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PERSONNALITÉS
« Je suis tombée en amour avec le travail au Sénat » : la sénatrice Eaton revient sur ses 10 ans à la Chambre rouge
21 janvier 2020

Depuis 10 ans, la sénatrice et Présidente intérimaire du Sénat Nicole Eaton représente l’Ontario au Sénat. Elle a siégé à bon nombre de comités sénatoriaux, notamment celui des finances nationales, et celui des affaires étrangères et du commerce international. Elle a aussi beaucoup contribué à la communauté grâce à sa participation à plusieurs conseils et à des organismes de bienfaisance.

Avant son départ à la retraite, en janvier 2020, SenCAplus lui a demandé de revenir sur sa carrière au Sénat.

Vous avez été nommée au Sénat il y a un peu plus de 11 ans. Qu’avez-vous ressenti, en 2009, quand le premier ministre vous a téléphoné?

C’était quelques jours avant Noël, et je ne m’y attendais pas. Ce n’était pas vraiment quelque chose à laquelle j’aspirais; je ne comprenais pas le travail accompli par le Sénat. À l’époque, je participais à l’élaboration du Fonds conservateur, mais quand le premier ministre Stephen Harper m’a téléphoné, je ne pouvais pas refuser. Je lui ai donc dit : « Avec plaisir. »

J’ai été très émue lors de mon assermentation. Ma mère était toujours vivante à l’époque. Ce dont je me souviens, c’est que j’y étais mal préparée parce que ce n’était pas une chose à laquelle j’avais aspiré.

Je menais une très belle vie à Toronto, où je siégeais à plusieurs conseils et où j’étais libre de me déplacer à ma guise. Ensuite, d’un jour à l’autre, j’avais un horaire qui dictait ce que je devais faire à 9 heures, la personne que je devais rencontrer à 10 h 30, et ainsi de suite. Cependant, après six semaines, quand j’ai entrepris le travail en comité, j’ai constaté à quel point c’était fascinant. C’est alors que je suis tombée complètement amoureuse du travail au Sénat.

Ces dernières années, vous avez agi à titre de Présidente intérimaire (essentiellement la vice-présidente) de la Chambre rouge. Comment était-ce d’assumer ce rôle important?

Ce qui est intéressant, c’est que je ne suis pas devenue Présidente intérimaire en raison de mon grand esprit ou de ma personnalité. C’est arrivé par accident, au début.

Le sénateur Carignan, qui était alors leader du gouvernement au Sénat, m’a demandé un midi si je voulais être Présidente intérimaire. Il a dit : « Tu es une femme, tu es bilingue et tu représentes l’Ontario et non le Québec. » J’ai d’abord répondu que cela ne m’intéressait pas.

Deux semaines plus tard, il est revenu me voir et il a dit : « J’aimerais vraiment que tu sois Présidente intérimaire. » Alors, j’ai accepté, et j’ai très vite constaté à quel point le fauteuil me convenait parfaitement. Assise à mon bureau, j’étais extrêmement partisane, mais assise dans le fauteuil du Président, je trouvais que c’était comme arbitrer une partie. Je ne me sentais pas du tout partisane. J’ai bien aimé l’expérience.

En 2018, vous avez effectué une mission d’étude dans le Nord avec le Comité sénatorial spécial sur l’Arctique. De quelle manière cette mission a-t-elle contribué à façonner votre point de vue sur l’Arctique canadien?

Je crois que cette région présente une abondance de possibilités. Imaginez s’il y existait un réseau de fibres optiques. Imaginez si l’on y encourageait l’autonomie gouvernementale. L’Arctique devrait être dynamique au lieu d’être une région un peu oubliée du Canada. J’espère que le rapport, Le Grand Nord : Un appel à l’action pour l’avenir du Canada, du Comité sénatorial spécial sur l’Arctique, pourra servir à proposer des solutions. J’espère qu’on invitera le nouveau ministre des Affaires du Nord à s’y intéresser de près. Le Sénat devrait vraiment prendre l’Arctique sous son aile, car selon moi il pourrait très bien le défendre.

En tant que sénatrice, vous avez plaidé pour qu’on améliore l’approvisionnement militaire, notamment en ce qui concerne les avions de chasse canadiens. Pourquoi cette question était-elle si importante pour vous?

Je pense que cela découle en grande partie de mon travail au sein du comité sur l’Arctique et du temps que j’ai passé dans l’Arctique. De plus, la sénatrice Elizabeth Marshall et moi avons participé à une conférence sur la sécurité maritime, où des représentants des marines de Singapour, de l’Indonésie, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Grande-Bretagne, de l’Inde et du Japon étaient présents. Nous pouvions constater ce que font ces pays pour se protéger contre la Chine et pour défendre la liberté de navigation dans la mer de Chine méridionale. Nous devons faire plus attention aux facteurs qui menacent notre souveraineté dans l’Arctique.

La sénatrice Nicole Eaton assise dans le fauteuil du Président, à la Chambre rouge. Elle a agi à titre de Présidente intérimaire de 2015 jusqu’à sa retraite, en janvier 2020.

La sénatrice Eaton, au centre, visite une serre à Kuujjuaq, au Québec, en compagnie du sénateur Joseph A. Day et de la sénatrice Mary Coyle, le 7 septembre 2018, pendant une mission d’étude du Comité sénatorial spécial sur l’Arctique dans le Nord du Canada.

Les Chinois construisent des sous-marins nucléaires pour passer sous la glace; les Russes consolident leurs flottes polaires. La conférence m’a vraiment fait comprendre à quel point nous sommes inactifs. Nous sommes le pays le plus côtier du monde, mais les témoins qui ont comparu devant le comité sur l’Arctique ont dit que nous n’avions pas à nous soucier du passage du Nord-Ouest. Vraiment? Pourtant, un témoin de l’Université de Calgary a dit : « Oui, nous avons d’énormes inquiétudes. »

Je suis déjà allée de St. John’s, à Terre-Neuve, à Halifax à bord d’un contre-torpilleur. Un soir, j’ai soupé avec le capitaine, qui avait été capitaine de sous-marin. Il m’a raconté que, après la guerre, la marine sous-marine du Canada était considérée comme l’une des plus importantes du monde. Nous étions considérés comme de grands experts. En fait, ce capitaine est déjà allé en Australie pour aider ce pays à créer une école de formation de sous-mariniers.

Donc, nous étions très respectés dans le domaine. Pourtant, nous n’avions à l’époque que deux sous-marins, que nous avions achetés d’occasion de l’Angleterre. Nous n’avions rien pour naviguer sous la glace de l’Arctique. Pourquoi cela prend-il 16 ans pour renouveler notre flotte? J’aime ce pays et j’ai beaucoup de respect pour nos militaires, mais je crois que nous sommes très apathiques.

Pourquoi les Canadiens devraient-ils être plus nombreux à s’intéresser aux travaux du Sénat?

Lorsque j’ai quitté le Comité sénatorial des affaires sociales, sciences et technologie, nous venions d’entreprendre une étude sur le suicide chez les enfants. En plus de siéger au comité sur l’Arctique, comme je l’ai déjà mentionné, je siégeais aussi à un comité qui étudiait l’approvisionnement militaire. Quand nous effectuons de telles études, nous devenons les porte-paroles non partisans de Canadiens négligés ou oubliés. Voilà pourquoi les Canadiens devraient s’intéresser à ce qui se passe au Sénat; ils seraient mieux éclairés.

Quel aspect de votre retraite attendez-vous avec le plus d’impatience?

Je continuerai de présider l’Institut pontifical d’études médiévales, en plus de poursuivre mon travail au sein du conseil d’administration de la Fondation de l’Hôpital St. Michael. Je continuerai aussi de présider les travaux de développement au musée Gardiner. 

J’aime me tenir occupée. En fait, selon moi, c’est dommage qu’on nous force à prendre notre retraite à 75 ans!

La sénatrice Eaton, troisième à partir de la gauche, devant un tableau de guerre qui était accroché dans la demeure permanente du Sénat, dans l’édifice du Centre. La sénatrice Eaton était membre du Groupe de travail consultatif sur les œuvres d’art du Sénat, qui a supervisé le déménagement de plusieurs dizaines de tableaux de guerre historiques de la Colline du Parlement pendant les importants travaux de réhabilitation de l’édifice du Centre.