Comité sénatorial permanent des pêches et des océans
 

LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES PÊCHES ET DES OCÉANS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 1 juin 2017

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans, auquel a été renvoyé le projet de loi S-203, Loi modifiant le Code criminel et d’autres lois (fin de la captivité des baleines et des dauphins), se réunit aujourd’hui, à 8 h 30, pour étudier ce projet de loi.

Le sénateur Fabian Manning (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Bonjour, je m’appelle Fabian Manning. Je suis le sénateur de Terre-Neuve-et-Labrador et j’ai le privilège de présider le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans.

Avant de donner la parole aux témoins de ce matin, je vais demander aux membres du comité de se présenter, en commençant à ma gauche.

Le sénateur McInnis : Thomas McInnis, de la Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Gold : Marc Gold, du Québec.

[Français]

Le sénateur Forest : Éric Forest, de la région du Golfe, au Québec.

[Traduction]

Le sénateur Enverga : Tobias Enverga, de l’Ontario.

La sénatrice Raine : Nancy Greene Raine, de la Colombie-Britannique

Le sénateur Sinclair : Murray Sinclair, du Manitoba

Le sénateur Watt : Charlie Watt, du Nunavik.

Le sénateur Plett : Donald Plett, du Manitoba.

Le président : Le comité poursuit son étude du projet de loi S-203, Loi modifiant le Code criminel et d’autres lois (fin de la captivité des baleines et des dauphins).

On vient juste de m’informer qu’un de nos témoins de ce matin a apporté des documents supplémentaires, je crois qu’il s’agit de Mme Visser. Nous n’avons pour l’instant que la version anglaise. Il me faut l’autorisation du comité pour les accepter ainsi. Nous les ferons traduire et vous les transmettrons par la suite.

Tout le monde est-il d’accord?

Des voix : D’accord.

Le président : Nous sommes ravis d’accueillir ce matin Ingrid Visser, fondatrice et scientifique principale d’Orca Research Trust, et Kathryn Sussman, consultante pour la Vancouver Humane Society, Zoocheck Inc. et pour le Whale Sanctuary Project.

Au nom des membres du comité, je vous remercie d’être parmi nous aujourd’hui tandis que nous continuons notre étude. Nous allons écouter vos remarques liminaires et elles seront suivies d’une séance de questions.

Nous accordons en général cinq à six minutes pour les remarques liminaires, car nous voulons avoir la possibilité de poser des questions et d’instaurer un dialogue entre les sénateurs et vous. Si vos exposés sont plus longs, merci de les résumer.

Kathryn Sussman, consultante pour la Vancouver Humane Society, Zoocheck Inc. et pour le Whale Sanctuary Project, à titre personnel : Merci de m’avoir invitée. C’est un plaisir de pouvoir débattre de ce sujet avec vous.

Je trouve très encourageant que le gouvernement envisage avec autant de méthode et de sérieux de mettre fin à la captivité des baleines et des dauphins au Canada. Je suis consultante indépendante; j’ai travaillé récemment comme conseillère auprès de la Vancouver Humane Society, de Zoocheck et du Whale Sanctuary Project. Une partie de mon travail vise à empêcher l’importation au Canada de cétacés capturés en milieu naturel pour l’exposition au public.

J’ai eu des échanges avec le gouvernement au sujet de la modification de la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial, la loi nationale qui transcrit les obligations du Canada dans le cadre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, la CITES. Ces modifications ont pour but de renforcer la loi et d’assurer un meilleur contrôle des importations d’épaulards, de grands dauphins et de bélugas.

Les trois espèces les plus communément maintenues en captivité sont énumérées à l’annexe II de la CITES. Les réglementations de la CITES prévoient qu’un permis d’exportation émis par le pays d’origine est suffisant pour que les espèces énumérées à l’annexe II soient importées, mais les pays peuvent adopter unilatéralement des réglementations plus contraignantes s’ils le souhaitent. En réalité certains pays réglementent tout commerce, même celui des espèces énumérées à l’annexe II et certains signataires de la CITES ont totalement banni le commerce des cétacés vivants.

Dans le cadre de la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial, pour l’importation des cétacés les plus fréquemment maintenus en captivité au Canada, un permis d’exportation suffit pour les faire entrer dans notre pays. Aucun permis d’importation n’est nécessaire. L’importation de cétacés vivants énumérés à l’annexe II de la CITES aux fins d’exposition publique n’est pas particulièrement difficile.

Lors de son témoignage devant ce comité, M. van Havre vous a expliqué que la capture et l’importation des cétacés ne relevaient pas de la conservation et donc, que la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial n’est pas un instrument approprié pour en traiter. Je suis en désaccord avec cette affirmation. La capture et l’importation des cétacés sont liées à la conservation et entrent donc parfaitement dans le cadre du mandat de conservation de cette loi. En effet la population de certaines espèces de cétacés est sujette à diverses menaces, notamment la surexploitation par le commerce des animaux d’aquarium et de zoo.

Il n’y a pas si longtemps, en 2013, la National Oceanic and Atmospheric Administration, ou NOAA, l’organisme chargé de ces questions aux États-Unis, a rejeté la demande de l’Aquarium de Géorgie d’importer 18 bélugas capturés en milieu sauvage, en Russie, pour exposition publique. Cette décision était principalement motivée par des raisons de conservation.

Plus tard, ce même organisme a qualifié de « décimée » la population de bélugas de Sakhalin-Amur ce qui a eu pour effet l’interdiction aux États-Unis de tout commerce des animaux provenant de cette population et même de leur progéniture née en captivité. Il convient de noter que des animaux de cette région ont été importés au Canada et peuvent continuer à l’être, leur importation ne nécessitant rien de plus qu’un permis d’exportation émis par la Russie.

Les États-Unis ont rejeté une demande de permis d’importation et ont par la suite interdit tout commerce de ces animaux pour des raisons de conservation. Il est clair que l’importation des cétacés capturés en milieu sauvage relève du mandat de la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial. Le prélèvement d’animaux dans la nature peut avoir un impact sur les populations sauvages comme l’ont indiqué récemment les États-Unis. C’est une question de conservation, donc il est tout à fait approprié de la traiter dans le cadre de la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial.

La façon la plus efficace de s’attaquer à ces activités serait une interdiction totale adoptée par le gouvernement, comme le propose le projet de loi S-203, tout en modifiant ce projet de loi de façon à prendre en compte les préoccupations liées aux animaux destinés à la recherche ou au commerce. Pour être clair, ce projet de loi n’aura pas d’incidence sur la capacité de l’Aquarium de Vancouver à secourir, à transporter, à exposer ou à mener des recherches sur des cétacés échoués. Même si la décision du 15 mai du Vancouver Board of Parks and Recreation d’interdire à l’Aquarium de Vancouver la mise en captivité de nouveaux cétacés et l’organisation de spectacles signifie que ces questions ne sont actuellement pas pertinentes pour cet établissement. Les seuls pratiques que ce projet de loi pénalise sont la capture d’animaux sauvages et l’élevage en captivité. Ces interdictions sont soutenues sur le plan scientifique et éthique de façon quasi unanime par les experts, les gouvernements et le public, au niveau national et international.

Je voudrais aussi préciser que je suis en faveur d’une consultation approfondie avec les Inuits. Il faut noter cependant qu’il n’y a chez les autochtones aucune tradition de capture ou d’élevage de cétacés à des fins de captivité. Cela ne fait tout simplement pas partie du rapport qu’ils entretiennent traditionnellement avec ces animaux, et je crois que de nombreux autochtones sont en réalité contre cette pratique comme vous l’a indiqué M. van Havre.

Bien que le gouvernement estime pour le moment que nombre d’espèces de cétacés relèvent de la réglementation la plus stricte de la CITES, en réalité cela ne concerne que les animaux désignés à l’annexe I de la convention, tels que le dauphin d’eau douce, menacé d’extinction, la baleine boréale et d’autres espèces rares. Cela ne concerne pas les espèces de cétacés les plus couramment maintenues en captivité. Lorsque l’on peut importer au Canada pour exposition publique des animaux provenant d’une population décimée et fortement exploitée, les contrôles effectués par le Canada ne semblent pas très stricts.

En ce qui concerne l’apport aux connaissances en matière de conservation, des recherches réalisées sur des cétacés captifs par l’Aquarium de Vancouver et par Marineland, les résultats publiés par ces deux établissements dans des revues scientifiques soumises à l’examen des pairs ne sont pas nombreux, comme l’ont établi les auditions que vous avez menées. Même si ces établissements prétendent avoir besoin de cétacés en captivité pour mener des recherches, de toute évidence, leur bilan indique le contraire.

De plus il faut souligner que Marineland a importé plus de 30 bélugas sauvages capturés en mer d’Okhotsk en Russie, cette région abrite également la population décimée dont nous parlions il y a un instant. L’impact de cet établissement sur la conservation est donc bien plus important que ne l’est sa contribution scientifique. Bien que les avocats de Marineland aient déclaré que l’établissement n’avait aucune intention d’importer des bélugas supplémentaires, si ses responsables changent d’avis, il n’y aura pas grand-chose pour les en empêcher.

En ce qui concerne l’éducation, j’ai récemment mené à bien une évaluation de la composante d’apprentissage humain dans les expositions d’animaux lors de spectacles. Non seulement ai-je découvert que les données n’appuient pas l’argument selon lequel l’observation d’animaux captifs entraîne un changement comportemental à long terme chez les humains, mais aussi qu’il existe un effet négatif. L’observation d’un animal privé de son environnement naturel, de sa liberté et de son intimité a pour effet de normaliser la captivité. C’est particulièrement vrai pour les espèces dont les besoins ne peuvent être satisfaits en captivité, ce qui introduit une notion de cruauté envers les animaux.

Les différentes espèces réagissent différemment dans les zoos. Tandis que je suis de tout cœur pour mettre les gens en lien avec la nature, la question est de savoir comment faire. Lorsque l’on présente à des enfants des espèces dont les besoins ne sont pas correctement satisfaits en captivité, alors cela produit l’effet inverse de ce qui était recherché sur le plan éducatif. Les enfants assistent à quelque chose de non éthique qui peut parfois être perturbant.

Étant donné la décision du Vancouver Board of Parks and Recreation, le seul établissement ayant encore des baleines et des dauphins en captivité dans notre pays sera un parc thématique privé à but lucratif contrôlé par un organisme qui s’auto-réglemente. Il incombe au gouvernement du Canada de ne pas laisser cet établissement ou de nouveaux établissements continuer à faire venir des cétacés sauvages capturés en milieu naturel, ou à en faire l’élevage. Sans amendements apportés à la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial, cela peut tout à fait se produire encore.

Pour terminer je voudrais souligner que vous avez reçu des témoignages en faveur de ce projet de loi, émanant non seulement de militants des droits des animaux, mais aussi de certaines des organisations de défense des animaux les plus réputées au Canada, de scientifiques spécialistes des cétacés mondialement réputés, de chercheurs et d’enseignants. La majorité des gens au Canada et dans le monde sont en faveur de l’arrêt de la captivité des baleines et des dauphins puisqu’elle va à l’encontre de la conservation et qu’elle est inhumaine. Rien ne permet de justifier la poursuite de cette activité, ni la recherche scientifique, ni le divertissement des humains, ni l’éducation. Pour ces raisons, il incombe au Canada de rejoindre les autres pays qui ont montré la voie vers la préservation des cétacés. Le public canadien soutient très fortement cette action.

Il s’agit essentiellement d’inscrire dans la loi ce qui constitue déjà une réalité puisqu’il s’agit d’une pratique en voie de disparition au Canada. C’est pourquoi le moment est venu de soutenir le projet de loi S-203 afin d’éviter que la porte ne s’ouvre à nouveau. Merci.

Le président : Merci, madame Sussman. Madame Visser, bienvenue au Canada.

Ingrid Visser, fondatrice et scientifique principale, Orca Research Trust : Je suis venue de Nouvelle-Zélande pour présenter mon témoignage. En tant que scientifique, je soutiens ce projet de loi. Cela fait plus de deux décennies que j’étudie le comportement des cétacés. J’ai également observé des cétacés en captivité dans plus de 30 établissements dans le monde. Je ne peux suffisamment souligner à quel point ces établissements compromettent le bien-être des cétacés et cela s’applique aussi au Canada.

J’ai recueilli des preuves spectaculaires de comportements répétitifs anormaux révélateurs de la mauvaise qualité de vie que subissent ces animaux. Il n’est pas difficile pour l’observateur occasionnel de reconnaître ces comportements. Nous en avons tous vu des exemples: ours polaires tournant en rond dans leur cage, éléphants se balançant ou encore animaux léthargiques dans leurs cages. Je présenterai une courte vidéo à la fin de mon exposé pour illustrer les stéréotypies touchant les cétacés.

Ici, au Canada, j’ai observé des cétacés ayant des comportements d’automutilation et qui présentent des blessures, des cicatrices et des dommages dentaires. Ces types de blessures, parfois spectaculaires, ont été observés non seulement sur des épaulards, mais aussi sur des bélugas et des dauphins.

Ces problèmes surviennent parce que les animaux sont gardés de manière inappropriée. Si vous imaginez que l’on vide un de ces bassins et que l’on remplace les dauphins par des animaux tels qu’un lion ou même votre chien, vous commencerez à comprendre à quel point ces conditions sont profondément stériles et inadéquates. Il s’agit tout simplement d’une boîte en béton. En outre, toute forme de choix a été complètement éliminée; or, la possibilité de faire des choix est fondamentale au bien-être animal.

L’absence de poursuites ou de condamnations à l’encontre d’un établissement ne signifie pas l’absence de problèmes de bien-être animal. Le cas unique de cause portée devant les tribunaux en 2014, SeaWorld c. Marineland, est remarquable, car il s’agissait du principal établissement mondial de mammifères marins contre Marineland.

SeaWorld avait prêté à Marineland un épaulard appelé Ikaika à des fins de reproduction. Toutefois, en raison de préoccupations au sujet de sa santé physique et psychologique, SeaWorld a demandé le retour d’Ikaika et, ayant eu gain de cause, a immédiatement récupéré le cétacé. Dans cette affaire, des professionnels du domaine, y compris des vétérinaires, ont déclaré devant le tribunal qu’il y avait des problèmes de bien-être animal à Marineland et ont fourni des preuves à cet effet. L’issue de cette affaire est extrêmement révélatrice et confère une grande crédibilité à ceux qui expriment régulièrement des préoccupations concernant le bien-être animal à Marineland.

Le système trahit les animaux. L’industrie s’autorégule et, le plus souvent, le personnel, de même que les inspecteurs externes occasionnels, n’a généralement pas l’expérience nécessaire pour évaluer les comportements anormaux ni les comparer au comportement normal d’un animal en liberté. Quant aux professionnels notamment des scientifiques et des vétérinaires qui, bien qu’expérimentés, ne divulguent pas les problèmes, ils sont souvent influencés par l’industrie même dont ils traitent et jouissent parfois d’avantages financiers ou professionnels liés aux cétacés en captivité. Ils ont des intérêts particuliers et ne sont donc pas des observateurs impartiaux ni objectifs.

En comparaison, les experts qui s’expriment contre l’industrie n’en tirent aucun profit. Au contraire, beaucoup ont été vilipendés et inquiétés. Il y a eu des exemples de ce qu’il est convenu d’appeler des poursuites baillons ainsi que des cas de diffamation, d’intimidation de témoins et autres tentatives de l’industrie visant à discréditer et à harceler ces experts.

Je le sais, car j’ai été moi-même exposée à certaines de ces pressions, y compris celle d’être menacée en tant que témoin expert en matière judiciaire. Ceux qui prennent la parole au nom de la cause animale le font en ayant à cœur les intérêts des animaux et pour défendre la ratification de ce projet de loi à la fois logique et empreint de compassion.

Il y a eu ces dernières décennies une évaluation scientifique rigoureuse de la façon dont les animaux font face à la captivité et notre compréhension de leurs besoins s’est améliorée. Il existe des centaines d’articles scientifiques et d’ouvrages traitant du bien-être des animaux enfermés dans des zoos. Cependant, il n’existe au mieux qu’une poignée de documents portant spécifiquement sur le bien-être des cétacés.

De telles lacunes constituent un record phénoménal en matière de recherche et illustrent le peu d’importance accordée au bien-être de ces animaux. Il est à noter que la plupart des critères fondamentaux de bien-être ne sont satisfaits ni par Marineland ni par l’Aquarium de Vancouver.

Il est établi que certains vétérinaires travaillant auprès d’établissements possédant des cétacés leur administrent des quantités inadéquates ou excessives de médicaments. Un vétérinaire mis sur la sellette lors du procès de 2014 avait administré à une femelle épaulard, mère d’un nouveau-né, du diazépam, un médicament que vous connaissez sous la dénomination commerciale de Valium. Ce geste était contraire aux protocoles pharmaceutiques de l’entreprise ainsi qu’aux pratiques du secteur. Au moins un établissement a été fermé en raison de la prescription excessive de médicaments.

L’industrie de la captivité ne cesse de répéter qu’il n’y a pas de priorité plus élevée pour elle que la santé et le bien-être des animaux. Cette déclaration semble ironique, voire absurde, car si les animaux sont stressés au point d’avoir souvent besoin de médicaments, il est évident que leur santé et leur bien-être sont loin d’être assurés. En outre, des dresseurs sont venus témoigner qu’il est courant dans cette industrie de priver les cétacés de nourriture afin de les soumettre et de contrôler leur comportement.

Bien que ce projet de loi permette clairement la recherche, l’industrie s’appuie sur l’idée selon laquelle la recherche améliore la conservation pour brouiller les perceptions. Les scientifiques, y compris moi-même, reconnaissent généralement que, dans le passé, des recherches portant sur des cétacés en captivité nous ont permis de mieux comprendre leurs congénères sauvages.

Cependant, sur le plan éthique, la recherche actuelle devrait être menée exclusivement dans des sanctuaires naturels situés en bord de mer. Ces installations procureraient des conditions de captivité et d’élevage respectueuses mieux à même de répondre aux besoins de ces animaux. De telles installations fourniraient également de meilleures données et, par suite, des résultats plus robustes pour la recherche et la conservation des cétacés sauvages.

Marineland est la propriété d’un seul individu. Depuis l’ouverture de cet établissement, un nombre excessif d’animaux y ont été enfermés. Or, au moins 21 épaulards sont morts dans ces bassins trop petits et inadaptés et les chiffres sont encore plus alarmants pour les bélugas. Au moins 32 individus sont morts à Marineland.

À l’heure actuelle, sans compter ceux de Marineland, le nombre maximal de bélugas détenus dans un établissement à l’échelle mondiale est de 18, la plupart des établissements en possèdent entre 2 et 5. Marineland présente au moins 50 animaux au public, soit 65 p. 100 de l’ensemble des bélugas en captivité en Amérique du Nord. À titre de comparaison, les 35 p. 100 restants sont détenus dans 6 autres établissements qui se trouvent tous aux États-Unis.

Je pense que nous serions des éducateurs plus responsables si nous incitions les enfants à comprendre les animaux et à entrer en rapport avec eux par des méthodes autres que la captivité: les documentaires, la réalité virtuelle ou encore une observation responsable effectuée dans la nature.

Il y avait, en l’an 2000, au Canada, 240 entreprises remarquables proposant l’observation des baleines dans 6 provinces. Elles donnent aux gens l’occasion de rencontrer des cétacés dans leur milieu naturel.

Par ailleurs, l’opinion publique change. Les sondages, au Canada comme ailleurs, ont montré que l’envie de voir des cétacés en captivité se réduit.

Enfin, je précise au sénateur Plett qu’en vertu de l’amendement à la Loi sur la Société de protection des animaux de l’Ontario, l’ancien projet de loi 80, il est possible de transférer dans un autre centre l’épaulard Kiska. J’ai été consultée par le gouvernement de l’Ontario pour ce projet de loi et cette possibilité a été expressément prévue.

Pour conclure, je réitère mon soutien au projet de loi S-203, pourvu que l’on y apporte quelques amendements mineurs. Je vous remercie de votre attention.

Le président : Merci, madame Visser. Nous sommes en train de diffuser votre vidéo.

Mme Visser : Je vais en faire le commentaire.

La première vidéo montre des dauphins qui se cognent la tête sur le fond du bassin. Cette vidéo a été tournée au Seaquarium de Miami, mais c’est un exemple représentatif. Chester, un faux-orque a été filmé en ayant un comportement similaire il y a 10 jours.

Voici Kiska, la vidéo est accélérée 10 fois, on voit ainsi le schéma typique et le comportement de nage. On la voit tourner en rond de façon répétée.

Cette vidéo a été tournée à l’Aquarium de Vancouver. C’est un petit dauphin nommé Helen qui lance de la nourriture en l’air. Il a régurgité la fin de son dernier repas et le lance de façon répétée. C’est le bassin dans lequel il était à l’époque et vous pouvez constater qu’il est totalement dépourvu de distraction. Le dauphin ne fait que répéter sans cesse ce comportement.

Voilà deux exemples des choses que n’importe qui peut aller constater dans ces établissements. Merci.

Le sénateur Plett : Madame Visser, dans le mémoire que vous avez remis au comité, vous indiquez que la qualité des bassins de Marineland, entre autres choses, constituait une violation des normes fondamentales en matière de bien-être des animaux.

Vous savez certainement que le Dr Lanny Cornell, un expert internationalement reconnu, spécialisé dans les soins vétérinaires aux mammifères marins, est venu témoigner devant ce comité. À cette occasion, il a précisément déclaré que la qualité de l’eau à Marineland était l’une des meilleures du monde. D’ailleurs, il a déclaré que cette eau était plus propre que le milieu naturel des cétacés et sans doute plus propre que l’eau potable classique, si ce n’est qu’elle est salée bien sûr.

Voulez-vous commenter l’analyse du Dr Cornell? Par ailleurs avez-vous personnellement vérifié ou analysé la qualité de l’eau à Marineland?

Mme Visser : Écoutez, je crois que personne n’a l’intention de remettre en cause les qualifications, compétences ou opinions de qui que ce soit, mais le fait est que la qualité de l’eau n’est pas le critère central du bien-être des animaux. Dans nos études, c’est un élément parmi beaucoup d’autres.

Le sénateur Plett : Un élément que vous avez utilisé dans votre mémoire.

Mme Visser : En effet monsieur, parmi les 27 critères qu’utilisent d’autres scientifiques lorsqu’ils étudient le bien-être...

Le sénateur Plett : C’est celui-là qui m’intéresse. Êtes-vous d’accord avec le Dr Cornell pour dire que c’est l’une des eaux les plus propres du monde?

Mme Visser : Non, monsieur, je ne suis pas d’accord. J’ai vu de mes yeux, lorsque j’y étais voici trois jours, le personnel qui lavait depuis une plateforme et poussait des excréments dans l’eau pour ensuite nettoyer les installations avec un détergent qui finissait dans l’eau du bassin. J’ai filmé la scène, si vous voulez la voir. C’est un exemple de ce que j’ai vu.

On ne me donne pas la possibilité d’entrer dans ces établissements pour en tester la qualité de l’eau.

Le sénateur Plett : Donc, vous ne l’avez pas testée.

Mme Visser : Non, mais ce n’est pas la question. L’important est que cette installation n’est pas à la hauteur. Sa qualité n’est pas suffisante pour ces animaux.

Le sénateur Plett : Votre équipe d’Orca Research a tenté de secourir un épaulard, ce qui s’est, hélas, soldé par un échec.

Mme Visser : En effet.

Le sénateur Plett : J’ai ici des images de la taille des bassins de Marineland comparés à celui que vous avez utilisé pour ce sauvetage et qui est à peine plus grand que la piscine dans laquelle jouent mes petits-enfants. J’ai aussi vu des photos sur votre site web de cet épaulard dans cette minuscule piscine presque vide.

Mme Visser : D’accord.

Le sénateur Plett : Pourtant vous dénoncez les petits bassins de Marineland et de l’Aquarium de Vancouver. Pourquoi donc placer un épaulard dans ce minuscule bassin pour essayer de le sauver?

Mme Visser : Je suis ravie que vous abordiez ce sujet, monsieur le sénateur Plett.

Le sénateur Plett : Alors c’est réciproque.

Mme Visser : Je suis très contente parce que je crois que c’est une question importante. La situation a évolué d’une façon particulière avec cet animal.

Monsieur le président, puis-je prendre quelques instants pour répondre pleinement?

Le président : Oui, allez-y.

Mme Visser : Merci. Cet animal a nagé librement pendant au moins 21 jours. Pendant ce temps nous étions en pleine consultation avec le gouvernement et avec des experts extérieurs venus de l’étranger ou que nous consultions à distance.

Parmi ces experts se trouvait le vétérinaire en chef de l’Aquarium de Vancouver, qui a témoigné ici. Tous ont été consultés pour décider de ce qu’il fallait faire, après avoir passé 21 jours à tenter d’obtenir l’autorisation d’intervenir pour placer l’animal directement dans un enclos marin. Cette autorisation nous a été refusée par le gouvernement de la Nouvelle-Zélande. En fin de compte, il a été décidé que cet animal devait être placé dans un enclos temporaire ou dans une piscine pendant une durée maximale de trois jours.

Malheureusement, l’animal était entré en phase de déclin terminal et est mort avant la fin des trois jours; mais l’installation dans laquelle nous l’avions placé correspondait à un système de réhabilitation standard, même SeaWorld utilise exactement le même.

Le sénateur Plett : Merci. J’aurai d’autres questions à poser lors du second tour, monsieur le président.

[Français]

Le sénateur Forest : Bienvenue et merci d’être venue d'aussi loin que la Nouvelle-Zélande pour nous faire part de votre expérience et nous faire profiter de vos connaissances.

J’ai deux questions à vous poser. Vous proposez un amendement au projet de loi afin de permettre le transport des cétacés et d’améliorer leurs conditions. C’est l’un des éléments que vous recommandez dans le cadre du présent projet de loi. Le projet de loi interdirait la capture d’individus sauvages et apporterait des modifications quant au transport des individus afin d’améliorer leurs conditions. Ces deux éléments représentent-ils un compromis valable pour la protection des cétacés qui sont actuellement en captivité ou qui naissent en captivité? On interdirait la capture d’individus sauvages et on autoriserait leur transport pour assurer leur mieux-être.

[Traduction]

Mme Visser : Oui, je crois que nous pouvons trouver d’excellents compromis. Je suis convaincue que les bassins en béton ne constituent pas la voie à suivre et que les sanctuaires en bord de mer sont la meilleure solution pour aider ces animaux. Avec un compromis et une légère modification du projet de loi pour autoriser le placement de ces animaux dans des sanctuaires qui pourraient se trouver hors du Canada, ou peut-être dans ce pays s’il y en avait un ici. Oui, je suis convaincue que ces sujets devraient être débattus.

[Français]

Le sénateur Forest : J’essaie de comprendre, parce que nous avons entendu des témoins qui ont des positions partagées, pour ne pas dire diamétralement opposées. En ce qui concerne le compromis, quelles solutions pourrait-on envisager?

J’ai une toute dernière question à vous poser. Dans votre document, vous indiquez qu’en 2015 vous avez fait des observations au sujet de Kiska, à MarineLand. On vous a autorisée à observer Kiska dans les lieux publics. Pourquoi ne vous a-t-on pas autorisée à observer Kiska dans l’ensemble de l'environnement où elle évolue?

[Traduction]

Mme Visser : Oui, je crois que c’est une question très pertinente. J’y étais voici trois jours. J’ai été expulsée de Marineland. Le personnel a menacé d’appeler la police. On m’a interdit de prendre des photos.

Cela s’est produit seulement quelques jours après que vous ayez entendu les experts de Marineland vous dire que la transparence est totale et que les gens sont les bienvenus. Voici un cliché que j’ai pris il y a trois jours, à côté de celui que j’ai pris en 2015 des plaies ouvertes à l’extrémité de la queue de Kiska.

Ce genre de choses témoigne de ce qui se passe dans ces établissements. Cela n’a peut-être pas l’air d’une blessure importante et en effet ça n’en est pas une. C’est ce qui a provoqué la blessure qui importe. Cette blessure résulte de ces fameux comportements stéréotypés anormaux. Cela m’inquiète, car il est clair que l’animal n’a pas reçu de traitement ou que le traitement est sans effet.

Le sénateur Enverga : Merci pour votre exposé et d’avoir fait un si long voyage. Ma question porte sur le mémoire qu’a soumis cette semaine au comité Mme Kelly Jaakkola, directrice de recherche au Dolphin Research Center en Floride et présidente du comité consultatif scientifique de l’Alliance of Marine Mammals Parks and Aquariums. Dans ce mémoire, elle aborde précisément la question de l’espace disponible pour les cétacés dans les établissements pour mammifères marins, un sujet que vous avez vous-même abordé dans le mémoire que vous avez présenté à ce comité.

C’est pour vous un sujet d’inquiétude tant pour l’Aquarium de Vancouver que pour Marineland. Les recherches de Mme Jaakkola contredisent les informations que vous nous avez fournies. Elle affirme qu’il n’y a pas d’éléments factuels à l’appui de l’idée que les cétacés placés dans des parcs zoologiques ont besoin d’énormément d’espace pour leur bien-être.

Quels éléments factuels pourriez-vous invoquer pour démentir cette affirmation?

Mme Visser : Oui, bien sûr. Je crois que cela revient à dire que cette industrie ne mène pas les recherches qui pourraient montrer que les animaux en captivité souffrent.

Si vous prenez les résultats de recherches comparées en milieu naturel et que vous regardez les études d’identification photographiques, les études de suivi par satellite et les différentes méthodes de suivi des individus, vous verrez qu’ils parcourent des distances immenses. C’est le fruit de millions d’années d’évolution. Vous n’allez pas changer cela juste en les mettant en captivité pendant trois ou quatre générations.

C’est inhérent à la constitution biologique fondamentale de l’espèce. Si vous prenez par exemple Marineland, j’ai entendu à maintes et maintes reprises dans différents lieux et différentes circonstances que Marineland est un joyau. Que c’est un endroit extraordinaire. Que c’est le plus grand établissement de tous. Voici le résultat d’un travail que nous menons depuis quelque temps déjà. Marineland est entouré sur l’image. Je vais la faire passer. Les bassins marron sont pour les épaulards. Ce que vous voyez est à la même échelle que d’autres établissements dans le monde. Vous pouvez constater que Marineland est en fait le deuxième plus petit établissement du monde. Ce n’est pas le plus grand ni même le deuxième, mais bien l’avant-dernier par la taille. Ces données sont fournies par les aquariums et vérifiées sur Google Earth.

Vous pouvez comparer cela avec le décret français, par exemple, qui établit des normes fondamentales pour la captivité des cétacés. J’ai mis les bassins de Marineland en perspective avec les exigences du décret français. J’ai fait des copies pour tout le monde, je crois. Vous pouvez constater que le bassin pour les épaulards est inférieur de 2 264 m2 aux exigences du décret français. Pour les Tursiops, ou grands dauphins, il manque 60 m2 par animal à Marineland. Il y a beaucoup plus de détails dans les documents.

Peu importe les critères que vous prenez. Observez le comportement des animaux, c’est ce comportement qui vous dira si les installations sont adaptées ou pas. Dans tous les établissements du Canada, vous pouvez constater ces comportements stéréotypés anormaux.

Le sénateur Enverga : Êtes-vous en train de dire que Mme Jaakkola contredit les résultats de recherches? Pouvez-vous nous donner d’autres exemples de ce type de contradictions?

Mme Visser : Il y a toutes les preuves apportées par l’observation des animaux eux-mêmes. Leur comportement est anormal. Soit ils sont prostrés dans un coin, soit ils adoptent des comportements stéréotypés anormaux, comme vous avez pu le constater, ils se cognent la tête, nagent en suivant des schémas répétitifs. On n’observe pas ces comportements dans la nature. Cela indique que les installations dans lesquels ils sont captifs ne sont pas appropriées.

Le sénateur Enverga : On pourrait sans doute dire que vous ne les observez pas dans la nature. Vous n’avez pas observé tous les animaux sauvages. Cela se produit peut-être, n’est-ce pas?

Mme Visser : Pas un seul des centaines de scientifiques qui ont observé les cétacés dans le monde entier n’a jamais signalé cela. C’est très éloquent. Par contre, il n’y a pas un seul établissement, sur tous ceux que j’ai visités dans le monde, où je n’ai pas observé ces comportements sur les cétacés.

Le sénateur Enverga : L’océan est immense, on ne peut pas observer tous les animaux.

Mme Visser : Mais on constate ces comportements sur pratiquement tous les cétacés en captivité, monsieur le sénateur.

Le sénateur Enverga : J’ai regardé la vidéo. Pouvez-vous, s’il vous plaît, me dire pourquoi elle est accélérée? Est-ce pour nous donner l’impression que les cétacés se cognent aux vitres?

Mme Visser : Celle sur laquelle on voit l’épaulard nager est la seule à avoir été accélérée. Les autres sont à vitesse réelle. La vidéo sur laquelle on voit le dauphin lancer le poisson en l’air est à vitesse réelle. Celle sur laquelle on voit les dauphins se cogner la tête sur le fond du bassin l’est également. Ces vidéos sont à vitesse réelle, monsieur.

Le sénateur Enverga : Mais celle sur laquelle l’animal tourne en rond...

Mme Visser : Oui, celle-là est accélérée, pour que vous n’ayez pas le temps de vous ennuyer de voir l’animal tourner en rond.

Le sénateur Enverga : Je dirais que c’est surtout ce que vous y avez vu, mais vous avez observé cela sur de nombreux animaux.

Mme Visser : C’est exact, monsieur.

Le sénateur Enverga : Mais seulement dans une certaine mesure.

Mme Visser : Qu’entendez-vous par là?

Le sénateur Enverga : Lorsque vous étiez sur place, avez-vous constaté...

Mme Visser : Je me rends parfois dans les établissements à l’ouverture, d’autres fois, c’est en fin d’après-midi. Nous avons des images vidéo tournées en dehors des horaires d’ouverture au public sur lesquelles on observe les mêmes comportements. Quiconque ayant travaillé dans ces établissements, les dresseurs par exemple, vous dira que ces comportements sont fréquents.

Le sénateur Enverga : Merci, monsieur le président, je poursuivrai lors du deuxième tour de questions.

Le sénateur McInnis : Merci d’être venue, madame Visser. Nous avons enfin le plaisir de vous rencontrer en personne. C’est un long voyage.

Mme Visser : En effet.

Le sénateur McInnis : Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce sujet? Depuis combien de temps vous exprimez-vous sur la question des cétacés en captivité?

Mme Visser : Cela fait, je crois, 15 ans que je m’exprime au sujet des cétacés en captivité. D’ailleurs, je pourrais vous donner l’année. Je m’exprime davantage depuis 2010. Le gouvernement des États-Unis m’a contactée au sujet de la mort de Dawn Brancheau à SeaWorld. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre la parole devant des assemblées telles que la vôtre.

Le sénateur McInnis : Vous disiez que cela faisait 15 ans.

Mme Visser : Cela fait 15 ans que je m’exprime publiquement, mais je le fais devant des assemblées comme la vôtre depuis 2010.

Le sénateur McInnis : Vous êtes-vous souvent exprimée au Canada?

Mme Visser : Pas souvent, mais tout de même quelques fois. J’ai été remarquée il y a quelques années à Vancouver lorsque je me suis exprimée lors d’une conférence de Compassionate Conservation. J’ai observé Chester, le faux-orque qui s’y trouvait et qui présentait des blessures à la mâchoire inférieure qui indiquaient une automutilation et des comportements autodestructeurs. Les médias ont eu une réaction assez intéressante. Les deux versions de l’histoire ont été présentées et l’aquarium a d’abord nié l’existence d’un problème, pour ensuite admettre que cet animal avait un comportement visant à attirer l’attention.

Le sénateur McInnis : Bien entendu vous n’êtes pas seule.

Mme Visser : Non, monsieur.

Le sénateur McInnis : Il y a des organismes.

Mme Visser : Oui, des milliers de personnes partagent ce point de vue.

Le sénateur McInnis : Oui, je sais. Je voudrais vous poser une question. À votre connaissance, y a-t-il parmi ces personnes des gens qui ont étudié les lois existantes? Par exemple, prenons le Canada. Y a-t-il parmi vous des gens qui, après tous ces efforts et tous ces voyages ont analysé les lois existantes dans notre pays? Ou avez-vous demandé à un juriste qui voudrait bien le faire bénévolement?

Mme Visser : J’ai analysé ces lois. Bien entendu, je ne suis pas juriste, mais j’ai lu les textes de loi. Nous avons par exemple des juristes qui étudient le décret français qui est en cours d’examen. Nous avons des juristes qui ont participé au projet de loi qui a été adopté en Californie. Oui, nous avons des juristes à nos côtés, monsieur.

Le sénateur McInnis : Vous ont-ils fourni des analyses?

Mme Visser : Oui, tout à fait.

Le sénateur McInnis : Et que disent ces analyses?

Mme Visser : Elles disent que nous allons dans le sens de l’histoire, que beaucoup de pays avancent sur ce sujet et que la voie à suivre est celle d’une interdiction de la captivité des cétacés, car...

Le sénateur McInnis : Pardonnez-moi, mais vous ne répondez pas à ma question.

Mme Visser : Je vous demande pardon.

Le sénateur McInnis : Je ne veux pas paraître impoli.

Mme Visser : Oh non, pas du tout, monsieur.

Le sénateur McInnis : Je tiens à vous témoigner le plus profond respect.

Vous a-t-on apporté des analyses des lois existantes, que cela soit en matière de pêches et d’océans, en matière d’environnement ou dans le Code criminel? Un juriste devrait être en mesure de vous fournir ce type d’analyse, s’il fait son travail.

Vos juristes ont-ils examiné les lois au Canada et estiment-ils que s’ils voulaient engager diverses actions en justice contre ces aquariums, ils seraient en mesure de le faire?

Mme Visser : Oui, monsieur, il me semble.

Le sénateur McInnis : Et quelle est la réponse?

Mme Visser : La réponse est qu’ils pensent que ce projet de loi est viable, mais qu’il faudrait y apporter quelques amendements, j’en ai proposé quelques-uns lors de mon exposé.

Le sénateur McInnis : Je ne voudrais pas insister, mais cela ne répond pas à ma question. Ma question porte sur les lois existantes au Canada, celles qui sont en vigueur. C’est ce que je voudrais savoir.

Mme Visser : Oui, les lois en vigueur ont été étudiées. Nos juristes estiment qu’elles ne protègent pas les cétacés de façon adéquate sous leur forme actuelle.

Mme Sussman : Si vous le souhaitez, je pourrais dire quelques mots là-dessus. Je crois que le problème actuel vient du fait que les animaux qui sont actuellement en captivité au Canada, les cétacés que nous voyons, épaulards, bélugas et les grands dauphins, sont traités de la même manière que les autres cétacés dans le cadre de l’annexe II de la CITES. Il n’y a que très peu de cétacés pour lesquels il faut un permis d’importation et pour lesquels le Canada prend des mesures de protection plus contraignantes et ce ne sont pas les espèces que nous voyons en captivité.

Je réfléchis au problème sous l’angle de la protection de ces animaux et non sous celui du bien-être animal — vous faites peut-être référence aux lois sur le bien-être animal au sujet des animaux actuellement en captivité —, il est clair qu’en ce qui concerne les animaux sauvages et l’attitude à adopter, cela relève actuellement du pouvoir discrétionnaire de Mme la ministre McKenna. Elle a le pouvoir discrétionnaire d’adopter des réglementations plus contraignantes dans le cadre de la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial, afin que nous adoptions une politique exigeant au minimum des permis d’importation pour les épaulards, les bélugas et les grands dauphins, et que cela s’accompagne d’une politique de refus d’accorder ces permis. Cela pourrait se faire tout de suite, dans le cadre de la législation actuelle.

La protection des animaux est plutôt de compétence provinciale. Il y a bien le Code criminel, qui est d’ordre général, mais le plus souvent, nous laissons les provinces s’occuper de ces dossiers-là. C’est pourquoi le projet de loi 80 a été adopté en Ontario. J’espère que cela vous éclaire.

Le sénateur McInnis : Je ne vais pas m’éterniser là-dessus. Je ne cherchais pas à obtenir une réponse précise. Je voulais simplement connaître les recherches que vous avez effectuées. Plus tard, des experts viendront nous présenter les lois en vigueur.

Madame Visser, selon mes recherches, vous affirmez que le fait d’observer des cétacés en captivité ou d’interagir avec eux n’est pas de nature à instruire ou à inspirer les enfants, si ce n’est dans une très faible mesure. Mardi soir, je crois, ou la semaine précédente, on nous a dit ici même qu’il y avait 30 millions de visites de cétacés en captivité.

Comment pouvez-vous affirmer que cela ne contribue pas à instruire ou à inspirer les enfants? Que font-ils là, ces 30 millions de visiteurs?

Mme Visser : Justement. J’aimerais renverser l’argument et poser la même question: que font-ils là? Ils ne s’instruisent pas.

Il y a trois jours, je suis allée à Marineland. J’ai regardé le spectacle. Aucune information n’a été transmise au sujet de la biologie, de l’habitat ou du comportement des animaux. Les animateurs ont seulement expliqué comment ils les domptaient et comment ils pouvaient s’amuser avec eux en les chevauchant, par exemple. Le spectacle s’arrêtait là. Nous les domptons pour pouvoir les chevaucher. J’ai tout cela sur vidéo. Je serai ravie de vous montrer le spectacle en entier si vous voulez le voir un de ces jours. Ce n’est pas ce que j’appelle de l’éducation.

La semaine dernière, je me trouvais à la Commission européenne. On m’a remis un document signé par plus de 100 psychologues. On y disait que, loin d’aider à cultiver une meilleure connaissance de la nature et des besoins animaliers, le contexte des spectacles d’animaux pouvait éventuellement créer plusieurs problèmes: un manque de respect envers les êtres vivants, un déni des messages de douleur envoyés, ainsi qu’une carence dans le développement de l’empathie — laquelle joue un rôle crucial dans les processus de développement et de croissance — puisque les spectacles suscitent des réactions incongrues comme l’amusement, la joie et même la punition, la gêne et l’injustice.

Ce sont des psychologues de Harvard — des sommités dans leur domaine — qui le disent. J’ai déposé une copie du document pour que vous puissiez y jeter un œil. J’ai vu de mes propres yeux — et je ne suis pas la seule — des enfants qui cognaient contre les parois des aquariums, qui jetaient des choses aux animaux, qui les insultaient et leur criaient après. Ce n’est pas ce que j’appelle être inspiré. À mon avis, nous pouvons faire beaucoup mieux que cela.

À vrai dire, le Canada est un chef de file mondial dans le domaine. Vous possédez le plus long site d’observation des baleines au monde: votre littoral, qui s’étend sur plus de 1 000 kilomètres. J’ai découvert cela hier soir. Je l’ignorais. Pour 19,60 $, une famille entière peut accéder à un centre d’interprétation et d’observation et observer les animaux dans leur milieu naturel. Voilà ce que j’appelle de l’éducation.

Le sénateur McInnis : Merci. J’attendrai la deuxième série de questions.

Le sénateur Sinclair : Certaines choses que vous avez dites ont piqué ma curiosité, madame Visser. Aussi, j’aimerais vous demander à toutes les deux de répondre à une question.

Dans votre intervention, vous avez évoqué le décret français à quelques reprises. Je ne crois pas que les membres du comité aient eu droit à une explication. Pouvez-vous nous expliquer brièvement de quoi il s’agit?

Mme Visser : Oui, avec plaisir. J’ai un papier là-dessus quelque part dans ma pile de documents. Le décret français a été adopté le 3 mai 2017, si je ne m’abuse. L’article 1 stipule que « pour assurer la protection des espèces, améliorer le bien-être et supprimer la souffrance animale, la détention en captivité de spécimens de cétacés est interdite ». Le décret compte 27 articles.

Je suis ravie de vous remettre ce document. Dans ce cas-ci, je l’ai dans les deux langues, évidemment. On y explique dans le détail l’interdiction de la reproduction des cétacés en captivité, une mesure dont l’unique objectif est le bien-être des animaux. Le décret français entrera en vigueur dans cinq mois. La loi existe déjà, mais elle sera valide dans cinq mois.

Le sénateur Sinclair : Elle s’appliquera à toute la France, n’est-ce pas?

Mme Visser : Oui.

Le sénateur Sinclair : Il y a eu des témoignages contradictoires à ce comité au sujet du rôle des vétérinaires et des experts du comportement. Je présume que vous n’êtes pas vétérinaire.

Mme Visser : Non, je ne suis pas vétérinaire, mais j’ai étudié la médecine vétérinaire pendant un an. J’ai abandonné ces études pour diverses raisons, dont le fait que je ne sois pas douée pour les mathématiques.

J’étais aussi très déçue du fait que l’on ne nous enseignait rien — à cette époque-là, il y a plusieurs années — au sujet du bien-être des animaux. Aujourd’hui encore, ce type d’enseignement occupe un espace très limité dans l’apprentissage des futurs vétérinaires. Souvent, on n’a d’autre choix que d’aller chercher ces connaissances en marge du programme d’études.

La même règle s’applique au comportement animal. Les vétérinaires acquièrent une connaissance des problèmes médicaux et des diagnostics, mais ils n’apprennent pas ce qu’est le bien-être et, par conséquent, il arrive souvent qu’ils ne comprennent pas les enjeux de cet ordre.

Le sénateur Sinclair : Pourriez-vous nous parler des amendements que vous proposez et nous dire ce que nous devrions faire, à votre avis, pour améliorer ce projet de loi?

Mme Sussman : Bien sûr. En ce qui concerne la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce à l’échelle internationale et à l’échelle interprovinciale, il suffirait d’inscrire à l’annexe II les cétacés qui apparaissent actuellement à l’annexe I de la loi, où seulement un permis d’exportation est requis. Ainsi, un permis d’importation serait également exigé.

C’est très important parce que, dans l’état actuel des choses, le Canada s’en remet aux autres pays pour ce qui relève de la conformité aux obligations découlant de la CITES. Il laisse aux pays exportateurs le soin d’analyser scientifiquement s’il y a des torts causés aux animaux, par exemple. À mon avis, nous devrions agir de manière plus proactive en rendant aussi obligatoire l’obtention de permis d’importation et en interdisant, par le biais d’une politique, la délivrance de permis d’importation pour des espèces qui sont exploitées de manière excessive dans les aquariums.

La pratique est en déclin dans certains pays, mais ailleurs dans le monde, c’est tout le contraire: les delphinariums foisonnent en Chine, au Japon, dans les Caraïbes et dans le pays d’où proviennent la plupart des animaux, la Russie.

Il nous revient de faire du Canada un chef de file mondial. Au début de mon intervention, j’ai évoqué les nombreux sondages de Zoocheck — effectués de façon indépendante ou par le biais de tiers. Je peux vous montrer plusieurs sondages qui révèlent l’appui gigantesque que ce changement recueille auprès de la population, au Canada comme à l’étranger.

Le sénateur Sinclair : Certains témoins nous ont dit que les animaux en captivité étaient plutôt heureux et appréciaient leur vie quotidienne en aquarium. Pourriez-vous aborder un aspect de cette question? En qualité d’experte du bien-être des animaux, diriez-vous que l’enjeu de la reproduction est lié au bonheur que ressentent ces êtres vivants?

Mme Visser : Dire qu’un animal est heureux ou malheureux est chose facile, mais comment fait-on pour juger l’état de bonheur d’un individu? Même entre êtres humains, nous avons parfois du mal à communiquer cela. Je vous invite à suivre mon raisonnement alors que j’établis un parallèle entre les animaux et les êtres humains.

Prenons le cas d’une femme victime de viol ou d’une femme recluse dans un camp de concentration ou un camp de réfugiés. Le fait qu’elle ait un enfant ne signifie pas forcément qu’elle soit heureuse. En fait, laissons tomber la comparaison avec l’être humain et prenons l’exemple des usines à chiots. Aujourd’hui, tout le monde s’entend pour dire que les usines à chiots n’ont rien de bon pour les animaux et que ceux-ci, en théorie, y sont malheureux. Pourtant, dans ces usines, les chiens produisent des petits à la chaîne.

En somme, je ne crois pas que l’on puisse mesurer le bonheur animal à l’aune de la procréation. Heureux ou pas, les représentants de toutes les espèces sont animés d’une pulsion de reproduction fondamentale.

Le sénateur Christmas : Madame Visser, je vous remercie d’avoir fait tout ce chemin jusqu’au Canada pour venir nous transmettre vos connaissances et votre expertise au sujet des cétacés.

J’aimerais donner suite à la question du sénateur McInnis. Il y a plusieurs années, ma femme et moi avons emmené nos deux enfants les plus âgés à Marineland et à l’Aquarium de Vancouver. Nous avons aussi une adorable petite fille de six ans qui n’est allée à aucun des deux aquariums. Après avoir entendu plusieurs témoins experts, je commence à me demander, comme parent, si c’est une bonne idée d’emmener ma petite fille à Marineland ou à Vancouver.

Selon vous, pourquoi vaut-il mieux éviter que les enfants soient mis en contact avec les cétacés en captivité?

Mme Visser : J’ai vu de mes yeux comment les enfants agissent dans ce genre d’endroit. Je les ai vus assister à des spectacles dans lesquels les animaux sont tournés en ridicule sans qu’il y ait la moindre dimension éducative. Quand on observe les animaux, on voit que, même s’« ils ne font que nager » dans le bassin, il s’agit d’une sorte de violence passive. C’est même un euphémisme que de dire cela. Je ne crois pas que l’on arrive ainsi à inculquer aux enfants une attitude respectueuse envers les animaux.

Nous souhaitons tous faire au mieux pour nos enfants et nos petits-enfants. Nous voulons veiller à ce qu’ils reçoivent une bonne éducation et des informations justes, au moment où leurs cerveaux sont comme des éponges. Si nous leur transmettons des informations mal avisées, nous ne leur rendons pas service.

Pensons simplement aux zoos, par exemple. Tous les zoos n’emportent pas forcément mon adhésion, mais je reconnais qu’il y en a de très bons. Quand nous étions enfants et que nous allions au zoo, les animaux étaient gardés dans des cases de ciment complètement dépouillées. Ils y faisaient les cent pas. Aujourd’hui, les zoos sont agrémentés d’arbres, de gazon, de petits ruisseaux et d’objets dont les animaux peuvent profiter, comme des cordes pour se suspendre et d’autres choses du genre.

Pensez un peu à ce que vous montrez à vos enfants quand vous les emmenez voir des cétacés dans des cases en ciment. C’est en effet la même case en ciment que vous voyiez quand vous étiez enfants. Il n’y a rien là-dedans pour agrémenter la vie de ces animaux, pas même une peinture représentant un poisson sur la paroi. Rien. Ce n’est pas le genre de message que nous devrions envoyer à nos enfants.

Mme Sussman : Puis-je m’exprimer sur le sujet? J’ai une petite fille qui aura bientôt six ans. Je l’ai emmenée à Marineland à plusieurs reprises alors que j’y observais les animaux. Récemment, elle est allée au Musée royal de l’Ontario, à Toronto, où l’on présente une magnifique exposition sur les neuf baleines bleues qui sont mortes à Terre-Neuve-et-Labrador. Ce n’est pas du tout la même chose lorsque ma fille observe, par exemple, Kiska, l’épaulard solitaire qui tourne en rond dans le bassin, sans apport éducatif. Dans l’ensemble des zones de Marineland réservées aux cétacés, il n’y a que deux plaques descriptives. Elles sont là depuis des années et l’information qu’elles contiennent est facile à trouver sur Internet.

En comparaison, pendant sa visite de l’exposition du Musée royal de l’Ontario, ma fille marchait dans un espace où il y avait des écrans sur trois côtés. Grâce aux photographies, elle était immergée dans l’environnement des icebergs de Terre-Neuve-et-Labrador. Elle a tout appris au sujet de la tragédie. Il y avait une exposition interactive et, au moyen d’un écran vidéo, elle a pu se glisser dans la peau d’une baleine bleue: elle plongeait, elle mangeait du krill, puis elle remontait à la surface. Elle dansait. C’était une expérience très inspirante pour elle. À la fin, il y avait un film éducatif dans lequel on expliquait comment il était possible de s’impliquer politiquement pour protéger les océans canadiens. Il s’agissait bel et bien de préservation et d’éducation.

Pour beaucoup d’enfants, le fait d’observer un animal en captivité constitue une expérience traumatisante, surtout quand il s’agit d’animaux qui ont été arrachés à leur habitat naturel pour être transportés dans un environnement parfaitement artificiel. C’est particulièrement vrai dans le cas des cétacés, puisqu’une grande part de l’enseignement positif que l’on peut tirer d’un zoo vient de l’observation d’animaux qui vivent dans un environnement naturaliste et qui sont à même de se comporter de manière naturelle. Or, comme la captivité ne convient pas du tout aux besoins des cétacés, leur situation est plus grave et les enfants peuvent s’en trouver bouleversés et exprimer cela après coup, vu la persistance de leur malaise.

Ce que je dis là est fondé sur une étude savante que j’ai mis des mois à rédiger à partir de l’examen de la valeur éducative des expositions et des programmes présentant des animaux vivants.

Mme Visser : Dans le même ordre d’idées, un nombre très important de jeunes de 14 ans ou plus — voire des jeunes de moins de 14 ans — viennent me parler et se disent choqués d’être allés à SeaWorld, à Marineland ou dans d’autres parcs aquatiques. Ils ignoraient ce qui s’y passait. Maintenant qu’ils le savent, cela les chagrine profondément et ils ne savent pas quoi faire pour remédier à la situation.

Ils sont véritablement navrés d’avoir participé à cela en achetant un billet d’entrée et en se faisant complices de cette industrie à leur insu. On leur a vendu un conte de fées, alors que pour les animaux, c’est un véritable cauchemar.

Mme Sussman : Beaucoup d’expériences négatives d’enseignement ont lieu dans ce type d’établissement. L’information qui est donnée n’est pas véridique. Au lieu de l’éducation attendue, les enfants reçoivent souvent des renseignements inexacts. Des études montrent que dans certains contextes, tout particulièrement dans le cas des chimpanzés et des autres grands singes — et cela peut être appliqué aux bélugas de Marineland —, l’état de préservation d’une espèce animale peut être mal interprété.

Quand un enfant voit un grand nombre de spécimens d’une espèce menacée, comme les bélugas de Marineland, il est possible qu’il se dise: « Tiens, cette espèce-là prolifère. Il est donc inutile de la protéger dans une optique de préservation. » Il y a beaucoup d’aspects négatifs à tout cela.

Enfin, j’aimerais ajouter que le fait de voir un animal majestueux être chevauché, par exemple, dans un parc d’attractions, au son d’une musique rock tonitruante, comme c’est le cas à Marineland, renforce la perception de l’animal comme objet que l’on peut utiliser, que ce soit pour se divertir ou même pour s’instruire. Il faut aussi réfléchir à la dimension éducative de la question.

Le sénateur Christmas : Merci beaucoup. Comme parent, je trouve vos remarques très utiles. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il est parfois difficile aujourd’hui de faire la part entre un bon divertissement et un mauvais divertissement pour nos enfants. Je n’avais jamais envisagé cette question sous l’angle du message qui leur est transmis.

Mme Sussman : Quand un enfant vous dit: « Je veux aller à Marineland » ou « J’aimerais aller à SeaWorld. Je veux voir ces animaux-là », c’est très difficile pour un parent de dire non. J’en suis bien consciente. Nous voulons que nos enfants soient en contact avec des animaux. C’est la forme que doit prendre le contact qui importe. Il est parfois préférable de dire non, en expliquant ses raisons et en proposant une autre sortie.

Le sénateur Christmas : Merci de votre aide. Je ne voudrais pas que ma fille reçoive un message négatif.

En Nouvelle-Écosse, il y a une solution de rechange. Il s’agit des nombreuses excursions d’observation des baleines. J’y suis allé par le passé. La plupart du temps, les guides sont des pêcheurs — actifs ou retraités. Ils connaissent bien les lieux et les cétacés et ils tiennent souvent des propos très intéressants.

Selon vous, ce genre d’activité a-t-il une plus grande vertu éducative? Envoie-t-il le bon message aux enfants, étant donné que le contexte est plus naturel?

Mme Visser : J’ai moi-même déjà participé à ce genre d’excursion parfois organisé par d’anciens pêcheurs de baleines sur des baleiniers. En Islande, par exemple, une ancienne société de pêche à la baleine propose de telles activités. Les guides parlent un peu de la pêche à la baleine, mais ils donnent des renseignements très instructifs qui ont trait à la préservation des animaux dans le contexte d’aujourd’hui. Ils comprennent mieux que quiconque la nécessité de protéger les baleines, puisqu’ils étaient en première ligne quand les espèces ont presque été exterminées.

Il va sans dire qu’il existe de bons et de mauvais exploitants d’excursions d’observation de baleines. Je ne sais pas comment exprimer cela de manière très concise. Je dirai simplement que les excursions d’observation de baleines envoient immanquablement un message plus positif, puisque les animaux y sont libres et sauvages. Dans toutes les excursions auxquelles j’ai participé, il y avait une dimension éducative, mais même sans cela, ce type d’activité vaudrait mieux que les parcs aquatiques.

Le président : Comme vous le savez, le temps file. Cinq personnes ont demandé à poser une question à l’occasion de la deuxième série de questions. Afin de donner à chacun la chance de parler, je vous demanderai de vous limiter à une seule question par personne.

Si vous avez trois questions à poser, je vous suggère de les fusionner, parce que vous ne pourrez pas reprendre la parole. Aussi, je sais bien qu’il faut parfois du temps pour expliquer certaines choses, mais je demanderais néanmoins à nos témoins de répondre de manière concise, si possible. Si les questions et les réponses restent brèves, nous devrions être dans les temps.

Le sénateur Plett : J’essaierai d’abréger ma question. Cependant, je dois commencer par un petit préambule. Trois de mes petites-filles ont visité l’Aquarium de Vancouver. Elles adorent les animaux et veulent maintenant devenir des vétérinaires. Je ne crois donc pas que les aquariums mettent des idées négatives dans la tête de tous les enfants. À mon avis, certains en reviennent avec des idées très positives.

Madame Visser, malgré ce que vous affirmez, comment réagiriez-vous si je vous disais que nous avons la preuve que vous avez pris des photos à Marineland? Vous prétendez que Kiska est blessée et qu’elle est laissée à elle-même. Or, on nous rapporte que la SPA de l’Ontario et d’autres l’ont examinée et qu’elle va bien. Je crois comprendre que vous n’avez pas avisé Marineland des prétendues blessures et que vous n’avez pas porté plainte auprès de la SPA de l’Ontario. Si vous l’avez fait, Marineland n’en a jamais été avisé. Au cours des deux derniers jours, des vétérinaires ont examiné Kiska et nous ont assuré qu’elle était en pleine forme.

Je dois poser toutes mes questions maintenant, car le président ne me permettra pas de reprendre la parole. De plus, madame Visser, vous avez été impliquée directement dans un procès intenté par PETA en Californie. Durant ce procès, vous avez été personnellement nommée en tant que représentante de l’un des épaulards de SeaWorld. Au cours de ce procès, vous prétendiez que les épaulards sont des esclaves. Selon vous, il s’agit d’une violation de l’amendement constitutionnel mettant fin à l’esclavage. Le tribunal a rejeté votre argument et vous avez perdu votre cause, si je ne me trompe pas.

Enfin, ma question est la suivante : croyez-vous que les baleines ont des droits, au même titre que des personnes, en vertu de la loi canadienne? Est-ce exact? Selon vous, quels sont les autres animaux qui devraient être traités comme des personnes en vertu la loi? Devrait-on mettre fin au Stampede de Calgary?

Vous avez mentionné les arbres qui poussent dans les zoos. Je le comprends et l’apprécie. Il y a peu d’arbres qui poussent, même en eaux vives. Dans les mers arctiques, il n’y a pas d’arbres. Il n’y a que des roches au fond de l’océan. Vous comparez des pommes et des oranges.

Mme Visser : Sénateur Plett, lorsque j’ai fait référence aux arbres dans les zoos, je parlais des animaux en général, pas des cétacés.

Je crois qu’il vaut mieux tuer ceci dans l’œuf immédiatement. L’aspect de l’anthropomorphisme que vous avez soulevé ne s’applique pas à ce projet de loi. On n’en fait aucune mention dans le projet de loi.

Le sénateur Plett : Ce n’est pas ce que je vous ai demandé. J’aimerais savoir si vous croyez en l’anthropomorphisme, car je crois que c’est pertinent. Voilà pourquoi je vous pose la question.

Mme Visser : Sénateur, vous pouvez poser la question et vous pouvez essayer de m’intimider pour que je réponde, mais je vous le répète clairement, ce n’est pas pertinent au projet de loi qui nous concerne. Donc, je n’ai aucune raison de répondre à votre question. Le fait que je croie ou non en l’anthropomorphisme n’a rien à voir avec le témoignage que je viens livrer concernant ce projet de loi, c’est-à-dire que les cétacés ne devraient pas être gardés en captivité.

Le sénateur Plett : Avec ces réponses, vous êtes mûre pour la politique.

Le sénateur Enverga : Je tiens à mentionner que j’ai trois enfants. En fait, j’ai un enfant spécial qui, je crois, était très heureux lorsque nous sommes allés à Marineland et SeaWorld. En vérité, ils s’y sont tous attachés. Ils étaient convaincus que c’était mieux que de jouer aux jeux vidéo ou de regarder la télévision. Ils n’ont pas l’habitude d’être si près de la nature. Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir aller à la mer, surtout ceux qui ont des enfants handicapés. Ils ne peuvent pas s’y rendre.

Pourquoi dites-vous qu’une visite dans ce type d’endroit n’a aucune valeur éducative? Je suis pratiquement convaincu que mes enfants ont adoré leur visite. Ils se sont attachés aux animaux et ils ont appris des choses. Je vous confirme aussi que certains de leurs amis s’y sont attachés aussi. Ils ont appris que ces animaux étaient de véritables merveilles de la nature qui méritent d’être protégées, non seulement en aquarium, mais aussi en mer.

Je ne vois pas pourquoi vous dites que ces endroits n’ont aucune valeur éducative. Pouvez-vous me dire pourquoi il n’y aurait pas d’attachement envers les animaux? Pourquoi ne faudrait-il pas s’occuper d’eux dans la nature? Mes enfants les ont adorés.

Mme Sussman : Je comprends tout à fait votre point de vue. Comme je l’ai dit, je suis moi-même mère d’une jeune fille. Quand j’étais plus jeune, j’ai visité Marineland. En voyant Kiska, j’ai vraiment eu très pitié d’elle.

Je ne prétends pas que les zoos et les aquariums n’inspirent personne, mais nous devons jeter un regard critique sur la meilleure façon de sensibiliser les enfants aux animaux. Quand vous amenez votre enfant voir un animal, surtout un animal qui est placé dans une situation précaire par un parc d’attractions qui ne s’occupe pas correctement de lui, vous lui enseignez plusieurs choses négatives. En fait, vous lui enseignez la domination et vous lui dites qu’il est acceptable de traiter les animaux de cette façon.

Aujourd’hui, il y a tellement d’autres choses à visiter, comme les expositions du Musée royal de l’Ontario et les sanctuaires pour animaux. Je sais bien que les gens n’ont pas les moyens financiers de tout faire, mais il y a une panoplie de façons d’apprendre et d’être inspiré sans placer un animal dans une situation où il est victime de cruauté. Il y a d’autres façons d’accroître nos connaissances et d’être inspiré.

Le sénateur Enverga : Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il vaut mieux exhiber un animal mort qu’un animal vivant.

Mme Sussman : J’ai lu une étude universitaire menée auprès de trois groupes d’écoliers. C’était intéressant. Un groupe d’enfants a visité un musée. Un autre est allé au zoo et a assisté à un spectacle d’animaux. Le troisième groupe est allé dans un parc du voisinage. Plus tard, lorsque l’on a demandé aux écoliers où ils pouvaient aller pour en apprendre plus sur les animaux, ceux qui avaient assisté au spectacle d’animaux ont dessiné des animaux en cage dans un zoo. Quant aux enfants qui étaient allés à l’extérieur, dans la nature, ils ont dessiné des animaux dans leur milieu naturel.

D’un point de vue psychologique, certains enfants peuvent effectivement être inspirés d’une quelconque façon en voyant un animal vivant, parce que nous aimons tous les baleines et les dauphins. Mais il s’agit d’éduquer nos enfants de façon responsable. Bien qu’il soit difficile de dire non, je ne crois pas que la chose à faire dans cette circonstance soit de leur dire oui.

Le sénateur McInnis : Je cherche à donner des idées à mon ami le sénateur de la Nouvelle-Écosse pour ses vacances estivales avec sa fille.

En plus d’être journaliste, Richard Louv est aussi l’auteur du livre Last Child in the Woods. Permettez-moi de citer quelques passages de son roman:

Une exposition directe à la nature est essentielle pour le développement sain d’un enfant, de même que pour la santé physique et psychologique des enfants et des adultes.

Plus loin:

L’exposition aux cétacés est extrêmement précieuse pour le bien-être de nos enfants.

Monsieur Louv est un auteur à succès qui semble avoir fait de vastes recherches.

Nous recevons des informations contradictoires ici, mais j’ai retenu cette citation, que j’ai entendue il y a environ un mois. Qu’en pensez-vous?

Mme Sussman : Je crois qu’il est très important de se rappeler que les animaux ne réagissent pas tous de la même façon à la captivité. Je ne suis pas une scientifique, donc je sors très loin de mon domaine de compétences, mais je dirais que certaines espèces semblent être moins affectées par la captivité. Elles sont moins conscientes qu’elles sont en captivité. Plusieurs recherches ont été effectuées sur des animaux d’eau profonde, de grands nageurs qui sont aussi très intelligents. Madame Marino est venue témoigner devant ce comité. Nous connaissons la taille du cerveau de certaines espèces, la largeur de leur néocortex, la complexité de leurs vies affectives et nous savons à quel point elles aiment socialiser.

Voilà ce dont il est question dans ce projet de loi. Nous ne parlons pas de toutes les espèces d’animaux. Nous parlons de ceux qui sont particulièrement troublés par la captivité. Selon moi, nous sommes en mesure de faire quelque chose à ce sujet.

Le sénateur Sinclair : Ce projet de loi vise deux lois fédérales, soit le Code criminel et la Loi sur les pêches. Madame Visser, nous apportons des modifications à l’article du Code criminel qui concerne la cruauté envers les animaux.

Ma question est d’ordre général, puisque c’est une infraction générale qui est prévue, soit qu’il est intrinsèquement cruel de maintenir des cétacés en captivité. Êtes-vous d’accord?

Mme Visser : Oui, tout à fait. Les preuves parlent d’elles-mêmes. Comme je l’ai mentionné plus tôt à un autre sénateur, vous n’avez qu’à observer le comportement des animaux pour le comprendre. Il est important de rappeler que les sénateurs ont effectivement reçu beaucoup d’informations dichotomiques, mais ils ont aussi reçu beaucoup de renseignements contradictoires.

Ce n’est pas qu’une question d’être des adversaires. Certains de vos témoins vous racontent des histoires différentes. Voici un extrait d’un récent témoignage que j’ai noté en regardant la diffusion vidéo:

J’ai personnellement retiré des balles de deux épaulards qui ont récemment été amenés en captivité...

J’ai été horrifiée en entendant ces mots. Je me suis dit, « Ma parole, où cela s’est-il produit? »

Plus loin dans son témoignage, il dit qu’il n’a pas vu cela dans la nature depuis les années 1960. Son témoignage laisse croire qu’il s’agit d’un problème récent, mais lorsqu’on le questionne, il précise que c’est survenu dans les années 1960.

Je suis troublée de voir qu’il y a autant d’exemples semblables fournis par des témoins qui appuient l’industrie de la captivité. Ce n’est pas une bonne manière de se représenter ou de représenter une industrie.

[Français]

Le sénateur Forest : Effectivement, il faut tout de même convenir d’une chose : on vit dans un monde où, malheureusement, l’idéal n’est pas toujours présent. Quand on parle d’éducation en ce qui concerne les visiteurs d’un aquarium comme l’Aquarium de Vancouver, je parlerais davantage de sensibilisation. Certains individus, y compris les jeunes, ont peut-être des comportements douteux. Le problème est peut-être plus relié aux parents qu’aux jeunes. C’est comme pour les chiens; quelquefois, le problème est à l’autre bout de la laisse.

Cependant, en matière de contribution, il faut admettre que certains animaux, compte tenu de leurs caractéristiques et de leurs besoins génétiques, souffrent plus de la captivité que d’autres. J’ai l’impression que ces endroits offrent une alternative, car l'on vit dans un monde où, généralement, ce ne sont pas toutes les familles qui ont la possibilité de se rendre près du golfe du Saint-Laurent, en Nouvelle-Écosse, ou ailleurs pour y observer des animaux marins dans leur monde naturel. C’est tout de même une alternative, et ces institutions permettent de sensibiliser les jeunes à la nature, à la flore et à la faune aquatique et terrestre.

Dans notre réflexion, où l'on essaie de trouver un juste équilibre parmi des objectifs qui sont souvent un peu distincts, pour vous, serait-il satisfaisant que le projet de loi interdise la capture d’individus marins à des fins commerciales, tout en permettant, tel que vous l’indiquiez, que les animaux qui sont actuellement en captivité le demeurent, et que des efforts soient faits pour obtenir un meilleur niveau d’éducation? À l’heure actuelle, et particulièrement pour les cétacés, c’est le volet du spectacle qui est exploité et non pas le volet de la sensibilisation ou les caractéristiques des animaux. Il y a peut-être des éléments sur lesquels on pourrait travailler en ce sens. Si ce projet de loi traitait particulièrement des deux interdictions avec l’autorisation de transport pour le mieux-être de l’individu, est-ce que cela vous apparaîtrait une législation satisfaisante, compte tenu des objectifs que vous poursuivez?

[Traduction]

Mme Visser : C’est étrange que vous me suggériez ce compromis au moment même où vous me posez la question. La première chose que j’ai écrite, c’est que ceux qui restent devraient recevoir une meilleure éducation. C’est précisément ce que vous avez suggéré comme compromis et je suis tout à fait d’accord avec vous.

Dans sa mouture actuelle, le projet de loi ne vise pas à libérer tous les cétacés en captivité au Canada, si je comprends bien. Il vise plutôt à prévenir l’ajout de cétacés par le biais de l’élevage et de la capture. Les responsables de l’aquarium prétendent qu’il y aura encore des cétacés en captivité pendant plusieurs décennies.

Vous dites que ce n’est pas tout le monde qui peut se permettre un voyage pour observer des cétacés dans leur milieu naturel. Je comprends, mais ce n’est pas tout le monde qui peut aller les voir en captivité. Il y a une foule d’endroits au Canada où vous pouvez les observer; à Niagara Falls ou à l’Aquarium de Vancouver, par exemple. Vous pénalisez aussi ces gens.

C’est un argument valable, mais le contexte doit être pris en considération. Cependant, je crois qu’en interdisant l’élevage et la capture, vous prévoyez une disposition de caducité qui permet la poursuite des recherches et qui laisse place à un meilleur programme pédagogique, ce qui devrait être encouragé. Mais je vous conseillerais fortement de jeter un coup d’œil au décret français visant à améliorer le bien-être des animaux en captivité. Les Français font face au même problème en ce moment. Encore une fois, je peux vous fournir une copie de ce décret français.

La sénatrice Raine : Je crains que cette loi empêche l’utilisation des installations canadiennes pour faciliter l’élevage, dans le but de sauver les espèces menacées. Je sais qu’il y a des grands dauphins à Marineland, soit cinq femelles, mais aucun mâle.

Quand vous dites que nous devrions interdire l’élevage, je trouve cela tout à fait anormal, surtout en ce qui a trait aux bélugas de Marineland. L’élevage et la reproduction sont des actes naturels que nous devons encourager.

Je crains que cette loi nous empêche d’aider à l’avenir. J’aimerais entendre ce que vous avez à dire à ce sujet, si vous le voulez bien.

Mme Visser : Je comprends vos préoccupations. De manière générale, sans comprendre les menus détails, ce sont des préoccupations très légitimes. Cependant, vous devez savoir, par exemple, qu’aucun programme d’élevage de cétacés au monde ne les relâche dans la nature. Ils les échangent à une autre installation ou ils les gardent pour eux, comme Marineland le fait. Rien de cela ne contribue aux efforts de conservation.

Comme vous l’avez dit, ces animaux font des choses naturelles. Mais il serait tout aussi naturel pour eux de nager, de plonger et d’attraper eux-mêmes leur nourriture. Ce n’est pas naturel pour eux de se trouver dans un bassin en béton ni de faire partie d’un spectacle. Les nourrir de poissons morts ou de pieds de vaches bouillis n’est pas naturel.

La sénatrice Raine : Je suis désolée, mais je me dois de répondre à cette déclaration, car vous ne connaissez peut-être pas tous les programmes en cours dans le monde. Les grands dauphins de la mer Noire doivent être élevés en captivité. C’est urgent. Il n’en reste que 3 000, environ, dont plus ou moins 200 en captivité. Au Canada, nous en avons cinq. Nous avons un plan. Il y a des groupes qui travaillent ensemble pour les réintroduire dans la mer Noire, leur milieu naturel, afin qu’ils survivent.

C’est pourquoi le Federal Research Institute for Animal Health, en Allemagne, et l’association Cetasea, en France, ont lancé en 2016 un programme conjoint de conservation qui prévoit faire des recherches sur la réintroduction des dauphins captifs dans leur milieu naturel.

Je crains que notre décision de fermer la porte à ces possibilités, si nous en arrivons là, causerait beaucoup de tort.

Mme Visser : Oui, bien sûr. Je connais ce projet. Je les félicite.

La sénatrice Raine : Vous avez dit qu’il n’y en avait pas.

Mme Visser : Aucune installation n’a relâché dans la nature de cétacés nés en captivité. Ces gens étudient la réintroduction des animaux capturés en milieu naturel. Ils ne songent pas à relâcher dans la nature les animaux nés en captivité.

Mme Sussman : Je pourrais peut-être commenter votre commentaire précédent. Au Canada, en ce moment, nous avons une situation, à Marineland, causée par la décision de la National Oceanic and Atmospheric Administration, ou NOAA, d’interdire l’importation des bélugas de Sakhalin-Amur capturés en milieu naturel, en Russie. Marineland les a importés. L’élevage continu fait en sorte que ces bélugas n’ont nulle part où aller. Ils sont sans doute trop grands pour les bassins dans lesquels ils sont maintenus, et ce, depuis belle lurette. Nous ne pouvons plus donner certains de ces bélugas aux Américains.

La possibilité que nous permettions l’élevage sans poser de restrictions me laisse sans mots. La situation est catastrophique. Le Japon et la Chine sont les seuls endroits où ces bélugas pourraient aller.

Mme Visser : Aussi, je tiens à ce que vous sachiez qu’il y a plusieurs cas, partout dans le monde, où ce sont les installations qui s’occupent de l’élevage. C’est le cas des grands dauphins, notamment. Ils doivent donner des contraceptifs à plusieurs dauphins, parce qu’ils « en ont trop » ou parce qu’ils ont des problèmes de consanguinité.

Avec cinq femelles et aucun mâle, même si vous ajoutez un mâle, il y aura un problème de consanguinité. Vous allez aggraver le problème. Vous n’allez pas le prévoir dans une clause de caducité qui l’enraiera. Merci.

Le président : Merci à nos témoins et à nos sénateurs. C’était une discussion saine, ce matin. Nous avons entendu une panoplie d’opinions diverses au cours des derniers mois. La fin approche. Nous vous remercions de votre contribution aujourd’hui.

Je me permets de faire la promotion de Terre-Neuve-et-Labrador, ma province. Il y a 600 icebergs qui flottent au large de nos côtes, entourés par toutes sortes de baleines. Si l’un d’entre vous aimerait s’y rendre, n’hésitez pas. Il y aura deux journées en août qui seront idéales pour une visite.

Je tiens vraiment à remercier tout le monde. Je voudrais dire à nos sénateurs que mardi soir, nous accueillerons des représentants des ministères des Pêches et des Océans, de la Justice et de l’Environnement. Voilà ce que nous avons à l’ordre du jour mardi. Merci.

(La séance est levée.)