Délibérations du comité sénatorial permanent des
Affaires sociales, des sciences et de la technologie

Fascicule 27 - Témoignages du 18 février 2015


OTTAWA, le mercredi 18 février 2015

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd'hui à 16 h 15 afin d'examiner, pour en faire rapport, l'incidence croissante de l'obésité au Canada : ses causes, ses conséquences et les solutions d'avenir.

Le sénateur Kelvin Kenneth Ogilvie (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Chers collègues, je m'appelle Kelvin Ogilvie et préside le comité. Je demanderai à mes collègues de se présenter, à partir de ma gauche.

Le sénateur Eggleton : Art Eggleton, sénateur de Toronto et vice-président du comité.

La sénatrice Merchant : Pana Merchant de la Saskatchewan.

La sénatrice Seidman : Judith Seidman de Montréal.

[Français]

Le président : Je vous souhaite la bienvenue au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

[Traduction]

Je vous rappelle que nous poursuivons notre examen, pour en faire rapport, de l'incidence croissante de l'obésité au Canada : ses causes, ses conséquences et les solutions d'avenir. Je suis très heureux d'accueillir aujourd'hui deux personnes qui témoignent à titre personnel. Selon l'ordre prévu, j'invite d'abord Mme Carolyn Gotay à présenter son exposé.

Carolyn Gotay, professeure, School of Population and Public Health, Université de la Colombie-Britannique, à titre personnel : Je suis contente d'être ici et que le comité se soit fixé ce défi, qui nous interpelle tous, autant les chercheurs, que le public. Et je suis heureuse de pouvoir vous présenter quelques-unes de mes idées sur cette question.

À l'Université de la Colombie-Britannique, je dirige un centre de prévention du cancer. Je commencerai par répondre à une question que l'on se pose : qu'est-ce que l'obésité a à voir avec le cancer et pourquoi s'en soucier? La raison en est simple. L'obésité est un important facteur de risque pour de nombreux cancers. En fait, c'est le deuxième facteur de risque après le tabac. Certains cancers — en fait environ un tiers des cancers de l'endomètre, un quart des cancers du rein et bien d'autres — sont influencés par l'obésité. En outre, l'obésité a un effet très important sur les rechutes et la mortalité liées à cette maladie. Comme nous le savons, l'obésité influe sur bien d'autres maladies, notamment le diabète, les maladies cardiaques et celles du poumon. Dans les classes II et III d'obésité, nous constatons un lien certain avec les taux de mortalité. Ce lien est en outre important pour le cancer et bien d'autres maladies.

J'ai pensé commencer par vous parler de la prévalence de l'obésité dans l'ensemble du pays. Il y a quelques années, mon équipe et moi avons publié un document dans lequel nous examinons les changements survenus au cours des 10 dernières années dans les taux d'obésité par province et par territoire. Sachant que nous allions témoigner, nous avons fait une mise à jour des données.

Je peux vous commenter certaines des diapositives qui vous sont projetées. Les données sont de 2013 et proviennent de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes. Elles ont été ajustées pour corriger la partialité des données déclarées volontairement. Les couleurs indiquent la proportion de la population que l'on catégorise comme obèse, selon l'indice de masse corporelle, dans les différentes régions. Toutes ces données concernent la population adulte. Plus la couleur est sombre sur la carte, plus les taux sont élevés. On constate par exemple qu'au Nunavut et à Terre- Neuve, plus de 35 p. 100 de la population est obèse.

Si l'on examine les données selon le sexe, nous voyons que pour les femmes, les couleurs rouges sombre correspondent au Nunavut et à Terre-Neuve et aux taux élevés dans le reste du pays. La seule province où moins d'une femme sur cinq est classée dans la catégorie des obèses est la Colombie-Britannique. Pour les hommes, les couleurs les plus sombres concernent encore Terre-Neuve-et-Labrador, ainsi que les Maritimes.

L'obésité est un grave problème dans de nombreuses régions du pays, mais il se trouve que c'est depuis 2004 que le problème s'est encore aggravé. Si l'on constate une certaine stabilité, les taux grimpent encore dans de nombreuses régions. La seule province qui connaît un déclin suivi du taux d'obésité, c'est la Colombie-Britannique où, chez les femmes, le taux a baissé d'un point par an au cours des trois dernières années. Loin de s'estomper, le problème demeure.

Je me suis donc intéressée à d'autres comportements en matière de santé. Suivent-ils le même gradient par rapport aux régions? Les données découlant de cette étude portent sur la sédentarité, la consommation de fruits et légumes, le tabagisme et la consommation excessive d'alcool. Ce sont sur ces facteurs que nous avons des données. On peut conclure de façon générale que ces facteurs suivent les tendances liées à l'obésité, puisque la Colombie-Britannique se classe au dernier rang par rapport à ces facteurs et que Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut sont au premier rang. Il ne s'agit donc pas simplement d'obésité et il semblerait que nombre de comportements ont le même gradient par rapport aux régions.

Même si la Colombie-Britannique se classe relativement bien, beaucoup de progrès peuvent être encore faits puisque moins de 50 p. 100 de sa population consomme au moins les cinq portions de fruits et légumes par jour qui sont recommandées. Il y a donc dans tout le pays place à l'amélioration.

Qu'est-ce qui explique la situation? Il faut voir au-delà du Canada, car il s'agit de tendances mondiales. Cela fait longtemps qu'on constate l'augmentation des taux d'obésité dans les pays industrialisés et récemment, on constate la même tendance dans les pays en développement. Des influences mondiales expliquent en partie ce que nous sommes devenus. Partout, on constate davantage d'aliments traités, riches en calories, des portions alimentaires plus grosses, à quoi s'ajoute la sédentarité. Tant au travail que pendant nos loisirs, nous passons notre temps à regarder des écrans et tous ces éléments combinés constituent la recette parfaite pour une vraie catastrophe, recette dont le principal ingrédient est l'obésité.

Il y a peut-être d'autres facteurs en jeu. Dans pratiquement tous les pays développés, l'obésité est associée à des facteurs socio-économiques. Moins les gens ont de ressources, plus ils ont tendance à être obèses. De plus, les liens sociaux pourraient entrer en ligne de compte. Il est en effet prouvé que l'obésité peut se répandre par les liens sociaux, en fonction de l'évolution des normes. Si tout le monde est en surpoids ou obèse, peut-être que cela devient la norme et que cela renforce les tendances que nous constatons dans certaines régions du pays.

Que peut-on donc faire? Lorsqu'on a affaire à des problèmes de santé complexes comme l'obésité, je trouve que le modèle qu'on appelle socio-écologique peut être utile, au moins comme principe structurant. Le modèle place en effet l'individu dans le contexte de liens sociaux avec la famille, les amis, la parenté et, en deuxième lieu, dans le contexte des institutions sociales comme les lieux de travail, les églises et les écoles. Les gens fonctionnent en collectivité qui est par ailleurs régie par des lois, des règlements, des taxes, et cetera. Il faut s'intéresser à tous ces niveaux, du simple particulier au plus haut niveau de gouvernance, si nous voulons changer les choses. On ne peut se limiter à un seul facteur et s'attendre à ce qu'il y ait des répercussions profondes et durables.

Le dernier point que je veux soulever est que la tendance à l'obésité s'est manifestée en un temps relativement court. Cela fait des décennies que nous n'avions pas vu des changements aussi importants. Un phénomène aussi soudain doit avoir des causes environnementales. Le génome humain n'a pas changé du jour au lendemain. Des facteurs environnementaux ont modifié la situation. Si quelque chose peut être causé par l'environnement, on peut également s'en débarrasser par l'environnement, ce qui me donne espoir de pouvoir changer les choses, de contrôler la situation et d'améliorer la santé des Canadiens.

Le président : Merci beaucoup, madame. Je donne maintenant la parole à Mme Laurie Twells, professeur agrégée, faculté de médecine, École de pharmacie, Université Memorial de Terre-Neuve.

Laurie Twells, professeure agrégée, faculté de médecine, École de pharmacie, Université Memorial de Terre-Neuve : J'aimerais moi aussi remercier le comité de m'avoir invitée pour présenter un exposé.

En entendant l'exposé de Mme Gotay, nous constatons évidemment que nous avons affaire à deux extrêmes, les taux les plus bas d'obésité au pays en Colombie-Britannique et les taux les plus hauts à Terre-Neuve-et-Labrador. Nous espérons pouvoir vous proposer aujourd'hui des solutions.

J'ai une formation en épidémiologie et en épidémiologie clinique, ce qui fait que j'étudie la santé des populations, plutôt que celle des particuliers. Depuis 10 ou 15 ans, je m'intéresse à l'épidémiologie de l'obésité au Canada et dans le monde et, dernièrement, au traitement de cette maladie par la chirurgie bariatrique.

Comme vous le savez peut-être, on entend par obésité l'accumulation anormale ou excessive de gras éventuellement nuisible à la santé. C'est un point important. Il n'est pas question ici de taille, mais bien de santé. L'obésité est le plus souvent mesurée à l'aide d'un indice de masse corporelle qui, comme vous le savez, se calcule à partir du poids en kilos, qu'on divise par la taille en mètres au carré. Il y a d'autres moyens plus efficaces que l'indice de masse corporelle pour mesurer la masse adipeuse, par exemple l'imagerie par résonance magnétique, l'absorptiométrie à rayons X en double énergie et la pesée d'eau, mais on ne s'en sert habituellement pas dans la population, ni même cliniquement. À cause de leur coût, elles ne sont utilisées que dans des études sur la recherche clinique. Mais nous savons que l'indice de masse corporelle a un lien assez étroit, dans un rapport de 0,7 ou 0,8, avec la masse adipeuse. Nous trouvons donc tout à fait acceptable de se servir de l'indice de masse corporelle pour mesurer la masse adipeuse chez des individus et d'extrapoler les résultats dans les études à l'échelle de la population.

Cette méthode convient également pour les deux sexes et tous les groupes d'âges. Il y a des seuils différents selon les groupes ethniques, mais pour les caucasiens, nous considérons qu'il y a obésité à partir d'un indice de masse corporelle supérieur à 30.

De nombreuses données empiriques ont prouvé le rapport entre l'indice de masse corporelle et les risques pour la santé. Un indice élevé constitue un facteur de risque majeur pour les maladies cardio-vasculaires, l'hypertension, le cholestérol, le diabète de type 2, les troubles musculo-squelettiques tels l'arthrose et certains cancers, notamment du sein et du colon. Un indice élevé détériore considérablement la qualité de vie et augmente de trois à huit ans les probabilités de décès prématuré.

Le fardeau économique annuel de l'obésité est calculé en fonction des coûts directs liés à l'hospitalisation, à la consommation de médicaments et aux visites aux médecins et aux urgences, ainsi qu'en fonction des coûts indirects liés à la perte de productivité au travail et à la hausse de l'absentéisme. Au Canada, ce fardeau est estimé entre 4,6 et 7,1 milliards de dollars.

Comme je l'ai dit, les catégories d'indice de masse corporelle nous aident à comprendre les risques associés à un indice élevé. Je vous renvoie à ce sujet à la figure 1, à la dernière page du document qu'on vous a remis. Dans le classement que je vous montre, et qui vous est sans doute familier, plus haute est la catégorie et plus élevés sont les risques pour la santé. C'est ce qu'indique le tableau suivant la figure, dans lequel on constate qu'avec un indice supérieur à 30, les affections comorbides commencent à augmenter de façon spectaculaire. La figure que vous voyez n'est pas la seule. Elle provient d'une étude particulière, qui a été reproduite à maintes reprises, et qui montre le lien entre un indice élevé et un risque relatif de mortalité chez les femmes. La courbe serait la même pour les hommes.

Le point principal à noter est que la courbe est en forme de U ou en forme de J. En effet, de bas indices de masse corporelle comportent eux aussi l'augmentation des risques à la santé associés à un déficit en poids causé soit par des troubles de l'alimentation soit par une maladie en phase terminale. Mais, à partir d'un indice de 30 ou 31, le risque augmente de façon exponentielle.

Les médias parlent souvent d'obésité de catégorie I. Pour les gens dans cette catégorie, le risque est considérablement moindre que ceux dont l'indice est supérieur à 35. Le risque d'affections comorbides telles que le diabète de type 2 et les troubles cardio-vasculaires augmente de façon spectaculaire lorsque l'indice dépasse 35.

Comme l'a indiqué Mme Gotay, au cours des trois à quatre dernières décennies, la prévalence de l'obésité a augmenté mondialement, mais surtout dans les pays développés. Mais on s'inquiète de la voir également augmenter dans les pays en développement où l'on fait face à la fois à l'obésité et à la malnutrition.

Au Canada, l'obésité touche environ 20 à 25 p. 100 des adultes avec des écarts régionaux importants, dont nous venons de vous parler. Passant d'un taux inférieur à 15 p. 100 en Colombie-Britannique à un taux supérieur qui approche les 30 ou 35 p. 100 à Terre-Neuve et dans la région de l'Atlantique, la prévalence est plus élevée dans l'Est et plus faible dans l'Ouest. Cependant, la Saskatchewan et le Manitoba affichent des taux de prévalence similaires à ceux des provinces atlantiques.

Durant la dernière décennie, le Canada a connu une augmentation de 200 p. 100 de la prévalence de l'obésité, qui est passée de 5 p. 100 en 1985 à près de 20 p. 100 en 2011. La figure à la dernière page du document montre des données que j'ai publiées l'an dernier sur les taux d'obésité au Canada depuis 1985.

Le graphique supérieur montre les taux de prévalence à partir de données autodéclarées provenant de sondages de Statistiques Canada, données qui, comme on vient de le dire, n'ont pas été corrigées. Ces données autodéclarées tendent à sous-estimer les taux d'environ 7 ou 8 p. 100, mais montre quand même la prévalence. Le graphique inférieur témoigne de ce qui nous inquiète le plus, à savoir une augmentation disproportionnée des indices supérieurs à 35 et 40. De cette façon, la prévalence est bien inférieure, et l'augmentation concerne les hommes et les femmes qui se trouvent dans la catégorie supérieure d'obésité.

Une fois ces augmentations atteintes, par exemple, de nombreuses affections comorbides sont très réfractaires aux traitements médicaux et au changement dans les styles de vie. Dans ce groupe, où les gens cherchent à recourir à la chirurgie bariatrique, par exemple, toutes les interventions relatives aux modes de vie, qu'il s'agisse de régimes, d'activité physique ou de traitements pharmacologiques, rien ne marche pour eux, qui ont pourtant besoin d'être traités.

Si vous regardez à la page suivante, ce groupe particulier représente environ 1,2 million de personnes au Canada. À la figure 3, la carte indique la prévalence de l'obésité de catégorie II et III, selon un rapport publié l'an dernier par l'ICIS sur la chirurgie bariatrique au Canada. On voit que le taux passe d'environ 3 p. 100 en Colombie-Britannique à 8 p. 100 au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, pour un total d'environ 1,2 million d'obèses de catégorie II et III au Canada.

Le graphique situé en dessous indique le nombre de chirurgies bariatriques faites au Canada. En fonction de la demande, ce chiffre a augmenté de façon exponentielle, comme vous pouvez le voir. En 2006-2007, on n'a procédé qu'à 1 500 de ces chirurgies alors qu'aujourd'hui, en 2012-2013, on en fait 6 000, soit une augmentation d'environ 300 p. 100.

À ma connaissance, aucune des actions en prévention et en gestion de l'obésité à l'échelle de la population n'a encore réussi à faire baisser le taux de prévalence de l'obésité, quoique certaines indications montrent un ralentissement ou une stabilisation dans certains pays, notamment chez les enfants. La situation révèle la complexité de la question : notre environnement et notre biologie mis ensemble font que nous prenons du poids très facilement et que nous avons beaucoup de mal à ne pas reprendre le poids perdu. On peut difficilement modifier la biologie humaine, mais les nouveaux traitements médicaux peuvent aider.

L'Organisation mondiale de la santé a décrit notre environnement sur terre comme obésogène, car il favorise la prise de poids par une surconsommation passive attribuable à l'amélioration de l'accès à la nourriture, de sa disponibilité et de son abordabilité, à la taille accrue des portions, à la haute teneur calorique des aliments, aux aliments transformés, à la montée des boissons avec sucre ajouté et au marketing de la « malbouffe » surtout auprès des enfants très jeunes ainsi qu'à la diminution des activités quotidiennes, entre autres à cause de la sédentarité du travail, de la technologie, des nouveaux modes de transport et de l'urbanisation.

L'obésité et ses effets sur la santé constituent un problème de santé national et international, qui nécessite une approche collaborative, assortie d'initiative et de prise de mesures, de la part des gouvernements et des décideurs. Merci.

Le président : Je vous remercie infiniment toutes les deux. Je vais maintenant céder la parole à mes collègues afin qu'ils posent des questions.

Le sénateur Eggleton : Permettez-moi, docteure Twells, de commencer par vos graphiques et vos observations à propos de l'IMC. Nous entendons les gens dire que l'obésité a toujours existé, mais qu'elle s'est accentuée au cours des quelque 30 dernières années. Puis, on semble laisser entendre qu'elle s'est stabilisée, mais qu'elle commence peut-être à augmenter de nouveau. Ce n'est pas très clair dans mon esprit. Votre graphique indique un léger nivellement, mais les opinions des témoins divergent à ce sujet, ainsi qu'au sujet des raisons de ce nivellement. J'aimerais que vous répondiez toutes les deux à cette question.

Mme Twells : Des rapports mondiaux publiés récemment semblent indiquer que l'obésité s'est légèrement stabilisée dans certains pays, mais le Canada ne faisait pas partie de ces pays qui comprenaient le Royaume-Uni, ainsi que certains pays de l'Europe de l'Ouest.

Nous devons faire attention à ce que nous entendons par obésité lorsque nous en parlons. Lorsqu'on utilise l'indice de masse corporelle pour la définir, on parle d'un IMC supérieur à 30. Lorsque l'on classe les cas d'obésité dans différentes catégories, on observe différents phénomènes. Les données semblent indiquer que l'obésité de classe I, soit un IMC oscillant entre 30 et 35, est un peu en train de se stabiliser ou qu'elle n'augmente pas autant que par le passé. Ce sont en quelque sorte les statistiques des classes supérieures, des gens plus lourds, disons, qui augmentent, et ce, de façon exponentielle tant chez les hommes que les femmes.

Le sénateur Eggleton : Mais vous dites que ce n'est pas le cas au Royaume-Uni. Qu'est-ce que le Royaume-Uni fait différemment, ou ce résultat est-il simplement imputable à la façon dont l'obésité est mesurée là-bas?

Mme Twells : L'obésité est mesurée de la même façon. Je pense que les faits montrent peut-être que certaines des mesures prises là-bas fonctionnent.

Le sénateur Eggleton : Quelles seraient ces mesures, afin que nous puissions les appliquer ici?

Mme Twells : Je ferais observer, entre autres, que les stratégies européennes et britannique sont de nature nationale. Par exemple, même au Royaume-Uni, où la population s'élève à 65 millions de personnes, une politique est mise en œuvre à l'échelle nationale.

Le sénateur Eggleton : Le Royaume-Uni n'a pas de provinces.

Mme Twells : Dans notre document portant sur les taux d'obésité, nous soulignons, entre autres, les différences régionales. Comme je suis originaire de Terre-Neuve, je songe à ce qui se passe là-bas. Lorsque la santé relève des provinces, chacune d'elles peut prendre ses propres mesures. Bien que nous portions tous notre attention sur l'obésité, selon les ressources disponibles dans chaque province et l'accent mis sur la prévention, la gestion et le traitement de l'obésité, les résultats peuvent être différents. Par exemple, la chirurgie bariatrique est un traitement qui n'est pas offert dans toutes les provinces. À Terre-Neuve, il n'est offert que depuis 2011. En outre, il y a probablement quelques différences régionales ainsi que des différences socioéconomiques, mais je ne peux pas parler des mesures qui fonctionnent.

Le sénateur Eggleton : Nous devons peut-être enquêter un peu plus sur ces mesures. Madame Gotay, avez-vous des réflexions à nous communiquer à cet égard?

Mme Gotay : En ce qui concerne l'augmentation ou non des taux, les changements importants que nous avons observés au Canada sont survenus plus tôt. Que les taux se stabilisent ou qu'ils augmentent encore un peu, nous n'observons pas la même hausse dont nous avons été témoins au début. Les chiffres particuliers varient d'une année à l'autre, et certains d'entre eux sont relativement faibles. On remarque que les chiffres de quelques-unes des plus petites provinces ou des territoires fluctuent légèrement. Je pense qu'il s'agit simplement d'une erreur de mesure. Par conséquent, il est difficile d'expliquer ce qui se passe là-bas.

Je crois que le public est beaucoup plus sensibilisé au problème. Si de réels changements sont survenus, j'attribuerais certains d'entre eux au fait que les gens parlent du problème. Nous entendons parler d'enfants qui développent le diabète de type 2, ce qui ne se produisait pas auparavant. Je pense que la population est plus sensibilisée au problème. Il faut du temps avant que cette sensibilisation ait un effet bénéfique, mais je crois que les gens sont inquiets. Cette question a attiré leur attention, et c'est la première étape requise pour que les choses changent.

Le sénateur Eggleton : Madame Gotay, que pensez-vous que le gouvernement fédéral pourrait faire pour contribuer à favoriser ce mouvement? Les gens commencent à se rendre compte du problème.

Par exemple, oui, nous avons remarqué que les gens lisaient peut-être davantage les étiquettes nutritionnelles, mais ils ne sont pas sûrs de comprendre ce qu'ils lisent. Ces étiquettes sont un peu déroutantes. Ce problème n'est pas très difficile à régler. Au Royaume-Uni, ils utilisent un genre de feu rouge ou de feu vert. L'un de mes collègues a suggéré l'emploi d'animaux. Il va nous en parler.

Qu'est-ce que le gouvernement fédéral devrait faire? Vous avez mentionné les aliments transformés. Je le répète : quelles mesures pensez-vous que nous devrions prendre à propos de facteurs comme ceux-là?

Mme Gotay : Cette discussion est intéressante. Dre Twells et moi nous sommes rencontrées aujourd'hui pendant l'heure du dîner. Cette comparution nous offre donc une excellence occasion de nouer également des relations. Nous avons parlé du système des feux de circulation. Il pourrait avoir un effet bénéfique, mais nous ne croyons pas que les faits le prouvent. Par conséquent, je suppose que nous ne sommes pas certaines que ce soit la voie à suivre. Je pense que je peux dire en son nom que nous privilégions des renseignements clairs et faciles à interpréter qui pourraient aider les consommateurs à faire des choix rationnels, ce qui serait une bonne chose.

Si je compare le problème auquel nous faisons face à celui du tabac, qui est à la fois semblable et différent à certains égards, je constate que le principal facteur à avoir eu un effet bénéfique est la taxation. En réalité, ce qui a eu un effet positif, c'est l'adoption d'une approche globale que Dre Twells et moi avons toutes deux déclarée nécessaire, je pense. Si je devais choisir une seule mesure, je dirais que la taxation a un effet positif. Je crois que d'autres témoins ont suggéré la possibilité d'imposer des taxes sur les vices.

Le sénateur Eggleton : L'approche de la carotte et du bâton? On augmente les taxes d'une part, et on les réduit d'autre part?

Mme Gotay : C'est possible. Nous sommes des créatures influencées par nos finances, et c'est une idée à laquelle nous devrions réfléchir.

Le sénateur Eggleton : J'ai une autre question à vous poser à propos des IMC. Docteure Twells, vous faites souvent allusion aux IMC. Je le répète, tous ne considèrent pas l'index comme la meilleure mesure. Je commence à m'interroger moi-même à propos de cette mesure. Bien que ma taille et mon poids soient restés les mêmes, mon abdomen s'est élargi. Par conséquent, la notion de circonférence de la région abdominale ne serait-elle pas supérieure à cette combinaison du poids et de la taille?

Vous avez indiqué qu'il y avait d'autres façons de mesurer l'obésité, mais vous n'avez mentionné que des méthodes coûteuses comme l'IRM. N'y a-t-il pas des façons plus simples, mais plus exactes que l'IMC de déterminer si quelqu'un est obèse?

Mme Twells : Je suis d'accord avec vous. De nombreux chercheurs et bon nombre de mes collègues pourraient s'asseoir à n'importe quel bout de cette table et débattre de l'IMC. Je pourrais le faire moi-même, mais, en réalité, c'est la mesure dont nous disposons, celle dont nous nous servons, et elle ne va pas disparaître.

L'American Obesity Society vient d'appuyer l'IMC et notre propre guide de pratique clinique pour la prévention et la gestion de l'obésité, qui a été publié par l'ACSM il y a quelques semaines seulement, indique que l'utilisation de l'IMC est le mieux que nous puissions faire — non pas que ce soit la meilleure mesure, car l'emplacement de la graisse corporelle est très important. En clinique, on ne s'attendrait pas à consulter un médecin et à ce qu'il déclare qu'on souffre d'obésité seulement en tenant compte de l'IMC. Il ne fait aucun doute que l'on ne s'attendrait pas à cela. Le médecin mesurera le tour de taille de chaque patient et demandera des analyses sanguines. Si vous avez le malheur d'être une personne corpulente, mais que votre taux de cholestérol et votre tension artérielle ne sont pas élevés, alors tout ira bien.

L'index de masse corporelle est une mesure facile à calculer que la population comprend. Sa corrélation avec l'adiposité corporelle est relativement élevée, soit point 7 ou point 8, ce qui est très satisfaisant. Je ne pense pas qu'elle sera éliminée de sitôt comme moyen de surveiller la population. Il reste à savoir si nous allons nous contenter de l'accepter et de l'utiliser pour les études et les mesures de ce genre. Toutefois, je répète que, du point de vue clinique, d'autres mesures individuelles doivent être employées.

Mme Gotay : Cette mesure est ce qu'elle est. Elle peut être reproduite de façon constante. Elle possède ce genre de validité, et elle peut être étudiée sur une certaine période. Toutefois, son talon d'Achille est peut-être son interprétation. Je pense qu'en tant qu'indication de l'état des populations et de moyen de comparer notre situation avec celle d'autres pays du monde entier, cette mesure n'est pas trop médiocre.

La sénatrice Seidman : En fait, si nous pouvions simplement finir de discuter de la question de l'IMC, je vous poserais quelques questions à ce sujet. Quand avons-nous commencé à utiliser l'IMC pour évaluer la santé de la population?

Mme Twells : Eh bien, en y réfléchissant bien, je crois que c'était au début des années 1900? L'IMC a été conçu par Ancel Keys. La mesure existe depuis longtemps. Elle a fait l'objet de discussions, comme d'autres mesures, telles que le rapport taille-hanches et le poids en kilogrammes divisé par des mètres cubes pour tenter d'obtenir une estimation du poids en fonction de la taille. L'IMC est utilisé à l'échelle mondiale, et c'est une mesure que tous comprennent bien. Toutefois, certains seuils d'obésité varient selon l'ethnicité, ce qui prouve que la mesure fait toujours l'objet de débats.

Par exemple, le seuil d'obésité de l'IMC pour les populations asiatiques s'élève à 27 ou 25, parce que les Asiatiques sont plus enclins à accumuler des graisses corporelles, lesquelles accroissent plus tôt leur risque de maladies. Les seuils font toujours l'objet de débats. Au Canada, le seuil d'obésité de l'IMC s'élevait à 27 il y a environ 10 à 15 ans. Ce seuil a également été haussé il y a quelque temps. La mesure n'est pas parfaite, mais elle est utile. Elle nous indique ce qui se passe dans la population.

Nous pouvons aussi examiner les IMC moyens par rapport à l'ensemble de la population. Nous savons, par exemple, qu'il y a 20 ans l'IMC moyen de la population canadienne se chiffrait à 22. Aujourd'hui, il oscille plutôt entre 25 et 26. Notre IMC moyen est en train d'entrer dans la fourchette de l'embonpoint. Le poids de tous les Canadiens augmente. La distribution de l'ensemble de la population se déplace vers la droite. Comme Mme Gotay l'a indiqué, l'IMC nous en dit long sur l'évolution de la situation.

La sénatrice Seidman : En effet, vous avez toutes deux mentionné le fait que vous utilisiez des données sur la santé de la population. Par conséquent, nous ne parlons pas de données cliniques, mais plutôt des données sur la santé de la population, ce qu'il est essentiel de comprendre. Je suppose que j'aimerais vous demander quelles distorsions l'interprétation des données sur la santé de la population pourrait entraîner. Il ne fait aucun doute qu'elle comporte des risques — des problèmes éventuels d'accentuation, d'exactitude, de distorsion, de mesure et de comparaison des résultats. Pourriez-vous nous donner une idée des problèmes que pourrait entraîner l'utilisation des données sur la santé de la population à des fins d'extrapolation?

Mme Gotay : Je suppose que le problème le plus important avec lequel je dois composer, c'est peut-être le fait que les données les plus détaillées que nous possédons sont obtenues en interrogeant les gens à propos de leur poids et de leur taille. D'après des études menées dans le passé, nous savons d'emblée que les femmes ont tendance à sous-estimer leur poids et que les hommes ont tendance à surestimer leur taille, ce qui veut dire que tous les gens sous-estiment légèrement leur IMC. Voilà certaines des distorsions observées. Santé Canada et d'autres personnes du monde entier ont fait un excellent travail de documentation de ces distorsions, en comparant les données déclarées aux données mesurées. C'est la raison pour laquelle, je rajuste les résultats en fonction des recommandations de Santé Canada avant de les rapporter. Cette distorsion peut être modifiée dans une certaine mesure.

Par ailleurs, l'IMC ne convient pas aux personnes qui possèdent une certaine musculature et, comme vous l'avez signalé, la mesure peut représenter imparfaitement certaines ethnies. Voilà les distorsions qui peuvent influer sur l'interprétation.

Je n'étendrais pas non plus l'utilisation des mesures examinées à des applications non liées à la santé de la population, car, comme Dre Twells l'a indiqué, les choses se passent tout à fait différemment dans une situation clinique.

La sénatrice Seidman : Vous ne pouvez établir des liens de cause à effet à partir des données sur la santé de la population, n'est-ce pas?

Mme Twells : Je pense qu'on peut — vous voulez dire entre l'index de masse corporelle et les risques pour la santé. Nous sommes conscients de l'épidémie de diabète et d'obésité ainsi que de la quasi-épidémie de maladies chroniques. Elles surviennent toutes en même temps.

La sénatrice Seidman : Une corrélation existe entre elles, mais non des liens de cause à effet.

Mme Twells : En m'appuyant sur les données cliniques, par exemple, je peux parler très clairement des causes de la chirurgie bariatrique. Lorsque des patients se présentent avec un IMC de 40 ou 45 et 5 ou 6 affections concomitantes, comme l'hypertension, un taux de cholestérol élevé et le diabète, et qu'après avoir perdu de 50 à 100 livres dans l'année qui suit la chirurgie, ces affections disparaissent, il est aisé de tirer des conclusions. Il ne fait aucun doute qu'un lien évident existe entre un poids corporel élevé et des affections concomitantes chroniques.

La sénatrice Seidman : D'accord. Puis-je vous poser simplement une question à propos de l'Institut Fraser et de l'OCDE? Vous êtes probablement au courant des rapports qu'ils ont publiés récemment. Le rapport de l'Institut Fraser indique clairement que les mesures d'embonpoint et d'obésité, tirées des statistiques sur la population canadienne recueillies par Statistiques Canada, ne semblent révéler presque aucune tendance négative ou déconcertante dans la situation canadienne contemporaine. Le rapport indique que, de 2003 à 2012, le taux d'embonpoint de la population adulte canadienne, calculé à l'aide de l'indice de masse corporelle, n'a connu aucun changement statistiquement significatif. Le taux d'embonpoint des hommes canadiens d'âge adulte s'est stabilisé ou a même commencé à reculer. Cependant, la prévalence de l'obésité chez les femmes augmente constamment depuis 2003. En ce qui concerne les taux des jeunes de 12 à 17 ans, ils sont demeurés pratiquement inchangés de 2005 à 2012.

Soit dit en passant, l'OCDE affirme, de façon très semblable, que les taux ont augmenté très modestement au Canada, en Corée et en Espagne au cours des dernières années.

Je suppose que je vous fais part du même genre de confusion que celle manifestée par le sénateur Eggleton. En effet, lorsqu'on examine ces enjeux, on ignore comment interpréter le concept d'épidémie croissante d'obésité, dont on ne cesse d'entendre parler.

Mme Gotay : Je ne sais pas quelles données ils utilisent, étant donné que ce rapport ne m'est pas connu. Je ne peux donc pas en parler. Cependant, il ne rend pas compte des faits que j'ai observés. En fait, une augmentation d'un point de pourcentage de la population est statistiquement significative, une expression à laquelle ils ont fait allusion. Lorsque la taille des échantillons est énorme, toute fluctuation devient statistiquement significative. Par conséquent, je ne crois pas que leurs conclusions soient complètement exactes. La fourchette d'âges de 12 à 17 ans est très déroutante parce qu'il est difficile de distinguer les cas d'embonpoint des cas d'obésité dans ces données. Je soutiens que l'examen des données liées à l'obésité serait plus significatif que celui des données liées à l'embonpoint, mais je n'ai pas été en mesure de trouver des sources de données qui me permettent d'établir cette distinction. Par conséquent, certaines affirmations dans ces rapports m'amènent à me poser des questions.

Il serait probablement très intéressant de rassembler autour d'une même table tous ceux et celles qui étudient ces concepts pour en établir les différences. Il y a un tableau de données dans votre documentation, que nous avons préparé et qui présente les données des trois dernières années. On peut constater qu'il n'y a clairement pas de tendance à la baisse chez les hommes ou à la hausse chez les femmes. Ce n'est pas ce que nous observons dans les données des trois dernières années, encore moins des dix dernières. Je ne sais pas vraiment quoi vous dire.

Le président : Est-ce que ses observations correspondent à ce que vous avez observé aussi?

Mme Twells : Je ne sais pas trop quelles données ils utilisent, mais je présume qu'elles viennent de l'enquête de Santé Canada, parce qu'il n'y a pas d'autres données qu'on puisse utiliser au Canada, sauf qu'ils en tirent des conclusions différentes.

Je dirais que l'augmentation ralentit un peu, mais cela ne signifie pas qu'il n'y en a pas. Selon le dernier rapport mondial, que j'ai ici, les taux du Canada seraient toujours à la hausse. Ils montent peut-être un peu moins vite qu'avant, mais ils continuent de monter.

Pour ce qui est des différences entre les hommes et les femmes, les hommes ont surtout tendance à faire de l'embonpoint, alors que les femmes ont tendance à être obèses, mais si l'on regarde de plus près les chiffres sur l'embonpoint, il faut faire attention. Quand on regarde le graphique qui se trouve dans la documentation, il faut comprendre que les gens passent d'une catégorie à l'autre. Le taux d'embonpoint n'a pas l'air de changer, mais la prévalence du poids normal au pays est à la baisse. Les gens entrent dans la catégorie de l'embonpoint, puis ils passent à la catégorie suivante. Il y a d'excellentes statistiques qui illustrent ce mouvement dans nos données longitudinales, et c'est important de suivre cette tendance. Je sais qu'on le fait de moins en moins, mais il faut suivre les gens pendant tout le cycle de vie.

Nous savons assez clairement que moins de 10 p. 100 des adultes qui commencent à faire de l'embonpoint retrouvent éventuellement un poids normal et que les gens changent plutôt de catégorie. Du coup, une personne qui fait de l'embonpoint passera à la catégorie d'obésité I puis à la catégorie II et III. Il ne semble donc pas y avoir de changement dans la catégorie de l'embonpoint, mais c'est la catégorie d'entrée.

L'embonpoint est probablement le plus fort indicateur d'obésité futur, donc je présume que tout dépend de la façon d'interpréter les données.

Nous avons observé les augmentations les plus fortes au cours des 10 dernières années. Les taux n'augmentent peut- être plus aussi vite aujourd'hui, mais ils continuent tout de même d'augmenter, ce qui est préoccupant compte tenu du nombre de personnes obèses.

La sénatrice Stewart Olsen : Je vous remercie de vos exposés. Ils ne font que renforcer mon impression de ne pas vraiment comprendre ce qui se passe, mais vous avez fait une affirmation intéressante. Vous avez dit que la véritable augmentation du taux des femmes souffrant d'embonpoint a eu lieu il y a déjà quelque temps, puis qu'il s'est un peu stabilisé. Quelle en était la cause? À quoi avait-on attribué cette forte augmentation à l'époque? On évoque aujourd'hui toutes sortes de facteurs, comme la popularité grandissante des aliments transformés, mais je ne sais pas s'il y en avait déjà autant lorsque les taux se sont mis à grimper. Avez-vous des données sur ce qui aurait causé cette forte augmentation au départ?

Mme Gotay : J'étais un peu inquiète lorsque j'ai écrit ce passage dans mon mémoire.

La sénatrice Stewart Olsen : Il m'a donné de l'espoir.

Mme Gotay : En 1977, les États-Unis ont publié de nouvelles lignes directrices sur les aliments faibles en gras parce que le gras était jugé très nocif, et je pense que cela a engendré toutes sortes de changements dans l'industrie alimentaire et le secteur des aliments faibles en gras. On préconisait vraiment des aliments faibles en gras, mais le problème, c'est qu'ils étaient riches en glucides. Cela explique peut-être en partie la forte hausse qui a suivi l'entrée en vigueur de ces règlements et l'arrivée de ces nouvelles formulations alimentaires.

Il semble depuis qu'on ait révisé les données qui avaient mené à ces recommandations et qu'elles n'étaient pas aussi fortes qu'on le croyait à l'époque. Vous me demandez ici d'oser me prononcer, et je ne suis pas à l'aise de le faire, mais il se pourrait que les nouvelles formulations alimentaires offertes à l'époque aient eu un effet immédiat qui se fasse encore ressentir depuis, je ne sais pas.

Mme Twells : Je pense que vous avez raison. Il faut mettre en contexte le fait que les taux d'obésité ont commencé à augmenter un peu partout dans le monde presque exactement à la même époque, pendant les années 1970 et 1980. On ne peut pas pointer du doigt un seul pays ou un seul endroit. Dès le début, cela a été un enjeu mondial, et si on lit les articles qui ont été écrits sur les causes de ce problème dans le monde — et il y a une très belle série d'articles qui a été publiée dans The Lancet il y a quelques années —, les chercheurs sont de plus en plus nombreux à mentionner l'approvisionnement alimentaire mondial, soit l'accès et l'abordabilité, les aliments transformés, les aliments à forte teneur en calories mais à faible teneur en nutriments.

La disponibilité alimentaire a atteint des sommets. C'est l'un des facteurs, et il y a aussi toute la question des aliments faibles en gras, qui fait actuellement l'objet d'un énorme débat. Il y a beaucoup d'articles et de scientifiques qui analysent les recherches selon lesquelles les incidents cardiovasculaires seraient directement causés par le gras, et on se rend compte en y regardant de plus près que ce n'est pas vrai. Il y a donc eu tout un mouvement dans l'industrie alimentaire mondiale en faveur des aliments faibles en gras, et il est difficile de sortir cette rhétorique de l'esprit des gens.

Les épiceries présentent encore aujourd'hui une foule d'aliments très caloriques à faible teneur en gras. Nous avons éliminé le gras de notre alimentation pour le remplacer par des glucides, principalement par du sucre. On parle beaucoup du sucre en ce moment et l'on se demande s'il contribue beaucoup à la prise de poids. Ce n'est pas que nous mangeons plus, mais les aliments que nous mangeons n'ont pas la même composition qu'avant.

La sénatrice Stewart Olsen : Vous comprenez mon inquiétude. C'est l'aliment à proscrire du jour, mais je me demande quel sera l'aliment à proscrire dans 10 ans.

J'ai une petite question à vous poser sur la chirurgie bariatrique. C'est assez nouveau qu'il y ait autant de chirurgies bariatriques, mais avez-vous des données sur le taux de succès de la chirurgie par rapport à celui d'un changement de mode de vie?

Mme Twells : Pour le traitement de l'obésité morbide, c'est la chirurgie ou rien. Je peux vous fournir beaucoup de données. Au Canada, vous pouvez voir que les chiffres ne cessent d'augmenter. Dans d'autres pays, la chirurgie bariatrique existe depuis longtemps. Dans les pays scandinaves, en tout cas, on la pratique depuis 20 ou 30 ans, et on la pratique depuis bien plus longtemps aux États-Unis.

Mais pour ce qui est de perdre du poids avec la chirurgie et de ne pas le reprendre, grâce à un changement de mode de vie et à diverses interventions, la plupart des gens — et encore une fois on ne parle que d'environ 5 à 10 p. 100 de la population — perdront peut-être 5 à 10 p. 100 de leur masse corporelle ou de 3 à 5 kilos, mais vont les reprendre, sauf peut-être 1 personne sur 20.

Avec la chirurgie bariatrique, la personne perdra 30 p. 100 de sa masse corporelle, si bien qu'il serait assez normal qu'elle perde 100 livres en un an, et même si elle reprend un peu de poids ensuite, elle maintiendra en moyenne une perte de poids de 70 ou 80 livres, sinon plus, après la chirurgie. La perte de poids n'est donc pas comparable. J'ai beaucoup d'empathie pour ce groupe de patients en particulier et je revendique leur accès à la chirurgie parce que ce groupe de patients doit être traité.

Il faut aussi comprendre qu'on ne va pas nécessairement faire diminuer la prévalence de l'obésité en traitant ces patients, mais qu'on va réduire beaucoup le fardeau qu'ils représentent pour le système de santé parce que ce groupe de patients nécessite beaucoup plus de soins que même une population obèse ordinaire.

Le sénateur Enverga : Je vous remercie de ces exposés. Je regarde toutes ces statistiques et ces graphiques, et ils ne me semblent pas très différents de vos propres statistiques sur le sujet. Je peux voir qu'il y a moins de personnes obèses en Colombie-Britannique qu'au Nouveau-Brunswick ou dans les Maritimes.

Je me pose une question, et vous vous l'êtes peut-être posée vous aussi : se pourrait-il que les gens se soient naturellement adaptés au froid? Il y a peut-être un changement climatique qui cause le phénomène? Plus il fait froid, plus le corps a besoin de gras pour se réchauffer. Ne croyez-vous pas que ce pourrait être l'une des causes? Avons-nous évolué avec le temps? La différence n'est peut-être pas énorme, mais si l'on analyse les données démographiques à la lumière des données géographiques, y aurait-il des corrélations à faire?

Mme Gotay : Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui croient que nous vivons un réchauffement climatique mondial, ce qui irait à l'encontre de votre hypothèse. Je ne vois pas trop le lien. Le problème, c'est qu'on observe aussi une prévalence accrue de maladies. Ce n'est pas un signe d'adaptation et de santé. Ce n'est pas comme si les gens de Terre- Neuve se portaient très bien, même s'ils sont plus gros. Les taux de tous les cancers et de beaucoup d'autres problèmes de santé ont augmenté. Je ne crois pas que cela témoigne d'une adaptation et de la santé de la population.

Mme Twells : Non. C'est une chose que j'aimerais comprendre parce qu'il est un peu consternant qu'il y ait de telles variations d'une région à l'autre dans un pays qui s'enorgueillit d'être un pays développé. Il n'y a pas beaucoup de recherches effectuées sur les écarts entre les provinces, et je pense qu'il serait utile de les étudier. Il y a des différences notables dans la composition ethnique. À Terre-Neuve, la population est d'origine blanche caucasienne à 99,9 p. 100. Il n'y a donc pas de grande diversité ethnique là-bas, alors que la diversité peut faire diminuer la prédisposition à l'obésité.

Il y a des différences culturelles. Il y a aussi des différences entre les régions rurales et urbaines, puisque les taux d'obésité sont généralement plus élevés en région rurale qu'en région urbaine à Terre-Neuve.

Mais même cela, c'est discutable. Pourquoi y aurait-il de si grandes variations à l'intérieur d'un même pays, ce n'est pas clair; même quand on compare le Canada aux États-Unis et au Royaume-Uni, il y a des différences. Je ne crois pas qu'on comprenne vraiment pourquoi, s'il y a des prédispositions génétiques, ce qui serait possible.

Le sénateur Enverga : Au sujet de l'ethnicité, beaucoup de provinces accueillent beaucoup d'immigrants. Je me demande si vous avez étudié l'ethnicité. Certaines personnes sont un peu plus grasses. D'autres le sont moins. En tenez- vous compte dans vos statistiques?

Mme Gotay : Il serait fantastique de recueillir des renseignements sur l'ethnicité dans nos exercices de collecte de données nationales. On n'en prélève pratiquement jamais. Cela nous empêche totalement de nous pencher sur ce genre de questions. Il y a quelques études spéciales dans certaines régions où il y a des variations régionales, mais les caractéristiques ethniques ne font tout simplement pas partie des données habituellement recueillies, même pour le registre sur les tumeurs, avec lequel je travaille, et cela nous empêche vraiment d'avancer dans nos efforts pour comprendre les causes du cancer. Ce serait une super idée, mais il faudrait alors changer notre façon de recueillir des données au Canada.

La sénatrice Merchant : Pour une grande partie des enjeux étudiés ici, on cite l'éducation comme outil d'avancement. Il me semble pourtant y avoir une multitude de renseignements disponibles. À peu près tous les magazines présentent de l'information sur les régimes amaigrissants. Les journaux publient des textes sur l'alimentation. Il y a des articles de ce genre partout. On parle constamment des régimes alimentaires à la télévision. Je ne sais pas trop de quel genre d'éducation on parle lorsqu'on parle d'obésité. Qu'est-ce qu'on peut faire? Tous les emballages présentent des renseignements sur les calories. Les restaurants commencent à présenter des menus à calories réduites. C'est vous, les expertes. De quel genre d'éducation parlons-nous?

Mme Gotay : L'éducation n'est qu'un élément. Je pense que ce n'est qu'un morceau du casse-tête, mais que ce n'est pas le seul. Il y a d'une part toute la publicité sur les régimes, mais d'autre part, toutes les publicités sur les meilleurs beignes possible. Nous sommes bombardés de renseignements contradictoires, et je pense qu'il est difficile d'y voir clair.

Les gens ont parfois tellement d'information qu'ils ne savent plus trop où donner de la tête. Je suis d'accord avec vous, il y a beaucoup d'information sur les étiquettes, mais elle n'est pas nécessairement présentée de façon compréhensible. Prenons l'exemple de la taille d'une portion, si j'essaie de comprendre combien il y a de calories dans un sac de croustilles, il se trouve qu'il en contient une portion et deux tiers, quelque chose du genre. À combien de croustilles cela correspond-il? Je ne pense pas que l'information soit communiquée le plus clairement possible.

La littératie en santé n'est pas très élevée dans notre population. Je ne suis pas sûre que les gens comprennent nécessairement tout ce qu'ils devraient. Il faudrait peut-être commencer l'éducation à un très jeune âge et continuer toute la vie durant.

Mme Twells : Je suis d'accord. Il y a des années, il y avait beaucoup moins de choix. Nous avons toutes les deux des enfants. Il n'y a pas plus instruites que nous. Nous trouvons pourtant cela difficile. Il y a toute la commercialisation destinée aux enfants, les rouleaux aux fruits et tous les produits qu'on présente comme composés à 100 p. 100 de jus de fruits, par exemple, puis si on regarde la liste des ingrédients, il n'y en pas un qu'on arrive à prononcer parce que ce sont tous des produits chimiques. C'est ce que les jeunes mangent et apportent à l'école.

L'éducation n'est pas chose facile. Je pense que la littératie en santé va constituer tout un défi. Il est assez simple d'inscrire le nombre de calories sur les étiquettes, mais il y a des études qui montrent que lorsque les gens regardent combien il y a de calories dans un aliment, ils mangent quand même, mais ils font des choix différents. Si une personne a toujours acheté la même sorte de pâtes, qu'elle ne sait pas combien de calories elles contiennent et qu'elle se rend compte qu'elles en contiennent 1 200, puis qu'elle voit qu'il y a une autre sorte de pâtes qui en contient moins, elle pourrait être plus susceptible de choisir la boîte qui en contient le moins. Cela n'empêche pas les gens de sortir, mais ils font des choix éclairés.

Il y a ensuite l'indice du potentiel de marche, qui semble connaître un succès moindre et mitigé. Plutôt que d'associer un nombre de calories à un repas, on vous dira combien de temps vous devez marcher pour dépenser toute l'énergie que vous venez d'ingurgiter. Bien sûr, comme la plupart des gens le savent, pour brûler 1 000 calories, il faut marcher six kilomètres. Vous vous dites probablement que cela n'arrivera pas.

C'est le genre d'expérience qui se fait en ce moment. Nous nous demandons comment sensibiliser les gens, toute la population et non seulement les gens ultra-éduqués. Tout le monde doit pouvoir comprendre. C'est le genre d'expérience qu'on fait en ce moment avec l'étiquetage, le système des feux de circulation, et il pourrait y avoir quelque chose de mieux.

La sénatrice Merchant : En même temps, à qui incombe la responsabilité de gérer une personne? Est-ce le médecin de famille qui est responsable et qui viendra vous dire que vous devez faire ceci ou cela? Les médecins sont-ils formés, dans les écoles de médecine, de manière à accorder beaucoup d'importance à cette épidémie inquiétante? Y a-t-il beaucoup d'autres changements que nous devrions apporter?

Quand commencer? Par quoi commencer? Comment peut-on aider les gens, pas seulement avec les étiquettes, mais même les professionnels? Comment peut-on orienter les gens de manière à ce qu'ils sachent qu'ils doivent aller chercher de l'aide et où aller en chercher?

Mme Gotay : Je ne crois pas que les médecins reçoivent beaucoup d'information à ce sujet pendant leur formation, et ils ne sont pas vraiment récompensés financièrement pour ce genre de travail dans le cadre de leurs activités quotidiennes. Certains le font quand même parce qu'ils l'estiment important. Si je devais cibler un seul élément sur lequel ils devraient mettre l'accent, ce serait l'usage de la cigarette. S'il n'y avait qu'une chose qu'ils pourraient faire, ce serait de parler du tabagisme avec leurs patients, mais l'obésité suivrait probablement de près en ordre d'importance.

Il faut probablement une équipe de soins de santé. Il doit y avoir des infirmières et d'autres professionnels au sein de cette équipe. Tout ne peut pas dépendre que du médecin, parce que les médecins n'ont tout simplement pas le temps. Cela dit, je pense que notre système de santé n'est pas axé sur la prévention et le changement de mode de vie autant que sur le traitement des maladies ou des blessures.

Je suis totalement en faveur de ce que vous dites, mais je pense qu'il faudrait pour cela revoir toute la façon dont nous concevons les soins de santé, pour en faire véritablement des soins de santé plutôt que des soins de maladie.

Le président : Il ne faut pas se leurrer non plus. Dans la plupart des régions du pays, il est difficile d'avoir accès à un médecin de famille pour un problème grave. Il est très improbable dans l'état actuel des choses de penser que le médecin va gérer le style de vie de la personne. L'idée d'axer les soins de santé sur la prévention plutôt que sur le traitement représente une tâche gargantuesque. Je pense qu'il faut garder les choses en perspective et envisager des possibilités réalistes.

La sénatrice Raine : Je vous remercie beaucoup de vos témoignages.

Honorable président, je dois vous dire que ce que vous venez de dire revient à jeter la serviette.

Le président : Il se trouve que c'est la vérité.

La sénatrice Raine : Il se trouve que c'est la vérité. Je suis d'accord : ce n'est probablement pas du ressort des médecins. Mais dans notre système de santé, qui devrait s'en occuper? Si personne n'offre de conseils sur le style de vie en prévention, les choses ne vont qu'empirer.

C'est l'objet de ma première question. Qu'est-ce qui distingue la Colombie-Britannique de Terre-Neuve pour ce qui est de la prévention en matière de santé, où les différences s'observent-elles?

Mme Gotay : Je ne suis pas certaine que ce soit le système de santé qui est en jeu. Il y a des différences entre la Colombie-Britannique et Terre-Neuve depuis longtemps, et cela dépend aussi du type de personnes qui choisissent de vivre dans ces environnements. Les gens qui déménagent en Colombie-Britannique veulent conquérir des montagnes, faire du ski et toutes sortes de bonnes choses du genre. Je pense qu'il y a là du choix pour les gens déjà attirés par un mode vie sain, qui peut les inciter à s'établir en Colombie-Britannique.

Bien sûr, il y a des différences entre le système de santé de la Colombie-Britannique et les autres, mais je ne suis pas sûre que la prévention soit à l'avant-plan. Cela dit, tous ces éléments vont de pair : le fait de ne pas fumer, de faire de l'activité physique, d'aimer le vélo, de rechercher les pistes cyclables et tout ce qui crée cette atmosphère propice. Je suis déjà allée à Terre-Neuve, et j'ai trouvé que c'était très beau là-bas, mais je ne peux pas vraiment vous parler du système de santé de Terre-Neuve.

Mme Twells : Je suis certaine que l'accès aux soins de santé n'y est pas très différent. Je pense qu'il n'y a aucun de nos systèmes de santé qui soit axé sur la prévention, nous sommes nombreux à le savoir, surtout quand on utilise un modèle dans lequel le médecin est rémunéré à l'acte. Il n'y a pas de temps. Bien sûr, il y a des initiatives en cours pour convaincre les médecins d'ouvrir le dialogue, ne serait-ce que pour demander au patient, par exemple, s'il aimerait parler de son poids, puis pour le peser. Parfois, cela peut réveiller la personne. Il y a des études qui montrent que les gens qui prennent du poids au fil du temps ne se rendent pas compte qu'ils en ont pris autant. Il est parfois utile de secouer un peu la personne pour qu'elle se dise : « Je dois recommencer à faire ce que je faisais » ou « J'ai arrêté de faire ceci et je dois recommencer ». Cela peut aider.

Toutefois, je suis à moitié d'accord parce que le système de santé ne peut pas s'occuper de 60 à 70 p. 100 de la population pour lutter contre l'embonpoint et l'obésité, ce n'est tout simplement pas faisable. Il doit y avoir d'autres formes d'intervention du gouvernement, des politiques, des programmes et des initiatives.

Je vis à Terre-Neuve, et c'est un milieu actif. La situation est donc un mystère. Il y a autant de gens qui font des activités à l'extérieur chez nous que dans bien d'autres provinces. Comme j'ai dit, c'est probablement un mythe de penser que les gens associés à une plus forte prévalence de l'obésité ne font rien. On pense souvent que les personnes atteintes d'obésité ne bougent pas, mais c'est faux.

Encore une fois, la raison est difficile à déterminer. Il se peut que la culture entre en ligne de compte, ou encore que ce soit attribuable à une économie fondée sur les ressources, comme la pêche, l'agriculture ou les pâtes et papiers, des secteurs où les gens ont probablement l'habitude de manger davantage. C'est aussi parfois une question d'accès aux activités.

Vous parlez souvent de l'hiver et du froid, mais l'Australie présente elle aussi un des taux d'obésité les plus élevés au monde malgré son climat fort agréable. Que se passe-t-il donc?

Encore une fois, je doute qu'on puisse expliquer simplement ce qui cause les différences.

La sénatrice Raine : Je suis d'accord avec vous. Croyez-vous que nous devrions interdire la publicité d'aliments et de boissons qui cible les enfants de 16 ans et moins?

Mme Twells : Oui, je suis d'accord.

Mme Gotay : Oui, je n'en vois aucun aspect négatif.

[Français]

La sénatrice Chaput : Comme vous le savez, notre comité étudie présentement l'incidence croissante de l'obésité, et nous avons entendu plusieurs témoins à ce sujet. Nous avons entendu des témoignages contradictoires en ce qui concerne le lien entre l'obésité et la santé, ainsi que des témoignages contradictoires sur la définition de l'obésité. Des témoins nous ont dit que l'Agence de la santé publique du Canada devrait promouvoir un mode de vie sain au lieu de se concentrer sur le poids corporel.

J'aimerais connaître votre avis sur la façon dont ces messages devraient être orientés. Comment l'Agence de la santé publique devrait-elle orienter ses messages, et quelle devrait être sa stratégie? Est-ce qu'on devrait viser une certaine clientèle? Comment le faire pour que les Canadiens et les Canadiennes se responsabilisent? Finalement, c'est une question de choix et de responsabilité individuelle. Alors, quel devrait être le message?

[Traduction]

Mme Gotay : En réponse à votre dernière remarque, c'est bel et bien un choix personnel et une responsabilité individuelle. Chacun d'entre nous décide ce qu'il mange; or, nous ne sommes pas toujours complètement libres, en fonction des aliments qui sont offerts et que nous avons les moyens d'acheter. Nous subissons beaucoup de pressions de notre milieu social. Ce n'est donc pas une décision exclusivement individuelle. Nous voulons certainement faire en sorte que les gens vivent le plus possible en santé.

Une foule de données indiquent que les gens dont l'indice de masse corporelle, ou IMC, est très élevé, surtout s'ils souffrent d'obésité sévère ou morbide, ne pourront pas profiter de simples messages d'intérêt public sur la santé, si ces messages ne tiennent pas compte de leur poids. Certaines personnes peuvent être en grande forme malgré un IMC très élevé, mais c'est plutôt inusité.

Une stratégie raisonnable en matière de santé publique pourrait être de diffuser des messages à l'intention de personnes qui ont peut-être des problèmes parce que leur poids est trop élevé, de façon à ce qu'ils puissent profiter des nombreuses occasions qui se présentent aux autres. Puisque je connais à peu près tous les messages d'intérêt public sur la santé, je peux dire qu'ils ne s'appliquent pas à tout le monde, mais à la plupart des gens. Nous devons nous assurer, il me semble, que les gens comprennent qu'un poids santé est un bon moyen d'améliorer sa santé ou de demeurer en santé.

La sénatrice Chaput : Si vous étiez responsable du message, qui cibleriez-vous? Que dirait le message, et à qui s'adresserait-il?

Mme Gotay : Je pense que le message doit cibler la population. Si nous voulons avoir une incidence, nous ne pouvons pas viser un adolescent obèse, disons, sans nous adresser à ses parents. Nous ne pouvons pas vraiment nous adresser à la femme sans connaître le comportement de son mari au travail. Je considère que tous ces éléments sont interreliés. Je préférerais diffuser des messages plus généraux dans lesquels tout le monde peut se retrouver. Nous sommes tous dans le même panier. Nul besoin de segmenter les gens autant que nous l'avons fait pour réaliser que le problème touche tout le monde, d'une façon ou d'une autre.

Mme Twells : Je suis d'accord. Il est difficile de cibler le message sur le plan de la santé publique. D'un point de vue clinique, les personnes souffrant d'obésité sévère sont complètement différentes. Puisqu'elles ont besoin d'un traitement, nous n'allons pas les inciter à modifier leur style de vie. Ces personnes ont vraiment besoin d'un traitement médical, quel qu'il soit. Pour l'instant, on parle d'une chirurgie, mais il pourrait un jour s'agir de traitements pharmacologiques aussi.

Lorsque j'assiste à des conférences, je remarque notamment que les angles des plans stratégiques en matière de santé des provinces sont quelque peu différents. Par exemple, certaines provinces optent pour des plans de réduction de l'obésité ou pour un plan stratégique en matière de santé axé sur l'obésité. Bien d'autres ciblent un mode de vie sain, qui comprend les comportements, par exemple. Je sais que le plan de la Colombie-Britannique est davantage axé sur un mode de vie et des comportements sains. En fait, celui de Terre-Neuve aussi. D'autres provinces, comme l'Alberta, visent plutôt la réduction de l'obésité, puisqu'il s'agit d'un résultat quantifiable.

L'obésité est la conséquence de comportements et d'habitudes de vie. Nous devons donc cibler ces volets au moyen d'initiatives qui, peut-on espérer, entraîneront une diminution du poids corporel. Dans le cas contraire, ils permettront tout de même d'améliorer la santé, puisque nous savons que l'activité physique a une incidence sur la santé indépendamment du poids.

Par exemple, les lignes directrices en matière d'activité physique sont un outil que peu de Canadiens connaissent. Elles indiquent que les enfants devraient être actifs au moins une heure par jour, et les adultes, 150 minutes par semaine. Nous entendons constamment cette information puisque nous travaillons au cœur du milieu, mais lorsque je discute avec des collègues et amis qui travaillent ailleurs, je remarque qu'ils n'en ont jamais entendu parler. Peut-être faudrait-il traduire une partie du matériel que nous avons déjà et le diffuser sous forme de message d'intérêt public sur la santé, à l'aide de publicités télévisuelles ou de campagnes. Quoi qu'il en soit, il est habituellement préférable de s'adresser à l'ensemble de la population qu'aux différents groupes.

La sénatrice Chaput : Est-ce possible?

Mme Twells : De s'adresser à la masse? Je crois que oui. D'autres pays le font. Le Royaume-Uni diffuse à la télévision un vaste message d'intérêt public sur la santé. J'ai vu de jolies publicités animées sur la vie active, qui incitent les enfants et les parents à bouger. Je pense que ce genre de grand message d'intérêt public sur la santé est possible.

La sénatrice Chaput : Pouvez-vous évaluer les répercussions d'un tel message?

Mme Twells : Le résultat sera mesurable par l'évolution des statistiques au fil du temps.

La sénatrice Frum : Madame Twells, puis-je vous poser une question à propos de votre tableau sur les chirurgies bariatriques au Canada? Vous avez parlé d'une augmentation de 300 p. 100 entre 2006 et 2013, ce qui représente 5 989 chirurgies.

J'aimerais connaître l'accessibilité générale de ces procédures dans les différentes provinces canadiennes. Sont-elles entièrement financées par l'État? Vous avez dit qu'elles représentent un bénéfice net pour l'ensemble du système de soins de santé publique, et qu'elles sont donc dans l'intérêt de l'ensemble de la population, à long terme. Tous les Canadiens qui ont besoin d'une telle procédure en reçoivent une, n'est-ce pas? Ce chiffre représente-t-il l'ensemble des patients?

Mme Twells : Non. Si vous regardez la carte précédente, vous y verrez la population qui pourrait être admissible à la chirurgie. Au Canada, on parle de 1,2 million de personnes. Les critères d'une telle chirurgie sont un IMC supérieur à 35 accompagné d'une maladie concomitante, ou un IMC supérieur à 40. Quelque 60 ou 70 p. 100 de ces 1,2 million de personnes contracteront une maladie concomitante. Ce n'est pas tout le monde, mais ce sera le cas pour la vaste majorité d'entre eux. Pour l'instant, il y a probablement 1 p. 100 de la population canadienne qui est admissible à la chirurgie.

À titre indicatif, le temps d'attente moyen d'une chirurgie bariatrique au Canada est de cinq à sept années. À Terre- Neuve, par exemple, on parle de sept ans. En Nouvelle-Écosse, je crois que le délai est d'environ 12 ans. D'autres provinces présentent des temps d'attente plus courts. Elles ont investi davantage dans le secteur, mais les délais demeurent importants.

Il vient d'y avoir un cas particulier. Même si l'âge moyen de la chirurgie bariatrique au pays est d'environ 45 ans, des gens dans la cinquantaine et la soixantaine pourraient eux aussi en profiter immensément. Si un patient demande une chirurgie bariatrique à 65 ans et qu'il doit attendre sept ans, on peut se demander si le traitement en vaut la peine. Les chirurgiens se demandent s'il vaut la peine d'opérer des personnes plus âgées compte tenu du temps d'attente interminable.

Bon nombre de ces patients décident alors de recevoir la chirurgie ailleurs, comme au Mexique et en Thaïlande. Ils paient pour la procédure. Il existe des cliniques privées au pays, mais il y a ensuite des problèmes de suivi lorsque le patient est de retour dans sa province. La province de l'Ontario a eu un ennui semblable récemment, et elle a investi davantage afin de cibler les gens qui vont dans le sud ou ailleurs, de façon à ce qu'ils puissent recevoir des soins à leur retour. Il peut y avoir des complications, et il arrive que des modifications, des ajustements avec bandes ou ce genre de choses soient nécessaires. Je dirais qu'il y a de grandes lacunes au Canada en ce qui a trait à la chirurgie bariatrique.

Le sénateur Eggleton : On accorde aussi beaucoup d'attention au sucre et au sel dans le cadre du sujet à l'étude, et on pointe du doigt davantage les aliments transformés que le bol de sucre ou la salière sur la table. Nous avons entendu parler du point de satiété, où le fabricant des aliments transformés tente d'inciter le consommateur à ne pas manger qu'une croustille, mais à retourner en chercher une deuxième, puis une troisième, et ainsi de suite. Dans quelle mesure cela contribue-t-il à l'ensemble du problème?

Puisque l'industrie affirme avoir déployé des « efforts » pour freiner le phénomène — je doute qu'elle ait réussi, même si les représentants viennent nous dire demain à quel point ils sont merveilleux —, devrions-nous rendre les mesures obligatoires? Devrions-nous mettre en place des lignes directrices obligatoires visant à réduire la quantité de sucre et de sel que contiennent les aliments transformés?

Mme Twells : La réponse est simple : je crois que oui.

Mme Gotay : Je pense que oui. Puisque je ne suis pas une nutritionniste, je ne pourrais pas vous dire le seuil à imposer. Je pense qu'une des difficultés serait de déterminer où fixer la limite. Mais si les gens se mettent d'accord et que la décision s'appuie sur des données empiriques, je serai d'accord.

Le sénateur Enverga : Ma question se rapporte plutôt à ma dernière intervention. Vous comparez la Colombie- Britannique et Terre-Neuve, et dites également que la situation touche en quelque sorte le monde entier. C'est un problème mondial. Vous êtes-vous attardées aux différences qu'il existe entre les pays asiatiques, Taïwan ou la Corée et les pays européens, ou même le Canada? Avez-vous comparé les IMC?

Mme Twells : Vous pouvez consulter les chiffres sur la situation mondiale. Ils sont publiés tous les deux ans par l'Organisation mondiale de la Santé ou l'Organisation de coopération et de développement économiques. Dans ces pays, la prévalence de l'obésité est bien plus faible, mais elle augmente tout de même. J'ignore toutefois quelle est la cause. Les habitudes alimentaires sont bien différentes. Je ne saurais dire ce qui explique ces variations. J'ignore si on peut le savoir.

Le sénateur Enverga : Est-ce une question de génétique? Dans quelle mesure cet aspect entre-t-il en ligne de compte?

Mme Twells : Les aspects génétiques sont peu importants. Il existe quelques cas précis de mutations et de tares génétiques qui causent l'obésité. Il y a quelques syndromes. Je suis bien au courant du domaine et connais quelques personnes qui y travaillent. Quelque 300 ou 400 gènes sont associés à l'obésité. On ne parle donc pas d'un ou deux gènes particuliers. Je ne suis pas généticienne, mais je sais que le problème est plutôt multifactoriel. Il y a beaucoup plus de choses à l'œuvre qu'un seul gène responsable de l'obésité.

Le président : J'ai une petite remarque à ce sujet. J'ai vu un rapport dans lequel on disait qu'en Chine, où un changement majeur s'opère depuis un certain temps, la prévalence de l'obésité augmente au fur et à mesure que les gens s'enrichissent. C'est assez intéressant puisqu'on pense souvent que l'obésité est un effet des couches moins favorisées de la société, mais il semble qu'elle soit attribuable là-bas à des changements spectaculaires du mode de vie.

La sénatrice Merchant : Vous avez mentionné un autre volet, qui serait d'informer les gens sur les efforts physiques à déployer pour perdre un nombre de kilos donné. Plutôt que de procéder ainsi, qu'est-il arrivé au programme ParticipACTION qui était offert il y a quelques années? Plutôt que d'essayer de calculer le nombre de calories qui sont brûlées en marchant cinq à dix minutes, pourquoi ne pas mettre en place un programme que les gens peuvent comprendre? Il leur suffit de bouger. Qu'est-il arrivé à cette stratégie? Le programme n'a-t-il pas atteint son objectif? Pourquoi l'a-t-on laissé tomber?

Mme Twells : Le programme existe toujours.

La sénatrice Merchant : Je ne vois aucune publicité à la télévision. Mais vous dites qu'il existe encore?

Le président : À ce sujet, il semble que le programme ParticipACTION va revenir, et nous allons d'ailleurs entendre le témoignage des responsables au cours de la session. Si vous êtes d'accord, madame la sénatrice, nous ferions probablement mieux d'attendre ce moment.

La sénatrice Merchant : D'accord. Je n'étais pas au courant.

Le président : C'est la raison pour laquelle nous réalisons l'étude.

Le sénateur Eggleton : Mes collègues et moi avons un peu discuté tout à l'heure de la grande question : faut-il mettre l'accent sur la perte de poids, ou simplement sur un mode de vie sain et de bonnes habitudes de vie; faut-il concentrer les efforts sur le poids ou sur le mode de vie? Je ne comprends pas bien la différence. Pour améliorer son mode de vie ou sa santé, il peut falloir perdre du poids. Je trouve que les deux volets sont plutôt interdépendants. Voyez-vous une distinction entre les deux approches?

Ma question comporte deux volets. Vous avez parlé de santé publique et de message d'intérêt public sur la santé. Le Canada possède un organisme du nom d'Agence de la santé publique du Canada, ou ASPC, dont nous n'avons pas eu de nouvelles récemment. Que penseriez-vous du fait que l'ASPC soit à la tête de ce genre d'initiative?

Mme Twells : Eh bien, en réponse à votre deuxième question, je serais tout à fait d'accord. Je présume d'ailleurs que c'est un des rôles de l'ASPC, qui est responsable de la promotion de la santé et de la santé au pays. La santé est de compétence provinciale, mais le volet promotionnel de la santé est censé relever du fédéral. L'ASPC est pleinement opérationnelle lorsque nous sommes frappés par une épidémie et ce genre de choses. J'aurais cru qu'elle était responsable de la prévention et de la promotion d'un mode de vie sain et actif, mais j'ignore si c'est le cas.

Pour ce qui est de concentrer les efforts sur l'activité physique ou sur le poids, vous avez soulevé un bon point, qui est parfois à l'origine de débats et de confusion. Le seul fait d'augmenter le niveau d'activité physique entraîne des effets bénéfiques sur la santé; oublions carrément la question du poids. Nous savons déjà que si les personnes atteintes d'obésité — peut-être pas les plus grosses d'entre elles, puisqu'elles ont du mal à faire quoi que ce soit — augmentent leurs activités physiques, leurs facteurs de risque de maladies cardiaques vont diminuer, de même que les risques pour la santé auxquels elles s'exposent, et elles peuvent même être en meilleure santé qu'une personne de poids normal qui ne bouge pas. Le fait est que sur le plan des risques pour la santé, peu importe si une personne est grasse ou mince, d'une certaine façon.

Il est toutefois possible que la personne ne perde pas de poids, mais améliore tout simplement sa forme physique. Ce fait ne doit pas nous arrêter de dire qu'il faut être plus actif. Vous constaterez que dans les populations où des groupes deviennent plus actifs, d'autres comportements changent aussi — il peut s'agir d'amis qui le prouvent à l'aide d'un regroupement d'activités.

À court terme, vous ne constaterez peut-être que des bienfaits pour la santé physique, mais à mesure que la santé des gens s'améliore, leur niveau de stress diminue, ils dorment mieux et font des choix alimentaires différents. Toutes sortes de comportements peuvent accompagner une ou deux décisions d'agir autrement.

Les gens qui sont en santé et actifs ne fument pas. Ils ne mangent pas constamment dans les restaurants-minute. Ils n'abrègent pas leurs nuits de sommeil. Ils ne sont pas stressés. Une mode de vie sain et actif peut englober un groupe d'activités, et tous ces bienfaits en découlent.

Le président : Avez-vous quelque chose à ajouter?

Mme Gotay : Je suis d'accord, mais les gens ont parfois besoin d'un point de départ. C'est souvent ce que j'observe lorsque nous échangeons avec des groupes communautaires. Les problèmes sont multiples. Ils souffrent d'embonpoint, ne sont pas actifs physiquement et fument; il est donc parfois utile de commencer par redresser un aspect seulement de la situation, après quoi les autres bienfaits sur la santé s'ensuivent. Lorsqu'on tente de s'attaquer à tous les volets en même temps, on ne sait parfois plus où donner de la tête.

La sénatrice Raine : J'aimerais obtenir un éclaircissement concernant ce tableau-ci. Ces chiffres indiquent-ils l'indice de masse corporelle (IMC) moyen pour les différents groupes d'âge?

Mme Gotay : Oui.

La sénatrice Raine : Ce pourcentage ne devrait-il donc pas figurer en haut? Je crois qu'il s'agit de la moyenne des IMC.

Mme Gotay : Oui.

La sénatrice Raine : Donc, ce pourcentage à l'en-tête...

Mme Gotay : Je vois ce que vous voulez dire.

La sénatrice Raine : D'accord. Je comprends.

Le président : A-t-on répondu à votre question, madame la sénatrice Raine?

La sénatrice Raine : Oui.

Le président : J'aimerais vous poser une question sur les propos d'un témoin précédent. Si je me souviens bien, grosso modo, il a dit que les personnes obèses courent un risque plus élevé de contracter une maladie parmi les catégories que vous avez mentionnées, mais il a aussi dit qu'elles obtiennent de meilleurs résultats sur le plan des effets globaux, concernant ces catégories de maladies.

Je sais que vous ne vous êtes pas nécessairement penchées sur ces questions. Avez-vous de l'expérience qui vous permettrait de dire quelque chose à ce sujet? Madame Twells?

Mme Twells : À mon avis, ce témoin parlait probablement de ce qu'on appelle le paradoxe de l'obésité. Que je sache, cela ne s'applique à aucune autre maladie chronique que les maladies cardiaques. Si vous avez toujours été diabétique, vous n'allez pas bien comparativement à quelqu'un d'autre qui ne l'est pas, parce que vous courez des risques de glaucome, de maladie du rein et d'amputations, entre autres.

Le paradoxe de l'obésité lié aux problèmes cardiovasculaires est un sujet controversé à l'étude en ce moment. Je n'ai pas particulièrement d'opinion à ce sujet et je ne crois pas faire exception. Les études sont encore en cours. On ne peut donc encore rien dire. Les chercheurs essaient de voir si c'est bien vrai ou si l'échantillon des gens qu'on étudie est biaisé.

Selon des exposés que j'ai entendus l'automne dernier, à Boston, le paradoxe de l'obésité inspire beaucoup de scepticisme. À mon avis, du point de vue de la santé publique, il ne faut pas mettre l'accent sur ce 1, 2 ou 3 p. 100 des personnes qui ont peut-être une meilleure santé. Peut-être qu'elles ont de meilleurs gènes, tout comme c'était le cas de votre grand-mère, qui fumait deux paquets de cigarettes par jour et qui a vécu jusqu'à l'âge de 98 ans. Je ne pense pas qu'on devrait s'attarder à des cas comme ceux-là. Tout au plus, c'est un sujet de recherche intéressant que l'on pourrait élucider ou étudier de plus près, mais il ne devrait pas influencer le débat sur la santé publique, étant donné que cela représente seulement un tout petit groupe de personnes.

Le président : Je suis d'accord avec vous, mais c'était un point intéressant...

Mme Twells : Les gens aiment bien le soulever.

Le président : Il a présenté des graphiques intéressants et je voulais simplement poser la question parce que vous répondez très franchement.

J'aimerais revenir à la question des IMC. Tout ce que j'ai lu depuis un certain nombre d'années dans le domaine appuie en gros ce que vous dites et ce que tous les experts disent : ce n'est pas la manière idéale d'aborder des cas individuels d'obésité, mais, comme vous l'avez clairement dit ici aujourd'hui, il existe un facteur de corrélation très élevé entre l'IMC et l'obésité. C'est donc une excellente façon d'envisager les choses au départ. Cependant, quand il est question d'une seule personne sur 100 000, il faut examiner les caractéristiques et la santé de cette personne en particulier.

L'IMC représente un bon point de départ et une généralisation utile. Est-ce que je résume bien ce que vous nous avez dit aujourd'hui?

Mme Twells : Je pense que oui.

Mme Gotay : Les valeurs d'IMC permettent d'établir des comparaisons au fil du temps et entre divers pays, entre autres, ce qui nous aide beaucoup à comprendre comment les choses évoluent.

Le président : Exactement. Voilà ce que j'essayais de dire.

Vous en savez beaucoup plus que moi, mais, d'après ce que je comprends, certains disent qu'on surévalue de beaucoup les répercussions de la sensibilisation sur le comportement des gens. D'autres font valoir que si les gens pouvaient rapidement déceler d'importantes différences entre les choix qui s'offrent à eux — dans ce cas-ci, les aliments — et facilement distinguer les catégories d'aliments, cela influerait sur leurs décisions.

Le problème, c'est qu'à l'épicerie, je ne vais certainement pas passer beaucoup de temps à lire les étiquettes nutritionnelles de tous les produits sur les tablettes, à moins que je cherche une indication ou un ingrédient en particulier, ou que je veux repérer quelque chose de dangereux. À mon avis, il est tout simplement déraisonnable de s'attendre à ce que la population le fasse.

J'aime bien l'idée de mettre un symbole sur le devant des emballages — qu'il s'agisse de souris ou d'éléphants ou d'un système de feux de circulation — qui indique la quantité de sucre et de sel de façon rapidement discernable, par exemple, en mettant un feu rouge, orange ou vert. Cela permet aux gens de voir rapidement ce qui en est.

Cela dit, je reconnais tous les problèmes liés à l'étiquetage définitif d'un produit comme étant vert, orange ou rouge; des témoins nous en ont parlé. Toutefois, d'après votre expérience, serait-il beaucoup plus important d'avoir une étiquette simple qui transmet mieux des informations importantes comme celles-là, plutôt que d'aller dans le sens où nous allons et d'ajouter ces tableaux très complexes? Les étiquettes proposées pour les boissons nuisibles à la santé seraient si grandes que nous serions obligés d'en emballer 500 millilitres dans un grand contenant. Pensez-vous qu'une étiquette devrait être claire, simple et rapidement comprise, ou beaucoup plus complexe?

Mme Twells : Vous avez dit beaucoup de choses. Je suis d'accord avec vous. La sensibilisation ne réglera pas le problème. L'achat et la consommation des aliments se réduisent souvent à une question d'habitude. Nous devons donc essayer de changer ces habitudes de façon subliminale.

À mon avis, plus le message est simple, plus il sera compris. J'aime ces étiquettes parce que je crois qu'il faut obliger l'industrie alimentaire à être responsable. Elle doit divulguer tout ce que contiennent les produits. La quantité de sucre n'est jamais indiquée sur l'étiquette; nous ne savons donc pas combien de sucre les produits contiennent. Pourtant, c'est très important. Cela dit, je ne pense pas que c'est ce que les consommateurs vont regarder. Tout comme vous, je ne vais pas le faire. Cependant, s'il existait une source d'information à laquelle je pouvais me fier pour connaître la quantité de sucre ou de fibres et aussi les normes en la matière et que ces informations figuraient sur l'étiquette et étaient facilement reconnaissables à cause d'un symbole en forme de feu de circulation ou d'une petite coche bleue symbolisant le sceau d'approbation de Santé Canada ou de l'ASPC, je choisirais le produit avec la coche. D'ailleurs, à mon avis, la plupart des gens feraient la même chose.

Je préfère une méthode simple. Je sais que beaucoup de gens font valoir l'importance des étiquettes, et je suis d'accord pour dire qu'elles sont importantes, mais surtout du point de vue de la responsabilité. À mon avis, les consommateurs ne vont pas les regarder. Je ne le fais pas.

Mme Gotay : À mon avis, il s'agit d'une question empirique. Avant de mettre en œuvre une solution à l'échelle nationale et de changer les étiquettes de tous les produits alimentaires au pays, nous devrions en faire l'essai sur un petit segment du marché et voir ce que cela donne. Ce n'est pas particulièrement mon domaine de spécialisation, mais ce que j'ai vu ne me permet pas d'affirmer que cela fonctionnerait et que nous devrions aller de l'avant et mettre en place un tel système. Selon moi, il faudrait effectuer un genre d'essai de mise en marché pour mieux voir ce que font les gens.

Le président : Je vous donne un exemple tout simple. Je sais que beaucoup de gens que je connais pensent que les petits contenants de jus, d'orange ou de pomme par exemple, sont vraiment bons pour leurs enfants, mieux que des boissons gazeuses, alors qu'ils contiennent en réalité parfois plus de sucre. Toutefois, si un parent voyait qu'on a apposé un feu rouge sur le contenant de jus pour indiquer une quantité élevée de sucre, il le comprendrait très rapidement et résisterait à l'instinct de penser que du jus d'une source quasi naturelle est bon pour la santé. Voilà ce à quoi je pensais en parlant des étiquettes.

Parmi les autres aspects que vous avez étudiés, la situation en Colombie-Britannique est intéressante. Selon moi, la province présente certains facteurs assez importants sur le plan sociologique, notamment le style de vie et l'accès au style de vie.

Quant au facteur des températures moyennes, si vous comparez les provinces maritimes au Manitoba et à la Saskatchewan, le Manitoba et la Saskatchewan connaissent des écarts de température beaucoup plus grands — des hivers beaucoup plus froids et des étés beaucoup plus chauds. Les provinces maritimes ont tendance à avoir des températures modérées, pourtant elles présentent un ensemble de facteurs identiques sur le plan de l'obésité. On dirait qu'il existe d'autres facteurs plus complexes. Peut-être que si nous pouvions convaincre la sénatrice Greene Raine de nous construire des stations de ski dans toutes les collectivités de la Nouvelle-Écosse, nous aurions une chance de rattraper la Colombie-Britannique.

Je tiens à vous remercier de la clarté de vos réponses, des connaissances que vous nous avez fournies et de la façon très réaliste dont vous avez essayé de nous aider à comprendre ces problèmes très complexes.

Nous essayons de voir quels sont les principaux facteurs qui augmentent de façon significative les taux d'obésité. La question n'est pas de savoir si ces taux se stabilisent ou non en ce moment. Les taux ont beaucoup augmenté et, même s'ils affichent une certaine stabilité à ces taux élevés, la véritable question consiste à demander ce qui a tant fait augmenter les taux et quels changements pourraient contribuer à les faire baisser.

Au nom de mes collègues, je vous remercie toutes les deux d'avoir comparu.

(La séance est levée.)


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