Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Affaires sociales, des sciences et de la technologie

Fascicule 41 - Témoignages du 29 mai 2013


OTTAWA, le mercredi 29 mai 2013

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd'hui, à 16 h 13, pour étudier la teneur du projet de loi C-314, Loi concernant la sensibilisation au dépistage chez les femmes ayant un tissu mammaire dense.

Le sénateur Kelvin Kenneth Ogilvie (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Je vous souhaite la bienvenue au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

[Traduction]

Je m'appelle Kelvin Kenneth Ogilvie. Je suis un sénateur de la Nouvelle-Écosse et président du comité.

Je vais inviter mes collègues à se présenter en commençant par ceux qui se trouvent à ma gauche.

Le sénateur Eggleton : Je m'appelle Art Eggleton. Je suis un sénateur de Toronto, le vice-président du comité et le gardien de nombreux fauteuils.

La sénatrice Eaton : Je m'appelle Nicky Eaton, et je suis une sénatrice de l'Ontario.

La sénatrice Seth : Je m'appelle Asha Seth, et je suis de l'Ontario.

La sénatrice Seidman : Judith Seidman, de Montréal, au Québec.

Le président : Chers sénateurs, nous poursuivons notre étude du projet de loi C-314. Comme convenu, je vais appeler les témoins à tour de rôle, en commençant par ceux qui me font face, à ma gauche. Cela veut dire que je commencerai par Cathy Ammendolea, présidente du conseil du Réseau canadien du cancer du sein.

Cathy Ammendolea, présidente du conseil, Réseau canadien du cancer du sein : Je vous souhaite tous bonjour. Je suis très heureuse d'avoir été invitée à parler cet après-midi au nom du Réseau canadien du cancer du sein et d'appuyer le projet de loi C-314, Loi concernant la sensibilisation au dépistage chez les femmes ayant un tissu mammaire dense.

Le Réseau canadien du cancer du sein est la seule organisation nationale dans le secteur du cancer du sein à être axée sur les survivantes. Il est le porte-parole des personnes qui ont survécu à cette maladie partout au Canada. À l'échelle du pays, nous représentons plus de 225 partenaires et organisations membres, 153 000 Canadiennes qui vivent avec le cancer du sein ainsi que toutes les personnes qui courent un grand risque de développer la maladie, et nous exprimons leurs préoccupations. Le RCCS vise principalement à améliorer l'accès à des traitements du cancer du sein de qualité pour toutes les Canadiennes et à élargir l'influence que les survivantes du cancer du sein et leur famille ont sur le processus décisionnaire. On estime que près de 23 000 femmes recevront un diagnostic de cancer du sein cette année et que 5 200 d'entre elles mourront de la maladie. Le Réseau canadien du cancer du sein appuie les efforts que le gouvernement fédéral déploie pour aider les femmes à prendre des décisions qui accroîtront leurs chances de survie.

En tant que survivante du cancer du sein, je sais par expérience à quel point il est important d'être sensibilisé au dépistage du cancer du sein et à ses traitements.

Nous sommes heureux d'appuyer ce projet de loi, car il encourage le recours à des programmes déjà en place pour accroître la sensibilisation, pour déterminer les lacunes en matière d'information et d'éducation destinées aux femmes qui subissent des tests de dépistage du cancer du sein et pour résoudre les problèmes de dépistage liés à un tissu mammaire dense. Nous encourageons tous les efforts déployés par le gouvernement fédéral à l'échelle du Canada, étant donné qu'ils garantiront que toutes les Canadiennes auront le même accès à des programmes, des thérapies et des services liés au cancer du sein.

Si nous applaudissons les mesures présentées par le sénateur de l'Ontario dans le projet de loi C-314, nous aimerions qu'une approche définie plus clairement soit adoptée afin de mettre en œuvre un projet de loi qui garantira l'obtention des résultats escomptés.

Le Réseau canadien du cancer du sein aimerait, entre autres, que l'on reconnaisse clairement qu'une sensibilisation accrue des médecins aux problèmes de dépistage liés à un tissu mammaire dense est l'un des mécanismes à utiliser. Les médecins jouent un rôle essentiel dans l'éducation des patients, et ils aident à recommander le genre de tests de dépistage appropriés dont bénéficieraient le plus les femmes ayant un tissu mammaire dense.

Le Réseau canadien du cancer du sein convient que, lorsque l'on tente de fournir les renseignements nécessaires aux femmes ayant un tissu mammaire dense, il est impératif qu'elles aient été sensibilisées au préalable. Si nous souhaitons que les femmes soient davantage sensibilisées à ce problème, nous aimerions toutefois joindre nos voix à celles qui soutiennent qu'on doit s'assurer de ne pas angoisser davantage cette population.

Nous sommes satisfaits de constater que le gouvernement fédéral s'engage toujours à travailler avec les provinces pendant toute la durée de l'initiative canadienne de dépistage du cancer du sein ainsi qu'à éduquer et à sensibiliser les Canadiennes dans le cadre du Partenariat canadien contre le cancer.

Nous aimerions également souligner certaines recommandations relatives au dépistage du cancer du sein qui auront un effet bénéfique non seulement sur les femmes ayant un tissu mammaire dense, mais aussi sur la totalité des Canadiennes.

Bien que le Canada dispose maintenant de quatre appareils de mammographie numérique, nous devons continuer de veiller à investir dans la technologie de pointe. La mammographie numérique et l'imagerie par résonance magnétique sont quelques-uns des outils de diagnostic qui contribuent à résoudre les problèmes de dépistage du cancer du sein chez les femmes ayant un tissu mammaire dense. Nous exhortons le gouvernement fédéral à continuer d'investir dans de nouvelles technologies afin d'aider les Canadiennes.

À l'heure actuelle, il n'y a aucune installation de dépistage fixe ou mobile au Nunavut. Le gouvernement fédéral et le gouvernement territorial doivent travailler ensemble à l'établissement d'un programme de dépistage à l'intention des femmes du Nunavut qui a recours à des technologies répondant aux besoins des femmes ayant un tissu mammaire dense.

En conclusion, le Réseau canadien du cancer du sein aimerait réitérer son appui au projet de loi; nous nous réjouissons de voir que le gouvernement fédéral fait un pas dans la bonne direction. Cependant, nous avons besoin que le gouvernement s'engage à mettre rapidement en œuvre ce projet de loi d'une manière qui bénéficiera aux femmes qui luttent contre la maladie. Au nom du Réseau canadien du cancer du sein, j'aimerais remercier le comité de l'occasion qui m'a été donnée de témoigner devant vous cet après-midi.

Le président : Merci beaucoup. Je vais maintenant inviter Deborah Dubenofsky, présidente, Conseil d'administration national, Fondation canadienne du cancer du sein, à prendre la parole.

Deborah Dubenofsky, présidente, Conseil d'administration national, Fondation canadienne du cancer du sein : Monsieur le président, chers sénateurs, j'ai l'honneur et le privilège de présider le Conseil d'administration de la Fondation canadienne du cancer du sein. Au nom de notre organisation, j'aimerais remercier le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie de nous avoir invités à comparaître aujourd'hui.

La Fondation canadienne du cancer du sein est le principal organisme communautaire canadien de bienfaisance lié au cancer qui se spécialise dans le financement de travaux de recherche pertinents et novateurs, dans le soutien des intervenants de la lutte contre le cancer du sein et dans la défense de leurs intérêts. Notre vision est de créer un avenir sans cancer du sein. Depuis la création de la FCCS en 1986, ses membres ont investi plus de 274 millions de dollars dans des programmes de recherche et d'éducation sur le cancer du sein et de sensibilisation à cette maladie.

Dans cet intervalle, de merveilleux progrès ont été réalisés dans le domaine de la détection précoce et du traitement du cancer du sein, mais nous savons qu'il nous reste beaucoup de travail à accomplir. Comme vous le savez tous, une femme sur neuf risque d'avoir un cancer du sein au cours de sa vie. Une femme sur 29 en mourra. Le cancer du sein est toujours le cancer le plus répandu chez les Canadiennes âgées de plus de 20 ans.

J'ai conscience de la distance que nous avons déjà parcourue et de la distance que nous devons encore parcourir non seulement en raison de mon rôle au sein de la Fondation canadienne du cancer du sein, mais aussi en raison de mon statut de survivante du cancer du sein. Comme beaucoup de Canadiennes, j'ai bénéficié des innovations et des améliorations en matière de traitement du cancer du sein qui ont été appuyées par notre fondation et mes collègues.

J'ai appris que j'étais atteinte de la maladie à 42 ans. Il y a donc quelques années de cela. Je suis heureuse de vous dire que le pronostic que le médecin a formulé à mon égard est excellent, en grande partie parce que des essais cliniques ont été menés et des femmes y ont participé.

Nous aimerions remercier le Sénat et le Parlement du Canada d'étudier le projet de loi C-314 et d'aborder l'importante question de la façon dont nous pourrions mobiliser nos ressources pour nous attaquer aux problèmes de la densité mammaire et du cancer du sein. La FCCS croit que, de manière générale, le projet de loi fait ressortir la nécessité d'améliorer la sensibilisation et l'échange de renseignements, et il s'agit là d'une étape importante et constructive, en particulier lorsqu'elle accroît la sensibilisation aux risques de cancer du sein et aux avantages du dépistage. Après avoir reçu votre invitation à comparaître aujourd'hui, nous avons consulté les membres de notre réseau national d'experts pour savoir ce qu'ils pensaient de certains des autres facteurs à prendre en considération au cours de l'élaboration du projet de loi.

Depuis le sommet enregistré en 1986, le taux de mortalité lié au cancer du sein a diminué de près de 40 p. 100. Les données nous indiquent que cela est imputable à la détection précoce à l'aide de mammographies régulières, aux progrès de la technologie de dépistage et à l'amélioration des traitements. Grâce au dépistage précoce, on détecte les cancers du sein plus tôt, ce qui veut dire que les options de traitement sont plus nombreuses.

La question de la densité mammaire est liée aux risques de cancer du sein et à la détection précoce grâce au dépistage. La densité mammaire est le rapport entre le volume de la composante graisseuse et le volume de la composante fibroglandulaire du sein. Selon les conclusions d'un essai de dépistage par mammographie, auquel près de 50 000 femmes ont participé, on estime qu'environ 60 p. 100 des femmes âgées de moins de 50 ans et 40 p. 100 des femmes âgées de plus de 50 ans ont un tissu mammaire que l'on qualifierait de dense. Ces femmes sont aux prises avec deux problèmes. Premièrement, le risque qu'elles développent un cancer du sein est légèrement plus élevé. Deuxièmement, la densité du tissu mammaire peut rendre la détection par mammographie des tumeurs cancéreuses du sein plus difficile et, par conséquent, ces femmes doivent souvent subir des tests de dépistage complémentaires.

À l'heure actuelle au Canada, la densité mammaire est une évaluation qualitative que les radiologues effectuent. Cependant, il y a deux enjeux clés à prendre en considération. Premièrement, au Canada, il n'y a actuellement aucune ligne directrice clinique en matière de densité mammaire. Cela signifie que les médecins canadiens ne sont pas tenus de signaler à leurs patientes la densité de leur tissu mammaire ou un indice de densité. En ce moment, si une patiente souhaite connaître son rapport de densité mammaire, elle doit demander ce renseignement à son médecin.

Le projet de loi C-314 traite de la mise à profit des programmes offerts et de la sensibilisation, c'est-à-dire d'excellents concepts. Nous vous suggérons respectueusement de profiter de l'occasion pour favoriser la création de lignes directrices sur la façon de mesurer la densité mammaire et sur le modèle de risque à utiliser afin de tenir compte de celle-ci. Cela permettrait de rendre compte des risques de cancer du sein plus efficacement et d'adopter une approche uniforme pour garantir que les fournisseurs de soins de santé communiquent ce renseignement aux femmes.

La Fondation canadienne du cancer du sein appuie l'idée que l'on renseigne les femmes sur la densité de leur tissu mammaire. De plus, les médecins ont un rôle important à jouer dans la discussion de ces enjeux avec leurs patientes. Ces discussions peuvent aider les patientes à prendre des décisions éclairées et appropriées pour elles en matière de dépistage du cancer du sein. Cela représenterait de petites mais importantes étapes qui permettraient de dépasser la question de la sensibilisation des Canadiens et de l'accroissement de l'information mise à leur disposition.

La densité mammaire est un facteur de risque pour le cancer du sein. Les femmes et leur fournisseur de soins de santé devraient discuter de ce risque lorsqu'il est pertinent, mais il y a d'autres mesures et d'autres politiques importantes que nous pouvons mettre en œuvre et qui auront une incidence sur les Canadiens.

Les données scientifiques semblent indiquer que le dépistage du cancer du sein chez les femmes âgées de 40 à 49 ans est l'un de ces aspects qui pourraient être améliorés. La Fondation canadienne du cancer du sein soutient que nous devons nous efforcer de rendre les mammographies de dépistage accessibles à toutes les Canadiennes âgées de 40 à 49 ans, qui sont orientées vers ces services par un fournisseur de soins de santé.

J'ajouterais qu'à l'heure actuelle, seulement sept des douze provinces et territoires mettent en œuvre des programmes de dépistage de ce genre.

Les données scientifiques s'accordent pour démontrer que l'utilisation de mammographies de dépistage pour détecter et diagnostiquer précocement le cancer du sein peut réduire d'approximativement 25 p. 100 les décès chez les femmes âgées de 40 à 49 ans. En ce moment, les femmes qui appartiennent à cette fourchette d'âge ne bénéficient pas toutes du même accès à des soins qui répondent aux normes les plus élevées, dont des programmes de dépistage du cancer du sein. Aujourd'hui, une femme sur six chez qui l'on diagnostique un cancer du sein est dans la quarantaine.

Nous espérons que vous prendrez en considération nos suggestions dans un souci de concevoir des mesures concrètes et réalisables d'intégration de la densité mammaire en tant que facteur clé de la détection précoce du cancer du sein.

J'aimerais conclure en disant que, le 6 octobre 2013, des milliers de Canadiens des quatre coins du pays envahiront les rues pour participer à la Course à la vie CIBC de la Fondation canadienne du cancer du sein de 2013, afin d'appuyer notre quête d'un avenir sans cancer du sein. En nous invitant aujourd'hui à comparaître et en examinant le projet de loi, vous appuyez vous aussi cette quête. Nous espérons avoir été en mesure de vous aider un peu dans vos délibérations. Merci beaucoup.

Le président : Merci. Je vais maintenant céder la parole à Anne Rochon Ford, directrice générale, Réseau canadien pour la santé des femmes.

Anne Rochon Ford, directrice exécutive, Réseau canadien pour la santé des femmes : C'est un honneur pour moi de venir vous parler aujourd'hui. Le projet de loi soulève un certain nombre de questions que je suis heureuse d'examiner avec vous au nom de mon organisation.

Ce mois-ci, le RCSF célèbre son 20e anniversaire. Nous sommes un réseau sans but lucratif de particuliers et d'organismes unis par leur intérêt à l'égard de la santé des femmes et des politiques qui la façonnent. Nous offrons une information fiable et indépendante sur la santé féminine visant à améliorer la santé des femmes et des jeunes filles par l'intermédiaire d'un vaste éventail d'activités et de ressources que je vous inviterai à examiner dans notre site web.

Nous sommes un organisme totalement bilingue exerçant ses activités depuis Winnipeg et Toronto. Pendant 18 ans, nous avons été le centre de communication du programme de Centres d'excellence pour la santé des femmes, financé par Santé Canada. La fin du financement du programme, annoncée dans le budget fédéral de 2012, n'est entrée en vigueur que le mois dernier, en avril 2013.

Passons au projet de loi. Différentes études scientifiques ont clairement démontré l'existence d'un lien entre la présence de tissu mammaire dense et le risque de cancer du sein. Sur cette base, la décision du Canada d'adopter une loi en lien avec cette observation s'inscrit dans la tendance amorcée aux États-Unis de concevoir des mesures législatives axées sur des évaluations mammographiques précises. Nous avons d'ailleurs constaté que plusieurs États américains ont adopté des lois obligeant à divulguer la présence du tissu mammaire dense.

Comme c'est le cas de toutes les nouvelles politiques présentées par le Parlement, le Réseau canadien pour la santé des femmes veut s'assurer que les besoins de la totalité ou de la quasi-totalité des femmes sont satisfaits, et que ce qui est proposé sert au mieux les intérêts de l'ensemble des femmes, ou presque. Ce qui nous préoccupe, c'est que le projet de loi, en soulevant autant de questions qu'il n'en résout, risque de rater son objectif.

Passons aux questions que soulève la loi. Premièrement, qu'est-ce qui motive ce projet de loi? Est-il le fruit d'une étude scientifique réalisée par des radiologues et des oncologues indépendants qui œuvrent dans le domaine? A-t-elle reçu l'appui des femmes visées et de leur famille? Ou alors, est-ce que ce sont les intérêts commerciaux de fabricants et de promoteurs des nouvelles technologies qui envahissent le marché de la mammographie qui ont exercé des pressions en coulisse pour faire progresser cette mesure législative? Si cette motivation tient davantage des intérêts commerciaux que des intérêts des femmes, il faut se demander s'il en va véritablement de l'intérêt supérieur de ces dernières d'adopter une telle loi. Le RCSF est favorable à la création de nouvelles politiques de santé fondées sur des preuves libres de tout parti pris commercial.

Deuxièmement, le projet de loi ne parle pas du besoin des femmes d'avoir accès à des ressources qui les sensibiliseront davantage à la densité mammaire; il parle uniquement du « recours aux programmes et autres initiatives existants ». Le gouvernement entend-il injecter des fonds pour permettre la réalisation des travaux énoncés dans la loi aux alinéas 2a), b) et c), qui représentent une quantité considérable de nouveaux travaux de recherche?

Troisièmement, si la proposition de recourir à des technologies relativement nouvelles comme la tomosynthèse mammaire (ou mammographie 3D) vise à améliorer la qualité du dépistage du tissu mammaire dense, nous avons d'autres questions à poser : même si des études ont pu démontrer que ces outils permettent d'obtenir des résultats plus détaillés et utiles, ils doublent la quantité de radiation qu'absorbe le sein. Il s'agit là d'un fait important, car de plus en plus de données tendent à démontrer les effets nuisibles d'une exposition accrue aux radiations.

Quatrièmement, quel effet l'hormonothérapie substitutive a-t-elle sur l'augmentation du nombre de femmes avec un tissu mammaire dense? Nous savons qu'il y a un lien entre l'œstrogène et la densité des tissus mammaires. Jusqu'au quart des femmes qui commencent à utiliser l'œstrogène seul ou des préparations combinant l'œstrogène et la progestérone voient leur tissu mammaire se densifier. La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada continue de promouvoir l'utilisation restreinte de ce type de traitement. Devrions-nous mettre au point d'autres méthodes de dépistage pour les femmes qui ont un tissu mammaire dense ou devrions-nous plutôt nous concentrer sur les facteurs qui contribuent à sa formation et à l'augmentation du nombre de femmes qui présentent cette caractéristique?

Je ne veux pas insinuer que les deux options sont mutuellement exclusives.

Cinquièmement, étant donné la relation entre l'obésité et la densité du tissu mammaire, et les taux généralement plus élevés d'obésité dans les collectivités des Premières Nations, a-t-on prévu quoi que ce soit pour répondre aux besoins possiblement plus grands ou différents des femmes de ces collectivités? De la même façon, s'il existe des différences liées à la race — et je ne sais pas s'il y en a —, prévoit-on accorder une attention particulière aux groupes raciaux dont les femmes sont plus enclines à avoir un tissu mammaire dense?

Et ce ne sont là que quelques-unes de nos préoccupations et de nos questions préliminaires.

Bien qu'il soit nécessaire de perfectionner les technologies de dépistage, nous ne devons pas perdre de vue que le dépistage relève de la prévention secondaire et non primaire. La lutte contre le cancer du sein doit pouvoir compter tant sur la prévention secondaire que sur la prévention primaire, mais les ressources affectées à la prévention primaire devraient être au moins égales à celles que l'on consacre à la prévention secondaire, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle. L'augmentation du financement destiné aux technologies de dépistage ne fera que creuser cet écart. Qui plus est, toute la récente hypermédiatisation entourant le cancer du sein d'une célébrité amènera sans aucun doute de plus en plus de femmes à croire, à tort, qu'il faut plus de dépistage, plutôt que moins.

Nous reconnaissons le rôle important que le dépistage joue pour lutter contre cette maladie, mais il est nécessaire d'éduquer beaucoup plus le public au sujet de la lente progression qui caractérise la plupart — pas tous, mais la plupart — des cancers du sein.

J'aimerais maintenant souligner le besoin d'accorder plus d'attention à la prévention primaire. Il est généralement admis que seulement de 5 à 10 p. 100 des cancers du sein ont une cause génétique. Il faut donc se demander ce qui cause la vaste majorité des cas. Si l'on ne se fie qu'aux rapports qui circulent dans les médias de masse — ce que beaucoup de femmes font —, on peut être porté à penser que le cancer du sein est le produit de gènes défectueux dont on aurait hérité ou de choix dans nos habitudes de vie. Cela ne répond qu'à une partie de la question. On estime en effet que plus de la moitié des cancers du sein ne peuvent être expliqués par les causes généralement admises telles que les mutations génétiques, les antécédents génétiques, ou les facteurs liés aux habitudes de vie tels que la prise de poids, la consommation d'alcool et le manque d'exercice.

Un nombre toujours plus grand de preuves scientifiques démontre que l'exposition à une vaste gamme de produits chimiques toxiques — dans l'air, dans l'eau, dans les produits de nettoyage et de soins personnels, dans les traitements médicaux, dans l'ameublement et la moquette, dans le revêtement intérieur des conserves, dans les jouets et dans les voitures — peut augmenter le risque. Dans la vie de tous les jours, au fil des semaines, des mois et des années, nous sommes exposées à une myriade de produits chimiques d'usage courant, sous diverses formes et à diverses doses, qui, selon les données, modifient les profils hormonaux et les processus biologiques d'une façon qui peut accroître les risques de cancer du sein.

Des chercheurs affiliés au Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu de l'Université York — financés, en partie, par Santé Canada et la Fondation canadienne du cancer du sein — ont récemment terminé une étude de six ans dans laquelle ils ont établi un lien clair entre l'exposition aux produits chimiques en milieu de travail et l'augmentation des risques. L'une des grandes constatations de cette étude est que les jeunes femmes qui travaillent dans les industries des matières plastiques pour automobiles et de l'emballage pour nourriture sont cinq fois plus susceptibles de développer la maladie que les femmes qui travaillent dans d'autres industries.

Je vous ai apporté d'autres documents au sujet de cette recherche.

Ce travail et un nombre croissant de travaux similaires sur les liens entre le milieu de travail et l'environnement et la maladie donnent du poids à l'idée qu'il est effectivement possible de prévenir certains cancers du sein. De nombreuses questions restent sans réponse quant aux causes de la densité mammaire et aux effets sur la santé du recours accru aux tests de dépistage. Bien que nous soyons conscients du besoin des patientes d'être mises au courant des informations que possèdent leurs fournisseurs de soins, nous devons également appeler à la prudence en matière d'élaboration de politiques et de prise de décisions sur la meilleure façon de dépenser les fonds consacrés à la santé. Merci.

Le président : Merci à vous toutes. Je vais maintenant laisser mes collègues y aller de leurs questions, en commençant par la sénatrice Eaton, suivie de la sénatrice Seidman et du sénateur Eggleton.

La sénatrice Eaton : Merci beaucoup. Il s'agit d'un sujet plutôt fascinant. Comme l'un de nos témoins l'a dit l'autre jour, un médecin de la Colombie-Britannique, c'est une question complexe.

Madame Dubenofsky, comment pouvons-nous légiférer à ce sujet alors que nous ne savons pas quelle est la meilleure façon de vérifier la densité mammaire, comme vous l'avez si bien montré dans votre exposé? Nous n'avons pas de normes de pratique clinique à jour au Canada en matière de densité mammaire. Quel modèle de risque incluant la densité mammaire utilisez-vous pour mieux rendre compte de la prévalence du cancer du sein? Une approche standard? Comment peut-on légiférer une approche standard pour une chose telle que la densité mammaire?

Mme Dubenofsky : C'est le point central de tout le débat sur les meilleures façons de sensibiliser et de prévenir le cancer du sein d'entrée de jeu, comme l'a aussi évoqué ma collègue. Ensuite, une fois le cancer dépisté, la question est de savoir ce qu'il faut faire et comment l'on peut assurer la prestation de soins normalisés, lorsque la situation s'y prête, en gardant à l'esprit que tous les cancers du sein sont différents.

Je crois qu'il serait sage d'amorcer ce dialogue et d'examiner ce que la science a de meilleur à offrir, afin de mettre au point certaines normes de soin de base, comme cela se fait dans d'autres secteurs, et d'être en mesure de dire aux praticiens que la chose la plus importante est de parler de la densité mammaire aux patientes et d'informer ces dernières que ce facteur doit être pris en compte.

Bien entendu, il y a des questions liées aux secteurs de compétence des provinces, et nous en sommes pleinement conscients. À notre sens, il importe que le gouvernement fédéral utilise son poids et fasse entendre sa voix pour souligner le besoin d'un programme complet, et qu'il commence par cela.

La sénatrice Eaton : Est-il ici question d'un texte de loi ou d'une bonification de la sensibilisation et de l'éducation?

Mme Dubenofsky : Je crois qu'il y a probablement deux volets. La sensibilisation et l'éducation du public sont d'une importance capitale. Qu'arrive-t-il ensuite, lorsque vous éduquez les femmes — et les hommes, dans une moindre mesure — au sujet des facteurs de risque existants? En général, elles voudront rencontrer leur médecin de famille ou un spécialiste pour lui dire : « Alors, je suis dans cette catégorie ou pas? Je fais de l'exercice. Je mange assez bien et je fais attention à ma consommation d'alcool. Je fais toutes ces choses. J'ai eu des enfants et je fais toutes ces choses qui sont censées réduire les risques, et voilà où j'en suis. »

Je crois que les deux aspects sont importants : assurer la prestation de soins normalisés et veiller à ce que les médecins — et c'est leur devoir — parlent de ces choses avec leurs patientes. Et c'est ce qui manque à l'heure actuelle.

La sénatrice Eaton : Oui. Mais je me demande comment on peut encadrer dans un texte de loi la relation que vous avez avec votre médecin. Comme vous l'avez dit, chaque cancer du sein est particulier à celle qui l'a.

Mme Dubenofsky : Oui.

La sénatrice Eaton : Comme l'a souligné Mme Rochon Ford, ça peut dépendre de l'âge, de la race, peut-être, du poids et des habitudes de vie.

Mme Dubenofsky : Oui. En bref, on ne peut pas forcer les gens à bien se comporter, ce que vous savez tous très bien en tant que législateurs. L'on ne peut qu'encourager. Mon intention n'est pas de provoquer. J'estime toutefois que l'on peut préconiser des pratiques exemplaires. Prenez par exemple l'Association médicale canadienne et ses associations provinciales... je crois que les médecins ont bel et bien un rôle à jouer. Nous aimerions les voir saisir cette occasion comme une façon de marquer des points pour la cause.

La sénatrice Eaton : Madame Rochon Ford, pourriez-vous étoffer quelque peu vos propos? Nous avons dit que la densité mammaire était l'une des causes. Quels autres facteurs devrions-nous examiner comme étant susceptibles d'être aussi importants que la densité mammaire, sinon plus?

Mme Rochon Ford : Je disais clairement dans mon exposé que l'examen que nous ferons de ce qui, à l'origine, cause le cancer du sein devrait d'emblée viser l'environnement et l'emploi. Je dis cela parce qu'à l'heure actuelle, ces aspects sont en grande partie relégués au second plan. Lorsqu'il est question de prévention primaire et des facteurs reconnus comme contribuant au cancer du sein, la conversation semble se limiter aux habitudes de vie. Bien que ces dernières soient extrêmement importantes et que nous ne saurions faire fi du besoin d'éduquer les femmes sur la gamme complète d'enjeux à cet égard, cela ne devrait pas éclipser ce facteur au sujet duquel nous en apprenons un peu plus tous les jours, c'est-à-dire l'effet de l'environnement, de l'activité professionnelle et d'autres toxines sur le développement du cancer du sein.

L'une des difficultés liées au fait de mettre l'accent sur le style de vie est que cela culpabilise les femmes, qui disent : « J'ai trop bu d'alcool, je n'ai pas eu mes enfants au bon âge, je n'ai pas allaité », et cetera. Lorsqu'on leur découvre un cancer, elles disent : « Mais j'ai fait toutes les bonnes choses. J'ai fait de l'exercice, et j'ai évité toutes ces autres choses que la documentation décrivait comme d'importants facteurs de risque. » Nous ne nous posons pas de questions à propos des aspects sur lesquels elles n'ont pas beaucoup de contrôle.

Cette question est si importante du point de vue du gouvernement fédéral, car elle touche à la législation. Pour les gouvernements provinciaux, la question a trait aux lois sur la santé et la sécurité au travail. Pour le gouvernement fédéral, cela concerne la réglementation sur les produits chimiques. Environnement Canada et Santé Canada sont au beau milieu d'un vaste processus consistant à examiner les nombreux produits chimiques présents sur les lieux de travail et dans l'environnement ainsi que l'incidence que ces produits ont sur la santé humaine et la santé de l'environnement.

Nous vivons une période cruciale. Nous avons la possibilité de faire des liens avec les découvertes d'un pan de la recherche qui met à jour la relation entre ces aspects et le cancer du sein, mais aussi, d'autres cancers. Voilà ce que je défends.

J'ai parlé de la question des plastiques dans l'industrie automobile, parce qu'ils contiennent des produits chimiques qui perturbent le système endocrinien. Cette perturbation entraîne la production d'hormones comme l'œstrogène, qui, comme on le sait, augmente les risques de cancer du sein.

La sénatrice Seidman : Je crois que c'est Mme Rochon Ford qui a parlé des lois américaines et du fait que les États- Unis avaient déjà passablement d'expérience dans l'adoption de lois concernant la sensibilisation à la densité mammaire.

Ce sujet est devenu assez controversé, alors nous avons pu constater qu'il s'agit d'un domaine très complexe. La semaine dernière, des témoins nous ont confirmé qu'il s'agit d'une question passablement complexe.

Vous avez toutes parlé des femmes ayant un tissu mammaire dense, mais vous avez bifurqué pour parler des femmes canadiennes en termes plus généraux, comme si la densité du tissu mammaire était le grand facteur de risque. Cependant, il en existe de nombreux autres dont il faut tenir compte, et qui agissent en combinaison ou de façon isolée.

J'aimerais vous poser des questions sur l'expérience américaine et, plus particulièrement, sur la mise en garde sérieuse et les réserves émises par la présidente de l'American College of Radiology concernant l'adoption de lois dans ce domaine. Voici ce qu'elle a dit :

Les études sur les ultrasons ont porté sur des femmes chez qui les risques de développer un cancer du sein étaient très élevés, et non sur un échantillon représentatif de la population. En dépit de cela, Monsees affirme que les ultrasons n'ont permis de dépister que quelques cas de plus que les mammographies utilisées comme unique méthode de dépistage. Monsees ajoute que le fait de permettre à toutes les femmes de passer le test aux ultrasons augmente de façon vertigineuse les coûts du dépistage et le nombre de rappels que l'imagerie à répétition suscite — ainsi que les biopsies superflues —, ce qui engendre encore plus de douleur et encore plus d'inquiétudes.

Puisque, selon une évaluation prudente, 40 p. 100 des femmes qui se soumettent au dépistage ont des tissus mammaires denses, mais pas de façon homogène, comme on nous l'a dit, quelle incidence cela aurait-il sur le système? Le système se maintient dans un équilibre délicat qui tient compte des femmes qui devront par la suite faire des tests plus poussés, avec d'autres mammographies, diverses radiographies et, peut-être, des biopsies. Comment envisagez- vous les répercussions sur le système en place? On parle ici de chiffres énormes : pour chaque millier de femmes qui subiront un test de dépistage, 400 auront un tissu mammaire dense. Ces chiffres donnent le vertige.

Je serais très heureuse que vous puissiez m'aider à faire la part des choses.

Le président : La question s'adresse à vous, madame Rochon Ford, si vous voulez bien commencer.

La sénatrice Seidman : Je serai ravie d'entendre une réponse de n'importe qui. Je me suis servie des lois américaines, auxquelles Mme Rochon Ford a fait allusion, parce que c'est un exemple intéressant de ce qui se passe à l'heure actuelle. La question suscite des inquiétudes. J'aimerais bien savoir ce que chacune de vous a à dire à ce sujet, car vous avez défendu à deux reprises la cause de survivantes et de femmes qui ont vécu ces choses.

Mme Dubenofsky : C'est toujours un équilibre très délicat, et cette question n'est pas confinée aux discussions sur la densité du tissu mammaire. Vous avez bien raison. Il y aura toujours des augmentations, et celles-ci seront proportionnelles à la bonification des efforts d'éducation du public et des campagnes de sensibilisation. C'est une chose que nous avons constatée auparavant.

Je ne peux m'empêcher de vous faire part de mon expérience personnelle, outre le fait que je travaille depuis 13 ans comme bénévole pour la Fondation canadienne du cancer du sein. Je n'ai jamais rencontré de malade qui avait regretté d'avoir passé une mammographie ou d'avoir répondu à un rappel, ou d'avoir eu ces discussions additionnelles avec son médecin, car cela avait permis de poser un diagnostic tôt dans l'évolution de la maladie et d'établir un plan de traitement susceptible de donner les meilleurs résultats possible.

Je pense effectivement que l'équilibre est toujours délicat. Je crois qu'il est important de garder à l'esprit les coûts associés à la prestation d'un programme exhaustif à l'échelle du pays. Cependant, je sais aussi que plus on dépiste ces cancers rapidement, plus vite on peut mettre en place un traitement, ce qui améliore les chances de guérison et fait reculer les taux de mortalité.

Idéalement, il faudrait gérer le cancer du sein comme une maladie chronique plutôt mortelle. C'est ce que nous espérons.

Mme Rochon Ford : Je crois que nous arrivons à l'essence d'une conjoncture qui confond l'effet pour la cause. Culturellement parlant, il y a d'importantes attentes en matière de santé selon lesquelles nous devrions disposer de tout ce qui est disponible, que nous y avons droit. Nous avons droit à ce médicament hors de prix ou à toute cette série de tests — pas seulement à un. Dans une perspective historique, c'est une idée qui s'est installée en un laps de temps relativement court.

La question avec laquelle le gouvernement du Canada doit composer diffère en quelque sorte de celle des États- Unis. J'ai parlé de la situation dans ce pays sans reconnaître qu'il y a bien sûr d'autres facteurs qui entrent en jeu compte tenu des différences dans la nature de nos systèmes de soins de santé. J'ai le sentiment qu'aux États-Unis, les assureurs ne verraient pas la chose du même œil.

La question au Canada gravite, selon moi, autour de cette expectative grandissante que les médias et les célébrités ont vivement alimentée comme nous l'avons vu dernièrement. Je crois comprendre que dernièrement, le nombre de femmes ayant subi des doubles mastectomies a augmenté dans certaines cliniques aux États-Unis depuis l'histoire du gène cancéreux d'Angelina Jolie.

Cela nous ramène, encore une fois, au besoin de sensibilisation. Parfois, les attentes des gens, alimentées par la peur, doivent être modérées. Je crois qu'il y a place à la sensibilisation des médecins, pour commencer. Je pense aussi que des organisations comme le RCCS et la FCCS jouent un rôle important, car elles ont un contact très direct avec les femmes aux prises avec des problèmes relatifs au cancer du sein, plus que notre organisation.

Il y a un besoin de renseignements clairs et non influencés par des intérêts commerciaux et de sensibilisation pour montrer qu'une attente vigilante en étroite collaboration avec son médecin est préférable à une intervention musclée. Il faut aussi montrer aux femmes que leur cas particulier ne requiert pas nécessairement ce dont elles croient avoir besoin, en fonction de ce qu'elles ont entendu dans les médias, les médias sociaux ou autres.

Mme Ammendolea : Je veux commencer par dire que le cancer du sein n'est pas une simple maladie. Je ne suis pas médecin, mais j'œuvre dans ce domaine depuis plus de 13 ans. Tout comme la biologie d'une tumeur chez une patiente atteinte du cancer du sein, la densité mammaire diffère d'une patiente à l'autre.

À travers cela, le RCCS et moi-même aimerions informer et sensibiliser les patientes. Comme dans le cas de la thérapie ciblée pour des maladies que nous avons maintenant commencé à reconnaître, je pense que les patientes devraient être informées que si elles ont un tissu mammaire dense — nous parlons aujourd'hui de densité mammaire — elles devraient naviguer le système pour savoir exactement ce qu'elles doivent faire.

Chaque patient est différent. Chaque personne aura un cancer du sein différent. Le cancer du sein n'est pas le même pour tout le monde. De notre côté, je pense que nous voulons insister sur le fait que nous devrions promouvoir l'information et la sensibilisation. Si un tissu mammaire dense change la donne dans la vie d'une femme, elle devrait en être informée et savoir quoi faire, si elle doit agir.

Le sénateur Eggleton : Merci de tous vos commentaires. Vous avez parlé en détail du projet de loi C-314, Loi concernant la sensibilisation au dépistage chez les femmes ayant un tissu mammaire dense, et avez posé des questions à ce sujet. J'aimerais faire remarquer que nous n'avons pas officiellement le projet de loi devant nous en ce moment. Il se trouve au Sénat. Ce qui nous a été renvoyé, à la demande de la sénatrice Seidman, est le sujet pour que nous puissions l'étudier plus à fond. J'aimerais aussi faire remarquer qu'il s'agit d'un projet de loi d'initiative parlementaire, et non d'un projet de loi du gouvernement.

Permettez-moi de soulever quelques questions auxquelles vous pourrez toutes répondre.

Nous en avons déjà un peu entendu parler du besoin d'une meilleure sensibilisation. Si la mammographie révèle que des femmes ont un tissu mammaire dense, ce renseignement devrait, en fait, leur être communiqué. Parallèlement, les gens disent de ne pas accroître l'anxiété de la population, comme certaines d'entre vous l'avez mentionné, je crois.

Comment trouver un juste équilibre? Comment devons-nous nous y prendre? Je crois comprendre que le premier test, s'il est mené selon les règles des mammographies traditionnelles, ne donnerait pas des résultats suffisamment probants. Il faudrait procéder à un autre test pour déterminer si la densité mammaire est liée ou non à un cancer. Comment communiquer tous ces renseignements sans accroître l'anxiété de la patiente?

Mme Ammendolea : Il est très difficile de ne pas accroître l'anxiété, quoi que l'on fasse. Un appel pour passer une seconde mammographie provoque de l'anxiété. Les femmes et la population en général sont prêtes à vivre un peu d'anxiété pour savoir vraiment ce qu'il en est. C'est angoissant, mais c'est ce qu'il faut faire.

S'il est question de densité mammaire, les femmes doivent être correctement informées de la prochaine étape à suivre, en fonction de ce que leur dit leur médecin et des observations relatives à leur diagnostic ou à leur état préalable au diagnostic.

Le sénateur Eggleton : Peut-être que la façon dont leur médecin le leur explique pourrait atténuer une partie de l'anxiété, même s'il est impossible de l'éliminer entièrement.

Mme Ammendolea : C'est un autre sujet entièrement.

Le sénateur Eggleton : Est-ce que quelqu'un d'autre à quelque chose à ajouter?

Mme Dubenofsky : Je suis d'accord avec Mme Ammendolea que sa nature en fait un sujet épineux. Rien ne se compare au diagnostic. Rien ne se compare au fait de devoir refaire le test une deuxième ou une troisième fois pour savoir ce qui se passe avec vos seins.

La seule chose qui serait pire que cela serait de ne rien faire et de ne pas déceler un cancer du sein au premier test. C'est une discussion très difficile.

J'ai espoir que le fait de sensibiliser les médecins et de veiller à ce qu'il y ait des normes de soins et des obligations à cet égard fasse toute la différence, et c'est ce que dirait la Fondation canadienne du cancer du sein. Merci.

Mme Rochon Ford : J'ajouterais que nous devons retourner un pas de plus en arrière et tenir compte, comme je l'ai mentionné, de la façon que les médias contribuent peut-être à l'anxiété. C'est complètement humain et normal pour quelqu'un d'éprouver de l'anxiété, mais la désinformation véhiculée par les médias l'intensifie. Il est important de sensibiliser les journalistes en leur donnant des renseignements exacts à ce sujet.

Le sénateur Eggleton : Ma deuxième question porte sur l'égalité d'accès des femmes à la grandeur du pays. Si le fédéral a un rôle à jouer, ce pourrait être celui-là.

Madame Ammendolea, vous avez mentionné qu'il n'y a pas d'installation de dépistage au Nunavut. Cela s'applique- t-il aussi aux deux autres territoires ou seulement au Nunavut?

Mme Ammendolea : Seulement au Nunavut.

Le sénateur Eggleton : Madame Dubenofsky, vous avez mentionné qu'à l'heure actuelle au Canada, les femmes âgées de 40 à 49 ans n'ont pas toutes le même accès aux normes les plus élevées de soins par l'intermédiaire de programmes de dépistage du cancer du sein.

Mme Dubenofsky : Oui.

Le sénateur Eggleton : Parlez-m'en davantage et dites-moi ce que, selon vous, le gouvernement fédéral pourrait faire à cet égard.

Mme Dubenofsky : Sept provinces sur douze ont actuellement des programmes de dépistage, alors le service n'est pas offert de façon uniforme dans tout le pays aux divers groupes d'âge. Les administrations provinciales, les gouvernements provinciaux et les autorités sanitaires ont adopté des points de vue différents sur la façon de — sans vouloir être grossière — découper la tarte en morceaux, somme toute, et ils ont consacré la majorité de leurs ressources à ce qu'ils jugent être des femmes à haut risque.

Le défi, bien entendu, est comment savoir si vous êtes à haut risque à moins d'avoir parlé à votre médecin de facteurs comme la densité mammaire, l'âge, les mutations génétiques, et cetera. Aux échelons fédéral et provincial, le débat sur l'intervention la plus importante tourne un peu en rond. Notre fondation est d'avis que les femmes de 40 à 49 ans, les femmes particulièrement à haut risque, devraient avoir accès à des programmes de dépistage dans tout le pays. Nous aurions espoir que le gouvernement estime qu'il s'agit d'une population importante.

Le sénateur Eggleton : Privilégiez-vous un programme de dépistage en particulier? Il y a le numérique par opposition à la mammographie traditionnelle aux rayons X, et les États-Unis utilisent, en conjonction avec la mammographie traditionnelle, l'échographie; la FDA l'a introduit dans le marché. Y a-t-il un secteur de la technologie qui doit être plus avancé que les autres?

Mme Dubenofsky : Je disais à ma collègue que même si je regarde Dr Grey : Leçons d'anatomie à la télévision, je ne suis pas médecin dans les faits, même si j'aime parfois m'imaginer que c'est le cas. Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question. Il y a toujours un débat animé sur les meilleurs équipements et techniques à utiliser. Je crois comprendre que vous allez aussi vous adresser à des praticiens, alors peut-être qu'ils seraient mieux placés que moi pour répondre à votre question.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup à chacune d'entre vous. Vous avez bien fait avancer la discussion concernant le cancer du sein. Pour les personnes qui nous regardent, c'est très instructif de vous avoir avec nous.

Madame Rochon Ford, vous avez d'abord parlé du Réseau canadien pour la santé des femmes comme d'un carrefour pour les centres d'excellence et dit que, en date du 13 avril, tout votre financement avait été coupé dans le budget de 2012. À quoi ce financement servait-il?

Mme Rochon Ford : Ce financement était versé par le truchement du Programme de contribution pour la santé des femmes, qui a été mis en place au milieu des années 1990. À l'époque, il finançait cinq centres d'excellence en santé des femmes au pays ainsi que le Réseau canadien pour la santé des femmes. Cependant, cela a légèrement changé au fil des ans. Il a financé ces centres jusqu'en avril dernier avec un budget de 2,2 millions de dollars.

J'ai mentionné le rôle que le Réseau canadien pour la santé des femmes jouait, c'est-à-dire celui d'organisme chargé des communications des centres. Les centres eux-mêmes menaient des travaux de recherche conforme à la politique du gouvernement fédéral en matière de santé des femmes, examinaient une vaste gamme de politiques gouvernementales fédérales et veillaient à ce qu'une analyse sexo-spécifique y soit appliquée, par exemple. Une vaste gamme de travaux était réalisée, mais c'était ce que ces centres avaient pour principal mandat.

On nous a dit en avril 2012 que le programme entier était éliminé et que nous aurions jusqu'à avril 2013, alors tous ces centres ont perdu leur financement. Deux d'entre eux ont fermé leurs portes. Nous avons fait des compressions considérables et essayons de trouver du financement pour poursuivre nos travaux.

La sénatrice Cordy : De tous les centres d'excellence en santé des femmes, deux sont maintenant fermés et deux autres n'ont pas de financement.

Mme Rochon Ford : C'est exact.

La sénatrice Cordy : C'est déplorable. Je n'en étais pas consciente. Merci d'avoir porté ce fait à notre attention.

Nous ne parlons pas du projet de loi, comme le sénateur Eggleton l'a mentionné tout à l'heure. Nous en étudions la teneur, son contenu, plutôt que le projet de loi en tant que tel. Est-ce qu'avec ce projet de loi, l'on met la charrue avant les bœufs? Devrions-nous faire d'autres choses avant d'étudier le projet de loi en particulier? Bien sûr, toute mesure législative portant sur le cancer du sein est positive en ce sens qu'elle jette l'éclairage sur le cancer du sein, ce qui est toujours une bonne chose.

Vous avez chacune suscité bien des questions lorsque vous avec parlé du besoin de mener des travaux de recherche et de trouver les causes du cancer du sein. Est-ce que cela devrait venir avant le projet de loi ou est-ce que le projet de loi devrait avoir priorité? Je l'ignore.

Mme Rochon Ford : Honnêtement, j'ai été surprise de voir le projet de loi lorsqu'il a été porté à mon attention. Je ne suis pas aussi directement concernée que mes deux collègues par les mesures législatives relatives à la santé du sein, mais cela m'a donné l'impression, comme vous l'avez dit, de mettre la charrue devant les bœufs. Je me suis demandé, avec toutes les questions auxquelles le gouvernement fédéral pourrait s'intéresser en matière de santé et de cancer du sein, pourquoi il avait choisi celle-là en particulier.

Comme je l'ai mentionné, je dirais qu'il est nécessaire de mieux sensibiliser les filles et les femmes et de consacrer plus de ressources à trouver les causes de la densité mammaire et à déterminer pourquoi elles sont plus fréquentes.

Mme Dubenofsky : Je dirais que toutes ces choses sont des mesures graduelles en vue d'améliorer nos connaissances et nos efforts pour offrir des traitements. Chaque province dispose d'une gamme de programmes de sensibilisation. Notre fondation s'enorgueillit des programmes de sensibilisation que nous offrons. Premièrement, je pense que l'intérêt de ce projet de loi et l'écart qu'il comble réside d'abord et avant tout dans la sensibilisation à la densité mammaire et sa contribution comme facteur de risque. Deuxièmement, si on devait vous donner des conseils sur la façon de fixer des normes minimales, et cetera, et de faire en sorte que les médecins jugent qu'il est de leur devoir de discuter de densité mammaire avec leurs patientes comme traitement potentiel plutôt que de simplement parler de mutations génétiques ou d'autres déterminants des habitudes de vie, nous estimerions que c'est quelque chose de positif.

Pour reprendre vos mots, est-ce que cela signifie mettre la charrue avant les bœufs? Je dirais que du moment qu'elle est dans la basse-cour, je n'y vois pas d'inconvénient pour le moment.

La sénatrice Cordy : Qu'entendez-vous par « normes minimales »? Pourriez-vous préciser votre pensée? Voulez-vous dire pour les médecins?

Mme Dubenofsky : Pour les médecins, et pour pouvoir les obliger à parler des facteurs relatifs à la densité mammaire. La patiente ne devrait pas avoir à demander au médecin si elle a un tissu mammaire dense. Lorsque la question est portée à l'attention du médecin, elle devrait être mentionnée avec les autres risques potentiels.

La sénatrice Cordy : Devrions-nous nous pencher sur les causes du cancer du sein? Le cas d'Angelina Jolie a fait la manchette. Le gouvernement fédéral finance bien des travaux de recherche et coupe malheureusement le financement des centres d'excellence en santé des femmes, mais cela devrait-il être un centre d'intérêt principal?

Mme Ammendolea : Je dirais une chose concernant le cas d'Angelina Jolie. Il concerne une mutation du gène BRCA. Je veux que tout le monde comprenne que son cas ne se rapporte pas au thème que nous étudions ici. Il s'agit d'un type particulier de cancer du sein et c'était bien clair dans son article. Mme Jolie n'a rien dit qui ne soit pas fondé sur des faits et des preuves dans son commentaire concernant sa mastectomie bilatérale. C'est un point que je voulais clarifier. Le cas d'Angelina Jolie a été mentionné à plusieurs reprises, mais il s'agit d'un type de cancer du sein en particulier.

La sénatrice Cordy : Vous avez fait un excellent travail pour expliquer les différents types de cancer du sein, mais je ne suis pas certaine que les filles et femmes canadiennes comprennent cela. Je ne tiens certainement pas compte d'une vaste gamme de cancers du sein et je pense qu'il en va probablement de même pour la plupart des femmes. Vous avez accompli un excellent travail à ce chapitre. Merci.

Mme Ammendolea : Merci. Une chose que notre organisation aimerait continuer à faire est de promouvoir une bonne sensibilisation, sensée et fondée sur des preuves, pour dissiper la confusion. Nous essayons toujours d'enseigner à nos patientes, ou à toute personne qui fait appel à nous, comment comprendre ce qu'elles lisent et en quoi cela se rapporte à leur cas.

Pour ce qui est de la question de la densité mammaire — ou de quelque chose d'autre dans votre corps — j'aimerais dire que c'est une forme de sensibilisation. Si quelqu'un, que ce soit une femme ou un homme, a quelque chose, je crois qu'elle ou il devrait savoir de quoi il s'agit. La densité mammaire n'est pas quelque chose que tout le monde a, et si c'est votre cas, vous devriez savoir quoi faire à partir du moment où vous en êtes informée. Là est la question. Il s'agit de sensibilisation. Encore une fois, il s'agit d'informer la patiente pour qu'elle comprenne qu'elle a un tissu mammaire dense et pour qu'elle sache quoi faire à partir de ce moment-là. Dans les grands centres et les villes, les femmes sont informées. Elles savent qu'elles ont des problèmes de densité mammaire, mais dans les petites collectivités rurales, il n'en est pas question comme dans les hôpitaux d'enseignement. Nous essayons de combler les écarts au pays et d'informer tout le monde dans la même mesure.

Mme Rochon Ford : Je trouve dommage qu'on accorde autant d'attention au cancer du sein à cause d'une célébrité. Le travail que la Fondation canadienne du cancer du sein et nous-mêmes avons fait visait les femmes qui travaillent dans le secteur du plastique de l'industrie automobile et qui présentent des taux beaucoup plus élevés de cancer du sein à cause des produits chimiques auxquels elles sont exposées tous les jours pour que nos voitures aient un beau lustre. Le déséquilibre dans l'attention qui est accordée à cette question est choquant, et je crois qu'il faut en parler le plus possible. Ce n'est qu'un exemple de personnes qui sont exposées à des substances qui augmentent leur risque de cancer du sein.

La sénatrice Seth : Tout ce que vous dites est très intéressant.

Madame Dubenofsky, vous avez écrit que les preuves scientifiques donnaient à penser qu'il faudrait accroître le dépistage du cancer du sein chez les femmes de 40 à 49 ans. De son côté, la Fondation canadienne du cancer du sein conseille de travailler à la sensibilisation de toutes les Canadiennes de 40 à 49 ans.

Comme vous le savez, c'est un âge très délicat — je suis passée par là — et le tissu mammaire de ces femmes est déjà dense, sans égard à l'hétérogénéité. La plupart des femmes qui passent un ultrason ou une mammographie ont des antécédents génétiques ou familiaux de cancer.

Croyez-vous qu'une exposition accrue à la radiation à la suite d'un dépistage régulier pourrait causer le cancer et entraîner des effets secondaires? Les femmes en âge d'avoir des enfants auraient plus de difficulté à tomber enceintes, et l'exposition est susceptible d'entraîner plus de résultats de biopsie faux-positif. Les femmes seraient plus inquiètes et les médecins devraient travailler davantage, ce qui entraînerait des coûts supplémentaires.

Ne croyez-vous pas qu'il vaudrait mieux combler les lacunes, améliorer nos infrastructures, offrir plus de mammographies numériques et l'imagerie ultrasonore automatisée?

Je ne comprends pas en quoi l'adoption de ce projet de loi accroîtra la sensibilisation. Qu'est-ce qui va se passer? Si les femmes font un dépistage et se font dire que leur tissu mammaire est dense, je suis certaine que leur médecin leur dira quand revenir. Comment ce projet de loi va-t-il améliorer la situation? Quels seront ses avantages?

Mme Dubenofsky : Je vous remercie de votre question. D'abord, nous aimerions trouver une façon de mesurer la densité mammaire de façon à pouvoir établir l'échelle des risques. Lorsque cela aura été établi, comme vous l'avez dit, la discussion entre le médecin et ses patientes au sujet du meilleur traitement sera importante. Dans de nombreux cas, cela ne donnera pas lieu à des tests de dépistage supplémentaires, mais plutôt à la surveillance, à l'auto-examen des seins, ce genre de choses.

Je crois que la discussion est l'élément le plus important.

J'entends souvent parler des résultats faux-positif ou des « biopsies inutiles ». Je ne crois pas qu'une biopsie puisse être inutile. En tant que survivante du cancer du sein, je crois qu'il faut tout faire pour comprendre la nature du mal et pour établir le plan de traitement le plus efficace possible, et c'est ce que j'ai dit à mon médecin. Tout le monde ne voit pas les choses de la même façon. Certaines veulent des mesures draconiennes, d'autres préfèrent les méthodes douces. Votre question est justifiée. Je ne sais pas s'il y a une réponse, autre que l'importance de tenir une discussion dès le départ.

La sénatrice Seth : Ne croyez-vous pas qu'on devrait approfondir la recherche sur les tissus mammaires denses ou hétérogènes, plutôt que d'adopter un projet de loi qui suscitera l'inquiétude?

Mme Dubenofsky : Je vous laisse juger du moment idéal pour adopter le projet de loi. Il faut réaliser d'autres études, établir de nouveaux modèles fondés sur le risque et poursuivre le développement d'un système fondé sur les données probantes. Je suis d'accord avec vous, et je vous laisse le soin de déterminer la meilleure approche à adopter.

Le sénateur Munson : J'aimerais poser une brève question — et on en a fait allusion avant que j'arrive — au sujet du manque de programme organisé de dépistage du cancer du sein au Nunavut. C'est problématique, à mon avis, non? On offre des services mobiles en Alberta, en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Nouvelle-Écosse, en Ontario, au Québec et en Saskatchewan, mais pas dans les territoires.

Est-ce qu'on laisse tomber les Premières Nations?

Mme Ammendolea : Oui, on les a abandonnées.

Le sénateur Munson : Que devrait-on faire, en tant que société, pour remédier à cela? Nous, les sénateurs, pouvons parler aux fonctionnaires, aux ministres, ou aux personnes concernées, parce qu'il s'agit d'un enjeu très critique. Mais que peuvent faire le Nunavut et les territoires?

Mme Ammendolea : Le Réseau canadien du cancer du sein a organisé des séances éducatives et a entamé le dialogue avec les collectivités du Nunavut; nous espérons le poursuivre et favoriser l'éducation et la sensibilisation dans ces collectivités. Il faut beaucoup de préparation et de financement; notre organisation en dépend pour faire la promotion de l'éducation et pour entretenir des relations avec les représentants communautaires. Il y a beaucoup de travail à faire. La situation est difficile, et nous faisons de notre mieux pour atteindre ces régions éloignées. Les populations des Premières Nations sont mal desservies.

Le sénateur Munson : Vous avez besoin de combien d'argent? Qui devrait offrir le financement? Voilà la question. Que peut-on faire?

Mme Ammendolea : Combien d'argent... c'est une très bonne question.

Le sénateur Munson : Est-ce que les services mobiles sont offerts par les provinces? C'est bien de cela qu'on parle?

Mme Ammendolea : Oui.

Le sénateur Munson : Étant donné la responsabilité fédérale à l'égard des Autochtones, est-ce qu'on pourrait accéder... pardon; je sais que cela n'a rien à voir avec le projet de loi, mais cela touche les femmes.

Le président : En quelques mots, monsieur.

Le sénateur Munson : Merci. En d'autres termes, comment peut-on les aider? Comment offrir les services dans ces régions? Il faut des conditions égales pour tous au pays. Le gouvernement se doit d'offrir des services mobiles aux Autochtones dans les territoires et au Nunavut. C'est ce que je voulais dire.

Mme Ammendolea : Je suis tout à fait d'accord. Il faut nous aider à trouver les bonnes personnes, et à obtenir le financement. Nous faisons de notre mieux avec les ressources que nous avons.

Mme Rochon Ford : Aussi, si vous entretenez des relations personnelles avec l'actuelle ministre de la Santé, vous pourriez d'abord lui en parler, puisqu'elle connaît la région. L'absence de dépistage au Nunavut semblait être une surprise pour la plupart d'entre vous, et probablement pour la plupart des Canadiens. Or, la ministre habite le territoire. Il faut mettre de la pression à tous les niveaux. Vous avez plus d'influence que nous.

Le sénateur Enverga : Je vous remercie de vos présentations. Elles sont très intéressantes.

Nous avons beaucoup parlé des diverses façons de détecter le cancer, notamment le dépistage par IRM. En tant que porte-parole des femmes victimes du cancer du sein, avez-vous confiance en ces méthodes? Est-ce qu'elles fonctionnent? Dans quelle mesure?

Mme Dubenofsky : Je dirais que le dépistage fonctionne. C'est la base sur laquelle se fondent les femmes et leur médecin pour mesurer les changements dans la santé du sein. Il faut établir une base de référence au bon âge de sorte que les changements puissent être identifiés et mesurés et, au besoin, qu'un plan de traitement soit élaboré. Je crois qu'on peut se fier à ces programmes de dépistage.

Le sénateur Enverga : Quant à la densité mammaire, peut-on s'y fier comme facteur?

Mme Dubenofsky : Je crois que le défi pour les femmes, les médecins et les organismes de réglementation consiste à établir un système permettant de mesurer adéquatement la densité et à mettre au point un modèle qui permettrait, comme l'ont dit mes collègues, de comparer, sans l'exagérer, ce risque par rapport à d'autres.

Le sénateur Enverga : Je crois qu'on a dit — corrigez-moi si je me trompe — que l'IRM était la méthode de dépistage la plus efficace?

Le président : Sénateur, nous entendrons des radiologues demain. Ils aborderont cette question et parleront des normes associées à chacune des méthodes. Je crois que Mme Dubenofsky a su brosser un portrait général de la situation et que l'on pourra mieux répondre à votre question demain.

Le sénateur Enverga : Dans la même veine, quelle comparaison peut-on faire entre ces méthodes et l'autodépistage? Est-il efficace même lorsque le tissu mammaire est dense?

Mme Dubenofsky : En résumé, l'auto-examen des seins est très important. Si j'étais dans mon rôle d'intervenante, je distribuerais des cartes pour la douche, pour rappeler à toutes les femmes l'importance d'examiner ses seins chaque mois. L'équipement sophistiqué qui permet de détecter une tumeur à un stade précoce ne remplace pas l'auto-examen des seins.

J'ai moi-même constaté un changement dans la texture de mon tissu mammaire. Mon médecin n'avait rien trouvé, et le cliché mammaire ne montrait rien; par contre, un ultrason a permis de détecter une tumeur de la taille de l'ongle de mon petit doigt. On l'a détectée au bon moment, avant qu'elle ne devienne trop grosse. Il faut avoir recours à toutes ces méthodes.

Le sénateur Enverga : Y a-t-il une différence dans l'autodépistage lorsque le tissu mammaire est dense? Est-il plus ou moins efficace?

Mme Dubenofsky : L'auto-examen a ses limites. La densité du tissu mammaire masquera certaines choses, tout comme le tissu adipeux ou les tissus noueux, comme certains les décrivent. Je suis désolée, c'est un sujet très délicat, évidemment. Toutes ces particularités sont associées à des défis. La plupart des femmes connaissent bien leur corps et savent lorsqu'il change. Toutefois, certaines tumeurs passent inaperçues et doivent être détectées par dépistage.

Le sénateur Enverga : C'est donc les deux.

Mme Dubenofsky : Oui, les deux.

La sénatrice Dyck : Je vous remercie de vos exposés. C'est une question très complexe. Je pense aux divers facteurs de risque que vous avez mentionnés. On parle aujourd'hui de la densité du tissu mammaire; je crois que d'autres personnes ont parlé du poids, du mode de vie, de l'exposition professionnelle aux produits chimiques perturbateurs du système endocrinien, de l'âge, de la race peut-être et de la génétique.

Je me demande alors, si mon tissu mammaire est dense, il est fort probable que je présente d'autres facteurs de risque. Devrait-on adopter un projet de loi pour chaque facteur de risque? Y a-t-il un projet de loi qui oblige mon médecin à me signaler un indice de masse corporelle trop élevé? Est-ce qu'un projet de loi oblige les médecins à dire aux personnes qui travaillent avec des produits chimiques perturbateurs du système endocrinien qu'ils ont plus de chances d'avoir un cancer? Je crois que vous l'avez dit cinq fois. Est-ce qu'on oblige les médecins à nous dire tout cela? Pourquoi les oblige-t-on alors à nous parler de la densité mammaire? C'est ma question.

Mme Rochon Ford : Vous répondez en quelque sorte à mon commentaire précédent; on se demande d'où vient ce projet de loi. S'il visait toutes les situations que vous avez mentionnées, je crois qu'il serait beaucoup plus utile. La tâche serait plus difficile, mais il serait extrêmement utile pour les femmes.

La sénatrice Dyck : Je crois qu'il est important que les médecins transmettent cette information à leurs patientes, mais je me demande si les obliger à le faire relève de la formation prévue par leur ordre professionnel. Autrement dit, je ne sais pas s'ils sont tenus, de par leur code de déontologie, de signaler une densité mammaire élevée. Est-ce que la modification du code de déontologie pourrait combler les lacunes visées par le projet de loi?

Mme Dubenofsky : Nous aimerions qu'une approche normalisée soit adoptée de sorte que les professionnels de la santé comprennent l'importance de la densité mammaire par rapport aux autres facteurs.

Si le projet de loi n'avait pas été présenté, il y aurait tout de même des médecins qui parleraient aux femmes de la santé de leurs seins, particulièrement à celles qui présentent un risque élevé. Bien sûr, le défi est associé aux femmes qui ne savent pas qu'elles courent un risque élevé, ou qui n'ont pas été identifiées comme telles. Comment pouvons-nous veiller à ce que tous les médecins du pays soient sensibilisés à la question et discutent de ces facteurs avec leurs patientes?

Mme Ammendolea : J'aimerais faire un commentaire. Je suis prête à parier que demain, lorsque vous parlerez au radiologue qui sera assis ici, il vous dira que la densité mammaire fait l'objet d'un rapport. Si on fait un dépistage par imagerie et que le tissu mammaire est dense, le rapport de radiologie en fera mention. Ce rapport sera transmis au médecin, qui peut être un oncologue ou un généraliste. On ne sait toutefois pas ce qu'il fera de cette information.

Selon moi, il suffit de transmettre l'information aux patientes, de leur dire que leur tissu mammaire est dense et que c'est préoccupant.

Mme Rochon Ford : Avant, les médecins n'étaient pas tenus de déclarer les cas présumés de violence faite aux enfants. Ils sont maintenant obligés de le faire. Ce serait le même genre de processus, qui serait régi par les organismes de réglementation provinciaux. Ces attentes ne sont pas du tout irréalistes.

La sénatrice Dyck : Merci.

La sénatrice Martin : Merci beaucoup. Je pense que mes collègues ont posé certaines des questions que je voulais vous adresser. Vous y avez donc répondu.

Je crois que je vais lire la description de vos organisations afin de mieux comprendre le travail très important que vous faites pour combler les lacunes dont nous avons parlé. Il me semble que nous les avons assez bien cernées pendant le dernier tour de questions. Les médecins informent les patientes, mais il faut toutefois que les renseignements sur le tissu mammaire dense, une fois qu'ils ont été recueillis, leur soient transmis de manière à ce qu'ils soient utiles et à ce qu'il y ait un suivi.

Vous avez toutes parlé de l'importance de l'éducation et de la sensibilisation. Est-ce que le projet de loi rendrait cela possible, ou est-ce que, selon vous, vous le faites déjà au sein de vos organisations respectives?

Autrement dit, le projet de loi renforcerait-il votre action, ou est-ce que le système en place est déjà suffisant?

Mme Ammendolea : En résumé, dans certaines régions on sait quel suivi donner aux dossiers relatifs à la densité mammaire, dans d'autres, non. Le RCCS souhaite que tout le monde soit adéquatement informé et guidé à la suite d'un diagnostic.

D'après mon expérience, je crois que cela se fait depuis longtemps déjà dans les grands centres, les grandes villes et les hôpitaux d'enseignement. Ce qui nous inquiète, ce sont les régions sans oncologue, où les consultations se font par télécommunication avec un spécialiste d'une grande ville. Nous voulons combler l'écart d'un bout à l'autre du pays pour nous assurer que les gens sont informés de la même façon, au même moment et avec l'information appropriée.

Mme Dubenofsky : Je pense que, dans sa forme actuelle, le projet de loi permettra d'améliorer la sensibilisation à la densité mammaire en tant que facteur de risque. Cela dit, avec tout le respect que je vous dois, ce n'est pas suffisant. À la Fondation canadienne du cancer du sein, nous croyons qu'il faut établir des lignes directrices sur la mesure de la densité mammaire, le signalement des cas et la création d'un corpus de connaissances et de données pour nous informer, au fil du temps, sur les risques qui y sont liés. Nous vous proposons respectueusement d'améliorer ainsi le projet de loi. Cela dit, madame la sénatrice, il permettra malgré tout dans sa forme actuelle d'améliorer l'éducation et la sensibilisation.

La sénatrice Martin : Est-ce selon vous ce qui manque au texte?

Mme Dubenofsky : Nous pensons que c'est la prochaine mesure importante qui devrait être prise.

Mme Rochon Ford : Mon expérience sur le terrain n'a rien à voir avec celle de mes collègues qui travaillent en étroite collaboration avec des femmes qui étudient la question ou qui ont été diagnostiquées, mais je crois que le projet de loi dans sa forme actuelle ne devrait pas uniquement porter sur les médecins et l'importance de leur rôle — et à moins que je ne me trompe, c'est actuellement le cas. Dans les faits, d'autres intervenants du système de santé sont extrêmement importants — les infirmières, les infirmières praticiennes, les sages-femmes, les conseillers de la Ligue La Leche, les naturopathes —, et il devrait en être question dans ce contexte. Ils s'occupent directement de la santé mammaire. En effet, beaucoup d'autres fournisseurs de soins de santé sont concernés. Je n'ai pas le projet de loi sous les yeux, mais je pense qu'il y est uniquement question des médecins. C'est ce que je propose en réponse à votre question.

La sénatrice Martin : Ce que vous dites est juste, car tout le monde n'a pas de médecin de famille. Les femmes se rendent dans des cliniques, et elles peuvent accéder aux services et recevoir l'information de différentes façons. C'est l'élément manquant, la lacune que nous devons nous assurer de combler.

C'était très utile. Merci beaucoup.

Le sénateur Eggleton : J'ai une dernière question qui s'adresse principalement à Mme Rochon Ford, quoique les autres peuvent y répondre si elles le désirent.

Dans votre présentation, vous dites qu'« il est généralement admis que seuls 5 à 10 p. 100 des nouveaux cancers du sein ont une cause génétique. » Vous poursuivez en disant que les gènes défectueux, que nous les ayons hérités ou qu'ils soient attribuables à nos choix de vie, font partie de ces cas. Cela dit, une part de plus en plus importante des cancers du sein est due à une exposition à un vaste éventail de produits chimiques toxiques. Vous nous avez d'ailleurs apporté de la documentation sur le milieu de travail et sur les femmes dans l'industrie des matières plastiques pour automobiles.

La plupart, sinon la totalité, de l'industrie automobile est en Ontario. Elle est donc assujettie à la Loi sur les normes d'emploi de la province. De plus, s'il y a des syndicats puissants dans le privé de nos jours, ils sont dans le secteur de l'automobile. Est-ce qu'on essaie pour autant de prendre la situation en main? Il semble pourtant qu'une partie très importante des nouveaux cancers soit associée à ce genre d'exposition industrielle.

Mme Rochon Ford : De toute évidence, c'est une alerte à laquelle il faut accorder une grande attention. Comme je l'ai dit, nous avons actuellement perdu tout notre financement. Le centre qui était chargé d'étudier la question a également perdu le sien, et il tente maintenant d'en obtenir du nouveau pour effectuer certains travaux dans le domaine. Beaucoup d'autres chercheurs se penchent sur la question de l'exposition, tant professionnelle qu'environnementale, à ces produits. Nous ne savons pas si la moitié des cas non expliqués par tous les autres facteurs s'y rattache, mais il y a certainement beaucoup de raisons de le croire.

J'aimerais également mentionner que l'exposition ne provient pas seulement du milieu de travail. L'exemple des femmes qui travaillent dans l'industrie des matières plastiques et certains autres secteurs manufacturiers est particulièrement flagrant, mais nous sommes tous, y compris nos enfants, de plus en plus exposés à ce genre de substances, qui se trouvent dans les tapis, l'habitacle de nos voitures, le revêtement des boîtes de conserve et dans tous les produits de soins personnels et produits nettoyants, qui contiennent beaucoup de substances chimiques dont on comprend de plus en plus la capacité de perturber le système endocrinien.

Il est important de mener plus de recherches, d'accorder davantage d'attention et d'approfondir les discussions à cet égard. Nous avons créé la brochure à l'intention des travailleuses de l'industrie des matières plastiques parce qu'elles n'étaient pas au courant des détails et ne savaient pas quels produits chimiques étaient dangereux. Bref, elles n'avaient pas l'information que nous avons pour répondre à des questions telles que : « Dois-je en faire plus pour éviter les contacts avec la peau? »

Le sénateur Eggleton : Pensez-vous qu'il faut éduquer davantage les gens à ce sujet?

Mme Rochon Ford : Oui, sans aucun doute.

Le président : Merci beaucoup.

Merci encore, chers collègues, d'avoir posé des questions à propos de cet enjeu très important.

J'aimerais remercier de votre part les témoins de s'être joints à nous, d'avoir répondu clairement aux questions et de se préoccuper de la situation.

Sur ce, je déclare la séance levée.

(La séance est levée.)