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POFO - Comité permanent

Pêches et océans

 

Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Pêches et des océans

Fascicule 14 - Témoignages du 20 octobre 2014 - réunion l'après-midi


MONCTON, le jeudi 20 novembre 2014

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd'hui, à 13 h 35, pour effectuer l'étude sur la réglementation de l'aquaculture, les défis actuels et les perspectives d'avenir de l'industrie au Canada.

Le sénateur Fabian Manning (président) occupe le fauteuil.

Le président : Je déclare la séance ouverte. Bienvenue à tous à la séance du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans qui poursuit son étude sur l'industrie de l'aquaculture au Canada. J'aimerais souhaiter la bienvenue à nos témoins et les remercier d'avoir pris le temps de comparaître devant nous.

Avant de laisser la parole aux témoins, je vais demander aux sénateurs de se présenter.

La sénatrice Poirier : Sénatrice Rose-May Poirier, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Stewart Olsen : Carolyn Stewart Olsen, Nouveau-Brunswick.

Le sénateur Meredith : Don Meredith, Ontario.

La sénatrice Hubley : Sénatrice Elizabeth Hubley, Île-du-Prince-Édouard.

La sénatrice Lovelace Nicholas : Sénatrice Lovelace Nicholas, du Nouveau-Brunswick.

Le président : Si j'ai bien compris, nos témoins ont des déclarations préliminaires à faire. Veuillez commencer par vous présenter.

Thierry Chopin, professeur de biologie marine, Université du Nouveau-Brunswick, Réseau canadien d'aquaculture multitrophique intégrée du CRSNG : Thierry Chopin, de l'Université du Nouveau-Brunswick à Saint John.

Jamey Smith, directeur exécutif, Huntsman Marine Science Centre : Jamey Smith, directeur exécutif du Huntsman Marine Science Centre de St. Andrews, au Nouveau-Brunswick.

M. Smith : Bonjour, tout le monde, et merci beaucoup de l'occasion que vous nous donnez de participer aux discussions aujourd'hui. Avant de travailler pour le centre des sciences, j'ai travaillé pendant quatre ans au ministère des Pêches et Océans où j'ai dirigé le volet Rapports sur la durabilité et la certification de la Direction générale de la gestion de l'aquaculture. Avant cela, j'ai également été directeur exécutif de la New Brunswick Salmon Growers Association, qui s'appelle aujourd'hui l'Atlantic Canada Fish Farmers Association — j'ai occupé divers postes au sein de ce groupe — et j'ai travaillé dans d'autres industries du milieu aquatique côtier pendant une trentaine d'années au total. J'ai eu le bonheur de passer toute ma carrière dans le secteur de l'aquaculture et des autres secteurs maritimes côtiers. Je suis diplômé de l'Université du Nouveau-Brunswick. J'ai obtenu un baccalauréat en sciences et en biologie marine en 1985. Grâce à une bourse d'études du Commonwealth, je suis allé faire mon doctorat à l'Université de Stirling, en Écosse, où je me suis penché sur les interactions dans le milieu de l'aquaculture.

Je vais vous donner quelques informations au sujet de Huntsman. Nous sommes un organisme enregistré, privé et sans but lucratif et nous nous consacrons à la recherche et à l'enseignement au sujet de l'environnement marin. L'organisme a vu le jour en 1969; c'était au départ un regroupement des milieux universitaire, gouvernemental et privé qui se consacrait également à la recherche et à l'enseignement. Tout au long de notre histoire, notre travail a été fondé sur la collaboration. Notre mission générale consiste à encourager l'intendance en amenant les membres des collectivités à découvrir les océans et à concevoir et mettre en œuvre des expériences éducatives inspirantes; nous visons également à faire avancer les sciences de l'océan grâce à des activités conjointes de recherche et de développement ciblant des solutions techniques innovatrices destinées à nos partenaires des secteurs public et privé. Nous nous sommes bâti une excellente réputation et nous avons acquis une grande capacité grâce à nos antécédents en matière de science et d'éducation. Nous avons au fil du temps beaucoup évolué.

À l'heure actuelle, nos installations occupent une centaine d'acres, à St. Andrews. Notre budget de fonctionnement annuel est d'environ 3 millions de dollars, et notre effectif est d'environ 40 employés à temps plein. Pendant l'été, nous comptons quelque 50 employés, mais en général, ils sont une quarantaine. Ce sont tous des employés très spécialisés : des scientifiques, des techniciens, des enseignants.

Nous disposons d'importants laboratoires, d'installations pour l'aquaculture, d'installations pour l'enseignement, de résidences, de services alimentaires et de lieux de réunion. Nous abritons également l'Aquarium-découverte Fundy, le plus gros aquarium à l'est de la ville de Québec, qui est une très importante attraction touristique pour la région de St. Andrews. Nous entretenons également une excellente relation de collaboration avec le personnel de la Station biologique de St. Andrews du ministère des Pêches et Océans. C'est l'une des raisons qui ont mené à la création du centre Huntsman, au départ. Nous travaillons maintenant en étroite collaboration avec eux conformément à un accord conclu avec le Centre de référence de l'Atlantique pour le mouillage de notre navire de recherche; nous partageons également avec eux un système d'approvisionnement en eau de mer.

Je dis tout cela pour montrer que le centre Huntsman fait partie d'un groupe très important d'experts maritimes de catégorie mondiale qui se retrouve dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Ces relations de longue date sont réellement de calibre mondial. Parmi nos collaborateurs, mentionnons le ministère des Pêches et Océans, divers ministères provinciaux, la Fédération du saumon atlantique, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick et de nombreuses industries de notre région, entre autres le secteur de l'aquaculture, de même que des groupes voués à la défense et à la conservation de l'environnement.

J'ai eu la chance immense de travailler dans toutes les régions du monde et je peux affirmer que ce que nous avons dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick, dans notre région, mais aussi, au Canada, c'est un groupe d'experts de calibre mondial que nous devrions mieux utiliser.

Le Canada est dans l'ensemble un chef de file mondial de la recherche et du développement en aquaculture. Nous devons continuer à soutenir cette expertise et l'améliorer de manière à réaliser le plein potentiel de cette industrie. Les gouvernements reconnaissent la capacité des milieux universitaires, du gouvernement et d'organismes comme le centre Huntsman, et il fournit les ressources nécessaires pour régler les enjeux clés. Il est on ne peut plus vrai que des investissements stratégiques faits en temps opportun vont procurer des bénéfices économiques à tous les Canadiens. J'aimerais souligner en particulier que les avantages économiques ne seront pas engendrés uniquement par la production aquicole et par les secteurs de soutien; ils proviendront en fait des activités scientifiques et des activités de recherche et de développement en soi.

Le centre Huntsman en est un parfait exemple. Nous sommes une organisation sans but lucratif dont les recettes annuelles sont d'environ 3 millions de dollars. Par définition, la quasi-totalité de ces recettes est renvoyée dans la collectivité. Nous payons chaque année des salaires d'environ 1,5 million de dollars. Selon diverses estimations statistiques, notre contribution au PIB de la province est d'environ 2 millions de dollars. L'an dernier seulement, nous avons reçu quelque 2 700 étudiants, dans nos installations. Nous avons collaboré avec sept universités, offert des services à plus de 20 clients du secteur privé et accueilli plus de 2 500 visiteurs à l'Aquarium-découverte Fundy. Dans notre petit coin de pays au Nouveau-Brunswick et grâce à nos activités de collaboration, nous procurons de grands avantages économiques à notre région.

Ces statistiques montrent clairement que les investissements en sciences, en recherche et développement, les investissements qui soutiennent l'aquaculture soutiennent également le Centre Huntsman et renforcent les avantages économiques procurés à notre collectivité. C'est le message que je voulais vous faire passer; je vous remercie de m'en avoir donné l'occasion. J'ai bien hâte que ces discussions se poursuivent.

Le président : Merci, monsieur Smith.

Monsieur Chopin?

M. Chopin : Bonjour, mesdames et messieurs. Je suis très heureux d'être ici avec vous cet après-midi pour discuter de la réglementation touchant l'aquaculture, des défis actuels auxquels nous sommes confrontés et des perspectives d'avenir également. Je vais me servir d'une série de diapositives pour mettre en relief les points clés. Le principal défi de l'industrie aquicole canadienne, c'est que le système de réglementation est trop complexe. À l'heure actuelle, l'industrie est régie par une Loi sur les pêches que je qualifierais d'obsolète, de réactive et d'inefficace, puisqu'elle remonte à la Confédération. Il est temps de penser à la changer, voire d'adopter une nouvelle loi sur l'aquaculture, étant donné que la Loi sur les pêches actuellement en vigueur a été rédigée à une époque où l'aquaculture commerciale n'existait même pas. Cette industrie n'était pas considérée comme un système de production alimentaire moderne.

Nous avons besoin d'une nouvelle approche qui tienne compte des pouvoirs des provinces, mais qui cherche également à harmoniser à l'échelle nationale l'application des règlements fédéraux. Par exemple, quand l'Agence canadienne d'inspection des aliments adopte un règlement, celui-ci devrait être applicable tant en Colombie-Britannique qu'au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, à l'Île-du-Prince-Édouard ou à Terre-Neuve. Nous avons besoin de cette harmonisation, et nous devons également avoir la possibilité d'élaborer de nouvelles pratiques. Le nouveau règlement devra être suffisamment souple pour que nous puissions essayer des choses, chercher de nouvelles façons de faire en aquaculture; il faut une approche écosystémique et une approche multispécifique, englobant de multiples activités de gestion. C'est ce dont nous aurons besoin à l'avenir.

Les mécanismes de contrôle environnementaux de l'aquaculture, à l'heure actuelle, qu'il s'agisse d'eau douce ou d'eau salée, sont à l'opposé, dirais-je. Dans l'environnement maritime, tout est axé sur le contrôle sédimentaire. Dans le milieu d'eau douce, c'est exactement le contraire. Qui s'occupe des sédiments? On s'occupe exclusivement du contrôle de la couleur de l'eau. Rien ne le justifie. Il y a une raison historique, mais elle n'a absolument aucun sens du point de vue des écosystèmes.

En réalité, il nous faudrait commencer par le milieu maritime. Dans ce milieu, nous pouvons effectuer toutes sortes de contrôles, mais au bout du compte, nous voulons savoir comment disposer des dépôts. Quand nous parlons des aires de dépôt par rapport aux aires de référence ou de déplacer certaines aires, nous devons faire très attention car, en fait, il se pourrait bien que plutôt que de régler le problème, nous ne faisions que le changer de place. Alors, je crois qu'il existe une solution, la bioatténuation par l'aquaculture multitrophique intégrée, l'AMTI. Cela suppose de choisir l'organisme qui pourra réutiliser directement la matière inorganique et aussi de prévoir la conversion de toute la matière organique, au bout du compte, en nutriments inorganiques, de façon que le grand cycle des nutriments se poursuive à l'infini.

Vous avez ici le diagramme de l'AMTI. Au début, nous pensions qu'il n'y avait que trois composantes. Il s'agissait d'une aquaculture axée sur l'apport de nourriture. C'est-à-dire que les poissons étaient nourris aux granules. Nous avons ensuite pensé avoir deux composants; les espèces vivant de composés organiques, par exemple les crustacés, et les espèces vivant de composés inorganiques, par exemple les algues. Nous réalisons maintenant qu'il existe deux autres composantes. Il y a les espèces dépositivores, qui comprennent les invertébrés comme les oursins, les concombres de mer et le homard. Et nous constatons maintenant qu'il y a également des espèces minéralisantes, qui comprennent les microbes et les bactéries, dont le rôle est également très important.

Nous devons prendre beaucoup de précautions. L'AMTI, c'est comme une cascade où les grosses particules se transforment en petites particules, puis en matière inorganique, mais nous ne sommes pas nécessairement arrivés au bout de notre mission, une fois rendus au pied de la cascade. Si nous voulons que ce travail en cascade se poursuive... voyez l'image en bas, à droite, il y a de grosses pompes et des installations de génie et de bio-ingénierie derrière tout cela. Nous voulons nous assurer, en quelque sorte, que tous les petits points figurant au bas du diagramme de l'AMTI, tous ces petits points seront absorbés par les algues.

En réalité, sur la seconde page, nous devons pouvoir nous assurer d'avoir en place les récepteurs nécessaires des matières inorganiques générées par la bioturbation et la décomposition. Il s'agit, en quelque sorte, de savoir qui sera convié au grand banquet pour absorber tous ces nutriments, ce grand gâteau de nutriments. Nous devons faire très attention. Si nous ne faisons rien, ce pourraient être des algues nuisibles opportunistes. Nous avons ici des illustrations de marées vertes et de marées rouges. Il pourrait aussi s'agir d'algues opportunistes commerciales, le type d'algues que nous voulons bien cultiver. Sur l'illustration de droite, donc c'est là où vous vous trouviez lundi, mais la photo a été prise en mai ou en juin. Les algues ne sont plus ces toutes petites choses accrochées à la corde que vous avez vues, ou perçues, elles font maintenant un mètre et demi de longueur, deux mètres. Nous devons donc penser à cela pour assurer la continuité du cycle. Il faut que le milieu de la photosynthèse complète le cycle.

Cela veut dire que les algues qui s'accrochent aux plantes aquatiques, dans l'aquaculture en eau douce, doivent faire l'objet d'une sérieuse étude, dans le monde occidental. C'est un problème du monde occidental. En fait, à l'échelle mondiale, les algues représentent 49 p. 100 des espèces de la mariculture. Mais elles sont méconnues, en Occident, puisque l'Asie en cultive 96 p. 100. Nous avons l'impression que l'aquaculture concerne les poissons, mais, à l'échelle du monde, les poissons ne représentent que 9 p. 100 de la mariculture. Donc, en fait, nous ne sommes pas conscients de leur existence, en Occident. Cela signifie qu'il faudrait tout de suite préparer des règlements sur les algues, puisque nous en sommes encore à l'étape de la précommercialisation, de façon à être prêts lorsque le produit pourra être commercialisé.

Dans des réunions fédérales et provinciales auxquelles j'ai participé, j'ai appris une expression anglaise : « Il ne faut pas réveiller le chat qui dort ». Il ne faut pas faire de bruit, quand rien ne bouge. Je ne crois pas que ce soit la bonne approche à adopter, étant donné que, en fait, nous sommes quasiment prêts à commercialiser notre produit et nous ne voulons pas passer les quatre ou cinq prochaines années, prendre tout le temps qu'il faudra pour élaborer ce règlement avant d'être finalement capables de le commercialiser. C'est maintenant, avant la phase de commercialisation, qu'il faut préparer ce règlement, il faut bien le faire et il faut bien réfléchir à ce que nous voulons.

Il nous faut également revoir complètement le fonctionnement des fermes aquicoles. Ce n'est évidemment pas faisable dans des zones délimitées par quatre bouées, et la gestion devrait plutôt se faire en fonction de la stratégie de gestion de la baie, en tenant compte des différents éléments dont vous parlez. Si vous parlez des gros nutriments organiques particulaires, ils sont gérés à l'intérieur de la zone. Si vous parlez des petits nutriments organiques particulaires, leur empreinte est un peu plus large, mais elle ne dépasse pas de plus de 10 à 30 mètres les limites de la zone aquicole. Si vous parlez de nutriments inorganiques solubles, vous devez assurer une gestion à l'échelle de la baie, tout comme pour les vecteurs pathogènes des parasites. Nous avons donc besoin de stratégies différentes selon le type de nutriments dont il est question. Par exemple, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick, il y a à l'heure actuelle 96 sites de poissons marins, car trois zones de gestion des baies permettent cette rotation qu'ils respectent. Cela veut dire que les deux tiers des sites devraient être exploités, ce qui fait environ 64 sites, et pourtant, en gros, seulement 45 sites sont actifs. Cela signifie qu'en tout temps, 19 ou 20 sites ne sont pas exploités. Je crois qu'il faudrait les exploiter et que nous devrions envisager d'y cultiver des algues, toujours en intégration avec les zones de gestion des baies pour l'aquaculture. Nous ne pouvons pas tout arrêter en disant que c'est impossible à faire, car ça n'a jamais été fait avant. Nous devons aller au-delà de cela. C'est maintenant que nous devons préparer une bonne réglementation, avant la commercialisation.

Nous devons également penser à la séquestration des nutriments organiques solubles à l'échelle de la gestion des baies. Sur cette carte, vous voyez que les baies sont indiquées; j'érigerais des stations de lavage des algues et des nutriments, et j'y associerais le concept des crédits d'échange de nutriments, sujet que j'ai abordé lundi. Voilà pour le milieu marin.

En ce qui concerne le milieu de l'eau douce, ce n'est pas l'azote qui constitue le problème, c'est le phosphore, et nous devons chercher des moyens de régler ce problème. Généralement, on peut réduire au minimum son impact à l'aide de traitements physiques, des filtres, des bassins de décantation, ce genre de choses. Le problème, c'est le phosphore soluble. On peut bien changer la composition de l'alimentation, mais il restera toujours des produits chimiques qui doivent faire l'objet d'un traitement biologique. Les traitements biologiques coûtent très cher. Ils utilisent fondamentalement du sulfate de fer et quelques polymères. Le traitement permet de lier le phosphore, ce qui fait que cet élément disparaît de la colonne d'eau; il forme un précipité et tombe au fond. Du côté de la réglementation, aucun problème. Si vous prenez des mesures dans les colonnes d'eau, vous constatez une diminution du phosphore, mais vous avez déplacé le problème, il se trouve maintenant au fond. À mes yeux, l'AMTI permet de réutiliser ce que j'appelle les « nutriments ». Je ne les appelle pas des « déchets ». Pour moi, il s'agit de nutriments.

Pourrions-nous mieux utiliser le phosphore et les autres nutriments? Je crois que nous pourrions utiliser l'AMTI en eau douce, également. Nous utilisons ces nutriments; pas les déchets, les nutriments comme engrais. C'est ce que nous faisons à l'Université du Nouveau-Brunswick, à Saint John. Nous avons mis en place un projet pilote pour l'AMTI en eau douce. Vous le voyez, ce projet en est à ses tout débuts. Six semaines plus tard, nous étions sérieusement en train de penser à la vinaigrette que nous allions utiliser. Cela va donc assez vite. Je crois que l'AMTI, en eau douce ou en milieu marin, nous permettra vraiment d'effectuer un processus qui va de l'œuf à la table, et c'est bien ce que l'industrie, en matière de marketing, aime à montrer.

Alors, je crois que la diversification nécessaire de l'industrie aquicole au Canada est essentielle à sa compétitivité. La mise en place d'un système d'AMTI devrait entraîner non seulement une augmentation de la rentabilité, étant donné que vous pouvez cultiver plusieurs espèces dans une même zone de culture, mais qu'elle favorisera également la diversification économique, la durabilité de l'environnement et l'acceptabilité sociale.

Un autre aspect dont il faut parler concerne les changements climatiques, qui auront également une incidence sur l'aquaculture. À mon sens, une stratégie axée sur l'AMTI et sur un portefeuille diversifié d'espèces — du poisson, des algues, des invertébrés, des microbes — constitue une bonne option d'atténuation en cas de crise économique. J'aime bien dire qu'il ne faut pas mettre tous ses œufs de saumon dans le même panier. En diversifiant son portefeuille, on atténue les risques.

Je crois que les services rendus à l'écosystème par l'aquaculture d'extraction devraient être reconnus et valorisés, tant pour l'aquaculture axée sur l'apport de nourriture que pour l'aquaculture proprement dite, l'élevage de poisson, mais aussi pour la société en général, et que c'est la raison pour laquelle nous devrions adopter des crédits d'échange de nutriments, qui sont à mes yeux bien mieux qu'une taxe sur le carbone. Je préfère de loin parler d'un crédit sur le carbone, d'un crédit sur l'azote, d'un crédit sur le phosphore. Nous pourrions utiliser ce crédit comme une mesure fiscale incitative pour encourager les aquaculteurs, qui sont généralement des mono-aquaculteurs, à adopter l'AMTI, une option économique viable. Nous connaissons l'agronomie. Il est temps de nous pencher sur « l'aquanomie ». Il faut augmenter une production aquicole responsable grâce à la diversification. Une réforme de la réglementation, de nouvelles lois, une nouvelle loi sur l'aquaculture, peut-être, auraient également des retombées positives dans les régions, sur les emplois et les possibilités économiques, en particulier dans les collectivités rurales et côtières.

Dernière diapositive. Je suis désolé de témoigner tout de suite après le dîner, mais vous avez ici une idée de tout ce qu'on peut faire avec des algues, des moules, des crustacés et des poissons cultivés dans le cadre de l'AMTI. Bon appétit.

Le président : Merci, monsieur Chopin.

La première question émanera de notre vice-présidente, la sénatrice Hubley, s'il vous plaît.

La sénatrice Hubley : Bienvenue à tous les deux; merci de vos exposés d'aujourd'hui. Nous sommes certainement entrés de plain-pied dans le domaine de la recherche scientifique. Monsieur Smith, vous avez étudié dans le domaine de l'aquaculture et de l'environnement pendant la majeure partie de votre carrière. Le centre des sciences de la mer Huntsman semble à coup sûr une installation fantastique, mais il y a aussi, sur votre campus, une section consacrée à l'aquaculture. J'aimerais connaître votre opinion générale, et celle des nombreux experts qui visitent votre centre ou y travaillent, sur la question de savoir si l'industrie aquicole est réellement responsable et sûre, sur le plan de l'environnement, et si elle contribue vraiment au secteur?

M. Smith : Merci. Nous recevons un défilé constant de scientifiques, qui s'intéressent à toutes sortes de choses. De nombreuses raisons motivent les scientifiques à venir travailler au centre Huntsman. L'aquaculture est l'une de ces raisons. L'aquaculture est l'une des activités clés que nous menons dans les domaines de la recherche et des sciences appliquées. Certains de nos clients y effectuent des travaux sur la nutrition, cherchent à mettre en valeur de nouvelles espèces ou à mettre au point des techniques de gestion de la santé des poissons ou encore s'intéressent à l'environnement. Je puis affirmer sans réserve que tous les scientifiques qui travaillent dans le domaine de l'aquaculture le font parce qu'il faut que l'industrie puisse aller de l'avant.

Je ne devrais peut-être pas m'exprimer en leur nom, mais je dirais qu'ils ne feraient pas ce travail s'ils ne pensaient pas que cette industrie est durable et qu'elle est responsable. Le travail qui se fait vise donc à répondre aux questions suivantes : comment pourrait-on améliorer l'industrie? Ou l'alimentation? Comment pourrait-on améliorer les techniques de gestion de la santé des poissons? Ou encore les techniques de gestion de l'environnement et les techniques de contrôle? Je crois que c'est une façon très positive de faire avancer l'industrie. On ne se contente pas d'observer la situation et de constater que rien ne va plus et qu'il faut tout cesser. On dit au contraire que c'est bon, que cela peut être amélioré, et nous nous demandons comment il faut procéder.

La sénatrice Hubley : Étant donné qu'ils se trouvent d'une certaine façon à l'avant-garde des relations entre l'environnement et l'aquaculture, est-ce qu'ils étudiaient des domaines avec lesquels nous ne sommes pas encore familiarisés et qui pourraient assurer la durabilité future de ce secteur? Le savez-vous?

M. Smith : Bien sûr. Je pourrais parler rapidement d'une chose, peut-être deux, par exemple le fait qu'il faut mettre au point de nouveaux agents thérapeutiques pour l'industrie aquicole. Nous venons d'entamer un nouveau travail, pour des clients, qui consiste à évaluer les effets de nouveaux agents thérapeutiques sur des espèces non ciblées. Ces travaux avaient déjà été commandés par le ministère des Pêches et Océans. Un changement du mandat du ministère a entraîné la perte de cette expertise. C'est une perte qu'il faut remplacer. Ce type de recherche est une nécessité, et le centre Huntsman s'est attaqué de façon proactive à ce travail. Je crois qu'il se passe beaucoup de choses en coulisse. Le public n'en sait rien, étant donné que, pour les compagnies pharmaceutiques, l'élaboration de nouveaux agents thérapeutiques représente des travaux exploratoires. Mais nous savons que des travaux sont en cours, et je crois que c'est un indice très positif du fait que l'industrie reconnaît que la gestion de la santé des poissons est un processus continu et qu'il faut continuer à y travailler.

Je vous donnerais un autre exemple, la création de stocks géniteurs. Nous travaillons en collaboration avec l'industrie dans le cadre du Atlantic Salmon Broodstock Development Program. Cela montre que l'industrie reconnaît que la gestion du poisson, dans une perspective génétique, doit se poursuivre et s'améliorer. Encore une fois, ce travail se passe parfois en coulisse, mais il est nécessaire que l'industrie continue à évoluer.

La sénatrice Hubley : Merci beaucoup.

La sénatrice Stewart Olsen : Merci d'être venus. J'ai deux questions à poser, une à chacun de vous.

Comment les projets de recherche arrivent-ils au centre Huntsman? Vous dites que vous avez des clients. Est-ce qu'ils se présentent à vous en disant qu'ils aimeraient étudier ceci ou cela? Ou est-ce que c'est vous qui cernez les enjeux ou les défis qui méritent d'être étudiés, dans le monde de l'aquaculture?

M. Smith : Les recherches sont menées selon trois grands modèles généraux, au centre Huntsman. Il y a pour certains projets des clients qui se présentent au centre Huntsman et, essentiellement, louent nos installations pour mener leurs propres recherches. Nous avons ainsi un client qui utilise nos installations depuis le milieu des années 1990. Il occupe un de nos édifices; nous l'approvisionnons en eau. Nous avons fourni les installations. Les clients s'adressent à nous pour faire des recherches exclusives, qui répondent à leurs besoins, et cela fonctionne très bien.

Selon un autre modèle, nous élaborons nous-mêmes des projets. Nous savons que ces projets sont nécessaires et qu'ils sont utiles à l'industrie. Notre programme de création de stocks géniteurs du saumon de l'Atlantique en est un bon exemple. C'est notre projet. Nous en détiendrons les droits de propriété intellectuelle, mais nous menons ce projet en collaboration avec un partenaire de l'industrie.

Dans le troisième cas, les projets sont, disons, mixtes. Un client demande à louer nos installations, et embauche nos techniciens, mais il mènera ses travaux avec son personnel, en étroite collaboration avec nous. Il s'agit souvent, par exemple, de projets universitaires; les scientifiques vont utiliser notre navire de recherche ou nos bassins. Ce sont nos techniciens qui vont s'occuper de leurs poissons ou faire fonctionner leurs engins. Nous travaillons en étroite collaboration avec eux.

Nous sommes donc assez flexibles, à ce chapitre, ce qui nous permet de travailler en très étroite collaboration avec les membres de la collectivité et de faire des travaux vraiment très intéressants, parfois. Toutes nos activités sont rémunérées au service. Aucun ministère ne nous accorde de subvention de soutien. Nous devons nous fier entièrement à nos propres compétences en matière de développement de projet si nous voulons rester viables.

La sénatrice Stewart Olsen : Ce qui est bon, d'une certaine façon, car vous ne subissez pas d'influences extérieures.

Monsieur Chopin, vous avez abordé un sujet très intéressant. Nous n'avons pas eu le temps de nous y arrêter, et je ne sais pas si la question est vraiment pertinente. Il s'agissait des algues. Elle est pertinente car, si nous pouvons les cultiver et les récolter et les utiliser pour nettoyer les déchets, ce serait une bonne chose. Je sais qu'il y a ici des gens de la Gaspésie qui mènent des travaux préparatoires touchant les algues. Est-ce qu'il se fait quelque chose dans le domaine des algues dans le Canada atlantique? Il me semble que cette culture convient tout à fait à la production et à l'utilisation.

M. Chopin : Je suis le directeur scientifique du CIMTAN, le Réseau canadien d'aquaculture multitrophique intégrée. Nous dirigeons 16 projets, dont deux concernent les algues, les plantes. Nous en sommes à l'étape de la précommercialisation.

Vous avez vu trois radeaux, lundi. Chaque radeau permet de produire 16 tonnes humides, c'est-à-dire 1,6 tonne sèche. Nous allons atteindre des niveaux commerciaux. Nous appliquons à l'heure actuelle une stratégie qu'on appelle le « bioraffinage ». Je n'aime pas beaucoup l'expression, les gens s'imaginent toujours qu'il s'agit d'oléoducs et de pétrole. C'est plutôt une façon de faire les choses différemment, avec les mêmes matériaux.

À l'heure actuelle, dans le cas des algues, nous travaillons avec trois restaurants, deux restaurants haut de gamme, un restaurant milieu de gamme, et il s'agit donc d'aliments pour la consommation humaine. Nous travaillons dans le domaine des cosmétiques, avec une entreprise de Monaco. Nous travaillons également avec Cooke Aquaculture qui teste les algues dans l'alimentation des saumons. C'est une forme de substitution partielle des protéines, car, on se le demande, pourquoi utiliser les petits poissons pour nourrir les gros poissons? Pourquoi ne tenir compte que des protéines fournies par les plantes terrestres, alors que les plantes des milieux maritimes renferment également beaucoup de protéines?

Nous nous occupons aussi de la certification biologique. Nous avons obtenu une certification biologique pour nos algues en juin dernier. Nous produisons également un biocombustible, une sorte de charbon, à partir des algues, que nous utilisons dans nos systèmes aquaponiques ou en eau douce.

La sénatrice Stewart Olsen : Vous pensez donc que cela appartient au domaine de l'aquaculture? Il s'agit en réalité de cultiver des algues.

M. Chopin : C'est amusant; dans le monde occidental, je dirais tant en Amérique du Nord qu'en Europe, les gens en savent très peu. En fait, 96 p. 100 de l'industrie des algues est concentrée en Chine, en Corée et au Japon, principalement. C'est une énorme industrie. Elle produit 19 millions de tonnes. C'est une industrie qui génère quelque 6 milliards de dollars. Personne n'en sait rien, en Occident, et nous essayons tout simplement d'en obtenir une petite part. Je crois que nous devons nous diversifier, ne pas faire qu'une seule chose. En outre, je n'ai pas intérêt à me lancer sur le marché asiatique, car il est saturé. C'est la raison pour laquelle je vise le marché de l'Amérique du Nord et de l'Europe.

La sénatrice Stewart Olsen : Merci beaucoup.

Le sénateur Meredith : La sénatrice Stewart Olsen a posé une question touchant vos finances, votre base de clients, et des choses comme ça. Si le centre Huntsman recevait davantage de soutien, est-ce qu'il aurait davantage de clients? Où aboutissent les données, les informations qui sont produites? Il arrive que des rapports de recherche soient tout simplement tablettés. Comment pouvons-nous faire pour qu'ils influent sur le marché? Veuillez nous expliquer en quoi consiste votre stratégie, à ce chapitre.

M. Smith : Vous me demandez comment nous pourrions travailler davantage, et mieux? Nous sommes certainement limités par les installations. Nous travaillons en très étroite collaboration avec la Station biologique de St. Andrews, avec qui nous avons toujours entretenu d'excellentes relations. Nous partageons avec elle notre système d'approvisionnement en eau salée. Nous partageons nos installations, nos employés. Je crois qu'il serait excellent que le centre Huntsman et la station biologique augmentent leurs activités de collaboration, réfléchissent de façon un peu plus proactive aux priorités, aux mandats de la station et aux limites auxquelles elle fait face quand elle essaie de s'acquitter de ces mandats. Nous avons l'occasion de faire en sorte que des partenaires non gouvernementaux réalisent avec nous quelques bons projets de collaboration. Je pense à toutes nos installations, je pense à leur durabilité et à leur croissance à venir, nous avons là de belles possibilités. Encore une fois, étant donné le nombre d'experts auquel nous avons accès, nous pouvons réunir un grand nombre de personnes. Mais nous avons besoin pour cela d'installations et d'eau. Nous devons vraiment penser à prendre de l'expansion de ce côté.

La deuxième partie de votre question, sénateur Meredith, avait trait à la diffusion de l'information. Comme je l'ai dit à la sénatrice Stewart Olsen, nous avons, avec nos trois modèles de travail, différentes façons de diffuser de l'information. Quand nous travaillons avec des clients du secteur privé, c'est souvent parce qu'ils se sont adressés à nous précisément en raison de la nature confidentielle de leur travail, qui est un travail exclusif, et qu'ils doivent protéger leurs propres intérêts commerciaux.

Il y a ensuite les travaux qui doivent nécessairement être du domaine public. Nos scientifiques publient régulièrement des articles dans des journaux faisant l'objet d'un examen par les pairs. Nous en parlons régulièrement dans le cadre de conférences et d'ateliers.

De plus, l'Aquarium-découverte Fundy nous donne un moyen fantastique de diffuser de l'information auprès du public. L'an dernier, nous avons reçu 2 700 visiteurs à l'aquarium. Nous y avons installé des présentoirs qui traitent spécifiquement de l'aquaculture et des autres industries de notre région; ils traitent également des efforts de conservation déployés dans notre région. La Fédération du saumon atlantique a un présentoir, à l'aquarium. Nous pouvons donc transmettre de l'information aux gens qui viennent visiter l'aquarium et aussi parce que nous discutons avec les étudiants. Nous avons un programme pour les élèves de la deuxième année, de la quatrième année et de la sixième année, un programme pour les écoles secondaires et des programmes pour les étudiants de niveau universitaire. La nature même du centre Huntsman nous aide réellement à communiquer avec le public de façon très proactive.

Le sénateur Meredith : Nous avons parlé plus tôt, avec les premiers témoins, de la pénurie de main-d'œuvre actuelle et de la façon d'attirer les jeunes vers l'aquaculture. Est-ce que cela fait également partie de vos programmes? Les jeunes se demandent toujours ce qu'ils ont à y gagner. Ils se posent peut-être la question uniquement en pensant à l'argent, mais ils peuvent aussi se la poser en pensant à l'entrepreneuriat. Est-ce que vous abordez cette question dans les programmes offerts au centre Huntsman?

M. Smith : Oui. Nous travaillons en très étroite collaboration avec les universités, d'une part, mais aussi avec le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, qui offre un programme en aquaculture. Des universités utilisent nos services, entre autres l'Université du Nouveau-Brunswick. Cette université offre un programme de 16 semaines en sciences maritimes, qui vient tout juste de se terminer, pendant lequel les étudiants font un stage au centre Huntsman. Nous collaborons avec plusieurs universités, dont les Universités McGill et Western, ainsi que celles de Guelph, Waterloo et Moncton. Et il y en a une autre, je ne me souviens pas du nom pour l'instant. Tous ces étudiants visitent nos installations, ils voient l'aquaculture en pratique. C'est une exposition directe. Nous offrons aux élèves de sixième année un programme de découverte des océans; pratiquement tous les élèves de la sixième année du sud-ouest du Nouveau-Brunswick y participent. Ce programme aborde aussi rapidement la question de l'aquaculture. Nous avons vraiment beaucoup de bonnes occasions de diffuser de l'information de manière très proactive.

Le sénateur Meredith : Monsieur Chopin, en ce qui a trait à l'AMTI, ma collègue a déjà parlé de la possibilité que l'aquaculture, en soi, puisse déboucher sur d'autres industries ou la production d'autres produits. J'aimerais que vous parliez des propriétés des engrais. Nous voyons, dans l'agriculture, des cas de ruissellement, les répercussions sur l'environnement qu'ont entraînées certaines sortes d'engrais. En ce qui a trait à cette souche particulière d'algues sur lesquelles vous faites des essais, quelles sont les propriétés que vous leur avez trouvées, et à quoi se comparent-elles?

M. Chopin : Ce que nous faisons, avec l'AMTI, c'est d'étendre l'aquaculture d'extraction, c'est-à-dire les algues, mais aussi les invertébrés, les crustacés, les concombres de mer, les oursins, et cetera. En réalité, alors, nous parlons de composantes qui tirent leur nourriture de l'environnement, contrairement à l'élevage de poissons ou de crevettes, où vous devez fournir des aliments. Dans ce cas-ci, il n'y a rien à fournir. Vous les laissez absorber les nutriments. Les algues produisent beaucoup d'azote, de phosphore et de carbone. Les algues sont en fait riches en azote, ce qui veut dire qu'elles sont également riches en protéines, donc, également, qu'elles ont une valeur nutritionnelle. C'est pour cette raison que nous les intégrons à l'alimentation du saumon.

Par exemple, l'industrie des cosmétiques de Monaco s'intéresse beaucoup aux produits dérivés pour la peau, en raison de la présence de microéléments. Elle s'y intéresse parce que ces produits offrent des propriétés particulières, mais aussi parce qu'il y a de bonnes histoires à raconter. La certification biologique de l'AMTI est aussi très utile dans le secteur des cosmétiques.

En ce qui concerne la croissance, je dirais seulement qu'il faut faire très attention. L'endroit choisi est très important. Où allez-vous élever des crustacés? Où allez-vous placer les algues de façon qu'elles puissent absorber ces nutriments? Quand ils sont placés au bon endroit, nous avons observé que les algues comme les invertébrés croissent davantage. Voilà pourquoi je préfère de loin parler de nutriments, plutôt que de parler de « déchets ». En même temps, les nutriments, c'est comme un morceau de chocolat. Un peu de chocolat, c'est bon; trop de chocolat, ça rend malade. Il faut trouver le juste milieu.

Le sénateur Meredith : Trouver l'équilibre. Je vous remercie.

La sénatrice Poirier : Merci, et bienvenue à tous les deux. .

Ma question s'adresse à M. Chopin et concerne en fait encore une fois les algues. Dans votre exposé, vous avez dit qu'il fallait préparer dès maintenant un règlement sur les algues. Vous avez aussi parlé de l'expression « ne réveillez pas le chat qui dort », en disant que c'est ce qu'on vous répond quand vous parlez de préparer un règlement. Vous avez parlé des intervenants des gouvernements fédéral et provinciaux. J'ai deux questions. Premièrement, faudrait-il que le règlement soit élaboré par ces deux ordres de gouvernement, ou d'un ordre plutôt qu'un autre? Deuxièmement, l'industrie s'est-elle montrée intéressée? Est-ce que les gens qui s'intéressent à l'aquaculture sont également intéressés à cultiver des algues et à poursuivre dans cette voie?

M. Chopin : Je vais répondre à votre dernière question. Oui, à l'heure actuelle, nous discutons avec les intervenants de Cooke Aquaculture et nous faisons des expériences de culture des algues et de précommercialisation. Cooke Aquaculture est responsable, je dirais, de 85 p. 100 des entreprises aquicoles de la côte Est du Canada.

La sénatrice Poirier : Ce sont eux qui vous ont demandé de mener ces recherches?

M. Chopin : Oui. C'est un projet de recherche en commun. Nous nous sommes toujours intéressés à cette question, et cela vient avec un règlement. Je n'ai jamais voulu que les recherches sur les algues et les crustacés ne soient menées qu'en laboratoire. En laboratoire, il est très facile de faire des recherches dans un petit bassin de 50 litres, puis de faire des multiplications et d'autres multiplications et d'obtenir un résultat fantastique. J'ai toujours voulu faire ces études à l'échelle de la réalité, et c'est la raison pour laquelle nous nous sommes associés à une entreprise du domaine de l'aquaculture. Notre partenaire était pour commencer Heritage Salmon, et cette entreprise a été achetée par Cooke. Les responsables de Cooke ont décidé de poursuivre le programme commencé par Heritage. Nous travaillons donc avec Cooke Aquaculture. Toutes sortes d'entreprises s'intéressent à la question. Je crois que les gens attendent de voir les résultats. Si la culture donne de bons résultats, je crois que davantage de gens s'y intéresseront.

En ce qui concerne le règlement, il y a en général au Canada deux ordres, le règlement provincial et le règlement fédéral. Dans un certain nombre de provinces, il y a des protocoles d'entente. Je dirais qu'il faudrait mettre tous les efforts en commun pour harmoniser la réglementation. Il y a des écarts, aux différents niveaux. Par exemple, j'ai parlé lundi d'une entreprise qui faisait de l'AMTI sur la côte Ouest, sur l'île de Vancouver. L'Agence canadienne d'inspection des aliments lui a donné le feu vert pour ajouter 12 zones supplémentaires pour l'aquaculture d'extraction, 12 zones en même temps. Et paf! C'était fait. Au Nouveau-Brunswick, nous y allons une zone à la fois. Cela prend énormément de temps. Cela prend beaucoup de temps. À mon avis, si cela relevait de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, nous devrions adopter un règlement national.

À l'heure actuelle, il y a beaucoup de règlements sur l'élevage du poisson. Il y en a moins en ce qui concerne les crustacés. Pour les algues, il n'y en a pas. J'aurais tendance à dire qu'il faudrait faire quelque chose maintenant, de façon à sauver du temps. À défaut de quoi, quand nous atteindrons enfin des niveaux commerciaux, il nous faudra consacrer quatre ou cinq ans à l'élaboration d'un nouveau règlement. Mettons-nous-y tout de suite, de façon à avancer tous au même rythme. C'est à ce moment-là qu'on me demande de ne pas réveiller le chat qui dort. Je ne comprends pas, moi. Ce serait bien mieux de s'asseoir dès maintenant autour d'une table — les provinces, le gouvernement fédéral, l'industrie, les milieux universitaires — pour élaborer ensemble un bon règlement plutôt que d'attendre quatre ou cinq ans, car ce sera tout d'un coup une urgence, et le règlement ne sera pas nécessairement très bon. Pour faire du bon travail, il faut le faire maintenant.

La sénatrice Poirier : Nous avons visité, hier, une installation de Gaspé qui fait des expériences sur les algues. Est-ce qu'il faudrait que cette entreprise se conforme à un règlement provincial pour être en mesure de faire quelque chose maintenant ou en est-elle encore à l'étape des expériences, elle aussi?

M. Chopin : Je crois qu'elle en est à l'étape expérimentale elle aussi, mais elle fera face au même problème.

La sénatrice Poirier : Merci.

Le président : Sénatrice Lovelace Nicholas?

La sénatrice Lovelace Nicholas : Je n'ai pas de question.

Le président : Nous tenons à remercier les témoins de leur témoignage d'aujourd'hui. Vous apportez un point de vue différent sur cette industrie, et vous avez certainement formulé de grandes préoccupations. Si vous pensez que notre comité pourrait utiliser des informations supplémentaires au moment de préparer son rapport, veuillez s'il vous plaît les transmettre au greffier ou à l'analyste. Merci de votre temps.

J'aimerais accueillir nos prochains témoins et les remercier d'avoir pris le temps de se présenter ici cet après-midi. Veuillez vous présenter, avant que nous commencions.

Teresa James, mairesse, village de Blacks Harbour : Je m'appelle Teresa James. Mes amis et ma famille m'appellent Terry. Je suis la mairesse du village de Blacks Harbour, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick.

Stan Choptiany, maire, village de St. Andrews : Je m'appelle Stan Choptiany, et je suis le maire de St. Andrews. C'est un plaisir d'être ici, et je vous remercie de l'invitation.

Le président : Je crois que vous voulez faire une déclaration préliminaire.

Mme James : Je vais commencer. J'ai une brève déclaration à faire pour vous donner une idée de la vie à Blacks Harbour.

Avant l'aquaculture, le sud-ouest du Nouveau-Brunswick était la région la plus pauvre de la province. Après la fermeture des bases militaires et aériennes locales, à la fin des années 1940, l'économie reposait sur la pêche traditionnelle.

Depuis la fin des années 1800, Blacks Harbour a eu le très grand bonheur d'héberger la compagnie Connors Brothers Limited, aujourd'hui Clover Leaf Seafoods, dont les installations sont reconnues comme étant les plus grandes installations de transformation de sardines du monde. Bien des gens ont affirmé que la Grande Dépression n'a eu aucune répercussion sur les gens qui vivaient et travaillaient à Blacks Harbour. L'entreprise s'est occupée des épouses et des enfants des honorables vétérans de nombreuses guerres, en les gardant au travail et en leur fournissant un logement à un prix abordable. Toutefois, au fil des générations, bien des jeunes ont levé le nez sur le travail exigeant dans les entreprises de transformation du poisson, et les jeunes hommes ont également refusé d'accompagner leur père sur les navires partant à la pêche au homard, préférant soit poursuivre leurs études, soit quitter la région pour aller dans les provinces de l'Ouest.

Pendant de nombreuses années, pendant les années 1950, 1960 et 1970, la croissance économique était pratiquement au neutre, dans le comté de Charlotte, jusqu'à ce que l'aquaculture débarque, vers la fin des années 1980. Aujourd'hui, un emploi sur quatre, dans le comté de Charlotte, est lié directement ou indirectement à l'industrie aquicole, qui injecte des millions de dollars dans nos économies locales et, en raison de la stabilité qu'elle procure, des emplois permanents offerts dans cette industrie, les jeunes familles achètent des maisons et des automobiles et, de manière générale, dépensent leurs revenus disponibles dans nos économies locales. En outre, je suis certaine qu'une bonne partie de cet argent se retrouve dans les économies de Saint John, Moncton et Fredericton.

L'impact positif de l'aquaculture sur nos collectivités a également de l'importance. Les travailleurs bénéficient de généreux régimes de soins de santé, qui comprennent les soins de la vue et les soins dentaires. Les enfants qui vont à l'école et voient ce qui se passe, grâce à de nouvelles lunettes, ou qui ne sont pas distraits par un mal de dents ont de meilleurs résultats sur le plan social comme sur le plan scolaire. Les maladies graves ne peuvent pas ruiner financièrement les gens, qui peuvent se payer des médicaments d'ordonnance coûteux. La diversité culturelle des travailleurs étrangers temporaires que nous employons dans cette industrie est un aspect qui a été et est toujours très apprécié dans nos collectivités, et nous avons formé avec ces travailleurs des amitiés de longue date.

C'est une chance pour nous que Cooke Aquaculture se soit installée dans notre collectivité. Lorsque le village avait besoin de faire refaire la toiture de son centre sportif, l'entreprise a été la première à offrir un financement équivalent aux sommes ramassées, et cette contribution, en réalité, a dépassé les 40 000 $. En 2010, lorsqu'une inondation a ravagé la collectivité de St. George, à proximité, l'entreprise a pris des mesures extraordinaires, en allant sauver les gens dans leur maison, avec les bateaux de l'entreprise, et en mettant sur pied des postes d'approvisionnement de secours pour offrir tous les produits nécessaires. Récemment, lorsque l'ouragan Arthur a frappé, cet été, l'entreprise nous a fait parvenir de la glace et de l'eau presque immédiatement, dans la collectivité.

Les représentants de l'industrie se retrouvent parfois à entraîner des équipes, des équipes locales; ils sont aussi parmi les rangs des pompiers volontaires, ils font du mentorat à l'école, ils contribuent financièrement en soutenant les installations récréatives et culturelles.

À mon avis, l'industrie de l'aquaculture fait la promotion de collectivités saines et durables, et j'entretiens l'espoir que tous les ordres de gouvernement vont l'aider, dans le processus de réglementation, afin que des collectivités comme la nôtre puissent continuer à profiter de la croissance et du développement sur les plans social et économique.

Merci.

Le président : Merci, madame James, de ce bel exposé.

Mme James : Merci.

M. Choptiany : Eh bien, encore une fois, merci de me donner l'occasion de m'adresser à votre honorable comité. J'espère pouvoir discuter de trois points, puis, avec un peu de chance, d'avoir également le temps de les approfondir. C'est un plaisir pour moi d'être ici avec Terry. Je la considère comme une amie.

Ce qui est intéressant, dans le comté de Charlotte, et même quand il s'agit d'aquaculture, c'est qu'il s'agit d'une famille, que rien ne se fait de façon isolée. Alors, ce qui est bon pour St. Andrews est bon également pour Blacks Harbour, et vice versa, dans toutes sortes de dossiers. Les projets que nous menons, nous les menons ensemble. C'est donc bien différent de ce que j'ai connu quand je vivais et travaillais en Ontario. Dans cette collectivité-ci, et, je crois, dans toute la province, nous faisons les choses avec les gens, grâce aux gens et pour les gens. C'est pourquoi je crois que c'était une magnifique expérience.

Il y a un sujet que je voulais aborder spécifiquement — je vais revenir à mon texte dans un instant — et qui concerne le fait que le comté de Charlotte ou la région de St. Andrews peuvent se réclamer d'une longue histoire au chapitre des sciences, plus d'un siècle d'histoire scientifique extraordinaire.

Le deuxième sujet que je voulais aborder, et M. Chopin en a bien sûr parlé un peu, c'est le concept selon lequel il est impossible de travailler isolément dans l'environnement. Vous ne pouvez pas en isoler une partie, tout est relié, et vous pouvez observer cet état de choses dans bien des aspects, à St. Andrews, et c'est un phénomène que je comprends bien.

L'autre chose, c'est que je crois qu'il est essentiel que tout ce concept de l'aquaculture et de l'industrie aquicole soit vu comme un partenariat équitable dans le domaine de la recherche. L'un ne va pas sans l'autre. Il ne s'agit pas de deux adversaires ou d'une compétition : c'est une situation fondée sur la synergie, où les deux parties vont bien et vont mieux en raison de cette relation.

Je vais me présenter rapidement. Je suis arrivé à St. Andrews en 1980 pour donner le premier cours de biologie marine de niveau secondaire. C'était au Centre des sciences de la mer Huntsman qui était, à cette époque, et est toujours, un consortium de recherche privé sans but lucratif. Il regroupait à l'époque 19 universités, et il y en a un peu moins aujourd'hui. Dans le cadre de mon travail, j'ai notamment collaboré avec la Station biologique de St. Andrews. Le premier été où je travaillais à St. Andrews, j'avais 37 étudiants. Nous recevions presque tous les soirs des conférenciers invités, parfois des conférenciers de la station biologique. Ils pouvaient nous expliquer l'état actuel des programmes de pêche et de recherche du nouveau domaine que constituait l'aquaculture.

Revenons-en aux années 1980; je constate en vous regardant que vous étiez à ce moment-là assez jeune. Il ne me semble pourtant pas que beaucoup de temps ait passé, mais si vous considérez que l'aquaculture a près de 35 ans d'histoire, vous comprendrez qu'elle n'en était qu'à ses balbutiements en 1980. Au cours des toutes premières années, le travail se faisait à la Station biologique St. Andrews, même si le centre Huntsman y participait déjà. En 1980, les paysages de St. Andrews et de Blacks Harbour étaient très différents. Nous allions avec nos élèves sur l'île Deer. Il y avait des usines de conserve et des parcs à homard, et pas seulement qu'un. Il y avait à St. Andrews une usine de conserve de harengs, jusqu'en 1976, mais elle a brûlé. Nous avons maintenant, comme Terry l'a dit, une seule installation. Bien sûr, elle est énorme, mais il y en avait des dizaines et il n'en reste plus qu'une.

L'industrie de la pêche tournait autour du hareng et du homard. Le concept de l'élevage de saumon ou de l'aquaculture était inconnu, en 1980, exception faite des réservoirs du fleuve St. Croix, exploités par la station biologique.

Il y avait une usine de thon, à Bayside — vous êtes peut-être passé à côté — et à l'époque, dans les années 1970 et 1980, c'était un important employeur, qui donnait de l'ouvrage à plus de 400 personnes. L'usine traitait et emballait le thon, en provenance de l'Île-du-Prince-Édouard, mais aussi du monde entier, et des bateaux du Chili et du Pacifique-Nord remontaient le fleuve St. Croix.

Il y a une chose qui a piqué ma curiosité, étant donné que je viens de l'Ontario et que je suis venu ici pendant l'été, pour travailler, avant de m'installer, et ce sont les navires-usines russes dans Passamaquoddy Bay qui venaient nous acheter les excédents de harengs, à l'époque. La situation était différente, et, évidemment, ce phénomène était en voie de disparition. La pêche au hareng devenait de plus en plus limitée. La pêche au poisson de fond disparaissait également, et il n'y avait rien pour la remplacer, jusqu'à ce qu'arrive l'aquaculture.

Donc, dès le début, la viabilité économique et les mesures de protection et d'innovation en aquaculture ont pu profiter de la recherche fondamentale sur la toxicologie et sur la réglementation, qui relevait principalement de Pêches et Océans et qui était exécutée à la Station biologique de St. Andrews. Je dirais même que l'industrie aquicole d'aujourd'hui a pour fondement le travail réalisé par les scientifiques du MPO et aussi, dans une moindre mesure, les projets de recherche réalisés encore aujourd'hui dans ce domaine. Quand je dis une moindre mesure, c'est parce que, à une certaine époque, il y avait plein de travaux de recherche. Les scientifiques qui s'adonnaient à des recherches étaient innombrables. C'est fantastique de voir que M. Chopin, M. Robinson et les intervenants de la station biologique poursuivent le travail, mais, comparé à ce que c'était — je cherche une façon de dire les choses — il y a encore de la place.

Parlons maintenant de la ville de St. Andrews. Elle assure sa prospérité depuis plus de 100 ans grâce à cette relation et aux contributions du milieu scientifique. La station biologique a vu le jour, je crois, en 1899 et est maintenant âgée de 115 ans; il s'agit donc d'une relation de longue date.

Pour la ville de St. Andrews, le comté de Charlotte et l'ensemble du Nouveau-Brunswick en fait, la Station biologique de St. Andrews est un établissement de recherche, certes, mais surtout un établissement hautement respecté dont la réputation mondiale donne au Canada de quoi s'enorgueillir. Mon voisin est un scientifique à la retraite âgé de 86 ans. Il reçoit encore des gens de partout dans le monde. Il n'est donc pas inhabituel de voir des escortes de la GRC, selon le pays d'où les gens viennent. Des fois, c'est simplement des chercheurs de renom qui veulent garder contact; c'est le cas de presque tous les scientifiques qui sont là.

La Station biologique a attiré des établissements de recherche et des chercheurs du Canada, des États-Unis et du monde entier. La station a par la suite accueilli la Fédération du saumon atlantique, le Centre des sciences de la mer Huntsman et un programme en aquaculture au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick. St. Andrews est ainsi devenue un pôle des sciences de la mer, comme on l'a déjà dit, et a profité de retombées économiques d'une importance immense pour une petite ville d'une collectivité rurale. À mon arrivée en 1980, la ville comptait 21 chercheurs et 88 employés de soutien, cette année-là, qui, ensemble, effectuaient des recherches de grande envergure dans le domaine des pêches. J'ai aussi mentionné que la plupart de ces scientifiques encadrent des diplômés qui suivent des programmes non seulement à l'Université du Nouveau-Brunswick, mais dans bon nombre d'autres universités. Par conséquent, en ce qui concerne la formation, la Station biologique et, dans une certaine mesure, le Centre des sciences de la mer Huntsman et la Fédération du saumon atlantique avaient des étudiants. C'était un peu comme avoir un petit bassin de futurs scientifiques, mais il n'y en a plus autant.

Ces 109 personnes, ainsi que leur famille, à St. Andrews, une ville de 1 800 habitants, représentaient environ 10 p. 100 de la population de la ville. Cet impact direct de la Station marine a contribué au maintien des écoles, à l'économie locale et à l'assiette fiscale.

M. Smith a parlé du montant fourni par le centre Huntsman. Eh bien, j'imagine que nous étions chanceux, parce que c'était aussi le cas de la Station biologique et, dans une certaine mesure, à une autre époque, de la Fédération du saumon atlantique. Ils ont participé au maintien des écoles, à notre économie locale et à notre assiette fiscale. De nos jours, cependant, il ne reste que sept chercheurs à la Station biologique, dont trois qui prendront bientôt leur retraite. Ils comptent sur un effectif total d'environ 50 employés et, bien sûr, d'un point de vue strictement municipal, c'est une menace qui pèse sur une ressource et qui aura des répercussions directes sur la ville.

Le sort de la Station est en cause, tout comme la contribution économique fondamentale qu'elle apporte à St. Andrews, à l'ensemble de la communauté ainsi qu'au secteur des pêches. La ville de St. Andrews a profité de la présence de la Station biologique et de ses succès, et elle dépend énormément d'elle. La Station biologique attire des gens éduqués qui viennent s'installer avec leur famille pour occuper des emplois bien rémunérés et travailler dans un établissement de recherche de renommée mondiale. La Station biologique est la base de la stabilité économique et de la vie culturelle. Le travail conjoint du Collège communautaire, la collaboration scientifique avec le Centre des sciences de la mer Huntsman, notamment de son centre de recherche sur le homard, de la Fédération du saumon atlantique ainsi que de la Station biologique contribue à l'avenir durable des pêches.

La mairesse James a mentionné l'importance sur le plan économique. En 2012, on évaluait les exportations de fruits de mer du Nouveau-Brunswick à 967 millions de dollars, c'est près de 1 milliard de dollars. De ces exportations, 210 millions de dollars étaient attribuables aux exportations de saumon atlantique d'élevage, qui n'existait pas en 1980. L'aquaculture a été un cadeau du ciel pour nous. Nous avons parlé de l'aquaculture du saumon, mais il y a aussi celle de l'esturgeon et d'un certain nombre d'autres espèces qui se sont ajoutées. Plus on introduit d'espèces et plus on élargit la portée de l'aquaculture, plus l'ensemble de l'industrie bénéficiera de stabilité.

Le Nouveau-Brunswick était le plus important exportateur de fruits de mer au Canada. Les pêches et l'aquaculture combinées représentent environ 8 000 emplois, principalement dans les régions rurales du Nouveau-Brunswick. Si on compare les pêches avec le PIB lié au tourisme — certains d'entre vous êtes venus à St. Andrews, et je l'apprécie, et on semble nous considérer comme une ville touristique, je n'ai rien contre —, on constate que les pêcheries l'emportent facilement. En ce qui concerne les revenus de la ville, même si nous avons le merveilleux hôtel Algonquin, nous tirons principalement nos revenus de l'industrie des pêcheries et de l'aquaculture. Par conséquent, même si les revenus liés au tourisme sont élevés, il faut voir les choses dans une juste perspective, et c'est ce que nous faisons à St. Andrews, sachant que les pêcheries sont nos principaux employeurs.

Compte tenu des défis auxquels se heurtent actuellement les pêches traditionnelles, l'aquaculture des produits de la mer est plus importante que jamais. En 2012, la valeur des exportations de homard était de 475 millions. On a mentionné dans un journal la semaine passée que 308 homardiers ont quitté les quais. Ces personnes emploieront directement 924 personnes et, indirectement, 1 848 autres personnes. Les recherches effectuées sur le homard à la Station biologique ont permis au MPO de créer un plan de gestion visant à maintenir la santé et la productivité de l'industrie et de la pêche du homard. Et là, vous étudiez la question de l'aquaculture, mais vous ne devez pas le faire de façon isolée. L'industrie de la pêche du homard et l'industrie de l'aquaculture travaillent main dans la main. Ce qui arrive à l'une des deux a un impact sur l'autre. Il est essentiel de bien comprendre cette intégration.

Il est clair que la recherche stimule l'économie maritime tout en protégeant l'environnement marin. La recherche doit se poursuivre si nous voulons protéger cette importante industrie. Avec la hausse des températures de l'eau, la capacité de cette dernière de transporter l'oxygène diminue. La recherche dans le domaine de la génétique pourrait-elle permettre de créer une espèce de poisson ayant besoin de moins d'oxygène? Comment comprendre l'anémie infectieuse du saumon, le pou du poisson et les autres problèmes qui affectent le saumon d'élevage? Quels traitements chimiques peuvent être utilisés en toute sécurité, et à quelle distance des autres espèces? Peut-on créer une espèce de poisson qui sera plus résistante à ce genre de problèmes? En mentionnant ces choses et bien d'autres, y compris l'acidification des eaux intérieures, force est d'admettre qu'il y a des défis. La viabilité de l'aquaculture va de pair avec la recherche. Il faut favoriser ce genre de synergie. Les travaux de recherche que nous réalisons pour favoriser et prévoir certaines répercussions futures sont essentiels. Encore une fois, certains intervenants, dont moi, voyons cette relation comme étant positive.

Les petites villes du comté de Charlotte forment une grande communauté. Les écoles, les commerces, les centres récréatifs et les établissements de soins de santé dépendent tous de la force et du dynamisme de la communauté, ce qui dépend en retour d'une solide base économique. Beaucoup soutiennent que le tourisme est la fondation de l'économie de St. Andrews, mais ce sont les pêches qui fournissent les principaux emplois et la plus large part des revenus.

Dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick et à St. Andrews, nous fonctionnons dans une économie maritime qui dépend de la santé du milieu marin, de la productivité des pêches traditionnelles et du succès de l'industrie aquicole. La réussite économique s'appuie sur l'équilibre, et cet équilibre dépend de la poursuite des recherches marines du gouvernement à la Station biologique de St. Andrews, au centre des sciences de la mer Huntsman et à la Fédération du saumon atlantique.

Merci.

Le président : Merci.

La première question sera posée par notre vice-présidente, la sénatrice Hubley.

La sénatrice Hubley : Bienvenue à vous deux. Vous fournissez à notre comité un autre point de vue, celui de maires des collectivités touchées par l'aquaculture au Canada et qui ont un impact sur ce secteur.

Madame James, j'ai vraiment aimé votre exposé parce que vous avez abordé la question du point de vue familial et nous avez rappelé l'importance des emplois, des écoles et de parents, à la maison, qui prennent soin de leur enfant, et des débouchés. Je crois que c'est un aspect très important.

Vous avez aussi parlé de la diversité culturelle que les travailleurs étrangers insufflent dans votre collectivité. On ne peut qu'être impressionné par tout le respect que vous accordez à l'industrie et le respect avec lequel celle-ci traite votre collectivité en retour. Pour cette raison, c'est une réussite, et je crois qu'il s'agit probablement d'une solution importante à bon nombre des problèmes auxquels nous sommes confrontés de nos jours.

Monsieur Choptiany, je vous remercie de votre exposé, qui était un peu différent et qui a retracé l'histoire de St. Andrews.

Après vous avoir écouté tous les deux — et, évidemment vous défendez la même collectivité qui englobe plus que vos deux villes —, j'ai l'impression qu'il y a une culture de la pêche et de l'aquaculture et que vous avez le sentiment d'être une collectivité de pêcheurs. Vous travaillez sur la mer, qui est votre moyen de subsistance, depuis déjà longtemps. Je crois que c'est un trait de beaucoup de collectivités rurales. Ce n'est peut-être pas le cas actuellement, mais peut-être que l'aquaculture sera l'une de ces industries qui donneront une nouvelle impulsion à nos collectivités.

J'ai deux ou trois questions sur la diminution des activités scientifiques réalisées à St. Andrews. Je crois que vous avez dit qu'il ne reste plus qu'une fraction du nombre de scientifiques qui y travaillaient avant. J'ai l'impression que ce devrait être le contraire, parce que nous découvrons que l'aquaculture, surtout, est une industrie qui a le vent dans les voiles et qui a beaucoup de potentiel. Il y a de gros problèmes — il y en a dans tous les secteurs —, et il faut maintenant les régler. Vous ne pouvez pas laisser l'industrie souffrir d'un manque de renseignements scientifiques. Je me demande ce que vous en pensez. Pouvez-vous nous dire pourquoi le nombre de chercheurs dans votre collectivité diminue? Y a-t-il des raisons précises dont vous pouvez nous parler?

M. Choptiany : Permettez-moi de répondre au moyen d'une petite mise en contexte. Lorsqu'on regarde les travaux scientifiques réalisés dans le passé par le ministère des Pêches et des Océans, on constate qu'ils visaient le long terme et qu'on les rajustait en fonction des problèmes rencontrés sans nécessairement établir des échéanciers précis. Les activités portaient sur le long terme. Comme on peut le voir, par exemple, avec l'acidification — il y a de plus en plus de dioxyde de carbone dans l'air, et il pénètre maintenant dans l'eau, ce qui la rend plus acide —, c'est le genre de recherche qui, à long terme, aura un impact sur toutes les espèces, et, entre autres, sur le saumon, qui est à son mieux à un pH de 8. Actuellement le niveau de pH a baissé, et l'eau est plus acide. Nous pouvons commencer à nous demander s'il n'y aurait pas d'autres façons d'examiner cette tendance.

Quant à savoir pourquoi des programmes ont été éliminés, une bonne partie de ces décisions — je ne peux pas vous fournir toutes les réponses, parce que ce n'est pas nécessairement mon domaine de compétence — ont été prises à un niveau supérieur et ont eu pour effet, soit de réduire le financement, soit de limiter les sujets de recherche. Très récemment, on a fermé un laboratoire de toxicologie et d'étude des contaminants. On réalisait des recherches dans ce laboratoire depuis très longtemps. Les chercheurs travaillaient de façon continue et étudiaient un large éventail de contaminants chimiques dans l'environnement marin pour en comprendre l'impact sur l'aquaculture.

Fait intéressant, certains des travaux qu'ils ont réalisés concernaient les déversements de pétrole. Au moment du déversement de BP dans le golfe du Mexique, certains de nos chercheurs ont été les premiers sur le terrain là-bas parce qu'ils bénéficiaient d'une réputation internationale. En fait, même lorsqu'ils ont pris leur retraite, les gens ont continué à les consulter. Je n'ai pas compris cette décision, mais c'est une décision qui a été prise à un niveau élevé au sein du ministère des Pêches et des Océans. Nous avons été déçus.

Selon moi, il y a tellement de choses sur lesquelles on pourrait et on devrait se pencher. Je vais vous donner deux autres exemples. À St. Andrews, une bonne partie des travaux que nous réalisons actuellement sont liés au fait que le niveau de la mer montera d'environ un mètre au cours des 80 prochaines années. Si le niveau de l'eau monte, l'eau pénétrera dans les terres. Nous analysons des renseignements très pointus sur les parties de la ville qui seront inondées. C'est une ville historique, on pourrait donc perdre 240 ou 250 ans d'histoire. Certains secteurs seront touchés. L'augmentation du niveau de la mer aura des répercussions sur tous les systèmes marins, que ce soit l'érosion côtière, l'aquaculture, les courants et un certain nombre d'autres choses.

L'autre exemple concerne l'eau potable que nous tirons d'un lac. Au cours des quatre dernières années, nous avons remarqué l'apparition d'une cyanobactérie. La cyanobactérie en question produit une toxine qui, jusqu'à présent, ne constitue pas un risque pour la santé. Avant, nous travaillions main dans la main avec le ministère des Pêches et des Océans pour trouver une solution. Nous n'avons plus accès au responsable de la biologie des eaux douces du ministère. La ville a donc perdu un soutien important. En tant que maire, je peux vous dire que l'eau potable est notre première préoccupation. Si on ne peut pas boire l'eau, il n'y a pas de ville. Voilà un autre dossier dans lequel Pêches et Océans a arrêté de réaliser des recherches qui nous étaient utiles. Je ne peux pas vous dire pourquoi, seulement vous dire que ça s'est produit et souligner qu'on pourrait faire beaucoup plus de recherches.

La sénatrice Hubley : Merci.

La sénatrice Poirier : Merci à vous deux d'être là et de nous avoir fait connaître votre point de vue municipal.

Voici où je veux en venir : nous avons entendu parler d'endroits qui n'ont pas ce problème, et d'autres qui l'ont, et je parle des sites d'aquaculture aménagés dans les collectivités. Dans certaines régions, les résidants semblent préoccupés par des questions de zonage, par les endroits où les installations devraient être aménagées et par différentes choses du genre. Dans l'un des endroits que nous avons visités, il y a un certain temps de cela, c'était en fait sur l'Île, si je me souviens bien, un témoin nous a dit que, lorsqu'il a voulu bâtir ses installations, il s'agissait d'un élevage terrestre, les responsables de la municipalité ou de la collectivité lui ont d'abord demandé à quoi allait ressembler son bâtiment et quel en serait l'impact sur différentes choses. Le témoin a répondu : « Je vais m'occuper de l'intérieur, occupez-vous de l'extérieur. Dites-moi ce que vous voulez et je vais le faire. »

J'aimerais savoir... Quand les activités commerciales d'aquaculture ont commencé dans votre région et quand elles sont devenues aussi importantes pour votre collectivité, avez-vous eu ce genre de problèmes ou est-ce que les gens étaient simplement heureux d'avoir un emploi? St. Andrews est une zone touristique. De quelle façon la collectivité a-t-elle réagi? Si vous avez eu ce genre de problèmes, de quelle façon les avez-vous réglés? Au chapitre de la municipalité, y avait-il des limites touchant le rezonage ou le zonage qui ont fait en sorte que les entreprises ne pouvaient pas s'installer à tel ou tel endroit ou des choses du genre?

Mme James : Pour commencer, je veux parler de l'aquaculture terrestre. Dans notre collectivité, il n'y en a pas. Il y a un site sur le lac Utopia, mais nous n'établissons pas de zonage sur l'eau, alors ce genre de problème ne s'est pas posé à Blacks Harbour. Cependant, dans les premiers temps de l'aquaculture, nous étions une collectivité de pêche traditionnelle, et il y a eu un peu de brasse-camarade à la jetée entre les pêcheurs et les pisciculteurs quant au partage de la jetée, de l'espace, de l'entreposage, des bateaux et des enjeux du genre, et la situation a été tendue pendant quelques années. Il y a un pêcheur de homards dans ma famille, et je me rappelle certaines des raisons de son mécontentement. Bien sûr, certains des pêcheurs à la nasse s'opposaient au projet et disaient que ces sites éloignaient le hareng. Ils ont depuis découvert que ce n'est pas aussi vrai ni aussi grave qu'ils l'ont d'abord cru.

Lorsque les pêcheurs de homards ont commencé à prendre beaucoup de homards près des cages, ils ont arrêté de se plaindre. Ils étaient heureux de leurs prises, et tout le monde semblait de bonne humeur. Les choses ont évolué au fil des ans, et non seulement les pêcheurs de homards ont pu accroître leur récolte, mais en raison des étroites relations de travail entre les pêcheries traditionnelles et l'aquaculture, il y a eu d'importants investissements dans notre port et pour les jetées, afin qu'elles soient suffisamment grandes pour répondre à tous les besoins. Si vous vous rendez à la jetée de la rue Brunswick, à Blacks Harbour, vous pouvez voir, à gauche, des bateaux de saumon en train de décharger ou charger leur cargaison, et, à droite, des bateaux de pêche traditionnels. Un peu plus loin, vous verrez une embarcation de plaisance amarrée. Les premiers temps ont été difficiles, mais les gens se sont rendu compte que leurs enfants restaient à la maison et se trouvaient d'assez bons emplois. Ils ne quittaient plus notre collectivité : ils s'achetaient une maison et fondaient une famille. Les grands-parents ont pu être de vrais grands-parents pour leurs petits-enfants, pas seulement sur l'ordinateur, mais en personne. En outre, les pêcheurs de homards bénéficiaient de meilleures prises, et, pour toutes ces raisons, les plaintes se sont rapidement estompées.

Aujourd'hui, dans ma collectivité, tout le monde partage les jetées. Nous en avons quatre — une sert au transport côtier, alors j'imagine qu'elle ne compte pas — alors il y en a trois en fait. Les pêcheurs de homards et de harengs et les pisciculteurs utilisent tous les mêmes jetées. Ils se parlent et se font des accolades lorsqu'ils se rencontrent aux jetées.

Notre voisin sur la côte, Beaver Harbour, a lui aussi réussi à éliminer une bonne partie de l'animosité. Je dois vraiment donner du crédit aux intervenants du secteur de l'aquaculture dans notre région pour leur plan de gestion de la baie et le fait qu'ils laissent des sites en jachère. Ils ne tapent sur les nerfs de personne, parce que leurs sites peuvent être actifs pendant une saison ou deux, puis, ils les laissent en jachère pendant une ou deux autres saisons et font une rotation dans toute la baie de Fundy. Cette pratique a elle aussi aidé à réduire les tensions.

Ce n'est pas toujours rose, mais la relation de travail entre tout le monde est assez amicale.

La sénatrice Poirier : C'est bien.

M. Choptiany : Je peux vous répondre de deux façons. Nous avons seulement une jetée. Pour nous, il serait préférable de ne pas en avoir du tout, parce qu'elle nous appartient. Nous devons donc la réparer, et, actuellement, les réparations de la première partie de la jetée nous coûteront environ 1,2 million de dollars. Si vous empruntez la jetée en véhicule, il faut rouler assez vite sur le premier tiers. La section commerciale de la jetée sert aux pisciculteurs. Les bateaux d'aquaculture s'y amarrent à l'année pour y charger du poisson. Ils sont l'unique ressource économique annuelle de notre jetée. Durant l'été, il y a bien sûr beaucoup de tourisme en raison des activités d'observation des baleines, et il y a aussi le club nautique local.

Lorsque j'ai commencé à enseigner et à effectuer des recherches, en 1980, la baie était différente. Les choses ont évolué à mesure que l'industrie de l'aquaculture a amélioré ses méthodes. Il y a maintenant moins de déchets et une bien meilleure utilisation des aliments. De plus, de nos jours, le secteur a adopté une approche d'aquaculture multi espèces intégrée, alors nous trouvons des façons de mieux utiliser les aliments dont nous disposons.

Terry a parlé de ce que faisaient avant les agriculteurs, qui laissaient leur champ en jachère pendant deux ou trois ans avant d'y revenir. C'est la même chose dans la baie, qui est l'un des trois principaux sites utilisés dans le cadre de la rotation. Par conséquent, les répercussions sont bien contrôlées.

L'autre problème, j'imagine, c'est que pour diverses raisons, les harengs ne viennent plus aussi souvent dans la baie qu'avant. Par conséquent, alors qu'il y avait avant des fascines à harengs partout autour de la baie, il ne reste que quelques fascines en activité.

À notre source d'eau potable, le lac Chamcook, il y a eu, pendant un peu plus d'un an, des activités d'aquaculture commerciale d'esturgeons d'eau douce aux installations de la Fédération du saumon atlantique. Je sais qu'il y a eu d'autres conditions climatiques, mais c'est cette année-là que nous avons découvert pour la première fois les cyanobactéries. C'est aussi l'année où le niveau du lac a baissé de quatre pieds. Personne n'avait eu connaissance d'une telle situation avant. Il n'y avait personne d'autre à pointer du doigt, mais les pisciculteurs n'avaient pas posé de mètre dans l'eau alors nous n'avons jamais pu savoir s'ils avaient pris tout l'eau. Beaucoup d'eau passait dans les cages fermées, et cela a eu un impact. Par la suite, les installations ont été transférées assez près de Blacks Harbour, dans une région qui compte un aquifère naturel et les installations utilisent une source d'eau différente. C'est la première année que nous avons vu cette algue bleu-vert néfaste. C'est vraiment difficile de dire quel est le lien exact, mais ça s'est produit.

Il y a donc eu des effets. C'est un processus d'apprentissage pour nous, parce que j'espère vraiment que nous allons avoir d'autres occasions d'aquaculture en eau douce, mais il ne faut pas utiliser le lac d'où nous tirons notre eau potable. Mais nous avons les capacités de recherche, et avec les autres capacités dans la région, il y a un très bon potentiel d'aquaculture d'eau douce.

La sénatrice Poirier : Merci.

Le sénateur Meredith : Monsieur Choptiany, vous êtes un témoignage vivant de la contribution de l'Ontario dans les Maritimes. Nous avons parlé plus tôt, lorsqu'il était question d'obtenir le soutien de l'Ontario, du fait que la province ne possède pas de très longues côtes comme on en voit dans les Maritimes. Par conséquent, à ce sujet, nous vous remercions de l'excellent travail que vous avez fait en tant que maire de St. Andrews.

D'autres témoins nous ont parlé d'une pénurie de main-d'œuvre. Qu'avez-vous fait pour attirer des gens afin de combler certains de ces manques? Comme vous l'avez dit, madame James, les jeunes quittent les collectivités, et ce, même s'il y a des débouchés. Avez-vous travaillé en collaboration, avec, par exemple, l'Ontario pour essayer de convaincre des jeunes de déménager ici afin de saisir certaines possibilités d'emploi?

Mme James : Nous avons essuyé des pénuries de main-d'œuvre, et une bonne partie des postes ont été pourvus grâce au Programme de travailleurs étrangers temporaires. Dans notre collectivité, nous avons de la difficulté à fournir des logements aux petites familles et aux gens seuls, et ce sont justement ce que cherchent les jeunes qui pourraient travailler dans l'industrie. La plupart des logements appartiennent aux occupants, si ce n'est pas la totalité d'entre eux. Il n'y a que quelques logements à louer, ce qui ne facilite pas l'installation des gens.

Du point de vue municipal, nous réalisons actuellement un projet en collaboration avec Habitat pour l'humanité. Nous venons de commencer deux projets : un qui concerne un immeuble à logements multiples, et l'autre, une maison unifamiliale. C'est un début.

Dans la collectivité, notre consommation d'eau est limitée. Notre source d'eau appartient à l'entreprise, et nous avons droit à 100 000 gallons impériaux par jour. C'est très difficile de mesurer notre consommation afin de savoir si nous utilisons notre part à plein rendement. Nous devons donc relever certains défis uniques. Nous ne pourrions pas approuver la création d'un grand ensemble résidentiel, parce que, conformément à notre entente, nous ne pourrions pas fournir l'eau potable aux résidants. C'est donc un problème important dans ma collectivité.

Cependant, un peu partout dans l'est du comté de Charlotte, il y a beaucoup de possibilités de développement résidentiel. À St. George, tout près, c'est à environ 15 kilomètres, il y a des appartements, et nous avons aussi des unités pour personne seule dans la collectivité, mais, personnellement, je ne vous les conseille pas.

Le sénateur Meredith : Merci de l'avertissement.

Mme James : Je ne serais tout simplement pas à l'aise dans ce genre d'environnement. J'ai besoin de plus de place, j'imagine.

Que faisons-nous à ce sujet? Nous essayons toujours de trouver des façons de travailler en partenariat avec l'industrie. Il y a des bâtiments vacants dans ma collectivité. Nous faisons beaucoup de représentation pour qu'ils soient transformés en logements, mais je suis sûr que c'est comme pour tout le reste, il n'y a pas beaucoup d'argent, et, très probablement, les entreprises veulent obtenir une aide financière avant de réaliser ce genre de projet. C'est tout un défi, et à part travailler en collaboration avec Habitat pour l'humanité et poursuivre nos efforts de partenariat avec l'industrie afin de construire certains logements, il n'y a pas grand-chose d'autre que nous pouvons faire.

M. Choptiany : Il y a un certain nombre de choses qui peuvent attirer des personnes dans l'industrie. Je crois qu'il faut regarder d'un bout à l'autre du spectre. Au collège communautaire de St. Andrews, il y a 400 logements pour étudiants. Les programmes d'aquaculture du collège attirent principalement des gens du Canada atlantique. Je ne crois pas que le collège recrute activement des gens en Ontario. Ces programmes sont en place depuis des années. Toutes les places sont prises, et le programme a bonne réputation. Le programme aide les gens à comprendre le travail de technicien ou de quelle façon ils peuvent gravir les échelons dans l'industrie. Ce n'est pas une industrie facile. C'est plaisant en août, mais c'est brutal en février. Personne ne veut sortir et se rendre aux cages durant une tempête, mais il faut nourrir les poissons tous les jours. Alors ce n'est pas une vie facile.

Évidemment, comme Terry en a parlé, lorsqu'on veut attirer des gens dans une industrie, il faut leur offrir une solution tout entière. Nous avons de bonnes écoles. Nous avons des problèmes de transport sur lesquels nous travaillons. Nous avons des problèmes de logement, et nous travaillons là-dessus aussi. Ce sont des choses importantes.

De bien des façons, la Station biologique s'en occupait en partie, mais le centre Huntsman fait vraiment un travail extraordinaire. M. Smith a déjà mentionné que presque tous les étudiants du Nouveau-Brunswick passent par le programme du centre Huntsman, soit pour une journée, soit pour plus longtemps. C'est peut-être un peu une opération de charme, mais c'est une autre façon de tomber amoureux de l'océan et des Maritimes. Lorsqu'on commence à comprendre et qu'on n'a plus peur de ramasser des algues ou de regarder sous les roches, on découvre un tout autre monde là-dessous. Comme je l'ai mentionné dans ma déclaration préliminaire, il y avait avant une association de 19 universités, dont bon nombre étaient des universités de l'Ontario. Nos phoques de l'aquarium étaient transportés à Guelph chaque année. On les préparait pour le voyage en octobre, on les installait dans un camion et on les transportait à l'aquarium. Les étudiants qui venaient de Guelph, de l'Université Queen's à Kingston et d'autres universités et collèges communautaires — il y avait aussi des étudiants d'établissements d'enseignement secondaire — pouvaient connaître les possibilités d'emploi. Encore une fois, ce n'est pas un domaine unidimensionnel. On ne fait pas que travailler avec les cages. En fait, ce n'est qu'une petite partie du travail. Il y a la recherche pour comprendre de quelle façon nous pouvons mieux exploiter les cages et les utiliser de façon plus efficiente. Lorsque je repense à la situation il y a 20 ans et à la façon dont les cages étaient exploitées à l'époque, et que je compare cette situation à la situation actuelle, et que j'essaie ensuite de m'imaginer ce que ce sera dans encore 20 ans... C'est tout à fait différent et ce le sera encore. Il y aura de nouveaux défis, mais, comme je l'ai déjà dit, les occasions d'études et d'enseignement supérieur pour devenir des chefs de file... Le pole est là, et je crois que c'est une ressource inexploitée ou sous-utilisée, mais, bon sang, il y a là tout un potentiel et des gens fabuleux aux commandes.

Le sénateur Meredith : En ce qui concerne l'industrie, et nous avons eu vent des défis et des préoccupations, quelles sont les trois principales recommandations que vous nous formuleriez pour que les choses changent rapidement et que nous puissions aider cette industrie à aller de l'avant, à créer le genre d'emplois que vous souhaitez, à assurer la durabilité et ainsi de suite? Vous pourriez peut-être tous les deux nous en parler.

Mme James : Tout d'abord, je ne suis pas au courant de tous les détails, mais je sais cependant que l'industrie a de la difficulté à faire adopter ses processus réglementaires à Ottawa. Si ce n'est pas fait rapidement, on bloque et on ralentit la croissance et le développement de l'industrie dans notre région. Ce serait probablement ma principale préoccupation : il faut que l'industrie obtienne l'attention qu'elle mérite parce que cela a un impact important sur nos gens et sur beaucoup de personnes dans d'autres collectivités.

Deuxièmement, j'encouragerais, j'appuierais et je soutiendrais le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Beaucoup de nos jeunes sont partis dans l'Ouest. Notre collectivité — et, comme je l'ai déjà dit, je ne veux pas faire comme si tout était rose — accueille ces étrangers. Nous avons une association multiculturelle qui est très active. J'ai été membre du premier conseil, et lorsque nous tenons des festivités multiculturelles, il y a plus de Canadiens que d'étrangers parce que nous voulons parler aux gens, nous aimons leurs mets. En milieu de travail, ils sont très utiles, et les échanges sont très amicaux.

Depuis que je suis maire, je n'ai probablement entendu qu'une ou deux remarques négatives et racistes proférées par des personnes qui ne les voulaient pas ici et qui croyaient qu'ils volaient nos emplois. Mais ils ne volent l'emploi de personne. Ils nous aident à maintenir l'industrie à flot.

Par conséquent, nous apprécierons tout ce que vous pourrez faire pour rationaliser ou améliorer le Programme des travailleurs étrangers temporaires pour notre industrie. Je sais qu'il y a eu des problèmes à l'échelle nationale dans le cadre de l'exécution du programme, dans d'autres industries, mais ce n'est pas notre cas. Lorsque vous étudiez ce programme dans le cadre des travaux de votre comité et qu'on vous parle de certains des problèmes rencontrés, rappelez-vous que ce n'est pas partout pareil. C'est peut-être le cas dans certaines industries, mais ce n'est certainement pas le cas dans la nôtre. Alors je vous encouragerais à les aider.

Troisièmement, je demanderais la mise en place d'un genre de programme... Je ne peux pas vous dire exactement de quelle façon on pourrait régler le problème, mais nous avons besoin de logements abordables afin que ces personnes puissent s'installer dans nos collectivités, y travailler et y vivre. Nous avons une très belle collectivité. Notre école est exceptionnelle. Nous avons des parcs, des terrains de jeu, des résidences pour personnes âgées, des centres de santé, des magasins, comme une épicerie et un magasin ordinaire où on peut acheter de l'essence et je ne sais quoi d'autre. Il y a aussi deux ou trois magasins spécialisés. Ces personnes sont un plus pour notre mosaïque communautaire.

Par exemple, à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, les Frères Connors ont été les premiers à faire venir des travailleurs étrangers vietnamiens. Ces travailleurs sont restés dans nos collectivités. Ils se sont acheté des maisons. Ce sont d'excellents voisins. Ils se sont installés à Blacks Harbour. Ils ont fait venir des membres de leur famille du Vietnam ou de peu importe d'où ils viennent, et ces personnes se sont elles aussi installées à Blacks Harbour. Ils sont tellement nombreux, que, par exemple, il a fallu poser des affiches trilingues dans notre centre de santé. L'information est en français, en anglais et en vietnamien. Les responsables du centre de santé ont communiqué avec les représentants de la municipalité pour savoir combien il y avait de Vietnamiens dans notre collectivité. Un grand nombre étaient des travailleurs non-résidants, mais nous n'avons pas pu leur dire pour des raisons de confidentialité. Nous ne pouvions pas obtenir les données de l'entreprise ni avoir un accès à l'information nulle part, alors c'était un peu difficile. Au bout du compte, nous nous sommes rendu compte qu'il y en avait tellement que des affiches trilingues s'imposaient. Il y en a peut-être en Ontario, mais on n'en voit pas très souvent dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick.

Dans un autre cas, j'ai essayé d'aider une médecin russe à obtenir ses titres de compétence ici, au Canada, et j'ai découvert qu'elle ne pouvait pas avoir accès à une formation linguistique en anglais si elle n'avait pas un statut. Nous avons fait beaucoup de démarches, et nous avons finalement réussi à faire en sorte que les étrangers qui viennent ici puissent bénéficier d'une formation linguistique, peu importe leur statut. Ce n'est pas un problème s'ils apprennent l'anglais, puis retournent dans leur pays. Au moins ils auront appris l'anglais pendant leur séjour. En outre, pendant qu'ils sont ici, ils peuvent communiquer à l'épicerie et au restaurant et se sentir davantage les bienvenus dans notre collectivité, simplement parce qu'ils parlent anglais. Dans ma collectivité, des enfants apportaient des formulaires du gouvernement à l'école et essayaient de comprendre comment les remplir pour leurs parents parce que ceux-ci ne parlaient pas anglais, alors qu'eux l'apprenaient à l'école. Lorsqu'un petit bonhomme de 7 ans doit remplir un formulaire — un formulaire que je n'ai moi-même pas réussi à remplir — force est d'admettre qu'il y a un problème. Par conséquent, lorsque nous avons réussi à leur obtenir des cours d'anglais, à ce moment-là, nous avons vraiment commencé à envisager de créer notre association multiculturelle, la première dans le comté de Charlotte. Bien sûr, j'ai dû faire beaucoup de démarches, et je voulais une telle association dans ma collectivité, mais c'est St. George qui l'a eue pour une raison démographique. L'association sert tout le comté de Charlotte : St. Stephen, St. Andrews et aussi St. George. Par le truchement de cette association, nous offrons des services d'établissement et d'autres services qui sont assez populaires.

Nous avons fait certaines choses pour aider l'industrie à régler ses problèmes, et ce serait formidable si vous pouviez vous aussi aider en ce qui concerne la réglementation et le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Nous n'avons pas de McDonald's ni d'autres entreprises du genre qui abusent du programme. L'industrie de l'aquaculture n'abuse pas du programme, et nous apprécions les travailleurs étrangers qui viennent chez nous. Nous sommes heureux qu'ils soient là et ils sont heureux d'être ici.

Certains d'entre eux ont démarré des entreprises. Ils ont ouvert boutique et ils nous servent par leurs efforts. Leur statut a peut-être changé. Ils ne sont plus des travailleurs étrangers temporaires, mais bien des résidants permanents — je ne suis pas sûr du processus —, mais, ce qui est sûr, c'est qu'ils font partie intégrante de notre collectivité. Nous apprécions leur présence, et nous n'avons aucune pensée raciste à leur égard. La plupart des gens sont très accueillants.

Avez-vous quelque chose à ajouter, Stan?

M. Choptiany : Il ne fait aucun doute que la question de la réglementation est cruciale, mais il ne faut pas s'occuper de la réglementation au détriment de la salubrité des aliments. Si vous devez adopter un règlement, assurez-vous de bien comprendre toute la situation. Il y a beaucoup plus qu'une seule industrie précise ici. Les choses qui influent sur le hareng, les crevettes, le homard, les algues ou l'aquaculture sont toutes légèrement différentes, et vous devez vraiment posséder une compréhension globale de ce que vous réglementez et de la façon dont vous le faites pour vous assurer qu'il n'y aura pas d'impact négatif. La salubrité des aliments est une question très importante.

La deuxième chose, c'est ce que j'ai essayé de dire aujourd'hui : il y a une synergie, un renforcement positif lorsque les représentants de l'industrie et les chercheurs travaillent en collaboration. Leur collaboration et leur entraide sont bénéfiques, mais c'est un état d'esprit; il ne faut pas choisir entre les deux.

Troisièmement, à bien des égards, nous avons déjà ce qui se fait de mieux dans le monde en ce qui concerne l'aquaculture, la recherche scientifique et les travaux que nous réalisons. Nous ne nous vantons pas suffisamment. Au printemps dernier, une conférence mondiale sur l'aquaculture s'est tenue à l'hôtel Algonquin. J'y ai prononcé le discours d'ouverture. J'étais assis à côté du représentant de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Il est le responsable pour l'aquaculture à l'échelle mondiale. J'ai trouvé sa présence assez impressionnante. J'ai appris que mon fils aîné, qui travaille pour cette organisation, et qui se trouve actuellement en Afrique, a travaillé dans le même bureau que lui à Rome. J'ai pensé lui demander s'il connaissait mon fils, puis je me suis dit qu'il y avait 7 000 personnes dans ces bureaux, et je me suis retenu. Il est venu à St. Andrews parce que les travaux que nous avons faits au cours des 35 à 40 dernières années sont parmi ce qui s'est fait de mieux dans le monde. Il faut le souligner, l'améliorer, le promouvoir et le soutenir. C'est pourquoi vous devez appuyer l'industrie, appuyer les gens qui travaillent avec l'industrie. C'est une bonne nouvelle, et c'est une histoire qui marque le retour du milieu scientifique canadien et de l'industrie canadienne sur l'échiquier mondial là où ils doivent être.

Le sénateur Meredith : Merci à vous deux. Je sais que ce n'est pas facile, mais je vous prie de continuer à foncer. Lorsque nous rédigerons notre rapport, nous nous assurerons absolument de tenir compte de ces recommandations pour l'avenir.

Mme James : Je tiens à ajouter quelque chose. L'année dernière, j'ai accompagné des représentants de l'industrie en Écosse et en Norvège. Là-bas, nous avons visité les installations du Meridian Salmon Group et d'une autre entreprise en Norvège. En tant que mairesse, j'ai été très encouragée par la mise en commun de renseignements et l'étroite relation de travail entre l'industrie dans ma municipalité et celles à l'étranger. Ils font face à bon nombre des mêmes défis que ceux que nous avons ici, par exemple, le pou du saumon, mais ils ont un prédateur naturel — qu'ils appellent en anglais le cutter fish je crois — et qu'ils mettent directement dans les cages sans avoir à faire quoi que ce soit d'autre. Ce poisson mange les poux directement sur le poisson et ils n'ont pas besoin d'utiliser de pesticides ou quoi que ce soit d'autre du genre. Lorsque j'ai parlé du processus de réglementation et du besoin de se pencher sur ce genre de choses, je comprends que nous ne pouvons pas utiliser ce poisson au Canada parce qu'il n'est pas présent dans nos eaux. Cependant, c'est le même océan, on est simplement chacun de son côté. Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir ces poissons ici? Il y a des choses et des initiatives comme cela auxquelles il faudrait réfléchir, selon moi, et qu'il faudrait envisager. Je ne suis pas une experte, mais je crois que nous devrions envisager les pratiques exemplaires, voir ce qui fonctionne ailleurs et qui pourrait peut-être très bien fonctionner ici et nous permettre de régler certains de nos problèmes, mais on en revient au processus de réglementation que doivent respecter les intervenants du domaine de l'aquaculture. Tout ce qui peut être fait pour les aider en cours de route serait extrêmement utile, non seulement pour l'industrie, mais aussi pour les collectivités. Merci.

Le président : Merci à nos invités, et merci, monsieur Meredith. Il travaille à la défense des droits des jeunes. Je suis sûr que, s'il était à Blacks Harbour, ce soir, il assisterait à la réunion du groupe de jeunes ce soir à 19 heures, à la Wesleyan Church. Je voulais simplement vous le dire et souligner que c'est bien de voir que vous travaillez auprès des jeunes et que vous tentez de les réunir dans la collectivité. Je crois que c'est une excellente initiative.

Je tiens à remercier nos invités de leur contribution à la discussion cet après-midi. C'est très intéressant pour notre compréhension de discuter avec des maires des collectivités qui ne participent pas directement à l'industrie, mais qui constatent les bénéfices directs qui en découlent. C'est toujours bon pour nous.

Nous allons maintenant accueillir notre prochain groupe de témoins. Nous sommes heureux que vous ayez accepté de venir nous rencontrer et de nous parler de vos préoccupations et de vos idées, ou de peu importe ce dont vous voulez nous parler. C'est maintenant l'occasion de le faire.

Je vous demanderais de bien vouloir vous présenter avant de commencer. Je crois savoir que vous avez une déclaration préliminaire. Nous allons commencer par les entendre, puis les sénateurs pourront vous poser des questions.

William Ernst, à titre personnel : Je m'appelle Bill Ernst, Willy Ernst. J'ai récemment pris ma retraite d'Environnement Canada. Durant environ 34 ans, j'ai travaillé pour ce ministère, et j'étais principalement responsable des recherches sur le sort et les répercussions des produits chimiques toxiques dans l'environnement, y compris les produits chimiques liés à l'aquaculture. J'ai aussi acquis une certaine expérience de l'administration des lois de protection de l'environnement, y compris la Loi sur la protection de l'environnement et la Loi sur les pêches du Canada.

Inka Milewski, conseillère scientifique, Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick : Je m'appelle Inka Milewski. Je suis conseillère scientifique du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick. Au cours des 20 dernières années, je me suis penchée sur les répercussions environnementales de la pisciculture des poissons sur l'environnement. J'ai aussi examiné de quelle façon on devait utiliser la réglementation pour rendre l'industrie plus durable.

Jonathan Carr, directeur exécutif, Environnement et recherche, Fédération du saumon atlantique : Bonjour. Je m'appelle Jonathan Carr. Je suis directeur exécutif, Environnement et recherche de la Fédération du saumon atlantique, les bureaux sont situés tout juste aux abords de St. Andrews. Un des dossiers dont je me suis occupé au cours des 20 dernières années concerne les interactions entre le saumon sauvage et le saumon d'élevage.

Le président : On dirait bien que nous avons des gens qui ont beaucoup d'expérience devant nous, alors nous avons hâte d'entendre ce que vous avez à nous dire. Je vais demander à Mme Milewski de commencer.

Mme Milewski : Encore une fois, merci, monsieur Manning, de m'avoir invitée à témoigner aujourd'hui. Puisqu'il est impossible de projeter des diapositives dans la salle, j'ai imprimé les diapositives dont je vais parler dans ma brève déclaration préliminaire.

En guise d'introduction, je tiens à dire quelques mots au sujet du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick. Le conseil a été fondé en 1969. Nous sommes l'un des deux plus vieux groupes environnementaux citoyens sans but lucratif au Canada.

Depuis la naissance du secteur de l'aquaculture au Nouveau-Brunswick, il y a plus de 30 ans, le Conseil de conservation a tenté de faire adopter un nouveau cadre en vue d'une aquaculture durable. Un cadre qui respecte les limites de la nature, qui ne dégrade pas l'écosystème et qui est en harmonie avec les autres activités économiques, sociales et culturelles associées aux mêmes ressources.

Je vais vous dire d'entrée de jeu que nous n'appuyons pas la création d'une nouvelle loi fédérale sur l'aquaculture. Nous ne croyons pas que c'est la solution que cherche l'industrie de l'aquaculture en matière de certitude réglementaire et de sécurité des investissements. Les représentants de l'industrie de l'aquaculture blâment souvent, dans leurs propres mots... Et je cite Ruth Salmon, de l'Alliance de l'industrie canadienne de l'aquaculture, qui dit ce qui suit dans la déclaration préliminaire qu'elle vous a présentée le 4 juin 2013, à Ottawa :

C'est que le régime réglementaire qui s'applique à notre industrie est trop complexe, réactif et inefficace. Il empêche la croissance.

Nous ne voyons aucune preuve du fait que l'industrie de l'aquaculture soit surréglementée.

La première diapositive de votre document est une comparaison de la réglementation fédérale de l'aquaculture avec d'autres secteurs de ressources, comme la foresterie, l'exploitation minière et l'élevage et les lois qui réglementent l'industrie de l'aquaculture en Écosse. Comme vous pouvez le voir, la réglementation de l'aquaculture est conforme à la réglementation des exploitations d'élevage au Canada, ce à quoi il faut s'attendre, puisque le saumon est un aliment comme le bœuf et le porc et qu'il faut mettre en place une réglementation pour protéger les consommateurs et la santé des animaux. En Écosse, l'aquaculture est réglementée par des lois écossaises et des lois du Royaume-Uni, comme vous l'a dit Willie Cowan, le responsable du rendement de l'aquaculture en Écosse lorsqu'il a comparu devant vous, à Ottawa, le 12 juin 2014. Même si l'Écosse possède une loi nationale globale sur l'aquaculture et les pêches, à l'instar de notre Loi sur les pêches, l'aquaculture est tout de même régie par 15 lois et administrée par bon nombre de ministères gouvernementaux. Elle l'est aussi par la législation de l'Union européenne, comme vous le constaterez dans la prochaine diapositive du document.

À l'échelle provinciale, l'aquaculture au Canada est encadrée par beaucoup moins de lois que ne le sont l'exploitation minière et la foresterie. Comparativement aux exploitations d'élevage, il y a 10 fois plus de lois régissant les exploitations d'élevage en Ontario, c'est du moins le cas en Ontario, que l'aquaculture au Nouveau-Brunswick. Comme vous pouvez le voir, il y a 23 lois qui régissent les exploitations d'élevage en Ontario. Il y en a sept pour encadrer l'aquaculture au Nouveau-Brunswick. En Écosse, l'aquaculture fait l'objet de 29 règlements et directives de l'Union européenne. Il est évident que l'industrie de l'aquaculture au Canada n'est pas surréglementée, ni à l'échelon fédéral, ni à l'échelon provincial.

Les représentants de l'industrie de l'aquaculture ont tenté de montrer que le développement de l'aquaculture au Canada est important non seulement en zone rurale pour créer des emplois, mais à l'échelle mondiale parce qu'elle fournit les protéines et la nourriture dont notre planète qui a faim a besoin. Si vous passez à la diapositive suivante, qui contient des statistiques de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, vous constaterez que la majorité des protéines consommées à l'échelle mondiale est tirée des légumes, suivis de la viande. Le poisson ne représente qu'une infime partie de la consommation de protéines par habitant. Le poisson est principalement consommé en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Le saumon d'élevage et les moules d'élevage canadiennes ne vont pas nourrir les populations affamées dans les Banques alimentaires ni les habitants de l'Afrique subsaharienne. La diapositive suivante révèle que les tendances en matière de consommation de poisson au Canada sont assez faibles comparativement à celles du poulet, du porc et du bœuf. Cela confirme vraiment la tendance mondiale selon laquelle la plupart des protéines que les gens consomment sont tirées de la viande ou des légumes.

Pour ce qui est de la création d'emplois en zone rurale, la prochaine diapositive montre que, de 2007 à 2012, le nombre d'emplois directs liés à l'aquaculture a chuté de 18 p. 100, tandis que la production a augmenté de 13 p. 100. L'industrie utilise plus de poisson avec moins d'employés en raison des améliorations technologiques qui réduisent le besoin en main-d'œuvre. Aucun autre pays ne l'a mieux fait que la Norvège. Vous verrez sur la prochaine diapositive qu'il faut environ 6 000 Norvégiens, un peu plus que toute la main-d'œuvre du secteur de l'aquaculture au Canada, pour produire six fois plus de saumon que n'en produit le Canada. Ces données ont été confirmées par Inger Elisabeth Meyer, la première secrétaire de l'Ambassade royale de la Norvège lorsqu'elle a comparu devant le comité le 5 juin 2014.

Même si l'industrie de l'aquaculture fait la promotion de sa capacité de gérer des emplois, en réalité, comme toutes les autres entreprises, elle cherche constamment des efficiences économiques et tente d'accroître ses marges de profit. D'après ce qu'on peut voir, la prochaine diapositive fait état de la valeur de la production et du coût des salaires et des traitements dans l'industrie. De 2000 à 2012, la valeur totale de la production de l'aquaculture au Canada a augmenté de 37 p. 100, tandis que les coûts des salaires et des traitements ont seulement augmenté de 13 p. 100.

J'ai lu attentivement la transcription du passage de tous les témoins devant le comité. Même si les représentants de l'industrie et de l'aquaculture demandent une loi sur l'aquaculture, aucun représentant du MPO, ni la ministre, n'ont affirmé soutenir ou approuver la création d'une nouvelle loi. Ce que la ministre a dit le 25 février 2014, devant le comité, c'est que son ministère travaillait très dur pour « résoudre les problèmes réglementaires de longue date qui irritent tant le secteur aquicole que les provinces ».

Elle n'a pas dit qu'une loi sur l'aquaculture était la solution à ces irritants. La ministre des Pêches et des Océans a déjà accès à un large éventail d'outils législatifs puissants pour réglementer l'industrie de l'aquaculture de façon efficiente, efficace et équitable. L'un de ces outils réglementaires est la Loi sur les océans.

En 1997, le Canada a promulgué la Loi sur les océans, qui autorisait le ministre des Pêches et des Océans à diriger et faciliter l'élaboration et la mise en œuvre de plans en vue d'assurer une gestion intégrée de toutes les activités touchant les estuaires, les eaux côtières et les eaux maritimes. La planification côtière intégrée est décrite dans le document-cadre de la Stratégie sur les océans du MPO, qui est très semblable au cadre de planification nationale écossais qu'a décrit Willie Cowan lorsqu'il a témoigné devant vous.

De plus, plus tôt cette année, vous avez reçu des témoins représentant l'Écosse et la Norvège qui sont venus vous dire que la planification des zones côtières et la mobilisation des autorités locales étaient essentielles au développement et à la réglementation de l'aquaculture. Notre recommandation au comité est que la ministre des Pêches et des Océans agisse en fonction du mandat qui lui est donné aux termes de la Loi sur les océans et mette en branle un processus intégré de gestion et de planification des eaux côtières au sein des cinq zones étendues de gestion des océans et de leurs écosystèmes qui ont déjà été définies.

Nous voici à la dernière diapositive. Selon nous, c'est ainsi qu'il faut donner à l'industrie de l'aquaculture ce qu'elle veut : la clarté, la certitude et l'engagement sans créer un tout nouveau cadre de réglementation. Un peu comme la planification terrestre, la planification des zones côtières permettrait de définir des buts et des objectifs de planification stratégique permettant de préciser les priorités et les objectifs de développement. Elle permettrait de déterminer les zones appropriées pour le développement, ce qui éliminerait l'incertitude quant à l'accessibilité des sites et l'investissement. Enfin, la planification réglera les conflits potentiels avec d'autres utilisateurs et organismes de réglementation.

Merci.

M. Ernst : Je voudrais affirmer dès le départ que je ne m'oppose pas à l'aquaculture et que je crois qu'elle peut être une industrie durable et contribuer de façon importante à l'économie canadienne. Toutefois, je crois que certains des conflits que l'industrie est en train de créer avec les co-utilisateurs de l'écosystème marin et la détérioration de la confiance du public à l'égard de la réglementation de cette industrie constituent une menace à cette durabilité.

Voici certaines de mes préoccupations qui, je le crois, devraient être dissipées par toute nouvelle réglementation relative à l'aquaculture. Mes préoccupations se limitent principalement aux répercussions environnementales de l'utilisation de pesticides et de médicaments dans l'aquaculture du saumon, dont certaines sont décrites plus en détail dans l'étude publiée que j'ai présentée plus tôt au comité. La plupart des pesticides utilisés en aquaculture sont conçus pour être toxiques pour les crustacés, ce qui comprend les poux du poisson, mais aussi, malheureusement, des espèces désirables, comme le homard. Cela veut dire qu'il y a des produits chimiques qui présentent un risque élevé et d'autres qui présentent un risque faible. Tous les produits chimiques utilisés ou qu'on souhaite utiliser ont des taux de toxicité qui varient pour l'organisme ciblé et les organismes non ciblés. Selon les pratiques en vigueur, les pesticides qui sont utilisés ne sont pas confinés aux sites de traitement et parcourent diverses distances après qu'ils ont été libérés, avant de perdre leur potentiel toxique. Nos recherches et celles d'autres chercheurs ont permis de conclure que certains des pesticides, comme l'azaméthiphos, perdent leur toxicité à quelques mètres des cages en filet. Cependant, d'autres, comme la Deltaméthrine, ne perdent pas leur toxicité avant de s'être éloignés de près d'un kilomètre d'un site de traitement à un seul parc en filet.

Les recherches ont également révélé qu'il y a des façons de réduire le potentiel toxique de ces panaches chimiques en fonction de la méthode de traitement. Par exemple, les traitements en bateaux viviers réduisent beaucoup — d'au moins trois fois — la zone d'influence de ces panaches de pesticides comparativement aux traitements dans des parcs en filet munis de bâches. Tout cela pour dire qu'on connaît actuellement des façons pour l'industrie de réduire grandement les effets environnementaux possibles des pesticides utilisés; pourtant, elles n'adoptent pas ces pratiques de façon universelle.

Au contraire, au moins un des exploitants en aquaculture — en fait, l'un des plus grands exploitants — a mené des activités illicites liées à l'utilisation d'un pesticide beaucoup plus toxique, même si les données probantes indiquaient qu'ils tuaient les homards à proximité des sites où il était utilisé et qu'il affectait les activités de pêche commerciale. Cela ne ressemble pas aux actes d'une industrie qui peut fonctionner dans un contexte d'intervention réglementaire minimale.

Je suis également très préoccupé par le fait que le gouvernement fédéral — à la demande de l'industrie de l'aquaculture, je présume — prévoit une initiative, qui serait menée sous le régime de la réglementation proposée des activités liées à l'aquaculture, visant à retirer la surveillance prévue par l'article 36 de la Loi sur les pêches. Cet article confère actuellement à Environnement Canada le pouvoir d'enquêter sur les activités liées à l'aquaculture et a récemment servi à sévir à l'égard d'activités illicites liées à l'utilisation de pesticides au Nouveau-Brunswick. Il semblerait que la réaction du gouvernement à la découverte d'activités illicites à risque élevé et causant la détérioration de l'environnement a simplement été de retirer l'obstacle légal.

Je suis aussi troublé par le fait que la capacité de recherche et de surveillance relative aux produits chimiques toxiques dans l'environnement marin a été retirée à Pêches et Océans et à Environnement Canada. Comme Santé Canada n'a aucun pouvoir du genre, cela signifie que les effets réels de l'utilisation de produits chimiques sur l'environnement dans l'industrie de l'aquaculture ne seront plus mesurés par aucun organisme public neutre.

Il ne s'agit que de quelques-uns des problèmes qui, selon moi, ont pour effet d'aggraver le conflit avec les co-utilisateurs et d'accroître la méfiance du public à l'égard de l'industrie de l'aquaculture. Toute nouvelle initiative législative devrait reconnaître et régler les problèmes comme le manque d'intérêt de l'industrie en ce qui concerne l'adoption de mesures de réduction des risques environnementaux, le besoin de surveillance légale des enquêtes environnementales et de recherche gouvernementale et le besoin d'une capacité de surveillance par les organismes ayant pour mandat de protéger l'environnement.

Merci pour cette occasion de m'adresser au comité.

M. Carr : Je suis heureux de témoigner au nom de la Fédération du saumon atlantique, organisation internationale de bienfaisance consacrée à la conservation du saumon de l'Atlantique dans ses écosystèmes, mission que la FSA accomplit depuis 65 ans. La FSA n'est pas contre l'aquaculture, mais cela doit être fait d'une manière plus durable. La FSA est ici, aujourd'hui, parce qu'elle est très préoccupée par les répercussions des activités de pisciculture menées dans des cages ouvertes à filets dans l'océan. Notre mémoire explique de façon détaillée nos préoccupations, nos recherches et les solutions que nous proposons. J'incite le comité à le lire.

De toutes les répercussions de l'industrie, les évasions des cages flottantes en pleine mer posent le plus grand risque pour le saumon sauvage de l'Atlantique. Les évasions à grande échelle sont fréquentes dans les piscicultures à cages ouvertes et peuvent survenir durant la manipulation courante, des événements à grande échelle — comme des tempêtes —, une panne structurale et des attaques de prédateurs. Nous avons fait des recherches en partenariat et évalué les recherches de pairs portant sur la rivière Magaguadavic, au Nouveau-Brunswick, qui est un site nord-américain indexé pour la surveillance des interactions entre les poissons sauvages et les poissons d'élevage. Des études scientifiques ont documenté que des saumons d'élevage avaient réussi à frayer et à se croiser avec des stocks sauvages, ce qui a réduit la valeur sélective du saumon d'élevage.

J'ai ici des diapositives. Je vais vous demander d'aller à la page 3, où nous avons un graphique. Notre programme de surveillance nous permet de dénombrer tous les saumons sauvages et d'élevage qui entrent dans la rivière Magaguadavic depuis 1992. Vous remarquerez que le nombre annuel d'évadés de l'élevage qui sont entrés dans la rivière a dépassé celui des saumons sauvages de l'Atlantique qui sont retournés à toutes les années, sauf quatre, depuis le début du programme. Si vous regardez l'année 2005, vous verrez qu'on a trouvé 69 saumons évadés dans la rivière cette année-là. Trente d'entre eux ont pu être liés à un événement signalé où 50 000 poissons s'étaient évadés par une brèche. Les 39 autres poissons et tous les autres évadés que vous voyez sur le graphique proviennent d'événements non signalés. Très peu de ces évasions de poissons sont signalées. La majorité de celles qui se produisent au fil des ans ne le sont pas.

La Société royale du Canada a mentionné les conséquences négatives des fermes salmonicoles à enclos ouverts, comme les infections aux poux du poisson et le manque de transparence de l'industrie en ce qui a trait à la déclaration des maladies. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, aussi appelé COSEPAC, a souligné que la croissance de l'industrie de l'aquaculture canadienne avait coïncidé avec la diminution considérable des populations sauvages dans les rivières à proximité de la baie de Fundy. Le COSEPAC qualifie l'élevage du saumon, qui a commencé à la fin des années 1970, dans la baie de Fundy, de grave menace pour les populations de saumon sauvage dans la baie. Toutes les populations de saumon de l'Atlantique des rivières situées près des enclos ouverts à filets de l'industrie piscicole ont été soit désignées comme des espèces en voie de disparition, soit évaluées à des fins de désignation à titre d'espèces en voie de disparition ou menacées.

Nous appuyons toutes nos déclarations sur des données scientifiques, sur des études évaluées par les pairs qui sont toutes accessibles au public. Nous serions très heureux de vous les communiquer. Ce que nous constatons, c'est que l'industrie et certains représentants du MPO ont affirmé, au cours des dernières années, qu'ils avaient des données qui contredisaient les conclusions relatives aux interactions négatives entre les saumons sauvages et les saumons d'élevage. Nous avons demandé à voir ces documents, mais personne ne les a jamais produits ni montrés. Je vous exhorte à demander ces documents au MPO et à l'industrie. Nous aimerions vraiment les voir.

En plus de faire des recherches et de prouver les répercussions, la FSA travaille en partenariat avec le Freshwater Institute du Conservation Fund, situé à Shepherdstown, en Virginie occidentale, afin de trouver des solutions aux dommages causés aux populations de saumon sauvage par l'industrie. Nous estimons que la meilleure solution est l'établissement de systèmes terrestres en circuit fermé. Les diapositives 4 et 5 vous résument ce que nous avons découvert dans le cadre des études que nous avons menées avec le Freshwater Institute du Conservation Fund. Je ne mentionnerai que quelques-unes de nos découvertes. Aucun poisson ne peut s'évader des installations du Freshwater Institute. On n'a pas eu besoin d'appliquer des produits chimiques nocifs pour traiter le pou du poisson ni d'antibiotiques pour traiter les maladies. On n'a pas eu besoin de compenser des éclosions de maladie. Aucune autre industrie, comme celles de la pêche sauvage et du tourisme, n'a été déplacée. Il n'y a eu aucune menace pour les avantages économiques générés par leur industrie.

Récemment, trois exploitations d'élevage du saumon en circuit fermé — la première est Kuterra, en Colombie-Britannique, qui est exploitée par un groupe des Premières Nations, une autre s'appelle Atlantic Sapphire, au Danemark, et la troisième, c'est le Freshwater Institute du Conservation Fund's — ont été classés dans la catégorie des meilleurs choix écologiques et durables par le programme Seafood Watch de l'Aquarium de Monterey Bay et le programme Ocean Wise de l'Aquarium de Vancouver, dans leur guide destiné aux consommateurs.

Les systèmes en circuit fermé ont besoin d'un plus grand soutien et de plus de financement du gouvernement pour être établis au Canada, au moins autant d'incitatifs qu'en reçoit l'industrie de l'élevage en filets ouverts. Ces systèmes sont défavorisés d'un point de vue économique parce qu'une grande partie de leurs coûts sont liés à la création des conditions de croissance que l'océan fournit gratuitement, y compris l'eau de mer et le déversement des déchets. Autrement dit, l'industrie des enclos ouverts en filets est avantagée parce qu'elle n'a pas besoin de payer les coûts environnementaux liés à l'utilisation de l'océan, qui est une ressource publique. Cela donne lieu à des éclosions de maladies et de parasites, à la pollution des fonds marins, au déplacement et à la mort d'autres créatures marines et au risque de la perte de gagne-pains qui dépendent de la santé des populations et de leur environnement.

L'industrie des enclos ouverts en filets est tenue de respecter des normes plus élevées dans l'État du Maine comparativement au reste de l'Est du Canada. L'industrie de la salmoniculture s'est effondrée au Maine il y a quelques années en raison de maladies et des exigences de l'Endangered Species Act et de la Clean Water Act. De nouvelles pratiques qui sont axées sur la prévention des évasions, la déclaration de toutes les évasions de saumon, le marquage de tous les poissons — pour relier les évadés aux cages en filets — et la vérification par des tiers ont été établies en consultation avec l'industrie, le gouvernement et des organismes de conservation. Leur mise en œuvre a donné lieu à un meilleur contrôle et à un meilleur suivi des évasions ainsi qu'au contrôle des parasites et des maladies. Depuis que ce programme a été mis en œuvre, en 2003, dans l'État du Maine, il y a encore des saumons évadés qui arrivent dans certaines rivières du Maine, mais, dans le cadre du processus de dépistage génétique, on n'a pu relier aucun de ces saumons élevés dans l'État du Maine à l'industrie du Maine. On suppose que tous ces poissons proviennent du Canada, où il n'y a aucun programme de marquage.

Le groupe d'études Doelle-Lahey a recommandé au gouvernement de la Nouvelle-Écosse de rendre le cadre réglementaire clair et explicite au sujet du besoin de séparation physique appropriée entre l'aquaculture marine dans les rivières à saumon et les voies de migration connues des saumons et de décrire de façon plus détaillée les mesures de prévention des évasions afin qu'elles soient aussi efficaces que le système du Maine.

Nous avons beaucoup entendu parler des pratiques exemplaires aujourd'hui, surtout ce matin. On parle beaucoup, mais ce qu'il faut, c'est prendre des mesures pour mettre en œuvre, réglementer et faire appliquer les meilleurs codes de confinement. En réalité, la seule façon d'y arriver est la collaboration de tous les intervenants. Ma dernière diapositive, la sixième, porte sur certains des codes de confinement que la FSA recommande pour aller de l'avant. J'en ai mentionné quelques-uns dans mon exposé.

En terminant, je présente les principales recommandations de mesures de la FSA, et j'espère que vous lirez notre mémoire qui contient toutes nos recommandations et des données probantes à l'appui. Les deux recommandations que nous formulons pour conclure sont les suivantes : premièrement, dans les régions où l'aquaculture des poissons en cage ouverte est maintenant établie, le gouvernement devrait imposer un moratoire sur l'expansion de nouveaux baux jusqu'à ce que des pratiques exemplaires et des normes aient été mises en œuvre et que la réglementation soit appliquée. Deuxièmement, le gouvernement devrait imposer un moratoire sur toute expansion à venir de l'aquaculture des poissons en cage ouverte dans les régions où on ne compte actuellement aucune exploitation, c'est-à-dire des régions comme celles de la baie des Chaleurs et de la baie de Miramichi. Il ne devrait pas y avoir d'aquaculture du tout dans ces régions. Pour ce qui est de toute expansion de l'aquaculture dans ces régions, nous recommanderions qu'elle soit limitée à des installations terrestres en circuit fermé.

Merci du temps que vous m'avez accordé.

Le président : Merci à tous de nous avoir présenté une autre excellente perspective sous laquelle envisager la question.

Nous allons demander à la sénatrice Hubley, notre vice-présidente, de commencer la série de questions.

La sénatrice Hubley : Merci pour les exposés que vous avez présentés cet après-midi.

Monsieur Carr, sur votre diapositive 6, il est question de normes proposées pour améliorer les pratiques de pisciculture marine en cages prévues dans le code de confinement. Est-ce ce à quoi vous faites allusion? Je ne vois aucun problème à étudier les propositions que vous avez présentées. Je pense qu'elles vont assurer la sécurité du stock sauvage et permettre, je crois, l'aquaculture en circuit fermé. Ai-je bien compris? Est-ce ce que vous voudriez qui arrive?

M. Carr : Oui. Nous préconisons le circuit fermé pour l'expansion à venir au sein de l'industrie. Nous travaillons avec le Freshwater Institute du Conservation Fund depuis maintenant trois ans et demi, environ. Quand nous avons commencé notre programme avec lui, absolument aucun saumon n'était produit, à ce moment-là. Nous avons tenu plusieurs ateliers, jusqu'à six ateliers depuis trois ans et demi. On est passé de 33 participants provenant de deux pays à 180, à notre dernier atelier, il y a un mois... c'est d'envergure internationale : beaucoup de gens sur la liste d'attente, de 10 pays différents. La production est passée de zéro à 8 000 tonnes métriques de saumon. Ce que nous voudrions observer, en fin de compte, c'est un passage au circuit fermé terrestre. C'est encore relativement nouveau, et il faudra un certain temps pour arriver à un développement à grande échelle. Nous sommes conscients du fait que les exploitations à cages en filets en mer ne disparaîtront pas de sitôt. Ce que nous devons faire, c'est trouver des normes relatives aux pratiques exemplaires qui permettront au moins de réduire au minimum le nombre de poissons d'élevage dans le milieu sauvage. Cette dernière diapositive indique ce que nous voudrions qui soit fait pour améliorer les pratiques exemplaires. Les recommandations qu'elle contient proviennent d'une combinaison d'autres administrations, comme le Maine, Terre-Neuve, la Norvège, l'Écosse et des régions de partout dans le monde. Ce que nous voudrions vraiment voir, c'est une collaboration pour l'établissement d'un plan, pas seulement pour le Nouveau-Brunswick, mais pour l'ensemble des côtes de l'Atlantique. Je sais qu'on a déjà parlé d'un plan pour l'ensemble de l'Atlantique, et les saumons n'ont pas de frontières lorsqu'ils sont dans l'océan.

La sénatrice Hubley : Vous n'avez pas du tout parlé de ce à quoi pourrait ressembler une loi sur l'aquaculture ni indiqué si on en a besoin ou non. Selon un témoignage que nous avons entendu aujourd'hui, il n'est peut-être pas nécessaire d'adopter une loi sur l'aquaculture. Pensez-vous qu'une loi portant exclusivement sur l'industrie de l'aquaculture serait possible?

M. Carr : Non, j'aurais tendance à souscrire aux déclarations d'Inka à ce sujet.

La sénatrice Hubley : Merci beaucoup.

La sénatrice Stewart Olsen : J'ai seulement quelques questions à poser, d'autres points à clarifier. Madame Milewski, votre exposé nous présente un autre point de vue. Je me demande ce que vous pensez de la redéfinition de l'aquaculture comme une activité agricole? Selon ce que j'ai pu comprendre, cela semble être l'orientation que veut prendre l'industrie. La confusion liée à la réglementation ne tient pas tant à la réglementation comme telle qu'au fait qu'elle s'applique au saumon sauvage et pas au saumon d'élevage. Pouvez-vous formuler un commentaire à ce sujet?

Mme Milewski : Le fait que l'industrie de l'aquaculture veuille appeler ce qu'elle fait de l'agriculture ou quelque chose d'autre, cela n'a pas vraiment d'importance, mais ce qui en a, c'est que cette activité se déroule dans les eaux côtières qui sont communes à d'autres utilisateurs. Comme le ministère des Pêches et des Océans a la responsabilité de gérer les eaux marines et de réglementer les activités qui ont lieu dans les eaux publiques, l'industrie de l'aquaculture devra toujours être réglementée par la Loi sur les pêches.

Honnêtement, je ne comprends pas trop pourquoi elle veut une loi distincte sur l'aquaculture. Concrètement, qu'est-ce que ça donnerait? Les aquaculteurs ne peuvent pas se soustraire à l'application de la Loi sur les pêches et d'autres lois applicables à l'Agence canadienne d'inspection des aliments et à Santé Canada. Je ne comprends tout simplement pas pourquoi on veut une loi sur l'aquaculture. C'est étrange. Je ne sais pas pourquoi. C'est pourquoi je dis que nous ne l'appuyons pas, parce qu'il semblerait que ce ne soit qu'une autre couche, un autre degré de réglementation, puisqu'il n'y a pas de loi sans une certaine réglementation.

La sénatrice Stewart Olsen : Les représentants de l'industrie ne m'ont pas donné l'impression qu'ils ne voulaient pas de réglementation. J'ai l'impression que c'est une industrie en évolution et que ses représentants voient cela comme un moyen de la faire évoluer et de prospérer. Je comprends votre point de vue.

Mme Milewski : À vrai dire, les termes qu'ils emploient et toute leur théorie selon laquelle il s'agit d'une industrie en évolution me laissent perplexe. Il s'agit d'une industrie qui a plus de 40 ans, au Canada. Elle n'est vraiment pas nouvelle. Les représentants de l'industrie aquacole ont eux-mêmes dits qu'ils étaient vraiment limités du point de vue des endroits où ils peuvent exercer leurs activités au Canada. Il n'y a plus de débouchés au Nouveau-Brunswick, comme vous l'avez entendu.

La sénatrice Stewart Olsen : Pour le poisson.

Mme Milewski : Pour le poisson, absolument. On ne peut pas élever de poisson à l'Île-du-Prince-Édouard ou dans la baie des Chaleurs en raison des conditions glaciales. Sur la côte Ouest, il y a peut-être un peu de place pour la croissance. En Nouvelle-Écosse, on ne sait pas vraiment ce qui va arriver, mais c'est là que j'ai fait beaucoup de recherche, et les sites n'y sont vraiment pas adaptés, en raison des eaux peu profondes et des mauvaises conditions liées au courant. Pratiquement tous les sites d'élevage de la Nouvelle-Écosse ont dépassé les lignes directrices environnementales relatives à la pisciculture, et ce, de façon chronique. Alors, il reste peut-être un peu de possibilités de croissance à Terre-Neuve, mais, comme les membres de l'industrie l'ont eux-mêmes dit, il n'y a qu'environ quatre entreprises dans le Canada atlantique et, sur la côte Ouest, il y en a probablement un peu plus, mais ce sont des multinationales. Leur capacité de croître et de prendre de l'expansion n'est pas limitée par notre réglementation. Elle ne se limite pas à l'investissement au Canada. Elles ne sont pas limitées par quoi que ce soit, puisque Cooke Aquaculture a certainement déménagé au Chili, en Espagne et en Écosse sans subir aucune restriction sur ses investissements au Canada.

La sénatrice Stewart Olsen : Êtes-vous en faveur des systèmes à circuit fermé? Vous l'avez peut-être déjà dit et je l'ai manqué.

Mme Milewski : Laissez-moi seulement dire que nous ne nous opposons pas à l'aquaculture. Nous croyons certainement que, si une industrie mène ses activités dans les eaux publiques, elle doit être réglementée de manière à respecter une norme très élevée, tout comme les autres industries qui sont exploitées dans les eaux publiques. Nous appuyons le passage à l'aquaculture terrestre parce que, en ce moment, comme cela a été souligné, le coût de la production est en réalité assumé par l'environnement, en ce qui a trait à l'aquaculture, contrairement, disons, à une usine de pâtes et papiers qui doit mettre en place une technologie de traitement. L'industrie de l'aquaculture déverse tout simplement ses déchets en mer, et ce n'est pas sans conséquence. Une exploitation qui produit environ 500 tonnes métriques de poisson, qui est en fait une très petite exploitation, produit l'équivalent d'environ 100 tonnes métriques de déchets, de déchets fécaux et de nourriture non consommée. Ainsi, une exploitation située, disons, en Nouvelle-Écosse, qui produit un million de poissons produit environ 300 à 400 tonnes métriques de déchets.

La sénatrice Stewart Olsen : Je comprends où vous voulez en venir avec cela. Je n'ai pas eu l'impression que les gens de l'industrie voulaient moins de réglementation; ils voulaient seulement une réglementation adaptée à leur industrie. C'est seulement mon impression.

Mme Milewski : Eh bien, j'ai lu les transcriptions, et j'ai lu les chiffres. Ils parlent d'environ 70 règlements, de 40 règlements. Leurs chiffres constituent en quelque sorte une grossière exagération. Mais, non, ils ont dit qu'il y avait tout simplement trop de réglementation, et vous l'avez entendu de la bouche de l'un des témoins, plus tôt, la mairesse de Blacks Harbour, des paroles selon lesquelles cette fichue réglementation faisait obstacle à la croissance. La réalité, c'est que la réglementation est là pour protéger l'intérêt public, l'environnement. Nous pensons qu'il y a en fait d'énormes lacunes au chapitre des activités que mènent les aquaculteurs sur l'eau, qui ne sont pas réglementées et dont la réglementation n'est pas assez stricte; vous parlez de ces mesures de contrôle des poissons évadés.

La sénatrice Stewart Olsen : Monsieur Carr, les questions que vous avez soulevées étaient très intéressantes pour nous aussi. D'après ce que nous avons entendu de la part des gens en Écosse, j'ai l'impression qu'ils ont peut-être géré leur industrie. Ils orientent leur industrie. Ils ont dit que c'était quelque chose qui serait bon pour l'Écosse et pour ses collectivités rurales. Alors, asseyons-nous avec tout le monde et faisons bien les choses. Seriez-vous en faveur de l'adoption de ce genre d'approche, au lieu de la prise de mesures fragmentaires? J'essaie seulement de déterminer comment nous pouvons faire avancer cette industrie, mais sans que cela soit aux dépens de notre terre, de notre environnement et de tout le reste.

M. Carr : Je ne sais pas si je peux répondre pleinement à cette question, mais j'ai entendu dire, ce matin — et j'ai lu cela dans les transcriptions également —, que l'industrie n'a pas l'impression de se voir imposer davantage de contraintes, plus particulièrement en ce qui a trait à l'utilisation des produits chimiques, que d'autres industries au Canada. Ses représentants affirment habituellement qu'ils ont besoin de plus d'outils pour faire ce qu'il faut pour assurer la santé des animaux. Mon point de vue, à la lumière de mon travail avec de multiples industries au pays, c'est qu'elle a moins de contraintes que d'autres, par exemple, l'agriculture. Certains des produits chimiques que l'industrie aquacole souhaite utiliser contre les poux du poisson sont si puissants et posent un risque environnemental si élevé qu'en agriculture, leur utilisation est limitée aux zones tampons pour qu'ils restent en dehors de l'eau, mais pourtant, l'industrie de l'aquaculture souhaite — et elle a en fait la permission de le faire dans certains cas — déposer ces produits chimiques directement dans l'eau. Alors, elle n'a pas plus de contraintes que les autres industries. De fait, elle en a moins, particulièrement en ce qui a trait aux produits chimiques. Je pense que cela répond en partie à votre question.

La sénatrice Stewart Olsen : En effet. Nos audiences ici ainsi que les opinions de tout le monde vont toutes dans le même sens : le danger existe, et nous devons être prudents dans notre façon de procéder. C'est ce que je retiens de vos exposés, et je vous remercie beaucoup de votre contribution et de vos opinions.

La sénatrice Poirier : Monsieur Ernst, pour revenir à votre exposé, vous parlez, dans le troisième paragraphe, de votre préoccupation principale, soit la création de nouvelles mesures législatives qui viseraient à réduire de façon importante l'impact sur l'environnement de l'utilisation de pesticides dans le domaine de la salmoniculture. Puis, vers la fin, dans le dernier paragraphe, vous mentionnez une fois encore votre impression selon laquelle l'industrie connaît des façons de réduire de façon importante les effets environnementaux potentiels des pesticides, mais que, dans son ensemble, elle n'utilise pas encore ce type de pesticides. Puis, dans les documents que nous avons reçus du Conseil de conservation, il y a une liste de différents règlements ou lois qui existent déjà. Je crois comprendre que vous dites qu'il n'existe actuellement pas de mesure législative assez solide pour répondre à vos préoccupations parmi celles qui sont énumérées ici. Est-ce exact?

M. Ernst : Non, je crois qu'il existe de très bonnes mesures législatives actuellement. La Loi sur les pêches est une très bonne loi en ce qui a trait au rejet de substances nocives. Même si elle est efficace d'un point de vue chimique, elle ne traite pas de certains autres enjeux, comme les échappées et la pollution génétique. Une chose m'inquiète, et j'en parle dans mon exposé : il semble que des efforts sont déployés afin de réduire ou d'éliminer toute capacité de surveillance, et, selon moi, il ne s'agit pas de la bonne direction à prendre, puisque je crois que cela minera la confiance du public. Je crois que la confiance du public est limitative au chapitre de la croissance de l'aquaculture, autant que l'est toute exigence, lacune ou limite réglementaire.

La sénatrice Poirier : Avez-vous l'impression que les règlements ou les lois qui existent actuellement font l'objet d'une surveillance adéquate?

M. Ernst : Je crois que la Loi sur les pêches, la seule avec laquelle j'ai de l'expérience... je n'ai pas d'expérience en ce qui a trait aux lois provinciales, mais, oui, la Loi sur les pêches peut être utilisée de façon adéquate pour surveiller les conséquences environnementales de ces activités. Et elle a été très utile et déterminante dans le déroulement d'une affaire judiciaire importante qui a eu lieu au sud-ouest du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Poirier : D'accord. Merci.

Le sénateur Meredith : Merci de votre exposé. Je suis d'accord avec la sénatrice Stewart Olsen; nous devons faire preuve de prudence et nous assurer de protéger l'environnement.

Madame Milewski, j'ai ressenti votre passion pour ce sujet, et nous l'avons aussi ressentie dans le cas de l'industrie. Les acteurs de l'industrie nous ont parlé à plusieurs reprises des progrès réalisés et de ce qu'ils veulent au chapitre d'une loi indépendante qui régirait leurs activités. De toute évidence, ils veulent une réglementation. En tant que gouvernement, nous serions bêtes de leur permettre de faire ce qu'ils veulent dans notre pays.

Vous êtes-vous assise avec eux? Vous avez dit que vous étiez surprise et tout ça, donc, je me questionne au sujet de la passion avec laquelle vous participez à cette discussion. Je crois au dialogue. Avez-vous discuté de leurs idées avec eux? Si oui, avez-vous été en mesure de réfuter ces idées, étant donné que, économiquement, l'industrie a plafonné à un moment où elle aurait pu croître de façon importante? Nous avons constaté cela hier à Gaspé. Aujourd'hui, des témoins et des acteurs de l'industrie nous ont parlé de la pénurie actuelle et potentielle qui guette l'industrie du poisson et l'industrie des mollusques et des crustacés. Donc, il y a un équilibre. Comment pouvons-nous retrouver cet équilibre en allant de l'avant? Vous prétendez que l'article 29 de la Loi sur les pêches devrait régir leurs activités ou que la ministre devrait exercer son pouvoir en fonction de cet article; elle a assez de pouvoir pour le faire. Donc, comment trouvons-nous l'équilibre?

Mme Milewski : J'ai été témoin de la croissance de l'aquaculture dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick depuis le début des années 1980, et j'ai effectué des recherches à ce sujet. Je crois qu'il est très important de connaître certains éléments d'histoire. L'aquaculture est arrivée au Canada pour permettre la production du saumon afin de réduire la pression sur les stocks sauvages. Au milieu des années 1980, un moratoire sur la pêche commerciale du saumon atlantique sauvage dans la baie de Fundy a été mis en place, parce que les stocks avaient diminué de façon très importante. Dans le milieu et la fin des années 1970, l'industrie est allée en Norvège pour voir comment on y produisait du saumon dans des parcs en filets. Quelle idée originale. Ces personnes sont donc revenues au Nouveau-Brunswick avec cette idée, et ils ont pensé qu'ils pourraient la mettre en pratique dans la baie de Fundy. Elles ont fait un essai, ont mis un parc en filets en place, ont produit du saumon, environ 3 000 ou 4 000 poissons, et elles ont pensé que c'était une merveilleuse idée. Parallèlement, puisqu'il y avait un moratoire sur la pêche commerciale, elles se sont dit qu'ainsi, peut-être que les habitants des zones côtières pourraient continuer de travailler sur l'eau. Donc, on produisait du saumon d'élevage dans le Canada atlantique afin, premièrement, d'offrir des emplois, et, deuxièmement, de réduire la pression sur les stocks sauvages. Au départ, il y avait de nombreuses entreprises familiales. À un certain moment, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick, 23 différentes entreprises produisaient du saumon d'élevage. C'était une ruée vers l'or. Aujourd'hui, il y a quatre entreprises. Le principal joueur est une multinationale. Les entreprises familiales n'existent plus. Le nombre d'employés par rapport à la production a chuté. Vous avez entendu dire que ces entreprises ne réussissent pas à trouver des travailleurs à Blacks Harbour. Si l'industrie a un tel besoin de travailleurs, comment se fait-il que les jeunes aillent vers l'ouest? Pourquoi faisons-nous venir des travailleurs étrangers? Je veux dire, le message semble discordant.

Comme vous l'avez entendu, le fait est qu'il s'agit d'un travail ardu qui n'est pas très payant. Ce travail ne suffit pas pour s'acheter une maison et soutenir une famille à revenu unique. C'est très difficile. Le potentiel de croissance n'existe simplement pas au Nouveau-Brunswick. L'industrie vous l'a dit. Où se trouve le potentiel de croissance de l'aquaculture? Peut-être dans le secteur des mollusques et des crustacés, mais c'est une industrie complètement différente de celle de l'aquaculture des poissons.

Le Canada n'est qu'un minuscule joueur dans le secteur de l'aquaculture : il compte pour environ 0,02 p. 100 de la production mondiale. Ce sont les algues et les moules qui représentent la portion la plus importante de l'aquaculture dans le monde, et non le poisson. Il s'agit d'aquaculture en eau douce effectuée dans des étangs; le tilapia, le poisson-chat.

Donc, une fois encore, nous parlons de ce dont l'industrie parle beaucoup. Je côtoie cette industrie depuis 30 ans, et j'ai parlé à ces gens.

Le sénateur Meredith : Votre message ne passe pas?

Mme Milewski : Eh bien, qui suis-je? Je ne suis qu'une conseillère scientifique et une chercheuse pour le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick. De toute évidence, l'industrie a un plan. Le plan est assez clair : elle veut qu'une loi régisse l'aquaculture. La raison pour laquelle elle veut une loi, je ne la connais pas. Je ne la connais vraiment pas. L'aquaculture a démarré au Canada grâce à des investissements gigantesques du gouvernement fédéral, des millions et des millions de dollars. On essaie de protéger un modèle d'affaires. L'industrie de l'aquaculture au Canada a un modèle d'affaires qui fait l'envie de toute industrie. Si votre poisson est malade, nous allons vous demander de l'abattre, et nous allons vous dédommager à hauteur de 19 millions de dollars. Lorsqu'il y a eu une épidémie d'AIS dans le Canada atlantique, le gouvernement fédéral est intervenu et a dédommagé l'industrie à hauteur de 19 millions de dollars pour l'abattage de ses poissons.

Le sénateur Meredith : Mais c'est aussi le cas pour le secteur agricole; il y a certaines maladies qui affectent les bovins ou les poulets.

Mme Milewski : C'est vrai, mais quel risque court l'industrie? Vous êtes touché par une maladie et vous recevez un dédommagement. Ils ont mis sur pied des chaires de recherche, ils ont reçu des millions de dollars.

Vous avez entendu Thierry Chopin parler de l'aquaculture multitrophique intégrée. En 2012, j'ai participé à un examen scientifique du MPO sur l'efficacité de l'aquaculture multitrophique intégrée. Nous en sommes venus à la conclusion qu'il n'existe aucune preuve qu'elle fonctionne. Oui, vous pouvez produire des moules, et, oui, vous pouvez produire des algues, mais cette forme d'aquaculture ne fait pas ce qu'elle est censée faire, c'est-à-dire éliminer et absorber les déchets. Dans le rapport, nous avons indiqué qu'aucune preuve n'existait concernant le fait que produire des moules à côté d'une ferme salmonicole améliorait la qualité de l'environnement autour de ces piscicultures. Il n'y a aucune preuve. Les algues vont pousser. Les moules vont se développer. Mais ont-elles un impact sur l'immense volume de déchets produits? Notre réponse était non.

Le sénateur Meredith : Qu'en est-il des avantages économiques, médicaux et pour la santé ainsi que de l'apport en protéines des algues?

Mme Milewski : Nous produisons des algues. Une fois encore, nous sommes un minuscule joueur. Si le Canada produit 0,002 p. 100 de la production mondiale de poisson, il produit 0,000002 p. 100 des algues, et c'est la Chine qui mène le bal. La production du Canada est toute petite, minuscule, en comparaison.

Le sénateur Meredith : Donc, que dites-vous? N'explorons pas les occasions d'offrir des emplois, ce qui favoriserait la survie économique des Canadiens? Ne les envisageons même pas?

Mme Milewski : L'argument des emplois n'existe pas non plus. La production a crû, et les emplois ont diminué à cause des progrès dans le domaine de l'efficacité technologique. Ce sont les statistiques du MPO que j'ai utilisées pour ces graphiques. La production a augmenté, le nombre d'emplois a diminué. Les salaires et la rémunération ont augmenté de 1 p. 100 par année depuis les 13 dernières années, alors que la production a triplé. Donc, cet argument ne tient pas.

Vous avez entendu parler des emplois. La mairesse de Blacks Harbour dit que l'industrie fait venir de la main-d'œuvre étrangère.

Le sénateur Meredith : N'est-ce pas un problème favorable, par contre, que l'industrie dise : « Nous voulons croître, nous avons 350 employés et nous en voulons 400 parce que nous avons des commandes qui s'en viennent, et nous voulons être en mesure de les satisfaire, mais nous avons besoin de plus de travailleurs. » N'est-ce pas un problème favorable?

Mme Milewski : Depuis trois ans, je mène un projet de recherche à Shelburne Harbour, en Nouvelle-Écosse. Je surveille le rétablissement du plancher océanique en dessous d'une pisciculture. Deux ans après que les poissons ont été pêchés, le fond est toujours toxique, et rien n'y vit. Il y a deux ou trois ans, en 2011, peut-être, à Shelburne Harbour, la division Kelly Cove Salmon de la multinationale Cooke Aquaculture est venue et a dit aux habitants : « Nous allons construire une usine de transformation ici. Nous allons produire un nombre énorme de poissons. » Cette usine de transformation ne s'est pas concrétisée, et elle ne devrait pas être construite avant 2018 peut-être.

Je crois que ce qui doit arriver, et je m'inspire de mon expérience en tant que scientifique qui travaille à l'aide de données réelles et qui ne tient pas compte des hypothèses ou des possibilités... Montrez-moi les données. Montrez-moi les données qui attestent la croissance du domaine de l'emploi. Je ne la vois pas. L'augmentation des salaires et de la rémunération, je ne la vois pas. Je vois la production augmenter, et je vois les profits de l'industrie augmenter, mais cet argent ne va pas aux salaires et à la rémunération. Je ne vois pas cette incroyable demande pour des protéines de saumon dans le monde. Je n'ai jamais vu de saumon dans une banque alimentaire. Je n'ai jamais vu de saumon être envoyé en Afrique subsaharienne afin de nourrir les personnes démunies. Le saumon va nous nourrir, Nord-Américains et Européens gâtés que nous sommes. C'est là que nous allons.

On parle d'une industrie qui a un taux de rendement sur ses investissements de 52 p. 100. Le MPO a engagé une entreprise afin qu'elle mène un examen scientifique particulier sur la valeur ou sur l'importance des retombées économiques de l'élevage en parcs clos comparativement à ceux de l'aquaculture à parcs à filets ouverts. Le rendement sur l'investissement est de 52 p. 100. J'aimerais profiter d'un rendement semblable sur mon argent.

Le sénateur Meredith : Le rendement de 52 p. 100 concerne-t-il l'aquaculture en parcs clos?

Mme Milewski : Non, il est bien plus bas. Il est d'environ 10 ou 15 p. 100. Donc, quel modèle préféreriez-vous en tant que personne d'affaires? Rappelez-vous que ce sont d'abord des gens d'affaires, et que c'est l'argent qui les intéresse. Avec un taux de rendement sur les investissements de 52 p. 100, c'est un excellent modèle à conserver. C'est pourquoi ils résistent à l'idée de déplacer leurs activités sur la terre, où ils vont devoir payer le plein prix de production, soit le traitement de leurs déchets...

Le sénateur Meredith : Ainsi que les coûts énergétiques, l'espace.

Mme Milewski : C'est exact. Ils vont devoir traiter leurs déchets. Ils n'ont pas le droit de les déverser dans l'océan. Ils n'ont pas le droit de prendre leurs produits chimiques et de les laisser couler dans l'eau pour ainsi avoir un impact potentiel sur d'autres pêcheries. C'est une question d'équité. Si nous voulons que l'industrie soit soumise à des règles équitables, nous devons appliquer la même équité que nous appliquons aux usines de pâte à papier, aux usines d'épuration des eaux et aux piscicultures. Si nous voulons être justes, nous devons les forcer à s'occuper de leurs déchets, et la seule façon de faire cela est de déplacer leurs activités vers la terre ferme.

Le sénateur Meredith : Monsieur Carr ou monsieur Ernst, voulez-vous ajouter quelque chose à ce sujet?

M. Carr : Je vais simplement ajouter quelques éléments au sujet des travailleurs non-résidants dont parlait la mairesse de Blacks Harbour. Beaucoup de non-résidants vivent à St. George, la collectivité où je vis. De l'autre côté de la rue, à l'endroit où je vis, par exemple, quatre familles vivent dans une seule maison. Le taux de chômage est très élevé dans le comté de Charlotte. La majorité des gens va vers l'ouest afin de travailler. Le taux de roulement est très élevé pour le travail sur les cages d'élevage. Les gens qui travaillent sur les cages d'élevage, en grande partie, sont des jeunes qui n'ont pas terminé l'école secondaire. Les salaires sont très bas. Les non-résidants viennent dans notre ville, pas parce qu'il y a énormément d'emplois disponibles, mais parce que les gens d'ici ne veulent pas travailler à ce salaire.

Le sénateur Meredith : Ce n'est pas différent dans l'industrie agricole. Par exemple, en Ontario, nous accueillons 6 000, 7 000 travailleurs en provenance des Caraïbes chaque année pour travailler dans les pomicultures et les vineries.

Dans le cas d'une industrie aux prises avec une pénurie de main-d'œuvre, et, particulièrement si les Canadiens ne veulent pas occuper ces emplois, l'industrie, si elle veut survivre et croître, doit trouver des façons de combler cette pénurie. Actuellement, il y a un moratoire puisqu'il y a eu certains abus dans notre système. J'espère que ce moratoire sera bientôt levé afin que les gens puissent retrouver leur travail — dans l'industrie agricole, par exemple — afin qu'on puisse profiter de cette main-d'œuvre.

Je veux dire, la mesure soutient une industrie parce que nous parlons d'emplois. Une fois encore, il s'agit d'une grande industrie. Il n'y a que quatre joueurs importants au Canada, mais une fois encore, ils fournissent des emplois pour des milliers de gens.

M. Carr : Nous le savons, mais, cela dit, Inka a parlé d'un profit de 52 p. 100. Si les salaires étaient plus élevés, les gens travailleraient sûrement pour l'industrie. Cinquante-deux pour cent, c'est un taux incroyable.

Le sénateur Meredith : Peut-être pourrions-nous réglementer ce taux. Qu'en pensez-vous?

M. Carr : Peut-être. L'aquaculture à terre en parcs clos exigera des travailleurs qualifiés. Quelqu'un a parlé plus tôt aujourd'hui de la possibilité que les collèges communautaires et les universités participent. Dans les groupes de travail auxquels nous avons participé dernièrement, les agriculteurs dont les affaires vont bien disent que personne ne peut travailler pour eux parce que les travailleurs ne sont pas qualifiés en ce qui a trait à la nouvelle technologie, et ce sont des emplois très payants. Donc, si ces gens sont formés, cela apportera de nouveaux revenus économiques au Nouveau-Brunswick et au Canada atlantique.

Un dernier commentaire au sujet des coûts de mise en exploitation plus élevés associés à l'aquaculture en parcs clos. Selon les modèles que nous avons examinés, les coûts d'exploitation, une fois que tout est prêt, sont à peu près les mêmes que ceux des aquacultures à parcs en filets. Ce sont les coûts en immobilisations qui sont élevés. Ils vont descendre avec le temps. Inka a parlé d'un rapport que le gouvernement fédéral a publié, mais beaucoup d'éléments brillent par leur absence dans ce rapport. Par exemple, avec l'aquaculture à terre en parcs clos, il n'y aurait pas de problème lié au pou du poisson. Des centaines de millions de dollars sont dépensées annuellement pour la recherche sur le pou du poisson. Pourquoi ne pas investir cet argent pour payer les coûts de préexploitation des aquacultures en parcs clos, des choses comme ça? Il y a plein d'autres exemples que je pourrais vous donner, mais celui-ci est incroyable, selon moi.

M. Ernst : Je n'ai rien à ajouter dans cette veine. J'aimerais parler d'un nouveau sujet, si cette série de questions est terminée.

Le sénateur Meredith : Si le président nous le permet.

Le président : Allez-y.

M. Ernst : Ce matin, nous avons entendu plusieurs fois que l'industrie demande de nouveaux outils et nous avons parlé de la recherche que nécessiterait l'élaboration de ces outils. Toutefois, il me semble étrange qu'il existe, dans cette province, une installation inutilisée qui pourrait servir à cela, une installation très récente. Le ministère des Pêches et des Océans n'a plus la capacité de l'utiliser. Pourquoi? Je ne sais pas. Probablement que personne ici ne pourrait le dire à coup sûr, mais je soupçonne que les recherches du domaine de la chimie qui étaient effectuées par ces installations par l'entremise des laboratoires de toxicologie n'étaient pas les bienvenues. C'est manquer de vision que d'éliminer cette capacité de recherche, puisque je suis certain que vous avez entendu dire que l'industrie n'est pas assez importante sur son marché pour justifier les efforts habituels en recherche et développement qui visent l'élaboration de pesticides pour traiter le pou du poisson ou d'autre chose. Si cela n'est pas fait par l'industrie, nous devons nous satisfaire des anciens outils déjà à notre disposition alors que nous pourrions passer à de nouveaux outils moins risqués si nous maintenions notre capacité de recherche au sein de nos organismes gouvernementaux et que ces recherches étaient financées.

C'est mon opinion.

Le président : Merci. La discussion a été intéressante, et c'est certain que nous entendons diverses opinions en traversant le pays. Il pourrait être utile un jour d'organiser une table ronde où des personnes ayant différents points de vue seraient réunies dans la même pièce pour voir comment les discussions se dérouleraient. C'est une possibilité que nous pouvons envisager. Nous devons seulement déterminer un endroit.

Je tiens à vous remercier de votre temps. Vos opinions sont très utiles à notre discussion. Je l'ai dit à de nombreux autres témoins avant, et je veux vous le dire aussi. Vous semblez avoir suivi nos discussions de façon très rigoureuse, et nous avons écouté vos commentaires, et si vous prenez connaissance d'un fait qui, selon vous, devrait être porté à notre attention, dont vous voulez discuter ou au sujet duquel vous voulez nous donner une autre opinion, n'hésitez pas à le faire savoir au comité. Nous accueillons toutes les opinions. C'est une industrie importante pour notre pays, et nous devons certainement nous pencher sérieusement sur la question. Ce sont des gens comme vous qui alimentent cette discussion et ce débat.

(La séance est levée.)


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