Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts
 

LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 4 mai 2017

Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui à 8 heures afin d’étudier l’impact potentiel des effets du changement climatique sur les secteurs agricole, agroalimentaire et forestier.

Le sénateur Ghislain Maltais (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Bonjour à tous.

[Français]

Je vous souhaite la bienvenue à cette réunion du Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts.

[Traduction]

Je suis le sénateur Ghislain Maltais de Québec, le président du comité.

[Français]

Aujourd’hui, le comité poursuit son étude sur l’impact potentiel des effets du changement climatique sur les secteurs agricole, agroalimentaire et forestier.

[Traduction]

Avant de commencer les travaux, je vais demander aux sénateurs de se présenter, en commençant par le vice-président du comité.

Le sénateur Mercer : Je suis le sénateur Terry Mercer, de la Nouvelle-Écosse.

[Français]

La sénatrice Tardif : Bonjour. Claudette Tardif, de l’Alberta.

[Traduction]

Le sénateur Woo : Bonjour, sénateur Yuen Pau Woo, de la Colombie-Britannique.

La sénatrice Bernard : Je suis la sénatrice Bernard, de la Nouvelle-Écosse.

[Français]

La sénatrice Petitclerc : Bonjour. Chantal Petitclerc, de Grandville, au Québec.

La sénatrice Gagné : Bonjour. Raymonde Gagné, du Manitoba.

Le sénateur Pratte : André Pratte, du Québec.

[Traduction]

Le sénateur Oh : Victor Oh, de l’Ontario.

La sénatrice Beyak : Lynn Beyak, de l’Ontario. Bienvenue.

[Français]

Le sénateur Dagenais : Jean-Guy Dagenais, du Québec.

[Traduction]

Le président : Merci beaucoup. Le comité comprend un autre membre:

[Français]

Le sénateur Norman Doyle, de Terre-Neuve-et-Labrador, remplacera le sénateur Donald Plett. Nous lui souhaiterons la bienvenue lorsqu’il arrivera. Il s'intéresse beaucoup aux travaux de notre comité.

[Traduction]

Aujourd’hui, nous accueillons, de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires, M. Ted Bilyea, président, et Tulay Yildirim, directrice, partenariats-recherche sur les politiques. Du Conference Board du Canada, M. Louis Thériault, vice-président, Stratégie industrielle et politique publique.

Merci d’avoir accepté notre invitation à comparaître. J’invite maintenant les témoins à prendre la parole.

Ted Bilyea, président, Institut canadien des politiques agroalimentaires : Bonjour. Je m’adresse à vous aujourd’hui en qualité de président du conseil d’administration de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires, l’ICPA. Je suis accompagné de Mme Tulay Yildirim, directrice, partenariats-recherche sur les politiques. Merci de nous donner la possibilité de présenter notre témoignage sur cette question importante pour le secteur agroalimentaire.

Les cinq plus grands risques mondiaux, évoqués par le Forum économique mondial de 2016, qui seront sources de préoccupation pour les 10 prochaines années sont les suivants: crise de l’eau, incapacité à atténuer le changement climatique et à s’y adapter, événements climatiques extrêmes, crise alimentaire et profonde instabilité sociale. Il est important de comprendre que ces cinq risques sont étroitement liés et découlent de la croissance démographique et de la croissance économique qui n’ont pas jusqu’à présent véritablement reconnu et pris en compte l’érosion du capital naturel: l’air, l’eau, le sol et la biodiversité.

Je commence par cet aspect qui est au centre même du paradoxe canadien. En effet, on peut se demander pourquoi le Canada, pays qui dispose de la plus grande quantité de terres arables et d’eau par habitant sur terre, ne connaît pas, dans le secteur agroalimentaire, la croissance économique à laquelle on pourrait s’attendre, compte tenu de la présence de telles richesses. Notre important excédent écologique ne compte pas si les autres pays du monde se contentent d’externaliser le coût de l’érosion du capital naturel, ou, pire, de la subventionner.

Aussi, lorsqu’on se penche sur la réaction de l’agriculture canadienne au changement climatique, il faut savoir que la différence entre la survie et la prospérité peut dépendre de l’importance que le reste du monde accorde au capital naturel et de la façon dont nous entretenons le stock du capital naturel.

On dit que le changement climatique profitera à l’agriculture canadienne. Selon les estimations, le Canada disposerait de 2,1 millions de kilomètres carrés de terres agricoles peu productives. Nos propres scientifiques remettent en question ces estimations en raison de la productivité de ces terres supplémentaires potentielles et de l’investissement qui sera nécessaire pour débroussailler et drainer une superficie nettement plus vaste que l’ensemble des terres cultivées actuellement au Canada.

Néanmoins, le gouvernement de l’Ontario se penche sur une étude pilote d’un million d’acres visant à transformer une forêt de broussailles en pâturage dans la vaste plaine d’argile qui se situe juste au sud de la région susmentionnée. Le défi consistera à maintenir ou améliorer les écosystèmes et la biodiversité tout en augmentant les possibilités économiques.

Les notions de degrés-jours et de période de croissance sont des éléments très familiers pour les membres du comité et leur augmentation permet déjà la production de nouvelles récoltes et une hausse de la productivité, en particulier dans les Prairies. C’est le cas pour les cultures du maïs, du soya, du quinoa et autres. Le changement doit également favoriser le secteur de l’élevage en réduisant le coût des rations alimentaires.

Cependant, le Canada bénéficiera surtout de la baisse de productivité d’environ 800 000 kilomètres carrés des terres agricoles les plus productives du monde, à mesure que le changement climatique nuira de façon significative à la production agricole dans les autres parties du monde.

Ces avantages seront malheureusement associés à une hausse des risques de perturbations météorologiques extrêmes telles que des sécheresses, des inondations, des tempêtes et des hivers précoces. Selon un bilan dressé la semaine dernière, la récolte 2016 n’avait pas encore été faite dans près d’un million d’acres de terres des Prairies.

Les sécheresses et les inondations étant de plus en plus fréquentes, plus de 20 p. 100 des besoins en irrigation des récoltes dans le monde font appel aux eaux souterraines non renouvelables, entraînant ainsi une réduction nette de 292 kilomètres cubes par an. La réduction rapide des aquifères dans les principales régions de production agroalimentaire du monde — par exemple dans le nord-ouest de l’Inde, dans les plaines du nord de la Chine, dans le centre des États-Unis et en Californie — contribue à épuiser les réserves d’eau douce sur la Terre et menace la durabilité de la production alimentaire.

Le changement climatique qui contribue à réduire les secteurs convenant à l’agriculture a pour corollaire une crise de l’eau qui s’avère de plus en plus menaçante et qui aura, elle aussi, une incidence positive sur le Canada, étant donné que 11 p. 100 de toutes les denrées alimentaires vendues dans le monde sont touchées par la diminution des eaux souterraines non renouvelables.

Au XXIe siècle, le Canada va devenir le leader mondial de confiance en matière d’approvisionnement en denrées alimentaires sûres, nutritives et durables. Selon le Conseil consultatif en matière de croissance économique, cette vision montre bien la position favorable dans laquelle se trouve le Canada et indique les tendances mondiales que nous pouvons exploiter. Mais, voyons dans quelle mesure cette position nous est favorable.

Les émissions permettent de mesurer le gaspillage et l’inefficacité environnementale. Entre 1981 et 2011, la production des agriculteurs canadiens est passée de 7,5 milliards à 16,2 milliards de dollars en chiffres constants de 2007, alors que les émissions sont demeurées relativement stables, réduisant ainsi l’intensité des émissions de gaz à effet de serre, selon un point de référence clé calculé à l’échelle internationale.

La leçon que l’on peut en tirer, c’est que les forces du marché encouragent l’efficacité par l’adoption rapide des pratiques de gestion bénéfiques: les visionnaires et les pionniers dans l’adoption de nouvelles technologies sont les premiers à adopter les nouvelles connaissances et conclusions scientifiques, une fois qu’elles sont connues et diffusées.

L’agriculture canadienne obtient de meilleurs résultats que les autres pays sur le plan des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’élevage et de la production de récoltes. Le Canada jouit donc d’un avantage à l’échelle internationale, mais il nous faut encore convertir cet avantage en gains économiques.

Très tôt dans ma carrière, j’ai appris qu’il n’est pas économiquement possible de transporter du grain ou du fourrage destiné aux animaux. C’est pourquoi les pays qui ne produisent pas de grain — c’est le cas par exemple de beaucoup de pays d’Asie et de certains pays d’Europe — doivent imposer des régimes nationaux de subventions et de droits élevés s’ils souhaitent se consacrer à l’élevage. Cependant, ces subventions ont des empreintes plus élevées en matière d’équivalents carbone. Par ailleurs, les pays qui ne disposent pas d’une nourriture de bonne qualité et de bons contrôles génétiques et sanitaires des animaux peuvent produire 90 p. 100 de gaz à effet de serre de plus que le Canada par unité de protéine animale.

Comme vous le savez, l’agriculture ne représente que 8 p. 100 des émissions de gaz à effet de serre du Canada et l’utilisation du carburant représente 15 à 20 p. 100 de ces émissions. Le reste étant dû aux processus biologiques, une taxe sur le carbone serait plutôt inefficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur agricole au Canada.

Les scientifiques considèrent qu’il serait plus prometteur que le secteur agricole cherche à réduire les émissions d’oxyde nitreux plutôt que celles de dioxyde de carbone. C’est pourquoi, une stratégie doit, pour avoir des effets positifs, tenir compte de divers instruments tels que des compensations — par exemple un système de plafonnement et d’échange — pour s’attaquer aux importants enjeux en matière de durabilité.

L’Alberta offre une expérience bien définie en matière de crédits compensatoires agricoles qui s’adaptent parfaitement à deux initiatives mondiales en matière de conformité: le Carbon Disclosure Project et la Global Reporting Initiative. Ces organisations regroupent plus de 6 000 entreprises et 500 villes dont la valeur est supérieure à 33 mille milliards de dollars et qui acceptent de divulguer volontairement leurs actions en matière de durabilité et d’émissions de carbone. C’est exactement le type de processus qui permettra de commencer à établir la valeur du capital naturel.

En revanche, la décision de pays comme le Canada, où les intensités en gaz à effet de serre dans le secteur agricole sont faibles, d’appliquer unilatéralement des mesures visant à réduire les gaz à effet de serre, pourrait aggraver le changement climatique étant donné que cela pourrait tout simplement déplacer la production vers des pays qui n’imposent pas de taxes sur les gaz à effet de serre et où la déforestation est déjà souvent en cours, ce qui ne ferait qu’empirer la situation mondiale. C’est pourquoi il est indispensable d’encourager les autres pays à agir dans la même direction.

Que devraient faire les gouvernements? Pour que le Canada devienne un leader mondial de confiance dans la production de denrées alimentaires sûres, nutritives et durables, l’agriculture canadienne doit valoriser son savoir-faire et sa capacité à offrir des solutions en continuant à améliorer la capacité de ses sols en matière de séquestration du carbone, en continuant à réduire l’intensité de ses émissions et en améliorant la qualité de l’eau au pays grâce à la réduction des impacts sur la production agricole.

Les principales priorités en matière de recherche sont au nombre de quatre: la première consiste à s’attaquer à des questions telles que la réaction de l’agriculture au changement climatique ou, de façon plus générale, la durabilité agricole, en faisant appel conjointement aux spécialistes des sciences physiques et sociales pour réunir des données utiles et une capacité d’analyse suffisante pour mieux comprendre les risques et les débouchés qui s’offrent à l’agriculture canadienne.

La deuxième priorité consiste à trouver un moyen de continuer à accroître la séquestration du carbone dans les sols canadiens à un rythme d’au moins 0,4 p. 100 par année, pour que cela soit suffisant pour compenser les émissions annuelles globales de notre secteur agricole. C’est ce qui se passe en ce moment, mais on craint un ralentissement. La phénologie des plantes et des racines et l’utilisation du biocharbon sont quelques-unes des pistes que l’on peut explorer pour augmenter la capacité.

La troisième priorité consiste à mieux comprendre le rôle des biomes des sols sains dans l’absorption de l’azote et du phosphate, l’atténuation des émissions et le système immunitaire des plantes.

La quatrième priorité consiste à trouver une façon d’appuyer les visionnaires et les pionniers dans l’adoption des nouvelles technologies qui entraînent des changements dans l’industrie. Un des membres du conseil d’administration de l’ICPA est un agriculteur du Manitoba qui est à la tête d’une très grande exploitation. Il est l’exemple même du cultivateur moderne, mais il se donne désormais pour objectif de constituer des sols sains. Il était fier de nous montrer, récemment, les résultats qu’il a obtenus, résultats qui placent son exploitation sur la voie de la neutralité carbone tout en augmentant la productivité et en réduisant le coût des intrants. Il nous faut trouver des moyens d’encourager les réseaux de pairs afin de faire adopter/adapter rapidement les meilleures pratiques et les innovations scientifiques.

Enfin, nous devons augmenter notre participation dans les forums internationaux afin d’attirer l’attention, non seulement sur la menace du changement climatique pour l’agriculture, mais également sur les menaces existentielles évoquées par le Forum économique mondial qui se rapportent à l’érosion rapide du capital naturel.

Merci beaucoup.

Le président : Merci. Monsieur Thériault?

[Français]

Louis Thériault, vice-président, Stratégie industrielle et politiques publiques, Le Conference Board du Canada : Bonjour. Je vous remercie, monsieur le président. Je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui.

[Traduction]

Le Conference Board du Canada est le plus grand organisme de recherche du pays, un organisme indépendant, à but non lucratif et qui n’a pas d’intérêts politiques à défendre. Nous proposons des politiques fondées sur des éléments concrets qui s’appuient en grande partie sur nos analyses économiques. Pour établir le contexte, nous disposons de la plus grande équipe d’économistes du secteur privé canadien, soit plus de 50.

Certaines remarques que je présenterai aujourd’hui sont liées à des études que nous avons réalisées. D’autres proviennent de domaines d’étude émergents sur lesquels nous travaillons en ce moment. J’ai l’intention d’aborder un certain nombre de questions en commençant par les risques et les possibilités qu’offrent les secteurs agricole et forestier.

[Français]

Par la suite, je discuterai de l’impact d’une taxe sur le carbone et, en conclusion, j’aborderai certaines des implications pour le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux.

[Traduction]

Le rôle que jouera le secteur non combustible au moment où nous commencerons à réduire les émissions de gaz à effet de serre est une chose dont on ne parle pas souvent lorsqu’il est question de réduire la totalité des émissions de gaz à effet de serre de 80 p. 100 d’ici 2050 — le fameux 80 d’ici 50. Il est toujours question du secteur de la combustion, celui du pétrole, du gaz, du charbon, et cetera. Nous avons collaboré avec l’Académie canadienne du génie pour faire des études qui ont été approuvées par la Fondation David Suzuki, des études qui se penchaient sur les mesures techniques à mettre en œuvre pour atteindre le fameux 80 d’ici 50. Lorsqu’on examine les solutions technologiques pour y parvenir, d’un point de vue technique plutôt que du point de vue de la rentabilité, il devient évident que le secteur non combustible de l’agriculture représente environ 8 p. 100 de l’ensemble des émissions, mais que ce secteur en produira 20 p. 100 d’ici la fin de l’année 2050.

L’étude a révélé qu’en dehors des avis d’experts et des analyses portant sur les mesures que l’on peut appliquer en périphérie, il est difficile de réduire ces émissions. C’est pourquoi, un des risques que j’aimerais souligner d’entrée de jeu tient au fait que les ambitions du Canada pour atteindre ces importantes réductions des émissions des gaz à effet de serre se concentrent généralement sur le secteur de l’énergie et que le secteur non combustible devient alors une préoccupation centrale. C’est un élément.

Pour ce qui est des possibilités, je pense que cela fait écho à beaucoup de messages que nous avons entendus plus tôt ce matin. Le programme de biocarburants est un des éléments de la stratégie que le Canada met en œuvre depuis plusieurs années. Cette industrie a évolué considérablement au fil des ans. Je pense que beaucoup de possibilités s’offrent à l’industrie forestière, à l’agriculture et à l’industrie des biomasses résiduelles que l’on appelle l’industrie des biocarburants de seconde génération, mais il faut continuer à développer ces technologies afin de les commercialiser.

Permettez-moi encore une fois de souligner l’importance des changements qui doivent s’opérer dans le paysage économique à mesure que nous nous dirigerons vers l’objectif de 80 p. 100 d’ici 50. Dans 35 ans, le monde sera très différent de ce qu’il est aujourd’hui; on dit que la technologie sera un élément central pour atteindre cet objectif et, dans ce contexte, le programme de biocarburants doit être considéré comme une priorité.

Comme je l’ai mentionné, cela s’applique aux déchets forestiers et aussi aux déchets agricoles. Je l’ignorais; je n’ai pas une formation de scientifique, je suis économiste de formation. Mais je sais que l’on peut produire du méthane renouvelable à partir de fumier, grâce aux biodigesteurs. Certains experts vous en parleront probablement.

Les déchets agricoles peuvent aussi servir de sources d’énergie dans les usines d’éthanol qui s’intègrent de nos jours en Amérique du Nord dans les parcs d’engraissement de bovins. En fait, dans certains cas, ce sont même des puits de carbone et elles permettent d’obtenir des crédits compensatoires agricoles quand elles sont efficaces.

Puisque nous nous tournons vers ce secteur qui est plus avancé que les autres technologies de remplacement, je dirais que la prochaine étape en matière de conservation consisterait à examiner à quoi pourrait ressembler une chaîne d’approvisionnement intégrée comprenant notamment des bioraffineries. Jusqu’à présent, ce débat a été laborieux au Canada.

C’est une importante possibilité que nous devons, à mon avis, envisager pour les secteurs agricole et forestier et, avec l’élimination progressive des subventions et compte tenu des appuis et des controverses au fil du temps, il y a une contradiction entre les différentes réalités scientifiques et également le degré d’ambition que nous entretenons par rapport à l’objectif de 80 p. 100 d’ici 50. Le biocarburant est un élément central.

Un mot sur la taxation du carbone : Dans le contexte de l’étude que nous effectuons avec l’Académie canadienne du génie, nous examinons les conséquences économiques qu’aurait l’adoption de technologies comprises dans de tels scénarios.

Pour vous donner une idée de ce dont il est question, compte tenu de ce que nous savons et du coût actuel de la technologie, la mise en œuvre de la technologie disponible aujourd’hui qui se présente comme la plus efficace sur le plan des gaz à effet de serre et la plus respectueuse de l’environnement se traduirait par une taxe carbone implicite d’environ 800 $ à 1 200 $ la tonne. Cela ne tient pas compte du fait que les coûts de ces technologies finiront par diminuer. C’est dans le contexte des prix actuels et pour vous donner un ordre d’idées.

Dans le cadre de cette étude, on a soumis le système économique à un scénario de stress afin d’évaluer ce que signifieraient les divers degrés de taxe carbone pour différentes industries. En bon économiste, je dis, d’une part, que les conséquences ne seraient pas si graves, mais que, d’autre part, les effets pourraient être assez négatifs pour certaines industries. Je vais vous donner un ordre d’idées. Le rapport contiendra tous les détails et sera rendu public dans quelques mois.

Parlons du prix des intrants pour l’industrie. Dans le cas des industries à haute intensité énergétique, une taxe carbone de l’ordre de 200 $ la tonne a un impact d’environ 8,5 p. 100 sur le prix des intrants dans l’industrie des pâtes et papiers. On peut penser que ce n’est pas la fin du monde. Cela étant dit, l’énergie représente un coût d’intrants important dans les pâtes et papiers et, compte tenu de sa marge de profit, cette industrie est constamment en restructuration depuis 15 ans, d’aussi loin que je m’en souvienne, depuis que je travaille dans le domaine. L’industrie nord-américaine est intégrée. Les intervenants ne sont pas nombreux et étant donné que l’énergie est un poste si fondamental, cette taxe de 8 p. 100 sur des marges de profit qui tournent autour de 5 p. 100 finit par se transformer et avoir un impact réel.

Toutes les industries à forte intensité énergétique accuseront le coup. L’industrie alimentaire associée à l’agriculture ne sera pas parmi les plus touchées, étant donné qu’elle ne dépend pas autant de l’énergie, en pourcentage, que les autres secteurs. Mais dès que le commerce s’en mêle, l’industrie alimentaire figure parmi les industries qui sont touchées par une taxe. Voilà ce qu’on peut dire au sujet de la taxe carbone.

C’est le danger lorsqu’on examine l’impact global des taxes carbone. Franchement, l’impact sous forme de pourcentage des coûts globaux ou des impacts sur la structure des coûts de l’industrie canadienne en moyenne n’est pas trop négatif. Par contre, lorsqu’on s’intéresse plus précisément à certaines industries, en particulier celle des pâtes et papiers comme on le fait aujourd’hui, l’impact est réel. Quant à l’industrie alimentaire, elle est, elle aussi, touchée quand on considère qu’elle fait partie intégrante de la chaîne d’approvisionnement.

Je vais passer en revue quelques points que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux devraient prendre en compte pour aider à atteindre l’objectif et également tirer parti des possibilités qui découlent du programme pour le climat.

Je tiens encore à souligner que les secteurs agricole et forestier jouent un rôle clé dans la fourniture de carburant à faible teneur en carbone au secteur des transports. À moins d’être un expert, il est difficile de comprendre d’où viennent les pressions, mais le secteur des transports est celui où les émissions de gaz à effet de serre ont connu la plus grande hausse, ou le secteur qui a contribué à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au cours des 15 dernières années; par conséquent, les biocarburants exercent ici un rôle central. Ce sont les débuts, la technologie n’est pas encore au point, pas complètement viable sur le plan commercial et soulève certaines controverses, mais elle s’accorde bien avec certaines ambitions et possibilités liées à l’augmentation des surfaces cultivées.

Premier point : Les provinces canadiennes réduisent leur financement direct de la technologie des biocarburants. On parle beaucoup des énergies solaire et éolienne, mais on oublie les biocarburants, secteur dans lequel nous avons beaucoup investi au fil des années. Cette industrie s’avère très prometteuse pour la production de biocarburants et d’éthanol qui en est désormais à la troisième génération. Ce n’est pas le moment d’arrêter.

Quelques points relatifs au commerce qui me paraissent extrêmement importants dans le contexte de l’ALENA et de l’accord avec l’Union européenne. La taxe carbone entraîne un désavantage compétitif pour certaines industries. C’est une erreur de considérer la taxe carbone comme un instrument générique et de ne pas comprendre ses applications précises pour les industries qui sont vraiment tributaires du commerce ou qui dépendent de l’énergie comme intrant dans leurs procédés de fabrication; il faut être prudent à ce sujet.

J’affirme que, dans le cas des industries tributaires du commerce — l’Alberta a commencé à en parler — il existe des politiques qui peuvent être mises en place pour alléger certaines pressions concurrentielles en provenance des États-Unis où une taxe carbone similaire ne s’applique pas. Il en existe deux types et l’une d’entre elles est ce que l’on appelle l’attribution fondée sur les extrants; autrement dit, la taxe carbone est imposée à l’industrie des pâtes et papiers, mais l’augmentation des coûts entraînée par la taxe carbone est compensée par un remboursement calculé en fonction des extrants. En fonction de la production, on applique un critère calculé selon la moyenne de l’industrie et on rembourse un montant établi en fonction d’un pourcentage de la production de l’entreprise afin d’alléger l’augmentation des coûts de production entraînée par la taxe.

Le mécanisme est assez complexe, mais je vous invite à vous y intéresser, en particulier dans le cas de l’industrie des pâtes et papiers et de certains fabricants de produits alimentaires qui subiront les conséquences de l’application d’une taxe carbone, même les industries qui se situent dans ce que j’appellerais l’extrémité inférieure de la zone, autour de 200 $.

Là encore, le cadre pancanadien sur le changement climatique qui est en cours de négociation est un élément central. Je pense qu’il est essentiel de faire preuve de transparence dans les politiques applicables à toutes les industries. Jusqu’à présent, l’ambition politique a été claire, ce qui est formidable. Personnellement, je suis un économiste de l’énergie. Je suis allé à Rio, à Kyoto, à Copenhague, à Paris et j’ai suivi ce dossier, je l’ai analysé. L’ambition politique n’a jamais atteint le niveau qu’elle a aujourd’hui; elle devient réalité.

Il est regrettable que l’établissement de politiques fondées sur des éléments concrets soit difficile dans ce contexte, parce que les modèles de prévision économique, comme on les appelle, les modèles énergétiques, sont structurés pour donner une indication à la marge de l’impact qu’auront une taxe et un objectif politique. L’objectif de 80 p. 100 d’ici 50 n’est pas marginal; c’est un changement structurel fondamental. Je pense qu’il nous manque des éléments concrets pour établir une politique appropriée dans ce contexte.

Voilà qui met fin à mes observations.

[Français]

Le président : Merci, monsieur Thériault. Avant de commencer, j’aurais deux petites questions à vous poser. Au cours des années 1985-1990, il y avait une très grande mode au Canada, soit le désencrage du papier journal. Tous les écologistes de la terre étaient contre les papetières; il fallait désencrer les vieux journaux et les recycler pour en refaire du papier. Ça n’a pas fait de vieux os et ça n'a pas duré longtemps, parce qu’une fois le journal désencré, que faire avec l’encre? Personne n’en voulait, donc c'est resté là.

Je vous pose ma question : dans la majorité des scieries, par exemple, les moteurs sont électriques. Je vous donne les scieries québécoises en exemple; je ne sais pas si c’est le cas dans les autres provinces. Comment peuvent-elles produire du carbone? Comment une scierie fonctionnant à l’électricité peut-elle produire du carbone?

M. Thériault : Vous avez raison : lorsque le moteur est électrique, c’est la source d’énergie pour produire l’électricité qui est le...

Le président : Je parle d’hydroélectricité. Est-ce que l'hydroélectricité produit du carbone?

M. Thériault : Non, pas au Québec.

Le président : Deuxièmement, s’il faut rajouter une taxe de 8,5 p. 100 sur le papier journal en plus de la taxe américaine de 20 p. 100, il faudra laisser pousser nos arbres un bout de temps, parce qu’à 28 p. 100, compte tenu de la valeur du dollar canadien, c’est la mort de l’industrie.

M. Thériault : Ce que je disais, c’est que c’est une taxe sur le carbone et non pas sur le produit.

Le président : Une taxe de 8,5 p. 100.

M. Thériault : S’il n’y a pas de carbone dans la source d’énergie utilisée, il n'y aura pas d’effet. L’effet va se faire ressentir là où il y a du carbone dans la source d’énergie utilisée pour produire les pâtes et papiers ou le bois. Dans le cas du Québec, il n’y aura pas d’impact.

[Traduction]

Le sénateur Mercer : Monsieur Thériault, je vais changer de sujet. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le changement climatique et ses effets sur l’agriculture, l’agroalimentaire et le secteur forestier.

Dans vos observations, vous avez fait une affirmation qui m’a intrigué. Vous avez parlé de l’élimination progressive des subventions. Je suis le membre le plus ancien de ce comité; je siège ici depuis que j’ai été nommé au Sénat. Je peux relire le budget avec vous ligne par ligne si vous voulez, pour que vous m’indiquiez à quel endroit sont mentionnées les subventions auxquelles vous faites allusion dans le secteur de l’agriculture au Canada. Où sont ces subventions qui, selon vous, sont éliminées progressivement?

M. Thériault : La question s’adresse à moi?

Le sénateur Mercer : Oui, à vous.

M. Thériault : Je parlais des biocarburants en particulier.

Le sénateur Mercer : Au cours de vos observations, vous avez parlé de l’élimination des subventions. Ce sont les mots mêmes que vous avez utilisés. Je les ai pris en note. J’aimerais savoir à quelles subventions vous faites allusion. Il y a des gens qui suivent les travaux du comité et qui vous ont entendu mentionner cela. Quelque part au Canada, il y a certainement quelqu’un qui doit se réjouir de l’élimination de ces subventions. Je suis curieux de savoir de quelles subventions vous parliez.

M. Thériault : Je parlais du secteur des biocarburants, un secteur qui a été subventionné pendant de nombreuses années. Il est question également…

Le sénateur Mercer : Très bien. Cela ne concerne pas le secteur de l’agriculture sur lequel nous tentons de nous concentrer. À ma connaissance, il n’y a pas de subvention dans le secteur canadien de l’agriculture. Nous gérons notre agriculture différemment des autres pays du monde, mais il n’y a pas de subvention.

Revenons au sujet à l’étude. D’ici 2050, il y aura 9,5 ou 9,7 milliards d’habitants sur terre et quelqu’un doit réfléchir à la façon dont nous nourrirons toutes ces personnes. Cette planification devra tenir compte du problème des gaz à effet de serre qui seront produits. L’agriculture n’est pas un problème. Comme l’a dit M. Bilyea un peu plus tôt, l’agriculture ne produit que 8,9 p. 100 des émissions de gaz à effet de serre, mais l’agriculture représente une partie importante de la solution. Le secteur agricole est soumis à une pression intense. Il n’est pas la cause du problème, mais il en est la solution; il n’est pas à l’origine du problème, mais il doit le résoudre pour nous. C’est beaucoup de pression sur le secteur agricole. Comment y parvenir sans porter atteinte au secteur agricole?

M. Bilyea : J’ai mentionné deux domaines dans lesquels nous pourrions faire beaucoup de progrès. Premièrement, la plupart des recherches en agriculture portent sur ce qui pousse à la surface. Or, nous avons découvert une sorte de nouvelle cosmologie. Les plantes que l’on voit en surface ne poussent pas simplement dans le sol, mais dans un biome. C’est pourquoi, au cours des prochaines années, nous allons assister à de grandes découvertes lorsque nous allons nous intéresser aux racines des plantes qui fonctionnent un peu comme nos intestins. Elles absorbent et rejettent des éléments nutritifs et s’appuient sur une vaste structure microbienne pour fonctionner correctement. Nous venons tout juste de le découvrir. Cela n’est qu’un début. Les gens qui ont étudié la science des sols il y a une dizaine d’années n’en ont jamais entendu parler au cours de leurs études.

Par conséquent, l’agriculture offre un potentiel plus important de stockage du carbone, si l’on considère ce que l’on peut entreposer dans le sol. Cela soulève des problèmes. Le Canada a obtenu d’excellents résultats. Comme vous l’avez vu dans le diagramme que j’ai présenté, nous avons déjà augmenté considérablement notre capacité de stockage dans le sol grâce à diverses techniques nouvelles, dont le zéro-tillage, mais il y en a beaucoup d’autres. On peut prétendre que nous risquons d’atteindre un certain degré de saturation, mais grâce à la science dont je vous parle, on pourra peut-être trouver une réponse.

Deuxièmement, nous découvrons les biocharbons et nous essayons de comprendre. Nous serons peut-être en mesure de stocker le carbone à long terme par l’enfouissement des biocharbons dans le sol. Il existe plusieurs techniques différentes.

Mais surtout, il faut se poser des questions sur les endroits du monde où l’on pratique l’agriculture. Ce n’est pas la même chose. C’est un grand problème. La plupart des gaz à effet de serre produits dans le secteur de l’agriculture proviennent essentiellement de la transformation en terres agricoles de zones qui étaient auparavant des forêts tropicales. C’est de loin la plus grande source de GES. Nous devons commencer à rationaliser l’agriculture.

Permettez-moi de dire un mot sur les subventions. Certains commencent à penser que plusieurs pays du monde encouragent un très mauvais comportement en matière de production de gaz à effet de serre en subventionnant l’agriculture dans des zones où elle ne devrait pas exister. Quelqu’un peut-il justifier par exemple pourquoi l’Asie tente de faire de l’élevage de bœuf? C’est une région qui est totalement dépourvue de grain et de fourrage, et pourtant les pays d’Asie commencent à s’intéresser à ce type d’élevage. Ce n’est absolument pas justifié dans le cas du bœuf. Ça l’est un peu plus pour la volaille. L’élevage du porc est moyennement justifié, surtout si l’on réutilise les déchets transformés en aliments. Par contre, si on les nourrit au grain importé, on augmente considérablement l’empreinte en raison du transport.

Le problème auquel nous sommes confrontés tient en partie au fait que la production ne se fait pas de manière rationnelle dans le monde. Les graphiques sur l’eau que j’ai présentés dans ma documentation aboutissent à la même conclusion. Ce serait un progrès énorme pour le Canada si nous pouvions remédier à cette situation.

Le sénateur Mercer : Votre proposition concernant le bœuf est intéressante, mais, du point de vue canadien, c’est une bonne nouvelle pour notre marché d’exportation que les Asiatiques se mettent à consommer du bœuf. Le comité se trouvait récemment en Chine, au moment où le marché chinois s’est ouvert aux importations de bœuf et nos producteurs de bœuf étaient particulièrement satisfaits que ce marché leur soit désormais accessible. Votre commentaire sur leur production intérieure est justifié, mais c’est une bonne nouvelle pour nous.

M. Bilyea : C’est une très bonne nouvelle en effet, mais vous serez moins contents d’apprendre que la plupart du bœuf qu’ils consomment ne provient pas du Canada. Il provient de zones qui produisent de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Le sénateur Mercer : C’est un problème auquel nous aimerions remédier.

M. Bilyea : Si vous y étiez récemment, vous avez dû aller dans un supermarché où j’ai aidé le gouvernement canadien à s’implanter. Oui, ils sont très intéressés par le bœuf canadien. Mais ce dernier représente moins de 1 p. 100 de la viande de bœuf consommée là-bas.

Le sénateur Oh : Merci, messieurs. C’est très intéressant. Je pense au voyage dans l’espace que l’humanité pourra entreprendre dans 100 ou 200 ans d’ici. Nous saurons alors comment produire nous-mêmes notre nourriture dans l’espace.

Dans votre publication sur la nouvelle approche stratégique, il est question que le secteur agroalimentaire canadien relève les défis liés au climat et à l’environnement. Quels sont les risques? Y voyez-vous également des opportunités pour le secteur? Quelles sont les mesures que le secteur peut prendre, maintenant et dans le futur, pour relever ces défis?

M. Thériault : Nous avons parlé des opportunités et je reconnais qu’elles existent. Au début de mes observations, j’ai évoqué un élément qui est souvent oublié. À mesure que nous nous rapprocherons de l’objectif de réduction des gaz à effet de serre de 80 p. 100 d’ici 2050, la portion non combustible de l’économie augmentera de plus en plus. Dans le cadre de la transition vers une économie faible en carbone, nous devons commencer à prendre en compte dès aujourd’hui des mesures que nous mettrons en place pour réduire la portion non combustible.

Les producteurs canadiens produisent peut-être moins de gaz à effet de serre que les autres, mais, en chiffres absolus, disons que le programme commercial du Canada fait en sorte que les exportations de bœuf constituent le meilleur choix pour le reste de la planète, mais que, parallèlement, cela signifie que notre production va augmenter. En conséquence, notre empreinte en matière d’émissions de gaz à effet de serre dans le secteur non combustible, le secteur agricole, va augmenter. C’est un aspect à souligner.

Si l’on ne tient pas compte dans l’équation que l’on évite ainsi la production d’émissions en Asie, cela revient à se tirer une balle dans le pied. L’économie canadienne étant petite, ouverte et tributaire du commerce, le Canada doit rapidement tenir compte, dans le cadre du défi que présente la lutte contre le changement climatique, des compensations agricoles auxquelles notre production contribue en termes d’émissions de gaz à effet de serre, étant donné que nous produisons pour d’autres pays qui sont moins efficaces dans le contrôle des gaz à effet de serre.

Voilà la situation : dans le cas du secteur non combustible ou du secteur agricole, je dirais que si nous ne sommes pas très clairs dans nos négociations commerciales quant à l’avantage que présentent les exportations de produits canadiens et leur effet sur l’empreinte nette des émissions de gaz à effet de serre, il est certain que nous allons nous tirer dans le pied. En effet, ce n’est pas un enjeu national; la cible de réduction des gaz à effet de serre est un enjeu mondial. Le Canada représentant 2 p. 100 de l’ensemble des émissions, nous devons et nous pouvons faire notre part. En fait, en écoulant nos produits et en augmentant notre production, nous pouvons atteindre ce niveau. Nous pouvons augmenter nos émissions de gaz à effet de serre au Canada dans la mesure où nous sommes crédités pour la réduction nette à laquelle nous contribuons en évitant que d’autres pays se lancent dans la production en utilisant des technologies moins efficaces et en produisant de plus grandes émissions de gaz à effet de serre.

Comme nous l’avons dit, nos procédés de production sont efficaces et, chaque fois que nous exportons de la viande, par exemple, nous contribuons à limiter les émissions de gaz à effet de serre. Si nous n’insistons pas sur cet argument au cours des négociations commerciales, nous aurons un problème. Comme je l’ai dit, l’énergie est au centre de cet ordre du jour politique, mais il faudra rapidement placer le secteur non combustible et non énergivore au centre des discussions, parce qu’il n’existe pas de moyen évident et facile de réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle locale et nationale au Canada dans le secteur non combustible.

Le sénateur Oh : Le Canada joue-t-il un rôle sur la scène mondiale dans la lutte contre le changement climatique? Sommes-nous un chef de file ou sommes-nous à la remorque des autres pays?

M. Bilyea : Je ne peux parler qu’au nom de l’agriculture et, dans ce secteur, nous sommes vraiment en avance. C’est très clair. Ce n’est pas que nous soyons parfaits, mais c’est en partie parce que les conditions dont nous disposons sont assez favorables.

J’aimerais soulever un point que l’on a peut-être oublié. Dans la mesure où nous commençons à prendre ce calcul en considération, nous vivons dans un monde où nous ne pouvons pas obliger les gens à cesser de manger du bœuf ou du porc ou de la viande. Ce n’est pas ce que nous voulons faire, mais nous voulons que les gens reconnaissent qu’il n’est absolument pas efficace de produire de telles denrées dans certaines régions et les amener à penser à arrêter la production dans ces régions, exactement comme la Chine le fait aujourd’hui avec le porc. Les Chinois cessent de produire du porc dans d’importantes régions qui faisaient ce genre d’élevage et déplacent les exploitations au nord-ouest et au nord-est du pays. Ils diminuent leur production et tout le monde est surpris de constater qu’il y a moins de porc que prévu sur le marché chinois. Cela rejoint ce que nous disions un peu plus tôt. Ce n’est pas seulement une question de changement climatique: c’est aussi une question de santé et de pollution.

Que se passe-t-il lorsque cela arrive? Cela contribue à faire monter les prix dans les autres parties du monde où la production est plus efficace et, récemment, l’Amérique du Nord en a bénéficié.

Le sujet mérite réflexion. Ce que nous voulons dire, c’est que si tout se passe bien, on assistera à une augmentation des prix. Cette augmentation aura une incidence sur les quantités consommées, mais il y aura des retombées positives pour le secteur de l’élevage et l’agriculture au Canada.

C’est ce que je voulais expliquer en parlant du capital naturel. Si nous ne pouvons pas imaginer que le capital naturel puisse diminuer et si nous évitons de nous pénaliser directement, mais que nous déployons nos efforts dans la bonne direction, nous aurons trouvé la meilleure façon d’améliorer l’économie agricole au Canada. Il n’y a pas de doute là-dessus. Mais ce n’est pas facile à faire et ce n’est pas une démarche unilatérale, mais internationale.

Le sénateur Oh : Merci.

[Français]

Le sénateur Dagenais : Merci à nos invités. Ma première question s'adresse à M. Ted Bilyea. Monsieur Bilyea, une taxe sur le carbone existe déjà dans certaines provinces canadiennes. Croyez-vous qu’il serait possible de gérer une telle taxe de façon à ce qu'elle n'ait aucun effet sur les producteurs? Quel genre de programme souhaiteriez-vous que le gouvernement adopte? Nous pourrions inclure votre suggestion dans notre rapport.

[Traduction]

M. Bilyea : La taxation est une méthode très efficace, mais ce que nous essayons de démontrer, c’est que dans le cas du carbone, étant donné qu’il y a peu d’équivalents carbone dans l’industrie qui ne soient pas biologiques, la taxe n’aura pas vraiment une grande incidence, sinon peut-être une incidence négative. Par conséquent, nous devons réfléchir un peu plus aux autres mécanismes que l’on pourrait utiliser. Ce n’est pas nécessairement tout l’un ou tout l’autre; c’est tout simplement que certaines méthodes sont plus efficaces que d’autres dans le secteur de l’agriculture. Comme nous l’avons dit tous les deux, il faut comparer les émissions réelles de carbone par opposition aux émissions d’oxyde nitreux qui sont plus importantes dans le secteur agricole. On ne peut rien y faire. On peut taxer le carbone tant que l’on voudra, mais cela n’aura aucune incidence sur l’oxyde nitreux qui constitue le grand problème.

Nous nous efforçons d’être plus subtils à ce sujet en proposant de nous intéresser à d’autres méthodes. La démarche entamée par l’Alberta paraît très logique, étant donné que cette province propose un système de plafonnement et d’échange qui prend en compte divers impacts et pas seulement celui du carbone.

La taxe carbone est excellente dans le secteur de l’énergie, puisqu’on taxe alors la bonne chose. Mais ce n’est pas en taxant le carbone que l’on améliorera l’efficacité de l’agriculture. On arrivera un jour à fabriquer des tracteurs électriques et cela mettra fin en grande partie au problème du carbone.

Comme je l’ai déjà mentionné, un de nos principaux administrateurs qui gère une très grande exploitation au Manitoba, se rapproche de la neutralité carbone. C’est un exemple parfait de l’agriculture moderne. Il n’a pas besoin de conduire ses tracteurs, parce qu’ils se conduisent tout seuls et il applique toutes les nouvelles techniques de fertilisation, mais il se concentre plus particulièrement sur le biome dans le sol. Il est intéressé par les bactéries qui sont les grandes ouvrières du sol. Son objectif est de réduire considérablement ses intrants et d’augmenter sa production; en conséquence, ses coûts ont changé. Je ne suis pas nécessairement contre l’idée d’appliquer une taxation sur le carbone de manière appropriée, mais je ne sais pas comment cela s’appliquerait dans le secteur de l’agriculture. Depuis quelque temps, je me suis penché là-dessus. Nous avons fait de bonnes recherches, mais je ne sais pas comment cela fonctionne.

[Français]

Le sénateur Dagenais : J’ai une question à poser à M. Thériault. Les changements à adopter pour lutter contre les GES sont souvent difficiles à faire accepter, notamment dans le secteur agricole. Tout est une question de rentabilité pour les producteurs. Dans le cadre de l’étude comparative que vous avez menée à l’extérieur du Canada, pouvez-vous nous donner des exemples de politiques qui ont donné de bons résultats et qui étaient plus acceptables pour les producteurs?

M. Thériault : Je suis tout à fait d’accord pour dire que la taxe sur le carbone n’est pas un outil très efficace pour le secteur agricole. Le problème découle de la portion non combustible, qui est un tout autre débat.

Un exemple d’intervention intégrée dans le cadre de notre objectif de réduction des gaz à effet de serre, c’est l’accent qui est mis sur les biocarburants. Il y a des biocarburants de première génération qui proviennent du canola et du maïs, et ceux de la deuxième génération qui proviennent des déchets, soit de l’industrie forestière ou du secteur agricole. J’ai fait référence à l'exemple des biodigesteurs. Il s’agit d’un processus qui consiste à utiliser les sources d’énergie contenues dans les déchets de la production agricole et à les transformer en éthanol. Donc, c’est une portion du secteur énergétique qui peut contrebalancer l’augmentation des gaz à effet de serre qui proviendraient de la croissance du secteur agricole, qui ne sont pas nécessairement liés au secteur énergétique. Grâce à des politiques créées en amont, le secteur énergétique peut jouer un rôle de contre-balancier de l’effet de la croissance du secteur agricole. Cela mène à une réflexion intégrée sur les efforts pour encourager le secteur agraire au Canada à exporter davantage, avec les effets de l’augmentation des gaz à effet de serre qui en résulteront. Même si on est très efficace, à l’heure actuelle, les GES continueront d’augmenter. Si on peut démontrer qu’on contrebalance leur effet en adoptant des politiques en amont en matière de biocarburants, on peut offrir une solution « élégante » dans le cadre de la lutte aux gaz à effet de serre.

Selon ce que j’ai entendu — je parle des technologies de pointe en matière de biocarburants dans le secteur agricole, particulièrement aux États-Unis —, des usines réussissent à avoir non seulement une empreinte carbone zéro, mais même une empreinte carbone négative en intégrant une stratégie. Le débat n’est pas encore ouvert, mais, à mon avis, c’est central. Si on maintient l’activité dans le secteur agricole et le taux de gaz à effet de serre tels qu’on les observe aujourd’hui — en présumant qu’on atteindra notre objectif —, on parle de 20 p. 100 de gaz à effet de serre qui proviendraient du secteur agricole en 2050. Donc, il faut que ce soit intégré dans nos politiques pour que nous puissions atteindre nos objectifs.

Le président : Il nous reste à peine quelques minutes, et quatre sénateurs ont demandé la parole. Je vous prie de poser des questions très courtes et de donner des réponses très brèves.

[Traduction]

Le sénateur Woo : Je remercie les témoins. J’aimerais poser une question très rapide sur l’idée d’encourager les activités agricoles dans des régions où elles sont plus adaptées — il est intéressant, par exemple, de voir que les Chinois ont déplacé leurs élevages de porc.

Cela ne peut se faire sans des marchés ouverts, en particulier des marchés de capitaux ouverts et une réceptivité aux investissements internationaux, afin de permettre aux pays riches en capitaux de retirer leurs investissements des régions qui sont moins adaptées à certaines activités pour les relocaliser dans des endroits où elles conviennent le mieux. Notre comité s’est déjà penché, au cours d’une étude précédente, sur la réceptivité aux investissements étrangers dans le secteur agricole au Canada. Vous voyez sans doute où je veux en venir. Dans la mesure où il existe une forte demande pour les produits du bœuf, par exemple en Chine, et que l’élevage de bovins n’est pas une bonne idée dans ce pays, il faudrait alors que l’industrie canadienne du bœuf soit prête à accepter d’importants investissements de pays comme la Chine qui sont riches en capitaux et dont le marché intérieur affiche une demande pour ce type de produits, ainsi que des entrepreneurs qui savent comment exploiter ce marché. Que pensez-vous de cette proposition? Ma question s’adresse à tous les deux.

M. Thériault : Encore une fois, le Canada étant une économie relativement petite, ouverte et tributaire du commerce, la notion d’« économie ouverte » ne s’applique pas seulement aux exportations; elle concerne également les importations et les chaînes d’approvisionnement sont intégrées aux importations et aux exportations.

Cela comprend également les investissements directs étrangers ou IDE. Cela ne concerne pas uniquement les entreprises canadiennes qui investissent à l’étranger pour en retirer des avantages qui, selon nous, profitent au Canada. De fait, c’est souvent l’entreprise hôte qui bénéficie de ces flux de capitaux en provenance du Canada et vice versa. Vous avez tout à fait raison. Les flux entrants et sortants d’IDE sont au centre de ce mécanisme. Sans les flux entrants d’IDE, le Canada n’aurait pas été le pays qu’il est aujourd’hui. Dans cette même logique, je partage tout à fait votre point de vue.

Le sénateur Woo : Aux avantages économiques viennent s’ajouter les réductions de GES. C’est ce que je voulais souligner.

M. Thériault : C’est un des grands instruments de politique dont on parlait au début des années 1990 — les projets de capital-risque internationaux. Il n’en a plus été question, mais c’est une formule que le Conference Board a toujours appuyée.

Le défi se situe au niveau des stocks, parce que nous savons tous théoriquement que c’est réellement avantageux pour la planète, mais chaque pays a son propre ordre du jour. Si le Canada ne peut pas obtenir la reconnaissance qui lui est due pour la réduction des gaz à effet de serre à laquelle il contribue en investissant à l’étranger — ou vice versa, lorsqu’une entreprise étrangère investit ici et contribue à une réduction des émissions de gaz à effet de serre — comment, du point de vue des stocks, démontrer que nous respectons nos objectifs? Voilà le défi.

M. Bilyea : Je crois que je partage ce point de vue. De toute façon, les capitaux vont entrer. Nous pouvons le constater dès aujourd’hui, selon moi. Je crois que nous devrions nous assurer que les processus de gouvernance soient fin prêts avant que les échanges se fassent à grande échelle, car sinon, nous ne ferons pas les progrès escomptés en matière de préservation du capital naturel.

[Français]

La sénatrice Tardif : Ma question s’adresse à M. Bilyea. Vous avez indiqué que, parmi les cinq crises qui pourraient toucher la planète, le manque d’eau était l’une des crises les plus importantes. Je sur originaire des Prairies, en Alberta. Notre province connaît souvent des périodes de sécheresse, et c’est le cas aussi dans le nord-ouest des États-Unis. Quelle stratégie est mise en place à l’heure actuelle pour aider les agriculteurs à mieux s’adapter à ces conditions? Y a-t-il une stratégie commune qui existe entre le Canada et les États-Unis quant à la question de l’eau?

[Traduction]

M. Bilyea : En raison des contraintes de temps, j’ai limité mes commentaires aux eaux souterraines qui ne sont pas très utilisées au Canada. Nous sommes essentiellement un pays dont les eaux proviennent des pluies et de la fonte des neiges, ce qui est inhabituel dans le secteur de l’agriculture à l’échelle mondiale. Nous sommes un peu privilégiés dans le sens que nous ne sommes pas tributaires d’aquifères profonds, qui sont des caractéristiques géologiques.

Cela étant dit, je vais revenir à votre question. Je pense que le plus grand secteur auquel nous devons nous intéresser est celui du biome des sols, puisque les sols très sains ont une plus grande capacité de rétention de l’eau. Cet aspect est intimement lié au type de rotation des cultures que nous pratiquons. C’est un domaine qui suscite beaucoup de réflexion et d’activités je crois dans les Prairies et les plaines du nord des États-Unis. Il n’y a pas de véritable réponse autre que les programmes de stockage des eaux, une initiative qui semble tout à fait appropriée en Alberta, mais moins au Manitoba, évidemment, en raison de la morphologie du territoire. C’est trop compliqué pour cette question.

La sénatrice Tardif : Merci pour cette précision au sujet des eaux souterraines.

M. Bilyea : C’est une différence très importante.

La sénatrice Petitclerc : Dans plusieurs réponses, vous avez souligné que les défis sont mondiaux, internationaux et que les solutions le sont probablement aussi. J’aimerais savoir comment ce dialogue évolue et comment il est organisé. Peut-être ne s’est-il encore rien passé? J’aimerais me faire une idée à ce sujet.

M. Bilyea : Le dialogue est en cours. Je pense que nous pouvons et que nous devons en faire beaucoup plus. Voilà ma réponse.

[Français]

La sénatrice Gagné : J'aimerais aborder la question de la recherche. Je me suis posé la question à savoir si le Canada investit suffisamment dans la recherche en agronomie ou dans le dossier des changements climatiques. Sommes-nous en mesure d’assurer le transfert des connaissances des chercheurs aux agriculteurs? On pourrait même penser à l’inverse; vous avez parlé de l’exemple du Manitobain qui a fait des recherches sur sa terre. Comment le transfert peut-il se faire à l’inverse? Vous avez mentionné un réseau quelconque.

[Traduction]

M. Bilyea : C’est une excellente question et je pense que nous devrions nous la poser beaucoup plus souvent. D’après ce que j’ai pu observer, les meilleures innovations proviennent des exploitations agricoles et sont relayées vers les universités. Ce n’est pas nécessairement le cas dans l’autre sens.

Les exploitants agricoles qui font des expériences proposent des solutions très intéressantes et ils ont bâti une industrie prospère. Je ne sais pas exactement comment procéder, mais je sais que nous devons trouver un moyen de réunir les spécialistes des sciences physiques et des sciences sociales avec les chefs de file ou les inventeurs et les pionniers dans l’adoption de nouvelles technologies. C’est de là que naissent les bonnes idées nouvelles.

Bien avant de savoir qu’il y avait des bactéries dans le sol et que certaines d’entre elles jouaient un rôle bénéfique, les exploitants agricoles savaient que si leurs sols étaient sains, ils retiendraient mieux l’eau et ils savaient qu’ils pourraient réduire leurs intrants. Il a fallu attendre longtemps avant que l’on se demande ce qui se produisait réellement. C’est alors que l’on a découvert toute cette activité microbienne.

Personne ne connaît la réponse, mais je pense qu’en général, nous devrions en effet consacrer plus de temps et d’argent à ce secteur car les retombées potentielles sont énormes et elles seront peut-être même nécessaires à l’échelle mondiale, à cause de ce risque existentiel inhérent.

[Français]

La sénatrice Gagné : Croyez-vous que ce serait une bonne recommandation à faire au gouvernement canadien?

[Traduction]

M. Bilyea : Absolument.

[Français]

Le président : Monsieur Thériault, monsieur Bilyea, madame Yildirim, merci beaucoup de vos témoignages. Vous avez pu constater l’intérêt des membres du comité dans ce dossier. Comme nous allons continuer nos travaux sur une période à long terme, nous aurons peut-être l’occasion de nous revoir. Je vous remercie de vos travaux, et vous encourage à continuer sur votre lancée. C’est l’avenir de l’industrie agroalimentaire canadienne que vous avez entre les mains.

Avant de demander aux prochains témoins de faire leurs témoignages, j’aimerais informer les membres du comité que le remplaçant du sénateur Plett au comité directeur sera dorénavant le sénateur Dagenais. Le comité directeur sera donc composé des sénateurs Mercer, Woo, Dagenais et de moi-même.

Ce matin, nous recevons deux représentants du Conseil des viandes du Canada.

[Traduction]

M. Troy Warren, président du conseil d’administration, et M. Ron Davidson, vice-président principal, Commerce international et Affaires publiques.

Merci d’avoir accepté notre invitation à comparaître. Je crois que c’est M. Warren qui va commencer.

Troy Warren, président du conseil d’administration, Conseil des viandes du Canada : Bonjour. Merci de nous donner la possibilité de présenter le point de vue du Conseil des viandes du Canada sur l’impact potentiel du changement climatique sur le secteur agricole et agroalimentaire en général et à propos des répercussions des mécanismes proposés de tarification du carbone sur l’industrie de la viande en particulier.

Le Conseil des viandes du Canada représente les emballeurs et les transformateurs de viande canadiens immatriculés au fédéral depuis 1919. Le conseil regroupe 50 entreprises d’emballage et de transformation des viandes et 90 entreprises qui fournissent des biens et services à l’industrie. L’industrie des viandes est un lien indispensable dans une chaîne de valeur hautement intégrée qui regroupe les producteurs céréaliers, les producteurs de porc, les éleveurs-naisseurs, les exploitants de parc d’engraissement, les producteurs laitiers, les fournisseurs de biens et services, les communautés rurales et les consommateurs de toutes les régions du Canada, ainsi que d’une centaine d’autres pays du monde.

Avec des ventes de 28 milliards de dollars, des exportations de 6 milliards de dollars et plus de 66 000 emplois, l’industrie des viandes est la composante principale du secteur canadien de la transformation alimentaire. Dans chaque ville, l’usine d’emballage de viandes figure généralement parmi les plus grands employeurs et contribuables de la collectivité.

La pérennité actuelle et future du secteur du bétail et de la viande est largement tributaire de l’accès concurrentiel aux marchés internationaux. Pour garantir sa compétitivité, le secteur du bétail et de la viande doit produire plus de viande que les Canadiens n’en consomment. Les emballeurs de viande doivent écouler leurs produits sur les marchés d’exportation pour pouvoir maintenir leur viabilité commerciale, pour équilibrer l’offre et la demande de coupes particulières et de produits commerciaux qui ne sont pas consommés au Canada.

La comparaison des prix est un facteur clé dans les décisions d’achat des consommateurs, tant sur le marché intérieur que sur les marchés étrangers. Une fois répercutée sur le prix de vente, une différence d’un cent par kilogramme dans les coûts de production peut faire la différence entre le succès et l’échec d’un produit. Le marché canadien est ouvert aux importations de viande non contingentée et en franchise de droits en provenance d’autres pays, y compris des États-Unis qui sont notre première source d’importation de viande et aussi la première destination de nos exportations. Ils sont aussi notre principal concurrent sur les marchés étrangers.

Situés à l’extrémité de la chaîne de valeur qui regroupe les fabricants d’engrais, les manufacturiers, les producteurs céréaliers, les producteurs de bétail et les transporteurs, les emballeurs et les transformateurs de viande doivent proposer un produit compétitif à l’échelle mondiale, tout en absorbant les coûts accumulés aux divers échelons de la chaîne.

Pour cette raison, la pérennité des entreprises sur les marchés intérieurs et internationaux, est hautement dépendante de l’existence d’une politique internationale sur la concurrence et d’un contexte réglementaire tout au long de la chaîne de valeur.

Notre planète devra relever le défi redoutable de nourrir 2 milliards de personnes de plus d’ici 2050 — soit dans seulement trois décennies — et, qui plus est, sans avoir recours aux solutions traditionnelles sur lesquelles le monde a pu compter jusqu’à présent — en l’occurrence l’augmentation des surfaces utilisées, de la consommation d’eau et d’énergie bon marché. L’incapacité à satisfaire l’inévitable augmentation de la demande en matière alimentaire se traduirait par une instabilité politique et des migrations massives sans précédent, avec les risques que cela représenterait pour la sécurité et l’économie, y compris au Canada.

La production alimentaire contribue au changement climatique et, réciproquement, le changement climatique rend la production alimentaire plus difficile. L’humanité devra relever le défi redoutable de répondre à l’augmentation de la demande alimentaire mondiale tout en diminuant l’empreinte environnementale de la production. Les politiques, programmes ou décisions qui auront pour effet de réduire la disponibilité totale de nourriture ou d’en augmenter le prix aggraveront l’insécurité alimentaire tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle mondiale.

Dans son rapport publié le 6 février 2017 et intitulé La voie vers la prospérité, le Conseil consultatif en matière de croissance économique du Canada présentait le secteur agricole et agroalimentaire du pays comme celui qui possède le potentiel de croissance substantielle et d’augmentation des exportations et celui de devenir le chef de file de confiance dans l’approvisionnement de produits alimentaires sûrs, nutritifs et durables au XXIe siècle.

La chaîne de valeur du bétail et de la viande au Canada détient le potentiel et la volonté de réaliser une augmentation importante de sa production, mais est également capable de réaliser cette ambition avec une empreinte environnementale nettement plus faible que la plupart des autres pays.

Le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire est tributaire du climat et des conditions météorologiques et bénéficie de la modération et de la prévisibilité climatique et météorologique. Les sécheresses, les inondations, la volatilité des conditions météo et les températures record ont un impact négatif sur notre industrie. C’est pourquoi, notre secteur du bétail et de la viande se donne déjà pour priorités d’améliorer constamment la productivité, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer son bilan environnemental.

Le bilan carbone de la production canadienne de bétail et de viande compte parmi les plus faibles du monde et les différents éléments de la chaîne de valeur s’engagent à continuer à s’améliorer.

Par comparaison à la situation en 1981, il fallait, en 2011, 24 p. 100 de terre en moins et 27 p. 100 de bétail en moins pour produire 1 kilogramme de bœuf et cette activité produisait 14 p. 100 de méthane en moins, 15 p. 100 d’oxyde nitreux en moins et 12 p. 100 de dioxyde de carbone en moins. Au cours de cette période, l’intensité des gaz à effet de serre par kilogramme de bœuf produit a diminué de 14 p. 100.

Une étude réalisée par l’industrie du porc a révélé qu’entre 1959 et 2009, la production porcine a réduit de 35 p. 100 son empreinte carbone, diminué son utilisation d’eau de 41 p. 100 et réduit de 78 p. 100 l’espace nécessaire pour produire un porc.

La mise en œuvre de politiques entraînant une augmentation de nos coûts supérieure à celle que subissent les pays étrangers serait préjudiciable au secteur canadien de production de bétail et de viande. L’effet pervers d’un tel scénario serait la diminution de la production de viande et la perte d’emplois au Canada au profit d’une augmentation de la production de viande et des emplois dans des pays au bilan carbone plus élevé. Le résultat final serait une augmentation encore plus grande de la production des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale.

Il faut prendre le temps de bien comprendre les programmes de tarification du carbone et leur impact sur le secteur du bétail et de la viande, étant donné que ces systèmes sont en cours d’élaboration ou de mise en œuvre. Le principal souci du secteur de la viande n’est pas l’existence de la taxe carbone elle-même, mais plutôt l’incertitude liée aux multiples programmes qui sont encore en cours d’élaboration au Canada et dans certains principaux pays concurrents, mais pas tous; l’impact cumulatif inconnu des divers programmes au niveau des fabricants d’engrais, des cultivateurs-grainetiers, des éleveurs de bétail, des transporteurs et des transformateurs de viande; les effets relatifs inconnus et peut-être déterminants pour la concurrence des multiples programmes nationaux et étrangers sur la compétitivité canadienne; l’incertitude entourant la disponibilité d’outils pour réduire les émissions; l’absence de programmes pour appuyer la séquestration du carbone dans le secteur agricole et agroalimentaire canadien.

Il ne faut pas oublier que la compétitivité des coûts est un facteur relatif, pas absolu. Si un facteur de coût supplémentaire, comme une taxe sur le carbone, est réparti équitablement entre tous les acteurs, et que toutes les entreprises et tous les pays sont sur un pied d’égalité, un facteur de dissuasion discriminatoire frappera plus les producteurs efficients sur le plan environnemental. Dans ce contexte, le secteur de la viande croit qu’il est important que les gouvernements de tous les pays exportateurs de viande agissent de manière concertée.

Les bonnes politiques n’ont pas un objectif unique. Protéger l’environnement doit être envisagé dans un contexte plus large qu’une simple réaction au changement climatique. Le Canada peut avoir un impact environnemental positif tout en préservant l’élevage du bétail sur des terres agricoles absorbant le carbone, de façon à fournir un revenu aux producteurs alimentaires, à créer des emplois pour la population, à préserver l’activité économique dans les collectivités locales et à nourrir les populations qui ont faim aussi bien sur son territoire que dans les pays souffrant de déficit alimentaire.

On doit s’efforcer d’atteindre cet objectif non pas par une exploitation accrue des terres, de l’eau ou de l’énergie, mais avant tout par l’intensification de la recherche et par l’incitation à rehausser la productivité et l’efficience de tous les maillons de la chaîne de valeur. Cet objectif exigera aussi l’adoption des technologies sous-utilisées, à la fois existantes et à venir. Toute politique, mesure ou décision ayant pour effet de réduire la compétitivité canadienne ou d’entraver la mise au point ou l’adoption de nouvelles technologies aura une incidence négative sur la production alimentaire mondiale, sur la sécurité des approvisionnements alimentaires et sur l’environnement, ainsi que sur le Canada rural.

Les défis à relever sur le plan de l’environnement et de la production alimentaire ne sont pas seulement très sérieux, ils ont aussi une envergure mondiale. Aucun ne pourra être relevé par des pays ou des entreprises agissant de manière isolée. Les réponses et les solutions exigeront des politiques intégrées et concertées de la part des organismes aussi bien nationaux qu’internationaux. Si le Canada parvient à formuler des politiques adéquates, nous pourrons non seulement répondre aux besoins nutritifs de notre population, mais aussi contribuer à l’alimentation de milliards d’autres habitants de la planète, tout en réduisant l’empreinte environnementale de notre production alimentaire.

Dans ce contexte, il est important que votre comité milite en faveur de politiques, de mesures et de décisions pangouvernementales cohérentes et positives pour permettre au secteur canadien de l’élevage et à l’industrie de la viande de préserver leur compétitivité tout en poursuivant leur trajectoire déjà établie de réduction progressive de leur empreinte environnementale.

Merci de votre attention.

Le président : Merci beaucoup, monsieur Warren. Nous allons maintenant passer aux questions.

La sénatrice Tardif : Je vous remercie de votre présence ce matin et de votre exposé très intéressant. En lisant votre conclusion, je crois comprendre qu’il y a selon vous beaucoup d’autres mécanismes que l’on peut utiliser, à part la tarification du carbone, et que le secteur agricole a probablement une empreinte environnementale moindre que d’autres secteurs comme, par exemple, l’énergie ou les transports, et que vous ne voulez certainement pas être pénalisés pour certaines des bonnes choses que vous faites.

Vous avez dit que l’on devrait adopter des politiques pangouvernementales et faire plus de recherche dans certains domaines et sur de nouvelles technologies. Pourriez-vous nous donner plus de détails à ce sujet?

Ron Davidson, vice-président principal, Commerce international et affaires publiques, Conseil des viandes du Canada : Dans notre exposé, nous avons parlé d’accroître la productivité dans toute la chaîne de valeur, ce qui implique clairement que l’on réduise la quantité de gaz à effet de serre produite — pas seulement le carbone, mais tous les gaz à effet de serre — par kilogramme de viande produit. Ce que cela signifie, à nos yeux, c’est que la recherche et la technologie sont vraiment importantes.

Un autre aspect de la question est l’acceptation de la technologie. Je ne parle pas ici de notre propre secteur, mais plutôt du secteur des céréales où certaines technologies employées au Canada ne le sont pas dans d’autres pays. Il y a l’exemple des OGM, mais il y en a d’autres. Ce sont des technologies qui améliorent considérablement la productivité dans toute la chaîne de valeur, mais auxquelles certaines personnes résistent parce que, selon nous, elles ne les comprennent pas bien, et cela a une incidence négative sur la productivité du secteur et, en fait, sur la capacité de production de carbone dans le monde parce que nous ne pouvons pas employer ces technologies.

Il s’agit donc d’abord d’accroître la recherche sur la productivité dans toute la chaîne de valeur, y compris sur la réduction des gaz à effet de serre et, ensuite, sur l’acceptabilité de cette recherche, et d’adopter des politiques contribuant à promouvoir cette recherche auprès du consommateur.

La sénatrice Tardif : Certains des témoins qui vous ont précédé ont parlé de la biodigestion. Est-ce que les abattoirs ont la capacité technologique d’intégrer la biodigestion dans leurs procédures, par exemple en l’utilisant pour produire l’électricité dont ils ont besoin?

M. Warren : Je ne connais pas d’entreprise qui emploie cette technologie au Canada. À mesure qu’elle s’améliorera, elle trouvera certainement une application dans notre industrie. C’est juste une question d’intrants de production et de la quantité d’énergie que l’on peut extraire de cette manière, si vous voulez.

Je travaille pour Maple Leaf. Nous essayons dans la mesure du possible de tenir compte de notre empreinte environnementale globale, notamment en essayant de réduire les déchets qui sortent de nos établissements.

Lorsque nous transformons la viande au Canada, nous produisons très peu de déchets. Le sous-produit est envoyé à l’équarrissage et rentre à nouveau dans la chaîne de valeur, par exemple pour la production de biodiesel. Nous appuierons toute politique permettant d’encourager ce « recyclage » du peu de déchets que produit notre industrie.

La sénatrice Tardif : Merci.

[Français]

Le sénateur Dagenais : Ma question s’adresse à M. Davidson. Le Conseil des viandes du Canada parle du bien-être animal. Que voudriez-vous voir dans notre rapport concernant le bien-être des animaux au Canada? C’est une chose dont on ne parle pas souvent.

[Traduction]

M. Davidson : Le bien-être animal a un impact à deux niveaux: au niveau du producteur et aussi au niveau de la transformation de la viande. Il y a des règlements très clairs dont l’Agence canadienne d’inspection des aliments vérifie le respect par les entreprises de salaison. Les vétérinaires du gouvernement vont sur place dans les locaux pour s’assurer que ces règlements sont strictement respectés.

Au niveau du producteur, il y a une autre série de règlements et, entre les deux, il y a le transport. Il y a actuellement des discussions au sein du gouvernement sur une modification de la réglementation touchant le secteur du transport. Notre principale contribution à ce processus, qui affecte à la fois les producteurs et les transformateurs, est de veiller à ce que les règlements reposent sur des critères scientifiques. Beaucoup de choses qui se disent au sujet du bien-être animal ne reposent pas sur des données scientifiques, mais participent plutôt de l’émotion. Il est très difficile d’avoir une discussion objective dans un tel climat d’émotion. Ma réponse à votre question est donc la suivante: discutons à partir des faits, sans excès d’émotion.

Le sénateur Pratte : La nouvelle administration américaine ne semble pas très intéressée à lutter contre le changement climatique. Vous avez dit que ce sont des entreprises américaines qui sont vos principales concurrentes. Cela étant, que peut faire le gouvernement du Canada si une taxe sur le carbone ne constitue pas une bonne politique, selon vous, pour des raisons évidentes? Est-ce que le gouvernement du Canada devrait ne rien faire pendant quatre ou huit ans parce que le gouvernement des États-Unis ne veut rien faire à ce sujet, ou y a-t-il d’après vous une autre solution pour que le Canada puisse participer à la lutte contre le changement climatique?

M. Warren : Notre industrie estime qu’il faut que le pays fasse preuve de leadership au sujet du changement climatique.

Par contre, nous œuvrons dans un secteur où les paramètres économiques sont déjà très tendus, si vous voulez. D’après nous, si des taxes doivent être appliquées au secteur de la transformation de la viande, comme une taxe sur le carbone, elles doivent l’être également aux produits que nous importons afin que tout le monde puisse au moins se faire concurrence sur un pied d’égalité dans notre pays. Voilà une solution, mais comme nous sommes un pays qui exporte près des deux tiers de sa production de viande, nous pouvons défendre la consommation de notre industrie nationale, mais cela augmentera les coûts pour les consommateurs. Le problème devient alors de savoir comment nous pouvons rester compétitifs au palier international parce que nos principaux concurrents sur les marchés du Japon, de la Chine, et cetera, sont les Américains.

Je pense que ce que nous souhaitons, c’est que la politique qui sera élaborée nous permette de faire des investissements en nous accordant éventuellement certains avantages fiscaux, si vous voulez, afin d’investir dans la technologie pour pouvoir faire face à la concurrence à armes égales. Il est incontestable que c’est une menace très sérieuse pour notre industrie parce que notre frontière est ouverte à l’heure actuelle, et que nous sommes pratiquement obligés de faire face à la concurrence des Américains sur quasiment chacun de nos marchés internationaux. C’est très préoccupant.

Le sénateur Pratte : Vous avez dit qu’il y avait différents types de solutions, comme l’idée de la taxe sur le carbone. C’est l’une des solutions que vous venez de mentionner et elle avait déjà été évoquée devant notre comité par d’autres témoins. Il s’agirait d’une taxe sur le carbone dont les recettes seraient consacrées à la recherche technologique dans le but d’aider l’industrie à réduire son empreinte de carbone; il y a aussi l’idée dite de plafonnement et d’échange. Même si je comprends bien qu’aucune de ces idées ne vous plaît, avez-vous une préférence quelconque pour l’une ou l’autre de ces différentes méthodes de tarification du carbone?

M. Davidson : Tout ce que je puis dire à ce sujet est que, si l’argent perçu grâce à la taxe sur le carbone est réinvesti directement dans la recherche, ce sera certainement bénéfique. Comme l’ont mentionné les témoins précédents, en ce qui concerne notre secteur, ce n’est pas le carbone en soi qui pose problème; il y a d’autres produits à prendre en compte, comme le méthane et l’oxyde nitreux. Ce qu’il conviendrait de faire avec ces programmes, c’est chercher à avoir le meilleur impact possible pour les sommes dépensées, et dans la chaîne de valeur, cela concerne le méthane et l’oxyde nitreux. Je ne parle pas strictement du secteur de la viande ici, je parle de toute la chaîne de valeur. Voilà la réponse que je peux vous faire. Attaquons-nous au problème de fond, c’est-à-dire à tous les gaz à effet de serre, et pas simplement à celui-là.

Le sénateur Woo : Je vais poursuivre sur la même question que le sénateur Pratte. Avez-vous essayé de calculer précisément l’augmentation des coûts de production qui résulterait d’une taxe sur le carbone de, disons, 30 $ la tonne? Il y avait dans le groupe de témoins qui vous a précédé un représentant du Conference Board, qui nous a fourni une estimation de l’augmentation des coûts de production pour l’industrie des pâtes et papiers. Il a aussi mentionné le secteur alimentaire et le secteur de la fabrication, mais sans donner de chiffres. Avez-vous quant à vous un chiffre à nous donner pour l’augmentation des coûts de production?

M. Davidson : Nous n’avons pas calculé de chiffres précis. Vous avez déjà accueilli des représentants des éleveurs de porcs et de bétail, et ce que je vous dirai, très franchement, c’est que c’est au niveau des producteurs que l’impact sera le plus fort, pas dans les usines de salaison. Si vous voulez leur poser directement la question, je pense qu’ils pourront vous donner des réponses. Ce n’est pas notre secteur qui sera le plus directement touché.

Le sénateur Woo : Très bien. Est-ce que l’augmentation dans votre secteur serait marginalement plus élevée que dans les leurs?

M. Davidson : Nous serons touchés par l’impact cumulé. Tout ce qui se passe avant nous, comme dans le secteur des engrais et celui du transport, finit par se répercuter chez nous. Nous sommes au bout de la chaîne.

Permettez-moi d’ajouter quelque chose. On entend souvent dire que nous sommes une industrie tributaire de l’exportation, mais cela assure notre compétitivité dans le contexte intérieur. Si nous perdions notre compétitivité à l’exportation, nous n’aurions même plus le marché canadien. Nous serions totalement remplacés par de la viande d’importation.

Le sénateur Woo : À moins qu’il y ait une taxe d’ajustement à la frontière, dont M. Warren a parlé.

M. Warren : Oui.

Le sénateur Woo : Vous avez fait une remarque tout à fait pertinente en disant qu’il doit y avoir une forme de coopération internationale, voire de coordination, entre les grandes nations productrices de viande. Existe-t-il un organisme quelconque pour s’en charger et est-il même envisageable que ces pays très disparates puissent avoir ce genre de conversation, sans parler de parvenir à un accord? Qu’en pensez-vous? Existe-t-il un organisme international représentant les producteurs de viande?

M. Davidson : Oui. Il y a l’Office international de la viande, mais c’est pour les pays producteurs. On n’y trouve pas nécessairement tous les pays consommateurs. Considérant les questions qui nous occupent, comme encourager la production de viande dans des pays qui ne sont pas les mieux placés pour cela, cet office ne représente pas nécessairement ces pays. Mais il pourrait sans doute servir de forum pour débattre de ces questions.

Si l’on veut parler des subventions pour la production agricole, la question a été portée devant l’OMC et, auparavant, pendant très longtemps, devant le GATT, mais nous avons eu très peu de succès au cours des années pour nous débarrasser des subventions intérieures. Nous avons pratiquement réussi à éliminer les subventions pour l’exportation, mais pas pour la production intérieure. L’Office international de la viande ne parviendra probablement pas à résoudre le problème des subventions européennes ou même américaines, qui sont très importantes. C’est à l’OMC que cette question devrait être réglée.

Le sénateur Woo : Merci.

La sénatrice Beyak : Merci beaucoup, messieurs.

Vous avez répondu à la question de la sénatrice Tardif sur la biodigestion, et je dois vous dire que notre comité fait partie de ceux que la population suit le plus attentivement parce que nous sommes tous bien obligés de manger et que beaucoup d’entre nous habitent dans des régions où l’agriculture est très importante. Le comité comprend bien la question de la biodigestion, mais je vous propose d’expliquer clairement de quoi il s’agit, à l’intention des gens qui suivent nos débats à la maison. Pouvez-vous expliquer comment on transforme des déchets en électricité?

M. Davidson : Nous ne prétendons pas être des experts à ce sujet. Il ne s’agit pas seulement de la biomasse agricole. Cela peut être aussi la biomasse forestière et cela peut se faire avec quasiment n’importe quel produit vivant que nous avons.

Je vais prendre l’exemple du méthane des exploitations agricoles. On sait que les tas de fumier produisent du méthane. En les recouvrant d’une bâche, on capte du méthane que l’on brûle ensuite pour produire de l’électricité. Autrement dit, on prend un déchet que l’on transforme en énergie, ce qui permet en même temps d’éviter la production d’un gaz à effet de serre. Au fond, tout le monde sort gagnant de cette opération.

La technologie existe déjà, mais on peut toujours l’améliorer pour qu’elle soit plus efficiente. C’est ce que disait M. Thériault, si je me souviens bien, quand il parlait d’une deuxième génération. Il parlait des biocarburants issus du canola et du maïs, mais aussi de la possibilité de faire un meilleur usage de toute la fibre pour la transformer aussi en énergie. Nous avons déjà avancé dans cette voie, partiellement, mais il y a une technologie de deuxième génération qui permettrait d’exploiter beaucoup plus de produits et serait certainement très utile pour réduire les besoins en énergie externe et les coûts de production.

La sénatrice Beyak : J’étais en Europe il y a sept ans et il y a une chose qui m’avait considérablement étonnée; il y avait dans les murs des maisons un trou par lequel on pouvait tout jeter, comme les peaux de bananes, le marc de café, les sacs en papier, et cetera, et tout cela produisait l’énergie des maisons. À l’époque, je ne comprenais pas très bien comment ça marchait. Quand je discute avec mes amis de là-bas, ils ne savent pas qu’il y a chez nous une énorme industrie qui fait la même chose, et j’espère que le Canada sera toujours à l’avant-garde dans ce domaine. Je suis heureuse d’apprendre que cela se fait en agriculture. Merci.

[Français]

Le président : Ma question s’adresse à M. Warren. Le Canada est considéré comme un pays producteur de viande très important dans le monde, et nous savons que la croissance de la population mondiale augmente. Quelle sera, au cours des prochaines années, la capacité de production du Canada? Est-ce que le Canada pourra fournir 50 p. 100 ou 75 p. 100 plus de viande pour nourrir les autres pays de la planète? Est-ce que les sols et le climat canadiens pourront supporter une telle augmentation? Je rappelle qu’il était question de doubler la production au cours des 25 prochaines années.

[Traduction]

M. Warren : Je pense que notre pays a clairement la possibilité de doubler sa production au cours des 25 prochaines années. Je travaille essentiellement dans le secteur du porc et j’ai beaucoup voyagé en Europe, qui est l’un de nos concurrents régionaux, car il y a en Europe des pays qui sont encore plus compétitifs.

Le meilleur exemple est l’Espagne qui produit aujourd’hui deux fois plus de viande de porc que le Canada. Vous pourriez probablement insérer l’Espagne dans le Manitoba, en mordant peut-être un peu sur la Saskatchewan et doubler ainsi la production de notre industrie. C’est l’exemple d’une industrie qui reçoit beaucoup de soutien gouvernemental et qui a réussi à créer un environnement favorable à son expansion. L’Espagne est aujourd’hui un très gros pays exportateur où le secteur du porc constitue une part très importante de l’économie nationale.

Si je compare l’Espagne au Canada du point de vue des terres arables et des ressources, je vois que nous avons quatre ou cinq fois plus de terres arables qu’elle, si ce n’est plus, alors qu’elle produit deux fois plus que nous aujourd’hui. Je pense que nous avons clairement la superficie foncière, les ressources en eau, les producteurs, la technologie et le désir de faire plus que doubler notre production au cours des 10 prochaines années. Nous possédons tout ce qu’il faut pour y parvenir et je pense que nous en avons la volonté.

M. Davidson : Permettez-moi d’ajouter une remarque. Cette semaine, nous avons rencontré le commissaire européen à l’agriculture, qui nous a dit une chose intéressante; « Nous avons besoin de vos céréales et de vos oléagineux en Europe pour nous permettre d’avoir une économie agricole et un secteur de l’élevage compétitifs ». Donc, les Européens veulent que nos céréales et nos oléagineux soient transportés en Europe pour pouvoir nous faire concurrence dans le secteur de l’élevage. Comme le disait M. Warren, nous en avons le potentiel au Canada. Il ne nous reste plus qu’à passer à l’action.

[Français]

Le président : Ma question s'adresse à MM. Warren ou Davidson. On produit les céréales nécessaires à la nutrition des animaux en grande quantité. Est-ce que, selon vous, il serait préférable qu’on le fasse avec les animaux aussi? Au lieu de transporter les céréales, on pourrait transporter la viande bien emballée vers l’Europe. Est-ce que nous serions compétitifs?

[Traduction]

M. Warren : Nous sommes clairement compétitifs aujourd’hui et nous pourrons l’être encore plus à l’avenir. À mesure que notre secteur va prendre de l’expansion, nous allons pouvoir devenir aussi compétitifs que n’importe quel autre pays.

Parmi les pays qui produisent de la viande, et il existe des études à ce sujet, le Canada se situe généralement au premier, deuxième ou troisième rang mondial, dépendant de divers facteurs tels que le taux de change, les conditions culturales, et cetera. Quoi qu’il en soit, nous faisons toujours partie des cinq premiers pays où la production de protéines est la plus efficiente.

Oui, il est absolument évident que nous devons produire la protéine ici pour l’expédier en Europe. Bien souvent, l’obstacle que nous rencontrons pour exporter en Europe est la multiplicité des barrières non tarifaires, malgré notre récent AECG. L’industrie européenne reçoit beaucoup de choses que la nôtre ne reçoit pas, ce qui la protège. Cela lui a d’ailleurs permis de connaître une forte expansion ces dernières années, expansion qui est peut-être dans une certaine mesure artificielle si on la compare à la situation qui prévaut au Canada.

[Français]

Le président : Un dernier point. En Europe, compte tenu de l'AECG qui sur la table en ce moment entre le Canada et l’Europe, beaucoup de citoyens sont inquiets quant aux normes de salubrité et de traçabilité canadiennes qui sont très sévères. Les consommateurs – je parle des petits restaurateurs et des petites épiceries – ne sont pas en faveur de l'AECG à cause de ces normes. Pensez-vous que cela peut se régler? Est-ce que le Canada est trop sévère ou est-ce que l’Europe n’est pas assez sévère?

M. Davidson : Est-ce que ce sont les citoyens canadiens ou européens?

Le président : Européens.

M. Davidson : D’accord.

[Traduction]

Vous soulevez là une question à laquelle nous consacrons beaucoup de temps, c’est-à-dire la comparaison de la salubrité alimentaire. M. Warren a évoqué certaines des difficultés que nous rencontrons avec l’AECG, et la salubrité des produits alimentaires est l’une des plus importantes en ce qui concerne l’exportation de viande vers l’Europe.

Nous croyons, très franchement, que notre système de production permet de produire une viande qui est parfaitement saine, sans doute plus que celle qui est produite en Europe. C’est en partie parce que l’environnement dans lequel nous fonctionnons au Canada et en Amérique du Nord est tel que notre société et notre régime juridique ont la responsabilité d’obliger les transformateurs de viande à prendre toutes les mesures possibles pour réduire sa teneur en pathogènes.

Nous avons rencontré des vétérinaires européens qui ont été tout à fait francs avec nous. Ils nous ont dit qu’on s’attend en Europe à ce que le consommateur fasse aussi sa part. On lui dit de cuire la viande et on s’attend à ce qu’il la cuise, mais s’il y a des gens qui pensent qu’ils n’ont pas besoin de la cuire, les critères sont différents là-bas à ce sujet. En ce qui nous concerne, nous avons une philosophie tout à fait différente au sujet de la salubrité alimentaire.

Je n’ai aucune hésitation à dire que notre viande est au moins aussi salubre, du point de vue du consommateur, que celle qui est produite en Europe et qu’elle l’est sans doute même plus.

En ce qui concerne la traçabilité des produits que nous exportons en Europe, nous devons être en mesure de dire de quels élevages provient notre viande, et je pense que nous n’avons aucune inquiétude à avoir à cet égard.

Cela dit, il y a beaucoup de petits indicateurs géographiques régionaux qu’ils utilisent en Europe et que nous pourrions utiliser ici aussi. Si le consommateur est prêt à en payer le prix, il peut savoir quel éleveur a produit la viande qu’il achète, c’est indiqué sur l’étiquette, mais cela se fait ici aussi. Nous pouvons le faire; il s’agit simplement de savoir si l’on est prêt à payer le prix de l’ajout de toutes ces indications.

J’ai rencontré les Européens et je peux vous dire que ces préoccupations ne sont absolument pas justifiées si l’on tient compte de tous les facteurs qui y sont associés. Nous pouvons donner beaucoup de détails à ce sujet parce que c’est très important, mais fondamentalement, je peux vous dire qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir et que les préoccupations à ce sujet ne reposent que sur une mauvaise compréhension de la situation.

[Français]

La sénatrice Petitclerc : Merci beaucoup d’être ici.

[Traduction]

J’ai une question à vous poser en ce qui concerne la santé, car d’autres témoins experts nous ont dit que l’on devrait consommer moins de viande, voire plus du tout, pour des raisons de santé, car selon certains spécialistes, ce serait la meilleure solution pour préserver la santé humaine et l’environnement. J’aimerais savoir ce que vous en pensez.

M. Warren : J’en pense que notre secteur de la viande a été la cible d’un grand nombre d’informations négatives sur la consommation de viande rouge.

Je peux vous dire qu’en ce qui concerne notre secteur, et je répète que je m’exprime du point de vue du secteur dans lequel je travaille, notre position est que, comme dans toutes choses, c’est la modération qui est importante. Si l’on a dans son régime alimentaire, un ensemble de protéines sain et équilibré, c’est cela qui est essentiel pour rester en bonne santé. Nous ne recommandons certainement à personne d’abuser de quelque produit que ce soit. Pour ma part, je sais que je fais parfois certains excès en fin de semaine et que je dois en payer le prix le lendemain matin.

Si vous faites constamment des excès, votre santé risque d’en pâtir. Notre recommandation est donc d’avoir un régime alimentaire équilibré, avec des produits sains. On peut d’ailleurs consulter d’excellents guides alimentaires, qui existent depuis pas mal de temps.

M. Davidson : On pourrait discuter pendant longtemps de ces choses, mais permettez-moi de faire simplement quelques brèves remarques.

Tout d’abord, en ce qui concerne la qualité de la viande, c’est la source de protéines la plus complète dont nous disposons. Si vous voulez avoir tous les aminoacides essentiels et tous les minéraux organiques disponibles, surtout le fer et le zinc, il n’y a rien de mieux que la viande sur le plan nutritif.

On peut peut-être obtenir un résultat assez proche en ne s’alimentant qu’avec des légumes, mais cela exige beaucoup d’efforts pour trouver la bonne combinaison de produits nutritifs. Franchement, la plupart des gens, dont certains que je connais bien, ne sont pas prêts à consacrer tout le temps qu’il faut pour concevoir le régime végétal approprié. Ils vont peut-être se contenter d’un régime totalement végétarien, mais ils risquent de ne pas consommer toute la variété de légumes qu’il faudrait.

Ma deuxième remarque concerne la biodisponibilité. En ce qui concerne la santé des Canadiens, en particulier — et c’est ce que nous disent les scientifiques —, le fer est un élément très problématique surtout pour les femmes enceintes et les jeunes filles. Il faut donc en trouver le maximum dans l’alimentation.

On entend beaucoup parler du régime méditerranéen, mais il y a, d’un côté, le vrai régime méditerranéen et, de l’autre, l’idée que beaucoup de gens s’en font. Si vous allez dans les pays méditerranéens, vous verrez que les gens y consomment autant de viande que les Canadiens.

Troisièmement, on croit souvent que nous consommons beaucoup de viande au Canada. Nous ne faisons cependant pas partie des plus gros consommateurs de viande au monde. En fait, nous ne consommons pas plus de viande que les pays méditerranéens dont je viens de parler, et notre consommation de viande n’est en moyenne pas supérieure à celle que recommande le guide alimentaire. Je ne dis pas que personne au Canada ne consomme trop de viande.

Je le répète, l’essentiel, à notre avis, est d’avoir un régime alimentaire équilibré. Il est certain que nous pouvons consommer plus de légumes et plus de fruits.

Mais je ne pense pas que la consommation de viande soit notre plus gros problème aujourd’hui, sur le plan alimentaire. Il y a d’autres problèmes d’alimentation qui sont apparus au cours des 50 dernières années, durant lesquelles notre consommation de viande a diminué, tandis que d’autres problèmes s’aggravent.

La sénatrice Petitclerc : Donc, vous ne diriez pas que réduire notre consommation de viande serait une solution pour l’environnement?

M. Davidson : C’était la deuxième partie de votre question. Je suppose que les éleveurs de bétail en ont parlé quand ils se sont présentés devant votre comité, mais, si vous pensez aux pâturages qui existent dans le monde, ce sont en réalité d’extraordinaires puits de carbone. Si l’on tient compte de la totalité de la chaîne de valeur, cet aspect du système de production semble être totalement laissé de côté. Je veux dire que, souvent, on ne réalise pas que les pâturages sont d’importants puits de carbone.

La sénatrice Petitclerc : Merci.

La sénatrice Tardif : Je ne pose pas ma question en guise de conclusion, mais j’aimerais savoir quels sont les facteurs qui réduisent l’intensité des gaz à effet de serre par kilogramme de viande de bœuf ou de viande de porc. Par exemple, est-ce que l’élevage du bœuf produit une empreinte environnementale plus intense que l’élevage du porc? Et, si oui, pourquoi?

M. Davidson : Je ne saurais vous dire ce qu’il en est par kilogramme de viande de bœuf et de viande de porc. Il y a certainement une différence, puisque ce sont des animaux différents. Le bœuf a un système digestif qui l’amène à produire beaucoup de méthane, ce qui n’est pas le cas du porc, pour lequel la question la plus pertinente sur le plan environnemental est sa production de lisier; l’utilisation de biodigesteurs et l’exploitation du méthane font sans doute partie des solutions dans ce cas.

Nous parlions d’amélioration de la productivité. L’une des méthodes consiste à améliorer la totalité de la chaîne de valeur. Autrement dit, dans le cas du porc plus que du bœuf, il s’agit de rehausser la productivité céréalière. Si vous pouvez produire plus de grains avec la même quantité d’intrants, parce que le porc en consomme beaucoup plus par kilogramme, l’effet se répercute sur toute la chaîne de valeur.

Le fait est que des animaux différents posent des problèmes différents, et qu’il importe d’aborder la question du point de vue de l’ensemble de la chaîne de valeur, ce qui veut dire que des gains de productivité se traduisent aussi par des gains pour l’environnement. L’étape à laquelle on obtient ces gains dans la chaîne de valeur importe peu.

La sénatrice Tardif : Merci.

[Français]

Le président : J’aimerais aborder un dernier point. Parmi les pays que l’on considère comme nordiques, tels le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande, l’Estonie, la Lettonie et les pays entourant la mer Baltique, malgré le fait qu’il s’agisse de pays qui sont d’importants producteurs de poisson, leur consommation de viande de porc est beaucoup plus élevée que la consommation moyenne des Européens. Est-ce qu'on peut dire que, plus on se situe au nord, plus on consomme de viande? Êtes-vous arrivés à de telles constatations dans le cadre de vos recherches?

[Traduction]

M. Warren : Je ne sais pas si la géographie influe sur la consommation de viande. Nous parlions tout juste du fait que les Américains consomment plus de viande que les Canadiens. C’est probablement aussi le cas des Brésiliens et des Australiens. Or, ces populations se trouvent dans des pays bénéficiant d’un climat plus chaud que le Canada. C’est probablement juste une question de différences de goûts et de préférences. Je veux dire par là que ce sont des gens qui sont habitués à se nourrir de cette manière et que cela fait partie de leur régime alimentaire.

L’une des choses très intéressantes au sujet du secteur de la viande est que chaque pays consomme la viande de porc de manière un peu différente. On consomme différentes parties de l’animal en quantités différentes. Je ne sais pas si cela a quelque chose à voir avec l’emplacement géographique de ces pays et les caractéristiques de leur climat.

[Français]

Le président : Merci beaucoup de votre témoignage très intéressant, positif et constructif pour notre comité. J’espère que nous aurons l’occasion de vous revoir dans le cadre de cette étude.

(La séance est levée.)