Délibérations du Comité sénatorial permanent de la
Sécurité nationale et de la défense

Fascicule 2 - Témoignages du 27 janvier 2014


OTTAWA, le lundi 27 janvier 2014

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense se réunit aujourd'hui, à 16 h 1, pour examiner, afin d'en faire rapport, les politiques, les pratiques, les circonstances et les capacités du Canada en matière de sécurité nationale et de défense (sujet : suivi du rapport du comité sur les réserves).

Le sénateur Daniel Lang (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Je sais qu'un certain nombre de nos collègues sont en chemin et qu'ils seront en retard en raison de l'état des routes. Je crois que nous devrions commencer la séance, puisque nos témoins sont présents et que nous disposons d'une période déterminée.

Je veux vous souhaiter la bienvenue à la séance du lundi 27 janvier 2014 du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Avant d'accueillir nos témoins, j'aimerais commencer par présenter les personnes présentes autour de la table. Je m'appelle Dan Lang, sénateur du Yukon. Immédiatement à ma gauche se trouve Josée Thérien, greffière du comité, et à ma droite, Wolfgang Koerner, l'analyste de la Bibliothèque du Parlement affecté à notre comité.

Je voudrais effectuer un tour de table et inviter chaque sénateur à se présenter en précisant la région qu'il représente. J'aimerais commencer par le sénateur Wells et continuer à partir de là.

Le sénateur Wells : Sénateur David Wells, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur White : Vern White, de l'Ontario.

Le sénateur Day : Sénateur Joseph Day, du Nouveau- Brunswick.

Le sénateur Mitchell : Grant Mitchell, de l'Alberta.

Le président : Merci. Avant de commencer à entendre nos témoins, je voudrais informer les membres qu'au cours des séances d'aujourd'hui et du 3 février, le comité poursuivra l'examen de ses rapports précédents. Deux commandants de division des Forces canadiennes feront bientôt le point sur les réserves à la lumière du rapport intitulé Répondre à l'appel — Le Rôle de la Première réserve du Canada dans l'avenir, que le comité a déposé en décembre 2011, ainsi que de ses recommandations.

Lundi prochain, Mme Jill Sinclair, sous-ministre adjointe, ministère de la Défense nationale, doit témoigner au sujet de l'Arctique. Nous entendrons également M. Michel Coulombe, directeur du Service canadien du renseignement de sécurité, et John Forster, chef du Centre de la sécurité des télécommunications Canada.

Le 10 février, nous commencerons nos deux nouvelles études : l'une sur l'Agence des services frontaliers du Canada et l'autre sur la défense antimissiles balistiques.

Aujourd'hui, nous avons le plaisir d'accueillir le brigadier-général Jean-Marc Lanthier, commandant de la 2e Division du Canada (Montréal) et le brigadier-général Omer Lavoie, commandant de la 4e Division du Canada (Toronto), qui traiteront de nos rapports sur les réserves et répondront à nos questions. Commandants, bienvenue. Nous sommes fiers de vous et du travail que vous et ceux qui agissent sous vos ordres accomplissez au nom de tous les Canadiens.

J'aimerais souhaiter la bienvenue au sénateur Nolin, qui vient d'arriver.

Je crois comprendre que vous avez un exposé à présenter. Je laisserais donc la parole au brigadier-général Lavoie.

Brigadier-général Omer Lavoie, commandant de la 4e Division du Canada (Toronto), ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes : Je voudrais commencer par remercier le comité de l'intérêt qu'il accorde à la force de réserve du Canada et, en particulier, aux opérations à l'échelon des divisions.

Je dois dire, aux fins du compte rendu, que je suis entré au service de la réserve il y a 31 ans et que j'y ai travaillé à tous les niveaux de commandement, que ce soit au sein d'un peloton ou d'une division. Je souligne avec fierté que les réservistes ont été absolument essentiels à la réussite de notre mission en Afghanistan, commandant le groupement tactique du 1 RCR de la Force opérationnelle 3-06. Au cours de cette mission, 15 p. 100 des membres de mes troupes qui ont régulièrement affronté l'ennemi en situation de combat étaient des réservistes.

Comme vous l'avez entendu précédemment, comme la mission en Afghanistan est terminée, les Forces armées canadiennes reviennent à un modèle plus traditionnel où la force de réserve est principalement constituée de membres à temps partiel, mettant l'accent sur la constitution et le maintien des forces, et l'institutionnalisation des compétences, de l'expérience et des connaissances que les unités de réserve ont durement acquises sur le champ de bataille.

Les Canadiens devraient également être fiers de ses réservistes. Je sais que nos alliés afghans sont extrêmement reconnaissants des sacrifices qu'ils ont faits. Le service à temps plein des membres de la Première réserve a toutefois nui à l'établissement d'une réserve à temps partiel. Dans le cadre de nos démarches, nous avons diminué substantiellement le nombre de membres de la Première réserve à temps plein au sein des Forces. Pour les divisions, il s'agit d'une approche raisonnable, appropriée et gérable.

Peu importe le rang que nous occupons au sein des Forces armées canadiennes, nous adhérons et donnons vie à la vision énoncée par le chef de l'État-major de la défense. Comme vous l'avez appris lors de témoignages précédents, cette vision indique clairement que la Première réserve est :

[...] principalement constituée de professionnels des Forces canadiennes à temps partiel, répartie à la grandeur du Canada, prête à mener, selon un préavis raisonnable, des opérations nationales et internationales ou à participer à de telles opérations dans le but de protéger et de défendre le Canada.

Pour la 4e Division du Canada, cette vision confirme ce que nous observons et faisons chaque jour sur le terrain : les membres de la réserve participent aux opérations, tissent des liens avec les Canadiens dans les communautés où ils sont affectés et constituent une ressources d'une importance capitale pour l'armée, les Forces armées canadiennes et tous les Canadiens.

Comment cette vision stratégique s'applique-t-elle dans les activités de la 4e Division du Canada? Dans cette division, 98 p. 100 des réservistes se concentrent dans trois groupes-brigades du Canada ou GBC, dont 31 sont affectés à London, 32 à Toronto, et 33 à Ottawa. En tout, je commande plus de 6 000 réservistes dans la division, laquelle représente plus de 50 p. 100 de mon personnel régulier et de réserve et la concentration la plus élevée de réservistes au pays.

Alors que la vaste majorité des réservistes suivent une instruction pour la capacité de combat polyvalente et l'intervention en situation d'urgence au pays, le 3e Groupe de patrouilles des Rangers canadiens, posté à Borden, joue également un rôle essentiel à la réussite de ma mission. Cette organisation, qui compte plus de 1 000 Rangers effectuant des patrouilles dans les communautés isolées du nord de l'Ontario, est commandée et supervisée par des réservistes à temps plein.

Même si l'instruction de 37,5 jours au niveau de l'unité est essentielle à la constitution des forces de réserve, je considère, à titre de commandant, que la planification et l'exécution d'activités d'entraînement collectif sont primordiales. Voilà où j'affecte non seulement le financement destiné aux sept jours d'instruction supplémentaires que m'accorde le commandant de l'Armée de terre, mais également certaines des ressources additionnelles que je reçois du commandant du Commandement des opérations interarmées du Canada. Ces ressources permettent à la 4e Division du Canada de mener les exercices TRILLIUM RESPONSE et STALWART GUARDIAN chaque année.

Le sénateur Nolin : Est-ce 7 ou 37?

Bgén Lavoie : Je parle ici de l'instruction collective de 37,5 et 7 jours.

L'exercice Trillium Response, qui se déroule pendant l'hiver, porte sur la réaction aux menaces qui se posent au pays et est financé par l'armée et par le Commandement des opérations interarmées du Canada. Il comporte des scénarios comme la défense du Canada, la protection des infrastructures essentielles et l'aide en cas de catastrophes aériennes graves. L'exercice TRILLIUM RESPONSE permet également à la 4e Division du Canada d'exercer ses liens avec les premiers intervenants civils avec lesquels elle collabore, dont Sécurité publique Canada et le Bureau du commissaire des incendies et de gestion des urgences de l'Ontario. La réussite non seulement de ces exercices, mais également des interventions approuvées d'éléments des Forces armées canadiennes en cas de situations d'urgence réelles en Ontario dépendrait, selon moi, de la dispersion géographique existante et des liens et des connaissances dont disposent les unités de chacun de mes groupes-brigades du Canada de la réserve.

Quant à l'exercice STALWART GUARDIAN, qui a lieu pendant l'été, il constitue le point culminant du programme estival d'instruction de notre réserve. Il vise à aiguiser les compétences de combat polyvalentes dans le cadre d'opérations expéditionnaires et est financé uniquement par les ressources de l'armée.

Même si la Première réserve s'exerce, ce sont ces importantes activités d'instruction collective qui me permettent de valider les capacités des trois groupes-bataillons territoriaux et du Groupe-compagnie d'intervention dans l'Arctique, et d'intégrer des éléments des Forces régulières, largement dans un rôle de soutien.

Outre l'instruction annuelle des unités, qui inclut les activités d'instruction collective dont je viens de parler, la 4e Division du Canada s'efforce également de faire du recrutement, de former les recrues et de gérer les infrastructures des manèges militaires. Le recrutement est à l'évidence essentiel au renouvellement de la force de réserve. Pour l'instant, nous travaillons d'arrache-pied pour accroître le nombre de recrues dans la réserve afin de combler autant que possible le nouveau tableau d'effectifs et de dotation de la Réserve de l'Armée de terre, ce qui ne va pas sans quelques difficultés.

À l'heure actuelle, nous mettons beaucoup d'énergie à attirer des recrues, à traiter rapidement leurs dossiers et à les former. Et comme le SMA(IE) assume la gestion globale des infrastructures pour l'ensemble des Forces armées canadiennes, un grand nombre des défis urgents que présente l'entretien des manèges militaires vieillissants des unités de réserve de la 4e Division du Canada continueront d'être relevés.

J'aimerais maintenant remercier de nouveau le comité de m'avoir donné l'occasion de témoigner. Je répondrai avec plaisir à vos questions.

Le président : Merci. Je crois comprendre que le brigadier-général Lanthier a également un exposé à faire.

[Français]

Brigadier-général Jean-Marc Lanthier, commandant de la 2e Division du Canada (Montréal), ministère de la Défense nationale et Forces armées canadiennes : Le mandat de la 2e Division est de générer des forces militaires en mesure de rencontrer les objectifs de défense et de sécurité du Canada.

Je compte donc pour ce mandat sur trois brigades, dont deux composées de réservistes. Cinq unités divisionnaires se rapportent directement à moi et l'ensemble des Forces armées canadiennes au Québec est appuyé par le groupe de soutien divisionnaire. J'ai donc une équipe d'environ 14 000 personnes dont 6 000 sont des réservistes.

D'emblée, je dois souligner la contribution exceptionnelle des réservistes à l'accomplissement du mandat de ma division. Il y a deux semaines, j'étais avec le 35e Groupe-brigade du Canada déployé dans la région de Rivière-du- Loup. C'était dans le cadre d'un exercice qui se voulait le point culminant de l'entraînement collectif des derniers mois. Donc, 750 réservistes de la 35e brigade se sont déployés pour sept jours, appuyés d'une centaine de membres de la Force régulière, de la Réserve navale et de la force aérienne. Les résultats se sont révélés probants; la brigade a clairement démontré ses capacités de planifier un exercice de cette envergure dans des conditions hivernales difficiles, de mener des opérations offensives des sous-unités, d'exercer un commandement et un contrôle efficace de ses troupes en déployant des systèmes de communications élaborés dans une zone d'environ 6 000 kilomètres carrés et de soutenir le tout. La couverture médiatique a été absolument exceptionnelle, tout comme l'a été l'accueil des communautés dans lesquelles nous avons œuvré.

J'utilise cette vignette tactique parce qu'elle incarne pour moi l'ensemble des facettes de la réserve de la Division. Le mandat opérationnel de la réserve inclut la génération de deux groupes bataillon territoriaux. Chaque brigade en génère un et ils sont à 72 heures d'avis de mouvement pour la conduite d'opérations nationales. C'est cet élément qui s'est déployé dans le cadre des inondations en Montérégie en 2011. Un groupe compagnie d'intervention en Arctique est à 15 jours d'avis pour la conduite d'opérations dans le nord. La réserve bénéficie d'un régime d'instruction individuelle annuel qui culmine à l'été dans le cadre du trimestre estival d'instruction individuelle et l'entraînement collectif débute alors. Les deux brigades sont soutenues par les unités divisionnaires, en particulier par l'élément d'appui aux opérations qui génère les capacités d'activités d'influence. Il s'agit d'un mandat unique à la réserve.

Le rôle d'augmentation de la réserve est crucial. Lorsque les 630 militaires de la division déployée en Afghanistan sont revenus en juillet, 130 étaient réservistes. La capacité de la division de mener des opérations expéditionnaires a certainement été ancrée dans la disponibilité et l'engagement des réservistes qui se sont déployés outre-mer, mais qui ont aussi rempli des rôles essentiels de soutien ici au Québec. Pendant notre participation aux opérations en Afghanistan, près de 1 000 réservistes ont alors occupé des postes à temps plein en garnison. Avec la fin de la mission, nous sommes retournés au mandat initial de la réserve qui est axé principalement sur le service à temps partiel. Je compte donc maintenant sur 249 réservistes à temps plein qui sont principalement en soutien direct aux unités de la réserve et aux quartiers généraux de la réserve.

Le commandant de l'armée a été explicite dans l'attribution de ses objectifs envers la réserve et les ressources qui nous ont été attribuées ont été commensurables à ses objectifs. Le financement pour le salaire de la réserve nous assure la conduite des 37,5 jours d'entrainement à l'unité et d'un traitement d'entraînement collectif de sept jours qui représente à peu près 28,5 millions de dollars auxquels on ajoute environ 12 millions de dollars pour l'instruction individuelle.

Le financement des frais d'opération et d'entretien n'est pas un obstacle et permet la conduite de cet entraînement à l'unité. Des efforts importants de rationalisation de l'instruction individuelle sont en cours et surtout pour réduire la durée des cours. Trop de temps est présentement requis pour atteindre la qualification de métier; il faut jusqu'à quatre ans dans certains cas. Des cours de carrière trop longs rendent difficile la progression de carrière de nos officiers et de nos sous-officiers en particulier qui ne peuvent pas se libérer de leur emploi civil pour participer à ces cours.

Des enjeux sont importants au sein de la réserve. Les effectifs de la réserve au Québec connaissent une décroissance depuis les dernières années qui se chiffre approximativement à 2 p. 100 par année. Nous rencontrons approximativement 80 p. 100 de la cible de recrutement annuel soit environ 750 recrues par année. Pour pallier cet enjeu d'attraction, on a donc mis en place 19 sergents recruteurs à temps plein en service au sein des unités de la réserve. En moyenne, à peu près 850 réservistes quittent la division annuellement. Pour vous donner une image, 60 p. 100 de mes réservistes au Québec sont des étudiants et la durée de service moyen est d'environ de sept ans.

On pourrait s'inquiéter de cette attrition qui paraît élevée, mais je vais vous donner ma vision personnelle. Les réservistes qui quittent après seulement quelques années en uniforme ont des acquis précieux, des valeurs d'intégrité, de loyauté, de courage, de sens du devoir qui sont universels au sein de la société canadienne. L'aptitude à mener et à travailler en équipe et à la gestion sont tout aussi des atouts précieux. L'investissement dans nos réservistes qui quittent même après quelques années n'est donc pas une perte globale.

Comme pour le reste des Forces armées canadiennes, un autre enjeu demeure : l'entretien de notre infrastructure. Bien que nous soyons en mesure d'atteindre l'ensemble de nos objectifs d'instruction et d'entrainement, la maintenance de nos infrastructures représente un défi de taille en particulier pour les manèges militaires au Québec.

Il y a tout de même de bonnes nouvelles. Le 35e Régiment de combat a un nouveau manège en construction et il y a la réfection du manège des Voltigeurs de Québec. Bien que je me soi concentré sur les éléments traditionnels de la réserve, c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions sur le programme des Cadets et des Rangers.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup. Vos deux exposés ont permis de mettre en lumière les difficultés auxquelles vous devez faire face aujourd'hui dans le cadre de la transformation.

Sénateur Nolin, voudriez-vous intervenir en premier?

[Français]

Le sénateur Nolin : Général Lanthier, c'est un plaisir de vous rencontrer. Vous n'êtes pas sans savoir qu'on entend toute sorte de rumeurs à propos des budgets qui vous sont confiés pour assurer la réserve.

Les autorités politiques ne sont pas timorées, elles n'ont pas peur d'affirmer que pour eux, la réserve est un élément important de la présence militaire au Canada pour différentes raisons et je ne veux pas entrer dans ces détails. La question budgétaire m'importe davantage aujourd'hui.

Vous avez mentionné des chiffres. Ma première question touche à la flexibilité entre les budgets. Jusqu'en 2010, pour assurer une meilleure efficacité de sa dépense tant pour la formation de son personnel que pour les opérations, une unité pouvait jouer entre le budget d'opération et d'entretien et le budget de salaire.

Peut-on agir encore de la sorte? A-t-on encore cette flexibilité?

Bgén Lanthier : Oui. Elle demeure. Il est possible de transférer des fonds d'un compte à l'autre. Il faut l'approbation des quartiers généraux à différents niveaux, mais cette flexibilité demeure.

Le sénateur Nolin : Êtes-vous satisfait que les quartiers généraux permettent ces transferts?

Bgén Lanthier : Je n'ai eu aucun problème sur le plan de la division. La bonne nouvelle c'est que je n'ai jamais eu à piger dans deux des comptes qui sont soient les salaires des réservistes ou l'opération et entretien (ONM). Je n'ai jamais eu à piger pour combler d'autres déficits ailleurs. Bien que j'aie eu l'autorité, je n'ai pas eu besoin de le faire.

Le sénateur Nolin : Pour l'année 2014-2015, vous nous avez parlé de budget. Y a-t-il une réduction par rapport à ce que c'était en 2013-2014 et 2012-2013? Y a-t-il une diminution de vos budgets, un maintien ou une augmentation qui respecte le taux d'inflation?

Bgén Lanthier : L'allocation finale n'a pas été faite. On est encore avec les notionnels, mais nous allons continuer à appliquer les éléments de réduction liés à la revue stratégique et au plan de réduction. L'impact de ces deux mesures en particulier va continuer à se faire sentir avec une probabilité de décroissance budgétaire.

Le sénateur Nolin : C'est là notre problème; c'est la fameuse proportion de 24 p. 100 qui nous achale. Tous les politiciens nous disent qu'il n'y aura pas de compressions budgétaires; qu'on effectuera des compressions budgétaires ailleurs que dans la réserve, parce que la réserve c'est trop important! Et là, ils nous font de beaux grands discours. Mais quand je vous écoute, j'entends que des compressions budgétaires seront effectuées.

Bgén Lanthier : Du point de vue explicite de la réserve, je dois vous dire que le nombre de 37,5...

Le sénateur Nolin : Je dois vous dire que ma question vise aussi la Force régulière. Autrement dit, concernant le nombre de 14 000 individus et compte tenu de l'attrition à laquelle vous avez fait référence, cela fait-il votre affaire en matière budgétaire? Y a-t-il augmentation ou maintien de vos besoins financiers?

Bgén Lanthier : Pour ce qui est du centre de gravité, ce que je qualifierais d'élément vital que je dois protéger, c'est l'entraînement et l'instruction individuelle, et je suis relativement à l'aise pour dire que nous disposons des ressources commensurables au mandat. On nous avait demandé d'entraîner groupes et compagnies interarmes pour la Force régulière, puis d'entraîner la force de réserve avec les 37,5 et 7. Ça, c'est bien encadré et je suis capable de remplir ce mandat.

On prendra un peu plus de risques avec les risques institutionnels concernant l'approvisionnement, par exemple, de l'entretien de l'infrastructure. C'est dans ce domaine qu'on doit assumer un risque pour protéger ce qui est vital, à savoir notre personnel et leur capacité d'entraînement.

Le sénateur Nolin : Je poursuivrai au deuxième tour.

[Traduction]

Le sénateur Mitchell : Je remercie les généraux de comparaître. J'aimerais aborder une question soulevée au cours des discussions : c'est celle du problème — du problème allégué, du moins — selon lequel les réservistes s'engagent à suivre un cours ou un programme de deux semaines pendant l'été ou à une autre période, pour apprendre que l'activité est annulée à la dernière minute. Ils prennent donc un engagement à l'égard de leurs employeurs. Cette situation est-elle répandue? Est-ce un problème et pourquoi cela arrive-t-il, le cas échéant?

Bgén Lavoie : Je vais répondre à cette question, sénateur. Tout d'abord, je ne crois pas que ce soit un problème. L'instruction constitue notre centre de gravité. Nous avons tous les deux indiqué dans nos exposés que notre rôle de constitution des forces consiste notamment à former les soldats; la toute dernière chose que nous voulons faire est d'annuler quelque formation que ce soit, qu'il s'agisse d'un cours individuel ou d'un exercice collectif. Nous faisons tout en notre pouvoir pour l'éviter. Si un cours doit être annulé, nous tentons d'inscrire les soldats concernés à une autre formation au cours de la même période.

Afin de protéger les soldats, s'ils ont demandé à s'absenter de leur emploi civil pour la durée du cours de formation, la 4e Division du Canada a pour politique de les rémunérer, peu importe s'ils manquent des jours de formation qu'ils doivent suivre, considérant qu'il est juste d'agir ainsi.

Senator Mitchell : Est-ce également le cas pour la 2e Division?

Bgén Lanthier : Elle adopte en grande partie la même approche. Nous nous améliorons sur le plan des prévisions. Nous tentons d'accorder la plus grande période de congé, jusqu'à un an, pour que les réservistes puissent établir des plans. Certains employeurs, particulièrement les petites entreprises, ne disposent pas de la souplesse d'un grand employeur afin d'accommoder leurs employés; nous pouvons littéralement faire de l'argent en prévoyant mieux.

Le sénateur Wells : Brigadier-général Lavoie, merci de votre exposé. Dans notre rapport, nous recommandons notamment de ne pas réduire la taille et l'effectif de la Première réserve et de poursuivre la croissance conformément à l'objectif de la Stratégie de défense Le Canada d'abord. Vous avez affirmé dans votre exposé que le recrutement est essentiel au renouvellement de la force de réserve. Pourtant, n'en sommes-nous pas à 80 p. 100 de l'objectif de recrutement pour les réserves?

Bgén Lavoie : Dans le cas de la 4e Division du Canada, nous avons atteint les objectifs de recrutement pour le prochain exercice. C'est le volet initial. La difficulté vient du fait qu'il faut traiter ces dossiers pour qu'ils aillent jusqu'au bout du processus pour que les soldats soient enrôlés et suivent l'instruction.

Le sénateur Wells : C'est donc un problème administratif qui ralentit le processus?

Bgén Lavoie : C'est largement le traitement des dossiers qui pose un problème. C'est évidemment une question de démographie et de géographie. Dans certaines régions plus isolées et plus éloignées où se trouvent des forces de réserve, c'est essentiellement un problème démographique qui nous empêche d'attirer des recrues, mais dans la plupart des cas, c'est un problème de traitement. Nous déployons un effort colossal pour corriger la situation. À cette heure-ci, la semaine dernière, j'étais en conversation avec le commandant du Groupe du recrutement des Forces canadiennes, discutant précisément de la question de la réserve afin de voir comment on pourrait améliorer le traitement. Nous prenons déjà certaines mesures, affectant notamment des réservistes à temps plein à des centres de recrutement des Forces armées canadiennes pour aider au traitement grâce à une approche intégrale dans la cadre de laquelle les dossiers qui arrivent poursuivent leur progression jusqu'au bout du système afin d'être traités.

Le sénateur Wells : J'aimerais poser, si vous le permettez, une question connexe au brigadier-général Lanthier. Elle a un lien avec la question du recrutement. Je vous remercie de votre exposé. Vous dites que l'investissement effectué dans les réservistes qui quittent le service après quelques années seulement ne constitue pas une perte. J'ai des doutes à ce sujet, puisque si on les recrute et les forme pour ensuite les perdre, ils sont toujours au Canada, mais pas dans la force de réserve des Forces armées canadiennes en général. Il s'agit à mon avis d'une perte, puisque nous devons dépenser encore des fonds pour le recrutement et la formation.

S'ils restent en moyenne sept ans — j'ignore si cette période est courte ou longue —, si nous perdons des réservistes avant sept ans, considérez-vous toujours que ce n'est pas une perte pour les forces? Les budgets ne sont pas ce que nous voudrions tous qu'ils soient. Il me semble insensé de favoriser le recrutement de gens que nous perdons plutôt que la formation.

Bgén Lanthier : Permettez-moi d'apporter des précisions. Je voulais dire qu'il ne s'agit pas d'une perte totale ou nette. Il y a une perte, puisque nous devons recruter et former encore des gens. Cette attrition n'est pas différente de celle qui touche la Force régulière. Le contrat initial dans la Force régulière est de trois à quatre ans, et bien des soldats partiront une fois cette période initiale terminée. Nous devons faire attention de ne pas recruter seulement des étudiants. C'est probablement là où le défi se pose, car actuellement, comme notre programme d'instruction se déroule principalement en été, il attire un grand nombre d'étudiants. Le fait est que leur attachement à leur vie personnelle et professionnelle les empêchera de travailler activement au sein de la réserve. Il y a donc une perte nette du point de vue de l'architecture des activités de programme, car le résultat n'est pas là. Vous avez donc absolument raison à cet égard. Dans le contexte plus large, cependant, du point de vue des deniers publics, si l'on veut, on gagne beaucoup au chapitre de la mobilisation générale, car il y a bien plus de gens qui sont familiers avec les questions et la vie militaires. Si jamais, Dieu nous en garde, nous devons mobiliser la population, nous disposerons d'un bassin plus grand, et ce, à un coût relativement faible.

Le sénateur Wells : Merci beaucoup, brigadier-général.

Le sénateur Day : Général, merci beaucoup de témoigner.

[Français]

Merci beaucoup de votre participation à notre comité.

[Traduction]

Vous savez probablement que notre comité s'intéresse grandement aux réservistes et aux cadets depuis de nombreuses années. Nous avons le rapport rédigé il y a un certain temps, mais nous en avons également préparé plusieurs autres en cours de route. Dans pratiquement tous ces rapports, il est question de spécialisation. Depuis un an environ, le Royaume-Uni examine les réserves et discute de la spécialisation, d'un rôle pour les réservistes. Je remarque toutefois que dans votre exposé, général Lavoie, vous indiquez au deuxième paragraphe que maintenant que la mission en Afghanistan est terminée, les Forces armées canadiennes reviennent à un modèle plus traditionnel où la force de réserve est principalement composée de membres à temps partiel, mettant l'accent sur la constitution et le maintien des forces et l'institutionnalisation des compétences, de l'expérience et des connaissances que les unités de réserve ont durement acquises sur le champ de bataille.

Je conviens qu'il importe d'exploiter l'expérience acquise au cours de notre mission en Afghanistan, mais qu'en est-il du rôle spécialisé que pourraient tenir les réservistes? Vous n'en parlez pas ici. Les Forces armées canadiennes ont-elles décidé que le rôle se borne à celui que vous avez décrit : l'institutionnalisation, le travail à temps partiel, pour simplement être prêt à grossir les rangs des forces régulières à hauteur de 15 p. 100, comme vous l'avez indiqué? Est-ce là la vision que nous avons à l'endroit de nos réservistes pour les années à venir?

Bgén Lavoie : Pour répondre à votre question, le principe premier veut que l'armée canadienne soit une armée de combat polyvalente. Il est donc logique que les réservistes soient pour l'instant formés pour servir également de troupes de combat polyvalentes.

À l'échelle nationale, comme il en a peut-être été question quand l'amiral Bennett et le brigadier-général Woiden ont comparu, un examen est en cours pour étudier davantage les rôles spécialisés que vous avez évoqués, sénateur.

Je devrais préciser, et ce n'est pas dans mon texte, que les réserves de l'armée canadienne tiennent bel et bien un rôle spécialisé dans le cadre de la Force opérationnelle des activités d'influence, ou FOAI. C'est un rôle réservé exclusivement à la force de réserve. En ce moment même, une soixantaine de soldats faisant partie du plan de gestion de la disponibilité opérationnelle et effectuant de la formation de haut niveau sont sur le point de se joindre à un groupe-brigade mécanisé du Canada des Forces canadiennes régulières dans le cadre d'un exercice qui aura lieu le mois prochain, puis de nouveau en mai, aux fins de confirmation. Voilà un exemple de rôle spécialisé que les réserves assument actuellement et qu'elles ont également tenu quand nous étions en Afghanistan.

[Français]

Le sénateur Day : Le brigadier-général Lanthier a fait mention de cette capacité d'activités d'influence (influence activities capacity) également. Pouvez-vous expliquer ce que c'est? Vous avez dit que c'est uniquement pour les réservistes. J'aimerais savoir ce que c'est que cette activité.

Bgén Lanthier : Sénateur, les activités d'influence comportent deux branches. La première, ce sont les relations civilo-militaires; la deuxième ce sont les opérations psychologiques. C'est un rôle qu'on a confié aux réservistes. Cela fait un bon petit bout de temps qu'ils l'assument, ce mandat n'incombe pas à la Force régulière. Et cela fait levier sur une expertise unique des réservistes, surtout du côté des relations civilo-militaires. Ce sont des citoyens-soldats; il y a donc une nature inhérente à ce qu'ils font, dans leur compréhension des enjeux dans la relation entre l'élément militaire et la population. Donc, on leur a confié ce rôle-là. C'est un rôle qu'ils remplissent merveilleusement bien.

Le sénateur Day : Merci beaucoup pour cette explication.

[Traduction]

Le sénateur White : Je vous remercie tous les deux de comparaître aujourd'hui et d'avoir présenté des exposés.

J'ai deux brèves questions. Tout d'abord, je crois comprendre que le recrutement présente quelques difficultés, et je vous remercie de votre franchise. Dois-je également comprendre que vous éprouvez des difficultés à recruter l'effectif diversifié que vous recherchez, comme c'est le cas, je le sais, dans les forces régulières? Observez-vous le même problème parmi les réservistes? Je sais qu'après les attentats du 11 septembre, on a discuté des diverses communautés. Êtes-vous confrontés au même défi?

[Français]

Bgén Lanthier : Je dirais que ce défi-là est probablement moindre pour la réserve. Par exemple, au sein de la division, j'ai 14 p. 100 de femmes soldats. C'est probablement plus facile d'aller chercher une plus grande diversité à cause de l'étendue, de la dispersion géographique, et de rester dans nos communautés. Il n'y a pas besoin d'un déracinement, contrairement à la Force régulière, dans laquelle on va vous affecter dans des garnisons centralisées. Donc, de mon côté il n'y a pas eu de difficulté à trouver une diversité intéressante au sein de la réserve.

[Traduction]

Le sénateur White : À part des femmes et parmi les divers autres groupes?

[Français]

Bgén Lanthier : Dans l'ensemble des différentes catégories.

Le sénateur White : C'est la même chose, monsieur Lavoie?

Bgén Lavoie : Je suis d'accord avec ça.

[Traduction]

C'est la même chose. La situation dépend en partie du paysage démographique. Il est certain que dans les unités de Toronto, la diversité ne pose pas beaucoup de problème. La situation est plus difficile dans les communautés plus isolées, dans le Nord, par exemple.

Le sénateur White : En ce qui concerne ma deuxième question, si je puis me permettre, selon moi, le fait que des réservistes vous consacrent sept ans et partent ensuite poursuivre une autre carrière n'est pas un aspect négatif. Cette expérience leur servira sans doute tout au long de leur vie. Certains d'entre eux, comme le brigadier-général Lavoie, retourneront dans la Force régulière plus tard.

Cette situation se compare-t-elle à celle des autres pays comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande — un peu moins les États-Unis? Je pense qu'aux États-Unis, dans certains cas, un marine est considéré comme un marine de longue date après quatre ans. Comment se situe-t-on par rapport aux autres pays lorsqu'on examine les programmes de réserve qui ont des chiffres comparables?

Bgén Lavoie : À moins que le brigadier-général ait la réponse, nous devrons prendre cette question en note et vous revenir là-dessus. Je ne ferais que supposer que le Canada a le même rendement et le même rythme de changement que ses alliés.

Le sénateur White : Si vous avez ces données, pourriez-vous vérifier combien de réservistes ont réintégré la réserve ou la Force régulière après cette période de sept ans, au cours des 10 dernières années?

Bgén Lanthier : Bien sûr.

Le président : J'aimerais vous poser une question en lien avec celles du sénateur Nolin. Ma question concerne les réservistes et l'incidence de la transformation, en 2014, sur votre capacité, sur le plan financier, d'atteindre les objectifs qu'on vous a demandé de respecter en fonction du budget qui sera adopté.

J'aimerais revenir sur un extrait du budget de 2012, qui se lit comme suit : « Au fil de la transition du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes vers un rythme opérationnel plus modéré au lendemain de la mission de combat en Afghanistan, les effectifs de la Force régulière et de la force de réserve des Forces canadiennes demeureront respectivement de 68 000 et 27 000 membres, afin de préserver l'équilibre entre les quatre piliers de la Stratégie de défense Le Canada d'abord sur lesquels reposent les capacités militaires, à savoir le personnel, le matériel, l'état de préparation et l'infrastructure. »

En gros, cela cadrait avec les recommandations de notre rapport publié il y a un an et demi. J'aimerais revenir sur votre capacité financière de respecter ces objectifs et savoir s'il y a eu ou non une importante réduction de vos engagements financiers envers vos diverses divisions pour vous permettre d'accomplir le travail qu'on vous demande de faire. Nous entendons toutes sortes de rumeurs selon lesquelles on a effectué des compressions dans certains secteurs. Nous aimerions savoir ce qu'il en est réellement et, éventuellement, comment nous devons nous y prendre pour changer notre façon de faire. Devrions-nous plutôt retourner en arrière et voir s'il n'y aurait pas davantage d'engagements financiers à prendre?

Bgén Lavoie : Comme on l'a déjà dit, nous ne pouvons pas commenter sur les affectations budgétaires pour 2014- 2015, étant donné qu'aucuns fonds n'ont à l'heure actuelle été alloués.

Cela dit, nous ne ferions pas bien notre travail de commandant si nous ne pensions pas déjà au prochain exercice financier. Du point de vue de la planification, en tant que commandant de la division canadienne, pour ce qui est des tâches, des rôles et des missions qui m'ont été assignés, et que j'ai par la suite délégués à nos réservistes, j'ai la certitude d'avoir suffisamment de ressources pour les mener à bien. Je parle en particulier des responsabilités de quatrième génération, telles que les groupes-bataillons territoriaux et le Groupe-compagnie d'intervention dans l'Arctique.

[Français]

Le sénateur Nolin : Général Lanthier, un des défis auxquels sont confrontées les unités francophones, pas juste les unités de réserve mais également votre brigade régulière, c'est la capacité de recruter suffisamment d'officiers. Je pense que c'est un problème qui perdure. Honnêtement, je ne parviens pas à mettre le doigt sur une solution autre que celle de rouvrir le collège militaire de Saint-Jean. J'aimerais avoir votre opinion là-dessus.

C'est un défi majeur. Même au niveau du Royal 22e on a de la difficulté à avoir des officiers canadiens-français. Je n'ai pas de problème avec les anglophones, mais lorsqu'une unité francophone doit aller recruter — ou « braconner » — des officiers anglophones pour mener des francophones, on a un problème. J'espère qu'on examine des solutions.

Bgén Lanthier : Effectivement, c'est une problématique qui, pour ma part, m'inquiète. Du côté de la réserve, honnêtement, le problème n'a pas été aussi aigu que dans la brigade régulière. La raison pour laquelle je dis cela c'est que, parce que c'est basé sur la communauté, j'ai des régiments qui sont, à toutes fins pratiques, au Québec, presque unilingues anglophones.

Le sénateur Nolin : Oui, mais je parle surtout des francophones.

Bgén Lanthier : Oui; donc, du point de vue de la réserve, cet aspect a été moins négatif. Du point de vue de la brigade régulière, comme on recrute dans un bassin national, on a eu un problème un peu plus marqué pour attirer et recruter des officiers francophones. C'est un problème qui nous interpelle et nous essayons de comprendre la dynamique présente qui fait que, sur un cycle normal, parmi les officiers qui vont rejoindre les forces puis être mutés dans une unité francophone, il y en aura peut-être jusqu'à 20 p. 100 qui seront d'origine anglaise. C'est à peu près les données que nous avons en ce moment.

C'est une problématique que nous n'avons pas encore réussi à comprendre. Je dois rencontrer le général Mariage, entre autre, et le général Bélanger pour essayer d'étudier cette problématique et regarder les options possibles. Dans l'intérim, ce que nous faisons, c'est que nous nous assurons qu'un officier recruté qui n'est pas francophone se voie donner immédiatement tous les outils nécessaires en termes de formation pour qu'il soit capable de mener ces hommes et ces femmes dans leur langue première.

Le sénateur Nolin : Général Lanthier, vous faisiez référence au profil de vos troupes de réserve; plusieurs sont de jeunes étudiants qui, d'ailleurs, pour en avoir côtoyé plusieurs, n'hésitent pas à investir temps et ressources. Ils sont vraiment dévoués aux forces. Cependant, on ne réussit pas à les faire étudier dans un collège militaire si les cours ne sont pas offerts dans leur langue. C'est peut-être là qu'est le problème avec la réserve? Peut-être que vous n'avez pas ce problème avec la régulière parce que la notion de transfert est plus reconnue et acceptée, alors qu'un étudiant en technique policière qui décide de s'enrôler dans la réserve — et il y en a plusieurs, que ce soit des pompiers ou des policiers —, le fait qu'il s'agisse de la réserve, vous n'êtes pas là pour le déraciner de ses activités civiles, entre guillemets. C'est là que se trouve le défi, je crois, pour plusieurs unités de langue française, soit d'essayer d'identifier des candidats et les convaincre de gravir les échelons et devenir officiers. C'est un problème que vous n'avez pas encore cerné.

Bgén Lanthier : On n'a pas mis le grappin dessus, on n'est pas capable de cerner la raison pour laquelle le service n'arrive pas à attirer les gens. On peut regarder du côté des raisons historiques, comme les guerres mondiales au Québec, mais comme la problématique n'existait pas dans le milieu des années 1990 ou au début des années 2000, ce n'est probablement pas la bonne avenue à explorer. Il faut vraiment se pencher sur le sujet pour s'assurer de la pérennité du fait francophone. La 5e Brigade a été créée en 1968 pour le fait francophone, donc il faut s'assurer de la viabilité et de la pérennité, ainsi de suite.

Le sénateur Nolin : Exactement. C'était le but de mes questions. Je vous remercie, monsieur le président.

[Traduction]

Le sénateur Mitchell : Vers le milieu de l'année dernière, et peut-être même avant, le délai d'attente lié au versement des indemnités de départ aux réservistes a suscité une certaine controverse. Ce problème avait été soulevé par l'ombudsman. Pourriez-vous faire le point là-dessus? A-t-on observé une amélioration? Les réservistes pouvaient attendre jusqu'à un an, voire 17 mois, avant de toucher leur indemnité, selon ce qu'a estimé l'ombudsman.

Bgén Lavoie : C'est un problème dont je ne suis pas au courant. Par conséquent, à moins que Jean Lanthier ait une réponse, nous allons devoir prendre votre question en note et nous renseigner à ce sujet.

Bgén Lanthier : C'est pareil pour moi; je ne suis pas au courant de ce problème, monsieur.

Le sénateur Mitchell : Dans ce cas, pourriez-vous nous revenir avec une réponse?

Bgén Lanthier : Absolument.

Le sénateur Mitchell : J'aimerais discuter d'une question dont on n'a pas beaucoup parlé jusqu'à présent. Brigadier- général Lanthier, dans votre exposé, vous avez fait mention de votre responsabilité envers les cadets, et je suppose que vous aussi, général Lavoie, assumez cette même responsabilité. J'aimerais donc connaître le nombre de cadets qui sont devenus des réservistes ou des membres à temps plein de la Force régulière, ainsi que les objectifs qu'ils doivent atteindre.

Quand j'étais jeune, j'ai passé plusieurs étés avec mes grands-parents à Vernon. Qu'en est-il de ce camp de cadets?

[Français]

Bgén Lanthier : Au Québec, 12 000 cadets de l'aviation, de la marine et de l'armée sont soutenus par un cadre d'instructeurs et de personnel à temps plein qui est quand même assez important. La première chose que j'aimerais dire, c'est que le but des cadets n'est pas de former les militaires, c'est un programme conduit par le ministère de la Défense nationale, mais c'est un programme jeunesse. C'est le plus gros programme jeunesse au Canada, et cette ampleur est possible parce que les Forces canadiennes ont justement les effectifs nécessaires pour encadrer ces cadets. Ce qu'on essaie de leur donner, ce sont des notions de leadership, de service, de dépassement de soi, de citoyenneté. C'est le but avec les cadets, ultimement. La réalité, c'est qu'un grand nombre de cadets qui, une fois qu'ils ont goûté à l'encadrement que je vais qualifier de régimentaire, ils aiment et vont joindre la réserve ou la régulière. Cependant, avant tout, c'est un programme pour la jeunesse canadienne.

[Traduction]

Le sénateur Mitchell : Je dois dire que mon père était en formation à cet endroit pendant la guerre lorsqu'il a rencontré ma mère. C'était une base de la Force régulière à l'époque.

Bgén Lanthier : Je ne connais pas la situation du camp de Vernon.

Bgén Lavoie : Même chose pour moi. Je suis responsable d'environ 15 000 cadets de l'armée, de la marine et de l'aviation partout dans la province. L'Unité régionale de soutien aux cadets, qui relève de moi, administre ce programme.

Comme le général Lanthier l'a dit, il ne s'agit pas d'un programme militaire. C'est un programme qui est administré par les Forces canadiennes, en collaboration avec nos partenaires de la Ligue des cadets, qui s'occupent de la supervision. Toutefois, comme on l'a affirmé à maintes reprises, les Forces canadiennes considèrent ce programme comme un investissement stratégique dans la jeunesse du Canada. À mon avis, c'est probablement le meilleur programme pour les jeunes qui soit.

Le président : Je dois convenir qu'il fait partie des meilleurs programmes destinés aux jeunes. D'après les chiffres que vous avez aujourd'hui, croyez-vous que ce programme prendra de l'expansion à l'avenir, non seulement dans votre région, mais aussi partout au pays?

Bgén Lavoie : Encore une fois, monsieur, cela ne relève pas vraiment de notre compétence. À l'heure actuelle, comme l'amiral Bennett l'a mentionné, un examen du programme est en cours, mais c'est plutôt un examen à l'échelle nationale.

Le sénateur Day : À titre de complément à votre dernière question, sachez qu'un article est paru le 27 décembre, si je ne me trompe pas, dans le Globe and Mail, selon lequel « un rapport du MDN révélait que le programme des cadets était devenu trop important et bureaucratique ».

Je croyais bon de préciser qu'un rapport du ministère de la Défense nationale laisse entendre qu'il faut se pencher sur le programme des cadets.

Chose certaine, nous sommes très préoccupés par la situation de ce programme et, comme il relève de votre responsabilité, à chacun d'entre vous, j'espère que vous serez en mesure de nous rassurer la prochaine fois que vous témoignerez en nous disant que les choses évoluent bien pour le programme des cadets.

Ma question porte sur les infrastructures, et tous les deux en avez fait mention plus tôt. Vous avez parlé de l'entretien, et j'ignore si cela comprenait les infrastructures utilisées dans le cadre la formation. Quand je pense aux infrastructures, je pense notamment aux édifices et aux manèges militaires. Vous avez dit à juste titre que la présence des réservistes dans les villes était extrêmement importante dans ce contact entre les civils et les militaires, beaucoup plus que dans les grandes bases comme Valcartier et Saint-Jean, situées en dehors du centre-ville.

Général Lavoie, pourriez-vous nous parler un peu du SMA(EI)? Au fait, à quoi le E se rapporte-t-il?

Bgén Lavoie : Il s'agit du sous-ministre adjoint, Infrastructure et environnement, monsieur.

Le sénateur Day : Le SMA(IE) prendra en charge la gestion globale des infrastructures au sein des Forces armées canadiennes. Quelle en sera l'incidence sur vos responsabilités respectives? Vous avez tous deux parlé de l'aspect infrastructure de vos responsabilités.

Quand on voit un budget, par exemple le Budget principal des dépenses, on ne fait pas la distinction entre la réserve et la Force régulière. On voit simplement le crédit 5 qui vise les besoins en infrastructures et en immobilisations. Par conséquent, à moins d'avoir un poste distinct, comme c'était le cas pour le manège militaire de Québec, nous ne savons pas qui s'occupe de quoi et quelles sont vos responsabilités, en tant qu'occupant de ces manèges militaires. Quels changements le SMA(IE) apportera-t-il à l'égard de vos responsabilités? Pourriez-vous chacun nous dire un mot là- dessus?

Bgén Lavoie : Étant donné que la transition vers le sous-ministre adjoint (Infrastructure et environnement) se fera d'ici quelques années, je ne peux pas vous donner beaucoup de précisions à ce sujet. Chose certaine, le but de cette transition est de rendre la surveillance des infrastructures plus efficace.

Je ne peux pas m'exprimer au nom du général Lanthier, mais en ce qui me concerne, quand j'ai parlé, dans mon exposé, des difficultés liées aux infrastructures, je faisais allusion aux quelque 50 manèges militaires qui relèvent de ma responsabilité, en tant que commandant de la 4e Division du Canada. Plus d'une douzaine d'entre eux — si je ne me trompe pas, 16 — datent de plus de 100 ans. Les difficultés que pose l'entretien de ces édifices sont donc assez évidentes.

Je dirais que j'examine la situation de deux points de vue. Tout d'abord, il y a beaucoup d'histoire et d'intérêt associés à ces édifices, et ils sont très importants pour la communauté. En même temps, à titre de commandant, je considère que ces édifices sont là pour nous servir, et pas l'inverse. Ils nous permettent de former et de mettre sur pied une force pour les soldats.

Lorsque je répartis les fonds de mon budget, je regarde les travaux qui doivent être effectués pour entretenir un édifice et ainsi continuer à appuyer la formation et la mise sur pied d'une force.

Bgén Lanthier : Lorsqu'il est question de centralisation, nous craignons toujours de perdre notre capacité d'influencer un processus et de traiter les priorités. Nous avons pris un ferme engagement avec le SMA(EI) et nous veillons à ce que son équipe comprenne bien les difficultés auxquelles nous sommes confrontés sur le plan des infrastructures ainsi que nos priorités. Nous la faisons venir sur place afin qu'elle puisse examiner nos infrastructures.

Je vis exactement la même situation, avec quelque 17 manèges qui ont une centaine d'années. L'un d'entre eux célèbre d'ailleurs son 200e anniversaire cette année. On parle donc d'un investissement considérable qui est nécessaire pour garder ces manèges militaires fonctionnels.

Le sénateur Day : J'ai une question supplémentaire.

Le président : Soyez bref.

Le sénateur Day : Il est question du budget de fonctionnement et d'entretien et du budget d'immobilisations, et les infrastructures sont financées à partir du budget d'immobilisations. Ce sont deux éléments distincts de votre budget que nous approuvons à titre de parlementaires.

Avez-vous l'impression qu'on alloue moins de fonds qu'on ne le devrait au fonctionnement et à l'entretien en raison du lourd fardeau que représentent les infrastructures, particulièrement ces manèges militaires?

Bgén Lanthier : En fait, monsieur, il y a le crédit 1 et le crédit 5. Quand on parle du crédit 1, il s'agit de l'entretien des édifices, c'est donc la partie qui est probablement la plus essentielle pour moi puisqu'elle me permet d'entretenir mes manèges militaires. Toutefois, ces fonds ne sont pas liés au fonctionnement ni à l'entretien, qui appuient directement la formation. Même si ces fonds ne sont pas affectés à ces édifices, ils servent à l'entretien des infrastructures. Ils sont liés jusqu'à un certain point, mais l'un n'a pas touché négativement l'autre. Si nous avons un choix à faire, nous allons toujours accorder la priorité aux salaires et à la formation. Depuis quelques années, nous prenons un risque institutionnel en ce qui concerne les infrastructures.

[Français]

Le sénateur Nolin : J'aimerais simplement saisir un peu la dynamique. Mon collègue vient de faire référence à une nouvelle unité. Toutes les infrastructures, tels les manèges, seront globalement examinées par une unité au sein de l'administration centrale; mais le budget pour cet entretien proviendra-t-il de votre budget?

Bgén Lanthier : Tout ce qui touche la gestion, la gérance et le financement sera centralisé. Je ne sais pas si me sera attribuée une portion de ce budget; je ne pense pas. Je pense que l'administration demeurera centralisée.

Le sénateur Nolin : C'est plutôt l'inverse. Même pour les budgets d'entretien?

Bgén Lanthier : Concernant 718 et 719, je vais vous revenir là-dessus, sénateur. Je ne veux pas vous induire en erreur.

[Traduction]

Le sénateur Nolin : Cela pourrait représenter une part importante de votre budget. Si on se penche sur les coûts d'entretien de ces 50 manèges militaires, c'est énorme. Si c'est vous qui payez mais que ce n'est pas vous qui décidez, on se retrouve avec un gros problème. C'est vous qui savez ce dont vous avez besoin, pas nous ici à Ottawa. Vos préoccupations sont nos préoccupations.

Le sénateur White : J'ai une brève question concernant le recrutement. Vous avez attiré mon attention plus tôt lorsque vous avez dit essayer d'atteindre certains objectifs.

Avez-vous déjà envisagé de recruter des réservistes qui ne sont pas citoyens canadiens? À l'heure actuelle, les réservistes doivent avoir leur citoyenneté canadienne. Avez-vous déjà songé à exiger un niveau inférieur et à recruter des personnes qui sont au pays depuis cinq ans ou des résidents permanents? Certains services de police au Canada ont vécu exactement la même chose en 2002, 2003 et 2004, et ont modifié leurs exigences afin de recruter des immigrants reçus ou des résidents permanents et non plus uniquement des citoyens canadiens. A-t-on envisagé cette option à l'échelle fédérale?

Bgén Lanthier : Je ne suis pas au courant d'une telle initiative nationale.

Bgén Lavoie : Moi non plus. Nous en prenons bonne note et nous en discuterons avec le commandant du groupe de recrutement des Forces canadiennes pour vérifier s'il y a une initiative dans ce sens.

Le sénateur White : Merci.

Le président : Je tiens à remercier nos témoins d'avoir comparu aujourd'hui. Je pense que cela nous a permis de clarifier les choses, à la suite du rapport qui date déjà de presque deux ans. C'est un dossier qui préoccupe le comité, mais en même temps, c'est une façon pour vos organisations de rendre des comptes au public sur ce que vous faites et sur ce qui se passe dans les réserves.

J'aimerais vous remercier encore une fois pour votre présence. Nous vous sommes très reconnaissants pour votre engagement et le travail que vous faites pour nous. Au plaisir de collaborer de nouveau avec vous à l'avenir. Je vous remercie encore. La séance est levée.

(La séance est levée.)