pays en toute sécurité, de faire le bilan nécessaire et de veiller à ce que les leçons retenues soient consignées et communiquées et à ce qu’elles servent à orienter les opérations en cours et à venir.

[Traduction]

Voilà donc pour l’aspect opérationnel du COMFEC. Je vais maintenant passer à la deuxième partie de notre mandat, qui consiste à anticiper les opérations. Pour remplir efficacement cette partie essentielle de notre mandat, nous devons d’abord et avant tout connaître le contexte de sécurité mondiale et les intérêts du Canada à cet égard. En termes simples, nous devons savoir où, quand, comment et avec qui nous pourrions devoir opérer. Il s’agit d’une tâche ambitieuse que nous accomplissons en collaborant au pays avec nos partenaires gouvernementaux ou interministériels et à l’étranger avec nos alliés. Cette collaboration nous permet d’avoir une compréhension commune du problème, d’échanger de l’information avec nos partenaires du gouvernement du Canada et de prendre des mesures pour appuyer les décideurs.

Notre travail vise également à renforcer les relations établies avec nos partenaires miliaires habituels ainsi qu’avec nos nouveaux partenaires militaires et à établir à l’avance les cadres nécessaires au commandement et contrôle, au renseignement et au soutien qui permettront, au moment voulu, d’accélérer le déploiement et d’accroître l’efficacité des opérations. C’est donc grâce à ce processus — à ces efforts consacrés à l’état de préparation — que nous créons les conditions essentielles à la réussite des opérations de déploiement et que nous assurons l’efficacité des Forces canadiennes durant celles-ci.

Donc, que réserve l’avenir au Commandement de la Force expéditionnaire du Canada et aux Forces canadiennes en général? Je peux vous dire ceci: l’imprévisibilité, l’instabilité et l’incertitude sont au programme. Cela signifie que nous devons continuer de consacrer des efforts à l’état de préparation afin que les Forces canadiennes conservent les aptitudes, la souplesse et le positionnement nécessaires pour pouvoir réagir aux situations de violence et d’instabilité et aux catastrophes naturelles rapidement, efficacement et en tout temps, peu importe où le gouvernement du Canada leur demande d’aller.

L’Armée, la Marine et l’Aviation mettent l’accent sur la disponibilité opérationnelle en s’assurant que leurs effectifs, leurs unités et les forces interarmées tactiques des Forces canadiennes sont prêts à intervenir.

Au COMFEC, mon équipe travaille avec nos partenaires afin d’accroître notre état de préparation en continuant d’améliorer notre connaissance du contexte de sécurité mondiale et nos relations et d’appuyer les décideurs. Mis ensemble, la disponibilité opérationnelle et l’état de préparation assurent l’efficacité des opérations des Forces canadiennes, autant celle des opérations en cours que celle des opérations que nous pourrions être appelés à mener prochainement au nom du gouvernement et de la population du Canada.

Merci de m’avoir invité. Je suis disposé à répondre à vos questions.

Le sénateur Stewart Olsen: J’ai une toute petite question à vous poser. J’aimerais connaître les rôles des gens que nous avons déployés. Par exemple, au Soudan du Sud, il y a 15 membres des Forces canadiennes. Quand on déploie nos militaires de cette façon, je suppose que c’est parce qu’on a demandé notre aide. Quels types de rôles jouent les soldats canadiens qui sont déployés dans certaines de ces régions?

Lgén Beare: Merci pour la question. Chaque contribution des Forces canadiennes à une mission internationale est le résultat d’une décision du gouvernement du Canada d’intervenir et de participer à des opérations. Dans le cas des 17 missions actuelles, elles ont toutes été motivées dans le cadre d’un mandat de l’ONU, d’une mission de l’OTAN, d’une alliance ou d’un partenariat. Autrement dit, le but de notre intervention ou de notre présence est défini dans un énoncé de mission des Nations Unies, de l’OTAN ou d’un pays partenaire. C’est pourquoi nous sommes là. En l’occurrence, le gouvernement a d’abord décidé de participer, puis par l’entremise du chef d’état-major de la Défense, on a déterminé la façon dont les forces militaires participeraient à cet effort.

Les résultats de la mission dépendent du nombre de militaires que nous déployons, de leur effet sur leurs partenaires de mission et de la contribution générale de la mission. C’est ce que nous observons dans l’ensemble des 17 missions. Au Soudan du Sud, le mandat des Nations Unies consiste à aider le gouvernement du Soudan du Sud à rétablir l’ordre à l’intérieur de ses frontières, à assurer la sécurité de son peuple et à mettre sur pied ses propres institutions afin d’instaurer une stabilité durable au fil des ans. Voilà à quoi se résume le rôle des forces, tant policières que militaires, qui sont sur le terrain.

Les 15 membres des Forces canadiennes assument des fonctions précises dans le poste de commandement et sur le terrain. Ils contribuent à l’effort de partenariat, aux côtés de leurs partenaires qui font partie de l’ONU et des forces policières. Chacun d’entre eux a un effet particulier, selon le travail accompli.

Dans la mesure du possible, nous cherchons toujours à envoyer, dans le cadre de notre contribution à un tel effort multinational, un dirigeant canadien apte à nous aider à comprendre la mission en général, en plus des militaires qui s’occupent de tâches spéciales.

Le Congo, par exemple, a actuellement comme chef d’état-major un colonel canadien qui peut nous fournir un point de vue canadien non seulement sur ce qu’accomplissent les 9 Canadiens qui sont au Congo, mais aussi sur ce que font les 17 000 soldats en place selon la perspective des Nations Unies et sur les progrès réalisés.

Le sénateur Stewart Olsen: Vous supervisez directement nos militaires là-bas; autrement dit, même si nous travaillons avec l’OTAN et l’ONU, c’est le COMFEC qui effectue la surveillance directe de nos gens, n’est-ce pas?

Lgén Beare: C’est exact. Il y a deux modèles de commandement et de contrôle qui sont utilisés en même temps. L’un est celui de la mission, des Nations Unies ou de l’OTAN, qui consiste à effectuer la préparation et l’exécution de l’opération en général, la somme de toutes les parties. Parallèlement, le commandement national veille à ce qu’un soutien efficace soit fourni aux Canadiens et est responsable en dernière instance, sur le plan juridique, du soutien et de la gestion de nos militaires. En plus de tout cela, en étant aux bons endroits, nous avons une idée de l’ensemble de la mission, comme c’est le cas à l’heure actuelle en Afghanistan, par exemple, grâce aux fonctions du major-général Mike Day, dont le poste particulier nous permet de voir l’ensemble de la campagne, qui va au-delà de ce que font les 900 Canadiens au sein de cette mission.

[Français]

Le sénateur Robichaud: Nous avons des militaires qui travaillent parallèlement. Vous avez parlé de 5 484 policiers et militaires. Est-ce que votre mission est d’aider les ONG à s’assurer que l'aide humanitaire acheminée dans ces pays se rende réellement à ceux qui en ont besoin? Est-ce que cela fait partie de votre mission?

Lgén Beare: Non, sénateur. Cela tombe sous la responsabilité des organisations qui gèrent la mission, soit l'ONU et l'OTAN.

Le sénateur Robichaud: Mais vous faites partie de ce groupe, n’est-ce pas ?

Vous faites partie de l'ONU ?

lgén Beare: Oui, mais nos gens travaillent avec un béret bleu qui fait partie de l'ONU. La chaîne de commandement opérationnel qui prend ces décisions est une chaîne de commandement de l'ONU.

Le sénateur Robichaud: Je comprends, oui. Mais je reviens à ma première question. Est-ce que l'aide humanitaire est réellement acheminée vers ceux qui en ont besoin ?

Lgén Beare: Les besoins sont connus de l’ONU et de ceux qui sont déployés. L’aide se rend vers ceux qui en ont vraiment besoin. L’ONU travaille sur le terrain avec ses ONG. Nous avons l’opportunité de mieux comprendre les décisions qu’ils prennent parce que nos gens sont déployés pour nous fournir cette information. Chaque jour des décisions sont prises sur le terrain même.

Le vice-président: Une mission peut avoir la responsabilité de fournir de la protection aux ONG, mais la livraison demeure tout le côté civil de la mission et non pas le côté militaire.

Le sénateur Robichaud: Il s’agit d’assurer la sécurité des gens qui doivent acheminer l’aide humanitaire.

Le vice-président: C’est le cas lorsque la protection est demandée ?

Lgén Beare: Si c’est demandé, oui.

Le sénateur Robichaud: Est-ce qu'on vous demande de le faire?

Lgén Beare: On demande parfois aux forces déployées de le faire. Et dans ce contexte, les forces ne sont pas uniquement canadiennes.

Le sénateur Robichaud: Je comprends très bien. Merci.

[Traduction]

Le sénateur Plett: Le sénateur Stewart Olsen a posé exactement la même question que j’allais poser; on y a donc déjà répondu.

Le sénateur Lang: J’aimerais souhaiter la bienvenue à notre témoin. Je pense que la plupart des Canadiens s’entendraient pour dire que la façon dont les forces armées ont été organisées et formées vous a permis, de façon remarquable, de relever tous les défis que nous vous avons présentés.

Nous assistons à des changements, et vous savez — ou devriez savoir — probablement mieux que quiconque qu’étant donné la transformation et le retrait du théâtre des opérations en Afghanistan, nos obligations internationales changent radicalement et, en conséquence, nos engagements financiers diminuent dans certains cas.

Peut-être pourriez-vous nous parler de ce qui se fait sur le plan de la transformation et de ce qui peut être envisagé dans l’avenir. Dans votre exposé, je crois que vous avez indiqué que pour l’avenir, l’imprévisibilité, l’instabilité et l’incertitude sont au programme. Comment pourrons-nous relever les défis que posent ces changements et cette transformation? Le ferons-nous différemment, selon vous, étant donné qu’au cours des dernières années, nous avons utilisé des drones, des satellites et d’autres innovations technologiques?

Le vice-président: Je me permets d’ajouter qu’il règne un climat d’ambiguïté, de nos jours.

Lgén Beare: Parlez-vous de l’environnement, sénateur, ou de ma réponse?

Le vice-président: Nous verrons cela très bientôt.

Lgén Beare: Si vous le permettez, je peux vous parler de certains facteurs de changement. Je pense que nous savons tous que les ressources en sont un. Il nous faut assurément faire le meilleur usage possible des ressources disponibles actuellement et de celles auxquelles nous prévoyons avoir accès dans l’avenir. Il y a un autre facteur de changement. Nous connaissons le rapport qu’a présenté l’an dernier l’Équipe de transformation des Forces canadiennes. On y indique notamment que l’on peut réaliser des économies tout en maintenant l’efficacité; c’est de notoriété publique et bien connu des décideurs.

Il y a les changements relativement à la cadence de la force en déploiement. Je ne dirais pas que la cadence mondiale n’est pas en baisse, mais la cadence de notre engagement au déploiement de nos forces l’est. Il est possible d’effectuer des changements dans ce contexte.

Il y a également le maintien en puissance, et les changements qui sont envisagés visent à maintenir certains éléments. Le premier est la garantie au pays, soit le commandement et le contrôle efficaces des Forces canadiennes et des opérations au pays. Il y a aussi le véritable partenariat, une démonstration efficace de partenariat en matière de sécurité continentale avec nos partenaires américains et une volonté de maintenir notre capacité de faire preuve de leadership à l’étranger, comme nous continuons de le faire aujourd’hui, mais avec un effectif différent et un résultat différent. Ces trois éléments sont indéniablement maintenus.

Il ne fait aucun doute que des changements sont à venir, mais il reviendra aux ministres et au chef de se prononcer lorsque ces décisions seront finalement prises et qu’elles pourront être communiquées. Nous pouvons prévoir que s’il y a des changements dans l’avenir, ils viendront d’eux, et nous mettrons en oeuvre le plan de changement en gardant à l’esprit les facteurs et les résultats.

Pour ce qui est de notre situation et de notre façon de procéder, l’état de préparation n’est pas un terme souvent utilisé. La disponibilité opérationnelle est un terme que nous connaissons très bien, car il concerne l’énergie cinétique, si l’on peut dire. Il s’agit de la capacité de la force à s’engager dans des opérations, et il faut des fonds, du temps et de l’énergie pour augmenter, préparer et soutenir la disponibilité opérationnelle.

L’état de préparation consiste à comprendre de quelle façon évolue l’environnement de sécurité, qui sont les partenaires aujourd’hui et qui ils pourraient être dans l’avenir, comment on peut devoir collaborer avec ces partenaires en fonction des circonstances et faire le travail de préparation avant un engagement de déploiement afin de prendre les décisions plus rapidement. On a une meilleure idée de ce qui se passe et on planifie plus rapidement. On a un partenaire avec lequel on peut prévoir une interopérabilité dans n’importe quel théâtre d’opérations, comme en Libye, par exemple, et les outils nécessaires aux opérations terrestres, aériennes et maritimes. Le commandement et le contrôle ainsi que le renseignement et le maintien en puissance sont préétablis. Ils ne sont peut-être pas préexistants, mais les plans sont préétablis, et tout cela favorise notre compréhension, sert de base à la prise de décisions et au moment où les décisions sont prises, et favorise le déploiement pour une utilisation plus efficace de la force avec les partenaires avec lesquels elle pourrait intervenir.

Pour vous indiquer de quelle façon nous utilisons les ressources dont nous disposons à l’heure actuelle, je vais vous parler des officiers de liaison. Tous les commandements de combat américains ont un officier de liaison canadien, au NORAD, avec le Commandement Canada, au SOCOM, au Commandement du Pacifique, au Commandement du Centre et au Commandement de l’Afrique. Nous avons une personne sur place pour connaître leur position et leurs prévisions.

Nous avons également des attachés militaires dans de nombreux pays qui peuvent nous informer de la position des nations hôtes et de leur vision de l’évolution du monde.

Puis, ici au pays, nous avons trois plans d’urgence en vigueur. Le premier concerne les interventions humanitaires qui reposent sur l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe, l’EICC, et 250 Canadiens à disponibilité opérationnelle élevée prêts à se rendre partout dans le monde, comme nous l’avons vu dans le passé, afin d’intervenir lors des crises humanitaires. On peut prévoir l’évacuation de ressortissants canadiens dans des régions du monde où cela peut être nécessaire. Nous avons aidé, par exemple, à rapatrier des Canadiens de la Libye l’année dernière, avant le début du conflit là-bas.

Nous avons ensuite la capacité de déployer d’urgence le commandement et le contrôle nécessaires pour les troupes canadiennes dont on pourrait avoir besoin dans toute crise imprévue. Nous nous assurons également de pouvoir déployer non seulement la force tactique, mais aussi le commandement et le contrôle national requis, ainsi que le système de renseignement et les services de soutien qui leur permettront de fonctionner loin du pays.

Le meilleur exemple d’état de préparation que je peux vous donner aujourd’hui sur le plan du soutien, ce sont les centres de soutien; nous avons annoncé la mise sur pied d’un de ces centres en Europe. Le Koweït a accepté d’accueillir un centre de soutien pour le Canada, et d’autres régions s’y engagent. Nous mettons sur pied d’autres centres de soutien. Nous prévoyons en avoir besoin lorsque nous enverrons des militaires très loin de chez eux. Tout cela mène à une meilleure compréhension, à une base solide pour la prise de décisions et, idéalement, à une intervention plus rapide des Forces canadiennes pour les opérations à l’étranger.

Le sénateur Lang: Pourriez-vous préciser ce qu’est au juste un centre de soutien?

Lgén Beare: Ce doit être davantage que du soutien, mais il faut pouvoir appeler au pays; c’est l’aspect commandement, contrôle et communications. Il nous faut pouvoir comprendre la sécurité ainsi que la menace qui existe dans l’environnement où nous envoyons nos gens; c’est l’aspect renseignement. Il nous faut pouvoir les envoyer là-bas, assurer leur transport par avion; c’est notre version d’Air Canada. Il nous faut pouvoir leur fournir du matériel; c’est notre Walmart. Il nous faut pouvoir les nourrir; c’est notre épicerie préférée, vous avez le choix. Il nous faut mettre en place les ressources requises pour offrir un soutien efficace à nos militaires à l’étranger.

La logistique est une responsabilité nationale qui n’est jamais négligée. Nous ne comptons pas sur nos partenaires pour nourrir ni ravitailler nos militaires. Nous le faisons nous-mêmes; c’est notre responsabilité nationale envers nos femmes et nos hommes sur le terrain.

Le centre de soutien a des installations frigorifiques auxquelles on peut rapidement avoir accès. On a un port ou un aéroport que l’on peut utiliser, et on a prévu les services contractuels ou de soutien dont on pense avoir besoin pour effectuer les opérations dans une région. Aujourd’hui, par exemple, le Koweït nous fournit ce centre pour les opérations en Afghanistan.

Le vice-président: La planification stratégique à long terme des Forces canadiennes ne relève pas de vous, mais du vice-chef d’état-major de la Défense. Toutefois, vous envisagez l’avenir en fonction des leçons apprises et des situations prévues, n’est-ce pas?

Lgén Beare: C’est exact. Le vice-chef examine un modèle optimisé des Forces canadiennes pour l’avenir, compte tenu d’un éventail de possibilités qui reposent sur la politique gouvernementale. J’examine où, quand, pourquoi et possiblement avec qui nous pourrions devoir participer à des opérations. Cela nous amène ensuite aux plans d’urgence, aux relations et à l’état de préparation relatif à la GID.

Le sénateur Day: Merci, général. Soyez le bienvenu. J’aimerais obtenir une petite précision au sujet du centre de soutien dont vous venez de parler. Dois-je comprendre qu’il s’agit d’une initiative qui relève du Commandement du soutien opérationnel du Canada, ou COMSOCAN?

Lgén Beare: Oui, monsieur le sénateur. Je connais très bien le général Mark McQuillan et je sais qu’il aimerait beaucoup venir vous en parler. C’est une initiative judicieuse qui cadre bien avec le rôle que nous entrevoyons pour les Forces canadiennes dans le monde, lors des situations d’urgence. C’est la capacité de nous rendre sur place et de nous soutenir pendant ce temps.

Le sénateur Day: Vous dites qu’il y a maintenant un centre de soutien au Koweït pour les opérations en Afghanistan. Le Commandement du soutien opérationnel du Canada continue-t-il de jouer son rôle sur le théâtre des opérations également?

Lgén Beare: Oui. Il utilise les lignes de communications stratégiques, qu’elles soient commerciales ou militaires, maintenues par les forces aérienne et maritime. Il offre ce soutien à notre force en déploiement par l’arrière-scène. Nos commandants de la force opérationnelle sur le théâtre des opérations s’en chargent ensuite.

Le sénateur Day: J’essaie de vous donner la possibilité de démontrer qu’il n’y a pas de cloisonnement, ici, mais des rôles à jouer qui donnent de meilleurs résultats, sur le plan fonctionnel, avec la structure de commandement qui a été créée.

Lgén Beare: Encore une fois, essentiellement, nous serons excellents au pays, nous serons des partenaires responsables avec nos partenaires américains, nous ferons preuve de leadership à l’étranger, et tout cela se maintiendra. Le commandement de maintien en puissance persistera, peu importe le modèle que nous adoptons dans l’avenir.

Le sénateur Day: Vous semblez avoir prévu la question que j’ai posée tout à l’heure en ce qui vous concerne, en tant que commandant du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada, au sujet des besoins pour l’avenir et du développement du savoir-faire, et de savoir ce dont vous avez besoin de la part de l’Armée, de la Marine et de l’Aviation. Vous dites que l’Armée, la Marine et l’Aviation sont axées sur la disponibilité opérationnelle et s’assurent que les unités et les forces tactiques interarmées sont prêtes à être utilisées pour vos rôles précis.

Vous dites ensuite « mon équipe travaille avec nos partenaires afin d’accroître notre état de préparation en continuant d’améliorer notre connaissance du contexte de sécurité mondiale ». Est-ce qu’ils participent avec votre équipe au développement des connaissances sur les situations qui pourraient se produire, et sur les compétences, et cetera, dont vous aurez besoin au sein de l’Armée, de la Marine et de l’Aviation? Les gens de l’Armée, de la Marine et de l’Aviation ont-ils des officiers de liaison qui travaillent avec votre équipe, ou est-ce que vous qui élaborez le tout pour ensuite leur communiquer?

Lgén Beare: Je vais vous l’expliquer à partir de deux types de missions, celles en cours et celles prévues.

En ce qui concerne les missions qui sont en cours aujourd’hui, le générateur et l’employeur de la force ont des liens très étroits. Ils sont bien au fait tous les deux des besoins de la force dans les théâtres d’opérations actuels — l’Afghanistan est le meilleur exemple — et les comprennent bien.

J’établis, si on veut, les objectifs de la force, et je soumets au chef quelle devrait ou pourrait être sa composition à mon avis, et c’est lui qui décide quelle sera sa composition et ce qu’elle fera. À partir de là, le générateur de la force formera et guidera l’équipe afin qu’elle s’acquitte au mieux de sa tâche.

Le cycle des enseignements et des observations d’une rotation à l’autre se fait à partir d’une combinaison du travail que nous effectuons sur le théâtre d’opérations, à nos quartiers généraux et aux quartiers généraux de tous les générateurs de la force qui sont très intimement liés.

Pensez aux adaptations qui se sont produites en cinq ans dans le sud de l’Afghanistan. Il y a eu des adaptations incroyables pour répondre à des besoins dans les théâtres d’opérations. Il y a eu l’expression d’un besoin, la décision du chef et d’autres de le remplir, puis la formation et l’acquisition des capacités jusqu’à l’exécution même.

L’escadre aérienne et la mise en service des Chinooks et d’autres éléments sont probablement un exemple parfait. La réponse à un nouveau besoin opérationnel qui concernait tout le monde a été incroyablement souple. Les opérations au quotidien sont très intimement et très étroitement liées.

Dans le cas des missions prévues, ce qu’il faut comprendre, c’est que les Forces canadiennes auront une capacité d’agir limitée cette année et l’an prochain. On connaît déjà nos limites, notamment où on peut aller, combien de temps on peut y rester, ce qu’on peut y déployer. Nous n’avons pas tout, et nos ressources ne sont pas suffisantes pour participer aux 18 missions des Nations Unies et des forces internationales. Nous y apportons une contribution.

Nous essayons donc de faire des prévisions, en tenant compte de l’environnement de sécurité dans le monde à l’heure actuelle, de nos zones d’intérêt, et de la possibilité que les Forces canadiennes aient à réagir à une catastrophe au pays, à une crise humanitaire ou à une situation urgente; nous nous efforçons de comprendre la ligne de pensée de nos partenaires, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et nos autres partenaires internationaux, et leur perception de l’espace opérationnel. Comment voient-ils les choses et que prévoient-ils faire?

Nous discutons ensuite entre nous pour savoir ce qu’il faudra faire pour améliorer nos liaisons et notre architecture du renseignement, pour accélérer la mise en place de nos groupes de soutien si nécessaire avant de demander aux générateurs de la force de créer une force adaptée. Nous ne savons pas quelles seront les ressources que le gouvernement décidera d’accorder si une situation d’urgence ou une crise se présente, outre les ressources connues, comme l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe.

Nous améliorons notre compréhension, notre planification et notre état de préparation. Nous ne plaçons pas un nouveau fardeau sur les épaules de l’Armée, de la Marine et de l’Aviation. Nous établissons seulement quelles sont leurs capacités actuelles et ce qu’elles prévoient pour l’an prochain. Bien sûr, nous organisons le tout en fonction de ce qu’on peut prévoir.

Les qualités qu’apportent l’Armée, la Marine et l’Aviation ne se limitent pas à leur plateforme; elles concernent les gens qui font concrètement le travail. Tout ce que ces gens font pour mieux souder ensemble l’Armée, la Marine, les forces spéciales et les forces conjointes est aussi un atout. Cela procure de l’agilité, de la souplesse, de l’adaptabilité. Lorsqu’ils forment des meneurs et des formateurs, c’est un atout, parce que c’est ce qui procure l’agilité physique, l’agilité de l’esprit, si on veut, qui est nécessaire pour composer avec les situations complexes dans lesquelles ils peuvent se retrouver partout dans le monde.

Les générateurs de la force entretiennent également des liens avec leurs partenaires internationaux: l’Aviation avec ses homologues, l’Armée avec ses homologues et la Marine avec ses homologues, ce qui est bien, car ils peuvent ainsi créer plus rapidement des partenariats lorsqu’ils sont déployés outre-mer. Nous ne préparons pas les Forces canadiennes de demain en fonction des opérations que nous prévoyons aujourd’hui ou demain uniquement. Nous utilisons cette information pour nous préparer ainsi que pour collaborer avec l’Armée, la Marine et l’Aviation lorsque nous savons ou apprenons ce que le gouvernement souhaite leur voir accomplir dans des endroits précis.

Le sénateur Day: J’aurais une dernière question, à moins que vous préfériez que j’attende le prochain tour?

Le vice-président: Il serait préférable d’attendre au prochain tour. C’est ce que nous allons faire.

Le sénateur Day: Oui, si c’est possible.

[Français]

Le sénateur Robichaud: Vous avez parlé d'établir des centres d'approvisionnement et de service. Avez-vous une idée du coût que les forces armées doivent assumer pour établir de tels centres? Il s’agit de beaucoup d'équipement, de tout ce dont vous avez besoin, n'est-ce pas?

Lgén Beare: Je vous suggère d’inviter le major général McCullen pour vous expliquer le concept et les faits en ce qui concerne les opérations de soutien. Les opérations de soutien ne sont pas un pré-déploiement d'équipement, ce n’est pas un pré-déploiement de matériaux, il s’agit d’une démarche pour trouver un lieu pour déployer de l'équipement et des ressources lorsque nous nous engageons dans une nouvelle mission.

Le sénateur Robichaud: Cela veut quand même dire que vous avez besoin d'installations pour recevoir ou emmagasiner de l’équipement si le cas se présente, n’est-ce pas?

Lgén Beare: Oui, pour un court laps de temps. Nous ne gardons pas les équipements en place. Par exemple, nous prévoyons une douzaine de demandes de Forces canadiennes déployées au Koweit. Cela implique très peu d'équipement sauf celui nécessaire pour faire la transition de l'équipement d'un avion à l'autre. Nous ne gardons pas sur place les matériaux ou l'équipement.

[Traduction]

C’est un exercice de transfert, pas d’entreposage.

[Français]

Le sénateur Robichaud: Avant d'aller au Koweit, nous étions ailleurs dans cette région du monde, n’est-ce pas?

Lgén Beare: Oui.

Le sénateur Robichaud: Alors ma question était: le déménagement coûte combien?

Lgén Beare: Cela coûte de l'argent pour déployer.

Le sénateur Robichaud: Il faudra poser la question à quelqu'un d'autre. C’est beau.

Lgén Beare: Mais la capacité nous donne une flexibilité qu’on n’aurait pas.

Le sénateur Robichaud: Je ne questionne pas cela du tout.

À Haïti, il y a cinq membres des Forces canadiennes. On a commencé avec combien de membres pour finir avec cinq?

Lgén Beare: Il faudrait que je vous donne les chiffres.

Le sénateur Robichaud: En gros?

Lgén Beare: En gros, une douzaine.

Le sénateur Robichaud: Juste une douzaine.

Lgén Beare: Oui, absolument. Après la réponse aux besoins humanitaires, il y a deux ans, trois ans, on a diminué très rapidement la présence militaire à Haïti à quelques membres de l'état-major de la mission, même dans les positions clés. Actuellement, le chef d'état-major de la mission est un Canadien, un colonel. C'est lui qui est au centre du commandement de l'ONU pour le commandant brésilien.

[Traduction]

Contrairement à d’autres pays, nous avons très peu de gens en Haïti. Toutefois, l’influence que nous exerçons dans les positions où nous sommes à l’heure actuelle — notre participation, si on veut, à un effort international — et la transparence dont nous jouissons au sujet de la mission, de son orientation, de ce qui est accompli, tout cela, ce sont des éléments très importants pour nous. Cela répond aux besoins mêmes de la mission, qui n’a pas besoin de soldats sur le terrain. Je n’ai pas entendu dire qu’on avait besoin de soldats en Haïti, mais je continue à entendre dire qu’on a besoin d’un autre officier d’état-major ou d’un autre spécialiste, parce que c’est de ce personnel qualifié dont on a besoin pour faire progresser la mission dans son ensemble et c’est ce que nous leur fournissons. C’est notre approche pour toutes les missions, et c’est pourquoi j’ai mentionné, un peu plus tôt, que ce n’est pas seulement la taille du contingent qui compte. Ce qui compte et ce qui est vraiment important, c’est aussi là où les gens sont déployés, et l’expertise qu’ils apportent à la mission et, au bout du compte, l’information qu’ils nous transmettent ici au Canada.

[Français]

Le sénateur Robichaud: Êtes-vous satisfait du progrès à Haïti et allons-nous devoir rester là encore longtemps? Avez-vous une idée? Y a-t-il un échéancier?

Lgén Beare: Le mandat vient de l'ONU. Il est créé par les Nations Unies. Année après année, il y a un processus de révision pour évaluer si le mandat est toujours bon, si nous fournissons nos propres troupes ou si nous avons les moyens pour couvrir la mission ou non. Je ne peux pas dire avec certitude comment ils voient l'avenir.

[Traduction]

Je peux vous dire qu’il ne fait aucun doute que nos hommes et nos femmes qui sont déployés répondent très efficacement aux besoins du mandat actuel. Toutefois, ils entrevoient également qu’il faudra, en plus d’assurer la stabilité, soit leur mandat de base à l’heure actuelle, continuer de renforcer les capacités en Haïti. S’agit-il d’une mission militaire? D’autres acteurs devraient-ils prendre la relève? Ce n’est pas à moi de répondre à ces questions, mais il ne fait aucun doute qu’en plus s’assurer la stabilité et la sécurité comme le font à l’heure actuelle la force internationale et la force haïtienne, il faut aussi renforcer les capacités.

[Français]

Le sénateur Robichaud: Alors, vous êtes satisfait de la sécurité que vous apportez aux gens de Haïti pour qu’ils puissent se préparer à une gouvernance locale?

Lgén Beare: Les forces de sécurité fournissent la sécurité. Oui, je suis content qu'ils fassent leur mission. Il y a toutes sortes de défis dont vous êtes au courant, j’imagine, mais en fin de compte, ils fournissent la sécurité.

[Traduction]

Haïti, bien sûr, en a besoin, comme elle a aussi besoin d’autres efforts de développement.

Le vice-président: Il y a la Force opérationnelle Freetown qui travaille au renforcement des capacités en Sierra Leone, et c’est ce que nous faisons également en Afghanistan. Est-ce que le PAIM, le Programme d’aide à l’instruction militaire, le renforcement des capacités dans les pays, la Force africaine prépositionnée, et cetera, font aussi partie de vos responsabilités? Jouez-vous un rôle dans cela ou est-ce que cela relève de quelqu’un d’autre?

Lgén Beare: L’IMAT est un partenariat multinational dirigé par le Royaume-Uni. Quatre pays en font partie: le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et un autre pays dont le nom m’échappe pour le moment. Il s’agit d’une mission de renforcement des capacités. Si nous avons convenu d’y participer sous la direction du Royaume-Uni, c’est notamment parce que ce partenariat vise le renforcement, tant opérationnel qu’institutionnel, de la Sierra Leone. Cela se concrétise d’une certaine façon. Le point de départ de l’entente de participation, si on veut, c’est un dialogue de gouvernement à gouvernement sur les raisons de notre présence dans le pays et les résultats visés. Les gouvernements s’entendent sur les résultats que nous devons atteindre ensemble. Les forces armées conseillent ensuite le gouvernement sur la contribution militaire qui peut être apportée dans les limites convenues. Tous les six mois, j’examine attentivement l’évolution de la situation afin de prendre des décisions éclairées pour apporter les rajustements nécessaires à la mission ou à notre contribution si nécessaire.

Aujourd’hui, les Sierra-Léoniens ambitionnent de déployer un bataillon en Somalie. Un petit partenariat militaire, multinational, investit dans le renforcement des capacités d’un État de l’Afrique de l’Ouest qui ambitionne — et ils y travaillent avec l’Union africaine et d’autres — de lever un bataillon pour l’envoyer en Somalie sous l’égide de l’ONU-UA. Voilà le genre de résultats qui font vraiment chaud au coeur quand on investit dans le renforcement des capacités et qu’on en voit la manifestation évidente.

[Français]

Le sénateur Nolin: Bonjour général. Je suis heureux de vous revoir. Il n'est pas rare de voir des pays relever le défi. Par exemple, des pays comme le Bangladesh — puis je regarde le vice-président qui est certainement un expert plus que moi — fournissent plusieurs militaires aux forces d'intervention des Nations Unies. Le cas n'est pas unique au Sierra Leone. Il y a une sorte d'effet d'entraînement dans plusieurs de ces pays, lorsque les Nations Unies décident d'utiliser une force militaire, de lever la main et de remplir la tâche.

Moi, j'essaie de comprendre vos chiffres, lieutenant-général. Disons que je suis un Canadien ordinaire, puis j’essaie de comprendre combien il y a de militaires canadiens qui sont déployés à l’international.

Dans votre témoignage, vous donnez le nombre de 1 300. Je ne pense pas que cela comprenne tout le monde. Il a été question des centres de soutien. Je ne pense pas que les centres de soutien fassent partie de ce nombre de 1 300.

Lgén Beare: Oui.

Le sénateur Nolin: O.K. Je vais les éliminer un par un. Est-ce que toute la logistique est incluse dans le 1 300?

Lgén Beare: Oui.

Le sénateur Nolin: Cela ne comprend pas la marine?

Lgén Beare: Oui. Nous avons 250 déployés…

Le sénateur Nolin: Il y en a aujourd’hui qui viennent de partir.

Lgén. Beare: Oui, Charlottetown. Ils sont déployés, ils sont 250.

Le sénateur Nolin: Et ce nombre est inclus dans le 1 300?

Lgén Beare: Absolument.

Le sénateur Nolin: Mais cela ne balance pas. Je pense aux Canadiens qui nous écoutent et qui nous entendent dire qu’on a 1 300 militaires et que cela comprend tout le monde. Et je ne vous ai pas posé de questions sur les forces spéciales.

Lgén Beare: Ni les forces déployées en Amérique du Nord.

Le sénateur Nolin: Non, je comprends. L'Amérique du Nord, on en a parlé tout à l'heure. C'est vraiment à l'international. Ce nombre de 1 300 comprend la logistique, la marine, les attachés militaires dans les ambassades?

Lgén Beare: Non.

Le sénateur Nolin: Il y en a combien d’attachés militaires?

Lgén Beare: Je devrais donner les chiffres.

Le vice-président: Cela a été massivement réduit.

Le sénateur Nolin: Mais j'essaie de comprendre combien il y a de militaires canadiens et combien coûte le soutien de tous ces militaires. Et le personnel qui est là pour s'assurer que les 1 300 militaires canadiens fassent un bon travail, ce n'est pas compté là-dedans. Il y a des civils dans cela, il n’y a pas que des militaires qui soutiennent le travail?

Lgén Beare: Vous avez raison, mais les chiffres ne sont pas énormes.

Le sénateur Nolin: C’est ce que j’essaie de démêler.

Lgén Beare: Ceux qui portent des uniformes militaires à l'étranger, il y en a 1300 en opération.

Le sénateur Nolin: Donc autrement dit, il y a plus de monde que les 1 300.

Lgén Beare: Oui. Mais ils ne sont ni employés ni déployés pour les opérations. Ils sont dans le système d’instruction à l’étranger. Ils sont dans la Force aéroportée d'alerte avancée et de contrôle de l'OTAN. Ils sont à l’étranger mais pas dans une mission qui a un nom comme Opération X.

Le sénateur Nolin: Et cela ne relève pas de votre commandement?

Lgén Beare: Exactement. S'il y a une mission ou une intervention à l'étranger, qui a un besoin précis pour atteindre un résultat opérationnel, cela tombe sous la responsabilité du commandant des conflits.

Le sénateur Nolin: J’aimerais avoir une image plus précise de l'éventail des Forces canadiennes qui sont déployées en mission. Je veux savoir quel est le déploiement en êtres humains canadiens à l’étranger?

Le vice-président: La détermination de l’ampleur de l'utilisation des membres des Forces canadiennes, qui inclut aussi les membres civils de la Défense nationale, relève du vice-chef de la Défense. Et cela inclut différentes organisations. La stratégie militaire fait partie d'une entité qui répond de lui. Des officiers sont en échange dans différentes institutions dans plusieurs pays qui relèvent du chef de l'entraînement militaire. Il y a des gens qui sont en poste de liaison avec différentes armées dans le monde entier. Cela relève soit du commandement de l'armée ou du chef de la Défense qui a décidé de les envoyer dans ces endroits.

Ces chiffres existent, mais on ne parle pas de milliers de gens mais plutôt de centaines de gens.

Le sénateur Nolin: Mais où je veux en venir, c'est qu'on découvre, après le budget déposé il y a quelques semaines, que le ministère de la Défense nationale fait une coupure importante. On a entendu le témoin précédent nous dire que ses opérations n'étaient pas été affectées par cela.

J'aimerais savoir si les opérations du général Beare sont affectées par les coupures. C'est là où je veux en arriver. Je m’aperçois que les coupures ont déjà eu lieu. On travaille sur pas grand chose et, finalement, on essaie de multiplier l'effort de tous ces gens. Je veux voir comment les coupures de dépenses ont affecté ces opérations.

Le vice-président: C'est une question plus directe.

Lgén Beare: En ce qui concerne les missions courantes, il n’y a aucun effet.

Le sénateur Nolin: Aucun effet?

Lgén Beare: Aucun effet sur les missions d'aujourd'hui.

Le sénateur Nolin: Le ministre des Finances va regretter de ne pas vous avoir demandé de faire des coupures avant.

Lgén Beare: Mille trois cents membres des Forces canadiennes déployées en 16 missions.

[Traduction]

Nous ne prendrons aucun risque concernant leur commandement et contrôle, aucun risque concernant leur appui et aucun risque concernant leur renseignement. En ce qui a trait aux futures missions, cela pourrait influer sur la capacité de la force de réagir rapidement, quantitativement et simultanément, mais ces décisions devront être prises par ceux qui génèrent la force, à savoir combien de puissance aérienne, combien de puissance maritime et combien de puissance terrestre, à quelle vitesse, dans quelle mesure et pendant combien de temps. Ce sont là des calculs stratégiques, comme l’a expliqué le président, que le vice-chef et d’autres doivent faire en fonction du financement à long terme. Je tiens à vous assurer, si ce n’est pas au sujet des effets du budget, de notre détermination, à tout le moins, à ne prendre aucun risque au sujet des éléments déployés à l’heure actuelle.

Le sénateur Nolin: J’en suis convaincu et j’ai entendu ce qu’a dit celui qui vous a précédé. J’en suis convaincu, tout comme mes collègues, j’en suis certain, mais nous nous demandons où les fameuses coupes auront lieu. Nous parlons de budgets qui n’existent plus — de budgets qui disparaîtront. Cela veut dire qu’il y aura des coupures quelque part, mais ni chez vous, ni au sein de l’autre commandement.

[Français]

Monsieur le président, on aura du plaisir à découvrir cela.

Le vice-président: Il ne faut pas oublier que les coupures qui sont faites relèvent beaucoup des générateurs de force. C'est-à-dire combien de gens il y aura, combien d'entraînement, combien de munitions, quelle sorte d’équipement ils auront pour s'entraîner. Les coupures se feront là, mais les missions qui ont été faites n'ont pas été coupées. Il faut donc continuer à maintenir le rythme dans l'avenir. Est-ce que, dans le futur, ils pourront garder 1 300 ? Est-ce que ce sera 1000 ? Ou est-ce qu’ils pourront l’augmenter à 2 000? Ce sera déterminé par le vice-chef.

Si on veut en savoir davantage, il faudra inviter le vice-chef pour nous donner cette perspective postbudget. Ce serait probablement un témoin qu’il serait intéressant d’entendre pour vous répondre.

Le sénateur Nolin: Le personnel militaire qui est en poste à l’étranger, je pense entre autres aux attachés militaires, mais ceux qui sont à Bruxelles, ceux qui sont à New York, ceux qui sont à Norfolk, ils ne sont pas comptés dans le 1 300?

Le vice-président: Non. Et ils sont sujets à coupure. En 1994, alors que j’étais commandant adjoint de l’armée, il a fallu couper massivement les attachés militaires. On a, entre autres, coupé celui en poste au Pakistan parce qu’on se disait qu’on ne serait jamais là.

LGén Beare: Et on l’a remplacé.

Le sénateur Nolin: On en a envoyé trois!

Le vice-président: Dix ans plus tard, on a réalisé qu'il a fallu le faire.

Ce sont des décisions qui relèvent d'une autre autorité. On pourra probablement y revenir lors d’une réunion du comité directeur.

Le sénateur Dawson: J’ai une brève question. Vous avez utilisé à quelques reprises, dans vos commentaires et dans votre texte, l’expression « avec nos nouveaux partenaires militaires ». Pouvez-vous me désigner qui vous incluez dans cette définition de « nouveaux partenaires militaires » versus les Américains, les Britanniques, les Français, et cetera?

Lgén Beare: L'expérience que nous avons eue en Libye nous a fait connaître de nouveaux partenaires, des partenaires du Qatar ou des Émirats arabes unis. On s’est retrouvé dans une opération de combat avec des pays qu’on aurait jamais prévu, il y a deux ans, être déployés à l’étranger.

[Traduction]

Le fait que nous puissions nous retrouver à collaborer avec des partenaires non traditionnels dans ce monde changeant ne veut pas dire que ce ne sont pas des partenaires, simplement que ce ne sont pas des partenaires traditionnels. Ce ne sont pas des partenaires avec qui nous avons conclu des traités ou avec qui nous formons une coalition ou une alliance, mais ils sont là et nous devons nous préparer à les comprendre, à travailler à leur côté, et éventuellement, si nécessaire, à mener des opérations avec eux.

L’état de préparation, si je peux revenir sur cette question, c’est le fait de comprendre cela à l’avance. Par l’entremise des avertissements préalables, avant la préparation d’une mission, on établit des liens — nos ambassades, nos attachés sont nos véhicules entre autres pour ces liens — et un réseau de commandement et contrôle militaire par l’intermédiaire des commandements de combat des États-Unis, du Quartier général interarmées permanent au Royaume-Uni, du CPCO en France, qui assurent le commandement et le contrôle de leurs militaires dans le monde, pour comprendre comment ils établissent des partenariats avec eux. On peut ainsi collaborer plus rapidement avec eux et ces partenaires non traditionnels le cas échéant. Nous sommes, bien sûr, un partenaire du Koweït aujourd’hui dans le groupe de soutien et nous avons été un partenaire des Émirats pendant de nombreuses années au Camp Mirage et nous pourrions très bien établir des partenariats avec d’autres pays dans l’avenir.

Le sénateur Dawson: Je vous remercie de votre réponse. C’est un autre sujet. Je pense que cela entre dans le cadre de notre mandat. Nous nous tournons vers l’avenir et dans un monde en évolution nous aurons des partenaires différents; je tenais à ce que ce soit clair. J’avais le net sentiment que ça ferait partie de la réponse, mais comme vous le savez des gens nous écoutent et ils aiment avoir un peu plus de renseignements. Le terme « partenaire » a été employé quelques fois et je voulais expliquer que nous vivons dans un monde qui change et, donc, nous formerons des partenariats avec des gens différents à l’avenir.

Le sénateur Day: Rappelons que la Chine participe à la mission de lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes, c’est un partenariat non traditionnel. C’est l’une des raisons de la visite en Chine de représentants de l’OTAN accompagnés d’un groupe de nos parlementaires. Je crois qu’il est important de le rappeler. C’est un autre développement intéressant.

Ma question découle, tout d’abord, de la mission d’entraînement de l’OTAN menée sous votre commandement. Nous croyons comprendre que pour cette mission, le volet du maintien de l’ordre ne s’est pas fait aussi rapidement, pour être poli, que le volet militaire. Pouvons-nous participer utilement au maintien de l’ordre avec notre police? L’Italie a une police paramilitaire et vous avez dit que vous avez eu aussi des policiers dans le Soudan du Sud. Pouvez-vous nous en parler?

Lgén Beare: Ayant été, pendant un an, commandant adjoint de la police en Afghanistan, je ne suis pas tout à fait objectif en ce qui concerne le problème du maintien de l’ordre dans ce pays. Je peux vous citer les faits suivants: il n’y a pas eu d’approche ou de collaboration internationale pour mettre au point le programme de développement de la police en Afghanistan jusqu’en 2010. Il y a plusieurs acteurs internationaux et chaque nation a fait son propre travail à sa façon. L’approche à l’égard du développement de la police en Afghanistan accuse environ cinq ans de retard sur l’effort de développement de l’armée si on commence à compter dès le début de la formation de l’armée par les Américains au lieu de compter dès le moment où il y a eu une action concertée pour développer la police.

Des douzaines de forces policières étrangères participent aujourd’hui à l’effort de développement de la police dans le cadre de la MFO-A et de celui de la mission de police de l’Union européenne; ces deux missions, si elles étaient concurrentielles ne le sont plus, elles se complémentent. Les dirigeants militaires travaillant dans les domaines du programme de développement des institutions, de la logistique, des communications et de la budgétisation et les professionnels et les instructeurs — qui comptent des policiers civils canadiens — chargés du programme de formation de policiers et de professionnels sont tenus informés des progrès réalisés là-bas. Il n’y a jamais eu autant de cohérence qu’aujourd’hui du fait que la mission des policiers civils canadiens fait aujourd’hui partie de la mission de l’OTAN et aussi de la mission de l’ONU, mais il y a des défis énormes à relever. La police, les militaires ou les Canadiens ne sont pas seuls à chercher des solutions à ces problèmes. Des douzaines de nations participent à cet effort qui est beaucoup plus cohérent, mais il reste beaucoup à faire pour créer un service de police nationale crédible, mais ils s’attellent à la tâche.

Quand un gouvernement déploie des ressources dans un théâtre d’opérations ou dans une zone de la mission, il vise autant que possible un résultat pour le Canada. Ce qui inclut des contributions militaires, une contribution de la police, une aide au développement, des efforts diplomatiques et commerciaux. Notre mission au Soudan ne se limite pas aux 15 Canadiens qui s’y trouvent. Il y a la mission militaire canadienne, la mission de police, la mission diplomatique avec l’aide au développement qui, sur place par le biais du chef de mission à l’ambassade, essaient d’obtenir le maximum d’efficacité pour le Canada et veillent à ce que notre contribution aux efforts déployés par l’ONU dans ce cas particulier convient parfaitement à la mission onusienne. L’objectif visé sera atteint essentiellement grâce à la combinaison des différents volets — civil, militaire, policier — de la mission de l’ONU. Le fait d’aller en tant qu’équipe canadienne est une bonne initiative, mais cela ne veut pas dire qu’il faut être du même côté de la barrière.

Le vice-président: Merci. Nous discuterons de la possibilité de faire, dans le cadre d’une étude séparée, un examen des enseignements tirés de notre présence en Afghanistan. À cause du temps, je n’ai pas voulu poursuivre sur le concept pangouvernemental de préparation et de disponibilité opérationnelle qui existe au MDN et de ce qui existe dans les autres ministères pour accomplir les missions multidisciplinaires menées actuellement. Nous en reparlerons lorsque nous examinerons les enseignements tirés et la façon dont le reste du gouvernement veut atteindre ou du moins essaie d’atteindre le niveau de préparation et de disponibilité opérationnelle du MDN.

Merci beaucoup et nous vous souhaitons de réussir. Les troupes déployées à l’étranger et leurs familles ne méritent rien de moins que notre plus grand respect.

Lgén Beare: Merci.

[Français]

Le vice-président: La dernière portion de notre séance, cet après-midi, nous amène dans le monde de l'analyse des politiques fondamentales de défense utilisées comme point de repère pour l’utilisation des forces armées, et le niveau de préparation et l'investissement nécessaire du pays dans la défense nationale.

Dans ce contexte, on a justement eu l'occasion de lire des documents préparés par différents centres d'étude, dont Think tank, celui en particulier de la Conférence des associations de défense, que M. Chapin, directeur de la recherche, a produit avec le colonel Petrolekas, un document que j'ai fait distribuer et qui parle des perspectives stratégiques du Canada en 2012. Nous l’accueillons pour, j'espère, entendre une courte présentation d'introduction, et par la suite, ouvrir la discussion sur le volet stratégique dans lequel le contexte de la défense devrait se trouver.

[Traduction]

Je vous en prie, monsieur Chapin, la parole est à vous.

Paul Chapin, directeur de la recherche, Institut de la Conférence des associations de la défense, à titre personnel: Merci, monsieur le président et honorables sénateurs. C’est un honneur que d’être invité au comité et nous vous remercions de nous avoir invités. On nous a demandé de parler du rapport que notre institut, l’Institut de la Conférence des associations de la défense, a publié il y a environ deux mois. Il faut faire la distinction entre la Conférence des associations de la défense et l’Institut de la Conférence des associations de la défense; l’institut est une organisation indépendante, non partisane, à caractère éducatif dont la fonction est de mieux faire ressortir les questions liées à la sécurité nationale et la défense.

Le document que nous avons préparé est quelque chose de tout à fait nouveau pour l’institut. Il sera le premier de nombreuses évaluations annuelles des perspectives de l’année à venir. Permettez-moi de dire que nous ne pouvons évidemment pas savoir ce qui va se produire à l’avenir, mais ce n’est pas parce que nous ignorons ce que le futur nous réserve que nous ne savons rien de l’avenir. Par exemple, nous avons une bonne idée des rencontres internationales prévues de longue date et qui se tiendront cette année. Nous pouvons plus ou moins prévoir ce que seront les résultats de certaines élections générales qui auront lieu dans divers pays. Par conséquent, on ne peut pas dire, comme certains pourraient le croire, que l’on ne sait absolument rien de ce qui se passera l’année prochaine dans le monde. Ajoutons que l’on assiste aujourd’hui à des événements et des tendances qui auront certainement des répercussions sur ce qui se passera à l’avenir.

Donc, dans ce rapport, nous avons essayé de prendre des conjectures sans fondement et de les regrouper par thème afin d’inciter les gens à penser à l’avenir de façon un peu plus systématique. La situation là-bas est complexe et équivoque. Nous n’avons pas la capacité de copier les procédures de Rand Corporation, et cetera. Nous devons, à cause de notre capacité limitée, nous concentrer sur ce que nous jugeons important.

Quelles sont les conclusions de notre étude? Il y a essentiellement quatre points et je demanderai à mon collègue, M. Petrolekas, de parler de deux de ces points. Le premier est que le monde n’est pas plus dangereux qu’il l’était. Nous pouvons réduire notre engagement en Afghanistan, mais il n’y a pas de rapport avec les menaces générales auxquelles nous ferons face — nous, le Canada, mais aussi l’ensemble des pays.

Nous soulignons dans le rapport que quatre conflits pourraient déboucher sur des guerres au cours de cette année et si ce n’est pas cette année, il y a de fortes chances qu’ils causeront des troubles très graves. Nous avons tous entendu parler du premier de ces conflits, il fait constamment la une de l’actualité, c’est la Syrie. Pour l’instant, la Syrie est en guerre civile, mais le conflit commence à déborder dans les pays voisins qui sont nombreux. Il y a cinq ou six pays, notamment la Turquie, l’Irak, le Liban et Israël. Je vous laisse imaginer ce qui se passerait si ces pays intervenaient directement en Syrie.

Le deuxième point concerne le risque de problèmes dans le golfe Persique. Aussi controversée que puisse être la course à l’armement nucléaire menée par l’Iran, un pays dont nous ne comprenons pas clairement les intentions ni l’agenda, mais certains pays de la région peuvent les comprendre suffisamment pour ne pas se laisser intimider ni rester les bras croisés à attendre de voir ce qui se passera.

La troisième zone de conflit potentiel est une zone qui n’a pas fait beaucoup parler d’elle et qu’on a relativement oubliée pendant 30 ans, je parle de la frontière entre Israël et l’Égypte. Elle a été démilitarisée avec le retrait de l’Armée égyptienne en 1979 suite à un pacte de non-agression conclu entre Israël et l’Égypte à l’époque. Les islamistes radicaux ont exprimé leur intention d’annuler le pacte s’ils reprenaient le pouvoir ou prenaient le pouvoir au Caire. Personne ne sait comment cela se fera, mais il faut certainement suivre de près les développements dans cette région.

La quatrième situation est celle de la péninsule coréenne. Nous avons vu, ces dernières semaines, combien la situation est volatile et avons constaté le nombre important de pays impliqués dans les entourloupettes des Nord-Coréens ces dernières années. Nous devons nous préoccuper de ce que tous les acteurs concernés perdent, sans le vouloir, le contrôle de la situation.

Ce sont quatre situations qui présentent actuellement de très grands dangers.

Colonel (à la retraite) George Petrolekas, directeur aux télécommunications, à titre personnel: Je ne vais pas revenir sur l’Afghanistan, qui est le prochain sujet dans le texte, car le général Beare en a suffisamment parlé. Cela dit, il mérite que l’on rappelle les commentaires du secrétaire Gates à la Conférence sur la sécurité de Munich il y a environ trois ans; il disait que nous courons encore pour rattraper notre retard. On a perdu beaucoup trop de temps et le résultat demeure incertain.

Avant que je ne parle de la Chine et de l’économie, M. Chapin a soulevé beaucoup de points qui sont ponctuels et presque tactiques; des points dont nous devons nous préoccuper au cours des deux prochaines années. Quel sera leur effet final? Que se passera-t-il en cas de changement radical du gouvernement égyptien? Que se passera-t-il si l’Iran arrive à développer l’arme nucléaire? Que se passera-t-il avec l’axe stratégique de pivotement américain dans le Pacifique?

Ce sont là des questions stratégiques à long terme; des questions sur lesquelles, à notre avis, le Canada ne s’était pas vraiment penché et n’était pas vraiment prêt à affronter.

Cela nous mène à parler de la Chine. Les Américains ont souligné dans leur orientation stratégique de cette année, en janvier 2012, que beaucoup d’incertitude pesait sur les intentions de la Chine. Quelles sont ses intentions à court terme en mer de Chine occidentale en ce qui concerne les différends relatifs au domaine maritime? Quelles sont ses intentions envers les pays qui comptent parmi nos plus importants partenaires commerciaux? Les partenaires commerciaux situés autour de la mer de Chine occidentale et au nord de la mer de Chine orientale sont de loin plus importants que nos autres commerciaux de n’importe quelle autre région. Nos relations commerciales avec eux sont plus importantes que celles que nous entretenons avec le reste des pays du continent américain, à l’exception des États-Unis, et elles sont plus importantes que celles que nous entretenons avec l’ensemble de l’Europe.

Nos intérêts stratégiques se réorientent vers le Pacifique, pourtant rien ne nous indique vraiment ce que le Canada fera et de quelle façon il s’implantera commercialement dans cette région.

Quand nous examinions notre document, nous nous sommes penchés sur trois domaines, si l’on peut dire, pas linéairement ni séquentiellement, mais en parallèle. C’est l’effet des compressions des dépenses dans la plupart des pays de l’alliance, la réorientation des intérêts causée par des intérêts économiques et aussi par une interprétation plus précise de l’intérêt national; interprétation fondée sur notre expérience des 10 dernières années: expérience des Américains en Irak; expérience des Canadiens en Afghanistan et malaise général ou lassitude du public à prendre un engagement à très long terme que vous qualifieriez, par euphémisme, de « reconstruction de la nation ».

La hiérarchie des intérêts nationaux semble s'être précisée. Premièrement, il y a la sécurité et la souveraineté des nations; deuxièmement, les intérêts économiques nationaux; troisièmement, la stabilité de l'ordre mondial, mais cela s’applique plus aux intérêts économiques qu’à quoi que ce soit d'autre; quatrièmement — ce n'est pas que nous l'avons abandonné, mais nous n’y portons certainement pas autant attention qu'il y a 10 ans —, il y a les notions de la primauté du droit, de la démocratie et de la promotion de toutes ces choses par l'intermédiaire de divers programmes.

S'il y a un changement de cap dicté par l'économie, si les intérêts nationaux se précisent et qu'en même temps, il y a des exigences financières qui font augmenter les pressions qui pèsent sur le Canada et ses alliés, cela signifie que des décisions doivent être prises. L'orientation stratégique que vous présentez détermine les actions à venir du pays, la façon dont il sera représenté, les éléments sur lesquels il doit se concentrer, le matériel qu'il fournit à ses forces et les missions qu'il leur confiera.

Cependant, elle définit aussi les alliances. Je dirais donc que les changements les plus importants dans tout cela, c'est que le fait de considérer l'OTAN, par exemple, comme un des principaux piliers de la politique canadienne en matière de sécurité nationale n'est pas aussi important qu'autrefois. Il sera nécessaire — et je pense que le lieutenant-général Beare vous en a parlé et que vous lui avez sans aucun doute posé des questions à ce sujet vers la fin de vos séries de questions — de s'interroger sur ce que sont les partenaires non traditionnels. Compte tenu du fait que nous réorientons nos intérêts, quelles sont les autres nations avec lesquelles nous devons établir des relations?

Voilà ce qui nous porte à conclure qu'il faut préparer une stratégie nationale exhaustive en matière de sécurité nationale pour le Canada.

M. Chapin: C’est, à juste titre, la première recommandation de notre rapport. On peut avoir des solutions astucieuses à des situations précises, mais à un moment donné, il faut que vos intentions correspondent à vos capacités. À mon avis, contrairement à la situation qui prévalait il y a de cela 10 ou 20 ans, on n’a pas le sentiment qu’au Canada, tous comprennent quelles sont les priorités et que tous savent ce qui doit être fait, même s'il y a des moments où nous sommes préoccupés par les capacités et l'union des efforts, et cetera. Je pense que nous sommes rendus à un point où la situation en Europe est telle que nous nous soucions davantage de leurs préoccupations que des nôtres. Dans le document, nous indiquons que s'il y a là une importante tendance à l'échelle internationale — la population européenne s'élève maintenant à 500 millions de personnes, et l'Union européenne aspire à élargir le territoire de la communauté européenne et à la rendre plus forte —, la logique voulant que le Canada participe à la sécurité et à la défense de l'Europe n'est certainement pas ce qu'elle était. Les Européens sont nos plus grands amis et alliés. Il y a tous les liens historiques et culturels, mais cela ne veut pas nécessairement dire que c'est là où nous devrions concentrer nos efforts. Dans le rapport, nous ne proposons pas de mettre un terme à nos efforts en Europe, d’abandonner nos relations avec l'Europe ou de nous retirer de l'OTAN. Cependant, nous disons que le temps est venu, quand on voit ce qui se passe dans l'Arctique, dans les Amériques et, surtout, en Asie-Pacifique. Il est temps d’aligner les structures et les institutions de sécurité du Canada sur ses intérêts nationaux généraux. S’il y a eu un déplacement des intérêts, tant sur le plan géographique que sur le plan fonctionnel, il est peut-être temps d'examiner en profondeur notre architecture de sécurité et ce que nous devons faire à l'extérieur de la zone euro atlantique; d'où la nécessité d'avoir une stratégie nationale en matière de sécurité qui cerne les principes et les objectifs et qui harmonise l'effort national.

Nous pensons aussi qu'il est important de faire connaître le rôle des forces canadiennes dans un tel contexte. Une de nos craintes, et cela s'explique par le fait que nous entretenons manifestement des relations privilégiées avec les militaires, c'est que les attentes des Canadiens par rapport à ce que les Forces canadiennes peuvent faire pour eux pourraient ne pas être satisfaites si nous ne sommes pas préparés de façon adéquate. On ne peut pas réduire le budget des Forces canadiennes — ce qui revient à réduire ses capacités — et s'attendre à ce qu'elles jouent tous les rôles qu’on veut leur confier. À un moment donné, il faut tenir des discussions sur le rôle des Forces canadiennes, ce qui permet notamment de justifier les budgets et prendre des décisions à cet égard.

Enfin, je pense que parce que nous considérons toujours le monde comme un endroit dangereux, nous proposons diverses recommandations au gouvernement et à d’autres sur la nécessité de s’assurer qu’on maîtrise la situation et qu’on procède à une planification d’urgence adéquate. Cela ne s’applique pas seulement au ministère de la Défense et aux Forces canadiennes, mais aussi, comme l’a indiqué le général Beare, au ministère des Affaires étrangères, à l’ACDI et à d’autres organismes gouvernementaux sur lesquels nous comptons pour notre sécurité.

Le vice-président: J’ai un petit point technique, si vous le permettez, et ce n’est pas un reproche envers l’Institut de la Conférence des associations de la défense. Ai-je raison de dire que votre étude a été publiée en anglais seulement?

M. Chapin: Certaines parties sont en français, mais c’est vrai, en effet. Cette étude en particulier est en anglais seulement.

Le vice-président: Cela crée un scénario intéressant, parce qu’il ne peut être distribué officiellement comme un document présenté au comité s’il n’est pas dans les deux langues. Donc, les membres du comité qui l’ont lu l’ont fait de leur propre chef, et j’espère qu’à l’avenir, l’institut songera à présenter les documents dans les deux langues, pas seulement pour nous, mais, pour vous permettre d’avoir un lectorat plus large, en fait.

Col Petrolekas: Habituellement, nous préparons les documents dans les deux langues. Un retard s’est produit par rapport à l’impression et nous avons eu un problème de logistique; c’était une mauvaise planification dont nous sommes responsables.

Le vice-président: Nous sommes habitués à recevoir les textes en français plus tard, mais nous ne pouvons pas passer outre, puisque la loi est en vigueur depuis 35 ans.

Cela dit, nous entendrons les sénateurs Lang, Dawson et Nolin, et le président aura aussi un ou deux commentaires.

Le sénateur Lang: Je tiens à vous remercier d’être venus, et je vous suis reconnaissant du temps et de l’effort que vous avez consacrés à la préparation d’un document comme celui-ci, ce qui permet au débat public de se poursuivre pour essayer d’entrevoir l’avenir et d’être prêt quand les événements se produiront.

Un aspect qui me semble avoir été quelque peu ignoré dans la prémisse de votre rapport est la question de la sécurité et du commerce, à savoir l’importance du commerce et son incidence sur notre besoin de sécurité, tant au pays qu’à l’étranger. Je me demandais pourquoi ce n’était pas inclus dans votre étude, pour expliquer ce que le Canada devrait faire à l’avenir.

Permettez-moi de revenir légèrement en arrière. Pour ce qui est des ressources, vous ne pouvez pas demander au gouvernement de tout faire si vous n’êtes pas prêt à payer. Actuellement, dans le document, je constate qu’on n’a nullement pensé à la façon d’augmenter les revenus, si nous voulons étendre nos activités et notre présence dans les différentes régions du monde.

Cela m’amène à l’aspect qui, à mon avis, est très important pour notre pays, et je pense que dans certains cas, on est du même avis de l’autre côté. On parle de la question du pétrole canadien, de l’approvisionnement énergétique et des conséquences qu’entraînerait sur la scène mondiale le fait d’avoir d’autres acheteurs que celui que nous avons en ce moment, c’est-à-dire les États-Unis.

La plupart des Canadiens ne se rendent pas compte que du fait que nous avons un acheteur, nous dépendons du marché, à certains égards. Nous vendons notre pétrole au rabais, peut-être de 25 à 30 $ le baril de moins que le prix courant parce que nous avons un acheteur, les États-Unis.

Comme vous le savez, il y a une vive controverse au pays par rapport au pipeline Northern Gateway. Il me semble qu’un organisme comme le vôtre considérerait qu’il est important, à l’échelle nationale, de présenter des commentaires sur une telle chose parce que, d’abord, cela indique une autre voie à nos fournisseurs d’énergie, cela nous permet d’avoir plus d’acheteurs. En même temps, lorsqu’on a plus d’acheteurs, ils dépendent de nous, en quelque sorte, ce qui réduit peut-être la menace dans une certaine mesure, car il y a un intérêt mutuel au quotidien. Peut-être souhaitez-vous formuler un commentaire à ce sujet.

M. Chapin: Permettez-moi de vous donner, en guise de préface, un aperçu de ce que le colonel Petrolekas dira à ce sujet. Le document a ses limites, en partie parce que l’organisme qui l’a produit a ses limites. Il s’agit d’un très petit organisme, et c’est la première fois qu’on y prépare un aperçu stratégique. Veuillez nous en excuser; nous espérons que le document de l’an prochain sera meilleur et que celui qui suivra le sera encore plus.

Cela dit, je crois que nous en avons abordé, dans une certaine mesure, les questions des intérêts commerciaux et du commerce, mais je vais laisser le colonel Petrolekas vous en parler davantage.

Col Petrolekas: Ce n’est pas une excuse, mais c’est une série de documents qui seront publiés en cours d’année. Dans quatre jours, nous publierons un document sur les leçons tirées du conflit en Libye. Dans environ trois semaines, nous publierons un document sur la sécurité informatique qui, en fin de compte, servira de complément à ce sujet. Il y a un an, nous avons préparé une étude sur l’impact stratégique de la dépendance énergétique.

Dans ce cas précis, ce que nous voulions vraiment faire était d’attirer l’attention sur le fait qu’il n’y avait pas eu beaucoup de réflexion. Nous mentionnons, par exemple, les restrictions liées au détroit de Malacca, en Asie du Sud-Est, le pourcentage du trafic maritime qui transite par la mer de Chine occidentale et le pourcentage élevé de gaz naturel liquide — environ 70 p. 100 du trafic mondial — qui passe au nord du détroit de Taïwan pour satisfaire aux besoins énergétiques du Japon et de la Chine. Au moment de la rédaction, la position du Canada par rapport au pipeline Northern Gateway n’était toujours pas clairement établie et on n’en connaissait pas les effets; tout ce qu’on savait, c’est qu’il s’agissait, évidemment, d’un élément qui suscitait de plus en plus d’intérêt. Il aurait pour effet d’augmenter le trafic maritime et les liens commerciaux et de modifier les équations liées à la dépendance énergétique, au trafic et au commerce de l’énergie. À ce moment-là, nous n’avions pas trouvé de façon d’assurer un suivi.

Il y a aussi un autre document, que nous n’avons malheureusement pas été en mesure de vous fournir, mais qui nous a été demandé par le ministère des Affaires étrangères en prévision du sommet de l’OTAN. Il portait sur l’étude des options politiques, mais je pense que je peux maintenant, sans grand risque, vous parler de quelques aspects qu’on y a abordés.

On nous a demandé d’étudier le concept stratégique de l’OTAN et sa mise en oeuvre. En réalité, une bonne partie du concept traite des voies de transport du pétrole et la protection de ces voies en raison de leur incidence directe sur le commerce et le bien-être économique des États membres de l’OTAN. Encore une fois, il y a là un écart entre l’action et la stratégie.

Dans le cadre de la récente série de compressions budgétaires, le Canada a annoncé qu’il ne participerait plus au programme AWACS de l’OTAN ni au programme de capacité alliée de surveillance terrestre. Ce sont deux pierres angulaires de ce que l’OTAN appellerait la défense intelligente et deux pierres angulaires de la capacité de l’OTAN de protection ou de suivi de certains éléments dont vous parlez dans votre question à volets multiples.

La décision a été prise strictement d’un point de vue économique. Des compressions qui touchent des activités liées à l’OTAN entraînent des répercussions politiques. On ne s’y est pas attardé outre mesure; il s’agissait de compressions faciles et c’est ce qu’on a fait. Nous avons essayé de faire valoir qu’on ne peut procéder à des compressions fondées sur les contraintes budgétaires sans réellement comprendre la raison d’être des réductions et sans savoir si elles s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie. Voilà l’élément que nous n’avons pas trouvé et que nous avons essayé de porter à l’attention des décideurs politiques. J’espère avoir répondu à votre question.

Le sénateur Lang: Je pense qu’il est important que nous assurions un suivi. Dans le cadre de la préparation d’une politique stratégique pour le Canada, je ne crois pas qu’il est possible d’écarter le commerce et de se concentrer uniquement sur la sécurité. Je pense que les deux sont liés, et c’est le point que je fais valoir. Dans une certaine mesure, je vous confie la tâche, parce que si quelque chose a été éliminé dans le cadre du processus budgétaire, je suis certain que ceux qui ont pris ces décisions l’auront fait après avoir mûrement réfléchi et en toute connaissance de cause. Ce n’est pas un cas où il suffit d’intervenir et de procéder à des compressions simplement pour réduire les dépenses, peu importe le motif.

Je veux aller plus loin. Je vous demanderais, à titre d'organisme, allez-vous, dans votre prochaine série de rapports, à laquelle vous avez fait allusion plus tôt, examiner cet aspect de la question et voir ce que le Canada devrait faire à cet égard? Je pense que c'est vraiment important que nous examinions des questions de ce genre parce que, comme vous l'avez dit plus tôt, et je pense que vous êtes d'accord, elles sont liées ensemble.

Col Petrolekas: Absolument.

Senator Lang: Si nous donnons notre accord à cela, j'espère que nous pourrons trouver quelque chose pour réunir tous ces aspects ensemble et voir s'il y a des domaines ou des choix stratégiques que le Canada pourrait envisager très sérieusement à l'avenir.

M. Chapin: Nous avons deux autres rapports en voie d'élaboration qui, je pense, aideront à jeter de la lumière sur la situation. L'un d'eux porte sur une analyse du budget de la défense. Nous nous attendons à ce que ce document paraisse dès que la documentation du gouvernement sera mise à la disposition des gens qui travaillent sur cette question pour nous. Ce sera probablement dans une semaine ou dans un mois.

Nous avons un autre rapport portant sur la transformation des FC, que nous nous attendons de rendre public vers la fin de l'été ou au début de l'automne, au premier anniversaire du rapport d'Andrew Leslie. Nous sommes conscients que nous devons aborder ces questions d'une manière plus systématique.

Le vice-président: Si je peux intervenir, dans la mesure où nous avons examiné la position des Forces canadiennes et leur utilisation dans l'avenir, et que nous avons examiné les différentes structures internes du MDN pour essayer de trouver une réponse à cela, il s'agit de la première fois que nous avons une analyse stratégique externe pour savoir à quoi devrait ressembler une éventuelle politique de défense.

La question du sénateur Lang et la réponse qui lui a été donnée m'amènent à penser que, peut-être, le comité de direction pourrait vouloir accorder plus d'importance à cet aspect de l'examen que nous faisons maintenant par rapport à d'autres dimensions, en examinant l'accent stratégique futur du Canada. À l'heure actuelle, nous travaillons simplement avec le document Le Canada d'abord, mais pas sur quelque chose à plus grande échelle.

Je pense que nous allons prendre cette question en considération au comité de direction. Merci d'avoir soulevé cette question.

Le sénateur Day: Comme question supplémentaire, monsieur le président et sénateur Lang, il y a des indications qu'un rapport portant sur les répercussions du budget sur le MDN sera publié dans quelques semaines. Cela me semble capital pour notre l'étude actuelle. Ce serait peut-être une bonne idée d'ajouter cela sur la liste et d'inviter de nouveau nos témoins une fois que le rapport sera prêt.

Le vice-président: Nous devrons nous entendre, au comité, pour avoir ce document en anglais seulement. Si c'est acceptable, c'est ce que nous ferons.

Le sénateur Day: Est-ce que le prochain rapport sera dans les deux langues officielles?

[Français]

Col Petrolekas: J'ai appris la leçon, je vais m'assurer que ce soit dans les deux langues officielles la prochaine fois.

[Traduction]

Le vice-président: Comme l'a dit le sénateur Lang, il y a une dimension différente dans ce que nous examinons qui doit être abordée de manière complète. C'est intéressant et nous allons certainement suivre la situation.

Col Petrolekas: Pour ajouter une chose, à part le commerce, nous pourrions surcharger les gens. Lorsque nous avons dit que les intérêts commerciaux en Asie éclipsaient ceux en Europe, nous voulions montrer les tendances plus importantes. Je pourrais trouver des chiffres plus complets pour vous. La première destination touristique pour les Canadiens, à part les États-Unis, est le Mexique. Pourtant, 153 Canadiens y ont perdu la vie au cours des cinq ou six dernières années. Chaque année, 1 500 personnes sont tuées dans une guerre entre narcotrafiquants qui a des répercussions chez nous, qu'il s'agisse de faire transiter les drogues par le croissant des Caraïbes, les gangs jamaïcains de Toronto, les gangs mexicains de Vancouver et ainsi de suite. Nous sommes extrêmement conscients des liens entre tous ces éléments. Pour revenir à la question de l'absence d'une stratégie nationale en matière de sécurité, le gouvernement a effectivement élaboré une stratégie des Amériques, mais elle n'est pas suffisamment détaillée, à notre avis, pour informer les praticiens, qu'il s'agisse des membres des Forces canadiennes, des fonctionnaires des Affaires étrangères, de ceux de l'ACDI ou de tous les autres acteurs qui interviennent sur la scène internationale et pour articuler clairement ce que le Canada entend accomplir dans ces régions. Nous prenons très bonne note du point que vous savez soulever et je dois dire que nos pensées sont très parallèles aux vôtres.

Le vice-président: La présidence ne veut pas s'imposer, mais votre rapport parle de l'industrie de l'extraction des ressources naturelles en Afrique, de son harmonisation avec le travail de développement de l'ACDI et du risque d'implosion des États dont les ressources naturelles revêtent un intérêt important pour nous. Ce que nous faisons au sujet de l'Afrique possède un angle. On y fait allusion dans le rapport, mais il pourrait aller plus loin.

Le sénateur Dawson: Vous allez présenter un rapport sur les cybermenaces, je pense, au cours des prochaines semaines. J'espère qu’il sera également dans l’autre langue officielle, si c'est possible. Le Canada n’a pas de politique numérique. Nous n'encourageons pas la littéracie numérique. Il ne s'agit pas du gouvernement actuel, mais de tous les gouvernements depuis les 20 dernières années. Nous avons évité de le faire parce que, du point de vue politique, il n'y a pas grand-chose à y gagner. Mes enfants sont des cybercitoyens; des citoyens numériques. Je me considère comme un immigrant numérique. J'ai appris à travailler dans l'univers numérique. Nous voyons que les gouvernements, y compris le gouvernement actuel, agissent comme des touristes numériques. Nous jouons avec l'univers numérique lorsque cela nous intéresse, mais certaines des réductions mentionnées se retrouvent toutes dans le domaine de la nouvelle technologie. Si nous ne restons pas à l'affût des cybermenaces qui existent dans le monde, nous avons beau avoir toutes sortes de belles défenses, nous tirons tout de même de l'arrière.

Monsieur le président, c'est vous qui nous avez ramenés à la réalité que nous devons examiner non pas la prochaine année, mais les 10 prochaines années. Nous devons avoir une politique numérique pour le Canada de sorte que les citoyens canadiens comprennent que chaque fois que nous allons dans l'univers numérique — cliquer sur un site Web, acheter un ordinateur venant d'un pays étranger —, vous êtes dans une situation où vous ne savez pas dans quelle mesure ce monde numérique est envahi. Je pose une question, mais je vais attendre la publication de votre rapport. Il ne s'agit pas uniquement de défense, mais de toute une politique gouvernementale qui reconnaît que nous sommes dans un univers numérique et qu'essentiellement, nous nous comportons en touristes en ce moment.

Il y a eu un cas en Estonie. L'Estonie est assez fragile parce qu'il s'agit d'une société numérique. Les chèques n'existent pas dans ce pays; tout se fait par l'intermédiaire de la technologie. On paie les parcomètres au moyen de téléphones cellulaires. Leur cabinet siège avec des ordinateurs. Le pays a été attaqué il y a quelques années par quelqu'un dont l'identité n'a pas été révélée, mais la réalité, c'est que nous devons nous assurer de ne pas mettre nos citoyens à risque. Nous tirons de l'arrière dans une société numérique. Nous devons rattraper le retard, non seulement pour des raisons économiques ou de santé, mais également pour notre propre sécurité. Nous sommes vulnérables parce que nous ne sommes pas une cybersociété intelligente, et nous devons le devenir.

Col Petrolekas: Il y a des enjeux sociétaux dont vous avez parlé qui sont importants, mais du point de vue de la sécurité et de la politique, voici la difficulté. Il n'y a pas eu de discussions de la politique ici. À vrai dire, il y a eu très peu de discussion des politiques sur cette question particulière en Occident sauf, peut-être, aux États-Unis. Le président Obama en a parlé.

Les États-Unis commencent à considérer le cyberespace comme un domaine semblable à ceux de l'air, de la terre, de la mer et de l'espace. C'est un domaine en soi. Si votre pays est attaqué par le biais du cyberespace, qu'est-ce qui déclenche une réaction? Qu'est-ce qui déclenche l'article 5 de l'OTAN? Qu'est-ce qui déclenche une défense collective? Il y a certainement des considérations de politique dans le type de sécurité que vous avez et la protection des électrons qui circulent, mais également la protection de l'infrastructure physique qui sous-tend le mouvement des électrons dans cette économie numérique.

Je pourrais vous parler d'un immeuble de 18 étages au centre-ville de New York où se rencontrent toutes les entreprises de télécommunications sans exception. C'est là que tout le trafic est relayé. Quand Bell Canada passe le relais à Verizon, qui elle-même passe le relais à Bell South, qui fait traverser l'Atlantique à cette information sur une des fibres jusqu'à British Telecom, toutes ces interconnexions se font dans un immeuble à New York. On trouve à Los Angeles un immeuble qui a la même vocation, One Wilshire.

Le sénateur Dawson: Ne donnez pas l'adresse.

Col Petrolekas: Ces immeubles sont bien connus. Ils sont connus de toutes les entreprises de télécommunications.

Il y a les électrons et l'infrastructure physique, mais du point de vue de la politique, comment l'appareil de sécurité d'un État-nation réagit-il à ce qui peut être clairement déterminé comme une attaque à l'endroit de son infrastructure physique par l'intermédiaire du cyberespace? Est-ce différent d'une attaque venant de la mer ou des airs?

Les Américains commencent à penser de cette façon et le président Obama a fait une déclaration il y a environ trois mois affirmant clairement que les États-Unis considéreraient une attaque contre l'infrastructure des États-Unis, par le biais du cyberespace, comme une attaque physique contre les États-Unis, ce qui déclenche, par conséquent, un certain nombre de considérations de politique. Nous ne pensons pas qu'au Canada, la réflexion ait atteint ce niveau.

Le vice-président: Le 14 novembre dernier, Matthew Fisher a rédigé un article intitulé « Le Canada dépense 477 millions de dollars pour déjouer les cyberattaques »; il s'agissait du programme Wideband Global SATCOM avec les Américains; alors, il y a une certaine prise de conscience à cet égard. Toutefois, personne ne parle de ce qui arriverait si Google ou son remplaçant devenait une entreprise voyou, ce qui est un problème à une échelle encore plus grande.

[Français]

Le sénateur Dawson: Il faudra demander au témoin de revenir.

Colonel Petrolekas, dans la mesure du possible, si on pouvait avoir une version en français, cela rendrait notre travail beaucoup plus fonctionnel. Car il y a une culture numérique, puis il y a un problème de culture numérique anglais-français au Canada. Je peux vous dire, en ce qui regarde le système de télécommunication, on ne sera pas menacés parce qu'on n’est pas trop avancés là-dessus.

Le sénateur Nolin: Merci d'avoir accepté notre invitation. Je n'ai pas lu votre rapport, je l'ai parcouru brièvement lorsque j'en ai eu un exemplaire. Il m'apparaît que vous avez réfléchi sérieusement aux besoins sécuritaires du Canada.

Dans votre document — je pense que c’est un constat que vous faites —, le fait que le Canada ait signé, il y a plus de 60 ans, une entente de défense collective avec des pays européens et nos voisins américains, a bien servi la sécurité du Canada. Vous en arrivez à la conclusion que le Canada doit se tourner vers l'Ouest, regarder ses intérêts à l'Ouest et réfléchir à une politique de défense à long terme.

Ma première question est la suivante: croyez-vous que le Canada devrait envisager un type d'entente similaire à celle qu'il a développée depuis les 60 dernières années, au départ avec huit partenaires nord-américains et européens, avec des partenaires Asie-Pacifique?

M. Chapin: Je crois que la réponse est oui.

Le sénateur Nolin: Comment faisons-nous cela, maintenant?

[Traduction]

M. Chapin: Voilà quelle est la question et il y a au moins deux approches qui peuvent être adoptées.

La première est celle de l'OTAN, à savoir apprendre à partir de l'expérience en Afghanistan où 28 membres de l'OTAN combattaient et où quelque 15 ou 20 autres pays combattaient aux côtés de l'OTAN afin de bâtir sur cette assise, comme l'a fait l'alliance, et établir des partenariats plus solides avec les pays qui ont des vues semblables et qui peuvent travailler avec l'OTAN sur des causes communes. Vous pouvez voir le potentiel pour ce qui est de l'élaboration de ce partenariat du point de vue des institutions et des mécanismes, comportant un échange plus soutenu de renseignements et d'informations et une participation accrue aux réunions. Un grand nombre d'initiatives de ce genre surviennent à un niveau assez peu élevé.

La question que je me pose est la suivante: Pensez-vous pouvoir réunir avec vous les plus petits pays européens pour qu'ils adhèrent à un ensemble plus formel d'obligations qui les fait sortir loin de leur zone de confort? Nous n'avons pas de difficultés avec les Britanniques, les Français et, peut-être, les Espagnols, les Hollandais et les Italiens, qui comprennent qu'ils ont des intérêts mondiaux qui ont besoin d'être protégés. Toutefois, pouvez-vous rallier à vous l'ensemble de l'OTAN comme organisation?

Mon point de vue personnel, parce que l'institut possède divers points de vue et non pas un seul, étant donné que nous ne sommes pas un organisme de défense, c'est que nous devons au moins commencer un processus parallèle d'édification de relations structurelles avec les pays de la région de l’Asie-Pacifique qui ont des vues semblables aux nôtres. L'OTAN a déjà identifié certains de ces partenaires potentiels. Nous pensons que nous devons accélérer ce processus avec le Japon, la Corée du Sud, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et, peut-être, Singapour; et il y a d'autres pays dans la région. En effet, les Américains se sont tournés vers l'Asie-Pacifique et sont en train de rétablir des relations militaires avec des pays qui, à certains égards, ont pris leur distance des États-Unis il y a un certain nombre d'années, comme les Philippines et le Vietnam, et ils sont en train d'installer une petite unité de marine en Australie. Ce sont là des indications que quelque chose se produira dans l'avenir en termes de relations des États-Unis, que ce soit simplement un raffermissement des relations bilatérales ou le début d'un quelconque arrangement multilatéral. Si c'est quelque chose qui deviendra multilatéral, nous devons y participer.

Par l'intermédiaire de l'arrangement des quatre yeux — Australie, Canada, États-Unis et Royaume-Uni —, nous avons déjà des liens assez solides avec les Australiens. Mon point de vue, c'est de pousser ferme l'OTAN pour mettre de la substance dans ses politiques de partenariat et de travailler en parallèle au resserrement de nos relations avec les gens qui sont déjà dans la région.

[Français]

Le sénateur Nolin: Personnellement, je crois qu’il y a plus de pays européens ayant la même opinion que vous. Mais c'est presque un détail.

[Traduction]

M. Chapin: Par exemple, de nombreux pays participent déjà au forum régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est à l’invitation de cette dernière et manifestent un intérêt à l’égard de la sécurité de la région. Voilà une base institutionnelle qu’on peut utiliser comme tremplin.

[Français]

Le sénateur Nolin: J’aimerais revenir sur ce partenariat. La structure, pas uniquement militaire, mais l’infrastructure humaine que l'OTAN a développée depuis plus de 60 ans a coûté beaucoup d'argent; cela a coûté très cher, incluant les erreurs commises au fil des années.

Si le Canada doit convaincre ses partenaires de bâtir une nouvelle structure, dans votre réponse, vous me dites: pourquoi ne pas tenter d'utiliser le modèle de l’OTAN et l'étendre à l'Asie-Pacifique? Est-ce que ce serait la solution, prendre le modèle de l'OTAN et l'agrandir? Et que fait-on des Nations Unies alors? J'entends déjà certains Canadiens nous dire: nous avons les Nations Unies, tentez-vous de détruire l'opération multilatérale des Nations Unies au profit d'une organisation de défense collective? Vous voyez le dilemme que les politiciens canadiens auront?

M. Chapin: Franchement, je crois que c'est un problème pour les Nations Unies, pas pour nous.

Le sénateur Nolin: Non, je comprends. D'ailleurs, je prends bonne note de votre premier constat, que j'ai lu.

[Traduction]

M. Chapin: Sur le plan historique, il est à noter qu’au début l’OTAN n’était qu’une promesse, un traité.

Le sénateur Nolin: C’était un document d’une page.

M. Chapin: Oui. Nous avons promis de nous entraider si nous étions attaqués. C’est seulement au début de la guerre de Corée que nous avons pris conscience qu’il nous fallait mettre sur pied des structures et des forces pour rendre crédible l’avertissement que nous avions lancé, selon lequel nous formions un tout et que nous allions nous défendre comme tel. Un traité pourrait être conclu ou une alliance formée en Asie, et celui-ci pourrait être graduellement renforcé à l’aide de capacités militaires.

Le sénateur Nolin: Compte tenu de nos intérêts communs en matière de sécurité, nous pourrions persuader d’autres pays en négociant un traité. Ce qui me préoccupe, c’est la structure qui sera mise en place. Allons-nous réinventer ce que nous avons mis 60 ans à construire? Nous disposons déjà d’un modèle. Allons-nous en créer un autre ou développer celui que nous possédons déjà?

[Français]

Col Petrolekas: Dans nos commentaires liminaires, on a mentionné que ce n'était pas notre recommandation d'abandonner l'OTAN.

Le sénateur Nolin: Je comprends cela.

Col Petrolekas: Ce que nous avons bâti avec l'OTAN dans les 60 dernières années, c'est exactement ce qui permet les coalitions de bonne volonté. Il aurait été impossible de voir de telles coalitions si on n’avait pas eu la structure de l'OTAN et tous les échanges au sujet des standardisations et autres. Lorsqu'on regarde les pays qui ont des vues plus internationales à l'intérieur de l'OTAN, c’est les Britanniques, c'est certainement les Français, c'est certainement les Pays-Bas, les États-Unis, quelques autres pays et nous.

Le sénateur Nolin: Vous parlez à l'origine?

Col Petrolekas: Non, je parle de maintenant. Notre premier choix, c'était de dire à l'OTAN qu'on devrait agrandir ses horizons. C'est même l'OTAN qui avait mentionné, dans son plan stratégique de 2010, qu'il avait besoin d'inviter des partenaires pendant le séjour en Afghanistan et de rendre formelles les relations avec les Australiens, par exemple, non seulement du côté militaire, mais aussi du côté politique. Peut-être pas comme membre, par contre.

L'autre chose que nous avons fait remarquer au Service des affaires étrangères, c'est que la frontière de l'OTAN, ce n'est pas la côte Ouest de la France, c’est la côte Ouest de l'Amérique du Nord, donc c'était déjà dans le Pacifique. Donc, le premier choix est d’agrandir les horizons de l'OTAN et les horizons que l'OTAN même avait mentionnés plusieurs fois lors de l'établissement de la Force de réaction de l’OTAN. Dans le suivi du concept également, l’OTAN mentionne des voies de communication mondiales, pas des voies de communication autour de l'Europe.

Donc, je crois que c'est notre responsabilité de dire à l'OTAN: « C'est vous qui nous avez dit cela. Poussez nos alliés vers une vision plus globale. » Si cela ne marche pas, on a encore des ententes à l'intérieur de l'OTAN, comme les Four Eyes, Five Eyes, plus les Français.

Le sénateur Nolin: Nous suivrons tous avec beaucoup d'intérêt ce qui se passera à Chicago en mai.

Le vice-président: Effectivement. Je vais donner la parole au sénateur Robichaud, mais avant cela, j'aimerais faire un commentaire.

[Traduction]

Souvenez-vous que l’OTAN faisait face à une menace, et lorsque celle-ci a disparu en 1989 et en 1990, l’organisation s’est efforcée de déterminer la voie dans laquelle elle s’engageait. Elle ne souhaitait pas s’aventurer hors de sa zone habituelle, alors elle est allée en Yougoslavie, mais non en Afrique. C’est ce qu’elle a appris au cours de 20 dernières années. Les Nations Unies, qui ne sont pas mentionnées dans votre document, assumaient cette responsabilité. Je ne vois toujours pas l’OTAN diriger des opérations au sud du Sahara. Par conséquent, dans votre document, vous prenez peut-être une décision au sujet d’une région en entier.

Col Petrolekas: À l’heure actuelle, deux missions se déroulent au large de la Somalie. L’une est dirigée par les Nations Unies et l’autre par l’OTAN. Les drapeaux de l’OTAN flottent ailleurs.

[Français]

Le sénateur Nolin: Monsieur le président, pour compléter votre question, je vais donner une petite réponse. N'oubliez pas que l’Afrique et l’OTAN, c’est un jeu qui se joue à deux. Les Africains ne voulaient peut-être pas voir les pays de l’OTAN.

Le vice-président: Nous reparlerons de cela.

Le sénateur Robichaud: Vous avez parlé de régions de conflit comme la Syrie, l’Iran, Israël, l’Égypte et la Corée. Quel rôle accordez-vous à la diplomatie canadienne dans le cadre de toute action que nous pourrions entreprendre? Est-ce que nous avons perdu trop d’influence dans ce domaine? Sommes-nous encore un joueur influent?

M. Chapin: Le rôle de la diplomatie doit être primordial. Je suis un ancien diplomate, je comprends très bien le rôle que la diplomatie peut jouer.

[Traduction]

Ce qui m’ennuie, c’est que notre rôle diplomatique diminue depuis longtemps. La diplomatie doit être soutenue non seulement par des forces militaires, mais aussi par de l’aide au développement, un appui technique, de l’énergie, de l’imagination et un certain degré d’entrepreneuriat. Nous n’avons pas eu recours à ce genre de diplomatie depuis longtemps. Certains ministères ont déployé des efforts, parfois héroïques et parfois fructueux, dans le cadre d’engagements particuliers. Toutefois, selon moi, la diplomatie canadienne a connu un énorme recul au cours des 20 à 30 dernières années. Il est temps de revoir une fois de plus la stratégie en matière de sécurité nationale que nous avons proposée. Celle-ci décrit ce que nous nous efforçons d’accomplir ensemble et fait appel à toutes les ressources de l’État, dont l’une des principales devrait être la diplomatie.

Prenons un exemple de l’inadéquation de notre diplomatie actuelle. Je ne connais pas de menaces plus dangereuses que celle que les missiles à tête nucléaire de la Corée du Nord font peser sur le Canada. Et pourtant, nous ne faisons pas partie des six nations qui négocient avec la Corée du Nord. De nos jours, nous jouons un rôle plus important au Moyen-Orient qu’auparavant, mais le Canada n’a pas développé une stratégie à l’égard de cette région. Nous ne participons pas beaucoup aux discussions concernant l’Iran. Au cours de la dernière année, nous sommes intervenus davantage dans celles-ci mais, pendant longtemps, nous avons laissé à d’autres nations le souci de se préoccuper de l’Iran.

J’affirme que la diplomatie a un énorme rôle à jouer, mais il ne faut pas s’en remettre seulement aux diplomates. Nos meilleurs diplomates sont nos dirigeants nationaux, nos ministres qui nouent des dialogues avec les dirigeants d’autres pays afin d’essayer de résoudre certains de ces problèmes. J’appuie fermement la diplomatie, mais celle-ci doit être ciblée, dynamique et dotée de ressources.

Le vice-président: Merci beaucoup, messieurs. Il y a bien entendu d’autres questions à cerner — comme la responsabilité de protéger que nous avons soulevée et le rôle qu’elle joue dans ce processus — que votre document n’aborde pas beaucoup. Cependant, je suis impatient de lire les documents à venir et de développer la dimension stratégique de notre étude. Je vous remercie de votre contribution à cet égard.

M. Chapin: Je vous remercie de nous avoir invités.

Le vice-président: La séance est maintenant levée.

(La séance est levée.)