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Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Pêches et des océans

Fascicule 9 - Témoignages - Séance de l'après-midi


GANDER, Terre-Neuve et Labrador, le mardi 27 mai 2014

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd'hui, à 13 h 15, pour étudier la réglementation de l'aquaculture, les défis actuels et les perspectives d'avenir de l'industrie au Canada.

Le sénateur Fabian Manning (président) occupe le fauteuil.

Le président : Bonjour. C'est avec plaisir que je vous souhaite la bienvenue à la séance du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans. Je m'appelle Fabian Manning, je viens de Terre-Neuve-et-Labrador, et je préside le comité. Avant de céder la parole à nos témoins, je voudrais inviter les membres du comité à se présenter.

Le sénateur Munson : Jim Munson, de l'Ontario.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Sénatrice Lovelace Nicholas, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Poirier : Sénatrice Rose-May Poirier, du Nouveau-Brunswick.

Le sénateur McInnis : Sénateur Tom McInnis, de la Nouvelle-Écosse.

La sénatrice Raine : Nancy Greene Raine, de la Colombie-Britannique.

Le sénateur Wells : Sénateur David Wells, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le président : Le comité poursuit son étude spéciale sur la réglementation de l'agriculture, les défis actuels et les perspectives d'avenir de l'industrie au Canada.

C'est avec plaisir que je souhaite la bienvenue cet après-midi à Mme Miranda Pryor, directrice exécutive de la Newfoundland Aquaculture Industry Association; à la Dre Laura Halfyard, directrice générale à Sunrise Fish Farms; et à Mme Rebecca White, gestionnaire de projet à Badger Bay Mussel Farms Ltd.

Au nom des membres de notre comité, j'aimerais vous remercier d'avoir pris le temps de vous joindre à nous cet après-midi. Je crois que nous allons commencer par une déclaration de Mme Pryor, suivie de celles de la Dre Halfyard et de Mme White. Je suis sûr que les sénateurs voudront ensuite vous poser des questions.

Vous avez la parole, Mme Pryor.

Miranda Pryor, directrice exécutive, Newfoundland Aquaculture Industry Association : Merci encore une fois de m'avoir invitée à prendre la parole devant le comité cet après-midi. Je vais faire une brève déclaration, puisque je sais que nous essayons de gagner du temps, et aussi permettre à mes collègues de présenter leurs observations. Vous m'avez écoutée à deux reprises en une journée ou à peu près, alors cela commence peut-être à suffire.

Essentiellement, j'ai repris la même figure, et je suis rapidement retournée l'agrandir pendant le dîner, simplement pour illustrer les quantités produites à Terre-Neuve. Pour ce qui est des moules, sur la figure, il s'agit du plus petit des deux éléments. Vous pouvez voir que, en 2009 et en 2010, pendant la récession, surtout, nous avons connu une baisse de production. Cependant, à partir de 2010 et jusqu'en 2013 en particulier, notre meilleure année jusqu'à maintenant, la production de moules dans la province a certainement augmenté. Nous espérons que cette tendance va se maintenir. En 2013, nous avons produit presque 5 000 tonnes métriques de moules.

Pour ce qui est de la valeur de la production, j'ai gardé la même figure, qui montre que la valeur globale des produits de l'aquaculture était de 197 millions de dollars l'an dernier. Cette somme est fondée sur les chiffres pour la province en ce qui concerne les ventes directes de produits. De cette somme, nous estimons qu'environ 15 millions de dollars étaient liés directement à la production de mollusques et de crustacés. Comme dans le cas de la production de poisson, nous sommes la deuxième province en importance pour ce qui est de la production de mollusques et de crustacés au Canada, après l'Île-du-Prince-Édouard.

Encore une fois, en répondant à certains des besoins cruciaux en matière d'infrastructure dont nous avons parlé et d'autres besoins dont nous allons parler aujourd'hui, nous pourrions donner un objectif réaliste de croissance qui porterait la production à 7 500 tonnes métriques d'ici 2020. Je voulais commencer par parler de cela, car il s'agit d'un accomplissement important pour notre industrie, pour le Canada dans son ensemble, mais assurément pour l'industrie de Terre-Neuve. Tous les membres de la NAIA ont obtenu l'accréditation relative à la Norme canadienne sur l'aquaculture biologique. Nous avons été les premiers en Amérique du Nord à respecter la norme l'an dernier. C'était la première année, et toutes les exploitations ont récemment fait l'objet d'une nouvelle accréditation et d'une nouvelle vérification, et elles ont toutes reçu l'accréditation de nouveau. Par ailleurs, la première usine de transformation de moules du monde à appliquer des pratiques d'aquaculture exemplaires a été accréditée l'hiver dernier; il s'agit de Norlantic Processors, dont vous allez voir les installations si vous faites la visite demain.

Ce sont là des réalisations importantes pour l'industrie, et il s'agit d'une preuve de l'engagement de nos producteurs de mollusques et de crustacés à acquérir la certification dont ils ont besoin pour non seulement conserver leur part du marché, mais également l'accroître.

Parlons de quelques-uns des besoins clés en matière d'infrastructure. Il y en a évidemment qui se font sentir dans toute l'industrie, par exemple pour ce qui est des routes, des quais et de la couverture des réseaux à large bande et cellulaires. Ces besoins existent dans tous les secteurs, mais nos producteurs de mollusques et de crustacés ne font certainement pas exception à la règle.

Les problèmes touchant le service de traversier de Marine Atlantique ont également été mentionnés, mais, surtout, notre secteur produit au moins deux camions de moules fraîches par semaine pendant toute l'année, l'Île-du-Prince- Édouard étant notre principal concurrent dans ce marché. Chaque fois que notre produit doit attendre sur le quai à Port aux Basques, nous courons le risque de perdre ce marché complètement, et, chose certaine, la durée de conservation du produit est réduite.

Je voulais simplement le mentionner parce que nous n'en avions pas encore parlé jusqu'à maintenant en ce qui concerne Marine Atlantique. L'association... nous avons fait beaucoup de travail auprès d'autres intervenants aussi. Évidemment, nous préconisons l'octroi d'un statut prioritaire aux fruits de mer frais, parce que c'est le secteur que nous représentons, mais nous travaillons avec d'autres secteurs comme celui de l'agriculture, et notamment les producteurs laitiers et les producteurs de volailles qui expédient des produits à l'extérieur de la province. Nous travaillons avec les représentants de ces secteurs. Nous préconisons le statut prioritaire pour les produits frais qui sortent de la province. Ce serait la priorité qui serait accordée à nous tous qui avons le même statut.

Pour ce qui est de la gestion des déchets, la situation est semblable à celle des producteurs de moules. La province passant maintenant à des installations de gestion des déchets de grande taille, nous ne savons pas très bien ce qu'il va advenir de nous et de certains de nos producteurs, et, là où nos usines de transformation se situent dans la province, il faut trouver de nouvelles solutions pour la gestion des déchets organiques. Nous ne savons pas ce que nous allons faire avec les coquilles de moules qui sortent de nos usines et de nos installations de transformation, avec les choses de ce genre, et il y a aussi les redevances de déversement élevées qui sont maintenant exigées aux sites d'enfouissement. Ce sont assurément des choses auxquelles nous réfléchissons.

Au chapitre de l'accroissement des capacités de récolte en hiver, l'hiver dernier a été extrême à bien des égards, mais, chose certaine, comme Laura en témoignera sans aucun doute, essayer de récolter des moules à travers la glace que nous avons eue et dans les conditions hivernales que nous avons connues est devenu impossible. Il y a eu plusieurs semaines, voire des mois, pendant lesquels nous n'avons pu fournir aucun produit sur notre marché, ce avec quoi il a été très difficile de composer. Nous avons fait beaucoup de travail pour obtenir nos parts de marché. C'est sûr que nous espérons ne jamais revivre un hiver comme celui qui vient de passer, mais nous envisageons d'améliorer nos capacités de récolte en hiver.

Cela s'accompagne du besoin d'un plus grand nombre de viviers. Vous pourrez le constater si vous visitez l'usine de transformation de Norlantic demain. Nous sommes capables de conserver une certaine quantité de moules en ce moment. Nous les récoltons, et nous les conservons dans nos installations de transformation, dans nos viviers, pendant quelque temps, mais nous préconisons l'accroissement de cette capacité depuis un certain temps déjà. Cela nous permettrait d'approvisionner constamment le marché si nous devions vivre d'autres conditions extrêmes comme celles que nous avons vécues cet hiver.

Il y a toujours des besoins en recherche et développement dans tous les secteurs, surtout dans le secteur de l'aquaculture, ainsi que des besoins en ressources humaines. Comme nous l'avons mentionné déjà aujourd'hui, le secteur des mollusques et des crustacés mène ses activités dans des régions rurales aussi, et les défis qu'il doit relever sont similaires.

Pour ce qui est du renouvellement des exigences réglementaires, la loi fédérale sur l'aquaculture dont nous avons parlé est aussi importante pour nos producteurs de mollusques et de crustacés. Au chapitre de la délivrance de permis, les retards et les frustrations sont les mêmes que ceux que nous avons connus avec Transports Canada. C'est la même chose pour les producteurs de mollusques et de crustacés et pour les producteurs de poisson. Toutefois, au chapitre du marquage de sites, il y a énormément d'exigences de marquage applicables à la production de mollusques et de crustacés.

En réalité, dans la province, beaucoup d'installations mytilicoles sont abaissées sous la glace ou prises dans les glaces pendant l'hiver. Nous sommes préoccupés aussi par la façon dont Transports Canada envisage les exigences de marquage pendant l'hiver, surtout que nous estimons qu'elles posent plus de danger qu'elles ne sont utiles.

Relativement à l'Agence canadienne d'inspection des aliments et à un rôle différent auprès de nos producteurs de mollusques et de crustacés, en raison de la poursuite des compressions du gouvernement fédéral à Terre-Neuve, il n'y a plus de test de dépistage effectué dans la province pour des choses comme l'empoisonnement marin paralysant et l'intoxication par phycotoxine diarrhéique, entre autres. Nous avons perdu cette capacité, je crois, au cours de la dernière année ou à peu près, alors tout est envoyé à Dartmouth, je pense, pour l'échantillonnage, et nous devons attendre les résultats.

À chaque récolte, les cargaisons doivent être transportées à l'extérieur de la province par voie aérienne afin de subir des tests, et, évidemment, si nous fournissons des produits à des marchés locaux quelconques, nous courons le risque, du point de vue de la santé humaine, de ne pas récupérer l'échantillon et qu'il y ait quelque chose dans ces échantillons pendant que nous attendons les résultats.

Pour ce qui est d'Environnement Canada, dans le cadre du PCCSM, le Programme canadien de contrôle de la salubrité des mollusques, qui est administré conjointement par le MPO, l'ACIA et Environnement Canada, tous les élevages de mollusques et de crustacés doivent subir régulièrement des échantillonnages d'eau visant à vérifier la présence de choses comme les coliformes fécaux, encore une fois du point de vue de la santé humaine.

En raison des ressources limitées à Terre-Neuve, la prise d'échantillons ne peut se faire que dans certaines régions à la fois, ce qui peut vouloir dire au cours d'une année. Cela a nui à l'expansion par le passé, et il n'y a actuellement pas de ressources qui permettraient d'envisager de nouveaux sites. Sans entreprise pour assumer le coût élevé de l'échantillonnage — et, même si c'est le cas, il n'y a pas de garantie que l'échantillonnage sera effectué —, du point de vue de l'expansion, cela a été un facteur limitant important.

Je vais simplement finir de parler de mes deux dernières diapositives, puis je vais céder la parole à la Dre Halfyard, qui vous donnera plus de détails, mais, comme dans le cas de la production de poisson, notre industrie s'est engagée à fournir des fruits de mer d'abord et avant tout salubres, et aussi nutritifs et sains aux consommateurs locaux et à notre clientèle de partout dans le monde. Nous croyons tant aux mollusques et aux crustacés qu'aux poissons et aux occasions qui s'offrent en ces secteurs, ainsi qu'en ce que cela peut apporter à la province et à l'ensemble du Canada.

Merci.

Le président : Vous avez la parole, Dre Halfyard.

Dre Laura Halfyard, directrice générale, Sunrise Fish Farms Inc. : Je m'appelle Laura Halfyard. Je suis directrice générale de Sunrise Fish Farms, mais nous sommes aussi dans la phase de mise sur pied d'une exploitation sur la côte sud, Connaigre Fish Farms et je suis également la représentante du secteur des mollusques et crustacés au conseil d'administration de la NAIA.

Pour ce qui est de la situation actuelle dans le secteur, la chose la plus frustrante qui revient chaque jour dans mon travail, c'est le dédoublement des services. Il faut que je remplisse un formulaire pour un organisme, un autre formulaire pour un autre organisme encore, puis un autre formulaire dans lequel il est écrit la même chose, mais avec une police légèrement différente. Les choses sont faites de diverses manières, mais ce sont les mêmes services.

À l'heure actuelle, nous vivons un conflit avec la province au sujet d'exigences de cautionnement de sites qui ne sont imposées dans aucun autre secteur des pêches ou de l'agriculture. Cette question est abordée par le ministère des Pêches et de l'Aquaculture, mais elle l'est déjà par la province au chapitre des terres de la Couronne ainsi que dans le règlement sur la restauration des sites de Transports Canada et des exigences de ce ministère en ce qui concerne les permis d'exploitation de sites.

Je souligne ces choses dans mon mémoire. J'ai aussi reçu des commentaires d'autres éleveurs à l'égard de certaines des choses abordées dans le mémoire que je vous ai remis.

Nous exprimons des frustrations à l'égard de la Loi sur les pêches. J'ai pris part à une séance au printemps dernier, et l'objectif était d'instaurer de nouvelles choses et d'apporter des changements par l'intermédiaire de Transports Canada. J'ai vu récemment que la même chose était encore affichée en ligne, qu'on était encore pris avec un bail de cinq ans, des exigences de marquage et des choses de ce genre. Il y a des recoupements entre les exigences du MPA et celles relatives aux terres de la Couronne et à la protection des voies maritimes, ainsi qu'avec les exigences fédérales imposées par Transports Canada et le MPO. Nous n'avons pas suffisamment de gens pour faire toutes ces choses, alors il faut enlever certaines des choses qui se recoupent pour que les gens que nous avons et qui travaillent au gouvernement fédéral et provincial puissent faire le travail efficacement.

Il y a beaucoup de frustrations à l'égard de Transports Canada. Encore une fois, après avoir pris part à des séances, je peux vous dire combien de fois je me suis assise pour examiner nos dossiers. Premièrement, où sont mes dossiers? Ils peuvent être à Moncton. Ils peuvent être à Dartmouth. Ils pouvaient être entre les mains d'un agent à Corner Brook. Ce n'est plus le cas. Maintenant, nous faisons autre chose, et on peut vous appeler de St. John's, mais, habituellement, les dossiers se trouvent maintenant à mi-chemin entre Dartmouth et Moncton. Lorsqu'on pose une question au sujet d'un dossier, il faut d'abord le trouver. Ensuite, cela passe par toute une série de personnes, les mêmes messages encore et encore, jusqu'à ce qu'on finisse par pouvoir voir un visage et peut-être obtenir un nom, et il se peut qu'on ait un retour d'appel sur une question donnée. Ça devient vraiment frustrant sur le plan du temps et de la gestion des dossiers, ainsi que du gaspillage de temps et de ressources.

Comme je le disais, nous avons un bail de cinq ans. Je pensais que, lorsque la nouvelle loi sur le MPA allait être en vigueur, j'allais voir quelque chose de nouveau. Non, tout ce que je vois, ce sont les mêmes choses qu'avant, et on parle d'un bail de cinq ans, au lieu de 10, 15 ou 20, comme on peut le voir dans le tableau sur le site web pour tous les autres secteurs commerciaux ou de l'industrie, mais pas pour l'aquaculture.

Au chapitre de la gestion, lorsqu'on doit renouveler tous ces documents, lorsqu'on a plusieurs sites et qu'on doit effectuer une surveillance parce que la province accorde des permis d'exploitation sur les terres de la Couronne et que le renouvellement ne se fait jamais à la même date, il faut faire le suivi de tout cela.

Pour ce qui est de la fermeture de bureaux au Canada atlantique, de plus en plus les activités convergent vers le centre du Canada, et, encore une fois, cela creuse un fossé entre les responsables et nous qui réglons les problèmes ici, dans la province.

En ce moment, Environnement Canada se prépare à venir sur nos sites, à effectuer une surveillance dans le cadre du PCCSM. Nous avons la certification biologique. Cela signifie que nous devons appliquer des lignes directrices très strictes à notre surveillance. La qualité de notre eau en ce qui concerne les coliformes fécaux, tout ce que nous faisons dans ce milieu relativement à la faune visée par la certification biologique suppose une surveillance. Ensuite, il y a une petite équipe qui se déplace en roulotte au beau milieu de Grand Falls et qui essaie de se rendre à nos sites partout dans l'île. On est informés de l'aspect logistique des déplacements quelques jours avant seulement. Ce n'est pas comme à l'Île-du-Prince-Édouard, où on peut se rendre à n'importe quelle côte en une demi-heure. Voilà les problèmes logistiques.

Avec la réduction de la taille du bureau, on nous demande de plus en plus de payer pour des choses comme des échantillons supplémentaires. Il n'y a pas longtemps, j'ai craché 1 500 $ pour un échantillonnage supplémentaire. Cela n'incluait pas le temps de venir prendre les échantillons pour moi. Ensuite, j'ai dû les envoyer à un laboratoire, et puis il y a le moment où cela se fait par rapport à la récolte et à la transformation, ainsi que les débouchés sur le marché. Il y a beaucoup d'éléments logistiques, et, lorsqu'on ramène le nombre de personnes à Environnement Canada à quelques- unes, cela devient très frustrant. Les gens en question font de leur mieux pour nous aider, mais, à un moment donné, il faut que leur service soit soutenu, surtout si nous cherchons à donner de l'expansion au secteur.

C'est lié à l'ACIA. L'un inspecte l'eau. L'autre inspecte les viandes. Tout à coup, les activités de l'ACIA sont réduites, et tout se passe à Halifax, et on a plus qu'un jour par semaine pour obtenir les échantillons. Si on ne tombe pas sur le bon jour, cela a une incidence sur l'aspect logistique de la mise en marché. J'assure l'élevage. Je fournis le produit à une usine, mais il y a tous les autres aspects logistiques, et cela commence par l'inspection de notre produit.

J'aborde d'autres questions dans le mémoire. Les premiers en Amérique du Nord à obtenir la certification biologique, qu'est-ce que cela signifie? Nous en sommes à la deuxième année du cycle. Cela nous a coûté de l'argent, et quels sont les avantages concurrentiels? Nous sommes encore dans la phase d'expansion. Est-ce que cela existera encore dans cinq ans? Je ne sais pas, mais, qu'il s'agisse de moules biologiques ou génériques, il faut quand même que la qualité de l'eau soit vérifiée dans le cadre d'inspections très strictes. Les mollusques sont comme des aspirateurs. Ils absorbent tout ce qu'il y a dans l'eau. Ils ne sont pas comme les poissons. Il faut vraiment faire attention à l'environnement. Par contre, ils absorbent aussi beaucoup de nutriments qui sont présents naturellement dans l'environnement. Nous sommes très fiers. C'était une étape importante que celle du passage à un produit biologique et au fait de dire oui, nous offrons un produit unique et d'une très grande qualité.

Nous avons des préoccupations au sujet des espèces aquatiques envahissantes. Elles s'en viennent vers nous. Des espèces envahissantes qui arrivent sur notre côte sud se sont déplacées graduellement vers le nord à partir de la côte américaine. Le MPO effectue de plus en plus de surveillance, et la NAIA entretient un lien avec le comité qui s'en charge, mais nous devons continuer de prêter attention à la chose dans nos installations. Elles seront touchées en premier. Il semble que ce soient les pêches sauvages. Les pêcheurs peuvent aller où bon leur semble avec leur bateau. Il n'y a pas d'exigence de nettoyage. Si un pêcheur veut acheter un bateau à l'Île-du-Prince-Édouard ou en Nouvelle- Écosse, il peut l'amener ici. Il n'y a pas d'exigence concernant le nettoyage du bateau ou quoi que ce soit de ce genre.

Comme vous avez pu le constater pendant les visites d'hier, celles-ci sont très contrôlées, mais nous ne pouvons pas contrôler ce qui se passe de l'autre côté avec les navires de plaisance et de pêche sauvage.

Je suis sûre que Rebecca va parler un peu de la diversification des espèces. Au fil des ans, je pense que nous avons cerné quelques espèces clés pour des raisons d'argent. Si une province se concentre sur ce qui fonctionne bien et sur ce qu'il est logique de faire, à un moment donné, il faut qu'elle diversifie en élevant quelques autres espèces pour réduire les risques liés au fait de n'en élever qu'une.

Le service de traversier de l'Atlantique continue de nous donner des cauchemars. Je m'occupe de l'élevage. J'envoie le produit à l'usine, et ensuite on m'appelle pour me dire que le traversier ne fonctionne pas. Nous avons 24 heures. En réalité, il y a eu des moments où nous avons dû récolter la nuit pour respecter la période de 24 heures entre le moment de la récolte et le moment où le produit doit arriver à Boston. Cela signifie que mes travailleurs doivent sortir un jour de tempête, à -20 degrés, avec tout l'équipement sur le dos pour faire la récolte en pleine nuit avec des lampes afin que le produit puisse être acheminé à l'usine pour la transformation en un nombre donné d'heures, puis qu'il puisse être chargé sur le camion. Puis, tout à coup, tout s'arrête à Port aux Basques parce que, d'abord, le traversier ne peut pas accoster au quai qui est là, et ensuite, est-ce que le capitaine et l'équipage sont bien disposés? Ont-ils déjà rempli leurs réservoirs de ballast et vont-ils refuser de charger le contenu d'autres camions? La plus grande frustration vient du fait que, parce qu'on transporte un produit frais, il faut payer des frais supplémentaires pour avoir une garantie de transport, si celle-ci est offerte. Voilà des choses frustrantes qui s'accumulent pour nous.

L'industrie des moules est près de la limite. Il n'y a pas beaucoup d'argent à faire. La marge de profit n'est pas énorme, et c'est nous, les éleveurs, qui finissons par payer les factures. Nous travaillons toutes les semaines pendant toute l'année. Il n'est pas question d'en sauter une. Il faut donc qu'il y ait un chargement sur le traversier deux ou trois fois par semaine. Je pensais que le traversier faisait partie du réseau transcanadien. Parfois, j'ai des doutes.

Pour ce qui est des routes et des quais, ainsi que des autres infrastructures, Miranda en a parlé. Notre secteur ne peut construire des quais et des routes qui ne servent qu'à lui. La pêche sauvage a toujours reçu du soutien à ce chapitre, mais, tout à coup, le dernier venu, l'aquaculture, devrait assumer ces choses. Nous devons effectuer une vérification de biosécurité entre les sites dans une certaine mesure et éviter les mouvements d'espèces aquatiques envahissantes.

Des critères de l'élevage biologique nous imposent de limiter les allées et venues et les activités sur les quais. Nous ne pouvons pas permettre qu'on vide des poissons issus de la pêche sauvage sur un quai certifié biologique. Il faut qu'il y ait des infrastructures réservées à l'aquaculture.

J'ai parlé avec Brian Meaney hier. Il venait de discuter avec un éleveur de poisson qui dit exactement la même chose que moi : « Nous venons de passer à travers ce que nous appelons l'hiver infernal. » En 20 ans, nous n'avons jamais eu à fermer nos installations sur la côte Nord-Est. Nous pouvons casser la glace, garder le site ouvert et récolter des moules, mais il n'y a simplement pas d'endroit où la mettre. Nous sommes en train de créer un nouveau site sur la côte sud qui, logiquement, devrait être exempt de glace, mais nous n'étions pas prêts l'hiver dernier. Le nouveau lieu de débarquement n'était pas prêt. Ce n'est qu'une solution.

Il y a d'autres secteurs où nous avons besoin d'un plus grand nombre de viviers pour pouvoir constituer des réserves d'un nombre donné de jours. C'est à l'Île-du-Prince-Édouard. Cela fait partie des vérifications de sécurité effectuées au sein de l'industrie.

Oui, il faut que nous diversifiions nos activités en ayant non seulement des produits primaires, mais aussi des produits secondaires, et j'espère que le nouveau financement du gouvernement fédéral qui s'en vient va nous aider à le faire. La Nouvelle-Zélande a créé son secteur des moules vertes en fonction d'un critère de distance. La situation n'est pas si différente à Terre-Neuve, alors nous allons devoir mettre davantage l'accent sur la valeur ajoutée.

Nous nous sommes rendus en Chine pour prendre connaissance des marchés et nous avons participé à des salons en Europe. Les produits qui vont sur le marché correspondent davantage à ce que certains groupes de consommateurs veulent. Toutefois, comme nous avons la certification biologique, nous essayons encore de conserver nos étiquettes de produits frais, ce qui fait que nous ne pouvons offrir tous les produits à valeur ajoutée, sans quoi il faudrait que nous offrions des produits légèrement différents de ceux que nous appelons les produits à valeur ajoutée.

Miranda a parlé de certaines autres choses comme les communications et les besoins en main-d'œuvre. Ces choses s'en viennent. Nous avons parfois de la difficulté à trouver des travailleurs sur la côte sud, parce que nous sommes en concurrence avec les éleveurs de saumon. La plupart des exploitations mytilicoles se trouvent sur la côte Nord-Est. C'est encore assez bon, mais il faut tenir compte de la moyenne d'âge. Elle est de 40 ans et plus, et encore plus élevée dans les usines, ce qui fait que c'est un problème qui s'en vient.

En somme, pour le Canada, comme je le disais, l'Île-du-Prince-Édouard a atteint son maximum. Quel est le prochain endroit où la grande expansion aura lieu dans le domaine de la culture des moules? C'est Terre-Neuve. Nous avons de l'eau, les infrastructures en milieu rural et le désir de favoriser l'industrie. Nous avons déjà produit des moules, et je pense qu'il pourrait y avoir un énorme potentiel et que cela pourrait certainement contribuer à l'économie canadienne.

Merci.

Le président : Merci, docteure Halfyard.

Rebecca White, gestionnaire de projet, Badger Bay Mussel Farms Ltd. : Mesdames et messieurs, bonjour. Merci de prendre le temps de nous rencontrer aujourd'hui. C'est très apprécié.

Je m'appelle Rebecca White, et je suis gestionnaire de projet à Badger Bay Mussel Farms, et j'ai aussi deux projets avec Juan. Nous nous occupons de la certification biologique, de beaucoup d'aspects légaux liés aux moules, mais nous faisons aussi beaucoup de recherche et développement sur des huîtres américaines.

Pour ce qui est des moules, Miranda et Laura ont abordé bon nombre des points dont tout le monde veut parler, j'en suis sûre. Nous subissons les mêmes retards relativement au service de traversier de Marine Atlantique, et nous devons payer les frais de réservation prioritaire, ce qui fait augmenter les coûts de transport. Évidemment, ce service de traversier devrait faire partie du réseau transcanadien, mais ça ne semble pas être le cas parfois.

L'absence d'équipement moderne de récolte à travers la glace qui permettrait un stockage continu et la petite quantité de viviers que nous possédons ont occasionné des ventes perdues au cours des derniers mois. De nouveaux équipements permettront la récolte hivernale au besoin, mais il nous faut aussi plus de viviers pour pouvoir avoir toujours des produits en stock lorsque nous en avons besoin et que les conditions sont trop difficiles pour récolter à travers la glace.

Nous subissons aussi des retards à Environnement Canada. Nous essayons de lancer de nouveaux sites, mais même l'inscription sur la liste en vue de commencer des tests avec Environnement Canada peut prendre un an ou deux. Ensuite, les responsables du ministère doivent recueillir des données pendant trois ans. Lorsqu'on veut lancer un site, il faut parfois attendre jusqu'à cinq ans avant même de mettre des produits dans l'eau pour faire des essais. Cela peut entraîner beaucoup de retards. C'est un cycle de production entier qui ne peut pas avoir lieu, alors qu'on aurait pu avoir des produits dans l'eau. Je sais qu'il faut qu'il y ait des règlements pour tout le monde. C'est simplement que, si nous pouvions être inscrits sur la liste plus rapidement... Trois ans, ce serait mieux que cinq, à la limite.

Par ailleurs, dans le cas des moules, nous envisageons des produits à valeur ajoutée. Nous vendons maintenant beaucoup de produits qui sont cuits et congelés, ce qui nous permet d'accéder à des marchés d'autres régions des États- Unis et de l'Asie. Nous vendons actuellement beaucoup de produits frais aux États-Unis et partout au Canada, évidemment. Les viviers supplémentaires accroîtront la capacité de fournir des produits sur ces marchés, puisque, s'il y a des moules, on pourra simplement les congeler pour approvisionner ces marchés également.

Le cautionnement de sites pose problème. En gros, nous nous demandons pourquoi cela se produit maintenant. Ce n'est pas comme s'il y avait eu beaucoup de cas d'exploitation où les choses ont dérapé, et nous nous demandons simplement pourquoi nous sommes affectés par cela, alors que les autres secteurs, comme la pêche sauvage, par exemple, ne le sont pas. C'est à peu près tout pour ce qui est des moules.

Toutes les autres choses dont je voulais vous parler ont plus ou moins été abordées par Miranda et Laura. Je voudrais simplement dire deux ou trois mots au sujet des huîtres. Depuis quatre ou cinq ans, nous en cultivons, et nous avons commencé la recherche et le développement sur les huîtres, mais, comme vous le savez, celle-ci ne figure pas sur la liste des espèces de Terre-Neuve. On élève principalement du poisson à Terre-Neuve, et le seul mollusque, ce sont les moules. Même si c'est nouveau pour nous, l'élevage d'huîtres se passe très bien, et nous aimerions faire connaître davantage cette espèce que nous essayons de créer.

Au cours des années qui viennent, nous espérons élever des huîtres à une échelle commerciale. Il est parfois vraiment difficile d'obtenir du financement, une reconnaissance, un permis ou simplement des choses de ce genre auprès de l'ensemble du gouvernement, parce que cela n'est pas considéré comme étant une priorité, étant donné qu'il y a des millions de saumons qui doivent être transférés et d'autres espèces comme cela. Nous avons constaté récemment que la seule obtention d'un permis d'établissement d'un site d'ensemencement a pris presque deux ans. Au départ, on m'avait parlé de deux semaines. Au bout du compte, il a fallu deux ans pour obtenir un permis pour l'étape de la mise sur pied. Cela devient un problème lorsqu'on essaie de prendre une longueur d'avance, mais qu'il faut deux ans simplement pour obtenir un site ou faire des essais. Cela ne fait que créer un retard et prendre beaucoup plus de temps qu'il ne devrait en falloir.

Il y a énormément de potentiel pour les huîtres à Terre-Neuve. Nous avons des sites dans la Baie Placentia. Les huîtres sont transférées du Nouveau-Brunswick, et nous avons connu beaucoup de succès là-bas. Nous ne pensions pas que cela serait possible auparavant, car la température de l'eau est plus basse, mais l'eau se réchauffe un peu partout dans la province pendant l'été. On ne penserait pas que c'est possible, après un hiver rigoureux, comme celui qui vient de passer, mais les huîtres arrivent à survivre ici. Cela nous donne beaucoup d'espoir pour ce qui est d'ajouter une espèce dans le secteur des mollusques et des crustacés.

Je pense que j'ai fait le tour. Je ne sais pas si vous avez des questions.

Le président : Merci beaucoup de vos exposés. Nous allons passer tout de suite à la période de questions, et c'est la sénatrice Poirier qui va commencer.

La sénatrice Poirier : Merci.

J'ai deux ou trois questions à poser, et ce peut être l'une ou l'autre de vous trois qui y répond, parce que je crois que vous en avez à peu près toutes parlé un peu. Mes questions ont trait à votre accréditation en fonction des normes canadiennes d'aquaculture biologique. Pouvez-vous m'expliquer les critères qu'un producteur ou un transformateur doit respecter pour obtenir le permis et aussi pour le conserver une fois qu'il l'a obtenu?

Dre Halfyard : Rebecca et moi pouvons en parler, car nous avons travaillé d'assez près là-dessus. L'accréditation exige la surveillance de tous les éléments du lieu d'exploitation, de l'environnement à l'eau, en passant par l'habitat et la faune des alentours. Il faut avoir des dossiers indiquant le nombre d'années d'exploitation. Il faut que ces dossiers racontent l'histoire de l'endroit et précisent les plans d'avenir et les quantités produites.

Il s'agit de documenter intégralement ce qui se passe sur le site d'élevage. Comme je l'ai dit, cela inclut même des choses comme le fait de remettre les étoiles de mer dans l'eau lorsque nous récoltons les moules sur une ligne pour l'ensemencement. Ce sont tous ces critères naturels et la tenue de ces dossiers. Chaque année, nous nous soumettons à une nouvelle inspection et obtenons une nouvelle accréditation du processus. Ce n'est pas qu'une moule ordinaire ne soit pas biologique. C'est plutôt qu'on garantit la traçabilité et que le consommateur peut avoir confiance à l'égard du produit.

La sénatrice Poirier : Les produits certifiés biologiques permettent-ils une marge de profit supérieure?

Dre Halfyard : Je dirais que nous en sommes aux débuts. C'est un secteur que nous essayons d'établir. À l'heure actuelle, les transformateurs à qui nous vendons les moules mettent des produits en marché pour le sonder. Les consommateurs ne sont pas au courant. C'est une nouvelle appellation qui a été mise au point cette année, alors il faut presque éduquer les consommateurs, puis espérer qu'ils seront disposés à payer un petit peu plus cher. Pour l'instant, il y a une petite majoration de la marge de profit par rapport aux moules ordinaires, mais elle ne suffit pas, puisque faire tout cela nous coûte énormément d'argent. Il faut que la marge s'accroisse. Idéalement, elle devrait être supérieure à celle du produit ordinaire de 20 à 30 p. 100.

La sénatrice Poirier : Qui achète votre produit? S'agit-il de la même clientèle que pour les produits non biologiques?

Dre Halfyard : Je ne fais pas de transformation, mais, si on jette un coup d'œil au marché des produits biologiques, on constate qu'il y a une catégorie de consommateurs qui privilégie la section biologique de l'épicerie parce qu'ils savent ce que cela dénote au sujet du produit, ou alors on présume que les consommateurs qui achètent des produits biologiques veulent tout savoir sur le produit. Nous sommes en train de mener un projet avec plusieurs entreprises par l'intermédiaire de la NAIA; il s'agit d'utiliser des étiquettes électroniques que nous pourrons décoder et qui enregistreront les données dans un ordinateur dès que le produit sort de l'eau. Nous allons pouvoir établir un lien avec le transformateur, suivre le camion jusqu'à l'endroit où le produit sera livré à Boston, et les consommateurs pourront vérifier d'où le produit vient exactement.

La sénatrice Poirier : Y a-t-il beaucoup de concurrence dans le domaine de l'élevage de poissons biologiques?

Dre Halfyard : Nous sommes les premiers en Amérique du Nord à élever des moules biologiques. En Europe, il y a un peu d'élevage en Irlande, alors c'est quelque chose de plutôt nouveau sur le marché.

Mme White : Nous commençons à susciter un certain intérêt de la part de beaucoup de restaurants et d'endroits qui ne vendent que des produits biologiques et des choses de ce genre. Ces gens veulent utiliser nos moules pour préparer leurs soupes ou leurs chaudrées et des produits de ce genre qu'ils veulent vendre sur les tablettes. Ils veulent offrir des produits biologiques.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Bienvenue.

Miranda, vous avez parlé de l'amélioration de la récolte hivernale. Comment pouvez-vous récolter s'il y a beaucoup de glace?

Mme Pryor : Nous appliquons les techniques mises au point il y a des années pour récolter à travers la glace. À l'Île- du-Prince-Édouard, on récolte régulièrement à travers la glace. Nous sommes capables de casser de glace. En utilisant des bateaux, nous arrivons à casser la glace et à atteindre les moules. Il faut évidemment qu'il y ait une certaine quantité de glace pour qu'il soit sécuritaire pour le personnel de s'y tenir et d'y installer l'équipement. Il faut faire des trous dans la glace pour récolter les moules à travers celle-ci.

Nous utilisons maintenant une technique de boudinage en continu avec de longs filets à Terre-Neuve. Il était un peu difficile de décrire tout cela en détail, mais cela rend un peu plus complexe la tâche consistant à tirer la ligne à travers la glace pour récolter les moules.

Je peux vous dire qu'il y a eu mardi dernier une réunion de participants de l'industrie avec des représentants du CNR, le Conseil national de recherches, ainsi que des représentants du gouvernement provincial. Nous allons examiner la possibilité de recourir à des ingénieurs cette année pour envisager de nouvelles techniques et technologies. Si nous devons connaître un autre hiver comme celui qui vient de passer — et, même si ce n'est pas le cas, nous savons qu'il va y avoir de la glace —, nous voudrions trouver une façon d'améliorer les technologies que nous utilisons. C'est un projet que nous espérons mener, et ce sera une chose dont toute l'industrie pourra profiter.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Vous auriez besoin de financement fédéral pour le faire. Est-ce que c'est ce que vous dites?

Mme Pryor : Nous avons fait passablement de travail par le passé avec les représentants du CNR, et ceux-ci ont une bonne relation de travail avec les gens du Marine Institute. J'essaie de me rappeler le terme qu'ils utilisent, mais je n'y arrive pas. C'est presque comme une offre à commandes avec eux pour les projets particulièrement petits. Je pense que le Marine Institute est en train d'embaucher un nouvel ingénieur, alors il y aura du financement. Il y a toujours du financement pour la mise au point de nouvelles technologies, oui.

Dre Halfyard : Je sais que nous avons déjà travaillé sur l'innovation dans le domaine des estacades à glace dans le cadre du PIAAM du MPO, lequel était davantage axé sur les technologies novatrices en mytiliculture, mais le financement a été interrompu et/ou l'objectif n'est plus le même. Il s'agit davantage de recherche pure que de recherche appliquée. Je pense que le MPO et les autres groupes concernés du gouvernement fédéral doivent continuer de soutenir l'innovation, car les conditions à l'Île-du-Prince-Édouard ne sont pas nécessairement les mêmes qu'ici, et les techniques de récolte utilisées là-bas ne sont pas nécessairement applicables ici. Il faut toujours garder ces nouvelles méthodes novatrices, et nous allons certainement devoir envisager d'y recourir pour la récolte hivernale ici.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Qu'est-ce qui fait qu'un produit est biologique? Est-ce que c'est parce qu'il s'agit d'un produit d'élevage?

Dre Halfyard : Pour qu'un produit soit biologique, il faut qu'un suivi de tout ce qui est fait soit effectué, et il faut pouvoir certifier ce qui se passe dans l'environnement. On affirme qu'on connaît la qualité de l'eau. On connaît les produits de la viande. On sait ce qui se passe dans l'habitat, et on le documente. On peut pêcher une morue ou une autre espèce de poisson dans la nature, mais on ne peut pas garantir ce qui se passe dans cet environnement, alors qu'on peut le faire en aquaculture biologique. On affirme qu'on peut faire le suivi de ce qu'il advient du produit et de l'environnement dans lequel il vit.

Mme White : Ça va même jusqu'aux gens qui se trouvent sur le bateau aussi. Nous avons notre équipage, et nous savons qu'aucun déchet humain n'est jeté par-dessus bord. Aucun produit chimique n'est déversé dans l'eau. On n'utilise pas d'agent de blanchiment. Les membres de l'équipage utilisent davantage des produits du vinaigre et des choses de ce genre, ce qui fait qu'il n'y a rien qui se retrouve dans l'eau et que les moules puissent absorber au départ.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Merci.

Le sénateur Wells : Merci, madame Pryor, docteure Halfyard et madame White, d'être venues témoigner aujourd'hui et de nous avoir présenté vos exposés.

Docteure Halfyard, nous avons entendu parler, au cours de notre étude, à Ottawa et ici, et aussi en Colombie- Britannique, j'en suis sûr, de la réglementation, des chevauchements et de la paperasse qui empêche les entrepreneurs de faire ce qu'ils veulent plutôt que ce que les gouvernements veulent qu'ils fassent. Nous l'avons entendu dire souvent, et je pense que nous allons en parler dans nos recommandations, mais je voulais vous dire que, selon moi, personne n'a aussi bien résumé sa pensée que vous ne l'avez fait il y a quelques instants. Je voulais simplement le mentionner. Je n'ai pas de question à vous poser.

Madame White, dans le secteur des huîtres auquel vous participez maintenant, quels sont les défis qui se posent, vu que l'industrie est presque exclusivement axée sur les salmonidés et les moules?

Mme White : Ce que nous trouvons, c'est qu'il y a beaucoup d'attentes pour nous par rapport à nos autres domaines. Nous pouvons présenter une demande assez rapidement lorsqu'il s'agit de moules, même s'il peut falloir des mois pour le faire dans le cas des huîtres. Même dans le cas des permis de transfert, nous savons que nous faisons des transferts interprovinciaux et qu'il faut des dossiers de santé et des choses de ce genre. Nous faisons toutes nos vérifications de santé. Il semble simplement qu'il faut plus de temps en plus de tout cela. On dirait que tout le monde garde les dossiers sur son bureau un petit peu plus longtemps. Pendant ces semaines, il faut constamment harceler les gens concernés simplement pour obtenir une réponse quelconque. Ça en vient même au point où je ne peux même pas avoir la satisfaction que Juan, président de l'entreprise, leur téléphone et leur dise « Écoutez, nous avons des animaux qui attendent et qui vont mourir. Qu'est-ce que vous faites pour nous? » À un moment donné, quelqu'un peut nous rappeler pour nous dire « Oh, nous attendions une réponse par rapport à telle ou telle chose », et, à ce moment-là, nous nous disons qu'ils auraient pu nous téléphoner. Nous avons connu des petits problèmes de ce genre relativement à divers fonctionnaires et au simple fait d'essayer d'obtenir les permis.

Nous sommes aussi conscients du fait qu'il s'agit d'une nouvelle espèce à Terre-Neuve. Nous ne voulons pas faire entrer une maladie ou quoi que ce soit de ce genre. Nous avons mis au point un plan de surveillance ciblé avec le MPO et nos partenaires du Nouveau-Brunswick, ceux qui nous fournissent les huîtres. Chaque printemps et chaque automne, nous prenons maintenant un échantillon d'huîtres pour nous assurer que l'exploitation qui nous les fournit demeure exempte de maladies. C'est très bien de vouloir prendre une centaine d'échantillons au sein de ces exploitations chaque année, mais, ensuite, on reçoit la facture de 10 000 $ pour la prise des échantillons au printemps et à l'automne, alors qu'on ne fait pas d'argent dans le cadre du projet. Ça commence à nous étonner, parce que nous voulons lancer cette nouvelle industrie et nous voulons que nos exploitations soient exemptes de maladies. Nous ne sommes pas contre. C'est pour cette raison que nous payons. Nous voulons tous éviter les maladies. Nous ne voulons pas faire entrer quoi que ce soit dans la province, mais nous avons en quelque sorte besoin d'un peu d'aide. Ce serait super si nous pouvions au moins obtenir un peu d'aide pour élaborer le plan de surveillance. Lorsqu'un projet est rentable, payer 10 000 $ ne pose pas de problème si on peut mettre en marché un million d'huîtres.

En ce moment, en plus de toutes les autres dépenses liées à la création d'une écloserie et à l'obtention de sites d'ensemencement et de sites de croissance, ça devient difficile. On dirait que les factures continuent de nous arriver de divers ministères qui veulent diverses choses et que nous essayons simplement de faire avancer les choses par l'intermédiaire du CNR et du CCIP. Le Conseil national de recherches et le Centre canadien d'innovations des pêches nous ont vraiment donné un gros coup de main. Ils nous ont aidés en cours de route. Mais même eux ne paient qu'une partie des frais pour contribuer au projet.

Nous pensons que ce secteur peut être viable à Terre-Neuve, et c'est pour cette raison que nous y avons versé beaucoup de soutien financier au cours des dernières années.

Le sénateur Wells : Merci de votre réponse. J'ai une brève question complémentaire à poser.

La demande croissante sur le marché, dont vous parlez dans le document qui a été distribué, et la durée de conservation prolongée sont deux aspects positifs dans le cas des huîtres. Est-ce que l'équipement et les techniques sont similaires à ceux utilisés dans l'industrie des moules, ou s'agit-il de quelque chose de complètement différent?

Mme White : Non, les moules sont cultivés sur des cordes dans les filets continus. Des huîtres sont cultivées dans des paniers, et elles ne sont donc pas gardées sur une corde. Elles sont simplement gardées dans un panier au bout d'une ligne. Il faut s'assurer que l'eau circule de façon continue dans le panier. C'est un peu différent. La transformation se fait assez bien, puisqu'il n'est pas nécessaire de les dégrapper ou de faire quoi que ce soit d'autre de ce genre. Il s'agit tout simplement de les nettoyer, de les mettre dans une belle petite boîte et de les expédier. Pour ce qui est des moules, la durée de conservation peut aller jusqu'à 7 à 10 jours. Il faut les vendre vite. Les huîtres, par contre, se conservent bien tant qu'elles sont réfrigérées, pendant deux ou trois mois même.

Le sénateur Wells : Vraiment.

Mme White : Et elles sont tout à fait propres à la consommation. En réalité, beaucoup de gens qui les font passer l'hiver les sortent de l'eau. Nous connaissons même des éleveurs du Nouveau-Brunswick qui les mettent dans leur hangar pendant quelques mois parce qu'ils savent que l'hiver va être difficile, et les huîtres ne conservent très bien. Elles peuvent vivre en dehors de l'eau, pourvu que la température soit celle d'un réfrigérateur. Elles peuvent vivre en dehors de l'eau pendant quelques mois, ce qui nous ouvre donc d'autres marchés. Nous pourrons en envoyer partout dans le monde si nous arrivons à en produire à une échelle commerciale.

Le sénateur Wells : Merci beaucoup.

Mme White : Je vous en prie.

Le président : C'est très intéressant.

Le sénateur Munson : Encore une fois, merci de vous être jointe à nous aujourd'hui.

Je me demande depuis un petit bout de temps ce qui vous pousse à continuer, docteure. Vous avez parlé des marges de rentabilité dans le secteur, et pourtant, vous avez parlé aussi du chevauchement des services, de votre grande frustration relativement à Transports Canada et de la fermeture de bureaux au Canada atlantique et à Environnement Canada. Je suis simplement curieux. Combien ces fermetures de bureau coûtent-elles à votre industrie? Dites-vous aux gouvernements « Attendez un instant, vous êtes peut-être allés trop loin; nous avons besoin que ces évaluations environnementales soient faites plus rapidement, ce qui suppose la présence de gens, surtout à Terre-Neuve-et- Labrador »?

Dre Halfyard : Oui, les marges sont très réduites ici. En plus, il y a le coût supplémentaire engendré par la traversée du golfe, qui vient s'ajouter, mais, oui, cela exige énormément de temps. Il me faut beaucoup de temps pour effectuer le suivi de tous les documents, et il y a aussi les loyers.

Je veux dire... pour un site d'élevage, il y a un bail du MPA. Il y a un bail pour les terres de la Couronne. Pour ce qui est de la protection des voies maritimes, il y a un bail avec Transports Canada. Dans tous les cas, il y a des frais. Ceux- ci continuent d'augmenter, mais les services continuent de diminuer. Chaque fois qu'ils augmentent les prix et que le service ralentit, je dois passer encore plus de temps à effectuer le suivi de ces choses. Cela devient très difficile.

Comment faisons-nous pour maintenir les activités? C'est en partie grâce au fait que mon père a lancé l'entreprise et qu'il s'acharne à vouloir en faire une réussite. Il puise parfois dans ses épargnes de retraite, pour être tout à fait franche avec vous, mais l'entreprise a connu beaucoup de succès au cours des dernières années, et elle en connaîtrait davantage si nous pouvions simplement surmonter ces obstacles.

Le sénateur Munson : Est-ce que Terre-Neuve-et-Labrador devrait disposer de ses propres installations d'essai?

Dre Halfyard : Il y en avait avant.

Le sénateur Munson : Oui, il y en avait, et elles ont été transférées à Halifax ou ailleurs.

Dre Halfyard : Maintenant, c'est à Halifax.

Le sénateur Munson : Vous dites qu'il faudrait rétablir cela ici.

Dre Halfyard : Il faudrait le faire, oui. Les installations devraient être ici, et elles ne devraient pas être ouvertes seulement une journée par semaine. Même si on envoie le produit à Halifax, cela ne suppose pas qu'il faille tomber sur la bonne journée pour faire faire l'analyse d'un échantillon de moules. On ne peut pas avoir une petite équipe de trois personnes qui font de leur mieux pour nous aider. Je dois dire qu'ils font tout ce qu'ils peuvent, les membres de l'équipe de Dave Curtis, et je lui en suis reconnaissant, mais ils n'ont pas le soutien nécessaire. Il leur faut une plus grande équipe. Nous envisageons de nouveaux sites, et ils sont pris avec tous leurs documents, puis ils doivent nous répondre. Ils font de leur mieux, mais c'est une petite équipe. Nous avons besoin de plus de services environnementaux. Nous avons besoin de plus de services de la part de l'ACIA.

Le sénateur Munson : Donc le temps, c'est de l'argent.

Dre Halfyard : Le temps, c'est de l'argent.

Le sénateur Munson : Vous utilisez une expression très polie pour parler d'un supplément de réservation prioritaire. Certains d'entre vous donnent un autre nom à la chose, mais je ferais probablement l'objet de poursuites si je disais ce que certaines personnes peuvent penser de ces frais supplémentaires de réservation prioritaire. Vous dites aussi que la politique de priorité aux produits frais et vivants devrait être rétablie.

Quand a-t-elle été abolie? L'a-t-elle été à un moment donné? Qui en a voulu ainsi? Qui profite de cela? J'imagine que Marine Atlantique est à part. Qui empoche l'argent? Quelqu'un bénéficie de cette situation.

Mme Pryor : La société Marine Atlantique. Nous avions un statut prioritaire. Marine Atlantique s'est toujours engagée à instaurer un système de réservation commerciale à un moment donné, car les dirigeants de cette entreprise voulaient faire en sorte que le secteur des fruits de mer ne puisse plus revendiquer son statut prioritaire. Je crois que le système de réservation commerciale a été mis en place il y a trois ans. Je peux me tromper. En gros, je ne sais même pas s'il a duré un an, car il y avait beaucoup de problèmes.

Ils ont dit qu'ils ont instauré le système de réservation commerciale et que le statut prioritaire n'existe donc plus. Le système de réservation a été un échec. Ils l'ont aboli, mais nous n'avons pas retrouvé notre statut prioritaire.

Le sénateur Munson : Il n'y a pas de négociation, rien.

Mme White : Nous avons essayé.

Dre Halfyard : Certaines choses s'étaient produites relativement à la réservation prioritaire. On pouvait placer une caisse de homard à l'arrière d'un camion rempli de bois et ainsi faire en sorte qu'il puisse être à bord du traversier plus rapidement puisqu'il transportait des produits frais. Il y a toujours des façons de contourner les règles.

C'est un vrai chargement de saumon, de moules, d'huîtres ou de bleuets. Peu importe de quel produit il s'agit. Il va se gâter, et cela va avoir un effet sur sa commercialisation, contrairement à un paquet de bois qui ne sera pas endommagé s'il reste sur place un jour de plus avant d'être transporté de l'autre côté.

Les camionneurs ne sont cependant pas d'accord avec moi, et ils disent haut et fort leur désaccord avec ce principe, les syndicats et les groupes de camionneurs.

Le sénateur Munson : En tant que sénateur ontarien, je veux que les airelles rouges soient sur le traversier.

Dre Halfyard : Marine Atlantique offre maintenant des services de luxe à sa clientèle. Elle se soucie davantage des personnes qui traversent à pied ou en voiture, mais, en réalité, c'est le secteur commercial qui paie les services de traversier. La majeure partie des revenus d'entreprise viennent du secteur commercial, et non des particuliers.

Le sénateur McInnis : J'ai écouté votre témoignage et celui des autres témoins ce matin. Vous pourrez me dire ce que vous pensez de ceci. Est-ce que le problème touchant les approbations vient en partie du fait que le gouvernement fédéral n'accepte pas l'aquaculture et le potentiel de ce secteur sur le plan économique? Je pense simplement que c'est peut-être l'une des difficultés qui se posent.

Je peux peut-être poser deux ou trois autres questions, puis vous laisser répondre. Permettez-moi de faire preuve de mon ignorance d'habitant du continent en ce qui concerne les moules, quoique j'adore les moules et que j'en mange à peu près chaque semaine. Avant, le plus gros élevage de moules en Amérique du Nord se trouvait sur la côte Est de la Nouvelle-Écosse. Ici, vous élevez des moules bleues. S'agit-il des mêmes moules?

Dre Halfyard : Oui.

Le sénateur Munson : Elles sont meilleures ici.

Le sénateur McInnis : Il va falloir que j'y goûte.

L'autre question, c'est que nous entendons parler des prêts et des subventions à l'industrie de l'aquaculture de poissons. Je n'entends pas beaucoup parler de prêts ni de subventions pour l'industrie des mollusques et crustacés, alors vous pourrez dire quelque chose là-dessus.

Le code de pratique en matière de gestion environnementale est en vigueur à l'Île-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique. Ce code préconise un développement responsable et durable, et il est appliqué par l'association. Vous n'avez pas de code de ce genre ici, d'après ce que je comprends. Prévoyez-vous en mettre un en place? Ne croyez- vous pas que cela serait utile?

J'ai une autre question. Ce matin, nous avons écouté le ministre et son personnel nous parler des secteurs de gestion de baies. Je me demandais quelle était l'importance de la chose pour votre industrie. Ça me semble être très similaire. Vous n'auriez pas à attendre aussi longtemps pour obtenir vos permis s'il y avait des secteurs préétablis où l'élevage de moules serait autorisé. Avez-vous des secteurs de gestion? Croyez-vous que cela serait avantageux pour vous? Ce sont là quelques-unes de mes questions.

La dernière chose que je veux aborder concerne le transport. Le Conseil canadien du homard est nouveau. L'organisation a été créée pour assurer la mise en marché et l'établissement de la marque du homard de la côte Est. Il a été annoncé cette semaine qu'il allait y avoir deux ou trois vols de l'aéroport international de Halifax vers la Corée du Sud. L'objectif poursuivi est d'accéder aux marchés asiatiques. Est-ce que c'est quelque chose que vous prévoyez être en mesure de faire? Votre secteur est-il de taille suffisante pour que cela soit possible? Pourriez-vous vous joindre au Conseil du homard? Je ne sais pas. C'est le Conseil du homard. Il y a peut-être une possibilité à ce chapitre.

Dre Halfyard : J'imagine que certains diront en réaction à la perception selon laquelle il y a des chevauchements et trop de règlements qu'il faut qu'il y ait une réglementation. La force de l'industrie de l'aquaculture du Canada, c'est qu'elle est très bien réglementée et que nous pouvons documenter ces choses.

Lorsqu'il y a des chevauchements, c'est en partie une question de confiance, parce que, au gouvernement fédéral, on pense qu'il s'agit de notre loi, que nous avons une loi, et que nous sommes donc responsables. Par contre, si Transports Canada n'envoie pas de gens visiter notre site — et personne n'est venu voir notre site —, le ministère peut-il vérifier que le site est convenablement marqué, et tout cela?

Il faut que le rôle soit davantage partagé avec la province ou qu'il lui soit cédé. Le gouvernement provincial envoie aussi des gens visiter notre site et faire la même inspection. Le formulaire est différent, mais il est en fait plus facile à lire et à comprendre que celui de Transports Canada à l'échelon fédéral.

Je ne sais pas si c'est un manque de partage ou un manque de confiance. L'un des gouvernements dit qu'il a besoin du formulaire pour documenter les activités. L'autre dit qu'il en a besoin lui aussi. Je ne pense pas qu'ils en aient besoin tous les deux. Il faut qu'il y en ait un des deux qui reconnaisse que l'autre a vérifié le site.

Nous avons un ministère provincial, le MPA, qui nous délivre un permis. Nous avons une organisation responsable des terres de la Couronne qui nous dit que nous avons un bail pour l'accès à l'eau et à toutes ces choses. En raison des compressions, il y a moins de liens entre Transports Canada et nous. Il y a moins d'agents qui font des visites. Ils ne communiquent pas toujours bien avec les gens de l'endroit au sujet de la façon de marquer les sites, parce qu'il y a d'autres activités de pêche à ces endroits. Parfois, ce qui semble bien sur papier n'est pas aussi bien lorsqu'on arrive en bateau à un site qui devrait être marqué, et il peut sembler y avoir des irrégularités.

Il faut trouver un équilibre. Je suis d'accord pour dire qu'il faut qu'il y ait une réglementation, mais il faut qu'il y ait un certain respect mutuel entre le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral, une confiance et une validation des documents, plutôt qu'un dédoublement.

Mme White : Je crois que vous avez mentionné la gestion de baies. Je voudrais simplement dire quelque chose là- dessus. En mytiliculture, on peut presque lancer un caillou de l'une de nos installations à l'autre et ensemencer ainsi le site où le caillou tombe. On demande un permis de transfert, et on attend ce permis pour déplacer les installations de quelques pieds. C'est une espèce dont l'élevage suppose une circulation de l'eau. On transfère les installations juste à côté. Ce n'est pas dans une autre baie. Ce n'est pas un autre plan d'eau. Ce n'est pas une autre région de Terre-Neuve.

Dans la région de Triton, en tout cas, nous avons en quelque sorte besoin d'un permis et d'aviser les autorités à la fin de l'année. À partir des statistiques, elles peuvent savoir que, en moyenne, tel site produit en général 50 000 kilogrammes. C'est ce que le site peut contenir. C'est sa capacité. Nous n'allons pas produire plus de moules que cela. C'est la capacité du site.

Ça devient simplement répétitif lorsque nous demandons chaque année 50 000 kilos et qu'on nous donne l'approbation. On sait que nous allons produire la même quantité l'an prochain, vu la réglementation. Nous aimerions pouvoir obtenir un permis et qu'on nous dise que les huit sites d'élevage sont suffisamment près pour que les transferts se fassent, pour autant que nous fassions savoir aux autorités à la fin de l'année que nous avons transféré des moules, que nous leur fournissions nos statistiques, puisque, de toute façon, elles savent déjà quelle quantité de moules est transférée.

C'est ce que le MPO a fait avec nous l'an dernier. Le MPA nous a délivré des permis individuels, mais le MPO ne nous a donné qu'un permis en nous disant que nous pouvions effectuer des transferts entre tous les sites d'élevage de moules dans la région. C'est un petit coup de main. Je comprends un peu mieux dans le cas des huîtres. Nous faisions des transferts interprovinciaux. Il se peut que la gestion de baies ne soit pas aussi facile que dans le cas des moules au départ.

Nous examinons un peu les possibilités qu'offrent les marchés asiatiques. Il s'agit davantage de produits congelés, puisque nous avons créé un produit à valeur ajoutée qui est un emballage d'une livre de moules cuites et congelées. Nous espérons nous rendre en Asie pour évaluer certains des marchés là-bas dans les temps qui viennent. Bien entendu, si nous commençons à produire des huîtres, nous pourrions aussi envoyer des huîtres là-bas.

Mme Pryor : Je voudrais simplement ajouter rapidement quelque chose au sujet des prêts et des subventions et concernant la première question au sujet du financement du secteur des mollusques et crustacés. Je suis sûre que Laura et Rebecca seraient d'accord. Je ne pense pas que le secteur des moules n'ait jamais reçu un financement équivalent à celui des industries du saumon et des autres poissons, pour ce qui est de l'infrastructure, et même pour ce qui est du développement.

Si vous jetez un coup d'œil sur la figure portant sur ma production de mollusques et de crustacés dans notre province, vous constaterez qu'il est clair qu'elle a connu des hauts et des bas. Il y a eu des phases de ralentissement et d'expansion et des choses de ce genre. Laura a déjà parlé des marges dans le secteur. C'est quelque chose de tout à fait différent. Ce n'est pas aussi attrayant que l'industrie du saumon et des autres poissons, alors les éleveurs de mollusques et de crustacés ont clairement eu à se battre beaucoup au fil des ans pour obtenir le financement qu'ils ont été en mesure d'obtenir. Ils se battent encore, comme Rebecca le disait, pour étendre leurs activités à une nouvelle espèce. Le soutien n'a certainement pas été le même pour les deux volets du secteur.

J'allais simplement ajouter que le Conseil canadien du homard est très intéressant. Comme Rebecca l'a dit, je crois, nos transformateurs envisageraient toutes les possibilités de mise en marché, et il est clair qu'un partenariat de ce genre nous permettrait de conquérir de nouveaux marchés.

Nous avions une entreprise à Terre-Neuve. Elle s'appelait Fly Fresh Freight. Cette entreprise envisageait de transporter des fruits de mer frais de Terre-Neuve vers l'Europe. Nous voudrions faire cela en continu. C'était il y a peut-être trois ans, mais, à l'époque, les gens de cette entreprise n'ont pas pu obtenir suffisamment de produits pour faire ce qu'ils voulaient faire. Peut-être que l'AECG et les autres changements apportés vont créer de nouvelles possibilités, mais ce serait assurément une possibilité.

Le président : Sénateur McInnis, une brève question.

Le sénateur McInnis : J'allais simplement demander une réponse au sujet de la gestion environnementale.

Mme Pryor : Il y avait bel et bien des codes dans la province, il y a de cela des années. Nous avons discuté avec les membres de notre association et nos collègues d'autres régions du pays afin de déterminer ce que nous devrions mettre en place. J'imagine que je pourrais parler de cela davantage relativement aux mollusques et crustacés. On a pris la décision d'adopter la certification, parce que les mécanismes de certification sont fondés sur des politiques environnementales si strictes qu'il faut qu'une tierce partie accrédite l'exploitation. Ces mécanismes sont essentiellement devenus ce que nous pourrions appeler nos codes de pratique, si cela vous éclaire.

La sénatrice Raine : Merci beaucoup. Je constate qu'il y a une grande différence entre les moules, les huîtres et les poissons. Une chose pique beaucoup ma curiosité depuis que nous avons visité le Centre pour la santé et le développement de l'aquaculture, le nouveau laboratoire situé à St. Alban's. Il y a là-bas des laboratoires de pointe.

Ces laboratoires ne pourraient-ils pas faire des tests pour diverses choses? Pourquoi devez-vous envoyer les échantillons ailleurs en ce qui concerne les répercussions sur la santé des moules?

Mme Pryor : Je pense que la réglementation exige que les tests soient faits dans un laboratoire de l'ACIA. Il se peut que je me trompe.

La sénatrice Raine : Qu'est-ce qui nous empêche de faire agréer ce laboratoire par l'ACIA? Je pense que c'est la question que je veux poser, parce que nous n'avons pas besoin de créer des chevauchements. Les laboratoires de ce genre sont extrêmement coûteux. Je veux dire... il y a là-bas un laboratoire de pointe. Il devrait être utilisé par le MPO, par l'ACIA, par Environnement Canada et par tout le monde. À lui seul, ce laboratoire pourrait servir la région.

Mme Pryor : Il y avait un laboratoire de l'ACIA à St. John's, qui a fermé ses portes, alors l'ACIA avait un laboratoire. Vous soulevez un bon point.

La sénatrice Raine : Serait-il possible de faire agréer ce laboratoire par l'ACIA?

Mme Pryor : Je ne puis vous répondre.

Le président : Je pense que ce serait possible, mais c'est un processus qui relève d'un échelon plus élevé que le mien.

La sénatrice Raine : Madame White, les huîtres sur lesquelles vous effectuez des recherches, vous dites que ce sont des huîtres américaines?

Mme White : Oui.

La sénatrice Raine : Est-ce que c'est la même chose que les huîtres bleues?

Mme White : Non, ce sont les moules qui sont bleues.

La sénatrice Raine : Oh, les moules. Pourquoi dites-vous que ce sont des huîtres américaines?

Mme White : C'est simplement le nom qu'elles portent, ou encore on les appelle huîtres de l'Est. Ce n'est que le nom qu'on leur donne, essentiellement. On en trouve partout sur la côte Est. Le nom latin de ces huîtres est Crassostrea virginica.

Le président : Tenez-vous-en à « huîtres américaines ».

La sénatrice Raine : Nous avons examiné tout cela lorsque nous nous sommes intéressés au homard. Le fait est que, si vous envisagez de commercialiser ces huîtres provenant des eaux cristallines de Terre-Neuve, il serait préférable de ne pas conserver l'appellation « huître américaine », car elles seront confondues avec toutes les huîtres de la côte Est provenant d'eaux de moindre qualité. Il faudrait une autre appellation, à moins que vous soyez obligé de conserver l'autre.

Mme White : Non, nous prévoyons trouver une marque de commerce pour ces huîtres. Je suppose que le nom en question est simplement celui que leur donnent les gens du Nouveau-Brunswick qui nous les fournissent.

La sénatrice Raine : Nous pourrions tout simplement retirer immédiatement cela des choses dont vous devez vous occuper, n'est-ce pas? Quoi qu'il en soit, je vous souhaite bonne chance, car il semble s'agir d'une très bonne occasion. J'éprouve assurément du respect pour la ténacité dont vous faites preuve au moment d'aller de l'avant. Ce n'est pas facile.

Mme White : Merci.

La président : Je remercie la sénatrice Raine et tous les membres du groupe de témoins. On nous a présenté un point de vue différent et très fascinant sur l'industrie. À coup sûr nous entendons aujourd'hui bien des choses. Je suis certain que les sénateurs auraient de nombreuses autres questions à vous poser, mais le temps dont nous disposons est limité. Nous avons un autre groupe de témoins à entendre, et nous commençons à manquer de temps.

Si vous le permettez, j'aimerais simplement indiquer, comme j'ai l'habitude de le faire, qu'il est possible que vous songiez au cours des deux ou trois prochaines semaines à quelque chose que vous auriez souhaité mentionner pendant que vous étiez ici. Si cela se produit, n'hésitez pas à communiquer avec notre greffier afin de lui transmettre les renseignements en question. Nous pouvons à tout moment ajouter cela au mémoire que vous nous avez fourni et en tenir compte dans le cadre de notre étude. S'il y a quelque chose dont vous croyez que nous aurions dû être informés ou que nous n'avons pas eu l'occasion d'examiner aujourd'hui, ne vous gênez pas pour nous le faire savoir.

Je vous remercie une fois de plus de nous avoir consacré du temps. Nous avons passé un excellent moment avec vous.

À présent, nous sommes heureux d'accueillir Jamie LeRoux, maire de St. Alban's, de même que Roy Drake, maire de Harbour Breton. Nous avons eu la possibilité de visiter hier ces deux municipalités, et nous remercions les deux maires de leur hospitalité. À seule fin de m'assurer de protéger mes arrières, je tiens à mentionner que nous nous sommes également rendus à Poole's Cove.

Au nom des membres du comité, je vous remercie d'être ici aujourd'hui. Je crois comprendre que vous avez tous deux des observations préliminaires à nous présenter. Nous passerons ensuite aux questions des sénateurs. Que celui qui souhaite prendre la parole en premier le fasse.

Jamie LeRoux, maire, village de St. Alban's, Terre-Neuve-et-Labrador : Comme vous le savez tous, je m'appelle Jamie LeRoux. J'espère que les sénateurs ont aimé leur visite de notre région et de nos villages. Au cours des prochaines minutes, en tant que maire de St. Alban's, à Terre-Neuve-et-Labrador, je vais vous brosser un tableau des retombées économiques de l'aquaculture sur notre village et notre région.

Je commencerai par quelques renseignements généraux pour mettre les choses en contexte, je passerai ensuite à un bref exposé des retombées de l'aquaculture, et je terminerai par des observations personnelles sur l'essor des régions rurales.

Notre village compte 1 233 habitants. La région de Coast of Bays compte 14 municipalités composées de 22 collectivités dont la population totale est de 7 219 habitants.

St. Alban's et la région de Bay d'Espoir ont vu le jour lorsque des habitants de collectivités de Bays ont quitté la côte pour s'installer à l'intérieur des terres. St. Alban's est devenu un centre de commerce, et l'une des premières industries à s'établir ici a été l'industrie forestière, qui a ensuite connu un déclin. Le secteur du développement hydroélectrique et, par la suite, de la production d'hydroélectricité, ont pris de l'importance dans la région.

Une fois la phase de développement terminée, de nombreux travailleurs qualifiés du secteur de la construction ont dû se chercher du travail ailleurs. Notre région comptait quatre usines de transformation du poisson sauvage. Si la pêche et le négoce du poisson ont toujours une grande importance ici, ces quatre usines, quant à elles, ont mis un terme à leurs activités. Cela dit, au cours des dernières années, trois usines du secteur agricole ont été très actives, et l'une d'entre elles est située à St. Alban's, où n'était établie aucune des usines de transformation du poisson sauvage. Bon nombre de pêcheurs de la grande région travaillent à présent dans les pêcheries et les installations aquicoles

Notre économie locale a connu des hauts et des bas, et nos gens ont dû faire face à des difficultés économiques et à des changements démographiques semblables à ceux qui ont touché une kyrielle de régions rurales du pays. Bien souvent, la principale et plus précieuse exportation de notre région, ce sont ses habitants qui ont dû aller se chercher du travail ailleurs.

Je vais maintenant changer de registre et vous parler de l'aquaculture à St. Alban's et dans les environs. Le développement et la croissance du secteur aquicole ont commencé il y a une trentaine d'années. À présent, ce secteur crée une multitude d'occasions grâce à sa diversification et à sa contribution à notre économie.

Une écloserie d'une superficie de 58 000 pieds carrés, un laboratoire de recherche sur la santé des poissons et des animaux aquatiques et un centre de développement de l'aquaculture ont vu le jour dans notre village, qui compte également une usine de transformation du poisson. Des sites d'élevage se trouvent dans les anses avoisinantes. En outre, des entreprises du secteur des services se sont installées ici, par exemple des vendeurs de matériel de plongée et des fabricants de cages et de filets.

L'industrie et les entreprises connexes emploient des centaines de résidents de la région — l'industrie crée de 600 à 800 emplois directs dans la grande région. Ces emplois englobent tant des postes de manœuvre que des postes de travailleurs qualifiés ou de professionnels, et ce, dans une vaste gamme de secteurs, notamment ceux de la technologie marine, des sciences et des affaires.

L'aquaculture contribue à l'assiette fiscale de notre village. Le développement commercial et résidentiel a été considérable. La valeur des terrains et des propriétés ont augmenté. Par le passé, il était très difficile de vendre une résidence ou de louer un logement; à l'inverse, aujourd'hui, vu la hausse de la demande, il est beaucoup plus difficile de trouver une maison à acheter ou un logement à louer. Le nombre de mises en chantier s'est accru de façon substantielle.

De jeunes gens viennent s'installer dans la région pour profiter des occasions qui s'y présentent. Des retraités et des semi-retraités reviennent y vivre avec la conviction que la résidence pour personnes âgées qui sera construite ici se trouvera dans un milieu de vie plus dynamique. Un plus grand nombre de personnes peuvent profiter de la présence non loin d'eux de leurs petits-enfants. Il s'agit là d'effets moins tangibles, mais néanmoins favorables au bien-être d'une collectivité saine et durable. Tout le monde en profite, qu'il s'agisse des enfants ou des personnes âgées.

Je terminerai mon exposé par des observations personnelles à propos de quelque chose qui se passe littéralement devant chez moi. En 2002, je suis retourné vivre à St. Alban's avec mon épouse et notre famille. Avant de le faire, je me suis posé des questions sur le bien-fondé de cette décision, vu que, d'aussi loin que je pouvais me souvenir, la tendance consistait plutôt à faire le chemin inverse. En 2002, il ne restait plus dans la région qu'une poignée de ceux qui avaient terminé leurs études secondaires en même temps que moi en 1993. À l'heure actuelle 16 de ces 37 personnes vivent dans la région, et en fait, depuis la rédaction de mon exposé, ce nombre est passé à 19. En d'autres termes, plus de 50 p. 100 des gens de ma promotion vivent, travaillent et élèvent actuellement leur famille dans notre région rurale de Terre- Neuve-et-Labrador.

Lorsque nous nous sommes installés ici, mon épouse et moi avons acheté une maison préfabriquée mobile de 70 pieds pour le prix d'une belle voiture. Nous avions décidé de jouer de prudence, vu que la dépréciation de valeur d'une plus grande maison peut faire perdre de l'argent. Nous nous retrouvions dans une situation différente de celle qui régnait à Halifax, où nous vivions auparavant. Six ans plus tard, en 2008, nous avons vendu cette petite maison pour le prix de deux belles voitures. À ce moment-ci, sa valeur est égale à celle de trois belles voitures. En 2008, nous avons construit une nouvelle maison. Il s'agissait de l'une des 11 mises en chantier survenues dans notre village cette année-là. Depuis 2008, notre évaluation foncière a augmenté de 40 p. 100, et le coût de fabrication a presque doublé.

Le lotissement où nous vivons est à présent complet. Neuf autres maisons y ont été construites, et 22 jeunes enfants y vivent, sans compter les nôtres.

Depuis belle lurette, l'industrie des poissons et des fruits de mer de Terre-Neuve-et-Labrador présente une valeur annuelle de 1 milliard de dollars, ce qui est considérable. À l'heure actuelle, la valeur de la production aquicole représente près de 20 p. 100 de cela. Il s'agit d'une statistique. À bien des égards, l'essor d'une région rurale ne peut pas être quantifié — on en prend la mesure par ce que l'on éprouve lorsque l'on sort de chez soi et que l'on se promène dans son village. Je vous remercie de m'avoir permis de vous parler aujourd'hui de notre municipalité, de notre région et des très substantielles retombées économiques que l'aquaculture a eues sur elles.

Merci.

Le président : Monsieur Drake, la parole est à vous.

Roy Drake, maire, village de Harbour Breton, Terre-Neuve-et-Labrador : Bonjour, mesdames et messieurs. Je m'appelle Roy Drake, et je suis maire de Harbour Breton, collectivité que vous avez visitée hier. Comme vous avez pu le constater, elle est située sur la côte sud de la province, dans la région de Coast of Bays.

De tout temps, Harbour Breton a vécu de la pêche hauturière et de la pêche côtière, principales sources d'emploi à l'année pour la collectivité, jusqu'à ce que les choses changent il y a quelques années.

Dans les années 1990, nous avons tous été touchés par le moratoire de la pêche de la morue du Nord. L'usine locale de transformation du poisson a mis fin à ses activités, et des gens se sont retrouvés sans travail. Cependant, au cours des années suivantes, le moratoire a eu l'heureux effet d'amener les gens à se tourner vers d'autres espèces, de sorte que des emplois ont été créés.

Toutefois, en 2004, le gouvernement provincial a adopté des modifications législatives qui ont contraint Fishery Products International à fermer ses portes, ce qui a rompu l'un des liens de notre collectivité avec la pêche hauturière.

Le groupe Barry s'est ultérieurement porté acquéreur des installations de Harbour Breton. Une fois de plus, nous nous sommes adaptés, et nous nous sommes lancés dans l'aventure de l'aquaculture. Les résidents de Harbour Breton travaillent dans des installations d'aquaculture. Ils travaillent dans des entreprises qui fournissent des services à l'industrie aquicole, et ils travaillent dans le secteur de la valorisation du saumon et de la truite d'élevage, dont les produits sont ensuite envoyés sur le marché.

Nul besoin de chercher bien loin pour constater les retombées économiques qu'ont eues ces emplois créés par l'industrie non seulement sur notre collectivité, mais également sur toutes celles de la province. Ici même, dans la région du centre de Terre-Neuve, les entreprises qui sont tributaires de l'industrie aquicole sont légion.

Tout comme une entreprise, une municipalité a besoin d'argent pour poursuivre ses activités. Lorsque ses habitants travaillent, toute la collectivité en bénéficie. Je n'ose pas imaginer à quoi ressemblerait Harbour Breton si l'industrie aquicole disparaissait aujourd'hui. Le nombre d'emplois directs et indirects qui en dépendent est presque incommensurable. Bien sûr, certains de nos résidents travaillent pour l'industrie de la pêche hauturière, dans le secteur médical ou pour l'industrie de la pêche côtière, mais ils contribuent tous à l'économie locale. La survie des régions rurales de Terre-Neuve passe par la diversification de leur économie, et notre collectivité possède une économie diversifiée.

Le problème auquel nous faisons face tient à ce que nos installations de production ont dépassé leur durée de vie utile. Nous avons besoin d'une usine plus moderne. Des installations simplifiées doivent être construites. Nous collaborons chaque jour avec toutes les parties concernées pour faire en sorte que cette usine voie le jour dans un avenir rapproché.

Comme Jamie et bien d'autres personnes, j'ai décidé de fonder une famille et de travailler dans mon patelin d'origine. Je crois en notre collectivité, en ses ressources et en ce qu'elle a à offrir. L'avenir nous réserve de bonnes choses, pour autant que nous nous dotions d'un plan adéquat. Toutes les industries se heurtent à des difficultés, mais il ne fait aucun doute que l'industrie aquicole peut permettre à notre région de poursuivre sa croissance et de contribuer notablement à l'économie de la province.

Merci.

Le président : Je remercie les deux maires de leurs exposés. Nous sommes très heureux d'avoir l'occasion d'entendre des gens qui ont un autre point de vue sur l'industrie aquicole et ses effets bénéfiques.

Le sénateur Wells : Messieurs les maires, je vous remercie de vous être présentés ici, de nous avoir présenté des exposés et de nous avoir accueillis chez vous hier.

Monsieur LeRoux, vous avez mentionné que la région de Coast of Bays comptait 13 municipalités.

M. LeRoux : Elle compte 14 municipalités et 22 collectivités.

Le sénateur Wells : Est-ce que les collectivités collaborent adéquatement en vue du développement de l'industrie aquicole, plus précisément du développement des sites, des services et, bien entendu, dans certains cas, des activités de transformation? Le climat qui règne en est-il un de coopération, ou bien de saine concurrence?

M. LeRoux : En ce qui concerne la coopération, je vous dirai que le maire Drake et moi-même sommes des nouveaux venus au sein du conseil régional des maires qu'ont fondé nos prédécesseurs à la fin des années 1990. Tout juste la semaine dernière, ou peut-être la semaine précédente, nous avons consolidé cela par la conclusion d'un protocole d'entente et la création d'une société de développement économique régional. Ainsi, dans l'avenir, le soutien de l'industrie aquicole et d'autres industries pourrait susciter de l'intérêt. J'ajouterai que nos collectivités ont une longue tradition de collaboration en matière de services et d'autres choses du genre.

En ce qui a trait à l'aquaculture, je vous dirai que, au fil des ans, notre groupe a rencontré les divers intervenants de la région, notamment des membres de l'industrie aquicole, et que, selon moi, la concurrence au sein de l'industrie doit prendre de l'ampleur. Certaines entreprises devraient mener quelques-unes de leurs activités — par exemple le nettoyage — à d'autres endroits. Certains membres de l'industrie en savent beaucoup plus que les membres de leur administration municipale en ce qui concerne certaines rentrées et sorties de fonds.

Tout le monde profite des activités de l'industrie. Il arrive que les diverses entreprises se livrent à une saine concurrence, par exemple lorsque de nouveaux produits sont lancés, mais il va sans dire qu'il en va de même dans tous les secteurs. Dans une large mesure, le climat qui règne en est un de coopération.

Le sénateur Wells : Peut-on dire, pour l'essentiel, que ce regroupement de municipalités remplace le comité de développement économique régional, à savoir la Coast of Bays Corporation?

M. LeRoux : Non. Les élections municipales ont eu lieu l'automne dernier. Les maires qui faisaient précédemment partie de ce regroupement voulaient dissoudre la société de développement économique et avaient pris des mesures en ce sens, mais les nouveaux maires faisant partie du groupe ont plutôt décidé de consolider leur union afin de travailler en collaboration dans l'avenir.

Quant à la société en question, son mandat était légèrement différent, et ses activités étaient davantage menées à l'initiative des municipalités. L'avantage qu'il procure aux municipalités tient à ce qu'il leur permettrait probablement de mettre en œuvre le comité de développement économique régional, à savoir la Coast of Bays Corporation à laquelle vous avez fait allusion, et qui n'était qu'un organisme de planification.

Le sénateur Wells : Exact. Cela vous procure une plus grande souplesse.

Monsieur Drake, on peut dire que Harbour Breton constitue la plaque tournante de la région — votre collectivité fait essentiellement office de centre de services régional. Au cours de la période noire des années 1990 et du début des années 2000, une foule de personnes ont quitté la région et sont allées s'établir en Alberta ou ailleurs pour y trouver du travail. À présent, vous constatez que les gens reviennent s'installer ici parce qu'ils peuvent y trouver du travail. Je suppose qu'il est juste de dire cela.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous heurtez? Avez-vous de la difficulté à attirer un nombre suffisant de travailleurs pour combler les postes disponibles au sein des entreprises de Harbour Breton et des environs?

M. Drake : Il nous arrive d'éprouver des difficultés à ce chapitre. Comme vous venez de le mentionner, bien des gens ont quitté la région pour aller trouver du travail ailleurs, mais lorsque l'industrie aquicole a lancé ses activités ici, des gens, disons, plus âgés, c'est-à-dire des personnes dans la cinquantaine qui n'étaient pas convaincues qu'elles pourraient se trouver du travail en Alberta, ont pu trouver du travail dans la région. Cela leur a donné la possibilité de demeurer dans leur patelin et d'y trouver un gagne-pain. Voilà ce que la plupart de ces gens nous ont dit.

De plus, l'industrie aquicole a permis à de jeunes scientifiques et à d'autres travailleurs spécialisés de faire exactement la même chose que j'ai faite, c'est-à-dire de venir s'établir ici, chez eux.

Le sénateur Wells : En parcourant les notes d'information qui nous ont été fournies, j'ai constaté que la présence de l'industrie aquicole avait permis à la région d'attirer, entre autres, des biologistes et des vétérinaires spécialistes de la vie marine. Je n'aurais jamais cru qu'il y aurait une demande soutenue dans de tels domaines. Le secteur aquicole a fait des choses merveilleuses pour les collectivités de la région de Coast of Bays. Merci beaucoup de vos exposés.

La sénatrice Poirier : Messieurs, je vous remercie d'être ici. À la lumière des propos que vous avez tenus concernant la façon dont les choses ont progressé dans vos collectivités sur le plan du nombre d'habitants, d'emplois et de familles et en ce qui concerne tout ce que l'avenir vous réserve, il semble que l'industrie aquicole a été un véritable catalyseur économique de votre région. Est-ce exact?

M. Drake : Oui.

La sénatrice Poirier : Pourriez-vous nous parler de l'importance que revêt le tourisme sur le plan économique pour les diverses collectivités de votre région côtière? Pourriez-vous nous indiquer si l'aquaculture a eu des effets sur votre industrie touristique?

M. Drake : J'imagine que vous avez trouvé hier que la route qui mène à Harbour Breton est longue. C'est ce que pensent la plupart des gens, de sorte que le tourisme a toujours posé des difficultés pour nous. Le fait d'attirer des gens jusqu'ici a toujours constitué un défi.

La municipalité que représente Jamie n'est pas aussi éloignée de la route Transcanadienne que la nôtre. Des gens travaillant au sein de l'industrie aquicole visitent la région. Ils en entendent parler dans les bulletins de nouvelles. Ils entendent parler de son franc succès. Ils vont visiter St. Alban's, Milltown et Head of Bay, et aussi, bien entendu, Conne River, l'unique réserve des Premières Nations de l'île qui se trouve dans notre région. Ils se rendent dans ces lieux, et ils viennent à Harbour Breton. La plupart des gens adoreraient observer la manière dont se déroulent les activités en tant que telles, l'élevage du poisson dans des cages. À ce jour, l'industrie aquicole a réalisé bien des choses.

En outre, comme mon collègue l'a mentionné, nous sommes tous deux des maires nouvellement élus. Nous avons constaté que nous avions de bons défis à relever. Où construire de nouvelles maisons? Où trouver les fonds requis pour la construction d'infrastructures hydrauliques, de réseaux d'égouts, de routes asphaltées et de quais? Que faire pour répondre aux besoins de ces gens?

La plupart des villages de Terre-Neuve ne sont heureusement pas confrontés à un tel problème, mais pour notre part, nous pouvons honnêtement dire que le succès attire les gens. Qu'ils travaillent dans l'industrie aquicole, dans le secteur de la pêche hauturière ou dans le domaine hospitalier, comme c'est mon cas, les gens veulent appartenir à une collectivité en croissance et débordante de vitalité. Il y a toujours deux écoles dans notre collectivité. En 1991, lorsque j'ai terminé mes études secondaires, il y avait deux écoles, et elles sont toujours là. La population n'est plus aussi élevée, mais ces deux édifices sont toujours là, car notre nombre d'habitants justifie leur présence. Ça change tout.

M. LeRoux : Comme le maire Drake l'a indiqué, l'aquaculture n'a eu aucun effet sur le tourisme. En fait, c'est plutôt le contraire qui se produit — bien des gens qui viennent ici s'informent à propos de l'aquaculture et veulent en apprendre davantage là-dessus. En ce qui nous concerne, c'est l'aquaculture qui bonifie l'expérience touristique.

Notre région a beaucoup de choses à offrir. J'ai entendu dire que, partout dans la région de l'Atlantique, des conseillers en tourisme comparaient quelques-uns des paysages que vous pouvez voir depuis votre véhicule lorsque vous circulez dans notre région, plus particulièrement lorsque vous descendez vers Harbour Breton et les autres collectivités de ce coin-là, à des paysages d'autres coins de pays qui ne sont accessibles qu'aux randonneurs. En matière touristique, nous possédons quelques joyaux bien cachés, mais je ne vous en dirai pas davantage. Comme je l'ai indiqué, la route est parsemée d'embûches, mais l'industrie aquicole n'a pas véritablement créé d'occasions pour nous sur le plan touristique.

La sénatrice Poirier : Messieurs, diriez-vous que l'industrie aquicole est la principale créatrice d'emplois de votre région ou de votre partie de la province?

M. LeRoux : Sur le plan des occasions de croissance, oui, à coup sûr. Dans certaines régions de la côte, par exemple à Bay d'Espoir, l'industrie de la production d'hydroélectricité emploie toujours beaucoup de gens. On produit toujours là-bas la majeure partie de l'électricité consommée sur l'île. À l'autre bout de la côte, les secteurs de la pêche côtière et du négoce de poisson demeurent très importants, mais il y a des occasions de croissance et de complémentarité — il arrive que quelques-unes de ces industries collaborent et que des gens travaillent dans plus d'une d'entre elles.

La sénatrice Poirier : Je regrette que mon vol ait été retardé et que je n'aie pas pu participer à la visite d'hier. J'avais très hâte à cette visite.

Le sénateur Munson : Merci d'être ici. J'aimerais savoir si les villes dont vous êtes maire sont membres de l'association canadienne des municipalités. Bien entendu, vous êtes membre de l'association terre-neuvienne que vous avez évoquée.

M. LeRoux : De même que celle de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur Munson : Je pense que vous avez tous deux entendu le témoignage qu'ont livré des exploitants d'installations piscicoles, conchylicoles ou autres. Ils ont parlé de la grande quantité de paperasse à remplir, des nombreux chevauchements de services, de la confusion et des retards, de la fermeture de bureaux et du problème lié à Marine Atlantique. Est-ce que vous et les autres maires de Terre-Neuve-et-Labrador avez l'occasion de vous réunir, d'examiner par vous-même ces plaintes et d'indiquer ensuite d'une seule et même voix à vos mandants respectifs, ou même à un représentant du gouvernement fédéral ou du gouvernement provincial, que, en dépit de toutes les bonnes choses qui se produisent, vous avez toujours de graves difficultés à surmonter, notamment en ce qui a trait à l'obtention de fonds et d'approbations? S'agit-il d'une chose que vous êtes en mesure de faire? Avez-vous entrepris une telle démarche?

M. LeRoux : Pour autant que je me souvienne, les administrations municipales de la province n'ont jamais fait rien de tel. Ce n'est pas qu'elles ne veulent pas le faire. La province compte de nombreuses industries, mais à un échelon plus local, et je vous dirai que, d'après ce que j'ai pu observer par le passé, les préoccupations de l'industrie sont aussi celles de municipalités. Si nous pouvons faire quelque chose pour aider l'industrie à aller de l'avant, surtout par le truchement de notre société de développement économique, et si nous pouvions réduire la paperasse, cela favoriserait la poursuite de la croissance de nos collectivités.

M. Drake : Pour une municipalité, la paperasserie représente toujours un problème, mais je pense qu'il s'agit là d'une chose sur laquelle se penchera le conseil économique regroupant les collectivités de notre région une fois qu'il aura entrepris ses activités.

Je sais que l'un des sites dont Mme Halfyard a parlé se trouve dans notre collectivité. Nous avons eu des difficultés. Je sais que quelques-uns des problèmes auxquels Cooke Aquaculture s'est heurtée lorsqu'elle était présente à Harbour Breton tenait aux conditions météorologiques et à l'horaire du traversier — les gens quittaient la ville chaque soir en bateau ou en camion à seule fin de prendre le traversier au petit matin, et ils se croisaient les doigts pour qu'il parvienne jusqu'ici. Il s'agit d'un problème à régler, et nous nous pencherons là-dessus avec les producteurs.

Le sénateur Munson : Merci de ces explications.

L'industrie aquicole semble extrêmement différente des autres industries qui ont été présentes dans la province et ailleurs dans la région de l'Atlantique. Je suis originaire du Nouveau-Brunswick, mais lorsque j'étais journaliste, j'ai fait un certain nombre de reportages sur des serres et diverses autres entreprises du cap Breton, par exemple des centres d'appels, dans lesquelles de l'argent avait été investi. Les investissements de ce genre rendent les maires et les autres intervenants fous de joie, et ils acceptent tout sans poser de question. Et puis, deux ans plus tard, on apprend que l'entreprise qui avait suscité tant d'espoir a subitement mis fin à ses activités.

À ce chapitre, les choses semblent avoir changé. Cette industrie semble susciter beaucoup plus d'espoir et être beaucoup plus durable. À mes yeux, cela s'explique en partie par le courage des gens de Terre-Neuve-et-Labrador, de même que par le fait que ces gens sont à la fois propriétaires et exploitants de ces entreprises.

J'avais envie de faire cette observation, vu que nous ne sommes ici que depuis 48 heures et que nous devons rédiger un rapport. Ce que nous devons sérieusement viser, c'est l'instauration d'une loi sur l'aquaculture et de dispositions réglementaires simplifiées, et nous espérons avoir l'occasion de contribuer à leur élaboration. Il s'agit là non pas tant d'une question que d'une déclaration que j'avais envie de faire.

M. Drake : Pour la plupart des gens, même l'industrie aquicole n'a rien de tout à fait nouveau — à Bay d'Espoir, elle est présente depuis 25 ou 30 ans. Sa croissance a été lente. Les gens de l'industrie savaient ce qu'ils faisaient, et ils sont parvenus au point où nous en sommes aujourd'hui. Ils ont parfois besoin de financement du gouvernement, et l'aide d'organismes comme l'APECA est une excellente chose, surtout pour une collectivité comme celle que je représente, à tout le moins à ce moment-ci.

M. LeRoux : À Head of Bay d'Espoir, municipalité voisine de Milltown, une entreprise du secteur de l'approvisionnement est en train de faire construire des installations de nettoyage de filets, et un autre quai est en construction à Milltown. Hier, je me suis rendu à Clarenville, et il y avait de la circulation. Il s'agit là de signes positifs qui montrent que la croissance de l'industrie et des secteurs connexes se poursuit.

Le sénateur McInnis : Bonjour à vous, messieurs les maires. Je suis d'accord avec le sénateur Munson pour dire que tout ce que l'on entend aujourd'hui est très réconfortant, et que l'avenir semble très prometteur pour vous, vu que le monde doit être nourri et que l'aquaculture se révélera nécessaire. Qui aurait cru que des gens retourneraient vivre dans leur petit hameau isolé de Terre-Neuve, de la région de l'Atlantique ou de la Colombie-Britannique pour y vivre et y créer des emplois?

Je crois qu'on a fait allusion aux activités de valorisation. Je ne suis pas certain de comprendre en quoi elles peuvent consister, mais vous pourrez nous fournir des explications à ce sujet. Quels sont les types d'activités aquicoles qui ont lieu? Quel est le salaire moyen des travailleurs de l'industrie?

Enfin, il y a une chose que je tente de comprendre. Je pense que vous avez dit que l'industrie avait des effets bénéfiques sur le plan de l'assiette fiscale. Comment procédez-vous à l'imposition? Je peux imaginer la manière dont vous imposez les sites qui se trouvent à terre, mais qu'en est-il des enclos? Sont-ils imposés? Ils sont rattachés au rivage et au fond de l'eau. Vous est-il possible de les imposer et d'en tirer des bénéfices fiscaux?

M. Drake : Je vous parlerai d'abord de la valorisation. Lorsque des activités de production avaient lieu à Harbour Breton, il y avait deux façons de valoriser le produit. On procédait à l'étêtage et à l'éviscération pour le compte de la pêcherie. Les saumons étaient envoyés entiers au Nouveau-Brunswick, par exemple, où on procédait à leur filetage en vue de prolonger la durée de vie du produit ou en réponse à la demande du marché.

Les activités de filetage avaient créé des emplois à Harbour Breton. Cette facette des choses nous plaisait beaucoup, mais là encore, la durée de vie du produit, son expédition hors de l'île et d'autres choses du genre nous posaient des difficultés. Nous examinerons tout ça de nouveau une fois que nos activités seront relancées. Voilà en quoi consistent les activités de valorisation — pour nous, elles se ramènent au filetage du produit en tant que tel.

En ce qui concerne le salaire horaire, je sais que ceux qui s'occupent des cages touchent au moins 13 ou 14 $ l'heure, et que les employés de l'usine de transformation touchent un salaire à peu près semblable.

Pour ce qui est de l'assiette fiscale, à Harbour Breton, l'imposition de l'entreprise s'effectuait dans le cadre d'un accord conclu avec l'entreprise qui payait un taux annuel fixe pour ses installations et payait l'eau dont elle avait besoin pour ses activités. Quant aux cages, je ne pense pas qu'elles soient imposées, vu qu'elles ne se trouvent pas toujours à l'intérieur des limites de la municipalité. Toutefois, cela pose un problème, vu que les camions qui vont et viennent avec du matériel finissent par user nos routes, nos quais et toutes nos infrastructures. Il s'agit d'une chose que l'on doit examiner.

Des représentants de diverses municipalités m'ont indiqué qu'ils avaient le même problème avec l'industrie minière — ils ne peuvent pas imposer une mine située à l'extérieur de leurs frontières, même si ses activités ont pour effet d'user leurs infrastructures. Il s'agit là d'un sujet dont nous devrons discuter à un autre moment.

M. LeRoux : M. Drake a parlé des salaires touchés par les employés d'usine et de l'imposition des entreprises qui exploitent ces installations. Les cages ne sont pas nécessairement situées à l'intérieur des limites de la municipalité — la plupart du temps, elles se trouvent à l'extérieur de ces limites. En ce qui concerne les salaires, qu'il s'agisse de ceux des employés d'usine, des scientifiques ou des travailleurs qualifiés, j'ai l'impression qu'ils se comparent avantageusement à ceux qui sont versés ailleurs, car si ce n'était pas le cas, les gens n'occuperaient pas ces emplois. Il arrive que les salaires varient en fonction des circonstances.

À un certain moment, il n'y avait aucune usine à St. Alban's. Nous devons tenir compte de cela. Les travailleurs sont syndiqués, et ils touchent assurément un salaire supérieur au salaire minimum. Ceux qui travaillent dans des installations d'élevage ou qui occupent d'autres postes spécialisés touchent des salaires et des avantages sociaux concurrentiels. S'il n'en était pas ainsi, ils ne conserveraient pas nécessairement leur emploi.

En outre, on a maintenant la possibilité d'annoncer les emplois. La conjoncture a changé. À une époque, il n'était pas nécessaire d'annoncer les emplois disponibles. Il y a 10 ans environ, lorsqu'un emploi était disponible, beaucoup de gens se proposaient pour l'occuper. Quant aux entreprises de la région, par exemple les petites boutiques familiales, elles n'avaient besoin que de un ou deux employés. À l'heure actuelle, les entreprises doivent probablement publier davantage d'annonces, vu que les choses ont changé sur le plan des occasions d'emploi, ce qui est très positif.

Le sénateur McInnis : Des professionnels, comme vous les appelez, des scientifiques et bien d'autres personnes veulent travailler dans votre collectivité, et comme elle est si éloignée, ils doivent s'y installer ou s'y réinstaller.

M. LeRoux : L'un ou l'autre.

Le sénateur McInnis : Exact. Ce sont de bonnes nouvelles.

La sénatrice Raine : Merci beaucoup de votre présence et de votre hospitalité. Nous avons passé une très belle journée un peu plus au sud. C'était bien au sud, n'est-ce pas? La côte sud est une belle région.

Pouvez-vous nous dire quel est le taux de chômage actuel dans chacune de vos collectivités?

M. Drake : À ce moment-ci, à Harbour Breton, le taux de chômage est très élevé en raison de la fermeture de l'usine de production. On vous l'a peut-être dit hier lorsque vous vous trouviez là-bas, mais on doit savoir que, après s'être porté acquéreur de l'usine, le groupe Barry a cassé le bail qu'avait signé Cooke. On tente de rouvrir l'usine afin d'y transformer de nouveau du poisson d'ici novembre. Lorsque l'usine a fermé ses portes, 150 personnes se sont retrouvées sans travail du jour au lendemain.

En ce qui concerne les élevages de poissons, on embauche plus de personnes cette année, et il y a plus de sites. Je peux difficilement vous fournir un chiffre actuellement. Ce n'est pas vraiment une bonne année pour me le demander. En tout cas, il y en a probablement plus que j'aimerais.

La sénatrice Raine : Et qu'en était-il donc il y a environ un an?

M. Drake : Il y a un an, c'était difficile de faire travailler les gens. C'est l'une des choses que je peux vous dire. On avait de la difficulté à trouver quelqu'un qui était disposé à aller travailler. Je dirais que le taux était probablement inférieur, de 6 ou 7 p. 100, comparativement aux de 18 à 20 p. 100 d'il y a 20 ans.

M. LeRoux : Je n'ai pas de données précises sur notre ville et les autres villes relativement à certaines des choses constatées au fil des ans. Il y a des programmes et des initiatives de financement pour des projets à l'intention des prestataires de l'AE ou d'autres personnes qui cherchent du travail. Les organisations tentent d'utiliser ces programmes pour faire du travail et obtenir ces compétences. C'est un peu plus difficile de faire participer les gens à ces programmes actuellement parce qu'il y a moins de chercheurs d'emploi. C'est ce que nous avons remarqué.

Pour ce qui est des personnes qui veulent trouver un emploi approprié, les projets et les activités ne sont pas adaptés à tout le monde. Il y a aussi la question de nos jeunes de 18 ans qui obtiennent leur diplôme. Certaines personnes disent qu'il faut essayer de les garder ici. Selon moi, ce n'est pas possible, même dans les grandes villes. Ils veulent s'éloigner de leur père et de leur mère et partir à la conquête du monde.

Je vais revenir à mon expérience personnelle. Je regarde autour de moi et je vois beaucoup de personnes âgées de 25 à 30 ans qui veulent redéménager ici et s'installer. Beaucoup de personnes reviennent. Elles ne travaillent peut-être même pas dans le domaine de l'aquaculture, mais, puisque cette industrie est l'un des facteurs de diversification de la région, elles peuvent travailler dans un magasin ou pour d'autres types d'entreprises dans une ville qui bénéficient indirectement de l'activité de cette industrie ou des entreprises. J'observe ce qui se passe, et je constate que des préretraités redéménagent ici et travaillent dans d'autres industries pour une rémunération moindre que celle qu'ils touchaient ailleurs, mais c'est un revenu de préretraite, et ils ont une bonne qualité de vie ici. Ils reviennent à leurs racines, qui sont ancrées profondément en eux.

La sénatrice Raine : J'ai une autre question. Nous avons entendu à quelques occasions ce matin et hier qu'il faut de meilleurs services cellulaires et Internet. En ce qui concerne l'organisation de développement économique et régional que vous mettez sur pied, pourrez-vous faire quelque chose pour obtenir ces meilleurs services? Je sais que le paysage est très accidenté, ce qui ne facilite pas la mise en place d'une couverture cellulaire.

M. LeRoux : Nous devons obtenir le service à large bande cet été. C'est une annonce récente. Pour ce qui est de la couverture cellulaire, c'est vraiment tout un défi.

M. Drake : Harbour Breton a été chanceux. La fibre a touché terre dans la ville lorsqu'on a filé l'île, il y a quelques années. Nous bénéficions d'un bon service Internet auprès de deux fournisseurs depuis un certain nombre d'années.

Je ne sais pas si vous avez remarqué hier — peut-être pas —, mais il y a une ligne de fibre optique le long de la route. La fibre se rend à St. Alban's et dans d'autres collectivités comme Conne River, ce qui aidera vraiment les gens là-bas, parce que l'ancien service était vraiment déficient. Le service à large bande les aidera.

En ce qui concerne la couverture cellulaire, le paysage est accidenté, et il faut trouver une solution. Une fois le réseau de fibre optique en place, nous parlerons à Bell Aliant afin d'accroître le nombre de sites.

M. LeRoux : On parle de ces enjeux depuis longtemps. L'ancienne Coast of Bay Corporation le faisait, tout comme le regroupement des anciens maires. Ces efforts ont porté des fruits lorsqu'on pense au service à large bande dont nous bénéficions dans notre coin de pays.

J'ai vu un extrait vidéo. Je sais que le sénateur Wells était là quand le chef Misel Joe a parlé du fait que c'était un peu mieux qu'un signal de fumée. Dans la Bay d'Espoir, il fallait plus de 15 minutes pour télécharger un extrait des nouvelles de la CBC de deux minutes. J'ai bien hâte d'avoir le nouveau service dans notre région. Le problème se posait à différentes périodes de la journée, mais, si on se levait tôt ou qu'on se couchait tard, le service était correct.

Le président : C'est absolument un problème dans de nombreuses parties de Terre-Neuve-et-Labrador. Je sais que, dans notre région, au cap Shore, il n'y a toujours pas de couverture cellulaire. Je sais que, du point de vue des affaires, c'est problématique, alors j'espère que la couverture s'y rendra aussi.

Je veux vous remercier encore une fois pour vos exposés. Comme je l'ai déjà dit, c'est fantastique de voir des jeunes reprendre le flambeau dans leur collectivité. C'est la preuve qu'il y a de l'avenir dans les collectivités. Nous vous souhaitons tout le succès possible. Merci d'avoir pris le temps de venir ici aujourd'hui.

Je suis heureux d'accueillir notre prochain groupe de témoins. Dans un premier temps, je vais demander aux témoins de se présenter. Je crois savoir que vous avez ensuite des déclarations préliminaires à nous présenter.

Danny Boyce, directeur administratif des installations, Centre d'océanologie, Université Memorial de Terre-Neuve, à titre personnel : Bonjour, c'est un plaisir pour moi d'être ici aujourd'hui. Je m'appelle Danny Boyce et je représente l'Université Memorial de Terre-Neuve.

Darrell Green, coordonnateur de la recherche et du développement, Newfoundland Aquaculture Industry Association : Je m'appelle Darrell Green et je suis le coordonnateur de la recherche et du développement pour la Newfoundland Aquaculture Industry Association.

Dre Jillian Westcott, instructrice et chercheuse en aquaculture, École de pêches, Institut des pêches et de la mer, Université Memorial, à titre personnel : Je m'appelle Jillian Westcott, et je suis instructrice et chercheuse à l'Institut des pêches et de la mer de l'Université Memorial.

Cyr Couturier, chercheur scientifique et chaire, Programmes d'aquaculture, Institut des pêches et de la mer, Université Memorial, à titre personnel : Je m'appelle Cyr Couturier, je suis chercheur scientifique et chaire des Programmes d'aquaculture de l'Institut des pêches et de la mer de l'Université Memorial.

Le président : Je crois savoir que vous avez tous des déclarations préliminaires. Nous allons commencer avec la Dre Westcott. Je ne sais pas si vous le saviez, mais la parole est à vous.

Dre Westcott : J'aimerais dans un premier temps vous remercier de me donner l'occasion de vous parler aujourd'hui. C'est une expérience merveilleuse. Je suis un nouveau membre du corps professoral de l'Institut de la mer. Je suis née à Terre-Neuve, mais j'ai ensuite vécu ailleurs pendant un certain nombre d'années, avant de revenir pour le travail. J'ai pensé vous parler un peu de mon expérience dans le domaine de la recherche en aquaculture et vous donner une idée de ce que j'ai fait par le passé et de ce que j'espère faire à l'avenir, ici, à Terre-Neuve.

J'ai préparé un document, c'est le vert. Aujourd'hui, je vais me concentrer sur les recherches que j'ai réalisées sur le pou du poisson, dont d'autres témoins vous ont probablement parlé ce matin.

Au cours de la dernière décennie, pour l'essentiel, mes recherches ont porté sur le pou du poisson. Le pou du poisson est — j'ai mis quelques photos dans le document à votre intention — un parasite d'origine naturelle. On le retrouve non seulement sur les poissons sauvages, mais aussi sur les poissons d'élevage. Il faut assurer une gestion et un contrôle constants de ce parasite. Il n'est pas seulement présent à Terre-Neuve et au Canada : on le retrouve partout où on produit du saumon de l'Atlantique sur une base commerciale. C'est un problème permanent.

Le processus de gestion du pou du poisson est fondé sur un modèle agricole, la lutte antiparasitaire intégrée. Nous utilisons bon nombre de ces principes dans l'industrie de l'aquaculture, et c'est sur quoi ont porté mes recherches au cours des 10 dernières années.

Je vais vous parler plus longuement de la lutte antiparasitaire intégrée dans un instant, mais je veux soulever un point important : c'est nécessaire pour assurer la pérennité de l'industrie du saumon de l'Atlantique. C'est donc une notion importante.

J'ai inclus une pyramide pour vous donner un exemple du genre de tactiques utilisées dans le cadre de la lutte antiparasitaire intégrée. Essentiellement, c'est un processus qui s'appuie sur différentes façons de contrôler et de gérer le pou du poisson. Au bas de la pyramide, il y a les méthodes physiques. Pour vous donner une idée, j'ai utilisé l'exemple de la jachère. Cette technique consiste en fait à choisir un site de cages flottantes en pleine mer dans le cas du saumon de l'Atlantique et de ne pas y élever de poissons pendant un certain temps, assez longtemps pour briser le cycle de vie du pou du poisson. C'est une mesure de contrôle physique. Vous constaterez que, à mesure qu'on monte dans la pyramide, on passe de méthodes de prévention à des interventions en tant que telles, alors cette méthode se situe quelque part dans cette fourchette.

On peut utiliser des méthodes biologiques et mécaniques pour lutter contre les parasites, le pou du poisson dans ce cas-ci. L'une des façons de procéder consiste à utiliser un poisson nettoyeur. C'est une espèce de poisson qui, en fait, enlève le pou du poisson sur le saumon. Ces poissons ont été utilisés avec beaucoup de succès en Norvège, en Irlande et en Écosse, et on envisage maintenant de le faire au Canada.

En haut de la pyramide, il y a l'intervention chimique. Nous pouvons utiliser un certain nombre de thérapies, qu'il s'agisse de bains ou de médicaments mis dans l'alimentation. Il existe donc un certain nombre de façons de traiter le saumon et d'éliminer le pou du poisson. Je vais vous indiquer où mes recherches se situent dans cette pyramide, où elles se sont situées par le passé, et là où j'espère pouvoir en venir, à l'avenir.

J'ai commencé ma carrière en haut de la pyramide avec les méthodes chimiques. Mon travail axé sur l'intervention et la plupart de mes recherches dans le cadre de mes études supérieures et de mes recherches subséquentes visaient à élaborer des essais biologiques pour analyser la sensibilité du pou du poisson. J'ai effectué ces travaux au Nouveau- Brunswick sous la direction du Dr Larry Hammell. Essentiellement, nous prélevions des poux du poisson sur le saumon dans des sites de cages flottantes en pleine mer, puis, nous les soumettions à différents médicaments pour les contrôler. Nous réalisions ces activités en laboratoire. En procédant ainsi dans plusieurs sites et durant plusieurs années, nous avons pu commencer à cerner des tendances liées à la sensibilité des poux du poisson aux produits chimiques que nous utilisions pour les traiter. Il s'agissait d'outils qui pouvaient servir à l'industrie pour atténuer la présence des poux du poisson et les contrôler, pas seulement au Canada, mais dans le monde entier. Ces outils ont été créés, en fait, en Norvège par des gens de là-bas.

J'ai aussi participé à l'analyse de l'efficacité sur le terrain de certains des traitements contre le pou du poisson. Ces traitements sont administrés dans l'alimentation ou dans le cadre de traitements d'immersion. Nous nous rendons sur le terrain pour compter les poux du poisson avant les traitements. Ensuite, les poissons sont traités, après quoi nous retournons prélever une série d'échantillons pour évaluer l'efficacité des traitements. Il s'agit d'activités qu'on réalise de façon permanente, et l'industrie procède régulièrement à de telles analyses pour s'assurer que les mélanges sont efficaces et qu'ils fonctionnent.

J'ai aussi participé à l'élaboration d'un programme de formation sur le pou du poisson à l'intention des intervenants de l'industrie dans la province du Nouveau-Brunswick. J'ai travaillé en collaboration avec des intervenants de l'industrie pour créer un manuel destiné essentiellement aux personnes qui travaillent dans les sites dans le but de vraiment leur montrer comment identifier les différentes espèces de poux du poisson et les différentes étapes de leur cycle de vie et de leur faire connaître les outils pour les compter. Toutes ces activités ont été réalisées dans le cadre d'un effort déployé par l'industrie pour s'assurer que tous les responsables du dénombrement des poux du poisson travaillent de la même façon et savent quoi chercher. Voilà pour mes recherches antérieures liées au pou du poisson.

Voici ma dernière diapositive. Étant un nouveau membre du corps professoral de l'Institut de la mer, je commence tout juste à présenter des demandes de subventions de recherche dans le but d'obtenir du financement pour effectuer des recherches, mais j'ai travaillé sur une proposition de collaboration avec Danny Boyce, du Centre d'océanographie et le ministère des Pêches et de l'Aquaculture de Terre-Neuve. Nous voulons évaluer l'utilisation de poissons nettoyeurs pour contrôler le pou du poisson. Comme je l'ai déjà dit, cette pratique est utilisée en Norvège, en Irlande et en Écosse, et il y a certaines espèces candidates ici, à Terre-Neuve, sur lesquelles nous aimerions nous pencher. Il y a beaucoup de travail à faire. Danny en parlera un peu plus en détail dans son exposé, mais nous voulons analyser des choses comme l'impact de la température de l'eau sur la capacité des poissons nettoyeurs de vraiment retirer les poux du poisson, la densité de peuplement nécessaire si nous voulons utiliser ces poissons dans un site de cages flottantes en pleine mer parce que, au bout du compte, c'est l'objectif, faire de la recherce sur la santé et le bien-être du saumon de l'Atlantique et du poisson nettoyeur en cohabitation et le genre de maladies qui pourraient se déclarer.

L'idée générale consiste à élaborer un programme de surveillance de la santé des poissons nettoyeurs que nous utiliserons à Terre-Neuve. Cette proposition de projet a été présentée, et j'ai bon espoir qu'elle sera acceptée. C'est là où m'a mené ma carrière de recherche sur le pou du poisson jusqu'à présent. Vous savez aussi ce que j'espère faire à l'avenir.

J'aimerais ajouter que, même si je travaille à l'Institut de la mer depuis seulement un an, j'ai eu de très bonnes interactions avec les intervenants de l'industrie de l'aquaculture à Terre-Neuve, les représentants du Centre d'océanographie et beaucoup d'autres groupes aussi. Je suis convaincue que Terre-Neuve est un très bon endroit pour réaliser des recherches sur le pou du poisson.

Merci.

Le président : Merci, docteure Westcott, et bienvenue chez vous.

Monsieur Boyce.

M. Boyce : Je m'appelle Danny Boyce. J'ai déjà mentionné que je travaille à l'Université Memorial. Voici l'exposé que j'ai préparé pour vous. Le thème d'aujourd'hui, comme nous le savons tous, est la recherche et le développement dans le domaine de l'aquaculture. J'aimerais vous en parler davantage sous le thème « cultiver notre avenir ensemble ».

J'ai commencé ma carrière dans le domaine de l'aquaculture près de la Chambre des communes, à Montebello, où j'ai travaillé à la fin des années 1980 et au début des années 1990 pour les hôtels du CP. Une de mes tâches consistait à livrer du poisson à la Chambre des communes, de la truite, surtout. C'était en 1991. Lorsque je suis redéménagé pour travailler au Centre d'océanographie et réaliser des recherches, j'ai eu la piqûre. Nous faisions des recherches sur le flétan à ce moment-là.

Le Centre d'océanographie a ouvert ses portes en 1967. Son mandat consiste à réaliser des recherches fondamentales et appliquées de niveau mondial sur des organismes et des processus dans des eaux océaniques froides et d'éduquer, d'aider et de former des diplômés afin qu'ils deviennent des chefs de file du milieu scientifique et de l'industrie. Le Centre d'océanographie a une longue histoire de collaboration avec le milieu de l'aquaculture pour assurer la formation des étudiants. Cette collaboration remonte aux activités liées au saumon et à la truite au début des années 1970 et durant les années 1980. J'ai aussi travaillé principalement en collaboration avec le secteur des mollusques et des crustacés, sur les moules plus précisément, dans les années 1970 et 1980. Comme vous le savez, aujourd'hui, le secteur du saumon et l'industrie des mollusques et des crustacés vont très bien et prennent de l'ampleur.

On vous a probablement appris au cours des deux ou trois derniers jours que la valeur de notre industrie est actuellement d'environ 200 millions de dollars. Elle est considérée comme l'un des meilleurs exemples de développement économique au Canada.

J'aimerais souligner que M. Fletcher, de la Fondation canadienne de l'innovation, a participé à un événement à Ottawa, l'année dernière. Je n'y étais pas, mais l'Université Memorial y a été reconnue pour avoir aidé à développer, en 2012, une industrie qui vaut actuellement 100 millions de dollars. De plus, le Centre d'océanographie a reçu un Prix du fondateur, remis par la première ministre de l'époque, Mme Dunderdale, en reconnaissance de ses réalisations et efforts exceptionnels touchant l'établissement et le développement de l'industrie de l'aquaculture de la province. Ces reconnaissances reflètent la façon dont l'Université Memorial travaille en collaboration avec l'industrie et forme ses étudiants.

Je gère le Dr Joe Brown Aquatic Research Building. Ouvert en 1999, ce bâtiment a été financé en partie grâce au volet de l'aquaculture de l'Entente Canada-Terre-Neuve sur le renouveau économique. Le défunt ministre Mifflin et notre premier ministre, Brian Tobin, avaient annoncé le financement de 100 millions de dollars en 1997. Des 20 millions de dollars, 2,7 millions ont été accordés à l'Université Memorial, un demi-million, à l'Institut de la mer, et 1,2 million de dollars, à l'unité responsable de la santé de l'aquaculture sur la côte sud. Une bonne partie des fonds ont été fournis dans le cadre de l'Entente Canada-Terre-Neuve sur le renouveau économique. Il y avait trois thèmes : les TI, le tourisme et l'aquaculture. Il ne fait aucun doute que l'aquaculture a fait beaucoup de progrès depuis 1997.

Le JBARB est étroitement lié à la Newfoundland Aquaculture Industry Association. Nous travaillons en étroite collaboration avec l'industrie, dont la participation est nécessaire dans le cadre de nos recherches et pour le cheminement de nos étudiants. Dans nos installations, nous travaillons sur plusieurs espèces. Nous avons élevé de tout, du saumon de l'Atlantique jusqu'aux concombres de mer, aux étoiles de mer, à la plie et, comme la Dre Westcott l'a souligné, au poisson nettoyeur, qui font partie des espèces que nous produisons actuellement. Nous produisons aussi de la tanche-tautogue et de la lompe. À Terre-Neuve, nous avons quatre espèces prioritaires : la truite, le saumon, la moule bleue et la morue de l'Atlantique. Ce sont les poissons qui constituent un intérêt commercial actuellement.

Nous offrons des ateliers fondés sur la production dans le cadre desquels, comme je l'ai mentionné, nous réunissons des étudiants et des intervenants de l'industrie. Nous organisons aussi des ateliers dans le cadre desquels nous accueillons des groupes de diverses universités, du pays et d'autres pays dans les installations de l'Université Memorial pour réunir les experts liés à certaines questions sur lesquelles nous travaillons. Nous réalisons plusieurs projets, comme je l'ai mentionné plus tôt, mais l'un des projets dont j'aimerais parler est la commercialisation de la morue de l'Atlantique. Beaucoup de fonds du gouvernement fédéral, de la province et de l'industrie ont été consacrés à la production de la morue de l'Atlantique. J'aimerais prendre le temps de vous décrire ce projet. Il s'agit d'un projet réalisé en collaboration avec l'industrie qui vise à faciliter la production commerciale de la morue de l'Atlantique à Terre-Neuve. Nous avons l'infrastructure nécessaire à l'Université Memorial pour commercialiser diverses espèces, mais, dans ce cas-ci, nous voulions commercialiser la morue de l'Atlantique.

Nous avions environ 20 étudiants qui poursuivaient des études supérieures, des titulaires de baccalauréat avec distinction et des docteurs, en passant par des étudiants à la maîtrise, qui participaient à nos programmes. Nous avons travaillé avec l'industrie pour faire avancer ce projet. Nous avons aussi fait participer les collectivités. Une bonne partie de nos recherches sont réalisées sur terre, mais nous avons quitté le stationnement de l'Université Memorial et transféré le tout dans les collectivités. Nous élevons le poisson dans nos installations, puis nous les transférons dans nos sites de cages, situés dans différentes collectivités, dont à Poole's Cove, dans ce cas-ci, comme vous pouvez le voir sur les photos. Je ne sais pas si vous avez visité l'endroit au cours des deux ou trois derniers jours, mais nous avions un élevage de morues devant la maison de Doug et Jennifer Caines à McGrath's Cove. Nous avons réalisé ce projet et nos recherches pendant environ quatre ans. Dans ce cas-ci, nous comptions sur une équipe composée de responsables de l'environnement, des poissons et des technologies. Il y a des photos de nos élevages prises à l'époque.

Il s'agissait alors de la première ronde du Fonds d'innovation de l'Atlantique, et un financement important a été versé par l'intermédiaire de l'APECA, un des programmes de financement à long terme qui sont très importants pour certaines des initiatives de recherche que nous réalisons à l'Université Memorial. Certains programmes prévoient un financement annuel. Ce programme-ci permettait un financement quinquennal, ce qui était très important, puisqu'on a pu répondre à certaines questions de recherche que posait l'industrie.

Nous avions aussi une nourricière de morue sur terre, un projet de démonstration d'élevage de morue en collaboration avec Cooke Aquaculture, à Belleoram.

Passons au transfert des technologies. Dans le cadre de ce projet précis, nous avons mis en place le premier nourrisseur automatique à grande échelle à Terre-Neuve. C'était en 2004. Je ne sais pas quels sites vous avez visités, mais vous avez vu certaines de nos grandes barges d'alimentation déployées aujourd'hui. Nous avons fait beaucoup de chemin depuis que nous avons fait venir d'Écosse, notre nourrisseur d'une tonne. Actuellement, certains de nos appareils d'alimentation coûtent des millions de dollars, alors le transfert de technologies est très important dans bon nombre de ces projets commerciaux de grande envergure.

Je vais terminer sur le thème « élevé ici même ». Nous devions apprendre à préparer les filets de la morue de l'Atlantique. Nous en avons élevé des milliers et des milliers. Nous avons pêché des milliers et des milliers de kilos de poissons, mais nous éprouvons tout de même certaines difficultés parce que nous n'arrivons pas à faire concurrence aux prix sur le marché. J'ai été content de voir que, récemment, au moins, le prix du poisson était d'environ 80 cents la livre. J'aimerais bien que le prix augmente, mais, en même temps, c'est difficile actuellement de battre les prix des élevages de morue et des stocks sauvages, qui reviennent.

Je vais passer deux ou trois pages pour vous parler du secteur du saumon et de tout ce que nous avons réalisé avec les écloseries commerciales et la production accrue. Il y a deux nouvelles écloseries dans la province depuis deux ou trois ans. Vous avez visité l'écloserie de Cooke Aquaculture à Swangers Cove. Il y a aussi une écloserie semblable à Stephenville. Compte tenu de la production accrue, il faudra un soutien en R-D. Il faut une équipe d'intervenants dévoués, comme bon nombre des personnes que vous avez rencontrées au cours des derniers jours. Vous pouvez constater que l'équipe est bien en place ici, à Terre-Neuve.

Je crois que le défi, du point de vue de la R-D et de la commercialisation, c'est le fait que la compétitivité et la rentabilité de notre industrie sont directement liées aux investissements qui permettent de faire des percées dans le domaine de la recherche et des technologies. Les priorités dans le domaine de la recherche et du développement technologique pour l'aquaculture doivent être pratiques, elles doivent favoriser la durabilité et être élaborées en collaboration avec l'industrie.

J'étais dans un Tim Hortons en Nouvelle-Écosse et j'ai feuilleté l'édition de samedi du Herald Business, en 2012, dans laquelle John Risley, directeur et cofondateur de Clearwater Fine Foods, a dit qu'il fallait voir la recherche et le développement comme une occasion plutôt que comme une dépense. C'est une citation très importante pour l'industrie, parce que nous favorisons la collaboration avec l'industrie et formons nos étudiants afin qu'ils puissent s'y joindre au bout du compte. Je crois qu'il y a un océan de possibilités.

En conclusion, j'ai mis une légende. Je sais que vous n'êtes pas tous cyniques, mais, de la même façon, il faut se rappeler que, en 1992, lorsque le ministre Crosbie a annoncé le moratoire, on a essuyé les mises à pied les plus massives de l'histoire canadienne. Je viens de Bonavista, alors mon coin de pays a vraiment été touché, mais, du même coup, nous nous sommes tous rendu compte qu'il y avait beaucoup de personnes. Il y avait beaucoup de travail à faire, il y avait beaucoup de programmes en place pour réétablir les gens qui œuvraient dans le domaine des pêches et je ne sais quoi d'autre. Mais, si vous tournez la page, vous constaterez que l'aquaculture a vu le jour dans les années 1990, et qu'elle est toujours là aujourd'hui, et la différence entre ces deux pages, c'est qu'il y a beaucoup de jeunes dans les collectivités, comme les maires l'ont souligné, beaucoup de visages souriants, beaucoup de visiteurs qui viennent de loin. Vous avez mentionné le tourisme aux maires. Nous avons des touristes. Nous avons des groupes qui viennent de l'étranger, de la Norvège et du Chili. À une époque, nous allions toujours en Norvège, au Royaume-Uni et au Chili. Nous constatons que ce sont eux qui viennent maintenant, ce qui est très important aussi. Nous savons que nous pouvons offrir beaucoup.

Merci.

Le président : Merci, monsieur Boyce. Monsieur Green.

M. Green : Bonjour, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs. Je m'appelle Darrell Green, je suis coordonnateur de la recherche et du développement pour la Newfoundland Aquaculture Industry Association.

Je suis vraiment content d'être ici pour vous parler de recherche dans le domaine de l'aquaculture, surtout en raison du fait que mon rôle au sein de la Newfoundland Aquaculture Industry Association est d'aider à favoriser la recherche dans ce domaine. En tant que coordonnateur de la recherche et du développement, CRD, je fais partie d'un réseau de CRD dans le Canada atlantique, le Atlantic Canadian Aquaculture Industry Research and Development Network. En plus de notre participation par le truchement de la NAIA, il y a aussi des CRD dans les trois autres provinces atlantiques. Il y a des CRD au sein de l'Aquaculture Association of Nova Scotia, de la P.E.I. Aquaculture Alliance et de l'Atlantic Canada Fish Farmers Association au Nouveau-Brunswick. À nous quatre, notre objectif est de stimuler des activités de R-D réalisées par l'industrie ou pertinentes pour elle dans la région.

Le réseau bénéficie d'un financement depuis environ 10 ans maintenant, et nous devons vraiment remercier le CNRC et le PARI pour leur soutien, le soutien très apprécié qu'ils nous ont fourni au cours des 10 dernières années. Nous avons de la chance.

Les besoins en matière de recherche dans le secteur de l'aquaculture sont très importants. L'aquaculture est un secteur relativement nouveau au Canada. Nous élevons du poulet, des porcs et des chèvres à Terre-Neuve depuis plus de 500 ans, mais nous élevons du poisson depuis seulement environ 40 ans ou moins, c'est donc une industrie en développement au Canada.

Le secteur canadien est composé presque exclusivement de petites et moyennes entreprises. Ces PME ont une capacité de R-D très limitée, elles ne peuvent donc pas faire beaucoup de recherche par elles-mêmes, et la recherche peut aider ces mêmes entreprises à devenir compétitives ou à le rester à l'échelle internationale.

Cependant, en tant qu'industrie, nous perdons des parts de marché à l'échelle mondiale. La recherche est donc nécessaire dans des domaines comme les efficiences en matière de production, de traitement et d'automatisation. Il faut aussi se pencher sur la lutte aux espèces envahissantes, sur la santé des poissons, sur la lutte antiparasitaire intégrée, sur l'empreinte environnementale et nos interactions avec les autres espèces dans l'environnement, sur la génétique des stocks de géniteurs et sur l'utilisation des sous-produits. Il y a des systèmes de soutien industriel en place au Canada pour faciliter les recherches dans le domaine de l'aquaculture. Partout au Canada des associations d'aquaculture aident à faciliter la R-D et l'innovation. Je viens tout juste de mentionner certaines associations provinciales, et il y en a deux ou trois autres sur la côte Ouest, mais il y a aussi deux associations nationales. Il y a l'Alliance de l'industrie canadienne de l'aquaculture, que vous connaissez tous, j'en suis sûr. Il y a aussi l'Association aquacole du Canada. L'AAC fête ses 30 ans cette année. Son mandat est de promouvoir l'étude de l'aquaculture et des domaines scientifiques connexes au Canada. Chaque année, la conférence d'AAC présente les résultats des recherches scientifiques dans le domaine de l'aquaculture au Canada. De plus, tous les deux ans, l'Association aquacole du Canada publie, en collaboration avec le MPO, le document R-D en aquaculture au Canada, dans lequel sont répertoriés environ 200, 220 ou 230 projets de recherche dans le domaine de l'aquaculture réalisés au Canada. J'ai quelques exemplaires du rapport. Vous pouvez venir me voir après si vous en voulez un.

Un soutien financier est essentiel pour favoriser la recherche et l'innovation et permettre à nos entreprises de rester compétitives. L'industrie apprécie ces occasions et elle tire profit des programmes de financement par le truchement du PARI du CNRC, le Programme d'aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada, de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique, l'APECA, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, le CRSNG, et de Pêches et Océans Canada. Il y a aussi certains programmes provinciaux.

À Terre-Neuve, en particulier, nous bénéficions d'un très bon soutien en matière d'infrastructure. Vous avez entendu M. Boyce et la Dre Westcott parler du genre de choses qu'ils font dans leurs installations, mais je m'en voudrais de ne pas rappeler l'importance de ces deux installations, du Centre d'océanographie, y compris le Joe Brown Aquaculture Research Building dont M. Boyce a parlé, du Centre for Aquaculture and Seafood Development de l'Institut de la mer de l'Université Memorial et de la Direction des sciences de l'aquaculture du MPO à Terre-Neuve. Il s'agit de trois institutions de niveau mondial. Elles possèdent des installations et des experts en recherche de renommée internationale.

En conclusion, j'aimerais rappeler que le secteur de l'aquaculture au Canada est composé de PME qui bénéficient d'une capacité très limitée de R-D. Le soutien pour la recherche en aquaculture est essentiel pour aider ces PME à devenir ou à rester compétitives sur le marché mondial. On bénéficie d'un bon soutien en matière de recherche dans le domaine de l'aquaculture qui prend la forme d'associations provinciales et nationales, de chercheurs experts au sein du gouvernement ou des établissements universitaires, d'installations de classe mondiale et de programmes de financement gouvernemental, mais il faut vraiment en faire plus. Il faut continuer à renforcer le soutien accordé à la recherche dans le domaine de l'aquaculture au Canada pour améliorer la compétitivité de nos entreprises à l'échelle internationale.

Merci.

Le président : Merci, monsieur Green.

Monsieur Couturier, vous vouliez aussi dire quelque chose, je crois.

M. Couturier : J'essaierai d'être bref, sénateur.

Vous pouvez consulter ma biographie et mon mémoire dans la liasse. J'ai deux ou trois diplômes de premier cycle et de cycle supérieur en biologie marine. J'œuvre depuis 35 ans dans le domaine de l'éducation et de la formation et de la recherche et du développement. Je n'avais pas de cheveux gris à mes débuts. J'ai réalisé la plupart de mes recherches à Terre-Neuve-et-Labrador, mais j'en ai aussi réalisé au Canada et dans pas mal d'autres pays. Récemment, mes recherches en collaboration avec mes étudiants de deuxième cycle et des collaborateurs ont porté principalement sur l'aquaculture et les interactions avec l'environnement. J'ai formé des centaines d'étudiants diplômés du monde entier ainsi que des centaines de pisciculteurs, aussi de partout sur la planète. J'en ai nommé quelques-uns ici. Bon nombre de mes anciens étudiants de l'université, des installations de M. Boyce et au sein de l'Institut des pêches et de la mer sont maintenant des collègues et des leaders dans le secteur partout au pays. À Terre-Neuve-et-Labrador, ils œuvrent dans le domaine de la recherche et du développement, et nous les retrouvons aussi dans les élevages. Nous les trouvons aussi en tête de l'industrie en Colombie-Britannique. Il y a beaucoup de Terre-Neuviens en Colombie-Britannique qui mènent l'industrie là-bas. Je voulais que vous le sachiez.

À l'université, nous formons du personnel hautement qualifié ainsi que des éleveurs, des pisciculteurs, depuis au moins 25 ans, et nous réalisons des activités de R-D appliquée depuis 40 ans je dirais. Les industries du poisson et des mollusques et des crustacés sont fondées sur des données scientifiques. On vous l'a déjà dit. Ces secteurs s'appuient vraiment sur des mesures fondées sur le rendement pour améliorer leur productivité.

Qu'il s'agisse d'élevage de poissons ou de mollusques et de crustacés, l'établissement du site exige d'importants investissements liés à la caractérisation biologique, temporelle et sociale des zones d'exploitation. On vous a dit précédemment que certains élevages exigent des études qui peuvent coûter jusqu'à un demi-million de dollars, et ce, avant même l'établissement du site. Laissez-moi vous dire qu'il faut être patient pour obtenir un permis. En outre, le permis le plus dispendieux que je connaisse est très probablement le permis d'élevage de palourdes en Nouvelle-Écosse. Il a fallu sept ans pour mettre sur pied un élevage de palourdes en Nouvelle-Écosse en raison de la réglementation environnementale relevant de la Loi sur les pêches et d'autres lois.

En ce qui concerne les interactions entre les organismes sauvages et d'élevage, j'aimerais mentionner certains domaines où nous avons réalisé des recherches au cours des dernières années. En ce qui concerne les mollusques et les crustacés, nous avons réalisé une diversité d'études sur les interactions entre les élevages de mollusques et de crustacés et la pêche sauvage. Par exemple, des pêcheurs de homards dans la baie Notre Dame craignaient que les moulières aient un impact sur la pêche du homard dans cette région. Essentiellement, nous avons examiné des paramètres environnementaux à long terme, la pêche du homard et la production de moules dans des régions de la baie Notre Dame où il y avait des moulières et d'autres où il n'y en avait pas et nous avons analysé les conclusions. Nous avons publié une partie des données et nous sommes sur le point d'en publier d'autres dans des revues à comité de lecture. Les tendances relatives à l'abondance et aux prises de homard liées aux changements environnementaux dépendent de la température et de l'approvisionnement alimentaire naturel et n'ont absolument rien à voir avec les moulières. En fait, s'il y a un impact, c'est qu'il y a plus de homards près des élevages de mollusques et crustacés. Chris McKindsey, des bureaux du MPO au Québec, a aussi publié un ouvrage révélant le même genre de tendances.

En ce qui concerne le saumon, MM. McLaughlin et Couturier ont montré que les homards de la baie de Fundy et les quantités débarquées de homards de Terre-Neuve ont augmenté parallèlement aux activités d'aquaculture du saumon dans les deux provinces au cours d'une période de 20 ans pour atteindre des niveaux record. C'est ce qu'on a entendu dans les médias l'année dernière. Par conséquent, malgré le fait qu'il y a des activités d'aquaculture du saumon dans ces régions, nous savons que les populations de homards se portent très bien.

Nous savons qu'il y a des interactions entre le saumon sauvage et le saumon d'élevage, et les risques et les impacts semblent avoir été atténués et pourraient être réduits davantage grâce aux pratiques d'élevage modernes. Puisque nous connaissons mieux l'environnement, l'industrie peut mettre en place des mesures pour prévenir ces interactions, ou, au moins, les réduire. Nous savons que le poisson d'élevage et le poisson sauvage peuvent s'accoupler en laboratoire ou dans des conditions semi-artificielles. Un certain nombre d'ouvrages ont été publiés à ce sujet. Cependant, on ne connaît pas encore les répercussions et les chiffres au fil du temps.

Un article très important est paru en 2012. Il s'agit d'un article de Glover et ses collaborateurs sur les différences génétiques dans plus de 20 populations de saumons de l'Atlantique sauvages dans des rivières où il y a eu des cas de poissons d'élevage qui se sont échappés au cours des trois dernières décennies en Norvège. Fait surprenant, on a constaté des répercussions à long terme dans très peu de cas, ce qui montre bien la résilience des stocks naturels à l'égard des invasions de saumons d'élevage. C'est seulement dans certaines conditions que la présence de saumons de l'Atlantique qui se sont échappés a des répercussions à long terme sur les stocks naturels de saumons sauvages.

L'article de Jackson et ses collaborateurs, en 2013, est un autre ouvrage majeur qui a montré que, selon des analyses menées au cours d'une période de 10 ans, les infestations de poux du poisson dans les élevages de saumon en Irlande étaient peu susceptibles d'avoir un impact majeur sur la migration de sortie vers la mer du saumon sauvage près des élevages de saumon. Ils ont constaté qu'il s'agissait d'un facteur mineur de la mortalité en mer des stocks sauvages. Skilbrei et ses collaborateurs ont constaté la même chose en Norvège, par exemple. Leurs conclusions ont été reconfirmées par Jackson et ses collaborateurs dans une autre étude en 2014.

J'aimerais vous parler un peu du volet scientifique. Sur la côte sud de Terre-Neuve, Conne River a affiché une production au-dessus de la moyenne au cours des dernières années, malgré l'arrivée d'élevages de poissons au cours de la dernière décennie. Les chiffres ne sont pas revenus aux niveaux des années 1980, quand d'importants reculs de la production de saumons à Conne River ont commencé, dans les années 1970 et les années 1980. En fait, c'était bien avant le début des élevages de saumons lorsqu'on procédait à une exploitation commerciale et cérémoniale du saumon de l'Atlantique, deux activités qui ont depuis cessé.

Une bonne partie du déclin du saumon de l'Atlantique sur la côte Est du Canada remonte aux années 1960 et 1970. C'était bien avant le début des activités piscicoles, et on a mis fin à la plupart des activités de pêche commerciale durant les années 1980 et au début des années 1990 en raison des stocks précaires, bien avant le début des activités d'élevage du saumon. Nous le savons, et ce serait négligent de la part de l'industrie de ne pas le mentionner. En fait, les plus importants déclins de stocks de saumons de l'Atlantique sauvages en Écosse, par exemple, ont lieu dans l'est du pays, où 90 p. 100 des stocks sauvages se trouvent, et c'est à des centaines, voire des milliers de kilomètres des élevages. Il n'y a aucun élevage permis là-bas, tandis que l'on constate des déclins très semblables dans les rivières de production massive dans l'ouest de l'Écosse, près des élevages de saumons. On constate les mêmes genres de déclins dans des zones où il n'y a pas d'élevages de saumons en Écosse, un pays qui possède des stocks sauvages très productifs. C'est très difficile d'expliquer cette situation. On ne peut pas vraiment pointer du doigt les activités d'élevage de saumons pour expliquer bon nombre de ces déclins dans la plupart des stocks de saumons de l'Atlantique ni le manque de rétablissement dans des zones où les populations de saumons sauvages sont décimées.

Selon le document de la Royal Society de 2012 qui portait, entre autres, sur la biodiversité et l'aquaculture, les principales menaces viennent des divers types de pêcheries et des prises accessoires dans le cadre des pêches récréatives. En fait, la pêche récréative au Canada atlantique — je n'irais pas jusqu'à dire que c'est une mauvaise chose — est responsable de la capture d'au moins un million de saumons de l'Atlantique adultes en âge de se reproduire au Canada atlantique chaque année. Ce sont tous des poissons en âge de se reproduire. Les changements climatiques et les fluctuations de la productivité océanique, selon la Royal Society, sont des facteurs majeurs de la destruction des habitats par les rivières, les barrages et les activités forestières. Mais je vais arrêter de parler du saumon pour l'instant.

Je veux aborder rapidement la question des répercussions sur le milieu benthique. Nous avons réalisé certains travaux dans ce domaine, et M. Sweeney a mentionné plus tôt certaines des recherches qu'il a menées. Avec nos collègues du MPO, Robin Anderson et Dounia Hammoutene, nous avons examiné les répercussions sur le milieu benthique des élevages de mollusques et de crustacés et de poissons pour essayer de les définir. Nous avons publié un certain nombre d'articles à ce sujet. Nous avons noté, à l'occasion, des changements liés à la diversité et des sites où le courant est faible. Essentiellement, cela nous a permis de montrer que, dans les sites à fond dur comme ceux à Terre- Neuve, un paysage marin unique dans les Maritimes, c'est un problème que nous pouvons gérer grâce aux fonds, par exemple.

En ce qui concerne la lutte au pou du poisson, la Dre Westcott a parlé de la lutte antiparasitaire intégrée, et j'ai réalisé certains travaux à ce sujet en examinant la dispersion des agents thérapeutiques à Terre-Neuve et l'exposition des homards de Terre-Neuve à certains agents thérapeutiques approuvés. Dans le cadre d'études à l'aveugle réalisées en collaboration avec le MPA et le MPO et des épidémiologistes, nous avons constaté que la pratique n'avait aucun impact sur les homards à Terre-Neuve. Nous avons réalisé cette étude à la demande des pêcheurs de Terre-Neuve-et- Labrador et en consultation avec eux. Je parle des pêcheurs de homards, bien sûr.

Pour terminer, en ce qui concerne l'élaboration du régime alimentaire, pour ceux que ça préoccupe — vous allez probablement en entendre parler lorsque vous serez en Nouvelle-Écosse et que vous visiterez Northeast Nutrition —, les producteurs canadiens de fruits de mer d'élevage affichent probablement le meilleur dossier en ce qui concerne l'efficience des régimes alimentaires, la faible quantité d'huiles et de protéines marines et l'indice de consommation très élevé et un ratio poisson-nourriture.

Je terminerai en rappelant une chose : tous nos élevages, ici, à Terre-Neuve-et-Labrador, sont certifiés et respectent des normes scientifiques très élevées en plus de normes sociales et liées à la salubrité des aliments ainsi que les normes vérifiées de tierces parties. Par conséquent, leurs activités sont fondées sur des données scientifiques, et ils s'appuient sur le milieu scientifique pour constamment améliorer leur production.

Je vais m'arrêter ici. Merci.

Le président : Merci à vous tous pour vos exposés. Nous allons passer aux séries de questions.

La sénatrice Raine : Nous avons eu l'occasion de visiter le centre sur la santé du poisson à St. Alban's, et des intervenants de l'industrie nous ont parlé du besoin de réaliser des analyses. Je me demande si les laboratoires utilisés pour la recherche pourraient aussi servir pour réaliser ces analyses. Il n'est pas logique pour les intervenants de l'industrie d'avoir à envoyer des échantillons à Moncton ou ailleurs pour faire analyser la qualité de l'eau lorsqu'ils ont besoin d'une réponse le plus rapidement possible, alors qu'il y a des laboratoires ici même sur l'île, à l'Université Memorial et à St. Alban's. Est-ce un problème juridictionnel? Pourquoi le gros bon sens ne l'emporte-t-il pas ici?

M. Couturier : Il existe différents types d'analyses. Comme le Dr Whalen l'a mentionné, les analyses sur la santé des animaux aquatiques doivent respecter la norme ISO 17025. Même si notre laboratoire à l'Institut des pêches et de la mer respectait la norme ISO 17025, nous n'avions tout simplement pas beaucoup de travail à faire. En fait, nous avons beaucoup travaillé sur les pathologies de moules, réalisé des analyses et fait ce genre de choses. Nous n'avions pas à envoyer les échantillons ailleurs, et une bonne partie du travail a été faite sur une dizaine d'années. Les responsables de la santé des animaux aquatiques s'en occupent maintenant, et ils ont la capacité de le faire.

Là où la capacité est déficiente, c'est sur le plan de la salubrité des aliments et de la qualité de l'eau, ce qu'ont mentionné les producteurs de mollusques et de crustacés dont les installations sont situées à Moncton et ailleurs. Nous pouvons analyser la qualité de l'eau ici, à Terre-Neuve-et-Labrador, en payant l'université. En fait, il y a aussi d'autres fournisseurs privés qui sont accrédités et qui peuvent effectuer ces analyses, mais rien du côté de la salubrité des aliments.

Il faut expédier les échantillons pour les analyses d'écotoxicité à l'extérieur. On ne sait pas exactement si le laboratoire du MPA pourrait le faire et si le ministère a un laboratoire supplémentaire où il pourrait effectuer des analyses sur les toxines naturelles. Actuellement, il n'a pas l'équipement, alors il s'agirait d'une autre étape pour les intervenants du secteur des mollusques et des crustacés, une étape qui n'existe pas actuellement dans la province, mais c'est possible s'ils sont prêts à investir.

La sénatrice Raine : Vous m'avez perdue avec certains acronymes, parce que c'est très difficile pour quelqu'un de l'extérieur de comprendre la différence entre les installations de recherche universitaires, celles du MPO et du MPA et celles de l'ACIA. Assurément, il y a un nombre limité d'élevages de poissons et de mollusques et de crustacés qui doivent réaliser des analyses.

M. Couturier : Ce n'est pas que nous ne pouvons pas réaliser les analyses. C'est simplement que, aux termes des cadres de réglementation, il faut les réaliser d'une certaine façon, et, parfois, le gouvernement ne veut pas déléguer cette responsabilité. Il veut aussi qu'elles soient faites ailleurs, et que le tout soit accrédité dans une autre province, comme c'est le cas pour les toxines des mollusques et des crustacés.

Je vais en rester là pour l'instant. On peut le faire ici. Nous avons la capacité de le faire, mais c'est une autre question de savoir si l'ACIA ou le MPO ou d'autres autorités nous permettent de le faire.

La sénatrice Raine : Merci.

Le sénateur Wells : Merci aux invités pour leurs exposés.

Monsieur Boyce, je veux vous parler des projets que vous réalisez dans vos installations du Centre d'océanographie à St. John's. Vous avez parlé de la truite, du saumon, des moules et de la morue. Je comprends dans le cas du saumon et des moules, parce que ce sont des espèces qui sont commercialisées actuellement.

Pouvez-vous me parler des travaux que vous réalisez sur la morue et la truite? Est-ce parce qu'il s'agit d'espèces qui pourraient être prometteuses à l'avenir?

M. Boyce : Bien sûr, sénateur Wells.

Oui, on peut dire qu'on a pu développer, dans une certaine mesure, le secteur du saumon, des mollusques et des crustacés, et celui des moules. Au Centre d'océanographie et, j'imagine, à l'Institut de la mer, on réalise aussi un peu de recherches liées à la truite. Nous en faisons aussi sur les huîtres et les concombres de mer, sans oublier nos recherches sur le poisson nettoyeur. Notre portefeuille de recherches est assez diversifié.

Durant les années 1990, nous travaillions avec le poisson plat, le flétan et la plie, comme vous le savez très bien, puis nous avons essayé de répondre aux besoins de l'industrie. Vous devez comprendre que nous nous adaptons aux besoins de l'industrie. L'installation a été mise sur pied afin que l'on puisse travailler en collaboration avec l'industrie pour former une entité commerciale. Nous faisons travailler nos étudiants dans le cadre de projets qui sont viables sur le plan commercial. Voilà pourquoi nous sommes passés du flétan à la morue. Nous avons constaté que nos élevages de morues n'étaient pas rentables. Les entreprises ne voulaient donc pas investir, raison pour laquelle, dans le cadre de notre programme de recherche, nous avons un peu délaissé la morue pour nous concentrer sur le saumon.

Nous travaillons toujours activement sur le saumon et son alimentation, et nous élaborons aussi un outil, le poisson nettoyeur, en utilisant des tanches-tautogues et des lompes en tant qu'agents non thérapeutiques pour répondre aux besoins de l'industrie.

Pour ce qui est des concombres de mer, nous travaillons en collaboration avec la Fogo Island Co-op sur différentes techniques de conservation et sur l'alimentation de cette espèce.

Nous ne réalisons pas beaucoup de travaux actuellement sur la truite et nous avons travaillé un peu en collaboration avec Steelhead pour former des étudiants en physiologie du poisson. Ce sont nos domaines de recherche actuels.

Nous avons aussi un client qui investit beaucoup d'argent dans la culture des huîtres. Selon nous, il faudra probablement modifier les quatre espèces qui sont actuellement jugées prioritaires dans la province afin de permettre l'ajout de nouvelles espèces au sein de l'industrie.

Le sénateur Wells : J'ai une question très rapide encore sur ce sujet. Je ne sais pas qui est le mieux placé pour répondre, alors c'est à vous de voir.

Les étudiants qui suivent le programme d'aquaculture se trouvent-ils assez rapidement un emploi dans l'industrie à Terre-Neuve ou ailleurs?

M. Boyce : Je crois que nous pouvons tous répondre à cette question.

Nous n'avons pas vraiment fait allusion au nombre global du programme de l'Université Memorial. Nous avons cependant un document de travail qui s'intitule « Aquaculture Way Forward », la voie de l'aquaculture, sur l'enseignement et la formation, et nous offrons pour la première fois un cours de premier cycle universitaire. Nous offrons aussi une maîtrise et, toujours par le truchement de l'Institut de la mer, des programmes menant à un diplôme et d'autres cours. Nous accueillons des étudiants locaux, nationaux et de l'étranger. Je ne crois pas qu'il y a actuellement des titulaires de diplôme en aquaculture qui ne trouvent pas du travail, ce qui est très stimulant pour nous. Ils se trouvent aussi des emplois en médecine et dans d'autres domaines. C'est un tremplin pour certains. Ce ne sont pas tous les étudiants qui décident de continuer dans le domaine de l'aquaculture, certains optent pour d'autres domaines aussi.

Le sénateur Wells : Merci.

Monsieur Couturier, vous alliez répondre.

M. Couturier : J'allais simplement dire qu'il y a en fait beaucoup d'étudiants de Terre-Neuve qui travaillent dans les élevages, alors nous formons beaucoup de pisciculteurs et de conchyliculteurs pour les aider à améliorer les techniques d'élevage du poisson, la santé des poissons et ce genre de choses. Évidemment, ils œuvrent déjà dans l'industrie et continuent de le faire par la suite.

Si nos étudiants diplômés sont de Terre-Neuve, ils peuvent trouver du travail ici s'ils veulent rester dans la province. Près de 100 p. 100 d'entre eux obtiennent un emploi intéressant quelque part sur la planète. La Colombie-Britannique en a attiré beaucoup au cours des dernières années. Nos étudiants à la maîtrise en aquaculture obtiennent aussi tous un emploi dans des domaines de recherche. De ce point de vue, c'est très positif.

En fait, l'industrie ici, les éleveurs, n'est pas en mesure d'embaucher beaucoup de personnel formé et spécialisé. En fait, si une personne vient d'ailleurs et qu'elle arrive à Harbour Breton ou à St. Alban's, elle aura de la difficulté à trouver un logement. Vous comprenez, il n'y a pas de maisons libres qui apparaissent lorsqu'un employé est nouvellement embauché. On a vraiment mis l'accent sur la formation des gens du coin pour qu'ils puissent rester ici, même si on constate, comme on l'a dit plus tôt ce matin, que certains reviennent, que des Terre-Neuviens reviennent travailler au sein de l'industrie dans ces collectivités.

Le sénateur Wells : D'accord, merci aux invités.

Le sénateur Munson : Merci d'être ici. J'ai deux ou trois questions. L'une d'elles vous surprendra peut-être.

Docteure, vous n'avez pas eu beaucoup de temps pour parler des recherches sur le pou du poisson et les déplacements des poissons. Il y a les poissons sauvages et il y a l'aquaculture. Quel est le taux de prévalence entre le saumon sauvage et les poissons dans ces enclos? En raison des taux de poissons qui s'échappent, dès qu'on entend parler du pou du poisson, on panique et on associe ce problème immédiatement à l'aquaculture. J'aimerais connaître ce chiffre si quelqu'un le connaît.

Dans vos recherches, quel est l'objectif final? Où essayez-vous d'en venir? Vous avez des objectifs très nobles, mais j'aimerais savoir où vous espérez que ces recherches vous mèneront en termes que les non-initiés comprendront.

Dre Westcott : Je n'ai pas les données nécessaires pour quantifier le taux de prévalence. Bien sûr, c'est un domaine très débattu, mais ce que vous devez savoir, en ce qui concerne l'origine du pou du poisson, c'est que, lorsque nos saumons quittent nos écloseries, ils n'ont pas de poux. S'ils n'ont aucun pou lorsqu'ils quittent l'écloserie.

C'est lorsqu'ils se retrouvent dans les cages flottantes en pleine mer qu'ils deviennent infestés, une fois qu'ils sont dans l'océan. Nous savons que le pou du poisson est d'origine sauvage. Il peut venir de poissons sauvages qui passent par là. Il pourrait revenir d'autres réservoirs, d'autres hôtes qui peuvent aussi être porteurs du pou du poisson. Je ne crois pas que quiconque a des données scientifiques pour avancer des chiffres à ce sujet.

En ce qui concerne les recherches, mon objectif est de travailler en collaboration avec des intervenants de l'industrie pour leur fournir de nouveaux outils qui serviront à réduire et contrôler la prévalence du pou du poisson. Par le passé, nous avons beaucoup utilisé des moyens de contrôle chimiques parallèlement à nos moyens biologiques et aux choses que nous avons pu faire sur le plan physique. J'ai constaté qu'il y a deux problèmes principaux lorsqu'on utilise des produits chimiques. Il y a premièrement le fait que, selon le pays où on produit le saumon, l'éventail de produits thérapeutiques chimiques enregistrés que l'on peut utiliser est parfois très limité. C'est le cas au Canada. Il y a un nombre très limité d'agents thérapeutiques que nous pouvons vraiment utiliser. C'est pourquoi nous devons trouver d'autres façons d'atténuer et de contrôler le pou du poisson. Comme M. Boyce l'a souligné, le poisson nettoyeur est l'une des méthodes qui m'intéressent beaucoup. J'ai modifié mes sujets de recherche, délaissant l'aspect chimique au profit de solutions plus écologiques et sans danger pour l'environnement, des technologies sur lesquelles nous pouvons travailler pour assurer la pérennité de notre industrie.

Je crois que le poisson nettoyeur peut être très bénéfique ici. C'est une méthode éprouvée dans d'autres pays. D'autres pays élèvent ces poissons avec beaucoup de succès actuellement dans de grandes écloseries commerciales. Nous savons que c'est une option, et c'est sur ce sujet que j'aimerais réaliser mes recherches.

L'industrie veut le faire. D'autres chercheurs universitaires s'y intéressent aussi, tout comme le gouvernement provincial, et c'est donc là-dessus que j'aimerais poursuivre mes recherches. C'est une bonne occasion d'assurer la participation d'autres étudiants diplômés, de former du personnel hautement qualifié et de lui permettre de travailler au sein de l'industrie dans le domaine de la santé du poisson aussi.

J'espère avoir répondu à votre question.

Le sénateur Munson : Oui, merci pour la réponse.

Monsieur Boyce, quand vous avez parlé de M. Risley, j'ai tout de suite pensé à un ancien ami qui travaillait pour Ocean Nutrition. On parle tellement du saumon. Vous savez ce que j'ai fait ce matin? J'ai pris mes comprimés d'extrait de poisson comme je le fais tous les matins. J'utilise un produit Webber parce qu'il vient de Ocean Nutrition. Vous savez, Webber n'est pas une entreprise canadienne.

Ocean Nutrition a eu de la difficulté à obtenir l'accréditation de Santé Canada. Le processus était très long, et l'entreprise a commencé à vendre ses comprimés ailleurs, à l'étranger, jusqu'à ce que Santé Canada dise finalement : « Oh, ça doit être bon. Personne n'en meurt. » Il a fallu attendre longtemps. C'est ce qu'on entend ici au sujet de la réglementation et de ce genre de choses. Bien sûr, il faut quand même s'assurer que les produits sont sécuritaires.

Y a-t-il une association avec le saumon? Il y a 20 ans, personne ne prenait des comprimés d'extrait de poisson, et, de nos jours, la plupart d'entre nous en prennent.

La sénatrice Raine : À base de phoque.

Le sénateur Munson : C'est un mélange, mais je prends des comprimés faits à partir de saumon.

Dans le secteur de l'aquaculture, réalise-t-on des recherches ou d'autres types d'activités ou utilise-t-on ces poissons pour en tirer l'oméga 3 pour ceux qui ne veulent pas manger de saumon? Pourrait-on maximiser ce potentiel dans le secteur de l'aquaculture? Je n'y avais jamais pensé, mais c'est peut-être une occasion à saisir.

M. Boyce : Un professeur de l'Université Memorial, Fereidoon Shahidi, a fait pas mal de travail dans ce domaine, mais, encore une fois, il y a aussi les phoques.

Je ne veux pas parler de M. Risley ni de son entreprise, mais je sais qu'il est devenu très riche lorsqu'il l'a vendue. Il a vraiment réussi. Je dois dire que je prends des comprimés d'huile chaque jour, que ce soit de phoque, de morue ou de saumon. Je crois que c'est bénéfique pour la santé.

Mais pour répondre directement à votre question, il y a peu de recherches en cours liées directement aux omégas 3 à l'Université Memorial, du moins, à ma connaissance. Je ne sais pas si vous en savez plus que moi.

M. Couturier : En fait, trois ou quatre entreprises à l'échelle internationale produisent actuellement de l'oméga 3 à partir de moules. Ces entreprises se situent principalement en Nouvelle-Zélande, mais il y a des entreprises à Terre- Neuve qui envisagent de le faire avec les moules trop petites, dont on pourrait extraire certains nutriments ou produits nutraceutiques. Les moules affichent aussi des taux très élevés d'EPA et de DHA, des gras essentiels pour les humains. Au centre de biotechnologie marine et de biotransformation de l'Institut des pêches et de la mer, nous examinons la possibilité de tirer des composés à valeur ajoutée des déchets issus de la transformation du poisson, y compris le saumon, et de l'extraction d'huile du saumon d'élevage et du saumon sauvage pour en faire des suppléments diététiques ou même pour des applications médicales.

Le sénateur Munson : Ces huiles viennent de partout. Je crois qu'il y a une usine à Port Hawkesbury. Il y en a aussi à d'autres endroits.

Vous dites donc que ces comprimés et cette huile de poisson viennent de deux sources différentes?

M. Couturier : L'huile de poisson pour les comprimés et les suppléments peut venir d'une diversité de sources comme le phoque et le saumon, le saumon sauvage et des parages du saumon.

Le sénateur Munson : Le saumon d'aquaculture?

M. Couturier : Du saumon d'aquaculture, du saumon sauvage et des moules. Les composés nutraceutiques utilisés dans des comprimés viennent d'une diversité de sources naturelles.

Le sénateur Munson : Merci.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Bienvenue.

Je m'intéresse à la question de l'aquaculture de la morue. Avez-vous dit que vous avez commencé ce type d'aquaculture et que c'est un succès?

M. Boyce : Nous avons mis sur pied de multiples élevages dans le cadre d'activités de recherche et de développement au début des années 1990. Nous avions un projet intitulé « Egg to Plate », de l'œuf à l'assiette, et nous avons élevé ces poissons dans nos installations de recherche pour ensuite transférer les poissons, qui avaient alors la taille de ce crayon, de nos installations de recherche à des sites de cages dans divers emplacements sur la côte sud et à Bay Bulls.

Grâce à des recherches réalisées sur une période de huit ans en collaboration avec divers partenaires de l'industrie et grâce à des fonds de diverses sources, qu'il s'agisse du CRSNG, des IRSC, d'ONG au Canada ou de l'APECA, nous avons constaté que nous pouvions élever le poisson et le vendre. Au bout du compte, les entreprises qui investissaient ne faisaient pas d'argent.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Je vois.

M. Boyce : J'ai des photos ici d'un homme qui tient un poisson. Vous savez, nous avons fait un cycle complet. Nous avons encore un stock de géniteurs de morues, mais, au bout du compte, si les entreprises ne peuvent pas faire d'argent, elles ne veulent pas investir.

Actuellement, il y a de l'argent pour l'aquaculture du saumon; les entreprises investissent beaucoup. Lorsqu'elles sont arrivées à Terre-Neuve, il y a un certain nombre d'années, on nous avait annoncé des investissements de 250 millions de dollars. C'est le type d'investissement nécessaire pour assurer la croissance de ces industries. Si les PDG ou les présidents de ces entreprises estiment que, actuellement, le rendement est meilleur avec le saumon que la morue, c'est leur choix. Ce n'est pas parce que nous ne pouvons pas en produire. Nous ne pouvons pas faire d'argent actuellement en raison de la concurrence à l'échelle mondiale dans le secteur des poissons à chair blanche, dont le prix est bas.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Cela inclut d'autres pays?

M. Boyce : D'autres pays, certainement. Il y a plus d'argent consacré à la peau de morue en Islande actuellement que pour la chair.

Pour revenir à ce que vous avez dit, madame la sénatrice, il y a probablement plus d'argent à faire en produisant ces huiles qu'on ne peut en faire avec la chair.

La sénatrice Lovelace Nicholas : C'est intéressant.

J'ai une autre question. Je ne sais pas qui parmi vous a parlé de la formation en aquaculture. Des membres des Premières Nations tirent-ils profit de ces programmes?

M. Couturier : Nous avons réalisé beaucoup d'activités de formation avec des membres des Premières Nations de Conne River, ici, à Terre-Neuve-et-Labrador, sur la production dans les élevages et pour leur permettre d'acquérir des compétences de navigation en vue des récoltes de pêche. Ils ont beaucoup de caseyeurs. Nous avons formé beaucoup de personnes dans cette région, pour la pêche et aussi sur l'utilisation des bateaux, la navigation et ce genre de choses. Nous avons aussi offert certains cours de formation aux Premières Nations en collaboration avec le Collège communautaire de Caraquet par le passé à Gaspé et des endroits comme celui-là. C'était à petite échelle, mais nous l'avons fait, oui.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Merci.

La sénatrice Poirier : Je ne sais si je pose la question aux bonnes personnes, mais je vais tenter ma chance. J'aurais peut-être dû la poser à d'autres groupes.

On appelle un pêcheur qui pêche du homard, du thon, des pétoncles ou du crabe un pêcheur. On appelle un fermier qui élève du bétail, de la volaille ou du porc un fermier. Nous avons rencontré de nombreux groupes qui estiment qu'il faut vraiment demander au gouvernement fédéral d'adopter une loi sur l'aquaculture, parce qu'il n'y a aucune terminologie liée à l'aquaculture dans la Loi sur les pêches.

Ma question est la suivante : faut-il considérer l'aquaculture comme une forme de pêche? Nous sommes membres du comité sénatorial responsable des pêcheries, et c'est nous qui étudions ce dossier, mais si je demande à un intervenant du domaine de l'aquaculture s'il est un fermier ou un pêcheur, la réponse dépend de la personne à qui on parle. Certains estiment que, puisque leur activité se passe dans l'eau, elle est donc liée à l'industrie des pêches, mais d'autres estiment qu'il s'agit d'un secteur agricole. C'est compliqué.

Je ne suis pas sûre à 100 p. 100, mais je crois bien que, durant les premières années où j'ai été membre de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, on n'avait même pas vraiment réuni au sein d'un même ministère l'agriculture et l'aquaculture. Si les deux domaines sont réunis, c'est peut-être parce qu'il y a des similitudes.

Cela aiderait-il? Qu'en pensez-vous? Le secteur de l'aquaculture est-il dans le bon domaine? Devrait-on l'inclure dans les pêches ou le ranger du côté agricole?

M. Couturier : Qui veut répondre à cette question?

M. Boyce : J'ai deux ou trois commentaires à formuler à ce sujet.

Lorsque le moratoire a été établi en 1992, je travaillais à l'Université Memorial, et je suis parti pendant un an pour produire de la morue. À l'époque, nous avons mis en place 12 élevages en zone rurale à Terre-Neuve et avons acheté des poissons à National Research, Nat Sea, à ce moment-là. Nous avions donc 12 élevages de morue. Nous avons gardé les poissons durant une période de trois mois et doublé leur poids. Nous les avons vendus après les journées traditionnelles de pêche au casier, en juin et juillet, et nous avons obtenu un meilleur prix.

Là où je veux en venir, c'est la formation de ces personnes. Nous avons pris des personnes qui avaient un ensemble de compétences, des intervenants du domaine traditionnel des pêches comme je les appelais. Je viens d'une ancienne communauté de pêche de Bonavista, et j'ai grandi sur un bateau, pour ainsi dire, mais nous avons besoin d'une loi sur l'aquaculture. L'aquaculture est une activité agricole, la plupart du temps dans l'eau, et je crois qu'il y a une synergie entre les deux groupes, celui des pêcheurs et celui de l'aquaculture.

M. Couturier : L'aquaculture est une production animale, et, comme tous les témoins l'ont dit aujourd'hui, il s'agit de la production contrôlée d'animaux ou de plantes aquatiques, et tous les principes de l'agriculture terrestre s'appliquent en environnement marin. Le secteur devrait-il relever de l'agriculture ou des pêches? Je crois qu'il pourrait y avoir une loi sur l'aquaculture qui diviserait les responsabilités à cet égard et le mandat lié au développement, et cetera, touchant la responsabilité sur le plan agricole et réglementaire, d'un point de vue fédéral, qui relèverait de Pêches et Océans. C'est une réponse dans les deux sens. Les deux groupes d'intervenants peuvent participer, mais il peut très certainement avoir deux ministères qui s'occupent de la réglementation de l'industrie.

M. Boyce : Si je me rappelle bien, en 1997, le premier ministre de Terre-Neuve, Brian Tobin, a annoncé que le ministère des Pêches allait devenir le ministère des Pêches et de l'Aquaculture. Personnellement, je crois que nous étions heureux d'être reconnus en 1997.

La sénatrice Poirier : Puis-je poser une autre question?

Le président : Allez-y.

La sénatrice Poirier : C'est au sujet du pou du poisson. Nous parlons du problème du pou du poisson une fois que le saumon entre dans l'enclos et est là. Le pou du poisson afflige-t-il d'autres poissons? On dirait qu'on n'en entend pas parler. On semble seulement en entendre parler pour le saumon. Le pou du poisson est-il un problème qui touche d'autres poissons?

Dre Wescott : Eh bien, on retrouve des poux du poisson sur le saumon. On peut en retrouver sur des truites. On peut en retrouver sur des flétans. On peut en retrouver sur des harengs. On peut en retrouver sur un certain nombre d'espèces. J'imagine que cela dépend de l'espèce de pou.

Au Canada atlantique, il y a deux espèces que nous surveillons. L'une de ces espèces est ce que nous appelons le L. salmonis; c'est l'abréviation que nous utilisons. Ce sont les poux que nous trouvons surtout sur le saumon de l'Atlantique sur la côte Est du Canada.

Si vous allez sur la côte Ouest, la situation est un peu différente. Il y a là une autre espèce de L. salmonis, mais il y a aussi d'autres espèces. Il y a une espèce de Caligus, par exemple.

Il existe plus de 200 espèces de poux du poisson. Il y a deux espèces principales : L. salmonis et Caligus. Elles renferment plusieurs centaines de sous-espèces, alors on peut assurément en retrouver sur d'autres poissons, mais certains de ces poux s'attaquent à des hôtes particuliers. L. salmonis, par exemple, préfère vraiment le saumon de l'Atlantique par rapport aux autres espèces de saumons.

La sénatrice Poirier : Y a-t-il une raison pour laquelle nous devons trouver une façon de le retirer du saumon ou de l'éliminer, mais nous ne semblons pas avoir l'intention de faire la même chose ou de retirer les poux sur d'autres poissons?

Dre Wescott : Je ne crois pas qu'il soit question de les retirer. Je ne crois pas que nous connaissions un jour une situation où il n'y a plus de poux du poisson dans l'industrie. Je crois que les autres seront probablement d'accord avec moi ici, car il s'agit d'un parasite naturel. Il faut simplement gérer et atténuer le phénomène. Ce n'est pas parce qu'on ne les retrouve pas sur d'autres espèces. La majeure partie du travail et des travaux de recherche ciblent les espèces ayant une valeur commerciale, je dirais.

J'ignore si quelqu'un d'autre aimerait ajouter quelque chose.

M. Couturier : Parfois, lorsque des pêcheurs récréatifs prennent un saumon sauvage qui arrive dans la rivière, l'un des indicateurs de fraîcheur est le grand nombre de poux qu'on y retrouve. Un saumon adulte peut assurément tolérer une grande quantité de poux. Ces poux se détachent lorsque le saumon remonte la rivière pour frayer. Bien des fois, si vous prenez le saumon dans la rivière, vous ne verrez pas de poux, mais, s'il est dans l'océan, il en a.

Le problème du pou du poisson et des poissons d'élevage, c'est qu'ils sont dans un environnement assez clos, car ils sont confinés à des cages, et composent de 1 à 2 p. 100 du volume. Les poissons peuvent s'infecter les uns les autres. Nous avons besoin de mesures pour contrôler ce phénomène. Ce phénomène n'est probablement pas aussi répandu dans la nature — parmi les poissons sauvages —, quoique tous les types de poissons sauvages — comme l'a mentionné la Dre Wescott — puissent être entièrement recouverts de poux dans la nature.

Le sénateur McInnis : Nous avons entendu beaucoup de points négatifs aujourd'hui au sujet de la réglementation, par exemple, mais je continue à lire des choses au sujet de l'investissement du gouvernement fédéral dans la recherche et d'entendre parler de ce sujet. Pour reprendre les paroles de John Risley, j'imagine qu'il voit cela comme une possibilité plutôt qu'une dépense.

Le Programme d'aquaculture durable est une autre chose qui a été annoncée en février. Je crois qu'il a une valeur de 60 millions de dollars ou quelque chose comme ça. J'aimerais avoir vos commentaires là-dessus, s'il vous plaît. Mais, avant, je vous écoutais — et je ne doute pas de ce que vous dites —, jeudi, nous serons en Nouvelle-Écosse pour tenir des audiences, et je me doute bien que nous entendrons une tout autre histoire en ce qui a trait à la prospérité du homard à côté d'enclos et d'autres mollusques et crustacés. Les témoins diront que c'est absolument faux, et des biologistes de la vie aquatique et des chercheurs diront la même chose. Alors, le comité, lorsqu'il reviendra à Ottawa, dira : « Qui fume quoi? Qu'est-ce qui se passe? Qui dit vrai? »

Nous entendons parler de poux du poisson. Monsieur Green, vous coordonnez l'événement annuel de recherche et développement de l'Association aquacole du Canada dans le cadre duquel on a dit que Slice, le médicament utilisé pour éliminer les poux, n'est plus efficace. En fait, aucun médicament n'est efficace. On l'a dit à ce moment-là, apparemment. Pfizer essaie de mettre au point un nouveau médicament pour combler cette lacune.

Nous avons ce problème. Nous percevons le problème de l'AIS ou sommes carrément aux prises avec cette réalité, et les autorités fédérales de la santé nous disent que les humains peuvent consommer du poisson atteint de ce virus, mais pas d'autres poissons, car ils en mourraient.

Alors, où en sommes-nous? Où se trouve la vérité? Il ne fait aucun doute qu'un avenir brillant se dessine pour l'aquaculture, à la fois sur le plan des retombées économiques et en ce qui a trait à l'alimentation de la planète. Que prenons-nous en note au final? Parce que nous essayons de revenir avec quelque chose de tangible.

Dre Wescott : J'ai seulement un commentaire rapide sur la question de la chimiothérapie.

Je crois qu'il est faux de dire que rien ne fonctionne pour éliminer le pou du poisson à l'heure actuelle. Ce n'est pas tout à fait vrai. Vous avez raison de dire que Slice ne fonctionne pas, et c'est seulement le cas dans certains endroits du monde. Autant que je sache, et je suis certaine que les vétérinaires de la province pourraient le confirmer, ce médicament est toujours efficace à Terre-Neuve à l'heure actuelle et on l'y utilise encore.

Quant au développement d'une résistance contre ces agents chimiothérapeutiques, les gens disent carrément que cela ne fonctionne plus. Nous parlons du développement d'une résistance. Essentiellement, il s'agit de s'assurer qu'il n'y a pas de résistance au nombre limité d'agents chimiothérapeutiques disponibles au Canada à l'heure actuelle et que d'autres outils sont offerts. C'est la lutte antiparasitaire intégrée dont M. Couturier et moi-même avons parlé plus tôt. Il faut avoir une boîte à outils à offrir à ces aquaculteurs pour qu'ils puissent s'en servir au besoin.

Dans le cas du Nouveau-Brunswick, par exemple, à l'époque où j'ai commencé mes travaux de recherche de deuxième cycle, Slice était utilisé par tous les aquaculteurs, plusieurs fois par année, et était une méthode très efficace. Au cours de notre travail avec l'industrie au Nouveau-Brunswick, en 10 ans, et dans le cadre des essais biologiques dont j'ai parlé, nous avons observé des changements sur le plan de la sensibilité. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose; c'est pour ainsi dire l'évolution naturelle des effets d'un médicament au fil du temps.

Actuellement, nous traitons le poisson et éliminons les poux avec beaucoup de succès. Au fil du temps, nous constatons que, comme lorsqu'on prend des antibiotiques, une résistance apparaît après un certain moment, car il y a toujours des organismes qui ne sont pas tués à chaque traitement aux antibiotiques. Bien entendu, les organismes qui survivent au traitement se reproduisent et prolifèrent. Vu la rapidité du cycle de vie des poux du poisson, vous pouvez imaginer à quel point ce phénomène se passe vite. Ce n'est pas une situation désespérée.

Pour les aquaculteurs, l'important est d'avoir accès à d'autres thérapies qu'ils peuvent utiliser. À l'heure actuelle, au Canada, il existe un traitement par l'alimentation officiellement accessible. Il existe d'autres traitements par l'alimentation. D'autres traitements de bain sont utilisés avec beaucoup de succès en Europe et ailleurs.

Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de résistance à ces agents thérapeutiques au fil du temps aussi, parce que, si vous consultez la littérature, vous constaterez que c'est le cas. Je crois que l'idée ici, c'est de donner aux aquaculteurs accès à ces agents thérapeutiques dont le fonctionnement est avéré dans d'autres pays, qui ont fonctionné par le passé et auxquels les poux d'ici n'ont probablement jamais été exposés. Il y a d'excellentes chances que cela fonctionne ici, mais les aquaculteurs et les vétérinaires ont malheureusement un accès très limité à ces thérapies.

C'est pourquoi des chercheurs comme M. Boyce et moi-même proposent la tanche-tautogue. L'association aquacole de Terre-Neuve reconnaît cette solution, à l'instar d'autres pays. Nous avons besoin d'autres outils que nous pouvons utiliser dans cette boîte à outils.

Le sénateur McInnis : J'en conviens. J'ai cité le rapport publié par l'Association aquacole du Canada. On mentionne dans ce rapport qu'on tente aussi d'utiliser les tanches-tautogues et les moules bleues. Je citais le rapport que les gens ont lu. Ce n'est pas moi qui ai fait ce commentaire, mais j'essaie d'aller au fond des choses. Je ne suis pas en train d'insinuer qu'un témoin ici tient des propos qui ne sont pas vrais. Vous avez l'air assez crédibles, à mes yeux. Ce que j'essaie de dire, c'est que nous allons entendre une autre histoire.

Le président : Y a-t-il quelque chose à ajouter?

M. Couturier : Oui. Pour ce qui est du pou du poisson et des agents thérapeutiques, la Dre Wescott a tout à fait raison. La meilleure approche pour les animaux d'élevage est une stratégie de lutte antiparasitaire intégrée qui englobe une gamme d'agents thérapeutiques en plus de donner accès à des mesures de contrôle biologiques et mécaniques.

L'une des mesures de contrôle auxquelles nous avons accès n'est pas vraiment un agent thérapeutique. Il s'agit du peroxyde d'hydrogène. Le peroxyde d'hydrogène est une substance absolument inoffensive dans l'environnement marin. Il dure des secondes, voire moins. Il repousse les poux, puis vous les recueillez dans une baleinière pour les tuer. Cette méthode peut se révéler très efficace. Ce traitement nécessite une certaine infrastructure, mais il est assez répandu dans d'autres régions du monde.

Pour ce qui est des homards, je ne dirais pas qu'il est question de savoir qui dit vrai et qui dit faux. C'est un peu comme un tribunal, et je suis certain que vous connaissez bien ce contexte. La vérité se trouve quelque part entre les deux. En réalité, si vos sites sont à de mauvais emplacements, vous êtes susceptible d'avoir des dépôts organiques qui pourraient perturber certains homards. C'est une réalité qui est démontrée depuis longtemps partout dans le monde. Si vous avez des sites bien gérés et bien placés, vous ne verrez pas un très grand nombre de homards se déplacer. En fait, vous verrez peut-être une augmentation, car à peu près tout ce qui provient d'un élevage de saumons ou de moules, ce sont des pertes, des matières fécales, de la nourriture en granules et d'autres matières organiques. Les homards ne mangent pas directement les granules. Certes, d'autres organismes aux alentours commenceront à assimiler cette matière organique. C'est bon pour les homards.

Nous voyons une augmentation de crevettes en Colombie-Britannique. Il y a la belle petite crevette ésope; la crevette du printemps ou j'ignore comment on l'appelle en Colombie-Britannique. Quoi qu'il en soit, c'est une belle bête.

Les pêcheurs de l'Écosse utilisent ces agents thérapeutiques en eaux peu profondes, comme celles de la baie de Fundy, depuis 30 ans, et ils n'ont pas observé un seul changement dans leurs récoltes de crevettes tachetées ou de homards dans cette région. Les pêches sont plutôt modestes dans ce secteur, mais on n'a observé aucun changement.

Tout ce que je dis, c'est qu'une aquaculture peut avoir un impact sur différents types de homards, qu'il s'agisse de femelles œuvées ou je ne sais quoi. Nous avons interrogé des pêcheurs ici à Poole's Cove et à Belleoram. Ils nous ont dit qu'ils étaient heureux de voir des aquacultures, car de cette façon, les pêcheurs d'une collectivité n'allaient pas voler le homard d'une autre collectivité. Il y avait une surveillance constante là-bas pour essayer d'identifier les braconniers. Je veux dire, il y a des avantages.

Le président : Merci aux témoins. Nous avons encore écouté des représentants d'une autre facette de l'industrie. Nous avons appris beaucoup de choses aujourd'hui, et vous nous avez assurément donné beaucoup d'informations. Je tiens à vous remercier d'être venus ce soir et je vous souhaite beaucoup de succès.

Chers sénateurs, nous avons maintenant le plaisir d'accueillir M. Jim Bennett, député à la Chambre d'assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador pour St. Barbe; pour ceux qui n'ont pas visité cette région, il s'agit d'un endroit magnifique dans la péninsule nord de notre province. M. Don Hutchens est président du Salmonid Council of Newfoundland and Labrador, et M. Tony Tuck est président du comité des pêches de la Newfoundland and Labrador Outfitters Association.

Au nom des membres du comité, je vous remercie d'avoir pris le temps de venir ici aujourd'hui. Nous allons commencer par la déclaration de M. Bennett, puis nous allons entendre celles de MM. Hutchens et Tuck. Vous pouvez faire une courte déclaration, puis les sénateurs vont poser des questions.

Monsieur Bennett, la parole est à vous.

Jim Bennett, député à la Chambre d'assemblée pour St. Barbe, Chambre d'assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador : Merci beaucoup. Comme l'a mentionné le sénateur Manning, je suis député à la Chambre d'assemblée pour le district de St. Barbe, et je suis actuellement critique en matière de justice et président du Comité des comptes publics de la province. Avant cela, j'ai été critique en matière de pêches pendant deux ans, puis aussi critique en matière d'éducation et critique en matière d'entreprise innovatrice et de développement rural. À la suite d'élections partielles, nous avons eu la chance de pouvoir répartir le travail un peu mieux.

J'ai toujours été intéressé par l'aquaculture, j'ai fréquenté des piscicultures et des endroits de pêche-sur-place, et ce genre de choses. J'ai vécu dans quatre provinces : 8 ans en Alberta, 11 ans en Ontario, 1 an en Nouvelle-Écosse et, le reste du temps — je ne vous dirai pas combien d'années — j'ai vécu à Terre-Neuve-et-Labrador. Lorsque je suis revenu, il y a une dizaine d'années, ma profession antérieure — j'ai été élu il y a deux ans et demi —, était celle d'avocat. J'ai pratiqué le droit à Terre-Neuve-et-Labrador et aussi en Ontario quelque six ans, alors je suis membre du Barreau des deux provinces. J'ai obtenu un diplôme de l'Université de Windsor et aussi de l'Université of Detroit Mercy et de l'Université Memorial ici, à Terre-Neuve.

J'ai toujours été intéressé par la pisciculture ou l'élevage de la truite, parce que j'avais l'habitude d'aller dans des piscicultures ouvertes à la pêche pour prendre des poissons; on pouvait les remettre à l'eau ou faire pas mal ce qu'on voulait. Lorsque je suis revenu, il y a une dizaine d'années, j'avais vraiment envie d'établir ma propre petite pisciculture.

Je vis à Daniel's Harbour, dans la péninsule Great Northern; ce village compte 240 habitants et 1 avocat lorsque je suis là; quand je suis parti, il n'y a pas d'avocat. Quoi qu'il en soit, je me suis renseigné sur la réglementation et j'ai beaucoup lu au sujet des ratios poisson-nourriture, de la quantité d'eau nécessaire et de l'espace nécessaire. J'en ai beaucoup appris, puis j'ai entrepris des discussions avec la province au sujet de la réglementation en 2002 et en 2003. La réglementation était très contraignante en ce qui concerne les exigences préalables à l'établissement d'une pisciculture. Après avoir étudié et appris la réglementation, je me suis dit que ce serait quelque chose à faire un de ces jours, si je finissais par prendre ma retraite. L'entreprise semblait exiger beaucoup de travail et être assujettie à une lourde réglementation. Lorsque j'ai été élu, je suis devenu critique en matière de pêches et je suis aussi pêcheur à la ligne.

L'aquaculture représente une petite proportion des pêches; environ de 10 à 15 p. 100 de la valeur. L'aspect croissance est vraiment important, sans parler de la pisciculture. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que la pisciculture est ici pour rester. Il s'agit de savoir non pas si nous pratiquons cette activité, mais quelle est la meilleure façon de le faire.

Je ne parlerai pas du secteur des mollusques et crustacés, car je crois qu'on s'en charge très bien et je crois que nous avons établi une véritable norme pour le monde des mollusques et crustacés. En juillet 2012, nous avons assisté à la première éclosion d'anémie infectieuse du saumon, et, en ma qualité d'avocat, cela m'a poussé à me documenter. Il fallait que j'apprenne, que j'étudie et que je lise tout ce qui était à ma disposition.

La première chose que j'ai lue était le rapport du comité composé de représentants de tous les partis de la Colombie- Britannique sur la pisciculture dans cette province. Il est assez volumineux et très bien fait et, à mon avis, si les trois partis ont collaboré, il s'agit probablement d'un document relativement neutre et axé sur les faits.

J'ai aussi lu une étude de l'Université Simon Fraser traitant des prix minimums et du fait que les gens étaient prêts à payer davantage pour le poisson élevé en milieu clos et du prix que le consommateur était prêt à payer, car c'était la voie que nous devions adopter, d'après moi.

J'ai aussi lu le rapport de la Commission Cohen et à peu près tout ce qui me tombait entre les mains. J'ai aussi lu les rapports sur la pisciculture au Chili et l'effondrement de l'industrie salmonicole dans ce pays à cause de l'anémie infectieuse du saumon, introduite par des œufs de poissons de la Norvège; alors l'infection peut être propagée des poissons en captivité aux poissons sauvages. Elle existe aussi dans la nature.

Depuis ce moment-là, il y a eu cinq éclosions d'AIS dans la province, et l'ACIA a versé plus de 30 millions de dollars en indemnisations. Je suis réellement préoccupé du fait que, si l'ACIA cesse d'offrir une indemnisation pour les maladies du poisson, l'industrie sera perdue. Elle est vouée à l'échec; elle ne saurait continuer sans cette aide.

On ne dirait pas que l'ACIA... Le mandat diffère de celui pour la vache folle ou l'encéphalopathie spongiforme bovine, car nous allons continuellement devoir lutter contre l'AIS; c'est un risque connu. Nous serons toujours aux prises avec l'AIS si nous pêchons dans l'océan.

Une autre importante préoccupation tient à l'interaction entre le pou du poisson et les jeunes saumons qui partent et les taux de retour du jeune saumon, lorsqu'il part dans l'océan. S'ils entrent en contact avec des poissons d'élevage plus gros, ils sont exposés au pou du poisson. Un ou deux poux qui s'installent sur un saumoneau qui part pourraient affaiblir le petit poisson, alors il serait vulnérable aux prédateurs, et le taux de retour aurait tendance à baisser. Voilà mes préoccupations.

À l'heure actuelle, l'industrie a démarré sur les chapeaux de roues. Je crois que nous devons trouver une façon d'assurer la durabilité dans un contexte environnemental et dans un contexte économique et maintenir et faire croître l'industrie. L'un des aspects qu'il nous manque, c'est que nous n'avons pas de très bonnes données quant aux véritables coûts qu'il faut engager pour élever du poisson dans un environnement clos plutôt que dans l'océan. Nous savons que les coûts en électricité seront plus élevés, vu la recirculation de l'eau, et nous savons qu'il y aura des coûts de main- d'œuvre plus élevés, ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise chose si vous vous trouvez dans une région en mal d'emplois. Je ne partage pas l'idée selon laquelle nous allons perdre un avantage concurrentiel en n'exploitant pas l'océan, car nous avons d'autres avantages concurrentiels ici. Je crois que, si nous pouvions vendre un produit pur à l'échelle du Canada, ce serait vraiment la voie de l'avenir.

Je crois que nous devons systématiquement nous diriger vers un produit en environnement clos, que ce soit dans des réservoirs dans l'océan, qui permettraient de profiter de la température de l'eau pour maintenir cette température ou dans des réservoirs sur terre, qui entraîneraient des coûts plus élevés, mais je crois que nous n'avons pas vraiment toutes les données à cet égard.

À ce stade, vu les éclosions constantes d'AIS et le problème du pou du poisson, l'industrie est vraiment exposée à des difficultés financières et à des risques inutiles, et le potentiel de boycottages des consommateurs est déjà présent. Nous connaissons les boycottages. Je lis au sujet du régime européen touchant les phoques, car nous savons ce qui peut arriver à la suite d'un boycottage.

Je devrais probablement céder la parole à quelqu'un d'autre.

Le président : Merci, monsieur Bennett.

Monsieur Tuck?

M. Tuck : Merci beaucoup. Je suis ravi de témoigner devant vous cet après-midi.

Je représente aujourd'hui la Newfoundland and Labrador Outfitter's Association. Personnellement, je suis propriétaire et exploitant d'une pourvoirie de chasse et pêche depuis 22 ans. C'est mon principal moyen de subsistance; c'est ainsi que je gagne ma vie, et il en est ainsi depuis un certain moment.

La Newfoundland and Labrador Outfitters Association est composée d'un assez grand nombre de petites et moyennes entreprises. Je crois que, actuellement, il en existe probablement de 120 à 130 dans la province, alors c'est une quantité considérable. Ce sont de vaillants entrepreneurs. Ce sont des gens d'affaires, qui comprennent les épreuves et les bénéfices qui viennent avec l'exploitation d'une entreprise prospère.

Nous ne sommes absolument pas contre l'entreprise. Certes, nous sommes en faveur d'une industrie aquicole écologique et autonome dans la province de Terre-Neuve. Cette industrie, comme la nôtre, est fondée sur la région rurale de Terre-Neuve. Je crois que c'est important. C'est là qu'il y a un grand besoin d'activité économique et d'emplois, et il s'agit de la partie de la province qui éprouve le plus de difficultés.

L'industrie de la pourvoirie de Terre-Neuve-et-Labrador reconnaît qu'elle est entièrement dépendante des ressources naturelles. Sans poissons et faune sains et durables, nos entreprises n'ont absolument aucune valeur, car elles n'ont rien à offrir aux amateurs de plein air que nous cherchons à héberger dans nos nombreux gîtes. À l'heure actuelle, il y a une préoccupation grandissante chez les membres de notre industrie selon laquelle nos stocks de poissons sauvages sont exposés à un danger réel pour leur santé causé par la pratique de l'aquaculture en cages, en haute mer, l'élevage de saumons de l'Atlantique et de truites arc-en-ciel dans la province, particulièrement sur la côte sud de l'île. En effet, le danger s'est peut-être déjà matérialisé dans une certaine mesure. Le MPO a soulevé des préoccupations tenant au fait que les stocks de saumons de l'Atlantique diminuent considérablement dans la région de la côte sud de Terre-Neuve-et-Labrador. Il faut noter qu'il s'agit de la seule région de la province où le MPO a soulevé de telles préoccupations.

De plus, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, le COSEPAC, a récemment recommandé au ministre fédéral des Pêches de déclarer le saumon sauvage de la côte sud de Terre-Neuve-et-Labrador une espèce en péril. L'une des principales raisons sous-jacentes à cette recommandation est les conséquences négatives possibles et probables sur le saumon sauvage de l'Atlantique des activités piscicoles sur la côte sud. Si les craintes du COSEPAC se matérialisent, la région de la côte sud continuera de voir décliner la montaison des truites et des saumons sauvages, ce qui finira par anéantir la pêche sportive et les gîtes commerciaux, dont la survie dépend de ces stocks pour assurer une aventure de haute qualité aux amateurs de plein air venus d'ailleurs.

Si la recommandation du COSEPAC pour la déclaration d'espèce en péril du saumon de la côte sud est acceptée par le gouvernement canadien, en application de la Loi sur les espèces en péril, on mettra immédiatement fin à toute activité de pêche sportive dans cette région. Évidemment, toute activité de pêche sportive cesserait. Aucun gîte ne sera en exploitation — qu'il soit commercial ou réservé aux sociétés — et personne n'aura le droit de s'adonner à la pêche sportive.

L'industrie aquicole, à la défense de ses entreprises, déclare qu'il n'y a aucune preuve établissant que le déclin des stocks de saumons sauvages sur la côte sud est causé par la pratique de filets en haute mer. Théoriquement, elle a raison, mais seulement parce qu'il y a eu très peu d'efforts visant à étudier la situation pour établir l'existence d'un lien entre les deux choses.

Nous sommes d'accord pour dire qu'il n'existe pas actuellement d'étude acceptable du lien entre la ressource du saumon sauvage de l'Atlantique de la côte sud de Terre-Neuve-et-Labrador et l'industrie aquicole grandissante de cette région. Toutefois, voici les faits avérés : on signale un nombre grandissant de saumons évadés d'aquacultures dans de nombreuses rivières de la côte sud, ce qui compromet la constitution génétique de la ressource sauvage en raison du risque de croisements. Les cas de maladies au sein des piscicultures, comme l'anémie infectieuse du saumon — ou AIS —, sont devenus une réalité courante, ce qui porte atteinte à la vie de tous les poissons qui passent à proximité des cages en haute mer. Sur la côte ouest de l'Amérique du Nord, on avance souvent que la haute densité de poux du poisson près des cages d'engraissement final des poissons a des conséquences très négatives sur le saumon sauvage juvénile qui migre des rivières d'eau douce pour terminer sa croissance dans l'océan. À mon avis, il serait extrêmement naïf de croire que la situation n'est pas la même sur la côte est.

Les représentants de grandes sociétés aquicoles dans le monde ont déclaré qu'il ne pouvait pas y avoir d'activité piscicole dans des baies où se jettent des rivières de saumons sauvages, car cela anéantirait le saumon sauvage. Malgré ce qu'affirme l'industrie aquicole de la province, à savoir qu'elle est soumise aux règlements les plus contraignants qui protègent à la fois la santé et la durabilité des poissons d'élevage et des poissons sauvages, le vérificateur général de Terre-Neuve a récemment signalé de nombreux cas de négligence sur le plan de la réglementation touchant l'aquaculture à Terre-Neuve ainsi qu'une certaine inertie de la part du gouvernement provincial dans ce dossier.

Les pêcheurs commerciaux des régions côtières du Canada atlantique croient largement que les nombreux produits chimiques utilisés dans l'industrie aquicole entraînent des effets dévastateurs sur les mollusques et crustacés et d'autres espèces océaniques à proximité des cages de poissons. On signale massivement que des piscicultures continuent d'utiliser des produits chimiques interdits malgré les accusations juridiques et les amendes perçues.

Le fait que la croissance de l'industrie piscicole dans la région de Bay d'Espoir à Terre-Neuve coïncide avec le déclin rapide de la montaison de saumons sauvages de l'Atlantique de la rivière Conne est beaucoup trop alarmant pour qu'on n'en tienne pas compte. Aucun autre grand réseau hydrographique de la province n'a vu un tel déclin de la montaison de saumons sauvages. Je crois que ce point est très, très important, et on ne saurait l'oublier.

Nombre d'exploitants de pourvoiries de la province qui croyaient au départ que l'élevage de saumons et de truites serait une grande source de prospérité économique en milieu rural partagent certaines opinions sur cette industrie. Comme d'autres résidants de Terre-Neuve-et-Labrador, les exploitants de pourvoiries sont ahuris devant les énormes indemnités versées aux piscicultures pour compenser les pertes subies en raison de la maladie. Par simple curiosité, qu'arriverait-il si les gîtes de pourvoiries devaient fermer leurs portes? D'où proviendra l'indemnisation alors, ou y en aura-t-il une ou est-ce simplement une conséquence acceptable de la proximité avec l'industrie aquicole?

Le gouvernement canadien, par l'intermédiaire du MPO, les gestionnaires de nos stocks de poissons sauvages, est responsable de négligence grave pour n'avoir pas examiné les conséquences possibles des activités aquicoles sur les stocks de truites et de saumons sauvages. À notre avis, le ministère des Pêches et des Océans est dans une grave situation de conflit d'intérêts, parce qu'on lui a aussi confié la responsabilité de l'industrie aquicole.

Il faut déployer un effort sincère pour mettre de l'ordre dans l'industrie piscicole, y compris songer sérieusement à favoriser l'aquaculture sur terre, qui reflète constamment le fait qu'il est possible d'élever le poisson d'une façon écologique et durable.

Merci beaucoup.

Le président : Merci, monsieur Tuck.

Monsieur Hutchens?

Donald L. Hutchens, président, Salmonid Council of Newfoundland and Labrador (SCNL) : Merci, mesdames et messieurs les sénateurs. J'étais autrefois l'ingénieur en chef responsable de la planification, de la conception, de l'ingénierie et de la construction de la fibre optique et du réseau qui traverse Terre-Neuve, alors, si vous avez des questions au sujet des installations sur la côte sud et de leur état, je pourrai y répondre plus tard.

Toutefois, je suis ici aujourd'hui en ma qualité de président du Salmonid Council of Newfoundland and Labrador. L'organisation est composée de huit groupes affiliés de gérance de l'environnement responsables de divers bassins hydrologiques et rivières à Terre-Neuve. Il y a la SAEN à St. John's, la SPAWN à Corner Brook et l'ERMA d'Exploits Valley. Les pourvoiries sont aussi membres du conseil. Nous avons pour objectif de protéger, d'améliorer et d'encourager la gestion générale de salmonidés, c'est-à-dire le saumon de l'Atlantique et la truite sauvages de Terre- Neuve-et-Labrador.

Nous existons depuis 1986, et nous avons déployé des efforts considérables pour protéger notre saumon sauvage de l'Atlantique. Terre-Neuve représente la moitié des stocks restants de saumon sauvage de l'Atlantique en Amérique du Nord. Notre part est supérieure à celles de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Québec combinées. Nous avons plus de pêcheurs et plus de rivières. Nous délivrons plus de permis, et un plus grand nombre de poissons reviennent. Nous sommes le dernier bastion du saumon sauvage de l'Atlantique.

Je voulais seulement souligner deux ou trois choses. Tout d'abord, dès qu'une pisciculture en mer a été installée près d'une rivière à saumons sauvages, la population de cette rivière a été décimée. On l'a vu à Conne River, à Bay d'Espoir. On l'a vu en Nouvelle-Écosse. On l'a vu au Nouveau-Brunswick. On l'a vu dans le Maine. C'est un phénomène qui s'est produit aux quatre coins du monde; partout. On ne saurait nier que les piscicultures dans l'océan, placées en étroite proximité avec le saumon sauvage, détruisent la population sauvage. On l'a vu en Colombie-Britannique, avec le saumon du Pacifique.

Récemment, il y a eu un rapport publié par le juge Cohen à la suite d'une étude de l'impact des sites piscicoles sur le saumon du Pacifique, laquelle s'est étendue sur trois ans et a coûté 15 millions de dollars. Si vous remplacez les mots « saumon de l'Atlantique » par « saumon du Pacifique » dans ce rapport, il pourrait s'appliquer directement à l'Est du Canada. Nous n'avons pas besoin d'une autre commission; vous n'avez qu'à lire le rapport. Lisez ce qu'il dit au sujet des répercussions de la pisciculture sur les populations de saumon sauvage.

Si je ne peux pas vous convaincre... Tout à l'heure, nous avons entendu M. Couturier, qui a essayé de vous faire croire que les sites piscicoles n'ont aucun impact. Je ne sais pas d'où il tire cela. C'est un problème crucial. Soit on y croit, soit on n'y croit pas. La question est la suivante : quelles sont ces répercussions, au juste? Je veux dire, il y a d'autres facteurs qui ont une incidence sur l'état des stocks de saumon en Amérique du Nord. Cependant, l'incidence de tous ces facteurs combinés est minime —j'insiste sur ce mot — en comparaison de l'incidence des sites piscicoles aménagés près des rivières.

Je crois que la population de saumon dans la rivière Conne est passée de 15 000 poissons — je crois — à 400. L'an dernier, il y aurait apparemment eu 23 poissons qui ont franchi le compteur. Nous ne savons pas s'il s'agissait de poissons sauvages, de poissons d'élevage ou de poissons hybrides. Enfin, voyez dans quelle mesure la population a chuté dans cette rivière. Notre gouvernement provincial a établi un nouveau plan quinquennal : la vision 2018. Il veut tripler le nombre de centres piscicoles en vue d'assurer la viabilité de la côte sud. Il propose que la zone désignée à cette fin s'étende de la baie Fortune à la rivière Grey. Il y aura 29 autres rivières à saumon importantes — des rivières inscrites à l'annexe — qui seront détruites si on laisse cela se produire. Vingt-neuf autres; pas seulement les deux qui se trouvent déjà dans cette situation : 29 autres et peut-être même plus, car les saumons qui se sont échappés — comme on l'a vu l'an dernier — peuvent se retrouver n'importe où, et nous ne savons pas quelles en sont les conséquences.

Par ailleurs, j'ai passé plus de 35 ans à étudier et à pratiquer la science de la gestion. J'ai appris ceci pendant mon parcours : il ne faut pas qu'une personne soit chargée d'objectifs incompatibles. Ça ne fonctionne pas. On ne peut pas pousser et tirer en même temps. Le ministère qui s'occupe du poisson sauvage ne doit pas être responsable du poisson d'élevage. Il y a un conflit.

Comme je l'ai dit dans mon premier point, ces deux responsabilités — pour une raison ou pour un autre — ne peuvent coexister. Elles doivent être séparées. Pour que la situation soit bien gérée, il faut retirer la responsabilité de l'aquaculture au ministère des Pêches. On peut voir ce qui se produit ici : des ressources du MPO censées être affectées au saumon sauvage sont plutôt affectées à l'aquaculture. Chaque année, des employés du MPO partent à la retraite et ne sont pas remplacés. Une série de compressions n'attend pas l'autre. D'ailleurs, la situation est tellement grave là-bas que, maintenant, quand je vais dans les bureaux de ce ministère et qu'on me demande si je veux du café, je réponds non, car je sais que l'employé qui me l'offre devra le payer de sa poche. Voilà à quel point les finances sont précaires à White Hills.

Il y a deux ans, le Comité consultatif du saumon a tenu une réunion au Labrador. Elle s'est déroulée à un endroit très éloigné dans le centre de ski parce que les membres du comité ont pu y obtenir des locaux gratuitement ou à très peu de frais, je suppose; et ils ont dû passer un chapeau afin de pouvoir s'acheter de la pizza pour dîner. Ils ont réellement dû passer un chapeau : voilà à quel point les finances de la direction du MPO chargée du saumon sont précaires. Enfin, c'est ridicule.

Demandez ce qui a été fait pour étudier l'interaction entre la pisciculture et le poisson sauvage. Quelles nouvelles études ont été menées par les chercheurs du MPO? Quels rapports scientifiques ont été publiés au cours des cinq ou dix dernières années? Il n'y a aucun rapport du MPO qui me vient à l'esprit. Donc, le ministère ne fait rien pour trouver la cause du problème. Comment expliquer cela? C'est parce que le directeur général est dans une situation de conflit d'intérêts. Il essaie de promouvoir l'aquaculture, alors le problème ne saurait être réglé de cette façon.

Le conseil n'est pas contre l'aquaculture, en ce sens que l'élevage de coquillages ne nous pose aucun problème. Les choses semblent se dérouler assez bien, et nous sommes tout à fait satisfaits de ce qui se passe à cet égard, pourvu qu'il n'y ait pas de problèmes environnementaux.

Le seul problème dont je suis au courant, c'est le fait qu'il ne semble pas y avoir de mécanisme en place pour assainir le site quand un exploitant fait faillite. Une situation du genre s'est produite dans la région de Miller's Passage, sur la côte sud. Un exploitant a fait faillite, et les eaux où se trouvaient ses installations n'ont pas encore été nettoyées. Il ne semble pas y avoir de cautionnement d'exécution là-bas. Enfin, que va-t-il se passer si un centre piscicole fait faillite sur la côte sud? Qui va nettoyer le gâchis laissé derrière? Y a-t-il des cautionnements d'exécution qui garantissent que ce sera fait, ou est-ce que ce sera aux contribuables d'assumer le coût du nettoyage? C'est nous — la population — qui serons responsables de nettoyer leur gâchis après qu'ils auront encaissé leurs profits et fermé boutique.

J'en arrive à mon troisième point. Il y a deux ans, le rapport du vérificateur général de Terre-Neuve Point a fait état de bien des problèmes et des lacunes concernant la réglementation relative aux installations piscicoles océaniques de la côte sud de Terre-Neuve. La semaine dernière, il a mis à jour son rapport en indiquant quelles mesures ont été prises à la suite de ses recommandations. Je n'ai pas lu ce rapport, mais on m'a donné à croire que l'industrie aquacole de la côte sud de Terre-Neuve est celle qui affiche le pire bilan. Elle est celle qui a déployé le moins de mesures pour mettre en œuvre les recommandations du vérificateur général. Ainsi, l'industrie essaie de convaincre la population que sa réglementation et ses pratiques sont les meilleures, les plus avancées et les plus avant-gardistes de l'industrie; mais, si c'est le cas, pourquoi y a-t-il eu sept éclosions d'anémie infectieuse du saumon au cours des deux ou trois dernières années? Quelqu'un n'utilise pas les bonnes pratiques.

Dans l'annexe A de mon mémoire, vous trouverez toute une liste de problèmes qui ont été signalés sur la côte sud. Si un seul d'entre eux est fondé — et, grands dieux, j'espère qu'ils ne le sont pas tous —, cela signifie qu'il y a énormément de règles, de pratiques et de normes qui ne sont pas respectées, et ces manquements peuvent aller d'une omission de signaler ses pertes jusqu'à l'utilisation de pratiques carrément inacceptables. L'industrie est confrontée à de sérieux problèmes.

Le quatrième point que je vais soulever, c'est que l'industrie est censée être viable et durable; or, elle doit uniquement son existence aux investissements massifs réalisés par le gouvernement. Il y a trois grands joueurs sur la côte sud. Un d'entre eux s'est placé sous la protection de la loi sur les faillites, et un autre a repris son équipement de traitement en affirmant qu'il ne va le remettre en place que lorsque l'industrie deviendra plus viable. Est-ce que cela semble être le portrait d'une industrie viable et durable? Je ne crois pas.

L'an dernier, une des membres du comité de développement de la côte sud m'a dit ici à Gander — nous organisons des réunions pour examiner la vision provinciale — qu'il y a un an ou un an et demi, tous les gens qui voulaient travailler trouvaient de l'emploi sur la côte sud. Elle a d'ailleurs dit qu'on souhaitait avoir recours à des travailleurs étrangers temporaires dans les usines de la région et que cela suscitait beaucoup de discussions. Est-ce vraiment ce que nous voulons faire? Voulons-nous vraiment détruire 29 autres rivières à saumon à Terre-Neuve en vue de faire venir des travailleurs étrangers pour leur faire occuper des emplois de bas niveau? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je ne crois pas que cette industrie soit viable et durable.

En résumé, il ne devrait plus y avoir d'installations piscicoles dans la base océanique située près des rivières empruntées depuis longtemps par des saumons sauvages de l'Atlantique. Les scientifiques du MPO utilisent eux-mêmes la règle des 25 kilomètres comme ligne directrice. Pour une raison ou pour une autre, l'administration ou la direction de ce ministère a fait fi de son savoir scientifique et a autorisé les entreprises à aménager des installations piscicoles dans la baie d'Espoir, à l'embouchure de la rivière Conne. En comparaison, certains pays étrangers — la Norvège, par exemple — sont allés jusqu'à dire que la distance à respecter devrait être de 300 km. Mais, bon, tenons-nous-en à 25.

Nous devons nous assurer que l'aquaculture cesse d'être la responsabilité du ministère des Pêches et des Océans et que nous le laisserons s'acquitter de son devoir de protéger et de gérer les stocks de saumon sauvage de l'Atlantique dans l'Est du Canada. Pour ce faire, il faut plus de ressources, plus d'argent et, surtout, plus de connaissances scientifiques. Ces connaissances nous font défaut actuellement.

J'ai passé trois jours dans une grande pièce du Comfort Inn, en compagnie d'un groupe composé principalement d'une cinquantaine de scientifiques, à essayer de déterminer pourquoi la zone 4 — la côte sud de Terre-Neuve — était dans un tel état. L'objectif de cette réunion était d'élaborer des recommandations afin que les populations puissent recommencer à augmenter là-bas. Au bout de ces trois jours de réunion — à laquelle ont participé des scientifiques de l'Université Memorial, de la FSA, des scientifiques actuels et retraités du MPO et d'autres parties intéressées —, la seule conclusion à laquelle nous sommes arrivés, c'est que nous n'avions pas assez de données scientifiques pour formuler des recommandations. Nous devons acquérir plus de connaissances. Sinon, nous n'allons nulle part; nous avançons à tâtons dans une tempête de neige.

Merci beaucoup, mesdames et messieurs.

Le président : Merci, monsieur Hutchens.

C'est le sénateur Wells qui va poser les premières séries de questions.

Le sénateur Wells : Merci, monsieur le président. Messieurs, je vous remercie de vos exposés.

Monsieur Hutchens, monsieur Bennett, vous avez tous deux parlé du rapport Cohen. J'ai seulement deux ou trois commentaires à faire. Je ne suis pas un témoin; je suis ici pour vous poser des questions. Cependant, mon rôle consiste aussi à remettre en question certaines de vos affirmations.

Vous avez dit : « Oh, le rapport Cohen affirme ceci », et cela appuie certaines de vos allégations. En 2009, il y a eu 1,3 million de saumons qui sont retournés dans le fleuve Fraser. C'est un fait. Le rapport Cohen a été déposé le 31 octobre 2012, après 18 mois. L'année suivante, un nombre record de saumons sont retournés dans ce fleuve, après que le creux historique a été atteint en 2009. Ce n'est pas une prévision : 30 millions de saumons sont retournés dans ce fleuve, ce qui ne s'était jamais vu en cent ans, c'est-à-dire depuis qu'on a commencé à faire le calcul ou le compte. Bien sûr, cela n'avait rien à voir avec le rapport Cohen : les rapports ne ramènent pas le poisson. Trente millions, c'est le chiffre le plus élevé en cent ans; et, en 2014, on prévoit que 72 millions de saumons retourneront dans ce cours d'eau.

À mon avis, vu ce qui se produit dans le fleuve Fraser, à la lumière du rapport Cohen, certaines de vos allégations concernant les effets de l'aquaculture et les saumons qui remontent les rivières de Terre-Neuve-et-Labrador ne tiennent pas la route. Je vous pose donc la question suivante : pourriez-vous me dire, en pensant aux rivières situées dans les régions où il y a aucune activité aquacole — y compris celles du Labrador, et peut-être tout particulièrement les rivières Paradise et Eagle, où beaucoup de saumons retournent —, comment vous en arrivez à la conclusion que l'élevage de saumon a une incidence sur le nombre de poissons qui retournent dans les rivières, alors que les faits, les données scientifiques et les observations antérieures n'appuient pas cette conclusion?

M. Hutchens : Je ne suis pas certain de comprendre votre question. Vous parlez de la rivière Eagle?

Le sénateur Wells : Eh bien, je veux seulement une réponse générale.

Vous êtes aussi revenu sur les propos tenus par M. Couturier tout à l'heure, quand vous avez parlé des incidents qui se sont produits sur la côte Est de l'Écosse, où il n'y a aucun centre d'élevage du saumon, mais où on a tout de même constaté une baisse des remontes de saumon. J'essaie de trouver une corrélation entre le faible nombre de remontes et les activités d'élevage de saumon, mais je n'en vois aucune. Je n'en vois aucune dans vos commentaires ni dans les données recueillies au fil des ans.

M. Hutchens : Globalement, la population de saumons qui remontent les rivières de Terre-Neuve-et-Labrador a peut-être diminué d'environ 30 p. 100 par rapport à son sommet historique; ce n'est rien en comparaison de la baisse de centaines de points de pourcentage constatée à la rivière Conne, où un centre piscicole a été aménagé.

Un de nos principaux problèmes, certes, c'est qu'à Terre-Neuve, il y a — je crois — 286 rivières à saumon inscrites à l'annexe et que seulement 13 d'entre elles font l'objet d'un suivi. Nous n'avons pas les connaissances scientifiques nécessaires pour jauger la santé de toutes les rivières. Un grand nombre de ces évaluations sont fondées sur des prévisions, sur la situation de rivières comparables, sur des estimations ou sur d'autres moyens du genre.

On considère généralement qu'outre les rivières Conne et Little, la plupart des rivières de Terre-Neuve sont en assez bonne santé. Elles ne remplissent pas toutes les exigences en matière de conservation ni les objectifs sur le plan de la ponte, mais elles sont en assez bonne santé.

Le sénateur Wells : C'est une bonne nouvelle.

M. Bennett : Sénateur, j'ai lu le rapport Cohen. Son application au Canada atlantique est très limitée, selon moi, car nous avons ici du saumon de l'Atlantique, et il y a du saumon de l'Atlantique qui est élevé en Colombie-Britannique. Il n'y a pas de saumon de l'Atlantique sauvage là-bas, alors on ne peut pas faire de comparaison. Le rapport Cohen me fait penser à certaines affaires juridiques qui peuvent être interprétées d'une certaine façon par un avocat donné et d'une toute autre façon par un autre avocat; on pense qu'il s'agit de deux affaires différentes, mais, en vérité, ce n'est pas le cas.

Le sénateur Wells : C'est pourquoi j'ai été étonné d'entendre certaines allégations qui s'appuyaient sur le rapport Cohen.

M. Bennett : Non, j'ai dit que j'ai lu le rapport Cohen, mais je n'ai pas nécessairement tiré mes observations de ce rapport. Il peut y avoir une certaine corrélation.

C'est à la fois une bonne chose et une mauvaise chose d'être avocat, car nous n'avons pas nécessairement besoin d'avoir une preuve irréfutable; il faut seulement que la prépondérance des probabilités appuie notre point de vue. Je pense que nous aurions besoin d'un rapport fondé sur ce genre d'approche pour la question qui nous occupe actuellement. Cependant, si ce rapport prenait beaucoup de temps à produire, je ne suis pas certain que nous devrions faire cela. Voilà ma réponse à votre question.

J'aimerais bien répondre à une question posée par un autre sénateur, qui a demandé s'il s'agissait de pêche ou d'élevage. À mon avis, si ces activités sont menées dans les terres, c'est assurément de l'élevage; et, si elles sont menées dans l'océan, ce pourrait fort bien être une certaine forme de pêche. Toutefois, si le gouvernement fédéral jugeait qu'il s'agit d'élevage, alors je pense que cela rendrait ces activités plus susceptibles d'être financées par le Bureau fédéral des prêts agricoles, ce qui permettrait aux exploitants de soumettre des demandes — examinées au cas par cas — afin de bénéficier d'un prêt à faible taux d'intérêt. Cependant, tant qu'il s'agira d'une pêche, il sera probablement impossible pour eux d'obtenir un crédit agricole, et je suis assurément d'avis que le gouvernement fédéral devrait être chargé de réglementer les activités piscicoles qui sont menées dans l'océan. La pisciculture dans les terres pourrait être de compétence provinciale, mais le gouvernement fédéral aurait alors un rôle à jouer s'il s'agit d'agriculture; et c'en est effectivement, selon moi.

Le sénateur Wells : D'accord.

J'ai une question pour M. Tuck. La plupart des pourvoyeurs que vous représentez sont-ils établis sur la côte sud ou plutôt au Labrador et sur la côte Nord de Terre-Neuve?

M. Tuck : C'est très varié, je dirais. Je répondrais que non, la plupart d'entre eux ne sont pas établis sur la côte sud; pas du tout. Bon nombre d'entre eux exploitent des pourvoiries de chasse; ceux qui exploitent des pourvoiries de pêche sont moins nombreux.

Le sénateur Wells : D'accord.

M. Tuck : J'aimerais faire un commentaire au sujet de votre dernière question : je pense qu'il faut se rappeler que, dans le cadre du processus du CSEMDC, il a été établi que l'aquaculture était apparemment un facteur en cause et qu'il y a un lien à faire. Nous ne devons pas oublier cela.

À l'heure actuelle, le processus du CSEMDC me cause probablement ma plus grande crainte, car il pourrait déboucher sur l'interdiction de pratiquer la pêche sportive sur la côte sud.

Le sénateur Wells : Oui, je comprends, mais je veux aussi rappeler ces mots du juge Cohen, qui a dit qu'il n'y avait pas d'« arme du crime ». Étant donné que l'élevage du saumon exige des baies ou des sites exempts de glace et qu'il n'y a pas eu de tels sites sur la côte Nord de Terre-Neuve et — certes — au large du Labrador, la situation est-elle si préoccupante? Je parle des graves conséquences qu'il risque d'y avoir — selon vous — si on continue à élever du saumon. À votre avis, cela ne va-t-il pas un peu trop loin, puisqu'il n'y aura probablement pas d'élevage de saumon ou d'autres salmonidés dans l'océan sur la côte Nord de Terre-Neuve ni sur les côtes du Labrador? Ce genre d'activité est vraiment limité à la côte sud, et il y a peu de pourvoyeurs là-bas qui offrent de la pêche sportive. Comme vous l'avez dit, c'est la chasse qui prédomine. Êtes-vous encore très préoccupé par la situation?

M. Tuck : Je le suis encore : comme il n'y a presque pas eu de travaux de recherche qui ont été menés à cet égard, je pense que personne ne sait quelles seront la nature et l'ampleur des conséquences entraînées par les poissons qui se sont échappés. Il faut savoir que les saumons de l'Atlantique qui se sont échappés sont repérés dans des rivières de plus en plus lointaines. Au début, c'était des truites arc-en-ciel, car c'était le premier poisson élevé. Elles étaient bien plus faciles à repérer, car c'est une autre espèce et elle a une allure très différente; certaines truites ont été retrouvées loin de leur lieu d'origine.

Or, le problème avec le saumon de l'Atlantique, c'est qu'on n'avait aucune idée de leur lieu d'élevage. Dans presque tous les cas, personne ne peut faire la différence entre un saumon sauvage et un saumon d'élevage.

J'ai assisté à un exposé présenté par quelqu'un qui travaillait dans le domaine aquacole. J'ai oublié son nom... Don, je crois que vous y avez assisté aussi. Il a passé 15 minutes à nous expliquer comment on peut les distinguer; mais, après ces 15 minutes, j'étais plus dérouté que jamais.

La sénatrice Raine : Je viens de la Colombie-Britannique, et le débat concernant les centres de pisciculture est devenu très polarisé. Il est si polarisé et émotionnel qu'il est difficile de comprendre la situation ou de faire la part des choses entre la rhétorique et la science véritable. Certains travaux de recherches sont menés, mais je dois dire que, quand j'ai visité des centres de pisciculture récemment, j'ai été très impressionnée de voir comment les exploitants de ces centres surveillent par caméra vidéo leur « troupeau » de poissons, si vous me passez l'expression; je les ai vus moi-même nager passivement et docilement. Je me suis dit : « Ma foi, ça n'a pas l'air de les déranger d'être captifs. » Je ne trouvais pas qu'ils avaient l'air malheureux.

Je suis juste une skieuse, mais j'ai été frappée de constater que, sur la côte Ouest, nous sommes préoccupés par toute interaction entre le saumon du Pacifique et le saumon de l'Atlantique, que nous considérons comme un poisson idéal pour l'élevage parce qu'il est plus docile. Il y a de nombreux types de saumons du Pacifique qui sont voraces, et, si on les gardait en lieu clos, ils s'entre-dévoreraient. Ils sont différents. Pouvez-vous faire la différence entre le comportement d'un saumon d'élevage qui s'est échappé et celui d'un saumon sauvage de la même race qui remonte naturellement la rivière? Quand les saumons du Canada atlantique remontent les rivières et que les pêcheurs essaient d'en attraper, est-ce qu'ils offrent une bonne résistance, comme ceux que les pêcheurs sportifs pêchent dans l'Ouest?

M. Hutchens : Selon ce qu'ont dit des habitants de la côte sud, pour déterminer si un saumon dans la rivière est un saumon sauvage ou un saumon d'élevage, on n'a qu'à lui lancer des granules d'aliments pour chiens. Si le poisson ne peut y résister, c'est un saumon d'élevage, et s'il s'en éloigne, c'est un saumon sauvage.

La sénatrice Raine : Ça a du sens.

M. Hutchens : Et c'était le seul moyen qu'ils connaissent de distinguer les deux.

La sénatrice Raine : C'est évidemment un comportement acquis à cause de son conditionnement, mais il n'y a apparemment aucun signe probant de croisement entre les saumons du Pacifique et de l'Atlantique dans l'Ouest. Les poissons qui se sont échappés ne représentent pas vraiment un problème là-bas, car apparemment, ils n'arrivent pas à survivre. Personne ne les nourrit, et c'est pourquoi ils ne survivent pas; mais ici, c'est différent. La situation ici est différente.

M. Bennett : Oui, madame la sénatrice. C'est le MPO qui est l'organisme de réglementation en Colombie- Britannique, et c'est le MPA qui l'est ici. Le MPO fait un meilleur travail en ce qui concerne les poissons qui s'échappent. Par exemple, il publie régulièrement — chaque semaine ou chaque mois — un compte rendu sur le nombre de poissons qui se sont échappés. En Colombie-Britannique, si un poisson est échappé par-dessus bord au moment de son transfert du navire vers un filet puis vers la cage, il doit être signalé. À Terre-Neuve, si moins de cent poissons se sont échappés, c'est considéré comme un nombre négligeable, et il n'est pas nécessaire de signaler l'incident. Donc, si c'est moins de cent, on n'a pas à le signaler, et c'est pourquoi il peut y avoir bien plus de saumons du genre en liberté ici qu'en Colombie-Britannique.

Plus tôt cette année, il y a eu un incident lié à une cage qui a entraîné la libération involontaire de peut-être 20 000 ou 25 000 saumons. On n'est pas certain du nombre précis de poissons qui ont été ainsi perdus.

Pour répondre en partie à la question du sénateur Wells, qui a fait un commentaire au sujet de la zone exempte de glace sur la côte sud — et il a raison sur ce point —, je veux mentionner que cette côte est aussi très exposée aux ouragans. Le dernier raz-de-marée signalé remonte à 1929, mais il suffirait d'une seule grande catastrophe pour détruire complètement toute l'industrie sur la côte sud. Si un ouragan ou un raz-de-marée se produisait là-bas, cela causerait énormément de dommages. Je ne pense pas que ce soit une préoccupation en Colombie-Britannique. Nous n'avons pas encore eu à faire face à un tel scénario, car cela ne s'est pas encore produit, mais c'est un danger que nous ne pouvons pas prévoir, et il est de taille.

La sénatrice Raine : À coup sûr, la Colombie-Britannique a subi son lot de catastrophes naturelles. Le risque de tsunami est bien réel là-bas, mais je comprends ce que vous dites. Merci.

Le président : Merci, et peut-être bien que tous les saumons de Terre-Neuve s'entendent bien, contrairement à ceux de la Colombie-Britannique. Je ne sais pas si c'est le cas; c'est une simple observation de ma part.

Le sénateur Munson : Vous savez, cher collègue, que les saumons de la Colombie-Britannique se détestent tellement les uns les autres qu'ils évitent de s'asseoir sur les mêmes bancs.

Blague à part, demandez-vous qu'on tienne un moratoire? Demandez-vous qu'on élimine ce qui a été mis en place au cours des 30 dernières années? Nous entendons le mot « durable ». Nous entendons le mot « croissance ». Nous entendons le mot « emploi »; et les emplois, c'est important. Nous entendons les expressions « nourrir la planète » et « nourrir notre pays », et le débat fait rage au sujet de ce que dit la science. J'aimerais simplement savoir jusqu'où vous voulez que nous allions. Vous dites qu'il ne devrait plus y avoir de pisciculteurs. De toute évidence, vous avez vos convictions, mais, toute la journée, nous avons entendu des témoignages qui vont dans le sens contraire du vôtre dans une province qui a besoin d'emplois et d'une industrie durable. J'aimerais que, tous les trois, vous m'expliquiez davantage votre point de vue.

M. Tuck : Ce qui fait le plus cruellement défaut à l'heure actuelle, c'est de connaître la relation entre les poissons sauvages et les poissons d'élevage. Les données scientifiques à cet égard ou sont insuffisantes ou carrément absentes. Je pense que le projet visant à tripler les activités de pisciculture revient à faire fi du principe de précaution et à espérer que tout ira pour le mieux, et ce n'est pas la bonne approche à adopter, selon moi. Les personnes concernées auraient dû être bien plus prudentes il y a 20 ou 30 ans, quand cette industrie a vu le jour. Elles auraient dû mettre en place un quelconque système de surveillance, car actuellement, le long de la côte sud — surtout dans les endroits les plus isolés —, le MPO n'a absolument aucune idée de l'état d'un grand nombre de rivières. Il n'a pas de données scientifiques sur ces rivières. Il ne sait pas combien de poissons s'y trouvent, et nous avons seulement besoin de mener plus de travaux de recherche avant de passer à l'action. Nous devons connaître la relation entre les poissons sauvages et les poissons d'élevage. Nous devons savoir comment la grande densité de poux du poisson le long des cages affecte les saumoneaux. Il se peut que ceux qui sortent de la rivière Conne ne soient pas les seuls à passer près de ces cages marines. Les saumoneaux qui sortent des rivières White Bear, La Poile et Grey passent peut-être aussi par là. Les poissons sont des créatures sociales. Ils se suivent les uns les autres.

M. Bennett : Sénateur, il n'y a aucun retour en arrière possible, et je pense qu'il ne pourrait ni ne devrait y avoir de moratoire. Nous avons réalisé beaucoup d'investissements dans une industrie formidable qui jouit d'une notoriété mondiale. Pensez au fait qu'il y a sept milliards de personnes sur la Terre, dont 1,4 milliard en Chine, et que la plupart des activités piscicoles sont menées dans les terres. Ce n'est pas le cas de l'élevage du saumon de l'Atlantique.

Cependant, la solution n'est pas d'imposer un moratoire ou de cesser les activités. La solution n'est pas de revenir en arrière; en tout cas, je ne pense pas. Il faut plutôt trouver la meilleure façon d'aller de l'avant en réduisant les risques au minimum et en maximisant les retombées à long terme; et ce, pas seulement parce que la région a investi massivement dans cette industrie — ce qui est bel et bien le cas —, mais parce que tous les ordres de gouvernement l'ont fait aussi. Parfois, quand on entreprend quelque chose, les résultats ne sont pas toujours optimaux; mais, à mesure qu'on gagne de l'expérience, qu'on consacre du temps à son entreprise, qu'on perce des marchés et qu'on acquiert de nouvelles techniques, les choses s'améliorent.

Le rythme du développement peut être un facteur, si on ne s'améliore pas au fil de son expansion. Un des problèmes auxquels nous sommes confrontés, c'est que nous sommes en concurrence avec les pisciculteurs d'autres régions du monde où les normes environnementales sont faibles ou inexistantes et où il y a de la main-d'œuvre bon marché, et ces pisciculteurs peuvent expédier toutes sortes de saumon dans divers pays. Nous ne serons pas en mesure de leur faire concurrence, sauf en offrant un meilleur produit, étant donné que nous sommes un pays signataire de l'ALENA. Nous avons un régime fédéral. Le Canada affiche un des meilleurs bilans dans le monde sur le plan de la salubrité des aliments. L'ACIA jouit d'une excellente réputation, et nous pouvons miser sur nos avantages naturels pour tirer notre épingle du jeu. Seulement, nous devons faire les choses comme il faut.

M. Hutchens : J'aimerais qu'on fasse la distinction entre les deux volets de l'aquaculture, c'est-à-dire l'élevage du poisson et l'élevage de coquillages. Comme il a été mentionné ici, l'industrie des coquillages semble être une belle réussite et ne nous pose aucun problème.

Pour ce qui est de l'élevage de poissons, notre conseil souhaiterait effectivement un moratoire. Nous ne voulons pas qu'on autorise la création d'autres centres de pisciculture avant que la science permette de répondre à de nombreuses questions encore irrésolues.

Le sénateur McInnis : Jeudi dernier, j'ai dit que nous entendrions des opinions divergentes à Terre-Neuve, et je viens de les entendre. Mettons les choses en perspective : l'industrie canadienne de la chasse et de la pêche génère des revenus de 5,4 milliards de dollars; et celle de la pêche commerciale, 2 milliards de dollars. L'industrie de la chasse et de la pêche occupe une place importante au pays. Apparemment — à ma connaissance, du moins —, il n'y a jamais eu d'étude de l'incidence du saumon d'élevage sur le saumon sauvage.

Le juge Cohen a abordé et examiné la question, mais vous avez raison, il parlait du saumon sockeye et non pas du saumon de l'Atlantique.

Que savez-vous à propos des différences de coûts entre l'élevage dans les terres et l'élevage en mer? S'agit-il d'une simple question de coûts; est-ce de cela que nous parlons?

M. Bennett : Je crois que ce ne peut être qu'une simple question de coûts, mais personne ne les a quantifiés. Il semble que la question cruciale consiste à déterminer si nous sommes prêts à produire un petit volume de poisson de grande qualité plutôt qu'un grand volume de poisson de qualité moyenne. Par « qualité moyenne », j'entends « d'une qualité suffisante pour faire concurrence au Chili et à Norvège ».

La Norvège fait partie de l'UE. Il y a deux ou trois ans, quand j'ai examiné les données, ce pays était en mesure de livrer une bonne concurrence. J'ai converti les couronnes en dollars et les kilos en livres pour obtenir le prix à la livre en dollars : il était de 2,90 $ à 2,95 $ pour le saumon expédié dans les marchés européens de l'Allemagne et de Paris. Les producteurs norvégiens ont pu obtenir ce genre de prix à ce moment-là, et il serait ainsi très difficile pour nous de leur faire concurrence.

Nous avons 300 millions d'Américains comme voisins et nous jouissons de certains avantages en vertu de l'ALENA. Je ne parle pas du cas de la Colombie-Britannique, car je ne sais pas grand-chose à ce sujet. J'ai déjà pêché le saumon en bateau au large de Victoria, mais ce n'était pas du saumon de l'Atlantique. Les poissons ne sautent pas; ils n'ont pas ce genre de comportement.

À mon avis, nous devons prendre une décision, et elle concerne en quelque sorte la politique que nous allons adopter : voulons-nous produire du Perrier ou des bouteilles d'eau bon marché de deux litres? À nous de choisir. Le Canada a une excellente réputation; nous avons déjà cet avantage. Selon moi, nous sommes en mesure de produire un produit de qualité supérieure qui peut être commercialisé comme tel. Je pense que nous avons vraiment besoin d'une étude rigoureuse. Il faudrait savoir, d'une part, jusqu'où grimperaient les coûts pour le saumon élevé dans les terres et, d'autre part, quel montant supplémentaire les consommateurs seraient prêts à payer pour du saumon élevé à de tels endroits ou issu de l'exploitation durable, comme on dit maintenant. Quand nous connaîtrons ces chiffres, nous pourrons aller de l'avant.

Je trouve, sans exagérer, que nous avançons à l'aveugle et sans boussole dans l'obscurité, et ce, de plus en plus vite.

Le sénateur McInnis : Oui.

L'AIS, dont vous avez parlé plus tôt, entraîne des coûts élevés. Je n'en comprends pas la cause, mais ce ne sont pas tous les saumons qui sont infectés; cependant, tous ceux qui se trouvent dans le même compartiment à poisson sont détruits.

M. Bennett : Effectivement. Et il existe divers types d'AIS, et c'est seulement certains d'entre eux qui peuvent déboucher sur une indemnisation. Dans notre province, des indemnités ont été versées pour cinq éclosions qui se sont produites, mais il y en a eu plus que cela, et le problème, du point de vue de l'ACIA, tient à la question suivante : pourquoi accorderait-on des indemnités si le produit peut quand même être consommé? Si la salubrité alimentaire n'est pas compromise, alors quelle est la véritable raison d'être de ces indemnités? Ne serait-ce pas plutôt une simple forme de subvention?

L'AIS est une maladie extrêmement contagieuse qui peut se transmettre d'un poisson à un autre. Imaginez qu'il y a 100 000 poissons dans une cage et que l'un d'entre eux attrape cette maladie et contamine les autres. Pour analyser la situation, il faut prévoir quelques semaines. Parfois, on jette le blâme sur l'industrie et le gouvernement parce qu'ils ont été lents à réagir. Eh bien, si nous avons été lents, c'est parce que nous voulions nous assurer qu'il s'agissait bel et bien de l'AIS. Et l'ACIA a ensuite le mandat d'indemniser le producteur pour les coûts associés à ce poisson à ce moment- là. Tous ses intrants ou ses autres dépenses sont indemnisés à une hauteur maximale de 29 $ par poisson, je crois; et essentiellement, le producteur arrive seulement à faire ses frais, car le poisson est tombé malade.

Mais voilà, il y a eu une perturbation dans la chaîne de production. Une usine espérait transformer 200 000 ou 300 000 tonnes de poisson, mais c'est impossible, car le poisson a été détruit.

En ce qui concerne les intrants provinciaux accordés par le ministère des Pêches de Terre-Neuve-et-Labrador, nous payons environ 10 p. 100 de la contribution du gouvernement fédéral — ce n'est pas une formule, c'est plutôt un coût d'assainissement —, alors il en coûte, tout au plus, environ 30 $ par poisson offert sur le marché. Les poissons doivent alors être détruits. Si le poisson a été élevé dans un compartiment clos, il n'y a pas d'AIS, pas de pou du poisson, et il y a bien moins de produits chimiques, car le saumon est élevé en eau douce dès le départ.

Dans mon village, il y a une écloserie de quatre employés qui est possédée par Cooke, alors mon point de vue est plutôt nuancé. Je veux que l'industrie se développe, mais de la bonne façon. Selon moi, nous devrions offrir à la planète un produit formidable et unique, car nous avons des eaux immaculées, de même que l'ACIA, et nous devons faire les choses comme il se doit. Je crains que nous ne minions en quelque sorte notre propre marché en augmentant trop vite les volumes.

Le sénateur McInnis : Et ce n'est pas seulement une question de maladies. L'eau froide peut aussi se révéler mortelle.

Le président : Merci, sénateur. Je remercie aussi nos témoins. Vous avez assurément des points de vue divergents, mais, dans le cadre de notre étude, nous devons entendre les arguments des deux camps. Nous vous remercions pour les commentaires que vous avez livrés ici aujourd'hui. Comme je l'ai dit aux témoins qui ont comparu précédemment, si vous avez un renseignement important — quel qu'il soit — à nous transmettre par la suite, n'hésitez pas à communiquer avec notre greffier et à lui fournir vos observations ou d'autre information par écrit, si vous croyez que c'est pertinent. Encore une fois, merci.

(La séance est levée.)