période des questions — La santé

30 mars 2021


L’honorable Donald Neil Plett (leader de l’opposition)
[14:45]

Ma question d’aujourd’hui s’adresse comme d’habitude au leader du gouvernement au Sénat.

Sénateur Gold, lundi, les directives fédérales au sujet du vaccin d’AstraZeneca ont à nouveau changé. Après avoir dit qu’il n’était pas sécuritaire de l’administrer aux personnes de 65 ans et plus, on a dit que ce l’était. Or, le Comité consultatif national de l’immunisation dit maintenant que les Canadiens de 55 ans et moins ne devraient pas recevoir ce vaccin en raison de risque de formation de caillots sanguins. Pourtant, hier après-midi, pendant la même conférence de presse, Santé Canada a déclaré que les données étaient insuffisantes pour modifier l’utilisation du vaccin ou son étiquette.

Sénateur Gold, qu’a dit la ministre de la Santé de ces messages contradictoires? Nous n’en avons aucune idée. Elle était introuvable, hier. En fait, personne au sein du gouvernement Trudeau n’a dit quoi que ce soit à ce sujet hier. Voilà qui est pathétiquement irresponsable, monsieur le leader.

Monsieur le leader, cette décision a-t-elle l’appui de Santé Canada? Pourquoi n’a-t-on apporté aucune précision aux Canadiens sur ce vaccin, ni à ceux qui viennent d’en recevoir une dose, ni à ceux qui sont sur le point d’en recevoir une?

L’honorable Marc Gold (représentant du gouvernement au Sénat)
[14:46]

Je vous remercie de votre question.

Je pense que les nouvelles recommandations que vous avez mentionnées indiquent que, en ce qui a trait aux vaccins, le Canada s’est doté d’un système de surveillance très rigoureux qui fonctionne encore et que l’on peut adapter selon les nouvelles données dont on dispose, et ce, même après l’homologation d’un vaccin par Santé Canada.

Les Canadiens peuvent avoir confiance dans ce processus, qui tient compte de l’avis des meilleurs spécialistes indépendants.

Dans le cadre de ce processus, Santé Canada s’est empressé de demander à AstraZeneca de fournir des renseignements supplémentaires après la publication de nouvelles données tirées de certaines études réalisées en Europe, notamment en Allemagne si ma mémoire est bonne. En réponse à cette demande de la part de Santé Canada, et par souci de prudence en ce qui a trait à la sécurité des Canadiens, les spécialistes du Comité consultatif national de l’immunisation ont fait les nouvelles recommandations que vous avez mentionnées, dont celle de suspendre l’administration de ce vaccin aux personnes âgées de moins de 55 ans, afin de donner à Santé Canada le temps de mener sa propre analyse indépendante.

[14:48]

Vous dites que les Canadiens devraient avoir confiance. La seule chose qui ne fait aucun doute pour les Canadiens, c’est que le gouvernement ne sait pas ce qu’il fait.

Nous devrions effectivement en suspendre l’administration. Nous devrions aussi mettre ce gouvernement sur pause. Le vaccin AstraZeneca occupe une grande place dans le programme de vaccination du Canada contre la COVID-19, surtout cette semaine. Nous attendons aujourd’hui un prêt de 1,5 million de doses d’AstraZeneca en provenance des États-Unis. Cependant, il ne faut pas se leurrer. Si les Canadiens peuvent recevoir ces doses, c’est uniquement parce que les États-Unis ont jugé qu’elles ne sont pas sûres pour leurs propres citoyens, monsieur le leader.

Or, seuls les Canadiens de plus de 55 ans peuvent recevoir ce vaccin, alors qu’auparavant, on ne le recommandait pas pour les gens de plus de 65 ans. Curieusement, vous en déduisez que nous devrions avoir confiance.

Les provinces ont annoncé qu’elles interrompaient pour l’instant — c’est-à-dire qu’elles mettent sur pause — l’administration du vaccin d’AstraZeneca. Le gouvernement fédéral n’a rien fait, monsieur le leader, pour que les Canadiens aient confiance en ce vaccin. La présidente du Comité consultatif national de l’immunisation a déclaré, hier, qu’on a l’impression d’être dans des montagnes russes. Elle a raison, monsieur le leader.

Monsieur le leader, selon vous, quelle incidence la confusion de votre gouvernement au sujet de la sûreté du vaccin d’AstraZeneca aura-t-elle sur l’hésitation des Canadiens à se faire vacciner?

Le sénateur Gold
[14:49]

Merci des questions et des observations.

Pas plus tard qu’hier soir sur CBC/Radio-Canada, des experts en santé ont rassuré les Canadiens en leur disant que, selon leur évaluation des avantages par rapport aux risques, le vaccin d’AstraZeneca était jugé sécuritaire pour les personnes qui l’avaient reçu. Ils ont également fourni des lignes directrices pour ceux qui avaient des inquiétudes. Ils ont expliqué que la suspension qu’ils recommandaient et qui avait été décidée par les provinces était une mesure de précaution en raison de données récentes qui devaient être analysées au Canada.

L’hésitation à se faire vacciner est un vrai problème et il est indéniable que le vaccin d’AstraZeneca a connu quelques difficultés lors de son lancement. Cependant, les Canadiens doivent se rappeler qu’il a été administré à des millions de citoyens dans d’autres pays, notamment au Royaume-Uni. Les Canadiens devraient être certains que le plan que le gouvernement a établi pour avoir une diversité de sources, notamment une livraison accélérée — je viens de le lire ce matin au sujet de Pfizer — reste un plan solide pour protéger la santé des Canadiens.

L’honorable Yonah Martin (leader adjointe de l’opposition)
[14:51]

J’estime moi aussi que les Canadiens doivent pouvoir faire confiance à leur gouvernement, monsieur le leader. Le problème, c’est que l’information qu’il leur fournit n’est bonne qu’à semer la confusion et à les inquiéter.

Hier, le Comité consultatif national de l’immunisation a annoncé que, pour le moment du moins, le vaccin d’AstraZeneca ne serait plus offert aux personnes de 55 ans et moins. J’ai moi-même 55 ans et j’aimerais connaître l’incidence de cette annonce sur les personnes plus âgées et celles qui ont tout juste 55 ans.

Environ 300 000 Canadiens ont reçu le vaccin d’AstraZeneca depuis quelques semaines. Je peux à peine imaginer à quel point la publication de nouvelles directives — les ixièmes du genre — peut les jeter dans l’inquiétude et la confusion.

Monsieur le leader, que doivent faire les Canadiens qui ont reçu une première dose du vaccin d’AstraZeneca? Pourront-ils recevoir leur seconde dose? Dans la négative, pourra-t-on leur inoculer une dose du vaccin de Moderna ou de Pfizer, même s’ils reposent sur une technologie génétique différente?

Le sénateur Gold
[14:52]

Je n’ai ni l’expertise ni les connaissances pour répondre à la dernière partie de votre question, honorable collègue, et j’imagine que la réponse viendra des spécialistes eux-mêmes.

Hier, les représentants du comité se sont faits rassurants : les Canadiens qui ont reçu leurs doses du vaccin d’AstraZeneca à au moins 20 jours d’intervalle n’ont rien à craindre. Même si on ignore pourquoi, les problèmes de coagulation sanguine à l’origine de cette suspension ont surtout été observés chez les femmes de moins de 50 ans, et les symptômes sont apparus dans les 16 jours suivant l’inoculation.

Je répète que les autorités sanitaires analysent l’information disponible au fur et à mesure qu’elle leur est fournie et prennent toutes les précautions nécessaires pour que les vaccins inoculés aux Canadiens soient sans danger.

La sénatrice Martin
[14:53]

Sénateur Gold, je suis désolée, mais je suis prédisposée à développer des caillots de sang. Il y a des gens pour qui cela peut mener à des accidents vasculaires cérébraux et toutes sortes de problèmes.

Il est inquiétant qu’une annonce ait été révisée et que les gens perdent confiance. Les Canadiens s’attendent à un leadership et à des réponses claires à des questions importantes sur leur santé — c’est aussi une question de vie ou de mort — et ils n’obtiennent ni l’un ni l’autre du gouvernement Trudeau. C’est une honte.

Ma province, la Colombie-Britannique, a annoncé qu’un confinement sera en vigueur à compter d’aujourd’hui jusqu’au 19 avril en réponse à la croissance rapide du nombre de cas dans la province. Au cours des derniers jours, les cas de variant P1 hautement contagieux, qui ont été détectés pour la première fois au Brésil, ont plus que doublé en Colombie-Britannique. La directrice de la santé publique de la Colombie-Britannique, la Dre Bonnie Henry, a déclaré que l’efficacité des vaccins contre ce variant suscite des préoccupations.

Monsieur le leader, nous n’avons pas assez de vaccins pour maîtriser les variants. Maintenant que le vaccin d’AstraZeneca ne peut pas être administré aux personnes de moins de 55 ans, quelles en seront les répercussions sur notre capacité à lutter contre la troisième vague de COVID-19, non seulement en Colombie-Britannique, mais dans tout le Canada? Qu’est-ce que cela signifie face à l’apparition éventuelle de nouveaux variants au Canada?

Le sénateur Gold
[14:55]

Je vous remercie de la question. L’émergence de nouveaux variants et l’arrivée de la troisième vague de la pandémie suscitent de sérieuses préoccupations. Le gouvernement du Canada comprend que les Canadiens puissent être inquiets et anxieux. J’ai essayé de dire — peut-être inadéquatement — que le gouvernement continue de prendre des décisions en se fiant aux avis médicaux et scientifiques qui lui sont fournis dans une situation en constante évolution. Il serait irresponsable de la part du gouvernement du Canada — ou de tout gouvernement ou agence de santé — de privilégier l’uniformité au détriment de l’exactitude. Le gouvernement demeure déterminé à fournir des analyses et des recommandations à jour et exactes et à orienter les milieux provinciaux de la santé, partout au pays, au fur et à mesure que des données probantes lui sont communiquées.