LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES SOCIALES, DES SCIENCES ET DE LA TECHNOLOGIE
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le jeudi 27 novembre 2025
Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd’hui, à 11 h 29 (HE), pour examiner le projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration.
La sénatrice Rosemary Moodie (présidente) occupe le fauteuil.
[Traduction]
La présidente : Chères collègues, je déclare ouverte cette séance du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.
Je m’appelle Rosemary Moodie. Je suis sénatrice de l’Ontario et présidente de ce comité.
Avant de commencer, j’aimerais faire un tour de table et demander aux sénatrices de se présenter.
La sénatrice Osler : Sénatrice Flordeliz (Gigi) Osler, représentant le Manitoba.
La sénatrice McPhedran : Sénatrice Marilou McPhedran, représentant le Manitoba.
La sénatrice Senior : Sénatrice Paulette Senior, représentant l’Ontario.
La sénatrice Burey : Sharon Burey, sénatrice représentant l’Ontario.
[Français]
Le sénateur Boudreau : Victor Boudreau, du Nouveau-Brunswick.
La sénatrice Arnold : Dawn Arnold, également du Nouveau-Brunswick.
La sénatrice Petitclerc : Chantal Petitclerc, du Québec.
La sénatrice Audette : [mots prononcés en innu-aimun], Michèle Audette, du Québec. Je salue toutes les belles femmes lauréates de prix qui sont avec nous aujourd’hui.
[Traduction]
La sénatrice Greenwood : Bonjour et bienvenue. Margo Greenwood, de la Colombie-Britannique.
La sénatrice Muggli : Tracy Muggli, du territoire du Traité no 6, en Saskatchewan.
La présidente : Merci, mesdames les sénatrices.
Aujourd’hui, nous accueillons des représentantes de Diaspo-interaction et de Diversité Québec. Ces femmes sont récipiendaires de prix Femina. Soyez les bienvenues. Nous sommes heureuses de vous compter parmi nous. Sénatrice Gerba, nous vous avons donné à peine 12 heures de préavis, et regardez ce que vous avez réussi à faire. Merci.
Aujourd’hui, nous entamons notre étude du projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration.
Nous accueillons aujourd’hui l’honorable sénatrice Amina Gerba, la marraine du projet de loi, ainsi que Cheickh Tidjane Bangoura, qui est le président du Groupe de réflexion sur l’Afrique. Nous vous remercions d’être avec nous aujourd’hui.
Vous disposerez chacun de cinq minutes pour votre déclaration liminaire. Nous passerons ensuite aux questions des membres du comité. Sénatrice Gerba, vous avez la parole.
[Français]
L’honorable Amina Gerba, marraine du projet de loi : Honorables sénatrices, honorables sénateurs, je prends la parole à partir du territoire traditionnel non cédé des peuples algonquins anishinabes. En effet, il est capital de rappeler la présence des peuples autochtones sur le territoire actuel du Canada et reconnaître que cette présence date depuis des temps immémoriaux.
En tant que fière Québécoise et Canadienne issue de l’immigration, je suis honorée de comparaître devant vous à titre de marraine du projet de loi S-215 visant à instituer le Mois national de l’immigration au Canada.
Avant toute chose, il est important de rappeler une vérité fondamentale : en dehors des peuples autochtones, nous sommes presque tous à l’origine des immigrants d’hier à aujourd’hui. Cette identité partagée, forgée par la mobilité et le courage de ceux qui ont choisi de s’établir ici, constitue le fil conducteur de notre pays. C’est précisément cette histoire commune que le projet de loi S-215 souhaite reconnaître et célébrer ceux qui ont choisi le pays que nous aimons tant, le Canada.
Pourquoi un Mois national de l’immigration? Parce que l’immigration n’est pas seulement un phénomène démographique ou économique. C’est un processus humain, culturel et social qui bâtit le Canada depuis des générations. Pourtant, elle reste souvent réduite à des chiffres ou à des débats polarisés.
Le projet de loi S-215 est aussi une réponse à des voix qui se rapprochent dangereusement des théories de rejet et d’exclusion qui n’ont pas leur place dans notre pays. Ce projet de loi propose autre chose : un moment national de reconnaissance et de réflexion sur l’enrichissement du Canada par nos immigrants.
Bien que très bref, le texte de ce projet de loi aura un impact concret. D’abord, il permettra de reconnaître et célébrer les contributions des immigrants dans tous les secteurs de la société canadienne, de l’économie à la culture en passant par la science et le service communautaire. Deuxièmement, il permettra de créer un espace de dialogue et d’éducation pour mieux comprendre les réalités, défis et réussites de nos nouveaux arrivants et de réfléchir sur les moyens de faciliter leur intégration. Troisièmement, le projet de loi permettra de renforcer le sentiment d’appartenance des personnes immigrantes en leur offrant une visibilité et une reconnaissance nationale.
[Traduction]
Ce mois national de l’immigration donnera aux collectivités l’occasion de faire connaître les histoires qui les concernent, des petites municipalités rurales aux grandes villes, en passant par les Premières Nations qui accueillent les nouveaux arrivants et les familles de deuxième génération qui redéfinissent l’identité canadienne. Chaque expérience s’ajoute à l’histoire de notre pays et rend cette initiative véritablement humaine.
En conclusion, distinguées membres du comité, sachez que le Mois national de l’immigration proposé aux termes du projet de loi S-215 n’est pas un événement purement symbolique puisqu’il contribuera à reconnaître, à célébrer et à rassembler les gens. Il nous rappelle que l’immigration a toujours été et continuera d’être l’un des moteurs essentiels de notre société.
[Français]
Je vous remercie de votre attention et je suis prête à répondre à vos questions.
[Traduction]
La présidente : Merci, sénatrice Gerba. Monsieur Bangoura, vous avez la parole.
[Français]
Cheickh Tidjane Bangoura, Président, Groupe de réflexion sur l’Afrique : Madame la présidente, honorables sénatrices et honorables sénateurs, je vous remercie de m’accueillir dans le cadre de vos travaux sur le projet de loi S-215. J’en suis terriblement touché.
Permettez-moi d’ajouter quelques réflexions en tant qu’avocat-juriste international ayant servi le Canada pendant des années aux Nations unies, en tant que président du Groupe de réflexion sur l’Afrique et en tant qu’afrodescendant surtout dont l’histoire familiale s’inscrit dans les multiples trajectoires de l’immigration. J’espère que ces quelques réflexions seront un grain de sel dans les honorables travaux que vous menez et que je salue à plusieurs titres.
Mon nom est Cheickh Tidjane Bangoura, je suis président du Groupe de réflexion sur l’Afrique. Mon parcours m’a conduit à l’enseignement, à des recherches universitaires en Allemagne ainsi qu’à des fonctions au sein des Nations unies et plusieurs organismes canadiens et internationaux, notamment Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.
Tout cela m’a motivé et m’a mené à une certaine implication dans ce dossier que je considère comme étant très honorable. J’ai œuvré au sein de l’ACDI et du Peacekeeping Girl Center. J’ai fait plus d’une vingtaine de missions pour le Canada, entre autres en Haïti, en Ukraine, en République démocratique du Congo et au Burundi.
Dans un contexte mondial où la xénophobie et l’intolérance sont en hausse, ce projet de loi représente une occasion unique pour le Canada qui devrait être saisie. Reconnaître et valoriser les contributions des personnes immigrantes qui enrichissent notre société sur les plans économique, culturel et social est l’une des valeurs de ce projet. L’autre valeur consiste essentiellement à renforcer la position sociale et le sentiment d’appartenance en faisant connaître les histoires de réussite et les parcours inspirants de nos communautés immigrantes.
Il s’agit essentiellement du vivre ensemble canadien dont nous avons si besoin aujourd’hui. Renforcer l’image internationale du Canada comme pays ouvert, inclusif et respectueux des droits de la personne est crucial pour notre influence mondiale et nos relations diplomatiques. Nous devons aussi lutter contre les préjugés et la désinformation en créant des espaces de dialogue et d’éducation sur la diversité et les réalités de l’immigration.
Je recommande fortement que le gouvernement soutienne ce projet de loi par des campagnes nationales de sensibilisation impliquant les médias et les collectivités locales. J’encourage la participation active des diasporas, notamment de la diaspora multisectorielle et multidimensionnelle que nous avons ici, parce que présentement, il est difficile de dire qui est qui au Canada. Nous sommes tous mélangés. Nous n’avons qu’un seul Canada. J’associe ces initiatives à des mesures éducatives pour promouvoir le respect, la tolérance et la compréhension interculturelle dès le plus jeune âge. L’immigration telle que vécue par de nombreuses communautés issues du continent africain et de sa diaspora mondiale, comme vous pouvez le voir ici dans la salle, est souvent marquée par des récits de résilience, de mobilité forcée ou choisie et de profondes aspirations à contribuer pleinement à la société d’accueil.
Au Canada, ce parcours s’exprime aujourd’hui dans des univers aussi variés que la recherche, l’entrepreneuriat, l’engagement communautaire ou le service public. Pourtant, ces contributions demeurent parfois invisibles et insuffisamment reconnues. C’est malheureux et dommage. C’est pourquoi un pays comme le Canada, dont la diversité est souvent citée en exemple à l’international, a tout à gagner à rendre visibles ces voix.
Je vous remercie de me permettre de partager mon point de vue avec vous.
Je recommande fortement l’adoption de cette loi.
[Traduction]
La présidente : Merci, monsieur Bangoura.
Nous allons maintenant passer aux questions de nos membres. Pour ce groupe d’experts, les sénatrices disposeront de quatre minutes chacune pour poser leurs questions, réponses comprises.
[Français]
La sénatrice Osler : Bienvenue à tous.
Chère sénatrice Gerba, félicitations pour cet important projet de loi.
Ma question est pour les deux témoins.
[Traduction]
Comment un mois national de l’immigration mettrait-il en valeur la diversité des expériences des immigrants plutôt que de les regrouper en une seule et même catégorie? En particulier, comment ce mois pourrait-il mettre en valeur les histoires et les contributions distinctes des immigrants permanents, des réfugiés et des immigrants temporaires, comme les travailleurs étrangers temporaires?
[Français]
La sénatrice Gerba : Merci de votre question, sénatrice Osler.
C’est justement l’objectif du projet de loi, que l’ensemble des départements des ministères encouragent les diasporas à faire briller leur culture, encourage les diasporas, accompagne les diasporas dans tout ce qu’ils entretiennent comme initiatives dans leurs différentes communautés. C’est exactement pour cela que nous devons passer le mot en adoptant ce projet de loi. Comme l’a dit monsieur Bangoura, on a un pays diversifié qui compte de multiples diasporas et nous avons des initiatives déjà présentes dans d’autres projets de loi qui reconnaissent l’héritage des différentes cultures. Cependant, ces initiatives viennent de nous en tant que sénateurs ou députés. Il n’y a pas toutes les représentations de notre pays ici même au Sénat même si on est très diversifié. C’est pour cela que ce projet de loi ouvrira un peu toute la diversité ethnoculturelle des nouveaux arrivants et des autres qui sont ici depuis des centaines d’années.
La sénatrice Osler : Merci.
[Traduction]
La sénatrice McPhedran : Je suis frappée par ce que nous avons entendu ce matin et par ce que vous nous avez dit au sujet de la diaspora. Je suis aussi surprise par la façon dont ce projet de loi semble multiplier les occasions pour les communautés de la diaspora de se rassembler, certes, mais aussi d’offrir leur savoir-faire à l’ensemble de la population.
Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours et de ce qui vous a incitée à présenter ce projet de loi?
[Français]
La sénatrice Gerba : Merci de cette excellente question, sénatrice McPhedran.
Effectivement, c’est mon parcours à moi aussi qui m’a amené à ce projet de loi. Personne n’aurait aimé qu’une petite fille née dans un petit village sans eau ni électricité au Cameroun qu’on appelle Bafia se retrouve au Sénat du Canada en train de vous parler ici aujourd’hui. Personne ne l’aurait pensé.
Moi, je suis née dans ce village. Ça me prendrait toute une journée pour vous raconter ce parcours. Je vais juste résumer en disant que je suis arrivée au Canada pour les études avec mon mari. Alors que nous étions dans un magasin à Laval, une caissière a demandé à mon mari... C’est arrivé à plusieurs reprises. Cette fois-ci est à la caisse, mais je vais plutôt vous raconter quand on était dans un gala à Montréal. On était en train de discuter. Mon mari parlait à une des personnes présentes. La personne lui dit : « Je vois que vous parlez un excellent français. D’où venez-vous? » Mon mari a feint de ne pas comprendre la question. Elle insiste. Il dit : « Je viens de Laval ». Elle dit : « Non, mais d’où venez-vous? » Il a compris qu’elle voulait savoir où il est né. Il dit : « Je viens du Cameroun. Et vous, d’où venez-vous? » Elle a été déboussolée. Elle lui a dit : « Qu’est-ce que vous voulez dire? » Il lui a dit : « À ma connaissance, en dehors des peuples autochtones, nous sommes presque tous venus d’ailleurs. Demandez à vos ancêtres et à vos parents d’où ils viennent, parce que c’est sûr que vous ne venez pas ici ».
Cette question m’a amenée vraiment à comprendre qu’il y avait un problème avec nos enfants qui sont nés ici. Un seul de mes enfants est né au Cameroun, les trois autres sont nés ici au Canada et on continuera à leur poser des questions. Mes petits-enfants — j’en ai quatre — sont nés ici. On va toujours leur poser la question. On pose la question, parce qu’ils ne sont pas blancs. On a l’impression que tous ceux qui ne sont pas blancs sont des immigrants. Alors que même quand on est blanc, on est presque tous venus d’ailleurs. C’est ça le message que j’aimerais passer dans ce projet de loi, qu’on puisse éduquer nos enfants, tous nos enfants pour qu’ils comprennent que les histoires sont diverses, mais que nous sommes tous des Canadiens venus d’ailleurs. On est fiers de nos origines. Je suis fière de mes origines camerounaises.
Le sénateur Boudreau : Merci de votre passion concernant le sujet. Je vous appuie à 100 % sur projet de loi qui est très important.
Malheureusement, nous voyons dans le monde occidental que l’immigration est utilisée de plus en plus comme un outil pour causer des conflits et des guerres culturelles. Nous avons été chanceux jusqu’à maintenant au Canada. Nous ne sommes pas rendus là encore, mais on voit des tensions à l’occasion. Avec ce qui se passe aux États-Unis, probablement que ça va faire son chemin tranquillement vers le Canada également, malheureusement.
Le projet de loi est une excellente idée, mais je pense que ça va prendre plus qu’un mois sur l’immigration pour vraiment adresser les points que vous avez mentionnés et toute la question de sens d’appartenance, pas seulement une intégration où chaque culture a son coin dans le pays, mais que nous sommes ensemble dans un pays multiculturel.
J’aimerais vous entendre parler d’autres idées que vous pourriez avoir pour mettre l’emphase sur la contribution importante au bien-être économique, culturel et social du Canada qu’est l’immigration.
La sénatrice Gerba : Merci. C’est une excellente question. Il y a une menace internationale de nos voisins qui montrent que l’immigration est dangereuse.
Nous devons faire quelque chose. Ce projet de loi est un début qui va permettre d’affirmer que le Canada est un pays d’immigration.
Il ne faut pas tomber dans cette rhétorique de la xénophobie de l’immigration qui est à la source de tous les problèmes que nous vivons, qui sont partout dans le monde, mais qui ont des origines diverses.
Qu’est-ce qu’on peut ajouter pour répondre à votre question? Qu’est-ce qu’on peut ajouter comme action pour prévenir cela?
C’est vraiment la question que nous devons tous et toutes nous poser ici : que doit-on faire de plus pour que ça n’arrive pas?
Je pense que le projet de loi est un début. Cela va envoyer un signal clair que nous ne sommes pas dans cette rhétorique, que nous reconnaissons les différentes origines de nos peuples et que nous sommes et demeurons un peuple accueillant.
Concernant la mise en place du projet de loi, on s’attend à ce que le gouvernement le mette dans la liste des mois reconnus officiellement de façon nationale, qu’il y ait des activités au niveau national qu’on obtienne des différents ministères de l’Éducation, même si ce sont provinciaux, qu’ils éduquent les enfants.
Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire, mais commençons d’abord par adopter ce projet de loi.
La sénatrice Petitclerc : Merci, sénatrice Gerba, d’être là aujourd’hui. Merci, docteur Bangoura. Sénateur Boudreau, vous avez eu la même idée que moi. Sénatrice Gerba, vous avez tellement bien répondu. Ça va être plus un commentaire qu’une question.
C’est vrai que c’est inquiétant de voir encore aujourd’hui les commentaires du vice-président américain JD Vance, les sondages au Canada, dans notre province du Québec, un repli identitaire. Cela fait partie de votre idée de ne pas seulement souligner et célébrer l’immigration. Est-ce qu’on va pouvoir utiliser cela pour rétablir des faits et pour ramener une vérité quelque part? Vous avez déjà répondu, mais on peut le souligner encore.
La sénatrice Gerba : Oui, je peux totalement le souligner et aller plus loin, car tout à l’heure, j’ai manqué de temps.
Oui, on peut faire et on doit faire plus. Faire plus, cela veut dire quoi? Cela veut dire qu’on peut amener les gens à comprendre les réalisations, les contributions. On peut faire des expositions. Je laisserai peut-être la diaspora un jour établir elle‑même ce qu’il faut pour les diasporas immigrantes, établir ce qu’il faut faire dans leurs différentes communautés.
C’est important de les écouter. Il faut les amener à la table. Elles ne sont pas toutes à notre table. Nous sommes 105 sénateurs, neuf d’origine afrodescendante. Il faut plus de diversité pour qu’on en parle. Si on ne peut pas tous parler autour de la table, donnons-leur la voix et la possibilité de s’exprimer.
La sénatrice Petitclerc : Docteur Bangoura, est-ce que vous pensez que ce projet de loi pourrait remettre les pendules à l’heure?
M. Bangoura : Oui, absolument, avec tout ce qui se passe dans le monde. Lorsque je suis arrivé dans ce pays il y a plus de 30 ans, je me disais que le Canada et les États-Unis étaient pareils. C’est faux. Nous sommes deux pays différents à bien des égards.
Il faut le reconnaître, et ce n’est pas seulement à cause de ce qui se passe aujourd’hui qu’on est deux pays différents. Ce projet est d’autant plus important que pour moi, l’immigration est l’épine dorsale de ce que j’ai appelé tout à l’heure le vivre ensemble canadien. C’est quelque chose qui transcende les piliers de l’identité canadienne, le multiculturalisme et les valeurs du bilinguisme et bien d’autres choses.
Il faut un mois pour rappeler les esprits à l’ordre. Le Canada est un pays basé sur le multiculturalisme, c’est-à-dire que nous avons plusieurs cultures, pas de culture supérieure ni inférieure. Il y a des cultures différentes. La diversité est notre richesse. Le mois de l’immigration est l’épine dorsale qui va venir nous rappeler ce que nous sommes, Canadiens. Je pense que c’est important.
[Traduction]
La sénatrice Muggli : Merci à ma collègue, la sénatrice Gerba, de cette excellente idée de proposer un mois pour reconnaître l’immigration. Je comprends tout à fait l’importance de célébrer l’immigration, en particulier celle qui nous enrichit si profondément sur les plans culturel et économique. Toutefois, au Canada, l’immigration a aussi un historique colonialiste.
Je pense au fait qu’il faudra répondre aux critiques qui pourraient se manifester concernant les politiques d’immigration qui se sont succédé au fil des décennies, et peut-être même à l’égard des politiques actuelles, qui perpétuent le colonialisme, ou qui n’ont pas toujours été offertes en temps voulu et qui n’ont pas toujours été favorables à l’ouverture de nos portes à ceux qui ont le plus besoin de nous. Comment envisagez-vous cette perspective dans l’optique de ce projet de loi? Le projet de loi peut nous exposer à cette critique. « Oh, bien sûr. Vous êtes si doués en matière d’immigration, n’est-ce pas? Qu’en est-il de tous ces exemples? » J’aimerais bien connaître votre point de vue à ce sujet.
[Français]
M. Bangoura : Je vais tenter d’y répondre.
Lorsqu’on a vécu longtemps en dehors du Canada, en tant que Canadien, on a un autre sens de l’immigration. Je voudrais rappeler qu’il y a beaucoup de pays, notamment la France, qui ont utilisé le Canada comme un exemple. Ils ont adopté dans plusieurs sens les politiques et les façons d’immigration du Canada.
Dans ce monde, vous ne trouverez jamais un système d’immigration qui soit parfait.
C’est une politique de réunification qui est extrêmement complexe. Je puis vous rassurer, et c’est mon point de vue, je pense qu’on a un des meilleurs systèmes d’immigration, pas seulement à cause du concept que nous avons en immigration. Comme je vous l’ai dit plus tôt, la valeur qu’on donne à l’immigration est le statut particulier du Canada. Il est un pays d’immigration. Ce ne sont pas tous les pays du monde qui sont des pays d’immigration. Toutefois, le Canada en est un. L’exemple que nous donnons en matière d’immigration dans le monde est incontestable. Comme on dit souvent, il y a le caractère colonial. C’est une des raisons pour lesquelles cette loi est nécessaire, je dirais même impérative. Il faut corriger les faits et la désinformation. Il faut arriver à ce qui est positif et toujours aller de l’avant sans être négationniste. Je pense que cette loi va en ce sens.
[Traduction]
La sénatrice Muggli : Sénatrice Gerba, lors de l’élaboration de ce projet de loi, avez-vous consulté les peuples autochtones pour connaître leurs impressions ou leurs sentiments à son égard?
[Français]
La sénatrice Gerba : Très bonne question. Nous avons mené des consultations et organisé une table ronde. Nous avions l’intention justement d’élargir ces tables rondes aux peuples autochtones. J’ai consulté ma collègue, la sénatrice Audette. Il y a plusieurs choses à faire justement parce que la plupart de ces pays dont nous sommes originaires ont vécu le colonialisme. Nous comprenons les peuples autochtones et nous les respectons. On ne peut rien faire sans reconnaître que nous sommes sur leurs terres. Nous continuons donc la discussion.
[Traduction]
La sénatrice Muggli : Il ne faut pas oublier que certains immigrants proviennent de pays qui avaient déjà été colonisés par le passé.
La sénatrice Gerba : Exactement, et beaucoup d’entre eux ont vécu avec des peuples autochtones, alors ils choisissent d’aller là-bas parce qu’ils savent comment vivre avec eux.
La sénatrice Senior : Merci à ma collègue, la sénatrice Gerba, et à vous, monsieur Bangoura, d’être là.
Je voudrais revenir sur certaines des questions qui ont déjà été posées. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de regarder vers le sud pour voir le vent de négativité qui souffle actuellement sur l’immigration. Il existe ici, au Canada, un projet de loi qui vise à réduire considérablement l’immigration. Interrogé à ce sujet, le ministre responsable répond en substance qu’il y a beaucoup de commentaires négatifs, alors qu’en réalité, le projet de loi s’attaque aux mythes et aux idées reçues selon lesquels l’immigration serait la cause d’une bonne partie de nos problèmes actuels et de choses que les gens estiment mauvaises, comme le fait de ne pas trouver d’emploi ou de logement, etc. Je pense que ce projet de loi arrive à point nommé pour aider à contrer ce qui se passe actuellement.
Je suis moi aussi d’accord avec vous, monsieur Bangoura, car je pense qu’il est important de trouver des moyens de faire connaître les faits. Il est clair que le gouvernement ne le fait pas. Au contraire, nous allons de l’avant avec la réduction de l’immigration en alléguant qu’elle est la cause de tant de problèmes parce que c’est ce que pense l’opinion publique et non parce que c’est un fait avéré. Il est important que nous trouvions des moyens de faire connaître les faits sur l’immigration.
De plus, en ce qui concerne l’immigration, nous pensons parfois du point de vue des immigrants qui viennent ici et qui vont célébrer leur arrivée. Il y a aussi le fait que de nombreux immigrants ne comprennent pas comment honorer les peuples autochtones de ce pays et apprendre à les connaître dans le cadre de leur responsabilité en tant qu’immigrants. J’aimerais bien que quelque chose soit fait de ce côté également.
La sénatrice Gerba : Vous soulevez un très bon point.
[Français]
Oui, effectivement, il y a matière à éducation. Quand je suis arrivée il y a presque 40 ans aujourd’hui, j’ai découvert plusieurs choses ici, sur place. On a beau lire et être informé, quand on arrive, on voit les réalités. Il faut que cela entre dans le processus de mise en œuvre de cette loi pour qu’il y ait une mise à jour. Il faut qu’on les informe et qu’on les amène à comprendre qu’on a un processus de réconciliation qui est en cours. Il faut un rapprochement avec les peuples autochtones pour mieux comprendre pourquoi nous sommes dans un processus de réconciliation.
Il est important, effectivement, que cet élément soit ajouté dans le processus de mise en place de la loi. Je suis d’accord.
[Traduction]
M. Bangoura : Merci de votre question. Je tiens à mentionner que j’ai travaillé comme conseiller en établissement pour la région de Peel de 1999 à 2003. Cette période a été la meilleure de ma vie et de ma carrière, et ce, malgré tous les postes que j’ai occupés aux Nations unies.
Lorsque j’étais là-bas, j’ai remarqué quelque chose. À l’époque, nous avions un programme appelé Programme d’établissement et d’adaptation des immigrants. Je ne sais pas pourquoi ils ne l’ont plus, sous la même forme, mais c’est un programme qui est nécessaire. Quand on est un nouvel arrivant dans ce pays, on vit une période difficile. L’un de nos plus grands problèmes au Canada, en ce qui concerne nos valeurs, c’est l’intégration.
La sénatrice Burey : Merci, sénatrice Gerba et M. Bangoura, ainsi qu’à tous les invités. Merci beaucoup. C’est un honneur de vous recevoir.
Je suis une immigrante jamaïquaine. Je me suis installée ici avec ma famille il y a près de 50 ans. Tous mes enfants sont nés au Canada. Comme vous, j’ai des anecdotes à raconter sur mes enfants nés au Canada à qui l’on demande d’où ils viennent. Je pense qu’il est très important de faire connaître ce que nous avons vécu, car la plupart des gens n’ont pas idée de ce que c’est. Je le dis souvent, y compris dans certains de mes discours : lorsque nous nous libérons des chaînes de la caste et de la classe sociale, nous libérons notre esprit et découvrons ce que cela signifie d’être Canadien et de libérer la promesse et le potentiel de ce grand pays. Je vous félicite pour ce projet de loi.
Fidèle à mon habitude, je voudrais revenir sur la question des écoles. Comme vous le savez, je suis pédiatre. Pouvez-vous nous donner plus de précisions sur ce que ce projet de loi pourrait apporter à l’éducation de nos enfants dans les écoles?
M. Bangoura : Je vais répondre à cette question.
[Français]
Votre question est d’autant plus...
[Traduction]
La sénatrice Burey : La question est la suivante : quel sera l’impact de ce projet de loi sur la sensibilisation des enfants dans les écoles?
[Français]
M. Bangoura : Je vais tenter de vous expliquer. L’éducation de nos enfants est la base du futur du Canada. Il faut le faire et l’intensifier. On parle souvent de l’éducation des enfants à l’école, mais en parallèle, il faut compléter avec l’éducation de nos médias. Aujourd’hui, l’école est dominée par Internet et par les appareils. Lorsqu’on enseigne quelque chose à l’école et que l’enfant sort de la classe, il est confronté à ce qui est sur Internet ou CBC ou Radio-Canada. Il y a des contradictions. Les enfants sont confus. Toutefois, il y a toute la nécessité de renforcer l’éducation de nos enfants en matière d’immigration pour montrer que tous les Canadiens sont égaux en droits et en libertés. Nous avons une Charte. Elle ne s’applique pas qu’à ceux qui sont blancs et une autre à ceux qui sont noirs. Nous n’avons qu’une seule Charte. Il est absolument nécessaire de le faire. Cela se trouve dans toutes les conventions de l’ONU en matière d’immigration.
On a des conventions qui demandent de respecter et de renforcer la protection des familles d’immigrants. Le Canada a adhéré à ces conventions. L’école doit tenir compte de cela.
Un Canadien doit savoir ce qu’est un Canadien venant de l’Afrique de l’Est, un Canadien venant de la Colombie, un Canadien venant de Gaza, parce que nous sommes Canadiens et les Canadiens viennent de partout. Lorsqu’on est à l’extérieur, les gens me demandent si je suis Canadien, parce qu’ils ne réalisent pas que nous avons des citoyens noirs au Canada. Cela doit être compris ici aussi par nos enfants. C’est maintenant qu’il faut le faire. Cette loi va le permettre, parce que durant le mois, on va intensifier...
[Traduction]
La sénatrice Burey : Il ne s’agit pas d’un projet de loi financier; il ne demande rien. Envisagerions-nous d’élaborer un programme scolaire général pour les écoles où nous rassemblons les gens? Ce ne sera pas la même chose dans toutes les provinces, mais quand on songe à ce que le gouvernement fédéral pourrait faire, un programme scolaire pourrait-il être envisagé?
[Français]
La sénatrice Audette : Merci beaucoup, madame la présidente, d’accepter que nous ayons un temps de parole en tant que visiteurs. Je suis vraiment honorée de me retrouver devant.
Brièvement, je peux confirmer que chaque fois que le Canada va adopter une loi ou que la gouverneure générale fera une déclaration qui va nommer une journée ou une période, dans les 12 mois, au début, l’effet commence à se faire ressentir, mais plusieurs années plus tard, c’est tout le monde qui voit un impact positif à travers de grandes tragédies. Je fais référence ici à la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, je fais référence à la Journée nationale des peuples autochtones le 21 juin, à la Journée de la robe rouge et ainsi de suite. Vous avez mon appui à 100 %.
La sénatrice Greenwood doit se préparer pour une journée importante aujourd’hui à la Chambre. Elle avait une question pour vous qui est aussi la mienne.
[Traduction]
J’aimerais avoir votre avis sur ce que les nouveaux arrivants devraient savoir sur le Canada en tant que pays au moment de leur arrivée relativement aux peuples autochtones.
[Français]
J’aurais aussi une autre question. Je travaille également dans un milieu universitaire à temps partiel. On me dit parfois que s’il n’y a pas une loi-cadre, un règlement ou une politique qui me dit de célébrer ou d’honorer une nation ou un groupe en particulier, je n’ai pas l’obligation de le faire. Pensez-vous que votre projet de loi va amener une certaine responsabilité positive dans le milieu académique?
La sénatrice Gerba : Je vais commencer par votre dernière question. Merci, sénatrice Audette, pour votre contribution à mon premier discours lors de la deuxième lecture.
L’objectif de ce projet de loi est justement d’amener ce cadre pour une reconnaissance nationale afin que les universités, les communautés, les parlementaires et tous ensemble on puisse mettre de l’avant la même chose. Donc, qu’on puisse tous passer le même message.
En ce qui concerne la question de la sénatrice Greenwood, effectivement, je dirais plutôt qu’on attend que nos peuples autochtones nous enseignent ce que nous devons savoir.
Je lui retournerais plutôt la question : comment pouvons-nous intégrer ceci dans le projet de loi? Parce que c’est important. Il est vraiment important qu’on le reconnaisse et qu’on le dise.
Il y a de gens qui se posent la question : pourquoi reconnaissez-vous toujours? J’ai eu à répondre à cette question. C’est essentiel, parce que les colons sont arrivés sur ces terres qui n’ont jamais été cédées. Nous vivons sur ces terres. Il faut apprendre et éduquer. J’aimerais bien collaborer avec vous deux afin de développer quelque chose en ce sens.
Merci.
La sénatrice Audette : Avec plaisir. Merci.
M. Bangoura : Merci infiniment pour cette excellente question.
Vous savez, notamment parmi les immigrés africains, mais aussi d’autres pays, les gens ignorent qu’il y a des Autochtones. Pas seulement au Canada. Beaucoup de ceux qui viennent et qui sont immigrants sont aussi des Autochtones dans plusieurs cas. Vous savez qu’il y a la Déclaration des Nations unies sur les Droits des peuples autochtones qui nous englobent tous. Quelque part, on devrait dire que nous sommes tous des Autochtones. Je suis heureux que les Autochtones du Canada reviennent toujours à la réalité pour rappeler aux Canadiens qui sont venus quelles sont les valeurs humaines que nous oublions souvent.
[Traduction]
La présidente : Merci, monsieur Bangoura.
Le sénateur Cardozo : Chères collègues, merci de me permettre de poser une question, car je ne suis pas membre du comité. Ce projet de loi m’intéresse beaucoup.
[Français]
Sénatrice Gerba, merci pour votre ambition concernant ce projet de loi.
[Traduction]
Je pense que novembre serait un bon mois, car comme nous le savons, aux termes de la Loi sur l’immigration, le ministre est tenu de déposer les niveaux d’immigration pour l’année suivante avant le 31 octobre. Il y a donc toujours un débat à ce sujet en novembre. C’est le moment idéal pour participer à ce débat.
[Français]
Ma question est la suivante : pensez-vous que ce mois serait le mois idéal pour examiner de plus près la question de l’immigration, pas seulement célébrer, mais examiner et discuter? Peut-être en collaboration avec des universitaires, des économistes, des spécialistes en sciences sociales et des groupes représentant des entreprises et des syndicats. On pourrait avoir un débat, une discussion très forte à ce sujet.
La sénatrice Gerba : Merci, sénateur Cardozo, pour votre excellente question.
Pourquoi le mois de novembre? Vous y avez répondu en partie. C’est un mois idéal pour deux principales raisons. L’une que vous avez évoquée est que l’anniversaire de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés est le 1er novembre. C’est une loi centrale dans notre système d’immigration. Cela a été adopté le 1er novembre 2001.
La deuxième raison est qu’en novembre, il y a déjà la Semaine nationale de l’immigration francophone. On s’est donc inspiré de cela. D’ailleurs, les gens qui étaient à la table de consultation ont poussé pour ce mois, parce que cela va faire en sorte que cela donne un écho national cette fois-ci.
Je terminerais par une troisième raison : il y a plusieurs lois qui encadrent l’héritage de différentes communautés. Ce mois-ci va permettre d’ouvrir la porte, comme je l’ai dit dans mes remarques, pour d’autres communautés qui ne sont pas encore reconnues, dont l’héritage n’est pas encore reconnu. On va voter prochainement sur le projet de loi S-220, Loi désignant le mois de mars comme Mois du patrimoine hellénique, mais y a-t-il un mois sur l’héritage haïtien au Canada ou un mois sur l’héritage colombien, bolivien? Mon adjoint vient de la Bolivie. On ne peut pas faire toutes ces lois. Donc, au mois de novembre, on va tous se mettre ensemble pour célébrer toute l’immigration canadienne.
Le sénateur Cardozo : Merci.
Le sénateur Boudreau : Ma question s’adresse à M. Bangoura.
Lorsqu’on parle de politiques reliées à l’immigration au Canada, on semble toujours vouloir prendre une approche nationale et traiter tous les régions, provinces et territoires de la même façon. J’argumenterais qu’une province comme le Nouveau-Brunswick n’a pas les mêmes réalités, ne fait pas face aux mêmes défis que peut-être nos provinces plus peuplées. Nous avons besoin de plus d’étudiants internationaux, nous avons une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. De plus, nous avons besoin de plus de nouveaux Canadiens pour faire croître nos petites communautés. Est-ce que vous pensez qu’une approche régionale à l’intérieur de politiques nationales sur l’immigration serait la bonne approche à prendre pour le gouvernement?
On semble vouloir traiter tout le monde de la même manière, mais la réalité de Montréal, Toronto et Vancouver n’est pas la même réalité qu’au Nouveau-Brunswick. Nous avons besoin d’accroître notre population et nous avons besoin de plus d’immigrants. Pourtant, on se fait pénaliser à cause des politiques nationales qui sont en place présentement.
M. Bangoura : Merci de votre question. Elle est essentielle et surtout très actuelle.
Le Canada, en matière d’immigration, est un pays qui se laisse diriger par ce qu’on appelle best practice. De fait, je dirais que le Nouveau-Brunswick est déjà en train de le faire, tout comme le Manitoba et le Nunavut. Au moment où je vous parle, mon fils travaille au Nunavut. Il est là et heureux.
On a besoin de cela pour éviter cette concentration des immigrants dans les grandes villes. L’exode rural n’est pas la solution à l’immigration et notre loi sur l’immigration est établie de façon à disperser les immigrants partout dans le Canada. Je suis très heureux de voir aujourd’hui que les immigrants évitent Toronto, non seulement parce qu’on tue les gens, mais aussi parce qu’il y a le potentiel d’immigration partout.
Je ne suis pas le premier ministre du Canada, mais j’encourage fortement le gouvernement à aller en ce sens et donner une certaine liberté en matière d’immigration pour disperser les immigrants partout au Canada. J’encourage le Nunavut surtout. Si vous allez aujourd’hui au Nunavut, j’ai été là-bas, cela a chauffé un peu avec le froid, mais je peux vous dire que c’est une zone d’immigration. Il y a beaucoup d’Africains qui y sont. J’encourage la diversité dans le partage des immigrants dans le Canada.
Pourquoi cela ne s’est pas fait? C’est le manque d’information. Ce manque d’information peut être comblé à l’international dans nos bureaux d’immigration d’Affaires mondiales Canada et d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada dans les pays. Il faut les informer. Lorsque vous allez dans ces pays et que vous parlez d’immigration, on ne parle que de Montréal, Vancouver et Toronto. Le Canada n’est pas là-bas. Quand je leur dis que je suis à Ottawa, on me répond qu’Ottawa est un village. Cela ne va pas, non? C’est pourquoi je crois qu’il faut continuer. C’est le manque d’information qui crée la confusion. Il faut de l’information pour comprendre que le Nouveau-Brunswick est un merveilleux pays d’immigration.
[Traduction]
La présidente : Il y a manifestement des personnes qui sont d’accord avec vous.
La sénatrice Muggli : Je dirais que je suis tout à fait d’accord avec ce que nos témoins nous ont dit aujourd’hui : ce projet de loi a pour but de célébrer l’immigration et de mettre en valeur ses aspects positifs.
C’est pour cette raison que je tenais à souligner de façon spéciale l’une des phrases du préambule, à savoir :
[Attendu :] qu’il est très important de sensibiliser nos enfants et les futures générations au rôle joué par l’immigration dans l’édification de notre pays [...]
Cela n’a pas toujours été le cas. Si l’objet de ce projet de loi est de célébrer, je m’interroge sur cette formulation. En fait, je me demande si l’intention du projet de loi est également de sensibiliser les enfants et les générations futures au sujet des aspects négatifs initiaux de l’édification du Canada et de l’immigration. Je me pose des questions sur cette formulation. Si nous voulons que ce projet de loi en soit un de célébration, je pense que nous devons nous interroger sur cette phrase particulière.
[Français]
La sénatrice Gerba : C’est un bon point. Effectivement, le projet de loi est basé sur le fait qu’il y a une méconnaissance de l’apport des immigrants. Quand je parle des immigrants, cela peut aller très loin. Comment la formulation...
[Traduction]
La sénatrice Muggli : Le libellé de cette phrase est une chose à propos de laquelle nous pourrions tous réfléchir. Est-ce que nous voulons sensibiliser les enfants et les générations futures à la — ce n’est pas le mot juste — « valeur ajoutée » pour notre culture et notre économie. Je ne sais pas quel est le libellé, mais c’est en quelque sorte ce que je comprends. Comme je l’ai dit tantôt, je ne veux pas que le projet de loi soit critiqué. Nous ne devons pas perdre de vue l’immigration d’autrefois qui, à certains moments, était très problématique et colonisatrice.
Pour l’instant, c’est un sujet de réflexion. Je ne cherche pas de réponse, mais c’est une chose à laquelle nous devons réfléchir. Je sais que nous ne reviendrons probablement pas sur ce projet de loi avant un certain temps.
La sénatrice Gerba : Je pense que je vais confier cela au comité parce que...
[Français]
M. Bangoura : Je pense qu’en tant qu’avocat, j’ai déjà participé à la rédaction de plusieurs dossiers. Il n’y a pas de dossier juridique qui soit statique. Je crois qu’une fois que ce dossier sera adopté, dans les années qui suivront l’adoption, l’immigration va changer et le contenu de ce texte dans son application va évoluer. Les choses telles que vous les mentionnez sont une réflexion extraordinaire qui prouve, à mon avis, la nécessité et même le caractère impératif de ce document. C’est pourquoi il est impératif qu’il soit adopté le plus tôt possible pour permettre d’avoir des choses telles que ce que vous dites, qu’on ait des plans d’action dans le cadre de l’application de ces dossiers selon les provinces, ainsi de suite.
Ce dossier est tellement riche qu’encore une fois, madame, je le recommande fortement.
[Traduction]
La présidente : Monsieur Bangoura, nous avons le temps pour une dernière question d’une sénatrice. Je m’excuse, sénatrices, mais nous avons épuisé le temps qui nous était imparti.
La sénatrice Senior : Je vous remercie.
Je vais reprendre ce point. En fait, je suis tout à fait d’accord avec la formulation. La raison pour laquelle je suis d’accord avec cette formulation, c’est que de nombreux immigrants ont donné leur vie et leur sang pour édifier le Canada, malgré la réalité coloniale, qu’ils soient Japonais, noirs ou cheminots — tout cela. Ils ont donné leur vie et leur sang pour construire ce pays. Cela n’a jamais été reconnu. Je pense qu’il est important, malgré l’histoire coloniale, de reconnaître que ce sont bien les immigrants qui ont construit ce pays.
La présidente : Aviez-vous une question, sénatrice Senior?
La sénatrice Senior : Non, je n’en ai pas.
[Français]
La sénatrice Gerba : Si je peux juste ajouter à ce qu’a dit la sénatrice Senior, si notre collègue la sénatrice Bernard était avec nous autour de cette table, je pense qu’elle aurait répondu exactement de la même façon.
Merci.
[Traduction]
La présidente : Sénatrices, cela nous amène à la fin de ce tour de table. Je tiens à remercier la sénatrice Gerba et M. Bangoura de leurs témoignages aujourd’hui.
(La séance est levée.)