Aller au contenu

DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Hommages

L'honorable Pierre-Hugues Boisvenu

8 février 2024


L’honorable Donald Neil Plett (leader de l’opposition) [ - ]

Honorables sénateurs, aujourd’hui, nous disons au revoir à un homme qui a fait preuve d’un grand courage et d’une grande détermination pour faire du Canada un endroit meilleur.

Chers collègues, je ne dis pas cela à la légère. Le sénateur Boisvenu est un homme qui a subi une perte énorme : je parle du décès de ses deux filles. Pourtant, cet homme a trouvé la force de transformer sa souffrance en motivation et en détermination, qui l’ont poussé toute sa vie à aider d’autres personnes ayant subi une atrocité semblable.

Alors que la plupart d’entre nous deviennent paralysés émotionnellement devant une tragédie humaine de nature criminelle, notre collègue le sénateur Boisvenu, lui, devient en quelque sorte un pilier inébranlable pour ceux qui souffrent. Alors que, nous, nous figeons, lui a instinctivement la capacité et la compassion de tendre la main et de soutenir les familles qui vivent un deuil à cause d’un crime monstrueux. Je ne vois rien de mieux à dire que ceci : ses actions sont vraiment honorables.

Le sénateur Boisvenu a fait preuve d’une grande humanité et d’une grande vulnérabilité au Sénat. Nous nous souviendrons toujours de ses déclarations poignantes, mais, ce qui est remarquable, c’est que ses paroles étaient accompagnées d’actions concrètes. Il a assumé la responsabilité de changer les choses en présentant, en rédigeant et en parrainant des mesures législatives, que nous, les conservateurs, avons été fiers d’appuyer, qui étaient fondées sur le gros bon sens et qui ont été bénéfiques et qui le seront pour les générations à venir.

Le sénateur Boisvenu a été nommé sénateur conservateur et, contrairement à d’autres sénateurs, il a continué à servir le pays en tant que fervent conservateur jusqu’à sa retraite.

Chers collègues, malheureusement, le temps qui m’est imparti aujourd’hui ne suffira pas pour énumérer la liste impressionnante des travaux législatifs accomplis par le sénateur Boisvenu. Je la résume simplement comme suit.

Sous le gouvernement Harper, le sénateur Boisvenu a pris part à la rédaction et au parrainage de plus de 20 projets de loi visant à sévir contre les criminels afin de mieux protéger les Canadiens tout en gardant les criminels derrière les barreaux. La liste comprend la Charte des droits des victimes, soit le projet de loi C-32, qui est une réalisation extraordinaire et qui prend un sens très personnel pour lui. Le sénateur a aussi présenté huit projets de loi d’intérêt public du Sénat très importants, dont le projet de loi S-206, Loi modifiant le Code criminel (divulgation de renseignements par des jurés), qui a reçu la sanction royale le 18 octobre 2022.

Avant sa nomination au Sénat, le sénateur Boisvenu a fondé l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues, qui est à l’origine du projet de loi 25 sur l’indemnisation des victimes d’actes criminels, au Québec.

Chers collègues, même si le sénateur Boisvenu est sur le point de prendre sa retraite du Sénat, il laissera derrière lui un héritage exceptionnel, un héritage qui sera apprécié et conservé précieusement, et qui porte une signification qui résonne, surtout, auprès des Canadiens qui le considèrent comme un allié, un défenseur, un mentor et une voix puissante.

Sénateur Boisvenu, au nom de l’équipe conservatrice et de tous les Canadiens, merci de tout ce que vous avez fait. Vous nous manquerez au Sénat, et je n’ai aucun doute que vous continuerez à œuvrer pour faire de notre pays un meilleur endroit où vivre.

Bonne retraite, mon ami!

L’honorable Marc Gold (représentant du gouvernement au Sénat) [ - ]

Honorables sénatrices et sénateurs, au nom du bureau du représentant du gouvernement au Sénat, je prends la parole aujourd’hui pour dire au revoir à notre distingué collègue, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.

Le sénateur Boisvenu a été nommé par le premier ministre Stephen Harper il y a de cela 14 ans. Depuis son arrivée à la Chambre, il s’est principalement concentré sur la défense des droits des victimes. Les tragédies soulignées par notre collègue, que lui et ses proches ont vécues, ont influencé l’ensemble de son travail depuis plus de 20 ans.

Je connais le sénateur Boisvenu depuis longtemps, avant même ma nomination au Sénat. Nous ne sommes peut-être pas d’accord sur tout, et certains seront peut-être surpris par cet aveu, mais nous nous apprécions mutuellement lorsque la discussion ne porte pas sur la politique.

Peu importe nos différends sur les questions qui nous préoccupent ici, il est impossible de ne pas respecter sa passion et sa détermination lorsqu’il se bat pour les causes qui lui tiennent tant à cœur. L’attention particulière qu’il porte aux droits des victimes, la création de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues et la fondation du Nid, un refuge pour les femmes victimes d’abus, sont le fruit des expériences personnelles et douloureuses du sénateur Boisvenu.

Sa ténacité a été récompensée lorsque, en 2015, la Charte canadienne des droits des victimes est devenue une loi.

Au cours de ses 14 années au Sénat, le sénateur Boisvenu a été membre de plusieurs comités, dont le Comité des affaires juridiques et constitutionnelles, le Comité des transports et des communications, ainsi que le Comité de la sécurité nationale et de la défense. Il a parrainé des projets de loi gouvernementaux et déposé plusieurs projets de loi, comme l’a mentionné notre collègue le sénateur Plett.

Il va sans dire que ses contributions sont nombreuses et variées, et que sa retraite est bien méritée. Je ne doute cependant pas que le sénateur Boisvenu continuera à défendre les causes qui lui sont chères.

Vous allez nous manquer. Bonne retraite!

L’honorable Raymonde Saint-Germain [ - ]

Honorables sénateurs et sénatrices, et surtout, cher Pierre-Hugues, il est dans la vie des chemins que l’on est forcé de suivre et que l’on n’aurait jamais voulu devoir emprunter. Ces chemins, aussi imposés que douloureux, vous les connaissez bien, vous qui avez dû les emprunter à deux reprises, lorsque le destin vous a cruellement privé de l’une puis de l’autre de vos deux filles.

Si la sympathie et la compassion ont été alors les premiers sentiments de toutes celles et de tous ceux qui ont compris et partagé votre peine et votre douleur, aujourd’hui, au terme de votre prestation de près de 14 ans au Sénat, c’est un sentiment d’admiration qui nous anime. Admiration pour votre courage, votre détermination, celle d’un père si profondément éploré qui a su se ressaisir et faire en sorte que ces tragédies ne demeurent pas oubliées. Faire en sorte aussi que des enseignements puissent en être tirés afin d’en prévenir leur répétition.

Ce sentiment d’admiration que nous éprouvons envers vous est doublé d’un devoir de reconnaissance de l’impact de votre travail de sénateur. Un sénateur travaillant qui a fait de la défense des droits des victimes et de l’amélioration du système de justice criminel le leitmotiv de son engagement dans cette enceinte. Vous avez connu des succès remarquables, dont celui de l’adoption de la Charte canadienne des droits des victimes, qui aura un impact pérenne.

Sénateur Boisvenu — Pierre-Hugues —, beaucoup de nos concitoyens et concitoyennes partout au pays et au-delà ont eu à partager de près ou de loin les défis humains qui sont les vôtres. Pour eux et pour nous tous, vous êtes un modèle de courage et de résilience.

En 2008, vous avez publié un ouvrage qui aujourd’hui est devenu référence pour les victimes d’actes criminels, leurs proches et pour tous ceux qui s’intéressent à ce domaine : Survivre à l’innommable et reprendre le pouvoir sur sa vie. Non seulement avez-vous su traduire par ce livre l’espoir qui, seul, mène à la survie, mais vous en avez été et continuez d’en être un modèle et une inspiration.

« Continuation », c’est le mot qui me vient à l’esprit quand je pense au prochain chapitre de votre vie après le Sénat. Je vous ai connu, Pierre-Hugues, si sérieux et dévoué, qu’il ne me vient même pas à l’esprit de penser que vous prenez votre retraite. Vous avez consacré l’ensemble de votre carrière au service public. Je ne doute pas que vous continuerez d’être présent dans l’espace public.

Honorable sénateur Boisvenu, au nom du Groupe des sénateurs indépendants, je vous exprime notre estime, notre reconnaissance ainsi que notre souhait pour qu’enfin, vous preniez davantage de temps pour vous. Au revoir et merci!

L’honorable Jean-Guy Dagenais [ - ]

Je prends quelques minutes pour saluer à ma façon le départ à la retraite de mon ami, l’honorable Pierre-Hugues Boisvenu.

J’ai connu Pierre-Hugues bien avant qu’il soit nommé au Sénat en 2010, par l’honorable Stephen Harper. Il était déjà une figure médiatique du Québec grâce au combat qu’il menait pour les victimes d’actes criminels — un combat qui n’est d’ailleurs pas terminé.

Je me rappelle entre autres ton arrivée dans les bureaux de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec avec ton livre en main pour financer l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues, que tu avais cofondée avec d’autres parents de victimes d’actes criminels.

Je me rappelle aussi tes visites à Saint-Hyacinthe, en 2011, pour appuyer ma candidature aux élections fédérales.

Je me rappelle également nos retrouvailles quand je suis arrivé au Sénat, en 2012, pour siéger à tes côtés au Comité des affaires juridiques et constitutionnelles. Le temps passe vite, c’est le moins qu’on puisse dire.

J’ai donc assisté, en quelque sorte, au début de ton long et difficile combat pour les droits des victimes d’actes criminels.

À cette époque, les ressources allouées aux victimes et parents de victimes de crimes étaient à peu près inexistantes. Leurs droits n’étaient pas reconnus et le système judiciaire les écartait systématiquement du processus sous prétexte qu’il ne devait pas y avoir d’émotions. C’était inacceptable pour toi et pour les nombreux parents de victimes qui t’appuyaient.

Tes démarches et tes sorties médiatiques soutenues t’ont permis de faire la connaissance de Stephen Harper, qui n’était pas encore premier ministre, mais qui démontrait une ouverture à tes revendications.

En te nommant au Sénat une fois au pouvoir, M. Harper t’a donné l’occasion de travailler, sur le plan politique, à de nombreux projets de loi qui allaient faire avancer ce qui était ni plus ni moins que la cause de ta vie.

Les sentences trop légères pour les criminels, les libérations conditionnelles incohérentes, les maigres compensations financières pour les familles de victimes, l’absence d’empathie pour les victimes; tous ces dossiers législatifs t’ont tenu occupé depuis ton arrivée en Chambre.

Certes, ta plus grande fierté est certainement d’avoir fait adopter, en 2015, le projet de loi S-265, soit la Charte canadienne des droits des victimes.

Dans un pays comme le Canada, où l’on accorde autant de droits, de privilèges et d’attention aux criminels, cette pièce législative issue du Sénat était d’une nécessité absolue.

Mon cher Pierre-Hugues, je suis convaincu que ton départ du Sénat pour la retraite ne signifie en rien que le combat est terminé. La Charte canadienne des droits des victimes ne règle pas tout et tu le sais. Les meurtres sont en hausse, les féminicides sont en hausse, la violence conjugale est en hausse. Pendant ce temps, nos lois et notre système judiciaire n’effraient plus personne.

Je te le dis : je n’ai pas le goût de te souhaiter une bonne retraite, parce que ce n’est pas la fin. Je sais pertinemment qu’on va te revoir et continuer de t’entendre défendre les droits des victimes.

Je m’en voudrais de faire un petit oubli que j’ai eu à la dernière minute. La sénatrice Michèle Audette voulait te remettre ses remerciements. Au nom du caucus des sénateurs canadiens, bonne retraite, mon ami, mais je suis certain qu’on va se revoir!

L’honorable Jane Cordy [ - ]

Honorables sénateurs, je prends la parole pour joindre ma voix à celles qui rendent hommage à notre collègue le sénateur Boisvenu, qui nous quitte. Sénateur Plett, je suppose que je devrais dire le « sénateur conservateur Boisvenu ».

Le Sénat exige beaucoup de notre énergie, car nous nous efforçons de faire tout notre possible au service des Canadiens. Honorables sénateurs, nous pouvons nous estimer chanceux, lorsque nous atteindrons l’âge de la retraite, d’être toujours animés de la même passion que celle qui nous habitait quand nous avons mis le pied sur le parquet du Sénat pour la première fois. Pierre, vous n’avez jamais perdu votre passion pour votre travail.

Souvent, il y a une expérience ou un lien personnel qui inspire le travail que nous faisons en tant que sénateurs. Sénateur Boisvenu, vous avez certainement ressenti profondément l’appel et le feu qui transforment une douleur écrasante en action concrète et, plus important encore, en changement concret.

Je dirais, Pierre, que vous faites preuve d’une plus grande passion pour les droits des victimes et les droits de leurs familles aujourd’hui que lorsque vous avez joint le Sénat il y a 14 ans. Vous pouvez être très fier de vos réalisations. Au cours de cette période, vous avez parrainé 24 projets de loi qui ont reçu la sanction royale et qui ont, sans doute, renforcé les droits des victimes et de leurs familles au Canada. Vous avez défendu la Charte canadienne des droits des victimes — le projet de loi C-32 — jusqu’à son adoption en 2015, garantissant aux victimes l’accès à de l’information sur leur cas, une protection, une participation et une indemnisation financière.

Ce fut un plaisir pour moi de travailler et de voyager avec vous, notamment avec l’Association parlementaire canadienne de l’OTAN. Vous avez travaillé très fort au sein de cette association, mais vous avez aussi toujours trouvé le moyen de vous amuser. Tous ceux qui ont voyagé avec Pierre savent qu’il déniche les meilleurs restaurants partout dans le monde et qu’il adore se promener dans les villes pour apprendre à mieux connaître chacune d’entre elles. Pierre, vous marchiez des kilomètres tous les soirs après les réunions. J’étais avec vous en Lituanie quand vous avez loué un vélo pour explorer la ville sous la pluie.

Pierre, je sais que votre engagement va bien au-delà de ces murs. Je sais que vous poursuivrez votre travail auprès du Nid à Val-d’Or et de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues. Votre voix nous manquera dans cette enceinte, mais nous savons que vous ne serez pas loin. Vous continuerez à entretenir le feu sacré. Au nom du Groupe progressiste du Sénat, nous vous souhaitons une très heureuse retraite. Ce fut un véritable plaisir de travailler avec vous.

Merci.

L’honorable Leo Housakos [ - ]

Chers collègues, veuillez m’excuser de répéter certains propos, mais je crois sincèrement que le travail infatigable de Pierre-Hugues Boisvenu en faveur des victimes et des familles mérite amplement d’être mentionné de nouveau.

Son dévouement et son engagement sont nés d’une douleur et d’un chagrin inimaginables. Il a su transformer sa perte personnelle en lutte constante pour aider les autres. Il a multiplié les efforts en vue de faire en sorte qu’aucun autre parent ou famille ne subisse l’indignité supplémentaire de la victimisation qu’a vécue sa famille en raison d’un système juridique axé entièrement sur les droits de l’auteur d’une infraction. Il a été le catalyseur de la législation provinciale qui a reconnu les droits des victimes d’actes criminels en 2006, ainsi que le parrain de plusieurs projets de loi au Parlement qui ont renforcé notre système de justice en reconnaissant les droits des victimes. Il a été notamment l’architecte de la Charte canadienne des droits des victimes.

Son combat pour les victimes d’actes criminels va au-delà de la législation. Auteur publié, il a siégé à plusieurs conseils d’administration d’organismes à but non lucratif. Il a aussi cofondé un refuge pour femmes victimes de violence et créé le Fonds Isabelle Boisvenu, qui a attribué des bourses à des étudiants dans le domaine de la victimologie.

Le sénateur Boisvenu n’a jamais manqué de cohérence. J’ai toujours eu et j’aurai toujours le plus grand respect pour lui en tant qu’homme et parlementaire de principe.

Le sénateur Boisvenu est une voix forte pour la province de Québec et les Canadiens de partout au pays, en particulier les femmes victimes d’actes criminels. Il est un homme de principe. Contrairement à certains conservateurs de convenance, il a toujours été un conservateur de conviction. Voilà Pierre Boisvenu. Il a laissé une marque indélébile au Sénat du Canada.

Mon cher ami, vous serez très difficile à remplacer.

Je connais Pierre-Hugues Boisvenu et je crois que tous les chapitres de son travail ne sont pas encore terminés. J’ai hâte de prendre connaissance du travail qu’il a l’intention de faire et qu’il fera dans les années à venir pour les personnes qu’il défend.

Au nom des Québécois, des Canadiens, des conservateurs et des victimes...

— à mon ami Pierre-Hugues, merci infiniment pour votre travail.

L’honorable Pierre J. Dalphond [ - ]

Chers collègues, avant que je rejoigne le Sénat, comme beaucoup de Québécois, je savais que Pierre-Hugues Boisvenu était un champion de la défense des victimes d’actes criminels depuis le terrible assassinat de sa fille en 2002 par un dangereux récidiviste, lui qui a fondé, avec trois autres pères de famille endeuillés, l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues.

Je savais aussi qu’il pouvait être, à l’occasion, l’objet de critiques. Certains ont dit de lui que ses idées étaient plutôt à droite, ce qui n’est pas un crime. Devenu sénateur, il a appuyé toutes les politiques du gouvernement Harper en matière de loi et ordre. Il est même devenu un porte-parole important de ces politiques au Québec.

Il s’est aussi fait connaître en aimant répondre aux questions des journalistes. Il n’hésite pas non plus à utiliser des phrases-chocs pour que l’on retienne son message. Cela l’a parfois mis dans l’embarras.

Comme il le dit dans son livre publié en 2008, intitulé Survivre à l’innommable et reprendre le pouvoir sur sa vie, ses deux filles, qu’il a si tragiquement perdues, le guident tous les jours et lui disent parfois qu’il est allé trop loin.

Pour ma part, l’homme que j’ai appris à connaître au Sénat, au Comité des affaires juridiques et constitutionnelles et à l’occasion de voyages parlementaires, est sincère, cordial et… partisan.

Je n’hésite pas à dire que nous avons développé des relations chaleureuses, même lorsque nous ne partageons pas le même point de vue.

Aujourd’hui, je veux saluer sa contribution remarquable à l’adoption de la Charte canadienne des droits des victimes en 2015, de même que son activisme en matière d’initiatives axées sur la protection des femmes victimes de violence.

Si l’heure du départ du Sénat sonne maintenant, je ne crois pas qu’elle marque celle de sa retraite. Dimanche dernier, il a déclaré à un journaliste de Radio-Canada, apparemment avec un petit sourire en coin, que les médias allaient lui manquer. À une question qu’on lui posait sur la prochaine étape de sa vie, il a répondu qu’il souhaitait continuer d’être un activiste en matière de droits des victimes, soit comme bénévole à l’association qu’il a cofondée et qui regroupe aujourd’hui plus de 700 familles, soit comme député conservateur à la Chambre des communes. On aurait tort de croire aujourd’hui que le départ de Pierre-Hugues de la Chambre haute signifie la fin de sa carrière parlementaire. Au contraire, il se pourrait bien que ce passage lui serve de tremplin vers l’autre endroit où, comme aux États-Unis, les hommes de 75 ans et plus ont un avenir prometteur.

Bonne continuation, mon ami!

L’honorable Yonah Martin (leader adjointe de l’opposition) [ - ]

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à un Canadien remarquable, un grand défenseur des droits des victimes, un cher collègue et ami, l’honorable Pierre‑Hugues Boisvenu.

Cher collègue, je suis à la fois honorée et triste de prendre la parole aujourd’hui pour vous rendre hommage alors que vous vous préparez à prendre votre retraite officielle du Sénat du Canada le 12 février 2024.

Le sénateur Boisvenu est une véritable source d’inspiration pour nous tous. Sa force de caractère et sa détermination sont sans égales. Il a consacré sa vie à défendre les droits des victimes, à protéger les plus vulnérables et à soutenir les victimes de violence.

En qualité de sénateur, notre collègue a travaillé sans relâche pour renforcer les mesures législatives sur les victimes et les droits des victimes dans le système judiciaire du Canada. Il a joué un rôle prépondérant au sein du Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles, à titre de vice-président, en plus de siéger à de nombreux autres comités.

Il a été le parrain ou le porte-parole pour de nombreux projets de loi d’initiative ministérielle et d’initiative parlementaire. Pendant sa carrière de sénateur, il a réussi à faire adopter non seulement la Charte canadienne des droits des victimes, mais également un nombre record de projets de loi d’intérêt public du Sénat.

Grâce à ses multiples déclarations, questions à la période des questions, interventions et discours passionnés, Pierre-Hugues Boisvenu a donné une voix retentissante aux victimes du Canada et fait en sorte qu’elles soient respectées et non pas oubliées.

Cher collègue, il m’est impossible de saisir pleinement la perte inimaginable que vous avez subie en tant que parent. C’est un véritable honneur d’avoir servi à vos côtés au Sénat, avec le caucus conservateur, et d’avoir soutenu votre travail à la mémoire de vos filles décédées. Votre engagement concret à protéger et à aider tant de femmes et de familles est vraiment remarquable.

Votre legs est incroyable et je sais que vous continuerez de le défendre et de le construire, car votre travail et votre combat ne s’arrêteront pas le jour de votre retraite. Je sais que vous aurez toujours comme passion d’aider les autres et que votre retraite ne sera qu’une transition.

Cher collègue, vous nous manquerez beaucoup. Je vous remercie d’avoir été l’un de mes collègues de confiance et un membre apprécié du caucus parlementaire conservateur.

Nous vous souhaitons tous bonne chance dans ce nouveau chapitre que vous vivrez avec vos proches. N’ayez crainte, votre travail de sénateur et votre legs resteront gravés dans les mémoires.

Bravo et meilleurs vœux.

Je veux joindre ma voix à celle de mes collègues pour rendre hommage au sénateur Boisvenu.

Pierre-Hugues a une qualité exceptionnelle pour un parlementaire : sa sensibilité. C’est l’un des hommes les plus sensibles que je connaisse. Pour moi, cette sensibilité est essentielle en politique. Cela permet d’avoir de l’empathie et d’être à l’écoute des besoins, afin d’être en mesure d’agir par la suite. Un politicien qui n’est pas sensible n’a pas cette possibilité de capter les petites choses qui font une différence.

Pierre-Hugues, cette semaine, nous avons tenu un petit événement et tu étais accompagné de personnes membres de groupes de victimes. Elles t’ont toutes rendu hommage. Elles ont utilisé des mots pour qualifier ce que tu représentais pour elles. L’une a dit : « Pierre-Hugues, c’est mon ange. » Une autre a dit : « Pierre-Hugues, c’est mon superhéros. » Je trouvais cet hommage particulièrement touchant parce qu’il évoquait la sensibilité que tu éprouves pour écouter les besoins des gens et la force du combat de puissance que tu as mené depuis que tu es ici, et même avant. Pierre-Hugues, ce sont des mots d’hommage, ce serait mon rêve que quelqu’un dise de moi que je suis son superhéros. Peut-être que mes petits-enfants diront cela, mais venant de personnes pour lesquelles tu t’es battu, je trouve que c’est un hommage et je voulais répéter ces mots ici.

Je veux aussi te remercier parce que cette grande sensibilité, tu l’as partagée avec les gens — parfois auprès de gens que tu ne connaissais pas — ou avec nous. Cela m’est arrivé, comme à plusieurs, de perdre des êtres chers, et qui venait au salon funéraire? Qui venait aux funérailles? Pierre-Hughes. Parce que tu sais que c’est douloureux de perdre un être cher, tu sais que ta présence peut apporter chaleur et réconfort et tu n’as jamais manqué de réconforter les gens qui en avaient besoin.

Pierre-Hugues, tu vas nous manquer, et un autre groupe qui va s’ennuyer de toi, j’en suis convaincu, est le Barreau du Québec. Il est arrivé qu’il y ait des débats pendant une campagne électorale. On me demandait, parce que je suis avocat : « Claude, irais-tu au débat, au barreau? » Évidemment, c’était parce que je suis un avocat, et j’ai dit : « Non, non, non, je ne vais pas là, envoyez Pierre-Hugues. » Pierre-Hugues, parce qu’il a le droit et que la loi doit servir la cause; pour la cause, le champion, c’est Pierre‑Hugues, et il va mettre les avocats dans sa petite poche.

Donc bravo, Pierre-Hugues, merci beaucoup, et je suis content que tu aies l’intention de continuer dans l’autre Chambre!

L’honorable Lucie Moncion [ - ]

Chers collègues, je prends la parole aujourd’hui pour saluer mon collègue le sénateur Boisvenu. Je souhaite honorer ce confrère au parcours exceptionnel, avec qui j’ai eu la chance de tisser des liens privilégiés.

Au cours des dernières années, un objectif commun nous a unis, soulignant l’importance de forger des relations avec des sénateurs de divers horizons. Notre collaboration, notamment pour la cause des jurés, a été fructueuse. Merci infiniment. Vous m’avez apporté un soutien précieux pour la reconnaissance de ce service civique, ainsi que votre sensibilité et votre compassion envers les jurés et les anciens jurés qui ont fait avancer cette cause.

Vous avez consacré votre carrière sénatoriale à amplifier la voix des victimes d’actes criminels, notamment celle des femmes victimes de violence conjugale, de féminicides, et celle des personnes assassinées ou disparues. Votre dévouement, votre passion et votre compassion ont favorisé le progrès sociétal.

La dénonciation que vous faites des violences faites aux femmes, sujet qui est trop souvent ignoré, caché ou même banalisé, nous permet de nous rendre compte de la trop grande fréquence de ces événements, mais aussi de reconnaître les bassesses et actes de lâchetés dont sont capables certains individus de notre société.

Le soutien que vous apportez aux familles qui sont aux prises avec des tragédies liées à la perte de leurs enfants dans des conditions abominables nous permet de reconnaître l’absence de soutien offert aux proches des victimes. Vous comprenez leur désarroi, leur peine et leurs souffrances. Ils trouvent en vous une voix et une oreille attentive.

J’ai énormément d’admiration et de respect pour vous, et je suis même émue; c’est pour cela que j’ai de la difficulté aujourd’hui. Sénateur Boisvenu, j’ai de l’admiration pour ce que vous avez fait, pour ce que vous avez vécu, pour la façon dont vous avez survécu à « l’innommable » et avez transformé vos tragédies personnelles en mission de vie.

Votre œuvre littéraire intitulée Survivre à l’innommable et reprendre le pouvoir sur sa vie est emblématique de votre résilience. Permettez-moi de citer l’un des passages du livre qui m’a énormément touchée, et qui apparaît à la première page :

Lorsque nous perdons un parent, nous faisons le deuil de nos souvenirs. Lorsque nous perdons un enfant, nous faisons le deuil de nos rêves.

C’est tellement parlant. Je suis très émue, je vais vous faire une confidence : j’ai commencé à lire votre livre hier. Je ne savais pas que vous aviez écrit un livre, mais j’aurais dû le lire il y a plusieurs années. Je désire aussi reconnaître le fait que le livre comprend une préface de Martin Gray, et en raison du fait que vous avez rencontré M. Gray, je trouve cela aussi incroyable de vous lire. Je sais que je dépasse mon temps, madame la Présidente, j’espère que — cela ne sera pas long, chers collègues.

Avant mon arrivée au Sénat, je ne vous connaissais qu’à travers vos tragédies. Je vous connais maintenant comme un père dévoué, un homme résilient et bienveillant, et un politicien remarquable. L’impact des dossiers importants que vous pilotez laisse une empreinte significative et inspirante dans le paysage juridique canadien.

Votre départ du Sénat n’annonce pas la fin de votre œuvre, puisque vous continuerez de travailler afin de mener à bien les réformes en faveur d’un système de justice pénale plus équitable et plus attentif aux besoins des victimes et de leurs familles.

Sénateur Boisvenu, je tiens à vous souhaiter tout le succès possible dans vos démarches futures et vous remercier chaleureusement pour votre mission, votre passion et votre dévouement au service du bien commun de notre pays. Je suis honorée d’avoir eu le privilège d’apprendre à vous connaître et de travailler avec vous.

En tout respect et sincèrement, au plaisir, sénateur Boisvenu!

L’honorable Julie Miville-Dechêne [ - ]

Je tiens moi aussi à souligner la contribution politique de notre collègue le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.

Au-delà de ses multiples projets de loi, notre collègue est un homme sensible, complexe, allant parfois aux extrêmes avec une certaine colère, mais aussi capable de pleurer, de me faire pleurer, de nous faire pleurer.

Pierre-Hugues Boisvenu m’a accueillie à bras ouvert au Sénat, car nous avions une cause commune : dénoncer la violence faite aux femmes, ce que j’avais fait très publiquement à la tête du Conseil du statut de la femme du Québec.

J’ai beaucoup dit que nous n’atteindrions pas l’égalité entre les femmes et les hommes si ces derniers ne participaient pas à déconstruire les stéréotypes, à parler aux garçons. La parole publique des hommes est essentielle pour que cette violence cesse. En ce sens, le sénateur Boisvenu est encore une exception. Il a fait du droit des femmes victimes de violence sa mission de vie, son combat depuis 14 ans au Sénat; en fait, depuis l’assassinat de sa fille Julie, le 23 juin 2002.

Le sénateur nous a souvent parlé de sa fille Julie. J’ai écouté le portrait qu’en a fait la journaliste Isabelle Richer qui a suivi tout le procès de son assassin. Julie Boisvenu n’avait que 27 ans, elle était belle, sociable, elle avait beaucoup d’amis, elle était à la fois indépendante et un peu folichonne, comme le raconte la journaliste; une jeune femme libre qui a payé de sa vie le fait de traverser un stationnement en pleine nuit à Sherbrooke pour prendre son automobile et rentrer chez elle.

Cela n’aurait jamais dû arriver. Les femmes doivent pouvoir marcher la nuit et le jour en toute sécurité.

On ne se remet pas du deuil d’un enfant, c’est le pire cauchemar de tous les parents. J’ai souvent perçu de la tristesse dans le regard de mon collègue.

Le sénateur a parfaitement raison de dire qu’il faut se préoccuper davantage des victimes. Il l’a fait avec brio. Il les a nommées, il a raconté leurs histoires, il les a invitées au Sénat, il les a serrées dans ses bras et il les a consultées et écoutées avant de présenter ses nombreuses initiatives, notamment la fameuse Charte canadienne des droits des victimes.

Pierre-Hughes Boisvenu a consacré ses années au Sénat à chercher la justice et à tenter de protéger d’autres victimes. Sa détermination est restée entière, même quand il rencontrait des obstacles et de l’opposition. Il n’a jamais abandonné. J’ai pu apprécier son engagement et sa persévérance, même quand je n’étais pas d’accord avec lui. Des châtiments plus longs et plus sévères pour les agresseurs ne sont pas une solution magique, remplir les prisons non plus, mais les dérapages du système, les crimes commis par les récidivistes libérés nous font souvent douter.

Je ressens, comme le sénateur Boisvenu, une très grande colère contre les agresseurs, mais j’ai aussi plein de doutes, beaucoup de doutes sur la voie à suivre. Le sénateur Boisvenu n’a jamais vacillé. Je sais que vous irez peut-être ailleurs. Je ne répéterai pas ce que tout le monde a dit, mais qui sait? Un député?

Quoi que vous choisissiez, je vous souhaite bon vent, cher Pierre‑Hugues.

Haut de page