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déclarations de sénateurs — Le décès de Margaret-Ann Armour, C.M.

27 mai 2019


[18:13]

Honorables sénateurs, j’ai à la fois la tristesse et l’honneur de prendre la parole aujourd’hui afin de rendre hommage à Margaret-Ann Armour, une Edmontonienne d’exception décédée samedi dernier à l’âge de 79 ans. Mme Armour était une spécialiste en chimie organique et en gestion des déchets dangereux, une professeure et une administratrice d’université. Sa passion a inspiré des générations de jeunes femmes à poursuivre une carrière en génie et en science. Elle était aussi une personne charmante, sans prétention, pleine d’esprit et débordante d’enthousiasme.

De prime abord, elle pouvait donner l’image d’une grand-mère écossaise légèrement désorganisée et étourdie. Elle m’a toujours un peu rappelé Miss Marple, le personnage d’Agatha Christie. Derrière son léger accent écossais et ses tendres yeux bleus se trouvait un esprit qui adorait résoudre des mystères.

Née à Glasgow, elle a obtenu ses deux premiers diplômes à l’Université d’Edinburgh. Après avoir travaillé plusieurs années à titre de chercheure en chimie, elle a déménagé à Edmonton pour faire un doctorat à l’Université d’Alberta, qu’elle a obtenu en 1970. Neuf ans plus tard, elle était la présidente adjointe de son département.

Préoccupée par le nombre relativement faible de femmes inscrites en sciences à l’Université d’Alberta, Mme Armour a contribué à la création du programme Women in Scholarship, Engineering, Science and Technology, ou WISEST, qui vise à stimuler l’intérêt des jeunes filles dans des domaines traditionnellement dominés par les hommes.

Pendant près de 40 ans, elle a consacré sa vie à prouver que les sciences pouvaient être passionnantes et amusantes. Elle a présenté des ateliers pour des élèves du primaire et du secondaire, où l’humour subtil était à l’honneur ainsi que quelques surprises explosives. Elle a rendu les sciences extrêmement divertissantes, que ce soit en provoquant des explosions ou en cassant en mille miettes des bananes trempées dans l’azote liquide.

À Edmonton, nul besoin de Mlle Bille-en-Tête ou d’un autobus magique. Nous pouvions compter sur Margaret-Ann Armour et sa présence teintée de magie.

Elle a aussi fait exploser des barrières dans le monde universitaire. En 2005, elle a été nommée vice-doyenne de la diversité pour la faculté des sciences de l’Université de l’Alberta. Elle a exercé d’énormes pressions non seulement pour faire augmenter le nombre d’étudiants de groupes sous-représentés, mais également pour accroître la diversité dans les embauches universitaires. Elle a reçu au moins une demi-douzaine de doctorats honorifiques, a été décorée de l’Ordre du Canada et a été intronisée au Temple de la renommée de la ville d’Edmonton. En 2016, le conseil des écoles publiques d’Edmonton a donné son nom à une école. Elle était ravie de s’y rendre pour s’amuser avec les élèves sur le thème des sciences. Pas plus tard que le mois passé, elle s’y trouvait pour la dernière fois.

La fin de semaine dernière, elle devait recevoir un autre doctorat honorifique, cette fois-ci du Collège universitaire Concordia d’Edmonton. Son état de santé ne lui permettait pas de s’y rendre. Ainsi, le vendredi, le collège a envoyé à sa chambre d’hôpital une délégation arborant tous les insignes universitaires pour lui remettre son diplôme. Elle s’est excusée de ne pas avoir été en mesure d’assister à la cérémonie. Elle a ensuite donné son discours, qu’elle avait littéralement composé sur son lit de mort. Le lendemain, elle nous a quittés pour la toute dernière transformation chimique de la vie.

Molière a dit ce qui suit, et je cite :

Vivre sans aimer n’est pas proprement vivre.

Margaret-Ann Armour était animée par une passion pour l’univers, les connaissances et les sciences. Elle aimait l’énergie que lui transmettaient les jeunes esprits inspirés par son travail. À Edmonton, nous lui rendions bien cet amour.