LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le jeudi 9 mai 2024
Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui, à 8 h 59 (HE), avec vidéoconférence, afin d’examiner pour en faire rapport les questions concernant l’agriculture et les forêts en général; et à huis clos, pour examiner l’état de la santé des sols au Canada et en faire rapport.
Le sénateur Robert Black (président) occupe le fauteuil.
[Traduction]
Le président : Honorables sénateurs, avant de commencer, j’aimerais rappeler à tous les sénateurs et aux autres participants à la réunion les mesures préventives importantes suivantes.
Afin d’éviter pendant notre réunion les retours de son perturbateurs et potentiellement nuisibles qui pourraient causer des blessures, nous rappelons à tous les participants en personne de garder leurs écouteurs loin des microphones en tout temps.
Comme l’indique le communiqué transmis par la Présidente à tous les sénateurs le lundi 29 avril, les mesures suivantes ont été prises pour aider à prévenir les incidents acoustiques.
Toutes les oreillettes ont été remplacées par un modèle qui réduit considérablement la probabilité d’un incident acoustique. Les nouvelles oreillettes sont noires, alors que les anciennes étaient grises. Veuillez utiliser uniquement une oreillette noire approuvée. Par défaut, tous les écouteurs non utilisés seront débranchés au début d’une réunion. Lorsque vous n’utilisez pas votre écouteur, veuillez le placer face vers le bas, au milieu de l’autocollant rond que vous voyez devant vous, sur la table, à l’endroit indiqué.
Si vous avez des questions, veuillez consulter la fiche sur la table ou vous adresser au président ou à la greffière.
Veuillez vous assurer que vous êtes assis de manière à augmenter la distance entre les microphones. Les participants doivent brancher leur oreillette, non pas dans la prise sur la table, mais uniquement dans la console de microphone située directement devant eux. Ces mesures sont en place afin que nous puissions exercer nos activités sans interruption et pour protéger la santé et la sécurité de tous les participants, y compris les interprètes.
Je vous remercie pour votre collaboration.
J’aimerais commencer par souhaiter la bienvenue aux membres du comité, à nos témoins, ainsi qu’aux personnes qui nous regardent sur le Web. Je m’appelle Rob Black. Je suis sénateur de l’Ontario et je préside le comité.
Avant de donner la parole aux témoins, j’aimerais inviter les sénateurs à se présenter.
La sénatrice Simons : Bonjour, je suis la sénatrice Paula Simons. Je viens du territoire visé par le Traité no 6, en Alberta.
La sénatrice Burey : Bonjour et bienvenue. Sharon Burey, sénatrice de l’Ontario.
Le sénateur McNair : Bonjour et bienvenue. Je m’appelle John McNair, du Nouveau-Brunswick.
La sénatrice Robinson : Bonjour, Mary Robinson, de l’Île-du-Prince-Édouard.
La sénatrice McBean : Bonjour. Marnie McBean, de l’Ontario.
Le sénateur Oh : Bonjour. Victor Oh, de l’Ontario.
Le président : Le comité poursuit son étude sur le problème grandissant que sont les feux de forêt au Canada et les conséquences de ces feux sur le secteur agricole et forestier.
Nous accueillons aujourd’hui Me Amy Avis, avocate générale à la Croix-Rouge canadienne, le chef Ken McMullen, président de l’Association canadienne des chefs de pompiers et chef pompier à Red Deer en Alberta, Mme Tina Saryeddine, directrice générale de cette association, et Mme Lisa Walker, directrice, Résilience et partenariats, au Centre interservices des feux de forêt du Canada.
Chacune de vos organisations disposera de cinq minutes pour sa déclaration liminaire. Quand il vous restera une minute, je lèverai la main. J’en lèverai deux pour vous demander de conclure rapidement.
Sur ce, maître Avis, vous avez la parole.
Me Amy Avis, avocate générale, Croix-Rouge canadienne : Merci beaucoup.
Avant de faire ma déclaration liminaire, j’aimerais reconnaître que je vis et travaille sur le territoire non cédé des Algonquins anishinaabe.
Je m’appelle Amy Avis. J’étais avocate générale pour la Croix-Rouge canadienne. J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’être diplômée en droit. Je suis sûre que je ne suis pas la seule parmi ceux qui sont présents aujourd’hui. Je suis maintenant responsable des services humanitaires et je dirige notre équipe d’intervention nationale et internationale. C’est à ce titre que je prends la parole aujourd’hui.
Je vous remercie de me donner l’occasion de vous parler de nos opérations de secours. C’est une question que nous avons tous à cœur, alors que nos équipes se tiennent prêtes à intervenir cet été. Pour notre personnel, cette semaine est consacrée à la préparation aux situations d’urgence. C’est donc un sujet important que nous examinons aujourd’hui, et notre discussion tombe à point nommé.
J’aimerais vous parler du rôle que joue la Croix-Rouge canadienne, des conséquences des incendies de forêt au Canada et des difficultés que nous rencontrons à l’heure actuelle. J’aimerais ensuite présenter quelques recommandations que le comité pourrait considérer.
Au sujet du rôle que joue la Croix-Rouge canadienne, nous sommes très fiers de ce que nous avons accompli en partenariat avec le gouvernement canadien, en particulier au cours des cinq dernières années. Grâce au financement accordé par le ministère de la Sécurité publique, notre équipe d’intervention humanitaire, forte de près de 10 000 Canadiens, a répondu à 180 demandes fédérales, provinciales et territoriales et soutenu des opérations d’urgence pour le compte de neuf ministères fédéraux différents. Depuis 2010, nous sommes intervenus dans 34 000 catastrophes de toute taille, du nord au sud et d’est en ouest, et avons soutenu 1,6 million de personnes qui ont été touchées. C’est avec ces chiffres en tête que nous nous adressons à vous aujourd’hui.
Nous contribuons à la réduction des risques et nous aidons les sinistrés jusqu’à ce qu’ils retournent chez eux. La Croix-Rouge canadienne ne fournit pas seulement des secours en cas de catastrophe. Elle accompagne aussi les sinistrés jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux. Je dis « rentrer chez eux », mais les sinistrés ne sont pas toujours en mesure de faire reconstruire leur maison. De plus en plus, ils sont obligés de se trouver un autre logement, comme une roulotte. Les sinistrés ne peuvent pas toujours retourner là où ils habitaient avant la catastrophe.
Nous venons en aide aux individus, aux ménages et aux communautés locales, c’est-à-dire que nous offrons une assistance directe aux personnes individuelles, mais aussi aux communautés touchées.
Je vais maintenant vous parler brièvement des conséquences des incendies de forêt, puis je conclurai en faisant quelques recommandations.
En ce qui concerne l’impact des feux de forêt, nous étions sur le terrain dans huit provinces et territoires l’année dernière. Le terme « sans précédent » est souvent utilisé pour décrire la saison des feux de forêt chaque année. Je pense que c’était tout à fait le cas, mais il est important de préciser que pour nous, il s’agissait d’un coup de semonce. Par rapport à la quantité de destruction et d’hectares brûlés, il n’y a pas eu le même niveau de dégâts domestiques que les autres années. Il n’y a pas eu de pertes catastrophiques comme à Fort McMurray, où tout un centre urbain a dû être évacué et a subi des pertes importantes. Nous n’avons pas connu la saison des feux de forêt de 2017 et 2018 en Colombie-Britannique, où les gens ont été évacués par vagues d’ordres et d’alertes. À bien des égards, nous attendons donc avec impatience les prévisions de cette saison d’événements, et mes collègues ici présents ainsi que nos équipes qui continuent de répondre aux événements de l’année dernière sentent le battement de tambour de la saison arriver. Nos journées de travail sont consacrées au prépositionnement des stocks et des fournitures, aux exercices de dernière minute et à la formation juste à temps pour nous assurer que nous sommes prêts à être là pour la population canadienne dans le besoin.
Une mesure vraiment importante, avant d’aborder les recommandations, est le fait qu’il n’existe pas de mesure pour mesurer l’impact des feux de forêt. Nous parlons d’hectares brûlés et d’évacuations, mais nous ne parlons pas de la durée et du nombre d’évacuations. Nous ne parlons pas de la différence entre deux ménages d’une communauté qui sont touchés et une communauté entière. Le fait de ne pas comprendre comment cela se produit modifie considérablement la façon dont les gens ressentent l’événement, le temps qu’il leur faut pour s’en remettre, le montant qu’ils paient de leur poche et la façon dont les organismes d’intervention doivent apporter leur soutien.
Je tiens également à souligner la convergence des risques et la mesure dans laquelle les feux de forêt traversent de plus en plus les frontières et les personnes touchées traversent les frontières, ce qui se répercute sur les événements d’une année à l’autre. La ville de Lytton, qui n’a pas été reconstruite, est un exemple d’étude de cas d’une communauté qui a connu toutes les difficultés possibles et imaginables, et les incendies ont failli la toucher à nouveau l’année dernière.
Pour conclure, je voudrais souligner que le personnel de renfort est essentiel à l’efficacité de la réponse. Nous voulons également souligner la nécessité de continuer à soutenir les capacités de réponse civiles, y compris le personnel humanitaire. Il faut également mettre en place des programmes complémentaires de lutte contre les pertes dues aux catastrophes, y compris l’aquaculture, qui doivent être réformés. Mon dernier point concerne la nécessité d’une coordination, d’une collaboration et d’une réponse accrues pour garantir l’efficacité et l’efficience.
Sur ce, je conclurai. Je vous remercie, et je vous prie de m’excuser si j’ai dépassé le temps de parole qui m’était imparti.
Le président : Aucune excuse n’est de mise.
Ken McMullen, président, Association canadienne des chefs de pompiers : Bonjour et merci encore. C’est un réel plaisir d’être avec vous tous. Bonjour à notre président, aux sénateurs et aux autres invités. L’Association canadienne des chefs de pompiers tient à vous remercier de nous avoir invités à témoigner dans le cadre de votre étude sur les problèmes croissants que posent les feux de forêt au Canada et sur les conséquences qu’ils ont sur nos industries forestières et agricoles.
Nous sommes honorés de nous retrouver parmi vous aujourd’hui sur le territoire non cédé et non abandonné de la nation algonquine anishinabe.
Aujourd’hui, je me concentrerai sur deux défis liés à l’agriculture et à la sylviculture et aux impacts des feux de forêt, soit la coordination et la modernisation. Je recommande d’abord que le Canada se dote d’un bureau canadien de coordination des incendies et des situations d’urgence, à l’instar de nos collègues des États-Unis, du Royaume-Uni, du Japon, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, afin de coordonner les personnes et les politiques dans un contexte modernisé. Ensuite, je recommande que le Canada se dote d’un programme commun de préparation aux situations d’urgence afin de moderniser notre réserve d’équipements de préparation aux situations d’urgence.
L’Association canadienne des chefs de pompiers représente les 3 200 services d’incendie du pays par l’intermédiaire des chefs de pompiers et d’un conseil consultatif national composé d’organisations provinciales, territoriales et nationales affiliées. Les 3 200 services d’incendie du pays comptent environ 126 000 pompiers, dont 70 % pompiers volontaires.
Les chefs de pompiers sont également souvent désignés comme coordinateurs locaux de la gestion des urgences ou comme autorités compétentes en cas d’urgence. Plus de 90 % des services d’incendie participent à des interventions en milieu naturel, mais nos membres ne sont toutefois pas des pompiers forestiers. Les pompiers forestiers relèvent en fait du champ de compétence provinciale, et leurs activités sont souvent coordonnées par nos amis du Centre interservices des feux de forêt du Canada, également connu sous le nom de CIFFC.
Quelle est la différence? Les services d’incendie locaux interviennent lorsque des infrastructures, des collectivités et des individus sont en danger. Les agences de protection de la nature sont nos experts en matière de feux de forêt. Néanmoins, comme les feux de forêt continuent de ravager à la fois des zones urbaines et des milieux sauvages, et nous en sommes maintenant au stade où il est nécessaire de coordonner ces activités de manière plus efficace.
La maîtrise des feux de forêt et la protection des terres agricoles doivent également être coordonnées avec l’ensemble des services d’incendie locaux. Au cours des 12 derniers mois, pas moins de 50 feux de forêt ont dévasté des terres agricoles partout au pays, ce qui a fait les manchettes et donné lieu à plusieurs reportages. Nos chefs de file du secteur agricole disposent-ils de partenaires à l’échelle nationale pour obtenir des conseils et mettre en œuvre des mesures liées aux enjeux de prévention des incendies et de sécurité des personnes?
Aujourd’hui, nous disposons du programme Intelli-feu, dont l’objectif est d’aider les exploitations agricoles à atténuer les effets des feux de forêt. Cependant, nous ne pouvons pas faire peser toute la charge sur le programme Intelli-feu. La prévention et l’atténuation des incendies comportent de multiples dimensions. Certains de nos efforts pour respecter l’environnement nous ont amenés à sélectionner des matériaux et à planter des arbres dans des zones où ils constituent désormais une source de combustion. La crise du logement a affecté les collectivités forestières et agricoles d’une manière différente que par le passé. Nos efforts visant à permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder à des logements abordables pourraient conduire certaines provinces à abandonner sans le savoir certains principes fondamentaux de sécurité-incendie et de la sécurité des bâtiments, tels que les issues de sorties secondaires, au profit d’économies de coûts et d’espace. Cela revient à suggérer que les prestataires de soins de santé peuvent être plus efficaces s’ils ne se lavent pas les mains ou ne changent pas de gants. Cela nous a également amenés à opter pour des matériaux que nous pensons respectueux de l’environnement, mais qui n’ont pas été pleinement pris en compte dans le contexte global de la lutte aux feux de forêt.
Permettez-moi de vous donner un exemple. Si nous plaçons un véhicule électrique dans une maison à plusieurs logements avec une suite secondaire sans sortie secondaire au sein d’une collectivité rurale, dans un contexte de pénurie d’eau, pendant une vague de chaleur, après que la révision d’un règlement sur les explosifs a facilité la manipulation de cierges par les enfants, vous aurez, malheureusement, tous les ingrédients pour une tempête parfaite.
À qui la faute? Ce n’est la faute de personne. Le feu est une simple force de la nature, il n’a évidemment aucune intention. Le feu se manifeste pour tout le monde, partout, de manière nouvelle et inattendue. Mais que pouvons-nous faire? Introduire une capacité de coordination nationale afin que nos décideurs politiques à l’échelle fédérale puissent être en mesure de donner les bons conseils, dès le départ.
Par ailleurs, plus de 50 % des services d’incendie de ce pays reportent l’achat d’équipements en raison de contraintes budgétaires qui pèsent sur les municipalités locales. Le rétablissement du Programme conjoint de protection civile pourrait contribuer à résoudre ce problème, et notamment au sein des zones rurales du Canada.
Pour conclure, je vous propose de moderniser et de coordonner nos actions pour faire face aux conséquences des feux de forêt sur la sylviculture et l’agriculture. Nous recommandons ainsi la création d’un bureau national de coordination des incendies et des situations d’urgence, ainsi que le rétablissement du Programme conjoint de protection civile.
Enfin, je souhaite profiter de cette occasion pour remercier tous les sénateurs, qui ont si bien soutenu l’Association canadienne des chefs de pompiers pour le cadre national de lutte contre le cancer chez les pompiers, ainsi que pour le doublement du crédit d’impôt pour pompiers volontaires. Votre soutien aux professionnels du secteur des incendies est très apprécié, et nous vous en remercions.
Le président : Merci, monsieur McMullen. Nous allons maintenant céder la parole à Mme Walker.
Lisa Walker, directrice, Résilience et partenariats, Centre interservices des feux de forêt du Canada : Je m’appelle Lisa Walker et je vis au Yukon, sur le territoire traditionnel de la Première Nation Carcross/Tagish. Je tiens à vous remercier de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer aujourd’hui au nom du Centre interservices des feux de forêt du Canada sur l’enjeu urgent des feux de forêt. Il est essentiel de se réunir aujourd’hui pour engager une discussion ouverte et rationnelle sur ce sujet afin d’élaborer des stratégies efficaces pour atténuer les impacts des feux de forêt et renforcer la résilience face aux défis à venir.
Comme je l’ai mentionné, je suis ici au nom du Centre interservices des feux de forêt du Canada, ou CIFFC, une société à but non lucratif détenue et gérée par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Le mandat du CIFFC est de soutenir ses agences membres dans la gestion, l’intervention, la prévention et l’atténuation efficaces des feux de forêt, ainsi que dans d’autres services au Canada. En période d’activité intense, le CIFFC est chargé de coordonner le partage des ressources entre les provinces et les territoires, ainsi qu’avec les partenaires internationaux. Ces ressources comprennent le personnel, les équipements et les aéronefs. Au cours de saisons comme celle que nous avons connue l’année dernière, il ne s’agit pas d’une mince affaire.
Comme vous le savez, la saison des feux de forêt de 2023 a été la pire jamais enregistrée au Canada, avec des incendies faisant rage dans tout le pays, souvent simultanément, dévastant des terres et des forêts, menaçant des habitations, déplaçant des communautés entières, et recouvrant le ciel de fumée dans des villes situées bien au-delà de nos propres frontières. Les conséquences des 7 000 incendies et des 16,5 millions d’hectares brûlés ont été largement ressenties.
Face à cette situation sans précédent, le CIFFC a dû relever de nombreux défis. Les conditions météorologiques extrêmes et la sécheresse dans de nombreuses juridictions ont exacerbé la demande de ressources. Au cours de cette période, le CIFFC a pu mobiliser environ 5 500 personnes de 12 pays différents pour combler les lacunes des ressources nationales. Il s’est toutefois avéré difficile d’obtenir ces ressources, car la disponibilité des ressources internationales n’était pas toujours certaine.
Nous avons également dû faire face à une pénurie d’expertise en matière de gestion des incendies de forêt, ce qui complexifie le partage des ressources, en plus d’une flotte aérienne vieillissante dans tout le pays, ce qui représente un autre obstacle, sans solution immédiate en vue.
Même si nous savions que nos efforts devaient aller au-delà des lignes de front de la lutte contre les incendies, la saison 2023 l’a montré de façon évidente. C’est pourquoi le CIFFC est profondément engagé à fournir des outils à nos partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux pour soutenir la mise en œuvre d’activités de prévention et d’atténuation dans leurs juridictions par le biais du programme Intelli-feu. Ce programme national vise à donner aux collectivités les moyens de prendre des mesures proactives pour réduire leur vulnérabilité face aux feux de forêt. Le programme Intelli-feu est un outil important qui aide les Canadiens à s’adapter aux conséquences des feux de forêt. Nous avons tous un rôle à jouer dans la prévention des feux de forêt et la réduction des risques, et le programme Intelli‑feu est donc conçu dans cette optique.
Si nous regardons vers l’avenir, il est clair que la menace des feux de forêt demeure un défi permanent. Les changements climatiques, les modes d’utilisation des terres et d’autres facteurs continuent d’exacerber les risques de feux de forêt, soulignant la nécessité d’une collaboration et d’une innovation continues dans la gestion des feux de forêt. Le CIFFC reste fermement engagé à relever ces défis, en travaillant main dans la main avec ses partenaires pour construire un Canada plus résilient, où les impacts des feux de forêt sont minimisés et où les collectivités peuvent continuer de prospérer malgré l’adversité. Je vous remercie de votre attention.
Le président : Je vous remercie, madame Walker. Je tiens également à remercier l’ensemble de nos témoins. Nous allons maintenant passer aux questions des sénateurs, à commencer par la sénatrice Simons, notre vice-présidente.
La sénatrice Simons : Merci beaucoup à tous nos témoins, non seulement pour leur présence ici aujourd’hui, mais aussi pour tout ce qu’ils ont fait pour protéger la population canadienne et venir en aide à tous ceux et celles qui ont été perturbés par les feux de forêt au cours des dernières années. Je suis fière d’être originaire de l’Alberta, et bien que nous nous attendions à une terrible saison des incendies cette année en raison de l’hiver doux et sec, nous avons eu beaucoup de pluie et de neige récemment, et j’espère qu’au moins la saison des incendies démarre beaucoup plus lentement cette année, et j’espère qu’il s’agit d’une bonne nouvelle.
Je vais commencer par vous, madame Walker. De toute évidence, votre organisation est l’agence clé de voûte dans ce domaine, mais il semble qu’elle ne dispose pas des ressources dont elle a besoin ou peut-être du pouvoir dont elle a besoin. Il n’est peut-être pas juste de vous poser la question, mais à quoi ressemblerait pour vous une agence modèle? J’aimerais ensuite demander à M. McMullen et à Mme Avis à quoi cela ressemblerait pour eux.
Mme Walker : Merci pour votre question, sénatrice. Je pense qu’il n’y aura jamais assez de ressources pour protéger tout le monde à chaque fois, mais nos ressources et notre pouvoir nous sont donnés par les agences de lutte contre les feux de forêt à travers le pays, et nous travaillons en leur nom. Ce sont elles qui détiennent la compétence, l’expertise et les outils. Notre travail en tant qu’agence de coordination consiste à les soutenir et à partager ces ressources à travers le pays lorsqu’une juridiction en a besoin plutôt qu’une autre.
Nous sommes en activité depuis 40 ans, ce qui est une longue période. Je pense que ce modèle a été couronné de succès au Canada et à l’étranger. Nous avons conclu six accords avec des partenaires internationaux et, comme je l’ai indiqué dans ma déclaration d’ouverture, nous avons desservi 12 pays au Canada l’année dernière. Nous nous développons et prenons de l’ampleur comme nous le pouvons et comme nous en avons besoin lorsque les saisons se présentent, mais il s’agit évidemment d’un défi auquel toutes les juridictions du pays sont confrontées à différents moments et de différentes manières. Notre programme de prévention et d’atténuation, par l’intermédiaire de FireSmart Canada, s’efforce d’être plus proactif et de soutenir les juridictions avant que les feux de forêt ne se déclarent et que les gens ne soient touchés dans leurs communautés.
La sénatrice Simons : Votre organisation joue donc le rôle d’une sorte d’agence nationale de coordination.
Mme Walker : C’est le cas, en effet.
La sénatrice Simons : Comme beaucoup de ces questions relèvent de la compétence des provinces, voire des comtés, vous n’êtes pas le patron de tout le monde.
Mme Walker : Nos patrons sont les agences de lutte contre les incendies, dont certaines sont officiellement des organisations de mesures d’urgence. Ces agences constituent le « conseil d’administration » du CIFFC.
La sénatrice Simons : Ma question à M. McMullen et à Mme Avis est donc la suivante : est-ce le modèle dont nous avons encore besoin pour faire face à ce « déluge » d’incendies, même si ce n’est probablement pas la meilleure métaphore. Alors que les changements climatiques rendent la saison des incendies de plus en plus sévère, ce modèle est-il encore fonctionnel ou avons-nous besoin de mettre en place un nouveau modèle qui va au-delà de la coordination d’organisations?
M. McMullen : Merci beaucoup pour votre question, sénatrice.
L’Association canadienne des chefs de pompiers suggère depuis une douzaine d’années la coordination d’une administration nationale des incendies. Ce matin, je suis rentré de Washington où nous avons assisté au premier congrès mondial des pompiers, auquel 54 pays ont participé. Nous sommes l’un des rares pays de taille comparable à ne pas disposer d’une administration nationale pour gérer les problèmes liés aux incendies.
En ce qui concerne la coordination et la perspective des frontières et des juridictions provinciales et territoriales, l’Association canadienne des chefs de pompiers est composée non seulement d’un conseil élu, mais aussi de représentants des organisations de chefs de toutes les provinces, de tous les territoires et de tous les groupes alliés. Pour répondre directement à votre question, nous pensons que ce centre de coordination joue un rôle essentiel dans les efforts de coordination dont a parlé Mme Walker.
Me Avis : Je pense que la coordination de l’intervention est vraiment essentielle, mais il faut reconnaître que, parfois, il s’agit de fournitures et de matériaux; d’autres fois, il s’agit de personnes et d’organismes. Il y a plusieurs éléments dont il faut tenir compte.
La sénatrice Simons : D’accord, très bien. J’aimerais participer à un deuxième tour, s’il vous plaît.
Le président : Il pourrait y avoir ou non un deuxième tour, selon le temps dont nous disposerons.
Le sénateur Oh : Je remercie les témoins. Bonjour.
Ma question va probablement s’inscrire un peu dans le sens des questions des autres sénateurs. Je voudrais parler du réchauffement planétaire, des changements climatiques et des phénomènes météorologiques extrêmes. Selon les récents sondages d’Abacus Data, trois Canadiens sur quatre sont en faveur de la création d’un nouveau forum national non militaire pour la lutte contre les feux de forêt. L’idée a été proposée en 2023 par plusieurs experts en la matière.
Ainsi, l’équipe de secours pourrait être mobile, non seulement à l’intérieur du Canada, mais même à l’extérieur du Canada. Que pensez-vous de cette idée?
M. McMullen : Merci beaucoup. Je suis heureux que vous ayez posé cette question.
Je rappelle aux sénateurs qu’à l’heure actuelle, il y a 126 000 pompiers au pays. De ce nombre, 70 000 ou 80 000 sont des volontaires. Nous sommes favorables à ce que des personnes soient disponibles pour soutenir les collectivités.
Nous sommes d’avis que ces ressources existent déjà, mais le hic, c’est que nous ne sommes pas sûrs du nombre de personnes supplémentaires que nous pourrons rassembler parmi celles qui ne font pas déjà partie de l’ensemble du système d’intervention. Nous avons participé aux discussions, qui portaient notamment sur ce sujet — à savoir l’équipe d’intervention humanitaire —, et je répète que nous appuyons cette idée. Nous voulons simplement nous assurer que ces gens reçoivent une formation adéquate et qu’ils ont les compétences et les capacités nécessaires pour accomplir leurs tâches en toute sécurité. C’est ce que nous faisons valoir dans le cadre des discussions, car nous tenons à ce que cela se fasse en toute sécurité et en bonne et due forme pour assurer non seulement la sécurité des intervenants, mais aussi leur capacité à protéger les Canadiens.
Le sénateur Oh : Qu’en est-il des États-Unis ou des pays européens? Une telle équipe a-t-elle été créée?
M. McMullen : Ailleurs dans le monde, on utilise des systèmes différents de ceux qui existent au Canada. D’après les discussions tenues au congrès mondial des pompiers, certains pays d’Europe gèrent ces services à l’échelle nationale uniquement sur une base volontaire, et cela englobe tout. Ils s’occupent des missions de recherche et de sauvetage, ainsi que des interventions en cas d’incendie, un peu comme l’équipe d’intervention humanitaire dont vous avez parlé.
Me Avis : C’est une excellente observation parce que, selon nous, bon nombre de ces outils ne sont pas mutuellement exclusifs, mais bien complémentaires, et nous apportons des perspectives différentes. La Croix-Rouge canadienne évalue le succès de ces programmes en fonction du nombre de Canadiens qui sont touchés. Autrement dit, la réussite des Accords d’aide financière en cas de catastrophe et de l’équipe d’intervention humanitaire se mesure par le nombre de sinistrés qui rentrent chez eux après la destruction de leur maison, si nous tenons à empêcher des pertes de vie.
Outre les outils de recherche et l’équipe nationale d’intervention humanitaire, nous croyons qu’il faut moderniser les programmes d’aide en cas de catastrophe et revoir la façon dont les assurances couvrent les incendies au Canada. Nous ajouterions donc à cette liste des programmes d’aide en cas de catastrophe, ainsi qu’un effectif d’appoint.
Mme Walker : En plus des services de coordination et de partage des ressources qu’offre le CIFFC, nous créons et mettons en commun des normes nationales d’échange et de formation. Cela signifie que les pompiers forestiers d’un bout à l’autre du pays peuvent être déployés dans toutes les provinces et tous les territoires, ainsi qu’à l’échelle internationale. C’est ainsi que le modèle conçoit une équipe nationale, de sorte que si l’Île-du-Prince-Édouard a besoin de pompiers à un moment donné, mais pas le Yukon, ces ressources pourront y être déployées pour une intervention selon les normes de sécurité et de formation qui s’appliquent à l’ensemble du pays.
Cela permet également à chaque administration d’embaucher et de maintenir en poste ses propres effectifs pour mener toutes sortes d’autres activités liées à la foresterie et à la lutte contre les feux de forêt. C’est un modèle qui fonctionne depuis très longtemps, mais les pénuries de ressources se répercutent certainement sur les efforts de lutte contre les feux de forêt et sur de nombreuses industries partout au pays en ce moment.
Le sénateur Oh : Chef McMullen, j’ai une autre question à vous poser. Avons-nous suffisamment d’équipements — de bombardiers à eau et d’hélicoptères — pour les sauvetages en cas d’incendie?
M. McMullen : Je ne veux pas parler à tort et à travers. Les services d’incendie canadiens des municipalités que nous représentons ne supervisent pas les actifs comme les hélicoptères et les bombardiers à eau; ce sont nos collègues des services de lutte contre les feux de forêt qui s’en chargent. Je leur laisserais donc le soin de répondre à cette question, si vous me le permettez, sénateur.
Mme Walker : Il y a des pénuries de ressources dans l’aviation en général, et c’est lié non seulement à une flotte vieillissante d’aéronefs, mais aussi à une pénurie de pilotes et de techniciens d’entretien. Cela ne se limite pas aux feux de forêt; c’est pour l’ensemble de l’industrie aérienne.
Le président : Je vous remercie.
La sénatrice Jaffer : Merci beaucoup. Je vous prie d’excuser mon retard.
Je viens de la Colombie-Britannique, et lorsque j’étais jeune avocate, je travaillais dans la région de Lytton. Dans le meilleur des cas — et encore aujourd’hui —, il est très difficile de se rendre à Lytton ou dans des régions comme celle-là. Je n’essaie pas de pointer du doigt Lytton, mais vous en avez parlé, maître Avis. Ce ne sont pas des endroits faciles d’accès, et je ne pense pas qu’on y trouve beaucoup de casernes de pompiers.
J’ai une question naïve à vous poser. Si nous devions exercer des pressions en faveur d’une coordination nationale ou si nous devions faire une recommandation en ce sens, nous opterions pour la protection civile, n’est-ce pas?
M. McMullen : Si vous me le permettez, j’aimerais que notre directrice générale réponde à cette question.
Tina Saryeddine, directrice générale, Association canadienne des chefs de pompiers : Merci, chef McMullen, et merci, sénatrice, de votre question.
Oui, nous avons proposé une administration nationale des services d’incendie — un bureau canadien de coordination qui relèverait du ministre de la Protection civile. Je pense que c’est ce qui convient le mieux. Nous parlons de l’intersectionnalité d’une foule de questions différentes, comme l’accès, les feux de forêt, les feux de bâtiment et toutes les urgences locales. Je pense que vous avez tout à fait raison; c’est une question de protection civile. Merci.
La sénatrice Jaffer : Cela relève donc de la protection civile.
Quand on pense aux pompiers, on pense aux forêts et aux endroits éloignés. Je viens de la Colombie-Britannique. L’année dernière, les feux de forêt se sont rapprochés de nos maisons parce qu’ils ont parcouru de très longues distances et, bien entendu, il a fallu composer avec l’odeur de la fumée, mais nous n’entrerons pas là-dedans. Votre travail est donc assez compliqué. Il ne s’agit pas que de feux de friches, de gros arbres ou de forêts; tout y passe. Les feux de forêt touchent aussi les gens, comprenez-moi bien, mais ils ravagent tout sur leur passage. Votre travail est très diversifié.
Madame Saryeddine, je suis sûre que vous avez des chefs de pompiers distincts, alors comment gérez-vous cela? S’agit-il d’équipes différentes, ou comment procédez-vous?
Mme Saryeddine : Je vous remercie de cette question. Lorsque nous avons fait le Grand recensement canadien des services d’incendie, nous avons appris que les services d’incendie gèrent entre 10 et 16 services de gestion des risques. Le secteur des incendies est, par nature, créatif et innovateur, mais nous avons toujours dit — et vous l’avez mentionné dans votre question — que nous avons de nombreux problèmes, compte tenu de la complexité de l’environnement dans lequel nous vivons actuellement, d’où la nécessité d’une coordination entre, d’une part, le fédéral, au niveau national, pour les questions stratégiques d’intérêt national et, d’autre part, les mesures prises par les services d’incendie locaux. Le tout doit être coordonné par un bureau canadien de coordination, qui serait semblable au CIFFC, mais qui ne se limiterait pas, comme vous le dites, à la lutte contre les feux de forêt.
Voilà, en gros, la nature de notre proposition. Si cela vous intéresse, nous serons heureux de vous faire parvenir — à vous et aux autres membres du comité — le rapport que nous avons présenté pendant la Semaine des relations avec le gouvernement au sujet de la création d’une administration nationale des services d’incendie, qui, comme l’a dit le chef McMullen, existe dans d’autres pays.
La sénatrice Jaffer : Puis-je vous demander de l’envoyer à notre greffière, qui nous le transmettra par la suite?
Mme Saryeddine : Oui, absolument.
La sénatrice Jaffer : Chef McMullen, compte tenu de la fréquence élevée des feux de forêt en Colombie-Britannique, quels sont les obstacles auxquels font face les services d’incendie en ce qui concerne la gestion des feux de forêt et l’intervention? Vous les avez déjà énumérés. Nul besoin de les répéter, mais y en a-t-il d’autres? Vous avez déjà parlé de collaboration. Je ne veux pas que vous répétiez ce que vous avez dit, mais à quoi cela ressemblerait-il? Nous pouvons tous dire qu’il faut collaborer et créer une organisation nationale, mais je n’arrive pas à m’imaginer cela. Faut-il confier à une personne la tâche de diriger toutes les brigades de pompiers à l’échelle du pays? À quoi cela ressemble-t-il?
M. McMullen : Merci, sénatrice. Je pense que nous pouvons nous inspirer de quelques exemples, à commencer par les deux personnes à ma gauche. Le modèle du CIFFC fait quelque chose de très semblable.
Lorsque Mme Walker a parlé de la coordination des ressources d’autres pays, à l’intérieur du Canada, ainsi que des ressources qui vont et viennent, les services d’incendie municipaux n’ont pas les mêmes ententes. Nous n’avons pas les mêmes capacités, sauf — je dirais — des ententes à l’amiable, des relations personnelles entre les provinces et les territoires, pour nous assurer que les ressources sont partagées.
Pendant la saison des incendies de 2023, nous avons dû composer avec un manque de disponibilité dans tout le pays, et nous avons fait venir des ressources, mais il s’agissait de pompiers forestiers. Nous n’avons pas fait venir des pompiers de bâtiments. Nous avions affaire à des incendies en milieux périurbains, c’est-à-dire des incendies qui quittent la zone forestière et qui touchent les bâtiments, les personnes et les collectivités.
Le centre de coordination dont nous parlons accélérerait ces discussions au plus haut niveau afin de veiller à ce que les ressources, les biens et les équipements soient utilisés de la façon la plus appropriée en cas d’incident de grande envergure au Canada, là encore, un peu comme le CIFFC. Je vous rappelle que d’autres pays — les États-Unis, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande — disposent de centres nationaux de coordination des services d’incendie, et nous estimons que le Canada fait bande à part en ce moment.
La sénatrice Jaffer : Je vous remercie.
La sénatrice Burey : Merci beaucoup de tout le travail que vous faites et de tous les renseignements que vous nous fournissez — à nous, les sénateurs. Je voulais m’attarder sur le même enjeu que vous avez mentionné, chef McMullen et madame Walker — celui de la coordination — parce que je pense que cela va au cœur des mesures de préparation. Nous ne voulons pas revivre une autre pandémie.
Nous avons en quelque sorte tourné autour du pot. Quels sont les obstacles réels à la création d’un tel centre national de coordination? Vous en avez fait la recommandation, mais il y a évidemment des obstacles à sa création. Dites-nous ce que vous en pensez.
Mme Saryeddine : Merci, sénatrice, de cette question, qui est d’ailleurs excellente. Nous ne sommes pas certains de connaître la réponse. Nous sommes prêts à recevoir des conseils à ce sujet. Ce n’est pas une mesure coûteuse. Elle peut être mise en place rapidement. De nombreux pays l’ont fait et ont dû rajuster le tout à maintes reprises. Personne n’a le modèle parfait, mais plus on commence tôt, plus on apprend tôt.
Voici, à tout le moins, ce que nous proposons : à mesure que nous commençons à adopter de nouvelles priorités stratégiques nationales, comme le logement, l’électrification des véhicules, et cetera, nous devons au moins réfléchir à la façon dont il y a un recoupement entre les réalités actuelles et les politiques que nous mettons en place. Ainsi, un des aspects concerne les politiques. Il faut une volonté politique de la part du secteur — nous devons participer aux discussions et être prêts à travailler en collaboration —, et il doit aussi y avoir un intérêt à l’échelle nationale et fédérale.
À mon avis, il existe quelques obstacles liés aux craintes à propos des domaines de compétence. Personne ne veut intervenir au mauvais endroit. Nous pouvons préciser très clairement les domaines qui se prêtent à un dialogue entre les services d’incendie locaux et le gouvernement fédéral. Ce n’est pas une question de compétence. C’est une question de substance. Voilà donc certaines de mes réflexions. Merci.
M. McMullen : Je vais céder la parole à ma collègue, et s’il reste du temps, je pourrai ajouter quelque chose.
Mme Walker : Il pourrait être utile de préciser que le conseil d’administration du CIFFC est composé de représentants des 13 provinces et territoires et du gouvernement fédéral, car Parcs Canada compte également une équipe de lutte contre les feux de forêt.
Dans le cadre de cette structure, nous avons des accords d’aide mutuelle pour le partage des ressources, c’est-à-dire des accords qui sont conclus avec ces partenaires et les groupes internationaux et qui énoncent les détails de ce partage des ressources. Les politiques et les structures qui guident le CIFFC font en sorte que nous savons à quoi nous en tenir lorsque nous échangeons les ressources, et l’élaboration de ces politiques et de ces structures exige évidemment du temps et de la pratique pour bien faire les choses. Le modèle actuel fonctionne donc très bien.
En ce qui concerne les obstacles possibles à la croissance, il y a quelques années, le CIFFC a élargi son mandat pour s’occuper de la prévention et de l’atténuation des risques. Il s’agit d’un tout nouveau programme qui exige l’application d’une réflexion stratégique, l’élaboration de politiques et la création de partenariats partout au pays avec mes collègues ici présents.
Par conséquent, la création d’un nouveau programme et d’une nouvelle structure comporte, à mon avis, son lot d’obstacles en ce qui concerne le temps requis, l’élaboration de politiques, de la réflexion stratégique et de l’adoption d’une approche pansociétale pour réfléchir à qui pourrait participer et à la façon dont ce travail pourrait être accompli par un groupe si diversifié à l’échelle du pays. Quoi qu’il en soit, nous avons un modèle qui fonctionne, et ce, depuis 40 ans. Il s’améliore chaque année. Comme je l’ai mentionné, la mobilisation de 12 pays pour lutter contre les feux de forêt au Canada cette année a certainement changé la donne par rapport aux années précédentes. La croissance est donc possible.
Me Avis : Je pense que la coordination s’avère difficile lorsqu’il s’agit de milieux sauvages et d’infrastructures. Il y a aussi les pandémies, les inondations, les ouragans, les interventions en cas de danger, la collaboration avec les organismes d’intervention, les pertes en cas de catastrophe. Il faut coordonner tous ces différents éléments. Il y a de multiples couches et, chaque fois, nous manquons un peu de ressources; c’est ce qui nous préoccupe.
Le président : Madame Walker, vous venez de dire « 40 ans ». Je croyais que vous aviez dit « quatre » la première fois.
Mme Walker : Oui, c’est bien 40.
Le sénateur McNair : Comme tous mes collègues l’ont dit, je vous remercie d’être des nôtres aujourd’hui, et je tiens aussi à vous remercier du travail que vous avez fait l’année dernière et que vous faites cette année pour lutter contre les feux de forêt.
Ma question s’adresse au chef McMullen et porte sur les statistiques concernant les pompiers volontaires : 70 % des 126 000. Je sais que votre association a fait un grand recensement canadien des services d’incendie en 2023, et je crois comprendre que le nombre de pompiers a diminué entre 2022 et 2023. Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de cette tendance. Y a-t-il eu une baisse chez les pompiers permanents, les pompiers volontaires ou les deux? Je suppose que c’est probablement les deux.
Je sais que l’objectif de votre rapport sur la planification de l’avenir est d’améliorer la durabilité du modèle de volontariat d’ici 2025. Cela nous laisse très peu de temps. Je sais également que vous avez une stratégie de communication concernant la campagne « Pourquoi je réponds à l’appel », mais je suis curieux de savoir si c’est suffisant et si d’autres stratégies sont mises en œuvre.
M. McMullen : Merci beaucoup, et merci d’avoir lu les rapports.
C’est alarmant. Comme je l’ai dit, il n’est pas fréquent que les chefs de pompiers tirent la sonnette d’alarme, mais c’est exactement ce que nous faisons en ce moment.
Depuis 2016, le nombre de pompiers dans l’ensemble du pays — toutes catégories confondues, professionnelles et volontaires — a diminué d’environ 30 000. Nous constatons une légère baisse chez nos pompiers de profession travaillant à temps plein. Il est de plus en plus difficile de recruter des gens. Qui plus est, nous constatons une baisse plus marquée dans les secteurs des pompiers volontaires et des pompiers mixtes.
Je vais m’arrêter un instant pour souligner à nouveau notre reconnaissance pour le doublement du crédit d’impôt destiné aux pompiers volontaires. C’est une façon de remercier les hommes et les femmes qui servent notre pays sur une base volontaire.
Nous avons toujours su que la lutte contre les incendies est une profession intrinsèquement dangereuse, que l’on en fasse une carrière ou que l’on s’y joigne sur une base volontaire. Nous en apprenons davantage aujourd’hui sur les risques très directement liés aux cancers des pompiers et, ce qui est tout aussi important, sur les conséquences que ce travail peut avoir pour la santé mentale des premiers intervenants.
J’ai dit à maintes reprises qu’au Canada, le secteur des pompiers volontaires fonctionne bien dans la majorité des cas. Ce pour quoi il n’a pas été conçu, c’est pour faire face à des situations telles que la saison des feux de forêt de 2023. Lorsque nous avons demandé à des hommes et à des femmes de quitter leurs responsabilités de propriétaires, d’époux ou de commerçants, non pas pour un jour à la fois, mais pour des semaines ou des mois — nous avons demandé à certains d’entre eux de s’absenter pendant 40 ou 50 jours d’affilé —, certains, à leur retour, ont accroché leur casque et ont tout simplement dit : « Je ne serai pas en mesure de refaire cela pour ma collectivité. »
En conclusion, je dirai que nous avons perdu beaucoup de monde, mais que nous continuons à recruter. Nous pensons que la différence nette entre l’effectif perdu et l’effectif gagné est d’environ 1 000 personnes. C’est le nombre de pompiers dont le pays a encore besoin. Le hic, je vous le rappelle, c’est que cette perte de 29 000 personnes représente un nombre important d’années d’expérience et, bien honnêtement, ces années ne sont pas remplaçables.
Nous avons du pain sur la planche. Le crédit d’impôt est une façon de montrer notre appréciation, C’est une reconnaissance de ce que ces pompiers font au sein des services mixtes de pompiers volontaires et de pompiers de profession. Il reste, monsieur le sénateur, que nous avons encore du travail à faire.
Le sénateur McNair : Je vous remercie.
J’aimerais revenir sur ce que vous avez dit au début. Vous avez mentionné que vous vouliez voir le retour du Programme conjoint de protection civile. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ce programme a disparu — je présume que c’est une question de financement — et pourquoi il est selon vous si important?
Mme Saryeddine : Merci, sénateur, de cette question. Ce programme a été supprimé en 2013. La raison évoquée est que le besoin pour lequel il avait été créé a été satisfait. Ce que nous soutenons, c’est que ce besoin est réapparu et qu’il est temps de ramener ce programme sous une forme modernisée. Merci.
Le sénateur McNair : Merci.
La sénatrice McBean : Il n’est pas rare que quelque chose se produise et que tous les sénateurs se focalisent simultanément sur le même aspect des choses. Je prenais des notes, chef McMullen, et vos recommandations semblaient très solides — des choses comme la création d’un effort de coordination national. Ensuite, j’ai écouté Mme Walker, et je me suis dit — je ne prétends pas qu’il faille changer le nom du Centre interservices des feux de forêt du Canada — : et si on l’appelait le Centre canadien de coordination des incendies?
Est-ce que quelque chose m’échappe? Il semble que ce que vous demandez, vous le faites déjà. Ensuite, vous dites que les chefs le demandent depuis 12 ans, et vous dites que vous existez depuis 40 ans. Je vous ai même entendu dire que vous étiez en quelque sorte le coordinateur national.
Êtes-vous d’accord pour dire qu’il faut créer une instance de coordination nationale, ou qu’il faut reconnaître que le Centre interservices des feux de forêt du Canada est cette instance et que vous n’êtes que le secret le mieux gardé dans la pièce?
Mme Walker : C’est une excellente question.
Le Centre interservices des feux de forêt du Canada, ou CIFFC, est un organisme de coordination de la lutte contre les incendies de forêt, et sa direction regroupe des organismes de lutte contre les incendies de forêt des provinces, des territoires et du gouvernement fédéral. Nous ne nous occupons pas des feux de bâtiment. Nous n’avons pas d’autres types d’expertise, de personnel ou de direction en matière d’intervention d’urgence. Nous sommes un organisme qui a un champ d’intervention ciblé.
Je pense que cette focalisation est à l’origine de notre vigueur et de notre longévité.
Je ne dis pas que c’est un modèle que nous ne pourrions jamais envisager d’émuler, ou qu’il n’y aurait pas lieu d’apporter des modifications au fur et à mesure que le Canada se développe. C’est à notre conseil d’administration ou aux organismes d’en décider. Cependant, à l’heure actuelle, nous avons un rôle très précis à jouer, et nous recevons pour cela une certaine orientation de la part de ces organismes.
La sénatrice McBean : Pensez-vous que si une coordination nationale était instaurée, cela vous gênerait un peu? Pensez-vous plutôt que cela devrait être le fait d’une branche de votre organisme et, le cas échéant, allez-vous devoir en développer une? Je vous entends dire que 90 % environ de vos groupes s’occupent de plus en plus des questions liées aux incendies de forêt. Le secteur urbain se développe un peu — force est de reconnaître que les forêts ne poussent pas dans les villes. Connaissez-vous le CIFFC? Travaillez-vous en coordination avec lui?
M. McMullen : Tout à fait.
La sénatrice McBean : D’accord, je veux simplement m’assurer qu’il y a une communication avant de créer une autre couche. L’« oignon » est donc là, du moins, en grande partie.
M. McMullen : Je pense que nous sommes dans la même épicerie. Nous examinons les mêmes choses.
C’est une excellente question. En réalité, ce à quoi nous faisons référence aujourd’hui est un modèle très efficace pour une composante de la réponse aux incendies et aux situations d’urgence au Canada. Il fonctionne bien pour les incendies de forêt.
Les incendies de forêt ne sont qu’un élément de la réponse aux incendies et aux situations d’urgence au Canada. La coordination à laquelle nous faisons allusion est ailleurs. Je le répète, le concept des batteries lithium-ion au Canada, le Programme de gestion des urgences Intelli-feu, les maisons abordables, les appartements secondaires, bref, tous ces aspects, à l’heure actuelle, ne relèveraient pas de la compétence du CIFFC. Je pense donc qu’il s’agit d’un excellent modèle pour étudier la façon de coordonner et de faire fonctionner les différentes ressources à travers le pays, mais je dirais que ce n’est pas le modèle pour ce que nous préconisons, c’est-à-dire des services d’urgence qui englobent tout le pays.
La sénatrice McBean : Le CIFFC coordonne-t-il ses activités avec celles de la Croix-Rouge canadienne? Est-ce que c’est l’une des ressources que vous utilisez et que vous coordonnez également? J’essaie de relier tous les points.
Mme Walker : Nous avons récemment créé un comité consultatif Intelli-feu Canada auquel ces deux groupes participent. Cela nous conduit à une approche de prévention et de réduction des risques qui concerne l’ensemble de la société; que pouvons-nous faire collectivement pour nous préparer à faire face aux incendies de forêt qui sont inévitables dans notre pays?
La sénatrice McBean : J’ai une dernière question dans ce domaine. Y a-t-il plus d’incendies de forêt qui passent aux incendies urbains ou d’incendies urbains qui passent aux incendies de forêt?
M. McMullen : Je dirais que l’on voit plus souvent des incendies de forêt se transformer en incendies urbains que le contraire.
La sénatrice McBean : C’est donc votre champ d’action qui va dans ce sens, d’accord.
Le président : Encore une question avant de passer au deuxième tour. Posez des questions très courtes, car notre temps est limité.
La sénatrice Robinson : Merci beaucoup. Maître Avis, je voulais vous dire que suis très contente que vous ayez entendu le battement de tambour. Nous le sommes tous. C’est un sujet qui revient souvent autour de cette table.
Je vis dans une région rurale du Canada et je dois dire que lorsque vous avez précisé que 70 % des pompiers au Canada sont des volontaires, j’ai compris que c’était 7 pompiers sur 10. Donc, sur 10 pompiers, il y en a 7 qui sont des volontaires. Il m’est arrivé assez souvent d’être dans un café ou à une réunion à l’église — où que ce soit — et d’entendre le signal sonore de la personne à côté de moi se déclencher. Cette personne reçoit un appel, et cela concerne toutes les interventions d’urgence, pas seulement les incendies. Votre observation au sujet du syndrome de stress post-traumatique — vous n’en avez pas parlé directement, mais vous avez fait allusion à la santé mentale et aux cancers — renvoie donc à quelque chose de bien réel.
Je voulais revenir sur les questions du sénateur McNair concernant le déclin des effectifs que nous constatons, notamment chez les pompiers volontaires. Étiez-vous tous les deux à Washington? Vous avez indiqué que certains pays ne comptent que sur les pompiers volontaires. Or, je me demande quels types d’incitations et de récompenses existent dans ces pays-là. Un crédit d’impôt de 3 000 $ doublé à 6 000 $, ce n’est pas beaucoup, surtout si l’on considère que les gens partent pour de longues périodes, que leur vie est perturbée et que leur engagement a des conséquences. Avez-vous vu d’autres mesures incitatives que le Canada pourrait envisager pour vous aider à augmenter le nombre de volontaires?
M. McMullen : Merci. C’est une excellente question. Je dirais que les pays qui n’accordent aucune rémunération sont les pays les plus éloignés, les plus petits et, oserais-je dire, les pays du tiers monde. Je dirais que les pays avec lesquels nous pouvons nous comparer, comme le Royaume-Uni, la Finlande et la Suède, procèdent de façon très similaire aux États-Unis et au Canada, où l’on mise sur une forme de rémunération partielle.
À l’égard de cette notion, une chose qui a été débattue était de savoir si les propriétaires d’entreprises pourraient être incités de quelque façon à permettre à leurs employés de répondre à ces événements, comme vous l’avez indiqué.
Je pense que ce déclin — et cela s’applique à la société dans son ensemble — est tributaire du nombre d’emplois vacants disponibles à l’échelle du pays. Ce que je veux dire, c’est que ces entreprises pouvaient avoir deux ou trois personnes travaillant dans leur magasin, et qu’elles n’en ont plus que deux, voire une seule. Lorsque cette personne participe à la réponse à un événement qui secoue sa collectivité, l’entreprise doit momentanément fermer boutique. Le système de volontariat de ce pays a donc une incidence considérable sur le fonctionnement de la société et nous devons continuer à essayer de trouver des solutions. Le crédit d’impôt pour le bénévolat était un très bon début. En fait, ce n’est pas ce que nous avions demandé. Nous avions demandé une augmentation de 10 000 $. Nous avons donc pas mal de chemin à faire. Nous continuerons de travailler à cela.
Les autres mesures que nous avons envisagées consisteraient par exemple à se tourner vers les entreprises pour qu’elles offrent des mesures incitatives aptes à soutenir les pompiers volontaires de notre pays.
La sénatrice Robinson : Ma famille est un employeur dans notre collectivité, et nous avons effectivement des pompiers volontaires au sein de nos effectifs. Lorsqu’ils reçoivent un appel, ils y vont, et nous ne nous attendons pas à les voir se présenter au travail lorsque la collectivité a besoin d’eux.
Suggérez-vous — je ne veux pas utiliser le mot « charge », mais je vais l’utiliser parce que c’est ce qui me vient à l’esprit — que la charge soit assumée uniquement par les entreprises ou que le gouvernement envisage d’offrir des mesures incitatives aux entreprises qui rendent les choses plus faciles pour les volontaires qui doivent répondre à des appels?
M. McMullen : Je suis heureux que vous soyez restée sur ce sujet, car cela me donne la chance de répondre. Ma réponse n’est pas du tout une suggestion. Tout ce que je dis, c’est que d’autres pays s’étant penchés sur les façons d’attirer des volontaires ont examiné la possibilité d’avoir une sorte de mesure incitative du côté des employeurs. Je ne saurais dire à quoi cela ressemble. S’agit-il d’une mesure incitative émanant du gouvernement, d’une entreprise ou d’une administration municipale? Je pense qu’il y a du mérite à cela. Je pense que nous devons examiner des options similaires, mais je ne peux pas vous en dire beaucoup plus.
La sénatrice Robinson : Merci.
La sénatrice Simons : Nous recevrons plus tard des témoins autochtones, mais je ne pense pas que l’un d’entre vous ait encore parlé des problèmes tout à fait particuliers que pose l’aide aux collectivités autochtones lorsque les incendies font rage. Madame Walker, dans quelle mesure votre organisme de coordination travaille-t-il avec les Premières Nations?
Maître Avis, certaines des Premières Nations les plus touchées par les incendies de forêt sont les plus éloignées des réseaux de transport et les plus difficiles à atteindre. Pouvez-vous nous dire en quoi consistent certaines de ces difficultés?
Mme Walker : Il y a deux choses à dire à ce sujet. Il faut d’abord préciser que le comité consultatif Intelli-feu compte quelques organismes des Premières Nations parmi ses membres. De plus, je sais que certaines provinces et certains territoires incluent les pompiers forestiers des Premières Nations en tant qu’organisme distinct ou en tant que partie intégrante de leurs services d’intervention. Nous avons de nombreux pompiers forestiers des Premières Nations à l’échelle du pays, et nous les incluons dans nos structures de gouvernance de plus haute instance dans le cadre d’Intelli-feu Canada.
Me Avis : Je pense qu’on estime que 42 % des évacuations ont lieu dans les collectivités autochtones du Canada. Ces collectivités sont aux premières lignes des conséquences des feux de forêt. Je n’oserais certainement pas parler au nom de ces collectivités, mais je pense qu’un organisme d’intervention comme la Croix-Rouge canadienne est en mesure de constater qu’il y a beaucoup d’évacuations anticipées pour les populations vieillissantes, et que ces évacuations sont complexes en raison de la difficulté d’accéder aux collectivités menacées par avion monomoteur. Nous voyons des populations qui restent en exil pendant un an et demi avant de pouvoir rentrer chez elles. Nous continuons à soutenir celles de l’an dernier.
J’estime que les témoignages que vous entendrez seront très importants pour bien comprendre l’ampleur du problème.
La sénatrice Simons : Monsieur McMullen, que faut-il faire pour nous assurer que les collectivités des Premières Nations ont la formation et la capacité voulues pour lutter elles-mêmes contre les incendies?
M. McMullen : Des représentants des services d’incendie autochtones siègent au Conseil consultatif national de l’Association canadienne des chefs de pompiers. Par conséquent, nous interagissons pleinement avec nos collègues des Premières Nations et nous sollicitons leur pleine participation. Avant tout, je pense qu’il faut préciser qu’elles ont des traditions et des techniques formidables qu’elles utilisent déjà. En fait, ce sont elles qui nous enseignent comment mieux utiliser le feu dans certains cas de figure.
La sénatrice Simons : Pour les brûlages dirigés et ce genre de choses.
M. McMullen : Oui. C’est une technique que les Premières Nations utilisent depuis des siècles et, dans ce domaine, c’est nous qui apprenons d’eux.
Je m’en voudrais de ne pas préciser qu’il y a des difficultés dans les collectivités des Premières Nations en ce qui concerne la sécurité incendie et la formation. J’oserais même dire qu’il arrive à ces collectivités de passer entre les mailles du filet dans le cadre des relations intergouvernementales qu’elles peuvent avoir ou non. Le travail va se poursuivre. Je soutiendrai la promotion de la formation à la lutte contre les incendies dans l’ensemble du Canada, et nous veillerons à continuer de défendre les intérêts des collectivités des Premières nations.
La sénatrice Simons : Merci beaucoup. Merci encore à vous tous.
La sénatrice McBean : Je crois que la sénatrice Robinson a amorcé une bonne discussion sur la dotation en personnel. Madame Walker, je vous ai entendue dire que votre conseil d’administration était celui de la province, puis vous avez laissé entendre que Parcs Canada a son propre service d’incendie. Fait‑il également partie de...
Mme Walker : Oui.
La sénatrice McBean : D’accord. Si j’ai bien compris, ce sont les provinces qui embauchent les pompiers. Y a-t-il un moyen pour le gouvernement fédéral d’intervenir pour soutenir ce processus au-delà de ce que j’imagine être le service d’incendies de Parcs Canada? Je pensais même à toutes les connaissances que vous avez dit avoir perdues. Y a-t-il un programme que le gouvernement fédéral pourrait mettre en place pour assurer ce transfert des connaissances? Que pensez-vous de la possibilité que le gouvernement fédéral contribue au processus d’embauche des pompiers?
M. McMullen : Je vais commencer à répondre à vos questions. Il s’agit peut-être d’une précision, mais les municipalités sont responsables de tous les pompiers municipaux. Le gouvernement fédéral n’intervient pas dans les villes, les villages et les collectivités du Canada, à l’exception du travail de coordination que le Centre interservices des feux de forêt du Canada, ou CIFFC, réalise pour nos sapeurs-pompiers forestiers. Il y a donc une différenciation dès le départ. Chaque administration est entièrement responsable de s’assurer qu’elle dispose des ressources nécessaires pour lutter contre les incendies.
Des discussions ont lieu en ce qui concerne la question de savoir s’il y a ou non des postes rémunérés par le gouvernement fédéral. Je ne connais pas assez cet enjeu pour en parler. Je pense que lorsque nous parlons du personnel humanitaire, il s’agit toujours de volontaires et non de personnes rémunérées.
Si mon temps de parole le permet, notre directrice générale pourrait peut-être apporter son soutien à cet égard.
Mme Saryeddine : Absolument, et je vous remercie de votre question.
La question de la clarification des compétences et des règles est très importante. Comme l’a déclaré le chef McMullen, les sapeurs-pompiers forestiers sont des employés des organismes provinciaux de lutte contre les feux de végétation. Les 126 000 pompiers dont le chef McMullen a parlé — dont 70 % sont des volontaires — font partie des services d’incendies locaux.
La sénatrice McBean : Nous devons faire en sorte que le gouvernement fédéral participe à ces efforts.
Quoi qu’il en soit, qui est responsable d’un incendie déclenché, disons — d’accord, allons jusqu’au bout —, dans un parc urbain national. Est-ce la province? C’est un parc national situé dans une province, mais il s’agit d’un parc urbain. Qui s’occupe de cet incendie?
M. McMullen : Nous pourrions débattre de cette question pendant toute la journée.
La sénatrice McBean : Et pendant que l’incendie se propage.
M. McMullen : Tout à fait. Comme l’incendie commence à l’échelle locale, c’est-à-dire dans une aire urbaine d’un parc, je dirais qu’au début de l’événement, l’incendie relève de Parcs Canada. Cependant, à mesure que l’incendie se propage, comme le font les incendies, l’effort de coordination se poursuit.
En fin de compte, il y a ce qu’on appelle le commandement unifié ou le commandement conjoint, dans le cadre duquel des personnes appartenant à plusieurs administrations interviennent. Vous verrez des provinces déclarer des états d’urgence. Finalement, le Centre des opérations d’urgence fédéral pourrait intervenir. La responsabilité s’étend en fonction des ressources qui sont nécessaires pour lutter contre les incendies et des besoins. Mais la réponse la plus simple est la suivante : vous vous adressez littéralement à l’administration dans laquelle l’incendie a été déclenché, et c’est elle qui a la compétence jusqu’à ce qu’elle soit dépassée par les événements.
La sénatrice McBean : Je crois avoir manqué de temps. Comment le CIFFC a-t-il envisagé la situation pour les grands parcs nationaux situés sur des territoires provinciaux?
Mme Walker : De la même façon. Nous suivons tous la structure de commandement en cas d’incidents et la formation d’ICS Canada. Lorsque nous avons recours à un commandement unifié, cela signifie qu’il y a toujours un chef qui est choisi en fonction de la compétence des terres où l’incendie de forêt fait rage, ce qui, dans le cas d’un parc national, sera probablement Parcs Canada. L’organisme dirigera la lutte contre le feu de forêt si son personnel a la formation et les compétences nécessaires pour prendre le commandement de l’incident.
La sénatrice McBean : Et Parcs Canada dispose de ses propres services d’incendies.
Le président : J’ai déjà fait une entorse aux règles. Je vais donc demander à la sénatrice Robinson d’avoir le dernier mot.
La sénatrice Robinson : Merci. Mes questions seront brèves, mais les réponses pourraient être longues. Je m’intéresse à l’échange potentiel de connaissances qui a eu lieu à Washington. Dans ma vie antérieure, j’ai participé à de nombreux échanges de ce genre, et je pense qu’il est merveilleux de se rencontrer à l’échelle internationale et de tirer des enseignements des différents pays.
Vous avez mentionné qu’en raison de restrictions budgétaires, de nombreux services d’incendies reportent l’achat de nouveaux équipements, et je peux comprendre les dangers que cela représente dans l’ensemble du scénario. Je me demande s’il y a quelque chose que vous avez appris à Washington — et même des informations qui dépassent l’enjeu qui nous occupe — dont vous aimeriez nous faire part. Prenez un moment pour nous communiquer des informations que nous devrions connaître et au sujet desquelles vous n’avez pas encore été interrogé.
M. McMullen : C’est une merveilleuse idée, et je ne m’étendrai pas trop sur le sujet, sinon j’y passerais la journée.
Tout d’abord, il s’agissait d’une occasion extraordinaire, et je dirais qu’en l’absence d’un centre de coordination national, l’Association canadienne des chefs de pompiers remplit cette fonction délibérément. Nous nous imposons comme la voix rassurante du gouvernement au Canada.
En bref, quatre initiatives clés ont été discutées lors du premier congrès mondial sur les incendies, auquel ont participé 54 pays. Nous parlons de nouvelles technologies. L’utilisation de batteries à haute énergie et de batteries au lithium-ion est un problème mondial. La santé mentale et la prévention du cancer sont des problèmes de santé à l’échelle mondiale. L’adéquation des effectifs, des ressources et des équipements est un problème mondial, et le coût des services d’incendies continue d’être un problème mondial.
Pour aborder la question du lithium-ion et de l’introduction de technologies dans notre monde, la première chose que j’ai retenue, c’est de faire participer l’industrie au processus et de faire en sorte que l’industrie demande au gouvernement de jouer un rôle dans les choix qui sont faits en ce qui concerne l’avancement de technologies comme les batteries au lithium-ion dans nos pays. D’un côté, nous estimons que cette efficacité énergétique sera très bénéfique pour la planète, mais d’un autre côté, des risques d’incendie sont associés à cette technologie.
Le thème de la réunion inaugurale, qui n’est que le début des conversations, est donc de poursuivre ces conversations, d’échanger des données, de partager des ressources les uns avec les autres, afin que nous parlions tous au même niveau. Je pense qu’en tant qu’industrie, si nous plaidons tous au même niveau, auprès des mêmes personnes partout dans le monde, nous obtiendrons probablement de meilleurs résultats en fin de compte.
La sénatrice Robinson : Je vous remercie.
Le président : Chers témoins, je tiens à vous rappeler que s’il y a d’autres renseignements que, selon vous, nous devrions entendre, n’hésitez pas à les faire parvenir à notre greffière. C’est une option ouverte à tous. Chef McMullen, veuillez envoyer un document à notre greffière au sujet du reste de la journée dont vous avez parlé.
M. McMullen : Le document suivra.
Le président : Mesdames et messieurs les témoins, je tiens à vous remercier de votre participation à la séance d’aujourd’hui. Nous vous sommes très reconnaissants de vos témoignages et vos idées. Nous pouvons voir et sentir la passion que vous éprouvez pour ce secteur et les enjeux dont vous parlez.
Je remercie également mes collègues, les membres du comité, de leur participation active et leurs questions réfléchies.
Mesdames et messieurs les sénateurs, sommes-nous d’accord pour suspendre brièvement la séance afin de poursuivre à huis clos l’examen d’un projet de rapport?
Des voix : Oui.
Le président : La proposition est acceptée.
(La séance se poursuit à huis clos.)