Discours du sénateur Tobias C. Enverga sur le projet de loi C-14, aide médicale a mourir

Le Code criminel

Décision de la présidence

17 juin 2016


L'honorable Sénateur Tobias C. Enverga Jr. :

Honorables sénateurs, depuis le tout début de ce débat, j'ai déclaré que j'étais intrinsèquement et profondément opposé à toute forme, légale ou illégale, de mise à mort.

C'est d'ailleurs le point de vue de la majorité des gens de ma communauté. Je reconnais toutefois que la Cour suprême du Canada a rendu un verdict sur l'aide à mourir. Nous n'avons pas gagné toutes les batailles, mais nous avons pu proposer un amendement clé concernant les soins palliatifs, amendement que j'ai défendu avec passion.

Honorables sénateurs, comme je l'ai dit à l'étape de la deuxième lecture, je suis convaincu que, si nous faisons preuve de patience, de compassion et d'amour et que nous proposons aux malades les soins palliatifs qui leur conviennent, il est probable qu'aucun d'eux ne demandera la mort. J'ai même transmis mon point de vue à la ministre de la Santé en lui disant que, en cas de loi autorisant l'aide médicale à mourir, la possibilité de soins palliatifs pour les gens qui envisagent de mettre fin à leurs jours est un élément extrêmement critique et vital. Elle en a convenu.

Je tiens à rappeler à mes amis qui partagent mon point de vue et à mes collègues de cette Chambre que notre combat vient de commencer sur un autre front. Nous devrions communiquer nos opinions aux gouvernements provinciaux, dont relèvent les soins de santé. Nous devrions faire en sorte que les soins palliatifs fassent l'objet de l'étude et du financement qu'ils méritent.

Honorables sénateurs, nous avons entendu à la Chambre des communes et au Sénat des plaidoyers passionnés en faveur des droits des minorités, en faveur des gens qui vivent dans le Grand Nord ou dans des régions éloignées, afin qu'ils puissent disposer de toutes les installations et de tous les services dans le domaine de l'aide à mourir. Je les exhorte à faire preuve de la même passion pour représenter leurs provinces et territoires respectifs de sorte que ceux qui vivent dans le Grand Nord ou dans les régions les plus éloignées puissent aussi recevoir les meilleurs soins palliatifs possibles et ainsi chercher à vivre — plutôt que de demander à mourir faute de solutions de rechange.

Honorables sénateurs, j'aurais voulu que des dispositions sur la liberté de conscience des médecins et le contrôle judiciaire soient insérées dans le projet de loi, mais puisque ce n'est pas le cas, je peux seulement espérer désormais que les provinces intégreront ces éléments là où ils devraient être, c'est-à-dire dans leurs politiques et lignes directrices.

En ce jour à marquer d'une pierre noire, je conclurai en faisant miennes les paroles du pape Benoît, qui a dit ceci :

La vraie réponse ne peut pas être en effet de donner la mort, aussi douce qu'elle soit, mais de témoigner de l'amour afin d'aider à affronter la douleur et l'agonie de manière humaine.

Et celles d'un grand humaniste, l'actuel pape François, qui a dit ce qui suit : 

[...] à la pensée dominante qui propage une fausse compassion [et] veut faire croire que [...] l'euthanasie est un acte de dignité [...]

La compassion évangélique est celle qui accompagne dans les moments de besoin, c'est celle du Bon Samaritain qui voit, qui compatit, qui s'approche et qui offre une aide concrète.

[A]ujourd'hui, les chances de guérison ont sensiblement augmenté grâce aux progrès scientifiques et techniques. Et pourtant [...] la capacité de prendre soin des personnes, surtout les plus souffrantes et fragiles, semble avoir baissé.

La vie humaine est toujours sacrée, elle est toujours de qualité. Les ressources, les droits, les débouchés économiques et la classe sociale ne rendront jamais une vie humaine plus sacrée qu'une autre.

Honorables sénateurs, je frémis à l'idée de devoir choisir entre deux maux. Or, si, à titre de législateurs, nous sommes tenus de prendre une décision, nous nous devons de choisir le moindre des deux maux. Je répète que, en permettant qu'une telle mesure soit adoptée, nous laissons tomber les personnes vulnérables, malgré toutes les déclarations bien intentionnées, mais qui n'engagent à rien, que nous faisons sur l'amélioration des soins palliatifs dans notre grand pays.

Rappelez-vous ce que j'ai déjà dit : quel gaspillage de vie humaine que de tuer quelqu'un aujourd'hui pour découvrir demain qu'il y a un moyen de le guérir.

Que Dieu nous bénisse tous. Merci.