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UTILISATIONS HISTORIQUES ET CULTURELLES DU CANNABIS ET LE « DÉBAT SUR LA MARIJUANA » AU CANADA

Produit pour le comité sénatorial spécial sur les drogues illicites

Leah Spicer
Division du droit et du gouvernement

Le 12 avril 2002

BIBLIOTHÈQUE DU PARLEMENT


TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

PARTIE I – UTILISATIONS CULTURELLES DU CANNABIS DANS LE MONDE ENTIER

A. Origines historiques et utilisations du cannabis
    1. La Chine
    2. L’Asie centrale
    3. Le Proche-Orient antique
        a. Les Sumériens
        b. Origines bibliques

B. Propriétés de la production de cannabis
    1. Conditions climatiques pour la production de cannabis
    2. Catégories de préparations psychotropes du cannabis

C. Utilisations culturelles du cannabis
    1. Inde
    2. Afrique
    3. Amérique du Sud – Brésil
    4. Jamaïque
        a. Socialisation du ganja à la maison et son utilisation principale par les hommes dans les familles ouvrières de la classe inférieure
        b. Rastafariens
        c. Les femmes de la classe ouvrière en Jamaïque


PARTIE II – CONTEXTE NORD-AMÉRICAIN DE L’UTILISATION DU CANNABIS

A. Histoire du cannabis en Amérique du Nord

B. Utilisation du cannabis au Canada

CONCLUSION – LE COMBAT DE LA MARIJUANA AU CANADA :
UN DÉBAT MORAL


INTRODUCTION

Le présent document donne un aperçu des utilisations culturelles du cannabis dans l’histoire.  Si l’on remonte à l’âge mésolithique, le cannabis était récolté à l’origine pour sa fibre tirée de la gaine épaisse de sa tige pour de nombreuses utilisations, notamment des câbles de bateaux, aux cordes de pendus nouées au cou des condamnés([1]).  Même aujourd’hui, le cannabis est cultivé à des fins industrielles semblables, comme pour fabriquer du papier ou des vêtements.

Dans le présent document, nous mettons l’accent sur une utilisation beaucoup plus controversée du cannabis.  En plus de sa production de fibres, le cannabis était déjà connu à l’époque préhistorique pour sa résine épaisse et collante (delta-1-tétrahydrocannabinol ou THC([2])), qui produit des effets psychotropes chez les humains.

Actuellement, cette résine intoxicante est illégale dans certains pays (p. ex., le Canada).  Pourtant, dans d’autres pays, l’utilisation du cannabis est toléré (p. ex., les Pays-Bas).  Les légalités inégales du cannabis ne sont pas sans racine et il est plus facile de les comprendre en gardant à l’esprit les points de vue culturels et historiques.  Comme l’ont indiqué les anthropologues et les historiens, les traditions culturelles, les différences climatiques, les pratiques médicinales et les forces historiques, politiques, légales et économiques occupent une partie importante dans le rôle que joue le cannabis dans les diverses sociétés et cultures([3]).  Cela crée des différences culturelles marquées des utilisations de la plante et du contexte de son utilisation.  À titre d’exemple, de nombreux groupes culturels du monde entier croient que « l’utilisation de la marijuana est un moyen valable de détente, d’introspection et de sociabilité »([4]) tandis que d’autres groupes croient que « la marijuana a comme effet immédiat de produire une explosion d’énergie suffisante pour accomplir les tâches laborieuses »([5]).  La reconnaissance des grands rôles différents que joue le cannabis dans les diverses cultures est très importante pour les Canadiens puisque le Canada est un pays multiculturel où vit un groupe diversifié d’immigrants provenant de pays du monde entier ayant diverses valeurs culturelles relatives au cannabis.  Cependant, il est difficile de reconnaître les diverses utilisations culturelles du cannabis puisque « nous n’aimons pas voir d’autres gens défendre quelque chose que nous [historiquement à titre de Canadiens] avons considéré comme mauvais sur le plan moral »([6]).  Toutefois, une telle compréhension est importante, non seulement pour saisir pourquoi le cannabis est devenu un sujet de controverse dans la société canadienne (à l’instar de nombreux autres pays), mais également pour éclairer les politiques qui seront élaborées relativement au cannabis au Canada.

D’abord, le présent document donne un aperçu des origines historiques des utilisations psychotropes culturelles du cannabis.  Avant de continuer à présenter les autres utilisations culturelles du cannabis à des fins psychotropes, une description des conditions climatiques de la culture et des niveaux de puissance du cannabis psychotrope est présentée pour souligner que les conditions environnementales jouent un rôle important dans l’utilisation culturelle du cannabis.  Cela est suivi d’une discussion des diverses utilisations culturelles du cannabis dans des régions comme l’Inde, l’Afrique, le Brésil et la Jamaïque.  Ensuite, la deuxième partie du document porte sur l’Amérique du Nord et plus particulièrement sur le contexte culturel canadien de l’utilisation du cannabis, y compris un examen des facteurs économiques, politiques et juridiques qui ont influencé son utilisation.  On apprend ainsi que la société canadienne n’a pas utilisé le cannabis à des fins psychotropes avant la fin du XXe siècle.  Puis, le document se termine en soulignant qu’étant donné que les Canadiens ont été récemment exposés aux diverses utilisations culturelles du cannabis à des fins psychotropes, la connaissance des autres utilisations culturelles du cannabis est importante pour élaborer les politiques futures relatives à la question du cannabis au Canada.

 

PARTIE I – UTILISATIONS CULTURELLES DU CANNABIS DANS LE MONDE ENTIER

   A.  Origines historiques et utilisations du cannabis 

Il est difficile de retracer exactement le lieu et le moment de l’origine du cannabis.  D’après certains, il tire ses origines de l’Asie centrale, tandis que d’autres croient  qu’à cause de la vaste documentation médicale et agricole à son sujet dans la Chine ancienne, le cannabis origine de la Chine.  « Bien que le volume des publications concernant le chanvre (cannabis) ait augmenté rapidement au cours de la dernière décennie, l’origine exacte de la plante n’a pas encore été établie; les itinéraires historiques de sa diffusion restent obscurs. »([7])

      

1.  La Chine

Les archéologues ont découvert un village ancien de la Chine où l’on trouve la plus ancienne utilisation du cannabis.  Ce village remonte à plus de 10 000 ans à l’âge de la pierre.  Parmi les débris de ce village, les archéologues ont trouvé de petits pots décorés de fibres spiralées du chanvre.  Cette utilisation du cannabis laisse entendre que « les hommes utilisent la plante de la marijuana d’une façon ou d’une autre depuis les premiers jours de l’histoire »([8]).  La fibre de cannabis (chanvre) n’a pas été utilisée uniquement comme décoration en Chine, mais elle a également été utilisée pour faire des vêtements([9]), des câbles, des filets de pêche([10]) et du papier([11]).  C’était également un aliment végétal important qui était considéré à l’origine comme une des cinq céréales de la Chine([12]).  Le cannabis a pris tellement d’importance dans la culture chinoise que les prêtres anciens ont commencé à utiliser la tige de la plante comme symbole de pouvoir pour chasser le mal.

Éventuellement, lorsque le processus d’extraction a été mis au point, les Chinois se sont rendu compte de l’utilisation psychotrope de l’huile (résine) de la graine du cannabis et l’ont intégré dans leur pratique de la médecine.  La première circonstance de l’utilisation médicinale du cannabis se trouve dans le livre Pên-ts’ao Ching, que l’on attribue à l’empereur Shen-nung qui a vécu vers 2000 avant Jésus-Christ.  Puisque la médecine chinoise tire son origine de la magie, ce livre relate l’utilisation de la marijuana par les Chinois, autant dans les pratiques médicales que rituelles.  Elle a été utilisée pour traiter les cas de fatigue menstruelle, la goutte, le rhumatisme, la malaria, la constipation, le manque de concentration et pour anesthésier les patients durant les opérations chirurgicales([13]).  D’autres utilisations thérapeutiques historiques sont également relatées dans la médecine populaire de toute l’Asie moderne, notamment la « cachexie ».  Par exemple, en Thaïlande, « le cannabis est fréquemment utilisé pour stimuler l’appétit des personnes malades ou pour les faire dormir… son utilisation pour contrer la diarrhée et la dysenterie est également courante »([14]).

Il y a un débat dans l’histoire de la Chine concernant l’utilisation hallucinogène des propriétés psychotropes du cannabis.  Certains chinois ont dénoncé la marijuana comme « libérateur de péché »([15]).  Cela peut être imputable à une religion chinoise en expansion, le taoïsme, selon laquelle « toute chose qui contient un yin, comme la marijuana, est considéré avec mépris puisqu’elle affaiblit le corps qui l’ingurgite.  Seules les substances remplies de yang, le principe revigorant de la nature, étaient vus d’une façon favorable »([16]).  Toutefois, dans la dernière édition de Pen Ts’ao, il était indiqué que même si « ma-fen (les fruits du cannabis)… pris en quantité excessive provoquait des hallucinations (littéralement « voir des démons ») s’il est pris sur une période prolongée, il permet de communiquer avec les esprits et d’alléger le corps »([17]).  Au premier siècle après Jésus-Christ les taoïstes utilisaient les graines de cannabis dans leurs encensoirs pour provoquer des hallucinations qu’ils considéraient comme une façon d’atteindre l’immortalité.

Cependant, au VIIIe siècle après Jésus-Christ, le cannabis a été relégué à l’arrière-scène pour ses vertus hallucinogènes et l’opium a pris une importance beaucoup plus grande comme hallucinogène dans la culture chinoise.  Il y a une explication culturelle au fait que le cannabis n’a pas été adopté à titre d’hallucinogène.  

L’opium est un euphorique, un sédatif de l’activité mentale.  Le cannabis par contre se situe dans le fantastique; il s’agit d’une drogue hallucinogène qui cause une euphorie mentale et une excitation nerveuse.  Il fausse le sens du temps et de l’espace.  Une utilisation excessive peut causer des mouvements rapides… ces effets sont bien notés par les médecins chinois au moins à compter du deuxième siècle après Jésus-Christ ou avant.  Ils étaient à tous égards incompatibles avec la philosophie et les traditions de la vie chinoise.  L’abandon de l’utilisation du cannabis par les Chinois pourrait s’expliquer simplement par sa non-pertinence au tempérament et aux traditions des Chinois.  La conformité du particulier dans la société chinoise est régie par un sentiment de honte inculqué.  La personnalité confucianiste est une personnalité axée sur la honte.  L’adoption de l’opium et la non-adoption du cannabis dénote une réaction comportementale de la société chinoise traditionnelle.  L’utilisateur d’opium était plus susceptible de rester pacifique et calme et ainsi, moins susceptible de contester les normes sociales.  Le cannabis, avec les effets erratiques stimulants qu’il provoque, risquait de faire poser à l’utilisateur des gestes susceptibles de le mettre dans l’embarras, lui ou sa famille.([18]) [Traduction] 

Ainsi, bien qu’il ait été rapporté que les Chinois ont utilisé les propriétés psychotropes du cannabis, la valeur de cette plante en Chine reposait principalement sur son utilisation comme source de fibres.  Toutefois, il est noté que le chanvre a été cultivé en Chine depuis l’âge néolithique, ce qui porte à croire que l’utilisation du cannabis origine de la Chine plutôt que de l’Asie centrale([19]) où l’on a longtemps attribué l’origine du cannabis.

 

      2.  L’Asie centrale

De nombreux érudits occidentaux attribuent l’origine du Cannabis aux Scythes vers le VIIe siècle avant Jésus-Christ autour de la Sibérie, Asie centrale du nord.  D’après Hérodote, un historien grec qui a vécu au cinquième siècle avant Jésus-Christ, la marijuana faisait partie intégrante du culte des morts que les Scythes suivaient pour rendre hommage à la mémoire et à l’esprit de leurs chefs disparus([20]).  Dans le cadre de ces cérémonies funéraires, ils érigeaient de petites tentes dans lesquelles ils plaçaient des encensoirs de métal contenant des pierres chauffées par les feux funéraires.  Les Scythes lançaient des graines de cannabis sur les pierres chauffées, ce qui créait une vapeur épaisse qu’ils inhalaient et qui les intoxiquait.  Il semblerait « que la purification était le pendant scythe de la veille des Irlandais où l’alcool coulait à flot, la marijuana remplaçant l’alcool comme intoxicant cérémoniel »([21]).

La première description ethnographique de l’inhalation de marijuana par des peuples anciens comme stimulant psychotrope a été confirmée par un archéologue russe, le professeur S. I. Rudenko en 1929, qui a découvert que la marijuana a également été utilisée par les Scythes dans la vie de tous les jours([22]).  Non seulement a-t-il trouvé le corps embaumé d’un homme et un chaudron de bronze rempli de graines de marijuana brûlées, mais il a également trouvé des chemises de tissu de fibres de chanvre et des encensoirs métalliques conçus pour inhaler la fumée de marijuana, inhalation qui ne semblait pas lié à un rite religieux.  Pour Rudenko, « les indices portent à croire que l’inhalation de la fumée des graines de marijuana ne se passait pas dans un contexte religieux, mais qu’il s’agissait plutôt d’une activité quotidienne à laquelle participaient les femmes scythes avec les hommes »([23]).

Même récemment, en 1993, les archéologues russes ont confirmé la théorie de Rudenko lorsqu’ils ont découvert le corps d’une femme de 2000 ans congelée dans une tombe dans le même cimetière où Rudenko avait fait sa première découverte.  La momie de la femme russe était si bien préservée que des tatouages élaborés ont été trouvés sur son bras gauche, ce qui a porté les archéologues russes à conclure qu’elle était à la fois une princesse scythe et une prêtresse.  Les archéologues ont trouvé enterrées dans un tronc d’arbre creux quelques-unes de ses possessions près d’elle, notamment un petit contenant de cannabis qui, de l’avis des archéologues, était fumé pour le plaisir et utilisé dans des rituels païens([24]).

 

      3.  Le Proche-Orient antique

         a.  Les Sumériens

 Plusieurs personnes qui s’intéressent au cannabis croient que les peuples du Proche-Orient étaient les premiers à utiliser le cannabis à des fins religieuses à cause de l’incapacité des gens de faire de l’introspection([25]).  D’après cette théorie, le cannabis rendait l’homme plus apte à faire de l’introspection, mais ce dernier croyait que sa propre introspection était la voix des dieux qui lui parlaient.  Julian Jaynes, un psychologue qui a écrit The Origin of Consciousness in the Breakdown of the Bicameral Mind, est d’avis que « les peuples de l’antiquité, allant de la Mésopotamie jusqu’au Pérou, ne pouvaient pas « penser » comme nous le faisons aujourd’hui et par conséquent, n’étaient pas conscients qu’ils étaient l’objet d’hallucinations auditives – les voix des dieux qui ont été réellement entendues, comme il est rapporté dans l’Ancien Testament ou dans l’Iliade – qui, provenant de l’hémisphère droit du cerveau, disaient à une personne quoi faire dans des situations nouvelles ou de stress. »  Terrence McKenna a poursuivi cette théorie dans sa publication intitulée Food of the Gods, et il avance « que les plantes psychotropes comme le champignon à psilocybine et le cannabis agissaient comme catalyseurs et accélérateurs de la transition de l’humanité vers la conscience et l’autoréflexion.  Les hallucinations et les intuitions mystiques que connaissaient les personnes qui consommaient ces plantes ont convaincu les croyants de l’antiquité qu’ils étaient en contact avec le divin. »([26])

Par exemple, les Sumériens du Proche-Orient antique ont établi leur propre « divinité personnelle » qu’ils vénéraient tous les jours en faisant brûler du cannabis.  Les Sumériens croyaient que de vénérer leur divinité personnelle les aidait à gagner leur vie et à être courageux au combat.  Toutefois, les analystes croient que cette « divinité personnelle » était simplement une « personnification de la chance d’un homme et de sa capacité de réfléchir et d’agir »([27]).  Autrement dit, le cannabis a été intégré dans la religion sumérienne parce que les Sumériens croyaient qu’il les mettait en contact avec leurs dieux.  Les chercheurs croient toutefois que l’inhalation de cannabis ne faisait que faciliter la découverte par les Sumériens de leur réflexion intérieure personnelle.

         
    b.  Origines bibliques

 Il existe de nombreuses théories contestées sur l’apparition du cannabis et son utilisation par les peuples du Proche-Orient dans l’Ancien Testament.  Ces théories sont souvent mises en doute parce qu’elles sont plutôt obscures et que l’histoire qui les entoure n’est pas claire([28]).  Cependant comme l’a écrit C. Creighton dans son article, On Indications of the Hachish-Vice in the Old Testament, « il y a des raisons qui expliquent pourquoi l’histoire n’est pas claire.  Tous les vices sont cachés, et cela est particulièrement vrai pour les vices de l’Orient.  Les rares fois qu’on y fait allusion, c’est dans des termes cryptiques, subtiles, humoristiques et allégoriques.  Par conséquent, pour les découvrir, il nous faut lire entre les lignes. »([29])

Dans son texte, Creighton, affirme que le cannabis semble avoir été mangé par Saul et Jonathan dans I Samuel 14, 25-45.  Dans le cas de Jonathan, le passage de la bible se lit comme suit : 

Tout le peuple … entra dans la forêt, il vit du miel qui coulait; mais nul ne porta la main à la bouche, car le peuple respectait le serment.  Jonathan ignorait le serment que son père avait fait faire à son peuple; il avança le bout du bâton qu’il avait en main, le plongea dans un rayon de miel et ramena la main à sa bouche; et ses yeux furent éclaircis.([30]

Creighton affirme qu’au fil des ans, les mots hébreux « yagarah hadebash » ont été traduits incorrectement par « rayons de miel ».  Il prétend que les traductions précédentes, bien qu’elles aient été obscures, révèlent que le « miel » est d’un type particulier([31]) et que la version syrienne du texte est une version plus fidèle.  D’après la version syrienne, Jonathan a plongé son bâton dans un champ de tiges fleuries avec une exudation résineuse qui se produisait en période de canicule – comme c’est le cas pour la résine de cannabis.

Si une preuve existait que les peuples de l’Ancien Testament utilisaient le cannabis, cette utilisation serait antérieure à la croyance selon laquelle le terme « cannabis » originait des Scythes.  À l’instar de Creighton, les analystes tels que Sula Benet, Sara Bentowa et Chris Bennett ont également fouillé sous la surface des textes bibliques pour avancer que le terme cannabis a en réalité été tiré par les Scythes de langues sémites comme le Hébreu.  Le terme « kaneh bosm » revient à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament([32]) à la fois comme un encens qui faisait partie intégrante des célébrations religieuses et comme une substance intoxicante([33]), mais dans un exemple précis, Moïse l’utilise dans Exode 30:23, lorsque Dieu lui a demandé de faire une onction sainte avec de la myrrhe, du cinnamome aromatique, du roseau aromatique et de la casse.  Benet explique que dans ce passage, d’après la définition en hébreu de Kaneh bosm, il s’agit d’un « roseau aromatique » kan voulant dire « roseau » ou « chanvre » et bosm voulant dire « aromatique »([34]).  La ressemblance linguistique du mot « kaneh bosm », le terme scythe pour désigner le cannabis et la définition hébraïque de kaneh bosm porte Benet et Bentowa à affirmer que les propriétés intoxicantes du cannabis étaient probablement utilisées par les peuples du Proche-Orient et que l’utilisation s’est répandue par contact avec les Scythes([35]).

Aujourd’hui, il y a des groupes comme la Ethiopian Zion Coptic Church qui croit tout à fait aux enseignements de la bible et que la « marijuana est une création divine du début des temps… elle a été créée comme sacrifice ardent à offrir à notre Rédempteur durant les obligations.  Le ganja (cannabis) est le droit sacramental de tout homme dans le monde entier »([36]).  Pour confirmer davantage cette croyance, ils mentionnent la section de l’Encyclopedia Britannica sur les cultes pharmacologiques où il est indiqué que « l’utilisation cérémonielle de l’encens dans les rituels contemporains est probablement un vestige de l’époque où les propriétés psychotropes de l’encens faisaient entrer les fidèles de l’antiquité en contact avec les forces surnaturelles. »([37])

   B.  Propriétés de la production de cannabis

Avant de poursuivre l’aperçu des utilisations culturelles des propriétés psychotropes du cannabis, il est important de décrire les conditions climatiques nécessaires à la culture du cannabis, puisqu’il s’agit d’un facteur d’influence dans la production par la plante du cannabis de la résine psychotrope, le THC.  De plus, il est nécessaire de préciser qu’il existe différentes catégories de préparations psychotropes du cannabis, ainsi que plusieurs noms culturels pour chaque catégorie.

 

      1.  Conditions climatiques pour la production de cannabis

Le cannabis est comme une mauvaise herbe et il pousse à peu près n’importe où.  Cependant, son milieu le plus propice à la production de la résine se situe dans des climats très chauds où le cannabis se protège de la mort en produisant autant de résine que possible pour conserver son eau.  « Le cannabis produira plus de résine ou plus de fibres selon les conditions dans lesquelles il est cultivé.  Lorsqu’il est cultivé dans des climats chauds et secs, la résine est produite en grande quantité et la qualité de la fibre est médiocre.  Dans les pays où la température est humide et douce, la plante produit moins de résine et la fibre est plus solide et durable.([38]) »  Par conséquent, puisque le climat est plus doux et humide en Europe, il n’est pas surprenant de constater que « la plupart des Européens connaissaient très peu les propriétés intoxicantes du cannabis avant le XIXe siècle, lorsque le haschich a été importé de l’Inde et des pays arabes »([39]).  Avant le XIXe siècle, la plupart des pays occidentaux n’utilisaient le cannabis que pour sa richesse en fibres.

 

      2.  Catégories de préparations psychotropes du cannabis([40])

Deux variétés importantes de la plante de cannabis ont été classées en 1753 par le botaniste suédois Carolus Linneaus.  La plus commune est le cannabis sativa, qui est touffue, avec des branches éparses et qui peut atteindre une hauteur de 20 pieds et produire une fibre et une graine oléagineuse de qualité inférieure.  Le Cannabis indica atteint une hauteur de trois à quatre pieds, ses branches sont denses, il a la forme d’une pyramide et il produit des quantités supérieures de résines intoxicantes([41]).  Les plantes de cannabis ont trois niveaux distincts de puissance, pour lesquels une partie de la plante est utilisée.  Chaque niveau de puissance porte un nom différent selon le langage culturel.

Puissance douce : Marijuana (Europe et Amérique du Nord), Mariguango (Mexique) Dagga (Afrique du Sud), Kif (Afrique du Nord), Bhang (Inde) :

Les feuilles en fleur des plantes de chanvre mâles et femelles mûres sécrètent une résine collante qui est la source de tout ou sinon de presque tout le THC (delta-1-tétrahydrocannabinol, l’ingrédient qui produit chez l’homme tous les effets psychodysleptiques après avoir fumé ou mangé de la marijuana ou du haschisch) du cannabis.  Sous cette forme d’utilisation du cannabis, les feuilles et parfois les tiges et même les graines ou les plantes entières sont hachées et fumées ou préparées sous forme de biscuits.  La puissance varie selon la teneur en THC.  Le bhang est un peu différent parce qu’il n’est composé habituellement que de feuilles, il est bu et est habituellement un peu plus riche en THC que la marijuana d’Amérique du Nord.

 

Puissance intermédiaire : Ganja (Inde) :

Les bouts fleuris séchés des plantes cultivées sont couverts de THC parce qu’ils n’ont pas produit de graine.  Ils sont récoltés et utilisés dans le « ganja ».  Le ganja est habituellement fumé, mais il est également bu ou préparé au four dans des sucreries.  À l’extérieur de l’Inde, il est à peu près inconnu.

Puissance élevé : Charas (Inde), haschich (Arabie et Amérique du Nord), hashishi (Syrie) :

Presque tout le THC est contenu dans la résine des feuilles près des bouts en fleur.  La résine des feuilles est grattée, pressée en blocs et elle est habituellement fumée.  Le haschich est environ 10 fois plus puissant que la marijuana et c’est le seul dérivé du cannabis qui a la capacité de produire régulièrement des effets hallucinogènes et psychodysleptiques.  Un pharmacologue Indien, Chopra, a décrit une autre façon de récolter le charas : parfois, les hommes nus ou vêtus de costumes ou de vestes de cuir passent dans les champs de cannabis sativa en se frottant sur les plantes et en les cassant grossièrement le matin, juste après le levé du soleil aussitôt que la rosée est tombée.  La matière résineuse qui colle est ensuite grattée et forme la résine commerciale du charas.

 Il y a d’autres noms courants du cannabis, mentionnons le grifa en Espagne et au Mexique; anascha en Russie; kendir dans le Tartar; konop en Bulgarie et konope en Pologne; momea au Tibet; kanbun en Chaldée; dawamesk en Algérie; liamba ou maconha au Brésil; et bust ou sheera en Égypte([42]).

 

   C.  Utilisations culturelles du cannabis

       1.  Inde 

Le cannabis a toujours fait partie des habitudes de vie en Inde et est associé étroitement aux coutumes magiques, médicales, religieuses et sociales de l’Inde depuis des milliers d’années([43]).  Cela peut être imputable en partie au climat semi-aride de l’Inde qui se prête parfaitement à la culture d’une quantité abondante de cannabis.

D’après une légende trouvée dans une collection de quatre livres sacrés appelés Vedas, un dieu indien, appelé Siva, est décrit comme le Seigneur du « bhang », une boisson faite avec des feuilles de cannabis, du lait, du sucre et des épices.  Historiquement et encore aujourd’hui, « le bhang est à l’Inde ce que l’alcool est à l’Occident »([44]).  Les règles de l’hindouisme orthodoxe ont interdit traditionnellement l’utilisation d’alcool, sauf pour les membres de la caste guerrière Rajput qui, en dépit des règles, prennent de l’alcool.  Pour les membres de la caste brahmane, le cannabis était sans équivoque sanctionné pour son utilisation sociale afin d’aider à atteindre la vie spirituelle contemplative qu’ils recherchent pour diriger.  D’après un historien du cannabis, encore dans les années 1940, le bhang faisait partie intégrante des activités sociales, y compris au cours des festivités et à la maison([45]).  Durant les festivités particulières comme les mariages, on disait qu’un père devait apporter du bhang aux cérémonies pour empêcher les mauvais esprits de tourmenter les mariés.  Le bhang était également un symbole d’hospitalité.  « Un hôte offrait une tasse de bhang à un invité de façon aussi banale que nous offririons chez nous un verre de bière.  Un hôte qui ne pose pas un tel geste est méprisé comme radin et misanthrope([46]). »

Le cannabis est également reconnu en Inde pour son utilisation dans les actes sexuels du yoga religieux tantrique.  Environ une heure avant le rituel du yoga, le pratiquant mettait un bol de bhang devant lui et après avoir récité un mantra à la déesse Kali, il buvait la potion de bhang.  « Le but de l’initiation au tantrisme était d’atteindre l’unité du mental, du corps et de l’esprit au moyen du yoga et d’épisodes sexuels marathon.  Cela était généré par le bhang qui rehaussait l’expérience([47]). »

La préparation indienne la plus puissante du cannabis appelée « charas » avait la même importance religieuse pour de nombreux Indiens que le vin pour les chrétiens qui célébraient l’Eucharistie.  Les mystiques indiens qui fumaient le charas dans la cérémonie de prières appelée Puja donnaient une saveur particulière au charas([48]).  De plus, les hommes saints appelés « fakirs » qui étaient reconnus pour marcher sur des charbons ardents et dormir sur des lits de clous, croyaient que le charas les mettait en plus étroite relation avec leurs dieux([49]).

Le cannabis était également utilisé comme aide médicale, bien que sa prédominance en Inde ait été et continue d’être associée à la vie religieuse et de servir de lubrifiant social.  Dans la médecine populaire de l’Inde, des branches de chanvre étaient jetées au feu pour vaincre les forces du mal.  Sushruta, un médecin légendaire de l’Inde antique, l’a recommandé pour décongestionner, comme remède à la diarrhée et comme ingrédient pour soigner les fièvres([50]).  Plusieurs années plus tard, lorsque la Indian Hemp Drug Commission de 1893-1894 a entendu les témoignages de centaines de médecins autochtones et occidentaux sur les utilisations thérapeutiques du cannabis dans le traitement de tout, allant des crampes et des maux de tête à la bronchite et au diabète, ainsi que son utilisation comme analgésique pour les maux de dents et comme anesthésique mineur dans les chirurgies mineures, la Commission s’est rendu compte que « les médicaments à base de chanvre semblent être utilisés fréquemment maintenant aux mêmes fins pour lesquelles ils étaient recommandés il y a des siècles et de la même manière; en outre, de nombreuses utilisations de ces médicaments par les médecins autochtones correspondent à leur application dans la thérapeutique européenne.  Le cannabis doit être considéré comme le médicament le plus important de la pharmacopée indienne. »([51])

Même si la Indian Hemp Drug Commission a rejeté l’interdiction totale du cannabis à cause de son importance en médecine et dans les rites et traditions culturels, en 1896, le gouvernement britannique en Inde a adopté la Act XII pour décourager l’utilisation par habitude du cannabis et son utilisation comme substance intoxicante.  La loi exigeait que les gouvernements d’État améliorent leurs systèmes de taxe locaux.  Par la suite, en 1930, la Dangerous Drugs Act a été adoptée pour donner aux gouvernements des États le pouvoir d’établir des règles autorisant et réglementant l’importation et l’exportation entre les États, dans les territoires qui relevaient de leur administration, le transport, la possession et la vente des drogues fabriquées (qui comprenaient le cannabis médicinal)([52]).  Bien qu’il ait continué de n’y avoir aucune disposition légale pour réglementer le cannabis, le gouvernement national de l’Inde a continué à exercer des pressions auprès des gouvernements des États pour décourager l’utilisation du cannabis.  En 1964, l’Inde a signé et ratifié la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 et ensuite, en 1985, la culture, la possession, l’utilisation et la consommation de tout mélange de cannabis sont devenues interdites et le gouvernement national imposait des pénalités importantes en vertu de la Narcotic Drugs and Psychotropic Substances Act, 1985.  Aujourd’hui, même si le cannabis continue de faire partie intégrante des cultures de l’Inde, les lois semblent avoir réussi à en décourager l’utilisation.  « D’après les divers récits populaires qui circulent parmi les gens, il semblerait que l’habitude de l’utilisation du cannabis a existé sur une beaucoup plus grande échelle en Inde durant les siècles passés. »([53])

      2.  Afrique

 L’utilisation culturelle du cannabis est répandue dans toute l’Afrique.  Bien que la plante n’origine pas de l’Afrique, plusieurs traditions religieuses, médicales et récréatives où le cannabis est fumé ont progressé en Afrique depuis son arrivée il y a plus de six siècles.

À part l’Égypte où le cannabis est cultivé depuis plus de mille ans à la suite de l’influence de l’Inde et de la Perse, la première preuve archéologique de la présence de cannabis dans les parties centrales et méridionales de l’Afrique remonte à l’Éthiopie du XIVe siècle où deux fourneaux de pipe en céramique contenant des traces de cannabis ont été découverts([54]).  Les chercheurs ont émis l’hypothèse selon laquelle, parce que le cannabis a été interdit en Égypte au troisième siècle après Jésus-Christ et qu’il était punissable par la loi religieuse et les autorités judiciaires, plusieurs communautés musulmanes qui désiraient continuer de cultiver le cannabis se sont déplacées vers le sud et ont apporté le cannabis en Éthiopie([55]).  Les chercheurs croient également que plus tard, vers 1500 après Jésus-Christ, les routes commerciales complètement développées entre l’Arabie, la Turquie, l’Inde et la Perse et la côte orientale de l’Afrique ont permis aux commerçants arabes d’apporter le cannabis aux parties plus méridionales de l’Afrique([56]).

Bien que les commerçants arabes et les Nord-Africains aient apporté le cannabis en Afrique centrale et méridionale, ils n’ont pas importé les techniques d’utilisation psychotrope du cannabis.  Pour la tribu Hottentot du Cape of Good Hope, « la pratique simple mais efficace qui consistait à lancer les plantes de chanvre sur les charbons ardents d’un feu et faire de « l’inhalation » collective semble avoir été une technique populaire au début »([57]).  Le roi d’une autre tribu appelé les Kafirs, également de Cape of Good Hope, administrait le cannabis dans des breuvages très semblables au « bangue » indien.  « Les personnes que le chef voulait divertir se voyaient offrir de la nourriture et des esprits intoxicants qu’ils devaient boire, malgré leur estomac, pour ne pas offenser le roi. »([58])

Plus tard, en 1705, les Hottentots ont appris l’art de fumer.  L’habitude de fumer le cannabis que de nombreuses tribus appelaient le « dagga » s’est répandue très rapidement de tribu en tribu.  La principale méthode pour fumer le dagga a été apprise par les tribus du centre et du sud de l’Afrique dans le cadre de leurs relations commerciales avec les chasseurs de nomades de la tribu « San ».  « Les chasseurs étaient intoxiqués par la fumée et en échange de tabac et de dagga ils donnaient des plumes, du gibier et d’autres produits provenant de la chasse. »([59])  L’apprentissage de l’art de fumer le dagga a transformé la culture africaine et les habitants ont cessé de le mâcher pour commencer à le fumer et ils ont perfectionné les techniques de consommation de dagga([60]).  Les habitants ont commencé à confectionner plusieurs pipes différentes à l’aide de gourdes, de tiges de bambou et de bols de coco.  Lorsque l’habitude de fumer le cannabis a atteint les régions nordiques de l’Afrique, « ce sont les Africains du nord qui ont élaboré la pipe à eau qui rafraîchissait et jusqu’à un certain point, purifiait le fumée »([61]).  Les tribus d’Afrique du nord donnaient au cannabis le nom de kif dans cette forme.

Il y a plusieurs exemples de façons dont le cannabis a marqué différents symboles importants dans les tribus africaines.  En Afrique du nord, « la musique, la littérature et même certains aspects de l’architecture ont évolué avec une appréciation influencée par le cannabis.  Dans certaines maisons, il y a même des pièces réservées au kif où les membres de la famille se rassemblent pour chanter, danser, raconter des récits fondés sur des traditions culturelles anciennes »([62]).

Un chercheur qui visitait le Congo a découvert, vers 1888, que  le roi de la tribu des Balubas qui avait conquis plusieurs tribus des alentours en suivant le même rituel, 

Il ordonnait de brûler publiquement toutes les idoles et fétiches anciens des territoires conquis.  Il s’est rendu compte qu’une multiplicité de dieux tribaux ne pourraient pas servir de force unificatrice et ainsi, il a agi pour solidifier son pouvoir et soumettre ses sujets à une seule « nation » en remplaçant les anciennes idoles par une nouvelle idole plus puissante : le cannabis!([63])  [Traduction]

 

Ainsi, pour la tribu des Balubas, le cannabis a revêtu une importance rituelle les jours de fête et de l’État et comme passe-temps en soirée.

                        Le cannabis faisait également partie des croyances religieuses et magiques de nombreuses tribus africaines.  Le bashilenge était un culte religieux établi par plusieurs petits clubs de fumeurs de chanvre qui avaient leur propre parcelle de terrain pour cultiver le chanvre. 

 

Chaque membre de la tribu devait participer au culte et prouver sa dévotion en fumant le plus souvent possible.  Les membres de la tribu attribuaient des pouvoirs magiques universels au chanvre qui, croyait-on, combattait toutes sortes de maux et ils en prenaient lorsqu’ils partaient à la guerre et lorsqu’ils voyageaient.  La pipe de chanvre prenait un sens symbolique pour les membres du culte bashilenge, un peu comme le calumet de paix des Amérindiens.  Aucun congé, aucun accord commercial, aucun traité de paix ne se passait sans le chanvre.([64])  [Traduction]

La tribu Bashilenge a fait du cannabis une partie importante de leur jurisprudence. 

Tous les Autochtones accusés d’un crime devaient fumer le dagga jusqu’à ce qu’ils admettent leur crime ou qu’ils perdent conscience.  En cas de vol, le voleur devait payer une amende sous forme de sel à chaque personne qui le voyait fumer.  En cas d’adultère, la loi exigeait que le mâle coupable fume également le dagga.  Toutefois, il n’y avait pas d’amende.  La quantité de dagga à fumer dépendait du statut de l’homme qui avait été offensé.  S’il était important, le coupable devait fumer jusqu’à ce qu’il perde conscience.  Il était alors dévêtu, du poivre était versé dans ses yeux et un mince ruban était passé à travers son os nasal.([65]) [Traduction]

 

Plusieurs tribus comme les Zoulous et les Sothos étaient réputés pour fumer du cannabis avant de partir à la guerre.  « Les jeunes guerriers zoulous en particulier fumaient le dagga au point de devenir toxicomanes et sous l’effet de l’euphorie que procurait la drogue, ils étaient capables de braver les plus grands dangers([66]). »  Certains historiens croient également que les Zoulous étaient sous l’effet du dagga lorsqu’ils ont attaqué les Hollandais dans la bataille de Blood River en 1838([67]).  Par ailleurs, les Sothos utilisaient le dagga pour renforcer leur esprit avant un assaut.

Sauf pour l’Afrique du nord, où « le cannabis n’a été ni implanté ni accepté avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale »([68]), les tribus africaines du reste du continent ont également utilisé le cannabis dans la pratique de la médecine traditionnelle populaire.  « La plante était utilisée comme remède contre les morsures de serpent, (Hottentots) pour faciliter l’accouchement (Sotho) et les Africains de Rhodésie l’utilisaient comme remède contre l’anthrax, la malaria, la fièvre bilieuse hémoglobinurique, l’empoisonnement du sang et la dysenterie.  Il était également bien connu pour soulager les symptômes de l’asthme. »([69])

L’Afrique est devenue un pays de cultures de cannabis bien avant l’arrivée des Européens.  Malgré les tentatives de ces derniers pour interdire l’utilisation psychotrope du cannabis, il a continué d’être bien ancré dans les cultures de plusieurs tribus africaines.

 

      3.  Amérique du Sud – Brésil 

En 1549, les Français et les Britanniques ont importé des esclaves angolais de la côte sud-ouest de l’Afrique pour les faire travailler dans les plantations de sucre du nord-est du Brésil.  « Les esclaves transportaient des graines dans des poupées de chiffon attachées à leurs vêtements en lambeaux.  Les planteurs autorisaient les esclaves à cultiver leur maconha entre les rangées de canne et à fumer et à rêver au cours des périodes d’inactivité entre les récoltes.  Toutefois, les planteurs en sont restés à leurs cigares parfumés. »([70])  De nombreux planteurs croyaient que s’ils autorisaient leurs esclaves à fumer de la marijuana, ils pourraient travailler plus fort([71]).

Le cannabis en est venu à être considéré au Brésil comme l’opium du pauvre, utilisé pour fabriquer des câbles et des vêtements, comme des produits comestibles et des épices, et des produits énergisants et vigorifiants, de même que des médicaments et euphorisants([72]).  Ce modèle d’utilisation du cannabis reproduisait un modèle que Vera Rubin appelait le « complexe du ganja ».  Sauf dans les rituels auxquels participaient des membres de la classe des prêtres, l’utilisation polyvalente courante par les gens ordinaires a été en général limitée aux classes sociales inférieures : les paysans, les pêcheurs, les artisans ruraux et urbains et les travailleurs manuels([73]).

Cependant, il n’était pas utilisé par la classe supérieure du Brésil.  En 1808, la Cour royale du Portugal, menacée par l’invasion de la péninsule ibérienne par Napoléon, s’est enfuie au Brésil et s’est établie à Rio de Janeiro.  La Cour a passé six ans au Brésil et est retournée au Portugal à la fin des guerres napoléoniennes.  En 1817, la reine Carlota Joaquina, l’épouse de l’empereur Don Joao VI, roi du Portugal et du Brésil, était à l’agonie.  Elle a demandé à son esclave angolais favori qui l’a accompagnée dans le retour du Brésil jusqu’au Portugal d’apporter « une infusion de fibres de damba do amazonas, qui nous ont permis d’envoyer tant d’ennemis en enfer ».  L’esclave a fait une infusion de cannabis et d’arsenic et la lui a donnée.  « Lorsqu’elle a pris l’infusion, Dona Carlota n’a pas senti de douleur pendant qu’elle mourait à cause de l’action analgésique du diamba. »([74])  Ce récit a porté des anthropologues à croire que c’est en réalité la Cour portugaise qui a apporté le cannabis au Brésil durant son bref séjour.

Peu importe que ce furent les esclaves angolais ou la Cour portugaise qui aient apporté le cannabis au Brésil, on a observé que les Indiens en fumaient durant l’époque coloniale([75]).  Les Indiens Catimbo utilisaient la marijuana dans leurs propres pratiques pour recevoir les esprits et guérir les malades.  Les pratiques angolaises de l’Afrique ont influencé les Catimbos à utiliser la marijuana pour faire de la divination, la révélation de secrets et des hallucinations mystiques.

Au XIXe siècle, l’utilisation de la marijuana était interdite à Rio de Janeiro.  Toutefois, l’interdiction n’était pas appliquée dans les provinces où les fumeurs continuaient d’utiliser à leur guise la marijuana et ils ont commencé à cultiver leurs propres jardins près de leur maison à des fins personnelles([76]).  Souvent, le cannabis était utilisé à des fins médicinales et thérapeutiques : « habituellement, une préparation de thé, mélangée à des feuilles de marijuana, était ingurgitée par le patient pour le soulager du rhumatisme, des « problèmes féminins » de la colique et d’autres affections courantes, comme les maux de dents; dans ce cas, la marijuana était appliquée contre la dent attaquée. »([77])

Près du début du XXe siècle, le « complexe de ganja » était complètement développé et beaucoup de personnes de la classe inférieure fumaient de la marijuana dans les régions rurales et dans les villes.  Des groupes de canotiers et de pêcheurs et d’autres Brésiliens de classe inférieure se rassemblaient toutes les semaines pour des séances de fumée collective.  Cette coutume portait le nom de Club de Diambistas([78])et le but principal était la recherche d’expériences psychédéliques([79]).  Elle était également fumée dans les casernes militaires et dans les prisons pour vaincre l’ennui et le désespoir([80]). 

 

      4.  Jamaïque 

Le cannabis n’a pas pris racine en Jamaïque avant le milieu du XIXe siècle, à l’époque où des travailleurs des Indes orientales ont été amenés par les Britanniques pour travailler à long terme en Jamaïque([81]).  Ultimement, leurs connaissances du cannabis ou du « ganja » et des façons de le fumer se sont répandues parmi la classe ouvrière noire.

Actuellement le cannabis est officiellement illégal en Jamaïque, mais « il est intégré aux nombreuses dimensions de la culture jamaïcaine et est régi par des règles sociales qui guident son utilisation et en interdit l’utilisation abusive »([82]).  Pour les Jamaïcains, le ganja n’est pas uniquement une drogue récréative, mais certains groupes transculturels le voient également comme une plante qui a à la fois une valeur religieuse et médicinale.  Des études anthropologiques ont démontré que l’utilisation du ganja en Jamaïque est répandue de façon extraordinaire([83]).  On peut reconnaître trois groupes importants qui l’utilisent de façons culturellement variées.  Premièrement et traditionnellement, les Jamaïcains de la classe inférieure sont initiés socialement aux utilisations du ganja dès leur petite enfance parce qu’il est utilisé à la maison.  En outre, les jeunes enfants sont exposés à l’utilisation sociale du ganja par leur père.  Deuxièmement, les membres du Rastafari un mouvement politico-religieux de Jamaïque utilisent le ganja comme un sacrement religieux.  Troisièmement et plus récemment, et peut-être à cause de l’influence croissante des Rastafariens, il n’est plus inhabituel de voir des femmes jamaïcaines fumer le ganja de la même manière que les hommes.  

 

         a.   Socialisation du ganja à la maison et son utilisation principale par les hommes dans les familles ouvrières de la classe inférieure 

Tous les jeunes enfants des familles de classe inférieure de la Jamaïque ont à un moment ou un autre été exposés au ganja pour avoir ingéré des thés et des toniques dans des remèdes à base de plantes médicinales.  Cette couche sociale de la société jamaïcaine croit que le ganja les aide « à se garder en bonne santé et à prévenir la maladie et qu’il est thérapeutique pour diverses affections, y compris les infections des voies respiratoires supérieures, l’asthme, les problèmes intestinaux, le glaucome, la gonorrhée, la cachexie imputable à la malnutrition, la diarrhée infantile, les fièvres endémiques, l’inconfort de la dentition, les brûlures et les éraflures de la peau »([84]).  Bien que l’enfant soit bien au courant de l’ingrédient de base des thés ou des toniques, il n’a jamais entendu les membres de la famille parler de l’ingrédient du ganja parce qu’un « secret mystérieux entoure cette pratique courante »([85]).

Par la suite, lorsque les jeunes arrivent à l’adolescence, même si l’on a prévenu les jeunes garçons de ne pas en prendre, ils sont initiés à l’usage du ganja par leurs camarades plus âgés qui ont découvert que leur père le fume régulièrement.  Le fait de ne pas fumer le ganja classait le non-fumeur comme un non-initié, parce que le ganja était le symbole de courage et du passage de l’enfance à l’âge adulte, ainsi qu’un signe d’amitié et de confiance. 

À un niveau, l’utilisation de la substance est considérée comme une aventure par l’adolescent : en participant à une pratique illégale, même si elle est répandue parmi les aînés, le jeune fumeur croit qu’il fait preuve de courage, de défi et de façon plus importante, de virilité.  De façons subtiles, l’utilisation du ganja est considérée par l’adolescent presque comme un rite de passage, un geste audacieux qui représente la transition entre l’adolescence et la maturité.  À un autre niveau, particulièrement pour les mâles de la couche socio-économique la plus inférieure de la société, l’utilisation du ganja symbolise la camaraderie, l’égalité et l’appartenance; c’est un signe d’amitié et de confiance.([86]) [Traduction]

 Les garçons ne deviennent pas tous des fumeurs réguliers.  La réaction du garçon à sa première expérience détermine s’il deviendra ou non un fumeur régulier de ganja; cela ne dépend que du garçon lui-même et de ses compagnons qui se basent sur une « vision » culturellement normalisée.  Au cours de la première expérience du ganja, le garçon est supposé voir une petite personne ou créature qui danse, ce qui symbolise une expérience positive de l’utilisation du ganja.  Si les compagnons du garçon décident qu’il n’a pas vu la vision, ils disent qu’il n’a pas la tête qui convient et cela signifie que le garçon a eu une expérience négative de l’utilisation du ganja([87]).  Même si une expérience négative peut marginaliser socialement le garçon, ce n’est pas complètement préjudiciable, puisque les membres des classes moyenne et supérieure de la Jamaïque désapprouvent traditionnellement l’utilisation du ganja et le considèrent comme illégal.  Les personnes qui ne fument pas le ganja ont de meilleures chances de monter dans l’échelle sociale([88]). 

Lorsque les hommes de la classe ouvrière établissent leur propre ménage, dans la vingtaine, les utilisateurs réguliers de ganja plantent leur propre approvisionnement dans un endroit caché près de chez eux.  Contrairement aux années de leur jeunesse où le ganja occupait une partie centrale de leur vie sociale, à ce stade, l’utilisation du ganja devient « une partie naturelle des affaires ordinaires de la journée et n’est pratiquement pas remarquée dans les fêtes au travail, les pauses-repas, les visites en soirée, et ainsi de suite »([89]).  Le ganja est apprécié pour sa capacité d’accroître la production au travail, particulièrement le travail manuel.  Les hommes de la classe moyenne croient que des doses régulières de ganja leur permettent de renforcer le sang et leur donnent des forces.  En plus, le ganja donne un accès d’énergie([90]).

L’utilisation traditionnelle du ganja au niveau de la classe ouvrière repose donc sur un comportement coutumier variant selon l’âge, les pairs et le travail.  Le sexe pourrait également être une autre catégorie, puisque traditionnellement, il est rare que les femmes fument du ganja, ce qui est considéré comme vulgaire([91]).

 

         b.  Rastafariens 

Le culte rastafari, unique à la Jamaïque, est un mouvement dont les membres croient que Hailé Sélassié, l’empereur d’Éthiopie, est le Messie noir qui s’est fait chair pour sauver tous les noirs exilés dans le monde des oppresseurs blancs.  Pour les Rastafariens, l’Éthiopie est la Terre promise où les Noirs seront rapatriés dans le cadre d’un exode massif de tous les pays occidentaux où ils ont été esclaves([92]).

Le mouvement rastafari a commencé à prendre forme vers 1930-1933.  En 1940, Leonard Howell a lancé la doctrine du mouvement rastafari et a recruté un grand nombre de fidèles (entre 500 et 1 600 personnes) qui l’ont rejoint dans les collines de St. Catherines qui surplombe Kingston pour ne pas être tracassés par la police à cause des principes radicaux de sa doctrine([93]).  Howell est devenu chef de ce culte connu sous le nom de « Ethiopian Salvation Society » à la commune appelée « Pinacle ».  Pour assurer leur survie, les gens de la commune cultivaient des produits commerciaux, y compris le ganja.  De nombreux Rastafariens sont encore agriculteurs aujourd’hui.

Le ganja est devenu un symbole prédominant du mouvement rastafari et son utilisation est devenue un sacrement religieux.  Encore aujourd’hui, on croit que le ganja est une herbe sainte et lorsque sa fumée est inhalée, elle permet aux Rastafariens de détendre leur esprit et de se percevoir comme des personnes noires libres des forces de conditionnement de la société européenne.  Cela confirme ensuite la révélation selon laquelle Hailé Sélassié est vraiment leur Dieu et que l’Éthiopie est le royaume des Noirs([94]). 

L’herbe est la clé de la nouvelle compréhension de soi, de l’univers et de Dieu.  C’est le véhicule de la conscience cosmique; elle présente deux niveaux de la réalité que ne perçoivent pas normalement les Non-Rastafariens et elle permet d’établir un certain sens de communion avec tous les êtres humains.([95]) [Traduction] 

Pour défendre la croyance selon laquelle le cannabis fait partie de leur héritage, les Rastafariens citent plusieurs extraits de la bible.  Ils croient que Dieu qui a créé toutes choses a créé l’herbe pour la consommation humaine et ils citent le texte de la Genèse 1:12 pour le prouver([96]) : 

La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce.  Dieu vit que cela était bon. 

Les Rastafariens citent également quatre extraits de la bible pour prouver que leur utilisation du cannabis est légitime([97]) :

…  tu mangeras de l’herbe des champs. (Genèse 3:18)

…  dévorent toute l’herbe de la terre. (Exode 10:12)

…  Mieux vaut de l’herbe pour de la nourriture, là où règne l’amour,

qu’un bœuf engraissé, si la haine est là. (Proverbes 15:17)

…  Il fait germer l’herbe pour le bétail, et les plantes pour les besoins de

l’homme. (Psaumes 104:14)

 

L’utilisation du ganja est également le symbole de protestation des Rastafariens contre le pouvoir établi et représente la liberté des Rastafariens par rapport aux lois jamaïcaines. 

Bien que Hailé Sélassié soit décédé en 1975, le ganja continue d’être le symbole idéologique des Rastafariens et d’être utilisé dans la foi rastafarienne pour renforcer l’idéologie de libération([98]).

 

         c.  Les femmes de la classe ouvrière en Jamaïque

Bien que traditionnellement, il ait été socialement inapproprié pour les femmes de fumer du ganja, la constatation de la réalité actuelle en Jamaïque révèle que le nombre de femmes qui fument le cannabis d’une façon récréative semblable aux hommes a énormément grimpé([99]).  Cela peut être attribuable à l’influence du rastafari ou peut-être de l’incapacité des hommes de soutenir les femmes et les enfants à cause de la situation économique difficile.  Lorsqu’il n’y a pas d’avantage à se conformer aux normes sociales, les gens ont tendance à les observer avec moins de rigueur([100]).

Il y a une large diversité de points de vue parmi les femmes jamaïcaines relativement à l’utilisation du ganja.  À l’instar de la croyance médicale occidentale, beaucoup de femmes jamaïcaines croient qu’il est particulièrement préjudiciable de fumer du ganja pendant la grossesse.  Toutefois, plusieurs autres femmes jamaïcaines croient que l’utilisation du ganja rehausse les capacités de s’occuper d’un enfant et favorise autant la santé du bébé que celle de la mère([101]).  Une étude effectuée en Jamaïque en 1980 auprès de 30 femmes enceintes qui fumaient du ganja et de 30 autres femmes enceintes qui n’en fumaient pas a révélé que l’utilisation du ganja était en fait bénéfique pour la mère et pour le bébé([102]).

Une donnée importante de l’étude relative aux utilisations culturelles du cannabis révèle que plutôt que de servir de moyen récréatif, le ganja aidait les femmes enceintes à affronter les difficultés de la grossesse dans une société où les grossesses nombreuses sont courantes, où les familles sont souvent en difficulté financière et où les femmes doivent continuer de travailler dur pendant toute leur grossesse. 

Pour de nombreuses femmes, le ganja était perçu comme une solution aux problèmes qui accompagnaient la grossesse, tels que la perte d’appétit, la nausée et la fatigue.  Le ganja a aidé à donner plus d’appétit, à limiter et à prévenir la nausée durant la grossesse, à aider les femmes à dormir et à leur donner l’énergie nécessaire pour travailler.  Pour les femmes qui assument la charge complète de leur ménage et qui ont besoin de faire leur travail pendant qu’elles ne se sentent pas bien, le ganja est une solution disponible et bon marché.  Les femmes, particulièrement celles qui ont plusieurs grossesses, ont affirmé que l’utilisation sociale et privée du ganja atténuait leur sentiment de dépression et de désespoir lorsqu’elles devaient assumer leur maternité dans leurs communautés indigentes.([103])

Melanie Dreher illustre dans son étude que l’utilisation du ganja n’est pas uniquement devenue une activité récréative pour de nombreuses femmes qui décident de déroger aux normes sociales de la classe inférieure, mais qu’elle a également un sens symbolique pour de nombreuses femmes de la Jamaïque.

 

PARTIE II – CONTEXTE NORD-AMÉRICAIN DE L’UTILISATION DU CANNABIS

   A.  Histoire du cannabis en Amérique du Nord 

Bien que des preuves historiques évidentes illustrent que les propriétés psychotropes du cannabis ont été utilisées dans le cadre de pratiques culturelles de plusieurs sociétés des quatre coins du monde, on ne sait pas au juste quand les propriétés psychotropes du cannabis ont été découvertes en Amérique du Nord.  Des érudits croient que le cannabis a probablement existé en Amérique du Nord bien avant l’arrivée des Européens.  Dans son ouvrage, Green Gold:  Marijuana in Magic and Religion Chris Bennett affirme qu’« il y a de très bonnes preuves matérielles qui indiquent que le cannabis a joué une part dans certaines cultures autochtones avant l’arrivée de Christophe Colon. »([104])  En 1985, Bill Fitzgerald a découvert de la résine raclée dans des pipes vieilles de 500 ans à Morriston (Ontario) contenant « des traces de chanvre et de tabac cinq fois plus forte que les cigarettes fumées aujourd’hui »([105]).  Parmi les autres preuves archéologiques, mentionnons les pipes en pierre et en bois et les blagues en fibre de chanvre qui ont été retrouvées dans la vallée de l’Ohio à compter d’environ 800 ans après Jésus-Christ([106]).

                        Les aînés des tribus autochtones de l’Amérique du Nord se rappellent également que leurs ancêtres utilisaient le cannabis d’une manière rituelle.  D’après Richard L. Lingeman dans son livre Drugs from A to Z, un membre de 79 ans de la tribu Cinco putas en Californie 

se rappelle avoir vu le rituel quotidien de sa grand-mère lorsqu’il était petit enfant.  Elle prenait des fleurs de cannabis dans une boîte finement sculptée puis les roulait dans du papier de maïs fait à la main.  Elle tenait le « joint » ainsi obtenu en face d’elle et en fixant la fumée qui tournoyait elle priait : « Merci Grande Mère! » pour chacun des cadeaux que la journée lui avait apportés, ainsi que pour son moment de détente actuel.([107]) [Traduction] 

Il existe encore des tribus nord-américaines, particulièrement au Mexique, qui utilisaient le cannabis comme un cadeau sacré portant le nom de Rosa Maria ou de Santa Rosa et qui continuent de l’utiliser aujourd’hui. 

Les Indiens des États mexicains de Veracruz, Hidalgo et Puebla pratiquent une cérémonie de guérison communale à l’aide d’une plante appelée Santa Rosa, identifiée comme du cannabis sativa, qui est considérée comme une plante et un intermédiaire sacré pour communiquer avec la Vierge.  Bien que la cérémonie soit basée surtout sur des éléments chrétiens, la plante est adorée comme une divinité terrestre et on croit qu’elle est vivante et qu’elle représente une partie du cœur de Dieu.([108]) [Traduction]

 

Cependant, des érudits doutent que le cannabis ait fait partie intégrante des cultures des tribus autochtones de l’Amérique du Nord.  « À quelques exceptions près, le cannabis n’a pas occupé une place importante dans les nombreuses croyances et les cérémonies religieuses des Autochtones. »([109])  Ces érudits croient que la culture du cannabis dans le Nouveau Monde a commencé avec les premiers colons blancs qui l’ont apporté.  Même si les Autochtones d’Amérique du Nord ont utilisé le cannabis avant l’arrivée de l’homme blanc, « malheureusement, une bonne part de la religion et de la culture des peuples autochtones de l’hémisphère occidentale a été détruite ou marginalisée par les envahisseurs européens »([110]).

Il existe donc peu de preuves que les Autochtones du continent ont initié les colons blancs à la culture du cannabis ou à ses effets psychotropes.  La preuve la plus éloignée remonte à Louis Hébert, l’apothicaire de Champlain, qui a fait connaître le cannabis aux colons blancs d’Amérique du Nord en 1606.  Toutefois, les colons blancs n’ont pas découvert les propriétés psychotropes du cannabis avant la fin du XIXe siècle.  Le cannabis a été cultivé à grande échelle en Amérique du Nord plutôt pour l’utilisation d’une fibre servant à faire des vêtements et des cordages, des voiles et des câbles de bateau.  Les pèlerins ont également planté du chanvre peu après son arrivée et il a été utilisé pour couvrir les wagonnets.

Les gouvernements coloniaux se sont rendu compte assez rapidement des profits qui pouvaient être réalisés à partir de la production de fibre de cannabis (chanvre).  Le roi James I a ordonné aux colons américains de produire du chanvre et plus tard, en 1619, le gouvernement de la colonie de Virginie a imposé des pénalités aux personnes qui ne produisaient pas de cannabis et a accordé des récompenses pour la culture de cannabis et la fabrication de fibres.

Des tentatives semblables pour stimuler l’industrie se sont produites également dans l’est du Canada.  Le chanvre était cultivé sous le régime français et a été la première culture subventionnée par le gouvernement.  En 1801, le lieutenant-gouverneur du Haut-Canada a distribué des graines de chanvre aux cultivateurs.  Plus tard, dans les années 1820, un gentil-homme du nom d’Edward Allen Talbot, Esq., a écrit Five Years’ Residence in the Canadas.  Il croyait que si le Canada produisait suffisamment de chanvre pour approvisionner l’Angleterre, ce serait la fin de la dépendance de pouvoirs étrangers et cela profiterait grandement aux colons canadiens.  En 1822, le Parlement provincial du Haut-Canada a affecté 300 livres à l’achat de machinerie pour traiter le chanvre et 50 livres par année pendant les trois années suivantes pour payer les réparations.  Le budget de 1823 offrait également des incitations aux producteurs nationaux.  M. Fielding, ministre des Finances, a déclaré qu’il y avait un marché au Canada et avec un peu d’encouragement du gouvernement, une usine pourrait être établie au Manitoba pour traiter les récoltes de l’endroit.  Il y avait six usines de chanvre au Canada à ce moment-là et le gouvernement en a financé une septième, la Manitoba Cordage Company.  Toutefois, vers la fin du XIXe siècle, la production du cannabis a été remplacée par la production de coton qui nécessitait moins de main-d’œuvre.  Même à la suite de l’invention d’une nouvelle machine en 1917, pour faciliter la séparation de la fibre du cannabis du cœur ligneux à l’intérieur, la production de la fibre de cannabis n’a plus pris d’expansion.  Les nouvelles compagnies de textile synthétique à base de pétrole et les grands barons du commerce du bois et des journaux voyaient la production de chanvre comme une menace à leurs affaires.  Par conséquent, en 1937, les États-Unis ont passé la Marijuana Tax Law et ont imposé une taxe d’accise professionnelle aux producteurs de fibres de cannabis.  Le gouvernement canadien a suivi le geste américain et en a également interdit la production en vertu de la Loi sur l’opium et les drogues narcotiques le 1er août 1938.

Entre 1840 et 1900, le cannabis a également été utilisé dans la pratique médicinale dans toute l’Amérique du Nord.  Durant cette période, plus de cent articles ont paru dans des publications médicales occidentales recommandant son utilisation pour diverses maladies et inconforts.  Le premier médecin à intégrer le cannabis dans la médecine occidentale a été W.B. O’Shaunghnessy d’Écosse.  Il a utilisé le cannabis en médecine occidentale en 1841 après en avoir observé l’utilisation en Inde et avoir effectué des expériences sur des animaux pour s’assurer que la substance était sûre pour la consommation humaine.  Peu après l’arrivée du cannabis en Amérique du Nord, les médecins ont commencé à le prescrire pour diverses affections telles que la rage, le rhumatisme, l’épilepsie, le tétanos et comme relaxant musculaire.  L’utilisation médicinale du cannabis est devenue tellement courante qu’éventuellement, des préparations de cannabis ont été vendues librement dans les pharmacies.

En 1860, la première étude du cannabis a été effectuée par la American Governmental Commission.  Le Dr R. R. M’Meens a présenté les constatations de la Commission à la Ohio State Medical Society.  M’Meens a constaté que, 

les effets du cannabis sont moins intenses que ceux de l’opium et les sécrétions ne sont pas tout à fait supprimées par son utilisation.  La digestion n’est pas perturbée; l’appétit a tendance à augmenter; l’effet du chanvre dans son ensemble est moins violent et produit un sommeil plus naturel, sans nuire au fonctionnement des organes internes; il est certainement préférable à l’opium dans bien des cas et il ne se compare pas à cette drogue sur les plans de la force et de la fiabilité.([111]) [Traduction] 

Les médecins ont continué de trouver que le cannabis était un traitement valable pour diverses formes de névralgie jusqu’au début des années 1890, particulièrement les accès de migraine, l’épilepsie, la dépression et parfois l’asthme et la dysménorrhée.  Certains médecins comme H.A. Hare ont également recommandé le cannabis pour atténuer l’agitation et l’anxiété et distraire l’esprit du patient durant une maladie terminale.  Le Dr Hare croyait que le cannabis soulageait la douleur aussi bien que l’opium.

Cependant, il y avait également dans les années 1890 des médecins qui croyaient que la puissance du cannabis était trop variable et que les réactions individuelles au cannabis ingéré par voie orale semblaient erratiques et imprévisibles.  « Le cannabis indica est considérablement moins apprécié par la profession, autant dans le vieux pays que dans celui-ci, sans doute à cause de son caractère variable et l’incertitude souvent notable quant à son  effet. »([112])  En outre, depuis l’invention de la seringue hypodermique dans les années 1850, il y a eu une augmentation de l’utilisation des opiacés et des drogues solubles qui pouvaient être injectées pour soulager la douleur plus rapidement.  Le cannabis était difficile à administrer par injection parce qu’il était très peu soluble.  Les drogues chimiquement stables comme l’aspirine, le chloral hydraté et les barbituriques ont également été mis au point à la fin du XIXe siècle.  Bien que l’on ait cru que les barbituriques étaient dangereux et que beaucoup de gens mouraient des hémorragies causées par l’aspirine, le cannabis a continué de sortir de la pratique en tant que médicament.

En même temps que le cannabis perdait du terrain comme médicament, on s’est rendu compte de son utilisation comme hallucinogène récréatif aux États-Unis.  En 1916, il a été rapporté que les soldats portoricains et les Américains stationnés dans la Zone du canal de Panama utilisaient la marijuana et les autorités militaires n’en dissuadaient pas l’utilisation parce qu’elles ne croyaient pas qu’il était aussi nocif que la consommation d’alcool.  Toutefois, les spécialistes médicaux ont commencé à « considérer le cannabis comme un narcotique, laissant entendre les dangers de surdose et d’habitude et ils le voyaient comme un aphrodisiaque, ce qui ajoutait à ses effets néfastes l’excitation sexuelle ou la perte de contrôle »([113]).

En 1915, la Californie est devenue le premier État à rendre illégale la possession de cannabis.  Dans les années 1920, la marijuana était devenue « une drogue marginale d’importance »([114]), associée à l’afflux de travailleurs mexicains au sud des États-Unis dans les années 1910 et 1920([115]).  Par la suite, l’utilisation a apparemment été limitée aux groupes de minorité ethnique de classe inférieure, dont une grande partie des utilisateurs connus étaient des Afro-Américains et des Hispano-Américains habitant les villes.  « Lorsque les travailleurs mexicains ont apporté la marijuana aux États-Unis, cette dernière s’est répandue dans le sud et dans les années 1920, son utilisation était établie à la Nouvelle-Orléans, importée de la Havane, de Tampico et de Veracruz par les marins américains et mexicains; son utilisation était limitée principalement aux groupes indigents et minoritaires. »([116])  Plus tard, dans les années 1930, « le cannabis a été la première substance psychotrope (avec l’alcool) à devenir un sujet courant des chansons populaires modernes, avec les classiques du jazz des années 1930 comme Muggles de Louis Armstrong et That Funny Reefer Man de Cab Calloway qui étaient la crème des succès inspirés par la marijuana »([117]).

La propagation de l’utilisation récréative du cannabis, particulièrement aux États-Unis au début du XXe siècle, a favorisé la classification du cannabis comme narcotique par les spécialistes médicaux de la fin du XIXe siècle.  Par conséquent, les spécialistes médicaux ont également appuyé la American Marijuana Tax Act de 1937, ainsi que la Loi sur l’opium et sur les drogues narcotiques en 1938, qui contrôlaient toutes les deux l’industrie économique du cannabis à l’aide de taxes prohibitives et qui empêchaient toute poursuite de l’expérimentation sur les effets médicaux du cannabis.  Des années plus tard, en 1954, une nouvelle infraction a été créée au Canada pour « la possession dans le but de faire le trafic » et en 1956, le cannabis a été ajouté à la United States Narcotics Act qui était plus globale.  À l’échelle internationale, le cannabis a commencé à être régi en 1961 par la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 des Nations Unies, qui exigeait que les États adoptent les mesures législatives et réglementaires nécessaires pour limiter la production, la distribution et l’utilisation des substances interdites aux fins médicales et scientifiques.  Le Canada a signé et ratifié la convention en 1961 et les États-Unis ont souscrit plus tard à la convention en 1967.

Ainsi, bien que les colons blancs aient utilisé le cannabis en Amérique du Nord depuis le début des années 1600, on n’a pas entendu parler des utilisations psychotropes à des fins autres que médicales avant le XXe siècle.  Avant cela, la priorité avait été mise sur la viabilité économique de la production de la fibre de cannabis et plus tard, sur les utilisations médicinales scientifiques du cannabis.  Lorsque les Nord-Américains ont été exposés aux autres valeurs culturelles du cannabis (fumer la marijuana), par des voyages dans d’autres pays et l’arrivée d’immigrants, le cannabis était déjà en voie d’être considéré par les lois nord-américaines comme ayant peu de valeur.  Malgré les rapports insistant sur les effets inoffensifs de l’utilisation de la marijuana, comme le rapport La Guardia de 1944 par la New York Academy of Medicine, le cannabis a continué d’être interdit.  Ces lois n’interdisaient pas uniquement la production industrielle du cannabis et la recherche médicale sur cette plante, mais elles interdisaient également l’utilisation psychotrope du cannabis qui faisait et continue de faire, partie intégrante des cultures qui l’ont fait connaître aux Nords-Américains.

 

   B.  Utilisation du cannabis au Canada

Les habitants des États-Unis ont connu l’utilisation psychotrope du cannabis (fumer la marijuana) au début des années 1900 par l’intermédiaire des colons immigrants ethniques et de leurs contacts avec des cultures extérieures aux États-Unis, mais « il n’existe pas de compte rendu de l’utilisation non médicale du cannabis au Canada avant les années 1930 »([118]).  Même entre 1930 et 1946, il n’y a eu que 25 condamnations pour possession de cannabis dans tout le Canada([119]).  Pendant ce temps aux États-Unis, plusieurs journaux avaient commencé à publier des rapports sur les jeunes gens qui utilisaient la marijuana.  En 1933, le détective L.E. Bowery du service de police de Wichita a déclaré que « l’on ne pouvait pas nier le fait que l’utilisation de la marijuana soit devenue une pratique courante chez les jeunes citadins et qu’elle est de plus en plus présente. »([120])  Plus tard, au début des années 1960,

le cannabis est maintenant bien établi dans de nombreuses universités américaines et chez les jeunes qui fréquentent les écoles secondaires.  Cet état de choses peut être imputable à l’intervention américaine dans la Guerre du Vietnam, ainsi qu’à l’évolution de la mode psychédélique des hippies, l’augmentation des journaux clandestins et l’attention qu’accordait le masse-media à la drogue.([121]) [Traduction]

Ce niveau et ce type d’utilisation n’ont pas été imité au Canada avant le milieu ou la fin des années 1960.  « En 1962, la Gendarmerie royale du Canada n’a rapporté que 20 cas liés au cannabis.  En 1968, plus de 2300 cas étaient liés au cannabis et en 1972, il y a eu presque 12 000 condamnations liées au cannabis au Canada. »([122])

La propagation de l’utilisation de la marijuana parmi la jeunesse canadienne à la fin des années 1960 est imputable à l’adoption des forces sociales américaines du mouvement psychédélique des « hippies ».  À l’instar des  États-Unis, une contre-culture canadienne a commencé à remettre en cause les valeurs que la société lui imposait et les gens ont commencé à tenir des « sit-ins » et des manifestations contre les injustices telles que le racisme, la pauvreté et l’absence de droits pour les femmes.  Une de ces manifestations s’est produite à Gastown à Vancouver en 1971.  L’événement était un « smoke-in » regroupant quelques centaines d’activistes du cannabis et de hippies([123]).

Les voyages sont une autre façon par laquelle la marijuana s’est répandue rapidement dans tout le Canada à la fin des années 1960 et au début des années 1970.  La fin des années 1960 était une époque où les Canadiens ont suivi les Américains dans des régions comme l’Extrême-Orient où ils ont été exposés à diverses pratiques culturelles du cannabis dans leur quête de haschich bon marché.  « Les voyages et le transport sont des variables cruciales dans l’histoire de la drogue, tout comme ils le sont dans l’histoire des maladies infectieuses. »([124])

Ainsi, l’augmentation de l’utilisation de la marijuana au Canada au cours des années 1960 peut être mise en corrélation en partie avec l’augmentation du nombre de personnes qui partaient d’autres pays pour venir s’établir au Canada, apportant avec eux toute une gamme de pratiques culturelles.  Jusque dans les années 1960, les lois  canadiennes sur l’immigration empêchaient les immigrants de pays autres que l’Angleterre, les États-Unis et l’Europe de s’établir au Canada.  De plus, on s’attendait à ce que les immigrants se débarrassent de leur patrimoine distinctif et s’assimilent presque entièrement aux normes culturelles existantes d’une société  de « colons blancs ».  Donc, jusqu’à cette époque, les contacts avec d’autres cultures qui auraient pu utiliser le cannabis à des fins autres qu’industrielles ou médicales étaient limités.

Toutefois, en 1961 la politique d’immigration canadienne a changé et depuis cette époque, les gens sont partis de leurs pays d’origine d’Asie, des Caraïbes, de l’Afrique et de l’Amérique centrale et du Sud([125]) pour venir s’installer au Canada.  Mais, même si les lois sur l’immigration ont été élargies en 1961, le gouvernement a continué à s’attendre à ce que les immigrants s’assimilent à la société des colons blancs.  Ce n’est qu’à la fin des années 1960 et au début des années 1970, au moment où le mouvement hippie canadien était à son apogée que

sous la pression exercée par les groupes d’immigrants, le gouvernement canadien a mis fin au modèle assimilationniste et a adopté à la place une politique plus tolérante (politique de multiculturalisme) qui permet aux immigrants de maintenir les divers aspects de leur patrimoine ethnique et les y encourage.  Les immigrants étaient dorénavant libres de conserver une partie de leurs anciennes coutumes liées à l’alimentation, aux vêtements, aux activités récréatives et religieuses et de se réunir pour maintenir ces pratiques.  Ce n’était plus vu comme antipatriotique ou anticanadien.([126]) [Traduction] 

Toutefois, seules certaines valeurs culturelles des immigrants étaient autorisées, tandis que les autres qui entraient en conflit avec les « valeurs courantes » des Canadiens étaient refusées.  Pour de nombreux immigrants qui venaient de sociétés où le cannabis faisait partie intégrante de leur culture, il s’agissait d’une pratique que le gouvernement canadien n’autorisait pas.  Voilà une forme de « moralité légale par lequel le gouvernement intervient dans l’utilisation de la drogue au nom de sa responsabilité de préserver les valeurs communes qui sont vitales au bien-être de la société »([127]).  Toutefois, l’augmentation de l’utilisation du cannabis tout au long des années 1960 et 1970 illustre que ces « valeurs communes » relatives au cannabis commençaient à se dégrader et que de nouvelles valeurs morales se rattachaient à la question du cannabis dans la société canadienne.  Le mouvement transnational d’une gamme de valeurs culturelles se produisait au Canada, même malgré les lois qui les légitimaient ou les interdisaient([128]).

Pendant la période d’évolution sociale qui a marqué le Canada à la fin des années 1960, du fait aussi bien des revendications du phénomène hippie que des mouvements transnationaux des pratiques culturelles, le gouvernement du Canada semblait disposé à adoucir la réglementation interdisant la marijuana.  Au début des années 1970, la Commission Le Dain a été chargée d’effectuer une étude complète et factuelle de l’utilisation de la marijuana et de ses effets.  La Commission concluait que « les lois prohibitives du Canada n’avaient servi qu’à créer une sous-culture ayant peu de respect pour la loi et son application, qu’à détourner les moyens d’application de la loi, à engorger le système judiciaire et à fournir au crime organisé une source de revenus. »([129])  En 1972, Pierre Trudeau a ajouté cette recommandation à son programme électoral mais son gouvernement, une fois réélu, ne changea pas la loi sur la marijuana.  La consommation de marijuana continua de croître régulièrement, tout au long des années 1970, surtout chez les jeunes; en 1978, le gouvernement réclama un autre rapport sur les lois relatives à la marijuana, et il fut recommandé, encore une fois, de la décriminaliser et de la légaliser([130]).  En 1979, sous la gouverne du premier ministre Joe Clark, le gouvernement progressiste-conservateur de 1979-1980 indiqua dans le discours du Trône qu’il avait l’intention de réformer les dispositions du Code criminel relatives au cannabis; toutefois, le gouvernement fut défait avant d’avoir pu agir.  Pendant ce temps, un certain nombre d’études régionales réalisées auprès de différentes populations, au cours des années 1970 au Canada, indiquaient que la consommation chez les élèves allait bientôt atteindre 25 p. 100; l’année 1979 marqua un sommet, car plus de 30 p. 100 des élèves de 7e, 9e, 11e et 13e années avaient déclaré en avoir fumé au cours des 12 mois précédents([131]).  On peut considérer que la consommation de cannabis chez les jeunes, au cours des années 1970, était la continuation de l’épidémie des années 1960.

Malgré le rapport de 1978 qui préconisait la décriminalisation et la légalisation de la marijuana, en 1979, le gouvernement libéral décida de signer la Convention des Nations Unies de 1971 sur les substances psychotropes.  Le nouveau gouvernement républicain de Ronald Reagan et George Bush pesa lourd dans cette décision, notamment au moyen de la campagne « War on Drugs »(Guerre à la drogue).  En signant la convention, le gouvernement du Canada mettait fin à tout projet de légaliser la marijuana([132]) et évitait des frictions avec ses voisins américains.

Tout au long des années 1980, le gouvernement Reagan-Bush poursuivit sa campagne de Guerre à la drogue.  Au Canada, des sondages Gallup montraient régulièrement que la consommation de cannabis se stabilisait et pouvait même commencer à baisser, chez les jeunes([133]).  Cette tendance peut avoir été liée à un certain nombre de mesures de prohibition prises par des organisations nationales, provinciales et locales dans le but de réprimer la consommation et le commerce du cannabis.  De plus, même si la consommation de marijuana aux États-Unis et au Canada est passée principalement de la classe inférieure à un spectre social plus large, la population qui ne consommait pas a continué de s’opposer farouchement à la consommation du cannabis en raison du mode de vie qu’elle associait à cette activité([134]).  C’est ainsi que la consommation de marijuana devint une activité privée et personnelle, pratiquée à la maison ou à l’écart des amis, des collègues de travail et des membres de la famille.  La Stratégie canadienne antidrogue de 1987 visait à « élaborer des stratégies de réduction de l’offre et de la demande et à financer des programmes de répression, de traitement et de prévention. »([135])  Selon certains, cette stratégie pourrait avoir été le programme national de répression du cannabis le plus sévère de l’époque([136]).

Au cours des années 1990, on enregistra une augmentation marquée de la consommation du cannabis au Canada.  De 1993 à 1994, la consommation est passée de 4,2 p. 100 à 7,4 p. 100([137]).  De même, alors que les statistiques des années 1980 indiquent que l’utilisation du cannabis était beaucoup plus fréquente au sein de la population adulte de 30 à 49 ans, les années 1990 apportèrent un renversement de cette tendance au Canada.  Les statistiques pour l’Ontario indiquent que, de 1996 à 2000, la consommation de cannabis chez les personnes de 18 à 29 ans est passée de 18 p. 100 à 28 p. 100([138]).  Selon l’enquête sur la consommation de drogues chez les étudiants de l’Ontario du centre des toxicomanies et de la santé mentale, ce phénomène s’explique par la diminution de la perception du risque de préjudice et la baisse de la réprobation morale de la consommation([139]).

Il se peut que l’acceptation croissante de la consommation de marijuana soit attribuable à un certain nombre de facteurs, mais il faut se rappeler que les années 1990 ont été décrites comme la décennie de l’immigration au Canada; en moyenne, pendant ces 10 années, il est entré au pays bien plus de 200 000 immigrants chaque année([140]).  Par conséquent, là encore, tout comme à la fin des années 1960 et au début des années 1970, l’attitude de plus en plus permissive des Canadiens à l’égard de la marijuana pourrait être rattachée aux théories des mouvements transnationaux des valeurs culturelles, en sorte que les Canadiens auraient été exposés davantage à des perceptions différentes de la consommation de cannabis et auraient été amenés à les accepter davantage.  Comme le propose Kearney, il se produit un phénomène que l’on pourrait qualifier « d’implosion mondiale », lorsque des migrants quittent leur pays pour s’installer dans un autre.  Ils apportent avec eux leurs pratiques culturelles, lesquelles peuvent subir « des transformations transnationales », au moment où elles sont adaptées à la nouvelle culture nationale([141]).

Au milieu des années 1990, on a également assisté à une montée du mouvement favorable à la décriminalisation, mené par des centaines de fumeurs « récréatifs » qui estiment que les lois canadiennes sur le cannabis sont dépassées et à contretemps du reste du monde occidental.  Bon nombre de gouvernements de pays européens, dont les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, ont décidé de ne pas poursuivre les personnes reconnues coupables de possession de cannabis pour consommation personnelle.  Malgré cela, en 1997, le gouvernement du Canada a adopté la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, qui fut critiquée, à l’étape du projet de loi, par la Canadian Foundation for Drug Policy, la Fondation de recherche sur la toxicomanie de l’Ontario, l’Association canadienne des policiers et l’Association du Barreau canadien, pour son approche fondée sur la Guerre à la drogue([142]).

Depuis l’adoption de cette loi-massue en 1997, qui s’inscrit dans la foulée de l’interdiction canadienne du cannabis malgré la permissivité croissante à l’égard de sa consommation, le débat sur le cannabis a pris de l’ampleur au cours des cinq dernières années et frôle aujourd’hui le point d’ébullition.  Plusieurs Canadiens sont allés directement à la police et devant les tribunaux pour contester ce qu’ils considèrent être les lois anachroniques du pays en matière de drogues([143]); des tribunaux ont rendu des décisions favorables à la consommation de cannabis à des fins médicales.

Il convient de souligner le jugement rendu en 1997 dans l’affaire Terrence Parker([144]), qui a conduit à l’adoption par le Canada d’un système réglementant l’usage médical de la marijuana, en juillet 2001.  Terrence Parker, qui consomme de la marijuana pour restreindre ses crises d’épilepsie, avait été arrêté et accusé de possession de marijuana de nombreuses fois, depuis 1987.  Quand il fut accusé de nouveau en 1997, un juge de l’Ontario a statué qu’une personne doit avoir accès au traitement médical nécessaire sans craindre d’être arrêtée.  C’est ainsi que, le 10 décembre 1997, Terrence Parker est devenu le premier Canadien à être exempté de poursuite pour possession ou culture de marijuana([145]).  Quand il en a été appelé de ce jugement, en 2000, la Cour d’appel de l’Ontario a maintenu la décision et a indiqué que la Loi réglementant certaines drogues et autres substances enfreignait la Charte canadienne des droits et libertés en rendant la marijuana illégale partout au Canada.  À ce moment, la Cour a ordonné au gouvernement fédéral de clarifier les règles relatives à l’utilisation médicale de la marijuana.  En avril 2001, le gouvernement fédéral a publié son projet de solution.  Après des discussions, en juillet 2001, le gouvernement canadien a commencé à réglementer l’utilisation médicale de la marijuana.  La nouvelle réglementation autorise l’accès au cannabis pour des symptômes liés à des maladies terminales, à des pathologies figurant dans une annexe et à d’autres pathologies.  L’application du règlement dépend des symptômes en cause.

Il importe également de souligner des contestations portées en cour au sujet de l’utilisation religieuse de la marijuana.  Au Canada, l’Église Universelle de l’Ontario revendique la liberté religieuse de fumer le cannabis dans divers cas depuis 1989.  Depuis le jugement Terrence Parker, les frères Tucker et Baldasaro ont prétendu que la Loi réglementant certaines drogues et autres substances n’est pas seulement inconstitutionnelle à l’endroit des personnes qui en ont besoin à des fins médicales mais aussi à leur propre égard, eux qui luttent continuellement pour faire reconnaître leur droit de consommer le cannabis dans le cadre d’un sacrement.  Au 30 janvier 2002, l’Église Universelle de l’Ontario n’avait toujours pas obtenu une date d’audience en cour.

Des contestations similaires sont présentées aux États-Unis.  Par exemple, en septembre 2000, la Cour Suprême de Guam a abandonné des accusations criminelles contre un homme qui se disait Rastafarien et qui importait de la marijuana à des fins religieuses.  Étant donné que la marijuana faisait partie d’un sacrement nécessaire de la religion rastafarienne et vu que la poursuite n’a pas réussi à justifier le fardeau placé sur la pratique de la religion rastafarienne par la loi, contre l’importation de marijuana, la Cour Suprême de Guam a conclu que l’interdiction d’importer enfreignait la protection assurée à Guam au libre exercice de la religion([146]).  Guam étant un territoire des États-Unis, il en a été appelé de cette décision en novembre 2001 devant la Cour fédérale américaine à Honolulu; l’American Civil Liberties Union a fait valoir ceci :

 

Huit États viennent d’adopter des lois reconnaissant l’utilité de la marijuana à des fins médicales; par conséquent, le territoire américain de Guam devrait pouvoir garantir aux particuliers le droit d’utiliser la marijuana à des fins religieuses sans craindre d’être inquiétés par le gouvernement fédéral.([147]) [Traduction] 

La Cour américaine ne rendra probablement pas une décision avant le printemps 2002.

L’argument de l’utilisation religieuse de la marijuana n’a pas encore connu le succès de l’argument de l’utilisation médicale; cependant, le rapport de 1991 de la Commission de réforme du droit du Canada intitulé Statutory Criminal Law recommande la tenue d’une étude 

visant à déterminer si des groupes au Canada utilisent traditionnellement des drogues réglementées pour leurs pratiques religieuses.  Si le besoin de mettre en place un mécanisme est conclu dans le cadre de l’étude, le rapport recommande que soit institué un mécanisme légal de demande d’exemption par les groupes religieux.  En outre, le rapport de la CRDC recommande que des exemptions spécifiques soient accordées à des religions, individuellement, afin d’écarter l’incertitude et les risques de contestation liés à toute exemption libellée de manière générale.  Le rapport recommande également de n’accorder une exemption à des dispositions relatives à des infractions touchant à des drogues que lorsqu’elle est demandée par une religion authentique; que la drogue en question fait partie intégrante de la cérémonie ou de la pratique religieuse et que son utilisation ne risque pas de la rendre indirectement plus disponible dans l’ensemble de la collectivité.([148]) [Traduction]

La mesure recommandée par la Commission de réforme du droit du Canada n’a pas encore été prise par le Canada.  Il y a 11 ans, lorsque l’étude a été proposée, il pouvait s’agir d’un pas trop grand vers la permissivité à l’égard de la consommation de marijuana au Canada.  Toutefois, l’acceptation récente de la consommation de marijuana à des fins médicales au Canada porte à supposer que les Canadiens commencent à accepter certaines utilisations valables du cannabis.

Cette ouverture d’esprit à l’utilisation psychotrope du cannabis est nouvelle au Canada et elle se développe seulement depuis les années 1960.  Finalement, les utilisations psychotropes de la marijuana ont atteint le sol canadien du fait de l’exposition des Canadiens à d’autres sociétés qui connaissent ces utilisations depuis des siècles.  Il s’est produit au cours des 40 dernières années une série de changements sociaux rapides concernant les utilisations psychotropes du cannabis au Canada.  Les « épidémies » concourantes des années 1960 et 1970 ont fait du consommateur de cannabis « un explorateur et un aventurier flamboyant »;([149]) « des jeunes gens désertaient les banlieues et formaient des groupes bigarrés dans le centre des villes.  L’été, ils sillonnaient les campagnes en pratiquant l’auto-stop.  Les médias étaient fascinés par ces « hippies », ces « enfants fleurs » et produisaient des reportages sensationnels sur leur consommation de drogue »([150]).  Au cours des années 1960 et 1970, on constata une augmentation régulière de la consommation, surtout chez les jeunes.  Au cours de la période de la Guerre à la drogue des années 1980, on vit plafonner la consommation au sein de la jeune population et monter légèrement mais régulièrement la consommation chez les adultes de 30 à 49 ans.  À ce moment au Canada, des études indiquent que la consommation de marijuana était « plus fréquemment déclarée par des personnes célibataires (qui n’avaient jamais été mariées), des chercheurs d’emploi et des travailleurs manuels »([151]).  Au cours des années 1990, on vit cette tendance se renverser et on apprit que la consommation de cannabis remontait constamment chez les jeunes de 18 à 29 ans.  De 1996 à 2000, des rapports indiquent que la consommation de cannabis au sein de ce groupe d’âges est passée de 18,3 p. 100 à 28,2 p. 100, la consommation étant la plus élevée chez les personnes possédant une certaine instruction postsecondaire et la plus faible chez les diplômés universitaires([152]).  Certains indices portent à conclure que la consommation de marijuana redevient une activité sociale mais les fumeurs craignent les rumeurs tendant à faire d’eux des « drogués ». 

On roule son joint le plus discrètement possible, au plus vite et de manière à le faire ressembler le plus possible à une cigarette...  Mais ce qui compte beaucoup, pour les jeunes, c’est bien l’image qu’ont d’eux leurs parents.  Les rumeurs vont vite et qui sait ce que les parents pourraient entendre d’un voisin?  Les craintes des services de  police ne sont pas motivées par les risques d’être pris mais bien parce qu’ils ont peur que la police ne fasse irruption dans la maison familiale.  C’est pourquoi ils se cachent des voisins qui sont susceptibles de parler à d’autres membres de la famille et ils sont plus disposés à fumer en public, là où ils risquent moins de rencontrer quelqu’un qu’ils connaissent.([153]) [Traduction] 

On a observé des hausses et des baisses rapides de la consommation de marijuana, au cours des 40 dernières années, au Canada; cependant, « en rétrospective, la consommation du cannabis à la fin des années 1960 semble modeste »([154]) quand on la compare à la consommation actuelle.  Par exemple, la proportion de personnes âgées entre 30 à 49 ans qui ont consommé le cannabis, au cours de la dernière année, a augmenté  continuellement de 1977 à 1996, passant de 15,4 p. 100 à 46,5 p. 100([155]).

Cette permissivité croissante face à la consommation de cannabis au Canada a été confirmée dans le cadre d’un sondage effectué en mai 2001.  Le sociologue Reginald Bibby, de l’Université de Lethbridge, a constaté que 47 p. 100 des Canadiens sont en faveur de la légalisation de la marijuana, en hausse par rapport aux 31 p. 100 de 1995 et aux 26 p. 100 de 1975([156]).  On compte également beaucoup d’autres instances, notamment l’Association canadienne des chefs de police, la GRC et le Journal de l’Association médicale canadienne, qui estiment à des degrés divers qu’il faudrait à tout le moins décriminaliser la marijuana, d’une certaine manière, sans aller jusqu’à la légaliser([157]).

Cependant, malgré l’ouverture accrue à l’égard de la marijuana, il se trouve encore de nombreux Canadiens plus traditionnels qui estiment que la consommation de marijuana devrait continuer d’être illégale.  Beaucoup continuent de croire, comme l’Association canadienne des policiers le pense également, que la légalisation de la marijuana aurait plusieurs effets sociaux néfastes, notamment qu’elle enverrait le mauvais message aux jeunes, qu’elle faciliterait l’utilisation de drogues plus nocives, qu’elle ferait monter les coûts déjà faramineux de la santé et qu’elle encouragerait la conduite automobile sous l’effet de la marijuana([158]).

Le désaccord entre le nombre croissant de Canadiens qui adoptent une attitude plus permissive à l’égard de la marijuana et les Canadiens qui conservent une vision plus traditionnelle du cannabis atteint des proportions considérables, en ce début de XXIe siècle.  Des valeurs particulières en faveur de la marijuana prennent l’avant-scène au Canada; certaines ont même conduit au retour de l’utilisation médicale de la marijuana.  Les décideurs, qui continuent de réfléchir à la route à suivre au sujet de la polémique sur le cannabis, doivent admettre que la vision légale et moraliste qui domine le discours canadien est favorable au maintien des interdictions de stupéfiants([159]) et ne correspond peut-être plus à la réalité, au moment où un nombre croissant de Canadiens échappent à la moralité commune.

 

CONCLUSION – LE COMBAT DE LA MARIJUANA AU CANADA :
UN DÉBAT MORAL

Dans la première moitié du présent document ont été examinées différentes valeurs culturelles recueillies dans le monde en faveur de l’utilisation psychotrope du cannabis; dans bien des cas, il s’agit de valeurs profondément ancrées dans les rites et les pratiques traditionnelles.  Dans la seconde moitié du document ont été passées en revue les valeurs nord-américaines et plus particulièrement celles du Canada, où on n’utilise pas traditionnellement le cannabis à des fins psychotropes et où la société s’oppose largement à ces utilisations.  La comparaison montre que « la consommation du cannabis a un sens différent dans des (nombreuses) cultures de l’Orient, où elle est entourée d’une longue histoire et d’une longue tradition, et en Occident, où elle est un phénomène relativement récent »([160]).

Les différences culturelles pèsent lourd dans l’acceptation ou le rejet de la marijuana.  Par exemple, comme nous l’avons vu plus haut, les Chinois ne souscrivaient pas à l’utilisation psychotrope du cannabis car cela était contraire au tempérament et à la tradition d’une personnalité axée sur la honte.  Les Chinois décourageaient l’emploi du cannabis à des fins psychotropes car ils croyaient qu’elle était susceptible de provoquer des actes impulsifs qui pourraient apporter la honte sur celui qui le consommait ou sur sa famille.  À titre de comparaison, des preuves anthropologiques montrent que plusieurs sociétés orientales voulaient adopter l’utilisation psychotrope du cannabis précisément pour sa capacité de produire des effets stimulants et d’accroître la capacité de travail (Jamaïque) ou la capacité de gagner des guerres (tribus africaines).

Outre le retour récent de la consommation de marijuana à des fins médicales, le Canada ne souscrit pas à l’utilisation psychotrope du cannabis.  Contrairement à de nombreuses sociétés orientales qui croient que les facultés psychotropes de la marijuana provoquent des effets stimulants, par tradition, la culture occidentale associe la marijuana à « l’introspection, à la méditation et à l’absence d’agressivité »([161]) ou au « syndrome amotivationnel »([162]).  Cette conception morale s’est développée au cours des années 1960, avec la consommation de cannabis liée au mouvement hippie.  « Dans l’opinion publique, on voit souvent le fumeur de cannabis sous les traits d’un hippie aux cheveux longs »([163]) qui mène une vie que beaucoup considèrent irresponsable et oisive.  Les Occidentaux, réputés pour l’importance qu’accorde leur culture à la réussite, à l’activité et à l’agressivité([164]), ont tendance à associer le cannabis à un mode de vie et à des valeurs très différents des leurs([165]).

Il est donc difficile de procéder à des comparaisons interculturelles de la consommation du cannabis dans le contexte occidental, car la société occidentale voit différemment les effets du cannabis et cette vision des effets donne lieu à une opposition morale à l’endroit de quiconque consomme de la marijuana, quel que soit le contexte culturel qui est censé le justifier([166]).

Les lois canadiennes favorisent et essaient de protéger cette hégémonie morale depuis le début des années 1930 mais l’ont surtout fait au cours des années 1980, quand fut lancée la campagne de Guerre à la drogue des États-Unis.  Toutefois, à la suite de plusieurs facteurs tels que le mouvement hippie, à la fin des années 1960, les voyages à l’étranger et le mouvement transnational de diverses pratiques culturelles, les Canadiens ont été exposés à d’autres valeurs culturelles de la marijuana qui ont donné lieu à de nouvelles attitudes qui menacent l’hégémonie morale traditionnelle.  « Lorsqu’une question morale n’est pas acceptée uniformément dans une société, elle tend à intensifier les débats d’idées. »([167])  Depuis le début des années 1990, des groupes de Canadiens forment un mouvement de décriminalisation et remettent en question les valeurs canadiennes traditionnelles sur la consommation du cannabis.  La loi canadienne, qui soutient ces valeurs et ces principes moraux canadiens traditionnels à l’égard de la consommation du cannabis, est soumise à une pression croissante du public pour que lui soient reconnues d’autres valeurs.

Voilà en quoi consiste « le débat sur la marijuana ».  À la surface, le débat comporte des arguments scientifiques sur les méfaits et les avantages de la marijuana; en profondeur, cependant, le débat est guidé par des valeurs et des principes moraux préconçus([168]).  En d’autres mots, avant de chercher des réponses à des questions scientifiques, par exemple les effets souhaitables ou nocifs de la marijuana, il convient de se demander d’abord à qui s’adresse la question,([169]) car de cela dépend largement la réponse.  « Notre moralité avance et recule en fonction de notre éthique personnelle, alors que notre éthique est l’idéal et que la moralité est le moyen d’aborder cet idéal. »([170])  Par conséquent, il est tout naturel que les antécédents culturels masquent les réponses aux questions scientifiques posées au sujet de la marijuana.  Toutes les parties au débat peuvent représenter et défendre leur position morale en invoquant un raisonnement scientifique.  C’est ainsi que « la controverse de la marijuana est principalement un débat politique et non pas scientifique », car elle oppose des principes moraux à d’autres principes moraux, lesquels sont influencés par des antécédents culturels.  Par ailleurs, « le débat sur la marijuana » met en cause des Canadiens qui souhaitent légitimer leurs positions morales (soutenues par un raisonnement scientifique) par l’adoption de lois.

La société canadienne a été exposée, au cours des 40 dernières années, à d’autres valeurs culturelles historiques au sujet de l’utilisation du cannabis et l’on peut avancer que c’est la raison pour laquelle les taux de consommation du cannabis au Canada ont augmenté.  Qu’ils sachent ou pas que cette attitude permissive a pu se développer par suite de l’exposition à d’autres valeurs culturelles relatives au cannabis, beaucoup de groupes ont commencé à faire la promotion de ces « nouvelles » valeurs, en opposition à la position morale traditionnellement tenue au Canada.  Par conséquent, il importe que les décideurs canadiens soient conscients des autres valeurs culturelles relatives à l’utilisation psychotrope du cannabis.  Si les décideurs canadiens abordent la question de la marijuana au XXIe siècle en ne tenant pas compte de l’existence au Canada d’autres valeurs culturelles à cet égard, ils prendront des décisions inefficaces qui continueront d’exacerber le débat moral qui entoure la question du cannabis.  Il ne faut pas en déduire que la connaissance intime de différentes valeurs culturelles au sujet du cannabis permettra de résoudre « le débat sur la marijuana ».  Toutefois, cette connaissance aidera à décortiquer les conflits moraux qui voilent le débat scientifique sur le cannabis au Canada.


([1])        Stuart Walton.  Out of ItA Cultural History of Intoxication.  London : Hamish Hamilton Ltd, 2001, p. 96.

([2])        La composition chimique de la résine du cannabis sativa n’a été découverte qu’en 1964 par un Israélien du nom de Raphael Méchoulam qui a synthétisé les propriétés chimiques de base de la résine.  (Solomon Snyder.  Uses of Marijuana.  New York : Oxford University Press, 1971, p. 5.)

([3])        Richard Rudgley.  Essential Substances.  New York : Kodansha International, 1994, p. 5.

([4])        John Kaplan.  Marijuana – The New Prohibition.  Cleveland : The World Publishing Company, 1970, p. 17.

([5])        Lambros Comitas.  « The Social Nexus of Ganja in Jamaica ».  In Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton Publishers, 1975, p. 129.

([6])        Ibid.

([7])        Sula Benet.  « Early Diffusion and Folk Uses of Hemp ».  Dans Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton Publishers, 1975, p. 39.

([8])        Ibid, p. 4.

([9])        Hui-lin Li.  « The Origin and Use of Cannabis in Eastern Asia ».  Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton & Co., 1975, p. 54.  D’après une pratique traditionnelle qui remonte au IIsiècle avant Jésus-Christ et qui se constate encore aujourd’hui, les gens en deuil doivent porter des vêtements faits de chanvre.

([10])      Ibid., p. 53.

([11])      Ernest Abel.  Marijuana:  The First Twelve Thousand Years.  New York : Plenum Press, 1980, p. 7.

([12])      Hui-Lin Li, p. 55.

([13])      Abel, p. 12.

([14])      Michael Aldrich.  « History of Therapeutic Cannabis ».  Dans Cannabis in Medical Practice.  Ed. Mary Lynn Mathre.  North Carolina : McFarland & Company Inc. Publishers, 1997, p. 36.

([15])      N. Taylor.  Narcotics:  Nature’s Dangerous Gifts.  New York : 1966.

([16])      Abel, p. 13.

([17])      Ibid., p 56.

([18])      Hui-Lin Li, p. 59 et note en bas de page 8 à la p. 61.

([19])      Richard Evans Schultes et Albert Hoffman.  Plants of the Gods – Their Sacred, Healing and Hallucinogenic Powers.  Vermont : Healing Arts Press, 1992.

([20])      Abel, p. 23.

([21])      Ibid.

([22])      Abel, p. 24.

([23])      Ibid.

([24])      Alessandra Stanley.  « Tattooed Lady, 2,000 Years Old, Blooms Again ».  Special to the New York Times from the Moscow Journal,le 12 juillet 1993.

([25])      Chris Bennett.  « When Smoke Gets in My Eye ».  Cannabis Culture.  Avril 1995.

www.cannabisculture.com/backissues/apr95/smoke_in_my_i.html, Bennet examine plusieurs affirmations de théoriciens selon lesquelles la marijuana a aidé les hommes dans leur autoréflexion et leur croyance dans le divin.  Plusieurs exemples de M. Bennnet sont utilisées dans cette section.

([26])      Bennett, p. 3.

([27])      Ibid., p. 5.

([28])      Abel et Sherman, Smith et Tanner croient qu’il n’y a pas de preuve valide de la présence de marijuana dans l’Ancien Testament et que les mentions de « kaneh bosm » désignent en réalité la canne à sucre.

([29])      C. Creighton, M.D.  « On Indications of The Hachish-Vice in the Old Testament ».  Janus.  Amsterdam : 1903, p. 1.

([30])      Ibid., p. 3.

([31])      Ibid., p. 2.

([32])      Chris Bennet cite plusieurs passages où apparaît le terme Kaneh Bosm dans l’Ancien Testament dans son article intitulé « The Hidden Story of Cannabis in the Old Testament ».

([33])      Benet, p. 40.

([34])      Benet, p. 40.

([35])      Autant Benet que Bentowa avancent des arguments pour indiquer comment les Scythes sont entrés en contact avec les peuples du Proche-Orient.  Benet prétend qu’ils étaient en réalité la tribu Ashkenaz de l’Ancien Testament et Bentowa prétend qu’ils étaient apparentés aux Mendes qui étaient voisins du peuple du Proche-Orient.

([36])      The Ethiopian Zion Coptic Church.  « Marijuana and the Bible ».  Beacon Press, 1988, p. 1.

www.erowid.org/plants/cannabis/cannabis_spirit2.shtml.

([37])      Encyclopedia Brittanica, 5th edition, 1978, as quoted in Green Gold The Tree of Life:  Marijuana in Magic and Religion, p. 95.

([38])      Abel, p. x-xi.

([39])      Ibid.  Pour limiter la longueur du présent document, l’historique des utilisations culturelles du cannabis en Europe a été omis.  Il suffit de dire qu’en Europe, l’évolution de l’utilisation du cannabis s’est produite de façon semblable à ce qu’en dit la section du présent document sur les utilisations culturelles du cannabis en Amérique du Nord.

([40])      Le tableau de cette section est tiré de Solomon Snyder.  Uses of Marijuana.  New York : Oxford University Press, 1971, p. 5-7.

([41])      Richard Davenport-Hines.  The Pursuit of Oblivion:  A Global History of Narcotics, 1500-2000.  London : Weidenfield et Nicolson, 2001, p. 3.

([42])      Davenport-Hines, p. 2-3.

([43])      Michael Aldrich.  « History of Therapeutic Cannabis ».  DansCannabis in Medical Practice.  Ed. Mary Lynn Mathre.  North Carolina : McFarland & Company, Inc., Publishers 1997, p. 36.

([44])      Abel, p. 18.

([45])      Abel, p. 18.

([46])      Ibid.

([47])      Ibid.

([48])      Matthews, p. 17.

([49])      Carol Sherman et Andrew Smith avec Eric Tanner.  Highlights:  An illustrated history of cannabis.  Toronto : Smith Sherman Books, 1999, p. 17.

([50])      Aldrich, p. 37.

([51])      Ibid., p. 38.

([52])      I.C. Chopra, R. N. Chopra.  « The Use of Cannabis Drugs in India ».  Publications du Bureau de contrôle des drogues et de la prévention du crime des Nations Unies.  1957/01/01.
http://www.undcp.org/bulletin/bulletin_1957-01-01_1_page003.html.

([53])      Chopra et Chopra.  http://www.undcp.org/bulletin/bulletin_1957-01-01_1_page003.html.

([54])      Nikolaas J. Van Der Merwe.  « Cannabis Smoking in 13th-14th Century Ethiopia:  Chemical Evidence ».  In Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton Publishers, 1975, p. 79.

([55])      Brian M. Du Toit.  « Dagga:  Cannabis Sativa in Southern Africa ».  Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton Publishers, 1975, p. 83.

([56])      William A. Emboden Jr.  « Ritual Use of Cannabis Sativa L ».  Flesh of the Gods.  Ed. Peter T. Furst.  New York : Praeger Publishers, 1972, p. 226.

([57])      Ibid.

([58])      Abel, p. 138.

([59])      Du Toit, p. 94.

([60])      Ibid., p. 139.

([61])      Emboden, p. 226.

([62])      Ibid., p. 227 (Citation du compositeur et écrivain Paul Bowles).

([63])      Emboden, p. 226.

([64])      Benet, p. 45.

([65])      Abel, p. 144.

([66])      A.T. Bryant.  The Zulu People, cité dans T. James, « Dagga:  A Review of Fact and Fancy », Medical Journal 44 (1970) : 575-80.

([67])      Abel, p. 142.

([68])      Du Toit, p. 101.

([69])      Michael Aldrich.  « Medicinal Characteristics of Cannabis ».  Ed. Mary Lynn Mathre.  Cannabis in Medical Practice.  North Carolina : McFarland & Company Publishers, 1997, p. 41.

([70])      David T. Courtwright.  Forces of Habit.  Cambridge : Harvard University Press, 2001, p. 41.

([71])      Gilberto Freyer.  Nordeste.  Rio de Janeiro : Jose Olimpio Editora, 1937.

([72])      Courtwright, p. 41.

([73])      Vera Rubin.  « Introduction ».  Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  The Hague : Mouton Publishers, 1975, p. 4.

([74])      Harry William Hutchinson.  « Patterns of Marijuana Use in Brazil ».  Dans Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton Publishers, 1975, p. 175.

([75])      Alvaro Rubim De Pinho.  « Social and Medical Aspects of the Use of Cannabis in Brazil ».  Dans Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton Publishers, 1975, p. 294.

([76])      Ibid., p. 295.

([77])      Hutchinson, p. 181.

([78])      Jayme R. Pereira.  « Contribuicoes para o Estudo das Plactas Alucinatorias, particularmente da Maconha », 1958, p. 129.

([79])      Rubin, p. 4.

([80])      Ibid.

([81])      Abel, p. 102.

([82])      Melanie C. Dreher.  « Cannabis and Pregnancy ».  Dans Cannabis in Medical Practice.  Ed. Mary Lynn Mathre.  North Carolina : McFarland & Company Inc. Publishers, 1997, p. 162.

([83])      Lambros Comitas.  « The Social Nexus of Ganja in Jamaica ».  Dans Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  Chicago : Mouton Publishers, 1975, p. 120.

([84])      Dreher, p. 162.

([85])      Comitas, p. 126.

([86])      Ibid.  p. 129.

([87])      Rubin, p. 261-262.

([88])      Comitas, p. 130.

([89])      Comitas, p. 127.

([90])      Ibid., p. 129.

([91])      Dreher, p. 163.

([92])      Leonard E. Barrett, Ph.D.  The Rastafarians:  Sounds of Cultural Dissonance.  Boston : Beacon Press, 1977, p. 1.

([93])      D’après Barrett, p. 85, Leonard Howell préconisait six principes qui formaient la doctrine du mouvement rastafarien : 1 la haine de la race blanche; 2. la supériorité complète de la race noire; 3. la revanche contre les Blancs pour leur méchanceté; 4. l’humiliation et la persécution du gouvernement et des organismes judiciaires de la Jamaïque; 5. la préparation au retour en Afrique et 6. la reconnaissance de l’empereur Hailé Sélassié comme l’Être suprême et le seul maître du peuple noir.

([94])      Barrett, p. 216-217.

([95])      Ibid., p. 217.

([96])      Ibid., p. 129.

([97])      Ibid.

([98])      Barrett, p. 129.

([99])      Dreher, p. 163.

([100])    Ibid.

([101])    Dreher, p. 164.

([102])    Ibid.  On a constaté que les bébés des mères qui fumaient du ganja étaient plus adaptés socialement et étaient automatiquement stables par rapport aux bébés des mères qui ne fumaient pas de ganja.

([103])    Dreher, p. 168.

([104])    Chris Bennett, Lynn Osburn et Judith Osburn.  Green Gold:  Marijuana in Magic & Religion.  Frazier Park, CA : Access Unlimited, 2001, p. 267.

([105])    Judi Martin, « Historical Evidence Lies Buried Near Morriston », Sparetime Magazine, 28 août 1985, cité dans Green Gold:  Marijuana in Magic & Religion, p. 267.

([106])    Hemp Museum in Amsterdam.  Cité dans Green Gold:  Marijuana in Magic & Religion, p. 268.

([107])    Selon la citation dans Bennett, p. 268-269.

([108])    Ibid.

([109])    Richard Evans Schultes.  « Nectar of Delight ».  Plants of the Gods – Their Sacred, Healing and Hallucinogenic Powers.  Vermont : Healing Arts Press, 1992, p. 8.

([110])    Bennett, p. 267.

([111])    www.lindesmith.org/library/mmjgrins.html, p. 3.

([112])    (“Cannabis Indica” An ephemeris of Materia Medica, pharmacy, Therapeutics and Collateral Information 3 (April 1892) : 1290-1291.

([113])    H. Wayne Morgan.  Drugs In America:  A Social History, 1800-1980.  New York : Syracuse University Press, 1981, p. 20-21.

([114])    Rudgley, p. 10.

([115])    Courtwright, p. 43.

([116])    Schultes, p. 8.

([117])    Ibid.

([118])    Melvyn Green et Ralph D. Miller.  « Cannabis Use in Canada ».  Dans : Cannabis and Culture.  Ed. Vera Rubin.  The Hague : Mouton Publishers, 1975, p. 498.

([119])    Ibid.

([120])    Abel, p. 226.  Citation de M.H Hayes et L.W. Bowery, « Marijuana » Journal of Criminology 23, (1933) : 1093.

([121])    The Report of the Canadian Government Commission of Inquiry into the Non-Medical Use of Drugs – 1972, chapitrer 4.

([122])    Melvyn Green et Ralph D. Miller, p. 499.

([123])    Complete History of Cannabis, p. 5.  www.cannabisculture.com/library/history_of_pot.html.

([124])    Courtwright, p. 46.

([125])    Will Kymlicka.  Citizenship and Identity, p. 21 et Myer Siemiatycki et Engin Isin, Immigration, Diversity and Urban Citizenship in Toronto, p. 77.

([126])    Ibid., p. 21.

([127])    Line Beauchesne.  « Conditions for Real Public Policy on Harm Reduction:  the Role of the Federal Government ».  Mémoire présenté au Comité spécial de la Chambre des communes sur la consommation non médicale des drogues ou médicaments, mars 2002, p. 4.

([128])    En anthropologie, il y a une quantité de documents portant sur les formes de mouvement de la population et le mouvement de l’information, des symboles et des pratiques culturelles (valeurs culturelles) qui traversent les frontières nationales.  La théorie pose souvent comme principe que les mouvements lancés par les migrants entreront en conflit avec l’administration et le pouvoir des États où ils se rendent et que l’assimilation se produira.  En même temps, ces mouvements de valeurs culturelles exercent souvent une influence immense sur le peuple de l’État et des changements quant à l’état de la nation se produiront.  Je soumets dans le présent document que l’utilisation de la marijuana qui, comme il a été démontré dans la première partie du présent essai, est une pratique culturelle qui fait partie intégrante de nombreuses sociétés différentes, est un exemple de ce mouvement transnational et de la théorie de la transformation.  Voir : M. Kearney, « The Local and the Global:  The Anthropology of Globalization and Transnationalism »; R. Rouse, « Making sense of settlement:  class transformation, cultural struggle, and transnationalism among Mexican migrants in the United States »; World Cultures Institute UC Merced, « California, Merced and the Pacific Rim »; Arjun Appadurai, « Disjuncture and Difference in the Global Cultural Economy »; Anthony King, ed. « Culture, Globalization and the World-System.  Contemporary Conditions for the Representation of Identity ».

([129])    The Complete History of Cannabis in Canada.

www.cannabisculture.com/library/history_of_pot.html.

([130])    www.cannabisculture.com/articles/1789.html, p. 5.

([131])    Blackwell, p. 239.

([132])    The Complete History of Cannabis in Canada.

www.cannabisculture.com/library/history_of_pot.html.

([133])    Centres for Disease Control and Prevention.  « Recent Trends in Illicit Drug Use among Young People, Canada ».  MMWR Weekly.  25 janvier 1985/ 34(3); 35-7.

([134])    John Kaplan.  Marijuana – The New Prohibition.  Cleveland : The World Publishing Company, 1970; p. 4.

([135])    Diane Riley, PhD.  Drugs and Drug Policy in Canada:  A Brief Review & Commentary, novembre 1998;  http://www.cfdp.ca/sen8ex1.htm.

([136])    « The Complete History of Cannabis in Canada »; p. 5.

([137])    Riley.

([138])    CAMH Monitor eReport : Addiction & Mental Health Indicators Among Ontario Adults, 1977-2000.

([139])    Adlaf, Ivis, Smart et Walsh, Ontario Student Drug Use Survey, 1977-1999, Fondation de recherche sur la toxicomanie.

([140])    Usha George et Esme Fuller-Thomson.  « To Stay or Not to Stay:  Characteristics Associated with Newcomers Planning to Remain in Canada ».  Revue canadienne des sciences régionales; printemps-été 1997, p. 181.

([141])    Kearney, p. 554.

([142])    Riley.

([143])    Isabel Vincent.  « Enforcers Challenge Cannabis Liberation Movement ».  Globe and Mail.  6 avril 1998.

([144])    R. c. Parker.  31 juillet 2000.  Cour d’appel de l’Ontario.

([145])    Amina Ali et Owen Wood.  « The Need for Weed:  Medical Marijuana ».  CBC News.  juillet 2001. 

www.cbc.ca/news/indepth/background/medical_marijuana.html.

([146])    Alchemind Society.  « Rastafarian wins religious defense before Guam Supreme Court ».  Cannabis Culture.  15 septembre 2000.

([147])    American Civil Liberties Union Freedom Network.

www.aclu.org/issues/drugpolicy/cases/Guam_v_Guerrero.html.

([148])    Professeur Brian Etherington; Rapport sur les questions relatives au multiculturalisme et à la justice : Projet de réforme, ministère de la Justice, Division de la recherche et de la statistique; mai 1994.

([149])    Rodolphe Ingold.  « A Retrospective Look at Drug Addiction Trends from 1970 to the Year 2000 ».  Drugs and Drug Addictions:  Indicators and Trends.  Observatoire français des drogues et des toxicomanies; p. 187.  Cette étude révèle des similitudes avec les tendances observées au Canada.

([150])    Judith Blackwell.  « An Overview of Canadian Illicit Drug Use Epidemiology ».  Illicit Drugs in Canada:  A Risky Business.  Judith Blackwell et Patricia G. Erickson, éditrices; Nelson Canada, 1988; p. 237.

([151])    Blackwell, p. 239.

([152])    CAMH Monitor eReport : Addiction and Mental Health Indicators Among Ontario Adults, 1977-2000, p. 62.

([153])    Sylvain Aquatias.  « Ethnographic Approach to Cannabis Use in the Parisian Suburbs ».  Drugs and Drug Addictions:  Indicators and Trends.  Observatoire français des drogues et des toxicomanies; p. 203.

([154])    Blackwell, p. 237.

([155])    CAMH Monitor eReport.  Addiction and Mental Health Indicators Among Ontario Adults, 1977-2000, p. 62.

([156])    Julian Beltrame.  « Reefer Madness:  The sequel ».  Maclean’s.  Le 6 août 2001; vol. 114, p. 22-25.

([157])    Ibid.

([158])    Ibid.

([159])    Line Beauchesne, p. 4.

([160])    Commission d’enquête sur l’usage des drogues à des fins non médicales, nommée par le gouvernement du Canada en vertu de la Partie I de la Loi sur les enquêtes, le 29 mai 1969, p. 8.

([161])    Lester Grinspoon.  Marijuana Reconsidered.  Massachusetts : Harvard University Press, 1971, p. 333.

([162])    Comitas, p. 129.

([163])    Kaplan, p. 4-5.

([164])    Grinspoon, p. 333.

([165])    Ibid.

([166])    Commission d’enquête sur l’usage des drogues à des fins non médicales, p. 3.

([167])    Kaplan, p. 17.

([168])    Eriche Goode.  « Marijuana and the Politics of Reality », dans The New Social Drug.  Ed. David E. Smith.  New Jersey : Prentice Hall Inc., 1970, p. 170.

([169])    Goode, p. 172.

([170])    Rosenwig, M.  Pour une éthique de la clinique des assuétudes et des addictions.  Conférence prononcée au Colloque Quelle prise en charge des patients toxicomanes…aujourd’hui…demain?  Société Belge d’Éthique et de Morale Médicale, Mons, 23 avril 1999, p. 3-4.  (tiré de Line Beauchesne).


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