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Délibérations du Comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule no 4 - Témoignages du 13 février 2014


OTTAWA, le jeudi 13 février 2014

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui, à 8 h 4, pour étudier l'importance des abeilles et de leur santé dans la production de miel, d'aliment et de graines au Canada.

Le sénateur Percy Mockler (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Chers collègues, je vous souhaite la bienvenue à cette réunion du Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts. Nous remercions les témoins d'avoir accepté notre invitation. Je suis le sénateur Percy Mockler, du Nouveau-Brunswick, et je préside le comité. J'aimerais maintenant demander aux sénateurs de se présenter, en commençant par le vice-président.

Le sénateur Mercer : Bonjour, messieurs. Je suis le sénateur Terry Mercer, de la Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Ogilvie : Kelvin Ogilvie, de la Nouvelle-Écosse.

La sénatrice Merchant : Pana Merchant, de la Saskatchewan.

[Français]

Le sénateur Rivard : Bonjour, je m'appelle Michel Rivard, et je suis du Québec.

[Traduction]

La sénatrice Eaton : Nicky Eaton, de l'Ontario.

[Français]

Le sénateur Demers : Bonjour, je m'appelle Jacques Demers, du Québec.

Le sénateur Dagenais : Bonjour, Jean-Guy Dagenais, du Québec.

[Traduction]

La sénatrice Buth : JoAnne Buth, du Manitoba.

Le sénateur Oh : Victor Oh, de l'Ontario.

Le président : Je vois que deux autres sénateurs se sont joints à nous. Puis-je vous demander de vous présenter, s'il vous plaît?

[Français]

La sénatrice Tardif : Bonjour, je m'appelle Claudette Tardif, de l'Alberta.

Le sénateur Robichaud : Fernand Robichaud, Saint-Louis-de-Kent, au Nouveau-Brunswick.

[Traduction]

Le président : Le comité poursuit son étude sur l'importance des abeilles et de leur santé dans la production de miel, d'aliment et de graines au Canada.

[Français]

L'ordre de renvoi que le comité a reçu du Sénat était, plus particulièrement, que le comité serait autorisé à étudier les éléments suivants :

[Traduction]

a) l'importance des abeilles dans la pollinisation pour la production d'aliments au Canada, notamment des fruits et des légumes, des grains pour l'agriculture et du miel;

b) l'état actuel des pollinisateurs, des mégachiles et des abeilles domestiques indigènes au Canada;

c) les facteurs qui influent sur la santé des abeilles domestiques, y compris les maladies, les parasites et les pesticides, au Canada et dans le monde;

d) les stratégies que peuvent adopter les gouvernements, les producteurs et l'industrie pour assurer la santé des abeilles.

Chers collègues, nous recevons aujourd'hui quatre témoins : M. Mark Wales, membre du conseil d'administration de la Fédération canadienne de l'agriculture; M. D'Arcy Hilgartner, directeur, Producteurs de grains du Canada; M. Todd Hames, président, Canadian Canola Growers Association; et M. Curtis Rempel, vice-président de la production et de l'innovation des cultures, au Conseil canadien du canola.

Les témoins nous feront un exposé à tour de rôle. Nous allons commencer par M. Wales, suivi des MM. Hilgartner, Hames et Rempel.

Mark Wales, membre du conseil d'administration, Fédération canadienne de l'agriculture : Je tiens à remercier le comité de m'avoir invité à dire quelques mots sur cette question importante. Je siège au conseil d'administration de la Fédération canadienne de l'agriculture, et je préside également la Fédération de l'agriculture de l'Ontario. Je produis diverses cultures horticoles à Aylmer, en Ontario.

La Fédération de l'agriculture de l'Ontario est la plus grande organisation agricole bénévole du Canada. Elle représente les intérêts de plus de 37 000 entreprises familiales agricoles partout en Ontario. En tant qu'organisation dirigée par les agriculteurs, la FAO comprend les questions agricoles et défend les intérêts des agriculteurs de l'Ontario auprès des gouvernements et de la population. La FAO représente donc la voix des agriculteurs de l'Ontario, à l'appui d'un secteur agroalimentaire durable.

La FAO est fière de faire partie de la Fédération canadienne de l'agriculture, la FCA. La FCA représente des organisations agricoles générales, comme la FAO, ainsi que des organisations nationales et interprovinciales de produits, et ce, dans chacune des provinces. La FCA représente plus de 200 000 agriculteurs canadiens et leur famille.

La FCA est très heureuse d'avoir l'occasion de contribuer à votre étude sur l'importance des abeilles et de leur santé dans la production de miel, d'aliments et de graines.

Comme vous l'ont déjà dit d'autres témoins, les taux élevés de mortalité des abeilles domestiques au Québec et en Ontario continuent de préoccuper les scientifiques, les apiculteurs, les agriculteurs et les organismes de réglementation. Mais il est important de ne pas oublier que la santé des abeilles domestiques, et des pollinisateurs en général, continue de poser problème d'un bout à l'autre du pays, car une très grande partie de l'agriculture dépend des abeilles et des pollinisateurs.

Les agriculteurs canadiens partout au pays comptent sur les forces vives de la terre, des eaux et des pollinisateurs pour maintenir la santé des cultures et des pâturages. La santé des pollinisateurs est un domaine d'intérêt important pour la FCA; d'ailleurs, on nous a récemment demandé de représenter le secteur agricole au conseil consultatif du National Bee Health Diagnostic Centre, qui se rattache au Collège régional de Grande Prairie. Je représente donc la FCA au sein de ce conseil consultatif, et c'est une expérience formidable.

Le National Bee Diagnostic Centre a été mis sur pied, à l'origine, pour fournir des services de diagnostic à l'industrie de l'apiculture. L'année dernière, le centre a reçu une subvention d'établissement de centres d'accès à la technologie de la part du gouvernement du Canada, plus précisément du CRSNG. La subvention, qui représente 350 000 $ par année sur une période de cinq ans, permettra au centre d'élargir la portée de ses travaux pour y inclure la recherche appliquée, la conception de nouveaux produits d'abeille et un volet plus robuste en matière de formation et de sensibilisation pour l'industrie de l'apiculture.

Le centre est une installation ultramoderne; il s'agit du seul laboratoire au Canada qui se spécialise dans l'analyse complète des abeilles. Son travail permettra d'améliorer la productivité et l'innovation des apiculteurs grâce à une compréhension approfondie des maladies, des organismes nuisibles et des parasites qui nuisent à la santé des abeilles.

Même si la question des pesticides a dernièrement reçu beaucoup d'attention, il n'en demeure pas moins qu'une gamme complexe de facteurs influent sur la santé des abeilles, notamment la gestion des colonies, les virus, les bactéries, la mauvaise nutrition, la génétique et le varroa. Grâce aux investissements soutenus dans la recherche et les services offerts par le National Bee Diagnostic Centre, nous pourrons mieux comprendre la complexité des facteurs qui nuisent à la santé générale des ruches. Ce qui est d'autant plus important pour les agriculteurs, c'est que ce travail nous aidera à comprendre comment nos pratiques agricoles favoriseront la santé des ruches et amélioreront la pollinisation générale dans l'environnement, de sorte que nous puissions accroître la qualité et le rendement des récoltes.

Afin de souligner l'influence bénéfique que les pratiques agricoles peuvent exercer sur la santé des ruches et dans l'optique d'accroître le nombre d'insectes pollinisateurs, la FCA s'est jointe au Pollinator Partnership pour créer le prix de la conservation des pollinisateurs des agriculteurs et éleveurs canadiens. Le Pollinator Partnership est une organisation active au Canada et aux États-Unis, ayant pour mission de promouvoir la santé des pollinisateurs. C'est un des membres du Corn Dust Research Consortium, une initiative multipartite destinée à financer la recherche dans le but de réduire l'exposition des abeilles aux poussières diffuses durant les semis. La FCA et le Pollinator Partnership ont créé un prix qui reconnaît le travail d'une personne ou d'une famille parmi les agriculteurs et éleveurs canadiens, qui a grandement contribué à la protection et à la conservation des pollinisateurs sur des terrains en friche.

En 2013, le prix a été décerné à la ferme Y U Ranch des Gilvesy, en Ontario. Les propriétaires de cette ferme ont installé une haie de 2 000 pieds qui sert de source de pollinisation et d'habitat pour la nidification des abeilles. En 2012, c'est la ferme Ruzicka Sunrise, en Alberta, qui a remporté le prix. Les propriétaires avaient reconnu l'importance des brise-vent pour aider les pollinisateurs à se multiplier, menant ainsi à l'amélioration de la production de luzerne et de graines sur leurs pâturages.

Bien que ces deux lauréats soient de merveilleux exemples de conservation des pollinisateurs, nous reconnaissons que pour de nombreux agriculteurs, l'amélioration de la biodiversité sur leur ferme surviendra à petite échelle, ce qui ne diminue en rien son importance. En apportant des améliorations progressives et systématiques aux abords des fermes pour rehausser l'habitat des pollinisateurs, on peut améliorer considérablement la biodiversité, tout en maintenant et en améliorant la rentabilité de l'exploitation agricole. Les programmes d'encouragement qui aident les agriculteurs à mettre en œuvre des pratiques de gestion bénéfiques sont essentiels. Soulignons que le Comité permanent de l'environnement et du développement durable a recommandé, dans un rapport publié la semaine dernière, que le gouvernement collabore avec les intervenants pour mettre au point un programme de biens et de services écologiques fondé sur des incitatifs pour les terres agricoles et forestières appartenant à des intérêts privés. De toute évidence, la conservation des pollinisateurs et les pratiques bénéfiques devraient s'inscrire dans le mandat d'un tel programme. De plus, il est possible d'améliorer un outil comme le Plan environnemental d'exploitation agricole en offrant un encadrement sur l'habitat des pollinisateurs.

J'aimerais faire quelques observations sur la question des néonicotinoïdes. Nous sommes préoccupés par les incidents de mortalité subite d'abeilles en Ontario et au Québec à cause d'une exposition à la poussière. Toutefois, nous sommes contre l'idée d'interdire ces produits; en fait, nous appuyons sans réserve l'approche fondée sur la science de l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, l'ARLA, pour accélérer la réévaluation des ingrédients actifs appartenant à la catégorie des néonicotinoïdes. Nous accueillons d'un œil favorable les efforts déployés par l'ARLA en vue de collaborer avec l'EPA américaine et le département de la réglementation des pesticides de la Californie. Ces efforts démontrent l'efficacité de notre régime de réglementation et de l'approche systématique et concertée qui fait la réputation de l'ARLA. Nous attendons avec impatience de connaître les résultats de la première phase de la réévaluation, qui prendra fin cet été et qui débouchera sur l'évaluation de la valeur des néonicotinoïdes et le plan d'évaluation intérimaire, lequel sera rendu public aux fins de consultation en 2015.

L'ARLA, les groupes de cultivateurs et les apiculteurs ont déployé des efforts très impressionnants afin d'atténuer les risques énormes attribuables à la poussière. En témoigne la série d'activités prévues pour 2014. De nouveaux lubrifiants plus sûrs qui favorisent l'écoulement des semences et qui réduisent le taux d'émission de poussières, des pratiques de gestion bénéfiques pour un semis plus salubre et de nouveaux messages sur les étiquettes et les avertissements — voilà autant de mesures qui montrent l'importance de travailler en collaboration pour s'attaquer à ces questions difficiles.

Pour conclure, la FCA estime que le secteur agricole canadien peut produire de façon viable des aliments sains et salubres pour les Canadiens et le reste du monde. Les agriculteurs savent que la bonne intendance des terres, la conservation des ressources et une population de pollinisateurs en santé sont essentielles pour la production d'aliments et pour le maintien de nos écosystèmes. Pour y arriver, un outil important réside dans les programmes d'encouragement à frais partagés qui reposent sur les efforts des agriculteurs et de la société pour maximiser la conservation dans le secteur agricole. Nous avons également besoin d'une plate-forme solide, fondée sur la science, pour prendre les décisions appropriées, et ce sera possible grâce à l'appui continu d'organisations comme le National Bee Diagnostic Centre.

Enfin, nous devons maintenir un climat de collaboration où tous les intervenants peuvent travailler ensemble pour régler les questions liées à la santé des abeilles. Le tout doit être appuyé par un système de réglementation solide et la capacité scientifique d'un organisme de réglementation de calibre mondial comme l'ARLA.

Le président : Merci, monsieur Wales. Nous passons maintenant à M. D'Arcy Hilgartner.

D'Arcy Hilgartner, directeur, Producteurs de grains du Canada : Bonjour, monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du comité. Merci d'avoir invité l'organisme Producteurs de grains du Canada à discuter de l'importance de la santé des abeilles.

Je suis directeur de l'organisme Producteurs de grains du Canada, lequel fournit une voix nationale à plus de 50 000 producteurs actifs et prospères de céréales, d'oléagineux et de légumineuses qui font partie des 14 groupes de cultivateurs provinciaux et régionaux. Nous représentons les agriculteurs de blé, de blé dur, d'orge, de canola, d'avoine, de maïs, de soya, de pois, de fèves, de lentilles, de seigle et de triticale partout au Canada.

Mon frère et moi, en compagnie de nos familles et de nos parents, exploitons une ferme de deuxième génération de 7 500 acres, près de Camrose, en Alberta. Nous cultivons du canola, du blé, des pois, de l'orge et du lin. En tant qu'agriculteur, j'ai également une formation en sciences et j'utilise les derniers outils et pratiques agronomiques pour améliorer mon exploitation agricole.

La réussite du secteur agricole canadien repose sur des pratiques agricoles durables sur le plan de l'environnement grâce à des outils agricoles modernes. Nous comptons sur les principes scientifiques fiables qui dictent le système de réglementation sur la salubrité des aliments, pour lequel le Canada est réputé.

Les techniques agricoles durables ont permis aux agriculteurs canadiens de faire une contribution importante à l'économie canadienne. Le système canadien de l'agriculture et de l'agroalimentaire est l'un des plus grands secteurs qui contribuent à notre économie, à l'origine de 8 p. 100 du PIB canadien en 2010, ce qui est plus élevé que la part du secteur pétrole et gazier.

De notre point de vue, le problème est évident. Les agriculteurs et les récoltes ont besoin de pollinisateurs, et vice versa. Il s'agit d'une relation que les agriculteurs comprennent bien. Sur ma ferme, je travaille avec mon apiculteur local, Russell Severson. Nous avons une excellente relation. Chaque printemps, j'attends avec impatience de voir ses ruches. Russell a augmenté progressivement son exploitation au cours des 10 dernières années, et nous comptons maintenant des centaines de ruches à plusieurs endroits sur nos champs. Nous travaillons ensemble et nous communiquons de façon régulière, ce qui est le gage de succès pour toute bonne relation.

Les agriculteurs ont besoin d'abeilles en santé. C'est pour notre bien. On pourrait même dire que les agriculteurs ont tout intérêt à assurer la santé des abeilles.

Il y a plus de 500 000 ruches dans les Prairies, et chacune d'elles produit 150 livres de miel; c'est donc 75 millions de livres de miel par année. Une quantité importante de cette production de miel vient du canola; nous sommes donc heureux de voir que nos collègues du secteur du canola sont ici pour vous en parler. Selon un article paru le 15 août 2013 dans la revue Western Producer, de nouvelles études scientifiques révèlent que les abeilles pollinisatrices aident à accroître la production du canola.

Nos apiculteurs locaux nous apprennent que la santé des abeilles est une question compliquée, car de nombreux facteurs entrent en ligne de compte, notamment les maladies et la destruction attribuable aux durs hivers canadiens.

Tout comme les agriculteurs qui prennent des mesures pour protéger leurs cultures contre les insectes nuisibles, les apiculteurs doivent, eux aussi, faire face aux espèces envahissantes comme le varroa, qui se trouve maintenant tant au Canada qu'aux États-Unis. Il faut protéger les abeilles contre le varroa; réciproquement, je dois protéger mes récoltes contre les insectes envahissants qui peuvent détruire ma production et mon gagne-pain.

La menace des dommages causés par les insectes nuisibles est un risque commun qui doit être géré. Dans le cas des apiculteurs et des agriculteurs, il est possible d'atténuer ce risque grâce aux outils et aux technologies dont nous disposons et qui sont réglementés par l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada. Les néonicotinoïdes permettent d'assurer la santé de mes cultures, en les protégeant contre les maladies et les insectes; c'est comme une boisson énergisante, riche en vitamines, qui donne un coup de pouce à mes semis dès le début de leur cycle de vie et qui leur procure l'avantage dont ils ont besoin pour fournir une bonne récolte. Les agriculteurs doivent continuer d'utiliser un large éventail d'outils pour empêcher l'éclosion d'organismes nuisibles agressifs dans nos cultures. Toute restriction imposée aux traitements de semences aux néonicotinoïdes aurait pour effet d'accroître la nécessité de recourir à la pulvérisation foliaire. Nous estimons que les traitements de semences constituent une meilleure option, car la protection est placée directement là où c'est le plus nécessaire.

Les restrictions imposées aux traitements de semences nuiraient grandement à la capacité des agriculteurs canadiens de livrer concurrence à leurs homologues américains. À l'heure actuelle, le Canada est aux prises avec une crise causée par le mauvais service ferroviaire; les agriculteurs ne sont pas en mesure de vendre leurs récoltes à cause des retards dans le transport du grain. Ils auront donc du mal à trouver des liquidités nécessaires pour les semences du printemps. Cette crise se produit au moment où il existe une concurrence féroce pour trouver de nouveaux marchés et pour maintenir les marchés actuels. Les agriculteurs canadiens ne peuvent pas se permettre d'avoir un désavantage concurrentiel accru par rapport à leurs homologues américains.

Il faut effectuer plus de recherches. Les agriculteurs utilisent avec succès les néonicotinoïdes depuis le début des années 1990, et ces produits sont utilisés ailleurs du monde. Bien que des incidents aient été rapportés dans certaines régions de l'Ontario et du Québec, on a appliqué un traitement de semences à plus de 21,3 millions d'acres de canola au Canada l'année dernière et, à notre connaissance, aucun incident n'a été rapporté. À cela s'ajoutent des millions d'autres acres ensemencées de cultures, comme le soja, pour lesquelles on utilise également des traitements. Là encore, aucun incident n'a été signalé.

Les agriculteurs et les apiculteurs unissent leurs efforts. On a effectué un travail considérable ces dernières années pour élaborer des pratiques de gestion exemplaires liées à la santé des abeilles. L'organisme Producteurs de grains du Canada a collaboré avec le Conseil canadien du miel et avec des associations provinciales d'apiculteurs pour mettre en commun des renseignements et des idées. Nous avons travaillé avec CropLife et avec l'ARLA sur des pratiques de gestion exemplaires liées à la santé des abeilles, afin de réduire au maximum l'exposition aux poussières. Les agriculteurs et l'industrie unissent leurs efforts. On travaille à trouver des solutions à long terme. Les fabricants d'équipement travaillent dans le cadre de projets pilotes pour installer des déflecteurs sur des planteuses dans des zones à forte incidence. Les sociétés de semences, pour leur part, s'emploient à créer de nouveaux enrobages pour le traitement des semences; d'ailleurs, un nouvel agent d'écoulement à faible émission de poussières sera obligatoire en 2014.

Les agriculteurs, les apiculteurs et l'industrie travaillent en collaboration. À l'heure actuelle, les producteurs de grains, les représentants gouvernementaux, les apiculteurs, les marchands en semences, les fabricants de pesticides, les fabricants d'équipement et les universitaires conjuguent leurs efforts pour trouver des solutions. Il s'est passé beaucoup de choses en peu de temps dans le domaine de la recherche sur les problèmes de santé des abeilles, mais il y a encore du travail à faire.

L'organisme Producteurs de grains du Canada fait partie d'un comité directeur d'Agriculture Canada qui tente de trouver des solutions quant à la santé des abeilles. Nous préconisons une démarche concertée à l'échelle nationale grâce à la création d'un groupe de travail sur la santé des abeilles, lequel utilisera une approche globale mettant à contribution les apiculteurs, les agriculteurs, l'industrie et les universitaires. Il faut, selon nous, recourir à une approche fondée sur des données scientifiques fiables, car les agriculteurs doivent pouvoir compter sur des outils modernes pour nourrir les Canadiens et la population mondiale. Selon l'Organisation des Nations Unies, il y aura neuf milliards d'humains à nourrir en 2050. En tant qu'agriculteurs, nous améliorons constamment nos façons de faire pour augmenter la production.

En résumé, les agriculteurs ont besoin d'abeilles en santé, et les abeilles ont besoin de nos cultures. Notre organisme continuera de travailler directement avec les apiculteurs, l'industrie, les scientifiques, les représentants gouvernementaux et les autres agriculteurs. Pour ma part, je vais continuer de travailler dans un esprit de collaboration avec mon apiculteur local, M. Russell Severson.

Tous les secteurs de l'agriculture doivent voir au contrôle des insectes nuisibles, une préoccupation que nous partageons avec nos collègues apiculteurs. Tous les changements que j'aurai à apporter sur ma ferme devront cependant être viables sur le plan financier. Les membres du comité directeur d'Agriculture Canada unissent leurs efforts pour trouver des solutions, et le travail doit se poursuivre. Il faut également créer un processus officiel par lequel nous pourrons rencontrer l'ARLA afin de lui faire part de nos pratiques agricoles durables. En leur qualité d'intervenants, les agriculteurs doivent faire partie des études en cours, et nous sommes disposés à travailler avec l'ARLA et les apiculteurs pour continuer de mettre au point des améliorations. Nous aimerions, en outre, avoir accès aux données recueillies par l'ARLA afin d'en faire notre propre analyse.

Sur la route de l'élaboration de solutions, nous espérons que le gouvernement fédéral continuera de baser ses décisions sur la science et sur des principes scientifiques éprouvés. Nous pouvons être fiers du cadre réglementaire du Canada sur la salubrité des aliments, cadre qui attire le respect de la communauté internationale. L'agriculture est une activité économique fondée sur l'équilibre. Grâce à la gestion du risque et à la collaboration, nous parviendrons à trouver des solutions.

Je vous remercie de m'avoir invité à vous parler, et je me ferai une joie, le temps venu, de répondre à vos questions.

Le président : Merci beaucoup. Je prie maintenant le président de la Canadian Canola Growers Association, M. Todd Hames, de bien vouloir commencer.

Todd Hames, président, Canadian Canola Growers Association : Je vous remercie de m'avoir invité à vous offrir aujourd'hui la perspective d'un producteur sur l'importance des abeilles et de leur santé dans la production de canola. Je parlerai également de la relation mutuellement avantageuse entre le canola et les abeilles, relation qui favorise une production accrue de miel.

Je suis l'actuel président de la Canadian Canola Growers Association, qui représente 43 000 producteurs de canola. L'association est dirigée par un conseil d'administration formé d'agriculteurs des provinces allant de l'Ontario jusqu'à la Colombie-Britannique.

Ma ferme se trouve à Marwayne, dans le centre-est de l'Alberta. La province occupe une place de choix pour la production de miel. En effet, 42 p. 100 de tout le miel produit au Canada provient de l'Alberta, et nous affichons à peu près le même pourcentage en ce qui concerne le nombre de ruches. Environ 85 p. 100 du miel produit en Alberta provient de la fleur de canola.

Pour commencer, je voudrais souligner que la relation entre les abeilles et le canola est mutuellement avantageuse. Le canola est pollinisé par le vent et les abeilles, ainsi que par d'autres pollinisateurs. Pour les producteurs de canola, la pollinisation peut se traduire par un meilleur rendement. C'est pourquoi nous prenons très au sérieux la santé des pollinisateurs.

Quant à l'avantage pour les abeilles, le canola constitue une source très nutritive de nectar. Sa teneur en protéines se situe dans la fourchette souhaitable de 22 à 27 p. 100, et sa teneur en matière grasse est de 7 p. 100, ce qui convient bien aux abeilles domestiques. Je ne saurais dire comment on s'y est pris pour le savoir.

Étant donné l'ampleur de la production de canola dans l'Ouest canadien, l'abondance de fleurs de canola offre aux abeilles une aire de butinage très appropriée. La croissance du nombre de ruches au Canada l'illustre bien. Selon les estimations de Statistique Canada, ce nombre est passé de 560 000 à 670 000 au cours des 10 dernières années. Pendant la même période, la surface consacrée à la culture du canola est passée de 11 à plus de 20 millions d'acres. Dans l'Ouest canadien, où se cultive la majeure partie du canola, les populations d'abeilles ont augmenté en proportion de la surface ensemencée de canola.

J'aimerais maintenant aborder les inquiétudes exprimées au sujet du traitement des semences aux néonicotinoïdes — en particulier les poussières qui pourraient se répandre pendant les semis. Pour ma part, je n'ai pas eu ce problème au moment de semer du canola. C'est peut-être parce que la graine de canola est petite et ronde, ce qui permet une bonne adhérence au moment du traitement de semences. La période des semences et le matériel de semis utilisé entrent aussi en ligne de compte.

Pour ce qui est de la période des semences, nous plantons le canola au début du printemps, quand les abeilles ne butinent pas, de sorte que l'exposition directe est limitée. Mais surtout, on utilise un semoir pneumatique qui éjecte les graines, par la force de l'air, directement dans le sol. Les graines contenues dans un réservoir étanche et pressurisé sont transportées par un courant d'air dans des flexibles jusqu'aux ouvreurs. De là, les graines projetées tombent au sol, à une profondeur d'un demi-pouce ou de trois quarts de pouce.

J'ai apporté quelques échantillons que je vais faire circuler. Ce sac minuscule contient 15 graines. J'y reviendrai dans un instant. Cet échantillon a été traité. Puis, j'ai apporté cet autre échantillon, qui n'a pas été traité, afin que vous puissiez voir la différence. Ici, vous avez un sac distinct de graines traitées simplement, pour que vous puissiez mieux voir. Quinze graines, ce n'est pas grand-chose. Ces échantillons vous permettent de voir à quel point les graines sont minuscules. Le bleu est l'enrobage. Comme vous le voyez, il y a très peu de poussière. L'autre échantillon n'est pas traité. Vous comprendrez que le volume de traitement de semences par acre est très restreint.

La densité de semis du canola est également très faible, soit seulement cinq livres l'acre. En d'autres termes, il s'agit de 10 à 15 graines par pied carré. Cela représente donc ce petit sac contenant 15 graines, dispersées sur une surface d'un pied carré. Voilà qui vous donne une idée de la faiblesse de la densité de semis. Étant donné la toute petite taille des graines et la faible densité de semis, la pression pneumatique nécessaire pour entraîner les graines dans les flexibles vers les ouvreurs est peu puissante. Par conséquent, comme je l'ai mentionné, je ne crois pas que les semis de canola produisent une quantité quelconque de poussière ou de pollution de l'air en raison du traitement des semences. Je n'ai d'ailleurs constaté aucune dispersion de poussière pendant les semis dans ma ferme.

J'aimerais expliquer pourquoi les traitements de semences sont si importants pour les producteurs et en quoi les néonicotinoïdes représentent une solution unique pour protéger les graines de canola contre les dommages causés par les insectes. Traiter les graines aux néonicotinoïdes permet de cibler les insectes autour de la graine et élimine ou réduit la nécessité de pulvériser. Si les insecticides ne sont pas appliqués aux graines, il faut les pulvériser ou les appliquer dans le sillon. Or, ces traitements sont moins ciblés et nécessitent une plus grande quantité de produits chimiques pour traiter la même superficie.

Les agriculteurs n'aiment pas pulvériser des insecticides. La pulvérisation fait augmenter nos coûts, mais surtout, l'application foliaire, comme on la désigne, nécessite l'épandage dans l'environnement d'une quantité beaucoup plus grande d'ingrédients actifs. À titre d'exemple, la quantité d'insecticide utilisée dans un traitement de semences représente généralement moins de 10 p. 100 de celle appliquée dans le sillon et moins de 1 p. 100 de celle épandue à la volée ou par application foliaire.

Selon la culture et la présence de ravageurs, les traitements de semences peuvent réduire le nombre de pulvérisations foliaires de quatre applications. Et n'oubliez pas que les insecticides pulvérisés ne sont pas seulement toxiques pour les insectes, mais parfois aussi pour les êtres humains, si ces produits ne sont pas employés avec soin.

Les agriculteurs préfèrent donc la méthode ciblée que constituent les traitements de semences plutôt que la pulvérisation de produits foliaires qui peuvent dériver. Cette approche ciblée a contribué à l'amélioration du rendement et à la réduction de l'emploi d'insecticides ou d'ingrédients actifs.

Il y va également de l'intérêt du producteur de canola de protéger les insectes bénéfiques comme les araignées et les coccinelles. Quand il décide de pulvériser un produit antiparasitaire, l'agriculteur fait un choix économique, c'est-à-dire qu'il détermine le seuil à partir duquel la perte de rendement sera plus grande que le coût de la pulvérisation. Le producteur n'a aucun intérêt financier à prendre une telle mesure quand ce n'est pas nécessaire. De plus, comme je l'ai dit, nous n'aimons pas pulvériser des insecticides et nous évitons de le faire dans la mesure du possible.

Quand un agriculteur décide que la pulvérisation est de rigueur, il prend des mesures pour protéger les pollinisateurs contre une forte exposition. Parmi les bonnes pratiques d'application de ces produits — et, comme l'a rappelé D'Arcy, la communication avec les voisins en fait partie —, il faut surveiller l'intensité et la direction du vent, suivre attentivement le mode d'emploi, dont les consignes de nettoyage et d'élimination, et éviter de pulvériser de tels produits près des cours d'eau.

Je ne saurais trop insister cependant sur l'importance des relations entre les propriétaires fonciers, comme moi, et ceux qui entourent l'exploitation agricole, que ce soient des apiculteurs ou d'autres agriculteurs. Aucun agriculteur ne veut détruire le moyen de subsistance d'un apiculteur ou d'un autre agriculteur. Par conséquent, pour protéger les pollinisateurs, il est essentiel de connaître les gens des environs et l'emplacement des ruches. Ainsi, les agriculteurs pourront prévenir les apiculteurs et leur permettre de déplacer leurs ruches par précaution.

En ce qui concerne les stratégies pour préserver la santé des abeilles, un programme ayant pour but de signaler aux agriculteurs la présence de ruches dans le secteur favoriserait la sensibilisation et la communication et permettrait aux agriculteurs et aux apiculteurs de prendre des précautions. S'il était adopté au Canada, un programme comme DriftWatch, aux États-Unis, qui utilise les coordonnées de GPS pour situer les ruches, pourrait aider à faire connaître leur présence.

Enfin, je tiens à souligner que le système actuel de réglementation fondé sur la science assure une bonne évaluation des risques tout en encourageant de nouveaux investissements dans les innovations agricoles qui m'aident à prospérer comme agriculteur et à optimiser le rendement de mon exploitation. C'est pour cette raison que les producteurs de canola appuient sans réserve notre approche réglementaire fondée sur la science.

Les produits de protection des cultures sont importants pour les cultivateurs. Mais les insecticides sont également essentiels pour les apiculteurs qui luttent contre des infestations de varroa — un ravageur répandu qui affaiblit les abeilles domestiques et écourte leur vie. Un cadre réglementaire prévisible qui repose sur des fondements scientifiques et qui encourage le développement de nouveaux produits novateurs est indispensable à tous les producteurs — de cultures comme de miel —, et nous devons continuer de l'appuyer fermement.

Je dois vous dire en terminant que l'industrie du canola prend très au sérieux son devoir d'utiliser de manière responsable et sécuritaire les produits de protection des cultures, et que nous souhaitons voir les ruches continuer de se multiplier grâce à la relation mutuellement avantageuse qui unit les producteurs de canola et les apiculteurs au Canada.

Merci.

Le président : Merci.

Monsieur Rempel, nous vous écoutons.

Curtis Rempel, vice-président, Production et innovation, Conseil canadien du canola : Mesdames et messieurs les sénateurs, bonjour. C'est un plaisir d'être ici pour vous communiquer le point de vue de l'industrie du canola sur l'importance des abeilles et de leur santé. Le canola et les abeilles font très bon ménage. Je vais donc vous parler un peu plus longuement de l'importance que revêtent les abeilles pour la pollinisation et des stratégies que le gouvernement, les producteurs et l'industrie peuvent adopter pour la santé des abeilles.

J'aimerais d'abord vous expliquer ce qu'est le Conseil canadien du canola et retracer brièvement l'historique de l'industrie du canola au Canada. Le Conseil canadien du canola est un organisme qui englobe tous les maillons dans la chaîne de valeur. À ce titre, il représente l'ensemble du secteur canadien du canola : 43 000 producteurs, sélectionneurs de semences, broyeurs qui transforment le canola en huile et en tourteau, et exportateurs qui vendent le canola sous forme de graines, lesquelles sont ensuite traitées dans le pays importateur. Le Conseil canadien du canola est l'instrument par lequel les intervenants se réunissent en vue d'établir des objectifs et de mettre en œuvre des plans pour l'ensemble du secteur.

Le canola offre plus de revenus aux agriculteurs canadiens que tout autre produit agricole. L'industrie du canola injecte chaque année 19,3 milliards de dollars dans l'économie canadienne et emploie 249 000 personnes. La production de canola a doublé au cours des 10 dernières années. Cette année, les agriculteurs canadiens en ont produit le nombre record de 18 millions de tonnes. Cette expansion est à l'origine d'investissements importants dans les collectivités rurales, mais aussi d'une augmentation du nombre d'abeilles dans l'environnement. La production durable est l'un des grands objectifs de notre industrie. Cela signifie que le canola doit demeurer rentable pour les producteurs, que la production doit offrir une meilleure résistance aux agressions environnementales comme celles causées par les insectes et les ravageurs, et que la culture doit se faire dans le respect de l'environnement aquatique, terrestre et atmosphérique — ce qui comprend, bien entendu, les insectes bénéfiques comme les abeilles et les autres pollinisateurs.

Permettez-moi de vous expliquer comment le canola et les abeilles sont mutuellement bénéfiques. Tout d'abord, une augmentation de la culture du canola s'accompagne d'une augmentation du nombre d'abeilles. En effet, le canola est bon pour les abeilles, et les abeilles sont bonnes pour le canola. Avec 20 millions d'acres cultivées, le canola occupe presque le quart des terres agricoles de l'Ouest canadien. Selon Statistique Canada, le nombre de colonies d'abeilles domestiques a atteint un niveau record en 2012. Plus de 70 p 100 de ces colonies sont dans l'ouest du pays, là où la production de canola a augmenté de façon exponentielle.

Les ruches de cette région du pays restent en très bonne santé, un phénomène attribuable au lien très étroit qui existe entre ces deux industries. Une écrasante majorité d'apiculteurs disent n'avoir aucune inquiétude concernant les pratiques utilisées pour la production du canola, et les producteurs de canola, comme nous l'avons entendu, savent qu'ils ont tout intérêt à préserver cette relation mutuellement bénéfique. Rien n'indique que la semence de graines de canola imprégnées d'insecticide met les pollinisateurs en danger. Les produits avec lesquels les semences de canola sont traitées restent sur les graines et ne s'envolent pas sous forme de poussière. Des études effectuées sur le terrain montrent que le traitement des semences ne cause aucun empoisonnement chronique ou aigu à pleine échelle.

Pourquoi le canola est-il bon pour les abeilles? Le canola fournit de la nourriture et du nectar en grande quantité pour produire le type de miel dont les consommateurs raffolent. Par exemple, le pollen de canola, comme on l'a déjà dit, offre un profil nutritionnel idéal pour les abeilles. Il contient tous les acides aminés dont les abeilles ont besoin, et elles peuvent emmagasiner toute cette énergie en butinant un plant. Le canola fournit un nectar abondant. Environ 80 p. 100 du miel produit au Canada est issu du canola. Le nectar est une source d'énergie de choix qui permet aux abeilles de butiner activement et de sustenter les ruches et les colonies. La fleur jaune du canola est très attirante pour les abeilles. Avec sa floraison abondante et prolongée, le canola est une bonne source de nourriture pour les abeilles. La fleur même de la plante est d'une taille et d'une forme idéales pour les abeilles qui s'y nourrissent. Les pétales constituent une piste d'atterrissage des plus pratiques, et les réservoirs de nectar sont de la bonne longueur pour leur rostre, ou trompe, ce qui leur facilite la tâche. La relation claire entre le canola, le nombre d'abeilles et la quantité de miel indique sans équivoque qu'une culture saine de canola est importante pour les agriculteurs et les abeilles.

On applique des traitements insecticides aux semences de canola pour empêcher des ravageurs comme la puce terrestre et le ver gris de les attaquer. Ce traitement de protection des semences s'est traduit par une augmentation moyenne de 24 p. 100 du nombre de plants et un rendement accru moyen de 16 p. 100. Le traitement des semences fait partie d'une bonne stratégie de lutte antiparasitaire intégrée, car il permet de réduire considérablement le recours aux insecticides foliaires, qui ont un plus grand impact sur la santé des pollinisateurs. Un nombre accru de plants et de fleurs sur chaque plant signifie de meilleures récoltes pour l'exploitant et plus de nourriture pour les abeilles.

Pourquoi les abeilles sont-elles une bonne chose pour la culture du canola? Nous savons que la pollinisation par les abeilles est essentielle à la production de semences hybrides au Canada. Les producteurs de canola ont besoin d'environ 80 000 colonies d'abeilles domestiques et de mégachiles chaque année pour la production en Alberta. Nous savons également que la pollinisation par les abeilles peut stimuler le rendement, ce qui entraîne une maturation plus uniforme de la culture. Même si les variétés de canola cultivées actuellement sont en grande partie autogames, elles tirent quand même avantage de la pollinisation par les insectes. Des recherches démontrent que la pollinisation par les abeilles peut avoir un effet positif sur le rendement et la qualité des récoltes de canola, notamment parce que les abeilles transportent le pollen plus efficacement.

Quelles sont les meilleures stratégies en vue de faire la promotion de la santé des abeilles et des pollinisateurs? Comme je l'ai mentionné dans mes commentaires, la santé des abeilles et le canola sont étroitement liés. J'aimerais me concentrer sur deux aspects en particulier : l'utilisation responsable de la technologie et un engagement à l'égard de la coopération fondée sur les données probantes entre les intervenants.

L'industrie du canola fait la promotion de la santé des pollinisateurs par l'entremise de l'utilisation responsable d'insecticides et de pesticides. L'équipe du Canola Council est composée de neuf agronomes professionnels qui collaborent avec des agriculteurs, des agronomes industriels et des représentants des gouvernements provinciaux en vue de diffuser des pratiques intégrées en matière de gestion des parasites. Ainsi, les cultures de canola sont seulement traitées lorsque c'est nécessaire, et l'épandage se fait de la manière la moins nuisible pour les abeilles et les autres insectes non ciblés ou utiles. Pour ce faire, il faut diffuser les pratiques exemplaires en ce qui concerne l'épandage de pesticides et expliquer davantage aux gens quand une telle utilisation est vraiment nécessaire.

La santé des pollinisateurs est une question complexe qui touche divers intervenants. Toutes les parties concernées doivent collaborer en vue d'arriver à des améliorations fondées sur des données scientifiques. Cela nécessite la participation des apiculteurs, des producteurs de miel, des fabricants de technologie, des agriculteurs, des organisations de la chaîne de valeur et des gouvernements.

Le Canola Council collabore activement avec tous ces intervenants par l'entremise du groupe de travail du Conseil canadien du miel et de CropLife en vue de discuter de la question. Les discussions sont saines et ont permis d'accroître la compréhension et de cerner des domaines d'intérêt. Nous serons également un membre actif du groupe de travail sur la santé des abeilles qui sera coprésidé par Agriculture Canada.

Voici un exemple de collaboration. Nous cherchons à étendre le programme DriftWatch. En partenariat avec le Conseil canadien du miel, nous examinons comment plus de provinces peuvent participer à ce programme. Pour l'instant, ce programme est en vigueur dans 10 États et s'étendra cette année à la Saskatchewan dans le cadre d'un projet pilote. Il serait efficace pour empêcher les pesticides d'atteindre les abeilles.

En conclusion, je vous remercie de nous avoir donné l'occasion de vous parler de la relation gagnante entre les abeilles et le canola. Les abeilles jouent un rôle important dans notre industrie, et le canola est important pour les abeilles. Je vous félicite d'examiner cette question importante et de tenir compte du point de vue de l'industrie du canola sur les stratégies appropriées en vue de faire la promotion de la santé des pollinisateurs.

Merci. Je serai ravi de répondre à vos questions.

Le sénateur Mercer : Merci, messieurs, de votre présence et de vos exposés très instructifs. Nous en apprenons chaque jour de plus en plus au sujet des abeilles et du canola dans le cadre de notre étude.

Des gens de la Saskatchewan nous ont parlé du programme DriftWatch. Pourquoi son utilisation n'est-elle pas plus répandue dans l'Ouest canadien? Cela semble logique. Nous avons parlé de la Saskatchewan, mais le programme n'est pas en place au Manitoba, en Alberta et en Colombie-Britannique. Pourquoi?

M. Rempel : Je crois que c'est logique de penser que nous le ferons. Nous voulons d'abord examiner l'aspect logistique du programme, parce que beaucoup de partenaires doivent se parler. Nous nous pencherons sur cet aspect durant un an pour analyser le fonctionnement du programme en vue de trouver des moyens de l'améliorer et de le simplifier.

Par contre, nous continuerons d'appliquer cette année les principes du programme DriftWatch dans les provinces des Prairies. Nous le ferons de manière officielle en Saskatchewan, et nous continuerons de faire la promotion des principes du programme DriftWatch, y compris le positionnement des ruches et l'épandage de pesticides lorsque les pollinisateurs ne sont pas actifs. Tous ces principes sont encore utilisés dans les méthodes de production du canola au Canada.

Le sénateur Mercer : À l'instar de M. Hilgartner, des agriculteurs sont venus nous raconter qu'ils entretenaient d'excellentes relations avec les apiculteurs. Est-ce une pratique répandue pour les producteurs de canola, ou les agriculteurs dans l'ensemble, de prévenir les apiculteurs locaux de l'épandage de pesticides et pour ces derniers d'informer les agriculteurs de la présence de ruches dans les environs? Les colonies ne se trouvent peut-être pas dans vos champs; elles sont peut-être dans les champs voisins. Est-ce une pratique répandue? Le cas échéant, le faudrait-il?

M. Hilgartner : Je peux vous parler de ma propre expérience. Comme je l'ai déjà dit, nous avons une bonne relation, et nous voulons garder ouverts les canaux de communication; c'est dans notre intérêt mutuel. Comme Curtis et Todd l'ont mentionné, la présence de ruches m'enchante, parce que cela augmente le rendement du canola, et l'apiculteur a besoin de pollen. Nous nous entraidons.

Comme Todd l'a dit, nous avons toujours recours aux insecticides ou à tout autre moyen de contrôle des parasites en vue d'accroître nos profits. Nous ne le faisons donc pas sans raison. Lorsque c'est nécessaire d'épandre des pesticides, nous regardons où se trouvent les ruches et nous prévenons l'apiculteur si cela risque d'être un problème, en particulier dans le cas d'un insecticide. C'est ainsi que nous procédons.

J'aime garder ouverts les canaux de communication. Ses ruches sont entourées de champs; il n'est donc pas nécessairement touché par ce que le voisin fait; c'est davantage ce que je fais qui peut être un problème. Par conséquent, je sens que c'est important de l'en informer.

M. Hames : Selon mes discussions avec certains agriculteurs, la pratique répandue est d'informer l'apiculteur deux ou trois jours avant l'épandage et de discuter du produit qui sera utilisé. C'est principalement dans le cas d'insecticides.

Souvent, l'insecticide n'inquiète pas l'apiculteur. Il dira peut-être que le produit est sans danger ou demandera quand l'épandage aura lieu. Tous ces facteurs entrent en ligne de compte. L'important est d'être proactifs et de se parler : « Dans deux jours, je vais épandre des insecticides, et je vais faire telle chose à telle heure. Est-ce un problème? » Le cas échéant, les ruches sont déplacées; autrement, on peut contourner le problème en le faisant plus tard dans la journée.

On attend notamment après 19 heures, mais déjà après 16 heures, on constate une réduction marquée du nombre d'abeilles actives. On peut atténuer grandement les effets en communicant tout simplement à l'avance avec l'apiculteur, au lieu de se moquer des ruches qui se trouvent dans les champs.

Le programme DriftWatch sert à les repérer plus facilement et à trouver les apiculteurs. Dans les provinces des Prairies, je dois dire que les propriétaires de ruches sont souvent mieux connus, parce qu'il s'agit de vos voisins, étant donné que la province n'est pas aussi densément peuplée que l'Ontario ou le Québec. Les champs sont plus grands, et nous avons de grandes régions avec une faible population. Au Sud de l'Ontario, vous avez peut-être un grand nombre d'apiculteurs différents. Au Nord de l'Alberta et à Grande Prairie, vous pouvez très facilement dire à qui appartiennent les ruches.

La sénatrice Buth : Merci beaucoup de votre présence ce matin.

Monsieur Wales, vous avez fait un commentaire sur un comité interparlementaire. Je ne suis pas certaine du comité dont il était question, et j'aimerais le savoir.

M. Wales : Je serai probablement incapable de vous le dire. Je vais fouiller dans mes notes.

La sénatrice Buth : Il s'agissait du comité de l'environnement. Du côté fédéral?

M. Wales : Donnez-moi une minute pour trouver la réponse.

La sénatrice Buth : Vous avez une minute.

Le président : M. Rempel voulait répondre à la question précédente.

M. Rempel : J'aimerais répondre à la question au sujet du programme DriftWatch et des communications entre les apiculteurs et les producteurs de canola, notamment en ce qui concerne la gestion des ruches et la durée de pulvérisation. Le programme DriftWatch vise non seulement à encourager les liens qu'entretiennent les producteurs de miel et les producteurs de canola locaux, mais aussi à codifier l'emplacement des ruches à l'aide du GPS et d'autres outils. L'information sera offerte aux producteurs, aux applicateurs, et cetera.

Toutefois, comme les sites sont plus facilement repérables à l'aide des coordonnées GPS, les producteurs s'inquiètent des risques de vandalisme; c'est pourquoi nous procédons actuellement à des essais. Nous voulions être sûrs que tout se passe bien, sans toutefois communiquer plus de renseignements qu'il n'en faut.

La codification des lieux se veut plutôt une mesure de sécurité pour éviter la mauvaise communication.

La sénatrice Buth : Monsieur Rempel, à titre de précision, vous avez parlé de vandalisme sur les ruches?

M. Rempel : C'est ce qu'on nous a dit; je ne sais pas s'il s'agit d'un mythe ou d'un réel problème. Certains candidats apiculteurs ont fait valoir que si l'emplacement des ruches était connu de tous, des gens pourraient s'y rendre pour voler le miel, l'équipement, et cetera. C'est comme dans tous les domaines : dès qu'une valeur économique est en jeu, il y a possibilité de vol. Nous tenons à éviter les incidents.

La sénatrice Buth : Je me demande si MM. Rempel ou Hames peuvent nous en dire davantage au sujet des différences entre le traitement de semences et le traitement foliaire, et des conséquences de l'utilisation de la pulvérisation foliaire, à défaut d'accès au traitement de semences.

M. Hames : Je peux répondre en premier et laisser Curtis vous parler des éléments techniques.

Le traitement de semences assure une protection contre les dommages causés par l'altise. Cet insecte peut protéger la plante au début de sa croissance, dès qu'elle sort du sol. Le traitement protège la plante pendant un certain temps de sorte que l'insecte meurt lorsqu'il la mange. C'est un traitement très ciblé, qui ne nuit aucunement à l'environnement. Comme je l'ai dit tout à l'heure, il s'agit d'une approche ciblée. On parle d'une très faible quantité d'ingrédients actifs. Le traitement foliaire, quant à lui, nécessite une pulvérisation générale, habituellement d'un insecticide, qui tue au contact. Tout meurt sur son passage, sans aucune distinction : abeilles, coccinelles et de nombreux autres insectes qui favorisent la production des cultures.

De plus, contrairement à l'application foliaire, le traitement de semences représente 1 p. 100 d'ingrédients actifs par acre. À mon avis, c'est déjà un réel avantage.

Curtis peut vous parler des éléments techniques.

M. Rempel : Pour ajouter aux propos de Todd sur l'évolution des produits de protection des cultures et de la lutte antiparasitaire, il n'y a aucun pesticide ou composé antiparasitaire parfait. Or, les produits ont évolué et ils sont beaucoup plus efficaces qu'il y a, disons, 20 ans.

Le traitement de semences permet une application très ciblée, par opposition à l'application foliaire, qui peut se propager dans les sites non ciblés.

De plus, comme l'a dit Todd, nous avons grandement diminué la quantité de pesticides appliqués sur une parcelle de terrain ou une unité de production de cultures grâce à l'utilisation du traitement de semences, qui permet d'adopter une approche ciblée.

Aussi, ces traitements sont beaucoup moins toxiques que les pesticides pour les abeilles et les autres insectes bénéfiques.

Nous pouvons donc mieux contrôler l'altise, cet organisme nuisible et pernicieux qui n'épargne aucune acre des prairies de l'Ouest canadien. Toutes les surfaces de production de canola sont touchées. Avant le traitement de semences, nous devions faire trois ou quatre applications foliaires pour contrôler les populations. Sans un contrôle efficace de l'altise, le rendement des cultures aurait été beaucoup moins élevé dans l'Ouest canadien, et les agriculteurs auraient été aux prises avec un fardeau financier beaucoup plus lourd.

La technologie nous a permis de réaliser des progrès, et elle sera encore plus évoluée dans 10 ans, à mesure que nous mettrons en marché de nouveaux composés, que nous adopterons de nouvelles mesures de lutte antiparasitaire intégrée et que nous connaîtrons mieux la biologie des abeilles. Certains programmes de recherche nous permettent notamment de mieux comprendre l'activité des abeilles. Dans l'ensemble, notre approche sera plus solide et plus proactive.

La sénatrice Buth : Monsieur Wales, avez-vous trouvé le commentaire que vous cherchiez? Pouvez-vous préciser?

M. Wales : Oui. C'était le Comité permanent de l'environnement et du développement durable. On présentait les résultats d'une étude sur la conservation des habitats au Canada. Comme je l'ai mentionné, on avait recommandé au gouvernement de collaborer avec les intervenants à l'établissement de programmes nationaux de biens et services écologiques fondés sur les incitatifs.

On compte de nombreux exemples de ces types de programmes dans l'ensemble du Canada. J'ai parlé de M. Gilvesy, qui a gagné le prix de la conservation des pollinisateurs des agriculteurs et ranchers canadiens. Il est l'un des principaux promoteurs du programme ALUS, qui utilise le modèle d'occupation ciblée des sols. D'autres programmes ont été offerts par le passé. L'important est d'encourager les gens à créer de nouveaux habitats pour les pollinisateurs.

La sénatrice Buth : On entend parler des divers groupes qui étudient cette question : un groupe en Ontario, le groupe du Canada, ainsi que l'ARLA qui procède à une réévaluation. Que pensez-vous du nombre de groupes qui travaillent à ce dossier et de la façon dont le tout est coordonné?

M. Rempel : Je crois comprendre qu'il y a trois groupes distincts : d'abord, les organismes de réglementation et les scientifiques des universités et du gouvernement; ensuite, les producteurs de miel et de cultures, et leurs relations réciproques; enfin, les autres membres de la chaîne de valeur, notamment certaines associations industrielles comme CropLife. Il y a donc trois cohortes.

Comme vous l'avez dit, les Canadiens participent à plusieurs initiatives, au pays et à l'étranger, qui portent sur la santé des pollinisateurs.

À mon avis, ces initiatives sont bien coordonnées. Nous communiquons très bien les renseignements et nous avons adopté une approche relativement bien coordonnée à cet égard. Nous étudions les pratiques exemplaires en matière de gestion et d'intendance, et cetera.

Pourrions-nous faire mieux? Probablement, du moins en ce qui a trait à la coordination et à la collaboration, ce qui comprend une intervention rapide afin d'éviter le chevauchement et de diffuser l'information en temps utile au lieu de la garder pour nous.

La sénatrice Tardif : C'est intéressant de rencontrer tous ces agriculteurs albertains ce matin. C'est formidable.

J'aimerais revenir à M. Wales. Vous avez parlé du National Bee Diagnostic Centre, établi au sein du Collège régional de Grande Prairie. C'est bien cela?

M. Wales : Le centre en soi se trouve dans la station de recherche de Beaverlodge, à environ 40 milles de Grande Prairie. Il bénéficie du plein appui du personnel du collège.

La sénatrice Tardif : Quand a-t-il été établi, et comment est-il financé?

M. Wales : Le comité consultatif technique a tenu sa première réunion il y a deux semaines, à Edmonton, mais le groupe s'était rencontré pour la première fois en septembre. La station est dotée d'une installation de bioconfinement de niveau 2, construite il y a environ un an et demi.

J'essaie de me rappeler... Le CRSNG a financé le centre en grande partie, mais les fonds proviennent aussi d'autres organismes. Je ne m'en souviens plus, mais je peux obtenir l'information et vous la transmettre.

Il s'agit du laboratoire d'essai national pour un large éventail de questions relatives à la santé des abeilles. On y réalise plus de neuf tests de diagnostic. Les liens entre le Collège régional de Grande Prairie et le centre sont importants, étant donné le nombre de cours offerts par le collège sur la santé des abeilles. C'est un bon groupe.

À l'heure actuelle, les apiculteurs de l'Ontario, du Québec, du Manitoba, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta y envoient leurs abeilles. Les apiculteurs de l'Ontario représentent en fait le plus important client de l'installation.

La sénatrice Tardif : En cas de problème relatif à la santé des abeilles, on enverrait des échantillons au laboratoire à des fins d'analyse?

M. Wales : Oui. Si vos abeilles mouraient, vous pourriez les envoyer au laboratoire à des fins d'analyse; si elles n'étaient pas en santé, vous les enverriez par la poste, ce qui est étrange. Lors de notre première réunion, les scientifiques nous ont dit que les abeilles arrivaient vivantes au bureau de poste. On les appelle à deux heures du matin pour qu'ils viennent chercher les abeilles. Ils doivent donc se lever en plein milieu de la nuit pour y aller.

La sénatrice Tardif : C'est un drôle d'appel à recevoir.

À propos de la santé des abeilles, je crois que vous avez parlé de programmes incitatifs à l'intention des agriculteurs. Qu'en pensez-vous? Certains ont fait valoir que pour accroître la biodiversité, il fallait motiver les agriculteurs. Pourriez-vous nous faire part de vos commentaires à ce sujet? Combien d'agriculteurs emploient des pratiques qui favorisent la biodiversité?

M. Wales : Depuis toujours, la réussite de ces programmes est plutôt aléatoire. Dans les années 1980, le Programme national de conservation des sols encourageait les gens à réserver certaines terres de moindre qualité pour y établir une couverture végétale permanente ou y planter des arbres. On a ensuite offert un programme de suivi, le Programme d'établissement d'une couverture végétale permanente, qui était issu d'un des programmes de gestion des terres. Par ailleurs, le programme ALUS, jusqu'ici financé par des fonds privés, était offert — si je ne me trompe pas — à l'Île-du- Prince-Édouard, au Manitoba et en Ontario. Divers groupes privés ont accordé des fonds.

La plupart des programmes visent à donner aux agriculteurs un certain montant par acre de terre pour créer un habitat quelconque : des arbres, une couverture végétale, des fleurs sauvages, et tout le reste. On peut les faire pousser sur des clôtures ou dans les zones peu productives des champs. Le principe consiste à réserver cette terre et à offrir une compensation aux agriculteurs pour ce faire, puisqu'ils subissent des pertes économiques en n'exploitant pas la terre. Nous reconnaissons tous que certaines parties des champs ont une pente trop abrupte, des problèmes de drainage ou autres, mais on peut en faire des habitats permanents.

Malheureusement, les efforts ne sont pas suffisants ni coordonnés, et mon organisation fait pression depuis longtemps à cet égard. D'autres pays ont déjà pris de telles mesures. Ces programmes sont offerts depuis longtemps en Europe, surtout au Royaume-Uni, pour encourager les agriculteurs à utiliser une partie de leurs terres à cette fin.

Le sénateur Robichaud : Monsieur Wales, vous avez terminé votre exposé en disant que vous aimeriez qu'on établisse des programmes à frais partagés pour l'amélioration de l'habitat des pollinisateurs. Quelles sont vos attentes à cet égard et qui devrait s'en charger?

M. Wales : Je crois que les programmes financés par les contribuables constituent la meilleure façon d'aider les agriculteurs à réserver des terres. Cette pratique entraîne parfois des coûts. Il faudra peut-être faire un ensemencement particulier. Les semences des prairies à grandes graminées indigènes ou des fleurs sauvages, par exemple, sont coûteuses. L'agriculteur contribue au processus puisqu'il accepte une diminution de sa production. Pour planter des arbres, il faut également les acheter. Il faudra peut-être aussi préparer la terre. La société et le propriétaire des terres doivent assumer une partie des frais.

M. Hilgartner : En ce qui a trait à la biodiversité et aux types de culture, je peux seulement vous parler de ma situation. Le canola est de loin la plante la plus cultivée dans l'Ouest canadien, surtout pour des raisons économiques. Je cultive surtout les pois et les légumineuses. Mon apiculteur local aime ces plantes; elles donnent un goût différent à son miel, et cetera.

Pour ce qui est de l'emplacement des ruches, étant donné la superficie de nos terres et de nos champs, nous nous servons des nombreuses zones inutilisées. Les apiculteurs doivent non seulement trouver un endroit, mais aussi pouvoir y accéder régulièrement, par la route. Il s'agit souvent de zones à l'abri du vent. Ainsi, les abeilles sont loin de la route, ce qui protège les ruches contre le vandalisme dont parlait Curtis tout à l'heure, contre le vent et contre les éléments. De plus, elles sont protégées des équipements qui pourraient leur faire obstacle. Voilà ce que nous faisons pour la biodiversité, entre autres. L'apiculteur déplace constamment ses ruches aux alentours des divers champs.

La sénatrice Tardif : Est-ce qu'un financement est offert à cette fin? Y a-t-il des mesures qui incitent les agriculteurs à utiliser leurs terres à d'autres fins?

M. Wales : Le programme ALUS est actuellement offert en Ontario. Environ 200 agriculteurs en tirent profit. Il est entièrement financé par le secteur privé.

La sénatrice Tardif : Aucun programme gouvernemental n'est offert à l'heure actuelle?

M. Wales : Je ne crois pas. Plus maintenant. Le programme ALUS du Manitoba, offert pendant un certain temps, a pris fin il y a quelques années. Je ne sais pas s'il est toujours offert à l'Île-du-Prince-Édouard, mais j'en doute. Comme je l'ai dit, les programmes étaient surtout offerts à la fin des années 1980 et au tout début des années 1990.

L'Ontario a établi un système de conseils d'intendance dans chaque comté, par l'entremise du ministère des Ressources naturelles. Je suis le président sortant du conseil du comté d'Elgin. Nous gérons plusieurs réserves fauniques pour le ministère. Le collège de police de la ville d'Aylmer est établi sur un site de 300 acres. Nous y plantons des prairies à grandes graminées indigènes. Les oies de la ville d'Oakville y séjournent tous les étés. C'est une histoire en soi : la ville nous donne 5 $ l'oie et nous envoie de 2 000 à 3 000 oies chaque été; nous les hébergeons pendant un mois, lorsqu'elles ne peuvent pas voler. Cette entente est profitable pour tous.

Nous pratiquons l'agriculture commerciale sur le site. Nous avons replanté les prairies à grandes graminées indigènes, qui contiennent des graminées et des fleurs sauvages. Nous avions créé des pâturages pour les oies, mais ils servent également aux pollinisateurs. Le conseil utilise les fonds générés par la location de la propriété pour réaliser des projets d'habitat avec les propriétaires fonciers privés du comté. Nous avons encouragé la plantation de prairies à grandes graminées dans la collectivité, alors qu'il n'y en avait plus depuis 200 ans.

La sénatrice Merchant : Parlez-vous de programmes fédéraux? Voulez-vous des programmes fédéraux ou provinciaux? De quel gouvernement relèveront-ils? Que souhaitez-vous obtenir?

M. Wales : Bien sûr, la responsabilité des programmes agricoles est partagée entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux. Traditionnellement, ces programmes étaient d'initiative provinciale, quoique le Programme national de conservation des sols était financé par le gouvernement fédéral. Par contre, je ne me souviens pas s'il bénéficiait aussi d'un financement provincial. Il a été offert pendant deux ans, puis le Programme d'établissement d'une couverture végétale permanente a pris le relais. Je crois que ce programme était, lui aussi, financé par le gouvernement fédéral et peut-être par les provinces.

Idéalement, cette responsabilité devrait être partagée.

La sénatrice Eaton : C'est fascinant.

Dans votre exposé, monsieur Wales, vous avez parlé du taux de mortalité des abeilles et peut-être des pesticides néonicotinoïdes au Québec et en Ontario. Dans l'Ouest, vous semblez avoir du canola et des abeilles, étant donné que le canola est semé plus tôt et que les abeilles ne le butinent pas. Mais on ne peut pas dire la même chose du maïs et du soja, n'est-ce pas? Est-ce ce qui explique la différence entre le taux de mortalité observé au Québec et en Ontario et celui observé dans l'Ouest?

M. Wales : C'est très possible. Le maïs et le soja sont les principales cultures en Ontario, et dans une moindre mesure au Québec, quoique le maïs soit aussi cultivé au Manitoba, en Alberta et en Saskatchewan. Nous avons constaté que les semences de canola passaient d'un endroit à l'autre. Les semences de maïs sont beaucoup plus grosses. Je m'efforçais de calculer mentalement le peuplement de maïs par pied carré, et il s'élevait à une semence et demie par pied carré. La taille de cette semence est beaucoup plus grande.

La sénatrice Eaton : Cela correspond à la taille d'un grain de maïs, n'est-ce pas?

M. Wales : Oui. On en sème 30 000 par acre, donc environ une semence et demie par acre. C'est un énorme volume de semences. Les trois quarts des cultures de maïs sont semés à l'aide de semoirs pneumatiques, qui requièrent l'utilisation de lubrifiants et qui produisent beaucoup de poussière en raison de la façon dont ils fonctionnent. Environ un quart des cultures de maïs sont encore semées au moyen de semoirs monograine à doigts, qui ne produisent pas beaucoup de poussière, mais qui utilisent un lubrifiant.

La sénatrice Eaton : Le semoir monograine à doigts pénètre directement dans le sol?

M. Wales : C'est une pièce d'équipement qui n'utilise pas d'air pour semer les semences et les espacer parfaitement. C'est la pièce d'équipement qui espace simplement les semences. Voilà la différence entre les deux types de semoirs. Lorsqu'on a recours à l'air, on doit forcément en expulser une partie.

La sénatrice Eaton : À Terre-Neuve, nous avons remarqué qu'ils utilisaient une machine pour semer le maïs, mais, parce que le sol est encore couvert de neige au moment des semis, ils étendent une pellicule de plastique qui se décompose au cours de l'été. Est-ce que des méthodes comme celle-là ont été envisagées ou essayées au Québec ou en Ontario? Elles pourraient peut-être empêcher la poussière de voler, ou ne pourraient-elles pas le faire?

M. Wales : Les agriculteurs qui cultivent du maïs sucré destiné à la consommation humaine en Ontario, au Québec et dans de nombreux autres endroits utilisent habituellement du paillis plastique transparent. J'ai aperçu du paillis plastique lors de mon séjour à Terre-Neuve. Ce n'est qu'un des outils auxquels nous, les producteurs de légumes, avons recours régulièrement. Je pensais que ces agriculteurs cultivaient du maïs sucré, mais ils m'ont indiqué que ce n'était pas le cas, que le maïs était destiné à alimenter les vaches laitières. J'ai songé que c'était une façon extrêmement coûteuse de faire pousser du maïs. Cela ajoute probablement des centaines de dollars à leurs coûts de production par acre.

La sénatrice Eaton : Je pense qu'ils n'envisagent pas les choses de cette façon, étant donné qu'ils vivent sur une île et qu'ils doivent transporter les aliments. Ils ont d'autres coûts à assumer. Ils ne sont pas dans la même position que vous.

M. Wales : Oui, l'approvisionnement en aliments pour animaux est très problématique à Terre-Neuve. Certes, pour récolter du maïs sucré hâtivement on pourrait avoir recours à cette méthode, et cela pourrait éliminer les problèmes de poussière, mais cela rendrait probablement non rentable la culture du maïs en Ontario. Ensuite, nous aurions un véritable problème d'élimination. Nous cultivons un peu plus de deux millions d'acres de maïs en Ontario. Si nous étendons du paillis de plastique sur une superficie de deux millions d'acres, nous serons aux prises avec un énorme problème de recyclage.

La sénatrice Eaton : Le paillis se désintègre dans le sol et le nourrit.

M. Wales : J'utilise le paillis plastique depuis longtemps. Ils disent qu'il est biodégradable, mais ce n'est pas tout à fait le cas. Il y a quelques problèmes à régler.

La sénatrice Eaton : C'est la situation du maïs. Qu'en est-il du soja, qui constitue une culture importante en Ontario? La semence est-elle différente? Est-elle semée d'une manière différente de celle du maïs?

M. Wales : Les semences de soja sont habituellement semées à l'aide d'un semoir à grains. Par conséquent, l'air n'est pas utilisé. L'emploi d'un semoir pneumatique pour semer le soja serait très inusité. La semence est ronde et ne nécessite pas de lubrifiant. Par conséquent, il n'y a pas de problèmes de poussière. La semence de soja est traitée pour les mêmes raisons qu'on traite la semence de maïs.

La sénatrice Eaton : Donc, la semence ressemble davantage à celle du canola?

M. Wales : Elle est seulement de taille beaucoup plus grande.

La sénatrice Eaton : Est-elle semée aussi tôt ou plus tard que celle du canola?

M. Wales : Les dates de semis en Ontario varient probablement du 1er mai au début du mois de juin. J'ignore quand on sème le canola.

M. Rempel : Les périodes de semis sont semblables.

La sénatrice Eaton : Le centre national de diagnostic pour l'abeille étudie-t-il diverses cultures et la façon dont elles pourraient être semées différemment?

M. Wales : Le centre même est aménagé principalement pour mener des essais. Si quelque chose advenait à vos abeilles ou aux miennes, nous les enverrions là-bas, et le personnel du centre diagnostiquerait la cause de leur mort ou de leur maladie. Le centre collabore avec le collège en vue d'analyser d'autres problèmes, mais il n'est pas ouvert depuis assez longtemps pour vraiment faire autre chose que des essais en premier lieu. Il doit d'abord se tenir debout. Ensuite, il commencera à envisager de formuler d'autres recommandations.

Le comité consultatif technique est un groupe d'experts industriels. Par conséquent, il est composé de représentants du Conseil canadien du miel, de grands et petits producteurs, du collège, des commissariats aux abeilles de l'Alberta et de la Colombie-Britannique et de l'Université de Guelph. En premier lieu, il faut gérer l'installation et, en second lieu, on pourra commencer à étudier d'autres problèmes.

La sénatrice Eaton : Cette question m'intéresse, et je ne cesse de revenir sur elle parce que, comme vous l'avez tous signalé, les différentes cultures sont semées différemment, pendant différentes saisons, en plus d'avoir différentes exigences. Comme tenu de ce qui se passe au Québec et en Ontario, pensez-vous que, dans les mois et les années à venir, vous étudierez le maïs et le soya? Vous l'avez déjà fait en quelque sorte pour le canola. Pensez-vous que vous examinerez les différentes façons dont le maïs et le soja pourraient être semés ou les exigences qu'ils pourraient avoir — la présence de plus de haies, une meilleure intercommunication? Ces exigences doivent varier d'une culture à l'autre. Les cultures ne peuvent pas être toutes à la même enseigne.

M. Rempel : Je pense que cela entre déjà en jeu. Nous savons qu'en raison de la taille de la semence de canola et du caractère cireux de son enrobage, il n'est pas nécessaire d'utiliser des lubrifiants. Le traitement adhère à la semence. En ce qui concerne la semence de maïs, elle exige l'utilisation d'un lubrifiant et d'un semoir d'un autre genre, en raison du caractère différent de son enrobage. Nous devons coordonner nos efforts et modifier les types de lubrifiants employés afin qu'ils soient moins poussiéreux. De plus, les semoirs pneumatiques doivent se décharger quelque part. Le fabricant du matériel envisage de construire des déflecteurs ou des trappes pour capturer la poussière évacuée.

La sénatrice Eaton : C'est ce que je tente de dire.

M. Rempel : Tout le monde reconnaît qu'il existe des solutions assez simples que nous pouvons employer.

La sénatrice Eaton : Pour différentes cultures.

M. Rempel : Pour différentes cultures, oui. Il n'y aura pas de solution universelle parce que certaines cultures n'ont pas ce problème ou ne nécessitent pas l'utilisation de ce genre de semoirs. Par conséquent, il serait insensé de forcer un producteur de canola à adopter cette solution particulière comme pratique exemplaire en matière de gestion.

La sénatrice Eaton : Je suis d'accord. Contrairement au Québec et à l'Ontario, vous n'avez pas eu ce genre d'occurrences.

M. Rempel : Il faut trouver des solutions particulières pour les types de semences et les types de semoirs utilisés en Ontario.

La sénatrice Eaton : Merci. Vous avez très bien résumé ce que je tentais de dire.

La sénatrice Merchant : Je vais continuer à poser des questions du même ordre à M. Hilgartner. Vous avez dit que vous semiez également des pois et des légumineuses. Traitez-vous les semences de la même façon? Parce que les semences de pois sont également plus grosses, n'est-ce pas?

M. Hilgartner : Elles le sont. Nous traitons aussi nos semences de pois.

La sénatrice Merchant : S'agit-il du même genre de traitement que vous utilisez pour vos semences de canola?

M. Hilgartner : Non. Nous utilisons différents produits pour traiter nos semences de pois. Elles sont rondes, et elles ressemblent davantage aux graines de soja. Par conséquent, elles circulent aisément. Personne ne tient à conserver un excédent de semences traitées. Dans ma ferme, je stocke les semences à l'état naturel, et je les traite à mesure qu'elles sont requises. Dans mon exploitation agricole, les choses sont organisées de manière à ce que je puisse traiter mes semences seulement au besoin. Ainsi, elles ne traînent pas dans cet état quelque part pendant une longue période de temps. Je pense que cela aide probablement à limiter la production éventuelle de poussière, car il s'agit d'un liquide qui adhère à la semence. Ensuite, les semences sont chargées dans mon camion, dans le compartiment pressurisé de mon semoir qui, comme M. Hames l'a expliqué, est différent de celui d'un semoir pneumatique. La poussière ne vole pas dans l'environnement. L'air est soufflé dans le sol, dans le sillon qui est refermé immédiatement après. Je pense que cela m'aide à gérer les cultures plus importantes que je sème de cette façon.

La sénatrice Merchant : Vous dites qu'il s'agit d'un différent genre de traitement. Appartient-il toutefois à la même catégorie?

M. Hilgartner : Oui.

La sénatrice Merchant : Contient-il des néonicotinoïdes?

M. Hilgartner : Divers produits existent, dont certains contiennent aussi des néonicotinoïdes. Oui, il y en a afin de lutter contre le ver fil-de-fer et le ver gris qui s'attaquent au blé, aux pois et à d'autres cultures de ce genre.

La sénatrice Merchant : À titre d'information, j'ai remarqué que, dans nos notes, il était indiqué que le taux de mortalité des abeilles oscillait entre 21 et 35 p. 100 après 2001, mais qu'en 2012 il s'élevait à 15 p. 100. Cela pourrait être les derniers chiffres dont ils disposent, étant donné que nous sommes seulement en 2014. Je me demande si vous avez une idée de la raison pour laquelle le taux est ainsi. De plus, depuis combien de temps suivons-nous la mortalité des abeilles?

M. Rempel : En ce moment, je me repose un peu sur ma mémoire; je dirais que l'approche plus élaborée adoptée pour enquêter sur la mortalité des abeilles remonte à au moins 10 années. Je ne peux pas parler de l'Est du Canada avec beaucoup d'assurance, mais dans l'Ouest canadien, la mortalité des abeilles varie en fonction de la durée de l'hiver et du nombre de jours au cours desquels des températures extrêmes ont été enregistrées. C'est la rigueur de l'hiver qui influe sur la survie de la colonie d'abeilles au printemps.

Bien que l'hiver n'ait pas été tellement rigoureux l'année dernière, la température s'est réchauffée un peu pour se refroidir ensuite pendant six semaines supplémentaires. Ce sont ces six dernières semaines qui ont porté un coup fatal à de nombreuses abeilles, parce que les colonies ont manqué de nourriture pendant cette période et que certaines abeilles avaient déjà commencé à butiner. Ce sont les températures les plus extrêmes qui ont tendance à nuire aux colonies.

Les apiculteurs deviennent plus ingénieux puisqu'ils enveloppent leurs ruches. Certains d'entre eux déménagent également leurs ruches dans la vallée de l'Okanagan, par exemple. Cette stratégie pose ses propres défis, mais elle leur permet de se protéger contre ce qui pourrait advenir pendant les conditions hivernales. Certains de ces facteurs fluctuent davantage en fonction de la température.

Comment un apiculteur atténue-t-il ces risques? Une façon de le faire consiste à s'assurer que les ruches sont en excellente santé, que leurs alvéoles contiennent suffisamment d'éléments nutritifs tirés du pollen, du nectar, et cetera, à l'approche de l'hiver. Nous, les producteurs de canola, pouvons faire en sorte que les ruches et les apiculteurs passent un bon hiver. Il suffit de mieux comprendre ces éléments.

M. Hames : Curtis a parlé un peu de ce que j'allais souligner. Il est bien connu que leur plus grand défi est l'acarien varroa ou la maladie. Le taux de mortalité des abeilles pendant l'hiver et les facteurs qui peuvent le faire fluctuer sont grandement liés à l'état de santé des abeilles à l'approche de l'hiver. Plus elles sont en santé au moment de l'entreposage hivernal, plus elles sont susceptibles de survivre aux dures conditions atmosphériques. Si, au moment de l'entreposage hivernal, elles ne sont pas en santé, peut-être en raison d'une légère maladie, et que l'hiver est plus rigoureux que d'habitude, la probabilité qu'il y ait moins d'abeilles survivantes augmente. Si elles commencent l'hiver en santé, elles survivront aux changements de températures. Voilà pourquoi le taux de mortalité des abeilles fluctue autant et voilà pourquoi il est plus difficile de déterminer exactement la raison pour laquelle l'année actuelle diffère grandement d'une autre année.

Les apiculteurs sont très touchés lorsque l'hiver arrive tôt et qu'ils n'ont pas eu le temps d'engraisser les abeilles avant l'entreposage d'hiver. Il s'agit là d'un facteur déterminant pour les producteurs de miel locaux. L'un d'eux nous a dit qu'un hiver précoce était probablement le facteur qui contribuait le plus aux décès des abeilles de son exploitation agricole. Lorsqu'il est en mesure de les aider à retrouver la forme, il est très heureux.

La sénatrice Eaton : Ne peuvent-ils pas alimenter les abeilles? Je sais que cette question semble ridicule, mais, si les apiculteurs ont l'impression que l'hiver dure plus longtemps que d'habitude, ne sont-ils pas en mesure de les nourrir d'une manière ou d'une autre?

M. Hames : Je crois comprendre qu'en fait, ils les nourrissent avant l'hiver. Les abeilles entrent en quelque sorte dans un état d'hibernation, et elles doivent avoir accès à cette source de nourriture. Elles se nourrissent essentiellement de nectar pendant toute l'année, et nous leur enlevons leur source hivernale de nourriture pour produire du miel. Cette source alimentaire doit donc être remplacée par quelque chose d'autre. Par conséquent, juste avant l'hiver, les apiculteurs donnent essentiellement du sucre aux abeilles afin de les engraisser et de s'assurer qu'elles entreposent dans leur ruche la nourriture dont elles ont besoin pour survivre à l'hiver. Si j'ai bien compris, c'est ce qui se produit. Pendant tout l'été, nous leur volons leurs réserves alimentaires, puis, juste avant l'hiver, nous devons les remplacer en leur donnant la nourriture qui leur permettra de passer l'hiver. Je ne sais pas si les apiculteurs peuvent les réapprovisionner lorsque l'hiver est long.

M. Rempel : Les apiculteurs s'y connaissent mieux que moi dans ce domaine, mais je crois comprendre qu'au printemps, les abeilles sont tellement programmées pour commencer à voler et à butiner que, même si vous complétez leur alimentation en leur fournissant, entre autres, des galettes nutritives à proximité de leur ruche, elles ne les utiliseront pas nécessairement. Il faudrait peut-être que nous déposions les galettes sur des fleurs de canola artificielles placées juste à l'extérieur de leur ruche au début du printemps. Ainsi, les abeilles pourraient reconnaître quelque chose qu'elles ont l'habitude de repérer et de ramener dans la ruche.

Le président : Les Canadiens sont impatients d'écouter et de regarder ce qui se passe pendant les Jeux olympiques. C'est le sénateur Demers qui posera la prochaine question, et bon nombre de Canadiens lui posent des questions à propos de ce qui se produira au cours des Jeux.

Aujourd'hui, sénateur Demers, vous n'êtes autorisé qu'à poser des questions à propos des abeilles.

Le sénateur Demers : Je remplace un sénateur qui siège au comité. Ce travail est donc nouveau pour moi. Au cours des derniers jours, je me suis familiarisé avec votre industrie, et je trouve le sujet fascinant. Pour être honnête, je n'avais aucune idée de sa nature. Je salue vos efforts. Ils représentent un grand défi. Hier soir, j'ai trouvé que les témoignages m'avaient apporté une excellente expérience d'apprentissage.

Monsieur le président, je vous remercie de m'avoir accueilli au sein du comité au cours des deux derniers jours. J'espère que ma question n'a pas déjà été posée.

Le Conseil canadien du Canola, qui a été mentionné à plusieurs reprises ce matin, préconise aussi des méthodes de lutte biologique. Pourriez-vous dire au comité comment l'efficacité de telles méthodes se compare à celle des méthodes conventionnelles? Les agriculteurs ont-ils recours aux méthodes de lutte biologique? Je sais que j'ai répété le mot « méthode » à de nombreuses reprises, mais, si quelqu'un pouvait répondre à mes questions, je lui en serais reconnaissant.

M. Rempel : Dans le cadre des recherches en cours, l'ensemble de l'industrie envisage toutes sortes d'approches biologiques, que ce soit pour épandre de l'engrais plus efficacement ou protéger les récoltes à l'aide de produits phytosanitaires perçus comme étant plus naturels. Le défi, c'est l'efficacité. Il faut déterminer à quel point cela fonctionne bien pour lutter contre les parasites et s'il y a des effets non ciblés. Nous ne savons pas nécessairement si certains de ces produits ont des répercussions sur d'autres espèces d'insectes, ce qui se passe lorsque les conditions environnementales sont différentes, et s'ils se répandent rapidement.

Dans certains cas, on se fie à la nature — les conditions météorologiques, la quantité de pluie, le taux d'humidité et ainsi de suite — pour permettre aux produits de faire effet. Les conditions environnementales sont parfois excellentes pour les parasites, qui se propagent donc rapidement, et pas tout à fait idéales pour les produits biologiques, qui n'arriveront pas du tout à prendre le dessus. Dans ces cas-là, on pourrait conclure dans le cadre d'une bonne approche antiparasitaire intégrée que les produits ne fonctionnent pas et qu'il faut recourir à des méthodes plus traditionnelles pour s'assurer de protéger la récolte et la nourriture des abeilles. Nous sommes en train de déterminer quel genre de synergies privilégier ainsi que le rôle que ces produits peuvent jouer, car ils sont très prometteurs pour l'avenir.

Le sénateur Robichaud : Il y a toujours beaucoup de questions à poser, et nous avons presque toujours obtenu une bonne réponse.

Certains d'entre vous en ont profité pour dire un bon mot au sujet de l'ARLA. J'ai reçu une lettre concernant les néonicotinoïdes. Je vais en lire un passage : « Je vous prie de faire tout votre possible pour décréter un moratoire sur l'utilisation des néonicotinoïdes. Pour ce faire, il faudra sûrement influencer l'ARLA pour qu'elle change sa position actuelle qui consiste à retarder toute décision relative à ces pesticides meurtriers. »

Je vous en fais part pour rétablir les faits ou pour que vous nous disiez ce que vous en pensez.

M. Wales : Peu importe le type de culture et l'endroit où elle se trouve, c'est l'ARLA qui détermine les produits que nous utilisons, qu'il s'agisse de pesticides, d'insecticides, d'herbicides, de fongicides et ainsi de suite.

Je crois que nous sommes tous très favorables à une approche scientifique pour nous assurer que tout est fait comme il se doit. Il me semble bien avoir entendu tout le monde exprimer son soutien à l'ARLA, qui est l'organisme responsable de s'assurer que les produits que nous utilisons sont dûment enregistrés. Si des changements s'avèrent nécessaires en cours de route, cette décision lui revient. En tant qu'agriculteurs, nous acceptons cela et nous poursuivons nos activités.

M. Rempel : Je pense que, d'un point de vue rationnel, nous avons cerné certains des problèmes, et il y a des solutions possibles. Nous devrions attendre de voir ce que donneront certaines d'entre elles.

Dans une certaine mesure, les néonicotinoïdes font partie d'une nouvelle génération de produits. Je pense qu'ils sont très avantageux pour les producteurs, et je sais qu'ils sont moins nocifs que certaines des solutions de rechange qui les auraient précédés.

Personne ne prétend qu'il n'y a pas de problème, mais plutôt que de dire, « très bien, contentons-nous d'interdire les néonicotinoïdes », je crois que nous devrions examiner d'autres possibilités. Nous pouvons envisager une nouvelle technologie d'étiquetage, ou changer les méthodes liées à la poussière ou les lubrifiants utilisés dans les planteuses. Nous pouvons envisager de recueillir la poussière à même les planteuses. Ce sont des solutions plutôt simples et rentables. Elles n'auraient aucune conséquence sur la production d'un cultivateur ni sur les coûts qui y sont associés. Elles peuvent s'avérer très efficaces pour aider les abeilles.

Je pense que certaines des solutions qui s'offrent à nous peuvent être très positives. L'ARMA est bien placée parce qu'elle le sait bien. Elle sait comment les évaluer en recourant à divers intervenants spécialisés. Elle ne se fie pas seulement à son propre jugement, mais également à celui d'autres experts.

Je pense qu'on peut en parler pour faire avancer les choses. Ce serait évidemment un processus répétitif qui consisterait à en apprendre encore plus et à restructurer une autre fois notre approche pour l'améliorer davantage.

Le sénateur Robichaud : Je suis entièrement d'accord avec vous, mais les mots qu'ils ont employés sont « pour qu'elle change sa position actuelle qui consiste à retarder toute décision relative à ces pesticides meurtriers. » Vous savez donc que l'ARLA ne travaille pas aussi rapidement qu'elle le devrait et qu'elle utilise une sorte de tactique dilatoire. C'est ce qui est dit ici.

M. Rempel : Je répète qu'il faut du temps pour recueillir de bonnes preuves — vous en conviendrez — et pour laisser le processus scientifique suivre son cours. Le contrôle des pesticides fait l'objet d'une approche ciblée. Est-ce que cela fonctionne? Tenons-nous compte de tous les paramètres environnementaux que nous devons surveiller? Oui, il semble que nous n'en oublions aucun, et, maintenant, est-ce que cela va fonctionner?

L'ARLA a une approche très systématique, et je ne suis pas certain que l'on puisse parler de retard. Il s'agit plutôt de ce que fait une bonne société pour prendre des décisions bien éclairées relativement à des enjeux importants pour de nombreux citoyens.

Le sénateur Robichaud : Êtes-vous d'accord?

M. Hilgartner : Je suis d'accord. Nous comptons sur l'ARMA pour prendre de bonnes décisions scientifiques.

Je suppose que nous sommes comme tout le monde : quand on veut qu'une certaine décision soit prise — peu importe de quel groupe il s'agit — et qu'on sent que le temps presse, on dit qu'elle est reportée.

L'ARMA est chargée de la tâche importante qui consiste à déterminer les avantages que ce produit présente pour nous et pour l'environnement, et elle doit examiner l'approche ciblée. L'agence répond-elle aux besoins pour lesquels elle a initialement été mise sur pied? Je pense qu'elle doit prendre le temps de bien faire son travail et de trouver la bonne réponse.

M. Hames : À mon avis, celui qui a écrit la lettre veut que l'on réagisse impulsivement en disant que c'est un produit chimique meurtrier qui doit être interdit. Soyons réalistes : tous les pesticides et les herbicides sont conçus pour tuer quelque chose, que ce soit un parasite ou une maladie. C'est à cela qu'ils servent. Ce sont tous des meurtriers. Devrions- nous tous les interdire? Non.

Nous devons définir ce qu'ils entendent par « meurtrier », car simplement éliminer les produits meurtriers reviendrait à réagir impulsivement. Je peux d'ailleurs nommer un certain nombre de produits meurtriers, comme les armes à feu et la cigarette.

Le président : Je vous prie de vous en tenir à l'ordre de référence.

Le sénateur Robichaud : Dans la première partie de sa lettre, il faisait allusion à un moratoire, car certains pays européens en ont décrété un. C'est là qu'il voulait en venir. Si je me fie à vos commentaires, vous ne souscrivez pas à l'idée d'un moratoire sur les néonicotinoïdes.

M. Hames : Nous ne souscrivons pas à la solution impulsive qui consisterait à décréter un moratoire avant que des études scientifiques aient permis de déterminer où est le problème. Est-ce la cause?

La déclaration immédiate d'un moratoire avant d'avoir déterminé si les néonicotinoïdes sont responsables du déclin des abeilles ou un des plusieurs facteurs qui...

[Français]

Le sénateur Rivard : Dernièrement, nous avons reçu à ce comité la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec. Ses représentants nous indiquaient qu'au Québec, les pertes de colonies d'abeilles attribuables aux néonicotinoïdes se sont produites surtout en Montérégie et en Estrie. Au cas où vous ne savez pas où c'est, ça se trouve dans la région de Montréal et plus à l'est, alors que dans d'autres régions plus au nord-est, comme la région Chaudière-Appalaches et la région Saguenay-Lac-Saint-Jean, où l'on retrouve une forte densité domestique et où là aussi les cultivateurs utilisent des semences de maïs et de soja traitées aux néonicotinoïdes, aucune mortalité n'a été signalée. De même, les problèmes qui sont dus à cela ne se retrouvent seulement qu'en Ontario et au Québec.

Pourquoi y a-t-il un écart entre les mortalités d'abeilles au Québec et ailleurs au Canada? Pourquoi y a-t-il une si grande différence?

Aussi, les provinces autres que l'Ontario et le Québec ont-elles pris des mesures différentes pour éviter les répercussions des néonicotinoïdes en ce qui touche la santé des abeilles?

[Traduction]

M. Rempel : Comme nous l'avons dit, le taux de mortalité des abeilles, les abeilles domestiquées ou les pollinisateurs naturels, associé aux néonicotinoïdes est peu élevé dans l'Ouest canadien. Le taux d'exposition aiguë ou chronique à ces produits y est très faible.

Je répète que c'est attribuable, d'une part, à la technologie d'ensemencement et, d'autre part, à la nature des téguments et à la façon que cela nous permet de traiter les semences efficacement et convenablement. Nous sommes donc avantagés par le type de semences et d'équipement que nous utilisons, car ils réduisent le risque pour les abeilles.

Cela ne veut pas dire que nous restons les bras croisés ou que nous essayons de ne rien faire. Je pense que les producteurs de canola, les agriculteurs de l'Ouest canadien et les apiculteurs cherchent de meilleures façons de collaborer pour s'assurer que le taux de mortalité déjà faible demeure ainsi et continue de baisser.

[français]

Le sénateur Dagenais : Ma première question s'adresse à M. Hames. Vous avez mentionné que vous connaissiez vos apiculteurs et même que vous les avisiez lorsque vous faisiez des épandages. Vous avez également mentionné que vous aviez même utilisé des GPS pour repérer les ruches. Est-ce que je me trompe si je dis que les apiculteurs n'ont peut-être pas grand-chose à dire lorsque vous décidez de faire un épandage; vous faites simplement votre épandage. Les consultez-vous ou vous ne les avisez pas du tout?

[Traduction]

M. Hames : C'est ici que la communication entre en jeu. Nous voulons certainement mener des consultations, et c'est ce que nous faisons auprès de nos voisins pour discuter des produits que nous utilisons et du moment où ils seront épandus. Ces échanges peuvent ensuite porter sur la possibilité que ces produits nuisent aux abeilles. S'ils sont nocifs, mais nécessaires pour la culture, l'apiculteur peut déplacer les ruches le temps de l'épandage, ou le producteur peut prévoir une zone tampon. Il peut y avoir une période de négociations, et je peux ensuite laisser une certaine zone tampon entre les ruches en ajustant un pulvérisateur.

De nombreux scénarios sont possibles, mais tout dépend de la communication ou de la négociation d'une entente ou d'une solution avec son voisin, ce qui peut varier selon les agriculteurs concernés.

Comme l'a dit D'Arcy, tout dépend de l'endroit où se trouvent les ruches. Elles sont peut-être mieux protégées lorsqu'elles se trouvent sur un vieux terrain. Si le vent souffle dans la bonne direction, je vais en profiter pour épandre le produit.

Est-ce que cela vous aide?

[Français]

Le sénateur Dagenais : Oui.

Maintenant, ma question s'adresse à vous quatre : depuis que je siège au Comité de l'agriculture, nous étudions le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles; à quoi attribuez-vous ce phénomène? Est-ce attribuable plutôt à l'utilisation du varroa ou du néonicotinoïde? Est-ce attribuable, sinon, aux carences alimentaires chez les abeilles?

Mon collègue, le sénateur Rivard, me dit qu'au Lac-Saint-Jean les néonicotinoïdes n'ont aucune influence sur la vie des abeilles.

Je sais que vos décisions se prennent selon les données de l'ARLA, mais le varroa n'a-t-il pas contribué à ce phénomène un moment donné?

[Traduction]

M. Hames : Je ne suis certainement pas un scientifique spécialisé dans le domaine. Partout dans le monde, beaucoup de chercheurs ont travaillé très fort pour comprendre l'histoire du déclin des abeilles, et je pense que cela les laisse encore un peu perplexes. Je ne peux donc pas répondre à la question.

Je pense qu'un certain nombre de facteurs entrent en ligne de compte, et, à mon avis, c'est sans aucun doute la raison pour laquelle on n'a toujours pas compris la situation. Il n'y a pas nécessairement qu'un seul coupable. Nous ne pouvons pas mettre le doigt dessus et dire : « C'est cela; il s'agit de s'en occuper et les abeilles seront dorénavant en santé. » De toute évidence, la situation est plus compliquée.

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'y a pas qu'une seule solution au problème. De nombreux facteurs influent sur le taux de mortalité des abeilles.

M. Rempel : Lorsqu'on lit la documentation et les ouvrages scientifiques publiés jusqu'à maintenant et qu'on rencontre ensuite la communauté des apiculteurs, on conclut que ce semble être un problème multifactoriel. Il y a le varroa, la nosémose — une maladie virale —, et le contrôle s'avère difficile. Il y a les conditions hivernales dont j'ai parlé, et ce qui contribue à maintenir les abeilles en santé pendant les longs hivers du Canada.

L'autre problème est la source de nourriture. Je ne veux pas m'en prendre à divers types de cultures ou quoi que ce soit dans le genre, mais il faut reconnaître que l'accès à des sources variées de pollen comporte divers avantages pour les abeilles. Dans certains cas, pour qu'une abeille ait un repas bien équilibré, elle devra parcourir un certain nombre de cultures et butiner différents types de plantes. Par exemple, le canola constitue une source nutritive très complète, et les abeilles n'ont pas besoin de consacrer beaucoup de temps et d'énergie à parcourir de longues distances pour trouver différents types de plantes, ce qui peut également avoir une incidence sur la santé d'une ruche. Un certain nombre de facteurs entrent en ligne de compte : les espèces végétales accessibles, les conditions environnementales et, ensuite, surtout les parasites.

Je ne m'y connais pas beaucoup, mais l'autre aspect est la santé des reines et la base génétique de celles auxquelles les apiculteurs ont accès. Beaucoup de recherches sont menées sur le séquençage du génome des abeilles pour déterminer sa diversité et quels gènes peuvent être nécessaires dans différentes régions ou écozones des Prairies. Une reine donnée ne convient pas à toutes les régions du Canada, car nos écozones diffèrent grandement. Un certain nombre de facteurs entrent en ligne de compte, et il est difficile d'en désigner un et de dire : « Si nous réglons ce problème, toutes les abeilles seront tirées d'affaire. »

Les preuves scientifiques vont dans ce sens-là.

M. Hilgartner : Encore une fois, j'aimerais mentionner que je suis agriculteur, pas spécialiste de l'apiculture. Mes commentaires s'appuient donc principalement sur ce que j'ai observé. Comme l'ont dit les intervenants qui m'ont précédé, le problème semble très complexe et repose sur de nombreux facteurs, qu'il s'agisse du taux de mortalité excessif pendant l'hiver, de la santé des ruches et ainsi de suite.

Je ne pense pas nécessairement que ce soit une solution de simplement retirer du marché les néonicotinoïdes en espérant que la santé des abeilles s'améliore considérablement d'un bout à l'autre du Canada. On ne réglera pas le problème ainsi.

M. Wales : C'est également ce que je pense. Je répète que je suis agriculteur, pas apiculteur ni scientifique, mais depuis environ un an, j'ai eu l'occasion d'en apprendre bien plus sur les abeilles que je ne l'aurais jamais cru, et après 38 ans, je me rends compte que j'aurais dû leur accorder plus d'attention pendant tout ce temps-là.

La question n'est pas simple. Les abeilles avaient déjà des problèmes de santé avant que nous utilisions des néonicotinoïdes. Nous finirons un jour par employer d'autres produits, et la situation ne changera probablement pas.

La difficulté réside dans la variabilité des taux de mortalité. Même en Ontario, j'ai parlé à des apiculteurs qui m'ont dit qu'ils ont eu un taux de mortalité de 80 p. 100 au moment des semences, tandis que d'autres ont affirmé n'avoir jamais connu de meilleure année, et ils ont tous des champs de maïs et de soya situés à proximité. Ce n'est tout simplement pas cohérent.

Pendant le peu de temps où j'ai siégé au comité technique en Alberta, j'ai constaté qu'il y a manifestement un large éventail de problèmes. Dans certains pays européens où un moratoire a été décrété, on observe encore un taux de mortalité de 25 à 30 p. 100. Il n'y a donc aucune cohérence.

Il est important d'encourager la diversité des habitats. Les abeilles butinent pendant de courtes périodes dans un grand nombre de nos cultures. Il faut maintenant s'intéresser aux endroits où elles s'affairent le reste de l'année.

Les conditions climatiques extrêmes sont beaucoup plus communes qu'avant. Prenons par exemple le printemps 2012. Le mercure a grimpé à 26 degrés Celsius en Ontario au milieu du mois de mars, et tous nos arbres fruitiers ont décidé de fleurir. Quatre semaines plus tard, il a gelé, et nous avons perdu la récolte de pommes. Nous avons ensuite eu la pire sécheresse que j'ai connue depuis que je suis devenu agriculteur, et nous avons dû faire venir du foin de l'Ouest ontarien pour nourrir le bétail.

Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, et ils sont complexes. Nous devons trouver une solution. Le taux de mortalité des abeilles pose manifestement problème, et il est probablement plus élevé que jamais en Ontario. C'est pourquoi nous devons aller au fond des choses.

Le sénateur Ogilvie : Dans votre dernière série de réponses, vous avez abordé un point soulevé jusqu'à maintenant par un certain nombre de témoins, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un problème complexe dans son ensemble.

Une des choses dont on parle régulièrement est la santé des abeilles pendant l'automne, l'hiver et ainsi de suite.

Les abeilles produisent du nectar pour des raisons qui leur sont propres. Elles n'ont pas commencé à en produire afin que l'homme puisse faire du miel. Le nectar qu'elles produisent leur sert de source nutritive durant l'hiver. Une très grande quantité de cette source est prélevée, ce qui fragilise leur capacité de subsistance.

Est-ce que des producteurs de canola fournissent des colonies d'abeilles uniquement à des fins de pollinisation de leurs plantes sans avoir à s'occuper en plus des ruches? Si tel est le cas, quel était le cycle vital de ces ruches?

M. Rempel : Vous pourriez vous reporter à une expérience importante, que nous commençons à maîtriser et qui porte sur toutes les abeilles utilisées pour la production de semences hybrides principalement dans le Sud de l'Alberta où les terres sont irriguées, car l'environnement est très sec et aride. Si je comprends bien, les abeilles sont laissées dans ces zones uniquement pour polliniser les plantes.

Les mégachiles qui, de toute façon, ne produisent pas beaucoup de miel doivent utiliser leurs propres ressources pour continuer à polliniser les plantes.

Je ne peux pas vous donner de bonne réponse pour le moment. Je viens juste de me rendre compte que je peux utiliser ma colonie d'abeilles pour faire une expérience. Il serait intéressant de voir l'enseignement que nous pourrions tirer de cette colonie. Des scientifiques d'Agriculture Canada et de diverses universités s'intéressent aussi à cette population qu'ils peuvent étudier et voir quel enseignement ils en tireront, quel effet les différents facteurs peuvent avoir sur la mortalité, la façon dont ils interagissent et à quel moment.

Le sénateur Ogilvie : Ça me paraît être la référence de contrôle idéale.

M. Rempel : Oui, je suis de votre avis.

Le sénateur Oh : Votre secteur est tellement important, tout aussi important que les trois grands fabricants de l'industrie automobile. Votre contribution à l'économie canadienne est de 19,3 milliards de dollars et vous employez 249 000 personnes. Vous représentez 8 p. 100 du PIB du Canada, ce qui est énorme et ces 10 dernières années votre croissance a doublé. Quelles sont vos prévisions pour les 10 prochaines années?

Voici une autre question : Quels pays nous livrent concurrence dans l'industrie du canola et ont-ils, tout comme nous, le problème de pollinisation par les abeilles?

M. Rempel : Je pense que l'industrie du canola continuera de croître. Le Conseil canadien du canola a un nouveau plan stratégique approuvé par les producteurs et l'industrie et qui vise à augmenter le rendement. La superficie en acres a été augmentée à ce que nous considérons au Canada être la limite naturelle. Nous prévoyons une augmentation du rendement et de la rentabilité pour toute la chaîne de valeur et en même temps un renforcement de l'économie canadienne.

Curieusement, il faut davantage de fleurs pour arriver à accroître le rendement semencier, les abeilles devront donc redoubler d'efforts, en supposant que nous tirerons des leçons de tous les autres facteurs qui ont un effet sur la santé des abeilles.

Pour ce qui est de la concurrence, les Européens cultivent le canola d'hiver. La superficie de production est donc plus étendue en Europe et aussi en Australie. Ce sont probablement nos deux plus importants concurrents.

Ils connaissent aussi des problèmes liés aux ruches, cela est certainement vrai en Europe. L'Australie a aussi des problèmes au niveau de la pollinisation. L'effondrement des colonies d'abeilles est maintenant un phénomène à l'échelle mondiale.

Autre chose, cette monoculture sur de grandes surfaces, même si elle peut sembler contre-intuitive, nous offre aussi une bonne possibilité de nourrir et protéger les abeilles. À cette fin, nous devons faire beaucoup de recherche durant les cinq à sept prochaines années.

Ai-je répondu à votre question?

Le sénateur Oh : Oui.

Le président : Y a-t-il d'autres observations concernant les questions posées par le sénateur Oh?

M. Hilgartner : Je ne cultive pas seulement du canola dans mon exploitation agricole, mais nous visons le même objectif. Nous voulons accroître la production et pour cela nous avons besoin de bons outils et de bonnes techniques agronomiques.

Comme l'a dit Curtis, peu importe ce que vous utilisez, tant qu'il y a pollinisation, pour augmenter le rendement il faut davantage de fleurs. Il faut que la situation soit avantageuse pour nous et pour les apiculteurs. Mon voisin envisage d'agrandir son exploitation. Il veut une plus grande production de miel. C'est ce qui lui permet de gagner sa vie, renforcer l'économie canadienne comme nous l'avons dit. Nous cherchons de nouveaux outils pour y arriver dans l'avenir.

Le sénateur Oh : Merci. Continuez dans cette voie.

Le sénateur Robichaud : Monsieur Hilgartner, vous avez dit dans votre déclaration préliminaire que la contribution du secteur agricole à l'économie canadienne est supérieure à celle du secteur pétrolier et gazier. Estimez-vous bénéficier du même soutien dans la recherche et la science que celui accordé au secteur pétrolier et gazier?

M. Hilgartner : Je vais probablement me créer des problèmes si je réponds à cette question, monsieur le président, vu qu'elle ne concerne pas la santé des abeilles.

Le sénateur Robichaud : Elle porte sur la recherche.

M. Hilgartner : Je réponds simplement que la recherche nous est toujours utile.

La sénatrice Buth : Nous avons entendu pas mal de témoignages en plus des vôtres aujourd'hui. Vous avez formulé quelques recommandations, mais si chacun d'entre vous devait nous faire une recommandation, en tant que comité, que recommanderiez-vous pour améliorer ou maintenir la santé des abeilles?

M. Hames : Je recommanderais de continuer à accorder la priorité à la science, au système de réglementation, à se fier aux décisions fondées sur des faits scientifiques et non pas sur des émotions. À titre de producteur, c'est probablement la meilleure recommandation que je formulerai. Utilisons la science et les outils à notre disposition et ne recourons pas aux émotions pour régler le problème.

M. Rempel : Je suis d'accord.

Étant donné les différents groupes d'intervenants, continuons à simplifier le dialogue et assurons-nous de parler et communiquer dans le cadre d'une bonne tribune pour mettre en œuvre des pratiques exemplaires et de nouvelles recherches afin de trouver des solutions. La communication est essentielle.

M. Hilgartner : Curtis a exposé quelques-unes de mes frustrations, mais comme nous le savons tous, pour la plupart, nous en avons appris l'an dernier plus sur les abeilles, sur leur santé et sur ce qui les relie aux plantes que durant les 30 dernières années. Nous y avons fait allusion un peu plus tôt. Beaucoup de groupes différents se penchent sur la question et il est crucial d'éviter le chevauchement de nos efforts. Il faut communiquer les renseignements, les échanger, arriver à une solution fondée sur des faits scientifiques et avancer à partir de là plutôt que d'agir sur un réflexe du genre : « Pourquoi ne pas tout simplement interdire ». Assurons-nous de trouver la bonne solution et d'instaurer les meilleures pratiques de gestion et de nouvelles méthodes, et cetera, afin d'obtenir ce dont nous avons besoin.

M. Wales : Merci de me permettre de dire le mot de la fin. Je ne vais pas répéter ce que les autres ont dit, sinon que la communication est un élément important.

Il est évident que les cultivateurs ont toujours ignoré où se trouvent les abeilles. C'est un peu plus difficile en Ontario où les fermes sont plus petites et qu'ils ne savent tout simplement pas où se trouvent les ruches. Et cela posait problème.

J'ai mentionné la diversité de l'habitat. Voilà quelque chose qui mérite vraiment un soutien de la part de tous les ordres de gouvernement. Nous devons veiller à l'avenir de maintenir un habitat suffisamment divers pour toutes les espèces que nous avons.

Nous avons beaucoup parlé des abeilles domestiques, mais tout cela est également valable pour tous les pollinisateurs sauvages.

Le président : Avant de lever la séance, je peux assurer les témoins que cette étude sur la santé des abeilles a suscité chez nous beaucoup d'intérêt. Vous nous avez beaucoup appris sur la réglementation, la coopération, la communication et l'éducation.

(La séance est levée.)