déclarations de sénateurs — L'École Polytechnique de Montréal

Commémoration de la tragédie

12 décembre 2019


L’honorable Pierre-Hugues Boisvenu
[14:53]

Honorables sénateurs, il y a 30 ans, le soir du 6 décembre 1989, 14 jeunes femmes ont été brutalement assassinées à l’École Polytechnique de Montréal, et 14 autres ont été grièvement blessées. Quatorze femmes tuées parce qu’elles étaient des femmes. Ces femmes étaient, comme le dit l’expression québécoise, dans la fleur de l’âge. Elles vivaient le printemps de leur vie. Elles s’épanouissaient dans l’espoir de vivre leur rêve d’obtenir leur diplôme en génie mécanique dans cette remarquable institution universitaire. Elles incarnaient l’espoir pour leur famille, pour leur province, pour leur pays. Ce soir-là, quand leurs cœurs ont cessé de battre, tout le Québec et tout le Canada ont ressenti leur douleur et leur souffrance.

Depuis, tous les 6 décembre, lorsque nous pensons à ces 14 jeunes femmes, nous nous rappelons aussi celles qui sont mortes à la suite d’actes de violence familiale commis au cours des 30 dernières années. C’est pourquoi le 6 décembre 1989 demeurera pour toujours une date sombre, gravée dans l’histoire canadienne. Trente hivers plus tard, chaque semaine, une femme est assassinée au pays par son conjoint ou ex-conjoint. Pas plus tard qu’hier, à Montréal, une mère de famille et ses deux enfants ont été découverts assassinés, une fois encore, une fois de trop.

Depuis 1989, c’est au-delà de 1 000 femmes et enfants qui ont été assassinés au Québec seulement. Une femme sur trois vivra au cours de sa vie une forme de violence, quelle qu’elle soit. Les risques sont encore plus élevés pour les femmes et les filles autochtones. Pour bien des familles de victimes, dont je fais partie, décembre est un mois douloureux. C’est une période de l’année propice au recueillement, pour se souvenir de ces précieux moments de bonheur que l’on aimerait tant revivre avec nos mères, nos sœurs et nos filles assassinées. Toutefois, décembre est aussi une période d’espoir qui nous permet d’envisager de changer les choses, pour sauver la vie des femmes et des filles de demain, pour prolonger le printemps de leur vie qui a brutalement pris fin à cause d’un meurtre.

Ayons une pensée pour toutes celles qui nous ont quittés tragiquement en 2019. Pensons aux trop nombreuses femmes et filles qui vivent ou ont vécu de la violence, de l’intimidation et des agressions sexuelles, y compris celles qui ont travaillé au Sénat, et qui y travaillent peut-être encore actuellement, qui auraient dû être mieux protégées et qui méritent que justice soit faite à leur égard de la part de notre institution.

Gardons dans nos cœurs le souvenir de ces femmes qui nous ont quittés. Protégeons mieux celles qui sont les plus vulnérables et qui demandent de l’aide. Les commémorations sont importantes, mais agir en vue de corriger et d’améliorer les choses est encore plus important. Partageons l’amour qu’elles nous ont laissé en travaillant ensemble, peu importe nos allégeances, pour que leurs vies n’aient pas été détruites inutilement.

Merci, et je tiens à vous souhaiter un très joyeux Noël.