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Délibérations du comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule 5 - Témoignages du 4 juin 2009


OTTAWA, le jeudi 4 juin 2009

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui à 8 h 8 pour étudier l'état actuel et les perspectives d'avenir du secteur forestier au Canada.

Le sénateur Percy Mockler (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Je déclare la séance ouverte. Je souhaite à tous la bienvenue à notre réunion du Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts. Mon nom est Percy Mockler, je suis un sénateur du Nouveau-Brunswick et le président du comité. Je demanderais aux membres du comité de se présenter.

[Traduction]

Je commencerai, à ma gauche, avec la vice-présidente du comité.

Le sénateur Fairbairn : Je suis Joyce Fairbairn, de Lethbridge, en Alberta.

[Français]

Le sénateur Mercer : Je m'appelle Terry Mercer, je suis un sénateur de la Nouvelle-Écosse.

[Traduction]

Le sénateur Cordy : Je suis Jane Cordy, de la Nouvelle-Écosse.

[Français]

Le sénateur Poulin : Je m'appelle Marie Poulin et je représente le Nord de l'Ontario au Sénat depuis 1995.

Le sénateur Eaton : Bonjour, mon nom est Nicole Eaton et je suis un sénateur de l'Ontario.

Le sénateur Housakos : Bonjour, mon nom est Leo Housakos, de Montréal, au Québec.

Le président : Le comité poursuit son étude sur l'état actuel et les perspectives d'avenir du secteur forestier au Canada. Comparaissent aujourd'hui des représentants de groupes du Québec qui vont partager leurs visions, les difficultés, les défis et les solutions possibles spécifiques au secteur forestier tant québécois que canadien.

Nous accueillons avec beaucoup d'humilité M. Yves Lachapelle, directeur de la foresterie et conseiller spécial, enjeux stratégiques du Conseil de l'industrie forestière du Québec. Nous avons le plaisir d'accueillir également M. Carl- Éric Guertin, directeur des communications du Bureau de promotion des produits forestiers du Québec ainsi qu'une personne que j'ai eu l'occasion de rencontrer auparavant, M. Pierre-Maurice Gagnon, président de la Fédération des producteurs de bois du Québec. Il est accompagné de M. Jean-Pierre Dansereau, directeur général. Messieurs, vous êtes les bienvenus! Le comité vous remercie d'avoir accepté son invitation à comparaître aujourd'hui.

Je vous invite maintenant à prendre la parole. Votre présentation sera suivie d'une période de questions des sénateurs. Nous commencerons dès maintenant avec la présentation de M. Gagnon, qui sera suivie de celle de MM. Lachapelle, Guertin et Dansereau.

Pierre-Maurice Gagnon, président, Fédération des producteurs de bois du Québec : Monsieur le président, j'ai le plaisir d'être ici au nom de tous les propriétaires du Québec que je représente. Je suis également propriétaire. Ce que l'on vit actuellement sur le plan de la foresterie n'est pas facile.

Nous arrivons d'un congrès qui s'est tenu en Abitibi la semaine dernière. Malgré que les gens trouvent la situation très difficile, le moral reste quand même bon. Nos propriétaires sont des gens courageux qui n'abandonnent jamais. Je cède la parole à mon confrère, Jean-Pierre Dansereau, qui vous fera le résumé de la situation forestière au Québec et en Amérique du nord.

Jean-Pierre Dansereau, directeur général, Fédération des producteurs de bois du Québec : Monsieur le président, c'est à mon tour de vous remercier de nous recevoir. Malheureusement, le document que nous vous avons fait parvenir était seulement en français. Je ne sais si vous avez la traduction anglaise, mais cela me fera plaisir de répondre à vos questions par la suite si vous avez certaines difficultés.

Je commencerai par faire une brève présentation de la forêt privée au Québec, qui compte 130 000 propriétaires. Ces gens fournissent 20 p. 100 de l'approvisionnement de l'industrie forestière, ce qui représente un apport considérable au niveau des communautés rurales dans toutes les régions de notre province aussi bien sur le plan économique, environnemental que social.

Notre fédération regroupe des syndicats et offices de mise en marché, des organisations qui s'occupent de vendre le bois aux industries. Vingt à 25 000 producteurs font de la mise en marché chaque année. On estime que sur une base quinquennale, c'est une cinquantaine de milliers d'individus, de familles, qui ont une activité économique dans leurs forêts.

Les effets de la crise pour le secteur forestier privé sont aussi importants que pour les autres acteurs de ce milieu.

Notre document vous présente quelques graphiques. On y constate qu'il y a eu une perte de marché de plus de 40 p. 100 en termes de volume qui est accompagnée d'une baisse de prix significative, si bien que la perte de revenus de notre secteur est estimée à plus de 50 p. 100. Nous avons normalement des retombées économiques directes qui varient entre trois et 400 millions de dollars au niveau de la forêt privée. Elles ont maintenant chuté au niveau de 150 millions de dollars sur une base annuelle.

De 2006 à 2009, on estime que ces pertes dépassent le demi-milliard de dollars quand on tient compte des réductions des contributions aux programmes d'aménagement et des pertes de marché. Plusieurs de nos propriétaires, ceux qui vivent ou tire un revenu très important de leurs activités forestières sont en difficulté. Certains doivent céder leurs équipements ou leurs propriétés parce qu'ils ne sont plus capables de s'acquitter de leurs obligations financières. Nos organisations aussi, après plusieurs années de crises, commencent à avoir de la difficulté face à cette crise. Les effets budgétaires sont très importants.

Dans la deuxième section de notre mémoire, nous vous présentons quelques commentaires sur la crise du secteur forestier et ses causes. Mon premier commentaire : on devrait parler des crises du secteur forestier et non pas de la crise. Les crises sont multiples et les raisons ne sont pas les mêmes partout. Les difficultés qui affectent l'industrie des pâtes et papier et du carton ne sont pas les mêmes que celles du secteur des matériaux de construction. S'ajoutent à cela la crise financière aux États-Unis et la crise économique mondiale qui s'est développée suite à cette première crise.

Dans le secteur forestier, les causes sont aussi multiples. Dans le secteur des pâtes et papier, on voit une modification fondamentale des marchés tandis que dans le secteur des matériaux de construction, on peut parler d'un creux de cycle pour un secteur qui devrait reprendre son niveau d'activité.

Dans tous les cas, il y a des facteurs communs, dont la crise financière mondiale, la fluctuation des taux de change, l'évolution des prix de l'énergie, l'évolution des coûts d'approvisionnement de ces industries et l'émergence de nouveaux compétiteurs sur la scène mondiale. Nous pensons que ces crises sont surtout révélatrices. On n'aurait pas pu les changer, il y des facteurs trop importants qui sont en dehors du contrôle des principaux acteurs et des gouvernements au Canada. Cependant, elles mettent en évidence les faiblesses de notre secteur forestier dans ses différentes composantes.

Ces crises mettent aussi en évidence la désuétude du modèle d'affaires dominant, celui qui est le plus important, c'est-à-dire un secteur qui s'est orienté sur la « manufacturation » de produits de masse principalement destinés à un marché, le marché américain, un secteur qui comptait sur de la fibre à bon marché, de l'énergie à bon prix et un taux de change favorable.

Notre industrie s'est basée là-dessus. On constate aujourd'hui que les conditions ont changé et que ce modèle n'est plus viable. Même si les industries peuvent être nostalgiques de ces conditions, on n'est peu susceptibles de les revoir de façon constante dans le futur. On ne retrouvera pas ces conditions. On va continuer à avoir une demande pour des produits forestiers, mais le contexte sera très différent de celui qu'on a connu. Les secteurs forestiers québécois et canadiens ont peu d'avenir si nos entreprises forestières ne changent pas. Les conditions ont trop changé.

Un point de vue maintenant plus spécifique, celui des producteurs de bois, des gens qui produisent la ressource. Les producteurs de bois en forêt privée sont des témoins intéressants du présent et offrent aussi une vitrine sur ce que devrait être le futur du point de vue de la production des ressources.

Nous constatons aujourd'hui que les marchés du bois ne sont pas encore adaptés à la réalité que le bois doit être cultivé et récolté, et qu'au Canada, nous sommes dans un pays nordique et que notre climat ne nous permet pas de faire compétition à celui que l'on retrouve dans plusieurs pays producteurs, notamment dans l'hémisphère sud.

Notre production doit se faire dans le respect de l'environnement, des différents usages des milieux forestiers et d'un éventail d'attentes de la population beaucoup plus larges qu'auparavant. On doit également tenir compte des conditions de travail au sein de la société nord-américaine. Les travailleurs s'attendent à certains standards et revenus.

Nous constatons que les prix du marché favorisent la liquidation de forêts naturelles plutôt que l'aménagement forestier durable. Le défi réside à faire évoluer et à changer cette réalité. L'ensemble des coûts de production ne peuvent actuellement être internalisé. L'État doit intervenir pour compenser les déficiences du marché.

Voici notre perspective pour l'avenir. Les secteurs forestiers canadien et québécois ont peu d'avenir si la production durable des ressources forestières, dont le bois, ne peut devenir une activité économique autonome pouvant faire vivre ses travailleurs et producteurs. Ceux-ci devraient pouvoir jouir de conditions de travail intéressantes.

Favoriser la consolidation à outrance des entreprises de première transformation ne doit pas être la seule stratégie pour sortir de la crise et pour s'adapter au changement. Il faudra davantage. Les communautés et les petites entreprises paient un prix trop élevé lors de ces consolidations, qui ne garantissent en rien le développement d'un secteur forestier robuste et adapté aux nouvelles réalités. Les signaux du marché déclenchent des mesures axées sur des résultats à court terme en fonction des intérêts spécifiques des entreprises et des actionnaires. Le développement du secteur forestier réclame des mesures axées sur des objectifs à long terme visant des intérêts collectifs variés.

La troisième partie de notre présentation vous expose quelques éléments de réflexion. D'abord, pour l'ensemble du secteur forestier, nous croyons que les politiques fédérales et provinciales doivent favoriser le développement de forêts productives, diversifiées, constituées de bois de qualité, capable de soutenir un ensemble d'activités, dont une industrie de transformation diversifiée. Bien qu'elles doivent s'influencer mutuellement, les politiques de développement des territoires forestiers devraient être distinctes des politiques de développement industriel. La future industrie forestière devra être capable de se tailler une place sur les marchés dans un contexte de coûts élevés en approvisionnement et en exploitation, ce qui caractérise notre situation en Amérique du Nord. Les entreprises de deuxième et de troisième transformation, axées sur la production de valeurs, seront plus susceptibles d'assumer ces coûts.

Trouver un modèle sectoriel pour la forêt qui permettra aux entreprises de première transformation de se développer sera un défi. Les futurs acheteurs capables de faire face aux conditions se retrouveront davantage dans le secteur de deuxième et troisième transformation. Toutefois, on continuera d'avoir besoin d'un secteur de première transformation. Le défi réside à savoir comment développer un modèle économique satisfaisant tout en payant les ressources et les intrants à leur valeur.

Voici quelques éléments de réflexion spécifiques à la forêt privée et aux forêts familiales. Nous pensons que la forêt privée peut jouer un rôle de « canari dans un puits de mine » — le canari était autrefois utilisé dans les mines pour avertir de dangers imminents. Si, en forêt privée, on ne peut soutenir et développer la production, c'est qu'un danger guette tout le secteur, que celui-ci ne peut survivre aux nouvelles conditions.

En offrant aux entreprises un accès au bois des forêts publiques, en développant des politiques et des programmes pour la mise en valeur des forêts publiques et en favorisant le développement industriel, les gouvernements doivent s'assurer de ne pas créer une compétition déloyale pour certains de leurs citoyens, soit les propriétaires de forêts privées.

En terminant, j'aimerais vous exposer les attentes des propriétaires de forêts privées envers le gouvernement fédéral. En période de crise, comme tous, nous nous attendons à un soutien pour nous aider à traverser ces moments difficiles. Il s'agit, entre autres, d'investir dans des programmes de sylviculture. D'ailleurs, nous sommes heureux de l'annonce faite à cet effet au Québec par un groupe de travail fédéral-provincial.

Il faut apporter un soutien aux activités de certification, afin d'être en mesure de répondre aux demandes du marché. Un soutien également serait nécessaire pour alléger le fardeau des engagements financiers des producteurs. Ces gens risquent de perdre leurs investissements dans leurs machines et leurs propriétés. Il faut les aider, pendant quelques années, à traverser cette crise.

D'autre part, il faudrait adapter la Loi sur l'impôt aux caractéristiques propres à une production forestière durable, particulièrement à l'échelle des petits boisés dans le but de faciliter cet aménagement. Une initiative devrait être prise pour contrer les effets néfastes dans les cas d'épidémies d'insectes. Nos collègues de la Colombie-Britannique font face à une infestation de scolytes du pin qui crée d'immenses problèmes. Nous demandons donc la création de fonds d'épargne sylvicole individuels qui permettrait à des familles et des individus de mettre de côté des sommes pour les réinvestir dans leur forêt.

Finalement, nous croyons que le gouvernement peut jouer un rôle dans l'émergence de nouveaux marchés. On parle de la production du bois, mais d'autres services et ressources sont aussi présents et jouent un rôle actif dans les milieux forestiers. L'établissement de fonds d'investissement énergétique communautaire permettrait aux communautés d'acquérir des équipements et mettre en place des infrastructures pour utiliser le bois à des fins de production d'énergie locale et régionale. Il faudrait aussi développer des processus qui permettront la commercialisation des crédits de carbone. Ces processus devront être adaptés à la petite forêt privée, qui est morcelée et qui n'est pas gérée à la même échelle que les grandes forêts publiques.

Des projets pilotes devraient être mis sur pied pour favoriser la rémunération des biens et des services environnementaux, la capacité des milieux forestiers privés à contribuer à un environnement sain, la purification de l'air et de l'eau et la fourniture de services esthétiques pour préserver les beaux paysages et l'environnement. Ces biens et services environnementaux sont des aménités utilisés par l'ensemble de la société et pour lesquels les individus et les communautés devraient recevoir des rémunérations.

Yves Lachapelle, directeur de la foresterie et conseiller spécial, enjeux stratégiques, Conseil de l'industrie forestière du Québec : Monsieur le président, je vous remercie de votre invitation à participer aux travaux de votre comité. Le Conseil de l'industrie forestière ne refuse jamais une occasion d'amener sa contribution pour permettre au secteur forestier de sortir de cette terrible crise que nous traversons en ce moment.

Le Conseil de l'industrie forestière du Québec est le porte-parole de l'industrie forestière au Québec. Il représente la très grande majorité des entreprises de sciage résineux, de pâtes et papiers, de cartons et panneaux œuvrant au Québec. Il se consacre à la défense des intérêts de ces entreprises, à la promotion de leur contribution au développement socioéconomique, à la gestion intégrée et à l'aménagement durable des forêts, de même qu'à l'utilisation optimale des ressources naturelles. Le conseil œuvre auprès des instances gouvernementales, des organismes publics et parapublics, des organisations et de la population. Il encourage un comportement responsable de la part de ses membres à l'égard des dimensions économiques, sociales et environnementales.

L'industrie forestière est la toute première industrie au Canada. On parle de 825 000 travailleurs. Pour le Québec, le secteur représente 14 milliards de dollars en chiffre d'affaires, 3,5 milliards de dollars en salaires, 1,5 milliard de dollars en impôts et en taxes. Près de 250 villages et municipalités vivent de la forêt, dont 150 exclusivement.

L'industrie forestière est une industrie répartie sur tout le territoire, dans une foule de petites communautés.

On constate un attendrissement face aux chasseurs de phoques et leur situation mérite une action. On éprouve beaucoup de sympathie à l'égard des 500 000 travailleurs de l'automobile répartis dans quelques villes. Encore une fois, le gouvernement se doit de sauver cette industrie. Pour ce faire, le gouvernement a accordé 2,7 milliards de dollars en garantie de prêt. Récemment, on apprenait aussi l'implication du gouvernement pour venir en aide à GM et cette démarche est importante.

Mais qu'en est-il pour les 825 000 travailleurs de la forêt? L'industrie forestière a obtenu 170 millions de dollars en aide directe pour la commercialisation et le marketing.

Comme M. Dansereau le mentionnait plus tôt, on a récemment eu un investissement avec le gouvernement du Québec au niveau de la sylviculture. Encore là bravo! Parce que notre industrie de la sylviculture est drôlement en danger et on partage la vision de l'importance de l'investissement au niveau de la forêt privée à cet égard.

Mais en ce moment, la survie de l'entente canado-américaine sur le marché du bois d'œuvre résineux semble être quelque chose qui prime sur la survie même de l'industrie. Et cela nous inquiète. On aura beau sauver l'entente sur le bois d'œuvre, mais si on n'a plus d'industrie, qu'est-ce que cela va donner?

Au Québec, le secteur forestier vit deux crises. L'une est conjoncturelle et l'autre structurelle. Ce n'est pas pour rien que les entreprises québécoises ont été les premières à sortir du marché lorsque les prix ont commencé à fléchir. Dès que le marché a montré des signes de faiblesses, on a commencé à vivre cette crise dès 2005 en raison de nos faiblesses structurelles. M. Dansereau a fait référence tout à l'heure à certaines faiblesses de l'industrie forestière; on en est très conscient.

Il y a, bien sûr, la petitesse de nos arbres — on ne compare pas les arbres du Québec à ceux de la Colombie- Britannique; l'éloignement, l'inaccessibilité de nos forêts matures et de résineux; la dispersion des tiges feuillues et des pins de qualités dans nos forêts feuillues; la petite taille de nos usines; la faible utilisation de la capacité installée dans nos usines.

À titre d'exemple, si on regarde toutes les usines de la péninsule du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie, la capacité de transformation utilisée est d'à peine 30 p. 100. Donc les usines fonctionnent sur un quart de travail, 10 mois par année.

On a également les coûts très élevés pour la fibre, les coûts très élevés pour les copeaux. Le gouvernement du Québec, qui est responsable de la gestion des forêts, a commencé à faire certains ajustements. On reconnaît qu'il y a un effort de fait pour régler cette partie de la crise structurelle.

Les entreprises québécoises sont parmi les entreprises forestières canadiennes ayant les plus hauts coûts de production, d'un côté, et également parmi les entreprises canadiennes qui ont la plus faible valeur de paniers de produits.

De plus, voilà que nos voisins du Sud, pour des raisons louables de réduction des gaz à effet de serre, mettent des mesures de substitutions des combustibles fossiles qui ont des effets pervers, parce que leurs entreprises de pâte kraft se servent de cela, en brûlant leur liqueur noire, et vont chercher un avantage concurrentiel artificiel de l'ordre de 200 dollars la tonne, ce qui fait que nos entreprises canadiennes et québécoises de pâte kraft sont à peu près toutes fermées.

Que faire pour sortir de la crise? Que faire, surtout, pour se préparer à la reprise? Il y aura une reprise, mais on ne sait pas quand elle aura lieu, on n'a pas de boule de cristal. Que faire pour que les entreprises forestières québécoises ne soient pas les dernières à pouvoir profiter de cette reprise? On a été les premiers à sortir, que faire pour que l'on ne soit pas les derniers à entrer?

On vous l'a dit à plusieurs reprises, l'accès au crédit à un taux commercial est une clé à court terme. Tout comme vous l'avez fait pour Bombardier, tout comme on l'a fait également pour l'industrie de l'automobile, dans le règlement de la dernière guerre avec les Américains au niveau du bois d'œuvre, Lumber IV, on a laissé plus d'un milliard sur la table. Cela a laissé les entreprises sans liquidité pour faire leurs réparations majeures et encore moins pour pouvoir investir dans de nouveaux procédés, ou améliorer leurs procédés comme tels. Il faut que ce soit clair : l'industrie forestière ne demande pas de subventions.

Lorsqu'on permet à des entreprises de s'endetter encore plus, ce n'est pas des subventions, ce n'est pas nécessairement les aider. Mais on a des entreprises qui ont uniquement besoin d'un peu d'oxygène pour passer à travers la prochaine année. Et c'est la demande principale que l'on a par rapport au gouvernement. Le gouvernement a fait énormément de choses, on veut qu'il continue, on veut avoir accès au crédit à un taux commercial.

On demande à ce que le gouvernement permette à nos entreprises d'avoir accès au crédit à des taux normaux, car, en ce moment — vous lisez les journaux comme tout le monde —, certaines entreprises ont des taux, au niveau de leurs prêts ou du refinancement de leur dette, qui feraient pâlir les usuriers.

Pour ce qui est de l'entente, les hommes et femmes politiques auraient-ils une fierté à dire qu'ils ont sauvé l'entente sur le bois d'œuvre, si toutes nos entreprises sont fermées? Si tous nos travailleurs sont au chômage ou à la sécurité du revenu? Et si nos régions forestières sont déstructurées?

Le gouvernement canadien a actuellement en main un avis juridique qui confirme qu'une telle mesure ne contournerait pas l'entente sur le bois d'œuvre. Pourquoi n'agit-il pas maintenant? Il est certain que dans l'entente dans le bois d'œuvre, il y a des mécanismes. On est actuellement à faire des arbitrages par rapport à l'utilisation de ces mécanismes. Nous pensons que l'action est nécessaire.

D'ailleurs, le 29 mai dernier, l'Assemblée nationale du Québec a adopté une motion unanime à cet effet — et je cite :

Que l'Assemblée nationale reconnaisse la situation critique que vivent les travailleurs québécois de l'industrie forestière, leurs familles et leurs communautés, et exhorte le gouvernement fédéral à fournir une aide significative et pressante aux travailleurs de même qu'à l'industrie, secteur névralgique de l'économie québécoise.

Lorsque l'on constate la différence de traitement entre l'industrie forestière et d'autres secteurs — on parlait du secteur de l'automobile plus tôt —, on se pose des questions. Je me demande parfois si le fait que les activités de l'industrie forestière soient réparties partout dans des régions ressources, dans des petites communautés en dehors des grandes concentrations, fait que notre secteur d'activités soit moins prioritaire, moins important pour les gouvernements, car il représente pour eux peut-être moins d'électeurs, moins de comtés à sauvegarder.

N'oublions pas que le Canada est un immense pays. Sa population est surtout concentrée dans sa partie méridionale. Le maintien d'un secteur forestier compétitif joue un rôle structurant très important pour une occupation dynamique du territoire.

On ne peut revendiquer la souveraineté de notre immense pays que si nous l'occupons réellement. D'ailleurs, le gouvernement actuel l'a bien compris lorsqu'on a investi dans le Nord pour assurer la souveraineté de l'Arctique.

Si le Canada ne s'occupe pas du secteur forestier et qu'il ne peut pas survivre à cette crise, le gouvernement devra inévitablement faire comme dans les vieux pays et réinventer des politiques d'occupation territoriale qui vont nous coûter 100 fois plus cher que de sauver l'industrie, le secteur qu'on a actuellement, qui permet l'occupation dynamique du territoire.

Certains pensent que l'industrie forestière ne fait que du 2 X 4 et des produits de commodité. En matière de deuxième et troisième transformations, l'industrie forestière québécoise est au premier rang au Canada et presque 50 p. 100 de la valeur de nos exportations sont tous des produits à valeur ajoutée.

Oui, on a été longtemps avec du 2 X 4, avec du papier journal, mais la crise a juste accéléré un certain mouvement qui s'exerçait.

Je vous remercie de votre attention, je vais demeurer disponible pour vos questions.

Le président : Merci beaucoup, monsieur Lachapelle.

Carl-Éric Guertin, directeur des communications, Bureau de promotion des produits forestiers du Québec : Monsieur le président, au nom du Bureau de promotion des produits forestiers du Québec, je tiens à vous remercier de l'opportunité qui nous est offerte pour exposer notre vision sur l'avenir du secteur des produits du bois.

Je ne vous parlerai pas de la crise actuelle. Aujourd'hui, je veux vous livrer un message d'avenir et vous démontrer la vision de notre organisation. Oui, le secteur des produits du bois au Québec et au Canada a un avenir.

Mon organisation regroupe des entreprises dans le secteur du sciage résineux, le sciage feuillu, les planchers de bois, les maisons usinées et les produits d'ingénierie comme des fermes toits, des poutrelles et des panneaux de mur. La mission de notre organisation est de développer les marchés des produits du bois du Québec sur tous les marchés. On a des bureaux en Chine, au Japon, en Angleterre et en France.

Mon exposé tentera de vous faire la démonstration qu'il y a un avenir pour l'industrie des produits du bois du Québec et du Canada. Il y a un avenir parce que pour nous le bois est l'or vert demain. Le bois et l'utilisation du bois dans la construction et comme source d'énergie s'inscrivent dans un moyen de lutter contre les changements climatiques et c'est de plus en plus reconnu à l'échelle internationale actuellement.

Enfin, je conclurai avec quelques mesures concrètes qui pourraient être mises en place par le gouvernement fédéral.

Selon le plus récent rapport de la FAO sur l'état des forêts du monde, la consommation de bois industriel en 2005 était de 1,7 milliard de mètres cube et devrait être de 2,2 milliards en 2020 et de 2,4 milliards en 2030, soit une augmentation de 45 p. 100 de la consommation industrielle de bois rond. Il y aura une demande pour nos produits.

On explique cette demande à long terme par l'augmentation de la population mondiale. En 2005, elle était de 6,4 milliards, en 2030 on parle de 8,2 milliards. Sur le plan de la croissance économique, le PIB en 2005 était de 47 trillions de dollars et en 2030, on parle de 100 trillions. Les politiques environnementales et la réglementation vont influencer la demande pour les produits de bois à long terme. De plus en plus de forêts seront soustraites de l'exploitation forestière à travers le monde. Les politiques énergétiques mises de l'avant pour l'utilisation du bois comme ressource de bioénergie influenceront la demande.

J'aimerais vous démontrer le lien entre les produits du bois et les changements climatiques. À l'échelle internationale, si on regarde les sources d'émission de gaz à effet de serre, il y a les combustibles fossiles, tous le savent très bien. La déforestation dans les tropiques est le deuxième élément qui contribue à la plus grande émission de gaz à effet de serre. Également, comme puits de carbone, on parle de forestation, le reboisement et l'augmentation de la biomasse.

Selon le rapport de GIEC publié en 2007, le bilan net des émissions de gaz à effet de serre de 3,2 gigatonnes de carbone par année. Les plus grandes sources d'émission de carbone dues à l'activité humaine sont les carburants fossiles — remplacer le carburant fossile par des bioénergies à partir de bois est une alternative —, la déforestation qui contribue à 18 p. 100 des gaz à effet de serre — c'est plus que le transport — et la troisième principale cause des émissions, est la production de béton qui est un compétiteur aux matériaux bois.

J'aimerais vous expliquer le contexte global de l'évolution des superficies forestières entre 2000 et 2005, et plus tard, je vous expliquerai l'impact sur l'industrie forestière.

Entre 1990 et 2005, chaque année, on perd 13 millions d'hectares à travers le monde, l'équivalent de la superficie de la Grèce. Au Canada, il n'y a aucune perte due à la déforestation. Lorsqu'on parle de déforestation, on ne parle pas de déforestation d'exploitation forestière. La définition de déforestation est le changement de vocation du territoire. On coupe de la forêt pour en faire de l'agriculture ou pour une mine, par exemple. Il n'y a pas de perte de superficie forestière au Canada. On parle d'une saine exploitation forestière. Il y aura une pression accrue pour trouver des sources de bois. Le Canada ne perd pas de superficie forestière et les acheteurs qui ont des préoccupations environnementales vont se tourner vers le Canada parce que les forêts sont bien aménagées et qu'il a la plus grande superficie de forêts certifiées à travers le monde et nos entreprises sont des entreprises socialement responsables. Cela correspond aux exigences des chercheurs de produits et ils vont certainement délaisser certaines régions du monde pour s'approvisionner au Canada. Oui, il y a un avenir en termes d'approvisionnement.

Nous croyons que l'industrie des produits du bois a un brillant avenir. Les experts du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) mentionnent que substituer du béton à du bois constitue un moyen de diminuer les émissions de carbone de sources humaines de 1,4 tonne de mètres cube de bois utilisé. Il faut encourager davantage l'utilisation du bois dans nos constructions commerciales, les édifices à quelques étages parce que nos maisons au Canada sont faites en bois, mais on pourrait construire davantage en bois si on construisait nos édifices commerciaux et institutionnels en bois.

En France, le président Sarkozy annonçait le 20 mai dernier, la multiplication par 10 sur le seuil minimal d'incorporation du bois dans les constructions neuves dès 2010 comme élément de stratégie française de la lutte contre les changements climatiques. Actuellement, le gouvernement français exige qu'il y ait deux décimètres cubes par mètre carré de surface de bois dans les nouveaux édifices.

Les experts nous disent que l'utilisation du bois en construction permet de construire un réservoir de carbone pour la durée de vie du bâtiment de 0,9 tonne de gaz carbonique par mètre cube de bois utilisé. Autrement dit, la table ici ainsi que les moulures sont du carbone. Plus on utilise des produits de bois, plus on stocke du carbone et on contribue à lutter contre les changements climatiques.

En juillet 2007, le ministre des forêts de Nouvelle-Zélande a annoncé que tous les édifices jusqu'à quatre étages financés par le gouvernement, devront au moins considérer le bois comme principal matériau pour la structure et du même coup, il reconnaissait que l'utilisation du bois était un moyen de lutter contre les changements climatiques notamment par la séquestration du carbone et également, la production de bois versus l'acier et le béton est beaucoup moins énergivore. On fait d'une pierre deux coups. On évite l'émission d'une tonne de gaz à effet de serre et on emmagasine du même coup une tonne de GES.

Les experts du GIEC nous disent également que consommer du bois pour produire de l'énergie soit au terme du cycle de vie des bâtiments ou d'autres sources substituant des combustibles fossiles, est une utilisation clé à développement. Cela veut dire qu'on devrait encourager l'utilisation du bois comme source d'énergie renouvelable, production d'éthanol cellulosique, utilisation du bois pour des chaufferies institutionnelles, chauffer nos édifices municipaux et fédéraux à partir de résidu de transformation du bois ou provenant des résidus d'exploitation forestière.

Il est important de retenir que nous pensons que l'industrie des produits du bois a un avenir. Ce sera l'or vert de demain. La déforestation, les problématiques, la conscience environnementale des acheteurs vont faire qu'ils vont se tourner vers le Canada. Toutefois, on doit être prêt pour la reprise et à répondre aux exigences environnementales des acheteurs. On est certifié, mais il faut encourager nos entreprises à se doter de chaînes de traçabilité pour répondre aux exigences des gouvernements, par exemple si on veut vendre au gouvernement anglais, on doit démontrer la légalité et la durabilité de nos produits par des chaînes de traçabilité provenant d'un système d'aménagement forestier durable.

À court terme, il faut développer le marché canadien, utiliser davantage de bois dans les constructions commerciales. Par exemple, le gouvernement fédéral pourrait avoir une politique pour encourager l'utilisation du bois dans ses constructions. Il faut promouvoir l'utilisation des produits d'apparence comme les moulures, les tables, les portes en bois. Il faut diversifier nos marchés et réduire notre dépendance sur le marché américain. Il faut continuer à développer des produits à valeur ajoutée. M. Lachapelle a mentionné qu'au Québec, 50 p. 100 des livraisons sont des produits à valeur ajoutée, mais pour construire davantage dans les édifices commerciaux, il faut développer de nouveaux produits qui nous permettront de construire en hauteur et beaucoup plus rapidement. Il faut également des politiques pour favoriser le bois dans les édifices publics, il y a d'autres exemples comme l'Autriche et la Finlande. Le Québec s'est doté d'une stratégie pour accroître l'utilisation du bois. Le gouvernement québécois s'est donné un devoir d'exemplarité et cette stratégie va certainement aider l'industrie forestière, mais c'est une stratégie pour lutter contre les changements climatiques. Il faut utiliser les résidus de bois provenant autant de la récolte qu'à la fin de la vie d'un produit pour la production d'énergie pour substituer les combustibles fossiles est une avenue qu'il faut prendre en compte aujourd'hui et il faut également mettre des politiques pour empêcher la disposition de résidus du bois dans les sites d'enfouissement. Ce qui est envoyé présentement dans les sites d'enfouissement pourrait être récupéré par l'industrie des panneaux, l'industrie des pâtes et papier, mais également pour la production d'énergie.

Le sénateur Poulin : J'aimerais vous remercier, messieurs, pour vos présentations. Les informations que vous nous transmettez sont très importantes pour notre étude.

Je pose toujours la même question à tous nos témoins, car l'objectif premier de notre étude est d'établir les causes principales de la crise dans l'industrie forestière.

Les crises — « les crises », comme vous le dites si bien, messieurs — ne datent pas d'hier. Étant donné que je viens du nord de l'Ontario, je comprends bien l'impact que cette longue crise a eu et continue d'avoir sur nos communautés.

M. Gagnon, en tant que représentant des propriétaires de toute cette industrie au Québec, comment les propriétaires des petites scieries ont-ils analysé les causes de cette crise?

M. Gagnon : Nous représentons les propriétaires de boisés privés, mais j'ai une réponse quand même. On n'est pas propriétaires de scierie. Nous ne voulons pas lancer la pierre à tout le monde et à personne, mais on constate la crise chez nous. En tant que propriétaires, on la vit tous les jours. Je comprends que le contexte est incontrôlable, qu'il est mondial, mais je vais le présenter un peu comme propriétaire. Nos propriétaires ne vivent pas tous de la forêt, mais pour certains, il s'agit de leur principal revenu.

Même si la crise dure depuis trois ans, les propriétaires ont toujours espoir que le problème se règlera. La crise empire de jour en jour, mais les gens sont toujours là et ils sont optimistes et croient en une reprise. Nous croyons que le pire est derrière nous. Dans un an ou deux, trois ans tout au plus, je pense qu'on verra des changements. C'est ce que je crois. Nous sommes positifs. Dans le cas contraire, pourquoi serions-nous ici aujourd'hui? Il y a de l'espoir. Il y a des solutions.

Par exemple, en tant que propriétaires — et je ne veux pas prêcher pour ma paroisse —, nous sommes d'accord avec l'idée de taux préférentiels pour l'industrie forestière. Les gens avec qui on fait affaires sont en bien mauvaise posture, ils sont mourants. On fait affaires avec plus pauvre que soi en ce moment. Comment vendre à des entreprises qui n'arrivent pas à payer leurs comptes?

Nous pensons également que l'industrie de la construction commerciale doit être encouragée à utiliser le bois. Des démarches ont déjà été amorcées à ce niveau, mais c'est lent.

J'espère que j'ai répondu à votre question.

Le sénateur Poulin : Vous nous aidez beaucoup.

Monsieur Lachapelle, dans votre présentation, vous avez attiré notre attention sur le fait que l'industrie forestière, de par sa nature, se situe dans plusieurs petites communautés éparses à travers le pays et que cela n'a pas rendu service, comparativement à l'industrie de l'automobile, par exemple, qui se concentre plus dans les grandes villes, à proximité des frontières. L'industrie du bois d'œuvre a rencontré ce même défi également. Qu'avez-vous fait pour essayer de contrer les limites que pose justement — j'oserais dire — cet « éparpillement » de l'industrie?

M. Lachapelle : La structure industrielle s'est développée près de la ressource. Avec la colonisation, une multitude de petites entreprises se sont développées. Le village s'est développé souvent à partir de la scierie, par exemple. On bâtissait la scierie, ensuite l'église et puis le village se développait. Pour trouver des solutions, il faut essayer de ne pas voir d'antagonisme entre le milieu rural et le milieu urbain, entre autres. Tout cela passe par le dialogue et les actions communes. L'année dernière, nous avons fait un exercice avec une foule d'intervenants et on a vu l'importance, entre autres, de s'associer avec la Fédération québécoise des municipalités qui représente justement l'ensemble des municipalités rurales dans nos régions ressources.

On est tous confrontés à la crise et j'appréciais le commentaire de M. Gagnon qui disait qu'on est tous dans le même bateau. Ce n'est pas une partie de l'industrie qui va s'en sortir, mais tout un secteur. L'industrie forestière est tellement importante pour ces régions que ce n'est que par une unité du secteur qu'elle survivra. On espère que ceux qui peuvent agir vont prendre les bonnes décisions.

Nous vivons deux crises : une crise structurelle et une crise conjoncturelle. Actuellement, des actions peuvent être initiées par le gouvernement provincial au niveau de la crise structurelle et d'autres, au niveau conjoncturel, par les deux paliers de gouvernement. Le secteur est uni devant ces demandes. On l'a vu dans la dernière année. On a dû faire de part et d'autre beaucoup de compromis. On sait que nous sommes dépendants des producteurs des forêts privées. La forêt privée représente 20 p. 100 de notre approvisionnement. Ce sont les forêts le plus près de nos usines, sur les meilleurs sols et dans les meilleures conditions. On ne peut pas se permettre de perdre les producteurs de forêts privées.

D'ailleurs, je vous ai dit que l'effort du comité fédéral-provincial pour annoncer des investissements afin de garder nos gens actifs en forêt publique, mais aussi en forêt privée, est extrêmement important. Nous devons les maintenir actifs. Nous sommes une partie d'un tout et c'est le tout qui passera à travers la crise.

Le sénateur Poulin : Merci, monsieur Lachapelle.

Monsieur Guertin, l'une de vos remarques m'a particulièrement interpelée. Vous avez dit que l'industrie forestière c'est l'or vert de demain. Étant donné que nous faisons face à deux responsabilités, l'industrie forestière et l'environnement, quel rôle le gouvernement fédéral joue-t-il dans le dossier de l'avenir?

M. Guertin : C'est une bonne question. Je pense que le gouvernement fédéral, tout d'abord, doit favoriser l'utilisation du bois dans la construction et la rénovation de ses édifices publics. Aussi, il doit transmettre le message à l'échelle internationale que l'utilisation du bois est un moyen de lutter contre les changements climatiques. Je pense que ce message doit être transmis pour soutenir l'industrie, mais aussi parce que c'est la bonne chose à faire. Les Canadiens doivent savoir que l'utilisation du bois est une façon efficace de lutter contre les gaz à effet de serre. Voilà le rôle que le gouvernement fédéral doit jouer.

[Traduction]

Le sénateur Eaton : C'était très intéressant et fascinant.

Monsieur Dansereau, vous avez mentionné que nous devrions être conscients de la différence entre l'exploitation de la forêt et le développement industriel. Pouvez-vous préciser votre pensée?

[Français]

M. Dansereau : Je vais faire un lien avec la question du sénateur Poulin qui s'interrogeait sur les causes du morcellement et de l'éparpillement de notre industrie. Une des caractéristiques importantes du secteur forestier canadien dans son ensemble, et c'est vrai au Québec, c'est la prédominance des forêts publiques. Ces forêts publiques sont à la disposition des gouvernements et cela influence leur façon de mener les politiques forestières.

Ce que l'on constate, si on retourne dans le passé, c'est qu'on a utilisé l'accès à ces forêts pour faire du développement socioéconomique local et régional en favorisant le développement industriel.

Toutes les décisions qui ont été prises dans le passé avaient des fondements justifiés dans les situations qui étaient vécues à ces moments-là. Ce que l'on cherchait, c'était à développer des usines pour faire travailler des gens dans les régions près de la ressource et le gouvernement pouvait donner accès à ces ressources.

On constate aujourd'hui que, si les décisions étaient bonnes à l'époque, elles ont créé des problèmes aujourd'hui. En effet, vu la façon dont on a fait cela, dont on a permis la gestion des territoires forestiers, à long terme on est obligé de constater que c'est un appauvrissement, pas en termes de superficie forestière, mais en termes de qualité des forêts et des bois qu'on y trouve. C'est la réponse à votre question : on faisait du développement industriel; on ne s'est pas suffisamment préoccupé du développement forestier à très long terme.

[Traduction]

Le sénateur Eaton : Voulez-vous parler des sous-produits de la foresterie, par exemple les médicaments et l'eau, ce genre de choses?

[Français]

M. Dansereau : Non, je parle vraiment des forêts pour la production de bois. Monsieur Lachapelle l'a mentionné, un des problèmes auxquels les industries qu'il représente font face, c'est que notre bois, au Québec est de plus en plus petit et éloigné. Ce bois a déjà été gros et proche. Comment se fait-il qu'il ne le soit plus? C'est parce qu'on a développé des politiques à court terme pour aider l'industrie forestière, afin que les industries fonctionnent, créent des emplois. C'était correct, c'était ce que la population demandait.

Maintenant on est capable de se rendre compte qu'il aurait fallu simultanément développer l'industrie et maintenir nos forêts proches, riches et dynamiques. On doit prendre ces décisions maintenant. On doit dire : oui, il faut développer l'industrie, voir à sa transformation — je pense que nos présentations allaient toutes dans le même sens, l'industrie doit s'adapter — mais si on ne veut pas avoir à faire face aux mêmes problèmes dans le futur, il faut aujourd'hui investir aussi dans la sylviculture et la gestion des forêts.

Les nouveaux produits, les produits forestiers non ligneux, seront de nouvelles approches, des compléments de marché, mais dans un avenir rapproché cela ne pourra pas remplacer l'importance de la transformation des produits du bois.

Le sénateur Eaton : Merci.

[Traduction]

Le sénateur Eaton : Monsieur Lachapelle, vous avez parlé de l'industrie de l'automobile, de la raison pour laquelle elle a reçu de l'aide du gouvernement alors que l'industrie forestière n'en a pas reçue. Est-ce parce que la crise était urgente et que l'industrie de l'automobile a été forcée d'élaborer un plan de survie?

Au cours des dernières semaines, nous avons entendu des témoins extraordinaires, et malheureusement, il n'existe aucun plan, n'est-ce pas? Existe-t-il un plan qui pourrait s'appliquer à cet immense pays et que l'on pourrait présenter au gouvernement en disant : « Voici le plan »?

[Français]

M. Lachapelle : Vous avez raison, toute comparaison est boiteuse. Il y a des limites à comparer une industrie de l'automobile avec quelques joueurs à une industrie forestière où l'on a un grand nombre d'entreprises et un très grand nombre d'installations. Il n'y a pas au Québec qu'un propriétaire de l'ensemble de l'industrie. Je suis d'accord avec ce que M. Dansereau disait au départ, il n'y a pas que la consolidation. La consolidation n'est qu'une action dans la réinvention, la réorganisation de l'industrie, des produits et des procédés. Donc je conçois que c'est plus difficile dans l'industrie forestière que dans l'industrie automobile.

Cela dit, en fait, ce dont on a besoin, et c'est la raison première pour laquelle je me suis présenté devant votre comité, c'est l'accès à de l'oxygène financier pour les entreprises. On a de très bonnes entreprises qui ont fait d'énormes efforts en termes de diversification de produits, et qui sont actuellement à la limite de leur crédit; leur marge de crédit est au maximum. Lorsqu'on refinance les marges de crédit, on se retrouve avec des taux d'intérêt prohibitifs. Vingt pour cent est un taux bas, dans ce contexte.

C'est dans ce sens-là que je pense qu'on ne pourra pas avoir un plan d'action comme pour l'automobile. Il est clair que cela ne peut pas être aussi simple que dans l'automobile, mais il s'agit de la façon dont on peut aider les survivants à être prêts pour la reprise. Peut-être je suis optimiste; je sais que dans certains secteurs comme le sciage de feuillus de qualité, on pense que d'ici la fin d'année il y aura un peu de reprises. Supposons que cela prenne un an d'ici à la reprise, combien d'entreprises vont survivre jusque-là? Car on n'a pas encore vu le fond du baril.

Sénateur, on sait la hausse du nombre d'entreprises qui se sont placées sous la protection de la loi sur la faillite, mais pour ce qui est des petites entreprises, beaucoup vont devoir remettre leur bilan prochainement.

Donc, il est certain que la façon d'intervenir ne peut pas être la même; on ne peut dire : « Présentez-nous votre plan de restructuration et s'il est satisfaisant on va vous permettre de survivre. »

M. Dansereau : Je voulais ajouter que le parallèle que fait M. Lachapelle n'est pas si mauvais que cela, en tout cas, à l'échelle du Québec. La compagnie AbitibiBowater détient probablement 30 p. 100 et plus des droits d'approvisionnement. Elle est sous la protection de la loi sur l'arrangement avec les créanciers et est en train de préparer un plan de redressement qu'elle va devoir faire approuver. Cette compagnie, comme les compagnies automobiles, va devoir changer le type de produits qu'elle fait et rationaliser ses installations de production.

Le parallèle demeure bon. Ce qu'on peut constater, c'est qu'il faut être rendu au pied du mur avant de prendre des décisions.

[Traduction]

Le sénateur Eaton : La comparaison est juste, mais c'est différent. Comme vous l'avez dit, le secteur de l'automobile se concentre dans le Sud de l'Ontario. L'industrie forestière canadienne s'étend d'un océan à l'autre. Comme nous l'avons appris, cette industrie est composée de nombreuses parties différentes. C'est très complexe. Il est difficile de trouver une solution à de si nombreux problèmes dont les causes profondes sont en grande partie les mêmes.

M. Dansereau : Si on s'attarde aux volumes, on découvrira que l'industrie forestière canadienne ne compte pas autant d'acteurs qu'on pourrait le penser. Il y en a beaucoup de petits, mais aussi beaucoup de grands.

Le sénateur Eaton : Enfin, monsieur Guertin, je suis tout à fait d'accord avec vous. J'ai lu beaucoup au sujet du bois qui pourrait être le prochain or vert, mais je ne vois aucun effort de marketing. Dans le domaine des produits de consommation, le marketing est un outil très important de nos jours. Où est votre campagne de marketing?

M. Guertin : Elle s'en vient. C'est vrai, elle s'en vient.

Premièrement, Ressources naturelles Canada a créé le programme Le bois d'abord. Ce programme prévoit 10 millions de dollars sur un an ou deux. Il s'applique à tout le pays et vise à développer un marché non résidentiel aux États-Unis et au Canada. Une partie de l'argent est versée par mon association; le gouvernement provincial versera le même montant pour mener une campagne. Nous avons formé une coalition, la Coalition québécoise du bois, qui comprend des ONG, des syndicats et des universités.

[Français]

Le sénateur Eaton : Est-ce que ce sera à travers le pays? Cela devrait.

[Traduction]

M. Guertin : Je terminerai au sujet du Québec, puis je passerai au reste du Canada.

Nous avons formé une coalition. Nous nous réunirons et établirons un plan de marketing pour transmettre de l'information au sujet du bois et de son efficacité pour s'attaquer aux changements climatiques. Nous avons formé cette coalition parce que l'industrie forestière a de la difficulté à se promouvoir elle-même. Si on dit au grand public d'utiliser du bois, et que le message vient de l'industrie des produits forestiers, je ne suis pas certain que ce sera bien reçu; mais si d'autres ONG appuient les concepts du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, de même que des architectes et des syndicats, ils transmettront le message, et je pense que c'est ainsi qu'il faut procéder. Cela s'en vient.

Le sénateur Eaton : Avez-vous vu le livret envoyé par les Métallos sur la raison pour laquelle le bois est si vert?

M. Guertin : Je ne l'ai pas vu, mais il existe une brochure européenne intitulée Tackle Climate Change : Use Wood (Utiliser le bois pour s'attaquer aux changements climatiques). Il en existe une version canadienne, et il y aura aussi une version québécoise.

D'autres initiatives ont été prises dans le reste du Canada, mais au Québec, nous avons décidé de former une large coalition composée de gens qui croient qu'il faut utiliser le bois pour lutter contre les changements climatiques. C'est l'objectif. Si vous parlez des pratiques forestières, le grand public ne croira pas que nous avons de bonnes pratiques, mais si vous présentez la situation générale partout dans le monde, les gens comprendront; et c'est ainsi que nous procéderons.

Le sénateur Eaton : Bonne chance.

M. Guertin : Merci.

Le sénateur Mercer : Le sénateur Eaton a utilisé le mot « fascinant », et c'est ce que cette étude est devenue. Chaque fois que quelqu'un témoigne, nous découvrons quelque chose de nouveau.

Vous avez parlé du programme de Ressources naturelles Canada, ce qui devrait nous faire réaliser que nous devrions inviter les fonctionnaires du ministère à comparaître, à un moment donné.

Nous avons parlé des prix, qui sont à un niveau digne d'une liquidation, ainsi que des forêts privées qui sont un peu l'indicateur des choses à venir. Nous avons également dit que les premiers font mal, et nous ne voulons réellement pas être les derniers à amorcer la reprise. L'autre soir, quelqu'un a dit que les conditions parfaites sont réunies, et je pense que c'est le cas.

Je veux revenir à notre récente étude sur la pauvreté en milieu rural. Vous avez parlé de l'accès au crédit, qui est devenu un problème grave. Le sénateur Duffy parraine un projet de loi sur l'agriculture. Nous devrons inévitablement commencer à penser à l'accès au crédit, de façon générale, dans les régions rurales du Canada. Lors de notre étude sur la pauvreté en milieu rural, nous avons découvert des problèmes sociaux graves, notamment le taux de faillite étonnamment élevé dans les régions rurales du Canada. Bon nombre d'entre eux ont des terres à bois, mais il ne s'agit pas de leur source principale de revenu. Ce sont des agriculteurs ou des pêcheurs, et ils font autre chose. Pouvez-vous me parler du taux de faillite?

Dans le cadre de la présente étude, nous avons également découvert que le taux de suicide chez les agriculteurs est extrêmement élevé, ce qui nous a surpris, ou moi, du moins. Ce sont les conséquences personnelles et sociales de la crise actuelle.

[Français]

M. Dansereau : On a mentionné dans notre présentation que plusieurs propriétaires de forêts privées, particulièrement ceux qui tirent un revenu important ou un revenu principal de leurs activités, sont en situation difficile. Les raisons sont simples, ces gens doivent investir dans des équipements et des terrains pour faire leur production.

Contrairement à ce qui se passe sur les territoires publics, les opérateurs en forêts privées, oui, ils doivent avoir de l'équipement, de la machinerie, souvent à plus petite échelle, donc moins coûteuse. Mais ils doivent investir dans leurs propriétés forestières. Et ceux qui suivent l'évolution des valeurs foncières savent que ce sont des valeurs qui sont à la hausse.

Des gens investissent pour acheter des territoires, pour acheter des droits de coupe, de la machinerie. On vous a montré l'importance de la chute des marchés, des baisses de prix, des pertes de volume. Dans certains territoires, c'est plus important que le portrait général qu'on vous a montré pour la province du Québec; il y a des territoires où, les propriétaires de forêts privées n'ont pas de marché, n'ont pas de possibilité d'écouler leur bois. Ils doivent continuer à faire face à leurs obligations financières.

Les gens qui ont bâti des entreprises de production de bois doivent liquider leur équipement et, dans certains cas, liquider ou vendre leur propriété forestière. C'est la disparition de leur entreprise qui est en train de se produire. Il n'est pas surprenant que dans ce secteur, dans les secteurs ruraux qui font face à des difficultés en foresterie, en agriculture, qui voient le ralentissement économique général, qu'il y ait du désespoir qui mène à des taux de faillites plus élevés, et éventuellement des taux de suicide.

Je vous mentirais en disant qu'on a observé cela chez nos gens, mais dans les milieux ruraux, c'est évident qu'il y a des problèmes de crise.

M. Gagnon qui est lui aussi président au niveau d'une région peut certainement vous témoigner ou vous parler des appels au secours réels qu'il reçoit de la part des producteurs qu'il représente.

M. Gagnon : Oui, cela me fait plaisir d'avoir la parole pendant quelques minutes. L'absence actuelle de marché pour le bois c'est la réalité que nous vivons dans notre région de même qu'au niveau provincial. C'est vrai qu'aucune usine n'achète du bois. Dans le fond, plusieurs sont fermées et d'autres ne fonctionnent qu'à moitié.

Quand on parle du taux de suicide, je suis aussi agriculteur et propriétaire forestier. Même si cela nous fait mal, nous sommes parfois dans l'obligation de vendre un terrain boisé. Même si, parfois, on a quelques terrains boisés, on appelle cela des lots à bois, c'est comme vendre notre boîte à lunch. Cela nous fait mal au cœur. Personnellement, cela fait trois fois que je refinance mes propriétés. C'est sûr que je vais travailler, mais je demande au Bon Dieu de vivre jusqu'à 90 ans pour pouvoir léguer cela à mes enfants sans dettes. J'ai maintenant 62 ans, et je me prépare à refinancer pour une quatrième fois. Ce n'est pas facile en ce moment. Et c'est vrai que le taux de suicide et de découragement est plus grand qu'il ne l'était dans le monde rural, autant chez les agriculteurs que chez les propriétaires forestiers, je peux vous le dire. Je travaille maintenant sur des actions à prendre avec ces gens. Ce sont des gens qui ne se confient pas. Les propriétaires et les agriculteurs sont des gens orgueilleux, mais pas dans le mauvais sens. Ces gens ne dévoilent pas leur situation. C'est vrai que la situation est présentement très préoccupante dans la classe rurale, autant chez les producteurs agricoles que chez les propriétaires forestiers.

[Traduction]

Le sénateur Mercer : Ce sont de vrais problèmes auxquels sont confrontés de vrais gens. Parfois, nous l'oublions lorsque nous parlons de ces grands projets.

Monsieur Dansereau, vous avez parlé de modèles d'affaires désuets. Comment pouvons-nous changer ces modèles en vue de ce qui se révélera, nous l'espérons, une reprise du marché très positive? Lorsque nous nous sortirons de ce gâchis, comment pourrons-nous mieux nous préparer à affronter la tourmente? Il y aura un autre ralentissement. Ce sera dans 20 ou 30 ans, je l'espère, mais nous savons qu'il finira par en y avoir un, parce que c'est toujours le cas. C'est un cycle. Comment pouvons-nous changer les modèles d'affaires désuets pour veiller à ce que les entreprises et les propriétaires de terres à bois canadien soient mieux préparés?

[Français]

M. Dansereau : Je vous donne le point de vue d'un producteur de ressources et non pas d'un industriel de la transformation. Comment s'y préparer? Cela prend des décisions politiques très courageuses. L'entreprise du futur ne sera pas celle d'aujourd'hui. Le principal outil de développement de nos gouvernements, particulièrement provinciaux — je l'ai mentionné tout à l'heure —, c'est l'accès au bois des forêts publiques. Soutenir l'industrie actuelle qui est en crise, qui fournit les emplois, c'est continuer à donner à ces entreprises l'accès au bois.

L'industrie du futur, ce sera certaines des entreprises qu'on connaît aujourd'hui et cela en sera d'autres également. Le gouvernement doit récupérer une plus grande marge de manœuvre dans l'utilisation de l'accès au bois public pour orienter le développement, ne pas laisser seulement l'industrie prendre des décisions.

Oui, le virage est amorcé. Mes collègues l'ont mentionné et je crois qu'ils ont raison. Il y a certaines entreprises qui sont extrêmement dynamiques, qui ont commencé à regarder les secteurs à valeur ajoutée. Cependant, il reste encore des entreprises qui ont un vieux modèle d'affaires. S'il y a une reprise dans le secteur des matériaux de construction, vous allez voir une bonne partie du discours sur la valeur ajoutée reculer en arrière-plan parce que les gens vont se dépêcher de repartir la machine, de reproduire des 2 X 4 pour tenter d'approvisionner le marché. C'est là que le gouvernement doit intervenir. Il doit voir plus loin que les signaux de marché à court terme, particulièrement dans le milieu forestier.

Les forêts qui sont à la base de ce secteur se gèrent sur 50 ans, 100 ans, 150 ans. Ça prend du courage. Le gouvernement doit se demander vers quoi il veut que son industrie se dirige. Il faut que ses politiques d'accès aux ressources naturelles soient accompagnées de plans pour s'y rendre. Il doit s'assurer qu'on va réinvestir dans les communautés, qu'on ne laissera pas les équipements se dégrader au fil du temps. Cela demande de la vision et du courage.

[Traduction]

Le sénateur Mercer : Il faut établir des liens entre ce que vous dites. Le Bureau de promotion des produits forestiers du Québec et les organisations fédérales responsables du développement des exportations du développement industriel doivent tous apporter leur contribution pour renouveler l'outillage au niveau local, mais également plus haut dans la hiérarchie. Nous devons cesser de nous considérer seulement comme des fournisseurs de deux par quatre.

Dans les provinces de l'Atlantique, nos produits n'ont pas une grande valeur ajoutée, à l'exception du papier. L'industrie québécoise a une meilleure valeur ajoutée. Comment l'industrie survit-elle? Une grande partie du secteur est-elle transférée à l'étranger au Mexique, en Chine, en Malaisie ou dans d'autres pays où la main-d'œuvre coûte moins cher, comme nous voyons dans d'autres industries?

Bien entendu, nous expédions des matières premières, qui nous reviennent sous forme de produits finis que nous devons acheter. J'ai l'impression que nous brûlons les étapes et que nous laissons passer une occasion. La situation a-t- elle des répercussions importantes sur l'industrie au Québec?

[Français]

M. Lachapelle : Je vais tenter de répondre à cela. La restructuration de l'industrie au Québec passe par l'innovation. Actuellement, la Société générale de financement du Québec a reçu quelque 650 projets d'investissement pour modifier les procédés, modifier les produits, pour être capable, même dans les bas de cycle, d'être bénéficiaire.

Prenons le secteur du papier journal, un marché traditionnel. Malgré la grande qualité de nos papiers au Québec qui est liée à la qualité de la fibre de l'épinette noire, ce marché est à la baisse. On parle d'une réduction de 8 p. 100 par année. Beaucoup d'argent a été investi dans la recherche. D'ailleurs, le gouvernement fédéral apporte une contribution importante sur le plan de la recherche, notamment avec les FPInnovations Paprican. Il y a des choses prometteuses pour un avenir à moyen terme.

On parle des nanocelluloses, entre autres. Au lieu d'utiliser le gros de la fibre, il y a une partie de cette fibre qui peut être utilisée dans de nouveaux matériaux qui pourraient apporter de nouveaux produits beaucoup plus verts. Il y a toute la filière énergétique — M. Guertin en a beaucoup parlé.

Sur le plan de l'industrie du bois, vous avez raison, on a connu une situation où les Chinois venaient chercher des produits bruts au Canada et nous ramenaient des produits transformés à meilleur coût que nos entreprises pouvaient les fabriquer. C'était un sacré problème. Disons que la qualité de nos produits fait en sorte qu'on demeure sur le marché et que ces produits-là ne meurent pas. Cela n'empêche pas de faire du tort à plusieurs entreprises. Pour ce qui est du développement de la filière, c'est-à-dire deuxième et troisième transformation, même si au Québec on est quand même très avancé, on n'a pas le choix, il va falloir poursuivre ce développement avec de nouveaux produits qui sont actuellement en invention, de nouvelles utilisations, de nouveaux concepts d'affaires.

Sur le plan de l'industrie, il y a des efforts énormes qui sont faits. Je crois que l'industrie des commodités aura toujours sa place. Sauf que ce ne sera pas tout le monde dans l'industrie de la commodité. Il va y avoir un nombre de joueurs beaucoup plus restreint pour concurrencer sur les marchés internationaux dans le secteur des commodités. L'important, c'est l'ensemble de la chaîne. C'est l'ensemble du secteur forestier. Ce sont toutes les entreprises qui prennent actuellement les sous-produits ou les coproduits de l'industrie de la première transformation et qui créent des produits comme des fermes de toit, des poutres en I, des composantes de maisons, des maisons préfabriquées, et cetera. C'est ce qu'il faut poursuivre.

Sur le plan de l'approvisionnement en forêt, je partage l'inquiétude de nos amis de la forêt privée. Une des choses qui nous inquiète, c'est qu'un jour, on n'aura plus de producteurs. Un jour, on n'aura plus de travailleurs. Il y a des gens comme M. Gagnon qui ont appris le métier en bas âge et qui sont encore capables de se lever à cinq heures le matin pour aller travailler. Plus on maintient un contexte difficile dans le secteur forestier, plus nos jeunes se découragent et ils vont ailleurs. Même si on a de belles occasions, de belles entreprises et de beaux marchés, c'est là que ça commence. Si le propriétaire de la forêt privée ne s'engage pas dans la production de sa forêt, on a beau avoir tout le beau système, cela ne donne rien.

Dans sa présentation, M. Dansereau a parlé — je ne me rappelle plus le terme qu'il a utilisé — des fonds d'épargne individuels qui permettent aux propriétaires qui connaissent des périodes fructueuses d'utiliser leurs revenus pour la mise en valeur future de leur territoire forestier. D'ailleurs, je voulais renchérir sur le statut fiscal du producteur forestier, dont a parlé M. Dansereau.

On est dans le mouvement, mais il est certain qu'on ne sera jamais assez vite. M. Dansereau parlait de 40 p. 100 de baisse des ventes, je ne sais même pas si en 2009, on aura un niveau de récolte en forêt publique de 40 p. 100. C'est vraiment désastreux. Tous les travailleurs spécialisés et les entrepreneurs qui avaient investi 1,5 à 2 millions dans des équipements se sont vus obligés de remettre leurs fonds à la banque. Avons-nous perdu ces gens?

[Traduction]

M. Guertin : Je pourrais vous fournir plusieurs réponses. Premièrement, vous parlez de la concurrence étrangère venant de la Chine, de la Malaisie et de l'Indonésie. Ces pays font de la production de masse et, pour nous démarquer, nous devons trouver un marché à créneaux. Les entreprises qui survivent aujourd'hui et qui sont florissantes se tournent vers les marchés à créneaux, et non pas la production de masse.

Pour ce qui est de l'ameublement, nous devons produire de façon personnalisée et réagir rapidement à ce que veulent les consommateurs. Nous ne devons pas faire dans la production massive ni dans la qualité moyenne. Nous devons fabriquer des produits de grande qualité. Nous devons également être en mesure de faire connaître les références environnementales de nos produits forestiers. Nous avons des produits et des forêts certifiés au Canada. Nous devons faire la promotion de ces références.

Les entreprises gagnantes, selon moi, sont celles qui sont en mesure de traverser la crise actuelle en se tournant un peu vers les exportations. Ce sont ce que j'appelle en français des « compagnies agiles ». Elles sont en mesure de produire rapidement ce que les consommateurs étrangers veulent. Elles doivent se tourner vers les marchés étrangers pour établir de nouveaux partenariats et se constituer une nouvelle clientèle. Elles doivent se faire connaître.

Si une société ne fait que s'asseoir sur ses lauriers et utiliser les anciens modèles, elle n'accomplira rien. Une entreprise doit développer des marchés à créneaux, obtenir des références environnementales et faire des affaires à l'étranger. Elle doit pouvoir dire : « Au cours des derniers mois, le marché était vigoureux au Moyen-Orient. Demain, ce sera au Royaume-Uni. » L'entreprise doit être flexible.

Nous appuyons également la recherche et le développement. En Europe, des édifices de neuf étages sont construits; le premier étage est construit avec du béton, puis les huit étages supérieurs sont construits avec du bois. Il faut également faire la promotion d'une telle méthode de construction au Canada et encourager la recherche et le développement afin de pouvoir créer des produits qui nous permettront de construire des édifices en bois plus grands.

Le sénateur Duffy : Cette question nous préoccupe beaucoup et nous vous sommes reconnaissants de votre contribution.

À ceux qui travaillent dans le secteur : nous comprenons que votre industrie est le principal employeur au Canada et, dans de nombreuses collectivités, le seul employeur. Nous avons été saisis de cette question et nous sommes déterminés à apporter notre contribution pour que les choses changent. Vous nous fournissez des renseignements importants à ce sujet aujourd'hui.

À titre d'information, dans le dernier budget — et je pense que M. Guertin en a parlé —, 170 millions de dollars ont été mis de côté sur deux ans pour régler un certain nombre des problèmes dont vous avez parlé, y compris les nouvelles technologies et les projets pilotes pour faire la démonstration des nouveaux produits; c'est exactement le genre de choses dont vous avez parlé.

Plus tôt, pendant nos audiences, l'Institut forestier du Canada et ses représentants ont comparu. Ils ont un DVD remarquable qui montre la construction d'édifices de neuf ou dix étages en bois, comme vous l'avez mentionné. Je pense que le sénateur Eaton est devenue leur principale conseillère en vente. Nous leur avons demandé où ce DVD serait disponible, et ils nous ont dit qu'il allait être lancé sous peu.

Que se passe-t-il? Nous vivons une crise. Nous avons un produit à vendre. Plus d'un mois s'est écoulé et nous n'avons pas vu ces DVD. Je pense qu'ils devraient envahir les marchés du monde entier. Ils ne coûtent qu'un dollar à produire. Je trouve frustrant que, deux mois plus tard, nous parlions toujours de dire au monde ce que nous avons à offrir et de dire aux Canadiens comment ils peuvent construire grâce au bois et que, lorsque la reprise économique viendra, ce sera la méthode à adopter. C'est plus écologique, c'est un bon produit et c'est canadien.

M. Guertin : Pourquoi les choses ne progressent-elles pas aussi rapidement que vous le souhaiteriez? L'industrie canadienne des produits forestiers s'étend d'un océan à l'autre. Elle compte de nombreuses associations et de nombreux intervenants : les pâtes, le papier, les panneaux de bois et le bois d'ingénierie. Il existe de nombreuses associations. Au Canada, nous avons créé une association appelée « Produits de bois canadien », représentant différentes organisations, comme la mienne, qui travaillent au développement des marchés étrangers.

Il faut parfois du temps avant que les gens commencent à travailler ensemble, mais nous travaillons ensemble. Cela ne fait aucun doute. Pourquoi le produit n'a pas encore été lancé? Je ne le sais pas. Toutefois, au Canada, les différents secteurs de l'industrie travaillent ensemble. De nombreuses initiatives différentes ont été entreprises, mais je ne peux rien dire au sujet de ce projet.

Nous avons fait de la promotion à l'étranger — dans le cadre du programme Produits de bois canadien — en collaboration avec d'autres organisations, et je peux vous dire que nous avons bien réussi.

Le sénateur Duffy : Monsieur Gagnon, nous avons parlé des propriétaires de terres à bois privées; un projet de loi a été déposé au Parlement en vue d'élargir la loi sur les prêts agricoles. Votre groupe pourrait-il se pencher là-dessus et nous dire plus tard s'il existe un rôle pour le financement concessionnel des terres à bois et pour ceux qui participent à la sylviculture et à votre industrie?

[Français]

M. Gagnon : Oui, nous sommes ouverts à cela.

[Traduction]

Le sénateur Duffy : Cela ressemble beaucoup à la SCHL, la Société canadienne d'hypothèques et de logement, qui permet au gouvernement de garantir le prêt. Nous le faisons actuellement pour les agriculteurs. Nous accordons également des allègements fiscaux et des prêts en vue du transfert intergénérationnel d'exploitation agricole. Les exploitants de terres à bois seraient plus ou moins dans la même situation, et nous serions prêts à envisager sérieusement d'utiliser ces méthodes.

[Français]

M. Gagnon : Oui, nous serions prêts à examiner cette possibilité. D'ailleurs, l'accessibilité aux prêts, surtout avec la crise actuelle, n'est vraiment pas facile. Lorsqu'on arrive à la banque ou à la caisse et qu'on parle de forêt, tout de suite les portes et les oreilles se ferment. Le problème du financement est d'actualité chez les propriétaires.

[Traduction]

Le sénateur Duffy : Quelqu'un a mentionné 20 p. 100. Est-ce vrai? C'est incroyable.

[Français]

M. Lachapelle : En effet, il y a en fait des prêts au-dessus de 20 p. 100 pour le refinancement des dettes des entreprises. Dès qu'une entreprise est étiquetée comme étant en danger, les taux montent très rapidement. Les taux commerciaux peuvent commencer à environ 7, 8 ou 9 p. 100, mais au maximum, le taux monte au-dessus de 20 p. 100.

M. Dansereau : Sénateur Duffy, je voulais vous informer que du point de vue des autorités fédérales et provinciales, la production de bois en forêt privée est considérée comme une production agricole. Les propriétaires de forêts privées ont déjà accès aux programmes de financement agricole existant au niveau provincial ou fédéral. Il est certain que ces programmes peuvent être améliorés pour donner un coup de main aux opérateurs, mais en situation de crise, ce dont les gens ont besoin, ce n'est pas d'un endettement supplémentaire, de fuir vers l'avant, mais d'un allégement de leur fardeau. Ce qui est nécessaire en termes de crédit, ce sont des congés sur les paiements qui sont déjà obtenus et une subvention pour pouvoir payer les frais d'intérêt sur le capital emprunté. Alors, si on est capable d'offrir cela à court terme pour la durée de la crise, les gens pourront laisser passer l'orage sans devoir se départir de leurs actifs.

La garantie du gouvernement vis-à-vis des institutions financières consiste à leur dire d'accepter le congé de paiement sur le capital pendant qu'il vient en aide aux entreprises entre autres de forêts privées pour que celles-ci paient les intérêts sur ce capital.

[Traduction]

Le sénateur Duffy : Nos obligations commerciales nous permettraient-elles de consentir une telle subvention?

M. Dansereau : Je pense que oui. Dans le cas du secteur complet, je ne suis pas certain. Je connais la situation des terres à bois. Je pense que ce serait possible. Un tel programme existe déjà au niveau provincial pour les exploitants des terres publiques. Il est en place actuellement au Québec.

Le sénateur Duffy : Au Québec, le gouvernement provincial administre-t-il environ 75 p. 100 des forêts?

M. Dansereau : Quatre-vingt-dix pour cent.

Le sénateur Duffy : Vos arguments auraient plus de poids à Québec qu'ici.

M. Dansereau : Une partie de l'argent...

Le sénateur Duffy : Nous sommes tout de même contents de vous recevoir.

Ce n'était qu'une blague. Nous sommes tous dans le même bateau, et nous ferons ce que nous pouvons pour vous aider.

Le sénateur Cordy : Nous nous entendons tous pour dire que nous devons faire ce qu'il faut pour veiller à ce que l'industrie soit viable lorsque l'économie reprendra.

Je voulais parler de l'accès au crédit, ce qu'a fait le sénateur Duffy. Je suis d'accord avec lui pour dire que des taux d'intérêt de 20 p. 100, c'est un peu comme une entente conclue dans une ruelle avec des taux d'intérêt quotidien. Cela ne devrait pas être ainsi, puisque le taux d'intérêt débiteur de la Banque du Canada est de moins de 1 p. 100.

Nous apprenons que lorsqu'une des principales industries du Canada demande un prêt, soit elle ne l'obtient pas, soit les taux d'intérêt sont de 20 p. 100 ou plus. Selon moi, c'est totalement inacceptable.

Je suis d'accord avec vous pour dire que le gouvernement fédéral devrait fournir davantage de subventions. Je pense que vous avez parlé de congés de paiement. Au Canada, certains secteurs semblent recevoir des sommes considérables. Je ne suis pas contre l'idée; je dis seulement que lorsqu'un secteur tel que la foresterie connaît d'énormes pertes d'emploi, il manque quelque chose pour rééquilibrer la situation.

Nous voyons le même phénomène en Nouvelle-Écosse, dans l'industrie du homard. Le week-end dernier, j'ai vu des camions au bord de la route; on y vendait des homards dans le but d'éliminer les intermédiaires et les coûts connexes.

Monsieur Lachapelle, vous avez exprimé des frustrations à l'égard de l'accord sur le bois d'œuvre. Je viens de me joindre au comité et je ne connais pas le dossier du bois d'œuvre. Vous avez dit que le Canada avait laissé 1 milliard de dollars sur la table; c'est beaucoup d'argent. Qu'est-ce que vous voulez dire? À qui cet argent est-il destiné? Est-ce que c'est de l'argent canadien?

[Français]

M. Lachapelle : Il s'agissait de l'argent des compagnies forestières. La guerre dans le domaine du bois d'œuvre résineux — je parlais du Lumber IV — existe depuis le début des années 1980, quand les Américains ont remis en cause la libre circulation de nos produits chez eux. Sous l'accord précédent, le système de taxe à l'exportation a fait en sorte que l'industrie a apporté 5 milliards de dollars en taxes et s'est fait rembourser 4 milliards. Un milliard de dollars est donc resté entre les mains des Américains. Dans mes propos, j'ai soulevé ce point uniquement pour la question de liquidité.

Au cours de la dernière décennie, l'industrie forestière québécoise a généré des profits dont environ 87 p. 100 ont été réinvestis dans les procédés et les usines. Comme le marché était bon, les produits étaient vendus aux États-Unis et ces 5 milliards de dollars ont pu être versés en taxes. Or, on a dû s'endetter et le remboursement de 4 milliards de dollars a permis de rembourser la majeure partie de ces dettes. Toutefois, on s'est retrouvés sans liquidité. En l'absence de capacités financières, il est difficile de s'ajuster et maintenir nos entreprises à jour, entre autres, au point de vue de la technologie.

Au Québec, nous avions un avantage. Comment le Québec a-t-il donc été en mesure d'exporter ses produits aux États-Unis à partir d'arbres de petite taille? Les membres de la coalition américaine se sont posé la question lors de discussions. Une des explications est la technologie utilisée. Le Québec est le champion de la transformation du petit bois. Il lui faut en moyenne 1,4 mètre cube de bois pour produire 1 000 pieds de planches. Or, aux États-Unis, il faut sept mètres cubes de bois pour produire la même quantité de bois de sciage. Notre technologie fait donc la différence. Mais pour rester à jour au point de vue de la technologie, il faut constamment réinvestir. On pouvait le faire dans les années 1990, mais aujourd'hui ce n'est plus possible. Nos compétiteurs américains ont récupéré un milliard de dollars de notre argent et nous nous retrouvons sans liquidité. Le problème est dû au fait que, structurellement, nous avions trop d'entreprises et on utilisait très peu la capacité d'installer plusieurs usines. Des changements étaient nécessaires, on était en mutation.

J'ai parlé de réinventer l'industrie forestière. Or, la restructuration entreprise est freinée par les problèmes financiers. Avant c'était une question de liquidité, maintenant on ne pense qu'à rester en vie.

Hier, je voyageais en compagnie du ministre Lebel et lui tenais les propos suivants : « Aidez-nous encore. Nous devons rester en vie. Nous sommes conscients que toutes les compagnies ne survivront pas, mais il faut que notre secteur soit prêt pour la reprise économique. »

[Traduction]

Le sénateur Cordy : Monsieur Dansereau, vous avez parlé d'un projet pilote dans le cadre duquel les propriétaires de terres forestières fourniraient des services environnementaux. Je pense que c'est le moment idéal pour le faire, en raison du ralentissement économique. Pour revenir à ce que le sénateur Eaton a dit, il s'agit de relations publiques que la population trouverait avantageuses. Vous avez dit que l'appui financier du gouvernement fédéral serait avantageux. Recevez-vous du financement fédéral pour des projets pilotes dans votre industrie?

[Français]

M. Dansereau : Nous ne recevons pas actuellement ce type d'aide.

J'ai participé à un panel en compagnie de Peter DeMarsh, président de la Fédération canadienne des propriétaires de boisés privés. Nous étions présents à votre première séance. M. DeMarsh expliquait que c'était là un des projets de la Fédération canadienne des propriétaires de boisés privés.

Nous avons des démarches et faisons des représentations auprès du gouvernement fédéral pour qu'il accepte de financer de tels projets comme ce fut le cas pour le secteur agricole. En effet, des projets ont été financés, particulièrement dans l'Ouest du pays, où des producteurs agricoles ont reçu des paiements pour les services environnementaux qu'ils fournissaient en ce qui a trait à certaines pratiques en vue d'assurer la qualité de l'eau et la beauté du paysage. Ces pratiques existent ailleurs dans le monde.

Dans certains pays, comme la Suisse, par exemple, les fermiers sont rémunérés pour s'assurer que les vaches demeurent dans les pâturages et afin que les touristes puissent regarder de beaux paysages. La Ville de New York a une structure de gestion des bassins d'approvisionnement en eau potable. Plutôt que de construire des équipements de purification extrêmement coûteux, et à construire et à opérer, la Ville de New York a plutôt mis en place des programmes d'incitatifs financiers pour que les producteurs de bois et agricoles qui opèrent dans ces bassins versants, adoptent des pratiques qui vont assurer la qualité de l'eau. Ces gens reçoivent une rémunération.

Dans les projets pilotes dont on fait la promotion, on souhaiterait que chacune des provinces puisse expérimenter ces approches, des approches où on n'offre pas un paiement pour rien. Les producteurs de bois doivent livrer un service. On doit pouvoir mesurer l'impact des nouvelles pratiques adoptées sur la qualité de l'air ou la beauté des paysages et d'autres services et déterminer quelle valeur économique on peut y rattacher. C'est en développement. Cela n'existe pas encore dans le secteur forestier au Québec ou au Canada.

[Traduction]

Le sénateur Cordy : Avez-vous tenté d'obtenir du financement? Avez-vous parlé à quelqu'un?

M. Dansereau : Oui.

Le sénateur Cordy : Sans résultat?

M. Dansereau : Pas pour l'instant.

Le sénateur Fairbairn : J'ai un commentaire plus qu'une question.

Il y a peu de temps, j'ai déjeuné sur la Colline du Parlement avec un grand nombre de producteurs de volaille, dont l'un venait de la région de l'Abitibi. Il ne parlait pas du tout de volaille; il me disait exactement ce que vous avez dit aujourd'hui, et il était assez inquiet.

Au cours des dernières semaines, nous avons entendu de nombreux témoins, mais je dois dire qu'aujourd'hui, votre témoignage à ce sujet a été particulièrement frappant.

Nous savons qu'il s'agit d'un problème important dans toutes les régions du Canada. Je viens de l'Alberta. Nous avons eu de nombreux problèmes en raison de la maladie de la vache folle, des mauvaises conditions climatiques et de la chute du prix du blé, mais aujourd'hui, nous sommes inquiets à cause des dendroctones du pin qui vont bientôt sortir de la Colombie-Britannique pour se répandre chez nous.

Vous avez donné un excellent témoignage aujourd'hui, et nous avons beaucoup de chance de vous avoir ici. Je voulais simplement dire que vous avez souligné que le gouvernement fédéral doit intervenir. La province de Québec a des antécédents et une histoire qui, d'une certaine façon, sont plus profonds que dans d'autres régions du pays, même si la foresterie est une question nationale. D'après ce que vous avez dit aujourd'hui, c'est plus qu'une question dans votre province. Je voulais simplement vous remercier d'être venu et d'avoir été si ouvert dans vos commentaires et vos suggestions, parce que c'est ce que nous avons besoin d'entendre.

D'après ce que vous avez dit, je crois comprendre que la capitale nationale vous prête une oreille attentive, et j'espère que dans vos conversations, les voix de tous les représentants des autres régions du Québec et la vôtre se font entendre comme vous l'avez fait aujourd'hui. J'espère de tout cœur que la réponse viendra sous forme d'une méthode qui vous permettra d'aller de l'avant. Il s'agit d'une période tourmentée. Vous devriez en fait être sur la route; votre façon de nous permettre d'apprendre a été extrêmement utile aujourd'hui.

Bien entendu, notre comité fera tout ce qu'il peut pour exercer autant de pression que possible pour veiller à ce que vos paroles soient comprises et, nous l'espérons, à ce que vous receviez de l'aide. Je veux vous remercier d'avoir comparu. Gardez le moral et, comme je dis, prenez le large et dites à tout le monde ce que vous nous avez dit aujourd'hui. Votre témoignage a été très important et nous vous en sommes reconnaissants.

[Français]

Le président : Étant donné que le temps nous presse, j'aimerais vous poser trois questions et je vous demanderais d'y répondre par écrit ultérieurement. Je trouve inacceptable de voir l'attitude des institutions financières. On parle de taux d'intérêt de 5 à 20 p. 100.

[Traduction]

C'est incroyable et, selon moi, inacceptable. C'est incroyable, à une époque où nous devrions tous faire partie de...

[Français]

Quelles sont les structures qu'on devrait mettre en place immédiatement pour contrer ces attitudes inacceptables des institutions financières?

Nous avons entendu les représentants de La Grappe agroénergétique des Coteaux en Abitibi qui nous ont parlé des fonds d'investissement énergétiques communautaires. Comment croyez-vous qu'un tel fonds pourrait fonctionner?

M. Dansereau : La Fédération des producteurs de bois du Québec travaille déjà sur un projet qu'on souhaite présenter aux autorités dans les prochaines semaines sinon les prochains mois. Il nous fera plaisir de vous en faire parvenir un exemplaire.

Le président : Il est possible alors qu'on vous demande de comparaître à nouveau.

On parle souvent de résineux et de feuillus.

[Traduction]

Les gens me disent que dans le domaine du bois d'œuvre, on fait beaucoup de recherche et développement.

[Français]

On me dit également que dans le domaine du feuillu, le Canada a un manque à gagner sur le plan des institutions qui font de la recherche et du développement dans l'industrie du bois franc.

J'aimerais obtenir vos recommandations pour le rôle que doit jouer le gouvernement.

Il y a 10 ou 15 ans, nous n'aurions pas pu avoir tous les intervenants à la même table comme aujourd'hui afin d'essayer de trouver des solutions communes pour sauvegarder des emplois dans l'industrie forestière et être prêts lorsque le redémarrage se fera.

[Traduction]

Au nom du comité, je vous remercie d'avoir comparu aujourd'hui. Vos déclarations et vos réponses ont été enrichissantes.

[Français]

Vos témoignages ont été très instructifs. Il y a des chances que l'on vous invite à nouveau d'ici à la fin de nos travaux. J'ai demandé aux recherchistes de faire part au comité des commentaires que vous avez faits pour faire un suivi.

Sur ce, merci beaucoup, bon retour dans la belle province de Québec.

[Traduction]

Sénateurs, nous allons poursuivre à huis clos pour quelques minutes.

(Le comité poursuit ses travaux à huis clos.)


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