Le Canada doit cesser de jouer avec la santé publique et interdire les publicités pour les paris sportifs : sénateur Downe

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Le Canada tarde à protéger ses citoyens contre les effets négatifs des publicités faisant la promotion des paris sportifs, et nous devons suivre l’exemple d’autres pays en interdisant ces publicités dommageables.
Des simples paris au bingo en passant par les courses et les billets de loterie, les jeux de hasard ont toujours existé sous une forme ou une autre dans notre société. Mais, ce nouvel empressement à augmenter le nombre de joueurs par une multitude de publicités a fini par dépasser les bornes.
Web, réseaux sociaux, télé, radio : ces publicités sont partout. Elles mettent souvent en vedette des célébrités, promettent « une expérience de jeu sans pareille » et pressent ceux à qui elles sont destinées de transformer leur téléphone en casino de poche, le tout sous le couvert du jeu « responsable ». Pourtant, tout ce que font ces publicités, c’est encourager un comportement dont on sait qu’il crée une dépendance ainsi qu’un tort considérable et immédiat à la santé des personnes les plus vulnérables.
Il ressort du rapport publié en novembre 2025 par Recherche en santé mentale Canada que les jeux de hasard sont de plus en plus présents au Canada et qu’ils peuvent entrainer des conséquences dévastatrices quand les personnes qui s’y adonnent en deviennent dépendantes. On peut notamment y lire qu’environ 73 % des adultes canadiens ont déjà joué à des jeux de hasard et que, du nombre, une personne sur 10 est considérée comme un joueur compulsif.
Les personnes les plus à risque de devenir des joueurs compulsifs, selon ce même rapport, sont les jeunes hommes et les parieurs en ligne.
« Pour ces personnes, le jeu peut entrainer d’importantes difficultés financières, un isolement social, une détresse psychologique et, dans certains cas, des idées suicidaires », ajoute le rapport.
Les joueurs compulsifs sont quatre fois plus susceptibles de songer au suicide et sept fois plus susceptibles d’avoir planifié leur suicide au cours des 12 derniers mois que les autres, ont constaté les auteurs du rapport.
Cette vague de publicités pour paris sportifs – et la hausse du nombre de nouveaux joueurs qu’elle a suscitée – a aussi pour effet de corrompre le monde du sport. Les sommes astronomiques d’argent en jeu peuvent en effet créer une tentation à laquelle certains joueurs et officiels ont du mal à résister, ce qui entraine des abus liés aux paris sportifs dans les ligues professionnelles du monde entier.
La preuve de ce phénomène n’est pas difficile à trouver, il suffit de jeter un œil sur les journaux ou le plus récent bulletin sportif. Dernièrement, aux États-Unis, deux lanceurs des ligues majeures de baseball ont été inculpés de complot pour avoir accepté des pots-de-vin afin de garantir les paris misant sur leur performance. En Turquie, un scandale de paris sportifs impliquant des joueurs et des arbitres a secoué les ligues professionnelles de soccer du pays cet automne.
Ici au Canada, en 2024, les responsables de la National Basketball Association (NBA) ont prononcé ce qui équivaut à une suspension à vie à l’encontre de Jontay Porter, qui jouaient alors pour les Raptors de Toronto, au motif que celui-ci avait, selon la ligue, divulgué des renseignements confidentiels à des parieurs sportifs, limité sa participation à un ou à plusieurs matchs à des fins de pari et parié sur des matchs de la NBA.
Le Canada n’est pas le seul à devoir composer avec les effets négatifs de ce déluge de publicités pour paris sportifs, mais il accuse un retard certain par rapport aux pays qui ont déjà décidé d’agir, ou à tout le moins d’admettre que des erreurs avaient été commises.
La Belgique et l’Italie ont toutes deux imposé une interdiction générale des publicités sur les jeux de hasard et du parrainage d’événements sportifs, que ce soit en ligne, sur les réseaux sociaux, à la télé ou à la radio. Aux États-Unis, le gouverneur républicain Mike DeWine a déclaré publiquement qu’il regrettait amèrement d’avoir signé la loi légalisant les paris sportifs en Ohio.
Au Canada, des démarches importantes ont été entreprises afin de circonscrire cette puissante et nouvelle industrie du marketing. Le Sénat, par exemple, a adopté dernièrement le projet de loi S-211, Loi concernant un cadre national sur la publicité pour les paris sportifs, de la sénatrice Marty Deacon, qui constitue un réel progrès vers un meilleur encadrement et une meilleure prévention des risques. Maintenant qu’il a été adopté par le Sénat, le projet de loi S-211 sera renvoyé à la Chambre des communes, où un certain nombre de mesures pourrait en ralentir, voire en empêcher l’entrée en vigueur.
Les choses iraient beaucoup plus vite si le gouvernement fédéral décidait d’interdire purement et simplement les publicités pour les paris sportifs. Plus d’une quarantaine de sénateurs ont signé la lettre dans laquelle la sénatrice Deacon et moi demandons au premier ministre Mark Carney de faire comme l’a fait le gouvernement pour les publicités sur la cigarette et d’interdire les publicités vantant les mérites des applications et des sites de paris sportifs.
Nous avons interdit les publicités sur les cigarettes parce que le tabac est mauvais pour la santé publique. Il y a de plus en plus de preuves qui montrent que les jeux de hasard sont profondément nuisibles à la santé des Canadiens, alors le raisonnement devrait être le même.
En pressant directement le gouvernement d’interdire les publicités pour les paris sportifs, nous reconnaissons que les lois ne peuvent rien contre la faiblesse humaine, mais qu’il est possible de limiter la mesure dans laquelle des gens peuvent tirer profit de cette faiblesse, voire en encourager l’exploitation.
Le moment est venu d’agir. Nous ne pouvons pas continuer à jouer avec la santé publique et nous devons protéger les Canadiens de tous les âges contre les publicités qui font la promotion des paris sportifs.
Le sénateur Percy Downe représente l’Île-du-Prince-Édouard au Sénat.
Des versions de cet article ont été publiées dans The Hamilton Spectator le 19 décembre 2025, le Prince Albert Daily Herald le 19 décembre 2025, le Saskatoon StarPhoenix le 20 décembre 2025, le Telegraph-Journal le 31 décembre 2025 et le Penticton Herald le 2 janvier 2026 (toutes en anglais seulement).
Le Canada tarde à protéger ses citoyens contre les effets négatifs des publicités faisant la promotion des paris sportifs, et nous devons suivre l’exemple d’autres pays en interdisant ces publicités dommageables.
Des simples paris au bingo en passant par les courses et les billets de loterie, les jeux de hasard ont toujours existé sous une forme ou une autre dans notre société. Mais, ce nouvel empressement à augmenter le nombre de joueurs par une multitude de publicités a fini par dépasser les bornes.
Web, réseaux sociaux, télé, radio : ces publicités sont partout. Elles mettent souvent en vedette des célébrités, promettent « une expérience de jeu sans pareille » et pressent ceux à qui elles sont destinées de transformer leur téléphone en casino de poche, le tout sous le couvert du jeu « responsable ». Pourtant, tout ce que font ces publicités, c’est encourager un comportement dont on sait qu’il crée une dépendance ainsi qu’un tort considérable et immédiat à la santé des personnes les plus vulnérables.
Il ressort du rapport publié en novembre 2025 par Recherche en santé mentale Canada que les jeux de hasard sont de plus en plus présents au Canada et qu’ils peuvent entrainer des conséquences dévastatrices quand les personnes qui s’y adonnent en deviennent dépendantes. On peut notamment y lire qu’environ 73 % des adultes canadiens ont déjà joué à des jeux de hasard et que, du nombre, une personne sur 10 est considérée comme un joueur compulsif.
Les personnes les plus à risque de devenir des joueurs compulsifs, selon ce même rapport, sont les jeunes hommes et les parieurs en ligne.
« Pour ces personnes, le jeu peut entrainer d’importantes difficultés financières, un isolement social, une détresse psychologique et, dans certains cas, des idées suicidaires », ajoute le rapport.
Les joueurs compulsifs sont quatre fois plus susceptibles de songer au suicide et sept fois plus susceptibles d’avoir planifié leur suicide au cours des 12 derniers mois que les autres, ont constaté les auteurs du rapport.
Cette vague de publicités pour paris sportifs – et la hausse du nombre de nouveaux joueurs qu’elle a suscitée – a aussi pour effet de corrompre le monde du sport. Les sommes astronomiques d’argent en jeu peuvent en effet créer une tentation à laquelle certains joueurs et officiels ont du mal à résister, ce qui entraine des abus liés aux paris sportifs dans les ligues professionnelles du monde entier.
La preuve de ce phénomène n’est pas difficile à trouver, il suffit de jeter un œil sur les journaux ou le plus récent bulletin sportif. Dernièrement, aux États-Unis, deux lanceurs des ligues majeures de baseball ont été inculpés de complot pour avoir accepté des pots-de-vin afin de garantir les paris misant sur leur performance. En Turquie, un scandale de paris sportifs impliquant des joueurs et des arbitres a secoué les ligues professionnelles de soccer du pays cet automne.
Ici au Canada, en 2024, les responsables de la National Basketball Association (NBA) ont prononcé ce qui équivaut à une suspension à vie à l’encontre de Jontay Porter, qui jouaient alors pour les Raptors de Toronto, au motif que celui-ci avait, selon la ligue, divulgué des renseignements confidentiels à des parieurs sportifs, limité sa participation à un ou à plusieurs matchs à des fins de pari et parié sur des matchs de la NBA.
Le Canada n’est pas le seul à devoir composer avec les effets négatifs de ce déluge de publicités pour paris sportifs, mais il accuse un retard certain par rapport aux pays qui ont déjà décidé d’agir, ou à tout le moins d’admettre que des erreurs avaient été commises.
La Belgique et l’Italie ont toutes deux imposé une interdiction générale des publicités sur les jeux de hasard et du parrainage d’événements sportifs, que ce soit en ligne, sur les réseaux sociaux, à la télé ou à la radio. Aux États-Unis, le gouverneur républicain Mike DeWine a déclaré publiquement qu’il regrettait amèrement d’avoir signé la loi légalisant les paris sportifs en Ohio.
Au Canada, des démarches importantes ont été entreprises afin de circonscrire cette puissante et nouvelle industrie du marketing. Le Sénat, par exemple, a adopté dernièrement le projet de loi S-211, Loi concernant un cadre national sur la publicité pour les paris sportifs, de la sénatrice Marty Deacon, qui constitue un réel progrès vers un meilleur encadrement et une meilleure prévention des risques. Maintenant qu’il a été adopté par le Sénat, le projet de loi S-211 sera renvoyé à la Chambre des communes, où un certain nombre de mesures pourrait en ralentir, voire en empêcher l’entrée en vigueur.
Les choses iraient beaucoup plus vite si le gouvernement fédéral décidait d’interdire purement et simplement les publicités pour les paris sportifs. Plus d’une quarantaine de sénateurs ont signé la lettre dans laquelle la sénatrice Deacon et moi demandons au premier ministre Mark Carney de faire comme l’a fait le gouvernement pour les publicités sur la cigarette et d’interdire les publicités vantant les mérites des applications et des sites de paris sportifs.
Nous avons interdit les publicités sur les cigarettes parce que le tabac est mauvais pour la santé publique. Il y a de plus en plus de preuves qui montrent que les jeux de hasard sont profondément nuisibles à la santé des Canadiens, alors le raisonnement devrait être le même.
En pressant directement le gouvernement d’interdire les publicités pour les paris sportifs, nous reconnaissons que les lois ne peuvent rien contre la faiblesse humaine, mais qu’il est possible de limiter la mesure dans laquelle des gens peuvent tirer profit de cette faiblesse, voire en encourager l’exploitation.
Le moment est venu d’agir. Nous ne pouvons pas continuer à jouer avec la santé publique et nous devons protéger les Canadiens de tous les âges contre les publicités qui font la promotion des paris sportifs.
Le sénateur Percy Downe représente l’Île-du-Prince-Édouard au Sénat.
Des versions de cet article ont été publiées dans The Hamilton Spectator le 19 décembre 2025, le Prince Albert Daily Herald le 19 décembre 2025, le Saskatoon StarPhoenix le 20 décembre 2025, le Telegraph-Journal le 31 décembre 2025 et le Penticton Herald le 2 janvier 2026 (toutes en anglais seulement).