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L’énergie renouvelable, un impératif environnemental et économique : sénatrice Galvez
L’énergie renouvelable, un impératif environnemental et économique : sénatrice Galvez
23 juillet 2018
OPINIONS
image Rosa Galvez
Rosa Galvez
GSI - (Québec - Bedford)

Chaque année, le gouvernement fédéral verse environ 3,3 milliards de dollars en subventions pour les combustibles fossiles afin de soutenir une industrie qui pourrait coûter des billions de dollars à l’économie mondiale.

Pourtant, le Conference Board du Canada prévoit que la croissance économique de l’Alberta — où se trouve une très grande partie de la production pétrolière du Canada — sera dominée par les secteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire, du tourisme et de l’énergie renouvelable. Les économies diversifiées sont plus saines.

Il est temps que le gouvernement fédéral élimine les subventions pour les combustibles fossiles et qu’il investisse plutôt dans l’énergie renouvelable. Grâce à l’innovation et au perfectionnement, des technologies qui produisent de l’énergie hydro-électrique, solaire, éolienne et géothermique peuvent créer des emplois verts et répondre à la demande croissante en énergie.

Est‑il vraiment nécessaire de rappeler l’évidence? L’énergie renouvelable n’est pas seulement propre, elle est également peu dispendieuse — ou mieux encore, elle est gratuite.

La demande en énergie continue de croître à l’échelle mondiale. En effet, puisqu’on estime que la population mondiale atteindra 8,1 milliards de personnes d’ici 2025 et que l’on améliore les conditions de vie dans les régions en développement, la consommation d’énergie par les humains ne peut que s’accroître.

Toutefois, la demande en énergie ne rime pas nécessairement avec la demande en pétrole. Les pays sont de plus en plus conscients des répercussions négatives du changement climatique causé par les activités humaines alimentées aux combustibles fossiles. D’ailleurs, le gouvernement fédéral du Canada a été élu grâce à sa promesse de lutter contre le changement climatique.

Protéger l’environnement, c’est aussi protéger l’économie. En effet, les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations causent des pertes de vies humaines et de moyens de subsistance. Ainsi, selon certaines estimations, si on ne réussit pas à empêcher la température mondiale d’augmenter de plus de 1,5 ⁰C, cela pourrait coûter 14 billions de dollars aux économies du monde.

Chez nous, dans un rapport de 2018, le Bureau d’assurance du Canada indique que les soi-disant pertes catastrophiques — les catastrophes qui causent des dommages dont le coût dépasse 25 millions de dollars — sont à la hausse.

« Les pertes catastrophiques attribuables à des catastrophes naturelles ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie », peut‑on lire dans le rapport (en anglais seulement). « Ce phénomène n’est pas unique au Canada; il s’inscrit dans une tendance mondiale. »

De plus, on accepte maintenant certaines pertes comme étant le prix à payer pour faire du commerce. Par exemple, en Alberta, il y a environ 1,3 billion de litres de liquides toxiques dans les étangs de résidus de l’exploitation des sables bitumineux. En favorisant le développement de l’énergie renouvelable, nous pourrons commencer à nettoyer ces sites plus rapidement.

Si le Canada souhaite dissocier la demande en énergie de la demande en pétrole, il doit accroître ses investissements dans l’énergie renouvelable. De 2016 à 2017, les investissements canadiens dans ce secteur ont atteint 2,7 milliards de dollars — une augmentation de 72 % —, mais cette augmentation était surtout attribuable à un projet d’énergie éolienne terrestre de 1 milliard de dollars en Ontario. Il est peu probable que le nouveau gouvernement provincial poursuive les investissements de cette nature.

En revanche, les investissements effectués par les pays en développement éclipsent la modeste contribution du Canada. En effet, des économies en développement, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil, ont investi 177 milliards de dollars dans l’énergie renouvelable la même année, comparativement aux investissements de 103 milliards de dollars effectués par les pays développés.

Le monde délaisse lentement les combustibles fossiles. HSBC — la plus grande banque d’Europe — a récemment annoncé qu’elle cesserait de financer les nouveaux projets d’exploitation de sables bitumineux, les centrales au charbon et les forages dans l’Arctique. Pendant ce temps, la Norvège dissocie son fonds souverain des combustibles fossiles. Le Canada devrait être un chef de file dans ce domaine plutôt que de rester en retrait ou il sera laissé pour compte.

Il y a aussi le risque que les subventions pour les combustibles fossiles produisent ce qu’on appelle de l’énergie zombie, c’est‑à‑dire une production d’énergie qui ne serait pas possible sans les subventions du gouvernement. Étant donné que la tendance est aux investissements dans l’énergie renouvelable, sans parler des coûts environnementaux et économiques engendrés par les combustibles fossiles, pourquoi l’argent des contribuables devrait‑il appuyer une industrie qui ne survivra pas dans sa forme actuelle?

Il ne sera pas facile de remplacer les combustibles fossiles par l’énergie renouvelable. Par exemple, le Nunavut dépend entièrement de l’énergie au diesel. Le gouvernement du Nunavut subventionne donc naturellement l’utilisation du diesel, notamment la production d’électricité par des centrales alimentées au diesel, à raison de 60,5 millions de dollars par année.

Cela dit, le Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles a entendu des témoignages selon lesquels le diesel pourrait être remplacé par des combustibles fossiles relativement plus propres si on apportait des changements mineurs à l’infrastructure existante, ce qui pourrait permettre de réduire les effets nuisibles sur la santé et les répercussions environnementales dans les communautés du Nord.

Oui, la demande en énergie s’accroît à l’échelle mondiale, mais nous ne sommes pas obligés d’y répondre avec des combustibles fossiles subventionnés. Pour le bien de notre environnement, de notre économie et de notre avenir, nous devrions plutôt investir dans des technologies liées à l’énergie propre et renouvelable.

La sénatrice Rosa Galvez, Ph. D., ingénieure, représente la circonscription de Bedford, au Québec. Elle est l’une des plus grandes spécialistes du contrôle de la pollution au Canada. Elle est aussi présidente du Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles.

Cet article a été publié le 16 juillet 2018 dans le journal The Hill Times (en anglais seulement).