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Débats du Sénat (hansard)

1re Session, 38e Législature,
Volume 142, Numéro 14

Le mardi 16 novembre 2004
L'honorable Daniel Hays, Président


 

LE SÉNAT

Le mardi 16 novembre 2004

La séance est ouverte à 14 heures, le Président étant au fauteuil.

Prière.

[Traduction]

VISITEURS DE MARQUE

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, avant que nous n'entreprenions nos travaux, je voudrais vous signaler la présence à notre tribune du haut-commissaire de l'Australie au Canada, Tony Hely, et de son épouse, Wendy Jeffrey.

Nous vous souhaitons la bienvenue au Sénat du Canada.


DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS

HOMMAGES

L'HONORABLE LAURIER L. LAPIERRE, O.C.

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, j'ai reçu plus tôt aujourd'hui un avis du leader du gouvernement qui demande, conformément au paragraphe 22(10) du Règlement, que la période réservée aux déclarations de sénateurs soit prolongée afin de rendre hommage au sénateur Laurier LaPierre qui prendra sa retraite le 21 novembre 2004.

Je rappelle aux honorables sénateurs qu'aux termes du Règlement, chaque sénateur ne peut prendre plus de trois minutes.

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Honorables sénateurs, notre collègue, le sénateur Laurier LaPierre, a eu une carrière exceptionnelle bien avant d'être nommé au Sénat du Canada en 2001. C'est un universitaire, un animateur, une autorité en matière d'histoire constitutionnelle du Canada et un amoureux de la culture canadienne. En tant qu'ardent défenseur de tout ce qui est canadien, il est devenu Officier de l'Ordre du Canada en 1994.

Le sénateur LaPierre a également été professeur à l'Université McGill, président de Téléfilm Canada et il a animé sa propre émission, Laurier Presents, sur la Chaîne d'affaires publiques par câble. Cependant, comme nous le savons, il s'est surtout fait connaître des Canadiens lorsqu'il est devenu le coanimateur avec Patrick Watson de l'émission This Hour Has Seven Days sur le réseau anglais de la Société Radio-Canada, une émission qui a eu une vie courte, mais énergique. Il est l'auteur d'une biographie de sir Wilfrid Laurier qui fait autorité en la matière, un livre que j'ai lu avec beaucoup de respect tant pour l'auteur que pour le sujet.

Le grand amour du sénateur LaPierre pour notre pays est mis régulièrement en évidence dans les médias lorsqu'il discute de la force de notre nation, des défis qu'elle doit relever, de son identité et de son avenir. Son Canada est sans limite et toutes les facettes de nos vies font l'objet de son examen bienveillant. Il nous encourage à bâtir plus solide, à penser plus grand et à être meilleur. Le sénateur LaPierre est un patriote par excellence et un homme aux convictions humanitaires au service de tous les Canadiens.

Les honorables sénateurs se rappellent du discours que le sénateur LaPierre a prononcé récemment en réponse au discours du Trône au cours de cette 38e législature. Il a déclaré alors que le Canada « doit être un instrument de paix et d'harmonie partout dans le monde » — ce qui représente la meilleure définition des objectifs déclarés de notre politique étrangère que j'ai jamais entendue.

[Français]

Il a cherché, par son vibrant discours, à éveiller chez les Canadiens le désir d'apprendre davantage sur eux-mêmes.

La contribution du sénateur LaPierre à cet effort et sa collaboration avec la fondation Historica ont permis aux Canadiens, jeunes et vieux, d'un océan à l'autre, de mieux connaître notre magnifique pays. On peut affirmer à juste titre que tout au long de sa vie, il a vanté les mérites du Canada et rendu hommage à l'esprit d'un pays à nul autre pareil, un pays vraiment unique au monde.

[Traduction]

Tous ses amis et ses collègues, y compris son ami de longue date et collègue Patrick Watson qui m'a prié de lire ces quelques mots en cette heureuse occasion, seraient d'accord pour dire que :

La passion de Laurier LaPierre pour le Canada est bien connue. Permettez-moi simplement d'ajouter que sa loyauté indéfectible à l'égard de ses amis et de son pays fait de lui l'un des êtres humains les plus extraordinaires que je connaisse.

Nous sommes honorés, au Sénat du Canada, d'avoir pu profiter de son expérience et nous nous attendons bien à ce qu'il continue de défendre avec fougue et éloquence les valeurs canadiennes. Nous lui offrons nos meilleurs vœux alors qu'il s'apprête à commencer un nouveau chapitre de sa vie où se dessine une multitude de choix et de possibilités.

[Français]

L'honorable Terry Stratton (leader adjoint de l'opposition) : Honorables sénateurs, j'ai l'honneur, à mon tour, de rendre hommage au sénateur LaPierre, qui a partagé avec nous quelques années au Sénat et qui prendra sa retraite le 21 novembre prochain.

Laurier LaPierre s'est fait connaître des Canadiens tout d'abord à titre de coanimateur de l'émission d'affaires publiques This Hour has Seven Days, la première en son genre. La ténacité dont il a fait preuve pour découvrir la vérité dans l'actualité est devenue le point de référence pour toutes les émissions d'affaires publiques qui ont suivi, tant au Canada qu'aux États-Unis.

[Traduction]

Le sénateur LaPierre est toutefois bien plus qu'un pionnier des émissions d'affaires publiques. Il est également un éditeur et un auteur. Bon nombre de ses livres portent d'ailleurs sur sa grande passion, son pays. Le Canada, Laurier et le Québec figurent parmi ses sujets de prédilection dans l'exercice de ses talents littéraires. Il a, par ailleurs, enseigné à l'Université Western Ontario, au Collège Loyola et à l'Université McGill et il a été professeur invité en journalisme à l'Université de Regina. C'est toutefois pour le travail qu'il accomplit dans cette enceinte que apprécions son dévouement à l'égard du Canada. Il a prôné sans relâche l'établissement d'un comité sénatorial de la culture et du patrimoine. Bien que nous n'ayons pas encore créé ce comité, nous lui sommes reconnaissants de son engagement à l'avancement de la culture canadienne et à la préservation de notre patrimoine.

Le sénateur LaPierre a également témoigné de son amour de l'histoire du Canada et des racines agricoles du pays dans ses fonctions de président d'honneur du programme des Fêtes du patrimoine de la fondation Historica. Comme il l'a souvent dit, le rôle d'un promoteur du patrimoine canadien constitue l'une des expériences les plus enrichissantes.

(1410)

Le sénateur LaPierre est un homme aux multiples talents — dont il nous a d'ailleurs fait bénéficier depuis 2001. Nous sommes franchement favorisés d'avoir pu être les témoins de première main de sa passion pour notre grand pays. Au nom du groupe parlementaire conservateur au Sénat, Laurier, je vous offre mes meilleurs voeux au moment où vous entrez dans une nouvelle phase de votre vie, qui, jusqu'à présent, a été marquée par une grande contribution publique à la croissance du Canada. Tous nos voeux vous accompagnent; bonne santé, sénateur!

L'honorable Joan Fraser : Honorables sénateurs, au fur et à mesure que nous avançons dans la vie, que les décennies s'empilent et que nos cheveux grisonnent, l'une des choses les plus difficiles à faire ou l'un des défis qui se posent est de conserver notre capacité à nous émerveiller et à nous passionner. Nous finissons par croire que nous avons tout vu. Nous ne nous émerveillons plus; et il nous est de plus en plus difficile de vraiment nous passionner pour quoi que ce soit — ça ne veut pas dire que nous sommes indifférents, mais, trop souvent, nous ne parvenons plus à éprouver de la passion.

Or, le sénateur LaPierre, plus que toute autre personne que je connais, a préservé intacte cette capacité à s'émerveiller des belles choses du monde — des enfants, de la beauté de la nature, de notre pays et de notre histoire —, tout comme sa capacité à se passionner, voire à rager, à l'égard des choses qu'il considère comme étant néfastes dans le merveilleux monde qu'il perçoit et qu'il veut nous voir créer. Cela a été une inspiration, au sens réel du terme, d'avoir la possibilité de siéger au Sénat et de travailler en comité avec quelqu'un qui possède ces merveilleuses qualités.

Je me sens doublement chanceuse puisque, au début de ma carrière, déjà il m'inspirait. Lorsque j'étais une jeune journaliste, au milieu des années 60, le sénateur LaPierre a été l'un de ceux qui nous a montré que le journalisme non seulement pouvait avoir une influence et avait une influence, mais également que le journalisme pouvait transformer une société entière — et le faisait, lorsqu'il était bien pratiqué. Il n'a jamais cessé de s'employer à cette tâche. Il n'a jamais cessé d'oeuvrer à transformer pour le mieux des sociétés entières. Pour ces deux raisons, sénateur LaPierre, et pour toutes les autres exprimées par les honorables sénateurs, je vous offre mes humbles remerciements et mes meilleurs voeux.

L'honorable Mobina S. B. Jaffer : Le 18 septembre 2001, quatre sénateurs ont été assermentés. Dans ce groupe se retrouvaient, outre moi-même, le sénateur Léger, le sénateur Lapointe et, évidemment, le sénateur LaPierre. Nous provenions tous de secteurs différents, et nous espérions tous jouer un rôle utile dans les travaux de la Chambre. Même si le sénateur LaPierre a eu, parmi nous, le moins de temps pour accomplir cette tâche, nul doute qu'il a fortement laissé sa marque au Sénat.

En 2001, je connaissais le sénateur LaPierre, comme bien d'autres Canadiens le connaissaient, pour son travail sur l'émission de la CBC, This Hour Has Seven Days. Cependant, j'ai aussi eu le privilège d'être son voisin au Sénat ces dernières années, privilège que n'ont pas eu la plupart des Canadiens. J'ai appris à mieux le connaître, non seulement en tant que personnalité, mais aussi en tant que personne.

Le sénateur LaPierre est l'un des meilleurs communicateurs au Sénat. Quand il parle, il a le don d'insuffler la vie à une question et de la porter à l'attention de tous, et il le fait avec grande passion. Quand le sénateur LaPierre s'exprime sur une question, on comprend non seulement ce qu'il en pense, mais aussi comment il la ressent.

Depuis sa nomination, le sénateur LaPierre s'est fait l'un des principaux critiques de la concentration des médias au Canada. Il a aussi été l'un des grands défenseurs du droit des homosexuels à se marier et de l'inclusion de l'orientation sexuelle dans l'article du Code criminel portant sur les crimes motivés par la haine.

Sur le plan personnel, en plus d'avoir été mon voisin au Sénat, le sénateur LaPierre, pendant la majorité du temps que j'ai passé ici, a aussi été un grand ami. Sans lui, j'aurais eu beaucoup plus de mal à trouver mon chemin à Ottawa. Il a été mon guide, ainsi que mon inspiration.

Mais avant tout, je pense que nous nous souviendrons tous de la véritable passion qu'il a apporté à cette institution. Je sais que je ne serai pas le seul à être triste de le voir partir si tôt. Cependant, je sais qu'il sera à jamais l'honorable Laurier LaPierre, O.C., et qu'il sera toujours prêt à prendre la parole si nécessaire pour que le Canada reste à jamais le meilleur pays au monde.

Vive le Canada!

L'honorable Terry M. Mercer : Honorables sénateurs, j'ai le plaisir de rendre aujourd'hui hommage à mon estimé collègue, le sénateur Laurier LaPierre. Nous savons tous que le sénateur LaPierre est bien connu et respecté à la grandeur du Canada pour ses réalisations en tant qu'auteur, communicateur, commentateur, journaliste et pédagogue. Il ne fait aucun doute qu'il est animé d'une immense curiosité et d'une volonté non moins grande d'apprendre et d'enseigner. Voilà des qualités dans lesquelles tous les Canadiens devraient idéalement se reconnaître.

Officier de l'Ordre du Canada depuis 1994, le sénateur LaPierre a consacré sa carrière au Sénat à appuyer la culture et le patrimoine du Canada. Sa remarquable capacité d'intervention dans des dossiers importants pour des millions de Canadiens fait l'envie de tous. L'honneur, le respect et la générosité sont des valeurs chères à tous les Canadiens. Le sénateur LaPierre a montré sa générosité et son hospitalité exceptionnelles à l'occasion de nombreux dîners et de nombreuses célébrations rassemblant des Canadiens de toutes les couches de la société dans la discussion et le dialogue. De plus, il possède une collection d'art qui inspire des aspirants collectionneurs de tous âges.

Honorables sénateurs, je mentionnerai un incident qui remonte au 20 mars 1966. Le sénateur LaPierre a tellement été ému lors d'une entrevue avec la mère du très jeune Stephen Truscott qu'il a versé une larme devant la caméra. Pour certains, ce n'était pas la chose à faire pour un journaliste, mais cela a affermi le respect que j'avais déjà pour une personne d'une grande sensibilité, une personne vibrante d'amour pour la race humaine.

Honorable sénateurs, Laurier me manquera, tout comme ses collaboratrices, Doris Cowley et Ann Charron, que je vois tous les matins en passant devant leur bureau. Ce coin perdu de l'édifice de l'Est sera bien morne sans leurs sourires radieux. De la même façon, je ne doute pas un instant qu'elles-mêmes, comme nous tous d'ailleurs, s'ennuieront du sourire du sénateur LaPierre.

Je tiens à souhaiter au sénateur LaPierre et à son partenaire, Harvey Slack, le meilleur succès possible pour l'avenir. Honorables sénateurs, vous savez tous maintenant que c'est rare que je remets en question le jugement de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, mais je dois dire que je n'étais pas d'accord avec lui au sujet de la nomination du sénateur LaPierre, car cette nomination aurait dû être faite beaucoup plus tôt.

[Français]

L'honorable Jean Lapointe : Honorables sénateurs, comme vient de le mentionner madame le sénateur Jaffer, lorsque nous quatre avons été nommés sénateurs, j'ai eu le privilège incroyable de rencontrer cet homme très talentueux que je connaissais déjà, car j'avais été invité à une de ses émissions — il ne s'en souvient peut-être pas, mais j'en garde un bon souvenir. J'ai alors découvert cet homme intègre, travailleur infatigable, brillant et généreux, cet homme sensible et attachant qu'est le sénateur LaPierre.

Devenus alliés et amis, nous nous sommes supportés à travers une période d'altercations verbales avec une de nos collègues du Sénat. Ce fut une période mémorable.

Il reste toutefois qu'en privé, à cet âge vénérable, le sénateur LaPierre se qualifiait parfois de gaga. Mon cher Laurier, si tu es un gaga, je suis un joyeux tata.

[Traduction]

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, je dois à regret vous informer que le temps consacré aux hommages est écoulé. Les noms des sénateurs Banks, Spivak et Trenholme Counsell sont toujours sur la liste. Je crois savoir qu'il y aura sous la rubrique des avis d'interpellation une demande en vue de revenir aux hommages au sénateur LaPierre.

(1420)

Avant de donner la parole au sénateur LaPierre, je voudrais signaler aux honorables sénateurs la présence à notre tribune de Harvey Slack, le compagnon du sénateur LaPierre, et de Caroline Rompkey, l'épouse du sénateur Rompkey. Bienvenue au Sénat du Canada.

[Français]

L'honorable Laurier L. LaPierre : Honorables sénateurs, je voudrais commencer par vous remercier tous pour vos mots chaleureux et pour me présenter comme n'étant pas aussi gaga que je le croyais. Je vous remercie pour cette accolade. Je me souviens aussi que mon amie madame le sénateur Léger a dit que si je suis gaga à 75 ans, il lui reste un an avant de l'être. Je dois dire à madame Léger : « jamais tu ne seras gaga, mon amour, jamais, jamais. »

[Traduction]

J'ai préparé des notes mais je suis incapable de les lire.

Le sénateur Joyal : Voulez-vous mes lunettes?

Le sénateur LaPierre : Non, je n'ai pas besoin de lunettes. Je ne pourrais pas les lire de toute façon.

Je tiens à vous remercier sincèrement de votre hospitalité et de votre générosité. Vous avez accueilli un pauvre orphelin qui arrivait de nulle part et vous l'avez transformé en un être humain que vous ne dédaignez pas d'inviter chez vous. Je vous en remercie. Je remercie ceux qui ont été d'accord avec moi. Je dis merci également à ceux qui ont été en désaccord avec moi, tout en leur rappelant qu'ils avaient tort!

Je voudrais en passant offrir mes excuses à madame le sénateur Cools. À cause de l'orgueil et d'un excès d'arrogance, nous avons été en état de guerre. Elle n'y est pour rien du tout. J'en suis le responsable et je tiens à m'en excuser auprès d'elle, étant donné que je crois l'avoir parfois humiliée. J'ai pour cela une certaine facilité, et ce n'est pas toujours volontaire. Cela m'a empêché de bénéficier de ses vastes connaissances de la vie et de l'histoire et de la pratique parlementaires. Par conséquent, si vous la voyez, faites-lui savoir que c'est à mon détriment que je n'ai pas su devenir son ami et que j'ai tourné le dos à son amitié. J'en suis profondément désolé, madame.

J'aimerais vous dire à quel point j'aime les gens. Je n'arrive pas à ne pas les aimer. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'y arrive pas, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes, je n'y arrive tout simplement pas. Je n'agis pas de la même façon avec les hommes et avec les femmes, mais c'est une autre question et je ne l'aborderai pas aujourd'hui.

Le Sénat a été pour moi une source d'amitié. Il a aussi été une source d'inspiration : inspiration dans le travail qu'on y fait, dans les idées qu'on y avance, dans les tâches que nous choisissons nous- mêmes d'accomplir et dans l'étonnante charge de travail accompli par les sénateurs. Cependant, je me suis opposé au langage que j'ai toujours trouvé pompeux et que les téléspectateurs doivent trouver ridicule, absurde et difficile à interpréter correctement. Je me suis opposé aux cérémonies sans fin et à l'ancienneté, qui entrave la liberté. Je me suis malgré tout adapté, particulièrement grâce aux conseils du sénateur Bacon, qui, chaque fois que je prononçais des paroles déplacées, me regardait, l'air de dire : « Ça y est, jeune homme. Vous serez expulsé. » C'est pour cela que je suis toujours demeuré le gentilhomme poli et aimable que j'étais censé être.

J'ai appris beaucoup au Sénat. Je croyais arriver ici avec un tas de connaissances, mais j'en ai acquis encore plus ici. J'ai appris comment les choses fonctionnent. Auparavant, je ne pouvais que m'imaginer vaguement comment les choses fonctionnaient, et la plupart de mes idées et de mes opinions n'étaient pas tout à fait valides. J'ai aussi appris que les idées ont du poids et qu'on peut les défendre dans un esprit humanitaire en se montrant poli, aimable et gentil tout en assenant des arguments chocs. C'est le type de technique que j'ai toujours adoré.

J'ai aussi été impressionné par les grands esprits qui m'entouraient, particulièrement ceux qui se sont battus pour la légalisation ou la décriminalisation des relations homosexuelles et du mariage de conjoints de même sexe. Sénateur Murray, je vous remercie du rôle que vous avez joué à cet égard.

J'ai un sentiment d'accomplissement. J'aurais voulu accomplir davantage, mais c'était impossible. J'aurais aimé être plus brillant, mais je ne l'étais pas. J'aurais aimé vous inviter tous à dîner et vous offrir du bon scotch à satiété, mais je ne pouvais pas le faire étant donné que je n'ai pas le revenu du sénateur Austin.

L'idée de discuter avec vous des questions qui nous intéressent m'a plu. Je me suis aperçu que, dans la plupart des cas, ce qui me tenait à cœur vous tenait à cœur également, et parfois même davantage.

Au leader de l'opposition, j'offre mes remerciements et ma gratitude pour sa longue amitié. Il nous connaît depuis longtemps, moi et certains membres de ma famille. Je le remercie aussi pour la gentillesse qu'il m'a témoignée en me tapotant l'épaule de temps à autre pour me calmer. En outre, je veux remercier les leaders et les whips de mon parti pour m'avoir guidé dans ma démarche.

Je dis merci à Harvey Slack. Rien de tout ceci n'aurait été possible sans lui. Sa gentillesse et sa générosité ont rendu la chose possible. Je le remercie beaucoup. Aux membres de ma famille immédiate et élargie, ce qui revient au même en fin de compte, je dis également merci. Aux gens qui sont assis à cette table et à ceux qui sont assis là- bas pour immortaliser mes paroles avec leurs instruments, j'adresse mes remerciements pour leur travail. Et je vous remercie vous aussi, Votre Honneur, ainsi que les pages.

[Français]

Bonne chance et merci; je reviendrai, ce n'est qu'un au revoir. Je reviendrai.

[Traduction]

Des voix : Bravo!

LE SÉNAT

LA PUBLICATION D'UN DÉPLIANT INTITULÉ «LE CANADA—UNE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE»

L'honorable Serge Joyal : Honorables sénateurs, je suis très heureux de porter aujourd'hui à votre attention la publication par le Sénat d'un dépliant intitulé « Le Canada — Une monarchie constitutionnelle ».

Il s'agit en fait d'une première. À ma connaissance, c'est la première fois qu'une Chambre du Parlement ose, si je puis dire, expliquer la nature de notre monarchie constitutionnelle dans l'intérêt de tous les Canadiens. Pour reprendre une expression populaire dans certains milieux, il est « politiquement incorrect » d'associer le Canada à une monarchie constitutionnelle.

Je pense, honorables sénateurs, que le dépliant sera utile à tout débat public sur l'avenir de nos institutions gouvernementales parce qu'il présente des données factuelles pour alimenter le débat. Ce sont les portraits de monarques — français, britanniques et canadiens — ornant le foyer du Sénat et le Salon de la Francophonie qui sont à l'origine de ce projet de publication. Si ces oeuvres d'art restent au Sénat, nous devrions pouvoir expliquer à ceux qui visitent le Parlement les raisons pour lesquelles elles se trouvent à l'intérieur de nos murs.

[Français]

Comme le dit le dépliant :

La Couronne occupe une place centrale dans notre Parlement et notre démocratie fondée sur la primauté du droit et le respect des droits et libertés.

[Traduction]

La Couronne symbolise la continuité de l'État et elle est le principe sous-jacent de son unité institutionnelle.

[Français]

Le dépliant reproduit donc le portrait de chacun des 14 souverains qui se sont succédé au Canada depuis 1534, et raconte comment, sous chacun d'eux, le Canada a évolué du statut de colonie française à celui de colonie britannique, puis à celui de dominion autonome, pour devenir enfin un pays entièrement souverain.

[Traduction]

J'ai l'honneur d'inviter tous les sénateurs à lire le dépliant et à comprendre comment notre pays a évolué à titre d'État pleinement souverain, dans un processus qui a préservé nos liens avec notre glorieux passé et notre quête d'un pays pacifique et d'un monde fondé sur le respect des droits et libertés de tous ses citoyens.

(1430)

Je voudrais remercier les membres du Comité permanent de la régie interne, des budgets et de l'administration et sa présidente durant la législature précédente, madame le sénateur Lise Bacon, la Direction générale des communications du Sénat, notamment Mme Diane Boucher, les membres du comité consultatif du Sénat sur les arts et son ex-président à la retraite, le sénateur Richard Kroft, et, bien sûr, le Fonds Canadiana et son directeur général, Harvey Slack, d'avoir soutenu la production de la publication, qui sera mise à la disposition de tous les visiteurs au Parlement.

LE DIABÈTE JUVÉNILE

L'honorable Wilbert J. Keon : Honorables sénateurs, j'attire votre attention sur un groupe spécial de jeunes Canadiens de tous les coins du pays qui sont venus sur la colline du Parlement, aujourd'hui. Ils souffrent tous du diabète juvénile, ou diabète de type 1, une maladie auto-immune grave qui peut entraîner de nombreuses complications dévastatrices, voire mortelles. Cette forme de diabète touche plus de 200 000 Canadiens, dont un grand nombre d'enfants. C'est une cause principale de l'insuffisance rénale, d'amputations, de cécité, de dommages neurologiques, de maladies cardiaques et d'accidents cérébro-vasculaires.

J'ai eu la chance de rencontrer certains de ces jeunes aujourd'hui. Ils m'ont parlé de la recherche prometteuse réalisée au Canada et dans le monde qui pourrait aboutir à la découverte d'un traitement pour cette maladie. Cependant, d'autres fonds devront être accordés à la recherche pour que ce traitement devienne réalité. En fait, nous n'accordons que le huitième du montant que les Américains consacrent à la recherche dans ce domaine.

Honorables sénateurs, voici des faits intéressants. Le diabète de type 1 touche une personne sur 500. Des gens de tous âges peuvent être atteints de cette maladie. La plupart des personnes qui en souffrent n'ont pas de parents qui en sont atteints. Les parents, les frères et les sœurs des personnes souffrant du diabète de type 1 ont environ une chance sur vingt de contracter la maladie. Cette forme de diabète n'est pas héréditaire, mais le risque de la contracter peut être dans le bagage héréditaire d'une personne donnée, même s'il n'y a aucun cas connu de diabète de type 1 d'un côté ou de l'autre de la famille.

Les fondations de recherche sur le diabète de type 1 ont travaillé sans relâche pour recueillir des fonds, mais elles ont besoin de plus de soutien de la part du gouvernement du Canada afin d'investir dans l'avenir de ces enfants et d'assurer un financement accru de la recherche sur cette maladie au Canada. Nous dépensons des milliards de dollars chaque année pour la prestation de services de santé à ces patients, mais nous n'accordons à la recherche que le huitième de ce que les Américains y consacrent. Nous devons faire mieux que cela.

[Français]

LA SITUATION EN PALESTINE

L'honorable Marcel Prud'homme : Honorables sénateurs, monsieur Palestine est décédé. Mais, comme je le disais à La Presse de Montréal, il y a des dizaines de milliers d'Arafat, chez les enfants dans les camps de réfugiés un peu partout, qui n'attendent que le moment venu pour relever le drapeau de la liberté et de la vraie justice pour ce peuple bafoué, maltraité, volé, humilié, terrorisé, isolé et dépouillé de sa dignité.

Un jour, il faudra bien lui redonner, à ce peuple noble et fier, ce dont il a été privé en très grande partie, avec la complicité ou l'accord du Canada, et ce, dès le 29 novembre 1947.

Ce jour-là, une résolution des Nations Unies qui divisait la Palestine en deux États, un pour les Palestiniens et un pour les Juifs, ainsi que l'internationalisation des lieux saints, fut adoptée par un vote de 33 pour, 13 contre et 10 abstentions. Cette résolution fut bien préparée et écrite avec le concours d'un juge de la Cour suprême du Canada, le juge Ivan Rand. Le sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères du Canada, Lester B. Pearson, fut un des grands pourvoyeurs des votes nécessaires pour l'adoption de cette résolution 181.

Bientôt, avant l'ajournement du Sénat pour les fêtes de Noël et du Nouvel An, je présenterai un avis d'interpellation sur le rôle du Canada dans le conflit israélo-palestinien. Il y a 30 ans, ce 13e jour de novembre 1974, j'assistais à la présentation aux Nations Unies du discours du président Arafat, qui nous tendait la main que nous avons laissée tomber. J'avais été nommé délégué du Canada par Pierre Elliott Trudeau, qui m'a toujours honoré de sa confiance.

Arafat nous quitte et son frère, le docteur Fathi Arafat, président du Croissant-Rouge palestinien — l'équivalent de la Croix-Rouge — vient de le rejoindre car il est décédé hier.

Honorables sénateurs, je vous invite à réfléchir à tout ce que le Canada, mon pays, aurait pu faire pour obtenir paix et justice dans cette région du monde. Pourquoi avons-nous été incapables de jouer véritablement un rôle de premier plan dans la résolution de cette immense tragédie? Il faudra bien nommer ceux et celles qui, au cours des années, ont fait obstruction à ce rôle.

Je termine en citant à nouveau ce que j'ai dit au journal La Presse le samedi 13 novembre, à la page A18 :

Nous paierons si nous ne réglons pas la question palestinienne. Je l'ai toujours comparée à un cancer qui se répandra sur la terre et qui n'attirera que des problèmes.

J'ai dit cela en 1970, à une conférence en Égypte qui s'appelait la Conférence des parlementaires pour la paix au Moyen-Orient, et je le répète encore aujourd'hui : Reposez en paix, cher ami, la Palestine vivra!

[Traduction]

L'UNIVERSITÉ D'OTTAWA

LE PROGRAMME D'APPRENTISSAGE PAR L'ENGAGEMENT COMMUNAUTAIRE

L'honorable Laurier L. LaPierre : En septembre 2004, l'Université d'Ottawa a lancé un programme d'apprentissage par l'engagement communautaire. C'est l'un des exemples de la façon dont l'« Université du Canada » fait la promotion des valeurs canadiennes et fait ressortir ce qu'il y a de mieux chez nos jeunes. L'apprentissage par l'engagement communautaire permet aux étudiants de façonner et d'améliorer la société, tout en comprenant mieux le matériel didactique. Les étudiants participent à des projets communautaires et par divers moyens utilisent leur expérience dans leurs cours. Déjà, près de 80 étudiants participent activement à ce projet en apportant leur aide dans divers secteurs de la société.

Nous devrions profiter de ces occasions au Sénat pour applaudir ce merveilleux programme qui encourage la responsabilité sociale et la compassion chez nos jeunes. Veuillez vous joindre à moi pour féliciter l'Université d'Ottawa d'avoir créé une expérience éducative aussi dynamique et utile.

Honorables sénateurs, vous pourriez également en profiter pour féliciter Doris Cowley et Ann Charron, qui m'ont aidé au cours des quatre dernières années et demie à être la personne brillante et magnifique que je suis.

Des voix : Bravo!

LES MÈRES CONTRE L'ALCOOL AU VOLANT

L'honorable Marjory LeBreton : Honorables sénateurs, ce matin, à la conférence de presse qu'elles ont donnée à 10 heures, les représentantes des Mères contre l'alcool au volant, ou MADD Canada, ont exhorté le gouvernement fédéral à éliminer le recours à des condamnations avec sursis pour des crimes violents de conduite avec facultés affaiblies — définition du Code criminel de la conduite avec facultés affaiblies causant la mort et de la conduite avec facultés affaiblies entraînant des lésions corporelles.

Des pétitions ont été signées par 33 530 Canadiens qui demandent au ministre de la Justice de donner suite au souhait des Canadiens de voir la fin de l'utilisation des condamnations avec sursis pour les auteurs de crimes violents lorsqu'une personne a été tuée ou sérieusement blessée.

Le recours à des condamnations avec sursis pour des crimes violents de conduite avec facultés affaiblies constitue une parodie de justice. Il est inacceptable qu'une personne qui a tué ou sérieusement blessé une victime innocente ait la possibilité d'éviter l'emprisonnement qu'elle mérite tant. Après tout, l'emprisonnement fait partie de nos services correctionnels au Canada et il est tout à fait approprié dans le cas des pires types de crimes lorsqu'il y a eu mort ou blessures graves.

MADD Canada part du point de vue de la victime sur cette question. On ne parle pas assez de nos jours dans le système judiciaire de la valeur et du respect de la vie humaine. Pour les victimes et leurs familles, le recours à des condamnations avec sursis lorsqu'une personne a été tuée ou sérieusement blessée, est un exemple insultant de la façon dont notre système défend avant tout le délinquant. Le temps est venu pour le gouvernement fédéral de corriger quand et comment les tribunaux ont recours aux peines avec sursis au pays. Le Parlement doit préciser pour quels crimes on doit infliger des peines avec sursis. Le Parlement doit se demander s'il convient d'appliquer des peines avec sursis dans les cas où une personne a été tuée ou a subi des blessures graves.

La majorité des ministres de la Justice et des procureurs généraux des provinces sont en faveur de l'élimination des condamnations avec sursis dans le cas de crimes violents. D'ailleurs le ministre de la Justice s'est vu demander par ses homologues provinciaux de cesser d'avoir recours aux condamnations avec sursis dans le cas de crimes avec violence.

Honorables sénateurs, les sondages d'opinion publique révèlent que la majorité des Canadiens, soit 70 p. 100 d'entre eux, s'opposent au recours aux condamnations avec sursis pour les personnes reconnues coupables d'un crime avec violence. Deux Canadiens sur trois, c'est-à-dire 65 p. 100 de la population, appuient la demande de MADD visant à éliminer les condamnations avec sursis pour les infractions de conduite avec facultés affaiblies accompagnée de violence. Notre système judiciaire et nos politiciens fédéraux doivent se mettre au diapason de la population canadienne.

La nouvelle présidente de MADD Canada, Karen Dunham, et Andrew Murie, directeur exécutif de MADD, sont ici aujourd'hui pour dire au gouvernement, au ministre de la Justice et au Parlement de cesser d'avoir recours aux peines avec sursis dans les cas d'infractions de conduite avec facultés affaiblies impliquant de la violence.

(1440)

LE DIABÈTE

L'honorable Marilyn Trenholme Counsell : Honorables sénateurs, voici encore un mot sur le diabète. Aujourd'hui, je voudrais rendre hommage à sir Frederick Banting en soulevant au Sénat un sujet que j'ai très à cœur, soit le diabète sucré.

Au Canada, le diabète est aujourd'hui une épidémie. Plus de deux millions de Canadiens, soit 1 sur 14, est diabétique. On sera surpris d'apprendre que, selon la recherche, l'incidence du diabète augmentera de 72 p. 100 d'ici 2016. Chez les Premières nations, les Métis et les Inuits du Canada, l'incidence du diabète est encore plus importante. Par rapport aux autres Canadiens, les Autochtones sont de trois à cinq fois plus susceptibles d'être diabétiques, de recevoir un diagnostic de diabète à un plus jeune âge et de mourir de complications plus tôt.

Une autre tragédie qui s'aggrave, c'est qu'un nombre croissant d'enfants canadiens reçoivent un diagnostic de diabète de type 2. Il y a 20 ans, on n'entendait jamais cela. Que se passe-t-il? Malheureusement, 85 p. 100 des enfants atteints du diabète de type 2 souffrent soit d'un excès de poids ou d'obésité au moment où ce diagnostic est prononcé. Aujourd'hui au Canada, un jeune sur trois a un excès de poids ou est obèse. C'était le cas de 33,8 p. 100 des enfants en 1998-1999 au Nouveau-Brunswick par comparaison à 9,9 p. 100 en 1981.

On sait que l'excès de poids et l'inactivité physique sont deux des nombreux grands facteurs du risque de développer le diabète de type 2. Grâce à un diagnostic précoce, un traitement énergique, un programme d'éducation encourageant et un changement des habitudes de vie, le diabète de type 2, ainsi que les complications coûteuses qui y sont associées, peuvent être retardés et même empêchés. Il n'est pas facile de convaincre une personne qui a une faible hausse du taux de sucre dans le sang —diabète sucré précoce — que dans quelques années elle risque de perdre une jambe, de devenir aveugle ou de souffrir d'une insuffisance rénale. Cela, et bien pire encore, c'est la terrible histoire du diabète sucré.

Une perte de poids d'à peine 5 à 10 p. 100 peut modifier les risques pour la santé et aujourd'hui l'individu est un partenaire à part entière dans la gestion de son propre diabète. Mais la prévention devrait venir au premier plan. La recherche a établi que les personnes ayant un fort risque de contracter le diabète, mais qui ont entrepris un programme intensif d'alimentation saine et un régime de vie active, ont réduit de 58 p. 100 leur risque de contracter un diabète de type 2.

La solution réside dans l'éducation. Un changement des habitudes de vie est fondamental. L'exercice est tout aussi important que l'alimentation. Les collectivités doivent mettre l'accent sur les patinoires, les piscines et les programmes de loisirs, mais les parents devraient être les premiers à vouloir relever le défi. Personnellement, je propose de donner à chaque enfant à Noël un livre et une corde à danser, soit un cadeau pour l'esprit et un pour le corps.

Avoir un plus grand nombre d'éducateurs, de diététistes et de nutritionnistes auxquels on peut avoir facilement accès dans les collectivités, dans les centres de soins de santé, fera en sorte qu'une véritable éducation soit accessible et sans frais. Le Canada a besoin d'une stratégie nationale de lutte contre le diabète qui comprend une action immédiate pour s'attaquer à la grave épidémie de diabète dans notre pays et à la pandémie de diabète dans nos collectivités autochtones d'aujourd'hui et de demain. Ce n'est qu'en agissant maintenant que nous pourrons empêcher l'échec du système de santé du Canada.

La brillante découverte du Dr Frederick Banting, avec l'aide du Dr Charles Best et de leurs collègues, a été le premier pas de géant. Engageons-nous dans la voie qu'ils ont tracée avec application et espoir.

LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

LA CAMPAGNE D'ITALIE—LE SOIXANTIÈME ANNIVERSAIRE

L'honorable Gerard A. Phalen : Honorables sénateurs, j'ai eu le grand privilège dernièrement de faire partie de la délégation de la ministre des Anciens combattants en Italie pour marquer le 60e anniversaire de la campagne d'Italie. Au cours de cette longue battaille de 20 mois visant à libérer l'Italie, près de 100 000 soldats canadiens ont combattu aux côtés des forces alliées, garantissant ainsi la liberté et les droits dont nous bénéficions aujourd'hui. Au cours de la campagne d'Italie, près de 26 000 Canadiens ont été blessés et près de 6 000 sont morts au combat. Comme je l'ai dit dans le discours que j'ai prononcé à Agira, en Italie, il y a eu de nombreux morts et beaucoup d'autres blessés dans leur corps et dans leur esprit.

À la fin de la bataille pour la Sicile, ce sont les soldats canadiens qui avaient parcouru le plus grand nombre de kilomètres dans la chaleur torride de l'été. Ce sont eux qui avaient gravi le plus grand nombre de montagnes pour livrer plus de batailles successives que n'importe quels autres soldats de la Huitième armée. Ce sont les soldats canadiens qui avaient combattu l'ennemi la plupart du temps. Tout compte fait, c'était un triomphe d'endurance et d'esprit d'initiative. À la fin, ces hommes avaient gagné le respect de leurs amis aussi bien que de leurs ennemis.

Lorsque nous entendons ces histoires de guerre, nous hochons la tête en disant : « Comme c'est horrible. » Pour réellement comprendre cependant, peut-être est-il préférable d'entendre parler de ceux qui se sont battus et qui sont morts en Italie. Il y avait, par exemple, les MacKay, de l'Île-du-Prince-Édouard. Ces deux garçons se sont enrôlés et ont été envoyés à l'étranger. Leigh MacKay, âgé de 17 ans a été enterré dans le cimetière de guerre du Canada à Agira. Son frère aîné, Ken, a servi pendant deux années complètes en Italie. Nous avons eu la chance de compter Ken parmi nous dans la délégation qui s'est rendue en Italie. Je suis sûr que la mort de Leigh MacKay à 17 ans a profondément blessé les parents de ce dernier et son frère, qui a eu la chance de sortir vivant de cette campagne.

Lorsque j'entends des statistiques faisant état de 6 000 morts, je crains toujours que les générations futures ne ressentiront pas l'impact de cette perte. Voilà pourquoi j'étais si fier de faire partie d'une délégation qui comprenait un jeune de chaque province et de chaque territoire. En partageant cette expérience avec les anciens combattants, ces jeunes seront des témoins toute leur vie durant qui rappelleront à leurs familles et leurs collectivités ce que ces anciens combattants ont traversé pour nous. Ces jeunes ont aussi pu voir la gratitude des Italiens, qui se manifeste clairement par l'entretien méticuleux des tombes de nos soldats et par la reconnaissance exprimée à nos anciens combattants pendant ce voyage. Comme nous le disons toujours, nous passons le flambeau du souvenir à la prochaine génération.

Honorables sénateurs, ce fut un privilège et un honneur de participer à cette délégation soulignant le 60e anniversaire de la campagne d'Italie, et j'espère que plusieurs d'entre vous irez visiter des cimetières de guerre en Italie l'an prochain, qui sera l'Année de l'ancien combattant. Vous verrez qu'il s'agit d'une expérience très touchante.


[Français]

AFFAIRES COURANTES

LE COMMISSAIRE À LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE

DÉPÔT DU RAPPORT ANNUEL 2003-2004

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, j'ai l'honneur de déposer le rapport du commissaire à la protection de la vie privée pour l'exercice se terminant le 31 mars 2004, conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels.

[Traduction]

PROJET DE LOI SUR LES GARANTIES INTERNATIONALES PORTANT SUR DES MATÉRIELS D'ÉQUIPEMENT MOBILES (MATÉRIELS D'ÉQUIPEMENT AÉRONAUTIQUES)

PREMIÈRE LECTURE

Son Honneur le Président annonce qu'il a reçu des Communes un message accompagné du projet de loi C-4, Loi de mise en œuvre de la Convention relative aux garanties internationales portant sur des matériels d'équipement mobiles et du Protocole portant sur les questions spécifiques aux matériels d'équipement aéronautiques à la Convention relative aux garanties internationales portant sur des matériels d'équipement mobiles.

(Le projet de loi est lu une première fois.)

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, quand lirons- nous ce projet de loi une deuxième fois?

(Sur la motion du sénateur Phalen, la deuxième lecture du projet de loi est inscrite à l'ordre du jour de la séance d'après-demain.)

BANQUES ET COMMERCE

AVIS DE MOTION VISANT À AUTORISER LE COMITÉ À ÉTUDIER LES QUESTIONS RELATIVES AUX CHANGEMENTS DÉMOGRAPHIQUES

L'honorable Jerahmiel S. Grafstein : Honorables sénateurs, je donne avis que, à la prochaine séance du Sénat, je proposerai :

Que le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce soit autorisé à étudier, pour en faire rapport, les changements démographiques qui se produiront au Canada d'ici une vingtaine d'années, les répercussions de ces changements sur l'économie, le marché du travail et le système de revenu de retraite, et les mesures que pourrait prendre le gouvernement fédéral pour composer avec ces changements; et

Que le Comité présente un rapport final sur ces questions au plus tard le 30 juin 2005.

(1450)

AVIS DE MOTION VISANT À AUTORISER LE COMITÉ À ÉTUDIER LES QUESTIONS RELATIVES AUX OBSTACLES AU COMMERCE INTERPROVINCIAL

L'honorable Jerahmiel S. Grafstein : Honorables sénateurs, je donne avis que, à la prochaine séance du Sénat, je proposerai :

Que le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce soit autorisé à étudier, pour en faire rapport, les obstacles au commerce interprovincial, en s'intéressant entre autres à leur effet sur la croissance et la rentabilité des secteurs concernés, et aux mesures que le gouvernement fédéral pourrait prendre afin de faciliter l'élimination de ces obstacles de manière à accroître le commerce; et

Que le Comité présente un rapport final sur ces questions au plus tard le 30 juin 2005.

AVIS DE MOTION VISANT À AUTORISER LE COMITÉ À ÉTUDIER LES QUESTIONS RELATIVES AU TAUX DE PRODUCTIVITÉ

L'honorable Jerahmiel S. Grafstein : Honorables sénateurs, je donne avis que, à la prochaine séance du Sénat, je proposerai :

Que le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce soit autorisé à étudier, pour en faire rapport, les changements démographiques qui se produiront au Canada d'ici une vingtaine d'années, les répercussions de ces changements sur l'économie, le marché du travail et le système de revenu de retraite, et les mesures que pourrait prendre le gouvernement fédéral pour composer avec ces changements; et

Que le Comité présente un rapport final sur ces questions au plus tard le 30 juin 2005.

L'HONORABLE LAURIER L. LAPIERRE, O.C.

AVIS D'INTERPELLATION

L'honorable Tommy Banks : Honorables sénateurs, avec la permission du Sénat et nonobstant le paragraphe 57(2) du Règlement, je donne avis que, plus tard au cours de la journée, j'attirerai l'attention des honorables sénateurs sur la contribution au Sénat du sénateur Laurier LaPierre, qui prendra sa retraite le 21 novembre 2004.

Son Honneur le Président : La permission est-elle accordée, honorables sénateurs?

Des voix : D'accord.


PÉRIODE DES QUESTIONS

LA SANTÉ

TERRE-NEUVE-ET-LABRADOR—LE TAUX DE SUICIDE CHEZ LES INNUS—LES ATELIERS SUR LA PRÉVENTION

L'honorable Wilbert J. Keon : Honorables sénateurs, j'aimerais poser une question au leader du gouvernement au Sénat au sujet du taux de suicide chez les Innus du Labrador. Une étude du Newfoundland and Labrador Centre for Health Information fait état de la très grave situation de la population innue du Labrador. En premier lieu, les chiffres concernant l'hospitalisation pour la période de 1988 à 2000 révèlent que le taux de suicide chez les jeunes Innus du Labrador est de 20 fois supérieur à celui des autres Terre- Neuviens du même groupe d'âge.

Le leader du gouvernement au Sénat pourrait-il nous dire si les conclusions de cette étude ont incité le gouvernement fédéral à examiner l'efficacité des programmes de prévention du suicide chez les Innus du Labrador?

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Je remercie l'honorable sénateur de sa question. Tous les sénateurs ici présents sont au courant de la gravité des problèmes sociaux qui affligent les Innus du Labrador. Le gouvernement fédéral, à l'instar du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, a investi des sommes considérables pour changer le lieu de résidence de l'une des principales collectivités innues. La collectivité a été installée sur un nouveau site où on a construit des maisons, des écoles et des établissements de service. Malheureusement, le taux d'amélioration sociale n'est pas brillant. Sur le plan social, le progrès est décevant.

En ce qui concerne la question précise du sénateur, je vais me renseigner et je lui reviendrai dès que je le pourrai.

Le sénateur Keon : Honorables sénateurs, au cours des derniers mois, une collectivité autochtone du Labrador a été témoin du suicide de quatre jeunes hommes dont l'âge allait de 17 à 26 ans. L'ancien chef de la collectivité a déclaré qu'après le deuxième suicide, il a demandé l'intervention d'urgence de Santé Canada, mais que le ministère n'est pas intervenu. Le chef a même ajouté que deux ateliers sur la prévention du suicide, promis plus tôt au cours de l'année, n'ont pas eu lieu. Le ministre fédéral a pourtant affirmé en septembre que son ministère allait se pencher sur ces plaintes.

Le leader du gouvernement au Sénat pourrait-il nous dire si on a donné suite à ces plaintes?

Le sénateur Austin : Sénateur Keon, je vais me renseigner auprès du ministre de la Santé et je m'engage à vous communiquer cette information le plus rapidement possible.

L'honorable Gerry St. Germain : J'ai une brève question complémentaire à poser au leader du gouvernement au Sénat. Il ne fait pas de doute que le gouvernement actuel, comme les précédents, ont consacré beaucoup d'argent à la collectivité en question. A-t-on essayé de sortir des sentiers battus, au lieu de se contenter de dépenser beaucoup d'argent? Dans cette collectivité, nous avons besoin d'un counselling individuel, et je ne dis pas cela pour critiquer. Comme le sénateur Keon l'a dit, quatre autres jeunes ont perdu la vie. Rien n'a changé.

Tout ce problème a commencé parce que les gouvernements ont déplacé ces gens de l'endroit où ils vivaient au départ et les ont installés dans une autre localité. Je crois que le sénateur Rompkey, qui siège à la droite du leader du gouvernement, est au courant de la situation. Inutile de l'expliquer. Je demande seulement si on a essayé de penser à des solutions nouvelles, au lieu de simplement dépenser de l'argent.

Le sénateur Austin : Je suis conscient, sénateur St. Germain, que ni la question du sénateur Keon, ni la vôtre ne sont inspirées par l'esprit de parti. Nous sommes tous profondément préoccupés par le bien-être de la collectivité innu du Labrador, et les divers gouvernements ont déployés des efforts au cours des quelques dernières décennies pour y améliorer les conditions sociales. Au départ, avant leur rencontre avec les Européens, les Innus étaient des nomades. Ils ont été encouragés à s'installer à divers endroits pour qu'on puisse leur offrir des services. Ces endroits n'ont peut- être pas été bien choisis, ou peut-être ont-ils été mal desservis, une fois choisis, mais le problème qui se pose aujourd'hui, ce sont des symptômes de désespoir social qui sont bien trop répandus dans cette collectivité.

Comme vous vous en souvenez, nous avons essayé de nous attaquer aux problèmes d'inhalation d'essence et à d'autres pratiques nocives pour les jeunes. Nous avons amené un grand nombre de ces jeunes ailleurs au Canada pour recevoir une nouvelle formation, un nouvel enseignement. Ils ont été affranchis des drogues, si on peut dire, mais je ne peux pas vous dire pour l'instant si ces programmes ont permis d'améliorer vraiment le sort de ces jeunes.

LA JUSTICE

LA COMMISSION DU DROIT D'AUTEUR—LES AUGMENTATIONS DES DROITS CONCERNANT LES OEUVRES MUSICALES—L'INFLUENCE DE LA SECRÉTAIRE PARLEMENTAIRE DE LA MINISTRE DU PATRIMOINE CANADIEN

L'honorable David Tkachuk : Honorables sénateurs, le 2 novembre dernier, au cours de la période des questions, j'ai posé quelques questions au leader du gouvernement à l'égard de l'augmentation des droits exigés des bars karaoké rétroactivement à 1998. Je n'ai toujours pas reçu de réponse, mais j'aimerais pousser la question un peu plus loin.

J'ai parlé à ce moment-là d'une décision qui semblait avoir été prise peu de temps avant les élections afin de courtiser l'industrie du spectacle. J'ai demandé au leader du gouvernement de faire savoir aux sénateurs quand la SOCAN avait demandé à la Commission du droit d'auteur de hausser les droits et si la SOCAN avait acheté des billets pour les activités de financement du Parti libéral en 2003- 2004. Le leader du gouvernement a dit qu'il s'informerait et qu'il tenterait d'obtenir des réponses factuelles à ces questions.

Honorables sénateurs, afin de l'aider un peu dans ses recherches, voici une réponse partielle à ma deuxième question. LA SOCAN, qui est un groupe détenteur de droits, avait à son calendrier officiel, pendant la campagne électorale, l'activité de financement de la campagne de Sarmite Bulte qui s'est tenue le 23 juin. Mme Bulte était alors, et est toujours si je ne fais pas erreur, secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien. Cette activité de financement avait lieu quelques jours seulement avant le scrutin général du 28 juin.

Ma question est la suivante : combien d'autres groupes d'intervenants ou de détenteurs de droits ayant profité de l'augmentation rétroactive des droits ont tenu des activités de financement pour Mme Bulte au cours de la période électorale ou même un peu avant?

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Je me souviens de la question posée par le sénateur Tkachuk. Je n'ai pas encore de réponse à sa première question et je ne suis pas certain de pouvoir lui donner une réponse exhaustive sur celle qu'il vient de poser. Je réponds au nom du gouvernement dans la mesure où des fonds gouvernementaux sont en cause. Dans cette optique, je devrais être en mesure de lui fournir une réponse.

Le sénateur Tkachuk : La Loi électorale du Canada précise très clairement le montant des contributions autorisées. Ce qui est le plus troublant, c'est la possibilité que le système puisse être manipulé, et on pense tout de suite au taxage. Ce que j'ai découvert, c'est que les tarifs rétroactifs ont été imposés en mars et qu'une activité de financement a eu lieu peu de temps après. Depuis combien de temps cette collecte de fonds était-elle planifiée? Était-elle liée à l'adoption rétroactive de barèmes de droits?

(1500)

En outre, les membres de la SOCAN ont-ils été obligés d'en supporter le coût ou est-ce l'organisation appelée SOCAN qui l'a fait à titre de contribution? Quel contrat existe-t-il entre le bureau de Mme Bulte et la SOCAN? Qui a fait des appels téléphoniques et qui a collecté les fonds? Était-ce le personnel de l'organisation électorale ou le personnel de la secrétaire parlementaire?

Le sénateur Austin : Dans la mesure où la demande du sénateur Tkachuk vise des faits connus du gouvernement, je m'efforcerai d'obtenir une réponse le plus rapidement possible.

Le sénateur Tkachuk : Selon un article paru dans le Toronto Star, le 14 juin 2004, Mme Bulte et son association de circonscription ont accepté des milliers de dollars en contributions électorales de la part de détenteurs de droits, de groupes et de télédiffuseurs. Ce fait ne plaide guère en faveur de son impartialité. Elle présidait pourtant les audiences sur la réforme du droit d'auteur — ce qui l'obligeait à faire preuve d'impartialité — qui permettent de fixer les droits rétroactifs et d'apporter d'autres modifications aux droits d'auteur. Le gouvernement espère-t-il vraiment faire croire à qui que ce soit que Mme Bulte a fait preuve d'impartialité en tant que présidente de ce comité?

Le sénateur Austin : Honorables sénateurs, je suis très heureux de m'en tenir aux faits. Si le sénateur Tkachuk a une accusation à porter contre un membre de l'autre endroit, je suis tout disposé à l'entendre, mais à condition qu'il se fonde sur des faits.

Le sénateur Tkachuk : J'ai communiqué de nombreux renseignements au ministre puisque, dans le passé, il a exigé de nombreux détails avant de répondre à une question. Je m'efforce d'être le plus précis possible, afin qu'il puisse donner des réponses précises aux questions. J'en ferai autant pour toutes les autres questions.

Le sénateur Austin : Je remercie le sénateur Tkachuk d'être aussi précis que possible car, comme lui-même et le sénateur Stratton le savent bien, j'aime faire preuve de précision moi-même.

LA SANTÉ

LA PUBLICITÉ CONTRE LE TABAGISME

L'honorable Mira Spivak : Honorables sénateurs, le tabagisme tue 47 000 Canadiens chaque année et il est encore la cause première de décès évitables au pays. Cela dit, le 5 avril 2001, le ministre de la Santé et le ministre des Finances, M. Paul Martin, ont annoncé une stratégie globale d'amélioration de la santé des Canadiens fondée notamment sur la réduction du tabagisme. Ils se sont engagés à consacrer 480 millions de dollars sur cinq ans au programme de lutte contre le tabagisme de Santé Canada. Environ 210 millions de dollars de ce total devaient être affectés à une vaste campagne médiatique ciblant particulièrement les jeunes et les autres groupes présentant des risques élevés. Depuis six mois, ces messages publicitaires semblent toutefois être partis en fumée. Les dépenses engagées dans des campagnes publicitaires pour décourager le tabagisme étaient censées augmenter à mesure que le programme quinquennal progresserait, mais elles ont diminué.

Honorables sénateurs, je vais poser une question très précise. Dans quelle mesure le gouvernement est-il déterminé à publier ces importantes annonces dans les médias et combien a-t-il dépensé à ce jour pour ces annonces? Cette question est un peu tendancieuse politiquement. La promesse du gouvernement concernant le programme de Santé Canada a-t-elle été compromise par la restructuration de la publicité gouvernementale, restructuration faisant suite à l'enquête sur les dépenses engagées par d'autres ministères au titre de la publicité et des commandites?

Je comprends que le leader du gouvernement n'est peut-être pas en mesure de répondre à cette question sur-le-champ.

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Honorables sénateurs, une partie de la question exige des informations factuelles que je m'efforcerai d'obtenir pour madame le sénateur Spivak.

Je pense toutefois qu'il est de notoriété publique que le gouvernement du Canada a suspendu entièrement son programme de publicité afin d'examiner les mécanismes de mise en oeuvre du programme dans le passé, le gouvernement du Canada ayant maintenant adopté une autre méthode pour informer la population des programmes publics.

Le sénateur Spivak : Les sommes que le gouvernement s'était engagé à dépenser sur quatre ans sont-elles maintenues? S'agit-il encore d'un engagement valable et les sommes en question seront-elles bel et bien dépensées?

Le sénateur Austin : Honorables sénateurs, il s'agit d'une question très précise qui appelle une réponse très précise.

LES TRAVAUX PUBLICS ET LES SERVICES GOUVERNEMENTAUX

LE PROGRAMME DE COMMANDITES—LES DÉPENSES CONCERNANT LES SONDAGES D'OPINION

L'honorable Consiglio Di Nino : Honorables sénateurs, le rapport de la vérificatrice générale qui nous a informés du scandale des commandites a aussi révélé que le gouvernement contrevenait à ses propres règles en dépensant l'argent des contribuables pour des sondages à des fins sectaires. Qu'ont fait les libéraux lorsque le rapport a été rendu public? Toujours soucieux de respecter les contribuables, ils ont immédiatement dépensé 127 000 $ pour un autre sondage devant les aider à trouver des façons d'apaiser la colère des électeurs. Ce sondage a été mené au milieu de février. Contrairement aux résultats des sondages précédents de la série « À l'écoute des Canadiens », les résultats de celui-ci n'ont pas été affichés sur Internet. La plupart d'entre nous ne savions rien de tout cela jusqu'à ce que Southam News en fasse mention le 8 novembre. Apparemment, le gouvernement a rendu publics les résultats de ce sondage de la même manière qu'il a rendu publics ceux de la plupart des autres sondages. Il a envoyé copie des résultats à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque du Parlement en septembre. Pourquoi ce sondage n'a-t-il pas été affiché sur Internet en temps opportun, comme l'ont été auparavant tous les autres sondages « À l'écoute des Canadiens »?

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Honorables sénateurs, j'aimerais demander au sénateur Di Nino de préciser davantage à quel sondage il s'intéresse.

Le sénateur Di Nino : Je répéterai ce que j'ai déjà dit. Immédiatement après la publication du rapport de la vérificatrice générale, le gouvernement libéral a fait mener un sondage, au coût de 127 000 $, pour trouver, en fait, des moyens d'amadouer les électeurs que ce rapport avait rendus furieux. Si le leader ne se souvient pas de tout cela, j'obtiendrai tous les détails et les lui transmettrai d'ici demain ou à peu près.

Le sénateur Tkachuk : Ils devraient pouvoir trouver cela. Leur bureau de recherche est efficace.

Le sénateur Austin : Je crois que le sondage dont parle le sénateur s'intitule « À l'écoute des Canadiens » et qu'il a été administré par l'ancien organisme, Communication Canada, selon un calendrier préétabli entre le 3 et le 15 février 2004.

Le sénateur LeBreton : C'est exact.

Le sénateur Austin : Puisque c'est exact, selon madame le sénateur LeBreton, je crois que j'ai le bon sondage.

Le sénateur LeBreton : Je le pense bien mais il y en a tellement que l'on peut difficilement deviner.

Le sénateur Austin : Il est assez inhabituel pour un gouvernement, y compris un gouvernement formé par le parti d'en face, d'intégrer des questions sur la politique d'intérêt public à un sondage. Par exemple, le gouvernement a sollicité les avis des Canadiens sur des questions comme le Protocole de Kyoto, les dépenses d'infrastructure et l'économie. Ce rapport particulier est de même nature. Il ne contenait aucune question sur le comportement des électeurs ou l'image des partis politiques.

Le sénateur Di Nino : Je vais poser à nouveau ma question. Comment se fait-il que ce dernier sondage n'a pas été affiché sur Internet comme tous les autres sondages « À l'écoute des Canadiens » mais plutôt transmis, chose assez inhabituelle, à la Bibliothèque nationale et la Bibliothèque du Parlement en septembre?

Le sénateur Austin : Je vais me renseigner sur les pratiques pour ce qui est de rendre publics ce genre de sondages et j'en informerai le sénateur Di Nino en temps opportun.

Le sénateur Di Nino : Pendant que le ministre fait cela, pourrait-il aussi établir qui, au juste, a vu ce sondage avant qu'il ne soit rendu public; est-ce que c'était seulement Communication Canada ou est- ce que le Cabinet en a aussi reçu une copie? Le ministre peut-il également nous dire si l'équipe chargée de la stratégie électorale libérale a vu le sondage avant qu'il ne soit rendu public?

Le sénateur Austin : Honorables sénateurs, dans la mesure où j'ai la responsabilité de répondre à cette question, je le ferai.

LES RELATIONS CANADO-AMÉRICAINES

L'ACCORD SUR LE BOIS DOEUVRE—LA PROPOSITION VISANT À REMETTRE LES DROITS PERÇUS AU SECTEUR DU BOIS DOEUVRE—LA PROCHAINE VISITE DU PRÉSIDENT

L'honorable Gerry St. Germain : Honorables sénateurs, ma question s'adresse au leader du gouvernement au Sénat. Le dernier différend avec les États-Unis au sujet du bois d'œuvre a poussé les entreprises canadiennes de ce secteur à fermer près de 50 scieries et à licencier des milliers de travailleurs canadiens. Depuis le début du différend, les États-Unis ont perçu environ 3,6 milliards de dollars de droits auprès des entreprises canadiennes.

Cette semaine — ce n'est pas un de nos amis et c'est un démocrate, en plus, pour vous, libéraux — le sénateur américain Max Baucus, du Montana, se propose de présenter un projet de loi visant à liquider les droits perçus jusqu'ici et à remettre l'argent aux entreprises américaines du secteur du bois d'œuvre. Quelle est la réaction du gouvernement du Canada à cette récente tournure des événements venant de ses amis démocrates aux États-Unis?

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Honorables sénateurs, tout d'abord, le gouvernement a des amis d'égale importance dans les deux partis politiques aux États-Unis.

Le sénateur St. Germain : Je n'en suis pas si sûr.

Le sénateur Austin : C'est l'opinion de l'honorable sénateur, mais la mienne est différente.

Le sénateur Tkachuk : Dans ces conditions, pourquoi ne pas la rendre publique?

Une voix : Demeurez à l'écoute.

Le sénateur St. Germain : Vous en avez une.

(1510)

Le sénateur Austin : Deuxièmement, pour répondre à la question, le sénateur Baucus, du Montana, défend ce qu'il estime être les intérêts de ses électeurs, pas en qualité de démocrate ou de républicain, mais parce qu'il entend demeurer sénateur du Montana.

Le projet de loi que le sénateur Baucus a présenté ne recueille pas l'appui de l'administration dirigée par George W. Bush. Cette administration a avisé les Canadiens que le projet de loi du sénateur Baucus ne sera pas appuyé.

Le sénateur St. Germain : Je présente mes excuses au sénateur Grafstein, car il est reconnu pour être un grand ami des Américains et un excellent sénateur.

Dans une série de décisions rendues ces deux dernières années, les tribunaux de l'Organisation mondiale du commerce et de l'ALENA ont constamment maintenu l'argument du Canada au sujet des prétentions américaines de subventions déloyales. Néanmoins, les États-Unis en ont appelé à maintes reprises de ces décisions.

Comme le président des États-Unis effectuera peut-être une visite officielle au Canada, pouvons-nous espérer une annonce de haut niveau au sujet du règlement de cette question, ou la stratégie du gouvernement canadien consiste-t-elle à ne rien faire et à laisser le processus de l'OMC et de l'ALENA suivre son cours sans qu'aucune mesure concrète ne soit prise pour l'instant?

Le sénateur Austin : Honorables sénateurs, comme le sénateur St. Germain le sait bien, car il communique avec des ministres du gouvernement du premier ministre Campbell, de la Colombie- Britannique, et avec des dirigeants du secteur forestier, le gouvernement fédéral a poursuivi avec autant de vigueur que tout autre gouvernement une politique à deux volets pour régler le dossier du bois d'œuvre.

Le premier volet porte sur les processus en cours devant l'OMC et les instances de l'ALENA. Comme le sénateur St. Germain le sait, nous avons connu un énorme succès, car les groupes spéciaux de ces deux organismes n'ont constaté l'existence d'aucun préjudice.

Le deuxième volet consiste à poursuivre les négociations avec la « coalition pour l'équité », aux États-Unis. Jusqu'ici, ces négociations n'ont pas été fructueuses. Elles sont menées par l'industrie canadienne.

S'il vient à Ottawa, et j'espère qu'il viendra bientôt, le président Bush ne manquera certainement pas d'entendre encore une fois la position du Canada dans des dossiers comme celui du bois d'œuvre, de l'ESB, du nouveau droit contesté sur le porc et dans d'autres dossiers commerciaux. Il s'agit là d'un dialogue bilatéral normal. Nous avons nos préoccupations et les Américains ont les leurs. Les discussions sont complètes et franches, pour utiliser le langage de tous les gouvernements des dernières décennies.

LES PROPOS DE LA DÉPUTÉE DE MISSISSAUGA—ERINDALE—LA DEMANDE D'EXPULSION DU CAUCUS LIBÉRAL

L'honorable Gerry St. Germain : Honorables sénateurs, étant donné l'état des relations intergouvernementales et les déclarations selon lesquelles nous suivons sérieusement le processus de l'OMC et de l'ALENA et que nous négocions avec la soi-disant « coalition juste » aux États-unis, est-il possible que la volonté du gouvernement américain ait été anéantie par les propos franchement désobligeants de la députée de Mississauga—Erindale et des ministres qui ont appuyé publiquement John Kerry avant les récentes élections aux États-Unis? Logiquement, comment pouvons-nous nous attendre à obtenir la collaboration du peuple américain et de l'administration américaine si nous ne cessons pas de les viser? Des chefs d'entreprise ont réclamé que la députée de Mississauga—Erindale soit expulsée du caucus libéral à cause des propos qu'elle a tenus. Pourquoi n'a-t- on pas donné suite à cette demande?

Le sénateur Mercer : Parce qu'il ne s'agit pas de notre président!

Le sénateur St. Germain : J'ai touché une corde sensible. Vous m'en voyez ravi.

Pourquoi la députée n'a-t-elle pas été expulsée du caucus et pourquoi les autres n'ont-ils pas été expulsés du Cabinet?

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Le sénateur St. Germain a été un distingué député dans l'autre endroit et il a gardé sa propension à poser des questions qui seraient pertinentes à l'autre endroit, mais ces questions me plaisent.

Le sénateur St. Germain comprendra que les propos qu'il a évoqués n'ont pas envenimé les relations canado-américaines. J'ai déjà dit à la période des questions que, dans l'ensemble, les relations entre le Canada et les États-Unis sont très satisfaisantes et que les intérêts des deux pays sont poursuivis dans le cadre d'échanges professionnels. Si ces relations étaient envenimées, pourrait-on imaginer que le président Bush souhaite venir au Canada?

Le sénateur St. Germain : Croyez-vous vraiment cela, sénateur?

Le sénateur Austin : Bien sûr. J'espère que le sénateur St. Germain le croit aussi.

Nous avons des intérêts très importants à défendre et à gérer avec les États-Unis. Par ses suggestions, je suis convaincu que le sénateur St. Germain ne souhaite pas mettre en péril la capacité du Canada à procéder à ces négociations.

Le sénateur St. Germain : Aucunement. Tout ce que je souhaite, c'est que vous agissiez à l'endroit des auteurs de cette mesure.

Le sénateur Austin : En ce qui concerne la députée à laquelle a fait allusion le sénateur St. Germain, comme je l'ai déjà dit, nous avons une tradition au sein de notre groupe parlementaire — parce que nous sommes libéraux —, celle d'une tolérance beaucoup plus grande pour les divergences d'opinion que de son côté.

LE SÉNAT

LA CONSULTATION AU SUJET DE L'ÉLECTION DU CONSEILLER EN ÉTHIQUE

L'honorable Marcel Prud'homme : Honorables sénateurs, ma question s'adresse au leader du gouvernement au Sénat. Nous avons vu dans le journal que le code de conduite du Sénat devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2005. Le ministre est-il toujours d'avis que chaque sénateur devra être consulté sur la nomination du conseiller sénatorial en éthique? Je peux affirmer publiquement que je n'ai été mis au courant d'aucune consultation jusqu'à aujourd'hui. L'honorable sénateur a proposé une motion, que j'ai appuyée de mon vote, suivant laquelle il y aurait ample consultation à ce sujet non seulement de l'opposition officielle, mais également de tous les sénateurs.

Je ne souhaite pas parler au nom des huit sénateurs qui ne sont affiliés à aucun parti politique. Je veux simplement obtenir l'assurance du ministre — et je le regarde et il semble me dire oui — que j'aurai l'occasion de dire un mot ou deux et que je devrai donc me préparer à faire des suggestions dans les jours à venir sur la personne que je souhaite voir devenir le nouveau conseiller en éthique.

L'honorable Jack Austin (leader du gouvernement) : Je remercie l'honorable sénateur de sa question.

Il y a deux processus en cours. Premièrement, il y a une consultation au sujet du code de conduite. Je crois comprendre qu'on envisage de communiquer des informations à tous les sénateurs lors d'une réunion qui se tiendrait au début de la semaine prochaine à ce sujet. Chaque sénateur est invité, qu'il soit affilié à un parti ou à l'autre, ou qu'il ne soit affilié à aucun parti. Nous allons tous recevoir les mêmes informations en même temps. Cette partie de la consultation est en cours.

Deuxièmement, aucun engagement n'a été pris quant à la nomination du conseiller sénatorial en éthique. Je m'occupe actuellement de cette question, mais aucune décision n'a été prise et, par conséquent, je n'ai aucune décision à annoncer à l'heure actuelle.

L'honorable Jean Lapointe : Honorables sénateurs, quand et où cette réunion se tiendra-t-elle?

(1520)

Le sénateur Austin : Honorables sénateurs, je peux seulement dire que, à mon avis, il serait utile que le code de déontologie soit établi et que le conseiller sénatorial en éthique soit nommé afin que le nouveau régime soit en place le 1er janvier 2005. Cependant, c'est au Sénat d'en décider.

Nous avons fait preuve de prudence. Le Comité du Règlement a fait un travail important dans un cadre non partisan. Une fois que nous en saurons davantage sur ce que pensent les sénateurs du code de déontologie, nous pourrons passer à l'étape suivante.

Le sénateur Smith, président du Comité du Règlement, a rapporté au Hill Times qu'il espère que le régime sera en place d'ici le 1er janvier; je partage son espoir.

[Français]

RÉPONSES DIFFÉRÉES À DES QUESTIONS ORALES

L'honorable Bill Rompkey (leader adjoint du gouvernement) : Honorables sénateurs, j'ai l'honneur de déposer six réponses différées à des questions orales posées au Sénat; une première à une question orale posée au Sénat le 4 novembre 2004 par le sénateur Keon, concernant le foyer d'influenza aviaire sur l'industrie de la volaille. La deuxième est une réponse à la question orale posée au Sénat le 3 novembre 2004 par le sénateur Forrestall concernant les critères pour inscrire une entité sur la liste des organisations terroristes.

[Traduction]

Nous passerons ensuite à la réponse à la question posée au Sénat le 21 octobre 2004 par le sénateur Andreychuk au sujet du projet de loi sur la pornographie juvénile, l'application de la définition aux oeuvres d'art; à la réponse à la question posée par le sénateur LeBreton le 21 octobre 2004 au sujet du Supplément de revenu garanti, l'effet de l'augmentation en Ontario; à la réponse à la question posée par le sénateur Meighen le 4 novembre 2004 au sujet des logements des militaires, les hausses de loyer; et à la réponse à la question posée au Sénat le 7 octobre 2004 par le sénateur Stratton au sujet des sociétés d'État et de la Société canadienne des postes.

L'AGRICULTURE ET L'AGROALIMENTAIRE

LA COLOMBIE-BRITANNIQUE—LA FLAMBÉE DE GRIPPE AVIAIRE DANS L'INDUSTRIE AVICOLE

(Réponse à la question posée par l'honorable Wilbert J. Keon le 4 novembre 2004)

Le foyer d'influenza aviaire qui s'est déclaré dans la vallée du Fraser cette année a eu un effet dévastateur sur l'industrie de la volaille de la Colombie-Britannique. Les producteurs reviennent graduellement à leur pleine production. Les indemnités offertes par le gouvernement fédéral en vertu de la Loi sur la santé des animaux ont contribué grandement au processus de rétablissement. Les paiements offerts au titre du Programme canadien de stabilisation du revenu agricole atténueront davantage les difficultés financières des producteurs participants dont la marge a baissé de façon significative. Des organisations de l'industrie et les deux ordres de gouvernement ont également pris des mesures qui ont favorisé le rétablissement.

Les répercussions économiques du foyer de maladie ont fait l'objet de discussions au Forum de l'industrie canadienne de la volaille, qui a eu lieu les 27 et 28 octobre 2004. Il a été question d'offrir une indemnisation élargie en grande partie à cause des pertes de revenu subies par les intervenants autres que les producteurs primaires en raison de l'influenza aviaire. Nous continuerons de discuter de la question des indemnités avec les groupes concernés de la Colombie-Britannique ainsi qu'avec les autorités provinciales; toutefois, le gouvernement fédéral n'a jamais versé d'indemnités aux entreprises et aux particuliers qui ne sont pas couverts par le programme fédéral ou par les programmes fédéraux-provinciaux lorsqu'un foyer de maladie de ce genre se déclare.

Lors du Forum de l'industrie canadienne de la volaille, on a discuté de l'importante question de la biosécurité. Les gouvernements et l'industrie accordent une grande importance à la planification pour l'avenir — en particulier, ils s'efforcent de mettre en place des mesures de biosécurité et d'autres mesures pour minimiser le risque et les conséquences de futurs foyers de maladie. On est en train de compiler les recommandations et les mesures de suivi découlant du forum; elles devraient être disponibles d'ici la fin de l'année.

LA JUSTICE

LA SÉCURITÉ NATIONALE—L'AJOUT DE AL-TAWHID WAL JIHAD DANS LA LISTE DES GROUPES TERRORISTES

(Réponse à la question posée par l'honorable J. Michael Forrestall le 3 novembre 2004)

Le 18 octobre 2004, les Nations Unies ont inscrit JAMA'AT AL-TAWHID WA'AL-JIHAD (JTJ) sur la liste des organisations terroristes. Notre Règlement d'application de la résolution des Nations Unies sur la lutte contre le terrorisme incorpore automatiquement, par référence, la liste établie par les Nations Unies. Le règlement canadien est établi de telle façon que, lorsque l'ONU ajoute un particulier ou une entité à sa liste, l'inscription sur la liste canadienne se fait automatiquement sans passer par le gouverneur en conseil.

Dès que l'ONU ajoute un particulier ou une entité à sa liste, le Bureau du surintendant des institutions financières informe les institutions financières canadiennes de la modification qui est apportée automatiquement à la liste canadienne et leur impose de bloquer tous les avoirs qui appartiennent au particulier ou à l'entité en question.

Plus de 480 entités et particuliers associés au terrorisme figurent actuellement sur la liste canadienne établie en vertu du Règlement d'application de la résolution des Nations Unies sur la lutte contre le terrorisme.

Le paragraphe 83.05(1) du Code criminel énonce clairement les critères établis par le Parlement pour inscrire une entité sur la liste. Il prévoit ce qui suit :

Le gouverneur en conseil peut, par règlement, établir une liste sur laquelle il inscrit toute entité dont il est convaincu, sur la recommandation du solliciteur général du Canada, qu'il existe des motifs raisonnables de croire :

a) que, sciemment, elle s'est livrée ou a tenté de se livrer à une activité terroriste, y a participé ou l'a facilitée;

b) que, sciemment, elle agit au nom d'une entité visée à l'alinéa a), sous sa direction ou en collaboration avec elle.

Par ailleurs, le paragraphe 83.05(1.1) du Code criminel indique que le solliciteur général ne fait la recommandation visée au paragraphe (1) que s'il a des motifs raisonnables de croire que l'entité en cause est visée aux alinéas (1)a) ou b).

Le paragraphe 83.01 (1) du Code criminel définit ce qui constitue une « activité terroriste ».

Il est évident que toute décision d'inscrire une entité sur la liste en vertu du Code criminel repose sur une décision, fondée sur des motifs raisonnables, prise par le solliciteur général et sur une décision, fondée sur des motifs raisonnables, prise par le gouverneur en conseil.

À l'heure actuelle, il y a 35 entités inscrites sur la liste aux termes du Code criminel et, comme le gouvernement l'a affirmé à de nombreuses reprises, le processus d'évaluation visant à y ajouter d'autres entités se poursuit.

En raison des modifications apportées au Code criminel à la suite de l'adoption de la Loi antiterroriste en 2001, peu importe si un groupe terroriste est inscrit ou non sur la liste, les activités terroristes sont définies dans le Code criminel et le fait de participer sciemment ou de contribuer à une activité d'un groupe terroriste constitue un crime.

PROJET DE LOI SUR LA PORNOGRAPHIE JUVÉNILE—L'APPLICATION DE LA DÉFINITION AUX OEUVRES D'ART

(Réponse à la question posée le 21 octobre 2004 par l'honorable A. Raynell Andreychuk)

Le projet de loi C-2, Loi modifiant le Code criminel (protection des enfants et d'autres personnes vulnérables) et la Loi sur la preuve au Canada, vise à remplacer les moyens de défense invoquant la valeur artistique, éducative, scientifique ou médicale et le bien public par un moyen de défense à deux volets axé sur la « fin légitime » qui ne pourra être invoqué que si les deux conditions suivantes sont réunies :

.l'acte a une fin légitime liée à l'administration de la justice, à la science, à la médecine, à l'éducation ou à l'art; et

.l'acte ne présente aucun risque indu de préjudice pour l'enfant.

Ainsi, le motif de défense actuel fondé sur la « valeur artistique » n'existera plus, mais une action ayant une fin légitime en rapport avec l'art pourra être invoquée. Cependant, contrairement à la défense actuelle fondée sur la valeur artistique au paragraphe (6), l'analyse devra se faire sur deux points : 1) l'acte en question a-t-il un but légitime ayant trait à l'art, et 2) pose-t-il un risque indu de préjudice pour l'enfant?

LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL

LE SUPPLÉMENT DE REVENU GARANTI—L'EFFET DE L'AUGMENTATION EN ONTARIO

(Réponse à la question posée le 21 octobre 2004 par l'honorable Marjory LeBreton)

Le calcul de la prestation du Régime de revenu annuel garanti de l'Ontario (RRAGO) ne prend pas en compte le montant de SRG qu'une personne reçoit. Par conséquent, l'augmentation du SRG n'aura aucune incidence sur le montant de la prestation du RRAGO qu'un aîné à faible revenu reçoit.

D'après ce que nous comprenons, le programme du gouvernement de l'Ontario qui offre des soins prolongés subventionnés tient compte des prestations de la SV et du SRG qu'une personne reçoit dans le calcul de la subvention. Par conséquent, les diverses sources de revenu qu'une personne peut avoir au cours d'une année particulière, y compris le SRG et toute augmentation de celui-ci, pourraient influer sur le montant des soins subventionnés qu'elle reçoit.

Il y a longtemps que le gouvernement du Canada a déterminé que les besoins des aînés à faible revenu étaient une priorité et qu'il a instauré des services et programmes pour les satisfaire. Ces programmes comprennent le Supplément de revenu garanti (SRG) et l'Allocation, en vertu de la Sécurité de la vieillesse (SV), qui aident les aînés ayant peu de souplesse ou d'options à satisfaire leurs besoins.

En mai 2004, le Groupe de travail du premier ministre sur la vie active et la dignité des personnes âgées a diffusé un rapport, intitulé Créer un plan national d'action pour les aînés, dans lequel il recommandait d'augmenter le SRG versé aux aînés à faible revenu, afin d'améliorer leur niveau de vie et de leur offrir une meilleure qualité de vie. Le rapport recommandait d'augmenter le SRG de 36,12 dollars par mois pour les prestataires célibataires et de 29,10 $ par mois pour les couples, afin de réduire l'écart entre le niveau de vie des prestataires du SRG et celui de la population en âge de travailler. Cette priorité a été réaffirmée dans le dernier discours du Trône.

En plus d'examiner cette recommandation, le gouvernement du Canada cherche à collaborer avec d'autres intervenants, y compris les provinces et territoires, afin de trouver d'autres moyens de satisfaire les besoins des aînés à faible revenu.

LA DÉFENSE NATIONALE

LES LOGEMENTS DES MILITAIRES—LES HAUSSES DE LOYER

(Réponse à la question posée le 4 novembre 2004 par l'honorable Michael A. Meighen)

Le coût des logements des Forces canadiennes est déterminé conformément à la politique du Conseil du Trésor, qui s'applique à tous les employés de l'État vivant dans des logements de l'État. Selon la politique, le loyer doit reposer sur l'évaluation de ce que coûteraient des logements semblables sur le marché privé local. Le loyer est donc établi en tenant compte des réparations à faire.

Le ministre de la Défense nationale travaille actuellement avec le président du Conseil du Trésor pour s'assurer que les loyers sur les bases sont à un niveau équitable en comparaison avec les conditions des logements dans lesquels les membres vivent.

L'augmentation maximale possible dans le cas d'un logement des Forces canadiennes est limitée à 100 $ par mois par année. Actuellement, la majorité des recettes de location sont investies dans des travaux de réparation et d'entretien ainsi que le règlement de questions de santé et sécurité touchant le portefeuille. Notre objectif est que, grâce au programme de modernisation, de moins en moins de ces recettes financent les travaux de réparation et d'entretien. Les recettes pourraient alors être investies dans le programme de modernisation.

Depuis 1998, le gouvernement a investi plus de 400 millions de dollars pour réparer et entretenir ses logements ainsi que pour régler les questions de santé et sécurité du portefeuille. De plus, le gouvernement planifie investir un autre 120 millions de dollars pour rénover, améliorer et préserver les logements militaires au cours des trois prochaines années.

En 2004-2005, il rénovera 190 unités de 9 bases dans le cadre de ce programme. Chaque emplacement fait également l'objet d'évaluations. Le résultat de ces évaluations déterminera le nombre de logements à rénover au pays.

LES SOCIÉTÉS D'ÉTAT
LA SOCIÉTÉ CANADIENNE DES POSTES

LES ALLÉGEMENTS FISCAUX POUR LES CADRES DE DIRECTION GRÂCE AU GONFLEMENT DES COMPTES DE DÉPENSE

LA POSSIBILITÉ POUR LA HAUTE DIRECTION DE FAIRE APPEL AU RÉGIME DE CONFIANCE POUR LES DEMANDES DE REMBOURSEMENT DE DÉPENSES

(Réponse à la question posée le 7 octobre 2004 par l'honorable Terry Stratton)

Les sociétés d'État et l'impôt

  • Tous les employeurs du Canada, y compris les sociétés d'État fédérales, sont tenus d'établir des feuillets de renseignements T4 pour les salaires et les avantages imposables.
  • L'Agence du revenu du Canada prend les mesures nécessaires pour veiller à ce que tous les contribuables respectent leurs obligations fiscales et reçoivent un traitement équitable. Tous les particuliers, entreprises et sociétés d'État sont assujettis à l'application juste et équitable de la Loi de l'impôt sur le revenu.

Pratiques de remboursement des dépenses dans les sociétés d'État

  • Bien que les sociétés d'État soient tenues de rendre compte au Parlement par l'entremise du ministre responsable, elles exercent leurs activités de façon autonome. Ces sociétés sont responsables de leurs opérations courantes, entre autres de la gestion des salaires et des dépenses.

Pratiques de remboursement des dépenses à Postes Canada

  • La vérification des pratiques de gestion de la Société canadienne des postes par Deloitte & Touche a révélé que les politiques de Postes Canada sur les voyages et l'hospitalité « sont correctes et donnent des instructions claires, avec une souplesse acceptable, sur la façon appropriée de voyager et de traiter les marques d'hospitalité ».
  • L'examen de Deloitte & Touche a permis de constater deux exceptions :
  • les dépenses des cadres supérieurs n'étaient pas assujetties à un examen et à une vérification internes;
  • jusqu'au 1er janvier 2002, les cadres supérieurs approuvaient eux-mêmes leurs demandes de remboursement ne dépassant pas 500 $.Deloitte & Touche a fait remarquer, au moment de la vérification, que Postes Canada ne considérait plus approprié qu'un cadre supérieur autorise lui-même le remboursement de ses dépenses.
  • Le conseil d'administration de Postes Canada a adopté une nouvelle politique en matière de dépenses. Dorénavant, les demandes de remboursement de dépenses devront être accompagnées de reçus ou autres pièces justificatives avant d'être traitées. Cette nouvelle politique s'applique à tous les employés de Postes Canada, sans exception. Toutes les dépenses des cadres supérieurs au chapitre des voyages et de l'hospitalité doivent dorénavant faire l'objet d'un examen et d'une vérification internes.

Vérification fiscale de la Société canadienne des postes

  • Postes Canada a informé le ministre responsable de la société d'État que l'Agence du revenu du Canada mène une vérification fiscale de l'organisme.
  • La stratégie générale d'observation de l'Agence du revenu du Canada peut comprendre des mesures de vérification des sociétés d'État soumises à la Loi de l'impôt sur le revenu. La détermination et la sélection des dossiers de vérification à l'Agence du revenu du Canada sont fondées sur des critères objectifs et impartiaux établis au moyen de techniques d'évaluation du risque.

Demandes de remboursement de l'ex-commissaire à la protection de la vie privée

  • L'Agence du revenu du Canada entreprend des vérifications et d'autres activités de validation pour s'assurer que les contribuables respectent les dispositions des lois fiscales qu'elle administre. Les dossiers à vérifier sont sélectionnés selon des critères objectifs et impartiaux. Ces critères sont basés sur des techniques de gestion du risque qui permettent de cerner et d'évaluer le risque que présentent les dossiers et d'établir les priorités. Conformément aux dispositions en matière de confidentialité des lois administrées par l'Agence du revenu du Canada, aucun renseignement touchant la situation fiscale des particuliers et des sociétés ne peut être divulgué sans que ceux-ci y consentent par écrit.

ORDRE DU JOUR

LA LOI SUR LA STATISTIQUE

PROJET DE LOI MODIFICATIF—DEUXIÈME LECTURE—AJOURNEMENT DU DÉBAT

L'honorable Lorna Milne propose : Que le projet de loi S-18, Loi modifiant la Loi sur la statistique, soit lu une deuxième fois.

— Honorables sénateurs, j'espère sincèrement que la fin de cette histoire approche. Le 27 octobre 1998, il y a un peu plus de six ans, j'ai donné l'avis suivant :

Honorables sénateurs, je donne avis que jeudi prochain, le 5 novembre 1998, j'attirerai l'attention du Sénat sur l'inaccessibilité de tous les recensements depuis 1906 en raison d'une loi adoptée en 1906 sous le gouvernement de sir Wilfrid Laurier.

Au bout de six longues années de négociations et de lutte depuis cet avis d'interpellation, je prends de nouveau la parole à ce sujet. Aujourd'hui, je pense sincèrement que les choses sont différentes. Cette fois, je suis heureuse d'annoncer que le gouvernement, les généalogistes, les historiens et les archivistes ont trouvé une solution pour résoudre ce problème excessivement complexe qui nous tourmente depuis des années.

Le projet de loi S-18 est un projet de loi émanant du gouvernement qui permettra l'accès sans condition aux données historiques des recensements 92 ans après la date du recensement. En outre, il contient des dispositions qui autoriseront Statistique Canada à demander à des Canadiens la permission de déposer les données recueillies à leur sujet lors des recensements aux Archives nationales du Canada pour qu'elles puissent faire l'objet de recherches à l'avenir. Tous les intéressés appuient ce projet de loi et personne ne demande qu'il soit amendé.

Je voudrais d'abord remercier le ministre David Emerson du leadership dont il a fait preuve dans ce dossier. Dès la première fois où je l'ai informé sur cette question, il a compris qu'il était urgent que les milieux généalogiques, historiques, médicaux et archivistiques disposent de ces informations. Grâce à son approche sensée, cette mesure a pu être présentée rapidement au cours de la présente législature avec l'appui de tous les partis. Il s'est montré déterminé à faire adopter rapidement cette mesure. J'espère que tous les sénateurs seront d'accord avec moi pour dire que nous pouvons adopter ce projet de loi sans délai.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais prendre quelques minutes pour expliquer pourquoi nombre d'entre nous se battent depuis tellement longtemps pour obtenir l'accès aux dossiers des recensements historiques. Le recensement constitue le seul registre de données sur chacun des Canadiens dans leurs groupes familiaux. Jusqu'à 1998, les résultats du recensement étaient régulièrement mis à la disposition des intéressés par le truchement des Archives nationales. En fait, les données de plus de 300 ans de recensements couvrant ce qui est maintenant le Canada sont dans les archives et peuvent être entièrement consultées par n'importe qui.

En 1998, toutefois, Statistique Canada a annoncé que les données d'aucun autre recensement ne seraient mises à la disposition du public par l'entremise des Archives nationales. Ce ministère a fait valoir que les dispositions des lois régissant les recensements réalisés après 1901 l'empêchaient de rendre publiques les données de ces recensements. Comme vous pouvez l'imaginer, cette prise de position a surpris un grand nombre d'entre nous.

Comme je l'ai dit plus tôt, les données des recensements réalisés durant plus de 300 ans d'histoire du Canada sont déjà accessibles par l'entremise des Archives nationales et rien n'indique que la pratique d'envoyer les résultats des recensements aux archives changeraient. En tant que généalogiste, je m'inquiétais à l'époque que nous ne perdions d'importants documents historiques pour toujours, mais le politique en moi a pensé que ce n'était qu'un simple oubli législatif qui pourrait être facilement corrigé et que nous pourrions ensuite renvoyer rapidement tous les intéressés à leurs recherches. Quelle erreur.

Les six années suivantes ont été remplies d'études, de recherches, de débats et de négociations avec des politiques, des bureaucrates, des généalogistes, des avocats, des universitaires, des archivistes et des juges, en exercice ou à la retraite. Pendant tout ce temps, nous nous sommes penchés sur la question de savoir quelle était la loi qui régissait ces recensements et quelle loi contemporaine touchait la façon de traiter ces documents.

Bref, les chercheurs estimaient que la confidentialité perpétuelle n'avait jamais été promise aux Canadiens et que Statistique Canada s'inquiétait de ce que ses assurances régulières de confidentialité pendant des décennies ne signifient quelque chose ou de ce que l'intégrité du recensement ne soit à jamais compromise.

Deux études clés ont été réalisées sur la position du droit canadien sur cette question. L'une a été menée par le Comité d'experts sur l'accès aux dossiers historiques du recensement qui a été constitué par l'ancien ministre de l'Industrie, John Manley. Le comité, présidé par l'ancien juge de la Cour suprême Gerard Laforest, est arrivé à la conclusion qu'aucune loi n'empêchait la publication de dossiers historiques de recensement. Le président du comité s'est exprimé ainsi :

[...] nous sommes persuadés que le législateur n'avait probablement ni la volonté ni l'intention d'accorder une garantie de confidentialité perpétuelle. [...] nous sommes conscients de l'existence d'un certain flou juridique concernant les diverses garanties données aux répondants en matière de confidentialité et la mention selon laquelle les dossiers seront transférés aux Archives nationales. Cependant, malgré cette ambiguïté, rien ne prouve que le Parlement avait l'intention d'accorder une garantie de confidentialité perpétuelle. À notre avis, la diffusion des renseignements personnels recueillis dans le cadre des recensements menés avant 1906 constitue un précédent particulièrement important, surtout si l'on prend en considération le fait que les dossiers des recensements de 1891 et de 1901 ont été rendus publics conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels, adoptée en 1983. Nous croyons également que le temps écoulé, soit 92 ans dans le cas présent, est un facteur important sur le plan légal et moral et que le fait de diffuser les dossiers après une période de 92 ans ne contrevient aucunement aux intentions premières des personnes qui ont participé à l'élaboration du recensement au Canada

(1530)

Le deuxième avis juridique a été révélé lors de l'examen par le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie de mon projet de loi d'initiative parlementaire portant sur cette question. En réponse à des questions que lui posaient des membres du comité, le statisticien en chef, Ivan Fellegi, a indiqué avoir reçu un avis juridique sur la question et qu'il serait heureux de le transmettre au comité pour qu'il l'étudie. De mon point de vue, l'un de ces avis juridiques a été particulièrement important. Ann Chaplin, une avocate au ministère de la Justice, a pris le temps de tenter d'établir un équilibre entre deux articles du règlement régissant bon nombre des recensements menés au début des années 1900. Un article interdisait aux employés de Statistique Canada de divulguer les renseignements personnels recueillis dans le cadre de recensements alors que l'autre prévoyait que les dossiers de recensement des particuliers seraient conservés aux Archives nationales du Canada. Mme Chaplin a déclaré :

L'approche rationnelle à l'égard des diverses mesures législatives visées en l'occurrence semble être une approche qui interdirait aux préposés au recensement de donner accès à qui que ce soit aux déclarations individuelles, mais permettrait que des données de recensement soient transférées aux Archives et rendues publiques, après 92 ans, conformément au Règlement sur la protection des renseignements personnels.

Du point de vue juridique, rien n'empêche alors le gouvernement de rendre publiques les données d'anciens recensements.

En janvier 2003, le gouvernement en est venu à cette conclusion et a communiqué les relevés du recensement de 1906 aux Archives nationales. Peu après, ces relevés ont été mis sur Internet de sorte que, depuis ce temps, ceux qui font des recherches sur leur généalogie ou sur l'histoire du Canada ont visité des millions de fois le site Web des Archives. Mais la principale question se posait toujours : comment devrait-on traiter les données de futurs recensements? Après tout, il ne servait pas à grand-chose de faire tout ce débat si on ne s'arrêtait pas sérieusement sur la manière de traiter les données de futurs recensements.

Quand le gouvernement a rendu publiques les données du recensement de 1906, il a également annoncé qu'il présenterait un projet de loi visant la publication des relevés des recensements, y compris les recensements pas encore faits. Ce projet de loi a été présenté au Sénat et adopté. Nous avons déjà débattu cette question. Malheureusement, la mesure est restée bloquée à l'étape de la deuxième lecture à la Chambre en novembre 2003, lorsque le premier ministre Chrétien a prorogé la deuxième session de la 37e législature. Le projet de loi n'a pas été représenté au cours de la troisième session.

Comme je l'expliquerai plus tard, il y avait peu d'appui en faveur du projet de loi présenté l'an dernier. Ce projet de loi aurait réduit d'encore 20 ans la période de 92 ans avant que les chercheurs puissent consulter les données. Une partie de son contenu a pu remettre en cause les relevés historiques. Le débat visant à déterminer s'il fallait amender le projet de loi a causé des retards tant au Sénat qu'à l'autre endroit.

Dans l'année qui a suivi la mort du premier projet de loi du gouvernement, d'importantes négociations ont eu lieu entre le gouvernement et les intéressés sur ce que devrait supposer un autre projet de loi. Je suis heureuse de pouvoir dire que les deux côtés en sont venus à une entente. À l'intention des honorables sénateurs, je vais m'arrêter sur les diverses dispositions du projet de loi.

Le projet de loi S-18 renferme trois dispositions faciles à expliquer. En vertu de la première, Statistique Canada remet à l'archiviste national les données individuelles de chaque recensement fait entre 1911 et 2001 au 92e anniversaire de chaque recensement. L'archiviste national reçoit la permission explicite d'accorder l'accès à ces renseignements, sans restriction, à tout chercheur qui le demande. D'ailleurs, je crois que peu après l'adoption de ce projet de loi, nous pourrons consulter le recensement de 1911 en ligne, tout comme ceux de 1906, de 1901 et d'autres qui ont déjà été mis en ligne par les Archives nationales.

La deuxième disposition du projet de loi S-18 prescrit que Statistique Canada demandera aux Canadiens, à chaque recensement à compter de 2006, s'ils autorisent les Archives nationales à conserver les renseignements qui les concernent. Statistique Canada pourra alors déposer ces renseignements aux Archives nationales seulement avec le consentement actif des personnes visées. En cas de refus à la question pertinente figurant dans le recensement ou d'absence de réponse à cette question, Statistique Canada ne sera pas autorisée à transférer les renseignements aux Archives et ne le fera pas.

La troisième disposition porte sur l'examen, qui figure maintenant automatiquement dans de nombreux projets de loi. Elle stipule qu'au plus tard deux ans avant le troisième recensement fait après l'adoption de ce projet de loi, on procède à un examen de l'article qui régit les recensements futurs. Cet article a été inclus à cause d'inquiétudes soulevées par bien des chercheurs. Ils veulent avoir l'assurance que le recensement demeure un relevé historique durable. Cependant, tout le monde reconnaît que dans la mesure où les gens refusent de consentir au transfert des renseignements de recensement aux Archives nationales, il y a une réduction de la qualité du recensement aux fins de recherche. L'article sur l'examen permet au Parlement de se pencher de nouveau sur la question une fois qu'apparaîtra clairement la réaction des Canadiens à la question.

Comme je l'ai dit plus tôt, le gouvernement a présenté, au cours de la dernière législature, un projet de loi qui a été longuement débattu et nombreux étaient ceux qui demandaient des amendements. À mon avis, il est important de souligner les similarités et les différences entre l'ancien projet de loi du gouvernement et le projet de loi S-18 pour que les sénateurs puissent comprendre les concessions faites par les deux côtés pour arriver à l'harmonie que nous constatons aujourd'hui.

L'ancien projet de loi renfermait de longues dispositions qui auraient donné un accès limité aux données des recensements de 1911 à 2001 après 92 ans et un accès illimité après 112 ans. Les généalogistes auraient eu à signer diverses formules et les historiens voulant faire de la recherche après seulement 92 ans auraient eu à faire d'abord approuver leurs projets par des pairs. Et cela malgré le fait que jusqu'en 1993, les données de recensement étaient souvent rendues publiques sans la moindre restriction après 92 ans. Quand cette disposition est apparue, les généalogistes et les historiens ont protesté contre le fait qu'on mettait en place toute une bureaucratie pour suivre à la trace leurs travaux de recherche. Ils ne pouvaient pas comprendre pourquoi il fallait agir ainsi. Ils se demandaient aussi ce que pouvait apporter ces 20 autres années et s'il y avait une justification de principe à ces dispositions.

J'ai discuté de la question avec le ministre Emerson et les fonctionnaires du ministère, et il est apparu clairement que la période additionnelle de 20 ans et la bureaucratie qu'elle supposait ne servaient pas à grand-chose. En fait, le coût, le temps et l'effort nécessaires pour mettre en place cette bureaucratie annulaient de loin tout avantage accessoire pour ceux qu'intéressent les questions touchant la protection de la vie privée. Par suite de ces discussions, le gouvernement a accepté d'éliminer du projet de loi la période d'attente additionnelle de 20 ans et le cauchemar bureaucratique que cela entraînerait.

Comme c'était le cas de l'ancien projet de loi, le projet de loi S-18 renferme des dispositions qui permettront aux Canadiens de décider s'ils consentiront à ce que les renseignements de recensements les concernant soient déposés aux Archives nationales. Cette disposition préoccupe beaucoup les généalogistes et les historiens. Bon nombre d'entre eux craignent que l'intégrité des dossiers historiques du Canada soit inutilement dégradée si une telle mesure était adoptée. Depuis quelques mois, l'effet possible de cet article et la raison de son inclusion ont été la source d'importantes discussions entre les généalogistes et les historiens d'une part et Statistique Canada d'autre part.

D'une façon générale, les généalogistes et les historiens comprennent les deux principales raisons qui justifient l'inclusion de cet article dans ce projet de loi modifiant la Loi sur la statistique. Premièrement, cette question n'est pas compliquée parce qu'on peut comprendre facilement les choix qu'on leur demande de faire et les conséquences de leurs actes. Au bout du compte, il s'agit de renseignements personnels et les Canadiens qui ont le droit de décider de ce qui arrive aux renseignements qui les concernent. C'est dans cet esprit que la Loi sur les renseignements personnels et les documents électroniques a été adoptée par le Parlement, afin de protéger la vie privée des Canadiens.

Deuxièmement, Statistique Canada doit garantir un degré extrêmement élevé de protection des renseignements personnels pour qu'il y ait une participation presque complète au recensement. Statistique Canada a vraiment cru que la période d'attente de 92 ans était insuffisante pour garantir une participation entière et continue au recensement. Le recensement sert de base à l'établissement des paiements de transfert et de péréquation que verse le Canada aux provinces, et des modèles utilisés pour prédire les conséquences et les coûts liés aux politiques d'imposition ainsi que les données démographiques futures du Canada, qui permettent de planifier correctement les services d'éducation et de santé à fournir à tous les Canadiens. La participation complète des Canadiens au recensement est essentielle pour que le gouvernement puisse remplir le mieux possible toutes ces fonctions fondamentales.

(1540)

Il ne fait aucun doute que, pour protéger l'intégrité du recensement, Statistique Canada a jugé nécessaire d'interroger directement les Canadiens au sujet de l'utilisation qui sera faite des renseignements fournis dans le cadre du recensement. Avec le temps, les généalogistes et les historiens ont finalement compris pourquoi Statistique Canada insistait pour protéger ainsi les renseignements personnels lors des futurs recensements.

Statistique Canada a fait, à cet égard, deux concessions importantes qui ont donné aux chercheurs des raisons suffisantes d'appuyer ce projet de loi. Premièrement, Statistique Canada a accepté de faire en sorte que le plus grand nombre possible de Canadiens acceptent la divulgation de leur dossier de recensement. Le statisticien en chef, Ivan Fellegi et le ministre, M. Emerson, ont convenu qu'ils lanceraient une grande campagne publicitaire pour inciter le maximum de Canadiens à accepter le dépôt de leur dossier de recensement aux Archives nationales. Ils ont dit qu'à leur avis il était important pour le pays que tout le monde dise oui. Je les prends au mot et j'ai hâte qu'on lance cette campagne pour amener tout le monde à dire oui au recensement historique.

Deuxièmement, le gouvernement a inséré le troisième article du projet de loi à la demande des chercheurs. Cet article prévoit un examen parlementaire des effets des dispositions exigeant que l'on obtienne la permission de l'intéressé avant de transférer son relevé de recensement aux Archives nationales. En réalité, personne ne sait comment les Canadiens répondront à cette question. Nous ne savons pas si 20 p. 100 ou 89 p. 100 des gens donneront leur consentement. Nous n'en avons aucune idée. Nous ne savons pas non plus le genre de problèmes que cela pourrait créer pour les futurs chercheurs.

Il y a un mois environ, j'ai demandé à Chad Gaffield, professeur à l'Institut des études canadiennes de l'Université d'Ottawa, qui était membre du comité d'experts nommé par John Manley, quel serait le niveau de refus qui créerait un problème pour les historiens. Il a dit qu'il n'en savait rien. À son avis, tout dépend si les personnes qui refusent appartiennent ou non à un groupe particulier de la population en ce qui concerne la race, le sexe, la religion ou la collectivité. Si 99 p. 100 des Canadiens donnaient leur accord sauf la totalité des habitants de l'Île-du-Prince-Édouard, par exemple, cela compromettrait énormément les archives historiques.

En prévoyant un réexamen de cet article après deux recensements, le gouvernement accepte de revoir la question lorsqu'on disposera de statistiques concrètes pour faire le tour du problème. Il serait inutile d'essayer de le résoudre avant étant donné que le débat ne reposera sur rien de solide. Comme je l'ai déjà mentionné, personne ne sait comment les Canadiens réagiront et il est donc préférable de voir ce qui se passera avant de prendre une décision définitive à ce sujet.

Honorables sénateurs, cette bataille a été longue et difficile, mais je crois qu'elle servira les intérêts des Canadiens. Je crois pouvoir dire que, pour les générations à venir, le Canada pourra mettre les relevés du recensement à la disposition des chercheurs. Je peux dire aussi que Statistique Canada s'est fait le défenseur de l'intégrité du recensement et que cette intégrité n'est pas compromise par ce projet de loi. Il assure un juste équilibre entre la protection de la vie privée et l'information et nous devrions féliciter tous ceux qui ont participé à ce débat pour le travail qu'ils ont accompli et la façon dont ils ont défendu leur cause.

Pour conclure, j'exhorte tous les sénateurs à voter pour ce projet de loi et à faire en sorte qu'il soit rapidement adopté en cette Chambre. Le milieu médical, les historiens, les archivistes et les généalogistes du pays le souhaitent.

L'honorable Lowell Murray : Honorables sénateurs, je n'ai pas l'intention d'intervenir maintenant, mais j'interviendrai peut-être en deuxième lecture ou plutôt en troisième lecture, en supposant que le projet de loi soit renvoyé à un comité.

Je voudrais demander au parrain du projet de loi de confirmer que la possibilité de refus se rapporte seulement aux renseignements personnels qui permettraient de connaître l'identité du recensé. Pour prendre l'exemple que le sénateur Milne a mentionné, si tous les citoyens de l'Île-du-Prince-Édouard refusaient leur consentement, on ne pourra pas connaître leurs noms, mais les renseignements démographiques les concernant seraient quand même dans les dossiers. Les données collectives sur la population, qui permettraient de savoir si une personne est du sexe masculin ou féminin, quels sont ses ancêtres, quelle est son origine ethnique, sa religion et peut-être aussi sa profession et son revenu, seraient là. Les seuls renseignements auxquels les chercheurs n'auraient pas accès seraient ceux qui concernent l'identité des recensés, si ceux-ci refusent qu'elle soit communiquée.

Le sénateur Milne : Le sénateur a raison. On disposerait de toutes les données accumulées pour l'ensemble du pays, si bien que l'intégrité du recensement n'est aucunement menacée, tout le pays étant couvert.

Le risque serait que, dans 92 ans, on cherche à connaître l'identité des Canadiens, en retraçant leur famille. Le risque serait que l'on retrace les mouvements démographiques des familles canadiennes et des groupes de gens et leurs antécédents médicaux. Je suis sûre que la généalogie médicale va devenir un outil encore plus utilisé qu'il ne l'est déjà d'après ce que nous avons entendu dire aujourd'hui dans le cadre du débat sur le diabète juvénile.

Le sénateur Murray : Ces renseignements seront accessibles à tous. Dans 92 ans, moi-même ou mes descendants pourrons faire des recherches sur les ancêtres de madame le sénateur Milne, n'est-ce pas?

Le sénateur Milne : Absolument, car j'ai l'intention de donner mon consentement. Si mon honorable ami a l'intention de refuser le sien, ses descendants ne pourront pas faire de recherches à son sujet.

Le sénateur Murray : Je suis en train d'y réfléchir.

L'honorable Gerald J. Comeau : Je propose l'ajournement du débat.

L'honorable Madeleine Plamondon : Madame le sénateur a-t-elle l'approbation de la commissaire à la protection de la vie privée?

Le sénateur Milne : Je n'en ai pas parlé directement à la commissaire à la protection de la vie privée, mais j'ai été amenée à croire qu'elle approuvait cette mesure. Je sais qu'elle l'a vue et qu'elle l'a lue. Elle ne me l'a pas dit elle-même, mais je l'ai appris par l'entremise d'autres personnes. M. Ivan Fellegi, statisticien en chef du Canada, approuve aussi ce projet de loi.

Le sénateur Comeau : Madame le sénateur Milne vient de dire qu'elle a obtenu l'approbation de la commissaire à la protection de la vie privée par l'entremise d'une personne qui parlait en son nom. C'est peut-être le genre de chose qu'il faudrait établir en comité, car nous avons été informés par personnes interposées et d'après la réponse que vient de donner madame le sénateur Milne, je suis certain que la commissaire à la protection de la vie privée voudra clarifier certaines des positions adoptées par ses prédécesseurs qui ont exprimé des doutes au sujet de certaines dispositions de projets de loi qui étaient encore plus rigoureux.

Je suppose donc que madame le sénateur Milne voudra faire comparaître devant le comité la commissaire à la protection de la vie privée ainsi que le statisticien en chef qui semble, lui aussi, entièrement convaincu.

Le sénateur Milne : Je ne demanderais jamais au sénateur Comeau de me croire sur parole et j'ai hâte de les entendre au comité.

L'honorable Serge Joyal : Honorables sénateurs, je voudrais faire, aujourd'hui, un bref discours sur le projet de loi S-18 de façon à ne pas retarder son étude. Je sais que le sénateur Comeau vient de proposer l'ajournement, mais s'il me permet de parler au nom de ce côté-ci de la Chambre, je serais prêt à le faire maintenant.

Le sénateur Comeau : Je crois que, normalement, ce côté-ci de la Chambre a la prérogative d'ajourner le débat. Bien entendu, je m'en remets à la Chambre.

Son Honneur la Présidente intérimaire : Le sénateur Comeau disposera de 45 minutes lorsqu'il parlera du projet de loi. Est-ce d'accord, honorables sénateurs?

Des voix : D'accord.

(1550)

Le sénateur Joyal : Merci, sénateur Comeau. Je crois comprendre que vous tenez à exercer à fond le droit de l'opposition d'intervenir sur ce projet de loi. J'estime seulement que mes propos sont susceptibles d'aider les honorables sénateurs, et en particulier madame le sénateur Milne, dans l'étude de ce projet de loi.

Premièrement, je félicite le madame le sénateur Milne de sa persévérance et de sa détermination à l'égard de cette question. Elle se souviendra des nombreuses fois que ce projet de loi a été débattu. Cependant, depuis sa première étude, il y a une nouvelle situation au Canada dont nous devrions tenir compte, à mon avis, en l'étudiant. Je crois que les sénateurs Comeau et Plamondon l'ont bien perçue. Cela a quelque chose à voir avec le commissaire à la protection de la vie privée et, bien sûr, avec l'adoption par les États-Unis, notre voisin et ami, du Patriot Act.

Comme vous le savez, Statistique Canada a conclu un marché avec Lockheed Martin Canada, filiale de l'entreprise américaine Lockheed, nous le savons tous. En vertu de l'article 215 du Patriot Act, toute information détenue par une entreprise américaine, en sol américain ou à l'étranger, peut faire l'objet d'une ordonnance de la part d'un tribunal, et cette entreprise n'a alors d'autre choix que de communiquer cette information. De plus, une audience au sujet d'une telle requête aux États-Unis est secrète et pourrait donc être entendue par un tribunal sans faire l'objet d'aucune publicité ou publication.

Tous, nous connaissons les renseignements figurant sur le formulaire de recensement : religion, race, lieu de naissance, situation maritale, pour n'en nommer que quelques-uns. Laissez- moi vous présenter un cas particulier. Supposons que vous êtes musulman, islamique pratiquant. Vous êtes né au Proche-Orient ou en Afrique du Nord. Troisièmement, vous êtes évidemment d'origine arabe et, quatrièmement, vous avez comme situation maritale le mariage de droit commun ou le mariage homosexuel. Pour 85 p. 100 de la population canadienne, un tel mariage est maintenant légal, selon les décisions prises par nos tribunaux. Nous savons tous cela. Mon ami, le sénateur Comeau, est originaire de la Nouvelle-Écosse, où siège le dernier tribunal à avoir rendu une décision en ce sens.

Autrement dit, si ces renseignements sont accessibles à Lockheed Martin, à un moment quelconque, cette entreprise pourrait être assignée par un tribunal américain à désigner tous les Canadiens qui sont islamiques, arabes, nés n'importe où dans le monde et, évidemment, qui ont une situation maritale donnée.

Honorables sénateurs, ma préoccupation n'est donc pas d'ordre théorique. Un article de journal paru le 30 octobre reprenait le rapport du commissaire à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique, M. David Loukidelis, et je cite :

Rien ne peut empêcher la puissante loi antiterroriste des États-unis d'avoir des effets au Canada et de recueillir des renseignements normalement confidentiels sur des citoyens canadiens, a conclu le commissaire à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique.

Le texte est repris du Globe and Mail et du Devoir du même jour.

Le commissaire à la protection de la vie privée de la Colombie- Britannique nous avise de la nécessité pour le gouvernement du Canada de prendre des mesures pour protéger la vie privée des Canadiens et, bien entendu, les renseignements qui seront confiés à Statistique Canada et que Statistique Canada, selon ce projet de loi, finira par rendre accessibles à tous les Canadiens.

C'est également le rapport de la commissaire à la protection de la vie privée, déposé aujourd'hui, qui alimente mon inquiétude. Plus tôt dans nos délibérations, le Président a déposé le rapport annuel de la commissaire à la protection de la vie privée, dont j'aimerais vous lire deux paragraphes, figurant à la page 57, qui concernent la circulation transfrontalière des renseignements personnels, ce qui est justement le titre de la rubrique. Je cite les deux paragraphes en question :

Nombre de programmes et d'activités établis par des institutions et organismes du gouvernement fédéral prévoient la communication de renseignements personnels sur des citoyens et des résidants canadiens à des départements et organismes des États-Unis. Au cours de cet exercice, le Commissariat a terminé un examen des accords, des ententes et des protocoles d'entente conclus entre le Canada et les États-Unis qui prévoient des dispositions pour la communication de renseignements personnels. Nous avons constaté que nombre de ces ententes ne contenaient pas de dispositions satisfaisantes de protection des renseignements personnels.

Et voici ce que contient le dernier paragraphe :

La circulation transfrontalière des renseignements personnels comporte de sérieux risques en matière de protection de la vie privée qui ont trait aux différences entre les secteurs de compétence qui influent sur la protection des renseignements personnels, la sécurité des renseignements personnels en transit et le caractère satisfaisant des mécanismes juridiques régissant la gestion des renseignements communiqués. Les enjeux liés à la circulation transfrontalière des renseignements personnels figureront parmi les principaux secteurs des examens que le Commissariat...

— il s'agit du Commissariat à la protection de la vie privée —

... mènera au cours du prochain exercice. C'est pourquoi nous entamons une vérification des activités de communication transfrontalière des renseignements de l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Sénateur Milne, j'ai le plus grand respect pour le travail et le dévouement que vous avez consacrés à ce sujet. Cependant, j'aimerais conclure, honorables sénateurs, en disant que je crois qu'il serait approprié d'entendre ce que la commissaire à la protection de la vie privée a à dire sur ce projet de loi lors de l'étude en comité. Dans l'article du 30 octobre que j'ai cité plus tôt, on mentionne qu'on attend une réponse du gouvernement du Canada. Laissez-moi retrouver ce passage. On mentionne que nous saurons quelle est la position du Canada à cet égard.

Je ne veux pas retarder le processus, mais dans cet article publié en page A13 du Globe and Mail, et je pourrais vous le montrer, on dit très clairement que le gouvernement canadien présentera un commentaire officiel au commissaire à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique, David Loukidelis, puisqu'il a beaucoup travaillé sur cette question. Son rapport est le plus complet qui soit disponible au privé à l'heure actuelle. Je sais que bon nombre de sénateurs des deux côtés de cette salle sont très préoccupés par la circulation des renseignements, étant donné que de nombreuses entreprises canadiennes reçoivent des contrats de sous-traitance d'entreprises américaines.

Je mentionne la CIBC puisqu'on en fait mention dans l'article; je ne veux pas faire la promotion d'aucune banque, mais de nombreuses entreprises donnent en sous-traitance la production de fiches de paye ou la gestion des salaires, par exemple. Tous ces renseignements sont immédiatement disponibles si les autorités américaines souhaitent les obtenir et nous ne savons même pas si elles ont demandé à y avoir accès.

C'est une question très sérieuse. Je le répète, je ne veux pas que l'on retarde l'adoption de ce projet de loi. Toutefois, l'exercice peut être utile car il s'inscrit tout à fait dans le cadre de l'examen des lois antiterroristes canadiennes que nous serons éventuellement appelés à faire et de l'exploration de moyens d'empêcher les compagnies américaines de recourir de cette façon à la loi dite Patriot Act. Le commissaire à la protection de la vie privée de la Colombie- Britannique a indiqué que de telles atteintes au droit à la protection de la vie privée devraient faire l'objet de sanctions très sévères comme une année d'emprisonnement et des amendes d'un million de dollars, par exemple. Autrement dit, il y a des façons d'aborder le problème et je crois qu'il faut foncer.

Si nous acceptons de fournir davantage de renseignements, il conviendrait de le faire de manière à ce que le citoyen canadien qui fournit les renseignements demandés sur le formulaire du rencensement, comme je le fais moi-même, et qui se fait demander des renseignements personnels à la frontière sache qu'un jour on n'aura qu'à taper son numéro de passeport pour tout savoir de lui : sa religion, son adresse, son lieu de naissance. Ces renseignements figurent déjà sur son passeport, mais on connaîtra aussi sa situation de famille, etc. Si les contrôles se resserrent à la frontière, il en sera ainsi. Il est primordial de comprendre maintenant l'essence de la question et de voir comment nous voulons l'aborder.

Je sais que cela n'est pas votre objectif en tant que marraine de ce projet de loi. Toutefois, vous souhaitez le voir adopté, et sincèrement, j'aimerais qu'il le soit pour vous, ainsi que pour tous les chercheurs et les universitaires, mais il ne faut pas perdre la réalité de vue. Nous devons être très conscients et aborder la question de manière adéquate si nous voulons nous montrer à la hauteur de notre rôle dans cet endroit, qui est de défendre les droits des minorités et de protéger la vie privée des Canadiens.

Le sénateur Milne : Le sénateur Joyal accepterait-il de répondre à une question? Si je peux me permettre une petite entrée en matière, je ne crois pas que Statistique Canada ait jamais laissé fuir la moindre bribe d'information sur les formulaires remplis pour les recensements. Il a toujours gardé ces renseignements avec une méticulosité extrême, excessive peut-être. Si j'étais musulmane, je ne vois pas en quoi cette information serait de quelque utilité à qui que ce soit à la frontière américaine dans 92 ans d'ici.

(1600)

Sauf erreur, vous avez dit que les services de Lockheed Martin avaient été retenus pour prêter main-forte à Statistique Canada dans son recensement de 2004. Malgré tout, l'information recueillie appartenait exclusivement à Statistique Canada, et non à Lockheed Martin. Je crois savoir que Statistique Canada ne réengagera pas cette entreprise pour ce genre de travail.

Le sénateur Joyal : Je remercie l'honorable sénateur d'avoir soulevé ce point. Je cite l'article paru dans Le Devoir, qui dit ceci :

[Français]

Monsieur Loukidelis a souligné que même Statistique Canada a signé un contrat avec Lockheed Martin Canada — une filiale canadienne d'une entreprise américaine — pour développer un logiciel de traitement des formulaires de recensement. L'information serait toutefois gérée par Statistique Canada.

[Traduction]

Il est bien que l'information soit gérée par Statistique Canada. Je ne trouve rien à redire à cela, mais comme je l'ai mentionné, si la société Lockheed Martin ou la société mère aux États-Unis est assignée à comparaître et qu'elle reçoit d'une cour fédérale une ordonnance lui enjoignant de rendre publique l'information, elle est confrontée à deux décisions : se conformer à l'ordonnance du tribunal américain ou enfreindre la loi canadienne. Nous devons être conscients que, lorsque nous concluons un contrat avec une entreprise américaine, il y des peines sévères qui sont prévues pour le non-respect du contrat ou de l'engagement à ne pas divulguer l'information. C'est ce que le commissaire de la Colombie- Britannique, M. Loukidelis, recommande pour faire en sorte que nous privilégiions la protection de la vie privée des citoyens canadiens plutôt que la bonne réputation de l'entreprise américaine.

C'est un problème qu'il faut régler, et je suis en total désaccord avec l'honorable sénateur. Il est important que cela soit dit clairement parce que nous devrons donner aujourd'hui à la commissaire à la protection de la vie privée, Mme Stoddart, le signal qu'elle devra se préparer en conséquence lorsqu'elle comparaîtra devant nous, afin que les sénateurs puissent lui poser des questions et lui demander un suivi à ce sujet.

(Sur la motion du sénateur Comeau, le débat est ajourné.)

LE BUDGET DES DÉPENSES DE 2004-2005

AUTORISATION DONNÉE AU COMITÉ DES FINANCES NATIONALES D'ÉTUDIER LE BUDGET SUPPLÉMENTAIRE (A)

L'honorable Bill Rompkey (leader adjoint du gouvernement), conformément à l'avis donné le 4 novembre 2004, propose :

Que le Comité sénatorial permanent des finances nationales soit autorisé à étudier, afin d'en faire rapport, les dépenses projetées dans le Budget supplémentaire (A) pour l'exercice se terminant le 31 mars 2005.

(La motion est adoptée.)

SÉCURITÉ NATIONALE ET DÉFENSE

BUDGET ET DEMANDE D'AUTORISATION D'ENGAGER DU PERSONNEL ET DE SE DÉPLACER—ADOPTION DU RAPPORT DU COMITÉ

Le Sénat passe à l'étude du deuxième rapport du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense (budget—étude de la politique nationale sur la sécurité pour le Canada—pouvoir d'embaucher du personnel et de se déplacer), présenté au Sénat le 4 novembre 2004.—(L'honorable sénateur Kenny).

L'honorable Colin Kenny propose : Que le rapport soit adopté.

(La motion est adoptée, et le rapport est adopté.)

L'HONORABLE LAURIER L. LAPIERRE, O.C.

INTERPELLATION

L'honorable Tommy Banks : Honorables sénateurs, le sénateur LaPierre nous a déjà remerciés aimablement aujourd'hui, il ne peut donc plus nous faire de reproches puisqu'il a déjà parlé.

Laurier, pendant vos remerciements, vous avez rappelé à tous ceux qui sont présents que vous avez toujours raison. Je ne peux vraiment ajouter quoi que ce soit à cette déclaration. Cependant, je veux vous féliciter, entre autres choses, pour vos mots bien sentis aujourd'hui au sujet de vos relations avec les gens ici. Je sais que ces mots ont été très appréciés de tous.

Des voix : Bravo!

Le sénateur Banks : Laurier, si je ne m'abuse, j'ai l'avantage de vous connaître depuis plus longtemps que qui que ce soit ici. Nous nous connaissons depuis le début des années 70. Contrairement au sénateur Lapointe, j'ai eu l'honneur de vous compter parmi mes invités à mon spectacle.

Le sénateur LaPierre : Ah oui.

Le sénateur Banks : C'était un grand avantage. Pendant toutes ces années, Laurier, j'ai vu en vous une qualité rare et merveilleuse : l'honnêteté la plus totale. Vous êtes d'une honnêteté totale. Vous ne pouvez pas vous en empêcher. Même lorsque vous avez tort, vous êtes totalement honnête. Vous ne tentez pas de semer la confusion, de créer l'équivoque ou de vous défiler.

Le sénateur Mercer : Et il va droit au but, en plus.

Le sénateur Banks : C'est vrai. Laurier, les astuces vous sont fondamentalement étrangères. Je ne sais pas combien de personnes sont comme vous, mais ce fut un honneur de vous connaître. Cela continuera d'être un honneur de vous connaître.

On ne compte plus les réalisations qui ont marqué votre vie et qui ont rejailli sur la réputation du Sénat, où vous avez passé les dernières années avec nous, accumulant d'autres réalisations. Je suis certain que vous allez continuer dans cette veine.

Pour revenir sur une remarque que vous avez faite dans votre première réponse, qui sera suivie par bien d'autres, j'en suis sûr, je vous dis que vous êtes invité à manger chez moi n'importe quand, Laurier. Je sais que nous espérons tous avoir le privilège de prendre encore beaucoup de repas avec vous et Harvey au cours des années à venir. Les repas que nous avons déjà pris ensemble ont tous été agréables, et je vous remercie pour ces occasions et pour bien d'autres choses encore.

Des voix : Bravo!

L'honorable Marilyn Trenholme Counsell : Honorables sénateurs, on pourrait dire que je fais des vœux en retard, un peu comme ceux qui se trouvent sur certaines cartes qu'on peut acheter, mais il n'est jamais trop tard pour dire quelques mots.

[Français]

C'est pour moi un grand privilège et une joie que de partager ces sentiments très personnels envers mon ami, l'honorable sénateur LaPierre.

[Traduction]

Je crois parler au nom de centaines de milliers de jeunes Canadiens et Canadiennes qui ont pris part à des Fêtes du patrimoine un peu partout au pays.

(1610)

J'ai fait la connaissance du sénateur LaPierre à une réunion de Historica — un moment dont je me souviens très bien. Je me rappelle du moment où je l'ai rencontré. Le sénateur LaPierre rayonnait d'enthousiasme pour l'histoire du Canada qu'il transmettait aux jeunes citoyens. De par sa passion, son sens profond de l'histoire et son dévouement pour les jeunes, il constitue un trésor national, aimé et respecté par des gens de tous les horizons de la société, tant les jeunes que les moins jeunes.

[Français]

Merci du fond du cœur, sénateur LaPierre, d'avoir été non seulement mon inspiration, mais aussi celle de milliers de jeunes partout dans ce grand pays. Merci de votre amitié, de votre joie et de votre espoir. Restez toujours jeune de cœur et continuez à toucher la vie de nos jeunes filles et garçons, afin qu'ils puissent atteindre leur plein potentiel en tant que Canadiens et Canadiennes. Que Dieu vous bénisse.

[Traduction]

L'honorable Jerahmiel S. Grafstein : Honorables sénateurs, Laurier LaPierre et moi avons en commun un grand ami dont il n'a pas parlé, mais dont le nom figure dans l'autobiographie de son ami Patrick Watson, et je parle ici de Roy Fabish. Pour être franc avec vous, sénateur Banks, j'ai fait la connaissance de Laurier bien avant vous. Cela remonte à l'époque de l'émission This Hour Has Seven Days. Roy Fabish était l'un de mes meilleurs amis et, pour la plus grande partie de ma vie adulte, mon mentor. Il a contribué à établir le statut de vedette nationale de Laurier. Lorsque je pense à Fabish, je ne peux que penser à l'importance qu'il a eue dans ma vie et dans celle de Laurier. Il a, je crois, incité bon nombre de personnes, y compris Laurier, à réaliser des choses qu'elles croyaient impossibles.

Laurier, vous partez, mais on ne vous oubliera pas. Je me souviendrai avec affection de This Hour Has Seven Days, mais également de notre ami mutuel, le regretté Roy Fabish.

[Français]

L'honorable Viola Léger : Honorables sénateurs, j'aimerais ajouter ma voix aux hommages offerts au sénateur LaPierre. Merci, sénateur LaPierre, de votre cri, « Vive le Canada », qui à chaque occasion se pointait. Vous n'avez jamais eu peur de le crier haut et fort, partout où on vous suivait au pays comme le sénateur Trenholme Counsell l'a dit, les gens ne faisaient que nous rappeler que le sénateur Laurier LaPierre était passé; tous et toutes en étaient très fiers. Permettez que je vous offre, comme cadeau de départ, deux textes; d'abord, une introduction de Oliver Wendell Holmes.

[Traduction]

Comme la vie est action et passion, je pense qu'un homme devrait partager la passion et l'action de son époque sous peine autrement d'être accusé de ne pas l'avoir vécue.

[Français]

Maintenant, Roseau pensant, de Serge Patrice Thibodeau :

Roseau pensant : fragilité de l'homme.Roseau dont on fait une flûte : fragilité du chant.Roseau dont on fait une plume : fragilité de l'écriture.Dans la tourmente inattendue, livré aux vents assassins,à la violence de la pluie, le roseau ploie mais résiste.Ainsi, chaque nouvel amour danse pour célébrer son frêle avenir ...

[Traduction]

Je voudrais conclure avec les sages paroles de Howard Dick, directeur de chorale de Kitchener, en Ontario, qui sont tirées de l'exposition Le Pouvoir de la passion, du photographe Tony Hawser.

La passion. L'euphorie de la vie. Le génie créatif. Les idées convaincantes. Les questions éternelles raffinées. Une noble expression. La pensée distillée. La passion. Une conviction intense que nous devons dialoguer. Le frisson du danger de l'artiste qui est si près de la grandeur. La passion. Vivre à la limite, en contrôle mais à peine, en attendant avec beaucoup de hâte de voir ce qui vient ensuite.

Sénateur LaPierre, profitez de votre retraite.

Le sénateur Mercer : Et maintenant la Bible!

L'honorable David P. Smith : Honorables sénateurs, le sénateur Banks m'a incité à intervenir lorsqu'il a dit qu'il connaissait le sénateur LaPierre depuis si longtemps. Cela m'a rappelé une époque à l'ancien édifice de la Société Radio-Canada sur la rue Jarvis qui, il y a 100 ans, était le collège Havergal, où j'étais avec Walter Gordon. J'étais son adjoint exécutif alors et vous savez donc que cela fait très longtemps. C'était au milieu des années 60. Vous pouvez simplement imaginer la scène : il est là avec Patrick Watson. C'est intense. J'ignore si vous vous rappelez de l'époque où Walter est arrivé là. J'étais avec lui. C'était une émission dramatique à son meilleur, le fin du fin de la télévision, c'était nouveau dans tous les sens du mot et c'était vraiment captivant.

J'ai été également amusé par l'allusion du sénateur Banks au fait que vous pourriez ne pas avoir raison tout le temps, mais j'ai pensé à une autre façon de présenter les choses, à savoir, sénateur LaPierre, que vous n'avez peut-être pas toujours raison, mais vous n'êtes jamais dans le doute et j'aime cela.

Vous êtes une personne spéciale. Il n'y a rien de caché chez vous. Vous êtes direct. Vous donnez un nouveau sens au mot « passion » et vous allez nous manquer; nous ne vous oublierons jamais. Nous sommes vos amis.

Des voix : Bravo!

Son Honneur le Président : Si aucun autre sénateur ne souhaite intervenir — et je regarde le sénateur LaPierre quand je dis cela — l'honorable sénateur souhaite-t-il faire des commentaires?

Le sénateur Banks : Proposez l'ajournement!

L'honorable Laurier L. LaPierre : Bien sûr, je vais proposer l'ajournement... et je prendrai la parole dans un an d'ici!

Je veux à nouveau vous remercier tous. Je pense que cela a été une excellente journée et je serai de retour. Merci.

Des voix : Bravo!

BANQUES ET COMMERCE

AUTORISATION AU COMITÉ D'EXAMINER LES QUESTIONS CONCERNANT LES CONSOMMATEURS DANS LE SECTEUR DES SERVICES FINANCIERS

L'honorable Jerahmiel S. Grafstein, conformément à l'avis donné le 3 novembre 2004, propose :

Que le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce soit autorisé à examiner, pour en faire rapport, les questions concernant les consommateurs dans le secteur des services financiers, et en particulier les aspects suivants :

  • l'effet des lois et des initiatives fédérales visant la protection des consommateurs dans le secteur des services financiers;
  • le rôle, la structure de gouvernance et l'efficacité des organismes (notamment des organismes de surveillance/de réglementation et d'autoréglementation), des ombudsmans et des autres intervenants qui veillent à la protection des consommateurs et à la supervision dans le secteur des services financiers;
  • les taux du crédit à la consommation et les agences d'évaluation du crédit; et
  • tout autre aspect connexe; et

Que le Comité soumette son rapport final au Sénat au plus tard le 30 juin 2005 et qu'il conserve jusqu'au 31 août 2005 tous les pouvoirs nécessaires pour diffuser ses conclusions.

— — Honorables sénateurs, j'expliquerais la motion si je le pouvais. J'interviens aujourd'hui pour vous demander d'appuyer le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce dans son examen des questions concernant les consommateurs dans le secteur des services financiers. Comme vous le savez, les comités consacrent du temps à revoir, à transformer et occasionnellement à modifier des mesures législatives. Une fois qu'un comité a renvoyé un projet de loi, il le relègue souvent aux oubliettes. Il passe à un autre dossier. Trop souvent, les comités font peu de cas du puissant pouvoir et de la responsabilité de surveillance. De temps à autre, les comités devraient faire un retour en arrière sur des lois et déterminer si la pratique correspond à l'objectif législatif. Souvent les lois prévoient de tels examens. Les comités ont le mandat d'effectuer de tels examens, certes, mais ils ne devraient pas être limités pour le faire. Ils devraient pouvoir les effectuer quand bon leur semble. Le moment est donc venu.

Les sénateurs croient que la surveillance parlementaire fait partie intégrante de la confiance du public dans le système financier pour ce qui est de la protection des intérêts de tous les consommateurs. L'activité bancaire ne consiste pas uniquement à acheter et à vendre de la monnaie, elle concerne aussi la confiance des consommateurs dans le système financier.

(1620)

En 1934, au milieu de la Grande dépression, le rapport de la Commission royale d'enquête sur les écarts de prix, qui avait été rédigé par un fonctionnaire alors peu connu, qui était le secrétaire de cette commission, Lester Bowles Pearson, avait, pour la première fois, présenté la protection des consommateurs comme une des responsabilités de la politique gouvernementale. Dans son rapport, la Commission royale d'enquête sur les écarts de prix disait ceci :

[...] dans le nouveau monde de l'industrie et du commerce, l'expression caveat emptor prend un nouveau sens [...]. L'acheteur peut toujours prendre garde, mais il ne sait plus de quoi il doit se méfier [...] Le gouvernement a donc pour rôle de prêter particulièrement attention aux intérêts du consommateur.

Nous avons fait beaucoup de chemin depuis 70 ans.

Honorables sénateurs, si vous le permettez, je voudrais citer un autre extrait de l'histoire parlementaire récente :

Aujourd'hui, nous nous trouvons devant une économie qui est en train de subir une série de transformations importantes dans tous les aspects de son développement. Les pratiques commerciales sont modifiées, l'organisation industrielle est largement transformée, il y a d'importants changements sur le plan de la technologie et des communications et le pouvoir de la publicité crée de nouveaux stimuli et de nouvelles demandes. Tous ces changements importants créent de nouveaux débouchés ainsi que de nouveaux problèmes pour le consommateur. Le consommateur est devenu lui-même plus exigeant et mieux instruit et il s'attend, et même exige, de recevoir davantage de services et d'information, non seulement de ses fournisseurs, mais également du gouvernement.

Ces paroles ont été prononcées par les très honorable John Turner en 1967, il y a près de 40 ans, en tant que premier ministre de la Consommation et des Corporations du Canada. Ces paroles sont encore d'actualité.

Personne ne peut douter que le secteur des services financiers est un élément crucial de l'économie canadienne. Sans ce secteur, nous n'avons pas d'économie. Nous avons une myriade d'institutions : des banques, des sociétés de fiducie, des coopératives de crédit, des caisses populaires, des compagnies d'assurance-vie et d'assurance santé, et des compagnies d'assurance incendie, accidents et risques divers, des courtiers et des bourses de valeurs mobilières, des compagnies et des distributeurs de fonds mutuels, des sociétés de financement et de crédit-bail. Également, les conseillers financiers indépendants, les gestionnaires de caisses de retraite ainsi que les agents et courtiers d'assurance indépendants jouent tous un rôle essentiel pour rendre notre économie concurrentielle et efficace.

Le secteur des services financiers contribue dans une très large mesure à la croissance économique du pays puisqu'il employait plus d'un demi-million de Canadiens en l'an 2000 et que sa feuille de paie annuelle se chiffre à 24 milliards de dollars. Ce secteur représentait plus de 5 p. 100 du produit intérieur brut du Canada en 2000 et l'ensemble des gouvernements en ont tiré des recettes fiscales d'environ 9 milliards de dollars.

Les banques sont la principale composante du secteur des services financiers. En l'an 2000, elles ont déclaré un actif canadien de 1 080 milliards de dollars et plus de la moitié de l'actif total de ce secteur se trouve au Canada. Les compagnies de fonds mutuels et les compagnies d'assurance-vie et d'assurance santé se situaient au deuxième rang en ce qui concerne la taille de l'actif. Elles ont déclaré un actif canadien de 419 milliards de dollars et 267 milliards de dollars respectivement en l'an 2000. Elles étaient suivies du secteur des coopératives de crédit avec 122 milliards de dollars et des compagnies d'assurance incendie, accident et risques divers dont l'actif canadien se chiffrait à 58 milliards de dollars.

Au niveau des banques, de l'assurance et des investissements, les consommateurs canadiens, tant les particuliers que les entreprises, dépendent des produits et des services fournis par le secteur des services financiers. Ces produits deviennent de plus en plus complexes. Le Canadien moyen a du mal à suivre le rythme des changements. Il dépend des renseignements et des conseils qu'il reçoit de son fournisseur de services financiers, du caissier de la banque, de ses conseillers financiers, des agents d'assurance et, de plus en plus, des médias.

Bien que caveat emptor soit un principe organisationnel, en pratique, les consommateurs doivent s'informer du mieux qu'ils peuvent. Bien qu'ils disposent de nouveaux outils, les consommateurs doivent faire certains choix complexes. En même temps, il incombe au gouvernement de veiller à ce que les mécanismes de protection des droits et des intérêts des consommateurs fonctionnent bien et à ce que les règles du jeu soient équitables et les données pertinentes.

Les gouvernements fédéral et provinciaux se partagent les compétences en matière de services financiers. Le gouvernement fédéral est seul responsable des banques, alors que les coopératives de crédit, les caisses populaires, les maisons de courtage et les sociétés de fond mutuel sont réglementés en grande partie par les gouvernements provinciaux. Les compagnies d'assurance et les sociétés de fiducie et de prêt sont réglementées par les deux paliers gouvernementaux. Nous sommes conscients des champs de compétence respectifs des gouvernements fédéral et provinciaux.

La législation qui régit les institutions canadiennes réglementées par le gouvernement fédéral a été révisée pour la dernière fois en 2001 et les amendements aux lois sont entrés en vigueur en octobre de cette année-là. Un nouveau cadre de protection des consommateurs avait alors été mis en œuvre. Un des éléments clés de ce cadre était la mise sur pied, en octobre, de l'Agence de la consommation en matière financière du Canada, dont le mandat consiste à veiller à l'application des dispositions des lois fédérales sur les institutions financières qui touchent les consommateurs, à surveiller les initiatives d'autoréglementation du secteur qui visent à protéger les intérêts des consommateurs et des petites entreprises, à favoriser la sensibilisation des consommateurs et à répondre aux questions d'ordre général des consommateurs.

De nombreux organismes, certains gouvernementaux, d'autres de l'industrie, appliquent la réglementation, exercent des fonctions de surveillance ou de protection des consommateurs. Bien que leur grand nombre m'empêche de les nommer tous, ces organismes comprennent notamment le Bureau du surintendant des institutions financières, la Société d'assurance-dépôt du Canada, l'Ombudsman des services bancaires et d'investissement, le Service de conciliation des assurances de personnes du Canada et le Service de conciliation en assurance de dommages.

Honorables sénateurs, quatre ans se sont écoulés depuis que le gouvernement a présenté ces nouvelles mesures de protection des consommateurs, en vue d'élargir le cadre actuel constitué notamment des organisations que je viens de nommer.

Le Comité des banques propose d'examiner le cadre actuel; plus précisément, de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas et d'étudier les mesures à prendre pour améliorer la situation dans l'intérêt de tous les Canadiens.

De nombreuses organisations réglementent, supervisent et contrôlent le secteur des services financiers. À ce jour, il n'y a encore eu aucun examen complet du rôle, des structures de gouvernance d'entreprise et de l'efficacité des organismes — que ce soit dans le domaine de la surveillance, de la réglementation ou de l'autoréglementation — des ombudsmans et des autres qui s'occupent de protection des consommateurs et de surveillance du secteur financier. Le moment est venu d'effectuer cet examen, afin d'avoir une économie équitable et efficiente.

L'ordre de renvoi du comité prévoit notamment l'examen des organismes comme les agences d'évaluation du crédit qui sont reliés au service financier, qui exercent aussi une influence sur les consommateurs et l'économie. Notre secteur financier est efficace, mais il doit également être vu comme juste et équitable.

J'ai consulté tous les membres libéraux et conservateurs du comité, ainsi que le sénateur indépendant, Mme Plamondon, notre collègue éclairée qui a inspiré l'élaboration de cette étude, ce dont je la félicite. Tous les membres du comité ont reconnu qu'il fallait procéder dès maintenant à cet examen.

Je remercie les honorables sénateurs de leur attention et je les invite à appuyer cette motion.

Son Honneur le Président : Vous plaît-il, honorables sénateurs, d'adopter la motion?

(La motion est adoptée.)

(Le Sénat s'ajourne au mercredi 17 novembre 2004, à 13 h 30.)