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Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 8 - Témoignages du 27 avril 2004


OTTAWA, le mardi 27 avril 2004

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui à 18 h 15 pour étudier les questions liées au développement et à la commercialisation de produits agricoles, agroalimentaires et forestiers à valeur ajoutée sur les marchés national et international.

Le sénateur Donald H. Oliver (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président: Laissez-moi d'abord vous souhaiter la bienvenue, chers collègues, ainsi qu'à nos observateurs. Je voudrais aussi souhaiter la bienvenue aux Canadiennes et aux Canadiens qui nous regardent et nous écoutent sur CPAC et Internet. Aujourd'hui, nous continuons notre étude des questions se rattachant au développement et à la mise en marché, au Canada et à l'étranger, de produits agricoles, agroalimentaires et forestiers à valeur ajoutée.

[Traduction]

Au cours des dernières semaines, nous avons reçu différents témoins qui nous ont fourni des explications sur les questions liées au développement et la commercialisation de produits agricoles, agro-alimentaires et forestiers à valeur ajoutée. Ce soir, nous recevons M. Tony Stewart, propriétaire de Quail's Gate Estate Winery, qui nous présentera un aperçu des enjeux auxquels son industrie est confrontée en rapport avec les possibilités pour les agriculteurs de développer des produits à valeur ajoutée.

J'invite maintenant M. Stewart à commencer son exposé.

M. Tony Stewart, propriétaire, Quail's Gate Estate Winery: Merci de me donner cette occasion de comparaître devant vous. Je vais vous entretenir des politiques pour lesquelles l'industrie viticole demande du soutien, en n'oubliant pas que la Canadian Vintners Association vous présentera son propre exposé jeudi prochain. Je vais laisser à M. Bill Ross le soin de vous brosser un portrait plus détaillé de la situation.

Aux dires de tous, l'industrie viticole canadienne connaît actuellement des succès extraordinaires. En moins d'une décennie, on est passé d'une industrie au seuil de la disparition à une situation où il n'est pas rare d'entendre, semaine après semaine, qu'un vin canadien a gagné un prix lors d'un concours international ou que des vins de chez nous ont été servis lors d'une réception officielle à Helsinki ou ailleurs. Le Canada est d'ailleurs devenu le plus grand producteur de vins de glace au monde.

Malgré cette réussite, l'industrie a connu certains problèmes au cours des dernières années. Les deux derniers hivers ont sérieusement affecté les viticulteurs de l'Ontario. L'invasion de la coccinelle asiatique dans la région du Niagara est un autre problème qui a touché l'industrie ontarienne. Plus récemment, les feux de forêt en Colombie-Britannique ont rasé complètement un établissement viticole et détruit des raisins dans de nombreux vignobles.

L'industrie est persuadée de pouvoir relever les défis qui l'attendent — il nous faut seulement travailler en partenariat avec les autres intéressés dont le gouvernement du Canada fait bien sûr partie.

L'industrie viticole canadienne voudrait que certaines politiques soient changées. Je vais vous entretenir de trois d'entre elles: l'allégement de la taxe d'accise, le soutien sur les marchés intérieurs et la R et D. Je vais laisser M. Ross vous parler plus en détail des autres changements souhaités.

Je vais vous exposer d'abord les succès de l'industrie viticole canadienne à partir du point de vue de la Colombie- Britannique. Au cours de la dernière décennie, l'industrie viticole est devenue un modèle de réussir en Colombie- Britannique: une industrie épurée, propre et verte comme celle que l'on retrouve en Ontario.

L'industrie compte actuellement 82 établissements viticoles, 800 millions de dollars en capitaux investis, 230 millions de dollars de ventes annuelles, 100 millions de dollars en revenus touristiques, 110 millions de dollars en contributions directes à la province, environ 24 millions de dollars en contributions directes au gouvernement fédéral et 543 millions de dollars en investissements prévus au cours des cinq prochaines années pour des installations touristiques, des vignobles et des usines.

J'ai pensé que le paradoxe du libre échange pourrait être approprié aux fins de l'analyse des produits à valeur ajoutée que vous effectuez. Dans le cadre du libre échange, l'industrie vinicole canadienne a produit des vins à faible coût principalement à partir de jus importé. À la fin des années 80, l'accord de libre échange a provoqué la fin de ce que notre famille pensait être une longue tradition de viticulture. Cependant, des changements ont été apportés et l'industrie a opté pour un programme axé sur la qualité.

Les années 90 ont vu la création du British Columbia Wine Institute, qui a établi les premières normes minimales de qualité. En 1991, la Colombie-Britannique a instauré le Vintners Quality Alliance Program, une mesure d'assurance de la qualité du vin qui a ses origines ici même en Ontario. Cette transition vers des produits de qualité a entraîné certaines transformations. Toutes les initiatives provinciales mises en oeuvre mettaient l'accent sur la qualité; il n'était pas question de subventionner un système en place qui ne fonctionnait pas bien. Tous les efforts visaient à favoriser le développement du programme de qualité. Les offices de commercialisation ont été supprimés afin de permettre le libre établissement du prix des raisins, une situation sans précédent.

Depuis 1992, ces changements ont entraîné une croissance des ventes dépassant les 10 p. 100 pour les produits portant le sceau Vintners Quality Alliance (VQA). L'an dernier, seuls les vins australiens (24 p. 100) ont connu une croissance des ventes plus rapide que les produits VQA (21 p. 100) en Colombie-Britannique. Les succès des établissements viticoles en Ontario et en Colombie-Britannique ont retenu l'attention à l'échelle internationale et contribué à faire mieux connaître notre industrie. Les vignobles s'étendent maintenant sur une superficie de plus de 5 500 acres et les investissements totaux se chiffrent à 800 millions de dollars.

J'aimerais faire une comparaison rapide entre la situation actuelle et celle qui prévalait auparavant, un parallèle d'ailleurs très révélateur. Bien que notre industrie soit encore de taille modeste, elle a énormément évolué par rapport à ce qu'elle était.

Pour connaître le succès, nos producteurs doivent viser les créneaux supérieurs du marché. Nous ne pouvons pas affronter sur leur terrain les régions viticoles de la planète dont la production est basée sur le volume. Nous devons maintenir la qualité de nos produits tout en établissant un prix qui fera en sorte que le consommateur en a pour son argent. Notre stratégie de créneau consiste à tout mettre en oeuvre pour offrir un produit de qualité supérieure. Nous nous efforcerons de sensibiliser les consommateurs canadiens à la valeur des vins produits ici. Nous allons poursuivre le développement des programmes de visite des régions viticoles parce qu'il est extrêmement avantageux de pouvoir amener les gens chez nous, leur permettre de visiter et de voir ce que nous faisons, et veiller à ce que les activités de traitement soient intégrées à l'offre touristique globale. Nous allons également chercher à nous faire une place au sein des créneaux supérieurs des marchés d'exportation, comme le Japon et Londres notamment.

Pourquoi est-ce si important? Pour chaque bouteille de vin importée vendue au Canada, 51 sous demeurent au pays, alors que pour chaque litre de vin VQA vendu ici, 4,16 $ restent au Canada — c'est un rendement huit fois supérieur pour notre pays.

Si l'on examine les politiques viticoles des autres pays, on constate que les établissements locaux produisent la plus grande partie du vin consommé sur place. En Colombie-Britannique, nous consommons 49 p. 100 de vins canadiens, dont seulement 14 p. 100 sont entièrement produits chez nous; en Ontario, cette proportion est d'environ 32 p. 100, ce qui est encore plus faible. Ainsi, nous devons pouvoir nous appuyer sur un marché national fort, un avantage dont disposent tous nos concurrents.

La norme VQA établit nos exigences minimales. Vous avez tous entendu parler de la réussite de ce programme, mais cela reste une norme minimale. Nos visées sont plus élevées. Les établissements viticoles continuent de créer leurs propres marques. Nous faisons notre propre mise en marché et ce sera un point très important pour la conclusion de mon exposé.

Nous avons augmenté la valeur des vins qui se situe maintenant entre 15 et 25 $ — un niveau qui nous procure selon nous un avantage concurrentiel. Notre industrie investit chaque année des montants considérables aux fins de la R et D et nous nous devons d'explorer les possibilités de partenariat de manière à ce que ces activités puissent être réalisées en collaboration avec le gouvernement.

Nous allons poursuivre le développement et la promotion de la norme VQA, continuer de peaufiner l'expérience viticole et montrer aux consommateurs canadiens que nous offrons les meilleurs produits de valeur supérieure disponibles.

D'autres pays offrent un allégement de la taxe d'accise. Nous avons d'ailleurs utilisé la politique des États-Unis comme modèle à examiner pour le gouvernement canadien. L'allégement de la taxe d'accise permet aux petits producteurs de se donner une masse critique, de manière à pouvoir profiter d'une marge de manoeuvre lorsque la production est inférieure à un certain niveau. Cette mesure ne s'adresse pas aux gros producteurs, mais bien aux petits exploitants. Comme vous pouvez le constater dans bien des régions, un grand nombre de ces petits producteurs contribuent réellement à la promotion de l'image de marque.

Le soutien aux efforts de commercialisation locale est absolument essentiel actuellement. Dans le cadre d'un programme en place jusqu'en 2001, nous tenions des événements comme Canada à la carte, un salon regroupant différents producteurs de denrées alimentaires à valeur ajoutée. Les producteurs de tout le Canada y présentaient nos réalisations les plus intéressantes. Nous n'avons pas pu poursuivre ce genre de programmes car l'industrie n'a pas les moyens de les réaliser à elle seule. Compte tenu des problèmes que connaissent les autres secteurs, le moment est on ne peut mieux choisi pour envisager le rétablissement du Programme de promotion du marché du vin canadien conjointement avec d'autres produits à valeur ajoutée.

Le problème, c'est que la R et D semble se faire actuellement sur une base annuelle, alors que les projets de recherche à long terme sont souvent abandonnés. Nous devons examiner des façons de pouvoir poursuivre ces projets — peut- être au moyen d'un fonds de dotation qui permettra d'assurer un financement permanent à cette fin.

Le représentant de la Canadian Vintners Association vous entretiendra des questions liées aux normes nationales et à la réglementation en matière d'aliments et de drogues, ainsi que de l'emballage et de l'étiquetage.

Pour les questions touchant la politique agricole, voici certains éléments que j'aimerais que vous preniez en considération. Depuis toujours, l'image de marque des produits agricoles est établie à l'échelle du pays ou de la province; il suffit de penser à Canada Grade A, extra de fantaisie, cultivé en Colombie-Britannique. Le consommateur ne voit que très peu ou pas du tout de différence entre ces produits. C'est comme s'ils étaient tous de la même marque. C'est souvent le plus petit dénominateur commun qui constitue la norme, et les questions et les préoccupations des consommateurs ne sont pas toujours prises en compte. C'est un point extrêmement important.

Certains changements ont été apportés à ce chapitre. Nous constatons une augmentation des ventes de produits biologiques; les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour obtenir un produit de qualité ou un avantage qu'ils perçoivent. Les gens sont de plus en plus préoccupés par les OGM et les protéines de complément. Les consommateurs établissent désormais les nouvelles normes: ils dictent maintenant ce qu'ils veulent obtenir comme aliments et produits agricoles à valeur ajoutée. La décision d'utiliser uniquement des aliments protidiques à base végétale pour ses volailles a coûté 16 millions de dollars à Maple Leaf; l'entreprise a déterminé que cela en valait le coût. On constate donc une transformation majeure sur les marchés.

Il convient de prendre en compte les exigences des marchés d'exportation parce que ce sont les autres pays qui établiront les normes si nous ne le faisons pas. Selon moi, les politiques canadiennes nous ont permis d'élaborer quelques-uns des produits agricoles offrant la meilleure qualité et la plus grande valeur ajoutée dans le monde. Cependant, les marchés évoluent et nous allons être sérieusement laissés pour compte si nous ne suivons pas les tendances.

Permettez-moi de suggérer une nouvelle approche. Les agriculteurs devraient axer davantage leurs efforts sur la promotion de l'image de marque et mobiliser leurs clients à cet égard. Il y a quelques années, les cerises et les cerises aigres n'offraient absolument aucune possibilité de commercialisation en Colombie-Britannique. Aujourd'hui, les agriculteurs réalisent d'importants profits grâce à ces produits. Pourquoi ce changement? Ils sont allés voir leurs clients pour les sensibiliser. Ils se sont rendus au Japon, ont rencontré leurs clients, ont emballé les cerises, les ont expédiées et ont traité directement avec leurs clients. Ils ne se sont pas contentés d'une seule et unique marque pour tous les produits. Ils ont établi l'image de marque de leurs produits.

Nous devons mettre un frein à la tendance à rejeter les préoccupations des consommateurs. J'ai eu le privilège de participer aux travaux d'un comité qui traitait de la question des OGM, une solution sans cesse mise de côté parce que jugée non viable par la recherche scientifique. Les consommateurs ne comprennent pas cela. Les groupes de producteurs alimentaires concernés par les OGM doivent tenir compte des préoccupations soulevées par les consommateurs et tester de nouveaux modes d'interaction avec ceux-ci.

Nous devons établir des normes qui favorisent la promotion des producteurs et l'établissement d'images de marque plus prestigieuses. L'industrie vinicole est un bon exemple de réussite à cet égard. La norme VQA a produit les résultats escomptés. Nous ne nous arrêtons pas à cette norme; nous cherchons à offrir un produit encore meilleur.

L'établissement de nouvelles pratiques au sein de l'industrie permettra une meilleure distinction entre les produits et une approche davantage axée sur l'image de marque. Les différents groupes — les producteurs à valeur ajoutée — doivent viser une image de marque à offrir. Si chacun ne peut pas offrir sa marque distinctive, ils courent tous le risque de voir un seul producteur les rabaisser à un niveau de qualité inférieur. Nos normes à atteindre pour les marchés mondiaux doivent être établies en fonction de la qualité, et non du coût.

Je suis maintenant prêt à répondre aux questions des sénateurs.

Le président: Merci beaucoup, monsieur Stewart, votre exposé était fort intéressant.

Notre comité vient d'amorcer cet examen, mais nous recevons déjà de nombreux appuis des agriculteurs et des groupes agricoles de différentes provinces qui se réjouissent de nous voir aborder cette tâche. Même le ministre de l'Agriculture s'est dit heureux de nous voir procéder à cette analyse où nous nous penchons sur les aspects commercialisation, promotion et mise en marché de certains de ces produits afin de déterminer comment nous pourrions accroître la valeur ajoutée et mettre davantage d'argent dans les poches des agriculteurs. Nous n'avons aucune idée des conclusions que nous tirerons et des recommandations que nous formulerons en bout de ligne, mais des exposés comme le vôtre viennent éclairer notre examen avec de nombreuses idées nouvelles et nous vous en remercions.

J'aimerais vous poser deux questions. L'un des aspects qui m'a toujours préoccupé relativement à de nombreux produits agricoles canadiens comme le vin, le fromage, la viande, et cetera, c'est qu'il est souvent difficile de les faire passer d'une province à l'autre — un problème de commerce intérieur.

Ma première question concerne ce problème. Certains ont prétendu que l'Accord sur le commerce intérieur (ACI) entre le Canada et les provinces a facilité la distribution des boissons alcooliques au Canada. À votre point de vue, est- ce que le commerce interprovincial du vin a été facilité par la ratification de l'ACI? Existe-t-il des situations où il est plus facile pour un grand fournisseur étranger de vendre ses produits dans une province comme la Colombie- Britannique, l'Ontario ou le Québec, que pour un producteur canadien de faire de même d'une province à une autre en s'adressant à des commerçants qui préfèrent garder de la place pour les vins français, plutôt que pour ceux de la Colombie-Britannique? Est-ce que le système canadien de commercialisation des boissons alcooliques, qui est géré par les régies des alcools provinciales, inhibe ou stimule le développement de produits à valeur ajoutée?

J'aimerais bien connaître votre point de vue sur ces questions parce qu'elles soulèvent le problème du commerce interprovincial et des obstacles qui s'y opposent. Si de tels obstacles existent et si notre comité pouvait formuler des recommandations en vue de leur élimination, est-ce que les agriculteurs en sortiraient gagnants?

M. Stewart: Pour répondre à votre première question, la difficulté à laquelle nous sommes confrontés sur le plan du commerce international vient du fait que cela constitue une source de revenu tellement considérable — surtout dans le cas de notre produit — pour les provinces canadiennes que celles-ci ont établi des monopoles qui sont investis de la responsabilité d'assurer le meilleur rendement possible. Cela nous pose problème parce que nous sommes de petits producteurs qui ciblons des créneaux et nous ne disposons pas de budgets de marketing comparables à certains pays pour approcher une régie des alcools au Canada et exiger de l'espace sur les tablettes.

La Colombie-Britannique et l'Ontario comptent des régions viticoles et les régies des alcools de ces provinces ont grandement appuyé les producteurs locaux. Cependant, les régies ne sont vraiment pas enclines à accueillir les produits provenant d'autres provinces.

Les États-Unis ont mis en oeuvre un programme de livraison directe réciproque afin de permettre aux États viticoles d'élargir leur base de clientèle. J'encouragerais certes votre comité à recommander l'établissement d'un tel programme qui profiterait grandement aux consommateurs de tout le pays.

Le président: Pourriez-vous expliquer au comité le fonctionnement de ce programme?

M. Stewart: Aux États-Unis, de nombreux établissements viticoles ont conclu un accord de réciprocité en vertu duquel un État permet la vente de produits d'un autre État. Nous pouvons livrer directement nos produits en Colombie-Britannique et les producteurs ontariens peuvent en faire autant dans leur province. Cependant, le viticulteur ontarien ne peut pas livrer directement ses produits en Colombie-Britannique et vice versa. Comme les autres provinces n'ont pas d'industrie viticole, il y aurait perte de revenus avec un tel système. Je ne vois pas comment elles pourraient trouver avantageux d'adopter une telle formule. C'est ma seule crainte.

D'une manière générale, nous sommes tous confrontés aux mêmes obstacles. La principale difficulté qui se dresse devant les producteurs locaux est celle de la taille. Pour la mise en marché de leurs produits à Toronto seulement, les Californiens dépensent probablement cinq fois les sommes que notre industrie consacre à ce chapitre pour l'ensemble du pays. Il faut bien prendre conscience que certaines de ces régions viticoles disposent d'énormément d'argent.

Pour ce qui est de votre seconde question qui consiste à savoir si l'on favorise ou non les produits à valeur ajoutée, je crois que l'on peut constater un peu partout les efforts désormais déployés pour faire mieux connaître les produits canadiens. Nous estimons obtenir déjà de bons appuis dans ce dossier, mais il faut absolument adopter une approche de collaboration pour la commercialisation. Je vous ai déjà parlé de cette activité, Canada à la carte, un programme national qui permettait aux producteurs — fromage, produits laitiers, boeuf, porc, et cetera — de toutes les provinces de se regrouper pour faire connaître leurs produits. L'avantage d'un tel programme, c'est que chaque province peut mettre en vitrine ses propres produits à valeur ajoutée. Ainsi, la Colombie-Britannique peut présenter son vin et ses volailles et l'Alberta peut faire connaître son boeuf et un autre produit, et ainsi de suite pour toutes les provinces du pays. Nous connaissons l'excellence de la cuisine canadienne et de ses producteurs et si nous commençons à nous définir dans le sens général de nos capacités de production, ce sera extrêmement avantageux pour nous tous.

Le président: Quand le programme a-t-il commencé et pourquoi a-t-il pris fin? Pouvez-vous nous en parler un peu, pour que nous sachions quels aspects examiner?

M. Steward: Entre 1994 et 2001, 4,5 millions de dollars ont été versés au programme de commercialisation et de promotion du vin canadien. Le problème, c'est que malgré l'aide financière obtenue dans le cadre de la SCPA pour accroître les exportations, nous n'avons pas atteint les résultats escomptés.

N'oublions pas, toutefois, qu'il faut beaucoup de temps pour percer dans ce milieu. Si les consommateurs décident, aujourd'hui, qu'ils veulent plus de Chardonnay, il va me falloir au moins six ans pour les approvisionner; s'ils veulent du Cabernet Sauvignon, il va me falloir huit ans pour le faire. Nous voulions trouver des débouchés extérieurs, mais nous ne pouvions pas commercialiser le produit assez rapidement. Or, nous avons maintenant un produit bien établi et aussi la masse critique nécessaire pour pénétrer les marchés. Je pense qu'il est temps de jeter un second regard sur l'industrie. Le programme de financement nous a été utile, mais l'industrie en était à ses débuts. Aujourd'hui, les résultats seraient plus prometteurs.

Le sénateur Fairbairn: Comme la plupart d'entre nous s'en souviennent, les vins canadiens, jadis, étaient peu appréciés, parce que les gens avaient tendance à les comparer à d'autres vins. C'était sans doute avant que l'industrie ne mette au point une stratégie de commercialisation pour promouvoir le produit. Comme vous l'avez signalé, il faut beaucoup d'années pour bâtir une industrie.

Concernant la promotion des produits, vous avez dit que la qualité exceptionnelle de nos produits est, à bien des égards, reconnue de par le monde. Dans quelle mesure la commercialisation du produit devrait-elle être assurée par le gouvernement fédéral, ou encore faire l'objet d'un arrangement fédéral-provincial? Ou est-ce que cela aurait pour effet de compliquer les choses?

Nous avons un produit. Pouvez-vous nous dire comment nous pouvons en assurer la promotion, vraisemblablement avec l'aide de l'industrie, à l'échelle internationale? Nous avons réalisé des progrès importants. L'industrie américaine a, elle aussi, connu des moments difficiles avant de prendre son envol. Notre industrie est aujourd'hui florissante. Quels genres de partenariats permettraient d'aider l'industrie à solidifier ses assises au Canada — ce qui est important — et à bénéficier aussi d'une stratégie de commercialisation dynamique et solide à l'échelle internationale?

Sommes-nous prêts à nous lancer dans une telle initiative? Est-ce que le produit, vu sa qualité et la quantité qui est produite, est prêt à faire l'objet d'une telle promotion?

M. Steward: Je le pense, oui.

Concernant l'aide sectorielle, il est difficile de convaincre les intervenants du milieu commercial international que l'industrie du vin va rapporter des dividendes importants, en raison de sa taille. Toutefois, ils ont tort de ne pas le croire. Pourquoi nos ambassades, quand je fais des démarches auprès d'elles, ne proposent-elles pas de promouvoir conjointement nos produits et ceux de l'industrie du boeuf, par exemple? Ou encore ceux de l'industrie du porc? Elles ne le font pas — elles adoptent une approche sectorielle, ce qui est une erreur.

L'industrie du vin fabrique un produit de luxe — ce n'est pas un produit de tous les jours — qu'elle doit commercialiser en tant que tel. Nous avons beaucoup appris au chapitre de la commercialisation et de la promotion; nous savons aussi ce qu'il faut faire pour attirer les consommateurs. Nous sommes prêts à partager cette information avec les autres groupes.

Nous pouvons participer à des foires commerciales au Japon dans le but de vendre d'autres produits, mais tout en mettant l'accent sur le vin. Nous pouvons organiser un rendez-vous avec ces autres groupes et leur montrer notre produit. Nous sommes prêts à le faire. Nous sommes prêts à collaborer. Les gros joueurs du secteur agricole canadien peuvent ensuite conclure des ententes qui assureront la viabilité de l'entreprise, sauf qu'à l'heure actuelle, cet esprit de collaboration n'existe pas.

Par exemple, nous exportons nos produits au Japon. Une invitation avait été lancée aux producteurs canadiens pour qu'ils aillent faire la promotion de leurs produits là-bas. Nous voulions participer, sauf que personne n'était prêt à collaborer avec nous. Ils ont bien voulu qu'on les accompagne, mais ont semblé hésitants. Ils nous ont loué un espace, et nous ont dit qu'ils ne savaient pas s'ils seraient en mesure d'attirer les visiteurs. Nous nous sommes demandés si tout cela valait la peine. Nous avions déboursé 10 000 $ pour envoyer un de nos employés là-bas. Je me suis dit qu'une crise frappait tous ces autres secteurs alimentaires et que nous devions les aider à assurer la promotion de nos produits.

Le sénateur Fairbairn: Avez-vous participé, ces dernières années, à certaines des foires commerciales qui ont été organisées dans divers pays?

M. Stewart: Oui. En 1997, nous avons participé à une foire en Asie. Nous avons visité quatre villes. Nous étions accompagnés de chefs de la chaîne d'hôtels Fairmont et nous avons obtenu des résultats incroyables. Quand on entrait dans une salle, on savait qu'on arrivait au Canada. Il y avait des fromages de toutes les régions, du saumon sauvage — divers produits. C'était un très gros événements. Les gens venaient nous voir, nous disaient qu'ils ne savaient pas que le Canada avait des produits ou des chefs aussi exceptionnels.

Le sénateur Fairbairn: Monsieur le président, l'industrie est encore relativement jeune. Il me semble que, lorsqu'elle traverse des moments difficiles — comme cela a été le cas pour l'industrie du boeuf au cours de la dernière année — nous devrions essayer de prendre des initiatives pour faire la promotion d'un produit qui, grâce à vos efforts, est recherché à l'échelle internationale. C'est quelque chose que nous devrions examiner.

Dans quelle mesure les vignobles de la Colombie-Britannique ont-ils été endommagés par les feux de l'été dernier — et espérons qu'il n'y en ait pas cette année?

M. Stewart: Les feux ont détruit entre 3 et 5 p. 100 de la récolte. C'est la région de Kelowna qui a le plus souffert. La fumée a endommagé les vignes — elles ne pouvaient pas être utilisées. Il n'y a pas vraiment d'assurances qui protègent contre ce genre de catastrophe, de sorte qu'un incendie peut être dévastateur. Trois producteurs en particulier ont été touchés. Dans leur cas, 60 p. 100 de leur production a été détruite — dans un cas, la totalité de la récolte l'a été. Pris individuellement, les dommages ont été énormes. Pour ce qui est l'ensemble de l'industrie, c'est entre 3 et 5 p. 100 de la production viticole qui a été endommagée.

Le sénateur Fairbairn: Avez-vous pu bénéficier d'une aide d'urgence dans le cadre des programmes mis sur pied par le gouvernement fédéral?

M. Stewart: Ils sont en train d'examiner la chose. Mais je pense que rien n'a encore été confirmé. Je vais me renseigner.

Le sénateur Fairbairn: J'aimerais bien le savoir.

Le sénateur Callbeck: J'aimerais vous poser une question au sujet des normes minimales de VQA. Elles sont appliquées en Ontario et en Colombie-Britannique, n'est-ce pas?

M. Stewart: Oui.

Le sénateur Callbeck: Vous avez dit qu'il y avait 82 établissements vinicoles au Canada.

M. Stewart: Il y en a 250 au Canada, dont 82 en Colombie-Britannique.

Le sénateur Callbeck: Combien d'établissements respectent ces normes?

M. Stewart: Entre 90 et 95 p. 100 des établissements respectent la norme VQA. Le pourcentage est beaucoup moins élevé côté production. Comme je l'ai mentionné, en Colombie-Britannique, 49 p. 100 des vins sont produits par des établissements vinicoles canadiens. Seulement 14 p. 100 d'entre eux respectent entièrement la norme VQA.

Le sénateur Callbeck: Est-ce vous souhaitez que seuls les droits d'accise qui s'appliquent aux vins respectant la norme VQA soient éliminés, ou que les droits s'appliquant à tous les vins le soient?

M. Stewart: Nous souhaitons que les droits d'accise qui s'appliquent à tous les vins produits au Canada soient éliminés. Je propose que ces vins soient soumis à une norme, c'est-à-dire la norme VQA.

La Canadian Vintners Association, elle, souhaite que les droits d'accise s'appliquant à tous les vins canadiens soient éliminés. Les vins ne respectent peut-être pas la norme VQA, non pas en raison de leur qualité, mais parce qu'ils ne remplissent pas certains critères d'emballage de la VQA.

Dans notre cas, nous ne produisons que des vins qui respectent la norme VQA. C'est tout ce que nous vendons. Nous voulons accroître notre production. Si vous jetez un coup d'oeil aux normes établies à l'échelle internationale, vous allez constater qu'il y en a très peu qui exigent que les vins fassent l'objet d'une analyse d'un comité d'experts- dégustateurs. C'est quelque chose que nous exigeons. Le bien-fondé de cette exigence fait l'objet de nombreuses discussions, mais ce processus rehausse la norme. Le système est assez efficace.

Le sénateur Callbeck: Est-ce l'industrie elle-même qui en assure l'application?

M. Stewart: Cette responsabilité relève à la fois des provinces et des régies provinciales. En Colombie-Britannique, c'est le British Columbia Wine Institute qui s'en occupe, et en Ontario, la VQA Ontario. Toutefois, nous sommes en train d'élaborer des normes nationales qui serviraient de base à une norme fédérale qui, elle, relèverait de la Loi sur les produits agricoles au Canada. Nous espérons régler la question cette année, bien qu'il y ait des obstacles.

Le sénateur Callbeck: L'établissement vinicole qui veut vendre son produit dans une autre province doit avoir une licence provinciale et une licence fédérale, n'est-ce pas?

M. Stewart: Non, il doit avoir une licence provinciale. En vertu de la nouvelle structure qui est proposée, si vous voulez vendre votre produit dans une autre province, vous devez d'abord vous enregistrer auprès de l'Agence canadienne d'inspection des aliments.

Le sénateur Callbeck: Vous avez dit que les importations représentent près de 66 p. 100 du marché national. Idéalement, quelle part du marché national les établissements vinicoles canadiens devraient-ils détenir?

M. Stewart: Notre territoire est limité, mais la Colombie-Britannique détient une des plus grandes parts du marché, soit 49 p. 100. C'est l'objectif minimal qui devrait être fixé pour l'ensemble du pays. Toutefois, comme je l'ai mentionné, ce pourcentage est nettement inférieur en Ontario et au Québec. L'objectif devrait être d'au moins 50 p. 100, et rien ne nous empêche de l'atteindre. Les établissements plus grands comme Vincor et André's ont entrepris une campagne de commercialisation très dynamique en vue d'accroître leur part de marché.

Le sénateur Mercer: J'ai eu l'occasion, l'an dernier, de visiter plusieurs établissements vinicoles sur l'île de Vancouver. Il s'agit d'établissements petits et nouveaux qui connaissent un essor. En tant que sénateur de la Nouvelle- Écosse, je tiens à vous rappeler qu'il y a également des établissements vinicoles en Nouvelle-Écosse et au Québec. Ils ne se trouvent pas uniquement en Ontario et en Colombie-Britannique. Nous espérons que ce secteur va prendre de l'ampleur.

Vous avez dit, en réponse à une question du sénateur Fairbairn, qu'il faut promouvoir conjointement et les vins et les autres produits à l'échelle internationale. Il me semble que l'association nationale devrait faire partie des voyages qu'entreprendra Équipe Canada, ou peu importe le nom qu'on lui donnera à l'avenir. Il me semble qu'en alliant vos efforts à ceux de l'industrie du boeuf et du poisson, par exemple, vous pourriez faire la promotion des produits canadiens, depuis les hors d'oeuvre jusqu'aux vins de dessert.

Ce qui me frustre, en tant que consommateur, c'est qu'on trouve peu de vins de la Colombie-Britannique en Ontario. Ils sont plutôt rares ici, et quasi inexistants en Nouvelle-Écosse. C'est une question que j'aimerais examiner. Toutefois, ce qui me préoccupe davantage, c'est le prix du vin. Les vins de la Colombie-Britannique, ou les vins canadiens en général, se vendent à des prix assez compétitifs en Ontario. Toutefois, ce n'est pas du tout le cas en Nouvelle-Écosse. Le vin, là-bas, coûte très cher.

Le président: Il faut aussi tenir compte du transport.

Le sénateur Mercier: C'est vrai, mais les droits y sont aussi pour quelque chose. Si les droits d'accise étaient éliminés, nos collègues provinciaux s'empresseraient de trouver un moyen de combler l'écart. Si le prix d'une bouteille de vin était réduit, disons, d'un dollar par suite de l'élimination de la taxe d'accise, ils augmenteraient rapidement les taxes de vente provinciales sur le vin et l'alcool pour combler l'écart.

Vous n'êtes peut-être pas en mesure de répondre à la question, mais avez-vous déjà abordé le sujet dans vos autres exposés? Il s'agit d'un problème très réel. Si nous voulons prêter main-forte à l'industrie, nous devons nous assurer, et c'est ce que nous faisons dans le cas des agriculteurs, que ce sont les personnes dans le besoin qui reçoivent notre aide. Voilà pour les établissements vinicoles.

Ma deuxième question est la suivante. Vous avez parlé des activités de R et D. C'est là un sujet intéressant que nous devons...

Le président: Vous avez abordé quatre ou cinq points dans votre première question. Je ne veux pas vous interrompre, mais je veux que le témoin ait l'occasion de répondre.

M. Stewart: Vous dites que vous avez de la difficulté à trouver des produits qui viennent d'autres régions du Canada. Je comprends votre frustration, puisque nous ressentons la même chose. Je pensais être en mesure, un jour, de vendre du Chardonnay et du Pinot Noir, dont la production est limitée, dans toutes les régies du Canada. Six ans plus tard, j'y travaille toujours. Le système en place est soumis à toutes sortes de pressions. Nous devons toutefois trouver un moyen de régler le problème de disponibilité.

L'Alberta a décidé de délaisser le système monopolistique au profit d'un impôt uniforme, ce qui lui a permis d'accroître le nombre d'inscriptions au catalogue. En deux ans environ, elle est passée de 2 500 produits à plus de 10 000. Le consommateur n'a qu'à dire, j'aime les vins de la Nouvelle-Écosse. Pouvez-vous en obtenir? Le magasin de vins communique avec l'établissement vinicole et passe une commande.

Malheureusement, les inscriptions au catalogue dans un système monopolistique sont limitées, puisque le nombre de magasins exploités est très élevé. Ils essaient de faire preuve d'efficacité. Les magasins ne peuvent pas tous vendre des produits différents. Ils doivent avoir un système homogène et stocker des produits de base. Par conséquent, le petit producteur — et presque tous les établissements canadiens sont petits, sauf trois ou quatre — ne peut être viable, parce qu'ils lui disent qu'ils aimeraient pouvoir vendre son produit dans tous les magasins, mais qu'ils doivent se limiter à 6 000 caisses. Cela peut représenter la production totale de l'un de nos établissements. Comme je ne peux écouler mon produit sur un seul marché, je dois en limiter la vente. C'est, malheureusement, le problème que pose le système monopolistique.

Or, si nous ne recommandons pas l'abolition de ce système, il sera difficile de contourner ce problème. Nous pourrions, par ailleurs, encourager les provinces à établir un catalogue comme celui que l'on trouve en Ontario et au Manitoba. En fait, nous venons tout juste d'en établir un en Nouvelle-Écosse, signe que les choses sont en train de changer.

Pour ce qui est de la taxe d'accise, les changements apportés à la Loi sur la taxe d'accise ont peut-être eu pour effet de simplifier la façon dont les grands producteurs gèrent leurs entrées de fonds et paient la taxe, mais ils ont malheureusement, et de façon indirecte, pénalisé les petits producteurs. Ces derniers sont maintenant astreints à un procédé de vérification beaucoup plus rigoureux, procédé qui contribue à accroître leurs dépenses parce que les taxes sont établies en fonction de la production et non des ventes. Les taxes sont versées dans la plupart des cas par l'établissement vinicole lui-même — vous ne payez pas de taxes quand vous livrez votre produit à une régie — parce que les provinces ne veulent pas accorder de remboursement. Toutefois, dans le cas des autres produits, la province n'a pas la possibilité de prélever cette taxe.

Le sénateur Mercer: Vous avez dit, plus tôt, qu'en tant que résident de la Nouvelle-Écosse, je ne peux commander du vin de votre établissement vinicole. Il faut que je passe par la régie des alcools. En Colombie-Britannique, on peut passer une commande directement auprès de l'établissement, est-ce exact?

M. Stewart: Oui.

Le sénateur Mercer: J'ai visité le site Web d'une vinerie de la Colombie-Britannique en vue de notre rencontre de ce soir. J'ai songé à commander une caisse de vin demain, mais je ne vais pas perdre mon temps et je vais laisser tomber.

M. Stewart: Cette question fait l'objet d'un débat. Si j'appelle une vinerie et je fais livrer la marchandise à mes frais, la vente est-elle réalisée en Colombie-Britannique ou dans la province d'où j'appelle? Il s'agit d'une question d'ordre juridique, mais je sais qu'un certain nombre de vineries expédient leurs marchandises de cette façon, mais je doute qu'elles puissent le faire en grande quantité.

Le sénateur Mercer: Vous avez parlé de R et D. Je crois que le gouvernement du Canada a une certaine capacité de R et D dans le domaine de l'agriculture. Vous avez également mentionné l'industrie et vous avez parlé de la mise sur pied de fonds de dotation qui pourraient soutenir ce secteur.

Dans quelle mesure les membres de l'industrie eux-mêmes ont-ils contribué à la R et D, et ont-ils établi un organisme central voué à la R et D, ou la recherche est-elle menée uniquement dans des vineries individuelles?

Le deuxième aspect de cette question est le suivant: la recherche peut-elle être régionalisée? Étant sénateur de la Nouvelle-Écosse, je pense à la station de recherche agricole de Kentville, qui mène d'excellents travaux de recherche dans d'autres domaines. Peut-on y faire des recherches sur les vignes qui pourraient produire un raisin de meilleure qualité dans les régions, et cette recherche pourrait-elle être menée partout au pays, puisque mous avons des stations de recherche aussi au Québec, où se trouvent une industrie vinicole beaucoup plus jeune et un très vaste marché?

M. Stewart: Concernant la contribution à la R et D, je ne peux parler que de la Colombie-Britannique. Nos membres cotisent volontairement 10 $ la tonne métrique au niveau de la vinerie et 10 $ la tonne métrique au niveau du producteur, ce qui donne une contribution annuelle d'environ 400 000 $ à la R et D.

Nous avons doublé cette contribution lors de notre dernière assemblée générale annuelle. Ce n'est pas un financement jumelé, mais bien l'argent que nous injectons. Nous nous sommes associés à certains programmes fédéraux. Il y a deux semaines, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec des représentants de la station de Summerland, dans la vallée de l'Okanagan. Lorsqu'ils examinent des projets de R et D en viticulture, ils savent que certains prennent plus de temps, et il est difficile d'établir un financement qui s'échelonne sur six ou sept ans.

Nous espérions mettre sur pied un fonds stable qui serait disponible d'année en année, qui serait jumelé avec l'industrie et qui servirait à financer ces projets à long terme de R et D.

Un programme est en cours en Colombie-Britannique, dans le cadre duquel nous avons cartographié chaque parcelle de vignoble dans la vallée en utilisant le SIG. Nous avons la liste des types de sol et des programmes d'arrosage et nous avons commencé à recueillir des données à chaque emplacement. Il s'agit d'une technologie exclusive qui permet d'attribuer des prix à ces parcelles en fonction des vins produits. Si les résultats sont concluants, cette technologie peut alors être vendue dans la région de Napa, en Toscane ou ailleurs. Ces programmes rapportent également.

L'autre question portait sur les programmes régionaux de R et D. Je crois que ces programmes doivent être menés à l'échelle régionale, parce que les conditions sont différentes en Nouvelle-Écosse, au Québec, en Ontario, en Colombie- Britannique et sur l'île de Vancouver. La recherche doit être menée de manière à tenir compte des zones climatiques régionales.

Le sénateur Mercer: Depuis un certain temps, nous nous penchons sur l'ESB et les graves conséquences que cette maladie a eues et continue d'avoir sur l'industrie du boeuf. Vous avez parlé de la coccinelle asiatique. Je m'inquiète toujours lorsque j'entends parler de choses qui pourraient nuire considérablement à un secteur en particulier. Comme vous le savez, tous les poulets sont abattus en Colombie-Britannique à l'heure actuelle. Quels sont les risques associés à la coccinelle asiatique? Quelle est la menace et dans quelle mesure cet insecte peut-il nuire à l'industrie?

M. Stewart: Je crois comprendre que la récolte de 2001 a été dévastée. Je ne connais pas tous les détails, mais je ne crois pas que l'Ontario prévoit que ce phénomène se reproduira, même si le problème est bien connu.

Ce secteur a eu un problème qui a terni l'image des vins VQA. Toutefois, VQA est la norme et, ce qui est encore plus important, c'est la marque. Les consommateurs ont rapidement déterminé quels fabricants n'avaient pas pris les mesures appropriées pour contrer le problème. Les vineries ont dit «Nos produits sont perdus, et ce vin n'est pas à la hauteur de ce qui fait notre fierté. Nous ne le produirons pas». Le consommateur dit «Je vais acheter les produits de cette vinerie parce qu'elle a connu une crise et qu'elle a su la surmonter».

L'industrie du boeuf ne pouvait pas agir ainsi parce qu'il n'y a pas de distinction entre les produits. Un seul problème surgit, et c'est tout le secteur qui écope parce qu'il n'y a pas de distinction entre Black Angus, Sterling ou d'autres produits. Il faut une démarcation rigoureuse pour qu'on sache qu'il s'agit de produits totalement différents.

Le sénateur Ringuette: Je dois dire que la croissance de votre vinerie en Colombie-Britannique m'impressionne beaucoup.

Je dois dire également que le sénateur Mercer a raison. Si nous abolissons les taxes d'accise, les provinces prélèveront plus de taxes sur les produits alcoolisés. Il s'agit d'une importante source de revenu pour elles. Le consommateur ne verrait probablement pas les prix baisser, parce que je soupçonne que les provinces en profiteraient pour s'accaparer d'une bonne partie, voire de la totalité de cette capacité d'imposition. C'est ce qui s'est produit dans d'autres secteurs.

Les provinces demandent que les enregistrements se fassent au niveau provincial. Ceci est un indice de ce qui s'en vient, puisqu'il s'agit d'une taxe sur le produit de consommation. Si vous recevez une commande du sénateur Mercer en Nouvelle-Écosse et que vous n'êtes pas inscrit dans cette province, c'est au sénateur Mercer de payer la taxe de vente provinciale sur le vin. Toutefois, si vous êtes inscrit au niveau provincial, ce sera à vous de facturer la taxe sur l'alcool de la Nouvelle-Écosse lorsque vous vendez le produit.

Je suis un promoteur des vins canadiens et j'ai suivi les progrès réalisés depuis qu'Agriculture Canada et que notre gouvernement reconnaissent la qualité du vin canadien. Après 30 années d'effort, nous avons enfin réussi à ouvrir la porte de la France. Ce marché était fermé, et aucun vin canadien ne pouvait être expédié en France. Toutes sortes de possibilités sont maintenant offertes. Je dirais qu'on le doit au fait que vous vous êtes organisés pour créer le système VQA, des marchés à créneau et des vins spécialisés comme les vins de glace. Les producteurs de vin du Canada ont fait un excellent travail.

Je regarde le tableau intitulé «Improved Domestic Sales Help All Canadians» dans lequel vous comparez les vins VQA avec les vins importés. Je peux facilement croire que les vins VQA ont cette valeur économique. Toutefois, la valeur économique de 51 cents attribuée aux vins importés ne comprend sûrement pas la taxe d'accise et la taxe de vente provinciale.

M. Stewart: Cette diapositive ne porte que sur l'élément économique. Ce sont les données sans les taxes. Elles montrent que 60 p. 100 de l'argent dépensé dans un magasin du gouvernement retourne au fournisseur. De ce 60 p. 100, 4,16 $ restent au pays à cause de la main-d'oeuvre qui fabrique le verre, qui cultive et qui récolte les raisins. Dans le cas des vins importés, tout ce qui reste au pays serait la commission de l'agence de vente et l'argent consacré à la promotion.

Le sénateur Ringuette: Combien votre accréditation VQA vous coûte-t-elle par année? Ces frais sont-ils calculés en fonction du nombre de bouteilles produites? Quel est le mécanisme en place?

M. Stewart: Nous payons un droit de tonnage au British Columbia Wine Institute, qui s'élève actuellement à 70 $. Si je produis une tonne métrique de raisins que j'amène dans ma vinerie, c'est environ 70 $ la tonne. La vinerie a une capacité d'environ 700 tonnes, alors nous parlons de 50 000 $ par année, en plus de divers autres frais comme les soumissions individuelles, qui représentent 50 $ de plus par produit. J'ai 23 produits.

Le président: La recherche est-elle incluse dans cette somme?

M. Stewart: La R et D est incluse dans les 70 $. C'est un programme assez coûteux qui est soutenu par l'industrie.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique affirme que les choses vont bien et qu'il peut donc se retirer de tel ou tel programme. Nous disons que nous avons tous investi énormément dans la production pour que nous ayons assez de raisins pour faire ce que nous avons dit que nous ferons, et nous avons besoin d'un bon nombre de ces programmes pour faire connaître un produit de qualité.

Nous avons présenté notre demande concernant la taxe d'accise à cause de l'importante mise de fonds nécessaire au démarrage d'une vinerie. On considère que l'industrie de l'automobile est l'un des secteurs les plus capitalistiques du monde, où il faut investir environ 4 $ en immobilisations pour chaque dollar de vente. Dans l'industrie vinicole, c'est 5 $ pour chaque dollar de revenu. C'est un investissement énorme au début. Comme il faut attendre longtemps avant que l'entreprise rapporte, les petits producteurs ont besoin d'un capital élevé pour subsister.

Aux États-Unis, on offre cette ouverture jusqu'à un certain niveau. La Loi sur la taxe d'accise du Canada prévoit déjà une exemption maximale de 50 000 $. Il s'agit donc d'une solution viable déjà reconnue qui permet aux petits producteurs d'aller de l'avant. Nous demandons que ce niveau soit relevé pour tenir compte davantage de la taille du secteur et de la situation économique d'une petite vinerie.

Le sénateur Ringuette: Vous avez dit un peu plus tôt que vous vouliez instaurer une norme nationale VQA. Comment se compareraient vos coûts VQA aux coûts actuels des producteurs VQA de l'Ontario?

M. Stewart: Le système ontarien est plus coûteux. Ce qu'il faut savoir, c'est que la province a assumé une partie des coûts du système au début, jusqu'à ce que celui-ci devienne entièrement autonome. Ce n'est pas le cas en Colombie- Britannique, où le système a toujours été soutenu par l'industrie. Nous n'avions pas les ressources en Colombie- Britannique pour atteindre les mêmes niveaux que l'Ontario. L'Ontario a plus de personnel disponible pour le programme et a instauré un niveau d'inspection plus élevé. Nous voulons uniformiser les choses par le programme national de normalisation du vin mais, encore une fois, c'est une question de coûts. Si je paie déjà 50 000 $ ou 60 000 $ pour être membre du British Columbia Wine Institute, je ne peux me permettre de dépenser 70 000 $ de plus.

Le sénateur Ringuette: Je vous souhaite la meilleure des chances. Vous avez certainement tous les ingrédients nécessaires pour réussir.

Le sénateur Hubley: Monsieur Stewart, entre 1990 et 2002, comme on l'a vu dans votre exposé, le secteur vitivinicole de la Colombie-Britannique a connu une croissance phénoménale. Dans certaines catégories, les chiffres ont doublé et quadruplé.

L'industrie attribue-t-elle cette croissance phénoménale à des circonstances ou des conditions spéciales?

M. Stewart: Je vais vous raconter l'histoire de ma famille. Mon père a passé son enfance dans une pépinière et a acheté la terre où se trouve notre vignoble en 1956. Nous avons produit des raisins dans les années 60 et 70 pour un certain nombre de vineries commerciales.

Avant le libre-échange, c'était de plus en plus difficile d'être rentable, parce qu'il fallait avant tout produire à un moindre coût. Nous produisions des pommes et d'autres fruits fragiles à cette époque. La pression était partout la même: il fallait avoir des coûts plus bas et ne pas dépasser un certain seuil. Nous étions rendus au point où nous perdions de l'argent chaque année. Nous avons perdu de l'argent pendant dix ans. N'eût été des autres revenus de mon père, nous n'aurions pas survécu et nous ne serions pas ici aujourd'hui pour vous dire ce que nous faisons.

Lorsque nous nous sommes lancés dans la fabrication du vin, nous avons pris notre destin en main. Nous avons rencontré nos clients et nous leur avons dit ce que nous vendions. Dans l'autre modèle, où nous vendions nos produits à des vineries commerciales par une agence de commercialisation et où nous vendions nos pommes dans le cadre du système qui est en place aujourd'hui, nous apportions nos fruits et nous recevions l'argent qui restait, ce qui pouvait correspondre à la moitié des coûts de production. Dans cet autre modèle, nous allons au marché, nous comprenons l'établissement des prix, nous revenons et nous déterminons si nous sommes dans le coup.

En 1989, nous avons commencé à tenir le journal de paie annuel de Quail's Gate. Nous avions deux employés à temps plein et quelques travailleurs à temps partiel, pour une masse salariale annuelle d'environ 200 000 $. Cette année, nous prévoyons que les salaires seront de plus de 2 millions de dollars. Les retombées économiques qui ont rejailli sur notre collectivité en moins de 15 ans sont énormes. Nous utilisons toujours la terre dans le même but. Nous avons simplement changé ce que nous y faisons.

Le président: Vous ajoutez une valeur. Au lieu de vendre les raisins, vous vendez le produit que vous tirez de votre récolte.

M. Stewart: Absolument. Je rencontre mes clients au Japon. Je rencontre des restaurateurs à Toronto. Ils me disent si nos vins sont trop chers et s'ils ne peuvent les vendre à ce prix. J'ajuste alors notre modèle. Si je ne peux pas le faire, je sais que je ne pourrai pas continuer bien longtemps. C'est très important de pouvoir agir ainsi.

Le sénateur Hubley: C'est bien d'obtenir des renseignements de première main sur ce secteur.

Ma deuxième question porte sur la valeur ajoutée. Près de 50 p. 100 des recettes générées par le secteur sont attribuables au tourisme. Le tourisme va de pair avec l'industrie. C'est merveilleux, et vous en êtes bien chanceux. L'élément tourisme continuera-t-il d'augmenter à mesure que le secteur prend de l'ampleur?

M. Stewart: Je crois que oui. C'est ce qui s'est produit en Ontario. Toutefois, l'Ontario a un certain nombre de produits. Je me suis entretenu avec Hans Jost en Nouvelle-Écosse et d'autres. Les consommateurs veulent en savoir de plus en plus sur le vin; ils en raffolent. Une fois qu'ils s'intéressent au vin, ils veulent aussi connaître la gelée à la lavande ou de nouvelles vinaigrettes que d'autres ont préparées. C'est comme s'ils découvraient des trésors.

Notre entreprise a examiné les activités auxquelles elle s'adonne. Il y a deux volets; d'abord, il y a le fabricant d'un produit à valeur ajoutée, qui doit vendre ce produit sur un marché de détail, qui comporte des monopoles et des systèmes à trois paliers aux États-Unis et des grands magasins au Japon. Il y a aussi une installation à destination touristique. Tout est lié au vin, mais on peut y greffer tellement de choses.

Nous avons un restaurant qui est ouvert seulement durant l'été. On y sert du saumon sauvage de la Colombie- Britannique, des pétoncles de la Nouvelle-Écosse et du boeuf de l'Alberta. Vous pouvez essayer ces mets, et nous en parlons. Nous allons vous conseiller un certain vin pour accompagner un repas. Ça marche dans notre restaurant; ça doit marcher ailleurs.

Le sénateur Hubley: C'est très consciencieux de votre part de développer ce côté touristique. Si vous exploitez un restaurant, vous avez dû y investir beaucoup d'argent, n'est-ce pas?

M. Stewart: Absolument.

Le sénateur Hubley: Je dirais que c'est le cas de la plupart des vineries; est-ce exact?

M. Stewart: Oui. En traitant avec les fournisseurs du restaurant, on voit rapidement qui a réussi. C'est pour cette raison que j'ai donné l'exemple des producteurs de cerises. Nous avons parlé d'eux. L'an dernier, notre menu offrait un dessert concocté avec ces cerises. Ces producteurs nous engagent et nous demandent de faire des choses. Par contre, d'autres secteurs de la communauté agricole sont mal en point depuis si longtemps qu'ils n'y croient pas et refusent de parler de ces choses.

Il faut réunir toutes les entreprises qui connaissent du succès et commencer à en prendre soin. Il faudra rebâtir l'industrie du boeuf. Grâce à un travail d'équipe, nous pouvons entreprendre un vaste brassage d'idées pour chaque secteur.

Le sénateur Hubley: Où se situe la consommation canadienne de vin sur l'échelle mondiale?

M. Stewart: C'est probablement la chose la plus importante que le comité peut recommander: les Canadiens doivent boire plus de vin.

Le président: Plus de vin produit en Colombie-Britannique.

Le sénateur Hubley: Nous pourrions probablement donner l'exemple.

Le sénateur Mercer: Je fais ma part.

M. Stewart: Nous aimerions atteindre la moitié de la part de marché détenue par les Italiens. C'est au Québec que la consommation est la plus élevée, suivi de la Colombie-Britannique. Le volume par habitant au Québec est d'environ 15 litres, alors qu'en Colombie-Britannique, il est de 14,9 litres.

Le vin est une des rares catégories qui affichent une croissance. Phénomène plutôt étrange, le consommateur consomme moins de vin, mais il achète une meilleure qualité. On commence à voir des consommateurs qui, auparavant, achetaient en contenants d'un litre et demi ou du vin vendu en sac leur préférer maintenant des bouteilles, puis passer à des produits plus chers. Les vins coûtant entre 12 et 14 $ la bouteille représentent la catégorie à la croissance la plus rapide en Colombie-Britannique. Je soupçonne qu'en Ontario, la catégorie pourrait être celle des vins à 11 ou 13 $. C'est le même phénomène partout au pays.

Le président: Monsieur Stewart, vous avez dit que si les producteurs de vin, de fromage et de viande se concertaient, ils pourraient réaliser d'importantes économies d'échelle. Il faut que vous sachiez qu'il y a trois semaines, Pulse Canada a laissé entendre au comité qu'il fallait que le Canada regroupe tous les producteurs en vue d'élaborer un cadre de recherche agricole complet.

Vous avez parlé d'un cadre de commercialisation. Que pensez-vous d'un cadre de recherche? Voyez-vous un intérêt quelconque dans la suggestion faite par Pulse Canada?

M. Stewart: Il serait certes avantageux que tous les groupes de producteurs se concertent dans des dossiers importants de R et D comme la gestion de l'eau, l'impact environnemental et le traitement des eaux usées. Une pareille démarche profiterait énormément à tous les secteurs parce qu'il coûte très cher de se lancer seul dans des recherches utiles sur des problèmes précis.

J'y vois donc un intérêt pour des questions d'intérêt général, mais aucun pour des questions propres à une seule industrie. En effet, les questions de R et D sont trop diverses à ce niveau-là. Il est question de sélection clonale des vignes ou de différentes maladies, de la gestion d'irrigation au goutte à goutte par opposition à l'aspersion sur frondaison. J'ignore s'il y a beaucoup de producteurs qui auraient les mêmes besoins. Par contre, à un niveau très général, ce serait effectivement une bonne idée.

Le président: Vous avez comparé la quantité de vin qui est produite et consommée au Canada à celle du vin importé qui est consommé ici.

Quelle part du marché intérieur devrait être occupée par des vins canadiens? Comment pourrions-nous l'augmenter? Que faudrait-il que le comité sache au sujet de l'augmentation de la consommation au Canada de vins canadiens par rapport aux vins importés?

M. Stewart: J'ai déjà dit que 50 p. 100 serait une part raisonnable du marché à viser partout au Canada pour les vins de production intérieure. La meilleure façon d'y arriver est de développer nos propres entreprises. Il est très coûteux d'aménager des installations de production, d'acheter des barils de chêne et de planter de nouvelles vignes. Les terres vinicoles de la vallée de l'Okanagan se vendent 50 000 $ l'acre. Nul n'a tenu compte de cette croissance de la valeur dans l'économie de la région. Je suis sûr qu'il existe un intérêt analogue en Ontario, au Québec, en Nouvelle-Écosse et dans d'autres régions parce que le vin est actuellement un produit très prometteur.

La promotion du produit canadien au Canada même est essentielle. Il faut que le rapport du comité en parle, qu'il dise que le commerce interprovincial des producteurs canadiens de vin est menacé par les fonds disponibles pour la mise en marché des producteurs français, par exemple, ou simplement le fait que les listes d'inscription sont limitées et qu'il y a trop peu de listes de spécialités pour les petits producteurs. Ce sont là les problèmes. Je me demande simplement jusqu'où vous pourriez aller pour démanteler ce système.

Du côté de la promotion, il faut aller chercher le consommateur partout au pays, lui montrer ce qui se fait dans d'autres régions du Canada et le convaincre de l'intérêt de consommer des vins canadiens. Il est vrai qu'il lui faudra peut-être chercher un peu pour trouver ces vins, mais son effort sera récompensé. Il importe de mieux nous faire connaître.

Le sénateur Fairbairn: La semaine dernière, nous avons entendu de splendides témoignages de porte-parole de Canadian Organic Growers. Eux aussi avaient beaucoup de difficulté à se faire reconnaître et à pénétrer le marché. Toutefois, ils connaissaient manifestement bien leur domaine. Ils maîtrisaient fort bien leurs dossiers. Vous avez mentionné à un moment donné, si je ne m'abuse, que les viniculteurs travaillaient en collaboration avec des agriculteurs biologiques. Pourriez-vous nous en donner un exemple?

Ce groupe estimait qu'en tant que petit groupe, il serait très avantageux pour lui de faire partie d'une table ronde fédérale qui lui permettrait de savoir ce que font les autres et d'échanger avec eux. Beaucoup d'activités du même genre ont eu lieu au cours de la dernière année auprès des éleveurs de bétail et des industries connexes afin de les aider.

Pourriez-vous vous situer par rapport aux agriculteurs biologiques pour nous et préciser à quel point vous collaborez avec eux, étant donné qu'ils ont eux aussi un produit très prometteur, mais que tout est dans la façon d'en réaliser le potentiel?

M. Stewart: Nous avons travaillé de près avec le secteur des aliments biologiques de nombreuses façons. J'offre plusieurs produits biologiques sur le menu de la terrasse de Quail's Gate. Il s'agit certainement d'un groupe très bien informé et bien qu'il soit vu, dans certains cercles, comme un groupe radical, il est certes conscient de la préoccupation croissante dont personne ne s'occupe.

Si nous revenons sur ce que vous avez dit, à savoir si nous sommes prêts, d'importants secteurs au Canada ne sont pas prêts pour ce dont nous parlons. Ils estiment que c'est strictement une question de coût. Il s'agit effectivement d'un produit qui est livré moyennant un prix. Malheureusement, il faudra bien tenir compte de la qualité, et les produits biologiques font partie des produits de qualité. Pour y arriver, il faudra changer d'attitude.

Les agriculteurs biologiques se sont beaucoup démenés pour comprendre leurs normes. Je ne crois pas qu'au début, ils aient été raisonnables, à certains égards. Toutefois, ils semblent certainement avoir maintenant une approche beaucoup plus structurée, une base beaucoup plus scientifique pour ce qu'ils affirment et ce qu'ils disent est très sensé, étant donné les événements des trois dernières années.

Le sénateur Mercer: Au comité, on ne prend parfois pas le temps de bien présenter les témoins au début. Dans mes notes, je remarque que notre témoin figurait en 2002 sur la liste des 40 Canadiens performants de moins de 40 ans. Nous n'avons donc pas affaires à un empoté. Mes félicitations, monsieur!

J'ai également appris — je ne devrais peut-être pas poser la question parce que je fais partie du parti ministériel, mais je ne peux m'en empêcher — qu'en octobre 2003, vous faisiez partie d'une délégation qui a accompagné la gouverneure générale jusqu'en Finlande et en Islande pour faire la promotion du tourisme et des vins de qualité supérieure de la Colombie-Britannique. Selon vous, ce voyage fut-il un succès? Valait-il la peine d'être fait?

M. Stewart: Ce fut un énorme succès. J'ai mentionné entre autres le dîner qui a été servi à Helsinki et qui comprenait des vins canadiens. Il y avait 300 convives, je crois. En fait, ce fut un des plus heureux mélanges que j'ai jamais goûtés. J'ai également été impressionné par le fait que les deux vins canadiens servis au dîner ont eu du succès.

Ce fut une réussite totale dans la mesure où nous avons fait ce qu'il fallait faire en tant que Canadiens pour faire connaître ce que nous sommes capables de faire et ce que nous faisons. Le succès de cette mission illustre bien ce dont il est question quand nous parlons de Canada à la carte. La visite comportait un volet culturel et éducatif, de même qu'un programme d'échange et un volet commercial.

Notre industrie a besoin d'un volet commercial. Malheureusement, les bureaux commerciaux examinent chaque groupe par secteur. Ainsi, ils ne peuvent qu'affecter X dollars au groupe dont la valeur annuelle des exportations est de seulement 12 millions de dollars par rapport à l'autre qui exporte pour 700 millions de dollars par année. En fait, il faudrait qu'ils réunissent les deux groupes et qu'ils fassent le même genre de promotion sur nos marchés d'exportation.

Il faudrait que l'objectif soit les exportations totales que nous pouvons faire en tant que groupe, en tant que catégorie plutôt qu'individuellement. Si les exportations de vin rapportent 12 millions de dollars, celles du boeuf, 700 millions de dollars et les exportations de blé et de produits laitiers, je ne sais trop combien, que pouvons-nous faire en tant que groupe agricole sur un marché comme le Japon? Pouvons-nous viser un gain de 10 p. 100 en travaillant de concert? Pourquoi pas?

J'aimerais voir créer un comité qui a le soutien de l'industrie de même que le soutien du gouvernement — ainsi qu'une représentation du ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur — et qui ferait un marché-test dans une région particulière. Il pourrait décider de caractères mesurables précis et offrir de l'aide à condition que les groupes s'engagent à participer au programme pour une certaine période de temps. Le groupe qui reçoit l'aide fixe l'objectif et s'il ne parvient pas à le réaliser, de toute évidence, l'initiative ne mérite pas d'être poursuivie. Vous pouvez nous gérer par objectif. Nous vous dirons ce que nous pouvons faire et, si l'objectif est valable, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas l'atteindre en tant que pays. La solution offre d'énormes possibilités.

Le président: Monsieur Stewart, vous auriez dû dire également au sénateur Mercer qu'au déjeuner, le jour de la dégustation en Finlande, il y a eu une dégustation anonyme de votre Pinot cuvée 2000 et qu'il est arrivé bon premier. C'était donc une bonne journée, je crois.

M. Stewart: Ce fut une journée extraordinaire.

Le sénateur Callbeck: Dans la documentation que vous nous avez fournie, il y a un tableau illustrant les progrès énormes réalisés en Colombie-Britannique de 1990 à 2002, quand vous avez fait un investissement en capital de 800 millions de dollars. Vous affirmez que l'investissement prévu pour les cinq prochaines années sera d'à peu près 543 millions de dollars — soit quelque 70 p. 100 de l'investissement initial.

Est-ce que la plupart de ces dollars seront consacrés aux exploitations vinicoles existantes ou y a-t-il beaucoup de nouveaux qui s'intéressent à ce secteur?

M. Stewart: Les entreprises existantes en dépensent la plus grande partie. Vincor, qui exploite des installations à Jackson-Triggs, à Sumac Ridge et à Hawthorne Mountain, et Inniskillin, qui a une exploitation dans la vallée, ont toutes deux fait d'importants investissements et continuent d'en faire. Mission Hill est probablement l'entreprise qui injecte le plus de capitaux à même l'investissement prévu. Ce sont là des données provenant d'une étude effectuée par KPMG en 1999 et d'une autre étude menée par Grant Thornton.

Pour nous et pour les autres producteurs, les installations de production en absorbent une grande part. Il faut traiter tous les fruits de ces vignes qui ont été plantées. L'installation de tourisme est probablement la plus importante composante, et elle est due au fait qu'avec le succès, le genre de client que vous attirez a certaines exigences. Il veut bien déjeuner au restaurant et il n'a pas peur de dépenser pour bien manger, mais il insiste pour le faire dans le confort.

Malheureusement, à ce stade-ci, nous n'avons pas fait ce genre d'investissement et il faudra y voir au cours des cinq à dix prochaines années. Le reste sera investi dans les vignobles.

Le sénateur Callbeck: J'ai lu quelque part que les cinq principaux producteurs de vin du Canada représentent près de 90 p. 100 de la production. Combien d'entre eux se trouvent en Colombie-Britannique?

M. Stewart: Deux.

Le président: Monsieur Stewart, la longueur et la nature de nos questions témoignent d'à quel point nous avons plaisir à vous écouter et nous avons appris. Avez-vous un dernier conseil à donner au comité en ce qui concerne les recommandations qu'il fera à la fin de son étude des produits agricoles et de la façon d'y ajouter de la valeur?

M. Stewart: Avant de partir, j'aimerais me porter bénévole pour vous aider. Quand j'ai fait partie d'un comité chargé du secteur agricole, j'ai rencontré des intéressés des différents groupes. Nous avons discuté de certains problèmes dont je vous ai parlé. Il s'agissait de discussions d'un niveau très élevé à tout le moins au sujet de préoccupations ou de critiques que l'on pourrait avoir à l'égard des systèmes en place. Toutefois, à cause des difficultés que nous avons vécues récemment en Colombie-Britannique avec la grippe aviaire, la maladie de la vache folle et tout le reste, je crois que c'est le moment rêvé de vraiment s'attaquer à la question. Les gens seront attentifs.

Il faut trouver un moyen d'établir des ponts avec ces groupes et de changer les façons de faire du passé. Il faut bien commencer quelque part. À mon avis, un comité ou un groupe de travail formé de personnes qui sont disposées à envisager de nouvelles façons de faire pour quelques-uns de nos produits et d'avoir de nouvelles idées pour les secteurs serait très utile. La formation d'un pareil comité serait une valeur sûre parce que le pays pourrait alors voir les résultats et suivre l'évolution du début jusqu'à la fin, et savoir qu'il a pris la bonne décision et qu'il n'a pas gaspillé l'argent des contribuables. Il a dressé un plan d'affaires, l'a lancé et l'a assorti d'objectifs atteignables.

Je serais ravi d'y contribuer parce que j'estime que nous sommes sur le point d'effectuer un virage, de changer d'orientation, et que l'agriculture canadienne va faire l'envie du monde.

Le président: À nouveau, je vous remercie de cet exposé fort agréable.

La séance est levée.


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